Nos coups de coeur d’Avril

Le mois d’avril est terminé et les blogueuses d’A l’ombre du grand arbre vous ont montré leurs tables de chevet et leurs PAL (Pile à Lire) et PAC (Pile à Chroniquer). Découvrez cette semaine leur coup de cœur mensuel.

Aurélie a profité d’un réveil très matinal pour lire dans son jardin et se plonger dans le roman “La vie dure trois minutes” d’Agnès Laroche chez Rageot. Une histoire sur la reconstruction suite un drame et sur la danse, le tango précisément.  Automne, une lycéenne, a eu un choc un jour de juin. Depuis ce jour, elle reste cloîtrée chez elle et a éteint son téléphone. Elle décide d’écrire ce qui s’est passé pour surmonter cette épreuve. Nous sommes plongés dans ses pensées entre le présent et le passé. Un texte court et intense.

Son avis

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Bouma a dévoré le dernier Prix BD Jeunesse du Festival d’Angoulême à savoir Le Prince et la Couturière de Jen Wang. Ce gros comics propose une histoire originale où les protagonistes cherchent à se définir dans une société qui le fait pour eux, le tout sur fond de podium de la mode. Une très belle proposition qui ne plaira pas qu’aux filles malgré le sujet et la couverture qui pourraient le suggérer.

Son avis.

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HashtagCéline a eu la chance de faire une virée dans les années 60 sur les routes américaines en compagnie d’un trio attachant et très touchant. Avec Toffee Darling de la talentueuse Joanne Richoux paru chez Sarbacane, HashtagCéline est rentrée de ce road trip la tête pleine de souvenirs, “les yeux liquides”, le vague à l’âme et la sensation que le voyage avait été trop court…

Son avis.

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Isabelle et ses deux flibustiers, sur leur île aux trésors, ne résistent jamais à l’appel d’une robinsonnade ! Ce mois-ci, ils s’en sont donnés à cœur joie avec Robot sauvage, de Peter Brown (paru en 2017 chez Gallimard Jeunesse). Roz, robot naufragé, doit s’adapter à la vie sauvage. Un roman original qui donne à réfléchir, fait beaucoup sourire et vibrer pour des “personnages” vraiment attachants ! Vivement le tome 2 !

Son avis

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Pépita et son Méli-mélo de livres ont regorgé de pépites en ce mois d’avril mais si je ne devais n’en retenir qu’un, c’est celui-ci car sa forme et son fonds peuvent toucher tout un chacun. C’est l’immense force de la littérature jeunesse ! Un bijou de narration que cette balade de Koïshi d’Agnès Domergue et Cécile Hudrisier chez Grasset jeunesse, petit grain de riz qui suit le fil de sa vie. Un magnifique écrin pour ces aquarelles si légères et si poétiques.

Son avis

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Sophie de La littérature jeunesse de Judith et Sophie voit la vie en 133 couleurs avec ce nuancier encyclopédique ! Une page + une couleur + une anecdote sur son origine, son utilisation, sur un objet qui la symbolise… Voilà le pari réussi de Cruschiform pour Colorama, cet imagier multicolore chez Gallimard jeunesse.

Son avis

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Chloé (Littérature enfantine) s’est plongée avec bonheur dans les mystères du développement du langage du jeune enfant avec La la langue, un album qui explique aux enfants comme aux adultes comment le petit humain devient doué de parole. Une lecture à la fois ludique et instructive.

Son avis

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Alice d’A lire aux pays des merveilles est tombée sous le charme d’un roman ado dont l’histoire est aussi dure et poétique que l’annonce son titre.

Toute la beauté du monde n’a pas disparu de Danielle Younge-Ullman ou l’histoire d’une reconstruction personnelle au milieu d’une nature hostile pour enfin accepter l’inacceptable. Une juste dose de réalité et de légèreté pour ne plus décrocher de cette lecture dont on ne ressort pas indemne. De route beauté !

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Bonnes lectures à vous et rendez vous le mois prochain !

 

Sélection thématique : Les secrets

Après la lecture commune de l’Arrêt du coeur, les blogueuses d’À l’ombre du grand arbre ont remarqué que le secret concernait beaucoup de lectures de leurs bibliothèques. Elles vous en proposent quelques-unes cette semaine.

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La forêt s’agite. Renarde a un secret, qu’elle décide de partager. Les animaux se le transmette d’oreille en oreille jusqu’à ce que ça n’en soit plus un ! Un livre tendre sur la naissance.

Le secret, Emile Vast. Editions Mémo. 2015

Les avis d’Alice et Aurélie.

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Un secret sur fond de colonialisme.

Tous les oiseaux savent. Claire Mazard. Oskar jeunesse. 2017

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L’histoire d’un garçon particulièrement secret, à la recherche de ses origines…

Vango. Timothée de Fombelle.Folio Junior. 2010

Les avis d’Isabelle et de Bouma

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Un roman à huis clos où une mère embarque sa fille dans une cabane au fond des bois et se dévoile le temps d’une nuit.

L’aube sera grandiose. Anne-Laure Bondoux. Gallimard jeunesse. 2017

Les avis de Pépita, SophieHashtag Céline et Aurélie et notre lecture commune.

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Une BD touchante et un secret omniprésent…

Ma maman est en Amérique, elle a rencontré Buffalo Bill. Jean Regnaud et Emile Bravo. Gallimard. 2007.

Les avis de Bouma et de Sophie.

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Un jeu de piste à découvrir pour percer à jour le secret d’une maison singulière !

Volubilis. Max Ducos. Sarbacane. 2006

Les avis d’Isabelle et de Sophie

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Une série BD.

Les carnets de Cerise. Joris Chamblain et Aurélie Neyret . Soleil. 2012. 

Les avis de Bouma et Solectrice.

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Un album mettant en scène un loup qui doit affronter tous les préjugés sur son espèce. Mais grâce à la pureté d’un petit garçon, il a désormais un secret.

Le secret du loup. Florian Pigé et Morgane de Cadier. Hong Fei éditions. 2017

Les avis de Sophie, Chlop et Aurélie.

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Une petite souris trouve un trésor (une pomme) et souhaite le garder secret, elle l’enterre. Mais la nature va vite se dévoiler.

Le secret. Eric Battut. Didier Jeunesse. 2004.

L’avis de Chlop.

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L’histoire d’une jeune fille qui enquête sur la mort mystérieuse de ses parents.

Un si terrible secret. Evelyne Brisou-Pellen. Rageot.  1997 (réédition 2017)

L’avis de Yoko Lulu

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Un roman avec des énigmes à résoudre.

Le secret du grand-oncle Arthur . Véronique Delamarre-Bellego. Oskar Jeunesse. 2012

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Quand une inconnue fait voler ta famille en éclats

Comme une envie de voir la mer. Anne Loyer. Alice éditions. 2015

Les avis de Pépita, Bouma et Alice

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Un livre d’art.

L’arbre de Sobo. Marie Sellier et Charlotte Gastaut .Réunion des Musées Nationaux. 2018

L’avis de Pépita

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Un secret en plein cœur de la première guerre mondiale.

Capitaine Rosalie. Timothée de Fombelle et Isabelle Arsenault. Gallimard. 2018

Les avis de Pépita, Hashtag Céline et Sophie. Lecture en duo à lire sur le blog.

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Un splendide album écologique et un secret qui fait peur à tous, sauf à la petite Erine qui est bien décidée à le percer à jour…

Le secret du rocher noir. Joe Todd-Stanton. L’Ecole des loisirs. 2018

Les avis de Pépita, Isabelle et Sophie.

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Les non-dits familiaux (dont l’anorexie) dans le contexte de la deuxième guerre mondiale.

Sobibor. Jean Molla. Gallimard. 2003

Mémoire en eaux troubles, de Joëlle Van Hee. Éditions du Jasmin. 2017

L’avis d’Isabelle

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Des romans adultes à mettre dans les mains de nos ados :

Rien ne s’oppose à la nuit. Delphine de Vigan. J-C Lattès.2011

Un secret. Grimbert Philippe. Grasset. 2007

Nous espérons que tous ces secrets vous auront inspirés…

 

 

 
 
 
 
 

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Lecture commune : L’arrêt du coeur ou comment Simon découvrit l’amour dans une cuisine

L’arrêt du cœur est un roman de la collection Polynie des éditions MéMo d’Agnès Debacker illustré par Anaïs Brunet. Il parle de Simon, un jeune garçon de 10 ans qui se retrouve confronté à la mort de sa voisine, dont il était proche. En cherchant à rapporter un souvenir d’elle, il découvre l’amour, celui de Simone, à l’époque de la guerre d’Algérie. Nous sommes plusieurs à l’avoir apprécié et nous partageons avec vous notre lecture commune.

L’arrêt du coeur d’Agnès Debacker et Anaïs Brunet. Editions MéMo.

Aurélie : A quoi vous attendiez-vous en découvrant la couverture ? 

Pépita : Difficile à dire pour la couverture ! Pas de lien si évident entre ce jeune garçon assis, tenant une théière rouge entre ses mains et écoutant ce qu’elle a à lui dire, et le titre ! Une histoire d’amour mais pas vraiment celle à laquelle je m’attendais.

Aurélie : Je m’attendais à un roman à l’eau de rose, un jeune garçon amoureux qui colle la théière contre sa joue, peut-être car sa bien-aimée l’a touchée.

Isabelle : Comme vous, je me suis attendue à une romance ! Le titre, associé à la couverture aux tons pastels qui représente un garçon rêveur… C’est en tout cas ce qu’ont pensé mes garçons, même si comme tu le dis Pépita, c’est trompeur – et c’est un peu dommage, car ils sont un peu comme le protagoniste, Simon qui dit à un moment : « selon toute vraisemblance, j’ai affaire à une histoire d’amour et moi, les histoires d’amour, ça m’ennuie au plus haut point ». De mon côté, je considère les romans de la collection Polynie comme une valeur sûre garantissant des voyages hors des sentiers battus. Je n’ai pas hésité et je me suis plongée dans la lecture avec beaucoup de curiosité !

Hashtag Céline : Honnêtement, je ne savais pas trop à quoi m’attendre. Plutôt une histoire d’amour mettant en scène des adultes. Comme je le fais de plus en plus, je ne le lis plus le résumé afin de me garder le plaisir de la découverte, surtout chez MeMo. Sur la couverture, c’est Simon. Mais sans lire ce roman, même si on le comprend vite, je trouve qu’on n’identifie pas immédiatement ce personnage comme un enfant. De fait, en découvrant l’histoire et l’âge de Simon, j’ai été plutôt étonnée !

Bouma : En ce qui me concerne, et ayant lu le résumé, la couverture m’a rappelé les éléments clés de l’histoire à savoir un jeune garçon cherchant à connaître les secrets contenus dans cette vieille théière rouge.

Aurélie : Le roman mélange le drame et l’enquête. Pour sa forme, le récit n’est pas découpé en chapitres mais est entrecoupé des belles illustrations d’Anaïs Brunet, qu’avez vous pensé de cette proposition et quel impact a-t-elle eu sur votre lecture ? 

Pépita : Je ne me suis aperçue de l’absence de chapitres qu’après un petit moment, à vrai dire, mais j’ai eu aussi besoin de m’arrêter par moments, pour mieux savourer cette histoire. J’ai aussi beaucoup aimé que le fil soit déroulé d’un seul jet avec ces illustrations, qui le ponctuent. Cela donne une fluidité et une profondeur.

Aurélie : Comme toi Pépita, je n’ai pas vu sur le moment qu’il n’y avait pas de chapitres. Le roman m’a fait le cœur lourd, mais je n’arrivais pas à lâcher le livre. Ses illustrations m’ont permis de prendre mon souffle dans ma lecture.

Isabelle : De mon côté, j’ai remarqué assez vite l’absence de chapitres et le système de respiration autour de grandes illustrations : pourquoi pas ? Pour moi, ça a été une incitation à dévorer le roman d’un trait. La construction de l’intrigue autour de l’enquête de Simon est très réussie à mon sens : une manière de tenir le lecteur en haleine de bout en bout et d’éviter un registre trop dramatique autour du deuil de Simon.

Hashtag Céline : J’ai trouvé aussi que l’ensemble était très fluide et que tout justement s’imbriquait parfaitement. Texte et illustrations se répondent et se complètent. De fait, je ne me suis posée aucune question pendant ma lecture sur la présence ou non de chapitres. Je me suis trouvée complètement happée par ce roman. Grâce à cette ambiance qui s’installe aussi bien par la musique des mots que les couleurs des illustrations, j’ai suivi avec beaucoup d’émotion Simon dans son travail de deuil puis cette enquête étonnante, qui apporte un souffle nouveau à l’histoire.

Bouma : L’absence de chapitres ne m’a pas du tout gênée dans ma lecture puisque, comme vous l’avez toutes dit, il y a ces grandes illustrations en forme de pause. Et en plus, le texte comporte quand même des sauts de paragraphes, entre deux scènes, deux moments temporels, qui permettent à ceux qui le veulent de stopper leur lecture plus aisément.

Aurélie : Le roman met en avant différents thèmes : le deuil, le lien affectif,le secret et l’Histoire. Il regorge d’émotions, pensez-vous que c’est un roman intergénérationnel? 

Pépita : Oui, totalement intergénérationnel. Il s’inscrit dans une filiation forte, celle du sang mais aussi celle de l’amour, de l’amitié, comme un kaléidoscope. Simon fait le lien avec tout le monde sans vraiment le savoir.

Aurélie : Pour moi l’histoire parle à tout le monde, l’intensité dégagée par le texte et les illustrations touche les enfants comme les adultes. J’ai aimé la diversité des thèmes même si le deuil est pour moi prédominant. Quant au lien effectif, en effet Pépita, il relie tous les personnages de l’histoire : de l’amitié de Simon et Simone, l’amour de Simone et Farid, de Safia et Farid et l’amour maternel des parents de Simon qui s’inquiètent pour lui. Le côté intergénérationnel est aussi pour moi dans le sens de transmission. En effet ,avec l’évocation de la guerre d’Algérie, les enfants peuvent découvrir l’impact de l’histoire avec un grand H sur leur entourage, qu’une chose réduite à un fait appris en cours ait été un jour le quotidien de quelqu’un. Je sais pas si ça vous a fait ça à vous aussi mais avec ce secret je me dis « mais combien de choses nos grands parents vont-ils emporter dans la tombe? », on le voit bien avec Simone.

Isabelle : Je suis d’accord avec vous, ce roman est très riche ! La relation de Simon et de Simone est très belle, faite de multiples petits moments de partage et de complicité… Et pourtant, l’enquête de Simon va l’amener à découvrir des pans inconnus de la vie de Simone et, à travers son histoire, des pages de l’Histoire avec un grand H que sa génération et celle de ses parents n’ont pas vécues. Cette profondeur m’a surprise, surtout au dénouement du roman, et apporte vraiment quelque chose en plus. Je pense comme toi, Aurélie, qu’il s’agit d’un roman intergénérationnel et j’ai vraiment envie de le découvrir et de parler de ces événements historiques avec mes enfants quand ils seront prêts. La génération de nos parents ou de nos grands-parents ont vécu des choses importantes, même si souvent traumatisantes, dont nous gardons une mémoire vivante grâce à nos interactions avec eux. C’est essentiel de la transmettre aux générations suivantes, et la littérature jeunesse a sans aucun doute un rôle à jouer !

Hashtag Céline : Clairement oui. Le roman fait le lien entre deux époques, deux vies différentes. Il permet à Simon d’entrevoir son amie, son histoire et l’Histoire autrement. Mais c’est aussi le récit d’une belle amitié entre un jeune garçon et une vieille femme, d’une relation dans laquelle l’âge n’avait pas d’importance.

Bouma : Je serais curieuse de la réaction d’une personne âgée face à ce texte. Le ressent-elle comme nous, comme le jeune héros de l’histoire ? En tout cas, je reste très émue par cette amitié, si forte qu’elle dépasse le préjugé des âges. Et je vous rejoins sur les histoires familiales liées à un contexte historique : je pense que la pudeur nous retient souvent de poser les questions mais que chaque personne cache en elle une partie de son histoire.

Aurélie : La théière est un objet transitionnel, quelle symbolique a-t-elle eu pour vous? 

Pépita : J’ai adoré sa présence, d’ailleurs j’en ai une bleue du même style et je me demande si je ne vais pas la détourner aussi ! Elle symbolise les petits secrets et aussi le souvenir de ces petits moments partagés autour d’elle. Elle fait le lien entre l’avant et l’après, elle permet à Simon d’accepter peu à peu la mort de sa Simone en restant vivante à travers elle. Elle lui permet de grandir. Quelle belle idée !

Aurélie : La théière me fascine, je n’arrive pas à savoir si c’est ce qu’elle représente : l’objet qui permet à Simon de faire son deuil, ou sa représentation avec la présence des illustrations d’Anaïs Brunet. En tout cas, elle représente aussi pour moi une métaphore du lien : celui qui lie Simone à Simon, Simone à Juliette et Simone à Farid mais aussi entre Simon et Juliette !

Isabelle : Sur la couverture, Simon colle son oreille contre cette théière comme on le fait avec un coquillage pour entendre la mer… Avant de lire le roman, j’ai interprété ce geste en l’attribuant à une rêverie. À la lecture, on comprend que cet objet est associé à d’innombrables moments privilégiés avec Simone, que leur écho résonne probablement encore à l’intérieur… Je trouve pertinent de parler d’objet transitionnel comme vous le faites, car elle aide Simon à vivre sans Simone, comme il avait pu aider Simone à vivre sans Farid.

Hashtag Céline : Cette théière, j’y ai beaucoup pensé. Je me suis mise à la place de Simon et je me suis posée cette question : tu aurais fait quoi toi, étant enfant? Tu aurais lu ou non les petits papiers? Cette théière est “magique”. Lire les secrets et les vœux qu’elle contient, c’est transgresser un interdit et peut-être même s’attirer des ennuis ! Mais comme Simon, j’aurais sans doute fait pareil, au risque d’y découvrir des choses que j’aurais préféré ne pas savoir. J’ai trouvé que la théière était un joli symbole rassemblant à elle-seule tous les éléments importants du roman : le souvenir de Simone, tous ses secrets mais aussi l’enfance et l’innocence de Simon.

Bouma : On pourrait presque rapprocher cette théière des journaux intimes ou carnets que l’on écrit à tout âge. Ils ne sont fait que pour nous, et en même temps révéleraient bien des choses à quiconque les lirait.

Aurélie : Simon découvre l’histoire de son pays et le racisme avec son ami, on a l’impression qu’avec la mort de Simone, un voile s’est levé. Il est en début d’adolescence et découvre doucement le monde des adultes. La nièce de Simone a-t- elle un rôle de passerelle entre ces deux mondes ?

Pépita : Je ne l’ai pas vue comme ça. Je l’ai vue comme une confidente, qui en a compris bien plus que ce qu’elle veut bien laisser croire. Elle accepte la présence de Simon avec naturel et une certaine bonhomie, sans mort dans l’âme. Elle est comme un tourbillon, qui s’arrête pour l’écouter parler de Simone, entrer dans le jeu de découvrir ce mystère de cet amour de jeunesse. Elle est la seule adulte dont Simon ne se méfie pas. A travers elle, il découvre aussi qu’une personne n’est jamais vraiment disparue. Il baisse sa garde enfin avec elle. Elle lui permet de lui faire confiance. Et c’est énorme pour lui qui se sent si bouleversé !

Aurélie : Pour moi le choix de l’âge de Simon permet d’évoquer implicitement le passage dans un âge de transformation : l’apprentissage du deuil et la disparition de Simone qui a été sa nounou, la découverte de l’amour et du visage différent des gens qui l’entourent et la découverte de la bêtise des adultes avec ses nouvelles interrogations avec son ami Sofiane. J’ai ressenti le personnage de Juliette comme un guide ou plutôt un passeur entre ce monde de naïveté et le monde beaucoup moins rose des adultes.

Isabelle :  C’est vrai qu’elle a une manière singulière de lui expliquer les drames personnels de Simone et historiques liés à la guerre d’Algérie, avec des mots simples et forts qui parleront aux jeunes lecteurs. Je vois un peu de ce que vous dites toutes les deux. Les traces de la Juliette enfant, que renferme la théière, la rapprochent de Simon. Par ailleurs, elle est très bienveillante, ouverte et à l’écoute de Simon qui en a bien besoin.

Hastag Céline : Pour moi, la nièce de Simone est plutôt là comme un soutien. Elle permet à Simon d’aller au bout de ses recherches. Elle accepte de parler de la vieille femme, chose que lui refusent tous les autres adultes autour de lui, de peur qu’il souffre. Elle lui permet de faire vivre le souvenir de Simone. Et avec sa bonne humeur et son dynamisme, elle l’aide un peu à passer cette épreuve. C’est un personnage dont l’arrivée dans le récit m’a fait du bien. Comme soulagée… Sentant que Simon serait enfin moins seul face à tout ça.

Bouma : Je ne m’attendais pas du tout à l’évocation de cette période historique souvent méconnue, et je ne doute pas que cela amènera les enfants à vouloir en savoir plus. Concernant le rôle de la nièce de Simone, elle fait, pour moi, écho à l’enfant qu’est Simon. Ils ont partagé sans le savoir les mêmes rituels et les mêmes souvenirs de Simone, ce qui les rapproche intrinsèquement.

Souhaitez-vous évoquer d’autres thématiques du roman ? 

Pépita : oui, le souvenir. Dans toutes ses dimensions : celui qu’on a des moments passés avec une personne qu’on aime, celui qu’une personne laisse après sa disparition. Je trouve que c’est un thème fort du roman pour un jeune garçon de 10 ans qui a peu d’années de vie, encore, même s’il a passé les deux chiffres. Et aussi le secret : jusqu’où se permettre de lever le voile sur le secret d’une personne disparue ? Je me suis posée cette question tout du long… En même temps peut-être que Simone voulait-elle qu’on le découvre en le glissant dans cette théière ? Mais peut-être n’y a -t-elle pas pensé… Ce petit mot glissé est pour elle une façon de se souvenir… comme une bouteille à la mer. J’ai aussi été très sensible à l’évocation des odeurs : chez Simone, chez sa vieille amie à qui Simon va rendre visite…

Aurélie : Oui, c’est vrai que ces trois thèmes sont bien présents. Pour le secret, je pense que Simone malgré sa tentative (puisqu’elle a emporté ses lettres dans son cercueil) n’a pas réussi à garder son secret intact. Simon a succombé à son désir de curiosité alors qu’au départ, en prenant la théière, il voulait simplement cacher les siens !
Pour les odeurs, ça m’a beaucoup marqué au début de récit avec aussi le fait qu’il demande à répétition le déroulé de la scène de la découverte de la gardienne.

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Les avis de Pépita, Céline Hashtag, Isabelle et Aurélie

Et vous, l’avez-vous lu ? N’hésitez pas à partager vos impressions en commentaire.

A lire les entretiens de l’auteure sur le blog de Nouvelles de polynies

Nos coups de coeur de février !

Les mois défilent et c’est déjà le retour de cette rubrique coups de cœur du mois précédent !

Février, ce sont les jours qui rallongent enfin, les prémices du printemps, et de belles lectures !

Les voici…

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Isabelle, de l’île aux trésors, a eu le coup de foudre pour Calpurnia, de Jacqueline Kelly (L’école des loisirs, 2014). Un merveilleux roman qui nous fait voyager dans le Texas de 1899. À travers le quotidien de Calpurnia, 11 ans, on découvre comment l’initiation aux méthodes scientifiques peut être vecteur d’émancipation – et on rit beaucoup. Un prix Sorcière pleinement mérité à (faire) découvrir de toute urgence si vous ne l’avez pas lu !

Son avis et celui de Pepita

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Pour Sophie de La littérature jeunesse de Judith et Sophie, le coup de cœur se porte sur un mystérieux rendez-vous. Quand deux enfants sont réveillés en pleine nuit par leurs parents pour partir marcher à la rencontre de ce fameux rendez-vous, il y a de quoi être curieux. Cet album est illustré tout en bleu nuit avec quelques raies de lumière, on pourra y chercher tous les détails nocturnes qui se dissimule dans le décor.

Nous avons rendez-vous de Marie Dorléans au Seuil jeunesse

Son avis

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Pour Alice d’A lire aux pays des merveilles, c’est le roman Summer Kids de Mathieu Pierloot (l’école des Loisirs) qui a soufflé chez elle comme un air estival !

Antoine, terrassé par un chagrin d’amour vivra l’été de tout les possibles ? Un petit job d’été, une bande d’amis, des soirées festives… suffiront-ils à lui faire remonter la pente?

Une histoire vraie, authentique, touchante … loin des caricatures !

Son avis , celui de Pépita et de HashtagCéline.

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Pour Pépita, ce sont les conversations entre une poule et un poisson, savourées en début de mois, qui l’emportent : un ton unique, un vrai bonheur de lecture qui tord le cou aux préjugés et fait réfléchir sur nos différences qui finalement n’en sont pas. Il suffit souvent d’aller vers l’autre, de se parler et de s’écouter. Hamaïka et Jonas, je ne suis pas prête de les oublier !

Hamaïka et le poisson, Pierre Zapolarua, illustrations d’Anastasia Parrotto, éditions MeMo, collection Petite Polynie

Son avis et celui de HashtagCéline.

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HashtagCéline a vu le monde sans dessus dessous et cela lui a beaucoup plu ! Avec Renversante, le roman de Florence Hinckel illustré par Clothilde Delacroix, les enfants sont amenés à s’interroger de manière intelligente sur l’égalité homme-femme et sur les inégalités persistantes. Une lecture nécessaire.

Son avis.

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Pour Bouma et son Petit Bout de Bib(liothèque), c’est une bd qui a trouvé sa place sur ses étagères. Avec le premier tome de la série Les Croques, on entre dans la vie d’une fratrie dont le terrain de jeu est le cimetière juxtaposant leur maison. Et quand ils découvrent de mystérieuses lettres gravées derrière les tombes, c’est le début des frissons.

Les Croques T.1, Tuer le temps de Léa Mazé, Editions de la Gouttière 2018

Son avis

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Pour Aurélie et son atelier de coeurs, c’est un autre roman de la collection polynie des éditions Mémo :

L’arrêt du coeur d’Agnès Debacker et Anaïs Brunet. Elle a aimé l’émotion que dégage ce roman qui raconte des secrets du passé, l’amitié d’un petit garçon avec sa voisine et la confrontation avec le deuil et la mort. L’image de la théière restera gravée dans sa mémoire. Ce moment de lecture fut pour elle, une vraie parenthèse où seul le plaisir de lire de jolis mots comptait.

L’arrêt du coeur ou comment Simon découvrit l’amour dans une cuisine d’Agnès Debacker, illustré par Anaïs Brunet, collection polynie, éditions Mémo 2019.

Son avis et ceux de Pépita et Hashtag Céline

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Pour Chloé, de Littérature enfantine, c’est les aventures pleines de pep’s des petits Marsus, qui malgré eux ont quitté la jungle pour visiter la grosse pomme.

Les petits marsus et la grande ville de Benajmin Chaud, Little Urban.

Son avis

Nos coups de coeur de janvier

Les épisodes neigeux ont été encore un prétexte à nos arbronautes pour lire un peu plus ce mois-ci. Quels livres avons-nous lus sous notre plaid ?

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Aurélie de l’atelier de cœurs a beaucoup aimé l’album des éditions Les Braques.

Cet éditeur propose un bon catalogue de livres musicaux. L’arpenteur n’est pas nouveau mais une belle trouvaille à lire à voix haute. Un gardien de mots qui part à la quête des origines de ses failles. Une histoire sur la curiosité et la peur de l’inconnu.

L’arpenteur de David Sire et Magali Le Huche- Les éditions Les Braques

Son avis

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Sur son île aux trésors, Isabelle a déniché de nombreuses pépites ce mois-ci ! Mais le coup de cœur va sans hésitation à Jefferson de Jean-Claude Mourlevat, paru chez Gallimard jeunesse en 2018. Ce roman policier animalier est aussi improbable que réjouissant (ce n’est pas pour rien qu’il figure, avec deux autres romans magnifiques, dans notre sélection pour le prix “Grandes feuilles” !).

Son avis, celui de Pépita, de Hastagcéline et de Bouma

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Dans son Méli-Mélo de livres, Pépita a lu de si belles histoires en ce début d’année !

Mais son choix va sans hésiter vers cet album chef d’œuvre de Rebecca Dautremer : Les riches heures de Jacominus Gainsborough.

Un album d’une richesse inouïe, sensible, poétique, sans doute l’un des plus beaux qu’elle ait pu lire dernièrement.

Son avis et celui de Sophie 

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HashtagCéline aime les histoires qui l’emmènent là où elle ne s’y attend pas. Avec Les yeux d’Aireine de Dominique Brisson paru chez Syros, elle a trouvé son bonheur. Entre passé et présent, ce roman lui a embrouillé l’esprit mais l’a touchée en plein cœur.

Son avis

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Dans son Petit Bout de Bib(liothèque), Bouma a glissé un album aux tons hivernaux qui sonne comme un écho à la fragilité des cœurs et des esprits : L’Hiver d’Isabelle de Jeanne Macaigne chez MeMo.

Son avis

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Pour Sophie de La littérature jeunesse de Judith et Sophie, c’est Le nid de Stéphane Servant et Lætitia Le Saux qui a fait chavirer son petit cœur dans la douceur. Un bel album sur les prémices de l’arrivée d’un oisillon avec le hasard des rencontres et de l’amour.

Son avis et ceux de Pépita et Chlop

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Sur les Lectures lutines, le livre qui a charmé YokoLulu et Solectrice est La fille d’avril d’Annelise Heurtier. Ce roman raconte la vie d’une adolescente qui se passionne pour la course dans les années 1960, hors ce loisir était vu comme dangereux pour les femmes à cette époque. L’auteure a très bien su retracer le quotidien d’une fille de 15 ans au temps de Mai 68.

Leur avis et ceux de Pépita, d’Alice et de HashtagCéline

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Chloé (littérature enfantine) à craqué pour un album paravent, un formidable objet pour se faire une cabane mais aussi une grande bouffée d’oxygène. Ma maison, Laetitia Bourget, Alice Gravier, les grandes personnes

Son avis ici

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Il ne vous reste plus qu’à essayer ses lectures pour passer de bons moments, caché sous la couette.