Top 5 d’atelier de coeurs

Voici mon top 5 et si je devais faire un choix chaque jour, ce ne serai jamais les mêmes livres. En matière d’album je suis un vrai cœur d’artichaut !

J’aime les livres rythmés, drôles, touchants et qui bousculent. Vous trouverez dans ce top 5 un échantillon de toutes mes sensibilités. Voici des livres dont je ne me lasse pas de lire à voix haute et de faire découvrir.

1.

Mon coup de cœur est venu lors d’une lecture de Lis avec moi. La lectrice y a mis tellement d’émotion que j’en ai eu les larmes aux yeux.Cet univers poétique m’a fait fondre. J’adore ce petit être qui part à la recherche d’une maison avec son chat. J’aime offrir ce livre en cadeau de naissance car il mets la maman à l’honneur.  Il y a une véritable alchimie entre le texte et l’illustration et l’un sans l’autre n’aurait plus de sens. D’autres livres sur le même thème avec lesquels j’ai hésité.

Mon arbre d’Ilya Green. Didier jeunesse.

2.

Pareil  pour mon top numéro 2, une découverte faîte par une lecture à voix haute en kamishibaï.  Un texte qui bouscule dont tu ne peux pas sortir indemne de sa lecture. J’apprécie beaucoup ce pouvoir de la littérature jeunesse. Lors d’une rencontre avec l’auteur Davide Cali, des élèves lui ont demandé pourquoi il écrivait pour les enfants et sa réponse était évidente pour lui : Parce qu’il pouvait tout dire et toucher les adultes au travers de la lecture d’album. Je partage ce sentiment et Il faudra l’illustre pour moi parfaitement. (dur à départager avec Dedieu)

Il faudra de Thierry Lenain et Olivier Tallec. Sarbacane.

3.

J’aime les livres drôles et même quelque fois un peu cruels. Mais cette cruauté doit être subtile, à peine visible par nos enfants et ce livre correspond bien. Une petite fille possède un lion comme animal domestique et bizarrement à chaque fois qu’elle joue à cache-cache avec ses amis il en manque toujours un..bizarre. Mais la bonne nouvelle c’est qu’elle les retrouvera à la fin 😉 (J’aime beaucoup aussi Coincé d’Oliver Jeffers et Bonjour Docteur de Mathieu Maudet.

Les lions ne mangent ne mangent pas de croquettes  d’André Bouchard. Seuil Jeunesse

4.

J’ai adoré lire ce livre dont le côté absurde plaît aussi aux plus grands. Dans une atmosphère bleutée nous retrouvons quatre chasseurs qui essayent d’attraper un oiseau. Rythmé par la même ritournelle, nous contemplons leurs vaines tentatives. Mon fils a adoré et nous jouons souvent à Chut on a un plan sur le chemin de l’école. Dans le côté absurde j’aime beaucoup Alors, ça mord ? de Jean Gourounas.

Chut on a un plan de Chris Haughton. Editions Thierry Magnier.

5.

J’aime les jeux de langue, où le lecteur doit s’entraîner. J’adore lire Grosse légume qui est l’histoire d’un petit vers gourmand dont le nom des légumes est le seul texte. Dans le même genre retrouvez Bou et les 3 z’ours d’Elsa Valentin et Tas de riz, tas de rats de Dedieu avec lesquels j’ai de très bons souvenirs.

Grosse légume de Jean Gourounas. Editions du Rouergue.

Bonne découverte…

Une Preuve d’amour de Valentine Goby

Lorsque j’ai lu ce roman, j’ai été frappée une fois de plus par la délicatesse et la justesse de l’écriture de Valentine Goby. Aussi ai-je entrainé deux arbronautes, Pépita et Colette, à partager cette lecture (et j’espère qu’il en sera de même pour vous).

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Une preuve d’amour de Valentine Goby
Thierry Magnier, 2017 (2013 pour la première édition)

 

Bouma : Avant d’avoir lu ce roman, quels thèmes pensiez-vous y trouver en vous basant sur la couverture et le titre ?

Pépita: Tout de suite à une histoire d’adoption ou de migrants. Comme quoi, la couverture est explicite !

Colette : J’avoue qu’au seuil de ce texte, j’ai pensé lire une aventure en terre africaine, une aventure dans laquelle les héros devraient faire des sacrifices par amour..

Bouma : Pour moi il s’agissait plutôt de voyage avec cette jeune fille qui regarde au loin et la carte qui dessine les cheveux du visage central.
Et que raconte l’histoire finalement ?

Pépita : Le lecteur est transporté dans une classe, en cours de français, avec le texte des Misérables de Victor Hugo qui est étudié. Le professeur essaie de faire accoucher ces esprits une réflexion sur un personnage en particulier, celui de Fantine qui abandonne Causette. Mauvaise mère ou non ? Le débat est lancé, la discussion est vive… Abdou se lève d’un coup et quitte la classe. Il n’y a que Sonia qui perçoit le malaise du jeune homme et elle décide de l’aider.

Colette : Cette histoire est celle d’un amour naissant, un amour qui se tisse autour d’un mystère que le lecteur devra déchiffrer sur les pas du personnage principal, un amour courageux…

Bouma : Quel personnage vous a le plus touché et pourquoi ?

Pépita: et bien, je ne sais pas ! Bien sûr on s’attache d’emblée à Abdou et Sonia, c’est inévitable ! J’ai particulièrement apprécié les adultes dans cette histoire : le prof de français mais surtout le père de Sonia.

Colette : sans hésiter mon personnage préféré est celui du père de Sonia : quel  adulte bienveillant, respectueux, attentif, impliqué ! J’ai toujours eu une tendresse particulière pour ces papas qui s’occupent seuls de leurs enfants ! Pas de misérabilisme dans cette parentalité solitaire, mais des preuves d’amour en veux-tu en voilà !

Bouma : Je rebondis sur ta formulation Colette, non pas UNE mais DES preuves d’amour selon toi. D’amour maternel avec la mère d’Abdou, d’amour paternel avec le père de Sonia, d’accord. Mais n’y a-t-il pas aussi quelques preuves d’amour de la part de ces personnages adolescents ?
PS. Moi c’est le personnage d’Abdou qui m’a touché par sa sensibilité et sa relation au monde. Il dégage une présence même à travers les pages d’un livre.

Que pensez-vous des références à Victor Hugo ? Cela peut-il faire écho même chez des lecteurs qui ne l’ont pas lu ?

Pépita :J’ai trouvé ce procédé particulièrement intelligent, comme quoi les grandes œuvres traversent les siècles sans une ride ! Effectivement, soit on ne l’a pas lu mais je ne pense pas que cela gêne la compréhension de l’histoire (qui est très bien posée par rapport au contexte et à la référence) ou au plus, cela peut donner envie de lire ces pages. J’ai aimé aussi l’attitude de l’enseignant qui ne lâche rien, qui veut mener ces ados dans les derniers retranchements de leur réflexion. J’aurais du coup aimé le connaitre un peu plus aussi. Comme quoi les grandes œuvres ont toujours une résonance et que chacun peut s’identifier aux personnages à l’aune de sa propre vie. C’est aussi un roman sur la force de la littérature.

Colette : Absolument car oui j’ai honte  mais je n’ai jamais lu Les Misérables et j’ai parfaitement saisi à quel point cette référence était précieuse pour délier les nœuds en boule dans le cœur d’Abdou et Sonia. C’est un des miracles de la littérature : son précieux pouvoir cathartique ! Et puis je ne peux qu’apprécier un roman qui commence par une lecture analytique en cours de Français.

Bouma : Aviez-vous déjà lu d’autres romans de Valentine Goby ? Comment décririez-vous sa plume ?

Colette : J’avais lu Kinderzimmer offert par notre Carole lors de mon premier swap de Noël à vos côtés mes arbronautes et j’avais été bouleversée… Pour de nombreuses raisons, parce que c’est un roman essentiel sur la femme, son corps, la maternité quand tout vous prive de cette féminité, de ce corps, de cette maternité puisque l’histoire se déroule en grande partie à Ravensbrück… Je n’ai pas retrouvé le même style dans Une Preuve d’amour. Je ne saurais trop expliquer pourquoi. Parce que les choses n’y sont pas aussi complexes sans doute, parce que tout va très vite dans Une Preuve d’amour, le rythme de la narration est beaucoup plus basé sur le déroulé des évènements (comme souvent dans la littérature ado, me semble-t-il) que sur l’exploration des abysses de l’esprit humain !

Pépita : Je n’ai rien lu d’autre d’elle en jeunesse. Celui que tu cites Colette me tente depuis longtemps mais je n’ai pas encore eu l’occasion de le lire. Par contre, je l’ai lue en littérature adulte et j’ai notamment été embarquée par Un paquebot dans les arbres chez Actes sud. C’est une auteure qui a le don des personnages je trouve. Elle leur donne, malgré les situations qu’ils vivent souvent difficiles, une sorte d’élan de vie qui bouscule.

Bouma : Moi j’avais déjà lu Le Voyage immobile dans la collection d’Une seule voix chez Actes Sud Junior. Un texte très court encore plus que celui-ci, sur le handicap et la différence, qui avait su me toucher.
Pour Une preuve d’amour, certes les évènements conduisent la marche mais je trouve que la plume de Goby sait questionner le lecteur, l’interroger sur sa place dans le monde et dans la société.

 

Au final, Valentine Goby livre un roman plein de sens où littérature et réalité se font échos dans la quête de sens et la recherche identitaire.

Pour aller plus loin, retrouvez nos avis sur ce roman :

Colette

Pépita

Bouma

 

La boite à images

la_boite_a_image1.jpgIl est rare qu’on soit indifférent à l’œuvre d’Emmanuelle Houdart. On aime ou on déteste, on est conquis ou mal à l’aise mais on dit rarement « mouaif, bof ». Ce qui est probablement une bonne chose car j’ai tendance à penser qu’il n’y a pas grand chose de pire que « mouaif, bof ».

Il faut dire que les images de cette artiste sont très fortes : elles ne peuvent que provoquer des réactions chez ceux qui les regardent. La sortie de sa Boite à images a été l’occasion d’explorer ces réactions chez les membres du collectif : l’occasion pour nous d’une lecture commune pour des livres hors du commun.

La Bibliothèque de Chlop : Alors d’abord, avant même d’avoir la boite en main, l’idée d’imagiers pour tout petits illustrés par Emmanuelle Houdart, vous en pensiez quoi ? C’est une illustratrice dont vous connaissiez déjà le travail ? Vous imaginiez ça comment ?

Bouma (Un Petit Bout de Bib) : Je connais le travail d’Emmanuelle Houdart depuis un moment déjà. Il est suffisamment singulier pour rester facilement en tête. Son travail d’illustration est souvent très onirique et j’avoue avoir été surprise de la voir s’adresser à un public de tout-petits.

Sophie (La littérature jeunesse de Judith et Sophie ) : Oui je connaissais le travail d’Emmanuelle Houdart pour avoir lu quelques albums et j’ai toujours été un peu dérangée par son univers très sombre. Qu’elle illustre un imagier pour les tout-petits m’a surprise, mais en même temps, je ne pense pas qu’il faille formater les petits avec notre propre ressenti sur des images, ils sont beaucoup plus ouverts. Donc j’attendais de voir ce que ça pouvait donner…

Pépita (Méli-mélo de livres) : Lorsque j’ai vu ça, je me suis dit que l’approche devait certainement être très intéressante. Emmanuelle Houdart a en effet un univers bien à elle, très singulier, voire fantastique. Et puis le titre de « Boîte à images » associé à son nom, ça pique vraiment la curiosité : on se dit qu’on va avoir entre les mains un objet – une boîte – qui va stimuler l’imagination – images – comme un petit film que chacun pourrait se passer. Et puis, tout ce qui touche aux tout-petits, ça m’interpelle vraiment. Toujours à la recherche de perles rares et qui bousculent.

Colette (La collectionneuse de papillons) : Je suis depuis très longtemps le travail d’Emmanuelle Houdart que j’adore car elle a un univers étrange, complexe, paradoxal, coloré, énergique et complètement monstrueux et comme les petits j’adore les monstres ! Donc je m’attendais à trouver des monstres mis en boîte dans son imagier ! Et je ne suis pas déçue !

Chlop : Est ce que vous connaissiez déjà son album « Tout va bien Merlin » ? Et, si oui, est ce qu’à vos yeux, c’est un album petite enfance ?

Pépita : Oui, je connais et oui, complètement petite enfance : rien de mieux que de confronter le tout-petit à ses peurs pour le rassurer… Croyez-moi, ils aiment, même le loup ! Malika Doray aussi le fait, dans un autre style, mais c’est une approche sensiblement identique. Chez Emmanuelle Houdart, ce sont les illustrations qui surprennent. Pour les plus grands, Béatrice Alémagna n’est pas mal non plus dans le genre.

Sophie : Je ne le connais pas bien, il faudrait que je le lise. Tout ce que je peux dire c’est que dans ma médiathèque, on l’a en petite enfance et qu’il est tout le temps sorti comme les autres livres.

Colette : A la maison, on adooooooore Tout va bien Merlin ! Disons que c’est le seul album de cette artiste que j’ai pu vraiment partager avec mes enfants parce que justement il colle vraiment au quotidien et à l’imaginaire du tout petit alors que les autres albums d’Emmanuelle Houdart que j’ai pu lire – L’apprentissage amoureux, Saltimbanques, L’argent, Une amie pour la vie ou Les Heureux parents – semblent s’adresser à un lecteur adulte qui aime mettre des images sur ses interrogations et ses obsessions.

Bouma : Je ne le connais pas du tout. Je vais me le procurer de ce pas.

Chlop : Puisque vous êtes quatre à participer à cette lecture commune et qu’il y a justement quatre livres, pourriez-vous en décrire chacune un ?

Pépita : La boîte bleue, ma couleur préférée : Areuh ! Toute douce pour montrer en images le quotidien du tout-petit : on part de la rencontre amoureuse d’un couple, puis la grossesse, la naissance du petit ange, sa vie organisée autour de repères : l’alimentation, le bain, le sommeil, les sorties, les bobos, les câlins, Noël, les jouets, sa croissance, le temps qui passe et ses premiers anniversaires. Puis…3 bougies, 3 ans, comme la fin de la petite enfance ? Ce cartonné-là m’a particulièrement parlée : des images d’Epinal, la magie des premiers apprentissages, j’y ai vraiment retrouvé ce que j’ai vécu avec chacun des miens et c’est le seul des quatre petits livres avec une véritable narration dans la succession des images il semblerait. Et il n’y a pas de monstres ! A moins que peut-être un(e) seul(e) de temps en temps…

Sophie : J’ai bien envie de vous parler du petit livre vert Argh ! car c’est celui qui colle le mieux avec l’univers de l’auteure puisque qu’on joue à se faire peur. On commence avec des peurs autour du surnaturel : les fantômes, les sorcières, les vampires. Viennent ensuite des peurs plus rationnelles comme celle du feu, des orages, de certains animaux. Et enfin des choses plus quotidiennes comme les bobos, voire les disputes des parents avec la dernière image.
Ce n’est pas si organisé que ça, ça se mélange un peu plus et c’est parsemé d’illustrations plus énigmatiques.

Colette : Je vais rendre hommage à mon Petit-Pilote-de-Berceau qui est absolument captivé par les animaux et je vais tenter de vous parler de Grrr !
Suivons le petit lapin de la couverture dans son costume très coloré pour aller observer les petites bêtes du jardin. Voici ensuite quelques animaux à coquilles et carapaces qui nous guident vers les fonds marins. Nous nous envolons ensuite avant de faire un bond avec Mister Kangourou dans une ménagerie un peu étrange où se côtoient animaux merveilleux et bêtes réelles, de celles qui questionnent les imaginaires depuis toujours, tels le loup, l’orque ou l’ours blanc. Voilà le curieux bestiaire que nous offre à voir Emmanuelle Houdart dans ce petit imagier ! Pas de monstres ici mais un jardin des plantes vraiment fascinant !

Bouma : Et bien il me reste à vous parler de Miam ! qui comme son nom l’indique aborde le sujet de la nourriture. On y découvre une flopée d’aliments mais pas ceux auxquels on pourrait s’attendre. Ici pas de biberon, pas de petits lus ou tartine. Emmanuelle Houdart parle des aliments du quotidien en général. Salade, oignon, œuf, frites et fromage de chèvres se côtoient. Il semble y avoir un lien entre les images qui se font face – le poulet frittes par exemple – mais je n’ai pas toujours été capable de mettre le doigt sur l’explication. D’ailleurs, le style de l’auteure donne aux aliments un côté assez fantasmagorique qui m’a laissé perplexe. L’image centrale du squelette de poisson avec une vache sur la tête (qui perd du lait de ses mamelles) m’interroge en particulier car je n’arrive pas vraiment à savoir ce qu’elle peut bien signifier. Enfin, je cherche peut-être trop à analyser, comme tous les adultes.

Chlop : Comme le relève Sophie, l’univers d’Emmanuelle Houdart est souvent à la frontière entre le merveilleux et le terrifiant, que pensez-vous de ce mélange dans ces petits albums cartonnés ?

Bouma : En toute sincérité j’en pense beaucoup, peut-être trop. Mon point de vue d’adulte analyse trop les images (surtout qu’il n’y a pas de texte d’accompagnement) et je mets tout plein de sens et de significations alors que les enfants sont plus dans le ressenti. En tout cas, mon ressenti à moi sur cette boîte à image est une inconstance entre la gêne, le sourire et le questionnement.

Sophie : Je rejoins Bouma dans ces propos. Et si je devais te répondre selon ma propre opinion, je dirais que le style d’Emmanuelle Houdart penche pas mal vers le terrifiant, l’effrayant du moins. Mais j’ai testé ces livres avec mon fils de 2 ans et lui n’a pas eu l’air effrayé du tout ! Peut-être qu’en effet, en tant qu’adultes, on cherche trop de significations et d’interprétations à ces images.

Colette : Quant à moi, les images d’Emmanuelle Houdart ne me terrifient pas, ni ne m’effrayent. Elles sont bizarres, vraiment bizarres, étranges et étrangères à nos habitudes de lecteurs mais elles sont si belles, si colorées, si vivantes que je dépasse assez vite cette étrangeté. Ce que j’aime dans son travail, c’est justement qu’elle représente à l’extérieur de ses personnages toute la complexité de notre intérieur et c’est vrai que cette complexité peut paraître effrayante. Mais l’esprit humain n’est-il pas intrinsèquement effrayant ?!

Pépita : Pour ma part, je rejoins Colette même si je conçois tout à fait que ces images questionnent. Je les prends comme elles sont, sans me poser de questions, sans chercher à y voir un sens, et du coup elles génèrent de l’émerveillement, titillent la fantaisie, suscitent la peur (mais une peur raisonnée) et je trouve cet univers absolument fascinant. Parce que justement il n’y a pas toujours de réponses et les petits vivent très bien avec ça. Ils sont en perpétuel questionnement. Et je me dis que ces images reflètent très certainement ce que eux ressentent face à la découverte du monde ! Nous adultes, ça nous fait peur parce qu’on a oublié… En plus, artistiquement parlant, ce sont de très belles images et les petits sont infiniment sensibles au Beau.

Chlop : L’absence de texte est aussi souvent un frein pour les adultes, on ne sait pas vraiment quoi faire de ces albums. Comment les présentez-vous ? En commentant les images ? En silence ?

Pépita : Je dirais les deux en fait. Mais tout dépend de l’enfant. En tant qu’adulte, je découvre une première fois pour m’imprégner de l’univers en quelque sorte, et s’agissant de cette auteure, je sais que je vais être dans l’étonnement. Après, je « relis » une seconde fois, voire plus. Et j’ai souvent besoin d’y revenir… Avec les enfants, on propose, et eux disposent et ils s’approprient cet univers selon le moment.

Colette : Alors j’avoue que je suis incapable de montrer un livre en silence à un enfant. Je n’ai testé La boîte à images qu’avec mes petits pilotes à moi et nous avons nommé ce que nous observions sur les pages, sans essayer de trouver de lien ou de narration, juste décrire ces images étranges. On a ri par exemple des santiags du père Noël avec mon plus grand (5 ans), quant au plus petit (11 mois) il a vraiment apprécié le petit format qu’il a pu manipuler à sa guise, comme un jeu.

Bouma : Je me permets de revenir sur la question précédente. Je précise que mon avis vaut pour cette boîte à images, pas sur l’ensemble du travail d’Emmanuelle Houdart car j’aime son approche de l’humanité (comme Colette le dit si bien). Par contre, et malheureusement, ce sont souvent les adultes prescripteurs qui choisissent ou font filtre (et dans ce cas je pense surtout à des non initiés à la littérature de jeunesse), et, pour l’avoir vu, ils sont souvent réfractaires face à ce qu’elle propose. Vive la médiation !.

Pépita : Tout à fait d’accord avec toi Bouma.

Colette : Pour reprendre ce qu’a dit Bouma, je pense qu’un parent qui ne connaîtrait pas l’univers d’Emmanuelle Houdart n’irait pas spontanément vers ces imagiers, véritables petits OVNIS au milieu des livres destinés aux tout-petits. Je pense que mon affection pour ce « cube » est fortement influencé par tous les autres albums de cette artiste que j’ai pu lire et que j’ai chaque fois adorés, y trouvant une véritable réinterprétation des relations humaines, réinterprétation à la fois poétique et psychologique

Chlop : Réflexion très intéressante de Bouma, les livres d’Emmanuelle Houdart déstabilisent souvent les adultes au point qu’ils n’atteignent pas toujours les enfants. Ici, le format carré, les angles arrondis, la petite boite ornée de cœurs, tous ces aspects très enfantins et ludiques concourent sans doute à conduire les adultes à l’ouvrir, alors qu’avec d’autres albums de cette illustratrice, ils passent leur chemin dès la couverture.
Les images de cette boite sont issues de son album « Dedans« , peut-être ce nouveau format est-il plus accessible. En tout cas, il semble être couronné de succès, il a d’ailleurs reçu la Pépite petite enfance cette année au salon de Montreuil.

Retrouvez les billets de Pépita, Bouma, Colette, Sophie et le mien.

Lecture Commune : Les Invités

A l’ombre du grand arbre, on sait recevoir, même quand les feuilles tombent sous la pluie ! Aujourd’hui, nous recevons donc… les invités !

Carole (3 étoiles)  : Bonjour à tous et toutes, quelqu’un peut-il m’expliciter ce titre pour commencer ?

Céline (Qu’importe le flacon pourvu qu’on ait LIVRESse) : Plutôt complexe comme première question ! Si on reprend la définition du dictionnaire, un invité est une personne invitée par une autre. Sauf qu’ici, l’auteure ne nous révèle jamais l’identité exacte de l’un comme de l’autre. Sauf que les invités en question ne le sont pas vraiment, ils profitent de l’hospitalité culturelle de leurs hôtes pour s’inviter, s’installer, s’imposer, asservir, profiter, piller, … Arrivés en amis, ils finissent par montrer un autre visage, celui d’oppresseurs !

Za (Le cabas de Za) : Ce sont des invités qui s’invitent ! Et les gens qui les reçoivent, contraints et forcés, font preuve d’hospitalité. Naïfs qu’ils sont…

Carole (3 étoiles) : Et quelqu’un peut me planter le décor, l’époque et les principaux personnages ?

Gabriel (La mare aux mots) : Je pense que c’est ça le souci du livre, d’après moi. On ne sait pas quand et où ça se passe, on ne sait pas qui sont les invités, de qui on nous parle. C’est intemporel et universel, c’est à la fois la force et la faiblesse du livre.

Céline (Qu’importe le flacon pourvu qu’on ait LIVRESse) : Gabriel a tout à fait raison ! Cette histoire ne fait à aucun moment référence à des situations passées ou présentes mais en filigrane, l’adulte, lui, y verra sans doute le spectre du colonialisme voire de l’esclavagisme. Mais qu’en sera-t-il du jeune lecteur ?

Gabriel (La mare aux mots) : Justement moi je n’ai compris qu’on y parlait du colonialisme qu’après avoir fait des recherches… Je l’ai lu septique, intrigué… je l’ai fait lire à ma compagne qui a eu la même réaction… Nous parle-t-on des immigrés ? Est-ce un livre raciste ? J’avais l’impression que le livre aurait pu être écrit par quelqu’un d’extrême droite ! Puis quand j’ai su de quoi ça parlait je me suis dit  » ah ok… » et du coup on a une autre vision du livre. Le souci est qu’on ne comprend pas, d’après moi, en le lisant et que donc c’est dangereux.

Céline (Qu’importe le flacon pourvu qu’on ait LIVRESse) : C’est vrai que cela peut porter à confusion ! Ce qui m’a mis la puce à l’oreille, c’est la petite note en avant-propos qui nous propose une clé de lecture:
« De l’école, Charlotte Moundlic se souvient avoir appris ceci: « Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir envers les autres dans un esprit de fraternité. » Elle a toujours trouvé ça bien comme article, c’est normal que ce soit le premier. »
Puis certains éléments ont confirmé mon hypothèse : les invités ont des chaussures, ce qui n’est pas le cas des hôtes, par exemple. L’auteure aurait peut-être pu expliciter ces propos en postface de son histoire, comme l’a par exemple fait Janne Teller dans son Guerre – Et si ça nous arrivait. Cela aurait permis de lever toute ambiguïté !

Carole (3 étoiles) : A votre avis, ce livre s’adresse à quelle tranche d’âge du coup ? C’est précisé sur la 4 ème ? Une note de l’éditeur ou de l’auteure ?

Za (Le cabas de Za) : Cette collection se veut transgénérationnelle. Les textes sont courts, lisibles dès 8 ou 9 ans. Ils sont vite lus à haute voix et constituent un support idéal au débat. Dans le cas des Invités, je ne me vois pas trop le faire lire à des enfants sans l’accompagner d’une explication préalable et/ou surtout d’une discussion après la lecture. Le côté intemporel et non situé géographiquement nécessite un échange avec l’adulte et c’est ce qui pourrait en faire tout l’intérêt d’ailleurs.

Gabriel (La mare aux mots) : J’allais justement dire ça, je ne le mettrai pas dans les mains d’un enfant sans en parler après. Donc à partir de là, oui je dirais 8-9 ans.

Céline (Qu’importe le flacon pourvu qu’on ait LIVRESse) : Je pense aussi que cette lecture doit être préparée, encadrée et prolongée… Je serais curieuse d’entendre les commentaires d’enfants de 8-9 ans ! Avec les plus grands (10-14), il pourrait faire l’objet de recherches complémentaires sur le colonialisme, l’esclavagisme, les droits de l’Homme…  La Déclaration Universelle des Droits de l’Homme illustrée par Folon pourrait être un bon point de départ. Enfin, là, c’est la prof qui parle !

Carole (3 étoiles) : Chacun de vous pourrait me dire ce qu’il lui a plu et déplu ?

Za (Le cabas de Za) : J’aime la brièveté du texte (c’est la marque de la collection), sa simplicité (dans le bon sens du terme), la langue claire et directe de Charlotte Moundlic. D’ailleurs, il ne faut pas manquer de lire ses albums illustrés par Olivier Tallec, ils sont formidables ! En revanche, la question du colonialisme ne saute pas aux yeux à la première lecture et cela peut prêter à une redoutable confusion, à cent lieues bien sûr des intentions de l’auteure.

Céline (Qu’importe le flacon pourvu qu’on ait LIVRESse) : J’ai aimé le style particulier de l’auteure (des phrases simples, courtes voire coupantes); le sujet à la fois original et intéressant qui amène au débat de fond sur les rapports entre les hommes; la manière de l’amener (une histoire anodine qui tourne, sans crier gare, à l’horreur) ainsi que le fait que le narrateur soit un enfant – l’histoire qu’il nous raconte n’en a que plus de poids… Le point négatif, c’est cette petite note explicative finale qui fait défaut. Il ne faudrait pas que ce titre soit mal interprété et qu’au lieu d’atteindre son objectif premier qui est de prôner le respect de l’autre, le (jeune) lecteur y voit un motif d’avoir peur de l’Etranger.

Gabriel (La mare aux mots) : Le texte est très beau, très poétique. Charlotte Moundlic a une vraie plume. Le fait qu’on ne comprenne pas forcément de quoi ça parle m’a plus dérangé que déplu… et ça fait débattre ! (et un livre qui amène le débat est forcément intéressant).

Bibliographie sélective de Charlotte Moundlic :
Les Invités, éditions Thierry Magnier, 2011
Juste en fermant les yeux, éditions Thierry Magnier, 2009
La croûte, illustré par Olivier Tallec, Flammarion, 2009
Le slip de bain, illustré par Olivier Tallec, Flammarion, 2011
Mon coeur en miettes, illustré par Olivier Tallec, Flammarion, 2012
Petit maboule et Juste en fermant les yeux, Thierry Magnier, 2008

Nos billets sur Les invités :
Céline B : http://lacoupeetleslevres.blogspot.fr/2012/06/les-invites.html
Gabriel : http://lamareauxmots.com/blog/prives-de-liberte/