C’était il y a une éternité, c’est l’impression que j’ai, là tout de suite maintenant. C’était peu avant mon anniversaire. Alors vous comprendrez que recevoir un colis plein de livres fut un délice. Nous avions décidé de nous envoyer des paquets. C’était en février à l’Ombre du grand arbre. Bouma avait parlé de ce qu’elle avait reçu, ICI. Moi aussi j’avais ouvert mon paquet sous vos yeux, LÀ.

Bouma voulait avoir mon avis sur demanderl’impossible.com d’Irène Cohen-Janca, car le sien était mitigé… Je ne sais pas si je fus d’une grande aide. Ah si, peut être pour l’embrouiller encore plus.
« Soyez réalistes, demander l’impossible ! »
Ce slogan, Antonin le connaît bien, son tonton Max qui a fait Mai-68 lui a assez répété.
Désirer l’impossible avec sa petite copine Léa pour qu’elle ne le largue pas trop vite.
Ne désespérer de rien, surtout pas de la vie de la famille qui prend un tour plutôt déprimant depuis que sa sœur a pété les plombs.
Rechercher ce qu’on a de commun avec le clochard d’en bas.
Demander l’impossible : Antonin lancerait bien ce mot d’ordre sur les réseaux.
Alors, dans la nuit éclairée de nos écrans, dans notre solitude partagée, on se mobiliserait pour construire un monde moins nul où le seul objectif à atteindre, ce serait notre rêve.
Le rêve de chacun. Parce que personne n’a le même rêve… [4ème de couv.]
Voici notre discussion autour de ce livre…
Contexte : Vous venez de vous asseoir à l’ombre du grand arbre. Nous sommes déjà en train de papoter. Il y a des tasses de thé fumant et quelques berlingots posés à côté. Vous en chipez un, comme ça en passant.

Kik (elle a les sourcils froncés. Elle cherche ses mots. Elle agite les mains. C’est ce qu’elle fait à chaque fois, qu’elle cherche ses mots)
… Sinon pour demanderlimpossible.com j’ai eu du mal avec le style de l’écriture, ou plutôt non… Je ne sais pas trop… La manière dont s’exprime l’adolescent. Le choix du vocabulaire pour parler du SDF en bas de chez lui… Il semblait parfois un peu « con » sur les bords, et pourtant il avait des réflexions poussées sur la société , les relations humaines.
Je ne sais pas si je suis très claire.
(moment de réflexion…)
J’ai été intéressée par ce personnage sans vraiment l’apprécier. À la fin, cette histoire de rêve avec le fils du SDF qui sort de nulle part, alors que juste avant il dénigrait ce tas sans vie contre le mur, qui puait horriblement…
Étrange sensation à la fin de ma lecture.
Bouma (Elle sort un magazine de son sac posé à côté d’elle)
J’avais lu un super article dans Je Bouquine qui insistait surtout sur les changements à l’adolescence, les transformations du frère et de la sœur avec chacun des obsessions (le clodo et la bouffe).
J’ai aimé toute la partie sur les troubles alimentaires de la jeune femme, la psychologie des parents face à ça m’a paru réaliste.
Par contre je n’ai pas du tout compris l’intérêt de la partie avec le clodo. L’écriture ne m’a pas gêné, je l’ai trouvé plutôt agréable, le vocabulaire est parfois assez poussé mais certains ados sont comme ça…
C’est plus la thématique que je n’ai pas comprise.
Et dans le détail, ça donne quoi…
Bouma : Avais-tu déjà entendu parler du roman Demander l’impossible.com avant que je te l’envoie ? Quelles idées t’en faisais-tu d’après le titre et la quatrième de couverture ?
Kik : La couleur verte de ce roman avait attiré mon regard. Je n’avais pas lu le quatrième de couverture. Je ne les lis plus. Il y avait quelque chose dans la photo de couple qui ne me poussait pas à acheter le livre. Je n’avais pas envie d’une histoire d’amour. Mais j’aimais le vert, et le titre aussi. Mon côté geek voulait savoir à quoi faisait référence le *.com. Je ne l’ai toujours pas acheté. C’était en novembre à Montreuil. J’y ai repensé. Je l’ai oublié. Puis en janvier, je suis allée à Nantes au comité de lecture de l’association Nantes Livres Jeunes, dont je fais partie. Il était là. Je pouvais le lire sans l’acheter. Je ne prenais pas un grand risque. Je l’ai mis dans mon sac. Je l’ai posé sur mon bureau. Puis je l’ai laissé là plusieurs semaines, car je suis partie en vacances sans lui. À mon retour j’avais mon propre exemplaire. Tu me l’avais offert. Je l’ai lu la semaine de mon retour !
Bouma : En ce qui me concerne, c’est une critique de ce roman dans le Je Bouquine de Novembre 2012 qui m’a donné envie de le lire. Voilà ce qu’elle disait :
Espèce de normopathe !
Voilà ce qu’on dit d’une personne « accro » à la norme sociale. Ce reproche, Emma le jette au visage de ses parents ; cette élève modèle se bat avec l’anorexie. Son frère, Antonin, qui raconte l’histoire, trouve la vie absurde… Chacun a leur manière, Emma et Antonin posent une seule et même question : comment trouver sa place dans la vie adulte ? Bouleversant.
Avec le recul suite à ma lecture, je suis assez d’accord avec les thèmes sous entendus par cette critique. Pourtant, je ne l’ai pas du tout trouvée bouleversante. Au contraire, j’ai eu du mal à m’attacher au personnage d’Antonin et à sa fascination pour le clochard vivant devant son immeuble. Emma, elle, m’a parue plus crédible dans sa volonté de contrôle absolu, y compris sur son corps. Quand à leurs parents, voici encore des adultes dépassés par les évènements. Ils ferment les yeux.
Et toi que penses-tu de cette critique de Je Bouquine ? Es-tu d’accord avec eux, avec moi ? Quels regards porte-tu sur la situation de ces adolescents ?
Kik : J’ai bien aimé le passage dont parle cette critique. La confrontation d’Emma et de ses parents est dure, mais tellement plausible dans la période de l’adolescence, pleine de questionnements sur soi-même. En jetant cette insulte, « Normopathes » à ses parents, Emma reproche leur petite vie étriquée, alors qu’elle même essaye de tout maitriser, et de rentrer dans certaines normes.
Les liens entre le frère et la sœur m’ont intéressée, et plu. La distance et la confrontation, mais aussi l’inquiétude du frère lorsqu’il sent que sa sœur ne va pas bien.
Par contre l’effacement de la mère, extrême je trouve, m’a dérangé.
Comme toi, je n’ai pas trouvé ce roman « Bouleversant ». Je n’ai pas accroché à la relation avec le SDF. Je n’ai pas cru à l’histoire d’amour.
On a l’impression que l’auteur voulait aborder plusieurs sujets mais sans se centrer véritablement sur un en particulier.
Quelques heures plus tard…
Kik : On n’en a pas encore parlé, mais je ne comprends pas la place de l’oncle, qui est nostalgique de mai 68. On ne sait pas trop ce qui s’est passé avant, dans leur jeunesse. Il est là, on reparle souvent de lui, mais on n’en sait pas non plus suffisamment pour s’intéresser. C’est comme pour le SDF.
Parfois on a l’impression que cet oncle est risible, voire même ridicule, puis à d’autres moments, il prend une plus grande importance, et devient une source de conseils.
Bouma : Cet oncle m’est apparu comme un personnage secondaire en bonne et du forme, un adulte sur qui compter quand on n’a pas envie de parler avec ses parents (ce qu’Antonin va d’ailleurs faire). Voilà pour la forme, après pour le fond de ce personnage, mai 68 fut un tournant important dans la vie de beaucoup de monde, une idéologie parfois difficile à concilier avec la société actuelle. Peut-être est-ce ce qu’a voulu évoquer Irène Cohen-Janca. Comme toi, j’ai trouvé qu’elle explorait beaucoup de thématiques (anorexie, SDF, amour, adolescence, relations familiales difficiles, historique…) et aurais préféré qu’elle resserre son texte sur deux ou trois.
Kik : Au comité de lecture de Nantes Livres Jeunes, j’ai parlé ce livre. Une bibliothécaire m’a dit qu’une lectrice de 14 ans avait adoré ce livre. Elle a été surprise de ce que je lui disais sur les différentes « histoires » ou problématiques mêlées entre elles. De son côté l’adolescente n’avait focalisé sa description du roman, que sur l’histoire d’amour.
Je ne sais plus trop quoi penser de ce roman.
Je pense que je vais le relire. Il m’interpelle. Je n’ai pas tout aimé lorsque je l’ai lu, mais j’ai envie de le relire, pour…. je ne sais pas pour quoi au juste.
Qu’en penses tu de ton côté ?
Bouma : Je trouve ça intéressant de voir que finalement on ne retient pas la même chose d’une histoire. Si je devais citer UN SEUL sujet fort dans ce livre, ce serait l’anorexie et les relations familiales qui en découlent (bon finalement ça fait deux
).
On parle du fond de l’histoire depuis le début. As-tu une ou des remarques à faire sur la forme de ce roman ? Le style de l’auteur ?
Kik : Je n’ai pas spécialement aimé le style de l’auteur. Il a été difficile pour moi d’apprécier la manière dont s’exprime le narrateur. Mais toutes les reflexions mises en avant me poussent à me remettre en question sur ce roman. Une relecture est nécessaire .
Après relecture…
Kik : J’ai repris le roman demanderl’impossible.com pour essayer de comprendre ce qui ne me plaisait pas, ce qui me laissait ce sentiment négatif à la fin de la lecture.
La première page m’avait plu, et elle me plait toujours. C’est le matin, Antonin est en retard pour aller au lycée, il s’énerve contre sa mère, qui avance les horloges pour se donner l’impression que l’on est à l’heure. Lui est très souvent en retard.
J’étais déterminée après ce nouveau commencement du bon pied, à aller jusqu’au bout. Mais il ne fallut pas attendre longtemps, pour que les impressions négatives réapparaissent.
Il faut 2 chapitres, soit 15 pages à Antonin pour mettre son bol dans l’évier et se rendre en cours. Il est vrai que l’on parle d’un début de roman, il est nécessaire de planter le décor, de présenter les personnages, certes… mais sur ces 15 pages, Antonin a le temps de parler de ses problèmes avec les filles, de Mai 68 et de son oncle, de sa soeur qui réussit tout, et de faire des réflexions (que je trouve désobligeantes) au sujet du SDF qui dort en bas de chez lui.
Trop de choses, trop mélangées, trop…
Voilà pour le premier point, ensuite, j’ai été (de nouveau) choquée par les mots utilisés pour décrire le SDF, ou plutôt les SDF dans leur ensemble:
J’examine un peu plus attentivement l’empaquetage au regard vivant. Il dort. J’en profite. Et je découvre un SDF pas tout à fait comme les autres. Pas de bouteille de vin en plastoc qui traîne autour de lui, ni de mégots pourris ramassés sur le trottoir. Pas de copain non plus pour l’accompagner dans sa traversée immobile. (pages 24-25)
Depuis des semaines qu’il occupe le trottoir comme une sinistre installation d’art contemporain, comme une statue dont seuls les yeux vivraient, j’ai oublié qu’il pouvait avoir une voix. (page 29)
J’engouffre tout ce qu’il est possible d’entasser dans cet estomac incroyablement extensible, avec une petite pensée pour l’autre, en bas sur le trottoir, qui ne possède pas plus de claf que de frigo. Et quand je jette à la poubelle tout ce que j’ai entamé sans pouvoir en venir à bout, je pense encore que son frigo, c’est notre poubelle. (page 22, lorsqu’ Antonin goûte en rentrant de cours)
Si on se rend compte que c’est du gaspillage, on ne le fait pas, non ? Et cette image, ne colle pas à celle du frère qui s’inquiète pour sa soeur ensuite. Le personnage d’Antonin m’horripile. Je ne sais pas comment réellement l’expliquer en plus de ces exemples.
Je le trouve incohérent. C’est peut être l’intention de l’auteur de choquer.
Il parle de manière impolie des SDF mais après il s’intéresse à l’homme en bas de chez lui, il l’épie, n’ose pas lui adresser la parole et après imagine ce rêve étrange pour que comme ça d’un coup le SDF mette fin à sa vie errante.
Je n’ai pas aimé non plus, la fin du roman avec ce chapitre « neuf ans plus tard ». Antonin médecin au service des autres.
En résumé: Il m’énerve. Il m’énerve. Il m’énerve.
Je ne peux pas dire que ce roman est mauvais. Il est bien écrit, mais je n’ai pas aimé le personnage, je ne me suis pas du tout attachée à lui, ou à son histoire (que ce soit sa relation, avec Léa, son oncle, ses parents, le SDF. Un peu plus avec sa soeur, mais pas plus que ça non plus).
Voilà !
Quelles sont tes dernières réflexions ?
Bouma : Je comprends ce qui t’horripile chez Antonin, notamment quand je vois les citations que tu as extraites du texte. Pourtant moi je l’ai trouvé intéressant comme personnage, avec une certaine autodérision et surtout changeant comme peut l’être l’époque adolescente. Je crois que je n’ai pas compris cette lecture, ni où l’auteur voulait nous emmener. J’espérais que cette échange avec toi puisse m’éclairer mais je crois que je me pose encore plus de question.
Kik et Bouma finissent de siroter leurs tasses de thé, en silence, en pleine réflexion. Un livre qui dérange, ça interpelle et ça intéresse, peut être plus qu’un coup de coeur unanime.
Pour finir voici l’avis de Bouma de manière plus détaillée, ainsi que celui d’Alice, qui bouquine avec nous à l’ombre du grand arbre. En ce qui me concerne, je n’ai pas réussi à écrire un réel avis. Je suis restée là à regarder ce roman.
Ce livre était arrivé chez moi par la Poste. Bouma voulait partager sa lecture avec moi. Pour qu’il soit lu par d’autres, je l’ai libéré sur un banc public dans Rennes. (C’est un peu une Kik’s Touch, la libération de livres!) Dedans j’ai laissé un message particulier. J’espère avoir un autre avis, pour mieux comprendre… ou pas.

































Pour moi mon coup de cœur arboricole est sans conteste le magnifique album de Rémi Courgeon, Le géant petit cadeau, aux éditions du Père Castor.
Une histoire d’amitié entre une petite fille de 8 ans au prénom unique au monde et un saule pleureur qui ne sait pas pleurer mais sourire… Cette rencontre improbable à la faveur d’un déménagement à la campagne prend des allures de sauvetage d’un arbre voué à l’abattage pour le progrès. De la solidarité, de l’amour et de l’amitié, de la bonne humeur, tels sont les ingrédients de cette histoire d’arbre poétique. Vous risquez de verser une petite larme… et de ne plus voir les saules pleureurs de la même manière. Une histoire originale et sensible.


J’ai redécouvert il y a peu cet album que j’ai lu avec une classe de CP. Une feuille nous raconte sa vie de sa naissance en bourgeon au printemps à son envol à l’automne suivi d’un beau voyage. C’est une belle histoire, douce et mélancolique mais jamais triste. Les illustrations graphiques sont magnifiques et simples en même temps. C’est un livre frais, sobre et original.
Le personnage plante ses petits secrets dans son jardin où poussent des fleurs de secrets. Seulement cette année, pas de fleurs de secrets! Mais le personnage y tient, à ses fleurs. Il décide donc de partir à leur recherche… Barnabé, dans son châtaignier, saura lui dire où elles sont passées.
Deux petits vieux et un arbre qui pousse dans leur maison. De plus en plus grand, il les emmène jusqu’au ciel.


