Esprit, es-tu là?

Revenants, fantômes et autres esprits sont des personnages très exploités en littérature jeunesse. A quelques jours d’Halloween, voici une sélection de quelques lectures pour frissonner en famille !

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Lucie rappelle à votre mémoire Les amours d’un fantôme en temps de guerre, lauréat du Prix Vendredi 2018, qui avait fait l’objet d’une lecture commune ici. Très joli roman graphique, il apporte une vision singulière de la seconde Guerre Mondiale à travers les yeux d’un jeune fantôme.

Les amours d’un fantôme en temps de guerre de Nicolas de Crécy, Albin Michel

Les avis de Bouma, Pépita, Isabelle et Lucie.

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Dans un genre différent, L’étrange vie de Nobody Owens propose l’histoire d’un orphelin recueilli par un couple de revenants. Sa vie quotidienne et son éducation sont prises en charge par les fantômes hantant le cimetière qui lui sert de foyer, jusqu’à ce que la vie rattrape Nobody. Une inventive réécriture du Livre de la Jungle.

L’étrange vie de Nobody Owens de Neil Gaiman, Albin Michel

L’avis de Lucie.

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Ce matin, Jonah se réveille seul chez lui, dans le Yukon. Ses parents sont partis chercher des plumes d’oie pour fourrer des oreillers. Se sentant à l’étroit dans la minuscule pièce qui leur sert de logement, il décide de partir en reconnaissance dans la forêt malgré le froid glacial. Le vieux Stegner lui a pourtant conseillé de se tenir à distance de cet endroit.

La Route Froide
La route froide, de Thibault Vermot, Editions Sarbacane.

Une aventure qui emmène le lecteur dans une atmosphère glaçante dans les deux sens du terme ! 😉

L’avis de Claudia.

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Un album sombre et angoissant qui aborde avec pudeur le délicat sujet du suicide des adolescents. Le train fantôme devient ici la métaphore de la dépression et du chemin à parcourir pour en sortir. Lina, affrontant le mal être de son frère ainé représenté par des fantômes et autres créatures monstrueuses, porte le récit avec espoir et optimisme.

Le train fantôme, de Didier Lévy, illustré par Pierre Vaquez, Editions Sarbacane.

L’avis de Linda.

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Ce roman graphique est sombre comme une nuit d’encre ! À l’image de la tranche noire du livre, cette lecture est plongée tout entier dans les ténèbres, le lierre et les barbelés. Entre passé et présent, c’est le fantôme d’une habitante de l’orphelinat de Thornhill qui fait le trait d’union… Thornhill promet une bonne dose de frissons, mais ce n’est pas que ça. Cette histoire évoque avec justesse les affres de la solitude et du harcèlement.

Thornhill, de Pam Smy, Le Rouergue

L’avis d’Isabelle

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Effrayant dès les toutes premières pages, il nous entraîne dans un décor spectral de garrigues et de vallons, au creux d’une nuit d’été où tout, absolument tout peut arriver… Le cocktail est détonnant : une intrigue haletante, des personnages (morts et vivants) inoubliables, des dialogues savoureux et un art sidérant de faire rire des choses les plus terribles.

Hugo de la nuit, de Bertrand Santini, Grasset Jeunesse.

Les avis de Pépita, de Linda, de Bouma et d’Isabelle.

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Ce qu’on peut trembler à la lecture de ce roman ! Colorado train, c’est un roman âpre, entre conte et légende des montagnes, mais aussi la réalité d’un monstre humain qui rôde autour de la chair fraîche des enfants. 
Âmes sensibles s’abstenir ou plutôt évitez donc de lire ce thriller le soir !

Colorado Train de Thibault Vermot, Sarbacane

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Une série sur les fantômes ? Si, ça existe : Ava et les fantômes ! Ava a un don très particulier mais bien embarrassant : depuis l’âge de trois ans, elle voit les fantômes, peut leur parler et eux-mêmes s’en apercevoir. Cela va la mener dans des enquêtes pour le moins stupéfiantes puisque les fantômes lui demandent directement de l’aide. Cinq volumes parus.

Série Ava en 5 volumes , de Maïté Bernard, Syros, Grand format

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Un recueil de nouvelles fantastiques, huit histoires de fantômes écrites par de grands auteurs classiques. Entre humour, horreur ou épouvante, ces histoires font frissonner de peur et de plaisir. De Guy de Maupassant à Oscar Wilde, en passant par Gustavo Adolfo Bécquer ou encore Edgar Allan Poe, voici un tour du monde des histoires fantastiques horrifiques dans un format album illustré par le talentueux Maurizio A.C. Quarello.

Et parfois ils reviennent…, Collectif, Sarbacane

L’avis de Linda.

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Ce thriller fantastique pour adolescents se joue sur fond de phénomènes paranormaux et de maison hantée. La petite sœur se réveille en hurlant la nuit puis se met à parler avec une amie qu’elle seule peut voir, des formes humaines sortent des murs… Seul à prendre conscience de cette situation terrifiante, Malo se lance dans une enquête surnaturelle qui met son courage à rude épreuve. Une lecture pour se donner quelques frissons!

Celle qui marche la nuit de Delphine Bertholon, Albin Michel

L’avis de Linda.

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Récit fantastique, cette bande dessinée aborde les difficultés de l’adolscence et de s’intégrer quand on se sent différent. La rencontre d’Anya avec le fantôme d’Emily, morte quelques 90 ans plus tôt, apporte un tour inattendu au récit qui fait froid dans le dos.

La vie hantée d’Anya de Vera Brosgol, Rue de Sèvres

Les avis de Bouma et de Linda

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Et vous ? Aimez-vous trembler de peur en tournant les pages d’un livre ? Quels sont vos fantômes préférés ?

Lecture commune : Alma, tome 1. Le vent se lève

Il y a des lectures qui font bruisser d’émotion toutes les branches de notre grand arbre ! Alma, le nouveau roman de Timothée de Fombelle, fait indéniablement partie de celles-là. Avant même sa sortie, nous brûlions de découvrir ce livre et après l’avoir dévoré et refermé, l’envie était là de prolonger la lecture en échangeant nos impressions…

Alma, le vent se lève. Gallimard Jeunesse, 2020

Lucie : Cette couverture foisonnante, on en parle ? Que vous a-t-elle inspiré ?

Isabelle : Les illustrations plantent bien le décor. Elles ont quelque chose des gravures des livres anciens, non ? Et pourtant, les lettres orange du titre claquent, Alma trône sur cette couverture avec son arc tendu, le sous-titre annonce que le vent va se lever, les détails nous font pressentir l’ampleur des péripéties à venir !

Pépita : Tout à fait, un style désuet avec des dessins comme des vignettes-moments clés et Alma et sa détermination ! Les petits oiseaux dorés aussi, très symboliques ! Un vent d’aventures en une seule couverture.

Frédérique : Je n’ai pas trop fait attention à la couverture, je n’ai pas trop regardé de peur que les détails m’en dévoilent trop sur l’histoire… Comme pour un film, je ne lis jamais rien avant d’aller en voir. Ayant terminé la lecture, je m’y suis penchée et comme un bon album jeunesse : l’histoire commence avec la 1ere de couv ! Je m’en rend compte lorsque je ferme le livre et cela m’aide dans mon analyse pour faire la p’tite chronique qui suivra.

Lucie : J’aime bien l’idée de Frédérique de revenir à la couverture après la lecture pour y retrouver des indices. Mais je suis définitivement trop curieuse pour ça. La taille du roman, mes précédentes lectures de Timothée de Fombelle et ce foisonnement en couverture m’avaient placée dans l’attente d’une grande fresque d’aventures. Je partage ton avis Isabelle, le contraste entre ces “presque gravures” vertes et ce titre orange claque. On attend une certaine énergie, un tourbillon de péripéties. Je dois dire que j’ai été agréablement surprise de retrouver François Place pour les illustrations, et de constater dès la couverture que le tandem (et l’éditeur) prenaient le contre pied de la couverture (à juste titre) minimaliste de Tobie Lolness.

Lucie : Une fois n’est pas coutume chez Timothée de Fombelle, le roman s’ouvre dans un lieu paradisiaque, une sorte d’Éden protégé du reste du monde. On sent rapidement qu’une menace plane mais au début, tout est calme, idyllique. Vous souvenez-vous de ce que vous avez imaginé de cette famille et de son mode de vie, quand vous l’avez découverte ?

Frédérique : Je n’ai pas senti la menace comme toi, peut-être pour me protéger et savourer ce moment de pure quiétude familiale… Trop de naïveté sans doute, je voulais égoïstement me délecter de tous ces moments de bonheur. Un mode de vie proche de la nature, en osmose et surtout respectueuse de ce qu’elle offre. Des enfants aimants et aimés, joueurs et en même temps sérieux (surtout Alma très protectrice avec son frère). Une grande paix intérieure !

Pépita : J’ai adoré ce début, ce regard d’enfance sur le merveilleux, cette attention si particulière de Timothée de Fombelle aux moindres détails : la grande sœur qui guette les réactions de son frère, cette ombre de “zèbre” bienveillante, les dialogues si purs entre les deux enfants, la description de cet Éden. Du coup, j’ai éloigné la menace qui semble poindre en effet. Je n’ai voulu que le meilleur de ce moment magique. Et puis ce n’est que le début, je voyais bien que l’épaisseur du livre allait me faire vivre moult péripéties !

Isabelle : C’est drôle que tu poses la question, Lucie, c’est une réflexion que je me suis faite aussi en lisant ces pages : Timothée de Fombelle m’avait habituée à un démarrage sur les chapeaux des roues, au cœur de l’action et souvent au milieu de l’intrigue – les premières pages de Vango et de Tobie Lolness sont assez incroyables de ce point de vue ! Là, on voit tout de suite que c’est différent, une atmosphère de calme avant la tempête. Comme vous, j’ai été gagnée par la tendresse qui unit cette famille et par la beauté de l’écrin de nature où elle vit. Et soufflée par la poésie avec laquelle Timothée de Fombelle nous y entraîne : ses mots évoquent le grésillement des gouttes de pluie au contact de la terre brûlante, un figuier sycomore, le chant des cigales, et le décor semble prendre vie.

Lucie : Je suis tout à fait d’accord avec toi, Isabelle. J’ai une passion pour les descriptions de Timothée de Fombelle. En quelques mots choisis et souvent avec des images très poétiques il nous emporte dans un pays, un univers… C’est un talent dont je suis très admirative. Bizarrement, alors qu’ils sont en pleine nature, en lisant ce début de roman cela m’a renvoyée au confinement. Cette vallée coupée du monde, ce cocon familial central et toujours cette espèce de menace venue de l’extérieur… Les points communs m’ont sauté aux yeux.

Pépita : C’est un peintre des mots TDF ! Au contraire de toi, ce roman m’a procuré paradoxalement un immense vent de liberté dans ses premières pages. Je ne me lasse pas de la beauté de ce premier chapitre. Il renferme tout en fait. Déjà. C’est d’une beauté !

Frédérique : Je suis du même avis : un réel envoûtement, j’ai savouré ces premiers chapitres, tellement transportée par ce vent de liberté !

Lucie : Justement, cette liberté ouvre sur la suite, puisqu’elle permet au petit frère d’Alma de partir sans prévenir personne. J’ai trouvé très jolie cette idée d’une sœur qui invente un ailleurs pour faire rêver son petit frère, et lui qui y croit tellement fort qu’il veut le découvrir. Les parents ont une confiance absolue en leurs enfants. C’est très beau la manière dont la mère d’Alma, bien que consciente de ce qu’elle va trouver, la laisse partir à la recherche de son frère. Qu’en avez-vous pensé ?

Frédérique : Cette liberté est à son apogée dès le départ et se renforce avec l’intrépide Alma partant chercher son frère. Malgré eux, les parents d’Alma sont rattrapés par leur passé et ne veulent pas enfermer leur fille. Ils la laissent partir comme eux sont partis pour retrouver la liberté.

Isabelle : Il me semble clair qu’avec ce sujet de la liberté, vous mettez précisément le doigt sur le cœur de ce roman – c’était déjà le cas dans les livres précédents de l’auteur, mais ici plus encore. Le prénom Alma signifie “libre”, dans le langage Oko inventé par Timothée de Fombelle qui précise : “ce genre de liberté n’existe dans aucune autre langue. C’est un mot rare, une liberté imprenable, une liberté qui remplit l’être pour toujours. Le père d’Alma raconte que chez lui, ce nom pourrait se dire ‘marquée au fer rouge de la liberté’.” Une liberté brandie par les protagonistes du roman face à l’horreur de l’esclavage. Pour revenir à ta question, je me dis que c’est peut-être parce qu’Alma a grandi ainsi qu’elle ne plie pas face à cette entreprise d’asservissement et en révèle tout l’arbitraire et toute l’absurdité.

Pépita : LIBERTÉ, oui, un thème fort à Timothée de Fombelle, qui traverse chacun de ses romans. Malgré l’esclavage et ses horreurs, cette liberté traverse tout ce premier tome. Malgré l’asservissement, il y a toujours un interstice pour la retrouver : les souvenirs, le chant, le cheval, des rencontres aidantes.

Isabelle : À ce propos, j’ai été très impressionnée par le travail historique et littéraire de Timothée de Fombelle qui évoque cet âge sombre de l’esclavage avec une rare justesse. On sent à la fois qu’il a réalisé un immense travail de documentation et qu’il “vit” cette histoire douloureuse avec les captifs entassés dans les navires, non ? Je trouve qu’Alma témoigne de façon remarquable de la capacité de la littérature et du romanesque à parler d’un sujet comme le commerce triangulaire. Qu’en pensez-vous ?

Pépita : Je te rejoins, Isabelle, sur la documentation de l’auteur. Il a dit que ce sujet le hantait depuis ses 13 ans quand en Guinée, il a ressenti cet appel de l’Histoire. Et il s’est fait cette promesse de la raconter. On le sent en effet très engagé et pour ma part, j’ai appris beaucoup, notamment que des noirs ont participé aussi à la servitude de leurs frères. Comme dans tout drame historique, la soif de pouvoir et la lâcheté qui va avec ressurgit toujours.

Lucie : C’est aussi à ce récit de la visite de l’auteur d’un de ces forts à l’adolescence que j’ai pensé en lisant la question d’Isabelle. Timothée de Fombelle dit clairement qu’il porte ce récit depuis lors, ce qui n’enlève rien à son travail de documentation. Et je te rejoins complètement sur cette thématique de la liberté qui traverse son œuvre. Moi aussi j’ai apprécié cette volonté de montrer que tout n’est pas noir ou blanc (dans la peau comme dans l’âme) et qu’il y a eu des noirs victimes et des bourreaux, comme des blancs inhumains et d’autres terriblement affectés par ce commerce triangulaire. Ne pas tomber dans le manichéisme était probablement l’écueil principal d’un roman sur l’esclavage. Même s’il y a de vrais méchants (encore qu’il nous reste deux tomes pour en savoir plus sur eux aussi), les personnages sont nuancés, ils sont tiraillés entre leurs objectifs et leur conscience et je trouve cela très riche. Je trouve aussi que de (bons !) romans sur ces sujets douloureux ne peuvent qu’aider au travail de mémoire. Se divertir tout en s’informant c’est vraiment le pouvoir de la littérature. Après, à chaque lecteur d’en faire ce qu’il veut…

Isabelle : Je trouve que vous mettez le doigt sur deux apports singuliers de la littérature pour parler du monde, de l’histoire et surtout de ses pages les plus sombres : la construction d’une intrigue placée sous tension vient chercher le lecteur qui tournera les pages de façon plus avide qu’en lisant un documentaire. Et le fait d’incarner cette histoire à travers des destins individuels nous touche, forcément, différemment.

C’est, je trouve, quelque chose qui marche très bien, ici, tant les personnages sont vivants et bien campés. Et il y en a une multitude qui évoluent dans une sorte de chassé-croisé : lesquels vous ont le plus marquées ? Les femmes sont sur le devant de la scène, non ?

Lucie : Mais oui, c’est vrai ! Les femmes ont souvent un vrai rôle chez Timothée de Fombelle et c’est encore le cas ici. Sur trois personnages “principaux”, deux sont des filles. Et des forts caractères qui plus est. Entre Alma qui est la détermination incarnée et Amélie qui est si attachée à son éducation et à son indépendance, les femmes sont bien servies. J’aime aussi beaucoup le personnage de Mme de Lô, le “gouvernail” d’Amélie. J’espère qu’elle prendra encore de l’importance dans la suite. Je trouve Timothée de Fombelle toujours très efficace dans la caractérisation de ses personnages. En quelques phrases il esquisse une personnalité, des enjeux… Et je suis accrochée. Heureusement d’ailleurs, parce que comme il multiplie les personnages sans cela on serait rapidement perdus. Le père d’Alma est aussi très intéressant. Je ne veux rien divulgâcher mais Mosi / Moïse est d’une ambiguïté remarquable. Et sur la Douce Amélie, mes chouchous sont évidemment le trio Joseph Mars, Abel Bonhomme et Poussin qui oscillent sans cesse entre méfiance et complémentarité. Et vous ?

Pépita : J’ai aimé tous ces personnages ! Les femmes ont du caractère, et ça me plait. J’ai été immensément bouleversée par le chant de la maman d’Alma, j’ai même dû refermer le livre… Il y a toujours un côté merveilleux que TDF sait distiller et puis cette façon de ne jamais donner la totalité des facettes d’un personnage. Le lecteur attend donc, et là d’autant qu’il sait qu’il y a deux autres tomes qui arrivent. Ils sont incroyablement vivants, ces personnages : j’ai aimé aussi les différentes générations qui se croisent, se décroisent, vont-elles se retrouver ? C’est une aventure au sens large du terme et TDF a vraiment l’envergure pour mener sa barque… et son lecteur là où il veut. Le plus fort aussi, c’est qu’il arrive à “cacher” ce travail immense de documentation par une écriture si fluide avec des personnages très incarnés. Je vous rejoins donc totalement.

Isabelle : Oui, ces personnages incarnent l’histoire et nous la font vivre “de l’intérieur”, mais ils nourrissent aussi l’intrigue. Lucie, tu parle du père d’Alma, je trouve qu’il n’est pas le seul qui semble avoir ses secrets, sa part d’ombre. Il y a plusieurs protagonistes dont je ne suis pas sûre de savoir quoi attendre – le charpentier Poussin par exemple, qui en sait manifestement long, Nao, la mère d’Alma qui semble cacher une telle force sous sa tranquillité. Ou même Amélie, fille d’esclavagiste, dont on ne sait pas si elle est menaçante ou menacée…

Pépita, tu évoque un côté merveilleux. Il y a de la poésie dans Alma, et même un peu de magie. Qu’en avez-vous pensé ?

Frédérique : Pour moi la poésie se retrouve dans la relation qu’Alma entretient avec ses parents. Elle est belle et à son apogée lorsque Nao partage ce chant évoquant la magie de son peuple. La magie de ce peuple éteint ou chaque personne possède un pouvoir. Je me demande comment TDF va exploiter ce détail ?

Lucie : La magie est essentielle dans les romans de Timothée de Fombelle, je le soupçonne d’ailleurs d’être passé à la littérature jeunesse justement pour avoir cette liberté là – les éléments merveilleux sont plus facilement acceptés dans les romans dits “jeunesse”. Il y a du merveilleux à plusieurs niveaux dans Alma : cette vallée de départ qui est idyllique, la rencontre des parents d’Alma, ces oiseaux, dont on ne connaît pas vraiment le rôle mais qui sont omniprésents autour des Okos et, évidemment, ces “traces”.
J’adore quand des indices sont semés avant qu’on ait des réponses : les chansons Nao, qu’Alma se mette à avoir un talent inné pour la chasse dès qu’elle quitte sa vallée, cette mousse qui pousse sous Soum ; et ensuite vient le récit de ces traces. La magie opère parce que ses effets font déjà partie de l’intrigue. Et puis la manifestation de ces talents est tellement poétique… J’adhère sans savoir où cela va nous mener ni comment cela va être utilisé, parce qu’un peu de magie enchante le quotidien et que celui d’Alma n’est pas rose !

Isabelle : Tout à fait. Cette part de magie, c’est peut-être ce qui permet par ailleurs de dire à de jeunes toute l’horreur qu’a été l’esclavage sans que cela ne devienne insupportable ? J’ai trouvé que c’était très bien dosé, Alma n’est pas un roman de fantasy ; pour moi, cette magie est plutôt celle des contes. Je l’ai perçue comme une façon de dire la force du courage, de l’entraide, de la dignité affirmée face aux oppresseurs. J’ai d’ailleurs lu quelque part que l’auteur s’était inspiré de faits documentés : on aurait laissé une captive chanter sur un navire négrier parce que on chant apaisait les velléités de révolte. Comme vous le dites, ces dons des Okos, qui restent à l’arrière-plan pour l’instant, contribuent aussi à nourrir notre curiosité.

Lucie : J’aime bien ton parallèle entre la magie des contes et celle d’Alma, c’est très bien vu ! Et cette hypothèse qu’elle permet de “faire passer” les atrocités de l’esclavage… Ça correspond tout à fait à la vision de l’imagination de J. K. Rowling dont je viens de terminer La meilleure des vies. Pour elle, c’est notre imagination qui nous permet de nous mettre à la place des autres bien que l’on n’ait pas traversé les mêmes épreuves, et donc qui nous permet de faire preuve d’empathie.

Pépita : J’ajouterais juste que l’échappée dans le merveilleux nous permet de mieux supporter l’horreur au sens où cela la met à distance. “Une des fonctions essentielles du conte est d’imposer une trêve au combat des hommes” (Daniel Pennac). TDF a une façon bien à lui de faire cohabiter le bien et le mal sans qu’ils s’opposent forcément. On le voit particulièrement avec les zones d’ombre de ses personnages. On est alors à la fois dans un roman historique et un parcours initiatique. Car ces personnages vont se révéler au lecteur mais aussi en même temps à eux-mêmes.

Isabelle : “Le vent se lève” n’est que la première pierre d’une trilogie. Une forme qui fait écho aux trois pôles du commerce triangulaire, mais qui exige de renouveler l’intrigue pour garder le lecteur sur plusieurs centaine de page. Qu’en avez-vous pensé ?

Pépita : Je ne suis pas allée au-delà du premier tome ! J’attends la suite car je sais qu’elle va nous surprendre bien au-delà de ce qu’on pourrait imaginer.

Lucie : Trois tomes pour trois continents, trois personnages (Alma bien sûr, mais aussi Joseph et Amélie) et probablement trois étapes : capture, esclavage et abolition. C’est comme ça que je l’imagine, mais je n’ai pas d’attente particulière pour l’intrigue. D’abord parce qu’il va falloir attendre encore un moment avant le deuxième et le troisième (!) tome. Et puis parce que j’aime tellement me laisser porter par les trouvailles et les détours de Timothée de Fombelle, qui va de toute façon toujours bien au delà de ce que je pourrais imaginer. Je ne trouve pas que ce premier tome ait un “ventre mou”. Il y a un moment un peu long sur le bateau, mais cela correspond bien à la durée et à la dureté du trajet, donc cela ne m’a pas gênée. Et toi, qu’en as-tu pensé ?

Isabelle : J’ai apprécié l’ampleur de cette fresque, il fallait probablement une trilogie pour y parvenir. L’histoire commence en 1786, trois ans avant la Révolution, je m’attends comme toi à de grands bouleversements que je brûle de découvrir.

Pépita : J’avais une petite question sur la forme : vous avez dû remarquer le petit “jeu” de l’auteur avec ses fins de chapitres et les noms des chapitres ? Vous en avez pensé quoi ?

Isabelle : C’est drôle que tu parles de ça, Pépita, j’y pensais aussi quand nous parlions de poésie. Quand nous avons lu Alma à voix haute, mon fils n’a pas mis deux chapitres à se rendre compte qu’effectivement, le titre de chaque chapitre correspond à ces derniers mots (j’aurais mis plus de temps à le remarquer sans lui, je pense !). Cela a nourri notre curiosité car on se demande souvent comment le chapitre en arrivera à ces mots-là !

Lucie : J’ai récemment lu Victoria rêve, et je me suis aperçue que Timothée de Fombelle y jouait déjà avec les derniers mots des chapitres utilisés en titre. Je trouve étonnant de voir comme ça fonctionne bien, à chaque fois. Comme toujours, je serai curieuse de savoir comment ça se passe “en cuisine” : ça semble simple et évident quand on le lit, mais ça demande certainement un travail complexe.

Isabelle : Pour conclure, j’avais envie de vous demander quelle émotion a prédominé chez vous à la lecture de ce roman

Lucie : L’émotion qui a prédominé chez nous a été l’excitation. De retrouver Timothée de Fombelle pour un roman en plusieurs tomes tout d’abord (la lecture de Tobie Lolness était encore fraîche), et de découvrir sans cesse ce qu’il nous avait réservé dans le chapitre suivant. C’est vrai que ce jeu sur les titres crée une attente, mais elle est aussi alimentée par les changements de personnages qui nous laissent en suspens. En conséquence, les vacances aidant, on l’a lu en très peu de temps malgré le nombre de pages.

Pépita : L’émotion ? Mais il y en a tant ! Ce qui prédomine chez moi, et cela va vous paraitre paradoxal, c’est le sentiment de liberté. Liberté de suivre un cheval, de suivre son instinct, de chanter, de mener sa barque, de désobéir, de garder ses secrets… Je crois vraiment que c’est un fil rouge du roman et qu’il n’a pas fini de nous surprendre.

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Pour en savoir plus, vous pouvez consulter les billets d’Isabelle, de Lucie, de Pépita et Frédérique, ainsi que le billet consacré à Timothée de Fombelle dans notre série “classiques de la littérature jeunesse”, qui vous donnera certainement envie de lire ses autres livres. N’hésitez pas non plus à nous donner votre ressenti sur Alma : ce roman vous fait-il envie ? Peut-être l’avez-vous déjà lu, qu’en avez-vous pensé ?

Nos classiques préféré.e.s : Timothée de Fombelle

© Chloé Vollmer-Lo

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Tobie Lolness, Gallimard, 2006.

Sur L’île aux trésors d’Isabelle, Tobie Lolness, premier roman de Timothée de Fombelle, est une pépite tout à fait à part. Voilà pourquoi, en dix raisons !

1 – Pour ses premières pages haletantes qui happent le lecteur en le propulsant directement dans le feu de l’action.

2 – Pour la plume unique de Timothée de Fombelle : sensuelle, imagée, belle à couper le souffle.

3 – Pour le personnage de Tobie, un millimètre et demi de clairvoyance, de courage et de débrouillardise.

4 – Pour l’intrigue magistralement construite en spirales entre présent et passé, et les questions qui font tourner les pages en retenant son souffle : pourquoi Tobie fait-il l’objet d’une traque impitoyable ? Combien de temps survivra-t-il dans cette jungle semée d’embûches et de prédateurs terrifiants ? Sur qui peut-il vraiment compter ?

5 – Pour les illustrations belles et vives de François Place qui subliment le récit.

6 – Parce que l’arbre de Tobie, c’est tout un univers, un macrocosme segmenté, des Cimes ensoleillées et convoitées, aux Basses branches humides et sauvages, en passant un écheveau de rameaux réservant mille surprises…

7 – Pour la subtilité avec laquelle les dilemmes, les choix et les contradictions des différents personnages incarnent la façon dont les périodes de tourmente politique peuvent tordre les cheminements individuels.

8 – Pour la force avec laquelle la métaphore de l’arbre éclaire notre monde, le changement climatique, les clivages sociaux, les autoritarismes, les frontières et les dérives de la science.

9 – Pour le message lumineux et porteur d’espoir du roman en forme d’hymne vibrant à la vie.

10 – Pour l’évasion, le souffle épique et une sensation grisante de liberté.

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Céleste ma planète, Gallimard, 2009

Les 10 raisons de lire Céleste ma planète d’après Alice.

1 – Car ce n’est pas sûrement pas le titre qui vous vient à l’esprit quand on vous parle de Timothée de Fombelle.

2 – Parce que c’est un conte magique et poétique qui nous plonge dans un univers futuriste, où un monde en survie meurt à petit feu.

3 – Malheureusement, car le sujet est terriblement d’actualité.

4 – Que ce texte nous fait, une nouvelle fois, prendre conscience que nos actes sur l’environnement n’est pas une morale mais une nécessité.

5 – Mais qu’il nous invite aussi à résister et à ne pas perdre espoir.

6 – Parce que le format est court et que l’histoire se lit d’un seul trait.

7 – Et que c’est aussi une jolie histoire d’amour…

8 – Parce que la plume de Timothée est définitivement inimitable.

9 – Parce qu’il a été réédité, c’est dire l’importance de ce texte et la place évidente qu’il doit avoir dans votre bibliothèque.

10 – Bref, un livre poétique et engagé.

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Vango (2 tomes), Gallimard Jeunesse, 2010

Les 10 raisons de lire Vango d’après Bouma :

1 – Parce que c’est un roman d’aventures qui promet de nombreuses escales à travers l’Europe et le monde ;

2 – Parce qu’il commence dans les années 1930 et se finit sous l’occupation allemande, donnant une vision intéressante de l’Histoire dans l’histoire ;

3 – Parce qu’on s’attache forcément à Vango, cet adolescent pourchassé par un passé dont il ne sait rien ;

4 – Parce que l’on ne peut s’empêcher d’imaginer dix milles raisons différentes à cette chasse et que l’on est souvent loin de la vérité imaginée par Timothée de Fombelle ;

5 – Parce qu’il y a une belle ribambelle de personnages au-delà de Vango, que l’on suit dans leurs choix et dans leur vie ;

6 – Parce que l’auteur a choisi une construction complexe, faite de multiples points de vue et de morceaux de vie choisis, dans laquelle jamais on ne se perd mais qui épaissit à merveille le mystère autour de Vango ;

7 – Parce qu’il y a un zeppelin (et pas seulement sur la couverture) ;

8 – Parce que Timothée de Fombelle montre bien comment le destin d’un homme peut lui échapper non pas à cause de ses choix mais de ceux des personnes autour de lui ;

9 – Parce que ce roman est à lire sans limite d’âge tant il promet de retomber en enfance ;

10 – Parce qu’il en existe trois versions : en deux tomes grands formats, en intégrale ou en poche, permettant ainsi de se l’offrir quelle que soit sa bourse.

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Le Livre de Perle, Gallimard, 2014

Les 10 raisons de lire Le Livre de Perle selon Lucie.

1 – C’est avec ce livre que j’ai découvert Timothée de Fombelle et, comme un premier amour, un premier roman ne s’oublie pas.

2 – Car l’énigmatique amoncellement de coffres et de valises en couverture intrigue : où Timothée de Fombelle va-t-il encore nous emporter ?

3 – Pour l’idée tellement poétique qu’il n’y a pas de pire punition que d’être exilé dans un monde où l’on ne croit ni aux contes, ni aux fées.

4 – Parce qu’Iliån et Oliå forment un couple de héros « fombelliens » par excellence : amoureux, audacieux, courageux, gentils, travailleurs et déterminés.

5 – Pour la fabuleuse histoire d’amour par-delà le temps et l’espace,

6 – Et les clins d’œil aux contes de fées disséminés dans le texte à la manière d’une chasse au trésor.

7 – Car Timothée de Fombelle a beau avoir une écriture extrêmement poétique, ses livres font toujours écho au le réel ; et que le contexte historique de l’Occupation est évoqué en quelques phrases d’une vérité troublante.

8 – Pour le personnage de l’écrivain évoqué à la première personne du singulier qui fait du Livre de Perle un roman méta,

9 – Parce que les valises de Timothée de Fombelle sont pleines de magies, et Le Livre de Perle est une magnifique métaphore pour expliquer d’où elle vient et sa vision de la littérature.

10 – Enfin, parce que ce roman est une ode au pouvoir de l’imagination.

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La bulle, Gallimard Jeunesse, 2015

Les 10 raisons de lire La bulle selon Linda:

  1. Parce que c’est le premier album de Timothée de Fombelle, sa première collaboration sur un projet où le texte prend moins de place que les illustrations.
  2. Parce que les illustrations d’Eloïse Scherrer ancrent profondément le récit dans l’imaginaire de l’enfance.
  3. Parce que la rencontre de ces deux artistes donne naissance à un univers magique et intriguant.
  4. Parce que la bulle est une très belle métaphore de nos peurs et angoisses les plus intimes et les plus profondes.
  5. Parce que la peur est ici portée à son paroxysme, abordant le délicat sujet de la dépression infantile, un sujet rare en littérature jeunesse.
  6. Parce que Misha prend son courage à bras le corps et affronte héroïquement ses peurs. Elle devient actrice de son bien-être.
  7. Parce que le récit mêle réalité et imaginaire avec subtilité, dégageant de la poésie et un sentiment d’espoir encourageant.
  8. Parce que le combat de Misha est une véritable aventure, une épopée fantastique digne des légendes chevaleresques.
  9. Parce que la confiance en soi est un sujet universel qui parle autant aux enfants qu’aux adultes.
  10. Parce que Timothée de Fombelle, tout simplement…

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Les 10 raisons de lire Capitaine Rosalie selon Pépita :

  1. Parce que je vais commencer par la fin : cette lecture m’a arrachée des larmes tant elle est émouvante,
  2. Parce que lue à haute voix, et je l’ai fait plusieurs fois, la qualité du silence qu’elle provoque immanquablement vous donne des frissons, par l’émotion palpable de l’auditoire,
  3. Parce que c’est une histoire universelle : celle de l’amour d’une petite fille pour son papa absent et du souci de protection de sa maman à tout prix de cette violence du monde,
  4. Parce que Timothée de Fombelle a l’art d’amener les choses tel un peintre sur un tableau : par petites touches et la lumière vous submerge tout à la fin,
  5. Parce que les illustrations d’Isabelle Arsenault apportent juste ce qu’il faut de profondeur bouleversante et toute en symboles,
  6. Parce que rien n’arrête un enfant dans son désir de vérité et que les adultes devraient s’en souvenir plus souvent,
  7. Parce que maîtriser les mots, c’est maîtriser le monde et combien cet aspect de cette histoire m’a touchée au plus haut point car c’est exactement ce que j’ai ressenti petite fille,
  8. Parce que “Capitaine, Ô Capitaine” : il est des combats silencieux bien plus forts que ceux qui font trop de bruit,
  9. Parce que tous les secrets finissent souvent par se révéler au moment où on s’y attend le moins et que l’enfance possède une forme d’intransigeance pour ça,
  10. Parce que ce livre m’a bouleversée et que je sais pourquoi…

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Neverland, L’Iconoclaste, 2017

Les 10 raisons de lire Neverland selon Ada :

1 – Parce que ce livre est un précieux objet littéraire non identifié : entre l’essai, le journal, le conte et le poème. Entre littérature et philosophie. Un texte. Sans étiquette. Une parole. Libre.

2 – Parce que l’auteur s’y donne un objectif qui semble inatteignable : saisir l’enfance.

3 – Parce que, justement, il y parvient. Il cerne d’infiniment près ce qu’est l’enfance en nous, ce qu’il en reste en grandissant, il trace très précisément les contours de ce territoire que nous pensions disparu mais qui affleure à chaque mouvement, à chaque souffle.

4 – Parce que l’auteur y rend à chaque page un hommage juste et sincère aux membres de sa famille qui lui ont permis de goûter son enfance pleinement : grand-père, grand-mère, père, mère, frères et sœur.

5 – Parce que ce livre est l’histoire d’une quête, une quête bouleversante, comme dans tous ses autres livres, mais cette fois en sens inverse en quelque sorte : “J’avais deviné depuis longtemps qu’un continent immense dérivait sous tous les autres et soulevait par moments nos vies, même quand on a grandi. Ces jours-là, l’enfance en fusion coule sur nos pentes ou fait trembler la terre. J’étais parti à l’aventure. Je cherchais la lisière du pays perdu. Je le reconnaîtrais à sa lumière.”

6 – Parce que c’est beau. Tellement beau que j’ai eu envie de tout noter : “Je croise souvent des résurgences de ce temps dans ma vie. L’enfance affleure. Cela peut être l’engourdissement d’une sieste, le goût des larmes. Il y a des petites incisions dans ma peau et j’y colle les lèvres.”

7 – Parce que c’est vrai : “L’enfance n’habite pas la mémoire. Elle habite notre chair et nos os, même abîmés par elle, dressés contre elles, nous sommes faits de notre enfance, adossés à ses murs sombres. Elle est tout ce qui reste à ceux dont on dit qu’ils n’en ont pas eu.”

8 – Parce que l’auteur y partage un secret d’artiste infiniment délicat : “Je n’ai jamais essayé de retenir l’enfance ou de m’y attarder. J’ai simplement voulu faire grandir l’enfant en moi, le faire progresser, en le gardant vivant. Car, malgré les promesses que me faisait ce nouveau monde, le pays adulte, il y avait quelque chose que je n’abandonnerais pas : l’envie d’inventer et de créer. C’était un serment. Je ne renoncerais pas à l’imaginaire. Je ne perdrais pas le fil. Ce serait la continuation de l’enfance par d’autres moyens, le rêve de perfectionner éternellement l’enfance.”

9 – Parce que mes copinautes ont été vraiment adorables et ont tout de suite accepté que je vous parle du seul livre de Timothée de Fombelle qui n’est clairement pas destiné à la jeunesse, témoignant une fois de plus de leur belle ouverture d’esprit 🙂

10 – Parce que ce livre me bouleverse, que je n’ai toujours pas bien compris pourquoi, mais que j’aime ça, beaucoup, être bouleversée par un texte…

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Ce tour d’horizon confirme toute la richesse de l’oeuvre de Timothée de Fombelle ! Nous resterons avec cet auteur la semaine prochaine, avec une lecture commune de son dernier roman, Alma. En attendant, n’hésitez pas à nous dire lequel de ses livres vous a le plus marqué(e) !

Nos coups de cœur de septembre

La rentrée est passée, avec son lot de belles nouveautés littéraires ! Mais qu’elles fassent parties ou non de ces nouveautés, nos lectures sont autant de petits plaisirs que l’on aime partager avec vous.

Voici nos coups de cœur à glisser dans le cartable !

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Pour Linda et ses ladies, il y a eu un voyage hivernal dans une Russie stalinienne en compagnie d’un groupe d’animaux échappés d’un zoo… L’histoire soulève la question de la liberté et du pouvoir.

La traversée des Animaux de Vincent Cuvelier. Gallimard Jeunesse

Son avis est à lire ICI.

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Du côté des romans, Linda a eu un coup de cœur pour un roman d’aventures, une chasse au trésor en compagnie d’une bande de pirates de l’air et d’une jeune héroïne auréolée de mystères.

Steam Sailors, tome 1. L’Héliotrope de E.S. Green. Gulf Stream Editeur.

Son avis est ICI.

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Chez Lucie, le coup de cœur n’est pas pour une nouveauté mais pour une découverte faite grâce à une collègue : La grande fabrique de mots.
Tant l’idée d’un monde dans lequel les mots seraient payants, que son développement et les illustrations l’ont enthousiasmée.
Un album merveilleux !

La grande fabrique de mots de Valeria Docampo, éditions Alice

Son avis ICI.

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Chez Claudia, une bonne surprise avec Jours sauvages qui est le premier roman pour ados de Claire Cantais.

Tous les ingrédients sont présents dans cette histoire pour que le lecteur soit captivé ! Du suspens, des rebondissements et même des frayeurs inattendues.😉
L’écriture est agréable, fluide et simple. Le ton est rythmé et c’est un livre tout a fait adapté aux adolescents qui ont envie de frissonner et lire une aventure palpitante. 

Jours sauvages de Claire Cantais , Editions Syros

Son avis ICI.

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Sur l’île aux trésors, on a pris à bras le corps la question des sexualités, avec ce super dictionnaire qui traite le sujet sans tabou et à hauteur d’adolescent. Un ouvrage indispensable qu’on aurait rêvé d’avoir eu plus jeune !

Tout nu ! Le dictionnaire bienveillant de la sexualité, par Myriam Daguzan Bernier et Cécile Gariépy. Éditions du Ricochet.

Son avis est ICI.

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Dans son MéLI-MéLO de livres, Pépita a plongé dans un roman à la sensibilité toute en nuances : Trois adolescents se rencontrent à Chicago, à un tournant de leur vie et sans vraiment se connaître, ils vont faire un bout de chemin ensemble et CHOISIR. Un roman magnifique dont on ne sort pas pareil.

L’âge des possibles de Marie Chartres,
Ecole des loisirs, Médium+

Son avis est ICI.

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Pour LiraLoin, Thierry Lenain nous embarque dans une étrange histoire de Sorcières, ou pas? A travers ce roman au charme d’un conte plein de rebondissements, Thierry Lenain s’inspire et mixe notre quotidien pour en faire ressortir les peurs et l’imagination débordante d’une enfant qui a tant besoin de se faire rassurer et câliner car trop délaissée par ses parents débordés.


Sorcière, ou pas? de Thierry Lenain et Stéphanie Marchal,
BoD, collection : Tiliade

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Sur les étagères de son Petit Bout de Bib(liothèque), Bouma a rangé un album pour les plus jeunes qui sera bientôt de saison : Oh ! Regarde de Valérie Rouzeau et Silvia Borando. Tout commence par une histoire de neige qui tombe et deux enfants qui regardent par la fenêtre… mais pas seulement. Habile et malicieux, il ne faudrait pas passer à côté de cet album.

Oh ! Regarde de V. Rouzeau et S. Borando chez Didier Jeunesse, 2020

Son avis ICI

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Et maintenant, on compte sur vous pour nous donner vos coups de cœur de cette rentrée pas comme les autres.

Lecture Commune : C’est MON arbre ! d’Olivier Tallec

Il y a parfois des lectures qui nous passent entre les mains sans que l’on s’y arrête vraiment. Et puis, qui, parce qu’on en parle avec d’autres, ouvrent le débat et de nouvelles clés de compréhension.

Pour Bouma, C’est mon arbre était une déception, aussi a-t-elle eu envie d’en discuter avec Isabelle et Liraloin, deux copinautes qui au contraire avaient été séduites par cet album. Voilà le résultat de leurs échanges.

C’est mon arbre, Olivier Tallec, l’école des loisirs, 2019

Bouma : Que vous inspire le titre de cet album et la frimousse de cet écureuil ?

Isabelle : Cette couverture a tout de suite fait de l’œil à toute la famille : les belles couleurs automnales, l’ironie du titre qui annonce le sujet de la propriété qui est quand même ultra-brûlant chez les enfants (mais pas que…). Et le dessin irrésistible : regardez moi ce petit propriétaire en puissance manier avec amour sa tondeuse à gazon !

Liraloin : Attention propriété privée : l’arbre est gravé non pas par deux amoureux mais par un seul très amoureux de son arbre visiblement. Tellement fou de sa propriété qu’il en prend bien soin, passage de tondeuse. Et cet œil, un brin apeuré que quelqu’une lui pique, méfiant aussi.

Bouma : Moi aussi c’est cet œil grand ouvert qui a attiré mon attention. Mais j’y ai plus vu de la surprise. Comme si on prenait ce personnage en flagrant délit ! De quoi ? Reste donc à ouvrir le livre et le découvrir.

Liraloin : Pris en flagrant délit d’égoïsme total !

Bouma : Si vous deviez définir l’histoire en trois mots quels seraient-ils ?

Isabelle : Pour moi, ce serait : Propriété, Frontière, Doute.

Liraloin : Peur – Propriété – Surprise

Bouma : C’est intéressant de voir que vous ne mettez pas exactement les mêmes mots et pas forcément dans le même ordre. Moi je rajouterai Individualisme et Solitude pour compléter. Et je remarque qu’aucune de nous n’a mis l’humour dans sa liste.

Dès les premières pages, on comprend vite de quoi retourne l’histoire avec les déterminants de possession en majuscule. Quelle lecture faites-vous de ce choix de typologie ? Était-ce nécessaire selon vous ?

Liraloin : Les lettres capitales accentuent la nomination de quelque chose en l’occurrence ici : l’arbre à lui tout seul. En plus, en première de couverture, cette typo attire bien le regard du lecteur.

Isabelle : Oui, les pronoms possessifs en majuscule viennent appuyer la façon un brin excessive avec laquelle notre écureuil affirme sa propriété. Ces pommes de pin, cet arbre auxquels il tient tant – ce sont les siens ! Ils sont à lui, et seulement à lui. Un peu parano sur les bords, le petit rongeur semble inquiet que des intrus n’aient pas saisi qu’ici, c’est chez lui ! J’ai bien aimé ce côté outrancier, alimenté par les majuscules. En lecture à voix haute, elles donnent envie d’insister, de mimer, de grimacer, pour le plus grand plaisir des enfants (en tout cas chez moi). Mais si tu poses la question, c’est peut-être que tu trouves que c’était superflu ?

Bouma : Effectivement, comme la couverture fait déjà mention de ce mot en majuscule, je n’en ressentais pas le besoin dans le reste du livre. C’est une indication de lecture, ça je l’ai bien compris, mais elle m’a heurtée ! Le texte et l’image font suffisamment sens sans en rajouter.

Isabelle, tu parles d’un côté “outrancier” de l’histoire. Est-ce que justement vous ne trouvez pas que l’auteur en fait trop ? Et si non, quelle lecture faites vous de cet instinct de propriété ?

Liraloin : Non je ne trouve pas que l’auteur en fasse trop, je ne vois qu’un clin d’œil, certes exagéré, aux amoureux gravant leurs prénoms pour la vie : cet arbre est à nous ! C’est la même chose. Nous sommes vraiment dans l’exagération lorsqu’on est amoureux et comme ici amoureux d’un arbre. L’écureuil est un petit animal qui fait des réserves et donc se choisit un arbre comme petite maison. Pour moi c’est simple : je suis amoureux de mon arbre et le stock planqué est à moaaaaaaaaaaaaaaaaaa !

Isabelle : Oui, c’est l’instinct de propriété poussé à l’extrême. Je n’ai pas trouvé que l’auteur en faisait trop. Cette problématique est ultra-importante pour les enfants (pas seulement…) : difficile d’apprendre à partager ! Ce que j’aime bien, c’est que l’écureuil vit à fond quelque chose que petits et grand apprennent qu’ils ne peuvent pas s’autoriser. De ce point de vue, les premières pages peuvent avoir quelque chose de réjouissant, sans doute de nature à faire vibrer une fibre chez ceux qui aiment avoir leurs affaires et leur espace à eux. Mais les excès de paranoïa du petit rongeur font que tôt ou tard, il devient impossible de ne pas en rire et lever les yeux au ciel. J’ai vu que ces deux lectures n’avaient pas eu le même poids chez mes deux enfants : l’un (je ne vous dirai pas lequel…) n’a pas boudé son plaisir en découvrant les excès de l’écureuil alors que l’autre l’a presque immédiatement trouvé insupportable. Après, c’est sans doute un point de vue d’adulte, mais on peut aussi faire une lecture plus politique de ce besoin maladif de démarcation.

Bouma : Je serais donc plutôt comme ton deuxième fils, la quête de cet écureuil ne m’ayant pas du tout touchée, voire m’ayant énervée. Et peut-être effectivement mon point de vue d’adulte a-t-il faussé ma lecture en y trouvant “cet instinct de propriété et de rejet” que l’on peut retrouver actuellement dans certaines parties du monde. Les murs de séparation n’étant malheureusement pas que de la fiction actuellement.

Quand je lis vos réponses, vous faites toutes deux références à la difficulté de partager chez les jeunes enfants. A quel âge le recommanderiez-vous car moi je le lirai plutôt à des enfants qui ont déjà dépassé ce stade ?

Liraloin : Oui je suis d’accord avec toi, je le recommande à partir de 5 ans, pas avant.

Isabelle : J’aurais envie de lire cet album à des enfants y compris plus jeunes. Comme je le disais plus tôt, le comportement de l’écureuil peut avoir quelque chose de réjouissant pour celui ou celle qui serait dans l’affirmation de sa propriété ! La suite invite à réfléchir… L’album a beaucoup plu à mes enfants qui sont plus grands et ont fait des parallèles avec la société (notamment le mur de Trump).

Bouma : Je me rends compte que nous sommes restées centrées sur l’histoire sans mentionner le graphisme, pourtant Olivier Tallec est d’abord connu en tant qu’illustrateur. Comment définiriez vous son style ? Qu’est-ce qui vous a séduit ?

Liraloin : Son style est bien, je dirais qu’il a bien évolué. Je l’ai connu à travers ses illustrations pour la série des Imagiers chez Gallimard, au début des années 2000. Depuis, je trouve que ses personnages ont changé de “bouille” et sont devenus plus expressifs. Surtout, depuis quelques temps il développe de plus en plus la thématique “humour” avec sa série des Qui, Quoi, Qui.

Isabelle : Comme Frédérique, j’apprécie beaucoup l’expressivité du trait d’Olivier Tallec : ces grands yeux écarquillés, cette queue hérissée d’enthousiasme, de surprise ou d’indignation, cette mise en scène un peu dramatique… Il y a là une ironie malicieuse qui fait écho au texte dont nous avons déjà parlé, on est parfois à la limite de la caricature. Cet album-ci m’a aussi séduite par sa palette de couleurs automnales qui dégage une grande gaieté.

Bouma : Moi je suis toujours émerveillée par son travail sur les couleurs. J’apprécie tout particulièrement ses albums où il y a de grands aplats comme sa réinterprétation de Michka par exemple. Il maîtrise la peinture à merveille.

Et pour conclure, si vous aviez un autre titre de l’auteur à recommander, quel serait-il ?

Isabelle : Il y en a beaucoup ! Spontanément, je pense à J’en rêvais depuis longtemps qui parle avec beaucoup de tendresse et d’humour de la relation entre petit humain et animal domestique. J’y avais déjà aimé le style graphique dont nous venons de parler et le ton un peu ironique dont le double-niveau se révèle au fil de la lecture.

Liraloin : Jérôme par cœur car les illustrations d’Olivier Tallec subliment le texte si subtil et sensible de Thomas Scotto.

Bouma : Et pour moi ce sera Moi devant dont il a illustré le texte de Nadine Brun-Cosme et qui a été sélectionné par le Prix des Incorruptibles il y a quelques années.

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Un extrait à découvrir par ici. N’hésitez pas à nous faire part de vos impressions de lecture sur cet album qui semble ne laisser personne indifférent !