Nos coups de coeur de février !

Les mois défilent et c’est déjà le retour de cette rubrique coups de cœur du mois précédent !

Février, ce sont les jours qui rallongent enfin, les prémices du printemps, et de belles lectures !

Les voici…

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Isabelle, de l’île aux trésors, a eu le coup de foudre pour Calpurnia, de Jacqueline Kelly (L’école des loisirs, 2014). Un merveilleux roman qui nous fait voyager dans le Texas de 1899. À travers le quotidien de Calpurnia, 11 ans, on découvre comment l’initiation aux méthodes scientifiques peut être vecteur d’émancipation – et on rit beaucoup. Un prix Sorcière pleinement mérité à (faire) découvrir de toute urgence si vous ne l’avez pas lu !

Son avis et celui de Pepita

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Pour Sophie de La littérature jeunesse de Judith et Sophie, le coup de cœur se porte sur un mystérieux rendez-vous. Quand deux enfants sont réveillés en pleine nuit par leurs parents pour partir marcher à la rencontre de ce fameux rendez-vous, il y a de quoi être curieux. Cet album est illustré tout en bleu nuit avec quelques raies de lumière, on pourra y chercher tous les détails nocturnes qui se dissimule dans le décor.

Nous avons rendez-vous de Marie Dorléans au Seuil jeunesse

Son avis

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Pour Alice d’A lire aux pays des merveilles, c’est le roman Summer Kids de Mathieu Pierloot (l’école des Loisirs) qui a soufflé chez elle comme un air estival !

Antoine, terrassé par un chagrin d’amour vivra l’été de tout les possibles ? Un petit job d’été, une bande d’amis, des soirées festives… suffiront-ils à lui faire remonter la pente?

Une histoire vraie, authentique, touchante … loin des caricatures !

Son avis , celui de Pépita et de HashtagCéline.

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Pour Pépita, ce sont les conversations entre une poule et un poisson, savourées en début de mois, qui l’emportent : un ton unique, un vrai bonheur de lecture qui tord le cou aux préjugés et fait réfléchir sur nos différences qui finalement n’en sont pas. Il suffit souvent d’aller vers l’autre, de se parler et de s’écouter. Hamaïka et Jonas, je ne suis pas prête de les oublier !

Hamaïka et le poisson, Pierre Zapolarua, illustrations d’Anastasia Parrotto, éditions MeMo, collection Petite Polynie

Son avis et celui de HashtagCéline.

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HashtagCéline a vu le monde sans dessus dessous et cela lui a beaucoup plu ! Avec Renversante, le roman de Florence Hinckel illustré par Clothilde Delacroix, les enfants sont amenés à s’interroger de manière intelligente sur l’égalité homme-femme et sur les inégalités persistantes. Une lecture nécessaire.

Son avis.

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Pour Bouma et son Petit Bout de Bib(liothèque), c’est une bd qui a trouvé sa place sur ses étagères. Avec le premier tome de la série Les Croques, on entre dans la vie d’une fratrie dont le terrain de jeu est le cimetière juxtaposant leur maison. Et quand ils découvrent de mystérieuses lettres gravées derrière les tombes, c’est le début des frissons.

Les Croques T.1, Tuer le temps de Léa Mazé, Editions de la Gouttière 2018

Son avis

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Pour Aurélie et son atelier de coeurs, c’est un autre roman de la collection polynie des éditions Mémo :

L’arrêt du coeur d’Agnès Debacker et Anaïs Brunet. Elle a aimé l’émotion que dégage ce roman qui raconte des secrets du passé, l’amitié d’un petit garçon avec sa voisine et la confrontation avec le deuil et la mort. L’image de la théière restera gravée dans sa mémoire. Ce moment de lecture fut pour elle, une vraie parenthèse où seul le plaisir de lire de jolis mots comptait.

L’arrêt du coeur ou comment Simon découvrit l’amour dans une cuisine d’Agnès Debacker, illustré par Anaïs Brunet, collection polynie, éditions Mémo 2019.

Son avis et ceux de Pépita et Hashtag Céline

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Pour Chloé, de Littérature enfantine, c’est les aventures pleines de pep’s des petits Marsus, qui malgré eux ont quitté la jungle pour visiter la grosse pomme.

Les petits marsus et la grande ville de Benajmin Chaud, Little Urban.

Son avis

Souvenirs


Avant de changer d’année, des souvenirs pleins la tête, explorons quelques lectures qui nous ramènent en arrière. Voilà un thème qui traverse de nombreuses fictions jeunesse, qu’il soit seulement évoqué ou au centre de l’histoire. Entre réminiscences familiales et moments durs à digérer, ces fenêtres ouvertes sur le passé nous touchent souvent.

 

Dans Le Tiroir à histoires

June et Jo – les souvenirs de Séverine Vidal et Amélie Graux

La maison en petits cubes de Kunio Katô et Kenya Hirata

 

Lire les avis de Bouma, Sophie et de Pépita.

 

Bouche Cousue de Marion Muller-Collard

Ce récit tourne autour d’un souvenir de jeunesse qui remonte à la surface suite à un événement.

Lire l’avis de Pépita

 

 

Sur Méli-Mélo de livres

 

Le jardin des ours Fanny Ducassé. Thierry Magnier.

Quand se souvenir de ses deux grands-pères, aujourd’hui disparus, donne un album d’une rare sensibilité et aux illustrations magnifiques.

Lire aussi les avis de Céline et Sophie

 

L’armoire Anne Cortey, illustré par Claire de Gastold. Grasset jeunesse.

Une armoire, métaphore de la grand-mère disparue et dont la présence angoisse une petite fille. Quand les souvenirs rattrapent les générations qui suivent, une approche bien vue.

 

La couverture : une histoire en petits carreaux (de tissu) Isabel Minhos Martins Yara Kono. Editions Notari.

Une histoire qui sublime le souvenir, le partage, la transmission entre générations.

 

Sur les Lectures Lutines

Le Jardin de Minuit d’Edith. Editions Noctambule.
Quand un enfant partage mystérieusement les souvenirs d’une demoiselle dans un fabuleux jardin.
Lire aussi les avis de Bouma et Sophie

La belle histoire d’une Vieille Chose, de Louis Emond et Steve Adams.

Quand une voiture se souvient de ce qu’elle a été avant de n’être plus qu’une vieille chose.

 

Les bruits chez qui j’habite de Claire Cantais et Séverine Vidal.

Des souvenirs sonores que l’on goûte délicieusement. De petites portes qui s’ouvrent vers un monde de l’enfance que l’on n’a pas oublié.

 

 
A lire au Pays des Merveilles
La mémoire en blanc de Isabelle Colombat. Thierry Magnier, 2015
Quand pour se réconcilier avec sa propre histoire, Léonie se construit sur de de bouleversants souvenirs et nous oblige à (re)découvrir un épisode récent de l’Histoire du Rwanda. N’oublions pas…

Après la peine / Ahmed Kalouaz. Rouergue, 2014.

 

Un tête à tête mélancolique entre un père et son fils entre souvenirs et révélations.

Lire aussi les avis de Pépita et de Bouma.

Vide-grenier / Davide Cali, Marie Dorléans. Sarbacane, 2014
Bric à brac de souvenirs entassés dans le grenier ; il suffit de remettre le nez dans les cartons oubliés pour retomber en enfance et décidé .. de ne plus s’en séparer !
Lire aussi l’avis de Chlop.
Sur Qu’importe le flacon, pourvu qu’on ait Livresse
Les souvenirs, ça se construit aussi ! Ou comment transformer le malheur en bonheur ? Une belle illustration de résilience avec une galerie de personnages hauts en couleur.
Lire aussi les avis d’Alice et de Pépita.
Souvenirs de papier de Baptistine Mesange et Jessica Lisse.
Dans cet “album-souvenir”, le narrateur revient sur les amis de papier qui ont peuplé son enfance : un ours en peluche à qui il a offert une partie de son cœur, une jolie poupée et son amie imaginaire, un coffret pour y glisser tous ses secrets… Un album très psychologique voire philosophique qui aborde avec beaucoup de justesse, de tendresse et une petite pointe de mélancolie le passage de l’enfance au monde adulte.
Dans Un Petit bout de Bib(liothèque)
Mon grand-père de Christine Schneider et de Gilles Rapaport.

Un livre sensible qui rappelle tous ces moments de l’enfance passés avec son grand-père, ceux qui restent malgré la disparition de l’être cher.
Lire l’avis de Pépita
Le Marchand de souvenirs de Ghislaine Biondi.
Quand on n’a pas eu de père, difficile de s’en souvenir. C’est pourtant ce que propose ce marchand de souvenirs…
Un album intemporel qui rappelle que chaque être humain est passé par mille vies avant de devenir celui que l’on connaît. Avec tout le talent de Lane Smith, en plus.
Chez La Collectionneuse de Papillons
Quelqu’un qu’on aime de Séverine Vidal.

Partir à la recherche de ses souvenirs, une quête qui n’a pas de prix, surtout quand elle permet à une jeune homme de construire le lien avec son grand-père.
Lire l’avis de Pépita
La Gigantesque petite chose de Béatrice Alemagna.
Béatrice Allemagna signe un album gigantesque pour évoquer ces moments infiniment précieux que nous chérissons tous au fond de notre mémoire.
Dans la Littérature enfantine de Chlop
 
Guirlandes de poupées, J. Donaldson R. Cobb Kaléidoscope
Entre réel et imaginaire, une fillette joue avec une guirlande de poupées. Jusqu’au moment où elles croisent une paire de ciseaux bien réels, et c’en est fini de la guirlande de poupée… Mais il reste toujours quelque chose des bons moments passés, une place attend les poupées disparues dans la mémoire de la fillette.
Dans la maison de ma grand-mèreAlice Melvin, Albin Michel jeunesse
Nous suivons une petite fille qui traverse la maison de sa grand-mère, dans la quelle chaque pièce, chaque objet, lui évoque un doux souvenir.
Lire l’avis de Pépita
Dans l’Atelier de Cœurs
Mon bison de Gaya Wisniewski chez Mémo
L’histoire d’une amitié entre une petite fille et un bison racontée par une vieille femme.
Une somme de souvenirs de Thomas Scotto et Annaviola Faresin chez Notari
L’histoire d’un homme qui décide de se séparer de ses souvenirs et qui ignore qu’ils ont aussi du sens pour les autres.
Le grenier de Mona Leuleu chez Seuil Jeunesse
Des souvenirs à découvrir à l’aide d’une torche à lumière bleue.
Mamie est partie de POG et Lili la Baleine chez Gautier Langereau
Une petite fille qui arrive à faire le deuil de sa grand-mère grâce aux souvenirs qu’elle lui rapportait de ses voyages.
Sur l’île aux trésors
Mémoire en eaux troubles de Joëlle van Hee
 
Un roman qui évoque à la fois les souvenirs de la deuxième guerre mondiale, à travers le grand-père du protagoniste, et la perte de mémoire suite à la maladie d’Alzheimer.

 

 

Bons souvenirs de 2018 !

En attendant nos coups de cœur de l’année qui vient de s’écouler, toute l’équipe A l’Ombre du Grand Arbre vous souhaite un joyeux réveillon !

Déjà l’automne ! Quels sont vos premiers coups de cœur depuis la rentrée ?

Le temps nous rattrape, les feuilles volent déjà et entre nos mains, les pages ont tourné depuis la rentrée.

Partageons les livres qui nous ont fait vibrer, les récits précieux qui nous ont attachés à leurs êtres de papier.

Cette rentrée, c’est aussi l’occasion d’accueillir trois nouvelles têtes sous le Grand Arbre : Hashtagcéline, Isabelle et Yoko lulu. Bienvenues !

Le Méli-Mélo de livres de Pépita s’est régalée de ce roman plein de fraîcheur, d’humanité… et de responsabilités à la sauce Pëppo !

Pëppo de Séverine Vidal – Bayard

Mais aussi de cet autre roman à l’écriture magistrale de beauté qui embarque le lecteur dans cette histoire étrange entre onirisme et imaginaire, avec des personnages bouleversants, en particulier Milly Vodovc.

Milly Vodovic de Nastasia Rugani – Editions MeMo, collection Grande Polynie

Alice,  dans son pays des merveilles, a été très émue et très touchée par la maternité d’Irène, par sa maturité et par  le trouble qu’elle a su laisser une fois la dernière page tournée. Coup de cœur partagé par Sophie.

Soixante-douze heures de Marie-Sophie Vermot – Thierry Magnier

Le récit des aventures déjantées du groupe de suicidants d’Axl Cendres a particulièrement touché mais aussi beaucoup fait rire HashtagCéline.

Cœur battant d’Axl Cendres – Sarbacane

Aurélie a mis dans son atelier un album plein de tendresse sur l’amitié. Un livre sur la différence, l’école et sur la naissance des sentiments, histoire de bien aborder la rentrée.

Mon ami d’Astrid Desbordes et Pauline Martin – Albin Michel Jeunesse

Grâce à Robinson, Isabelle de L’île aux trésors s’est offert un voyage onirique magnifié par les illustrations splendides de Peter Sis. Un album qui nous invite à assumer nos différences, à voguer vers d’autres horizons et à célébrer les merveilleux pouvoirs de l’imagination…

Robinson de Peter Sis – Grasset jeunesse, 2018

Chez Chloé (Littérature enfantine), le coup de cœur du mois n’est pas une nouveauté, loin de là, plutôt un classique qui n’a pas pris une ride au fil des ans. L’histoire de deux enfants qui entreprennent d’expliquer à leurs parents ignorants Comment on fait les bébés ! C’est drôle et ça décape.

Comment on fait les bébés, Babette Cole – Seuil jeunesse, 1993

Chez Les lectures lutines, deux romans plein d’humanité les ont conquises. Un récit troublant, entre fantastique, fait divers et altruisme, qui a résonné ce mois-ci pour Solectrice.

Dans la forêt de Hokkaïdo, Eric Pessan – Ecole des Loisirs, 2017.

Et pour Yoko lulu, c’est un roman d’une magnifique sincérité, d’une cruelle vérité. Sur l’amour et la différence. Sur l’intégration et l’espérance. Les héros ont un petit quelque chose qui nous attache à eux du début à la fin.

Envole-moi, Annelise Heurtier. Casterman, 2017.

 

Chez Bouma (Un Petit Bout de Bib), c’est un album intrigant, mêlant enquête, texte en rimes et illustrations presque naturalistes qui est sorti du lot ! Une invitation à s’interroger et à regarder plus loin que le bout de son nez !

Carnivore, Tariel et Peyrat – Père Fouettard, 2018

Et chez Sophie, c’est un roman sur la condition des femmes dans les années 1960 qui l’a conquise. On y découvre l’histoire de Catherine qui raconte comment elle a dû se battre pour vivre sa passion, pourtant simple aujourd’hui : la course à pied !

La fille d’avril, Annelise Heurtier – Casterman, 2018

Et vous, quels sont vos coups de cœur de la rentrée ?

Top 5 d’atelier de coeurs

Voici mon top 5 et si je devais faire un choix chaque jour, ce ne serai jamais les mêmes livres. En matière d’album je suis un vrai cœur d’artichaut !

J’aime les livres rythmés, drôles, touchants et qui bousculent. Vous trouverez dans ce top 5 un échantillon de toutes mes sensibilités. Voici des livres dont je ne me lasse pas de lire à voix haute et de faire découvrir.

1.

Mon coup de cœur est venu lors d’une lecture de Lis avec moi. La lectrice y a mis tellement d’émotion que j’en ai eu les larmes aux yeux.Cet univers poétique m’a fait fondre. J’adore ce petit être qui part à la recherche d’une maison avec son chat. J’aime offrir ce livre en cadeau de naissance car il mets la maman à l’honneur.  Il y a une véritable alchimie entre le texte et l’illustration et l’un sans l’autre n’aurait plus de sens. D’autres livres sur le même thème avec lesquels j’ai hésité.

Mon arbre d’Ilya Green. Didier jeunesse.

2.

Pareil  pour mon top numéro 2, une découverte faîte par une lecture à voix haute en kamishibaï.  Un texte qui bouscule dont tu ne peux pas sortir indemne de sa lecture. J’apprécie beaucoup ce pouvoir de la littérature jeunesse. Lors d’une rencontre avec l’auteur Davide Cali, des élèves lui ont demandé pourquoi il écrivait pour les enfants et sa réponse était évidente pour lui : Parce qu’il pouvait tout dire et toucher les adultes au travers de la lecture d’album. Je partage ce sentiment et Il faudra l’illustre pour moi parfaitement. (dur à départager avec Dedieu)

Il faudra de Thierry Lenain et Olivier Tallec. Sarbacane.

3.

J’aime les livres drôles et même quelque fois un peu cruels. Mais cette cruauté doit être subtile, à peine visible par nos enfants et ce livre correspond bien. Une petite fille possède un lion comme animal domestique et bizarrement à chaque fois qu’elle joue à cache-cache avec ses amis il en manque toujours un..bizarre. Mais la bonne nouvelle c’est qu’elle les retrouvera à la fin 😉 (J’aime beaucoup aussi Coincé d’Oliver Jeffers et Bonjour Docteur de Mathieu Maudet.

Les lions ne mangent ne mangent pas de croquettes  d’André Bouchard. Seuil Jeunesse

4.

J’ai adoré lire ce livre dont le côté absurde plaît aussi aux plus grands. Dans une atmosphère bleutée nous retrouvons quatre chasseurs qui essayent d’attraper un oiseau. Rythmé par la même ritournelle, nous contemplons leurs vaines tentatives. Mon fils a adoré et nous jouons souvent à Chut on a un plan sur le chemin de l’école. Dans le côté absurde j’aime beaucoup Alors, ça mord ? de Jean Gourounas.

Chut on a un plan de Chris Haughton. Editions Thierry Magnier.

5.

J’aime les jeux de langue, où le lecteur doit s’entraîner. J’adore lire Grosse légume qui est l’histoire d’un petit vers gourmand dont le nom des légumes est le seul texte. Dans le même genre retrouvez Bou et les 3 z’ours d’Elsa Valentin et Tas de riz, tas de rats de Dedieu avec lesquels j’ai de très bons souvenirs.

Grosse légume de Jean Gourounas. Editions du Rouergue.

Bonne découverte…

Collection “Bon pour les bébés”

A l’ombre du grand arbre, on lit volontiers aux bébés. Dans le cadre de notre travail, dans la sphère familiale ou les deux,  plusieurs d’entre nous ouvrent facilement un album face à un enfant âgé de quelque mois à peine. Alors quand un éditeur sort une collection qui s’appelle « Bon pour les bébés », forcément, on a envie de voir ce que ça donne.

Nous aimons, vous le savez,  croiser les regards, donner un avis pluriel, qui ne se veut pas prescripteur mais cherche à donner un ou plusieurs éclairages sur les livres. Après les avoir lus mais aussi utilisés avec des bébés, nous vous livrons donc aujourd’hui notre point de vue sur cette collection qui se veut atypique.

Voilà donc une toute nouvelle collection, dont le titre est très explicite, que vous évoque-t-il?

Pépita : Comme ça, sans réfléchir, une gourmandise, des livres qu’on a envie de mâchouiller, baver dessus, retourner dans tous les sens,…

Colette : Alors c’est mon côté « pédagogue » qui prend souvent le dessus dans mes interprétations diverses, et quand j’ai lu « bon pour les bébés » j’ai pensé livres adaptés aux compétences sensorielles et intellectuelles des bébés, c’est-à-dire des livres adaptés à leur vue, à leur motricité, à leur taille…

Sophie : Comme Pépita, je suis plus dans l’aspect ludique avec des livres bien costauds pour qu’ils puissent les manipuler, jouer avec, se les approprier.

Bouma : Moi je serais plutôt dans l’approche de Colette.

Donc vous n’y avez pas vu une référence au livre de Marie Bonnafé « Les livres c’est bon pour les bébés »? D’ailleurs, l’argumentaire qui entoure la sortie des albums  fait référence aux travaux d’ACCES (Actions Culturelles Contres les Exclusions et les Ségrégations). Cet argumentaire au fait, l’avez-vous lu avant de découvrir les albums ?

Sophie : En fait, j’ai vu cette référence indirectement puisqu’en Ille et Vilaine, la médiathèque départementale propose une exposition du même nom et c’est à ça que j’ai d’abord pensé. J’ai lu l’argumentaire de Thierry Dedieu en découvrant les livres, juste avant ou juste après, je ne sais plus. Sur le principe, je suis d’accord avec ce qu’il énonce : le très grand format, les contrastes visuels, la musicalité des mots. Sur ce qu’il en fait, c’est plus mitigé.

Pépita : oui moi aussi. j’ai lu tout ça mais quand je vois le produit final (et je parle volontairement de produit) , je ne m’y retrouve pas et cela ne colle pas vraiment avec mon expérience.

Bouma : Moi j’ai découvert cette collection avec l’argumentaire de l’éditeur qui met en avant l’expérimentation qui en a été faite par la bibliothèque départementale du Gers.
Alors forcément j’ai eu envie d’en savoir plus.

Colette : euh… alors moi, je suis une maman passionnée de livres pour bébé et j’ai une super bibliothécaire (oui oui vous savez ma-bibliothécaire-préférée !) qui m’a mis de côté deux exemplaires de cette collection un samedi aprem et c’est là que je les ai découverts après avoir été alertée par mes copinautes, c’est-à-dire : vous ! Je n’ai donc rien lu avant, ni Marie Bonafé (emprunté plusieurs fois mais jamais réussi à le lire en entier) ni l’argumentaire de Mr Dedieu !

Alors voilà donc une collection qui annonce qu’elle est bonne pour les bébés et qui apporte la caution d’ACCES pour valider cela, l’argumentaire dit aussi « bon nombre d’idées reçues vont tomber », est-ce qu’effectivement vous avez été surprises des choix de la collection?
Le grand format, le noir et blanc, les textes complexes, ce sont des choses qui vous semblaient appropriées pour les plus jeunes lecteurs ?

Pépita : Justement, c’est ça qui me gêne ce cautionnement et cet estampillage « Bon pour les bébés 0- 3 ans »…ça prouve quoi ??? C’est enfermer la capacité d’appropriation dans une tranche d’âge donnée. Et du coup, c’est trop intellectuel comme concept.
Alors le format : pourquoi pas un grand format ? Mais bon, ça demande quand même un peu de manipulation pour le tout-petit (moins de 2 ans par exemple, pas évident). Mais je veux bien.
Les contrastes : rien de nouveau sous le soleil, on le sait que les bébés sont très sensibles puisque leur vue n’est pas encore trop accommodée, si on s’intéresse un tant soit peu à leur développement.
Ensuite les textes : deux d’entre eux me vont (Tas de riz tentant et le grand cerf, quoique le chasseur…) mais les deux autres ! Si mettre en avant Cyrano et Pythagore, c’est faire tomber des barrières, qu’on m’explique ! J’ai bien peur au contraire que cela n’en rajoute. C’est pas de l’élitisme ça ?
Par exemple, je préfère nettement le travail de Pascale Estellon aux Grandes personnes avec ses deux imagiers : ils laissent la part belle à l’imaginaire et à l’appropriation par le jeu. Il n’y a pas cette volonté de vouloir affirmer que la petite enfance est un public qu’on peut facilement mettre dans sa poche avec un discours pseudo-pédagogue.

Sophie : Je ne rajoute rien, je suis totalement d’accord avec Pépita !

Pépita : et pour préciser ma pensée…
Ce cautionnement, je le trouve limite : une recherche de légitimité pour être légitime ? On se couvre du coup, une façon de parer les critiques, « ah ben non, vous voyez, on a testé et pas avec n’importe qui ! « . Ceci dit, sur le terrain avec les petits, je ne conteste absolument pas que cela soit bien fait, au contraire, mais c’est l’esprit qui me dérange.

Alors, effectivement, ce sont généralement les même titres qui font débat, mais finalement, qu’est-ce qui les distingue des deux autres titres? En quoi Pytagore ou Cyrano créent-ils plus de barrières, en quoi pour toi sont-ils plus élitistes que les deux autres titres ?

Bouma : Je dirais simplement parce qu’ils véhiculent des références que tous les parents n’ont pas tant dans la provenance de l’extrait choisi que dans la langue utilisée elle-même. Pas facile d’encourager un adulte à lire à son enfant si celui-ci se trouve en défaut devant. En tout cas, en ce qui me concerne personnellement, je ne lis pas à mes enfants (ni à ceux des autres) des livres que je ne comprends pas.

Sophie : D’accord avec Bouma, Pythagore et Cyrano, ce sont des références culturelles d’adultes qu’on maîtrise ou pas d’ailleurs. Tas de riz  et  Dans sa maison, un grand cerf , ce sont des références aussi mais bien plus ancrées dans la culture populaire commune. Donc moins à même de déstabiliser les parents et surtout qui favorisent l’échange entre petits et grands.

Pépita : C’est exactement cela. Quand on n’a pas les clés de lecture culturelles, l’adulte est mis en défaut face à son enfant. C’est élitiste car ne pourrons vraiment transmettre ces textes que ceux qui ont eu cette culture ou qui ont pu se l’approprier par leurs propres moyens (autodidacte). Personnellement, j’ai essayé de les lire à des parents en demande de conseils, et je n’y arrive pas. Paradoxalement, je connais ces références mais je suis mal à l’aise à les dire, à les porter car je ne sens pas d’adhésion de la personne à ce que je suis en train de lire, ça tombe comme un soufflé…Pour Pythagore, j’ai l’impression de réciter une leçon et pour Cyrano, ce n’est qu’un extrait enlevé de son contexte, la langue amène beaucoup d’emphase dans le ton. Après, je ne dis pas qu’il ne faille pas mettre ces textes à disposition ! Mais là, j’y ressens comme une sorte de « violence » par rapport au public ciblé.

Oui, je comprends, donc c’est plutôt vis-à-vis des parents que ça se joue. Les livres ont été testés avec des enfants apparemment, en l’absence de leur parents. Et, dans ce cadre, je veux bien croire que « tas de riz tentant, tas de rats tentés » ne soit pas plus parlant pour les enfants que la carré de l’hypoténuse. Concernant les enfants, la question qui se pose est « est-ce que les textes doivent être compréhensibles ? Est-ce que l’enfant doit pouvoir y mettre du sens ? »

Pépita : Oui, mais qui transmet à l’enfant, c’est l’adulte, non ? Parent ou pas d’ailleurs ! Et si l’adulte n’adhère pas ? Non, les textes ne doivent pas forcément être compréhensibles pour le petit (et je dis petit délibérément), c’est l’intention qui compte. Les tout-petits sont plus sensibles aux sons des mots plus qu’à leur sens. Mais si l’adulte qui transmet n’est pas à l’aise, que se passe-t-il ? Je m’interroge en tant que passeur mais peut-être effectivement faut-il s’autoriser à aller vers de nouvelles formes ? Je suis ouverte à tout ! Mais il y a un tel décalage dans ces quatre titres que je ne peux qu’être interpellée : pourquoi alors ne pas avoir édité les quatre sur le même modèle, celui qui se veut faire abattre des barrières, et en l’occurrence les deux titres qui posent débat ? Au moins il y aurait eu une pertinence. Ce que je crains, c’est la commande de l’éditeur auprès d’un auteur et illustrateur de renom, dans le domaine porteur de la petite enfance, avec une réflexion à la « vas-y que je te pousse », bref, un pur produit commercial.

Colette : Je suis complètement d’accord avec Pépita et comme vous je suis dubitative devant le choix des textes et j’insiste sur l’incongruité du format également très peu pratique pour des « 0-3 ans » qui aiment manipuler à pleine main ! Et vraiment je ne trouve pas la démarche très novatrice quand on pense au travail sur les contrastes de Tana Hoban dans les années 90. Bref une collection qui me laisse vraiment sceptique …

La question du sens donc… Et la question de l’aisance de l’adulte dans la lecture… Mais, finalement, quand on lit (ou dit) « am stram gram » à un bébé, sait-on vraiment ce qu’on dit ? A-t-on besoin d’y mettre du sens ? En quoi est ce différent dans ces albums ?

Sophie : Ça ne me gêne pas forcément qu’il n’y ait pas de sens tant que c’est adapté à l’enfant, qui lui en trouvera. Je pense par exemple à l’album  A ba ba  de Malika Doray, il n’est fait que de babillements et ça va être un jeu pour l’enfant qui va se reconnaître dans ces sons.
Dans cette collection, ce qui me gêne c’est la récupération de textes, sortis totalement de leur contexte et de leur sens propre. Je ne trouve pas l’intérêt, ni pour l’adulte qui ne les maîtrise pas forcément, ni pour l’enfant !

Bouma : Super bien dit Sophie, rien à rajouter pour moi.

Colette : Comme Sophie, je ne comprends pas le choix des textes, je ne pense même pas que ce soit une entrée vers des textes fondateurs de la culture humaine. Comme Pépita je trouve la démarche trop intellectualisée – et pourtant vous savez à quel point je cherche souvent aux livres un intérêt pédagogique, déformation professionnelle oblige !

Je comprends vos arguments mais quelque part ça ce sont des problèmes d’adultes. Les enfants, eux, peuvent juste voir que « hypoténuse » c’est un joli mot et les sonorités de la tirade du nez peut les laisse rêveurs, non?

Colette : Je suis d’accord avec toi Chlop mais pas la peine de rééditer les textes alors dans un format labellisé « spécial bébé » : lisons Cyrano dans le texte à nos loupiots ou un manuel de maths. C’est ce qu’à fait Papa-Poil-Pinceau pour mon aîné lorsqu’il était bébé : quand je l’allaitais il lui lisait des … Jules Verne !

Pépita : Exactement ! C’est toute l’ambiguïté de cette collection.

Je vois que clairement vous n’êtes pas convaincues par les choix des textes. A titre personnel, je lis assez facilement le carré de l’hypoténuse, que je trouve même assez drôle, j’ai plus de mal avec la tirade du nez parce que c’est vraiment long sur chaque image et que, effectivement, sorti de son contexte, ça ne veut pas dire grand chose.

Parlons du format à présent, on connaît les albums de Tana Hoban, beaucoup d’autres ont fait le même choix du petit format pour les petites mains, ici le choix est radicalement différent, qu’en pensez-vous ? Avez-vous testé avec des bébés ?

Colette :  Comme je l’ai dit plus haut pour moi le très grand format ne correspond pas aux bébés lecteurs, à leurs petites mains en tout cas, mais j’imagine que si un adulte le leur lit, en groupe d’autant plus, ces livres peuvent avoir un certain impact visuel.

Pépita : Je préfère pour ma part lire des grands formats à de plus grands enfants.

Bouma : Moi j’aime bien ce grand format même s’il sous-entend l’accompagnement d’un adulte pour le tenir debout. Après, les petits peuvent se coucher dessus pour regarder les dessins seuls, c’est une position très répandue que je vois quotidiennement.

Pépita, tu peux préciser pourquoi ? Et surtout, il me semble que tu as testé ces albums avec des bébés, tu nous raconte rapidement ce que tu as observé ?

Pépita : Pour la raison du besoin impérieux de manipuler les livres pour les petits. Ils sont embarrassés avec un grand format, certes, oui, ils vont se coucher dessus, essayer de le remettre debout maladroitement, se le fourrer dans l’œil, bref, pas génial. Alors qu’un plus grand enfant (niveau maternelle) va davantage apprécier ce format pour s’y immerger même totalement. J’ai un souvenir des Trois brigands en grand format de Tomi Ungerer avec des Grandes sections qui me fiche encore des frissons après plusieurs années ou Chien bleu de Nadja aussi. De grands moments de transmission réussie.
Oui, je les ai testés et ça a fait un flop complet en fait, aussi bien du côté des petits que des adultes.Mais peut-être que je n’ai pas su les porter jusqu’à eux, mon avis négatif l’emportant. Je les ai pourtant intégrés dans mes accueils, fait comme d’habitude mais les adultes ont eu par exemple un mouvement de recul avec le chasseur du grand cerf. Et je suis très mal à l’aise avec l’hypothénuse et Cyrano, je n’y arrive pas.

De mon coté, j’ai d’abord eu le même point de vue que Bouma. J’utilise régulièrement des albums en très grand format avec les bébés, en particulier les albums sur les saison de Suzan Rautrault Berner, je vois les enfants allongés dessus, qui scrutent chaque détail, ou à quatre pattes face à l’album. J’étais donc plutôt favorable à ce format en cartonné, ce qui permet de faire tenir l’album debout sur le tapis des bébés.
Mais j’avoue qu’à l’usage, je n’ai pas trouvé ça approprié. Là où les livres des saisons sont conçus pour être vus de près, les Dedieu semblent être faits pour être vus de loin, quand on les met sous le nez des bébés ça ne leur convient pas, l’image est trop grande.
Du coup, j’ai éloigné l’album de leur visage, mais un tout petit a besoin de toucher, comme l’a dit Pépita. Si le livre est trop loin pour ses bras, comment peut-il le manipuler ?
En réalité, j’ai l’impression que ces livres sont plutôt pensés pour une lecture collective. Ce qui m’étonne de la part d’ACCES, qui prône plutôt la lecture individuelle et qui, à mes yeux, ne convient pas vraiment pour des enfants de moins d’un an…

Je vois que, globalement, nous étions plutôt ouvertes et curieuses quant à cette collection et que nos observations avec les bébés ne nous ont pas totalement convaincues… Deux autres titres viennent de sortir, les avez-vous vus ? Qu’en pensez-vous?

Pépita : Je les ai vus passer, mais pas eus entre les mains. Une souris verte et Pinicho. Je ne sais pas si je vais les acheter. Je pense qu’ils sont plutôt adaptés pour après 3 ans, pour la maternelle en fait, voire plus, ce qu’ “interdit” l’estampillage 0-3 ans ainsi que le format pas adapté pour des petits par rapport aussi, comme tu le soulignes Chlop, à la grandeur de l’image.

Il semble donc que cette collection n’a pas fait ses preuves à nos yeux, peut être l’usage finira-t-il par nous convaincre par la suite ? De mon coté, je continue d’amener ces albums à l’occasion quand je fais des séances de lecture, ils sont choisis de temps en temps. J’ai tout de même noté une anecdote qui m’a beaucoup plue. Ce jour-là, à mon boulot, il y avait un couple avec un enfant d’un peu moins d’un an. La mère, qui me connait, me demande dans un français approximatif, si j’ai des nouveaux livres à montrer à son bébé. Je propose donc ceux-là. Sceptique mais ouverte, elle écoute. Elle me dit qu’elle ne comprend pas “tas de riz”. Je lui explique le principe du virelangue. Elle me dit alors qu’elle connait, qu’il y en a aussi dans son pays et m’en récite quelques-uns en arabe. Elle interpelle son mari qui dit qu’il ne connait pas cela, qu’il ne s’en souvient pas. Il est un peu en retrait de la conversation. Puis, quand je passe au titre suivant “l’hypotènuse”, il s’exclame: “ah, ça oui, ça je connais, les maths il y en a chez nous !”

Voilà qui bouscule en effet mes idées reçues, j’ai toujours tendance à penser que les mathématiques sont aussi difficiles d’accès aux autres qu’elles me le sont à moi. Ce jour-là, j’ai réalisé qu’il n’en était rien. Je vais donc continuer de travailler avec ces albums et, qui sait, peut être vais-je trouver la famille qui changera aussi mon regard sur la tirade du nez ?

En tout cas, si vous avez des expériences qui vont dans un autre sens, n’hésitez pas à nous en faire part en commentaire, nous sommes tout disposés à entendre d’autres avis.

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