Lecture commune : Rois et reine de Babel

Sous le Grand Arbre, nous aimons beaucoup le travail de François Place. Qu’il soit auteur, illustrateur ou les deux, il a le pouvoir de nous emporter vers des mondes merveilleux. C’est donc avec enthousiasme que Colette et Lucie ont lu et discuté de Rois et reines de Babel !

Rois et reines de Babel de François Place, Gallimard Jeunesse, 2020

Lucie : En récupérant cet album à la bibliothèque, j’ai été surprise par sa taille, qui sort de l’ordinaire. T’attendais-tu à un livre aussi grand ?

Colette : C’est un format très original que François Place explore pour la première fois me semble-t-il. J’étais habituée au format paysage de plusieurs de ses livres, mais là en effet on ouvre les portes en grand d’un univers foisonnant !

Lucie : J’avoue que ce grand format m’a vraiment plu à moi aussi. En voyant sa taille et en le soupesant j’ai pensé que ça allait être une œuvre à la hauteur de mes attentes : élaborée, foisonnante… J’étais prête pour le voyage auquel François Place me conviait, quel qu’il soit !
Et comme je sais que ses illustrations sont toujours pleines de petits détails, j’ai pensé que ce grand format me permettrait de les apprécier pleinement.
L’illustration en couverture est déjà impressionnante. Te souviens-tu de tes premières impressions ?

Colette : Wouahh ! Que c’est beau ! Du grand François Place ! Voilà ce que je me suis dit ! Une couverture à la fois classique dans sa mise en page et d’une richesse architecturale et géographique incroyable. Un bijou pour les yeux à observer minutieusement.
Et toi, qu’en as-tu pensé au premier abord ?

Lucie : Je suis d’accord avec toi, elle est magnifique. Cette couverture a renforcé mon premier sentiment : très clairement, elle annonce l’œuvre ambitieuse qu’est Rois et reines de Babel. Une fresque dense et élaborée pour mener une réflexion sur la culture et le rôle des dirigeants.
Ça a d’ailleurs été une autre surprise, à la lecture : comme les premières pages sont consacrées au prince Nemrod, je ne m’attendais pas à ce que l’histoire couvre tant de temps. Qu’as-tu pensé de cet aspect “dynastie” ?

Colette : J’ai toujours eu un goût certain pour le mythe de Babel dont j’ai déjà exploré les adaptations au fil d’albums et autres romans jeunesse dédiés à cet épisode biblique particulièrement riche. Mais en effet ici le point de vue est tout à fait original puisque François Place décide d’en explorer l’histoire à travers le temps, quand dans le texte biblique la tour de Babel ne survit pas longtemps à la bêtise des hommes. L’artiste en livre une vision beaucoup plus positive et poétique que celle que l’on peut retrouver dans le texte ancien.

Lucie : J’ai trouvé intéressant, justement, que la construction perdure malgré les rois incapables ou cruels. Comme si la vision du fondateur était tellement puissante que ses successeurs pouvaient ralentir sa réalisation mais pas la détruire totalement. L’espérance reste possible, notamment pour le peuple.
J’aime bien la manière dont tu analyses l’appropriation du mythe par François Place. C’est vrai que sa vision est beaucoup plus positive que dans la Bible !
Cet aspect positif passe principalement par des figures féminines : le rôle des femmes et de la culture est essentiel dans l’évolution de Babel. J’imagine que ces thématiques ont trouvé écho chez toi, souhaites-tu en parler ?

Colette : “La femme est l’avenir de l’homme” écrivait Aragon. Pour moi cet album en est une illustration ambitieuse, presque épique. Après Nemrod “Le bref”, “Le Taciturne”, “l’Etourdi”, “Le Gras”, “Le Paresseux”, “Le Plaintif”, “L’Indécis”, “L’endormi”, “le Hardi”, “Le Fléau”, “Le Ténébreux” et “Le roi de fer” quel ravissement de découvrir la politique de Bérénice “Reine de Cannelle” puis de Bérénice “La Lumineuse”, puis celle de Bérénice “L’Enchanteuse” et enfin celle de Bérénice “La Rêveuse”. Cette manière de passer le relais aux femmes après des années sombres de politique patriarcale est une ode au pouvoir féminin et à l’espoir qu’il incarne, un espoir que nous n’avons pas encore goûté dans la majorité des pays du monde… 
Est-ce que nous en disons plus sur les choix de ces reines de Babel qui vont transformer la vie de leur peuple ?

Lucie : Mais oui, bien sûr !
Cela commence avec une première reine qui épouse un marchand. Ce faisant, elle ouvre Babel au commerce, aux échanges et donc à la culture. C’est vraiment le moment de bascule à mon avis : avec ce pouvoir féminin, cette ouverture et aussi ce mariage avec un homme d’un autre milieu, d’une origine sociale différente. En une page la “Reine de la Cannelle” remet en cause un patriarcat qui durait depuis des générations. Patriarcat qui me semble être à l’origine des difficultés de Babel, parce que la femme du premier roi semble avoir eu un rôle important dans la construction, c’est après que les choses se gâtent.
Même si c’est un peu caricatural, et que je ne crois pas qu’une femme gouvernerait nécessairement mieux qu’un homme du fait de sa supposée sensibilité, je trouve intéressant que ce soit une femme qui ouvre la cité au reste du monde et qui amorce le cercle vertueux.
On a vraiment l’impression que cette succession de femmes a un but, une vision commune de ce qui est bon pour le peuple. Cet aspect m’a beaucoup plu. Est-ce que tu veux parler de ses effets?

Colette : En effet on a vraiment l’impression qu’elles œuvrent toutes dans le même sens : donner à leur peuple les moyens de se libérer de toute forme de tutelle. Je ne dirai pas que c’est une mission autour de laquelle elles se sont concertées car elles appartiennent toutes à des générations différentes mais chacune prend soin de s’appuyer ce que ses prédécesseures ont bâti. Cela me fait penser à ce que nous reprochons souvent à nos dirigeant.e.s : ne pas tenir compte des réformes qui ont été initiées avant elles-eux, ne laissant pas le temps aux changements de faire ses preuves…

Lucie : Tu as raison, elles n’ont évidemment pas pu se concerter. Mais chacune d’entre elle comprend (probablement grâce à l’éducation reçue de mère en fille) et partage la vision de sa prédéceure et la poursuit. Cela permet à chaque génération d’apporter sa pierre à l’édifice et donc au projet de prendre une telle ampleur.
Le parallèle que tu fais avec nos dirigeants est très pertinent. Du côté des rois on avait l’impression que chacun faisait en fonction de sa personnalité et de ses intérêts, ce qui est appuyé par leurs noms, et explique la “chute” de Babel.
À propos de chute, mais au sens propre cette fois, j’avais envie d’évoquer ce peuple qui se sert de ses cheveux pour s’arrimer, tellement représentative de l’imaginaire de François Place !
T’a-t-il évoqué d’autres créations de ce type dont tu aurais envie de parler?

Colette : J’ai comme toi beaucoup aimé ces hommes maçons aux chevelures- grappins ! La manière brutale et arbitraire dont ils sont rejetés de cette société qui est pourtant allée les chercher m’a rappelé la violence de la fin des Derniers géants (et toutes les formes de violence exercées contre les populations immigrées qui viennent travailler pour un autre pays que leur pays d’origine). Je n’ai pas lu d’autres livres de François Place, donc je ne vois pas d’autres références.
Et toi, est-ce que cela t’a évoqué d’autres créations de ce type ?

Lucie : Je pensais effectivement aux Derniers géants mais aussi à Angel l’indien blanc, qui correspond aussi à ce que tu dis de l’oppression d’un peuple par un autre puisque le personnage principal est un indien réduit en esclavage. J’aime beaucoup quand François Place invente un peuple, avec ses traditions et ses mystères !
Mais en réalité, bien qu’il soit moins audacieux, j’ai plus souvent pensé au Sourire de la montagne pendant la lecture de Rois et reines de Babel parce que ces deux albums partagent l’idée centrale d’une construction gigantesque et d’un dirigeant visant le bonheur de son peuple.
La fin de l’album est un peu mystique, qu’as-tu pensé de ce parti pris?

Colette : J’ai adoré la fin : le personnage de “La Rêveuse” répond à mon besoin de poésie même pour parler politique !
Est-ce que tu fais référence au personnage de l’ermite que l’on aperçoit au début du récit, obligé de s’exiler face à l’invasion des habitants de Babel, et qui revient à la fin avec l’apaisement incarné par les choix de notre dernière Reine ?

Lucie : C’est effectivement ce à quoi je faisais allusion. Moi aussi j’ai aimé ce côté merveilleux, un peu magique (ou religieux) mais je n’ai pas trop su comment interpréter cette fin. Je me demandais ce que tu y avais vu. Après un album somme toute assez terre à terre sur la construction, les choix politiques, la vie de la cité… La fin emporte vers une autre dimension avec tout d’abord le retour du cerf blanc qui emmène “La Rêveuse” dans le ciel, puis celui de l’ermite déjà très vieux au début de l’album… Ça m’a surprise !

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Pour avoir une idée des magnifiques illustrations et un aperçu du travail de recherche de François Place, n’hésitez pas à visiter la page consacrée à cet album sur son site internet.

Lecture d’enfant #36 : MASCA

Théo, 9 ans, a beaucoup lu cet été. Il a eu un véritable coup de cœur pour MASCA, Manuel de survie en cas d’apocalypse d’Erik L’Homme et Eloïse Scherrer et souhaite le partager.

MASCA, Manuel de survie en cas d’apocalypse de Erik L’Homme et Eloïse Scherrer, Gallimard Jeunesse, 2019

Qu’est-ce qui t’a donné envie de lire ce livre ?

J’avais déjà lu un livre illustré par Eloïse Scherrer, et j’avais beaucoup aimé les illustrations. Alors j’ai eu envie de découvrir celui-ci.

Qu’as-tu pensé en voyant la couverture ?

J’ai été attiré par le « Manuel de survie ». Ca attire le regard ! J’ai pensé qu’il allait y avoir une fin du monde, un cataclysme, et donc de l’aventure.

Peux-tu résumer l’histoire ?

C’est l’histoire d’un collégien qui est seul dans son appartement parce que sa famille est partie quelques jours. Une nuit, il y a une grosse tempête qui coupe l’électricité et détruit pas mal de choses dans la ville (le réseau de téléphone, les magasins, les feux de signalisation…). Il a peur pour sa famille et il va décider de les retrouver. Il veut être sûr qu’ils vont bien.

Est-ce que tu t’es imaginé à la place de Justin ?

Oui, et ça m’a plu, même si ça me ferait un peu peur d’être dans cette situation : de ne pas savoir si mes parents vont bien, c’est stressant et angoissant.

Est-ce que d’autres choses t’ont plu ?

Ce qui m’a plu, c’est qu’il y a de l’action, du suspense, et que ça finit bien !

Justin nous parle comme s’il parlait à son personnage inventé : Björn. C’est très créatif et ça m’a beaucoup plu. C’est bien écrit. Tu as l’impression d’y être, de vivre l’aventure avec lui, que tu le connais et qu’il te parle.

Il est dans la nature et il se débrouille bien. Il sait pas mal de choses de la nature et c’est ce qui lui permet de survivre.

A la fin, il y a des fiches explicatives pour des méthodes de survie. C’est sympa de comprendre comment Justin a fait et on peut essayer chez soi. Il nous apprend à faire un abri, du feu, à trouver le nord…

J’ai aussi bien aimé que ce soit présenté un peu comme un journal intime. C’est Justin qui raconte son histoire, il y a des petits dessins…

Justement, tu as dit que tu avais choisi ce livre à partir du nom d’Eloïse Scherrer, qu’as-tu pensé de ses illustrations ?

Elle dessine quand même vraiment bien ! Ça fait à la fois réaliste (ça pourrait être dessiné par un enfant qui dessine très très bien) et à la fois très beau.

On s’y croit vraiment, comme si on était en train de lire un vrai journal intime du personnage. Surtout avec les petits brouillons de texte qui accompagnent les dessins. Le fait qu’elle n’utilise que de l’orange et du noir, ça m’a intrigué, mais c’est logique comme il n’a pas beaucoup de matériel.

A qui conseillerais-tu ce livre ?

A toute personne aimant l’aventure, le suspense, un peu l’angoisse et qui a envie de découvrir des stratégies pour se débrouiller dans la nature.

Billet d’été : D’Arbres en Arbres

Dernière arrivée à l’Ombre du Grand Arbre, jeune bourgeon qui souhaite devenir vieille branche, vous parler d’arbres, de feuilles et de racines, m’a semblé évident. Voici donc une sélection pour vous emmener en balade, pour découvrir des arbres d’ici et d’ailleurs, des arbres fascinants ou métaphoriques, des arbres qui suscitent de multiples émotions ou favorisent les imaginations.

Se promener en forêt, en humer les odeurs, observer les différentes ramées… et ne pas toujours les reconnaître ! Avec ces deux albums, il devient aisé d’apprendre à les différencier et nommer.

Je découvre LES ARBRES. Claire LECOEUVRE et Laurianne CHEVALIER. Circonflexe/Millepages, 2016

Après nous avoir présenté ce qu’est un arbre, ce qui le compose, comment reconnaître feuilles et fruits, les autrices nous détaillent en mots et en dessins 24 espèces que nous pouvons facilement retrouver dans nos forêts et balades : érable, if, sapin, bouleau, pommier, robinier…

Chaque arbre se voit mis à l’honneur avec informations descriptives et géographiques, sur son bois, sur son “talent caché” et son “petit secret”. Un petit pas-à-pas nous apprend à dessiner sa feuille ou son fruit.

Regarde ce que j’ai trouvé dans les bois. Moira BUTTERFIELD et Jesús VERONA. Editions Père Castor, – 2020

Cet album nous invite à suivre trois amis qui s’en vont se promener en forêt. Chemin faisant, ils observent, ramassent, comparent ce qu’ils trouvent pour nous permettre de connaître les arbres, leurs particularités et bienfaits, comme la vie qui y fourmille, au fil d’illustrations minutieusement détaillées.

L’histoire se double d’un cherche-et-trouve et s’alterne avec des pages documentaires riches d’informations dessinées sur des feuilles à petits carreaux.

Un album pour apprendre, aimer et donner envie de préserver la forêt.

Mon avis ICI.

Il y a les arbres qui nous sont familiers, et tous ces autres qui parent d’autres contrées, qui forment d’autres légendes ou traditions. Etonnants, passionnants, l’album de Nancy Guilbert et Anna Griot nous emmènent à leur rencontre.

L’Arboretum. Voyage au pays des arbres. Nancy GUILBERT et Anna GRIOT. Courtes et Longues, 2018

Par une nuit étoilée, un enfant est guidé par un oiseau à la découverte des arbres, de leurs formes, de leurs couleurs et de leurs particularités.
Servie par des mots-poèmes et des illustrations chatoyantes, cette histoire onirique se double d’un herbier que remplit l’enfant au fil de son merveilleux voyage.

Un album sensible pour découvrir, partager, respecter et être en lien avec la Nature qui nous entoure.

Mon avis ICI.

Dans le vaste et foisonnant monde des livres, les Arbres occupent toujours une place de choix, bienveillante, salvatrice et gardienne. Ils sont le symbole de l’équilibre et de la verticalité, de la vie, dans son évolution comme dans sa régénération, ce qui leur confère tant de sagesse.

Les livres dont je vous parle ci-après mettent à l’honneur cette vie, ce lien et cette transmission.

Petit-Arbre veut grandir. Nancy GUILBERT et Coralie SAUDO. Éditions Circonflexe, 2015

Dans cet album aux illustrations délicatement travaillées, nous accompagnons un arbrisseau impatient de grandir. Au fil du temps qui passe et de sa croissance, sa confiance en lui s’accroît grâce à l’enseignement du Grand-Chêne comme des animaux qui viennent le solliciter.

Un album aux mots rimés pour aborder l’estime de soi, l’appartenance au monde et le sentiment d’utilité, comme le cycle de la vie et la ronde des saisons.

Mon avis ICI.

Sous les Arbres – Un chouette Été. Dav. Les Editions de la Gouttière, 2021

C’est l’été, il fait beau, il fait chaud, et dans la forêt, résonnent des cris joyeux.
Trois enfants jouent dans un plan d’eau, mais leurs bruits exaspèrent M. Hibou et M. Crapaud qui le font savoir chacun à leur manière.
Pourtant, peu à peu, chacun va s’adoucir et se souvenir.

Une petite BD au format à l’italienne, quasi muette, qui fleure bon l’enfance et sa nostalgie, comme les petits bonheurs estivaux.

Mon avis ICI.

Tobie Lolness. Timothée de FOMBELLE. Gallimard Jeunesse, 2016

Le père de Tobie Lolness a fait une découverte scientifique qu’il refuse de révéler, ayant compris combien son invention pourrait être détournée de manière néfaste pour l’Arbre, ses habitants et leur Monde.
A cause de cela, Tobie est contraint de fuir et nous le suivons dans son périple et ses découvertes.

Timothée de Fombelle nous entraîne dans un passionnant roman d’apprentissage qui entremêle aventure et écologie.
Il a créé toute une société autour de l’Arbre dont ses habitants ne mesurent que quelques millimètres de haut.
Ainsi découvre-t-on sa géographie, sa hiérarchie sociale, ses valeurs, ses croyances, ses craintes, les différents dangers, les ambitions dévorantes de certains, les comportements (humains) dans toute leur diversité, les théories quant à la nature de ces “Hommes” et à celle de l’Arbre.
L’écriture de Timothée de Fombelle s’attache au sens des mots, est immergeante et très visuelle, empreinte de poésie et de clins d’œil.

L’arbre-lit. Silène EDGAR et Gilles FRELUCHE. Éditions La Cabane Bleue, 2020

Valentine a grandi et son père décide de lui fabriquer un nouveau lit. Pour ce faire, il utilise le bois du vieux poirier malade qui se trouve dans le jardin. Lorsqu’il est fini, Valentine est heureuse de s’endormir dedans quand une voix profonde et chaleureuse la réveille doucement.

Chaque nuit, cette voix lui raconte des histoires des temps passés devenues contes et légendes, lui permettant de rencontrer différents êtres et personnages.
Mais voilà qu’un soir, l’arbre se tait. Son absence désempare le rossignol. Son silence soudain attriste l’enfant. Une larme coule de sa joue au bois de son lit. Et durant son sommeil, une branche feuillue grandit jusqu’à surplomber sa tête.
Aussitôt, Valentine la plante dans le jardin.

Depuis, chaque soir, avant d’aller dormir, Valentine conte une histoire à l’arbrisseau pour l’aider à grandir.

Voici une délicate histoire de cycle, de transmission et d’écologie, très joliment illustrée.

Pour conclure ce billet au pays des Arbres, je vous emmène là où leurs symboles prennent sens, forces et formes. Où les feuilles deviennent feuillets et pages, où grâce à eux les histoires commencent et où nous remontons le temps pour découvrir nos racines. Ainsi l’Arbre devient libre, ainsi devient-il généalogique.

archives DÉTECTIVE. Nancy GUILBERT et Anna GRIOT. Editions Courtes et Longues, 2021

Un enfant se rend avec ses parents dans le bâtiment des Archives.
Ses doigts compulsent des documents anciens, sauvegardés, enluminés, restaurés. Ses yeux découvrent des lieux, des noms, des histoires, des identités. Lui n’en recherche qu’une seule.
Au fil des pages du livre que nous tenons, lui remonte les branches du temps et d’un Arbre.

Nancy Guilbert et Anna Griot nous convient à vivre un voyage merveilleux, auréolé de mystères et de découvertes, vibrant de couleurs et de détails.
Avec délicatesse et poésie, elles nous apprennent, ou nous rappellent, toutes les professions qui entourent et font vivre les Archives.
Et nous encouragent, nous aussi, à y mener notre propre (en)quête.

Mon avis ICI.

Je vous souhaite une belle balade auprès des Arbres et des pages.
N’hésitez pas à me/nous dire quels sont vos livres adorés en rapport avec eux.
Bel été,
Blandine

Lecture commune : A quoi rêvent les étoiles

Après la lecture commune sur l’album Nuit étoilée, voici un roman A quoi rêvent les étoiles de Manon Fargetton publié par Gallimard jeunesse, qui nous permet d’étoffer notre périple étoilé.

Sélectionné dans le Prix UNICEF 2021 de littérature jeunesse, catégorie 13-15 ans, notre rencontre avec ce roman s’est faite par ce biais.

Ce roman choral a illuminé notre début d’année et donc une lecture commune s’imposait, que voici !

⭐⭐⭐⭐⭐

Colette : A quoi rêvent les étoiles ? Quelle belle question ! Que s’est-il passé dans votre tête en découvrant ce titre ?

Liraloin : je n’ai pensé à rien en découvrant le titre, l’étoile représente tellement la rêverie chez moi que je me suis dit : “voici une lecture qui devrait me plaire”. Cette proposition de lecture m’a tout de suite bottée car je n’ai rien lu de Manon Fargetton.

Pépita : Justement, il n’y a pas de point d’interrogation dans ce titre ! C’est ce qui en fait tout le mystère je trouve. ça part du principe qu’il n’ y a pas de réponse à donner mais je l’ai pris comme une invitation à mener ses rêves jusqu’au firmament. Et ces étoiles, qui sont-elles ? Un petit tour de ciel ?


Liraloin : Elles sont multiples, différentes et puis elles peuvent s’assembler pour dessiner une voie lactée.


Colette : Ces étoiles ce sont Alix, comédienne en herbe qui rêve de fouler les planches après ses études, Titouan, jeune lycéen en rupture avec les autres, avec le monde extérieur (mon chouchou ;), Luce, une femme au destin incroyable qui vit très douloureusement son récent veuvage. Et puis il y a Armand, le père d’Alix, un père incroyable d’amour, de dévouement, et son amie Gabrielle, professeure de théâtre passionnée. Et rien qu’en faisant cette liste, je sens que je suis prête à dévoiler ce qui les unit, car les liens qui se tissent entre tous ces personnages sont multiples, divers, parfois tendus, parfois rompus, sans cesse renouvelés. Et c’est de ça dont il s’agit dans ce livre : des constellations invisibles qui relient les humain.e.s les un.e.s aux autres. C’est tellement beau comme projet d’écriture ! Et surtout c’est réussi !.


Pépita : Et justement, elle rêvent à quoi ces étoiles ? Leur projet, leur angoisse, leur révolte, ….qu’est-ce qui les motivent ….ou pas du tout ?


Colette : Je dirai qu’Alix rêve d’endosser de multiples rôles, de relever des défis, et surtout d’être indépendante. Elle rêve aussi de sa mère retrouvée et d’amour avec un grand A. Titouan rêve de quelque chose de très simple et de très doux : il rêve d’être accepté comme il est. Il rêve d’amitié sincère. Luce rêve de mourir. Non, en fait Luce rêve de retrouver l’homme qu’elle aime. C’est aussi un rêve très simple. Mais inaccessible pour les êtres incarnés. Armand rêve de rendre heureuse sa fille. Et Gabrielle… Gabrielle, je ne sais pas trop. Elle est tellement sur la défensive. Je pense qu’elle rêve d’amour aussi mais…


Liraloin : Ces étoiles, elles sont différentes chez les adultes et les ados. Tandis que les adultes veulent simplement être heureux. Les ados, eux, veulent accomplir quelque chose. Ils sont le reflet de notre société : le rêve où tout est possible sans limite et puis la voie sur laquelle on s’engage peu importe du moment que l’on est heureux.


Pépita : Je dirais juste qu’ils veulent simplement être heureux, être en accord avec leurs envies même si elles sont encore floues. Pour Alix et Titouan, c’est plus clair. Pour Armand aussi , même s’il se cache. Pour Luce, j’ai trouvé ça terrible. Gabrielle, elle, elle est écartelée mais elle le veut bien. Dans ce roman pour ados, ce sont les adultes les plus perdus ! Alors que les ados, eux, savent ce qu’ils veulent, en toute intransigeance. J’ai trouvé cet aspect du roman drôlement bien. Ce qui prouve que la vie est une quête permanente.
Sans trop en dévoiler, par quel heureux hasard vont-ils se rencontrer ? Car ça aussi, c’est fort !


Colette : C’est le hasard justement qui les réunit, un hasard permis par les nouvelles technologies, par les réseaux de communication si envahissants du XXIe siècle. Un hasard qui m’a amené à les voir autrement ces réseaux d’ailleurs. A les voir comme une chance.


Liraloin : Finalement ils vont se connecter grâce aux “nouvelles technologies” (comme ça nous restons dans le flou). C’est le démarrage de beaucoup de rencontres qu’elles soient “provoquées “ou non après tout !


Pépita : Cet heureux hasard va donc faire en sorte qu’il s’entraident mais avant d’en arriver là, l’autrice prend vraiment le temps de revenir à plusieurs reprises sur chacun pour faire avancer leur propre trajectoire. Avec aussi des temps de recul. Du coup, le lecteur les voit évoluer, s’empêtrer, se figer, avancer à nouveau. Cette construction vous a-t-elle séduite ? Qu’est-ce qu’elle révèle de chacun d’eux ?


Colette : J’ai trouvé ce rythme très juste, il nous permet d’aller de surprise en surprise, c’est une petite machinerie narrative très ingénieuse. Titouan, par exemple, mon chouchou, on le découvre complètement addict aux jeux vidéos au départ, et puis au fur et à mesure on comprend ce qui se joue pour lui dans ses longues parties avec Lix, on comprend que quelque chose cloche, mais sans vraiment savoir pourquoi, on a l’impression que c’est une passade, et puis la crise qu’il va vivre quand son père l’oblige à aller au lycée est vraiment effroyable, on comprend alors qu’il vaut mieux prendre au sérieux l’angoisse qu’il ressent et qui le maintient dans sa chambre. Et puis il va y avoir ce message un soir sur son téléphone. Et sa réaction est tellement belle, d’autant plus belle quand on mesure à quel point les autres le font souffrir. La narration de ce roman prend toujours des portes dérobées, des chemins de traverse et c’est très agréables de se laisser guider.


Pépita : Oui c’est exactement cela Colette, des chapitres qui alternent sur chaque personnage mais en même temps des liens invisibles se tissent entre eux et c’est fort beau. Le lecteur s’en émerveille et il se demande bien comment cela va s’épanouir mais sans inquiétude car il a confiance en eux.
A propos des personnages-Colette nous l’a déjà avoué !-quel est le personnage qui vous a le plus touché et pourquoi ?


Liraloin : Le personnage qui me touche le plus c’est Gabrielle, cet enfermement assez cynique. Elle fait en sorte que rien ne la touche et c’est assez paradoxal avec son métier : professeure de théâtre. Au théâtre il faut montrer ses sentiments mais on y joue aussi. Je la trouve dure parfois mais tellement encourageante avec Alix.


Colette : Bon, j’avoue que j’ai un faible pour les laissés pour compte, les mal dans leurs peaux, ceux qui doutent et qui questionnent – déformation professionnelle sans doute – alors j’ai vraiment adoré suivre Titouan. Et puis au début je ne comprenais vraiment pas ce qui le retenait dans sa chambre et en fait … il n’y a rien d’autre à comprendre que son désir de ne plus sortir. Peut-être que cela a fait écho en moi à la période de confinement que nous venions de vivre parce que vraiment j’avais envie de le sortir de là. Et puis après la tentative de ses parents, j’ai compris que non, seul un miracle pouvait changer la donne. Et le miracle a lieu. Et nous assistons à la résurrection de Titouan. Et c’est tellement émouvant !


Pépita : je te rejoins pour Titouan ! Tous ces personnages sont touchants mais j’ai eu un faible pour Luce (plus proche de mon âge !) : son désarroi, son manque, sa solitude immense, sa vie d’avant, …. Au début aussi, je me suis dit : mais elle n’a plus les pieds sur terre ! Je ne connaissais pas encore sa passion. Peu à peu, elle change, elle renaît à la vie, à une sorte de vie puisque…Alix, Titouan et Luce ont ceci en commun que ce sont des êtres entiers. Et cela me touche car j’aime ces êtres-là. On les considère souvent comme intransigeants. C’est juste qu’ils sont incompris dans leur élan de vie et que souvent, on leur coupe les ailes. Leur étoile brille fort et ils veulent l’atteindre à tout prix. C’est ce que ces trois personnages nous disent. Luce le dit un peu différemment. Elle n’a pas la même expérience de vie. Elle a déjà fait du chemin. J’ai eu plusieurs fois eu envie de la prendre dans mes bras.


Colette : On pourrait évoquer la construction du livre en actes : 5 actes, c’est la division classique de la tragédie : est-ce que vous avez trouvé cette structure pertinente ? Qu’est-ce que cela apporte au récit ? Peut-on comparer, selon vous, ce roman à une tragédie ?


Liraloin : Je n’ai pas vu cette construction comme toi Colette, je n’y ai vu que l’entrée, le lever de rideau et puis j’ai laissé évoluer les personnages devant moi tout simplement.


Pépita : J’y ai plus vu une allusion au théâtre que pratiquent deux des personnages. Et je l’avais oubliée ! Une tragédie, non, je ne pense pas, je ne l’ai pas perçu comme ça. Plutôt comme un découpage qui accompagne l’évolution des personnages.


Colette : J’aurais bien aimé parlé des relations familiales qui sont au cœur des différentes trajectoires, quel que soit l’âge des enfants – adolescent.e.s ou adultes. Je trouve que ce roman nous offre une sacrée vision de la parentalité entre la mère absente, qui abandonne et revient sans crier gare, le père omniprésent, les parents qui s’éloignent, les parents qui comprennent… Pour vous, sont-ce seulement des personnages secondaires ou ont-ils des rôles plus importants ?


Liraloin : Ils sont très important ces personnages. J’ai été bouleversée par la scène du papa et de Titouan au collège (je n’en dis pas trop). Il y a aussi la fille qui s’éloigne aussi, enfin les filles. Celle qui l’a fait depuis des années Gabrielle et celle qui veut voler de ses propres ailes : Alix. Oui les parents sont présents à leur façon et apportent à nos personnages principaux une belle force pour continuer.


Pépita : Tu as raison de le souligner perspicace Colette comme toujours ! Pour reprendre la métaphore des étoiles du titre, on est dans une constellation d’humains qui gravitent les uns autour des autres et entre lesquelles des liens invisibles se sont tissés. Ils le savent sans le savoir qu’ils ont réellement besoin des uns et des autres, même si le besoin de s’affranchir de ces liens est vital pour certains. Savez-vous que nous avons tous autour de notre corps une sorte de petite bulle invisible qui nous protège et dont nous avons besoin de frotter aux autres de temps en temps ou au contraire de préserver en s’éloignant ? Ce roman le montre très bien. Du coup, tous les personnages sont importants dans cette histoire, il n’y en a pas de secondaires pour moi.
Si vous en êtes d’accord, j’aimerais qu’on arrête là sur l’intrigue au risque de trop en dévoiler et ce serait dommage pour des personnes qui n’ont pas encore lu ce magnifique roman. Cependant, quel effet a-t-il produit sur vous ? Je pense qu’il dépasse largement le public adolescents. Qu’en pensez-vous ?


Colette : Comme souvent en littérature dite jeunesse, A quoi rêvent les étoiles peut toucher n’importe quel public, ado ou adulte. L’éventail des personnages d’âges très divers permet d’aborder chaque âge de la vie (sauf l’enfance peut-être qui n’y est pas explicitement présente) à travers des questionnements qui sont autant d’étapes dans la construction de soi : quel avenir me construire ? Quels liens avec ma famille ? Avec les autres ? Avec la société dans son ensemble ? Comment être encore moi-même quand les êtres que j’aime ont disparu ?


Liraloin : Tout d’abord, j’ai été très heureuse de cette lecture commune car j’avais envie de lire, depuis un grand moment, Manon Fargetton. Pour l’avoir vu et lu des interviews essentiellement les thématiques abordées dans ses livres me correspondent (dystopie – aventure – roman social…). Il dépasse complètement le public ado car le sentiment d’attachement entre les personnages est intergénérationnel !


Pépita : Personnellement, ce roman a illuminé ma fin d’année dernière ! Si vous deviez le définir en un mot, quel serait-il ?


Colette : Solidarité ! Ce que j’ai trouvé beau ce sont ces liens qui se tissent là où on ne les attendait pas.


Pépita : Mon mot serait lumière !


Liraloin : Pour moi ça serait l’amour car ce mot englobe cette relation si spéciale qui se tisse entre les personnages.


Le mot de la fin pour Colette : C’est un roman foisonnant et très organisé à la fois qui laisse comme une empreinte lumineuse en plein cœur même plusieurs mois après sa lecture ! J’espère que c’est ce que nous transmettrons à travers notre lecture commune !

⭐⭐⭐⭐⭐

Nos chroniques du roman :

MéLi-MéLo de livres

-Liraloin

Nos coups de cœur du mois d’octobre.

Ca y est, l’automne est là. La déprime hivernale nous guette, le coronavirus avance toujours masqué, l’actualité est chaque jour plus violente… Mais dehors, les arbres se sont parés d’une lumière très particulière, les enfants ont hâte d’enfiler leurs bottes de pluies pour glaner ici ou là les seuls vrais trésors qui vaillent la peine qu’on lutte contre la morosité ambiante : bogues de châtaignes, petit caillou irisé, feuilles mortes écarlates et complicité retrouvée avec les gens qu’on aime.

Et si, cerise sur le gâteau, on partageait aussi des lectures réconfortantes, réjouissantes, enthousiasmantes ? Calé.e.s sous un plaid généreux, tête contre tête, place à nos coups de cœur du mois d’octobre !

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Pour Colette, la collectionneuse de papillons, enfin de retour sur son blog, le livre du mois sera un petit récit original qui renoue avec les textes de la mythologie grecque mais d’un point de vue très particulier : le point de vue de ses monstres. Il s’agit de Moi, Minotaure de Sylvie Baussier publié chez Srineo.

Son petit avis est par ici.

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Pour Liraloin, il est question d’un album où la promenade entre sœurs devient un jeu qui parfois peut faire peur. Une histoire pour s’aérer et s’évader dans les bois aux couleurs changeantes et pleine de douceur.

Au fond des bois de Anne Cortey et Julia Wauters, Editions Sarbacane, 2017

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Pour Pépita et son MéLI-MéLO de livres, c’est un doudou canard dans une nouvelle aventure qui est le coup de cœur du mois ! Si vous ne connaissez pas ses aventures, il est encore temps d’y remédier ! Julien Béziat excelle à raconter ces trucs TERRRRRIIIBLES ! qui lui arrivent. Publié par Pastel chez l’Ecole des loisirs.

L’oeil de Berk de Julien Béziat, Pastel-Ecole des Loisirs

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Le roman que vous propose Lucie n’est pas gai.
A l’approche du 11 novembre son choix s’est porté sur le Soldat Peaceful de Michael Morpurgo. Avec l’humanité qu’on lui connaît, l’auteur anglais nous entraîne aux côtés de Tommo à la veille d’un évènement qui va bouleverser sa vie. Un roman essentiel.

Soldat Peaceful de Michael Morpurgo, Gallimard Jeunesse

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Pour Linda et ses ladies, l’humour très second degré de ce recueil de nouvelles horrifiques a mis du rire dans la maison. Parmi ces vingt histoires, il n’y pas de place pour les cœurs sensibles qui ne peuvent supporter les pleures des petits pois, le bruit de la peau de la pomme qui craquèle sous la chaleur du four ou le cri de la carotte râpée dont les plaies béantes seront saupoudrées de sel. Âmes sensibles, vous êtes prévenues!

Le supplice de la banane et autres histoires horribles de Madlena Szeliga, Albin Michel Jeunesse

Son avis est ICI.

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L’île aux trésors croule sous les pépites en ce mois d’octobre ! Mais s’il ne fallait en retenir qu’une, ce serait le dernier album des talentueux Fan Brothers. Un superbe objet livre qui donne à réfléchir sur les dérives de la quête de perfection, captive, enchante et réconforte.

Le projet Barnabus, des Fans Brothers, Little Urban.

Son avis est ICI.

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Sur les étagères de son Petit Bout de Bib(liothèque), Bouma a choisi d’installer un album qui déploie son texte et ses couleurs comme autant de perles scintillantes. Un livre entre le conte initiatique et la critique sociétale à partager sans modération entre petits et grands.

Le Géant Chagrin de Carole Martinez et David Sala, Casterman, 2019

Son avis est ICI.

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Et vous ? Quel serait votre coup de cœur à partager parmi vos lectures du mois d’octobre ?