Déjà l’automne ! Quels sont vos premiers coups de cœur depuis la rentrée ?

Le temps nous rattrape, les feuilles volent déjà et entre nos mains, les pages ont tourné depuis la rentrée.

Partageons les livres qui nous ont fait vibrer, les récits précieux qui nous ont attachés à leurs êtres de papier.

Cette rentrée, c’est aussi l’occasion d’accueillir trois nouvelles têtes sous le Grand Arbre : Hashtagcéline, Isabelle et Yoko lulu. Bienvenues !

Le Méli-Mélo de livres de Pépita s’est régalée de ce roman plein de fraîcheur, d’humanité… et de responsabilités à la sauce Pëppo !

Pëppo de Séverine Vidal – Bayard

Mais aussi de cet autre roman à l’écriture magistrale de beauté qui embarque le lecteur dans cette histoire étrange entre onirisme et imaginaire, avec des personnages bouleversants, en particulier Milly Vodovc.

Milly Vodovic de Nastasia Rugani – Editions MeMo, collection Grande Polynie

Alice,  dans son pays des merveilles, a été très émue et très touchée par la maternité d’Irène, par sa maturité et par  le trouble qu’elle a su laisser une fois la dernière page tournée. Coup de cœur partagé par Sophie.

Soixante-douze heures de Marie-Sophie Vermot – Thierry Magnier

Le récit des aventures déjantées du groupe de suicidants d’Axl Cendres a particulièrement touché mais aussi beaucoup fait rire HashtagCéline.

Cœur battant d’Axl Cendres – Sarbacane

Aurélie a mis dans son atelier un album plein de tendresse sur l’amitié. Un livre sur la différence, l’école et sur la naissance des sentiments, histoire de bien aborder la rentrée.

Mon ami d’Astrid Desbordes et Pauline Martin – Albin Michel Jeunesse

Grâce à Robinson, Isabelle de L’île aux trésors s’est offert un voyage onirique magnifié par les illustrations splendides de Peter Sis. Un album qui nous invite à assumer nos différences, à voguer vers d’autres horizons et à célébrer les merveilleux pouvoirs de l’imagination…

Robinson de Peter Sis – Grasset jeunesse, 2018

Chez Chloé (Littérature enfantine), le coup de cœur du mois n’est pas une nouveauté, loin de là, plutôt un classique qui n’a pas pris une ride au fil des ans. L’histoire de deux enfants qui entreprennent d’expliquer à leurs parents ignorants Comment on fait les bébés ! C’est drôle et ça décape.

Comment on fait les bébés, Babette Cole – Seuil jeunesse, 1993

Chez Les lectures lutines, deux romans plein d’humanité les ont conquises. Un récit troublant, entre fantastique, fait divers et altruisme, qui a résonné ce mois-ci pour Solectrice.

Dans la forêt de Hokkaïdo, Eric Pessan – Ecole des Loisirs, 2017.

Et pour Yoko lulu, c’est un roman d’une magnifique sincérité, d’une cruelle vérité. Sur l’amour et la différence. Sur l’intégration et l’espérance. Les héros ont un petit quelque chose qui nous attache à eux du début à la fin.

Envole-moi, Annelise Heurtier. Casterman, 2017.

 

Chez Bouma (Un Petit Bout de Bib), c’est un album intrigant, mêlant enquête, texte en rimes et illustrations presque naturalistes qui est sorti du lot ! Une invitation à s’interroger et à regarder plus loin que le bout de son nez !

Carnivore, Tariel et Peyrat – Père Fouettard, 2018

Et chez Sophie, c’est un roman sur la condition des femmes dans les années 1960 qui l’a conquise. On y découvre l’histoire de Catherine qui raconte comment elle a dû se battre pour vivre sa passion, pourtant simple aujourd’hui : la course à pied !

La fille d’avril, Annelise Heurtier – Casterman, 2018

Et vous, quels sont vos coups de cœur de la rentrée ?

Troubles par Claudine Desmarteaux

Troubles de Claudine Desmarteaux
Albin Michel Jeunesse – Wiz, 2012

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Une Lecture Commune avec Céline – Qu’importe le flacon, pourvu qu’on est livresse, proposée par Bouma – Un Petit Bout de Bib

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Bouma : Aujourd’hui nous vous présentons une lecture commune autour de mon gros coup de cœur du mois de janvier, un roman ado, troublant, comme son titre l’indique. Un sujet inquiétant, une manière d’écrire qui m’a captée, pourtant le sujet de ce roman peut porter à polémique. Aujourd’hui nous parlons du genre de roman que vous n’oublierez pas.

Première question : Comment résumerais-tu ce roman ?

Céline : Sous la forme d’un synopsis, clin-d’œil au cinéma, troisième homme de ce récit :
Paris. Camille et Fred, deux ados, deux amis d’enfance. Tous deux sur le fil, tous deux victimes collatérales de drames familiaux. Chacun sa came. Le cinéma pour Camille. L’alcool, les joints et plus si affinités, pour Fred. Soirée après soirée, voyage au bout de la nuit. Lassitude. Dégoût. Drame.

Bouma : Tu as écrit un résumé qui ressemble vraiment beaucoup à ce roman. Les chapitres sont courts, voire très courts, amenant un rythme effréné, une tension à l’histoire. Cette tension, l’as-tu ressentie comme moi ? Cela a-t-il gêné ta lecture ?

Céline : Oui, cette tension est palpable dès les premiers mots et s’accentuent au fil des pages. On sent dès le départ qu’un drame est en préparation ! Une fois l’effet de surprise passé, ce rythme effréné et ce style saccadé m’ont plutôt donné envie de continuer ! L’écriture et la référence au cinéma contribuent d’ailleurs, pour ma part, au succès de ce titre. Et de ton côté, quels sont les aspects qui t’ont particulièrement plu ?

Bouma : Pour revenir à ce que tu disais, je n’ai pas senti le drame venir. Je me le suis pris en pleine tête, comme les protagonistes. Par contre, j’ai aimé que la trame ne s’arrête pas là, que l’auteur montre que le film comme la vie continue.  J’ai aussi aimé cette description très réaliste (à mon sens) de la réalité quotidienne des adolescents. C’est une période de doutes, de choix et d’affirmations. Ce n’est pas une époque facile et les adultes ont tendance à trop souvent l’oublier à mon sens. D’ailleurs, dans le texte, Camille doute de sa sexualité. Mais Camille est un prénom mixte. Est-ce un garçon amoureux de son meilleur pote ? Une fille attirée par d’autres filles ? Qu’en penses-tu ?

Céline : Je pencherais plus pour un “il”… Il me semble que cette identité collerait davantage avec le titre et les sentiments ambigus que Camille éprouve pour son ami d’enfance. Mais je n’en suis vraiment pas certaine. Quoi qu’il en soit, tu as raison, l’auteure nous laisse K.O. certes mais avec néanmoins une note d’espoir :

“Quand les plaies seront refermées, les blessures cicatrisées, viendra le temps des bourgeons et des promesses.”

Ce qui m’a surprise cependant c’est l’attitude attentiste des adultes ! Tout le long de ma lecture, j’ai eu envie de crier : “Mais bon dieu, quand allez-vous réagir ?”. Et toi, ce manque de réaction t’a-t-il également interpellée ?

Bouma : Je n’ai pas franchement été interpellée par cette absence, ou en tout cas cette “non intrusion” des adultes dans le récit. Claudine Desmarteaux déroule son histoire du point de vue de Camille, un(e) adolescent(e) (parce que moi je voyais plutôt une fille en Camille mais bon bref, passons) et nous montre donc SA VISION de l’histoire. Elle est auto-centrée, et ça ne m’a pas plus étonnée que ça que pour elle/lui les adultes n’aient aucun rôle à jouer dans son quotidien outre celui de réfrigérateur et de distributeur.
Un dernier mot pour la fin ?

Céline : Nos hésitations et interrogations sont symptomatiques je trouve. (L’auteure pourra peut-être en lever certaines ?) Cette lecture est de celles qui remuent, vous emmènent au-delà des conventions, des apparences, des jugements trop rapides… Claudine Desmarteaux apporte un certain éclairage sur une jeunesse désabusée et pourtant pleine d’espoir ! Un paradoxe qui interpelle et rend ce texte particulièrement fort ! Un de ceux qu’on n’oublie pas…

Bouma : Exactement. Un texte troublant dont je suis ressortie chamboulée par tant de beauté dans l’écriture de l’indescriptible.

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Et pour en savoir toujours plus, voici nos avis sur nos blogs : Qu’importe le flacon et Un Petit Bout de Bib.

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Cette lecture commune a soulevé nombre de questions comme vous avez pu le lire, et nous remercions chaleureusement Claudine Desmarteaux d’avoir pris le temps d’y répondre (ainsi que son éditeur Albin Michel Jeunesse pour la mise en relation).

1. Comment vous est venue l’idée de Troubles ? Vous êtes-vous inspirée de faits réels ou d’une situation dans votre entourage ?

CD : Après Teen Song, j’ai eu envie d’écrire encore sur l’adolescence, une période à hauts risques, faite d’exaltations, de découvertes, mais aussi d’une certaine errance, voire d’ennui, parce que la réalité est rarement à la hauteur des attentes immenses qu’on a quand on est ado. On zone, de fêtes en soirées. On se cherche, on cherche l’amour… C’est douloureux, de sortir de l’enfance, on éprouve un sentiment de vide, de perte, d’angoisse morbide, parfois.
Ce texte est une fiction qui s’est nourrie de mon imagination, de bribes de mon expérience personnelle, de celle de mes enfants (j’ai une fille de 19 ans à qui je fais lire tous mes textes en cours d’écriture), de films que j’ai vus et aimés… Il est parti aussi d’une envie de décrire des scènes de cinéma.

2. Ce roman parle en partie de harcèlement. Est-ce un thème qui vous touche particulièrement ?

CD : C’est un thème qui touche chacun d’entre nous. Depuis la première cour de récré jusque dans le monde de l’entreprise, on est confronté à des situations de harcèlement, plus ou moins graves, plus ou moins féroces, qu’on subit ou qu’on inflige (parfois avec une certaine lâcheté, ou de l’inconscience). Ça fait partie du jeu social. En bande, parfois la cruauté peut se déchaîner.

3. Dans cette histoire, les adultes sont plutôt inexistants voire démissionnaires. Est-ce un constat que vous tirez de la vie réelle ?

CD : Non, ce n’est pas un constat et je ne juge personne. Ni les ados, ni leurs parents. S’ils sont défaillants, c’est parce qu’ils ont du mal à faire face à leurs propres problèmes, mais aussi parce que les adolescents s’éloignent d’eux, ne leur confient plus rien. En grandissant, les enfants veulent s’affranchir, couper le cordon, et c’est bien normal. Les parents sont souvent les derniers informés. Ils idéalisent leurs enfants et font parfois preuve de naïveté, ou d’aveuglement.
Dans Troubles, pour se protéger d’une situation pourrissante (ses parents ne s’entendent plus mais sont forcés de cohabiter pour des raisons économiques), Camille prend ses distances. Les parents font ce qu’ils peuvent. Ils sont toujours trop absents, ou trop étouffants… Les parents parfaits, c’est comme la licorne, ça n’existe pas.

4. Aviez-vous l’intention d’écrire pour le public adolescent dès le départ de cette intrigue ?

CD : Pas forcément. Dans tous mes livres jeunesse, je m’adresse aussi aux adultes. Mais je suis heureuse d’avoir publié ce livre en roman ado, j’ai fait de très belles rencontres avec des lycéens sur Troubles.

5. Avez-vous visionné l’intégralité de la filmographie de Camille ? Comment avez-vous choisi ces films ?

CD : J’ai choisi des films que j’ai aimés et qui m’ont marquée. Ils ont tous un lien avec le désir, l’amour, les pulsions… Je les ai visionnés parfois plusieurs fois, pour choisir les scènes, les décrire… Tous ces « morceaux de cinéma » disent à quel point c’est complexe, tout ça, et à quel point cela échappe à notre contrôle. Camille est quelqu’un d’assez introverti, toujours en retrait, qui observe la vie un peu comme un film. Camille décrit avec précisions des plans, des scènes, mais ne dit rien sur ses propres désirs.

6. Pouvez-vous lever l’ambiguïté concernant le sexe de Camille ?

CD : Camille est un prénom mixte. C’est au lecteur de faire son choix. Cette ambiguïté participe au trouble.
Mais si vous tenez à savoir si pour moi, Camille est une fille ou un garçon, je répondrai : un garçon (qui refuse de s’avouer les sentiments amoureux qu’il éprouve pour son meilleur ami Fred).

7. et enfin… avez-vous un autre roman pour les adolescents en préparation ?

Un nouvel opus de la série du petit Gus, Le petit Gus au collège, sort en août 2013. C’est un roman illustré qui s’adresse à tous, et plus spécialement aux 9-13 ans.
Je n’ai pas commencé à travailler sur un autre texte pour l’instant, mais j’écrirai encore pour les adolescents. J’aime ce public, ouvert, fragile et touchant. L’adolescence est une période de la vie riche et complexe, dont on ne sort pas indemne mais qui construit l’adulte qu’on deviendra.

[Cette interview a été réalisée au début de l’été.]

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Nous espérons que cette lecture commune vous aura fortement donné envie de lire ce titre. Bonne lecture.

Lecture commune: “Wonder”de R.J.Palacio

wonder pocket“Je m’appelle August. Je ne me décrirai pas. Quoi que vous imaginiez, c’est sans doute pire.”
Il y a des livres qui nous interpellent dès la couverture. Après vient la lecture, la magie opère ou pas. “Wonder” nous a plu, il a même été un coup de cœur pour certaines d’entre nous.

Sophie-La Littérature jeunesse de Judith et Sophie, Kik-Les lectures de Kik et Pépita-Méli-Mélo de livres ont accepté d’en discuter avec moi

Dorot’: Qu’est-ce qui vous a donné envie de lire ce livre?

Sophie: Ce qui m’a donné envie de lire c’est bien sûr l’avis unanime des blogueuses ici présentes. Leur enthousiasme était tel que j’ai été curieuse de savoir ce que ce livre avait de si bien. J’avais quand même une petite réserve parce que la quatrième de couverture annonçait un récit sur un enfant avec des malformations et j’avais peur qu’il soit trop dur par rapport à mes envies du moment.

Pépita: En faisant des recherches sur les nouveautés à paraître, je suis tombée sur ce livre et j’ai eu tout de suite envie de le lire : ma fibre maternelle sans doute…mais je suis aussi très sensible à tout ce qui touche à la différence.

Kik: J’ai vu cette couverture ça et là sur internet. Puis après quelques temps, j’ai lu la quatrième de couverture, et puis je me suis dit: “Je dois le lire.” En dehors du monde de la littérature pour la jeunesse, je vois des enfants toute la journée pour les soigner, notamment leur bouche. Alors pour moi, c’était comme une évidence. je devais lire ce livre, pour en discuter avec des enfants qui pourraient aborder le sujet avec moi. Je devais lire ce livre, car la personne principale pourrait être un de mes patients. Je devais lire ce livre, car il semblait être un livre incontournable en version originale. Je devais lire ce livre… Je l’ai lu. Il y a des dizaines d’autres raisons de lire ce livre, mais celles-ci étaient largement suffisantes pour l’apporter en vacances.

Dorot’: Un sujet difficile, malformation… en fait, il parle de quoi ce roman?

Pépita: Ce roman nous parle d’un jeune garçon, August, dit Auggie, qui effectivement souffre d’une malformation faciale depuis sa naissance. Il a subi de très nombreuses interventions chirurgicales et le fait qu’il soit en vie tient du miracle. Il n’a jamais été scolarisé. Cette année, il va entrer en sixième dans le collège de son quartier…Se confronter au regard des autres, c’est déjà très difficile mais là, c’est l’année du grand saut pour lui et sa famille, car il est très entouré.
Au-delà de cette malformation, c’est avant tout un livre qui nous dit à tous, car on est tous concernés, de ne pas juger sur les apparences. De voir au-delà. D’aimer les gens pour ce qu’ils sont. A l’intérieur. D’aimer avec son cœur et non pas avec ses yeux.

Sophie:  Pépita l’a très bien résumé. Je rajouterais juste que c’est un livre qui montre le pire comme le meilleur de l’être humain.

Kik: Le résumé de l’histoire a été fait. Sur ce point je n’ai rien à ajouter. Au delà des faits, il y a l’idée de gentillesse et d’altruisme (kindness en version originale). La fin du roman très poignante, mais dont je ne révélerai rien, fait ressortir ce lien entre les personnages. Ce roman fait réfléchir sur ses propres actes, et sur le regard que l’on peut porter sur les autres.

Dorot’: L’entrée au collège d’August ne se fait pas sans les préparations…Les trois collégiens choisis par le proviseur sont censés l’encadrer et  l’aider. Ça vous a plu cette façon de procéder?

Pépita: Dans l’esprit, j’ai trouvé cela plutôt louable de sa part, disons que ça part d’un bon sentiment. Mais on se rend bien compte que ça ne colle pas bien entre eux et pour Auggie, c’est assez terrible…Au lieu de les choisir lui-même, le volontariat aurait peut-être été préférable. C’est ce que m’a affirmé ma fille collégienne qui a lu le livre aussi… Je pense que pour certains, c’était plus qu’ils ne pouvaient assumer. Pas assez préparés ou alors aussi une question d’éducation (on le voit pour Julian). Pour d’autres,au contraire, cela leur a permis de s’affirmer par rapport aux autres et à eux-mêmes, je pense en particulier à celui qui va devenir le meilleur ami d’August. On peut difficilement juger ceci dit. Car soi-même, comment aurions-nous réagi ou nos propres enfants ? C’est une question que je n’ai pas cessé de me poser durant cette lecture.

Sophie: Comme Pépita, j’ai trouvé cette idée plutôt bonne. Ça aurait pu être une entrée en matière plus douce si ça s’était bien passée. Malheureusement, les élèves n’étaient vraisemblablement pas les bons.

Kik: Je n’y avais pas spécialement pensé en réalité. Ça ne m’a pas surprise. Je trouve bien de faire découvrir les lieux à un nouvel élève, comme les CM2 qui peuvent se rendre aux journées portes ouvertes du collège. Les relations entre enfants ne sont pas souvent ce que prévoient les adultes. Cela ne se passe pas si bien, mais d’un autre côté, comment cela aurait pu se passer parfaitement ? Il était évident que le sujet de son physique serait abordé, enfin pour moi, cela était évident.

Dorot’:  Kik l’a dit, l’inscription d’August au collège ne pouvait pas passer inaperçue, même si pas mal d’élèves le connaissaient déjà de vue…En même temps on l’a jamais préparé à ça…on ne lui a pas dit bien avant qu’il va falloir y aller…c’est un peu une surprise…bonne ou mauvaise pour Auggie?

Pépita: C’est vrai : tu as raison de soulever ce point Dorot. En même temps, je me dis que si ses parents n’avaient pas provoqué cette inscription au collège, Auggie n’y serait sans doute jamais allé. Sa première réaction, et on le comprend, est de refuser, surtout que ses parents lui ont caché leur démarche. C’est donc une mauvaise nouvelle pour lui. Mais très vite, il finit par accepter de rencontrer le directeur. C’est dur pour lui. Il sait qu’en faisant ce pas-là, il enclenche un changement dans sa vie, un changement important. Il veut encore reculer après cette entrevue si je me souviens bien. Mais ses parents insistent avec tact. Et il accepte. A contre cœur, mais il accepte. Comme si tous pressentaient que ce choix-là, très difficile, sera bénéfique pour lui. Lui y compris: il sait bien au fond de lui-même que ses parents ont “raison” même s’il préfère la sécurité de son cocon familial. N’est-ce pas le rôle des parents parfois que de savoir ce qui est bon pour leurs enfants par devers-eux, même s’ils savent les mettre en difficulté ?

Sophie: Je pense qu’au fond de lui, Auggie savait que c’était bon pour lui. Et puis c’est un pas de plus vers la normalité qu’il souhaite tant qu’on lui reconnaisse. Ne pas être scolarisé, c’était mettre l’accent sur la différence.
Mais Auggie avait aussi conscience des difficultés. C’est un garçon très intelligent, il connaissait le regard des gens dans la rue et il savait qu’à l’école, ce serait pareil et même pire, c’est pour cela que sa première réaction fût négative.
En fait, aller au collège, pour Auggie, c’était à la fois être un peu plus comme les autres enfants et en même temps se confronter aux regards sur sa différence.

Dorot’: La première année d’école d’August est racontée par des personnes différentes. Plus au moins proches de lui. Cette narration vous a plu?

Pépita: Oui, beaucoup car en alternant les points de vue, le lecteur peut faire des recoupements, et cela donne un rythme intéressant à l’histoire. On n’est pas focalisé aussi toujours directement sur August mais la voix des autres donne un éclairage particulier. Par exemple, j’ai beaucoup aimé les passages sur la souffrance culpabilisante de sa grande sœur. Et on s’aperçoit du coup que chacun, à sa façon, souffre dans son entourage.

Sophie: J’ai beaucoup aimé ce mode de narration aussi. Déjà j’ai trouvé intéressant que les passages se croisent. Ainsi on n’a pas x fois la même scène vu par des personnes différentes. Par contre, l’auteur a su doser, certains passages sont vus par plusieurs personnages avant de continuer l’histoire. En plus d’un point de vue autre que celui d’August, j’ai trouvé que ça permettait aussi d’alléger un peu ! Il faut l’avouer, la vie d’August n’est pas simple et peut-être que le roman entier vu par lui aurait été trop chargé d’émotions (qui ne manquent déjà pas).
En tout cas, cette narration est très bien menée et vraiment pertinente.

Kik: Comme Sophie, je pense qu’une narration avec le seul point de vue d’August, aurait été moins forte. Dans ce roman, l’alternance des points de vue, qui sont complémentaires et pas redondants, donne de la dynamique et un intérêt supplémentaire. Tous les lecteurs peuvent se retrouver dans au moins un personnage. J’ai bien aimé lire les narrations des amis, qui donnent un regard encore différent de celui de la famille.
Cette particularité du roman est quelque chose qui m’a beaucoup plu, lors de la lecture.

Dorot’: Les chapitres racontés par Olivia, la sœur d’August, m’ont beaucoup émue. J’ai trouvé qu’elle était un peu abandonnée à elle-même dans cette histoire…Le handicap d’August justifie tout ça selon vous?

Pépita: Tout comme toi, ces chapitres m’ont beaucoup émue aussi. Je les ai trouvés très juste. Ce n’est déjà pas simple une fratrie ! Olivia espérait une nouvelle vie pour elle au lycée, ne plus être la sœur de …Elle culpabilise énormément de prendre ce virage-là. Mais en même temps, c’est vital pour elle. Il me semble que sa mère ne l’a pas très bien compris (passage où elle s’aperçoit qu’Olivia ne leur a pas parlé du théâtre). Spontanément, on se dit que non, ce n’est pas justifié, pas à ce stade-là : August est plus grand, son état de santé s’est stabilisé semble-t-il, il serait normal que la grande sœur puisse aussi avoir sa place. Dans toutes les familles confrontées à la maladie ou au handicap d’un des enfants, les autres enfants en souffrent toujours. Dans mon entourage, j’en connais et c’est toujours le cas.

Kik: C’est difficile à dire. Je préfère ne pas me prononcer sur ce point car je n’ai pas dans mon entourage familial proche, de personnes atteintes d’une malformation corporelle aussi importante que celle d’August.
Personnellement même s’il est court et un peu inattendu, j’ai aimé le chapitre donnant le point de vue du petit copain de la sœur. Il n’est pas vraiment de la famille, mais il ressent le mal-être de la sœur et un besoin de protection né.

Dorot’ Un petit bilan de cette année de sixième d’August? Une bonne initiative de la part de ses parents? Un échec complet? Une année mitigée?

Sophie:  Les choses ne se sont pas faites sans mal mais cette année de sixième est un premier pas finalement assez positif dans son intégration sociale. Je concluerais en disant que les choses les meilleures pour nous ne sont pas toujours les plus faciles à réaliser.

Pépita: Je dirai que malgré les obstacles, oui, c’est une bonne année pour August. Il a non seulement réussi à faire changer le regard des autres sur lui mais il s’accepte aussi mieux lui-même.Cette année l’a fait grandir ainsi que son entourage.

Kik: Son visage n’a pas changé. Il a toujours les mêmes déformations. Il est toujours le même. Et pourtant les autres élèves de son école ne le regarde plus de la même manière. Il n’est plus la bête curieuse. Il est lui. Il a des amis. Il a mis le nez à l’extérieur de sa maison, et de sa famille.
La confrontation a été rude, mais il a franchi le pas. Malgré les difficultés je pense que cela valait le coup.
Une année forte en émotion pour toute la famille. Il ne doit pas être évident pour les parents de “lâcher ainsi dans la nature”, un enfant protégé pendant plusieurs années.
Pendant les semaines et même mois passés à l’hôpital, ils devaient se dire: “On fait tout ça, pour qu’il puisse un jour aller à l’école et avoir une vie sociale”.
Ce jour était arrivé. Il fallait se lancer. Il l’a fait.
Et ça donne une histoire, très forte.

Dorot’: Une belle conclusion, Kik. Pour finir, en quelques mots, quelle serait une bonne raison pour lire ce livre?

Kik: La découverte de l’autre, de la différence .

Pépita: Une leçon de tolérance.

Sophie: C’est une belle expérience humaine.

Merci les filles !
A lire également: la chronique de Pépita, Sophie, Dorot’