Billet d’été : cinq albums échos aux petits plaisirs de l’été

Quand j’ai choisi ces albums, il était encore tôt. Je n’avais pas plongé avec délice dans ces chaudes journées d’été. Je n’avais pas savouré l’oubli du temps, la caresse du soleil, la tiédeur des pages tournées dans la chaise longue. J’avais seulement imaginé un petit groupe d’enfants, assis sur un carré de tissu à l’ombre du grand charme et une voix dans la douceur de l’après-midi qui lirait ces quelques livres empilés. Aaaah, quel bonheur d’écouter lire, dans l’odeur d’herbe fraîche, au milieu des chants d’oiseaux, seulement distraits par un vol de papillons !

 

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C’est parti pour ces plaisirs de l’été que j’ai voulu associer à une petite pile d’albums :

Le premier nous emmène dans le potager. Fleurs de courgettes, haricots naissants, cosses de petits pois. Tant d’invitations à tendre la main pour attraper ces fruits de l’été et les déguster.

Au jardinier, au fond du potager, j’ai demandé : « Savez-vous qui a cueilli mes fleurs de secrets ? »

Partons les chercher dans « Le Jardin des Secrets » de Marie-Hélène Lafond et Lucie Vandevelde. Minots Editions.

 

 

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Pour le suivant, en quittant le jardin, on s’égare un peu dans la forêt, on lève la tête vers les feuillages vert tendre. A la sortie du bois, un champ de blé tout doré de soleil puis des rangs de maïs qui nous invitent à suivre ces couloirs de verdure jusqu’à se perdre… dans les méandres du labyrinthe avec Thésée.

 

La nuit était venue. Thésée réfléchissait dans les jardins du palais. L’air était doux, parfumé de jasmin, d’olivier et de cyprès.

« Je vais mourir sans gloire, songeait Thésée. J’aurai beau tuer le Minotaure, personne ne saura que je suis un héros, si je ne sors pas de ce labyrinthe… »

– Délivre-nous de ce monstre et, moi, je te révélerai comment retrouver ton chemin !

Thésée sursauta. La fille de Minos, Ariane, s’était échappée du palais et l’avait rejoint en secret.

Cette légende et d’autres mythes, mille fois entendus, viennent encore charmer nos oreilles friandes de toutes ces histoires, dans un grand album aux illustrations épurées, aux atours de fresques ou de poteries antiques :

« Héros de la mythologie grecque » de Martine Laffon et Martin Jarrie. Les Fourmis Rouges.

 

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Il est temps de s’évader davantage. L’été, c’est aussi le moment du voir du pays… Parmi les plaisirs saisonniers, je voulais ajouter celui de boucler sa valise en pensant à l’exploration qui nous attend.

 

Bonnes vacances !

 

Voyageons d’abord en Inde, de Badlapur à Chennai, sur les pas de Smita et Lalita, à la conquête d’une liberté rêvée. Avec la fillette on découvre la vie dans la cahute, les rues encombrées, l’école et un temple hindou.

« La Tresse ou le voyage de Lalita » de Laëtitia Colombani et Clémence Pollet. Grasset Jeunesse.

Des familles entières s’y pressent, vêtues de leurs plus beaux habits. Les hommes portent des dhotis, les femmes des saris mauves, rouges, vertes, jaunes, bleus, dorés. Lalita est surprise par ce tourbillon de couleurs qui lui donne le tournis.

 

Avec « Mon Cousin Hugo » de Coco des Amériques et Elza Lacotte, aux éditions du Ver à Soie, on part aussitôt de l’autre côté du globe. On s’approche du pôle, on change de saison. On rêve à d’autres horizons.

Ah, comme elle serait belle, la vie au Chili ! Surtout qu’il y a bien d’autres choses au Chili qui ne se passent pas exactement comme ici.

 

Avec « Les aventures improbables de Peter et Hermann ou le tour du monde en 25 escales », de Delphine Jacquot, aux éditions des Fourmis Rouges, on part en voyage et on ne s’arrête plus. A chaque page, un décor prometteur, une découverte qui invite à en faire beaucoup d’autres.

 

 

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Et pour découvrir justement de nombreux autres titres tout au long de l’été, retrouvez chaque semaine la sélection des arbronautes.

Souvenirs


Avant de changer d’année, des souvenirs pleins la tête, explorons quelques lectures qui nous ramènent en arrière. Voilà un thème qui traverse de nombreuses fictions jeunesse, qu’il soit seulement évoqué ou au centre de l’histoire. Entre réminiscences familiales et moments durs à digérer, ces fenêtres ouvertes sur le passé nous touchent souvent.

 

Dans Le Tiroir à histoires

June et Jo – les souvenirs de Séverine Vidal et Amélie Graux

La maison en petits cubes de Kunio Katô et Kenya Hirata

 

Lire les avis de Bouma, Sophie et de Pépita.

 

Bouche Cousue de Marion Muller-Collard

Ce récit tourne autour d’un souvenir de jeunesse qui remonte à la surface suite à un événement.

Lire l’avis de Pépita

 

 

Sur Méli-Mélo de livres

 

Le jardin des ours Fanny Ducassé. Thierry Magnier.

Quand se souvenir de ses deux grands-pères, aujourd’hui disparus, donne un album d’une rare sensibilité et aux illustrations magnifiques.

Lire aussi les avis de Céline et Sophie

 

L’armoire Anne Cortey, illustré par Claire de Gastold. Grasset jeunesse.

Une armoire, métaphore de la grand-mère disparue et dont la présence angoisse une petite fille. Quand les souvenirs rattrapent les générations qui suivent, une approche bien vue.

 

La couverture : une histoire en petits carreaux (de tissu) Isabel Minhos Martins Yara Kono. Editions Notari.

Une histoire qui sublime le souvenir, le partage, la transmission entre générations.

 

Sur les Lectures Lutines

Le Jardin de Minuit d’Edith. Editions Noctambule.
Quand un enfant partage mystérieusement les souvenirs d’une demoiselle dans un fabuleux jardin.
Lire aussi les avis de Bouma et Sophie

La belle histoire d’une Vieille Chose, de Louis Emond et Steve Adams.

Quand une voiture se souvient de ce qu’elle a été avant de n’être plus qu’une vieille chose.

 

Les bruits chez qui j’habite de Claire Cantais et Séverine Vidal.

Des souvenirs sonores que l’on goûte délicieusement. De petites portes qui s’ouvrent vers un monde de l’enfance que l’on n’a pas oublié.

 

 
A lire au Pays des Merveilles
La mémoire en blanc de Isabelle Colombat. Thierry Magnier, 2015
Quand pour se réconcilier avec sa propre histoire, Léonie se construit sur de de bouleversants souvenirs et nous oblige à (re)découvrir un épisode récent de l’Histoire du Rwanda. N’oublions pas…

Après la peine / Ahmed Kalouaz. Rouergue, 2014.

 

Un tête à tête mélancolique entre un père et son fils entre souvenirs et révélations.

Lire aussi les avis de Pépita et de Bouma.

Vide-grenier / Davide Cali, Marie Dorléans. Sarbacane, 2014
Bric à brac de souvenirs entassés dans le grenier ; il suffit de remettre le nez dans les cartons oubliés pour retomber en enfance et décidé .. de ne plus s’en séparer !
Lire aussi l’avis de Chlop.
Sur Qu’importe le flacon, pourvu qu’on ait Livresse
Les souvenirs, ça se construit aussi ! Ou comment transformer le malheur en bonheur ? Une belle illustration de résilience avec une galerie de personnages hauts en couleur.
Lire aussi les avis d’Alice et de Pépita.
Souvenirs de papier de Baptistine Mesange et Jessica Lisse.
Dans cet “album-souvenir”, le narrateur revient sur les amis de papier qui ont peuplé son enfance : un ours en peluche à qui il a offert une partie de son cœur, une jolie poupée et son amie imaginaire, un coffret pour y glisser tous ses secrets… Un album très psychologique voire philosophique qui aborde avec beaucoup de justesse, de tendresse et une petite pointe de mélancolie le passage de l’enfance au monde adulte.
Dans Un Petit bout de Bib(liothèque)
Mon grand-père de Christine Schneider et de Gilles Rapaport.

Un livre sensible qui rappelle tous ces moments de l’enfance passés avec son grand-père, ceux qui restent malgré la disparition de l’être cher.
Lire l’avis de Pépita
Le Marchand de souvenirs de Ghislaine Biondi.
Quand on n’a pas eu de père, difficile de s’en souvenir. C’est pourtant ce que propose ce marchand de souvenirs…
Un album intemporel qui rappelle que chaque être humain est passé par mille vies avant de devenir celui que l’on connaît. Avec tout le talent de Lane Smith, en plus.
Chez La Collectionneuse de Papillons
Quelqu’un qu’on aime de Séverine Vidal.

Partir à la recherche de ses souvenirs, une quête qui n’a pas de prix, surtout quand elle permet à une jeune homme de construire le lien avec son grand-père.
Lire l’avis de Pépita
La Gigantesque petite chose de Béatrice Alemagna.
Béatrice Allemagna signe un album gigantesque pour évoquer ces moments infiniment précieux que nous chérissons tous au fond de notre mémoire.
Dans la Littérature enfantine de Chlop
 
Guirlandes de poupées, J. Donaldson R. Cobb Kaléidoscope
Entre réel et imaginaire, une fillette joue avec une guirlande de poupées. Jusqu’au moment où elles croisent une paire de ciseaux bien réels, et c’en est fini de la guirlande de poupée… Mais il reste toujours quelque chose des bons moments passés, une place attend les poupées disparues dans la mémoire de la fillette.
Dans la maison de ma grand-mèreAlice Melvin, Albin Michel jeunesse
Nous suivons une petite fille qui traverse la maison de sa grand-mère, dans la quelle chaque pièce, chaque objet, lui évoque un doux souvenir.
Lire l’avis de Pépita
Dans l’Atelier de Cœurs
Mon bison de Gaya Wisniewski chez Mémo
L’histoire d’une amitié entre une petite fille et un bison racontée par une vieille femme.
Une somme de souvenirs de Thomas Scotto et Annaviola Faresin chez Notari
L’histoire d’un homme qui décide de se séparer de ses souvenirs et qui ignore qu’ils ont aussi du sens pour les autres.
Le grenier de Mona Leuleu chez Seuil Jeunesse
Des souvenirs à découvrir à l’aide d’une torche à lumière bleue.
Mamie est partie de POG et Lili la Baleine chez Gautier Langereau
Une petite fille qui arrive à faire le deuil de sa grand-mère grâce aux souvenirs qu’elle lui rapportait de ses voyages.
Sur l’île aux trésors
Mémoire en eaux troubles de Joëlle van Hee
 
Un roman qui évoque à la fois les souvenirs de la deuxième guerre mondiale, à travers le grand-père du protagoniste, et la perte de mémoire suite à la maladie d’Alzheimer.

 

 

Bons souvenirs de 2018 !

En attendant nos coups de cœur de l’année qui vient de s’écouler, toute l’équipe A l’Ombre du Grand Arbre vous souhaite un joyeux réveillon !

Déjà l’automne ! Quels sont vos premiers coups de cœur depuis la rentrée ?

Le temps nous rattrape, les feuilles volent déjà et entre nos mains, les pages ont tourné depuis la rentrée.

Partageons les livres qui nous ont fait vibrer, les récits précieux qui nous ont attachés à leurs êtres de papier.

Cette rentrée, c’est aussi l’occasion d’accueillir trois nouvelles têtes sous le Grand Arbre : Hashtagcéline, Isabelle et Yoko lulu. Bienvenues !

Le Méli-Mélo de livres de Pépita s’est régalée de ce roman plein de fraîcheur, d’humanité… et de responsabilités à la sauce Pëppo !

Pëppo de Séverine Vidal – Bayard

Mais aussi de cet autre roman à l’écriture magistrale de beauté qui embarque le lecteur dans cette histoire étrange entre onirisme et imaginaire, avec des personnages bouleversants, en particulier Milly Vodovc.

Milly Vodovic de Nastasia Rugani – Editions MeMo, collection Grande Polynie

Alice,  dans son pays des merveilles, a été très émue et très touchée par la maternité d’Irène, par sa maturité et par  le trouble qu’elle a su laisser une fois la dernière page tournée. Coup de cœur partagé par Sophie.

Soixante-douze heures de Marie-Sophie Vermot – Thierry Magnier

Le récit des aventures déjantées du groupe de suicidants d’Axl Cendres a particulièrement touché mais aussi beaucoup fait rire HashtagCéline.

Cœur battant d’Axl Cendres – Sarbacane

Aurélie a mis dans son atelier un album plein de tendresse sur l’amitié. Un livre sur la différence, l’école et sur la naissance des sentiments, histoire de bien aborder la rentrée.

Mon ami d’Astrid Desbordes et Pauline Martin – Albin Michel Jeunesse

Grâce à Robinson, Isabelle de L’île aux trésors s’est offert un voyage onirique magnifié par les illustrations splendides de Peter Sis. Un album qui nous invite à assumer nos différences, à voguer vers d’autres horizons et à célébrer les merveilleux pouvoirs de l’imagination…

Robinson de Peter Sis – Grasset jeunesse, 2018

Chez Chloé (Littérature enfantine), le coup de cœur du mois n’est pas une nouveauté, loin de là, plutôt un classique qui n’a pas pris une ride au fil des ans. L’histoire de deux enfants qui entreprennent d’expliquer à leurs parents ignorants Comment on fait les bébés ! C’est drôle et ça décape.

Comment on fait les bébés, Babette Cole – Seuil jeunesse, 1993

Chez Les lectures lutines, deux romans plein d’humanité les ont conquises. Un récit troublant, entre fantastique, fait divers et altruisme, qui a résonné ce mois-ci pour Solectrice.

Dans la forêt de Hokkaïdo, Eric Pessan – Ecole des Loisirs, 2017.

Et pour Yoko lulu, c’est un roman d’une magnifique sincérité, d’une cruelle vérité. Sur l’amour et la différence. Sur l’intégration et l’espérance. Les héros ont un petit quelque chose qui nous attache à eux du début à la fin.

Envole-moi, Annelise Heurtier. Casterman, 2017.

 

Chez Bouma (Un Petit Bout de Bib), c’est un album intrigant, mêlant enquête, texte en rimes et illustrations presque naturalistes qui est sorti du lot ! Une invitation à s’interroger et à regarder plus loin que le bout de son nez !

Carnivore, Tariel et Peyrat – Père Fouettard, 2018

Et chez Sophie, c’est un roman sur la condition des femmes dans les années 1960 qui l’a conquise. On y découvre l’histoire de Catherine qui raconte comment elle a dû se battre pour vivre sa passion, pourtant simple aujourd’hui : la course à pied !

La fille d’avril, Annelise Heurtier – Casterman, 2018

Et vous, quels sont vos coups de cœur de la rentrée ?

Lecture commune : Barracuda for ever

Un de ces livres qui résonne dans nos cœurs et qu’on ne veut pas lâcher, conscients des instants fragiles qu’ils nous fait vivre auprès d’un étonnant grand-père.

Un de ces livres qui nous fait rire aussi car la vie est ainsi : des chocs aux instants de poésie, le rire nous vient.

 

Un de ces livres qui nous réunit. Alors pour cette lecture commune, on s’est transmis le fil des questions pour échanger nos impressions.

 

C’est Chlop qui commence :

Dans les premières pages, nous faisons la connaissance de Napoléon, qui divorce de sa femme parce qu’il souhaite “se renouveler”.
Drôle de personnage, il suscite immédiatement la curiosité. Quelles ont été vos premières impressions sur cet étonnant personnage?

Pépita : A vrai dire, j’ai été assez ml à l’aise au début face à ce personnage que j’ai trouvé désagréable au possible, “brut de décoffrage” ! Mais connaissant la plume de Pascal Ruter, j’ai vite compris qu’il y avait autre chose derrière et que je ne serais pas au bout de mes surprises dans ce roman et c’est pas peu dire !

Bouma : Moi je l’ai adoré. En me disant, put*** j’aurais aimé un grand-père comme ça capable de faire les 400 coups sans se préoccuper de son âge ni de son entourage ! Après j’ai bien compris que pour le reste de la famille ce type de caractère n’est pas facile à gérer et il est peut-être plus facile à imaginer, à fantasmer qu’à vivre vraiment.

Solectrice : Décontenancée par une telle décision, j’essayais plutôt d’imaginer ce qui pouvait motiver ce vieux bonhomme à agir ainsi… Une telle figure ne m’a pas tellement surprise non plus car je sentais, comme Pépita, que j’allais découvrir un personnage rocambolesque dans ce roman à la couverture colorée !

Chlopon se demande un peu au départ sur quoi on va tomber mais on sent une histoire dynamique, ça semble plutôt joyeux, un peu rock’n’roll et le gant de boxe intrigue.


Le roman est sorti en même temps dans une collection adulte, et les indices sur la couverture sont assez différents : une montgolfière qui s’élève dans les airs, ce n’est pas du tout la même symbolique et ça met en avant un aspect de l’histoire qui passe au second plan dans la version de Didier jeunesse.

Pépita : Tout de suite, quelque chose qui va décoiffer mais avec sensibilité (connaissant l’auteur) et une allusion à une chanson de Claude François ! Quant à la couverture, elle est en jeunesse pétillante ! Et j’aime beaucoup le fait que ce roman ait été publié aussi en adulte.

Bouma : La référence à Claude François et les références de l’illustration donnent un côté très vintage à cette première de couverture pour moi. Mais quand on commence la lecture du roman on y voit presque une définition du personnage de Napoléon, ce grand-père marginal qui tient une place toute particulière dans la vie du héros. Non ?

Chlop : Oui, absolument, cette couverture, c’est lui, d’ailleurs à mes yeux, le véritable héros du livre c’est Napoléon.

Solectrice : La couverture ? Ce n’est pas ce qui m’a séduite. Des couleurs acidulées et un assemblage hétéroclite dont les objets m’attiraient guère. Mais, le titre, un peu kitsch, m’a fait penser à un tatouage et cela m’a bien intriguée.

Pépita : Elle est très stylisée cette couverture, pleine des symboles de ce qu’est ce personnage. Elle fait davantage référence à un adolescent je trouve à première vue !

Chlop : Justement, Napoléon, n’est-ce pas un peu un éternel adolescent ? C’est une des grandes réussites de ce roman d’ailleurs, de décloisonner les générations.

Bouma : Exactement ! J’aime bien ce terme “décloisonner les générations”. On le voit dès les premières pages. Napoléon c’est un sacré personnage (le prénom donne aussi un indice).

Pépita : Moi il m’a agacée au départ, je me suis dit, mais c’est quoi cet hurluberlu qui fait de la peine à tout le monde ? Il ne ménage que son petit-fils. Belle relation ceci dit entre eux. Et puis, peu à peu, la carapace se fendille et on découvre un être hyper-sensible, qui a une trouille bleue de la mort. Il devient très touchant. Les secrets révélés en ajoutent un peu plus à son aura d’homme de grand cœur. Du coup, on en pleurerait presque. Un grand-père qui refuse la fatalité, qui veut lutter, vivre jusqu’au bout pour ne rien regretter.

Bouma : En quoi diffère-t-il de la figure habituelle du grand-père ?

Chlop : En tout ou presque. On trouve des grands-pères acariâtres dans la littérature, mais celui ci est plus complexe, comme Pépita je l’ai trouvé profondément agaçant (il apparait d’abord comme égocentrique au possible) et rapidement touchant, fragile, assez marrant aussi. On se demande si il est excentrique par nature ou si c’est qu’il perd un peu la boule.
Avec son fils, il est au delà de la maladresse, on comprend que ça a du être très difficile de grandir en cherchant en vain l’approbation de ce père, mais avec son petit fils il arrive à nouer une relation vraiment émouvante.

Solectrice : Il peut tout aussi bien nous paraître odieux et tendre, en cela il peut sembler un grand-père ordinaire. Mais c’est un drôle d’oiseau, une figure mi-héroïque, mi-bouleversante de maladresse, comme on les aime dans l’enfance mais qu’on devine dure à vivre…

Pépita : ah ben il décoiffe ! il fait les 400 coups, parle à son fils comme à un moins que rien, jette son épouse comme une vieille éponge, fait des travaux dans sa maison à son âge ! et j’en passe ! Bref, oui, il détonne largement par rapport à l’image qu’on se fait d’un papi respectueux, rangé dans ses pantoufles et caché derrière son journal, pérorant sur l’ancien temps, “ah ma bonne dame, tout se perd de nos jours !”, radotant, enfermé dans ses habitudes, tolérant les petits-enfants juste le temps prévu… je plombe le portait à l’inverse à outrance il est vrai, mais bon, cette réalité existe aussi.
Moi j’ai souffert pour l’entourage proche mais aussi pour le petit-fils en fait, pas vous ?

Bouma : effectivement, ses proches en prennent pour leur grade comme le dit l’expression consacrée. Enfin je me dis qu’avec un prénom comme Napoléon, il fallait un personnage dont la personnalité soit à la hauteur de l’original.

Pépita : Mais justement, n’est-ce pas habile de la part de l’auteur ce procédé ? Il brosse un personnage agaçant puis on découvre peu à peu la fissure dans la carapace. La maladie.
C’est bouleversant non, de devenir témoin impuissant de ce qui le ronge ce Napoléon ?

Bouma : Très habile procédé effectivement. On s’attache beaucoup plus au personnage quand on découvre ses fêlures. Il fait le fier le Napoléon mais c’est un sentiment très humain de ne pas vouloir montrer son déclin.

Chlop : Oui, l’auteur joue un peu avec nos sentiments, et on en redemande! C’est toujours agréable de faire connaissance avec des personnages subtils, nuancés.
J’ai d’ailleurs beaucoup d’attachement pour le personnage de la mère.

Solectrice : bien sûr, c’est émouvant et c’est culotté de nous attraper ainsi. On se questionne sur nos préjugés. Nos avis bien tranchés s’effondrent devant cette humanité inattendue. Après ce revirement on a comme l’envie d’enlacer ce grand-père, les yeux mouillés de tendresse.

Le mot de la fin ?

Solectrice : Ce livre, c’est un bon moment passé avec une famille attachante, à rire, à pleurer, à réfléchir aussi sur la vieillesse et les relations avec ceux qui nous entourent.

Bouma : Au final, c’est un roman inter-générationnel je trouve. Chacun pourra y trouver son compte : adulte comme enfant, ce qui explique sûrement qu’il y ait une double publication chez Didier Jeunesse et JC Lattès.

Pépita : J’en garde un bon souvenir de lecture et la fin m’a beaucoup émue. C’est un roman sur la vie tout simplement.

 

Découvrez les chroniques : de Bouma sur Un p’tit bout de bib’, de Solectrice sur Les Lectures Lutines, de Pépita sur Méli Mélo de livres.

En été avec Solectrice

A mon tour, je vous emmène…

Un été à se détendre, entre amis, avec les siens, ou à se laisser bercer dans le jardin, un livre à la main. On s’est bien amusées à réaliser ces têtes de livres, clins d’œil de swaps partagés sous le Grand Arbre ou grands favoris de nos étagères.

Au gré des pages, les pieds dans le sable, on savoure, grains de pages, des mots brises et des images vagues qui nous emportent…

“Esther Volauvent” Elisabeth Trœstler et Laëtitia Rouxel. Editions L’Œuf.

“Dans les poches d’Alice, Pinocchio, Cendrillon et les autres…” Isabelle Simler. Editions Courtes et Longues.

“Le Jardin des Secrets” Lucie Vandevelde. Editions les Minots.

Avant de partir, on fourre à la hâte dans une valise les bouquins qu’on s’était promis de lire dans l’année, ou les promesses des prochains coups de cœur, les romans plaisants qu’on voudrait relire (souvenirs de bonheurs partagés) ou les titres qui nous ont titillés chez le libraire. Au détriment d’un short ou d’une énième robe, je glisse Envole-moi. On en prend toujours plus qu’il ne faut, au cas où, si on attend dans le hall de l’aérogare, si on a le temps… On rêve que cet été le temps se suspendra, entre deux sorties, ou au réveil. Alors on emporte des pages et des pages, que l’on rangera sagement sur l’étagère à notre retour, pensant à l’été qui est passé si vite. Quand on reprendra ces romans, on se rappellera qu’ils nous ont accompagné en vacances, qu’on les avait empilés dans la valise.


A votre tour, savourez ces instants d’été et partagez avec nous vos grains de pages.

La semaine prochaine, c’est encore l’été… avec Alice.