Entretien avec Stéphane Servant à propos de son roman Félines

Ceux qui suivent régulièrement nos publications le savent, Stéphane Servant fait partie des auteurs que nous aimons particulièrement lire, à l’ombre de notre grand arbre ! Cette année, son album Le Nid a même remporté notre prix “Brindille” du meilleur album pour tous petits. Son roman Sirius avait fait partie des parutions les plus remarquées de 2017 et raflé le prix Sorcières. Avec Félines, paru en août 2019 aux éditions du Rouergue, Si Stéphane Servant retrouve plusieurs de ses thèmes de prédilection (l’animalité de l’être humain, les dérives humaines et les formes de domination…), il renouvelle profondément sa manière d’écrire avec ce nouveau roman. Il y est question d’une transformation mystérieuse affecte les adolescentes qui voient leur aspect évoluer. De quoi susciter beaucoup de questions ! Auxquelles il a très gentiment accepté de répondre.

Vous avez exercé plusieurs métiers avant de devenir auteur. Comment en êtes-vous venu à écrire ?

Depuis l’enfance, j’ai toujours écrit. Avant tout parce que j’adorais lire et que j’étais ébloui par le pouvoir des histoires et de la littérature. Cette chose magique qui fait qu’on peut vivre mille vies au fil des mots, blotti entre les couvertures.

J’ai continué à l’adolescence parce qu’écrire me permettait de mettre à plat ce que je ressentais, ce que je ne pouvais exprimer autrement. Et aussi parce que l’écriture permet d’explorer des endroits intimes qui sont loin de la conscience. Écrire, c’est aller à la découverte de soi. Et ça résonne particulièrement avec l’adolescence.

Après des études de littérature anglophone assez « flottantes », j’ai travaillé en tant qu’animateur en milieu scolaire et associatif. Je suis allé conter dans les écoles, j’ai donné des cours de cirque, j’ai programmé des spectacles en milieu rural, j’ai fait du spectacle de rue, du graphisme et j’ai également travaillé pour la presse jeunesse. Durant tout ce temps-là, j’écrivais mais sans penser à partager ces textes.

C’est dans la bibliothèque d’une école primaire que j’ai découvert Le voyage d’Oregon de Rascal et Joos, j’ai alors réalisé l’extraordinaire liberté de création de la littérature jeunesse et je me suis mis à écrire des textes d’albums. C’est une écriture particulière, proche de la poésie d’une certaine façon, qui m’a demandé beaucoup de travail. J’ai eu la chance de bénéficier du regard bienveillant de Cécile Emeraud, alors éditrice au Rouergue. Elle n’a jamais publié mes textes mais elle m’a encouragé à persévérer. Quelques années plus tard, en 2006, j’ai publié Le Machin, illustré par Cécile Bonbon, chez Didier Jeunesse et Cœur d’Alice, illustré par Cécile Gambini, chez Rue du Monde. Mon premier roman, Guadalquivir, est paru en 2009 chez Gallimard.

Comment vous est venue l’idée d’écrire Félines ? Avez-vous été inspirés par des personnes réelles pour imaginer les Félines ?

Dans Sirius, mon précédent roman, j’évoquais la façon dont notre société occidentale capitaliste exploite et épuise le vivant, animaux, hommes et végétaux, faisant de toute vie une donnée purement comptable, niant par là-même la vie elle-même.

En miroir de ce motif, je mettais en scène une secte religieuse qui entendait dominer le monde, arguant que le monde leur avait été donné par dieu et que « les élus » pouvaient donc en jouir à leur guise et sans limites.

Dans un cas comme dans l’autre, ces deux systèmes de domination légitimaient le pire et menaient l’humanité à sa perte.

Rien de bien nouveau finalement, les exemples historiques sont nombreux : quand il y a domination, la barbarie n’est jamais très loin.

Les mois qui ont suivi l’écriture de Sirius, j’ai poursuivi cette réflexion sur la domination et je me suis demandé quels étaient les interstices, les failles, les lignes de fuite possibles dans un monde où, soit disant pour le bien du plus grand nombre, tout doit être calibré, standardisé, évalué, étiqueté, où tout ce qui ne rentre pas dans la norme est rejeté. Et je parle là aussi bien des tomates, des vaches que de nous-mêmes, hommes et femmes, cela participe du même mouvement.

Les publicitaires, les religieux, les politiques nous disent tour à tour quoi et comment être. Tout est borné à l’aune d’une prétendue paix sociale : notre façon de penser, d’interagir, d’aimer, de protester de voyager, d’habiter, d’occuper l’espace public,… jusqu’à nos corps qui doivent correspondre à une norme supposée idéale et qui sont dans le même temps l’objet d’injonctions contradictoires – particulièrement ceux des femmes.

Ces représentations avec lesquelles nous avons grandis sont une violence et engendrent une violence envers celles et ceux qui ne s’y reconnaissent pas, qui sont hors-cadre ou qui ne veulent pas s’y soumettre.

J’ai donc imaginé un acte d’insoumission définitif : que se passerait-il si les corps eux-mêmes ne répondaient plus aux injonctions ? Comment réagiraient ces jeunes filles ? Quelle serait la réaction de leurs proches, de la société ? C’était le début de la Mutation….

Dans Félines, je parle donc du corps des jeunes filles mais c’est une sorte de fil rouge pour interroger de façon plus large notre rapport au monde, dans une trame générale tissée de nombreux autres motifs qui se rejoignent : violence sociale, exclusion, harcèlement, racisme, xénophobie mais aussi joie, amours, sexualités, radicalité, révolte et liberté,…

Vos romans, et Félines en particulier, reflètent densément notre société et les grandes questions politiques et sociales de notre temps. Est-ce qu’il y a des sujets dont vous teniez à parler, avec Félines, ou ces grandes questions politiques se présentent-elles plus spontanément dans le fil du travail d’écriture ?

Écrire, c’est précisément questionner le monde, se questionner soi et partager ces interrogations avec les lectrices et les lecteurs.

Depuis longtemps, la question de la liberté est au centre de mes romans. Les personnages principaux sont souvent des ados cabossées par la vie, atypiques, marginalisées, qui cherchent leur place dans un monde cadenassé par la peur et les préjugés, comme dans Le cœur des louves ou La langue des bêtes.

Pour Félines, je me suis nourri très directement de l’actualité, et de ce qu’elle nous dit de la liberté aujourd’hui. Il suffit de voir comment le pouvoir réagit face à l’opposition à la Loi Travail, la ZAD de Notre-Dame des Landes, les Gilets Jaunes, la mobilisation des jeunes contre la réforme du lycée, l’action de SOS Méditerranée, la parole de Greta Thunberg, Extinction Rebellion et tant d’autres mouvements collectifs.

Dans ce monde standardisé, tout ce qui ne fait pas et n’admet pas le consensus est perçu comme un danger pour le système, présenté comme une menace envers la démocratie elle-même. Toute radicalité est devenue suspecte. Hors, sans radicalité, il n’y a plus de mouvement et une société qui ne bouge pas est selon moi destinée à s’éteindre.

C’est une réflexion permanente mais parfois il y a collision avec l’écriture. Dans Félines, il y a par exemple une scène où la police force les adolescentes à rester à genoux, les mains sur la tête, « bien sages ». C’est évidemment inspiré de ce qu’ont subi des adolescents de Mantes-la-Jolie en décembre 2018 lors d’une manifestation contre la réforme du lycée. J’étais en train d’écrire Félines et il y a eu une vraie collision entre la fiction et le réel, cette collision a nourri mon écriture – et le livre est d’ailleurs aussi dédié à ces jeunes-là.

Ce roman se présente sous la forme d’un témoignage. Comment s’est imposée cette forme ?

Pour chacun de mes romans, je cherche une forme particulière. Celle qui portera le mieux la narration, bien entendu, mais aussi celle qui me permettra d’explorer de nouvelles formes d’écriture. Fond et forme sont pour moi indissociables. D’où par exemple la construction labyrinthique du Cœur des louves ou l’épopée presque lyrique de Sirius.

Pour Félines, je voulais donner à entendre la voix de Louise, une jeune fille radicale et révoltée et ça m’a semblé évident de choisir une forme très brute, presque brutale parfois. D’où le témoignage.

Pour autant, il me semblait nécessaire de construire ce texte comme une adresse, non pas à un hypothétique lecteur extérieur mais bien à un témoin direct, présent, ici et maintenant aux côtés de Louise – ce qui renforce l’effet de réel. De plus, quand Louise interpelle l’écrivain qui recueille sa parole, ça me permet d’interroger indirectement le lecteur, de l’amener à réfléchir, à prendre position, pour ou contre, peu importe, et peut-être à changer de position au cours du récit.

Une autre question de curiosité en lien avec la forme du témoignage. Le roman est dédié à Camille, fille de l’auteur. Cette dédicace a piqué notre curiosité : elle est réelle ou fait-elle partie de la “mise en scène” de ce roman ?

Ah ah ! Comme les magiciens, je préfère ne pas vous dévoiler les ficelles et laisser le mystère entier…

Dans le prologue de Félines, vous écrivez : « Réfléchir, c’est commencer à désobéir. Lire, c’est se préparer à livrer bataille ». Ces mots prennent un relief particulier dans le contexte de narration de ce roman. Pouvez-vous nous en dire un mot ?

Le témoignage de Louise n’est pas un manifeste. C’est un cri. Elle ne cherche pas à convaincre, elle dit sa vérité, tout simplement, en assumant parfaitement sa subjectivité et elle laisse le lecteur se faire son opinion.

C’est pour moi cette position qui éclaire la phrase  « Lire, c’est se préparer à livrer bataille », et ce à deux niveaux.

Le premier niveau de la bataille c’est celui de l’intime. Soi face à un texte. Un texte, ce sont des questions, une vision, un « autre » qui se livre à vous. La bataille se joue non pas avec l’autre mais avec soi-même, avec ce qu’on savait, ce qu’on croit, ce qu’on croyait savoir, ce qu’on entrevoit et qu’on n’avait pas vu. Ça me fait penser à cette formule un peu facile et galvaudée : « Un livre dont on ne sort pas indemne » ou à la formule de Kafka qui comparait la littérature à une hache qui vient briser la mer gelée en nous. Lire pour être bousculé, pour nous mettre en mouvement.

Le second niveau de la bataille se joue au-delà du livre après l’acte de lecture. L’imagination a été mise en mouvement par le texte. On devine d’autres chemins, d’autres voies, d’autres façons d’être au monde, d’autres mondes peut-être. Vient alors le temps de refermer le livre, d’aller se frotter au réel, d’éprouver de façon tangible, d’argumenter, de refuser, de protester, de créer, d’inventer individuellement et collectivement avec d’autres qui ont une autre expérience singulière. C’est ce que vivent les Félines quand elles se retrouvent derrière le stade de cette petite ville et décident de réagir collectivement en organisant une manifestation et en revendiquant des droits. La bataille se livre là contre la passivité, la fatalité, les assertions comme « c’est comme ça et pas autrement », « il n’y a pas d’autre solution », « il n’y a pas de plan B ». L’imagination, au delà de la fiction, sert à ça. A se dire : « oui, c’est possible. Personne n’y croit, mais c’est possible. Et je vais me battre pour ça. »

Ayant énormément aimé le roman, nous serions intéressées de connaître d’éventuels prolongements. Avez-vous par exemple prévu des lectures publiques ? Peut-être une adaptation cinématographique ?

C’est encore un peu tôt pour en parler mais je travaille avec mon complice musicien Jean-Marc Parayre à la création d’une lecture musicale à partir de Félines.

Il en existe déjà une sur Sirius où Jean-Marc m’accompagne avec des instruments anciens (nyckelharpa, vielle à roue, flûte hamonique) sur une bande-son originale. Pour Félines, j’aimerais développer un univers hip-hop, quelque chose de très contemporain. Nous y réfléchissons ensemble.

Pour ce qui est du cinéma, je n’ai pas encore eu de proposition. Mais je pense que Félines pourrait être la base, pourquoi pas, d’une série télé.

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Un grand merci à Stéphane Servant d’avoir accepté de répondre à nos nombreuses questions !

Hommage à Axl Cendres

Elle nous a souvent touchés par sa sensibilité et sa mélancolie.
Autant qu’elle nous a surpris par sa singularité et sa franchise.

Elle nous a fait rire, elle nous a émus.

Elle avait cette liberté de langage et cette extravagance qui cachaient une crevasse d’amertume.

Elle gardait autour d’elle une part de mystère mais c’est à travers ses livres qu’elle se dévoilait à chaque fois un petit peu.

C’est avec une immense tristesse que nous avons appris le décès d’Axl Cendres.

A l’Ombre du Grand Arbre, nous souhaitons lui rendre hommage et vous inviter à découvrir ou re-découvrir quelques uns de ses ouvrages qui sont de véritables expériences littéraires…..

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Confessions d’un apprenti Gangster. Sarbacane, 2013.

Un roman flash-back d’un ado qui suit les traces de son père en entrant dans le banditisme. Fragments de vie, ce livre se construit comme un puzzle alors que l’enquête policière avance.

Retrouvez l’avis d’Alice

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Aimez-Moi maintenant. Sarbacane, 2008

Rencontrée à Montreuil, sur sa dédicace Axl Cendres a écrit “Les beaux mensonges valent mieux que les sales vérités”. Voilà, tout est dit.

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Mes idées folles. Sarbacane, 2009

Abel Francis Sandro est un jeune psychiatre au pavillon 43 qui s’occupe des malades chroniques. Il cherche à comprendre comment les gens marchent. Mais il se rend compte que ce n’est pas les gens qu’il comprend mais leurs maladies. Pour les grands ados.

Les avis de #Céline et Sophie

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Echecs et but ! Sarbacane, 2010.

Quand les échecs et le foot se rencontrent. Et surtout les supporteurs respectifs.

L’avis de Sophie

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Le voyage d’Esteban Sarbacane, 2012

La beauté de l’écriture d’Axl Cendres aborde ici la tauromachie, à travers le destin du jeune Esteban qui va marcher sur les pas de son grand-père, matador de grand renom et disparu mystérieusement. Ce roman-là prend des airs de légende sur fond de transmission.  Epoustouflant.

 

L’avis de Pépita

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La drôle de vie de Bibow Bradley, Sarbacane, 2012.

Juin 1964, USA. Le jeune Bibow Bradley est envoyé au Vietnam où, en toute logique, il devrait perdre un œil comme papy (en Normandie) ou une jambe comme papa (en Corée).
Sauf que Bibow a un don : il ne connaît pas la peur.

 

L’avis de Sophie

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Dysfonctionnelle, Sarbacane, 2015.

Fidèle, jeune adolescente, grandit entourée de ses six frères et sœurs dans une famille dysfonctionnelle : son père enchaîne les allers-retours en prison, sa mère est à l’asile. Dotée d’une “intelligence précoce”, elle s’intègre à un lycée des beaux quartiers où les élèves la regardent comme un alien. Mais c’est là que l’attend l’amour, le vrai, celui qui transforme, celui qui sauve…

L’avis d’Alice

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Cœur battant, Sarbacane, 2018

Après avoir essayé d’éteindre son cœur, il se retrouve dans une clinique pour y être “réhabilité à la vie”. Il y rencontre Alice, aussi belle que cynique ; Victor, aussi obèse que candide ; la vieille Colette, aussi espiègle qu’élégante ; et Jacopo, aussi riche que grincheux.

À eux cinq, ils décident de s’évader de la clinique, direction le manoir de Jacopo. Le but du voyage ? Se jeter d’une falaise, tous ensemble !

Mais la route va leur réserver plusieurs surprises. Assez pour qu’Alex se demande si finalement, la vie n’en vaut pas la douleur…

L’avis de #Céline

Un entretien datant de 2010 sur le blog de Sophie, un moment drôle et complice.

Et puis les mots touchants de ses compagnons d’écriture : Antoine Guilloppé, Antoine Dole, Benoit Minville et tant d’autres sur la toile. Ses lecteurs.trices. Son éditeur Tibo Bérard et les éditions Sarbacane. Et un article du Monde.

“Vole les lumières, toutes les lumières que tu peux… Les ténèbres ont un appétit féroce, alors vole les lumières… Peut-être que le ciel réalise les rêves que la terre assassine.” Coeur Battant, Axl Cendres. 

Un ours, des ours…

Pendant que les ours hibernent, nous on lit des histoires les concernant et ça ne manque pas !

Le livre qui a inspiré cette sélection, c’est l’album de poèmes Un ours, des ours de François David publié chez Sarbacane. Dans cet album, on retrouve une trentaine de poèmes de François David, chacun mis en image par un illustrateur différent. Francesco Pittau,Gilbert Legrand, Élisa Géhin, Fanny Ducassé, Ilya Green, Julia Wauters… et j’en passe ! Que de beaux noms et de styles différents pour faire honneur aux ours.

Pour en savoir plus sur cette collaboration, nous avons interrogé l’auteur François David et l’éditrice Emmanuelle Beulque sur la création de cet album.

François David - Un ours, des ours.

Pourquoi avoir choisi de faire ce recueil de poèmes illustrés sur cet animal ?

E. B. : Nous partons toujours du texte, que nous valorisons toujours et qui ne doit pas être un pré-texte à la belle image. Mais pour ce collectif, pour une fois, nous avons voulu au contraire privilégier dans un premier temps l’image et ainsi, donner carte blanche aux illustrateurs et artistes, sur un thème et un format communs, mais sans aucune autre directive de ton, de style, ou de représentation.

F. D. : L’ours est un animal légendaire, particulièrement apprécié des enfants. Il était considéré autrefois comme « Le Roi des animaux ». Et il a été si souvent représenté dans des ouvrages, c’est un personnage privilégié de livres pour enfants. C’est une belle idée de lui consacrer un tel ouvrage.

Comment s’est fait le choix des illustrateurs ?

E. B. : Nous avions déjà eu 32 x 3 illustrateurs (96 !) différents pour les trois premiers collectifs. Il s’agissait d’en trouver 32 encore, donc pas tellement des anciens, plutôt des nouveaux talents venus de l’illustration essentiellement, et un peu de la BD aussi.

F. D. : J’ai été particulièrement heureux de travailler sur des illustrations aussi belles. Et j’ai eu grand plaisir à retrouver, parmi les artistes, Henri Galeron que j’apprécie tant et avec qui j’ai eu la chance de faire une dizaine de livres.

Comment s’est fait la collaboration auteur/illustrateurs : d’abord le texte puis l’illustration ou l’inverse ?

E. B. : Pas de textes ni de recueil au départ, donc ! Comme pour les trois autres collectifs déjà publiés sur le même principe (thèmes : l’éléphant, puis le loup et la cabane), il s’agissait de célébrer la diversité des styles, des techniques, la liberté créative de chacun. Ensuite, j’ai demandé à François d’écrire un poème, tout aussi librement, inspiré par chacune des images.

F. D. : Pour donner une unité à ces livres, Emmanuelle et Frédéric m’ont demandé d’écrire le texte de ces quatre ouvrages dont chaque page est illustrée par un(e) artiste différent(e).  En dehors de ces quatre albums, j’ai écrit une quinzaine d’autres ouvrages en partant de l’illustration. J’aime écrire ainsi tout particulièrement. Cela contribue vraiment à déclencher l’inspiration. C’est émouvant aussi de placer ses mots sur des images. En essayant  d’être en harmonie avec la composition de chaque illustratrice et chaque illustrateur, mais en veillant à ne pas être pour autant redondant. L’idéal est qu’il y ait une vraie et fine correspondance entre chaque image, en sa singularité, et le texte.

 

Il ne nous reste plus qu’à vous inviter chaudement à découvrir ce livre de poèmes pour la beauté de ses textes et celle de ses grandes illustrations !

Et maintenant, laissons la place à plein d’autres histoires d’ours…

 

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La chasse à l’ours – Michael Rosen et Helen Oxenbury – Kaléidoscope

Michael Rosen et Helen Oxenbury - .Pour frissonner de plaisir en scandant le refrain et les onomatopées de ce merveilleux album.

Retrouvez les avis de Solectrice, Chlop, Pépita et Aurélie.

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Ushi – François Roca et Frédéric Bernard – Albin Michel

Frédéric Bernard et François Roca - .

Une belle épopée pour apprivoiser l’Esprit d’un ours polaire.

Retrouvez l’avis de Solectrice.

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Le jardin des ours – Fanny Ducassé – Thierry Magnier

Fanny Ducassé - Le jardin des ours.

Un album pour cultiver avec poésie et tendresse les souvenirs de ceux qui nous sont chers…

Retrouvez les avis de Céline du Flacon, Céline du Tiroir, Pépita et Sophie.

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“L’ours-lumière” dans le recueil Récits extraordinaires – Jean-François Chabas – L’école des loisirs

Jean-François Chabas - Récits extraordinaires.

Trois aventures où les jeunes héros grandissent : la première découvre que la peur est pire qu’un poison; le second, que l’intelligence ne rime pas nécessairement avec bienveillance ; le troisième qui nous intéresse ici, qu’on ne peut être sage si on n’a pas vécu (même s’il vaut toujours mieux écouter ses parents !)…

Retrouvez les avis de Céline du Flacon et Pépita.

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Boucle d’ours – Stéphane Servant et Laetitia Le Saux – Didier jeunesse

Stéphane Servant et Laëtitia Le Saux - Boucle d'ours.

Un INDISPENSABLE ! Un conte détourné qui, avec beaucoup d’humour, met à mal les préjugés sexistes.

Retrouvez les avis de Alice, Sophie et Bouma.

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Tout au bord – Agnès de Lestrade et Valerie Docampo – Alice éditions

Valeria Docampo et Agnès de Lestrade - Tout au bord.

Un ours philosophe qui nous transporte vers un peu plus de poésie, de délicatesse, pour un véritable moment de plaisir.

Retrouvez l’avis de Alice.

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L’Ours qui jouait du piano – David Litchfield – Belin jeunesse

David Litchfield - L'ours qui jouait du piano.

vec de superbes illustrations et une douceur infinie, découvrez le parcours d’un ours hors du commun dans le monde des hommes.

Retrouvez l’avis de Bouma.

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La Soupe des trois ours – Cecil Kim – Âne Baté

Cecil Kim et Mique Moriuchi - La soupe des trois ours.

Un album qui revisite le conte Boucle d’Or dans une version rythmée par le chiffre 3, colorée comme l’automne et malicieuse comme l’héroïne de l’histoire originale même si ici elle ne montre pas le bout de son nez.

Retrouvez l’avis de Bouma.

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Les quatre saisons d’un ours – Katharine McEwen – Circonflexe

Katharine McEwen - Les quatres saisons d'un ours.

Un texte simple et chaleureux pour découvrir le cycle de vie d’un ours au fil des saisons.

Retrouvez l’avis de Bouma.

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Premier matin – Fleur Oury – Les fourmis rouges

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Pas toujours facile le premier trajet vers l’école. Mais avec de l’attention et de l’empathie, tout se passe bien.

Retrouvez les avis de Chlop et Bouma.

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Lièvre et ours sous la neige – Emily Gravett – Kaléidoscope

Emily Gravett - Lièvre et ours sous la neige.

Une belle journée neigeuse, voilà de quoi faire la joie des deux compères. Mais alors que Lièvre semble se régaler, Ours, lui n’a pas l’air ravi ravi.

Retrouvez les avis de Chlop et Bouma.

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La pomme rouge – Kazuo Iwamura – L’école des loisirs

Kazuo Iwamura - La pomme rouge.

Une histoire de gourmandise en randonnée dans la quelle une fillette, un ours, un écureuil et un lapin dévalent la colline à la poursuite d’une pomme qui roule, roule devant eux.

Retrouvez les avis de Chlop et Sophie.

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Un conte de Petit Ours – Anthony Browne – Kaléidoscope

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Petit Ours, serin, se promène dans l’univers des contes. Armé de son crayon magique et d’une belle imagination, il va à la rencontres des personnages emblématiques des histoires pour enfants.

Retrouvez les avis de Chlop et Bouma.

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Bjorn : 6 histoires d’ours – Delphine Perret – Les fourmis rouges

Delphine Perret - Björn - Six histoires d'ours.

Un peu poète, un peu philosophe, Björn vous invite à la sobriété heureuse. Six aventures pleines d’humour et de bon sens dans la vie de Björn et ses copains de la forêt. Un chef d’œuvre, en toute simplicité !

Retrouvez les avis de Céline du Tiroir et Pépita.

Björn et le vaste monde – Delphine Perret – Les fourmis rouges

Delphine Perret - Björn et le vaste monde.

Pour notre plus grand plaisir, revoilà Björn le bienheureux, dans de nouvelles aventures. Cueillir les plaisirs simples de la vie, telle est la philosophie de Björn, à laquelle on souscrit !

Retrouvez les avis de Céline du Tiroir et Pépita.

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Mathilde et l’ours – Jan Ormerod et Freya Blackwood – Officina libraria

Jan Ormerod - Mathilde et l'ours.

Voilà un ours sacrément bien léché. Tendre, prévenant, raisonnable. Avec même un petit côté fée du logis. Un ours comme ça, on en voudrait un chez soi, et nous voilà donc un peu jaloux de cette coquine de Mathilde…

Retrouvez l’avis de Céline du Tiroir.

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Un ours, of course – Alice Zeniter, Lawrence Williams et Julie Colombet – Actes sud junior

Alice Zeniter et Lawrence Williams - Un ours, of course !. 1 CD audio

Si vous croyez que c’est facile, aussi, d’être un ours, une terreur des forêt… Venez donc écouter ce conte sacrément rigolo sur un ours en quête d’identité et de l’ourse sœur. Un régal délicieusement mis en musique et en dessins.

Retrouvez l’avis de Céline du Tiroir.

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Pendant qu’il dort – Iyano Imai – Mijade

Ayano Imai - Pendant qu'il dort....

Un ours avec un chapeau quelque peu envahi par des oiseaux : il pense être heureux quand ils partent enfin mais finalement c’était sympa d’être plusieurs.

Retrouvez l’avis de Céline du Tiroir.

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Je veux mon chapeau – Jon Klassen – Milan

Jon Klassen - Je veux mon chapeau.

Une histoire absurde d’un ours qui cherche son objet fétiche.

Retrouvez l’avis de Céline du Tiroir.

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Comment ne pas se faire manger par les ours – Michelle Robinson et David Roberts – Scholastic

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Une histoire drôle sous la forme d’un manuel de survie. Nos petits explorateurs ont toujours de bonnes idées pour s’extirper de toutes les situations !

Retrouvez l’avis de Aurélie.

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Lili et l’ours – Raymond Briggs – Grasset jeunesse

Raymond Briggs - Lili et l'ours.

Un beau conte d’hiver, où toute la féérie de l’enfance nous transporte avec Lili dans cette étonnante aventure, entre le rêve et la magie… et pourtant si réelle. Un grand album magnifique.

Retrouvez l’avis de Céline du Tiroir.

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Interview : 16 nuances de première fois

Voilà quelque temps qu’on avait envie de vous proposer des interviews sous l’arbre. Quoi de mieux qu’une première qui parlerait des premières fois ? Nos parrain/marraine sont donc Manu Causse et Séverine Vidal qui ont coordonné le collectif et original recueil de nouvelles 16 nuances de première fois, paru chez Eyrolles, en septembre 2017.

La 1ère fois que vous avez eu cette idée, c’était qui ? quand ? comment ? pourquoi ? 

Séverine Vidal : Il y a quelques années, j’avais déjà imaginé un projet similaire, qu’on avait appelé le Projet X, avec 10 auteurs. Nous n’avions pas trouvé d’éditeur et le projet était mort comme ça (mais nous avait valu un échange de centaines de mails et beaucoup de fous rires !). L’année dernière, Manu (avec lequel on a co-écrit Nos Coeurs tordus) m’a parlé d’une idée qu’il avait eue, celle de nouvelles pour parler de sexe aux ados, loin des clichés véhiculés par les films porno. Il avait déjà évoqué  ce projet avec une éditrice d’Eyrolles, emballée. J’ai fait lire à Manu les nouvelles que nous avions écrites à l’époque. C’était parti !

Manu Causse : C’était à Paris, on marchait avec Séverine. J’étais tout impressionné parce que Paris c’est grand et Séverine aussi. J’étais perdu et pas elle. Et puis elle a dit “oh on avait un projet de nouvelles avec des copains, ça s’appelait X nouvelles, c’était des nouvelles érotiques pour ados mais ça n’a pas marché”, alors j’ai répondu  “ah ouais mais si on parlait plutôt de premières fois” et là elle a dit “pas con”, et c’était complimentaire.

 La 1ère fois que vous en avez parlé à d’autres ? tous/toutes ont consenti ? Y-a-t-il eu des refus ? 

Manu Causse : On en a d’abord parlé à une éditrice, qui s’est enthousiasmée. Ensuite, on a discuté des copines copains et collègues qu’on aimerait inviter avec nous. Certain.e.s ont décliné (plus de garçons que de filles, d’ailleurs) ou ne se sentaient pas inspiré.e.s. Mais pour finir, on s’est retrouvés à 16, alors hop.

Séverine Vidal : La première fois, on a relu les nouvelles du projet X et choisi celles qui convenaient. Pour certains, on a demandé aux auteurs un retravail. On a fait ensuite une liste des auteurs auxquels on pensait spontanément (choix difficile évidemment, il y a tellement d’écrivains qu’on admire en littérature jeunesse …). Les auteurs contactés ont été d’emblée attirés par le projet.

La 1ère fois que vous avez choisi le titre ? Même nombre d’auteurs que d’autrices, une volonté ? 

Séverine Vidal : Manu a eu cette lumineuse idée ! C’est drôle, simple, on joue sur le succès de 50 nuances de grey. Pour la parité, oui c’était voulu. De même qu’on voulait une variété des styles d’écriture, des ambiances choisies (on a du trash, du conte, du poétique, du rigolo, du sensible, de l’anticipation, du zombie, du cru, du doux, … !)

Manu Causse : Allez, on vend la mèche ? Le premier titre, venu en même temps que le project, c’était “15 nouvelles”. Et on voulait 8 autrices et 7 auteurs, parce que la parité, on peut toujours faire mieux. Et puis tout à la fin, on a eu envie d’un 16e texte, et Driss Lange nous en a proposé un juste au bon moment. Cela dit, comme iel ne souhaite pas être inclus.e dans un genre prédéfini, ça ne change pas vraiment les comptes.

La 1ère fois que vous avez lu les textes ? le premier tabou ? la première censure ? la première surprise ?

Manu Causse : On a reçu les textes plus ou moins un par un, en fonction de la rapidité et du planning des autrices et auteurs ; ça a été un plaisir perlé, du coup, pas un choc frontal face à un ensemble de textes. Je n’ai pas de souvenirs de tabous particuliers, on avait envie qu’elles et ils écrivent ce qui comptait vraiment pour elles.eux. Nous n’avons rien censuré, je crois ; simplement, nous avons discuté avec chaque auteur.autrice de sa proposition, de ce qu’on donnait à lire aux adolescents, de nos questions… bref, Séverine et moi, on a un peu joué à l’éditeur.éditrice. Le choix de chacun.chacune m’a toujours surpris au sens très positif du terme – j’ai trouvé que les textes étaient tous très originaux dans leur approche de la sexualité et de la première fois.

Séverine Vidal : On a reçu les textes sur une période d’environ trois mois. Il a eu des rires (la nouvelle de Clémentine Beauvais), de l’émotion (la nouvelle d’Antoine Dole ou de Gilles Abier), des surprises, aucune censure, aucun tabou. On a fait appel à des auteurs, chacun sait très bien trouver sa propre limite, chacun de ces auteurs et autrices sait où  placer la ligne quand on s’adresse à des ados et qu’on parle de sexe et de première fois.

La 1ère fois que vous avez envoyé le manuscrit ? le choix de l’éditeur ? l’organisation de l’ensemble (ordre, couverture, titre) ?

Séverine Vidal : L’éditeur était là depuis le début du projet, donc. C’est Eyrolles qui a choisi la couverture. Un des auteurs n’aimait pas l’image de la sucette. Les autres étaient plutôt séduits. Moi, j’adore cette couv. Je la trouve tout simplement belle. On a beaucoup discuté entre nous de la quatrième. On était contre les petits mots à l’arrière, comme des slogans, on a demandé de vrais adjectifs au lieu des “OMG” et autres “dar”. Nous avons été en partie entendus à ce sujet. L’ordre des textes a été un mini casse-tête : on voulait mettre “Nouvelle notification” en premier pour commencer dans la légèreté. Et finir “A l’ancienne”, pour la dernière phrase qui établit une sorte de “boucle” et parce qu’elle se situe dans le futur. Après, c’est un peu un jeu de tétris : équilibrer dans la parité, ne pas placer trop près l’une de l’autre les nouvelles sensibles et intimistes, ou les plus crues. L’équilibre a été trouvé, je pense.

Manu Causse : On a décidé très vite de travailler avec Eyrolles, parce que c’est le premier éditeur à qui nous avons proposé le projet, et qu’il était emballé. Au début, d’ailleurs, c’était simplement une “maquette” – la description du thème, le titre, quelques textes issus du premier projet de Séverine, le nom des auteurs pressentis… Si le titre n’a pas changé, l’ordre des nouvelles a occasionné un certain nombre d’aller-retours par mail – comme une playlist dans une soirée entre copains. Quant à la couverture, on en est tombés amoureux au premier coup d’oeil…

La 1ère fois que chacun.e a découvert les 15 autres récits ?

Manu Causse : Je ne veux pas dire du mal des collègues, mais Séverine et moi, nous avons reçu quelques mails très impatients au moment des derniers réglages… Tout le monde avait envie de lire l’ensemble des textes, de voir l’équilibre du projet, comment chaque nouvelle entrait en résonance avec les autres. Mais on n’a pas flanché : on ne voulait rien montrer tant que tout n’était pas définitif. Bref, on les a fait patienter… et les retours ont été très enthousiastes. Je crois qu’on se sent tous fiers d’avoir participé à ce recueil.

Séverine Vidal : On a envoyé l’ensemble des textes quand on avait trouvé un ordre qui nous convenait. Et on a reçu des mails enthousiastes !

Le 1er mot qui vient à l’esprit pour évoquer ce projet ? Le meilleur souvenir ?

Séverine Vidal : Le premier mot : collectif ! Un(e) des auteur(e)s nous a écrit un beau mail pour nous dire qu’il (ou elle) était revenu(e) à l’écriture grâce à ce projet. C’était très émouvant. Et évidemment, les premiers articles reçus, qui disent l’émotion ressentie à la lecture et l’importance d’aborder ce sujet en littérature jeunesse.

Manu Causse : Collectif. C’est bête, mais c’est ce que j’aime le plus – qu’on ait réuni ces énergies, ces écritures que j’adore et admire, pour proposer une vision à la fois littéraire (ouah l’autre il a dit un gros mot), réaliste, fantastique, onirique, délicate… bref, ni pornographique ni commerciale de la “première fois”. Le meilleur souvenir ? Je repense à ce moment à Paris avec Séverine, quand on s’est dit “Et si… ?” Le reste en découle.

 

Vous savez ce qu’il vous reste à faire : lisez l’étonnant et nécessaire 16 nuances de première fois de Manu Causse, Séverine Vidal, Gilles Abier, Sandrine Beau, Clémentine Beauvais, Benoît Broyart, Axl Cendres, Cécile Chartre, Rachel Corenblit, Antoine Dole, Chrysostome Gourio, Driss Lange, Taï-Marc Le Thanh, Hélène Rice, Arnaud Tiercelin et Emmanuelle Urien.

Rencontre avec Gilles Bachelet

Vous le savez, à l’ombre du grand arbre nous avons lu et aimé l’album de Gilles Bachelet Les coulisses du livre jeunesse. Pour prolonger le plaisir de sa lecture et en savoir un peu plus sur sa genèse, j’ai posé quelques questions à Gilles Bachelet qui a aimablement accepté d’y répondre et même de m’envoyer ce dessin, publié sur sa page facebook après la sortie de l’album mais qui reste tout à fait dans le thème.

 

 

Voilà ses réponses.

Cet album reprend des dessins d’abord publiés sur facebook, au départ c’était juste un délire comme ça ou il y avait déjà l’idée d’une publication ?

Non, je n’avais aucune intention d’en faire un album et ces dessins étaient destinés à mes “amis facebook” qui, pour une bonne partie, ont une activité ou une passion qui tourne autour du livre jeunesse. Je les faisais d’ailleurs sur des carnets de croquis, dans l’esprit de ce que je fais habituellement dans ce contexte, c’est à dire avec beaucoup plus de liberté et de relâchement que pour l’illustration de mes albums. Après les premiers posts sur Facebook, Fred Ricou du site “Les Histoires sans Fin” m’a demandé l’autorisation de les utiliser, puis le Salon de Montreuil qui, cette année-là avait pour thématique “l’Étoffe des Héros” m’a proposé de les inclure dans une exposition. Ce n’est que plus tard qu’Olivier Belhomme de l’Atelier du Poisson Soluble à qui je les avais montrés, a pensé que cela pourrait devenir un album. J’ai alors complété la série dans cette idée.

Comment se sont construites chaque vignette, image d’abord, texte ? Et le fait de mettre plusieurs références sur une même image, c’est venu naturellement ?


Sans méthode particulière. L’idée pouvait venir d’un simple rapprochement graphique, d’une envie de dessiner tel ou tel personnage, d’une complicité avec un autre illustrateur ou, à l’inverse, de l’énervement que peuvent susciter certains personnages de la littérature jeunesse dite “commerciale”. Le premier dessin de la série présent dans l’album, “Le Tailleur”, vient tout bêtement de la similitude de couleur entre le costume de Babar et celui du Petit Prince… de là à imaginer qu’il proviennent du même coupon de tissu…

En fait, je n’ai jamais eu l’impression de commencer une série. Tous ces dessins rentraient dans la continuité des nombreux échanges facebook que je faisais depuis un bon moment avec des collègues illustrateurs, notamment Benjamin Chaud, et dans lesquels j’avais déjà fait subir les pires traitements à Pomelo, bien sûr, mais aussi à Babar, Elmer, Le poisson Arc-en-Ciel, Géronimo Stilton et quelques autres…

Ce livre vous a-t-il valu de nouveaux amis ? Ou de nouveaux ennemis ? Comment a-t-il été reçu par vos confrères qui y sont cités ? Et ceux qui n’y sont pas ?

J’ai l’impression qu’il a été globalement très bien accueilli. Je ne me faisais aucun souci par rapport aux auteurs que je connais mais j’étais plus inquiet concernant certains autres (je pense à Nadja, que je ne connais pas et dont j’ai utilisé le Chien Bleu ou à David McKee, le papa d’Elmer). Pour autant que j’en sache, je ne me suis pas fait d’ennemi déclaré et personne n’est venu se plaindre non plus de ne pas y figurer. La question s’est posée avec l’éditeur de savoir si nous demandions des autorisations ou si cela relevait du droit à la citation. Finalement nous avons décidé de ne rien demander à personne et, à ce jour, tout se passe bien.

L’album a été un succès et a même donné lieu à une exposition, vous vous y attendiez ?

Non. J’ai même été surpris quand Olivier Belhomme m’a dit qu’il avait fait un tirage de 5000 exemplaires. Cela me paraissait énorme pour un album que je jugeais confidentiel. Je suis moins étonné par les nombreuses demandes d’expositions dans les médiathèques ou à l’occasion de salons du livre car on reste là dans le cadre bien spécifique de la littérature jeunesse auquel je le destinais.

Mais au fait, à qui plaît- il le plus, aux enfants ou aux adultes ?

Les dessins que je mets sur ma page facebook ne sont pas au départ spécialement destinés aux enfants. L’album reste dans cet esprit et touche principalement, je pense, les acteurs de ce petit microcosme qu’est le livre jeunesse : auteurs, illustrateurs, bibliothécaires, libraires, enseignants et parents curieux. Je suis très heureux pourtant de voir, sur les salons ou lors de rencontres scolaires, que pas mal d’enfants qui ont déjà une certaine culture dans ce domaine prennent beaucoup de plaisir à le regarder et à y retrouver leurs personnages préférés. On va donc dire que l’album s’adresse aux amoureux de la littérature jeunesse en général…

Enfin, une dernière question, certes hors sujet mais qui me brûle la langue : Sur Facebook, Benjamin Chaud et vous semblez former un duo de choc, à quand un album en commun ?

On en a souvent parlé, entre nous et avec nos éditeurs respectifs… Y a plus qu’à….

Nous l’attendons avec impatience !

Merci beaucoup Gilles Bachelet, de nous avoir accordé ce temps. Au plaisir de vous suivre, sur facebook et dans les librairies.