Le Dernier roi des loups : Prix Sorcières 2020, catégorie Carrément Sorcières fiction.

Chaque année, à l’ombre du grand arbre, nous scrutons avec délectation du haut de nos branches , la sélection du Prix Sorcières, prix organisé conjointement par l’Association des librairies spécialisées pour la jeunesse (ASLJ) et par l’Association des bibliothécaires de France (ABF). Et cette année, un objet littéraire non identifié à attiré notre attention. Nous vous laissons admirer sa couverture avant de partager la lecture commune qui s’ensuit entre Pépita et Colette. Il a d’ailleurs remporté le Prix Sorcières Carrément fiction.

Le Dernier roi des loups : l’histoire vraie de Lobo le loup et d’Ernest Seton le chasseur,
William Grill, Sarbacane, 2019.

Colette. – Quand tu as eu ce livre entre mains, Pépita, qu’as-tu imaginé ? Que ce soit son format, son titre ou l’illustration de couverture il y a quelque chose d’hors-norme dans cet objet non ?

Pépita.- J’ai imaginé une histoire de loup bien sûr vu le titre mais tu as raison de souligner son mystère : la couverture donne d’emblée la couleur des tons mais aussi un mouvement de liberté dans le paysage entrevu de steppes et de forêts, un sentiment de ténacité et de loyauté dans le regard du loup. L’épaisseur de l’album aussi : une longue histoire attend le lecteur.

Colette.- Je pensais que c’était une BD quant à moi en l’empruntant, étant donné son grand format ! J’ai donc été surprise en découvrant qu’il s’agissait d’un album mais un album à l’orchestration graphique très originale alternant des pages composée de petites vignettes sans cadre, de grandes illustrations double pages, des pages qui font la part belle au texte. Un livre qui n’appartient à aucun genre en quelque sorte. As-tu toi aussi eu besoin de le feuilleter, de le parcourir avant d’y plonger ?

Pépita.- Et bien non, je me suis plongée de suite dedans et c’est vrai que la forme est à mi-chemin entre bande dessinée et album. On pourrait même dire roman puisqu’il est presque chapitré. J’avoue que j’ai eu du mal avec les dessins assez petits des vignettes. Non pas que le sans texte me rebute, mais leur petitesse m’a un peu désarçonnée au début dans ma lecture. Et puis , je m’y suis faite, sans même m’en apercevoir, car l’histoire est prenante. Mais ce n’est pas une BD au sens classique du terme : ces vignettes sont comme un film, tu sais, comme ces petites images qu’on projette , sauf que là, elles ne se superposent pas mais se suivent. Je me suis surprise à aimer ce procédé au cours de ma lecture, comme s’il était indispensable que le lecteur se concentre. L’alternance des points de vue dans le traitement des illustrations est vraiment intéressante.

Colette. – Pour toi, qui est le personnage principal de cet étrange album ? En effet le sous-titre annonce une sorte de duel de héros en évoquant “L’histoire vraie de Lobo le loup et d’Ernest Seton le chasseur”

pita. – Ah ! Très bonne question ! Au départ, on se dit que c’est Lobo le loup mais le changement qu’il induit dans la mentalité du chasseur est telle qu’on se dit que c’est lui finalement. Et puis, non, parce que sans l’intelligence hors norme de ce loup extraordinaire, rien n’aurait pu arriver dans cette prise de conscience. Alors disons qu’ils sont deux héros complémentaires !

Tu parlais plus avant de la forme de ce livre. Ce qui m’a intriguée aussi, c’est l’unicité des tons de coloris employés. Quel effet cela a pour toi ?

Colette.- Oui les couleurs de la nature dominent dans cet album, brun, noir, bleu et blanc dans toutes leurs nuances, mais plus que les coloris c’est le geste de l’artiste qui m’a semblé former une unité, je ne sais pas quelle est sa technique, j’ai l’impression que c’est du crayon de couleur, utilisé dans des croquis dynamiques comme faits sur le vif.

Pépita.- On dirait quasiment un carnet de croquis dessiné au fil de l’aventure. Les coloris font vraiment ressortir l’aridité des paysages mais aussi celui du cœur des hommes.

Mais ce titre : Le dernier roi des loups ? Il dit bien ce qu’il veut dire mais le lire c’est autre chose ! Comment as-tu ressenti cette histoire ?

Colette.- J’ai été horrifiée, mortifiée de découvrir une fois de plus l’incroyable cruauté de l’homme, cette incapacité à vivre dans la nature sans vouloir à tout prix la dominer, la maîtriser, la mettre à genoux. Tant de stratagèmes inventés de haute lutte pour piéger Lobo le loup, dont la menace est somme toute relative, l’intelligence subtile d’Ernest Thompson, pourtant naturaliste, utilisée dans le seul but de nuire à l’animal… tout cela m’a écœurée au sens presque premier du terme : c’est comme si on m’enlevait le cœur. As-tu ressenti la même chose ?

Pépita.- oui complètement ! Les pages 27 et 28, avec cette litanie de pièges, de cages, de lassos, de fusils, tout l’attirail pour capturer ce loup m’a soulevé le cœur. On sait d’emblée qu’il est condamné. Plus on approche de la fin, plus on tremble pour lui. C’est un trophée. Il n’ y a pas une once de courage là-dedans. Sauf du côté du loup. Qui lui est loyal.
C’est ça cette histoire : lâcheté versus loyauté. C’est une histoire vraie. As-tu été convaincue du revirement du chasseur ?

Colette.- Je voulais justement l’évoquer avec toi, ce revirement ! Non, je n’ai pas du tout été convaincue par ce revirement : à peine un mois après avoir abattu Lobo grâce à un piège d’une perversité inégalée, voilà notre chasseur devenu “un autre homme” comme l’annonce le titre du dernier chapitre ! Et l’auteur enchaîne ensuite sur la liste des initiatives en faveur de la protection de la nature que Seton va prendre suite à sa soudaine (mais si tardive) révélation… Il manque quelque chose pour que ce revirement soit crédible, un psychorécit, une confession, une confidence. On passe bien trop vite de l’obscurité à la lumière, l’humain n’est pas si manichéen…J’avoue que c’est ce qui m’a le plus déçue dans cette lecture.

Pépita.- Je te rejoins : on a à peine le temps de se remettre de cette traque et mise à mort cruelles que ce revirement manque singulièrement de crédibilité. J’ai été tout autant dubitative que toi. J’aurais tant aimé que cet homme soit sensible au message de ce loup avant l’irréparable !

Mais parlons de ce Lobo ? Loup en espagnol. Que t’as inspiré cette bête (pas si bête !) ainsi que son clan ?

Colette.- Je ne savais pas que Lobo voulait dire Loup en espagnol ! Merci ! Et bien le clan de Lobo, contrairement au “clan” des hommes, a suscité toute mon adhésion. Ce groupe d’animaux incarne des valeurs de coopération, d’intelligence collective et, à ma grande surprise, d’amour. C’est d’ailleurs le chapitre dédié à Blanca qui m’a le plus émue… Qu’en as-tu pensé de ce lien entre le roi des loups et cette louve blanche ?

Pépita.- Ce lien m’a émue au plus haut point, comme toi, quelle leçon d’amour absolu et respectueux en même temps ! Quelle fidélité ! Quelle abnégation ! Oui ce clan des loups a beaucoup à nous apprendre !

Colette. – En parlant de cet amour absolu, comment as-tu compris la mort de Lobo ?

Pépita.- Je l’ai comprise de deux façons : comme un désespoir sans fond, une capitulation face à la douleur provoquée par la cruauté des hommes : sans sa Blanca, il n’a plus de raison de vivre. On dirait qu’il sait que la mort est le seul moyen de vivre encore un peu en la retrouvant. Alors qu’il a déjoué tous les pièges tendus, on dirait qu’il s’est délibérément jeté dessus cette fois, les quatre pattes enferrées. Donc aussi comme une bravade : Lobo met l’homme face à sa lâcheté grâce à son courage, sa noblesse et sa grandeur d’âme. Bien qu’il soit atteint dans ce qu’il a de plus cher, il lui fait comprendre qu’il choisit de mourir et la façon de le faire. C’est son ultime choix d’animal sauvage. Sans une plainte. La double page de médaillons, à la suite de sa mort, qui reprennent des moments de sa vie avec Blanca, sont extrêmement touchants. D’ailleurs, le chasseur, quand il a compris bien trop tard, a honte. C’est le mot utilisé. Cette fin m’a serré le cœur au-delà des mots.

Colette.- Une sorte de suicide donc ? Et ce serait cette mort et la honte qui s’en est suivie qui aurait transformé Seton ? D’ailleurs, parlons peut-être de ce qui se passe après pour Seton : parmi ses nombreuses initiatives écologiques, laquelle as-tu retenue ? Pourquoi ?

Pépita.- Je ne dirais pas suicide mais sacrifice : comme si Lobo avait perçu que chez cet homme, il fallait en arriver là pour une prise de conscience. Tu l’as vu comment toi ?
Parmi ses actions, celle que j’ai le plus retenu c’est la création des Scouts d’Amérique. Quand même ! Vouloir former des générations de jeunes à la protection de l’environnement, il faut le saluer.

Colette.- La mort de Lobo je l’ai vu comme celle des grandes héroïnes des romans du XIXe siècle, celles qui se laissent mourir de chagrin, celles qui se laissent mourir d’amour. C’est la phrase suivante qui accompagne la magnifique illustration du jour qui se lève qui me fait dire celà : “Quand l’aube se leva le lendemain, Lobo était toujours immobile et silencieux, mais la force et l’esprit extraordinaire qui vibraient en lui l’avaient quitté – le dernier roi des loups n’était plus.”

Pépita.- Cette phrase est magnifique en effet. Je pense que l’auteur a voulu montrer que malgré tout, l’homme et l’animal devraient pouvoir cohabiter. En tous cas, qu’il est crucial que cela soit ainsi. Chacun a sa place dans le respect du mode de vie de l’autre et que chasser juste pour le plaisir, ce n’est pas digne de l’homme. Je pense aussi qu’il a voulu montrer que le règne animal a beaucoup à nous apprendre. Et que l’homme devrait s’en souvenir. Ce qui nous arrive comme pandémie actuellement le prouve.

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Vous pouvez retrouver la chronique complète de Pépita

dans son MéLi-MéLo de livres.

Lecture commune : Akita et les grizzlys

Lorsque les mots de Caroline Solé rencontrent le pinceau de Gaya Wisniewski, cela donne un très joli roman initiatique. Et un palmarès impressionnant, avec notamment une pépite à Montreuil et une nomination pour le prix Sorcières. Akita nous entraîne dans un univers polaire à couper le souffle où il s’agit d’affronter les éléments, mais surtout de mystérieux grizzlys. Ce roman nous a enchantées au point d’avoir envie de prolonger cette lecture en revenant sur plusieurs points marquants…

Akita et les grizzlys, de Caroline Solé et Gaya Wisniewski. L’école des loisirs, 2019.

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Isabelle: Qu’est-ce qui vous a donné envie de braver le froid pour faire la connaissance d’Akita ?

Pépita : Je ne serais pas allée le lire s’il n’avait pas été pépite à Montreuil et nommé aux Sorcières, c’est clair ! Le froid, la banquise, c’est pas mon truc. Et puis il y a aussi l’illustratrice dont j’aime le travail. Alors, cela a suffi ! Et franchement, je ne regrette pas.

Isabelle : C’est drôle que dises ça, Pépita, nous on a immédiatement été attirés par ce livre parce qu’on ADORE les livres qui nous entraînent en région polaire. Et donc les illustrations de Gaya Wisniewski qui sait si bien sublimer l’hiver !

Bouma : Pour moi, la Pépite a joué, bien sûr. Et aussi le nom de Caroline Solé dont j’avais adoré le premier roman La Pyramide des besoins humains.

Isabelle : Le titre annonce des grizzlys, des animaux un peu effrayants, non ?

Pépita : Oui ! je me suis dit : voyons voir, ça ressemble à quoi cette bête-là ? À de gros ours !!! Et mon imagination a galopé…

Isabelle : Comme toi, j’ai imaginé d’énormes animaux pas très rassurants pour cette toute petite fille sur la couverture. Nous avons donc, d’un côté, Akita, et de l’autre, ces inquiétants grizzlys qui ne sont pas forcément ceux qu’on attendait.

Bouma : Grizzlys n’est pas forcément synonyme d’effrayant dans mon imaginaire, en tant que cousins des ours. Je me suis juste dit qu’il s’agissait de gros animaux de cette région froide du monde où sembler habiter Akita.

Isabelle : Justement, parlons un peu d’elle. Comment décririez-vous Akita ?

Pépita : Quelle petit bout de femme ! Elle sait ce qu’elle veut ! On ne dirait pas qu’elle va avoir 7 ans, on dirait déjà une ado en puissance ! Mais en même temps, elle aime profondément sa famille et elle est respectueuse des coutumes.

Bouma : Je rejoins l’avis de Pépita. Akita est une petite fille pleine de vie et de détermination. Mais derrière cette carapace, on sent aussi une certaine fragilité, une envie de se faire accepter malgré les différences profondes qu’elle semble manifester.

Isabelle : Oui, Akita est un tourbillon d’énergie et d’émotions et, en même temps, elle a quelque chose de fragile qui m’a touchée. À la fois dans sa solitude, liée à sa différence, qu’elle voudrait bien pouvoir surmonter. Elle a aussi la fragilité de ceux qui grandissent : cela demande une bonne dose de courage d’aller de l’avant quand on est à la charnière entre deux âges.

Isabelle : Pour dompter les fameux grizzlys qui se déchaînent parfois en Akita, ses parents l’emmènent voir une glooglooka – encore une dénomination intrigante, voire un peu inquiétante ! Comment avez-vous lu cette expérience initiatique ?

Pépita : J’ai été très intriguée mais rapidement, j’ai fait l’association avec une psychologue. C’est une bien jolie manière dans ce roman pour un jeune public d’apporter du merveilleux, j’ai trouvé. Et dire ce mot à haute voix, c’est jubilatoire. Mais comme Akita se prête assez de bonne grâce à cette visite, même si elle ronchonne un peu, on se dit qu’il ne peut pas en sortir du mauvais. Elle va avoir 7 ans aussi, Akita, elle attend avec impatience. C’est comme un rite, oui, un passage. Bien symbolisé par la grotte dans laquelle elle pénètre…

Bouma : Moi aussi j’y ai tout de suite vue la figure d’une psychologue, allant de soi avec la métaphore des grizzlys pour symboliser des colères incontrôlables. Mais l’écriture de Caroline Solé dessine un aspect magique à l’ensemble et en donne donc une toute autre vision à l’enfant lecteur. C’est une rencontre importante pour la jeune Akita que de se retrouver face à cette figure imposante. Pourtant, on sent tout de suite de la bienveillance et de l’écoute chez cette figure…

Isabelle : Je vous rejoins tout à fait. La visite chez la googlooka, c’est quelque chose qui semble impressionnant, voire inquiétant, a priori. Et finalement j’y ai vu comme vous une très jolie façon de parler de l’aide que peut apporter une personne extérieure dans les moments difficiles. J’ai été épatée par la densité métaphorique de ce petit roman qui parle de beaucoup de sujets importants, qu’il s’agisse de l’épreuve de grandir, de la souffrance de se sentir différent, du rôle des expériences initiatiques et du bien que cela peut faire d’accepter l’aide d’autrui… Des thèmes qui parleront sans doute à toutes et tous.

Proposer quelque chose d’aussi universel à partir d’un univers aussi lointain que celui d’Akita, c’est fort, non ?

Pépita : J’ai trouvé que les métaphores étaient remarquables ! Personnellement, je n’ai jamais rien lu d’aussi abouti sur les émotions. Et je me dis que cette façon d’aborder les colères parlera bien à l’imaginaire des enfants. La distance permet l’appropriation pour moi. J’ai été bluffée par la richesse de ce petit roman.

Bouma : Exactement. Et ce que j’apprécie également beaucoup, c’est qu’un lecteur qui n’aurait pas envie d’y lire ces métaphores peut aussi rester sur l’histoire au premier degré et l’apprécier tout autant. Il y a plusieurs niveaux de lecture, chacun y trouvera ce qui lui parle.

Isabelle : Ce roman est illustré de bout en bout par Gaya Wisniewski : qu’avez-vous pensé de sa proposition et quel impact a-t-elle eu sur votre lecture ?

Bouma : J’avoue que ce n’est pas le style d’illustration que je préfère. Mais le trait léger du pinceau de cette illustratrice apporte une belle complémentarité à l’histoire.

Pépita : Je trouve les illustrations superbes ! Les contours flous, les coloris lumineux, tout concourt à rendre l’atmosphère du grand Froid (on sentirait presque sa morsure) et le côté mystérieux et irréel de cette histoire.

Isabelle : J’ai trouvé que le texte et les illustrations se faisaient parfaitement écho pour composer un univers très incarné, fait de grandes immensités neigeuses, de chiens de traineau, d’aurores boréales et de cristaux scintillants… Gaya Wisniewski, que l’on connaissait déjà grâce à ses albums Mon bison et Chnourka est dans son élément avec cet univers polaire et cette histoire de petite fille et d’animaux. Je rejoins Pépita, elle n’a pas son pareil pour nous transporter dans le grand froid dont elle nous fait presque ressentir le frisson et le silence ! En quelques traits, elle parvient aussi à représenter de façon très expressive le désarroi d’Akita ou l’amusement de la glooglooka. Et la technique de l’aquarelle se prête pour réaliser des fondus qui donnent libre cours à l’imagination. Ce sont ces dessins-là que j’ai le plus aimés.

Qu’avez-vous retenu de cette lecture ?

Pépita : Ce que j’en ai retenu, c’est le parcours initiatique métaphorique. C’est surprenant, doux et beau à la fois.

Isabelle : Pour ma part, je retiens une restitution très juste, par le texte comme par les illustrations, d’émotions qui peuvent être dévorantes. Et un message optimiste sur le réconfort que peut apporter la main tendue, notamment celle du/de la psychologue.

À qui auriez-vous envie de faire découvrir Akita et les grizzlys ?

Bouma : C’est un beau texte que je pourrais conseiller aux parents qui ont des enfants plus âgés que la maternelle sur la gestion des émotions, en conseillant aux parents de le lire aussi !

Pépita : Je le conseillerais aussi aux adultes.

Isabelle : J’ai été ravie de partager cette lecture avec mes enfants et je me suis empressée de la faire découvrir à mes petites nièces. Mais je vous rejoins, c’est un livre qui peut toucher à tout âge !

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Pour en savoir plus, vous pouvez consulter les avis de Pépita et Isabelle. N’hésitez pas non plus à nous donner votre ressenti sur ce roman : vous fait-il envie ? Peut-être l’avez-vous déjà lu et qu’en avez-vous pensé ?

Lecture commune : Et le désert disparaîtra

“Samaa vit dans un monde qui pourrait être le nôtre bientôt. La vie a presque entièrement disparu de la surface de la Terre. Le sable a tout dévoré. Son peuple, nomade, traque les derniers arbres et vend leur bois pour survivre. Samaa aimerait être chasseuse, elle aussi, mais c’est une charge d’homme. Un jour, elle désobéit et suit les chasseurs. Mais le désert a mille visages. Samaa se perd, et fera une rencontre qui changera le destin de sa tribu à jamais.” Voilà comment le dernier roman de Marie Pavlenko est présenté sur le site de son éditeur, Flammarion jeunesse. Comme À l’ombre du grand arbre, nous aimons beaucoup l’univers de cette auteure, nous nous sommes donné rendez-vous autour de cette lecture qui nous a tour à tour questionnées, déroutées, enchantées. D’abord, il y a eu #Céline, Pépita et Colette. Puis une invitée surprise, sur laquelle vous en saurez plus très bientôt, nous a rejointes. Une lecture à quatre voix pour un roman qui résonnera longtemps encore en nous.

Colette.- Et le désert disparaîtra : quel titre énigmatique, au futur intriguant ! Vous souvenez-vous de ce que vous avez imaginé en le découvrant ?

Pépita.- Très énigmatique en effet avec ce futur employé. J’ai pensé à des oasis, à une prophétie aussi. Et quand même, pas de couverture pelliculée mais une couverture douce au toucher, à caresser.

Claudia.- La promesse d’une aventure originale sur l’existence d’un monde mystérieux, mais à la fois oppressant.

#Céline.- Je suis partie sur un a priori négatif avec ce roman. Je n’attendais pas Marie Pavlenko sur un tel sujet. Pourquoi ? Sans doute à cause des deux derniers romans plus réalistes que j’avais lus d’elle et que j’avais vraiment adorés (Je suis ton soleil dont nous avions fait une lecture commune ici même et Un si petit oiseau chez Casterman qui fait partie de la sélection de notre Prix 2020 dans la catégorie “Belles branches”). Mais la couverture et le titre justement m’ont donné envie de m’y plonger. Sans même ouvrir le livre, on a déjà l’impression d’être dans le désert… A posteriori, je le trouve vraiment magnifique, comme le roman.

Pépita.- Et puis ai-je envie d’ajouter, ce titre fait très conte : “et le”….on s’attend à un aboutissement. Comme un coup de baguette magique aussi. Alors forcément on ouvre et on lit pour en savoir plus car il sait nous accrocher ce titre !

Colette – Dès que je lis le mot “désert” c’est l’univers de Jean-Marie Gustave Le Clézio qui surgit dans ma tête, souvenirs précieux et poétiques de mes lectures d’adolescente ! Tout un peuple de nomades envahissent alors mon esprit, un peuple assez semblable à celui que nous découvrons dès les premières pages du roman de Marie Pavlenko. D’ailleurs comment présenteriez-vous la tribu de Samaa, notre jeune héroïne ?

Claudia.- Les femmes ne s’occupent que des tâches domestiques. Les hommes ont un rôle bien plus important au sein de la tribu, ce sont eux, qui rapportent de quoi subvenir. Ce sont des guerriers. Même s’il y a de la bienveillance de la part des hommes envers les femmes, la marge de manœuvre est limitée pour elles. C’est très paradoxal car nous sommes dans un monde futur (une dystopie) et à la fois, les pratiques sont archaïques. C’est assez troublant.

Pépita.- Une tribu qui a su s’adapter au désert qui a tout envahi du fait de la folie démesurée des hommes et une tribu très hiérarchisée et sexiste ! Mon Dieu si c’est ça le monde qui nous attend ! Quelle régression ! Quelle absence de nature ! Quelle rudesse ! Mais en même temps, on sent aussi une sorte de bienveillance et comme une petite graine prête à éclore…

#Céline.- Je vous rejoins sur l’organisation de la vie de cette tribu. Un peu l’impression de revenir à la Préhistoire… Des conditions de vie aussi difficiles amèneraient-elles nécessairement à un tel retour en arrière? Je ne l’espère pas.

Colette – Tu parles de préhistoire #Céline, pour décrire les traditions du peuple de Samaa. Mais en fait à quelle époque semble appartenir ce récit ? Une époque troublante, non ? Comment l’avez-vous imaginée ?

#Céline.- Comme à chaque fois que je commence un roman, j’aime me situer dans l’espace et dans le temps. Ici, finalement, c’est assez compliqué. Mais cela ne m’a pas gênée car cela donne au récit un côté universel intéressant. Néanmoins, même si la mentalité de la tribu m’a fait penser à la préhistoire, je me suis plus vite située dans une époque future, pas forcément si lointaine. Finalement, une fois dans l’histoire, ces questions passent au second plan. L’avez-vous ressenti ainsi ?

Pépita.- Je me suis à peine posé la question de l’époque et je n’ai même pas pensé à la Préhistoire. Plutôt un monde futur pas du tout enviable (mais avec ce qu’il se passe en ce moment, on se dit que…) et curieusement, comme toi #Céline, ça ne m’a pas gênée. Je me suis de suite accrochée aux personnages et aux enjeux de l’histoire. Et aussi à cette quête de ressources assez énigmatique au début. Ce roman pose les choses par petites touches, et ensuite l’histoire prend son ampleur comme la ramure d’un arbre qui explose au printemps. Par contre, le fait que l’autrice ait changé les mots pour les désigner, je n’ai pas trouvé ça utile, pas vous ?

#Céline.- Inutile? Peut-être pas essentiel mais cela fait réfléchir tout de même. La tribu a tout oublié du monde d’avant jusqu’aux mots eux-mêmes, jusqu’à l’orthographe des mots liés à la nature… J’ai trouvé que cela donnait une idée de la situation et de l’état d’esprit de la tribu, aveuglée par l’urgence de survivre, obligée aussi sans doute d’oublier… Et que parvenir à retrouver les mots, cela permettrait aussi de reprendre conscience, de se souvenir de l’importance de préserver les arbres et la nature.

Pépita.- Oui effectivement, je ne l’avais pas vu comme ça ! Merci de ton éclairage ! Il n’empêche : ça m’a perturbée dans la fluidité de ma lecture mais sans doute est-ce le but en effet !

Colette.- Sur l’utilisation d’un langage altéré, je suis complètement d’accord avec #Céline, il me semble que dans toute dystopie la modification du langage est un signe important de la modification du rapport au réel, au vivant, à la connaissance et à la liberté. Cela m’a rappelé – dans une moindre mesure – la novlangue inventée par George Orwell dans 1984. Même si parfois il m’a semblé que l’auteure n’allait pas jusqu’au bout de ce parti pris, j’ai trouvé intéressant de parvenir à reconnaître certains mots -je n’y suis pas toujours arrivée au début- comme si à travers ce langage transparaissait malgré tout des vestiges du passé, que seul le lecteur pouvait comprendre parce que ces mots là étaient ancrés dans son présent. Pour moi c’était un peu comme une manière très poétique de nous alerter sur la disparition de cette nature dont nous dépendons tant. Une disparition pas si lointaine que ça…

Colette.- Cette mise en avant de la place du langage dans Et le désert disparaîtra, me fait penser à la place d’un personnage énigmatique, anonyme, sorte de gardienne de ce langage dont nous parlons : l’Ancienne. Comment avez-vous imaginé ce personnage ? Et votre perception a-t-elle changé au fil du roman ? En feriez-vous un personnage clé de l’histoire ?

#Céline.- Elle m’a tout de suite intriguée. Et surtout, ce qui m’a posé question, c’est le fait qu’on s’occupe d’elle tout en ne l’écoutant pas. Un respect pour les anciens, mais pas pour leur mémoire… Très paradoxal. Au fil du récit effectivement, on voit bien que les paroles de l’Ancienne reviennent très régulièrement en tête de Samaa. Et les petites graines semées dans l’esprit de la jeune fille au départ se mettent à éclore au fur et à mesure. L’Ancienne est effectivement pour moi un personnage clé, un guide, un repère. Elle joue son rôle alors même qu’elle reste assise dans sa tente. Et même si Samaa ne le comprend pas tout de suite !

Pépita.- L’Ancienne est la MÉMOIRE, le lien entre le monde d’avant et celui de maintenant mais aussi une prophétesse car elle fait comprendre à Samaa qu’elle réussira là où elle-même a échoué. On a le sentiment qu’elle reste en vie uniquement pour ce message-là. Il se dégage de cette personne une énergie et un respect qui peuvent tout à fait épouvanter pour qui n’a pas les clés. Oui, elle est un personnage clé, mais quel sort peu enviable pour cette vieille femme (pas très éloigné en fait de la manière dont la société actuelle considère la vieillesse d’ailleurs…), beaucoup de métaphores dans ce roman en ce qui la concerne.

Colette.- Dans cette tribu si particulière, il y a notre jeune héroïne, Samaa. Que diriez-vous d’elle ?

Claudia.- C’est une combattante. Elle est intelligente et vive. Elle s’indigne, elle s’insurge, elle s’interroge sur la manière dont la tribu fonctionne. Elle est à contre-courant des autres filles. On sent chez elle, un grand potentiel dans la suite de l’aventure. Elle est très attachante.

#Céline.- Samaa est un personnage assez étonnant. Déterminée, on le sent d’emblée, elle a un rêve a priori inaccessible qui l’incite à repousser les limites : devenir chasseuse, même si cela est réservé aux hommes. Cela m’a plu chez elle. En revanche, je l’ai aussi trouvée dure notamment avec l’Ancienne et ses théories. Influencée par la façon de penser de sa tribu, cette fermeté s’explique aussi par le drame qu’elle a vécu et par des années de survie dans un monde hostile.

Pépita.- Samaa, d’emblée, on perçoit qu’elle veut bouger les lignes. Elle est très observatrice et rebelle. Au début du roman, elle semble être comme les autres enfants de la tribu mais très vite, on se rend compte qu’elle va avoir un destin particulier. Sa vie n’est pas facile mais elle en tire toujours du positif.

Colette.- Une rebelle ? Une rebelle par rapport à la place imposée aux filles et aux femmes dans sa tribu ? Qu’en pensez-vous de cette place ?

Claudia.- Il y a un souffle féministe dans le personnage de Samaa, ce qui apporte beaucoup d’intérêt à l’histoire. Ce n’est pas que sur le thème de la fin du monde, de la survie de l’espèce animale ou végétale ou encore sur l’écologie mais c’est aussi sur les droits des femmes.

Pépita.- Une place certes utile au fonctionnement de la tribu, mais pas par rapport à ses envies d’émancipation, d’autant que son propre père l’a plus ou moins encouragée dans cette voie. Samaa, elle a des fourmis dans les jambes, elle veut comprendre. Elle exécute les tâches dévolues aux filles par obéissance et dans son fort intérieur, elle souhaite autre chose sans trop bien se le formuler au départ.

Colette.- Un père qui lui a donné une éducation différente non pas parce qu’il était précurseur d’une éducation non sexiste, mais parce qu’il n’a pas eu de fils. Malgré tout, la relation entre Samaa et son père a quelque chose de particulier, d’unique. Qu’en pensez vous ?

#Céline.- On sent effectivement qu’un lien très fort unissait Samaa à son père, qui, comme le sont certains papas, lui laissait plus de libertés (trop?) qu’il aurait dû. Par faiblesse? Par amour? Par une envie de la protéger, de la rendre heureuse dans ce monde si ingrat ? Un peu tout cela mélangé je pense et parce qu’il pressentait aussi peut-être le tempérament combatif et la force de caractère de sa fille. On sent en tout cas que ce rapport n’était pas toujours vu d’un très bon œil par les autres membres de la tribu.

Colette.- Comme on l’a déjà évoqué, le rêve de notre jeune héroïne est de devenir “chasseuse” – même si ce mot n’existe pas au féminin dans sa tribu  – est- ce que vous pourriez expliquer ce que cela signifie ? Comment avez-compris les enjeux de cette fonction essentielle à la vie de la tribu  ?

Pépita.- Chasseuse : dans la tribu c’est une fonction d’hommes. Il s’agit de partir toujours plus loin et d’affronter mille dangers (trous de sable, bêtes féroces, autres tribus chasseuses elles aussi et en concurrence). Il faut trouver les arbres de plus en plus rares (du fait de l’hostilité de l’environnement mais surtout de l’avidité des hommes) pour récupérer le bois, le vendre à la ville pour pouvoir s’acheter de quoi survivre. Pour moi, il remplace symboliquement l’argent. On en veut toujours plus. On étend ses frontières pour aller le chercher plus loin. Et ce commerce représente la société de consommation. Au féminin et rapporté à Samaa, il prend un autre sens : plus symbolique. Samaa pressent qu’il y a autre chose. Elle a une vision plus large de son environnement. Ses sens sont à l’affût, elle absorbe tout, réfléchit et agit. Elle fait preuve de sensibilité. Alors que les hommes chassent uniquement dans un même but, comme des brutes épaisses et viriles. Ils en font un peu trop sur leur rôle, je trouve.

Colette. – Pour rebondir sur ce que tu dis Pépita, personnellement j’ai du mal à me faire une idée de ce que sont les hommes de la tribu de Samaa car il n’y a pas vraiment d’autres personnages que Samaa qui soient explorés. Il y a ce jeune homme de la tribu dont parle souvent Samaa, Kalo, mais au final, son portrait reste très superficiel. On y reviendra, mais cette absence de diversité des voix des personnages est un des aspects du roman qui m’a déçue – par rapport à mes attentes vis-à-vis de cette auteure dont j’ai adoré les autres romans sans bémol.

Pépita.- Tu as raison de le souligner mais en même temps une grande partie du roman est focalisée sur l’aventure et la découverte de Samaa. Donc cela occulte le reste.

#Céline.- Concernant les personnages, j’en ajouterais un, pas humain mais important : l’arbre auprès duquel Samaa survit. Pour moi, il occupe une place essentielle dans ce roman et à son contact, l’héroïne apprend et grandit. Enfin, c’est comme ça que je l’ai ressenti.

Claudia.- Les hommes sont en second plan même si ce sont eux qui font vivre la tribu. On peut penser que les hommes ont le pouvoir mais pas du tout… Ce qui explique peut-être que nous n’avons pas beaucoup d’éléments sur eux. La véritable force de la tribu semble être les femmes. Notamment, Samaa mais aussi la vieille femme qui transmet la mémoire et le savoir des ancêtres. Et celle qui sauvera le monde est une jeune fille. Je pense même que les personnages ne sont pas les composants les plus importants dans ce conte… Mais peut-être sont-ce les trésors enfouis sous le sable qui ont la vedette ? Les arbres, la végétation, l’eau, les petites bêtes, ce sont eux qui vont pouvoir sauver et changer le monde. C’est peut être la raison des longueurs pour donner toute l’importance de ces découvertes. Pour ne pas oublier que les éléments indispensables à la vie (l’eau, le sol, l’air, la lumière, la température) sont précieux et que sans eux, les Hommes ne sont rien ?! Un texte philosophique destiné aux jeunes lecteurs, non ?

Colette.- La focalisation intensive sur le personnage de Samaa donne un rythme très particulier à ce roman. Le rythme du récit m’a longtemps semblé s’étirer dans des longueurs incroyables, le fait que le texte ne soit pas chapitré a beaucoup joué sur cette impression de longueur, de lenteur. Mais en fait ce rythme là au final n’est-il pas un personnage à part entière du roman ?

Pépita.- Non, ce rythme de récit ne m’a pas perturbée, je pense que l’autrice a très vite pris le cap de la découverte de Samaa. Elles sont approfondies ces pages sur ces découvertes au fond de son trou comme un ré-apprentissage émouvant pour nous qui lisons ces lignes. Du coup, comme je disais plus haut, cela pour moi a occulté le reste. Je me suis focalisée là-dessus avec délice et appréhension mêlés.

#Céline.-Pour ma part, le rythme, sans chapitre, dans un souffle, m’a portée de bout en bout. J’ai trouvé que c’était très agréable. C’est assez rare cette façon de procéder. Et néanmoins, il y a quand même quelques pauses, qui permettent de reprendre notre souffle, à certains moments importants. Le rythme avec cette narration continue, c’est pour moi un point fort de ce livre !

Colette.-Revenons-donc à la dimension philosophique : je dirai en effet comme Claudia que l’on peut comparer ce roman à un conte philosophique, un conte philosophique sur le pouvoir des histoires. Samaa va changer radicalement le point de vue de son peuple sur les arbres grâce au récit de son expérience. Qu’en pensez-vous ? Cela me fait penser au texte de Nancy Huston sur ce qu’elle nomme “l’espèce fabulatrice”. Cette espèce, c’est nous, l’espèce humaine qui ne s’est construite en tant que société que depuis qu’elle sait raconter des histoires, ces histoires qui font que nous accordons de l’importance, de la valeur à ce qui n’en a pas intrinsèquement (par exemple : l’argent, simple bout de papier ou de métal). Ou inversement ce sont ces mêmes histoires qui peuvent nous ramener à l’essentiel, comme ici. Est-ce à cette portée là que vous pensiez ? A quoi vous a fait réfléchir ce livre ?

Claudia.-Je pense que la portée d’un texte comme celui-ci, est de nous ramener à l’essentiel. C’est une réflexion sur le monde mais aussi une manière de sensibiliser les plus jeunes. L’histoire vécue par Samaa me fait penser à un “livre sacré” que les futures générations pourraient lire et sur lequel elle s’appuierait pour comprendre les conséquences de la destruction de la nature et de l’environnement.

Pépita.-J’ai beaucoup aimé l’idée de commencer ce roman avec le LIVRE et de le terminer avec. Avec des rappels de sa présence par moments entre Samaa et son père. Au début très énigmatique, il prend tout son sens à la fin. Une belle mise en abyme car n’étions-nous pas dans la même situation nous lecteurs en ouvrant ce roman et en le terminant ? ll y a aussi dans cette histoire une dimension sur la transmission très forte, et le livre et son histoire en font partie comme effectivement quelque chose de l’ordre du sacré.

#Céline.- Je rejoins Pépita et Claudia sur la notion de transmission et de sensibilisation. Ici, ce texte nous renvoie à des problématiques actuelles, à notre manque de discernement dans les choix que l’on fait aujourd’hui sans tirer leçon des erreurs du passé. Ce roman nous invite à réfléchir sur nos actes, les conséquences pour demain. Il a une sorte de portée universelle transposable à bien des domaines et des sujets

Colette.-Chères Arbronautes, avez-vous des choses à rajouter ? Sur la personnification de la végétation ? Des petites bêtes ? Sur l’auteure ?

Pépita.-Ce que j’ai particulièrement aimé, c’est quand Samaa découvre la beauté et l’ingéniosité de la nature. C’est très beau et cela nous oblige nous aussi à regarder la nature avec plus d’attention. Y compris la plus petite des araignées ! Et combien j’ai suffoqué d’indignation quand sa tribu, qui la retrouve, détruit tout sans daigner l’écouter une seule seconde ! J’ai eu peur pour elle, j’ai été heureuse qu’on la retrouve mais le répit n’est que de courte durée. Cependant, la lecture du LIVRE à la fin donne une note d’espoir : tout ceci n’était pas vain. C’est vraiment un très beau livre.

Claudia.-Lorsque Samaa découvre et regarde minutieusement les petites bêtes, les pousses de l’arbre, l’eau qui coule… C’est pour moi, la représentation de l’innocence, de l’authenticité, de la beauté du monde à l’état pur.

#Céline.-Je dirais juste que quoi qu’elle écrive, Marie Pavlenko sait me toucher et bien souvent me faire pleurer… Honnêtement, ici aussi, elle a réussi à me faire verser quelques larmes…

Colette.-C’est un texte très particulier finalement, entre philosophie et poésie, à la croisée des chemins, comme nous le sommes peut-être aujourd’hui, à l’heure où le rapport entre l’humain et la nature (qui ne devraient pourtant pas être opposés) est tragiquement problématique. À l’heure où il nous faudrait collectivement changer radicalement de mode de vie. Guidé.e.s par la jeunesse qui ne cesse de nous montrer la voix, tous les vendredis, en faisant la grève pour le climat…

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Pour en savoir plus, vous pouvez lire l’avis de Pépita au cœur de son Méli-mélo de livres, celui de Céline sur HashtagCéline et celui de notre invitée parmi Les Lectures de Claudia.

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Et si vous aviez manqué notre sélection autour des problématiques écologiques ou que vous souhaitez poursuivre la transmission de ce questionnement aux jeunes lectrices et jeunes lecteurs autour de vous, n’hésitez pas à faire un tour par là : Et si on leur parlait écologie : 

 

Lecture commune : Ce que diraient nos pères

Ce que diraient nos pères, l’un des derniers romans de Pascal Ruter (Didier Jeunesse, 2019) est une chronique sociale sombre et saisissante. Ce roman nous dresse un portrait émouvant d’un adolescent confronté à une trop dure réalité. Avec une question qui nous tient tout au long de cette lecture : notre héros va-t-il trouver la force de ne pas sombrer complètement ?

Pépita, Alice et HashtagCéline ont été très touchées par ce texte et forcément, cela leur a donné envie d’en discuter par ici.

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Pépita : Ce que diraient nos pères : avant même d’ouvrir le roman, que vous a inspiré ce titre ? 

Alice : Ah ben tu vois, je crois que je ne me suis pas posée la question avant lecture. J’avais surtout envie de lire ce roman car je le voyais beaucoup circuler dans les revues professionnelles, sur des blogs littéraires…etc…
Maintenant que tu me poses la question, me viennent 3 mots : repère-transmission-intimiste.

Pépita : Je me suis demandée ce que pouvaient bien cacher ces mots et j’ai pensé de suite à la transmission. Et puis ce jaune vif sur le gris de la couverture, ça m’ a vraiment attirée. Comme une espèce de renaissance.

HashtagCéline : Bizarrement, j’ai un peu occulté cet aspect, pourtant très important. Je me suis plutôt interrogée sur la couverture assez sobre associé au nom de l’auteur. Après Dis au revoir à ton poisson rouge, je ne m’attendais pas forcément à autant d’austérité de sa part… Comme Alice, j’y ai réfléchi en refermant le livre… Avec le recul, je le trouve très fort et il correspond à l’esprit du roman. Il nous fait prendre conscience de la portée de nos actes.

Pépita : Tu parles à juste titre des conséquences de nos actes, et en effet c’est une thématique au cœur de ce roman : on s’essaye à un petit résumé sans trop en dévoiler ?

Alice : Ce roman, pour le lecteur, c’ est un mouvement, … comme les vagues sur la mer…. des moments lumineux, apaisants… et des moments de tensions , brutaux, on l’on a peur de la force de la vague qui va venir s’éclater sur un rocher. Antoine avance dans ce va et vient, essayant de trouver la paix intérieure tout en se laissant entraîner malgré lui dans un crescendo de délinquance par une bande d’ados.
Ce roman, c’est l’histoire d’un ado, hyper touchant, en perte de repère, enfoncé dans son mutisme qui va pourtant trouver la force et le courage de rebondir.

Pépita : Je te rejoins sur ton résumé : oui Antoine est hyper touchant, on s’attache à lui car on sent chez lui une fêlure, une révolte sourde, une envie même je dirais de ne pas se conformer aux autres mais il n’y arrive pas, il essaie, il lutte, et puis un jour le déclic.

HashtagCéline  : Attendiez-vous Pascal Ruter sur un tel registre?

Alice : Pascal Rutter est surprenant. Son ton est habituellement plus léger, plus humoristique. En proposant ici un roman”social”, je trouve qu’il a su faire évoluer son écriture. Elle est montée d’un cran. Intimiste, remplie d’émotions, douce, sensible, engagée, …. elle colle aux personnages et à l’histoire.

Pépita : Le registre de l’auteur ? je ne parlerais pas de registre en fait car déjà dans ses précédents romans, il a cette touche particulière qui touche à l’intime de ses personnages. Là je dirais qu’elle est concentrée sur un personnage. Ce qui a évolué je trouve, c’est cette écriture qui alterne description des paysages et émotions de ses personnages. Il l’avait déjà tenté dans son précédent roman Cut the line mais dans celui-ci , c’est encore plus incisif, plus visuel aussi. J’ai beaucoup aimé.

Pépita : Avez-vous eu peur pour Antoine ? Cette dérive dans la délinquance ? Finalement, elle lui a permis de “retrouver” son père non ? Et aussi d’avoir un déclic ?

Alice : Oui bien sur que j’ai eu peur, je me suis demandé jusqu’où irait ce désastre ! On lit bien la faiblesse d’Antoine et on tremble pour lui car on voit bien que cette délinquance ne lui ressemble pas et qu’il est utilisé.
Mais ce n’est pas toujours le plus fort qui triomphe. La volonté, le courage, la détermination, l’honnêteté sont bien plus honorables ! Et c’est ce que va nous démontrer Antoine dans toute sa maturité.

HashtagCéline : Je me suis beaucoup inquiétée durant cette lecture, projetant des peurs que j’ai au plus profond de moi. Comme celle d’être là au mauvais moment, avec les mauvaises personnes dans un état de faiblesse ou d’égarement et de faire une erreur irréparable, comme Antoine. Car, nous lecteurs, on sait qu’Antoine est ébranlé dans sa confiance en soi, en la vie. Et on sent qu’il est toujours entre deux : entre l’envie de tout stopper mais en même temps celle de braver les interdits. Alors, oui, j’ai tremblé pour Antoine, voyant que la situation prenait une tournure incontrôlable et voulant à tout prix qu’il s’en sorte.

Tu parles de déclic… C’est vrai qu’il faut parfois tomber pour pouvoir se relever et voir la vie différemment. C’est effectivement ce qui va se produire pour Antoine qui, finalement, l’a échappé belle.

HashtagCéline : Antoine se laisse entraîner par trois garçons : Arnaud, Stéphane et Gaëtan. S’ils poussent Antoine dans ses retranchements, pour eux aussi, la vie est loin d’être rose, non? 

Pépita : Oui c’est vrai que la vie n’est pas rose pour eux mais pour Antoine non plus à vrai dire. Je refusais qu’il les suive au départ, sans doute pour s’intégrer, pour se sentir vivant. Mine de rien, cela l’a rapproché de son père et de son engagement. Stéphane m’a beaucoup intriguée : une carapace et un rêve. Il m’a beaucoup touchée à sa façon et il a su emmener Antoine dans son absolu. Toujours cette adolescence à la limite pour tester ses limites. C’est fort dans ce roman à des degrés divers. Et puis il y a ce besoin de vengeance de ce garçon par amour pour sa mère, bouleversant.

HashtagCéline : Antoine a aussi un autre sujet de préoccupation, plus de son âge, plus saine… Lucia. Qu’avez-vous pensé de la relation entre Antoine et elle? 

Pépita : J’ai beaucoup aimé leur relation faite de silences, de timidité mais aussi d’engagement. Lucia illumine Antoine, le responsabilise, le fait devenir ce qu’il est vraiment. Ce qui lui manquait. Et si c’était ça aimer ?

Alice : Oui, je crois que c’est Lucia qui va guider Antoine vers plus d’apaisement. C’est une ado à la fois posée, réfléchie mais aussi décidée et engagée. Il y a quelque chose de doux et rassurant quand Antoine est à ses côtés. Une chouet’ fille !

HashtagCéline : Ce roman, au-delà de l’histoire d’Antoine, aborde un thème d’actualité. On en parle un peu, sans tout dévoiler…?

Pépita : Sans trop en dévoiler ? pas facile. Disons qu’Antoine va faire une rencontre décisive (en plus d’une autre mais là c’est encore un autre point !) dans un bunker. Lui qui se sent paumé va rencontrer un être humain arrivé par la mer. Son image va le hanter. Jusqu’à lui faire prendre conscience qu’il doit agir. En bien.Pour le sauver lui. Et lui-même aussi. Pour se sentir enfin à sa place. Vivant. Et renouer avec son père.

Alice : Oui difficile de ne pas trop en dire et en même temps, le point de vue abordé est intéressant. Sûrement parce qu’il n’y a rien des moralisateur et que notre ado est dans l’action, qu’il fait confiance à son bon sens et qu’il est très honorable.

HashtagCéline : Au final, que retiendrez-vous de Ce que diraient nos pères?

Pépita : Ce que j’en retiens, c’est que nos vies ne sont jamais linéaires, qu’elles sont façonnées par les épreuves et les personnes qu’on rencontre, c’est un peu bateau dis comme ça mais en fait, c’est ce que découvre Antoine de plein fouet. Ce que je retiens aussi c’est malgré tout l’espoir et la lumière qui restent dans cette histoire, à l’image de ce jaune de la couverture dans tout ce gris. Et enfin, ce si beau titre.

Alice :  J’en retiens aussi que l’adolescence est une période pleine de rebondissements, d’incertitudes, de dérapages faciles, de réflexions… un moment de quête qui peut aussi être rempli d’engagement et d’humanité.

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Découvrez les avis de Pépita et de HashtagCéline sur leurs blogs respectifs.

Lecture commune : Milly Vodovic

En ce dernier lundi de l’année 2019, nous vous proposons de découvrir notre lecture commune de Milly Vodovic, de Nastasia Rugani, aux éditions MeMo.

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Yoko Lulu : Qu’avez-vous pensé de l’héroïne, Milly Vodovic ? Avez-vous ressenti de l’affection envers elle ?

Pépita : J’ai de suite aimé ce petit bout de femme plein d’énergie, à la détermination sans faille et à l’imaginaire foisonnant. Une sorte de Peter Pan pour moi. Je me suis dit qu’un bouclier la protégeait, que rien ne pouvait lui arriver. Pourtant, sa souffrance est immense. Son environnement hostile, le poids de l’Histoire sur sa famille énorme, tout concourt à la faire vaciller. La première scène du roman met tout de suite le lecteur dans le bain quant à sa volonté, sa vision de la vie, son attachement viscéral à son frère.
En même temps, j’ai eu envie de la protéger, tant parfois j’ai eu peur pour elle.

Yoko Lulu : Moi je l’ai immédiatement trouvée étrange. Les coccinelles, son histoire personnelle qu’elle tentait au début de nous cacher… Tout cela sonnait bizarrement. Néanmoins je me l’imaginais petite, pleine d’énergie et débordant d’amour… Je me suis assez vite attachée à elle, bien que je n’arrive pas toujours à la suivre.

Colette : Milly c’est un brasier vivant dans le corps d’une enfant. L’étreindre serait l’étouffer. C’est une héroïne qui dès le départ est placée sous le signe de l’ambiguïté. Et cette ambiguïté, on la retrouve à chaque page, à chaque ligne tout au long du roman, si bien que l’on ne sait jamais vraiment où se placer en tant que lectrice.

Isabelle : Comme vous, j’ai été touchée par Milly. Elle est à la lisière de l’adolescence, mais elle a une part d’innocence et de témérité que ne peuvent avoir que les enfants. J’ai été attendrie aussi par son côté sauvage, la fierté qu’elle conserve, en dépit des discriminations dont sa famille fait l’objet.

Yoko Lulu : Petit à petit des coccinelles recouvrent la ville. Comment les voyez-vous ?

Yoko Lulu : Pour moi elles sont annonciatrices de mauvaises nouvelles et sont la métaphore de gouttes de sang. Elles signifient que la ville va être envahie par le chaos et la violence.

Pépita : Je les ai plutôt vues dans leur fonction : mangeuses de nuisibles ! Mais aussi comme un rappel que la nature, même en minuscule, est présente malgré la folie des hommes. Milly n’en a pas peur, elle semble être la seule à les voir. Elles ne sont pas menaçantes. Elle apparaissent quand Milly doute, rêve éveillée, quand sa solitude est immense. Ce sont des compagnes pour elle qui lui montrent le chemin à suivre, comme les cailloux du Petit Poucet.

Colette : Ces coccinelles m’ont rappelé un passage de la Bible : les 10 plaies d’Égypte, notamment l’arrivée des sauterelles qui envahissent toute la surface de la terre. Un symbole plutôt dévastateur qui participe de l’écriture symbolique de ce roman.

Isabelle : Oui, ces coccinelles sont troublantes. Je me suis demandé plusieurs fois à la lecture du roman si elles existaient ou si elles étaient le fruit de l’imagination débordante de Milly. Leur nom vient du latin coccinus qui signifie “écarlate”, et comme Yoko Lulu, j’ai d’abord pensé à la couleur rouge du sang et pressenti un drame. Puis je me suis souvenue que certaines légendes prétendent que les coccinelles sont des porte-bonheur, sans toutefois oser complètement croire à un dénouement heureux…

Pépita : Beaucoup de personnages gravitent autour de Milly : sa famille, notamment son frère, des voisins, des jeunes garçons, avec une violence latente. Et beaucoup d’ambiguïté : comment l’avez-vous perçu ?

Colette : Je me souviens surtout de son grand-père si sensible et protecteur, si fragile aussi de par tout ce qu’il sait et sent. De par ce passé, cet ailleurs qui l’habite, qu’il porte en lui et transmet malgré tout.

Yoko Lulu : La violence de Swan Cooper m’a d’abord dérangée, elle me mettait mal à l’aise. Puis on commence à comprendre que ce personnage est bien plus complexe et qu’une certaine tendresse réside en lui, dont il a honte et qu’il cache derrière les coups qu’il donne.

Isabelle : Ce que tu dis, Pépita, est très juste. Les personnages sont nombreux et incarnent une fresque de la société multiculturelle américaine : les membres des différentes générations d’une famille immigrée, les rednecks, l’écrivaine qui tente de s’abstraire de la misère environnante par l’écriture, la bibliothécaire qui encourage le frère de Milly à étudier… Comme tu le dis, tous sont plein d’ambivalences et travaillés par leurs contradictions. Milly évolue sur une ligne de crête entre enfance et adolescence, entre une réalité insoutenable et un imaginaire ouvrant son horizon. Toute sa famille est tiraillée entre faire profil bas, courber l’échine, s’efforcer de s’extraire de son milieu social ou, au contraire, s’affirmer en assumant ce milieu. Swan Cooper n’exprime pas ses souffrances, mais s’abandonne à la violence. Les personnages les plus racistes, eux-mêmes, se laissent attendrir par Milly et invoquent clichés et phrases toutes faites comme des incantations pour se convaincre que les immigrés comme les Vodovic se réduisent à de la « vermine ». J’ai trouvé ces portraits très réussis. Ils incarnent de façon saisissante une Amérique consumée par les clivages sociaux et raciaux.

Pépita : Personnellement, je me suis sentie en apesanteur à cette lecture : est-ce votre cas aussi ? 

Colette : En apesanteur ne serait pas le mot pour moi, à aucun moment je n’ai ressenti de légèreté, ce n’est pas une lecture qui rend enthousiaste, au contraire toute la violence des rapports humains mise en scène dans ce roman je la prenais de plein fouet, comme étouffée par ces liens qui se resserrent autour de morts inévitables.

Yoko Lulu : L’atmosphère était étrange, mais comme Colette, je trouve que ce roman était parfois plombant. Je me sentais plus dans une sorte de rêve, qui oscillait vers un cauchemar.

Isabelle : Je comprends ce que tu veux dire par « apesanteur ». Il y a une sorte de flottement entre fiction, imaginaire et réalité – mais aussi dans les marges définies par les points de vues des différents personnages. J’ai eu souvent l’impression de perdre pied, décontenancée par ces différents niveaux et par des déplacements abrupts dans l’espace et le temps. Mais j’ai trouvé que cela valait mille fois le coup de relire ce texte, ce que je fais rarement. On retrouve alors mieux ses repères.

Pépita : Isabelle, je te rejoins sur ce point, j’ai aimé être bousculée par cette lecture, cueillie littéralement par son foisonnement intellectuel et sociétal. Effectivement, c’est un texte qui mériterait une relecture et aussi des clés historiques. Mais comme tu le dis, c’est la force de la fiction que de s’affranchir de tout cela et de donner à rencontrer des personnages si forts. C’est ce que je retiens avant tout de ce roman.

Pépita : Cette écriture flamboyante, à l’image de la couverture, vous a-t-elle transportée, déroutée ?

Colette : J’ai souvent été complètement perdue par les méandres de l’écriture de l’auteure. Il y avait à chaque page quelque chose de surréaliste dans le sens poétique et littéraire du terme.

Isabelle : J’ai été époustouflée par l’écriture de Nastasia Rugani. Je l’ai trouvée densément évocatrice, à la fois percutante et étrangement lumineuse.

Pépita : Qu’avez-vous pensé de cette fin ? Une sacrée mise en abyme ! 

Isabelle : J’ai adoré la fin, vertigineuse, qui nous prend une dernière fois magistralement de court en changeant brutalement de perspective (même si en relisant, j’ai remarqué qu’il y avait en fait de nombreux indices). Qui écrit finalement ? Nastasia Rugani, elle-même, ou la femme écrivain qui fait partie intégrante de l’histoire ? C’est très perturbant, mais j’ai pris cette fin comme un message d’espoir. La création littéraire pourrait bien avoir le dessus sur le choc des antagonismes sociaux, puisqu’en littérature, tout est possible – peut-être même de faire revenir les morts à la vie !

Pépita : Moi la fin m’a déstabilisée, je n’ai rien vu venir sur le coup si absorbée par la force des mots. J’ai presque été en “colère” puis j’ai compris et en comprenant , je me suis dit waouh ! ça c’est un Roman, avec un grand R.

Yoko Lulu : La fin m’a beaucoup déstabilisée aussi, mais je suis d’accord avec Isabelle, elle apporte une touche d’optimisme et n’est pas si surprenante que ça quand on prend en compte l’univers étrange dans lequel on est plongé depuis le début.

Isabelle : Il m’a vraiment évoqué de très beaux romans sociaux américains, comme ceux de Jesmyn Ward par exemple, qui ne s’adressent pas du tout à un public jeunesse, d’ailleurs. Je me suis posé la question, à ce titre. À qui auriez-vous envie de faire découvrir Milly ?

Pépita : J’avoue que c’est resté très intimiste pour moi, ou alors je l’ai partagé avec des bons lecteurs.tices, comme vous ! Je ne travaille plus en lien direct avec des ados mais je me réjouis qu’on puisse éditer de tels textes pour les ados ! Dans ma nouvelle médiathèque, la part belle sera faite à ce type de textes, je les ai lus, je pourrais en parler et convaincre de les lire. Aux adultes aussi (et surtout). C’est toute une ambiguïté que tu soulèves là Isabelle concernant ces textes d’une force inouïe. En les lisant, on a envie de les mettre entre toutes les mains. Mais on se heurte à un tas de freins. Mais peut-être qu’on se les met soi-même finalement. Je me dis toujours qu’on devrait lire plus de textes à haute voix, là, tout se débloque, la parole touche et emporte, je l’ai constaté mille fois.

Isabelle : Si vous deviez résumer ce roman en un seul mot, quel serait-il ?

Yoko Lulu : Pour moi ce serait “trompe l’œil”, comme un monde fantasmagorique auquel on voudrait nous faire croire.

Pépita : Un mot ? je dirais ENFANCE. Parce que Milly l’incarne merveilleusement.

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Par la diversité de nos points de vue, nous espérons vous donner envie de lire ou relire ce roman.