Lecture en duo : Zoé Zizanie

Une lecture commune en duo, oui, on aime bien changer le format de temps en temps !

Colette et moi-même, des blogs La collectionneuse de papillons et MéLi-MéLo de livres, on a lu et échangé sur cet album : ZOE ZIZANIE de Yann Walcker et Tristan Mory, Milan.

Pépita : Qu’est-ce qui t’a attirée d’abord dans ce livre ?

Colette : J’avoue le titre : j’adore les allitérations rares et celles en [z] ont toujours exercé une grande fascination sur moi ! J’aime le prénom Zoé et encore plus le mot étrange, un peu zigzagant de « zizanie », il a quelque chose d’un peu désuet ce mot et surtout de terriblement enfantin ! Et toi Pépita, qu’est-ce qui t’a attirée dans ce livre ?

Pépita : Pas la couverture c’est certain ! mais le titre plein de punch ! et qui donne déjà une petite idée sur les jeux de mots qu’on va trouver à l’intérieur. Et justement, qu’est-ce qu’on y trouve ?

Colette : On y trouve cinq petites aventures vécues par notre dynamique Zoé qui prend tout au pied de la lettre ! Quand au réveil, sa voix est toute bizarre, et qu’on luit dit qu’elle a « un chat dans la gorge », la demoiselle se met à préparer tout ce qu’il faut pour accueillir le petit félin caché au fond de son gosier ! Alors quand ensuite on lui annonce qu’elle a un « appétit d’oiseau », que son oncle « un vrai ours » débarque ou encore qu’elle a « des fourmis dans les jambes », son imagination ne fait qu’un tour et toute l’animalerie des expressions françaises prennent corps dans son quotidien joyeux ! Au début je me suis dit « c’est du déjà vu » car pendant un trimestre quand mon Grand-Pilote-de Balançoire était en GS on a du écouter en boucle « Quelle Chatastrophe » de Maureen Dor qui joue sur le même principe. Et puis le fait d’enchaîner 4 petites scénettes change la donne et on se laisse séduire par cette petite Zoé à l’imagination si fertile. Il y a quelque chose de jubilatoire dans ce personnage.

Pépita : Oui je me suis faite la même réflexion : c’est l’enchaînement des petites histoires autour des expressions qui rend le procédé vraiment intéressant. Zoé arrive à nous emmener dans le tourbillon de son imagination, à donner corps à ces phrases bien énigmatiques avouons-le ! Ce regard d’enfant permet à nous adultes d’être plus à l’écoute et de se mettre à leur hauteur dans l’appropriation du langage et ça j’ai trouvé ça chouette ! Et les illustrations, t’en as pensé quoi ?

Colette : Je dois avouer que je ne suis pas fan du tout… j’ai trouvé très étrange que l’illustrateur colle un gros nez rond et rose au milieu de la figure de notre petite Zoé… est-ce pour accentuer son côté « clownesque » ? Dans la mise en page, j’aime la dynamique qui se joue des codes de la bd et de l’album, je trouve ce mélange intéressant même si du coup une telle « complexité  » ne rend pas la lecture facile pour de jeunes enfants. Par contre je l’ai lu à mon Grand-Pilote-de Balançoire alors qu’il ne regardait pas les images et il a goûté à l’humour du texte. Et toi tu les trouves comment les illustrations ?

Pépita : J’ai nettement préféré le texte aux illustrations mais bon, ce n’est que mon avis. Ceci dit, c’est gai et coloré, ça attire l’œil, c’est déjà ça. Peut-être que c’est voulu ce côté décalé pour mieux faire passer un texte sur des jeux linguistiques. Moi ce qui m’a gênée, même si c’est détourné, c’est l’allusion à des marques de produits mais peut-être que je suis ringarde….tu as eu ce sentiment aussi ?

Colette : J’avoue que cela ne m’a pas frappée. J’ai trouvé le format proche de la BD très agréable à lire. Une jolie lecture pour se divertir mais pas de celles qui me font réfléchir.

Et vous, vous l’avez-lu ?

La chronique de MéLi-MéLo de livres 

Lecture commune : Je suis ton soleil de Marie Pavlenko

Quand on lit la 4ème de couverture de Je suis ton soleil de Marie Pavlenko, on ne comprend pas immédiatement le rapport avec le titre, ni son succès. Et pourtant, les premières pages tournées, on est complétement séduit par cette fiction divertissante qui nous émeut du rire aux larmes.

De quoi nous questionner et organiser une Lecture commune entre copinautes

A l’ombre du grand arbre.

Alice : Je suis ton soleil ….. un titre plein de promesses pour une lecture estivale, non ? 

Pépita : Oui complètement ! Pas de meilleur moment pour le lire il semblerait mais en plein hiver, ça doit être pas mal non plus ! Je me suis dit d’emblée : le soleil de qui ?

Colette : Alors moi qui aime tant la poésie, ce titre m’a tout de suite évoqué le vers d’Eluard, poète de l’amour par excellence : « Tu es le grand soleil qui me monte à la tête quand je suis sûr de moi »… 

Bouma  : Un titre mystérieux et lumineux à mon sens, je m’attendais à une lecture rafraîchissante et légère.

Solectrice : Oh, oui, quel titre ! Il me fait penser au chant des oiseaux, aux murmures amoureux. Il réveille aussi en moi l’écho d’une voix chère. Alors, bien sûr, j’étais déjà tentée d’ouvrir le livre pour découvrir qui prononçait ces mots.

Alice : Oui, un titre qui demande a être élucidé, d’autant que la couverture est quand même parsemée de plein de coquillettes !!! De quoi se poser des questions … On se lance dans un petit résumé pour essayer d’en savoir plus ? 

Pépita : Déborah entre en terminale cette année. Elle n’a pas si hâte d’ailleurs mais bon, quand faut y aller, faut y aller ! Elle retrouve sa meilleure amie, un drôle de garçon qui donne vraiment pas envie de s’y frotter, et tiens un nouveau ! Ce qui l’inquiète surtout, c’est le comportement énigmatique de sa mère depuis peu, et ce qui l’énerve le plus c’est de devoir gérer ce sac à puces de chien qu’elle ne supporte pas. Ce qu’elle ne sait pas encore, c’est que cette année va être plus que surprenante.

Solectrice : C’est un roman qui semble se résumer facilement : une lycéenne se rend compte que ses parents s’éloignent. Elle remet sa vie et ses amitiés en question. Mais grâce à de nouveaux amis, ses journées s’illuminent et elle parvient à aider ceux qu’elle aime.
Cette intrigue peut sembler un peu mièvre, si on tait l’autodérision de la narratrice, le « chien de la honte » et les moments de complicité décrits avec tant de sincérité qu’ils nous font fondre.
Quant aux coquillettes de la couverture, qui m’intriguaient bien aussi, ce n’est pourtant pas un grand mystère !

Alice : A première vue, vous en conviendrez rien de très marquant ( histoire d’amitié, familiale, ..) et pourtant….Peut-être que pour comprendre la pépite qui se cache sous cette couverture très neutre et ce résumé un peu vague, nous pouvons faire plus ample connaissance avec Déborah ?
Je ne sais pas pourquoi, j’ai envie de la qualifier d’anti-héroïne ou d’héroïne imparfaite, cela vous conviendrait-il ?

Pépita : Exactement, elle donne l’impression d’être la fille lambda mais très vite, on perçoit chez elle autre chose….sa vision du quotidien mélangé à de l’autodérision et pointes d’humour, on s’attache de suite à cette fille et on se laisse prendre par la main.

Colette : Oui Déborah c’est une adolescente « normale » à première vue mais qui porte des bottes en plastique au faciès de grenouille à sa rentrée en terminale tout de même, ce qui d’entrée de jeu nous indique qu’en Déborah couve un joli petit feu de fantaisie.

Bouma : La perfection n’est-elle pas synonyme d’ennui ? Pour moi tous les héros de roman sont imparfaits sinon il n’y aurait rien à raconter. Sinon, en ce qui concerne le personnage de Déborah, j’ai trouvé qu’elle était à la fois très ancrée dans son époque mais avec ce décalage propre à l’humour et à l’impertinence. On s’attache très vite à elle et on a envie de découvrir ce que recèle sa vie.

Solectrice : « Anti-héroïne », c’est exactement le qualificatif qui m’est venu après quelques pages, un peu agacée par cette tendance aux personnages féminins qui n’acceptent pas leur physique, se plaignent de leur problèmes de cœur et se trouvent malmenées par le destin. Puis on s’attache, on comprend la gêne de Déborah à porter des bottes vertes à 17 ans, à traîner ce misérable chien, qu’elle fustige tant. On comprend son malaise à accompagner une amie qui ne l’écoute pas et ne voit que son petit plaisir. On comprend sa tristesse face à des parents qui ne s’aiment plus. Et on reprend confiance quand elle forme un trio avec deux surprenants camarades, qui deviennent de précieux amis.

Alice : Oui c’est un peu ça, cette imperfection permanente, qui nous rend chaque protagoniste très proche et très réel. Hormis Déborah, qui aimeriez vous présenter comme autre personnage ? Lequel vous a marqué spécifiquement et pourquoi ? 

Colette :  J’ai été particulièrement touchée par la mère de Déborah pour de multiples et intimes raisons. L’histoire de Déborah est étroitement liée à celle de sa mère, elle est le mystère qu’il faut comprendre, elle est l’intrigue, elle est l’énigme. Elle est la clé. Que seul le soleil peut faire briller.

Pépita : Oui moi aussi la mère de Déborah m’a profondément touchée et démontre à quel point on peut se révéler à tout âge, qu’il faut oser aller au fond de soi, au prix de grandes souffrances, pour affronter et exprimer ses vrais désirs. J’ai trouvé leur relation pleine de respect. Et puis cette façon d’introduire de l’art, partant de la vie, j’ai trouvé cela particulièrement beau. Les deux garçons aussi m’ont touchées, par leur présence, leur humour, même si leur mode de vie, je l’ai trouvé pas très crédible. Mais bon la fiction sert aussi à ça ! Le père aussi, je l’ai trouvé juste : il aurait pu quitter le navire définitivement mais non, lui aussi il fait un choix douloureux mais c’est son choix et il est là quand il faut. Ce que j’ai aimé dans ce roman, c’est ça : on est toujours le soleil de quelqu’un.

Solectrice : Difficile de choisir un personnage en particulier tant ils semblent s’imbriquer, rayonner les uns sur les autres. C’est donc plus les échanges, les moments entre les personnages qui m’ont plu que des caractères en particulier.

Bouma : Moi j’avoue que ce sont les amis de Déborah qui me restent en mémoire. Les nouveaux bien sûr qui l’aident à rester la tête hors de l’eau mais également sa meilleure amie/ennemie si proche et en même temps avec des centres d’intérêt différents. J’ai trouvé leur relation très crédible car elle montre que la sortie de l’enfance peut parfois laisser les amitiés sur le carreau malgré toute l’envie que l’on peut avoir de s’y accrocher.

Alice : C’est exactement ça Pépita : on a tous une place dans ce monde ! Qui que l’on soit, qu’elles que soient nos faiblesses, soyons sûr d’une chose, nous avons tous à apprendre des autres et à les accepter tels qu’ils sont. Cette humilité et cette empathie nous font sûrement grandir ! Soyons sûr d’autre chose, il y a du « beau » en chacun d’entre nous !
J’ai aussi pensé que ce livre était une belle histoire de respect. Est ce un mot qui vous conviendrait à vous aussi ?

Solectrice : Une histoire de respect, mais surtout de tendresse. Entre amis, entre une fille et sa mère, entre une adolescente… et son chien.

Colette : Je ne parlerai pas de respect, parce que ce mot a été mille fois galvaudé par la sainte église laïque de l’éducation morale et civique ! A ce mot là je préfère le mot « amour ». Pour moi ce roman est un roman qui tisse les liens des amours qui nous lient à nos animaux, à nos anciens amis, à nos nouveaux amis, à notre père, à notre mère, à nos professeurs ! Quels professeurs au passage ! La prof de philo de Déborah, elle est absolument géniale tout de même ! Quelle attention portée à ses élèves, quelle ambition pour eux, quel dévouement… quel AMOUR !!!!

Alice : C’est vrai que la relation fille-mère est très importante dans ce livre. Finalement presque plus capitale que les relations entre les ados – ou bien elle nous touche à nous qui sommes des adultes ! Il y a entre elles une sorte de compréhension dans le silence. Voulez-vous creuser cet aspect du roman ?

Pépita : Respect car elles sont délicates entre elles, pas de jugement non plus, pas de rancoeur ( alors que Déborah pourrait entrer dans ce trip-là je trouve) , elles respectent chacune l’espace vital de l’autre, sans effraction et se parlent avec infiniment de tact. Sans le savoir, l’une ses découpages mystérieux l’autre ses cadavres exquis , elles se rejoignent, ce qui va devenir une forme sublimée de l’art. C’est un aspect du roman qui m’a vraiment bouleversée. Et j’ai trouvé que cette révélation de la mère à son ex-mari, à sa fille et ses amis est faite avec beaucoup de simplicité, de résonance et d’humilité.

Solectrice : La relation entre la mère et la fille est étrange : je n’ai d’abord pas compris pourquoi Déborah n’arrivait pas à entrer en contact avec sa mère, à l’interroger sur ce qui la préoccupait, à lui confier ses peines aussi. J’ai partagé la souffrance de Déborah quand sa mère, aspirée par la dépression, la trahit ou l’abandonne. Puis j’ai aimé qu’elles s’écrivent, qu’elles se rapprochent, qu’elles se soutiennent.

Colette : Je comprends parfaitement que Déborah ne puisse pas parler à sa mère, se préoccuper de sa mère à 17 ans c’est inverser les rôles, c’est prendre une responsabilité qui n’est pas la sienne, c’est accepter… de laisser irrémédiablement son enfance derrière soi et j’avoue que c’est un moment qui -quelle que soit l’époque de notre vie où cela arrive – est assez insupportable. Alors oui, c’est dur de franchir le pas, et je trouve que ce roman montre bien que c’est une étape, que cela ne peut pas se faire un jour, qu’il faut du temps et … des drames. Et puis chacun de nous se doute que lorsque l’un de nos proches ne va pas bien, c’est qu’il y a un secret qui se cache dessous la douleur, le silence, la peine. Est-on prêt à 17 ans à affronter les secrets, les douleurs,les silences, les peines de nos parents ? Il faut être sacrément courageux tout de même !

Bouma : Effectivement, cette relation mère / fille prend une part importante dans le récit et comme Colette, et pour répondre à Pépita, je pense que nous nous y retrouvons autant dans la place du parent que de celle de l’enfant à notre âge. On comprend alors plus facilement leur relation « muette » qui n’est pas exempte d’attention ou de tendresse.

Alice : Rappelons-le, le père a quitté le domicile conjugal. Il semble bien loin de ce duo mère-fille… ou pas … Sa place, son rôle, son choix … sont autant d’éléments déclencheurs, qu’en pensez-vous ?

Colette : En effet le père de Déborah a un rôle très important, il incarne un équilibre, c’est à cause de lui que tout bascule mais en même temps il sait être là, présent et solide quand les femmes de sa vie en ont besoin, pour s’effacer quand elles se reconstruisent sans lui. Et puis les coquillettes… c’est lui !

Pépita : Oui ce père il assume je trouve, il est responsable aussi. Malgré le fait qu’il provoque la situation il ne se défile pas, j’ai beaucoup aimé le passage où il découvre une autre facette de son ex.

Solectrice : C’est un personnage ambivalent, que l’on est tenté de détester au début mais que l’on découvre plutôt fiable et aimant ensuite. Je trouve intéressant de le découvrir sous un autre jour et de voir que les tensions peuvent s’apaiser quand Deborah se rend compte qu’il prend soin d’elle et de sa mère finalement.

Alice :  Et le chien, il a toute sa place le chien ! Sans lui, pas de promenades, pas de câlins réconfortants, … Il ne vous inspire pas le chien ?

Pépita : Tu as tout à fait raison de le souligner : le chien a toute son importance. Sa présence et les obligations qu’il induit obligent Déborah à rester dans le réel, à se sentir responsable d’un être vivant et elle perçoit combien ce n’est pas facile tous les jours. C’est une sorte d’effet miroir des failles de ses propres parents. Et puis ces passages sont si drôles ! Le lecteur en a besoin car mine de rien, cette histoire n’est pas si gaie.

Solectrice : Ah, le chien ! Dès les premières pages, j’ai aimé les respirations qu’il apportait dans l’histoire, toute fétide que soit son haleine. J’ai aimé le fil conducteur de ce personnage qui reprend du poil de la bête au fur et à mesure de l’histoire, tout rêche que soit son pelage. J’ai aimé aussi le réconfort qu’il apporte et le lien qu’il établit entre les personnages, tout envahissant qu’il soit.

Colette : Alors je suis désolée, je n’ai pas été particulièrement sensible au personnage canin de ce livre. Il est vrai qu’il introduit une note d’humour dans des moments de tension mais je lui ai préféré Gertrude.

Bouma : Alors ça doit être mon côté « je n’aime pas les animaux, ils me font peur » mais j’avoue ne pas avoir succombé au personnage canin. Je dirais même plus que je l’avais oublié avant que vous en parliez.

Alice : On a déjà évoqué le découpage, et maintenant Pépita parle des cadavres exquis, ne parlerait-on pas alors simplement d’art-thérapie en ce qui concerne nos personnages ? De construction ? De re-construction ? D’apaisement ? De moyens de communication ? D’aide à la transformation ?

Bouma : Le roman parle de tout ça effectivement, et je pense qu’on peut inclure l’écriture dans cette forme de reconstruction et de thérapie. Un peu comme si on bouclait la boucle.

Solectrice :  J’ai une préférence pour le mot « construction » car Déborah et ses amis n’ont pas conscience du bien qu’ils font à sa mère : c’est un jeu, une exploration et une œuvre collective au final. Comme elle est belle, en tous cas, cette construction !

Pépita : Oui un retour aux sources pour la maman et pour Déborah un jeu intellectuel entre copains. Le plus beau c’est qu’ils se rejoignent. Dans une forme d’art originale et résiliente pleine de reconnaissance naturelle.

Colette :  L’écriture, la poésie, les collages permettent de se révéler à soi, aux autres, à nos proches, il y a une sorte d’ode à la création dans ce roman, toute en simplicité, sans prétention, j’ai vraiment apprécié que cela se glisse dans la narration comme une évidence. J’espère que les jeunes qui liront ce livre-là s’essaieront aux cadavres exquis ! Moi cela m’a rappelé plein de souvenirs de lycée.

Il y a de nombreux autres sujets passionnants abordés dans le livre dont on a déjà parlé pour d’autres lectures coup de cœur, notamment le poids des secrets de famille. Ici le thème de l’avortement est vécu à travers le prisme tragique du traumatisme vécu par la mère de Déborah et en même temps complètement dédramatisé avec l’expérience d’Eloïse, si tendrement accompagnée dans cette épreuve. J’ai trouvé ces histoires qui se font écho de génération en génération, sans pour autant, se répéter vraiment bouleversantes. Et en même temps comme tu le soulignes Céline le style vivant, énergique, drôle nous entraîne au delà toujours des pires tourments. Il y a du jeu permanent dans cette écriture comme en témoignent notamment les titres des chapitres qui se jouent des citations, titres, poèmes et chansons.

Et puis quand même je suis ton soleil c’est aussi une histoire d’amour qui se construit sous nos yeux…

Alice : On a pas mal creusé le fond – à moins que vous ne souhaitiez rajouter quelque chose- mais il y a un autre élément qui m’a paru tout autant essentiel dans ce roman, c’est l’ écriture, le ton donné au texte, quelque chose qui participe au plaisir de la lecture, qui rend le contenu flamboyant alors que qu’il aurait pu être plombant.
Cela vous a-t-il autant emballé autant que moi ? Qu’en diriez-vous de plus ? 

Bouma : Moi j’ai adoré les titres de chapitres. A chaque fois je me disais « mais ça vient d’où cette référence ??? » Et en règle générale je la trouvais trois chapitres plus loin  En tous cas, j’ai apprécié que Marie Pavlenko détaille en fin de livre ces références, ça permet d’enrichir sa culture à défaut de rappeler des souvenirs de lecture et de musique.

Pépita : Oui vous avez raison : ce livre réchauffe ! Il parle de la vie, de l’amour et ce à tous les âges. Le ton est jubilatoire !

Solectrice : Oh, oui, c’est décidément le ton complice et désabusé, et plus encore, toutes ces références (listées à la fin), clins d’œil aux lectures et à l’univers de l’adolescente qui m’ont séduite dans ce lumineux roman !

Alice : Une héroïne plutôt sympathique, un roman qui sous un ton agréable et plein d’humour est parsemé de petits drames du quotidien mais aussi de beaux rendez-vous sentimentaux …. Un dernier petit qualificatif pour clôturer cette lecture commune ?

Bouma : A lire Absolument (et recommandé par Yves Grevet dans Je Bouquine  )

Pépita : Du bonheur en barres qui réchauffe le cœur !

Solectrice  : Vivifiant ! A lire par tous les temps, même si vous ne mangez pas de coquillettes…

Colette : en parlant de coquillettes, franchement, je n’ai pas compris pourquoi on insistait autant sur ce plat-là, pour moi le plat fétiche de Déborah ce sont les PIZZAS !!!!

Alors comme qualificatif, je dirai « tourbillonnant » !

Solectrice : Je suis bien d’accord Colette, mon attente (de lectrice bêtement apatée par la couverture) a été déçue sur ce point  Je m’attendais vraiment à une révélation de plus grande envergure sur les coquillettes !

******************************

Si vous aussi, vous voulez percer le mystère des coquillettes, des pizzas, des bottes en plastiques, de Mygale-man, du chien Isidore, des post-it sur le miroir de l’entrée, d’un mystérieux numéro de téléphone … Laissez-vous illuminer par Je suis ton soleil de Marie Pavlenko !

Nos chroniques :

-Alice sur son blog Alireauxpaysdesmerveilles

-Pépita sur son blog MéLi-MéLo de livres

Lecture commune : Songe à la douceur

Plus d’un an après sa sortie, après 3 réimpressions, sélectionné pour pas moins de 15 prix, et grand lauréat de notre Prix Roman Ado 2017 en mai dernier, j’ai nommé le sublime Songe à la douceur de la jeune et talentueuse Clémentine Beauvais, chez Sarbacane X’prim.

Il n’en fallait pas plus pour qu’on le dévore à l’ombre du grand arbre et qu’on en parle ensemble.

Carole Vu le battage médiatique autour de la sortie et du succès de ce roman, vous n’êtes pas tombées dessus par hasard. Mais alors, pourquoi avoir plongé dans ce songe ? 

Alice : Bah oui forcément le battage médiatique ça interpelle et l’on veut souvent se faire son propre avis.
Tu rajoutes à cela une collection EXPRIM’ chez Sarbacane qui nous offre depuis toujours des textes de haute qualité et surtout une auteur qui m’épate : Clémentine Beauvais, cette jeune et jolie franglaise à taches de rousseur que je trouve talentueuse.
Et puis il y a le titre, comme une superbe et exquise invitation.
Et enfin, la découverte de cette couverture, ces pleins, ces déliés et ce couple qui avance l’un vers l’autre comme pour se retrouver.

Sophie : Comme Alice, Clémentine Beauvais + Exprim + cette forme apparemment si originale = lecture obligée (et avec plaisir).

Pépita : Et bien pas vraiment ce chemin là pour moi. Je n’ai pas particulièrement été emballée par les précédents romans de Clémentine Beauvais, que je trouve par ailleurs absolument fascinante en tant que personne. Non, j’ai eu envie de l’ouvrir pour la poésie : du titre d’abord (référence à Baudelaire que j’admire) et la forme m’a attirée bien plus que le fond, ce qui s’est d’ailleurs vérifié.

Carole : Comme tu le soulignes Pépita, parlons du titre et de la poésie. Une invitation au voyage en vers libres, ça vous inspire quoi après la lecture ?

Pépita : J’ai été très séduite par cette forme et je me suis dit qu’il en fallait un sacré « culot » pour reprendre en vers ce roman Eugène Onéguine et le transposer à notre époque en gardant l’esprit d’origine ! Et quel tour de force dans l’écriture ! Avec une facilité apparente assez déconcertante ! Après, j’adore le titre forcément qui pour moi fait un lien entre les deux romans par l’invitation au voyage entre leurs deux époques qu’on peut mettre aussi en parallèle avec les deux époques de l’histoire, puisque Eugène et Tatiana se retrouvent 10 ans plus tard par hasard. Le « Songe à la douceur » fait appel pour moi à l’intime de nos choix : songe à ceci si tu avais fait cela. Il colle très bien à l’histoire je trouve. C’est vraiment cette forme qui « sauve » le roman pour moi mais peut-être va-t-on l’aborder plus avant.

Alice : Un titre d’un romantisme à souhait ! Ce n’est pas un « rêve », c’est « un songe » et ce n’est pas du tout la même chose ! Comme une envolée supplémentaire vers un coin caché de notre esprit.
Tout en « douceur »… Qui n’aurait pas envie de se laisser inviter dans ce cocon ?
Et puis ce titre annonce le travail sur la forme du roman : le langage est soutenu et non plus familier.
« Songe à la douceur », une invitation inévitable à prendre ce livre entre les mains.

Carole : Connaissiez-vous le roman de Pouchkine et l’opéra de Tchaïkovski ? Que pensez-vous de cette adaptation pour le moins moderne ?

Pépita : Je les connaissais de nom mais jamais lu et jamais vu. Donc je ne connais que la version moderne du coup. Ce que j’en comprends, c’est que le fond de l’histoire a été respectée ainsi que la forme en vers libres mais que l’auteur l’a adaptée en y mettant des éléments contemporains. En tous cas, ça donne envie d’aller voir l’original ce que malheureusement je n’ai pas encore pris le temps de faire.

Sophie : Je ne connaissais pas non plus, vaguement de nom seulement. Après avoir lu le roman, j’ai vite été rechercher la trame se l’histoire, j’étais curieuse de savoir ce qui avait été gardé ou pas. Peut-être qu’un jour, je me lancerais dans le roman de Pouchkine si nos routes prennent le temps de se croiser.

Alice : Idem. Opéra et texte inconnus chez moi aussi, mais comme une envie d’aller voir plus loin… ce que je n’ai pas encore pris le temps de faire…

Carole : Parlons de cette mise en page remarquable, de la couverture au fil des pages, un vrai travail d’orfèvre… y êtes-vous sensible ?

Alice : Oooh bien sur ! Cette couverture attire l’oeil et est encore plus significative qu’il n’y parait. Ce titre écrit quasiment d’un seul coup de stylo pour lier les mots les uns aux autres. Tu as l’impression que tu peux tirer un bout et que tu auras alors entre les doigts un long fil, …. celui de la vie, mais là il prend des tours et des détours, parce que la vie ce n’est jamais rectiligne. Et puis ce couple qui marche l’un vert l’autre et qui s’embrasse….Bref, une multitude de significations possibles et inimaginables…
Quant à la mise en page, presque, elle t’empêche de t’arrêter dans ta lecture. T’as pas envie de glisser le marque page, elle t’invite à lire le livre d’une seule traite. Vous ne trouvez pas ?

Pépita : oui très belle couverture ! Et j’ai mémoire d’avoir lu que le titre a été suggéré par l’éditeur….oui la forme parlons-en ! Très chouette travail de composition. Ce que j’ai aimé c’est que l’écriture suit les sentiments des personnages (les hauts et les bas, les sauts de mots en mots, les blancs,…). Et très rapidement, c’est très fluide cette lecture. Par contre, je persiste à dire que c’est la forme qui « sauve » ce roman. Car sans cette forme, le fond est assez banal. Je prends toujours l’habitude de me dire après avoir lu un roman : que m’en reste-t-il après des semaines ? Et bien là, c’est ce qu’il me reste : la splendeur de cette forme qui sert l’histoire, et non l’inverse.

Sophie : Oui la mise en page est vraiment sublime. La couverture avec tous ces mots liés entre eux offre déjà beaucoup de poésie tout comme ces silhouettes qui en disent déjà un peu. Quant à l’intérieur, c’est très réussi. J’aime les livres dont on sent la fluidité des mots avant même d’avoir commencé à les lire, là c’est ça. De belles phrases dans une belle mise en page aérée et poétique.

Carole : Comme le fait remarquer Pépita, que vous reste-il de cette lecture ? Si vous deviez ne choisir qu’un seul mot, ce serait…? Ou une seule page ?

Pépita : sans doute : musique et danse des mots.

Alice : Danse, j’aime bien. Mais pas seulement des mots, une danse des sentiments aussi et surtout une jolie danse entre les deux personnages.

Sophie : Danse,  j’aime bien aussi pour tout ce qui a été dit. Sinon « amour » quand même, j’aime ce genre d’histoires, pas à l’eau de rose, pas forcément en happy end.

Et vous, l’avez-vous lu ? aimé ? Quel mot pour le définir ?

Retrouvez nos avis complets : Sophie, Pépita, Alice et Carole.

Message personnel : Merci à mes chères copinautes de m’avoir sollicitée pour cette lecture, d’avoir été très patientes, merci pour ce songe-là, cette douceur-là, cet amour-là.

Lecture commune : D’entre les ogres

Baum-Dedieu.-Seuil jeunesse

Voici un album qui ne peut pas laisser indifférent. 

Voici ce qu’en dit M. Dedieu, que l’une d’entre nous a pu rencontrer : 

« C’est le plus beau livre auquel j’ai participé. J’ai failli le laisser passer à la première lecture. Je l’ai mis de côté. J’y suis revenu quelques temps plus tard et j’ai été complètement bouleversé. Il est tellement juste ! Il est tellement lumineux !

D’une force inouïe, il a suscité de vifs débats entre nous et des interprétations multiples. Lisez notre lecture commune, vous verrez !

°°°°°°°°°°°°

Pépita : « D’entre les ogres «  : comme un titre sorti d’outre-tombe et deux noms de la littérature jeunesse : Baum et Dedieu, un grand format, et une illustration de couverture très évocatrice et fortement métaphorique : lequel de ces éléments vous a le plus incitée à ouvrir ces pages ?

Alice : Sans nul doute : l’illustration qui m’a laissée sans voix. D’un premier abord, le titre seul m’a fait penser à une histoire d’une famille d’ogres. Rien d’exceptionnel …Mais l’illustration BIMMMM un sacré uppercut qui m’a fait dire que c’était plus que cela encore . Ce mélange à la fois de noirceur (regard qui nous transperce, couteau pointu dans une main fluette, traits gris…) et de douceur avec ce gros gâteau et la cerise posée dessus qui ne demande qu’à être croquée. Bien sûr avec le talentueux duo d’auteurs, je savais finalement que le titre si anodin, ne le serait pas.

Colette : Comme souvent, c’est sur les conseils de ma bibliothécaire préférée que j’ai emprunté cet album. Ce que j’aime le plus sur cette étrange couverture d’une obscurité certaine ce sont les mots du titre, cette association morbide où les ogres viennent supplanter les morts, ce qui ne laisse rien présager de bon…

Bouma : Moi j’avoue que ce sont surtout le nom des auteurs qui m’ont attirée. Avec Dedieu, on ne sait jamais à quel trait (au sens pictural) de sa personnalité on va voir et Gilles Baum est un sacré raconteur d’histoire. Alors cette couverture m’a donné envie d’en savoir plus, de découvrir si l’espace « d’entre les ogres » était finalement positif ou négatif.

Pépita : Ce qui m’a frappée dans cette couverture, c’est l’ambivalence qu’elle met en scène : la douceur (le gâteau) et la cruauté (le couteau) et au milieu, mais plus du côté de la cruauté, ce regard noir de petite fille. Et comme un clin d’œil, cette cerise sur le gâteau…Amour, haine, la vie quoi !

Aurélie : Le grand format attire l’œil et le fait que c’est un travail de Dedieu m’a fait choisir ce livre à présenter au prochain comité de lecture. L’illustration fut la troisième chose et j’avais hâte de découvrir l’histoire. J’adore les livres de Dedieu, ce sont des albums qui mettent des gifles. Baum, je le découvre. Après lecture je fus même étonnée que Dedieu soit l’illustrateur. Pas vous? En effet, c’est le genre d’histoire qu’il  aurait pu écrire et change des illustrations que j’ai l’habitude de voir chez lui. Pour la couverture je suis fascinée par le regard perçant et sa noirceur. Elle apparaît possédée.

Pépita : Et quand vous avez commencé votre lecture, à quoi avez-vous pensé d’emblée ? Vous vous êtes plutôt laissées surprendre ou alors avez-vous imaginé de quoi il pourrait bien s’agir ou est-ce carrément impossible ?

Bouma : Le début m’a beaucoup fait pensé au petit roman de Jean Leroy et Matthieu Maudet Le Panier où une sorcière décide d’élever un enfant trouvé dans un panier. Sinon, j’ai trouvé ces premières pages dans une opposition claire entre le texte positif et les illustrations toujours aussi sombres.


Alice : Une forêt, un panier avec un bébé abandonné, un ogre … je suis rentrée directement dans cette histoire comme dans un conte . Mais ici l’ogre ne se nourrit pas de chair fraîche et ne dévore pas les petits enfants…. (même s’il a les dents bien en avant)…Les auteurs nous mettent en tension dés la première page pour laisser place ensuite à une ambiance plus douce, plus mielleuse. Et c’est à partir de là que j’ai vu plus clairement les oppositions créés par les auteurs entre texte et illustration, entre couleurs sombres /claires, entre grandeur des ogres et de Blanche ..Un ogre pas brutal et cruel, mais ou cela va -til nous mener ? Une famille unit, aimante … forcément, on attend le grain de sel qui va enrayer cette belle histoire…

Colette : Des ogres qui trouvent une enfant : d’emblée j’ai su qu’il y aurait un problème. Tout ce que l’on sait des ogres se réactive et la principale caractéristique des ogres c’est quand même de dévorer des enfants. La question de l’ogrité semblait donc être au cœur de cet album, qui ne chante pas vraiment comme un conte avec l’emploi étrange de ce présent d’énonciation dès les premiers mots.

Aurélie : Je m’attendais à quelque chose de très sombre, donc surprise par l’adoption et la douceur du regard du papa ogre. Il a un air béat alors que la mère a un regard plus ambigu. Je vous avoue que pour le reste, je me suis laissée portée et je ne fus pas déçue car j’ai bien pris une bonne gifle.

Pépita : Je me suis sentie d’emblée sur le qui-vive avec ce début d »histoire, je m’attendais à un retournement de taille….Et que s’ils mangent de la chair fraîche ces ogres ! C’est si subtilement suggéré d’ailleurs. Personnellement j’en suis restée sans voix et vous ? Et quelle prouesse pour rendre à la fois dans le texte et les images cette idée du conformisme dans l’adoption ? Non ?

Colette : Entre le moment où l’enfant est adoptée et le moment où elle commence à parler j’ai trouvé que les mots choisis étaient très justes et pouvaient correspondre à tous les parents de ce monde qui peuvent créer un royaume autour de leur enfant. J’aime tout particulièrement la double page où l’on voit Blanche dormir -rêver- entre ses deux parents ogres, si petite, entre ces deux monstrueux parents, cela m’a rappelé de nombreux souvenirs de mes garçons bébés que l’on faisait dormir entre nous pour ne pas qu’ils tombent du lit ! De si petits êtres entre de si grands parents… Il y a quelque chose de terriblement humain dans ces ogres.

Pépita : oui c’est ça le sens de ma question : des ogres humains mais en même temps leur véritable nature reste latente. Je trouve que l’image de couverture qui est reprise dans l’album (enfin plutôt le contraire sans doute !) marque le basculement de l’histoire. Il y a ce monde exclusif autour de Blanche, bien bordé par les parents ogres, traitée comme une princesse et de l’autre son exigence de vérité. Les ogres perçoivent que ce moment tant redouté est arrivé. Il y a là une universalité du lien parent/enfant, ogre ou pas d’ailleurs. Surtout dans l’adoption, ce qui est finalement le cas ici. C’est fort Non ? Votre avis ?

Aurélie : en effet, finalement les ogres se sont conformés , ils ont adapté le régime alimentaire de Blanche, ça aurait été bizarre mais ils auraient pu élever la petite comme un ogre. Il n’ y aurait pas eu cette question qui fait bousculer le récit. La mère qui me paraissait plus réservée se dévoile : avec sa tristesse lors du départ de Blanche.

Bouma : Pour rebondir sur ce que dit Aurélie et répondre à la question de la latence de l’ogrité, moi j’ai compris que les ogres continuaient à manger de la chair fraîche mais qu’ils s’en cachaient à leur fille dans le but de lui fournir une éducation plus « humaine ». J’y ai vu une attitude très parentale « fait ce que je dis pas ce que je fais » où l’on essaie de protéger ses enfants des choses qu’ils ne sont pas encore en mesure de comprendre.

Alice : Oui, on arrive à cette conclusion que finalement c’est une histoire familiale comme il peut en exister entre parents et enfants, ogre ou pas ogre. Ce sont des parents imparfaits mais qui est un parent parfait ! Personne ! Alors pourquoi les parents adoptifs auraient plus de culpabilité, auraient une relation différente avec leur enfant, seraient victimes d’un regard rempli d’a priori, seraient jugés sur leur amour …. et sur leur capacité à être parents et à pouvoir donner une éducation, une histoire, une culture et …de l’amour à un enfant ? Ogre ou pas ogre, l’histoire de Blanche et de ses parents et un miroir sûrement de ce qui peut être vécu dans notre société actuelle.

Colette : je pense malgré tout qu’il ne faut pas oublier que ce sont des ogres c’est-à-dire des créatures qui tuent des enfants pour se nourrir. Toute l’ambiguïté de nos personnages naît de cette incroyable et improbable contradiction : ils élèvent et aiment un enfant tout en continuant à en massacrer d’autres dans leurs caves. Je ne pense pas que cet album est une quelconque visée psychologique ou pédagogique mais qu’il vient nous bousculer en plein cœur, en pleine MORALE : où est le bien ? où est le mal ? Comme on pourrait se demander quel lien d’affection il existe dans le réel entre un enfant et ses parents meurtriers ? entre un enfant et ses parents violents ? entre un enfant et ses parents terroristes … ? qu’est-ce qui fonde l’amour filial ? n’est-on pas bien au delà de la morale dans cet amour là. Imaginez que vous commettiez le pire : vos enfants cesseraient-ils de vous aimer malgré ça ?

Pépita : Vous touchez là au fond de cet album qui va vraiment loin dans la réflexion. Pour bondir sur la remarque d’Aurelie, moi aussi, j’ai eu du mal au début à distinguer qui était l’auteur ou l’illustrateur tout comme le lecteur se sent perdu sur l’attitude des ogres : une éducation sans ogrité à Blanche alors qu’eux mêmes continuent leur vies d’ogres. Mais n’est-ce pas psychanalytique cette histoire ? Les parents vivent leur vie de parents en dehors de l’éducation de leurs enfants non ? Ils en ont le droit sans pour autant négliger leurs enfants. ça peut choquer évidemment mais ce sont des ogres ! Vous n’avez jamais eu envie de « dévorer  » vos enfants ? Blanche exige de rentrer dans leur ronde, elle s’en sent exclue mais ça, c’est la revendication éternelle des enfants : faire comme les grands. Du coup cela induit un autre point de basculement dans l’album : les ogres ne se sentent plus légitimes de pouvoir garder Blanche, j’ai trouvé ça terrible ! Et vous ?

Bouma : Oui, terrible point de bascule et quel déchirement pour les ogres qui font une fois de plus passer le bien-être de leur enfant d’abord.

Aurélie : Pour reprendre Pépita, la latence des ogres nous met sous tension. Lors de son procès, le père garde les yeux fermés, il les gardera fermés jusqu’à ce que Blanche sorte sa tête de sa gueule. Le regard de l’ogre alors me terrifie car il est ambigu et accentué par le texte: regard du père ou regard du prédateur  « mangeur de chair fraîche »?, à votre avis? En ce qui concerne l’amour filial, c’est comme tout. Il y a même des victimes qui aiment leur agresseur. Pour les ogres et leur rôle de parents, je pense que leur désir d’enfant passe au-dessus de tout, en tout cas au début, car qu’est-ce qu’ils les auraient empêcher de manger Blanche. Est-ce que les auteurs ont voulu montrer que dans chaque monstre règne une part d’humanité? ou qu’il est possible de changer ?

Pépita : Oui tout à fait Aurélie. Mais pourquoi Blanche plus qu’un autre enfant ? Pourquoi l’ont-ils choisie elle ? Leur amour pour elle n’a pas réussi à changer leur comportement alimentaire. Du coup je me dis qu’ils préfèrent la rendre au village de peur de craquer, de la manger elle aussi si elle apprenait la vérité. Mais alors comment interpréter cette fin ? Sur le coup, cela m’a perturbée et vous ?

Colette : j’avoue que sur ce point de bascule je ne les suis pas, ces ogres ! Comme si on ne pouvait pas tout expliquer à un enfant, même le plus terrible de nos secrets, même la pire part d’ombre qui nous hante, comme si Blanche méritait d’être abandonnée une seconde fois ! Non, non, non et non, là je ne les suis pas du tout ! On en a déjà parlé ensemble, mais il n’y a pas rien de pire que le secret de famille, la vérité même cruelle renforce les liens parents-enfants.
En même temps c’est ce départ « d’entre les ogres » qui donne aussi pleinement son sens au titre, mais ça c’est du point de vue de la figure de style et non de l’amour ! Moi qui trouve l’âge de Blanche si passionnant, cet âge des questions, cette curiosité insatiable et innocente de l’enfant, si vite déçue par la couardise des adultes qui fuient devant les réponses qu’ils n’assument pas toujours, j’ai été un peu désappointée. Mais élever un enfant c’est aussi assumer son histoire personnelle et sa nature profonde, même si on voudrait protéger notre enfant de nos pires travers. En même temps considèrent-ils leur ogrité comme leur pire travers ? Puisqu’ils préfèrent renoncer à leur fille plutôt qu’à cette nature cruelle. Et pourquoi Blanche n’aurait-elle pas pu être l’exception ? D’ailleurs elle prouve bien à la fin par son courage de petite fille qu’il n’y a rien de systématique, qu’un ogre peut aimer son enfant tout en dévorant les enfants des autres …

Résultat de recherche d'images pour "d'entre les ogres"
Pépita : Exactement Colette, c’est Blanche qui les met devant leurs responsabilités et qui fait ouvrir les yeux à M. Ogre quand elle ressort de sa gueule ou bouche (je ne sais pas comment dire du coup…), comme l’a si bien souligné Aurélie. Sur le coup j’ai échafaudé quatre hypothèses à cette fin et puis j’ai renoncé à y mettre une interprétation personnelle.

Bouma : La question de l’interprétation de cette fin énigmatique a amené beaucoup de discussion à la maison. Pour moi, Blanche met sa tête dans la gueule de l’ogre pour essayer de trouver dans la foule des humains qui auraient peur pour elle tant ils l’aimeraient. Je l’ai franchement vu comme une tentative de retrouver sa famille biologique qui finalement capote car elle ne trouve cette étincelle d’amour que dans le regard de son ogre de père. Mes enfants, eux, l’ont vu comme Pépita, comme un défi à cet ogre, pour lui montrer qu’elle n’avait peur de rien, et sûrement pas de lui. Mais ils n’ont pas compris ce que le regard de l’ogre pouvait avoir de différent…Et vous ? Vous l’avez interprété comment cette fin ?

Colette : pour moi, Blanche se met dans la gueule de l’ogre pour sauver son père en prouvant aux hommes qu’il ne la mangera pas, qu’il n’est pas dangereux. J’ai compris ce geste comme un geste de confiance absolue comme seuls les enfants en sont capables quand ils pensent leurs parents plus forts que tout… Le regard brillant de l’ogre sur la dernière page est pour moi un regard de gratitude étonnée devant le courage et la confiance de sa fille.

Aurélie : Je partage en partie l’avis de Colette sur ce que Blanche cherche à prouver. Par contre je n’arrive pas à savoir ce que signifie l’étincelle dans les yeux. Comme je l’ai dit plus tôt j’hésite entre la gratitude comme Colette ou beaucoup plus cruel, le côté prédateur de l’ogre qui renaît.

Pépita : oui c’est un défi, aux ogres et aux gens qui regardent. Elle se sauve elle-même et son ogre de père en même temps. Elle veut prouver aussi à sa potentielle famille biologique qui est peut-être là ce à quoi elle a peut-être échappé et montrer par là qu’elle est bien vivante malgré leur abandon. En fait son geste est un double message. Ce que j’ai du mal à comprendre par contre c’est l’usage du mot étincelle , tout comme toi Aurélie et en même temps ce que tu dis Colette me semble être dans le vrai. Comme je le soulignais dans ma chronique, cet album interroge quant à sa fin. Et les illustrations ? À part leur noirceur déjà soulignée plus haut, quel effet procurent-t-elles ?

Alice : Pour revenir au débat précédent, je vous rejoins. Je suis aussi d’avis que Blanche lance un véritable défis aux hommes en s’engouffrant dans la gueule de l’ogre, comme pour leur montrer toute la confiance qu’elle a en lui ; elle sait bien qu’il ne lui fera pas de mal ! J’y ai aussi vu une sorte « d’accouchement » : pour elle pas de doute, elle vient de ses entrailles-là, elle repart au creux du ventre qui « l’a porté ». Quant à l’étincelle dans l’œil de l’ogre, moi j’y ai vu des yeux embués par des pleurs, des pleurs d’émotion qui arrivent quand on a la gorge nouée et le cœur serré d’un trop plein d’émotions que l’on ne peut pas maîtriser.
Je me suis amusée à feuilleter le livre sans lire le texte, juste en regardant attentivement chaque illustration. Et bien figurez-vous que je me suis dit :  » Mais ça fait drôlement peur ! C’est très glauque et effrayant ! »
Et je crois que voilà une des forces de l’album : nous parler d’AMOUR, de beauté intérieure tout en jouant sur la noirceur des choses . C’est un parti-pris intéressant que d’oser confronter les couleurs sombres et le trait rapide et nerveux des illustrations au côté poétique et plus optimiste du texte. C’est à la fois terrifiant et d’une juste beauté !

Aurélie : Je partage vos avis sur les illustrations. Les ogres peuvent être plus humains que les hommes et vice versa. À travers les traits noirs, on ressent comme même beaucoup d’émotions. C’est un peu comme le yin et le yang. Il faut les deux pour faire un monde.

Pépita : oui noirceur des illustrations mais aussi un trait comme inachevé j’ai trouvé, comme si tout était encore à écrire. Il y a là toute l’ambivalence de l’âme humaine : amour et haine en balancier comme ce jeu entre le texte et les images. Et puis le prénom de Blanche, pas anodin non plus. Il contraste avec la noirceur. Et des ogres humains, c’est fort aussi comme symbole. Un album très riche et paradoxalement lumineux !

Colette : les fleurs du mal : le beau dans la laideur, la lumière dans la noirceur, la poésie dans la charogne … L’essence même de l’art !

°°°°°°°°°°°°

Nos chroniques respectives :

Pépita-MéLI-MéLO de livres

-Alice- A lire aux pays des merveilles

Aurélie-Atelierdecoeurs sur d’autres titres de Dedieu ici et

 

Lecture commune : L’enfant des livres

Quoi de mieux que de se plonger dans un album qui célèbre le pouvoir des mots, la force de l’imaginaire et le pouvoir des livres !

Oui, les livres ont un pouvoir…ce n’est pas nous qui dirons le contraire !

Voici donc une lecture commune sur cet album hors du commun.

L’enfant des livres.-Oliver Jeffers et Sam Winston.- Kaléidoscope, 2016

Pépita : Que vous a inspiré le titre de cet album : L’enfant des livres ?

Alice : J’ai découvert le titre en même temps que la couverture : ce livre rouge avec serrure, cette enfant presque invisible assise dessus, comme si elle sortait tout juste des pages de ce gros bouquin. Rapidement, je n’ai imaginé rien d’autre que cette histoire, celle d’une enfant qui serait l’héroïne de toutes les histoires qu’elle liraient. L’enfant des livres, c’est celui qui plonge dans des histoires sans que rien ne puisse gêner ou influencer sa lecture.

Colette : L’enfant des livres… très égoïstement ce ne pouvait être que mon histoire. Je suis une enfant des livres. Cet album là s’offrait à moi comme un miroir.

Sophie : Un peu comme Colette, je me suis sentie directement concernée par ce titre. J’ai toujours eu des livres autour de moi, je ne me souviens même pas du moment où j’ai appris à lire comme si j’avais toujours su (ce qui n’est certainement pas le cas !). Ça signifie aussi ce que je suis encore maintenant, une enfant des livres qui continue de grandir et d’évoluer à chacun que je lis. Et cette couverture, c’est le symbole de la promesse que propose chaque livre : un nouvel univers à découvrir, de nouveaux amis à rencontrer.

Pépita : Tout comme vous, ce titre me parle directement, comme s’il m’était tout spécialement destiné, comme un lien d’intimité très fort (ce qui se joue finalement dans l’acte de lire) et cette présentation comme un écrin précieux, comme un secret qu’on se chuchote et qu’on transmet.
Passons au contenu : quel a été votre tout premier ressenti en découvrant ses pages et la forme surtout du contenu ?

Alice : Dés la page de garde, on est submergé par une abondance de références de textes littéraires, écrites les unes après les autres de manière très hermétiques. On a envie de prendre le temps de lire cette liste pour voir si on connaît ces titres, si on les a lu. Et puis il y a ce porte plume et son encrier et enfin on entre dans le livre. A mon avis, cette mise en scène n’est pas négligeable pour conditionner le contenu qui suit. Tout au long du livre, on retrouve des lignes et des lignes de textes qui participent de l’illustration comme pour nourrir l’imagination de la jeune lectrice. Une idée très intéressante, riche de fantaisie et de symbolisme comme un mariage magique réussit entre l’illustration et la typographie.

Sophie : Déjà j’ai aimé me retrouver dans cette vision de la lecture comme un voyage. Et puis ces illustrations, c’est très intelligent et ça donne en effet envie de se replonger dans les classiques qu’on picore au fil des pages.

Colette : Cet album est d’une infinie poésie, cette manière si délicate de mêler le dessin et le lettrage au fil des pages n’est pas sans me rappeler l’art subtil des Calligrammes d’Apollinaire : quand le mot, dans sa matérialité, devient image alors le voyage littéraire peut commencer et tout est possible. Pour recenser tous ces extraits, les regrouper par thème et les intégrer le mieux possible dans une scène du voyage de l’enfant des livres il en a certainement fallu des heures de recherche ! Quelle ingéniosité !

Pépita : Tout comme vous, je me suis laissée emporter par ce voyage imaginaire mais pas seulement car les extraits de textes donnent corps aux illustrations si en accord avec ce qui est dit. On a le cœur gonflé d’allégresse et on se dit que la rencontre avec la littérature est une si belle chose, la chance que l’on a de pouvoir la vivre au quotidien ! On sent là aussi l’intime de cette rencontre. Et justement, ce texte, une seule phrase par double page, que vous a-t-il inspiré ?

Alice : Il est à la fois court mais efficace. Chaque phrase mérite que l’on s’y attarde et retentit au fond de chacun d’entre nous. L’emploi de la 1ére personne du singulier, rend le discours très proche : on s’identifie réellement !

Colette : Il y a une sorte de contradiction entre ces paroles si courtes de l’enfant des livres et l’abondance des extraits cités, comme si l’enfant des livres résumait en quelques mots l’immensité des histoires qui nous sont offertes, extrayant ainsi la substantifique universalité de la littérature.

Sophie : Je trouve aussi que ces phrases très courtes résument parfaitement mon ressenti de lectrice. Si on aime les livres, on s’y reconnaît et ça donne envie de le partager.

Pépita : Tout comme vous, je me suis complètement identifiée en tant que lectrice compulsive à ces petites phrases et je pense aussi qu’elles peuvent emporter dans leur tourbillon n’importe quel lecteur. Revenons aux œuvres mises en valeur dans cet album (y compris sur la couverture, la 2éme et la 3éme) : vous y êtes-vous attardées et cela vous a-t-il donné envie soit de lire ou de relire certaines de ces références ?

Alice : Oui, avant de découvrir l’histoire, je me suis déjà attardée sur la 2° de couverture et la liste des références littéraires, en ayant bien sur en tête des envies de re-lecture. Pour ce qui est du cœur de l’album, c’est à une seconde ( voire troisième, quatrième, …) lecture que j’ai pris le temps de lire la totalité des textes. Je m’en suis d’abord tenu aux phrases isolées et ce n’est qu’après que j’ai plongé dans l’intelligente « substantifique moelle » de cet album. Ces extraits ne sont pas choisis au hasard, ils font écho à l’illustration, à la phrase isolée et matérialise complètement ce qui se passe dans l’imagination. Alors oui, bien sûr on a envie de relire ces textes qui sont la part d’enfance qui sommeille en nous …

Sophie : Oui j’ai adoré lire ces petits bouts d’œuvres connues liés au thème de l’illustration. C’est un travail sûrement énorme mais c’est le petit détail vraiment fascinant qui offre une autre lecture.

Pépita : J’ai adoré ce procédé : rattacher ces petites phrases à des œuvres emblématiques, c’est tellement beau ! Oui cela donne envie de les relire mais pas forcément : j’ai aimé l’auréole de mystère que cela induit. Comme si la lecture était un voyage, une mer de possibles infinie. C’est très fort je trouve.

Si vous aviez juste un mot pour définir ce livre, que diriez-vous ?
Vaste pour Alice, Promesses pour Colette, voyages pour Sophie et transmission pour Pépita.

Nos chroniques respectives :

Sophie:  La littérature jeunesse de Judith et Sophie

Pépita MéLi-MéLo de livres

Une Preuve d’amour de Valentine Goby

Lorsque j’ai lu ce roman, j’ai été frappée une fois de plus par la délicatesse et la justesse de l’écriture de Valentine Goby. Aussi ai-je entrainé deux arbronautes, Pépita et Colette, à partager cette lecture (et j’espère qu’il en sera de même pour vous).

.

Une preuve d’amour de Valentine Goby
Thierry Magnier, 2017 (2013 pour la première édition)

 

Bouma : Avant d’avoir lu ce roman, quels thèmes pensiez-vous y trouver en vous basant sur la couverture et le titre ?

Pépita: Tout de suite à une histoire d’adoption ou de migrants. Comme quoi, la couverture est explicite !

Colette : J’avoue qu’au seuil de ce texte, j’ai pensé lire une aventure en terre africaine, une aventure dans laquelle les héros devraient faire des sacrifices par amour..

Bouma : Pour moi il s’agissait plutôt de voyage avec cette jeune fille qui regarde au loin et la carte qui dessine les cheveux du visage central.
Et que raconte l’histoire finalement ?

Pépita : Le lecteur est transporté dans une classe, en cours de français, avec le texte des Misérables de Victor Hugo qui est étudié. Le professeur essaie de faire accoucher ces esprits une réflexion sur un personnage en particulier, celui de Fantine qui abandonne Causette. Mauvaise mère ou non ? Le débat est lancé, la discussion est vive… Abdou se lève d’un coup et quitte la classe. Il n’y a que Sonia qui perçoit le malaise du jeune homme et elle décide de l’aider.

Colette : Cette histoire est celle d’un amour naissant, un amour qui se tisse autour d’un mystère que le lecteur devra déchiffrer sur les pas du personnage principal, un amour courageux…

Bouma : Quel personnage vous a le plus touché et pourquoi ?

Pépita: et bien, je ne sais pas ! Bien sûr on s’attache d’emblée à Abdou et Sonia, c’est inévitable ! J’ai particulièrement apprécié les adultes dans cette histoire : le prof de français mais surtout le père de Sonia.

Colette : sans hésiter mon personnage préféré est celui du père de Sonia : quel  adulte bienveillant, respectueux, attentif, impliqué ! J’ai toujours eu une tendresse particulière pour ces papas qui s’occupent seuls de leurs enfants ! Pas de misérabilisme dans cette parentalité solitaire, mais des preuves d’amour en veux-tu en voilà !

Bouma : Je rebondis sur ta formulation Colette, non pas UNE mais DES preuves d’amour selon toi. D’amour maternel avec la mère d’Abdou, d’amour paternel avec le père de Sonia, d’accord. Mais n’y a-t-il pas aussi quelques preuves d’amour de la part de ces personnages adolescents ?
PS. Moi c’est le personnage d’Abdou qui m’a touché par sa sensibilité et sa relation au monde. Il dégage une présence même à travers les pages d’un livre.

Que pensez-vous des références à Victor Hugo ? Cela peut-il faire écho même chez des lecteurs qui ne l’ont pas lu ?

Pépita :J’ai trouvé ce procédé particulièrement intelligent, comme quoi les grandes œuvres traversent les siècles sans une ride ! Effectivement, soit on ne l’a pas lu mais je ne pense pas que cela gêne la compréhension de l’histoire (qui est très bien posée par rapport au contexte et à la référence) ou au plus, cela peut donner envie de lire ces pages. J’ai aimé aussi l’attitude de l’enseignant qui ne lâche rien, qui veut mener ces ados dans les derniers retranchements de leur réflexion. J’aurais du coup aimé le connaitre un peu plus aussi. Comme quoi les grandes œuvres ont toujours une résonance et que chacun peut s’identifier aux personnages à l’aune de sa propre vie. C’est aussi un roman sur la force de la littérature.

Colette : Absolument car oui j’ai honte  mais je n’ai jamais lu Les Misérables et j’ai parfaitement saisi à quel point cette référence était précieuse pour délier les nœuds en boule dans le cœur d’Abdou et Sonia. C’est un des miracles de la littérature : son précieux pouvoir cathartique ! Et puis je ne peux qu’apprécier un roman qui commence par une lecture analytique en cours de Français.

Bouma : Aviez-vous déjà lu d’autres romans de Valentine Goby ? Comment décririez-vous sa plume ?

Colette : J’avais lu Kinderzimmer offert par notre Carole lors de mon premier swap de Noël à vos côtés mes arbronautes et j’avais été bouleversée… Pour de nombreuses raisons, parce que c’est un roman essentiel sur la femme, son corps, la maternité quand tout vous prive de cette féminité, de ce corps, de cette maternité puisque l’histoire se déroule en grande partie à Ravensbrück… Je n’ai pas retrouvé le même style dans Une Preuve d’amour. Je ne saurais trop expliquer pourquoi. Parce que les choses n’y sont pas aussi complexes sans doute, parce que tout va très vite dans Une Preuve d’amour, le rythme de la narration est beaucoup plus basé sur le déroulé des évènements (comme souvent dans la littérature ado, me semble-t-il) que sur l’exploration des abysses de l’esprit humain !

Pépita : Je n’ai rien lu d’autre d’elle en jeunesse. Celui que tu cites Colette me tente depuis longtemps mais je n’ai pas encore eu l’occasion de le lire. Par contre, je l’ai lue en littérature adulte et j’ai notamment été embarquée par Un paquebot dans les arbres chez Actes sud. C’est une auteure qui a le don des personnages je trouve. Elle leur donne, malgré les situations qu’ils vivent souvent difficiles, une sorte d’élan de vie qui bouscule.

Bouma : Moi j’avais déjà lu Le Voyage immobile dans la collection d’Une seule voix chez Actes Sud Junior. Un texte très court encore plus que celui-ci, sur le handicap et la différence, qui avait su me toucher.
Pour Une preuve d’amour, certes les évènements conduisent la marche mais je trouve que la plume de Goby sait questionner le lecteur, l’interroger sur sa place dans le monde et dans la société.

 

Au final, Valentine Goby livre un roman plein de sens où littérature et réalité se font échos dans la quête de sens et la recherche identitaire.

Pour aller plus loin, retrouvez nos avis sur ce roman :

Colette

Pépita

Bouma

 

Coeur de bois de R. Lejonc et H. Meunier

Il est de ces livres qui nous fascinent par leur singularité, leur beauté et leur qualité. 

Tel est le cas, aux editions Notari,  de Coeur de Bois de Régis Lejonc et Henri Meunier, un album vers lequel on on se sent irrémédiablement attiré et qui tient les promesses espérées.

AliceJ’ai envie que l’on tourne les pages de cet album les unes après les autres,qu’on le découvre tranquillement sous ses divers aspects, c’est un peu l’effet souhaité par les auteurs vous ne pensez pas ?

Pepita – Oui c’est vrai, il émane de cet album un tel mystère ! On a vraiment le sentiment d’emblée de toucher et de voir là quelque chose de rare.

Bouma – Je le trouve très cinématographique dans sa conception. Impossible d’en oublier la linéarité, la fluidité.

Colette -Les premières pages sont en effet particulièrement bien construites comme le début d’un très bon film pour reprendre la comparaison de Bouma : plan panoramique, plan moyen, plan général… Les auteurs construisent le cadre de la narration de manière très visuelle, en douceur, dans des couleurs automnales, à la fois généreuses et mystérieuses. Et nous projette déjà dans le mouvement, le mouvement d’Aurore, un mouvement … cathartique, pourrait-on dire…

AliceIl ya cette illustration en double page, ce village dans son ambiance un peu énigmatique…
Et puis l’on découvre Aurore, seule face à son miroir, décrite avec soin par l’auteur. Que vous a-t-elle inspiré ?

Pépita – Un grand sentiment de liberté et de détermination mélangée à une part de mystère : elle m’a intriguée d’emblée.

Bouma – Je ne sais pas pourquoi mais elle m’a tout de suite fait pensé aux contes classiques. Peut-être le mélange entre son prénom (Aurore comme la Belle au bois dormant), le reflet dans le miroir (comme Blanche-Neige) et son air de femme fatale, déterminée, héroïque.

Colette – Alors pour moi Aurore est vraiment une sorte d’icône féminine et les mots qui accompagnent son reflet au tout début du livre m’ont tout de suite mis la puce à l’oreille : là je n’avais pas n’importe quel livre entre les mains, un livre avec des images oui, mais un livre tissé de mots d’adulte, de mots de grand, de mots d’amoureux oserai-je même dire !

Pépita – oui c’est vrai : il y a quelque chose de très sensuel dès les premières pages.

Alice – Des collègues-lectrices-adultes y ont vu une ressemblance flagrante avec Brigitte Bardot. Le descriptif que vous en faites y correspond complètement, mais y avez vous vu cette référence ?

Pépita – Absolument pas ! je n’y ai vu aucune ressemblance, si ce n’est une sorte de personnage concentré des contes de fées à la sauce moderne.

Colette –  Pas à Brigitte Bardot en particulier mais c’est vrai que tout en elle évoque une certaine époque, les années 60, en effet : son joli carré, sa jupe, son petit béret, cette revendication de femme libre… Il y a un peu de tout ça qui se dessine dans sa svelte silhouette.

Alice – Aurore file dans sa petite voiture rouge (un détail finalement peu anodin, non ?) et s’enfonce dans la forêt, laissant sa pensée se laisser envahir par l’organisation matérielle de son quotidien et la contemplation sereine de la nature. L’album se construit et pourtant parait de plus en plus énigmatique . Où tout cela nous mène -t-il ?

Entre inquiétude et apaisement, comment avez vous ressenti ces 4 pages où le voile mystérieux ne semble pas se lever ?  

Bouma -Plus que mystérieuses, ces pages ont fait monter l’angoisse chez moi. Je n’y ai pas vu de quiétude mais une confiance en soi, une maîtrise de l’environnement qui me faisait peur. Car pourquoi une jeune femme si apprêtée aurait besoin d’une balade dans les bois ? Je me suis sentie comme dans les premières pages d’un bon thriller.

Colette – Mystérieuses ces pages en effet, du coup je les ai dévorées pour en savoir un peu plus : où va Aurore ? Elle ne semble pas se rendre à un quelconque travail elle semble bien au dessus de ce genre de trivialités, et je me suis complètement laissée surprendre par sa destination !

Pepita– Oui bien mystérieuse destination ! Des indices semés ça et là mais sans lien apparent. L’étau se resserre peu à peu, c’est même assez angoissant ce contraste entre sa liberté de femme libre, sa sérénité dans le monde sombre de la forêt, et l’arrivée dans cette maison délabrée, le fait qu’elle parle à quelqu’un qu’on ne voit pas et qu’elle se mette à son service avec tranquillité comme si tout ça était normal, dans l’ordre de l’habitude. On se dit : une grand-mère ? Un ermite ? Une amie d’enfance ? On se laisse porter par le mystère.

Alice -Oui c’est ça, elle entre dans cette maison avec une attitude plutôt bienveillante et attendrissante. Des indices nous disent que même si elle prend le balai, elle n’est pas l’aide a domicile, que la maison n’est pas en bon état mais que le service à thé est parfait et que le vieillard est plutôt heureux de sa compagnie. Et la… le choc, on tourne la page et on découvre qui IL est vraiment. Terrible cette page !

Prenons là seule, dans sa globalité, juste deux phrases et une illustration à couper le souffle. J’en reste sans voix, pas vous ? L’aviez vous présagé ? Mais pour autant avez vous tout compris de l’histoire ou a t-il encore fallu découvrir les pages suivantes ?

Bouma– Effectivement, cette page est un pivot dans l’histoire. Pour moi elle a mis fin au suspens tout en apportant une nouvelle tension, de nouvelles questions renfermées dans ce « Oui toujours » quand on demande au personnage s’il a faim. Présage ? Reflet d’autrefois ? Et tant de pages à lire encore pour essayer de deviner.

Pepita – Le choc oui …une surprise de taille que l’identité de celui à qui elle s’adresse. Dans la tête du lecteur s’opère alors un renversement de situation puisqu’il comprend alors l’enjeu de cette histoire. Juste en image. Ensuite viennent les mots et là on creuse encore. On va au bout de l’idée et de ce qu’elle révèle en profondeur. C’est vraiment très fort dans tous les sens du terme. Même la couverture, on la lit différemment du coup.

Colette– J’ai très fortement ressenti la tension qui montait jusqu’à ce portrait de l’interlocuteur d’Aurore que l’on prend en plein coeur ! On le reconnait tellement, on se reconnaît tellement dans cette page là, il y a tout un monde qui se joue dans cette image, le monde d’Aurore mais aussi notre monde, celui que nous nous sommes construits dans l’enfance et qui comme l’interlocuteur d’Aurore a pris un sacré coup de vieux… Ce portrait est un véritable pivot dans l’album, il nous fait basculer dans une lecture bien différente de celle que nous croyions mener jusque là…

Pépita -oui exactement Colette ! On se dit que jamais on aurait pu penser voir les personnages de conte vieillir et que les proies de leur jeunesse puissent les mettre devant leurs responsabilités à ce point ! du coup, est-ce encore un album pour enfants?

Alice – Comme le dit Colette, notre lecture bascule d’un coup et l’on découvre alors les motivations d’Aurore en entrant dans la psychanalyse pure et dure ! Aurore est là comme pour nous rappeler que les épreuves ne s’effacent pas mais marquent notre vie à jamais.
Dans un long monologue Aurore nous parle de sa resilience, elle semble très affirmative … et pourtant… Pensez-vous qu’Aurore est aussi forte qu’elle se décrit ?

Bouma – Comme tu le soulignes, Aurore se décrit. Peut-être se donne-t-elle la force d’avancer par delà le passé ? Peut-être est-ce pour se donner du courage ? Peut-être est-ce la vérité ? C’est le doute qui est pour moi intéressant.

Colette –  Aurore est-elle aussi forte qu’elle se décrit ? Nous ne pouvons véritablement le savoir car nous ne vivons à ses côtés qu’une seule journée, je pense que nous ne pourrions témoigner de sa force réelle que si nous la suivions sur plusieurs semaines, sur plusieurs années, être avec elle quand elle retrouve ses enfants, écouter ce qu’elle leur dit, ce qu’elle leur raconte le soir avant d’aller dormir… Mais une chose est sûre, elle a beaucoup réfléchi, analysé ses souffrances et semble avoir trouvé dans cette étrange relation qu’elle a créée avec son bourreau une forme de résilience comme tu le dis si bien. Et pour cela il faut avoir beaucoup de courage.

Pépita – Ah si pour moi elle est forte, immensément forte ! Qui oserait aller rendre visite régulièrement à quelqu’un qui vous a fait mal alors que vous avez réussi à construire votre vie malgré tout ?…Je pense que cela la conforte dans sa force de caractère, voire même dans le fait qu’elle soit si vivante, y compris dans les gestes anodins du quotidien ( conduire sa voiture librement, manger un croissant, se regarder dans le miroir,…). Car affronter ses peurs, ce n’est pas oublier, ce n’est pas pardonner, c’est avancer. J’ai particulièrement aimé ces dialogues que vous citez car la parole libére les mots, pansent les plaies. Ils ont tous les deux besoin pour moi de se situer là où ils en sont dans leurs vies respectives avec infiniment de bienveillance. Cette bienveillance m’a énormément touchée. Elle est comme une sorte d’espoir. Que tout est possible malgré tout.

AliceEn filigrane, on a vu s’écrire une histoire, tout droit sorti d’un conte de l’enfance. Un jeu d’inversion de rôle que nous avions même pas pu envisager. Qu’est ce que cela vous a évoqué ?

Bouma – Un sacré coup de vieux ! Quand on se rappelle des contes de son enfance, il y a forcément le temps qui passe en filigrane même si ceux-ci sont si intemporels qu’ils en paraissent immortels.

Colette-Ce n’est pas nouveau d’inverser les contes classiques, de les détourner, de les malmener. Ici c’est bien plus subtil d’après moi, il ne s’agit pas vraiment d’inverser les rôles, chacun est resté le personnage qu’il a été jadis, « il était une fois », mais le temps a fait son œuvre, et les personnages ont changé. C’est ce qui est absolument génial ici, nous quittons la sphère atemporelle du conte (sans complètement la délaisser) pour intégrer le réel et sa matérielle finitude. « Humains, trop humains », ces personnages là nous ressemblent tellement !

Pépita – En fait, cela m’a ébranlée. Je n’avais jamais vraiment imaginé enfant que les personnages de conte puissent devenir adultes et vieillir. Même si beaucoup d’adaptations existent, de contes détournés,…je trouve que cet album franchit un cap énorme : celui de la modernité dans ce renversement de situation. Mais avec une belle dignité. Sans rabaisser. Le conte y est pour ainsi dire sublimé dans une forme novatrice avec des références implicites à d’autres contes en mettant en avant le conte le plus lu, le plus connu, le plus adapté, le plus détourné. Rien n’y est laissé au hasard, tout est pesé, tout peut se lire. Il s’adresse pour moi d’abord aux adultes, sans aucun doute. Mais qu’il soit publié en jeunesse, je trouve que c’est un signe fort aussi de ce que les enfants sont capables de décrypter aussi à leur niveau.

Alice– On aurait pu le deviner, nous avons dans les mains un album pour adulte averti. Un récit fort qui prend de l’épaisseur de scène en scène et qui se laisse porter par des illustrations parfois inquiétantes mais tellement magnifiques. Que rajouteriez vous que nous aurions oublié et qui vous tient à coeur ?

Bouma – Moi je citerai le texte vrai et percutant :
« J’étais fort autrefois », soupira-t-il.
« Non. Non, vous n’avez jamais été fort. Vous étiez puissant. C’est autre chose » répliqua Aurore.

Colette – « Je veux croire qu’il est possible de devenir grand sans devenir méchant » : cette phrase résonne étrangement à chaque fois que je la lis, elle évoque pour moi tous ces enfants qui ont souffert de la violence des autres et qui doivent pourtant continuer à s’élever. La réponse qu’Aurore trouve pour accepter ses blessures d’enfance est une réponse profondément humaniste et généreuse que je souhaiterais possible pour tous les petits humains qui croisent des coeurs de pierre, des coeurs de bois sur leur chemin…

Pépita – La couverture : je l’ai vue différemment après lecture. Elle est vraiment symbolique de ce qui se joue à l’intérieur : une voiture rouge qui trace sa route dans une forêt. Rien de plus anodin ? Et pourtant…..quelle métaphore ! Elle résonne en moi comme comme la singularité de tout un chacun sur le chemin de la vie.

AliceFinalement nous n’avons rien a redire sur cet album : texte impeccable, rythme étudié, illustrations soignées, intrigue recherchée… cet album n’est il pas presque trop parfait ?

Pépita – Il atteint une forme de perfection dans l’articulation fond/forme, c’est certain. Après, la question qui se pose est : est-ce encore un album pour enfants ? Dans le sens où il contient beaucoup de références pour public averti, sans prétention aucune. Je me suis aperçue aussi qu’on n’a pas évoqué le titre : Cœur de bois. Très symbolique aussi. C’est un album à signes et à sens.

Bouma-Un livre peut-il être parfait ? Je ne pense pas car la lecture reste subjective. Après, comme Pépita, et comme nombre de prescripteurs, peut-être relèverais-je effectivement le problème du public cible. Qui est-il ? Peut-on encore parler de littérature de jeunesse ? Je ne sais pas et me garderai bien d’avoir un avis tranché sur la question.

Colette-Je ne pense pas avoir la compétence de juger de la perfection de quoi que ce soit en ce monde, mais en tout cas c’est un album particulièrement riche, qui bouscule aussi bien l’intelligence que le coeur. Et en ce sens c’est un album particulièrement précieux. Qu’en comprendront les enfants, qui trouveront-ils ? Et bien il faudra leur poser la question !

Alice-Pour se quitter, peut- être pourrions nous proposer à nos lecteurs d’aller un peu plus loin et de lire d’autres livres de ces auteurs ? Lequel(s) conseilleriez vous et pourquoi ?

Pepita – Cent grillons d’Henri Meunier au Rouergue : des contes détournés avec des jeux linguistiques. Drôlement bien fait !

Son avis ici

Dans un autre registre, j’aime beaucoup Bientôt en petite enfance du même auteur chez le même éditeur : une bien belle balade à observer, très colorée.

Son avis ici

Et de Régis Lejonc, le magnifique Kodhja

Son avis ici

Les éditions Sarbacane sorte en septembre un album avec Marcus Malte au texte et dont les illustrations sont dans la même veine. Splendeur !

Bouma– Le magnifique Kohja qui parlera à tous, petits et grands pour son intemporalité.

Son avis ici

 

Colette – Alors mon chouchou d’amour de ces auteurs c’est La Môme aux oiseaux publié aux éditions du Rouergue en 2003 qui signe mon entrée en littérature jeunesse et à la sortie duquel j’ai eu la chance de rencontrer ces deux artistes qui vivent tous les deux près de chez nous j’aime beaucoup également le très poétique La mer et lui au Rouergue également. Tous les livres écrits par ce duo en fait ont ravi mon cœur de lectrice, il se dégage toujours une poésie infinie de l’alliance des images de Lejonc et des mots de Meunier.

**********
« Qu’en comprendront les enfants, qui trouveront-ils ?

Et bien il faudra leur poser la question ! »

Retrouvez vendredi 16 juin sur le blog, l’avis de, jeunes, très jeunes enfants, d’ados, de jeunes adultes … à qui nous avons proposé de nous faire part de leur ressenti.

A vendredi !