De la cave… au grenier

Deux lieux qui nous ramènent souvent à nos peurs, nos rêves ou nos joies enfantines. Qui n’a jamais éprouvé une certaine inquiétude à l’idée de pénétrer seul dans une cave obscure en craignant d’y déranger un rongeur ou une ombre tapie dans un coin ? Au contraire, avez-vous résisté à la tentation d’explorer un grenier encombré de cartons prometteurs, de jouets abandonnés et d’objets insolites, en rêvant d’y dénicher une lettre oubliée ou un précieux trésor ?

Nous vous proposons de partager quelques souvenirs d’enfance et des lectures sur ces lieux mystérieux.

Descendons d’abord à la cave… Entendez-vous la porte grincer ?

Dans la cave d’Un Petit Bout de Bib et de Méli-Mélo de livres :

Le Noir de Lemony Snicket et Jon Klassen. Milan.

Un coup de cœur pour cet album qui joue sur la peur du noir et des endroits sombres comme… la cave !

L’avis de Bouma et celui de Pépita.

Un souvenir de cave proposé par Pépita :

“Des caves, j’en ai connu plusieurs, des vraies et des moins vraies, j’entends par là celles vraiment creusées dans la roche et les autres, celles des sous-sols. Chez mes deux grands-mères, il y avait des vraies caves. Une sentant le vin avec plein de bocaux sur des étagères brinquebalantes et aux marches creusées en leur milieu, usées à cause des nombreux passages. Un jour, j’ai loupé une marche avec une bouteille de vin dans les mains, elle s’est fracassée, les morceaux de verre ont dégringolé, la lumière pas assez forte pour voir jusqu’où, le mur éclaboussé de rouge, j’ai eu la frayeur de ma vie ! J’ai mis du temps à accepter d’y retourner.
L’autre cave, c’est la même maison au grenier (à lire un peu plus loin) : une cave dans la roche, on y descendait par une échelle, le sol était sableux, pas d’étagères mais des trous dans la roche, on n’en voyait pas le fond ! De quoi stimuler l’imagination !”

 

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Et que trouverons-nous dans les greniers ? Soufflons un peu sur la poussière…

Dans le grenier de A lire au Pays des Merveilles :

Ma fugue chez moi de Coline Pierré. Le Rouergue.

L’avis de Pépita et celui d’Alice.

Dans le grenier de Méli-Mélo de livres :

“Je me souviens de celui de la maison d’une de mes grands-mères. On y accédait par une porte donnant directement sur un escalier poussiéreux et qui craquait. L’odeur de renfermé était immédiate. On y montait en silence comme hors du temps. Même si on le connaissait, on avait toujours l’impression de le découvrir pour la première fois. Il nous semblait immense enfant ! Avez-vous remarqué combien la vision des lieux rétrécit en grandissant ? On avait interdiction d’y monter seuls car sur une des parties, le plancher s’effondrait : il fallait l’enjamber, on devinait le dessous, c’était grisant ! Il y avait là des objets entassés, des malles aux trésors, des toiles d’araignée, des souris et autres rongeurs, des choses dont on voyait à quoi elles servaient et d’autres pas du tout. On aimait interroger notre grand-mère à chaque fois. On connaissait les réponses, elle connaissait les questions, mais cela faisait partie du jeu. La lumière aussi était différente en plein jour et franchement, aucune envie de s’y aventurer en pleine nuit ! Il restera toujours mon premier grenier.”

Le monde de Yakatougris de Sandra Piquée et Laurent Simon. Nordsud.

L’avis de Pépita.

M. Wilson de Thomas Scotto. Escabelle.

L’avis de Pépita.

Dans le grenier du Tiroir à histoires :

Marco et Zélie :  trésor du grenier d’Arnaud Alméras et Robin. Amaterra.

L’avis de Bouma.

Dans le grenier de Un Petit Bout de Bib :

 

Wormworld Saga T. 1 de Daniel Lieske. Dupuis.

Et si au fond de votre grenier, vous découvriez un passage vers un autre monde… une bd fantastique qui vous entrainera dans une aventure palpitante.

L’avis de Bouma.

Dans le grenier des Lutines :

“Ah, cet accueillant grenier où je passais des heures à feuilleter des vieux magazines dans la chaleur étouffante de l’été sous les combles ! Après avoir vaillamment escaladé la grande échelle boiteuse qui menait à la mezzanine au-dessus du garage, je me calais dans une vieille chauffeuse pour lire des piles de Pif Gadget ou Picsou Magazine.”

Nora de Léa Mazé. La Gouttière.

Pour rêver, quoi de plus tranquille qu’un grenier ? Un refuge idéal pour Nora qui attend le retour de ses parents dans cette ferme isolée.

L’avis d’Adèle et celui de Bouma.

Sacrée souris de Rafaëlle Moussafir. Sarbacane.

La petite souris et sa tribu ont élu domicile dans un grenier pour construire un grand château de dents.

 

***

 

Comme il faut savoir tourner la page, je vous invite à présent à débarrasser tout ce qui nous encombre dans ces remises. C’est parti pour le vide-grenier !

Dans les cartons du blog de Chlopitille, A Lire au Pays des Merveilles et du Tiroir à Histoires :

Vide-grenier de Davide Calli et Marie Dorléans. Sarbacane.

Les avis de Chlop, Alice et Céline.

 

Lecture Commune : Comme un poisson dans l’arbre de Lynda Mullaly Hunt

Une nouvelle édition du printemps des poètes nous donne en ce mois de mars l’occasion d’entendre des vers vivants, de découvrir des textes plein d’ardeur, d’apprivoiser des mots par le jeu et par les sons. Mais on oublie que pour certains la lecture peut être une véritable torture, qu’écrire des mots peut nourrir mille maux… C’est la souffrance mais aussi le défi d’une enfant dyslexique que décrit Lynda Mullaly Hunt dans Comme un poisson dans l’arbre, aux éditions Castelmore. De ce récit touchant qui vaut la peine d’être partagé, Pépita, Colette, Sophie et moi vous proposons une lecture commune. 

 

Pour commencer, je voulais savoir si chacune savait à quoi s’attendre avant d’ouvrir ce livre…

Connaissiez-vous l’histoire ou aviez-vous échafaudé des hypothèses sur ce titre étonnant “Comme un poisson dans l’arbre” ?

Sophie LJ : J’ai connu ce livre lors d’une journée d’étude sur la dyslexie, j’imaginais que ce titre faisait un lien avec la différence, l’exclusion que pouvait ressentir l’héroïne. C’est cette idée qu’elle ne se sent pas à sa place à l’école qui m’est donc venue.

Pépita : Pas de plan sur la comète pour moi et je fréquente depuis assez longtemps la littérature jeunesse pour ne plus m’étonner des titres. Du coup, j’ai pris l’histoire comme elle venait. Et puis un poisson dans un arbre, pourquoi pas ???? ça n’existe pas ?

Colette : le titre m’a tout de suite fait penser à une image qu’on nous a montrée en formation sur l’Accompagnement Personnalisé et qui correspond à une citation attribuée à Einstein : “Tout le monde est un génie. Mais si on juge un poisson sur sa capacité à grimper à un arbre, il passera sa vie à croire qu’il est stupide.” Je me souviens que cette citation que je ne connaissais pas m’avait frappée par son évidence et en même temps remettait en question tout le système éducatif que je m’appliquais à mettre en place dans mes cours… De sa nageoire agile, le poisson dans l’arbre venait de me donner une bonne claque !

 

Comme on s’y attend, les embûches sont nombreuses sur le parcours de cette enfant qui n’arrive pas à lire. Qu’est-ce qui vous a donné envie de suivre Allie dans cette aventure ?

Pépita : Ce qui m’a attirée, c’est essayer de comprendre les difficultés de cette petite fille face à l’énigme de la lecture. Je trouve que c’est très bien amené dans le livre. Au début, on pense qu’elle a “juste” des difficultés puis très vite, on saisit autre chose et c’est très angoissant je trouve. On se sent démuni pour elle mais en même temps, elle a une telle analyse si lucide de sa situation. Elle garde tout pour elle, elle n’exprime rien, elle fait les réponses si prévisibles des comportements des adultes. Stratégie d’évitement. C’est très dur je trouve car elle est très seule.

Sophie LJ : Déjà j’ai été assez épatée qu’elle parvienne à dissimuler ses difficultés aussi longtemps. Les enfants dyslexiques ont beaucoup d’imagination pour se cacher quitte à attirer l’attention sur eux autrement. Et puis rapidement, j’ai apprécié le personnage et j’ai eu envie de comprendre ce qu’elle vivait.

Colette : Ce qui m’a donné envie de suivre Allie c’est son inventivité, sa créativité, dès le départ on comprend que cette enfant a un don, un don pour le dessin notamment et une véritable vision poétique du monde. Une graine d’artiste à regarder germer.

 

“Les lettres sur l’affiche ressemblent à de petits insectes noirs qui grouillent sur le mur. Je parviendrais sans doute à les déchiffrer, avec beaucoup de temps.” 
“La lecture, pour moi, c’est comme lorsque je lâche un truc et que mes doigts se referment pour le rattraper ; juste quand je crois le tenir, il m’échappe. Si faire des efforts suffisait, je serais une championne.”
Plusieurs réactions de la jeune fille m’ont interpelée au cours de la lecture, révélant les pensées souvent cachées d’un élève en difficulté. Avez-vous ressenti la même impression ?

Pépita : Oui totalement. Elle décrit avec des mots d’enfants ce qu’elle ressent avec beaucoup de sensibilité et une rage derrière. Une volonté d’ y arriver….sans y arriver. C’est ça qui est terrible. C’est intéressant du coup ce ressenti. Comme tu le dis, cela interpelle. La lecture est un acte infiniment complexe, on l’oublie trop souvent. Et elle nous le rappelle avec force et intelligence.

Sophie LJ : Comme le dit Pépita, cela rappelle que la lecture n’est pas innée même si une fois acquise, elle semble évidente pour la majorité des gens. En plus, il y a autant de dyslexiques que de dyslexies, la perception peut être très différente d’une personne à l’autre. Je trouve qu’on retrouve un peu ça dans ces extraits. On ne cherche pas à dire, un dyslexique voit ça mais on propose plutôt un ressenti, une sensation face à des mots.

Colette : “Si faire des efforts suffisait, je serais une championne” : pour moi, en tant qu’enseignante cette phrase est très importante, parce que souvent c’est la seule solution que l’on propose aux élèves en difficulté, quelle que soit la difficulté : faire des efforts. C’est une des raisons pour lesquelles je trouve les conseils de classe inefficaces en terme de “conseil” on ne fait que répéter inlassablement qu’il faut faire des efforts. Et combien on voit d’élèves qui les font ces satanés efforts sans parvenir à progresser et dont on finit par dire…qu’ils sont limités. Ce qui est absolument odieux mais qui montre à quel point le système éducatif ne forme pas ses enseignants à s’adapter aux troubles de l’apprentissage, que ces troubles soient cognitifs, sociaux ou psychologiques…

 

La relation avec les enseignants est très présente dans cette histoire. Qu’avez-vous pensé des personnages et des méthodes de Mme Hall et de M. Daniels ?

Pépita : Pour sûr, ce sont deux enseignants et deux méthodes différentes, je dirais aussi que c’est lié à leur personnalité. J’ai trouvé quand même un peu caricatural de les opposer de la sorte même si des enseignants empathiques et d’autres moins, ça existe dans la vraie vie. Je pense que la première est démunie, elle n’a pas les clés de compréhension de son élève en difficulté, du coup, elle lui a mis une étiquette qui la rassure en quelque sorte. Le problème, c’est qu’elle entraîne la directrice dans sa vision. Elle l’influence. L’élève n’a donc plus aucun allié. M. Daniels, lui, est différent : il a cherché à comprendre, il est d’abord dans l’observation, dans le dialogue et non dans le jugement. Il n’enferme pas son élève mais l’accompagne comme devrait le faire tout pédagogue. J’ai trouvé cela très beau mais en même temps j’ai été gênée par ce côté manichéen de la démonstration dans ce livre.

Colette :  Je ne serai pas aussi sévère que vous avec Mme Hall, elle attend un bébé et n’est déjà plus présente à ses élèves mais j’ai quand même senti de l’empathie pour Allie de sa part. M. Daniels est quelqu’un d’exceptionnel, d’extrêmement disponible ( cette disponibilité est d’ailleurs d’après moi assez irréaliste ) et ses méthodes ont quand même l’air très liées à son intuition pédagogique plus qu’à des savoirs vérifiés et vérifiables. Mais il a cette qualité essentielle pour un enseignant qui est de toujours ” sur le métier remettre son ouvrage.

Pépita : Mme Hall fait ce qu’elle peut, elle est démunie, elle sent aussi qu’elle n’y arrive pas. Mais le contraste est tellement fort dans le livre avec l’autre enseignant que du coup ça l’accuse de fait ! C’est ça que je voulais dire. Et j’ai trouvé ça dommage. Et tu as raison : M. Daniels est exceptionnel dans sa disponibilité et c’est vrai, c’est si rare. Ce côté démonstratif m’a perturbée dans ce roman tout comme les “clichés” sur les élèves : il faut un hyperactif, un dans la lune, etc,….comme un échantillonnage. Je comprends l’idée derrière mais je trouve que c’est maladroit.

Colette : j’avoue que cela correspond assez à la typologie des élèves que l’on rencontre vraiment. Même les élèves entre eux ont vite fait de s’étiqueter : l’intello, le beau gosse,…

Solectrice : Je te rejoins Colette sur la typologie des élèves, dont le trait est sans doute forcé par les rapports entre eux. Quant au roman, je m’étais aussi étonnée du manichéisme entre les deux enseignants présentés mais vos regards m’invitent à les considérer autrement… c’est intéressant.

Votre regard sur la dyslexie a-t-il évolué en lisant ce roman ?

Pépita : Changer mon regard, oui, en quelque sorte car j’ai trouvé que le lecteur vit la souffrance de l’intérieur. Elle décrit très bien ce qu’elle ressent, avec ses mots d’enfant. Et la solitude que cela engendre. J’ai trouvé cela terrible. Et puis, je n’ai pu m’empêcher de penser que finalement, ce n’est pas si difficile d’apporter son aide.

Sophie LJ : Jusque là, j’avais une vision de la dyslexie plutôt du côté de ceux qui viennent en aide à ces jeunes. Là, on plonge vraiment du côté de l’enfant dyslexique, on comprend ses difficultés, on voit les tours qu’elle met en place pour cacher cela. On est vraiment de son côté et c’est ce qui est intéressant.

Colette : Oui !!! Oui et oui ! Parce qu’on ne m’avait jamais expliqué la dyslexie, et de le vivre à travers le quotidien de cette jeune fille ce fut comme une révélation des souffrances endurées par tous ces élèves croisés sur mon chemin. J’y suis très attentive cette année et je vois déjà l’influence de ma nouvelle vision des choses sur une élève diagnostiquée dyslexique dysorthographique dont je suis professeure principale. On cherche des solutions ensemble pour les travaux écrits et elle y met une bonne volonté joyeuses rare  

Si ce roman révèle les obstacles que doit affronter un enfant dyslexique, c’est aussi le récit de ses victoires. A quelle(s) réussite(s) avez-vous été sensibles ?

Colette : Il y a de nombreuses victoires dans ce roman qui m’ont touchée mais comme j’ai toujours eu un faible pour les fratries, j’ai trouvé bouleversant que la petite Allie trouve à la fin du roman comment aider Travis, son frère aîné, qui visiblement souffre aussi de dyslexie. Qu’elle trouve, confiante désormais en ses capacités, l’énergie d’orienter son frère vers son enseignant, est vraiment une preuve de son succès. Lui qui a toujours été là pour elle, elle peut enfin “lui rendre la monnaie de sa pièce”  

Pépita : j’ai été très sensible aux progrès d’Allie, au fait qu’elle en prenne conscience et que la confiance en soi arrive au point d’avoir envie d’en faire profiter son frère, tout comme vous.

Sophie LJ : C’est aussi ça qui m’a marqué le plus dans ce roman, le fait qu’elle aille plus loin que la simple réussite personnelle et qu’elle en fasse profiter son frère.

En conclusion, que diriez-vous de ce roman à un jeune lecteur ?

Pépita : je partirais du titre en fait pour lui en parler …imagine un poisson dans un arbre ….ce livre parle de ça : de ne pas se sentir à sa place et d’en éprouver des difficultés ….après tout dépend de la demande, dans quel contexte, mais oui je lui dirais aussi qu’il en faut du courage à ce poisson …je dirais deux mots de l’histoire juste pour lui donner envie de le lire…et voir ses yeux briller de ce trésor-là …mais il y aura certainement la grosseur du livre à dédramatiser…enfin, ça dépend du jeune lecteur.

Colette : Je ne parle jamais très bien des livres aux enfants, je préfère leur lire un petit bout du texte pour leur faire goûter à la langue de l’auteur, qu’ils rencontrent directement les personnages, qu’ils entrent dans leur vie discrètement. Je pense que je leur lirai l’incipit…

En complément de cette lecture, Pépita nous suggère ce dossier du site Lirado très instructif sur la dyslexie, où il est notamment question des nouvelles collections d’éditeurs destinées aux lecteurs dyslexiques.

N’hésitez pas à partager avec nous des titres sur ce thème.

 

 

Chers papis et mamies

Qu’ils nous gâtent à l’heure du goûter, nous tricotent d’incroyables chandails, nous emmènent faire un brin de causette dans les allées du jardin, nous comblent de câlins ou nous envoûtent par leurs histoires d’un autre temps, on leur garde souvent une place importante dans nos cœurs. Pas surprenant que ces chers papis et mamies peuplent aussi les albums et les romans à côté des enfants ou des adolescents.

Voici quelques trésors de papis et mamies que nous avons dénichés dans nos blogs…

Ceux qui nous parlent de moments complices entre grands-parents et petits-enfants :

 

L’attrape lune de Séverine Vidal et Barroux. Mango jeunesse, 2016

Une merveilleuse relation complice, affective et féerique entre un petit bonhomme et son grand-père qui le gave d’histoires toutes plus invraisemblables les unes que les autres.
C’est beau la vie ! Le temps qui passe !

L’article d’Alice.

 

Grand-Pa d’Edward van de Vendel et Ingrid Godon. 

Il est des albums d’une infinie tendresse qui disent ces liens précieux qui se tissent entre nos grands-parents et nous… Grand-Pa est de ceux-là

L’article de Colette.

 

Papy de Jean Leroy et Matthieu Maudet. L’école des loisirs, 2013

Best-seller familial que ce petit cartonné carré où un Papy râleur essaie de résoudre le conflit entre ses petits-enfants. Des couleurs vives et un humour décapant à partager avec la famille.

L’article de Bouma et celui de Sophie.

 

Mon grand-père de Christine Schneider et Gilles Rapaport. Seuil jeunesse.

Un album très touchant et très bien vu sur la relation d’un petit-fils à son grand-père.

L’article de Pépita et celui de Bouma.

 

153 jours en hiver de Xavier-Laurent Petit. Flammarion.

Pas facile de vivre chez son grand-père quand on le connaît à peine et qu’il parle si peu, a fortiori en Mongolie. Dans une situation extrême, une tendre relation va naître entre la fille et son grand-père.

L’article des Lutines.

 

Quelqu’un qu’on aime de Séverine Vidal. Sarbacane, 2015

Un road-trip mené par un grand-père souffrant d’Alzheimer, son petit fils qui découvre son enfant et ceux qui croiseront leur route. C’est un roman touchant où des destins se croisent le temps de tourner une page et d’avancer.

L’article de Sophie, celui de Pépita et celui d’Alice.

 

Une sacrée mamie de Yoshichi Shimada et Saburo Ishikawa. Delcourt.

Dans ce manga, on découvre une incroyable grand-mère qui est contrainte d’accueillir son petit-fils. Malgré la vie difficile de cette petite famille, l’austérité de l’aïeule et le désarroi de l’enfant vont laisser place à une belle complicité.

L’article des Lutines.

 

Dans la maison de ma grand-mère d’Alice Melvin. Albin Michel jeunesse.

La visite de la petite fille à la grand-mère est l’occasion pour le lecteur de découvrir la maison au charme si désuet. Chaque page raconte son histoire. On est là dans la transmission.

L’article de Pépita.

 

Barracuda for ever de Pascal Ruter. Didier Jeunesse.

Une belle aventure à vivre avec un grand-père loufoque, imprévisible et si attachant.

L’article d’Alice, celui de Bouma et celui de Pépita

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Et ceux qui abordent la fin de vie ou le souvenir des grands-parents :

 

Allô papi ? Ici la terre de Cécile Alix. Magnard, 2016

La mort de papi laisse Youn dans un état de tristesse et de mélancolie sans pareille. Il décide alors de lui écrire des lettres en espérant un signe de son grand-père ! Les réponses ne viennent pas mais le chagrin se fait moins grand …
Une jolie histoire, juste et touchante.

L’ article d’Alice.

 

L’histoire en vert de mon grand père de Lane Smith. Gallimard jeunesse, 2012

Un parfum de nostalgie souffle sur cet album où le jeune héros retrace la vie de son aïeul à travers des sculptures sur arbres. Le tallent de Lane Smith fait mouche une fois de plus et livre un album doux et tendre sur le souvenir.

Lire l’article de Bouma.

 

Appuyez sur étoile de Sabrina Bensalah. Sarbacane, 2017

Parce que chaque jour est fait de peine mais aussi de joie, la vie d’Avril c’est la vie comme elle va ; avec ses douleurs et ses bonheurs, ses émotions et ses déséquilibres, ses preuves d’amour et ses désillusions, ses rêves et son inévitable fatalité. Elle a juste un rêve : accompagner mémé dans ses derniers jours vers le plus beau des ciels étoilés ..

A lire au Pays des Merveilles.

 

Le jardin des ours de Fanny Ducassé. Thierry Magnier, 2015

Un bel album aux illustrations liberty sur les souvenirs que laisse un papi et un pépé à un ours qui repasse dans leur jardin. Une histoire tout en simplicité qui montre l’importance des souvenirs qui font grandir.

L’article de Sophie, celui de Céline du Flacon,  celui de Pépita

 

Papy de neige de Frank Andriat & Sarah Parmentier, Renaissance du livre.

Quand les grands-parents s’en vont, ça laisse un grand vide… A travers cette histoire illustrée tout en douceur ouatée, on suit le cheminement de pensée de l’enfant qui revit, avec le soutien de ses parents, cet événement douloureux qu’il a bien des peines à comprendre, à admettre…

L’article de Céline du Flacon.

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Vous ne voulez plus les quitter ?

Voici une sélection de l’Atelier de cœurs sur les grands-mères.

Vous y trouverez par exemple :

Ma grand-mère m’a mordu d’Audren. L’école des loisirs, 2013.

Un petit roman où un petit garçon se fait mordre par son aïeule car il zappé “Des chiffres et des lettres”. Cependant, personne ne veut le croire.

 


P’tit biscuit de Cécile Hudrisier. Didier Jeunesse, 2012.

Un conte détourné de l’album ” Le petit bonhomme de pain d’épice ” où une mamie se prépare un joli petit goûter. Mais à quatre heures, tous les estomacs se réveillent même ceux qu’on n’attend pas.

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Henri est en retard d’Adrien Albert. L’école des loisirs.

Dans cet album pétillant d’Adrien Albert, heureusement que Papi est là quand papa et maman sont mis hors-circuit par un rhume. Sur sa moto qui pétarade, c’est lui qui va sauver la mise à Henri et l’entrainer dans une aventure fabuleuse, quoique ponctuée de petits écarts, car Papi a une vie personnelle assez riche, lui aussi ! Une aventure délicieuse au côté d’un aïeul qui a plus d’un tour dans son sac.

A lire dans le Tiroir à histoires

Notre camping-car ! de Magali Arnal. L’école des loisirs. 2015

Encore un papi au commande d’un engin exceptionnel : un camping-car, cette fois, véritable maison roulante. Et c’est parti pour un week end en vadrouille à la mer. Une belle aventure, tendre et malicieuse, en tête à tête avec un grand-père drôlement chouette.

A lire dans le Tiroir à histoires

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Et pour prendre de la hauteur en suivant un papy peu ordinaire, Colette vous propose en bonus de (re)découvrir le dessin animé Là-haut de Pete Docter et Bob Peterson (2009). Avec son avis sur le film par ici.

 

Le Top 5 des Lutines

Quand on a dû élire 5 livres de la bibliothèque des Lutines comme dignes de traverser le temps, indispensables que l’on emporterait sur une île déserte, 5 livres que l’on sauverait d’une catastrophe naturelle… cela n’a pas été facile. On a réuni le conseil familial et on a proposé une première réponse, qui nous semblait évidente à toutes les 3 et même à tous les 4. Pour la suite, on a dressé une liste… qui dépassait largement les doigts des mains et des pieds ! Or il a fallu choisir.

1

Il semblait logique de placer ce livre tout en haut de l’impitoyable liste.

C’est un album lu 1000 fois, que l’on prend encore plaisir à lire, à relire, à compter, à observer pour ses illustrations atypiques, son refrain entêtant : « S’il te plaît donne-moi du pain, parce que j’ai faim ! ». Offert par ma tante bibliothécaire, ce beau livre a certainement nourri la gourmandise des Lutines pour la littérature.

La Grosse Faim de P’tit Bonhomme de Pierre Delye et Cécile Hudrisier.

 

2

Pour le deuxième livre, on a puisé dans ceux que l’on ouvrait pour la lecture du soir, ce moment magique si longtemps savouré, un recueil (bon d’accord, c’est un peu triché) : Les Petites Histoires du Père Castor.

Ces albums nous ont aussi donné l’occasion de découvrir de nombreux auteurs et illustrateurs de littérature jeunesse. Mais voilà, il faut encore choisir en parcourant le sommaire des Petites Histoires pour devenir plus grand ou pour faire rêver les petits. Parmi tous ces contes ou récits du quotidien, histoires de bobos, de doudous,… du rire aux larmes, on retiendrait Un ami pour Antoine de Koshka, illustré par Claire Delvaux. Une histoire touchante de tolérance, d’amitié et de partage.

 

3

Pour le troisième, le débat devient plus serré, je voudrais rendre hommage à Rebecca Dautremer (talentueuse illustratrice que la Collectionneuse de Papillons a déjà mise à l’honneur) ou à Roald Dahl (mais il faut choisir un titre, ça se complique, et j’ai déjà raconté l’an passé dans un article de Pépita ce qui me lie à cet auteur). Alors, je choisis :

Le Magasin zinzin de Frédéric Clément pour la poésie de ce petit musée merveilleux qui donne bien plus à lire qu’un simple album.

 

4

Aïe ! Plus que deux places sur le podium. Comment départager tous ces coups de cœur, tous ces livres qu’on aime à offrir, à échanger, à feuilleter ?

Alors je laisse la parole à mes filles. Ne voulant pas oublier un genre qui lui tient à cœur, Adèle se décide pour une série de bandes dessinées :

Boule à zéro de Ernst et Zidrou. Il faut dire que cette BD manie humour et émotion avec intelligence et que toute la famille suit volontiers les aventures de la petite Zita.

 

5

Et Lucie jette également son dévolu sur une série, mais romanesque. La valeur n’attend pas le nombre des années : « Pourquoi faudrait-il choisir un livre qu’on a lu il y a longtemps ? » argue-t-elle. « Dans un bon livre, on prend plaisir à retrouver les personnages. On s’y sent bien. Et ce serait dommage de ne pas mettre de romans dans cette sélection de littérature jeunesse. »

Sauveur et fils de Marie-Aude Murail.

Et ce choix tombe bien car je ne voulais pas oublier Marie-Aude Murail, une de mes premières rencontres en littérature jeunesse. Lors de mon premier poste en collège, quand j’avais demandé à la documentaliste ce qu’elle me conseillait pour commencer, elle m’avait confié Oh, boy ! pour mon plus grand plaisir.

 

A relire le premier top 5 de l’été et le choix hétéroclite de nos titres, je me dis que le plus important, ce n’est pas de déterminer nos livres préférés mais tout ce que ces livres racontent sur leurs lecteurs et qu’ils nous permettent d’échanger.

Comme il me tarde de lire les prochaines sélections !

Lecture commune : Aussi loin que possible

Sur la ligne de départ de cette lecture commune, on trouve Sophie LJAlicePépitaBouma et Colette, affichant une motivation à toute épreuve pour répondre à ma série de questions sur ce petit roman.

Aussi loin que possible, Eric Pessan. Ecole des Loisirs, 2016.

A vos marques-pages, prêtes ? C’est parti !

Deux jeunes nous tournent le dos sur la couverture, le titre nous intrigue sur l’objectif à atteindre… Quelles étaient vos appréhensions avant de commencer cette histoire ? Et qu’est-ce qui vous a donné l’élan pour cette lecture ?

Alice : “Objectif à atteindre”, ” élan”, j’aime bien ce choix lexical qui donne déjà des indices sur une des pistes de ce roman. Mais je n’en dis pas plus, car ce n’est pas encore le but de ta question…

Moi, j’ai beaucoup aimé le titre que je trouve très ambitieux. Enigmatique, percutant comme un slogan mais positif.

Quand à la couverture, ce n’est pas le fait que les deux ados soient de dos qui m’a intriguée, mais j’ai plutôt été touchée par leur accolade, symbole d’une certaine fraternité.

Au premier coup d’oeil, ce livre est pour moi plein d’amitié et d’espoir.

Sophie LJJ’ai aussi beaucoup aimé le titre de ce roman. Je me demandais où il m’emmènerait justement.

Une fois ouvert, j’ai été bien vite embarquée dans la course de ces deux jeunes qu’on suit avec plaisir et inquiétude aussi.

BoumaJe n’aurais sûrement jamais ouvert ce roman s’il ne m’avait été conseillé par ma libraire. Certes la couverture laisse penser à une histoire d’amitié et le titre sonne comme une promesse mais mes envies de lecture à ce moment là étaient très loin de cette thématique.

PépitaJ’avais déjà lu un roman de cet auteur et j’avais été frappée par son écriture. Et j’ai trouvé la couverture et le titre bien en accord : aussi loin que possible…une promesse, un défi à relever, deux jeunes garçons, il n’en fallait pas plus pour que j’ouvre ces pages.

ColetteCette lecture est un excellent souvenir car elle m’avait été conseillée par ma bibliothécaire préférée qui m’avait prêté ce livre à l’aube de notre expédition familiale à la Réunion et je l’ai lu d’une traite sur la plage de l’Hermitage pour me soigner d’une mauvaise angine qui m’empêchait d’aller me baigner dans l’eau transparente avec mes garçons ! Aussi loin que possible, quand même c’est un titre sacrément prometteur, une bribe de rêve comme on aimerait en glisser à l’oreille de chaque enfant croisé sur notre chemin…

D’un rythme haletant, ce roman débute comme une respiration saccadée et annonce la distance. Vous êtes-vous préparées à le lire d’une traite ou avez-vous été happées par cette course ?

PépitaComplètement happée par cette course car j’ai trouvé que le style d’écriture imprimait un rythme à l’histoire, on se sent courir avec les deux garçons, j’ai ressenti vraiment cette impression. Mais j’ai fait des pauses aussi, non pas pour reprendre mon souffle mais pour intérioriser ce que je venais de lire. Je sentais bien confusément que dans cette histoire, ce n’est pas seulement “courir” le message qu’a voulu faire passer l’auteur.

BoumaMoi aussi j’ai été happée dès les premiers mots par la présence de ce narrateur et l’écriture imagée d’Eric Pessan. On a l’impression de courir en lisant (je voudrais que tous les livres me fassent ça !)

ColetteJ’ai été complètement happée car je voulais absolument comprendre pourquoi ces deux jeunes avaient autant besoin de s’échapper.

Sophie : En général, je commence un roman quand je suis sûre d’avoir un peu de temps devant moi. Celui-ci, je n’ai pas pu le lire en une fois mais deux ont suffit. Je pense qu’on pourrait même le lire à voix haute… même si on risque d’être un peu essoufflé !

AliceJe me souviens de ces premières pages ou l’on passe les différentes barrières qui nous amènent du centre ville au periphérique, à la banlieue et puis … prendre une bonne bouffée d’air frais et de verdure en pleine figure ! Le rythme était donné, les foulées venaient naturellement les unes après les autres, le souffle se maîtrisait de mieux en mieux, les muscles commençaient à se faire sentir … de vraies sensations d’une bonne sortie de running ! Et je sais de quoi je cause ! Après la machine est lancée et le physique se rôde, c’est alors la tête qui rentre en action et l’on cherche à savoir ce qui pousse ces deux ados à courir. Après quoi ? Après qui ?

Comme la première page nous en informe (par une prolepse), les deux garçons voient naître au fur et à mesure de leur périple “les véritables raisons” de leur course. Sachant seulement qu’Antoine et Tony venaient d”une cité, qu’aviez-vous imaginé sur leurs motivations ?

Pépita : Aussi curieux que cela puisse paraître, rien du tout ! J’ai suivi leur périple comme il venait, en les trouvant très respectueux des traces qu’ils pouvaient laisser. Et curieusement, quand les motivations sont arrivées-mais le sont-elles vraiment ?-j’ai retenu mon souffle : je ne voulais pas que cette course spontanée soit “souillée” en quelque sorte par une espèce de chose genre ” faut rentrer dans les cases”. Eric Pessan a su garder l’esprit jusqu’au bout je trouve et je pense que la réussite de ce roman tient aussi à ça : à ce travail d’équilibriste, au fil du rasoir, pour ne pas tomber dans le cliché et les stéréotypes.

Alice : Comme Pépita, rien non plus. Et c’est vrai que cela titille notre curiosité, que l’on se demande ce qui peut guider cette course et j’ai particulièrement apprécié que tout cela ne tombe pas dans le cliché de la cité. Le dérapage aurait pu être facile, mais non Eric Pessan maintient bien son cap, son équilibre et sa finesse. Pas de misérabilisme non plus, pas de “too much”, juste ce qu’il faut pour que cela soit touchant.

Sophie : Je n’avais trop rien imaginé en dehors d’une fugue. Par contre, pendant un moment au cours de l’histoire, j’ai cru que ça allait mal finir ! J’avais du mal à voir comment on pouvait aller vers du positif.

ColetteDéformation professionnelle sans doute, j’ai vu de nombreux fantômes, rencontrés sur mon chemin d’enseignante d’élèves en fuite, pousser nos deux amis à courir. Ce n’est pas tant leur situation de jeunes de cité qui a créé cette attente mais simplement le fait qu’ils soient au cœur de cet âge de tous les élans qu’est l’adolescence.

Reprenons leur élan et ouvrons les yeux…

« Une expiration.

Je m’accroche au rythme de nos pas, je n’écoute plus que le heurt de nos semelles et l’écho que rendent certains entrepôts. J’oublie le grondement continu du périphérique, j’oublie les moteurs (…)

Deux inspirations.

On avance.

Des machines martèlent du métal, des chiens aboient. »

Les deux coureurs font abstraction du décor, de ce monde désolé qui les entoure. Et vous, avez-vous été sensible à cette toile de fond sonore et visuelle ?

Pépita : oui tout comme toi j’ai été très sensible à cet univers et je pense qu’un film pourrait aisément en émerger. J’ai entendu leur souffle s’accorder, leurs semelles claquer, le bruit de la ville, le silence de la campagne,….comme si l’auteur avait voulu que le lecteur soit presque en train de les suivre en vrai.

Colette : les bruits de la ville m’habitent et me rassurent, j’aime les retrouver dans mes lectures même si c’est pour tenter de les oublier.

Sophie : J’ai bien aimé l’ambiance citadine que créaient les décors. Je me souviens moins des autres. C’est vraiment le côté urbain qui m’a marquée, le point de départ dans un environnement de cité, les bruits, le décor. On s’en imprègne assez bien même si c’est secondaire pour eux. Je n’ai pas le livre sous la main mais je me souviens particulièrement d’un début de chapitre où ils sont devant l’autoroute. La vitesse des véhicules défile sous leur yeux alors qu’ils sont justement arrêté pour la première fois. J’ai bien aimé ce contraste du style “la vie continue”.

Alice : Je ne me souviens pas des bruits de la ville… c’est vraiment le souffle de leurs respirations qui pour moi a rythmé cette lecture et la cadence de leur pas, de leur course.

Bouma : Ce décor très citadin m’a permis de me plonger très facilement dans le récit car il me rappelle mon quotidien et tous les bruits urbains qui peuplent ma vie. C’est presque une bande-son, tant le côté sonore du décor prend de la place.

Oubliant l’univers réaliste dans lequel évoluent les deux adolescents, j’ai souvent pensé à un conte en lisant ce roman : deux héros en quête pour échapper à leur sort, quelques rencontres menaçantes, d’autres souriantes, bienveillantes et des abris providentiels sur le chemin. Me suivez-vous sur cette piste ?

Pépita : maintenant que tu le dis oui pourquoi pas ? Mais non je ne l’ ai pas lu comme un conte mais comme un fait de société actuel.

Colette : Je ne l’ai pas du tout lu comme un conte (en même temps le schéma actantiel que tu décris est un schéma que l’on retrouve dans la plupart des récits, mais c’est vrai qu’ici la brièveté du récit pouvait faire songer au conte) mais comme une histoire d’amitié réaliste et moderne.

Alice : Tout comme mes copinautes, je n’ai absolument pas vu ce livre comme un conte et je ne sais pas si je m’avancerais jusque là. C’est pour moi un roman d’actualité avec sa part d’engagement et d’indignation. Un réveil des consciences assez finement amené.

Je trouvais que rien n’arrêtait ces personnages et qu’il y avait un aspect merveilleux dans le fait qu’ils parvenaient à mener leur course au bout, en volant sans être arrêtés ou en s’abritant sans être découverts, comme si cette aventure échappait à la réalité. Mais je ne voudrais pas forcer l’interprétation du récit, qui est bien ancré dans la société actuelle, je le reconnais.

Sophie : Je n’ai pas pensé au conte non plus en le lisant. Mais en y pensant j’imagine assez bien une réécriture un peu onirique et fantastique de cette histoire.

Des souvenirs émergent en pagaille, des projets naissent. Sur la ligne d’arrivée, l’écriture prend le relai de la course et le reste de la vie des héros s’ouvre, entre parenthèses. Ce roman intimiste nous donne à penser, prolonge l’écho des pas dans nos têtes. Après l’avoir fermé, quels mots ou pensées résonnent encore en vous ?

Pépita : je l’ai lu à sa sortie, ce roman, et cette lecture commune ravive des souvenirs encore très forts en moi : je dirais « humanité et leçon de vie ».

Colette : “parce que c’était lui, parce que c’était moi”…

Bouma : Ce roman m’est apparu comme une parenthèse et il reste comme tel dans ma mémoire. Il raconte un instant singulier dans la vie de personnages, un instant pour lequel il y aura désormais un avant et un après. Ce sont des choses qui arrivent à chacun dans la vie, et ce sont donc mes propres souvenirs de ces instants particuliers qui me reviennent en filigrane de cette lecture ; tous les moments d’amitié partagée qui ont sillonné ma vie pour la construire… Y compris ma découverte de ce beau projet, et les summer book camp des dernières années.

Sophie : Pour moi cette course, c’est la façon des héros de tourner la page à un moment de leur vie. Cette course c’est une accélération qui va les emmener vers autre chose, très vite car ça devient vital pour eux deux. Ce qu’il me reste de ce roman c’est cette invitation à sortir de sa zone de confort pour passer à autre chose.

Alice : Que me reste-t-il de ce roman ? Après cette lecture commune, une envie de le relire …

 

Coups de foudre de février

Après la sélection bisous, on a gardé une âme tendre pour vous présenter nos coups de cœur du mois. Un mois court mais intense où l’on est encore emmitouflé pour profiter d’une bonne lecture, où l’on espère toujours honorer ces belles promesses de janvier en croquant avidement dans nos piles à lire. Un mois court où l’on prend pourtant le temps de cliquer sur les blogs, de lire les articles si enthousiasmants et de glaner des conseils de lecture, comme on chiperait des lambeaux de barbe à papa…

 

Parmi les friandises savoureuses, Alice retient :

Un ours des ours de François David. Sarbacane, 2016.

Il y a temps de choses à dire, tant de choses à découvrir sur cet animal aussi puissant qu’emblématique, que 32 illustrateurs se sont pliés au jeu “Dessine-moi un ours”. Pour notre plus grand bonheur à tous, nous n’avons pas encore fini de faire le tour de la question !

Un album, bien léché !

Une pépite pour Pépita dans Méli-Mélo de livres :

Confessions d’un ami imaginaire de Michelle Cuevas. Nathan, 2017

Un premier roman véritable ode à l’imagination chez l’enfant, à la croisée de la fable et du récit initiatique : le lecteur se laisse emporter par la poésie de cette histoire qui rend hommage à l’enfance de la plus belle des façons.

Un roman savoureux !

Une nouvelle série addictive pour Bouma et son Petit Bout de Bib(liothèque) :

Six of Crows T.1 de Leigh Bardugo, Milan, 2016

Dans un monde aussi sombre que ses héros, partez pour une aventure aussi extraordinaire que dangereuse. Apprenez à ne pas vous fier aux apparences et pleurez de devoir attendre la suite…

Sur les étagères de la collectionneuse de papillons, un drôle d’abécédaire  à caresser, dépiauter, tirailler, déplier, replier qui ravit les petites mains et les yeux grand ouverts d’un petit bonhomme de 3 ans :

Abécédaire, Pascale Estellon, Les Grandes personnes, 2012.

Un bonbon acidulé pour Solectrice dans les Lectures Lutines :

Ma mère, le crabe et moi, Anne Percin, Le Rouergue.

 Ce roman déroule le quotidien d’une mère atteinte d’un cancer du sein, vu par sa fille adolescente. Un petit bonheur et une bouffée d’humour dans une situation pourtant éprouvante.

Une histoire douce-amère !

Une réflexion sur notre humanité pour Céline – Qu’importe le flacon, pourvu qu’on ait LIVREsse

Où es-tu, Yazid ?, Claude Raucy, Double Jeu, Ker éditions

Avec cette question en filigrane :

“Donner un bol d’eau à quelqu’un, c’est plus qu’un symbole, c’est lui apporter un peu de vie.  Et si on a donné un peu de vie à quelqu’un, même rien qu’un peu, peut-on après la lui ôter ?”

Du rire aux larmes, impossible de choisir chez Chloé- Littérature enfantine, qui vous propose donc un double coup de cœur, à vous de choisir selon votre humeur du jour.  

 

Oh, hé, ma tête! Shinskue Yoshitake, kaleidoscope

Un petit bonhomme du genre à vouloir être autonome se retrouve la tête coincée dans son t-shirt. Mais que ce soit bien clair, pas question d’accepter l’aide de quiconque.

Lettres à mon cher grand-père qui n’est plus de ce monde, Frédéric Kessler, Alain Pilon, grasset jeunesse

C’est avec toute la candeur de l’enfance que Thomas écrit à son grand-père disparu. mais ses lettres restent sans réponse. Incompréhension, colère, chagrin,ce premier deuil est montré avec émotion et une très grande justesse.

 

La (re)découverte d’une artiste – La littérature jeunesse de Judith et Sophie

Frida de Benjamin Lacombe et Sébastien Perez chez Albin Michel jeunesse

Deux univers se mélangent dans cet album : celui de la tourmentée Frida Kahlo, peintre mexicaine, et celui du talentueux et mystérieux Benjamin Lacombe. Personne ne pouvait mieux que ce dernier faire revivre les œuvres de cette artiste fascinante !

Après les attentats

Après les attentats, je voulais seulement rêver que cela ne s’était pas produit.

Après, j’ai pensé à ce que l’on pourrait lire, dire ou écrire pour apaiser les peines.

Après, des mois après, j’ai voulu lire ce que des auteurs avaient écrit pour les jeunes sur les attentats.

J’ai lu Samedi 14 novembre de Vincent Villeminot. Editions Sarbacane

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J’ai d’abord trouvé que ce roman portait un regard détaché sur les attentats mais j’ai ensuite été saisie par ce que la victime décidait de faire du terroriste qui était à sa merci, même si l’histoire se “finit bien”, même si on ouvre des portes sur un dialogue, une réconciliation.

L’avis de Lucie, par ici.

 

Après, j’ai eu envie de poser des questions à l’auteur, Vincent Villeminot, qui m’a aimablement répondu :

Le récit, qui m’a semblé pudique et même poétique, dans le premier acte laisse place à une violence déboussolée. Ce contraste est-il un effet recherché ?

Le livre commence juste après les tirs, par un silence, une stupéfaction. B. a besoin de temps, où il répète ce qu’il a vu, vécu, sans y croire. La violence, oui, il était nécessaire qu’elle survienne ensuite. Avec brutalité, comme une explosion – et comme une perte. Une perte qu’on ressent chez chacun dans les entractes, et une défiguration de B. dans les actes. C’est d’ailleurs ce qu’il reproche dans l’acte 4 au terroriste, Abdelkrim – de l’avoir déshumanisé.

La confrontation imaginée entre une victime et un terroriste était-elle un préambule nécessaire au pardon et au dialogue ? 

Quand j’ai commencé ce roman, c’était à cause d’une question : « Après ça, comment on continue, ensemble? Est-ce qu’on peut continuer? » Moi, je n’étais pas en situation de me poser la question du pardon, même si je suis convaincu que le pardon libère. Je ne fais pas partie de ceux qui pouvaient éventuellement choisir de pardonner, on ne m’avait rien fait à moi – et je ne voulais pas « me mettre à la place de… » Ce que je voulais, c’est savoir si quelque chose « entre nous » était encore possible. Mettre une victime en face d’un des tueurs, les enfermer dans la même pièce, et voir ce qu’ils auraient à se dire, me semblait une façon de répondre à cette question. Et puis, je me suis rendu compte à l’écriture que ce que le tueur avait à dire ne m’intéressait pas. La confrontation qui m’intéressait, c’était celle de B. et Layla, le frère de la victime et la sœur du terroriste. Deux innocents. Parce que c’est eux qui vont devoir continuer, ensemble ou l’un contre l’autre.

Comment vous est venue l’idée de la poursuite et du passage à l’acte insensé de B. ? Est-elle l’expression d’une sourde colère ?

Ce qui se passe entre B. et Layla, c’est d’abord l’expression et les conséquences de la violence du vendredi, elle engendre d’autres violences. C’est le programme absurde fixé par la phrase : « nous sommes en guerre ». On pourrait en rester là, dans ce cycle, indéfiniment. Mais dans le roman, de la part des deux jeunes gens, il y a un ressaisissement. Un dialogue, oui, et au-delà, même.

La composition en cinq actes fait-elle écho au genre de la tragédie ?

Oui, c’est une tragédie, et j’en rappelle d’emblée les règles – cinq actes, unité de temps, presque de lieu, trois protagonistes, pas de « deus ex machina ». La mécanique semble en place dès le début. Mais la tragédie s’enraye, s’inverse, on échappe à la fatalité, et parce qu’on a besoin de plus d’un jour pour solder certaines choses (parce que c’est une illusion de penser que tout se résout rapidement, aisément), le dernier acte s’écrira au futur. Comme une profession de foi sur l’avenir.

Pourquoi avoir confié le sort de l’assassin à l’imagination du jeune lecteur ?

Parce que c’est une façon de dire: très sincèrement, ce qu’il va devenir est sans intérêt. Après les attentats, on a beaucoup parlé d’embrigadement, de déradicalisation, on s’est en un sens laissé fasciner par les tueurs, on leur a donné le nom qu’ils revendiquent, « djihadistes », au lieu de les appeler simplement des tueurs… Ici, dans ce livre, on ne parle ni des raisons d’agir des terroristes, ni des moyens de les neutraliser. Mais simplement des moyens de continuer ensemble, entre personnes qui désirent ne pas se tuer. Et des obstacles qu’on nous met dans les jambes quand nous prétendons nous rencontrer.

Les remerciements font corps avec le roman. Cette mise en page était-elle décidée dès le début de l’écriture du roman ? Les scènes finales, qui apparaissent comme des scènes coupées ou un épilogue, vous semblaient-elles facultatives pour le lecteur ? 

Non, cette idée s’est improvisée en cours de route. Pour moi, les remerciements étaient une façon de parler de la façon dont le livre s’est construit, de dire « d’où je parlais », ce qui me paraissait important. Je ne suis pas un témoin, ni une victime, juste un romancier qui s’est mis au travail quelques jours après les attentats, grâce à des gens qui m’ont « mis en route », à d’autres qui m’ont accompagné. J’avais confiance dans le pouvoir qu’a la fiction d’éclairer l’avenir. 

Quant aux scènes finales, elles sont nées dans le dialogue avec mon éditeur : envie, de sa part, de cette scène d’enfance sur la plage dont nous avions parlé ; envie, quant à moi, de la scène sur les planches de théâtre. Elles sortaient toutes deux du cadre de la tragédie, et c’est là que l’idée de bâtir un post-générique s’est imposée. C’était cohérent avec B., qui est étudiant en cinéma, et pense en plan-séquence, parfois. Mais elles sont partie intégrante du roman, une sorte de conclusion et de déclaration.

 

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Après la lecture de ce roman et de quelques autres sur les attentats, je me suis posé des questions et je les ai posées aux copinautes d’A l’Ombre du Grand Arbre où elles ont fait naître d’autres questions. Alors, un petit échange est né de ces mots :

Peut-on parler des attentats en littérature jeunesse ? N’y a-t-il pas un côté malsain à exploiter cette terrible actualité pour attirer des lecteurs ? Est-il indispensable de construire des fictions autour de ces événements funestes ?

Pépita

« D’emblée je dirais oui et non :

oui parce que rien ne devrait être interdit en littérature jeunesse

et non parce que tout dépend de l’approche.

Une autre question me vient à l’esprit : est-il nécessaire d’aller au devant des questions des enfants ? J’ai eu le sentiment sur ce sujet en particulier de la précipitation à éditer sans trop de recul. Le risque est de rajouter de l’angoisse là où il n’y en avait peut-être pas. »

Sophie LJ

« Il faut voir l’approche des auteurs. Je trouve ça un peu difficile d’écrire un roman sur ce sujet précisément, en effet, est-ce que ça ne rajoute pas de l’angoisse, des questions ?

Je trouve ça plus pertinent de montrer comment on peut apprendre et continuer à vivre dans ce contexte plutôt que de se replonger dans l’horreur avec un manque de recul certain. Marie-Aude Murail le fait aussi dans Sauveur et fils mais c’est très léger. »

Colette

« Aller au devant des questions des enfants, n’est-ce pas créer un problème inutile ? Surtout que personne n’est capable de répondre à cette angoisse sourde qui peut naître dans le coeur des enfants… »

 

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Après, nous avons pensé proposer quelques titres sur cette thématique. Les voici :

Alice d’A lire au Pays des Merveilles a lu :

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La fille quelques heures avant l’impact d’Hubert Ben Kemoun. Flammarion

Un concert qui tourne mal et un épilogue de l’auteur disant qu’il avait fini de l’écrire avant la folie du Bataclan.

Son avis par ici.

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Little sister de Benoit Séverac. Syros

Une fille qui part sur les traces de son frère, parti vers la Syrie…

Son avis par ici.

 

Sophie de la Littérature Jeunesse a lu :

9782221193334

A la place du cœur d’Arnaud Cathrine. Robert Laffont

J’aime bien l’idée de l’auteur qui a voulu placer son histoire dans ce contexte sans en faire le thème principal.

 

Lucie des Lectures lutines a lu :

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Maman aime danser de Didier Pobel. Bulles de savon

Un enfant découvre l’absence de sa mère et se raconte.

Son avis par ici.

9782352901624

Après l’orage d’Hélène Romano et Adolie Day. Editions Courtes et Longues

Dans cet album, un enfant raconte l’orage des fusillades et la tristesse qui a envahi son quartier, jusqu’à ce que ses parents lui expliquent. Enfin un rayon de soleil !

 

 

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Pour conclure, j’ai trouvé que le poème de Gilles Brulet illustré par Anne Laval, nous donnait un bel espoir et laissait place à la vie. Le voici :

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Publié par Bayard-Presse, novembre 2015.