Prix A l’Ombre du Grand Arbre 2019 : Brindilles et Petites feuilles

Nouvelles catégories à être proposées pour le Prix A l’Ombre du Grand Arbre 2019 : Brindilles pour petite enfance et Petites feuilles pour les Albums.

Trois pour chaque catégorie ont été sélectionnés en interne au blog et sont portés à votre vote. Et vous allez voir, que du beau !

Vous avez jusqu’au dimanche 5 mai pour voter ! Les résultats seront diffusés le jour des 7 ans du blog, le 9 mai.

 

Prix ALODGA 2019, catégorie Brindilles

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Prix ALODGA 2019, catégorie Petites feuilles

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Alors, à vos votes ! Nous comptons sur vous !

Lecture commune : Les amours d’un fantôme en temps de guerre de Nicolas de Crécy

Le 16 octobre dernier, Les amours d’un fantôme en temps de guerre de Nicolas de Crécy recevait le Prix Vendredi, devenant ainsi le deuxième lauréat (Anne-Laure Bondoux avait été la première avec son roman L’aube sera grandiose).

Présenté comme le « Goncourt de la littérature jeunesse, et nommé ainsi en référence à Michel Tournier, ce prix récompense “un ouvrage francophone, destiné aux plus de 13 ans”.

Un livre qui reçoit un prix littéraire suscite toujours la curiosité et fait souvent débat.

A l’ombre du grand arbre, nous sommes curieuses et nous aimons débattre. De fait, nous avons décidé de faire une lecture commune autour de ce roman atypique…

Les amours d’un fantôme en temps de guerre

de Nicolas de Crécy (Albin Michel 2018)

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Hashtagcéline : J’avoue que j’étais passée un peu à côté de ce roman lors de sa sortie. Le fait qu’il reçoive le Prix Vendredi m’a incitée à me pencher sur le cas de ce fantôme. Et pour vous, c’était quoi le déclic? Le prix? Le bouche à oreille? L’auteur? Les illustrations?

Sophie : Comme toi, je ne l’avais pas vu passer à sa sortie. C’est au moment de sa sélection au Prix Vendredi que je l’ai découvert et que je l’ai lu un peu après. J’avais surtout envie de le découvrir pour voir comment était fait ce roman très illustré et la place qui était vraiment laissée à l’image

Pépita : Tout pareil, c’est le Prix Vendredi qui me l’a mis en lumière. J’étais intriguée par la forme, envie d’aller voir cette articulation texte/images dans un roman qui plus est pas vraiment estampillé jeunesse. Aucune idée non plus de l’auteur que je ne connaissais pas. Bref, de quoi susciter ma curiosité de lectrice !

Isabelle : De mon côté, je dois admettre que je n’avais pas repéré du tout ce livre. Comme de plus en plus souvent, c’est vous qui avez attiré mon attention – notamment quand j’ai lu la critique de Sophie ! Après avoir vu qu’il s’agissait d’histoire et de politique, ma curiosité a été piquée. J’ai évidemment saisi la première occasion de le feuilleter en librairie et j’ai eu immédiatement un coup de cœur pour les illustrations !

Hashtagcéline : Justement, parlons-en de ces illustrations… Nombreuses, presque à chaque double page, elles occupent une place très importante dans le roman. Pour ma part, c’est ce qui fait l’attrait principal de ce livre mais aussi son originalité. Qu’en est-il pour vous? Qu’avez-vous ressenti ? Selon vous qu’apportent-elles au roman?

Pépita :Je suis tout à fait de ton avis. Elles apportent un réel plus et sont très bien intégrées dans la narration, sans percuter les propres images du lecteur. Il y en a de très touchantes, d’autres terribles. Elles ont une belle unité de tons et d’atmosphère.
De ce point de vue, une réussite !

Isabelle : D’accord avec vous ! L’atmosphère est très particulière, empreinte de mélancolie et pleine de contrastes entre ombre et lumière, entre la douceur de l’entourage du petit fantôme, la beauté des paysages et l’horreur de la guerre. Ce sont de vrais tableaux et c’est assez incroyable d’avoir pu atteindre une telle qualité dans le cadre d’un ouvrage aussi long… Et elles sont bien pensées, prolongent le récit, voire prennent carrément le relais sur le texte. C’est probablement le principal point fort de ce livre.

Bouma : Les illustrations sont vraiment magnifiques. Elles attirent tout de suite le regard avec ce trait crayonné incisif mélangé à des couleurs très surannées. Je vous rejoins donc sur cette atmosphère particulière qui s’en dégage. Après j’avoue m’être demandée tout au long de ma lecture si elles avaient précédé l’écriture du texte, si c’était l’inverse ou si l’auteur avait construit les deux en parallèle. Ça ne change rien à leur qualité mais ça me trotte encore dans la tête.

Hashtagcéline :Ce roman nous plonge dans un univers où les fantômes existent et vivent parmi nous. Malgré le caractère en soi surnaturel de la chose, j’avoue que parfois, j’y ai trouvé quelques incohérences et j’ai eu quelques difficultés à complètement adhérer. Et vous? Comment l’avez-vous ressenti ? Avez-vous aimé évoluer dans ce monde spectral?

Sophie : Au contraire, j’ai totalement adhéré à l’univers. Il est vrai que je me souviens d’un moment où j’ai trouvé que le lien entre l’univers des humains et celui des fantômes manquait de logique mais ça ne m’a pas empêché d’apprécier l’histoire. Ce que j’ai préféré, c’est ce passage au musée où un personnage raconte au héros que l’on peut clairement voir la présence de fantômes dans l’œuvre artistique de certains humains. J’aime bien cette idée que des mondes parallèles puisse croiser notre univers à nos dépends, qu’il y a quelque chose qui existe qui va plus loin que ce que voient nos yeux.

Bouma : Dans ce roman, le surnaturel apparaît pour moi comme un écho des problèmes du monde ; c’est d’ailleurs ainsi que l’explique le héros fantomatique. J’avoue donc ne pas m’être réellement attachée à cette caractéristique du récit mais plutôt aux aspects historiques. La figure du fantôme “résistant” allait de soi puisqu’il devait rester caché et ne pas apparaître aux yeux des humains comme des fantômes acides.

Pépita : J’ai été séduite au départ par la forme du récit mais j’avoue que j’ai trouvé que la narration manquait de pep’s assez rapidement. Et puis si j’ai bien saisi les allusions au monde des humains, j’ai comme toi été gênée par les incohérences. Comme les fantômes qui survolent, j’ai trouvé certains aspects pas assez profonds dans le développement et je me suis parfois perdue, voire j’ai été un peu agacée par les redites dans les ressorts de l’intrigue. On finit par tourner un peu en rond.

Bouma : Ça je suis d’accord avec toi Pépita, même si j’ai moins été gênée que toi par ces incohérences, j’ai trouvé certaines longueurs au récit… puisque le fantôme semble toujours revenir à son point de départ (au sens figuré).

Isabelle : Je vous rejoins complètement là-dessus. C’est curieux d’ailleurs, car les thématiques du roman (qu’il s’agisse de la période historique, des idéologies haineuses, des liens familiaux ou de l’adolescence) me tiennent toutes vraiment à cœur et j’ai trouvé l’écriture très belle. Et pourtant, j’ai eu énormément de mal à entrer dans cette histoire. Est-ce lié à la mise à distance du fait de l’inscription dans le monde des fantômes qui m’aurait empêchée de m’identifier pleinement ? Je pense plutôt que cela vient de la trame narrative qui m’a semblé un peu flottante, sans mauvais jeu de mot ! On voit bien qu’il s’agit de la montée du fascisme et il y a des enjeux autour de la capacité des fantômes à résister, mais au niveau individuel de notre petit fantôme, on a souvent l’impression qu’il erre dans ce monde dévasté sans savoir ce qu’il cherche et ce qu’il est censé trouver, puisque l’on comprend dès le départ qu’il ne retrouvera pas sa famille.

Hashtagcéline :Dans ce roman, le titre l’annonce : “Les amours d’un fantôme en temps de guerre” Qu’en pensez-vous ? Vous semble-t-il pertinent à la lumière de votre lecture ? Qu’est-ce qui pour vous fait l’essence de ce roman : l’amour ou la guerre (ou les deux) ? Et lequel de ces deux aspects vous a le plus touché/intéressé?

Bouma : C’est un peu la conclusion de mon billet sur ce roman, ta question. Je n’ai pas compris le titre et ai attendu longtemps les amours de ce fantôme… Je trouve que la guerre, et donc l’aspect historique dont je parlais précédemment, sont vraiment au centre du roman. La question sentimentale est vraiment subsidiaire, à tel point que je ne m’en rappelle plus grand chose.

Isabelle : Là encore, je suis complètement d’accord avec vous. Je n’y ai pas réfléchi sur le moment, mais en lisant le billet de Bouma, je me suis dit que ce titre était effectivement curieux. Il est, certes, question de la disparition des parents du fantôme qu’il aime sincèrement, puis d’une jeune fantôme qui l’accompagne un moment et dont il s’éprend, puis d’une jeune humaine dont le lecteur aura sans doute entendu parler. Mais cette dimension sentimentale n’est pas creusée et n’est pas vraiment articulée à l’intrigue. Il me semble que le roman n’aurait pas été vraiment différent sans ces émois du protagoniste…

Sophie : Je vous rejoins également puisque j’ai aussi été surprise de la présence très secondaire de l’amour dans l’histoire. Comme le dit Isabelle, il y a un amour familial, une ébauche de premier amour mais rien qui ne justifie ne le titre. J’aurais plus vu “Les aventures d’un fantôme en tant de guerre”.

Hashtagcéline :Ce roman est paru chez Albin Michel tout court, sans la mention “jeunesse”. Sur le site de l’éditeur, il le conseille “Pour les jeunes lecteurs comme pour les adultes (à partir de 13 ans)”. Qu’en pensez-vous?

Isabelle : Je suis contente que tu poses cette question, Céline, car c’est effectivement loin d’être évident… Il me semble que l’univers fantomatique est assez enfantin, cela m’intéresserait de savoir si cela parle à des ados ou des jeunes adultes. En même temps, il y a des passages vraiment ardus pour des lecteurs trop jeunes, non ? Je pense par exemple aux réflexions métaphysiques du fantôme du musée, que j’ai dû moi-même relire plusieurs fois avant de les comprendre… Et les références historiques ne pourront être pleinement saisies que par celles et ceux qui auront déjà étudié l’histoire du 20ème siècle. Je ne saurais donc pas bien à qui destiner ce roman. Et vous?

Pépita : J’ai le même ressenti. Il joue sur plusieurs cibles de public et ce positionnement est loin d’être pertinent dans la mesure où effectivement il faut des clés de compréhension. Il semblerait-et cela rejoint nos réponses aux questions précédentes-que la narration qui s’effiloche au fur et à mesure donne une apparente simplicité alors qu’il n’en est rien. Le titre aussi. Est-ce la forme qui a conduit l’éditeur à faire ce choix ? Je ne peux me résoudre que ce soit sur le fond tout de même…Il serait intéressant d’avoir son retour je trouve. Car bibliothécaire jeunesse je suis et j’aurais bien du mal à le conseiller à de jeunes lecteurs. A partir de 13 ans, pourquoi pas mais encore faut-il être bon lecteur car moi aussi, comme toi Isabelle, je me suis parfois perdue.

Bouma : Effectivement, je suis d’accord avec vous. Il faut vraiment avoir étudié ce contexte historique pour comprendre certaines références de l’histoire. D’un autre côté, je trouve que la forme, avec les illustrations, peut “refroidir” certains adultes qui y verraient un côté enfantin (alors que pas du tout). Pour moi c’est un peu un OLNI qui doit vraiment être conseillé pour trouver son lectorat.

Sophie : Je l’ai vraiment lu avec l’idée qu’il se destinait plus aux ados, à partir de 13 ans me semble bien. Pour moi ce n’est pas complètement gênant s’ils n’ont pas toutes les références nécessaires. Peut-être seront-ils amenés à repenser à ce livre le jour où ces références se présenteront à eux.

Hashtagcéline :Face à La tête sous l’eau d’Olivier Adam (Robert Laffont), Brexit romance de Clémentine Beauvais (Sarbacane), Pâquerette, une histoire de pirates de Gaston Boyer (Gallimard Jeunesse), Rester debout de Fabrice Colin (Albin Michel), Un mois à l’ouest de Claudine Desmarteau (Thierry Magnier), Trois filles en colère d’Isabelle Pandazopoulos (Gallimard Jeunesse), et Pëppo de Séverine Vidal (Bayard), ce roman a reçu cette année le Prix Vendredi 2018. Vous en pensez quoi?

Sophie : En fait, j’étais un peu partagé à l’annonce du résultat. D’un côté, je trouve intéressant de mettre en avant un livre qui sort du lot principalement par sa forme illustrée. Mais en même temps, je trouve dommage que ce ne soit pas un livre plus représentatif de la littérature ado du moment.

Pépita : Tout comme Sophie, je suis partagée sur la cible de ce roman. Je pense que ce qui a séduit, c’est la forme originale. Mais c’est vrai que cela brouille sur le positionnement littérature ado.

Isabelle : De mon côté, j’ai réagi à l’annonce du prix avec beaucoup de curiosité puisque je ne connaissais pas encore ce roman. Je n’ai pas lu l’ensemble de la sélection, mais les livres que j’ai eu l’occasion de lire sont tous des coups de cœur, chacun à leur manière. On peut toujours penser que d’autres romans auraient mérité d’être distingués mais in fine, ce type de prix répond aussi à une sensibilité particulière : selon quels critères comparer des romans si différents les uns des autres ? J’aurais été intéressée de lire un argumentaire du jury, de connaître les raisons qui l’ont fait pencher pour ce roman-là. En tout cas, je partage un sentiment d”urgence d’entretenir la mémoire du 20ème siècle et beaucoup d’admiration pour les illustrations et le côté original !

 

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Retrouvez nos avis à propos de ce roman sur nos blogs :

Lecture commune : Brexit Romance, de Clémentine Beauvais

Avec Brexit Romance, Clémentine Beauvais a signé l’un des romans les plus attendus de l’automne. Ce livre à mi-chemin entre roman, théâtre et opéra, sur un sujet d’une actualité brûlante, avait tout pour faire parler de lui ! Ce que nous avons fait, bien entendu, à l’ombre de notre grand arbre. Et comme nos avis divergeaient, la discussion a été animée ! N’hésitez surtout pas à prolonger ces échanges en nous faisant part de vos ressentis…

 

Brexit Romance, de Clémentine Beauvais. Éditions Sarbacane, 2018

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Pepita : Brexit Romance et Clémentine Beauvais + Sarbacane : vous vous attendiez à quoi en ouvrant ce roman ?

Hashtagcéline : J’ai beaucoup aimé les autres titres de Clémentine Beauvais donc j’y allais plutôt de façon assez enjouée. En revanche, non pas que je ne m’intéresse pas à l’actualité, le sujet du Brexit ne m’attirait pas particulièrement. J’avais un peu peur que cela rende l’histoire indigeste. Surtout qu’il fait tout de même 450 pages… Après, si je l’ai ouvert c’est que je faisais confiance à Clémentine Beauvais pour rendre le tout intéressant et surtout amusant. Et vous 450 pages sur le Brexit, ça vous tentait ?

Isabelle : De mon côté, le sujet du Brexit me parle énormément puisque je suis amenée professionnellement à travailler sur la politique européenne. Pour changer des publications scientifiques que je côtoie toute la journée au travail, j’essaie généralement, quand je lis pour le plaisir, de choisir des choses qui me changent les idées, surtout lorsque le contexte est particulièrement déprimant, comme en ce moment. Et je dois dire que je n’y connais rien en “romances” car je n’en lis jamais ! Mais là, j’étais très intriguée : la couverture suggère quelque chose de léger et joyeux, et même le titre est presque un oxymore… Comment Clémentine Beauvais pouvait-elle bien s’y être prise pour associer romance, humour et Brexit ? C’est donc avec énormément de curiosité que j’ai ouvert le livre !

Carole : J’attends toujours avec impatience un roman de Clémentine Beauvais. Celui-ci peut être avec une certaine appréhension, après le sublime Songe à la douceur. Quant au thème du Brexit, j’observe la politique européenne en général, et sachant que Clémentine vit en Angleterre où elle y enseigne, son sens de l’humour, et sa maîtrise des deux langues, je me doutais du ton de ce roman. Il n’en reste pas moins que j’ai été très agréablement surprise du fond (social pour résumer) qui cette fois a vraiment pris le dessus sur la forme !

Pepita : Alors justement, il parle de quoi ce fond ? Un petit résumé à plusieurs mains s’impose !

Isabelle : Il me semble qu’il s’agit avant tout d’une génération que Clémentine Beauvais croque à merveille : celles des “millenials” qui, de part et d’autre de la Manche, sont complètement pris de court par le vote pour le Brexit. Étudiants, fondateurs de start-ups, militants féministes, végétariens-écolos ou conservateurs, d’origine modeste ou aisée, ils sont surtout profondément ouverts sur le monde et attachés à leur liberté de circuler à travers le continent européen. L’une d’entre eux, la jeune et pétillante Justine Dogson, imagine un complot complètement farfelu : marier ensemble des Français et des Anglais pour permettre à ces derniers de conserver un passeport européen – tout en faisant « un gros fuck au gouvernement et aux abrutis qui ont voté Brexit » (et au passage à l’institution du mariage !). Mais rien ne se passe évidemment comme prévu…

Hashtagcéline : Pour ma part, j’ai eu du mal à entrer dans l’histoire… Il m’a fallu une centaine de pages pour me faire aux personnages et à l’univers. Une fois lancée, en revanche, j’ai vraiment apprécié ma lecture. Avez-vous eu ce même ressenti ?

Isabelle : Je me demande si cette difficulté à garder le fil n’est pas lié au fait que l’autrice jubile tellement à incarner ces personnages et leurs échanges que l’intrigue semble parfois passer au second plan… J’ai parfois eu l’impression qu’avec cette intrigue loufoque qui ne semble pas se prendre au sérieux, Clémentine Beauvais voulait surtout évoquer notre époque et une certaine génération.

Pepita : Oui, tout à fait, c’est bien le ton de ce roman, une génération décomplexée, qui ne souhaite pas que le politique empiète sur sa liberté.

Isabelle : Comment caractériseriez-vous les personnages principaux ?

Pepita : Il y en a tellement je trouve ! Je dirais que pour certains ils sont complètement à l’opposé. Si certains vivent pleinement leur époque, d’autres semblent d’un autre temps, ce qui donne des situations parfois loufoques.

Isabelle : C’est vrai qu’il y a beaucoup de personnages qui forment une sorte de kaléidoscope de notre époque qui est à la fois celle de la modernité, de l’ouverture sur le monde et des flux de communication perpétuels, et celle d’une société de plus en plus polarisée… J’ai trouvé que Clémentine Beauvais faisait preuve d’un énorme talent pour brosser ces différents portraits – celui des startupers “bobos”, de l’intellectuel de gauche français, de l’avocate féministe américaine, des militants anticapitalistes, des dirigeants de UKIP… Ils sont décrits de façon très juste.

Pepita : Du coup, tu me permets de rebondir Isabelle : je te rejoins mais en même temps cela donne un côté artificiel qui m’a un peu agacée, du coup. A trop vouloir tout démontrer, on en devient superficiel.

Isabelle : Je pense que la réaction dépendra un peu des affinités du lecteur ou de la lectrice : personnellement, j’ai beaucoup ri des dialogues, des idées bien trempées et de l’excentricité des personnages (qui m’ont pour beaucoup évoqué des personnes rencontrées dans la vraie vie). J’ai donc pris du plaisir à me laisser promener au fil de ces digressions… Mais je peux concevoir que d’autres lecteurs puissent perdre un peu le fil de l’intrigue.

Pepita : Un peu compliqué à appréhender pour des 13 ans, la cible affichée de ce roman par Sarbacane non ?

Isabelle : Je suis complètement d’accord avec toi. La collection et la couverture bleu layette visent un lectorat jeune. Il me semble que rares sont les lectrices et lecteurs de cet âge-là qui pourront saisir l’ensemble du propos et vu que la dimension sociale et politique est ce qui donne l’essentiel de la chair de ce roman, je le destinerais plutôt à des adultes – jeunes ou moins jeunes !

Un mot sur la forme ? Le roman est original aussi de ce point de vue, non ?

Carole : Comme toi, j’ai vraiment ri sur les dialogues, et notamment la repartie de Kamenev (certainement plus du même âge que moi que les autres personnages). Les dialogues sont quasi théâtraux en fait, hyper rythmés, inclus dans le récit par le retrait des tirets et le choix de guillemets simples. C’est assez surprenant d’ailleurs, mais la lecture reste fluide. Il oscille vers le vaudeville et l’opéra par moments. L’écriture inclusive et le bilinguisme y sont maîtrisés et élégamment distillés je trouve. Tous ces éléments lui confèrent une forme stylistique assez originale et discrète (par rapport à Songe à la douceur notamment, beaucoup plus visuel).

Isabelle : Oui, j’ai moi aussi trouvé cette forme très rafraîchissante. Clémentine Beauvais navigue entre théâtre, opéra et roman, mais avec une bande-son et des incursions de conversations par SMS et des échanges parallèles sur les réseaux sociaux ! Je n’avais jamais rien lu de tel !

Si vous deviez résumer ce roman en un seul mot, quel serait-il ?

Pepita : Audace !

Isabelle : Oui, je te comprends ! Pour ma part, je dirais peut-être modernité… Je n’ai pas pu m’empêcher de me demander si Clémentine Beauvais n’avait pas fait un pari risqué, en proposant un roman qui risque de paraître daté lorsque Facebook, Twitter, Uber et le UKIP seront passés de mode et lorsque les innombrables allusions à notre époque seront devenues difficiles à décrypter pour celles et ceux qui ne l’auront pas vécue. Mais en attendant, cela fait sacrément du bien de rire de tout cela…

Un mot de la fin ?

Pepita : Un roman qui pour ma part ne m’a pas laissé beaucoup de souvenirs,j’admire profondément l’intelligence de l’autrice, sa verve, sa vivacité mais j’ai eu du mal à adhérer au sens politique de ce roman.

Isabelle : Nos avis divergent là-dessus, j’ai trouvé que la génération au cœur du roman et ses multiples paradoxes y étaient évoqués avec beaucoup d’intelligence… Mais ce sont aussi les différences de sensibilité et de lecture que nous pouvons avoir qui font la richesse des lectures communes à l’ombre du grand arbre !

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Retrouvez nos avis à propos de ce roman sur nos blogs :

Nos coups de coeur de février !

Les mois défilent et c’est déjà le retour de cette rubrique coups de cœur du mois précédent !

Février, ce sont les jours qui rallongent enfin, les prémices du printemps, et de belles lectures !

Les voici…

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Isabelle, de l’île aux trésors, a eu le coup de foudre pour Calpurnia, de Jacqueline Kelly (L’école des loisirs, 2014). Un merveilleux roman qui nous fait voyager dans le Texas de 1899. À travers le quotidien de Calpurnia, 11 ans, on découvre comment l’initiation aux méthodes scientifiques peut être vecteur d’émancipation – et on rit beaucoup. Un prix Sorcière pleinement mérité à (faire) découvrir de toute urgence si vous ne l’avez pas lu !

Son avis et celui de Pepita

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Pour Sophie de La littérature jeunesse de Judith et Sophie, le coup de cœur se porte sur un mystérieux rendez-vous. Quand deux enfants sont réveillés en pleine nuit par leurs parents pour partir marcher à la rencontre de ce fameux rendez-vous, il y a de quoi être curieux. Cet album est illustré tout en bleu nuit avec quelques raies de lumière, on pourra y chercher tous les détails nocturnes qui se dissimule dans le décor.

Nous avons rendez-vous de Marie Dorléans au Seuil jeunesse

Son avis

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Pour Alice d’A lire aux pays des merveilles, c’est le roman Summer Kids de Mathieu Pierloot (l’école des Loisirs) qui a soufflé chez elle comme un air estival !

Antoine, terrassé par un chagrin d’amour vivra l’été de tout les possibles ? Un petit job d’été, une bande d’amis, des soirées festives… suffiront-ils à lui faire remonter la pente?

Une histoire vraie, authentique, touchante … loin des caricatures !

Son avis , celui de Pépita et de HashtagCéline.

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Pour Pépita, ce sont les conversations entre une poule et un poisson, savourées en début de mois, qui l’emportent : un ton unique, un vrai bonheur de lecture qui tord le cou aux préjugés et fait réfléchir sur nos différences qui finalement n’en sont pas. Il suffit souvent d’aller vers l’autre, de se parler et de s’écouter. Hamaïka et Jonas, je ne suis pas prête de les oublier !

Hamaïka et le poisson, Pierre Zapolarua, illustrations d’Anastasia Parrotto, éditions MeMo, collection Petite Polynie

Son avis et celui de HashtagCéline.

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HashtagCéline a vu le monde sans dessus dessous et cela lui a beaucoup plu ! Avec Renversante, le roman de Florence Hinckel illustré par Clothilde Delacroix, les enfants sont amenés à s’interroger de manière intelligente sur l’égalité homme-femme et sur les inégalités persistantes. Une lecture nécessaire.

Son avis.

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Pour Bouma et son Petit Bout de Bib(liothèque), c’est une bd qui a trouvé sa place sur ses étagères. Avec le premier tome de la série Les Croques, on entre dans la vie d’une fratrie dont le terrain de jeu est le cimetière juxtaposant leur maison. Et quand ils découvrent de mystérieuses lettres gravées derrière les tombes, c’est le début des frissons.

Les Croques T.1, Tuer le temps de Léa Mazé, Editions de la Gouttière 2018

Son avis

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Pour Aurélie et son atelier de coeurs, c’est un autre roman de la collection polynie des éditions Mémo :

L’arrêt du coeur d’Agnès Debacker et Anaïs Brunet. Elle a aimé l’émotion que dégage ce roman qui raconte des secrets du passé, l’amitié d’un petit garçon avec sa voisine et la confrontation avec le deuil et la mort. L’image de la théière restera gravée dans sa mémoire. Ce moment de lecture fut pour elle, une vraie parenthèse où seul le plaisir de lire de jolis mots comptait.

L’arrêt du coeur ou comment Simon découvrit l’amour dans une cuisine d’Agnès Debacker, illustré par Anaïs Brunet, collection polynie, éditions Mémo 2019.

Son avis et ceux de Pépita et Hashtag Céline

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Pour Chloé, de Littérature enfantine, c’est les aventures pleines de pep’s des petits Marsus, qui malgré eux ont quitté la jungle pour visiter la grosse pomme.

Les petits marsus et la grande ville de Benajmin Chaud, Little Urban.

Son avis

Prix A l’Ombre du Grand Arbre 2019 : Branches dessinées

EN cette fin de mois de février, nous venons vous proposer une troisième catégorie du Prix À l’Ombre du Grand Arbre 2019 : les Branches dessinées. Vous l’aurez compris, il s’agit des bandes-dessinées. Nous en avons sélectionné trois et c’est maintenant à vous de choisir celle que vous préférez.

Le principe est simple, c’est au public de faire son choix parmi les livres proposés.
Pendant les prochains mois, nous vous proposerons au vote les différentes catégories du Prix. Vous aurez donc jusqu’au dimanche 5 mai pour voter ! Les résultats seront diffusés le jour des 7 ans du blog, le 9 mai.

Prix ALOGDA 2019, catégorie Branches dessinées

Daphné Collignon - Calpurnia Tome 1 : .

Frédéric Bernard et Benjamin Flao - Le secret de Zara.

Loïc Clément - Chaque jour Dracula.

Quelle est votre bande-dessinée jeunesse préférée ?

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A vos lectures et… à vos votes !

Prochain rendez-vous le lundi 25 mars pour les sélections Brindilles (albums petite enfance) et Petite feuilles (albums).