Nos coups de cœur de septembre

Cette rubrique mensuelle nous rappelle à chaque fois combien le temps passe !

Nous avons lu en septembre, malgré nos obligations de la rentrée, le tri des photos des vacances d’été, la rentrée littéraire et mille autres occupations.

Et voici ce que nous avons aimé et que nous partageons avec vous !

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Difficile pour Méli-Mélo de livres de choisir : Pépita a tout aimé ! Alors tant pis, je mets tout… Pour lire les chroniques, c’est LA.

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Très difficile aussi ce mois-ci de désigner un seul coup de cœur sur l’île aux trésors ! Isabelle et ses garçons ont voyagé loin, très loin, grâce à la belle plume de Nathalie Bernard. Son dernier roman, Le dernier sur la plaine, paru fin août 2019 aux éditions Thierry Magnier, nous plonge au cœur de l’histoire des amérindiens des grandes plaines, avec pour fil rouge la vie incroyable du dernier chef Comanche. Magnifique. Son avis

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Sophie a vibré au côté de Abi en vivant avec elle ses épreuves. Après un accident de voiture, la jeune fille est amputée d’un bras. Elle doit réapprendre à vivre, à faire les gestes du quotidien et à redonner du sens à son existence pour se recréer un avenir.
Un si petit oiseau est un superbe roman de Marie Pavlenko qui nous fait passer par toutes les émotions !

Son avis

L’avis de Pépita

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Alice a été bouleversée par a rencontre avec Joseph, jeune ado, malmené, mal aimé.. et a vécu tant d’émotion à la lecture de son histoire !

Gary D . Schmidt, un auteur décidément incontournable….

L’avis de Pépita

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Adèle et Solectrice ont frémi de bonheur en suivant la cavale de Victor et Yazel, un cambrioleur qui veut échapper à l’emprise de son père et une adolescente sourde amatrice de haïkus. Deux êtres qui se côtoient avec douceur et nous invitent à observer ce qui nous entoure en coupant le son.

L’avis de Pépita. Le nôtre reste à venir.

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HashtagCéline a retrouvé avec une immense joie Séverine Vidal avec un nouveau roman d’une intensité extraordinaire pour une histoire de mères, de filles et de drames. Un beau moment de lecture et un coup de coeur énorme. Pour lire son avis c’est ICI.

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Bouma a craqué pour une jolie bande-dessinée : L’écorce des choses de Cécile Bidault chez Warum Éditions. Avec douceur et empathie, l’autrice nous invite dans le quotidien d’une jeune sourde à une époque où il lui était interdit de signer.

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Aurélie partage un coup de coeur adulte mais accessible aux ados. En effet, dans le cadre professionnel elle a eu le plaisir de rencontrer l’auteure Hélène Frédérick et son dernier roman “La nuit sauve” chez Verticales. L’écrivaine nous plonge dans son Québec natal en 1988. Une nuit où nous sommes plongés dans la tête de trois ados lors d’une fête : peur de grandir, mal-être,séduction tous les éléments sont là pour nous tenir en haleine. A cela, une quatrième voix qui nous devance (tel un choeur) qui nous laisse présager une catastrophe…

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Et maintenant, quelles pépites allons nous découvrir durant ce mois d’octobre…

Les coups de coeur de l’été

L’été est déjà terminé… Les vacances ont permis de souffler et de profiter de ce repos bien mérité.

Et par ici, bien installés A L’Ombre Du Grand Arbre, vous avez pu découvrir les traditionnels billets d’été.

Pour ceux et celles qui seraient passés à côté, voici une petite session de rattrapage qui vous permettra de retrouver nos sélections toutes différentes mais pleines de bonnes idées !

  • Dans le baluchon des élèves d’Ada (Colette)
  • Dans la valise de la soeur de Yokolulu (Yokolulu)
  • Cinq albums échos aux petits plaisirs de l’été (Solectrice)
  • Des réserves d’imagination dans le colis d’Anouk (Isabelle)
  • Et pourquoi pas des BD dans le fond de la valise ? (Bouma)
  • Dans le sac à dos des enfants d’Aurélie sur la route des vacances (Aurélie)
  • Dans la valise de mes nouveaux collègues (Pépita)
  • 5 ans de lecture pour Morgan (Sophie)
  • Dans le petit sac de livres d’Ernestine (HashtagCéline)

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Et voici nos coups de cœur de l’été !

Pour HashtagCéline, c’est Louisiana de Kate DiCamillo paru chez Didier Jeunesse qui a mis un peu plus de soleil dans ses vacances. Son avis ICI.

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Pour MéLI-MéLO de livres, c’est une trilogie déjà devenue un classique de 1115 pages qui a enthousiasmé l’été de Pépita et lui a donné très fort à-propos une couleur d’À la croisée des mondes de Philip Pullman chez Gallimard jeunesse. Son avis ICI.

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Le road-trip d’Ada, la collectionneuse de papillons, a été bercé par les témoignages riches et enthousiasmants des auteur.e.s jeunesse qui ont livré leurs secrets de créatrices et de créateurs sur Histoires de jeunesse, un podcast initié par l’éditeur Bayard. Vous y retrouverez Anne-Laure Bondoux, Marie-Aude Murail, Murielle Szac, Jean-Claude Mourlevat, Clémentine Beauvais, Marie Desplechin, Antoine Dole, et Timothée de Fombelle. Ouvrez-grand vos oreilles !

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Pour Alice, qui a attendu dans les aéroports, c’est la liberté de vivre de Victor et Yazel qui lui a offert un bon moment de lecture.

Nos mains en l’air de Colline Pierré, Éditions du Rouergue

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Chez Bouma et son Petit Bout de Bib(liothèque), c’est Iskari T.1 de Kristen Ciccarelli (chez Gallimard jeunesse) qui est venue enchanter ses journées ensoleillées. On y suit une chasseuse de dragons pas comme les autres dans une aventure fantasy sous fond d’intrigue politique, familiale et romantique. A ne rater sous aucun prétexte !

Son avis ICI.

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Aurélie n’a pas beaucoup lu cet été malgré le contenu de sa PAL, pourtant à la fin de l’été, elle a eu la bonne surprise de découvrir “Surf” de Frédéric Boudet chez Mémo dans la collection Polynie. L’histoire touchante d’Adam sur fonds de d’abandon paternel, de deuil et quête de soi. Une bonne lecture pour les ados et les adultes.

Son avis et celui d’Isabelle

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Yoko Lulu a lu plein de pépites durant ses vacances, et c’était dur de trouver un préféré ! Le livre qu’elle a choisi est Gipsy Book de Sophie de Mullenheim. Un superbe livre qui parle d’un autre livre, mais aussi de l’engagement de Claire dans une association humanitaire et de Raphaël et Pablo qui tentent de survivre dans un des plus grands bidonvilles du Mexique. Touchant et prenant, Yoko Lulu n’a pas réussi à le lâcher avant de l’avoir fini et vous le recommande chaudement !

Son avis.

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Sophie a aimé partagé le quotidien de Grace et Tippi, deux sœurs siamoises qui font leurs premiers pas au lycée sous le regard des autres. Tendresse, amitié, amour, peur, ce roman en vers libre nous fait vivre les émotions de Grace, la narratrice au point qu’on oublie parfois que sa sœur est juste là aussi.

Son avis

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Enfin, Solectrice, qui avait emporté pas mal de romans dans ses bagages a fondu devant La théorie de l’iceberg de Christopher Bouix Chez Gallimard. Pas seulement parce qu’il se déroule le temps d’un été, ni parce que l’on est au bord de la mer, mais parce qu’on plonge dans des univers insolites et que l’on voit comment des rencontres peuvent changer une vie.

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Isabelle a profité de l’été pour se lancer dans de longues lectures à voix haute avec ses garçons. Leur coup de cœur collectif va probablement au premier roman de Flore Vesco qui leur en a fait voir de toutes les couleurs, dans un décor moyenâgeux ébouriffant !

Son avis.

 

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Vous avez sûrement glané de quoi prolonger l’été avec nos coups de cœur… Alors profitez-en bien et abordez la rentrée avec légèreté.

Sélection thématique : Les secrets

Après la lecture commune de l’Arrêt du coeur, les blogueuses d’À l’ombre du grand arbre ont remarqué que le secret concernait beaucoup de lectures de leurs bibliothèques. Elles vous en proposent quelques-unes cette semaine.

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La forêt s’agite. Renarde a un secret, qu’elle décide de partager. Les animaux se le transmette d’oreille en oreille jusqu’à ce que ça n’en soit plus un ! Un livre tendre sur la naissance.

Le secret, Emile Vast. Editions Mémo. 2015

Les avis d’Alice et Aurélie.

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Un secret sur fond de colonialisme.

Tous les oiseaux savent. Claire Mazard. Oskar jeunesse. 2017

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L’histoire d’un garçon particulièrement secret, à la recherche de ses origines…

Vango. Timothée de Fombelle.Folio Junior. 2010

Les avis d’Isabelle et de Bouma

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Un roman à huis clos où une mère embarque sa fille dans une cabane au fond des bois et se dévoile le temps d’une nuit.

L’aube sera grandiose. Anne-Laure Bondoux. Gallimard jeunesse. 2017

Les avis de Pépita, SophieHashtag Céline et Aurélie et notre lecture commune.

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Une BD touchante et un secret omniprésent…

Ma maman est en Amérique, elle a rencontré Buffalo Bill. Jean Regnaud et Emile Bravo. Gallimard. 2007.

Les avis de Bouma et de Sophie.

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Un jeu de piste à découvrir pour percer à jour le secret d’une maison singulière !

Volubilis. Max Ducos. Sarbacane. 2006

Les avis d’Isabelle et de Sophie

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Une série BD.

Les carnets de Cerise. Joris Chamblain et Aurélie Neyret . Soleil. 2012. 

Les avis de Bouma et Solectrice.

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Un album mettant en scène un loup qui doit affronter tous les préjugés sur son espèce. Mais grâce à la pureté d’un petit garçon, il a désormais un secret.

Le secret du loup. Florian Pigé et Morgane de Cadier. Hong Fei éditions. 2017

Les avis de Sophie, Chlop et Aurélie.

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Une petite souris trouve un trésor (une pomme) et souhaite le garder secret, elle l’enterre. Mais la nature va vite se dévoiler.

Le secret. Eric Battut. Didier Jeunesse. 2004.

L’avis de Chlop.

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L’histoire d’une jeune fille qui enquête sur la mort mystérieuse de ses parents.

Un si terrible secret. Evelyne Brisou-Pellen. Rageot.  1997 (réédition 2017)

L’avis de Yoko Lulu

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Un roman avec des énigmes à résoudre.

Le secret du grand-oncle Arthur . Véronique Delamarre-Bellego. Oskar Jeunesse. 2012

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Quand une inconnue fait voler ta famille en éclats

Comme une envie de voir la mer. Anne Loyer. Alice éditions. 2015

Les avis de Pépita, Bouma et Alice

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Un livre d’art.

L’arbre de Sobo. Marie Sellier et Charlotte Gastaut .Réunion des Musées Nationaux. 2018

L’avis de Pépita

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Un secret en plein cœur de la première guerre mondiale.

Capitaine Rosalie. Timothée de Fombelle et Isabelle Arsenault. Gallimard. 2018

Les avis de Pépita, Hashtag Céline et Sophie. Lecture en duo à lire sur le blog.

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Un splendide album écologique et un secret qui fait peur à tous, sauf à la petite Erine qui est bien décidée à le percer à jour…

Le secret du rocher noir. Joe Todd-Stanton. L’Ecole des loisirs. 2018

Les avis de Pépita, Isabelle et Sophie.

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Les non-dits familiaux (dont l’anorexie) dans le contexte de la deuxième guerre mondiale.

Sobibor. Jean Molla. Gallimard. 2003

Mémoire en eaux troubles, de Joëlle Van Hee. Éditions du Jasmin. 2017

L’avis d’Isabelle

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Des romans adultes à mettre dans les mains de nos ados :

Rien ne s’oppose à la nuit. Delphine de Vigan. J-C Lattès.2011

Un secret. Grimbert Philippe. Grasset. 2007

Nous espérons que tous ces secrets vous auront inspirés…

 

 

 
 
 
 
 

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Lecture commune : Les amours d’un fantôme en temps de guerre de Nicolas de Crécy

Le 16 octobre dernier, Les amours d’un fantôme en temps de guerre de Nicolas de Crécy recevait le Prix Vendredi, devenant ainsi le deuxième lauréat (Anne-Laure Bondoux avait été la première avec son roman L’aube sera grandiose).

Présenté comme le « Goncourt de la littérature jeunesse, et nommé ainsi en référence à Michel Tournier, ce prix récompense “un ouvrage francophone, destiné aux plus de 13 ans”.

Un livre qui reçoit un prix littéraire suscite toujours la curiosité et fait souvent débat.

A l’ombre du grand arbre, nous sommes curieuses et nous aimons débattre. De fait, nous avons décidé de faire une lecture commune autour de ce roman atypique…

Les amours d’un fantôme en temps de guerre

de Nicolas de Crécy (Albin Michel 2018)

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Hashtagcéline : J’avoue que j’étais passée un peu à côté de ce roman lors de sa sortie. Le fait qu’il reçoive le Prix Vendredi m’a incitée à me pencher sur le cas de ce fantôme. Et pour vous, c’était quoi le déclic? Le prix? Le bouche à oreille? L’auteur? Les illustrations?

Sophie : Comme toi, je ne l’avais pas vu passer à sa sortie. C’est au moment de sa sélection au Prix Vendredi que je l’ai découvert et que je l’ai lu un peu après. J’avais surtout envie de le découvrir pour voir comment était fait ce roman très illustré et la place qui était vraiment laissée à l’image

Pépita : Tout pareil, c’est le Prix Vendredi qui me l’a mis en lumière. J’étais intriguée par la forme, envie d’aller voir cette articulation texte/images dans un roman qui plus est pas vraiment estampillé jeunesse. Aucune idée non plus de l’auteur que je ne connaissais pas. Bref, de quoi susciter ma curiosité de lectrice !

Isabelle : De mon côté, je dois admettre que je n’avais pas repéré du tout ce livre. Comme de plus en plus souvent, c’est vous qui avez attiré mon attention – notamment quand j’ai lu la critique de Sophie ! Après avoir vu qu’il s’agissait d’histoire et de politique, ma curiosité a été piquée. J’ai évidemment saisi la première occasion de le feuilleter en librairie et j’ai eu immédiatement un coup de cœur pour les illustrations !

Hashtagcéline : Justement, parlons-en de ces illustrations… Nombreuses, presque à chaque double page, elles occupent une place très importante dans le roman. Pour ma part, c’est ce qui fait l’attrait principal de ce livre mais aussi son originalité. Qu’en est-il pour vous? Qu’avez-vous ressenti ? Selon vous qu’apportent-elles au roman?

Pépita :Je suis tout à fait de ton avis. Elles apportent un réel plus et sont très bien intégrées dans la narration, sans percuter les propres images du lecteur. Il y en a de très touchantes, d’autres terribles. Elles ont une belle unité de tons et d’atmosphère.
De ce point de vue, une réussite !

Isabelle : D’accord avec vous ! L’atmosphère est très particulière, empreinte de mélancolie et pleine de contrastes entre ombre et lumière, entre la douceur de l’entourage du petit fantôme, la beauté des paysages et l’horreur de la guerre. Ce sont de vrais tableaux et c’est assez incroyable d’avoir pu atteindre une telle qualité dans le cadre d’un ouvrage aussi long… Et elles sont bien pensées, prolongent le récit, voire prennent carrément le relais sur le texte. C’est probablement le principal point fort de ce livre.

Bouma : Les illustrations sont vraiment magnifiques. Elles attirent tout de suite le regard avec ce trait crayonné incisif mélangé à des couleurs très surannées. Je vous rejoins donc sur cette atmosphère particulière qui s’en dégage. Après j’avoue m’être demandée tout au long de ma lecture si elles avaient précédé l’écriture du texte, si c’était l’inverse ou si l’auteur avait construit les deux en parallèle. Ça ne change rien à leur qualité mais ça me trotte encore dans la tête.

Hashtagcéline :Ce roman nous plonge dans un univers où les fantômes existent et vivent parmi nous. Malgré le caractère en soi surnaturel de la chose, j’avoue que parfois, j’y ai trouvé quelques incohérences et j’ai eu quelques difficultés à complètement adhérer. Et vous? Comment l’avez-vous ressenti ? Avez-vous aimé évoluer dans ce monde spectral?

Sophie : Au contraire, j’ai totalement adhéré à l’univers. Il est vrai que je me souviens d’un moment où j’ai trouvé que le lien entre l’univers des humains et celui des fantômes manquait de logique mais ça ne m’a pas empêché d’apprécier l’histoire. Ce que j’ai préféré, c’est ce passage au musée où un personnage raconte au héros que l’on peut clairement voir la présence de fantômes dans l’œuvre artistique de certains humains. J’aime bien cette idée que des mondes parallèles puisse croiser notre univers à nos dépends, qu’il y a quelque chose qui existe qui va plus loin que ce que voient nos yeux.

Bouma : Dans ce roman, le surnaturel apparaît pour moi comme un écho des problèmes du monde ; c’est d’ailleurs ainsi que l’explique le héros fantomatique. J’avoue donc ne pas m’être réellement attachée à cette caractéristique du récit mais plutôt aux aspects historiques. La figure du fantôme “résistant” allait de soi puisqu’il devait rester caché et ne pas apparaître aux yeux des humains comme des fantômes acides.

Pépita : J’ai été séduite au départ par la forme du récit mais j’avoue que j’ai trouvé que la narration manquait de pep’s assez rapidement. Et puis si j’ai bien saisi les allusions au monde des humains, j’ai comme toi été gênée par les incohérences. Comme les fantômes qui survolent, j’ai trouvé certains aspects pas assez profonds dans le développement et je me suis parfois perdue, voire j’ai été un peu agacée par les redites dans les ressorts de l’intrigue. On finit par tourner un peu en rond.

Bouma : Ça je suis d’accord avec toi Pépita, même si j’ai moins été gênée que toi par ces incohérences, j’ai trouvé certaines longueurs au récit… puisque le fantôme semble toujours revenir à son point de départ (au sens figuré).

Isabelle : Je vous rejoins complètement là-dessus. C’est curieux d’ailleurs, car les thématiques du roman (qu’il s’agisse de la période historique, des idéologies haineuses, des liens familiaux ou de l’adolescence) me tiennent toutes vraiment à cœur et j’ai trouvé l’écriture très belle. Et pourtant, j’ai eu énormément de mal à entrer dans cette histoire. Est-ce lié à la mise à distance du fait de l’inscription dans le monde des fantômes qui m’aurait empêchée de m’identifier pleinement ? Je pense plutôt que cela vient de la trame narrative qui m’a semblé un peu flottante, sans mauvais jeu de mot ! On voit bien qu’il s’agit de la montée du fascisme et il y a des enjeux autour de la capacité des fantômes à résister, mais au niveau individuel de notre petit fantôme, on a souvent l’impression qu’il erre dans ce monde dévasté sans savoir ce qu’il cherche et ce qu’il est censé trouver, puisque l’on comprend dès le départ qu’il ne retrouvera pas sa famille.

Hashtagcéline :Dans ce roman, le titre l’annonce : “Les amours d’un fantôme en temps de guerre” Qu’en pensez-vous ? Vous semble-t-il pertinent à la lumière de votre lecture ? Qu’est-ce qui pour vous fait l’essence de ce roman : l’amour ou la guerre (ou les deux) ? Et lequel de ces deux aspects vous a le plus touché/intéressé?

Bouma : C’est un peu la conclusion de mon billet sur ce roman, ta question. Je n’ai pas compris le titre et ai attendu longtemps les amours de ce fantôme… Je trouve que la guerre, et donc l’aspect historique dont je parlais précédemment, sont vraiment au centre du roman. La question sentimentale est vraiment subsidiaire, à tel point que je ne m’en rappelle plus grand chose.

Isabelle : Là encore, je suis complètement d’accord avec vous. Je n’y ai pas réfléchi sur le moment, mais en lisant le billet de Bouma, je me suis dit que ce titre était effectivement curieux. Il est, certes, question de la disparition des parents du fantôme qu’il aime sincèrement, puis d’une jeune fantôme qui l’accompagne un moment et dont il s’éprend, puis d’une jeune humaine dont le lecteur aura sans doute entendu parler. Mais cette dimension sentimentale n’est pas creusée et n’est pas vraiment articulée à l’intrigue. Il me semble que le roman n’aurait pas été vraiment différent sans ces émois du protagoniste…

Sophie : Je vous rejoins également puisque j’ai aussi été surprise de la présence très secondaire de l’amour dans l’histoire. Comme le dit Isabelle, il y a un amour familial, une ébauche de premier amour mais rien qui ne justifie ne le titre. J’aurais plus vu “Les aventures d’un fantôme en tant de guerre”.

Hashtagcéline :Ce roman est paru chez Albin Michel tout court, sans la mention “jeunesse”. Sur le site de l’éditeur, il le conseille “Pour les jeunes lecteurs comme pour les adultes (à partir de 13 ans)”. Qu’en pensez-vous?

Isabelle : Je suis contente que tu poses cette question, Céline, car c’est effectivement loin d’être évident… Il me semble que l’univers fantomatique est assez enfantin, cela m’intéresserait de savoir si cela parle à des ados ou des jeunes adultes. En même temps, il y a des passages vraiment ardus pour des lecteurs trop jeunes, non ? Je pense par exemple aux réflexions métaphysiques du fantôme du musée, que j’ai dû moi-même relire plusieurs fois avant de les comprendre… Et les références historiques ne pourront être pleinement saisies que par celles et ceux qui auront déjà étudié l’histoire du 20ème siècle. Je ne saurais donc pas bien à qui destiner ce roman. Et vous?

Pépita : J’ai le même ressenti. Il joue sur plusieurs cibles de public et ce positionnement est loin d’être pertinent dans la mesure où effectivement il faut des clés de compréhension. Il semblerait-et cela rejoint nos réponses aux questions précédentes-que la narration qui s’effiloche au fur et à mesure donne une apparente simplicité alors qu’il n’en est rien. Le titre aussi. Est-ce la forme qui a conduit l’éditeur à faire ce choix ? Je ne peux me résoudre que ce soit sur le fond tout de même…Il serait intéressant d’avoir son retour je trouve. Car bibliothécaire jeunesse je suis et j’aurais bien du mal à le conseiller à de jeunes lecteurs. A partir de 13 ans, pourquoi pas mais encore faut-il être bon lecteur car moi aussi, comme toi Isabelle, je me suis parfois perdue.

Bouma : Effectivement, je suis d’accord avec vous. Il faut vraiment avoir étudié ce contexte historique pour comprendre certaines références de l’histoire. D’un autre côté, je trouve que la forme, avec les illustrations, peut “refroidir” certains adultes qui y verraient un côté enfantin (alors que pas du tout). Pour moi c’est un peu un OLNI qui doit vraiment être conseillé pour trouver son lectorat.

Sophie : Je l’ai vraiment lu avec l’idée qu’il se destinait plus aux ados, à partir de 13 ans me semble bien. Pour moi ce n’est pas complètement gênant s’ils n’ont pas toutes les références nécessaires. Peut-être seront-ils amenés à repenser à ce livre le jour où ces références se présenteront à eux.

Hashtagcéline :Face à La tête sous l’eau d’Olivier Adam (Robert Laffont), Brexit romance de Clémentine Beauvais (Sarbacane), Pâquerette, une histoire de pirates de Gaston Boyer (Gallimard Jeunesse), Rester debout de Fabrice Colin (Albin Michel), Un mois à l’ouest de Claudine Desmarteau (Thierry Magnier), Trois filles en colère d’Isabelle Pandazopoulos (Gallimard Jeunesse), et Pëppo de Séverine Vidal (Bayard), ce roman a reçu cette année le Prix Vendredi 2018. Vous en pensez quoi?

Sophie : En fait, j’étais un peu partagé à l’annonce du résultat. D’un côté, je trouve intéressant de mettre en avant un livre qui sort du lot principalement par sa forme illustrée. Mais en même temps, je trouve dommage que ce ne soit pas un livre plus représentatif de la littérature ado du moment.

Pépita : Tout comme Sophie, je suis partagée sur la cible de ce roman. Je pense que ce qui a séduit, c’est la forme originale. Mais c’est vrai que cela brouille sur le positionnement littérature ado.

Isabelle : De mon côté, j’ai réagi à l’annonce du prix avec beaucoup de curiosité puisque je ne connaissais pas encore ce roman. Je n’ai pas lu l’ensemble de la sélection, mais les livres que j’ai eu l’occasion de lire sont tous des coups de cœur, chacun à leur manière. On peut toujours penser que d’autres romans auraient mérité d’être distingués mais in fine, ce type de prix répond aussi à une sensibilité particulière : selon quels critères comparer des romans si différents les uns des autres ? J’aurais été intéressée de lire un argumentaire du jury, de connaître les raisons qui l’ont fait pencher pour ce roman-là. En tout cas, je partage un sentiment d”urgence d’entretenir la mémoire du 20ème siècle et beaucoup d’admiration pour les illustrations et le côté original !

 

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Retrouvez nos avis à propos de ce roman sur nos blogs :

Souvenirs


Avant de changer d’année, des souvenirs pleins la tête, explorons quelques lectures qui nous ramènent en arrière. Voilà un thème qui traverse de nombreuses fictions jeunesse, qu’il soit seulement évoqué ou au centre de l’histoire. Entre réminiscences familiales et moments durs à digérer, ces fenêtres ouvertes sur le passé nous touchent souvent.

 

Dans Le Tiroir à histoires

June et Jo – les souvenirs de Séverine Vidal et Amélie Graux

La maison en petits cubes de Kunio Katô et Kenya Hirata

 

Lire les avis de Bouma, Sophie et de Pépita.

 

Bouche Cousue de Marion Muller-Collard

Ce récit tourne autour d’un souvenir de jeunesse qui remonte à la surface suite à un événement.

Lire l’avis de Pépita

 

 

Sur Méli-Mélo de livres

 

Le jardin des ours Fanny Ducassé. Thierry Magnier.

Quand se souvenir de ses deux grands-pères, aujourd’hui disparus, donne un album d’une rare sensibilité et aux illustrations magnifiques.

Lire aussi les avis de Céline et Sophie

 

L’armoire Anne Cortey, illustré par Claire de Gastold. Grasset jeunesse.

Une armoire, métaphore de la grand-mère disparue et dont la présence angoisse une petite fille. Quand les souvenirs rattrapent les générations qui suivent, une approche bien vue.

 

La couverture : une histoire en petits carreaux (de tissu) Isabel Minhos Martins Yara Kono. Editions Notari.

Une histoire qui sublime le souvenir, le partage, la transmission entre générations.

 

Sur les Lectures Lutines

Le Jardin de Minuit d’Edith. Editions Noctambule.
Quand un enfant partage mystérieusement les souvenirs d’une demoiselle dans un fabuleux jardin.
Lire aussi les avis de Bouma et Sophie

La belle histoire d’une Vieille Chose, de Louis Emond et Steve Adams.

Quand une voiture se souvient de ce qu’elle a été avant de n’être plus qu’une vieille chose.

 

Les bruits chez qui j’habite de Claire Cantais et Séverine Vidal.

Des souvenirs sonores que l’on goûte délicieusement. De petites portes qui s’ouvrent vers un monde de l’enfance que l’on n’a pas oublié.

 

 
A lire au Pays des Merveilles
La mémoire en blanc de Isabelle Colombat. Thierry Magnier, 2015
Quand pour se réconcilier avec sa propre histoire, Léonie se construit sur de de bouleversants souvenirs et nous oblige à (re)découvrir un épisode récent de l’Histoire du Rwanda. N’oublions pas…

Après la peine / Ahmed Kalouaz. Rouergue, 2014.

 

Un tête à tête mélancolique entre un père et son fils entre souvenirs et révélations.

Lire aussi les avis de Pépita et de Bouma.

Vide-grenier / Davide Cali, Marie Dorléans. Sarbacane, 2014
Bric à brac de souvenirs entassés dans le grenier ; il suffit de remettre le nez dans les cartons oubliés pour retomber en enfance et décidé .. de ne plus s’en séparer !
Lire aussi l’avis de Chlop.
Sur Qu’importe le flacon, pourvu qu’on ait Livresse
Les souvenirs, ça se construit aussi ! Ou comment transformer le malheur en bonheur ? Une belle illustration de résilience avec une galerie de personnages hauts en couleur.
Lire aussi les avis d’Alice et de Pépita.
Souvenirs de papier de Baptistine Mesange et Jessica Lisse.
Dans cet “album-souvenir”, le narrateur revient sur les amis de papier qui ont peuplé son enfance : un ours en peluche à qui il a offert une partie de son cœur, une jolie poupée et son amie imaginaire, un coffret pour y glisser tous ses secrets… Un album très psychologique voire philosophique qui aborde avec beaucoup de justesse, de tendresse et une petite pointe de mélancolie le passage de l’enfance au monde adulte.
Dans Un Petit bout de Bib(liothèque)
Mon grand-père de Christine Schneider et de Gilles Rapaport.

Un livre sensible qui rappelle tous ces moments de l’enfance passés avec son grand-père, ceux qui restent malgré la disparition de l’être cher.
Lire l’avis de Pépita
Le Marchand de souvenirs de Ghislaine Biondi.
Quand on n’a pas eu de père, difficile de s’en souvenir. C’est pourtant ce que propose ce marchand de souvenirs…
Un album intemporel qui rappelle que chaque être humain est passé par mille vies avant de devenir celui que l’on connaît. Avec tout le talent de Lane Smith, en plus.
Chez La Collectionneuse de Papillons
Quelqu’un qu’on aime de Séverine Vidal.

Partir à la recherche de ses souvenirs, une quête qui n’a pas de prix, surtout quand elle permet à une jeune homme de construire le lien avec son grand-père.
Lire l’avis de Pépita
La Gigantesque petite chose de Béatrice Alemagna.
Béatrice Allemagna signe un album gigantesque pour évoquer ces moments infiniment précieux que nous chérissons tous au fond de notre mémoire.
Dans la Littérature enfantine de Chlop
 
Guirlandes de poupées, J. Donaldson R. Cobb Kaléidoscope
Entre réel et imaginaire, une fillette joue avec une guirlande de poupées. Jusqu’au moment où elles croisent une paire de ciseaux bien réels, et c’en est fini de la guirlande de poupée… Mais il reste toujours quelque chose des bons moments passés, une place attend les poupées disparues dans la mémoire de la fillette.
Dans la maison de ma grand-mèreAlice Melvin, Albin Michel jeunesse
Nous suivons une petite fille qui traverse la maison de sa grand-mère, dans la quelle chaque pièce, chaque objet, lui évoque un doux souvenir.
Lire l’avis de Pépita
Dans l’Atelier de Cœurs
Mon bison de Gaya Wisniewski chez Mémo
L’histoire d’une amitié entre une petite fille et un bison racontée par une vieille femme.
Une somme de souvenirs de Thomas Scotto et Annaviola Faresin chez Notari
L’histoire d’un homme qui décide de se séparer de ses souvenirs et qui ignore qu’ils ont aussi du sens pour les autres.
Le grenier de Mona Leuleu chez Seuil Jeunesse
Des souvenirs à découvrir à l’aide d’une torche à lumière bleue.
Mamie est partie de POG et Lili la Baleine chez Gautier Langereau
Une petite fille qui arrive à faire le deuil de sa grand-mère grâce aux souvenirs qu’elle lui rapportait de ses voyages.
Sur l’île aux trésors
Mémoire en eaux troubles de Joëlle van Hee
 
Un roman qui évoque à la fois les souvenirs de la deuxième guerre mondiale, à travers le grand-père du protagoniste, et la perte de mémoire suite à la maladie d’Alzheimer.

 

 

Bons souvenirs de 2018 !

En attendant nos coups de cœur de l’année qui vient de s’écouler, toute l’équipe A l’Ombre du Grand Arbre vous souhaite un joyeux réveillon !