Lecture d’ados#7 : Samedi 14 novembre de Vincent Villeminot

Les attentats de Paris, ceux de Charlie, du Bataclan … nos ados ont un peu été chamboulés l’an passé par des événements qui nous dépassaient tous  un peu.

En un week-end, Mathilde a dévoré Samedi 14 novembre de Vincent Villeminot, comme un écho à nos réflexions d’adultes, aux réponses que l’on a pu trouver auprès de l’auteur, voici l’avis d’une ado en pleine construction.

 

Ces 3 derniers jours, j’ai lu Samedi 14 novembre de Vincent Villeminot.

3 jours d’un coup, comme dans le roman. 

3 jours pour vivre, agir et comprendre … ou bien pleurer, rester ou mourir. 

3 jours intenses, remplis d’émotion où actes et entractes s’assemblent comme un spectacle infini qui ne s’arrêtera jamais.

Pour la première fois, j’ai juste envie de fermer la dernière page et de recommencer à la première.Recommencer pour se souvenir de ce samedi pas comme les autres où la France se réveille, abattue, accablée, envahie par un trop plein d’informations.

Quand comme moi on a 15 ans, on aimerait bien révolutionner le monde, mais devant cette France en deuil on ne sait plus quoi faire. Alors on prend sa meilleure amie et le petit frère pour aller voir une comédie au cinéma : juste pour rire,  pour se rassurer, pour s’assurer que c’est encore possible.

Mais quand on souffle ses bougies le lundi 16 novembre, qu’on s’appelle B et qu’on était a une de ces terrasses, on fuit. On fuit la mort, on fuit la réalité, pour ne plus avoir peur. Et on LE croise. Et alors ? On pourrait ne rien dire, ne pas y croire mais on LE suit, sans trop savoir pourquoi, sûrement parce qu’à cause de lui il nous manque désormais à jamais une part de nous ; la confrontation est alors inévitable.

Plusieurs personnages, pleins de pensées, beaucoup d’amour, de la vie et de la peur aussi.

                                                                    Samedi 14 novembre 2015, 4ever.

 

 

Après les attentats

Après les attentats, je voulais seulement rêver que cela ne s’était pas produit.

Après, j’ai pensé à ce que l’on pourrait lire, dire ou écrire pour apaiser les peines.

Après, des mois après, j’ai voulu lire ce que des auteurs avaient écrit pour les jeunes sur les attentats.

J’ai lu Samedi 14 novembre de Vincent Villeminot. Editions Sarbacane

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J’ai d’abord trouvé que ce roman portait un regard détaché sur les attentats mais j’ai ensuite été saisie par ce que la victime décidait de faire du terroriste qui était à sa merci, même si l’histoire se « finit bien », même si on ouvre des portes sur un dialogue, une réconciliation.

L’avis de Lucie, par ici.

 

Après, j’ai eu envie de poser des questions à l’auteur, Vincent Villeminot, qui m’a aimablement répondu :

Le récit, qui m’a semblé pudique et même poétique, dans le premier acte laisse place à une violence déboussolée. Ce contraste est-il un effet recherché ?

Le livre commence juste après les tirs, par un silence, une stupéfaction. B. a besoin de temps, où il répète ce qu’il a vu, vécu, sans y croire. La violence, oui, il était nécessaire qu’elle survienne ensuite. Avec brutalité, comme une explosion – et comme une perte. Une perte qu’on ressent chez chacun dans les entractes, et une défiguration de B. dans les actes. C’est d’ailleurs ce qu’il reproche dans l’acte 4 au terroriste, Abdelkrim – de l’avoir déshumanisé.

La confrontation imaginée entre une victime et un terroriste était-elle un préambule nécessaire au pardon et au dialogue ? 

Quand j’ai commencé ce roman, c’était à cause d’une question : « Après ça, comment on continue, ensemble? Est-ce qu’on peut continuer? » Moi, je n’étais pas en situation de me poser la question du pardon, même si je suis convaincu que le pardon libère. Je ne fais pas partie de ceux qui pouvaient éventuellement choisir de pardonner, on ne m’avait rien fait à moi – et je ne voulais pas « me mettre à la place de… » Ce que je voulais, c’est savoir si quelque chose « entre nous » était encore possible. Mettre une victime en face d’un des tueurs, les enfermer dans la même pièce, et voir ce qu’ils auraient à se dire, me semblait une façon de répondre à cette question. Et puis, je me suis rendu compte à l’écriture que ce que le tueur avait à dire ne m’intéressait pas. La confrontation qui m’intéressait, c’était celle de B. et Layla, le frère de la victime et la sœur du terroriste. Deux innocents. Parce que c’est eux qui vont devoir continuer, ensemble ou l’un contre l’autre.

Comment vous est venue l’idée de la poursuite et du passage à l’acte insensé de B. ? Est-elle l’expression d’une sourde colère ?

Ce qui se passe entre B. et Layla, c’est d’abord l’expression et les conséquences de la violence du vendredi, elle engendre d’autres violences. C’est le programme absurde fixé par la phrase : « nous sommes en guerre ». On pourrait en rester là, dans ce cycle, indéfiniment. Mais dans le roman, de la part des deux jeunes gens, il y a un ressaisissement. Un dialogue, oui, et au-delà, même.

La composition en cinq actes fait-elle écho au genre de la tragédie ?

Oui, c’est une tragédie, et j’en rappelle d’emblée les règles – cinq actes, unité de temps, presque de lieu, trois protagonistes, pas de « deus ex machina ». La mécanique semble en place dès le début. Mais la tragédie s’enraye, s’inverse, on échappe à la fatalité, et parce qu’on a besoin de plus d’un jour pour solder certaines choses (parce que c’est une illusion de penser que tout se résout rapidement, aisément), le dernier acte s’écrira au futur. Comme une profession de foi sur l’avenir.

Pourquoi avoir confié le sort de l’assassin à l’imagination du jeune lecteur ?

Parce que c’est une façon de dire: très sincèrement, ce qu’il va devenir est sans intérêt. Après les attentats, on a beaucoup parlé d’embrigadement, de déradicalisation, on s’est en un sens laissé fasciner par les tueurs, on leur a donné le nom qu’ils revendiquent, « djihadistes », au lieu de les appeler simplement des tueurs… Ici, dans ce livre, on ne parle ni des raisons d’agir des terroristes, ni des moyens de les neutraliser. Mais simplement des moyens de continuer ensemble, entre personnes qui désirent ne pas se tuer. Et des obstacles qu’on nous met dans les jambes quand nous prétendons nous rencontrer.

Les remerciements font corps avec le roman. Cette mise en page était-elle décidée dès le début de l’écriture du roman ? Les scènes finales, qui apparaissent comme des scènes coupées ou un épilogue, vous semblaient-elles facultatives pour le lecteur ? 

Non, cette idée s’est improvisée en cours de route. Pour moi, les remerciements étaient une façon de parler de la façon dont le livre s’est construit, de dire « d’où je parlais », ce qui me paraissait important. Je ne suis pas un témoin, ni une victime, juste un romancier qui s’est mis au travail quelques jours après les attentats, grâce à des gens qui m’ont « mis en route », à d’autres qui m’ont accompagné. J’avais confiance dans le pouvoir qu’a la fiction d’éclairer l’avenir. 

Quant aux scènes finales, elles sont nées dans le dialogue avec mon éditeur : envie, de sa part, de cette scène d’enfance sur la plage dont nous avions parlé ; envie, quant à moi, de la scène sur les planches de théâtre. Elles sortaient toutes deux du cadre de la tragédie, et c’est là que l’idée de bâtir un post-générique s’est imposée. C’était cohérent avec B., qui est étudiant en cinéma, et pense en plan-séquence, parfois. Mais elles sont partie intégrante du roman, une sorte de conclusion et de déclaration.

 

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Après la lecture de ce roman et de quelques autres sur les attentats, je me suis posé des questions et je les ai posées aux copinautes d’A l’Ombre du Grand Arbre où elles ont fait naître d’autres questions. Alors, un petit échange est né de ces mots :

Peut-on parler des attentats en littérature jeunesse ? N’y a-t-il pas un côté malsain à exploiter cette terrible actualité pour attirer des lecteurs ? Est-il indispensable de construire des fictions autour de ces événements funestes ?

Pépita

« D’emblée je dirais oui et non :

oui parce que rien ne devrait être interdit en littérature jeunesse

et non parce que tout dépend de l’approche.

Une autre question me vient à l’esprit : est-il nécessaire d’aller au devant des questions des enfants ? J’ai eu le sentiment sur ce sujet en particulier de la précipitation à éditer sans trop de recul. Le risque est de rajouter de l’angoisse là où il n’y en avait peut-être pas. »

Sophie LJ

« Il faut voir l’approche des auteurs. Je trouve ça un peu difficile d’écrire un roman sur ce sujet précisément, en effet, est-ce que ça ne rajoute pas de l’angoisse, des questions ?

Je trouve ça plus pertinent de montrer comment on peut apprendre et continuer à vivre dans ce contexte plutôt que de se replonger dans l’horreur avec un manque de recul certain. Marie-Aude Murail le fait aussi dans Sauveur et fils mais c’est très léger. »

Colette

« Aller au devant des questions des enfants, n’est-ce pas créer un problème inutile ? Surtout que personne n’est capable de répondre à cette angoisse sourde qui peut naître dans le coeur des enfants… »

 

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Après, nous avons pensé proposer quelques titres sur cette thématique. Les voici :

Alice d’A lire au Pays des Merveilles a lu :

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La fille quelques heures avant l’impact d’Hubert Ben Kemoun. Flammarion

Un concert qui tourne mal et un épilogue de l’auteur disant qu’il avait fini de l’écrire avant la folie du Bataclan.

Son avis par ici.

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Little sister de Benoit Séverac. Syros

Une fille qui part sur les traces de son frère, parti vers la Syrie…

Son avis par ici.

 

Sophie de la Littérature Jeunesse a lu :

9782221193334

A la place du cœur d’Arnaud Cathrine. Robert Laffont

J’aime bien l’idée de l’auteur qui a voulu placer son histoire dans ce contexte sans en faire le thème principal.

 

Lucie des Lectures lutines a lu :

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Maman aime danser de Didier Pobel. Bulles de savon

Un enfant découvre l’absence de sa mère et se raconte.

Son avis par ici.

9782352901624

Après l’orage d’Hélène Romano et Adolie Day. Editions Courtes et Longues

Dans cet album, un enfant raconte l’orage des fusillades et la tristesse qui a envahi son quartier, jusqu’à ce que ses parents lui expliquent. Enfin un rayon de soleil !

 

 

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Pour conclure, j’ai trouvé que le poème de Gilles Brulet illustré par Anne Laval, nous donnait un bel espoir et laissait place à la vie. Le voici :

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Publié par Bayard-Presse, novembre 2015.

Lecture d’ados#6 : Je suis CharLiberté !

Un titre attrayant, un dessin de presse en couverture et le souvenir d’une journée noire ont  décidé Lucie à emprunter ce roman à la bibliothèque. Puis on en a parlé…

 

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Je suis CharLiberté ! d’Arthur Thénor

 

Tu t’intéresses souvent à l’actualité, mais qu’est-ce qui t’a attirée vers ce roman ?

En lisant le résumé et le titre du livre, j’ai compris que ce roman parlait de la liberté d’expression et les personnages étaient des collégiens. Alors, cela m’a donné envie de le lire.

 

Est-ce que c’est un roman sur les attentats ?

Ce sujet est juste évoqué au début. Suite à l’attentat de Chalie Hebdo, trois adolescents décident d’écrire un journal : Charliberté-Hebdo, pour montrer qu’il faut continuer de se battre avec les mots et les dessins.

 

Comment l’histoire évolue-t-elle ?

Dès la première parution, les auteurs du journal se font des ennemis. Certains élèves ne sont pas d’accord avec ce qu’ils écrivent ou dessinent. Cherchant la moindre erreur, ces opposants harcèlent les jeunes journalistes pour qu’ils arrêtent de publier. Un de ces quatre caïds, provoqué par le rédacteur en chef, devient leur ami et contribue à la rédaction du journal. Mais un autre opposant va faire preuve de violence pour montrer son désaccord.

 

Te sentais-tu proche des personnages ?

La narratrice, une collégienne de 3e, participe comme journaliste au Charliberté-Hebdo. Elle nous décrit tout ce qu’elle ressent et défend la liberté d’expression, alors je m’identifiais facilement à elle.

Et j’aimais bien cette idée d’écrire un journal sans contraintes pour parler de la vie du collège.

 

As-tu découvert la façon d’écrire un journal avec cette histoire ?

J’ai découvert différents métiers qui interviennent dans la rédaction d’un journal : rédacteur en chef, dessinateur, journaliste. Ce roman explique aussi comment se déroule les réunions avant la parution du journal.

 

Que t’a apporté cette lecture ?

Au début, j’ai pensé que l’histoire était proche de la réalité. Mais je l’ai ensuite trouvée tellement pessimiste que j’ai eu l’impression que l’auteur voulait nous décourager d’écrire un journal où « toute vérité est bonne à dire ! » (selon le slogan du Charliberté-Hebdo). Mais j’ai quand même aimé cette histoire pour son thème et son univers.

 

Conseillerais-tu ce roman à d’autres jeunes lecteurs ?

J’ai été étonnée par les actes de violence face au petit journal des collégiens. Mais je conseillerais ce livre en disant bien que j’ai préféré le début mais que c’est important de le lire en entier.

 

Après ce livre, on a cherché d’autres lectures sur les attentats pour découvrir comment les auteurs abordaient ce sujet délicat. Et on s’est posé des questions sur le rôle de la littérature jeunesse face à ces événements.

Rendez-vous dimanche, en ce triste anniversaire, pour découvrir nos réflexions et quelques titres sur le sujet.

Lecture d’ados#5 : Games of Throne, tome 1

Je m’appelle Léa Pasquier, j’ai 15 ans et je suis en seconde, je voudrais aujourd’hui vous faire découvrir le premier tome de « Games of Throne » de Georges R.R. Martin. (Bon évidemment ce dont je parle n’est étranger à personne).

En français « Le Trône de fer », étrange traduction puisque littéralement il faudrait dire « Les jeux du trône » ce qui est bien plus descripteur de l’épopée, de la saga, de la série… cette histoire à rallonge vaut bien tous ces termes ! Et mieux ! Elle les mérite !

George R-R Martin - Le Trône de fer l'Intégrale (A game of Thrones) Tome 1 : .

Editions Pygmalion

Je suis tombée dessus à 13 ans en me rendant compte de l’existence de la série télévisée… que mes parents n’ont absolument pas voulu que je regarde ! Mais j’aimais déjà les histoires qui alliaient combats, magies, violence (oui un peu…), mystères, amours.. et j’en passe !

Faute de pouvoir visionner, j’ai eu le droit de lire ! C’est avec énormément de plaisir que j’ai acheté la première intégrale, puis la deuxième.. j’en suis actuellement à la moitié de la cinquième. (Bon entre-temps j’ai eu le droit de regarder la série mais ça ne concerne pas vraiment ce dont nous allons parler). Comme je l’ai dit je vais vous parler du premier tome de la saga « Le trône de fer ». Celui qui une fois achevé donne envie de continuer, et continuer encore.

L’histoire se passe dans le monde de Westeros, royaume médiéval appartenant à de nombreuses familles dont les plus puissantes se partagent le pouvoir (oui, pour le moment elles ne font que se le partager ). Autrefois gouverné par les Targaryens, c’est désormais Robert Baratheon qui occupe le trône de fer. L’action commence au château des gouverneurs du Nord. Le roi vient y chercher son ami le plus cher et ancien compagnon d’armes Eddard Stark pour le faire « Main du Roi » (autrement dit le second dans la hiérarchie du royaume), en effet sa précédente Main vient de décéder. Eddard accepte pour la seule raison que la nouvelle veuve suspecte les Lannisters (maison à laquelle appartient la reine Cersei) d’avoir empoisonné son mari. C’est le début d’une aventure qui va mener chacun à emprunter des chemins différents au bout desquels la mort, plus ou moins proche attend, imperturbable.

« Le Trône de fer » c’est un foisonnement incessant de personnages, chacun aime, trahit, trompe, tue.. liens de sang, liens de coeur.. tout est effacé par le pouvoir. Ceux qui cherchent à s’en emparer, ceux qui cherchent à s’en protéger. Le prodige que réussit ici  Martin est de rendre humain chacune de ses créatures, et pouvant même, selon les moments, faire éprouver de la pitié au lecteur pour les plus abjectes.

Deuxième prodige :  l’évolution des caractères. Pour ma part, par exemple, au début j’appréciais énormément Arya Stark mais vers la fin, ses choix me l’ont faite apparaître moins sympathique. Tout le contraire de Jaimes Lannister.

Autre chose que j’aime particulièrement c’est qu’au fur à mesure qu’on  « saute » d’un personnage à l’autre, on change souvent de lieux, de royaumes, d’environnement. L’exemple le plus frappant est de passer de la chaleur du désert Dotraki de Daenerys, au gel qui règne sur le Mur de Jon Snow.

Je pourrais continuer longtemps sur les raisons pour lesquelles cette série à été un choc pour moi (déjà ce n’est absolument pas sexiste !) mais je ne dirai pas tout non plus ! Tant il y a à découvrir…

Dans ce premier tome, donc, Martin pose les codes de sa série (je me suis décidée à employer ce terme, sans doute aidée par la télévision). Nous autres lecteurs, on n’a plus qu’à se laisser emporter, émerveillés. Même si nous ne sommes pas toujours d’accord est-il besoin de le préciser ? C’est tant pis pour nous, on se laisse emporter, on n’a même pas envie de résister.

Un dernier mot sur l’écriture. Très bien écrit, quoique parfois un peu lourd du fait de tournures de phrases compliquées.. qui ne font que renforcer l’effet passionnant et captivant  des destins croisés.

Alors.. je vous souhaite de tout coeur de découvrir ces pages (si ce n’est pas déjà fait) mais attention… souvenez-vous :

« Quand on joue au jeu des trônes, soit on gagne, soit on meurt. »

Lecture d’ados #4 : Mon amour

Quand une ado lectrice picore la pile de livres de sa maman, il lui arrive parfois de dénicher une petite perle, d’avoir un joli coup de coeur pour un album au message universel.

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Mon amour d’Astrid Desbordes et Pauline Martin : une lecture croisée entre Alice et sa fille de 14 ans, des lumières qui s’éclairent et des points de vues qui se complètent.

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 – Comme tous les enfants Archibald se demande si  son amour pour sa maman est réciproque.

Alice – Quel enfant n’a jamais douté  de l’amour de ses parents, et de sa mère en particulier ? Archibald ne déroge pas à la règle, et au moment du coucher,  il cherche à être rassuré.

Et oui, je me souviens moi aussi m’être posée ce genre de question : « ma maman  et mon papa m’aimeront-ils toute la vie ? »

Mais, bon, en grandissant, on se rend vite compte  que sans nous, les papas et les mamans, sont vite perdus. 😉

J’ai trouvé très intéressant de découvrir le point de vue de la maman, car je ne le connaissais pas. Ses paroles sincères et son humour décalé m’ont permis de me rendre compte de certaines choses essentielles dans une relation entre une mère et son enfant.

Alice – C’est vrai, la maman, avec toute sa sincérité et sa tendresse apporte des réponses à Archibald. A partir de situations concrètes, elle démontre par l’exemple et le contre-exemple, que quoi qu’il arrive elle sera toujours sa maman, il sera toujours son enfant et que rien n’altérera son amour.
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– Je trouve aussi que les illustrations renforcent l’idée de douceur de cette relation. et  les exemples sont bien choisis. Parfois pendant a lecture , je me posais des questions, je m’identifiais à Archibald : « Ah bon ? Ma maman m’aime aussi dans ces moments là ? »
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Alice  – Cet album ne parait pas édifiant et pourtant, comme il est bienveillant, rassurant et fortifiant ! C’est une jolie déclaration d’amour pour avancer dans la vie du bon pied, tu ne trouves pas ?
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– C’est une lecture toute douce et toute mignonne qui donne envie de dire merci à sa maman et d’en devenir une !

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Alice  – (touchée en plein coeur) : Merci ma chérie.
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Lecture d’ados [1]

Jusqu’ici on donnait la parole aux enfants de mes chères collègues qui sont pour la plupart mamans … aujourd’hui on innove avec une nouvelle catégorie jumelle des lectures d’enfants: les lectures d’ados ! Et pour pousser l’innovation jusqu’au bout, ce ne sera pas un dialogue de mère à enfant … mais de frère à frère ! J’ai le bonheur d’accueillir aujourd’hui à l’ombre de notre grand arbre un blogueur qui a failli nous rejoindre définitivement. Du coup, le voici qui débarque ponctuellement, mon frère jumeau, Tom, de lavoixdulivre, pour vous parler de l’un de ses derniers coups de coeur !

Place au dialogue …

Rambaud Yann - Gaspard des profondeursNathan: Pourquoi as-tu choisi de présenter Gaspard des profondeurs ?

Tom: Il y a des livres qu’on sait qu’ils vont nous marquer, et la surprise est de savoir comment. Celui-là fait partie de ces livres… c’est ce genre d’appel muet d’un livre à son lecteur, qui promet beaucoup mais sans le dire clairement. Gaspard m’appelait, des profondeurs de ses mots, il a su me toucher. C’est une histoire joviale – au départ – pleine d’imagination faites de non-dits qui fragilisent le tout. A la fin ces non-dits ressurgissent d’un seul coup et tout s’effondre vers une atmosphère sombre et terrifiante, jusqu’à nous ébranler le coeur, le corps, les mots… c’est un livre incroyablement bien construit qui nous parle de l’enfance, de la parte, de la conscience… voilà pourquoi !

Nathan: Donc il raconte quoi exactement ce roman ?

Tom: Le héros, Gaspard, qui a treize ans, fugue un matin pour retrouver son père qui est parti mais n’est toujours pas revenu… Il a une piste, un prospectus d’un théâtre dans lequel sa troupe devait passer, trouvé dans le sac de sa mère. Il part donc avec son sac à dos et quelques provisions, et entame la route comme un gamin se lance dans la vie un peu trop tôt… Quand il s’endort, durant ce voyage, il se met à rêver dans de drôles d’endroits avec d’étranges personnages trop réels pour n’être que le fruit de son imagination. Quand il rencontre Néné, un peu comme lui, rêveur et bousculé par la vie, tout change, et tout va bousculer…

Nathan: Et c’est à partir de là que la fragilité commence à effriter l’ensemble ? Tu as une partie préférée ?

Tom: Pas tout de suite mais on sent que le point où tout s’effrite arrive. Au début c’est l’émulation, c’est la découverte de l’autre, l’amitié… J’ai retenu une citation du livre : « Vous êtes tous les deux en quête. Chacun d’une chose différente, mais en vous épaulant l’un l’autre. C’est cela, la définition exacte de l’amitié. » C’est ça au départ : ils se savent chacun en quête mais peu importe de quoi ils sont chacun là pour l’autre. Puis après une des deux quêtes commence à prendre beaucoup d’importance tandis que l’autre va attendre la fin pour révéler son dénouement, qui prend en parallèle de l’autre une étoffe bien différente de ce qu’on aurait imaginé. Si je peux le dire comme ça ma partie préférée ce sont les 100 dernières pages : toute la tension est à son comble, on avale toutes les pages d’un coup et ça fait trembler, ça fait presque pleurer…

Nathan: L’amitié, la paternité, les rêves … il semble il y a avoir une multitude de thèmes dans ce roman ! Tu peux nous dire quels sont les principaux, et lesquels t’ont le plus touché ?

Tom: Il y a l’amitié, le principal sûrement, qui touche beaucoup parce que c’est la naissance d’une grande amitié qui nous rappelle ce que c’est avec beaucoup de fantaisie et aussi de justesse. Après il y a l’Intérieur Extérieur des rêves, qui nous montre qu’on a chacun nos deux mondes qui se superposent, et qu’on refoule tout plein de choses dans notre intérieur (c’est très freudien tout ça) qui ressortiront forcément à un moment… Finalement, c’est aussi des thèmes dont je ne peux pas parler que l’on comprend à la fin mais qui sont réunis en un seul. Yann Rambaud nous montre qu’on a chacun notre « Bêtimonde », qu’on doit affronter. Il y a une phrase de ma chronique que je trouve essentielle : « Yann Rambaud nous ramène à nos peurs et à l’horreur humaine avec le regard d’un enfant sur un monde qu’il ne comprend plus.« 

Nathan: Et les personnages ? Y en a-t-il d’autres que ces deux amis ? Y en a-t-il un qui t’a plus marqué ?

Tom: Peu de personnages si ce n’est deux ou trois qui surviennent légèrement : la sœur de Néné, l’incarnation féminine par excellence, la mère de Gaspard ou son petit frère trop mignon, mais sinon il y a tous les personnages de l’univers rêvé de Gaspard : une grand-mère farfelue, un pélican médecin, une oie guerrière… et puis celui qui m’a le plus touché dans tous ces « seconds rôles » c’est un « touchécorce », très sympa, qui, vous le comprendrez en le lisant, incarne l’amitié à forte dose !

Nathan: C’est quoi qui t’a le plus touché dans ce roman ? L’univers farfelu, l’émotion, les personnages, la fin, … ?

Tom: La fin et l’émotion : tout est léger et fantaisiste au départ, mais on sent le plomb derrière, et tout d’un coup tout dégringole, s’effrite, et ça prend vraiment aux tripes. Ce qui m’a touché en fait c’est cette enfance confrontée à un monde trop dur qui essaye juste de lutter contre sa Bétimonde.

Nathan: Un livre pour les enfants à partir de quel âge ? Les adultes aussi peuvent s’y retrouver ?

Tom: A partir de quel âge ? C’est difficile comme question mais pas trop tôt non plus parce qu’il y a de l’émotion brute et pure qui peut dérouter l’enfant. Peut-être 11,12 ans, mais je ne suis pas un expert de l’enfance. Les adultes s’y retrouveront parce que comme je l’ai déjà répété ça fait écho à tout le monde : c’est l’idée qu’on lutte contre quelque chose de bien trop grand pour nous mais qu’on peut en être capable si on n’est pas seul, du moins c’est ce que j’ai ressenti…

Nathan: Un mot pour décrire le roman ?

Tom: Un mot : profond.

Nathan: Et si tu devais le rapprocher d’autres lectures ce seraient lesquelles ?

Tom: Maintenant qu’il fait tout le temps nuit sur toi, de Mathias Malzieu, sans hésiter. C’est aussi l’enfance qui souffre et se reconstruit par l’imaginaire. Et peut-être pour les plus grands Love Letters to the dead, qui conte un deuil et une renaissance par les mots.

Retrouvez sa chronique ICI et en plus jusqu’à ce soir sur son blog, vous pouvez gagner un exemplaire du roman !