“Pourquoi lire les classiques ?”

Ici on vous parle beaucoup des nouveautés qui nous ont questionnées, bouleversées, bousculées. Et on vous parle un peu moins de ces livres que l’on peut sans doute considérer avec le temps comme des classiques de la littérature jeunesse. Alors on a décidé d’instaurer un nouveau rendez-vous sur le blog dédié à l’évocation de ces fameux classiques. De nombreux noms d’auteur.e.s nous sont tout de suite venus à l’esprit : Jeanne Ashbé, Jean-Claude Mourlevat, Marie-Aude Murail, Claude Ponti… Notre premier rendez-vous aura lieu la semaine prochaine, on vous laisse découvrir avec qui. Mais avant tout, nous désirions nous mettre d’accord sur ce que c’était un “classique”, un débat vieux comme le monde mais qui méritait qu’on s’y intéresse pour être certaines de partager quelques éléments de définition. Alors à la suite d’Italo Calvino qui y a beaucoup réfléchi dans Pourquoi lire des classiques et La Machine littérature, nous nous sommes posées la question et voilà le résultat de nos cogitations.

Pour Pépita : “un classique, c’est de l’intemporel et de l’universel. Au début, il est contemporain de l’époque dans lequel il est apparu. Il devient un classique quand sa lecture traverse les époques et qu’il arrive à rester dans l’actualité, à résonner encore et toujours, malgré les changements de mentalités et de la société. C’est quand il nous parle, nous remue et cela d’autant plus quand on connaît sa date de parution. Moi, ça m’épate toujours. Il y a aussi des albums ou romans ou… actuels dont on pressent qu’ils vont devenir des classiques tant leur portée est forte et qu’elle reste inépuisable.”

Pour Ada : “un classique c’est une œuvre que l’on va avoir plaisir à relire à n’importe quel âge de notre vie, tout-petit, enfant, adolescent.e, adulte, âgé.e, parce que son sens est inépuisable, parce que son sens déborde le livre lui-même, parce qu’il ouvre à chaque fois en nous de petites portes secrètes qu’on avait oubliées ou à peine soupçonnées. Et c’est ce pouvoir du classique qui va nous donner l’envie impérieuse de le partager avec toutes celles et tous ceux qui tissent du lien autour de nous. ”

Pour Bouma : “un classique c’est une œuvre dont on se souvient toute sa vie car il fait écho à un moment de notre existence… que cela soit des souvenirs d’enfance, de jeunesse, de vieillesse aussi… un classique est à la fois personnel et universel tant on a envie qu’il le devienne pour les autres…”

Pour Isabelle : “À quels textes pense-t-on quand on parle « classiques » en littérature jeunesse ? Les références sont arrivées, toujours plus nombreuses : les contes traditionnels, des romans comme L’île au trésor de Stevenson, Tom Sawyer de Marc Twain, Sa Majesté des Mouches de William Golding, Le livre de la jungle de Kipling, Alice au pays des merveilles de Lewis Caroll, La Belle et la Bête, de Jeanne-Marie Leprince de Beaumont, Pierre et le loup, les romans de Jack London et Jules Vernes, puis les histoires de Roald Dahl, de Pierre Gripari… Évidemment, je pense aussi à des auteurs et des œuvres plus récentes. En albums, avant tout (à chaud) Maurice Sendak, Leo Lioni, Beatrix Potter, Tomi Ungerer, Claude Ponti. En romans récents, peut-être d’abord J.K. Rowling et P. Pullmann… J’arrête de lister, il y en aurait beaucoup trop !

Qu’est-ce que ces livres ont en commun ? D’abord, ce sont des livres « connus », célèbres, qui offrent un univers de références partagées assez largement, au-delà des milieux sociaux, des générations… Qui deviennent de ce fait des « valeurs sûres » que l’on peut recommander les yeux fermés ! Cela implique implicitement que nous ayons un certain recul sur le livre et que celui-ci ait en quelque sorte déjà « vécu » suffisamment longtemps. Et pourtant, quand je dis ça, je me dis aussitôt que certains livres deviennent rapidement des « classiques » (ou peuvent très vite être perçus comme des « classiques potentiels »). Personnellement, je classerais par exemple déjà Rebecca Dautremer, Hervé Tullet ou Timothée de Fombelle comme des auteurs de « classiques ».

On oppose souvent les « classiques » et les « modernes », les premiers correspondant aux œuvres respectant les codes établis, les seconds s’inscrivant en rupture. Mais en réalité, comme tu le dis, Pepita, les classiques auxquels on pense ont souvent marqué une rupture en proposant quelque chose de nouveau, ils sont devenus « classiques » en proposant de nouvelles manières de faire qui se sont établies à leur tour…

Il y a, d’ailleurs, un enjeu symbolique fort à qualifier une œuvre de « classique » : un « classique » fait partie du canon des œuvres conventionnellement jugées incontournables, que l’on est censé connaître et qui font autorité, d’une certaine manière. On voit bien ce que cette qualification a de social lorsque l’on passe d’un pays à l’autre. Des livres qui sont des « classiques » chez nous restent relativement méconnus ailleurs, et inversement. En Allemagne, par exemple, absolument tout le monde lit tous les livres de Michael Ende et d’Astrid Lindgren alors que tous ne sont même pas disponibles en traduction française… Une amie américaine m’a fait lire (avec bonheur) My father’s dragon, qu’elle a présenté comme un classique, mais dont je n’avais jamais entendu parler !

Quelles sont les qualités qui font qu’un livre pourra être qualifié de « classique » ? Difficile à dire comme ça, mais pour parler à un lectorat diversifié sur le temps long, j’ai l’impression, comme Pepita, qu’un texte doit avoir un côté universel… même si cela ne veut pas forcément dire qu’il soit consensuel !

Pour Solectrice : “un classique, pour moi, c’est une icône, un livre qui a peut-être jauni sur l’étagère de la bibliothèque mais que l’on aime ouvrir, relire, conseiller. C’est une référence que l’on partage avec connivence. Un titre qui nous a nourris petit.e.s et que l’on a plaisir à ressortir, à transmettre. Des textes fondateurs… de nos sociétés, de notre enfance, de notre imaginaire ou de notre entrée en littérature.

En bref, un classique, où que l’on aille, quoi que l’on feuillette, quelles que soient les découvertes que l’on puisse faire, on ne va pas le retirer de l’étagère. On souffle sur la tranche pour en chasser la poussière et on a toujours envie d’y revenir, un peu comme la maison de ses grands-parents, parce qu’on aime tant les histoires qu’ils nous racontent.”

Nos coups de cœur de décembre en ce mois de janvier

Toute l’équipe vous souhaite une belle année douce, lumineuse et pleine de lectures !

À cheval sur l’année passée et la nouvelle qui arrive, voici notre premier article de 2020 qui recense nos coups de cœur du mois décembre, qui n’est pas si loin !

À l’ombre du grand arbre, c’est cette année 2019 :

12 lectures communes, 10 sélections thématiques, 12 séries d’articles coups de cœur, nos tables de chevet et leur PAL, deux swaps, un prix, des interviews, des billets d’été,… mais surtout beaucoup de passion et d’échanges !

Voici ce que nous gardons de nos lectures du mois passé :

Pour Pépita et son Méli-Mélo de livres, c’est sans aucun doute ce magnifique conte contemporain : émouvant, beau, juste, triste aussi et qui appelle à plus d’humanité. Et ce titre, ce titre !!!!

Son avis et celui d’Isabellehttp://www.gallimard-jeunesse.fr/var/storage/images/product/aa6/product_9782075093668_244x0.jpg

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Alice a adoré frissonner avec cette BD adaptée du roman de Malika Ferdjoukh  -dessin de Nicolas Pitz-.

Un huis clos familial où l’on suit une enquête entre fausses pistes et révélations. L’atmosphère s’alourdit au fil des pages et des retrouvailles ce 1er octobre à l’occasion de l’anniversaire de Papigrand… Une ambiance digne d’un bon polar dans des décors aux  superbes couleurs automnales.

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Sophie a aimé découvrir ce nouvel album de Lucie Félix. Elle y parle l’air de rien des origines de la vie sur terre et des premières cellules. Mais oui oui, c’est bien un livre pour les tout-petits avec des tirettes, des couleurs contrastées, des formes simples et un texte tout en sonorité.

Son avis

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Solectrice a vibré avec un roman qui nous replonge cinq ans en arrière, comme si c’était hier… Pendant les attentats qui ont pris pour cible Charlie Hebdo, on suit le quotidien de Caumes et de ses amis lycéens.

Son avis.

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Sur leur île aux trésors, Isabelle et ses enfants ont été particulièrement émus par deux livres exceptionnels qui célèbrent chacun à leur manière une nature surprenante, sauvage et fragile : le documentaire Curieux mammifères, de Florence Guiraud (Saltimbanque) et le roman Violette Hurlevent et le Jardin Sauvage, de Paul Martin et J.-B. Bourgois (Sarbacane).

Son avis sur Curieux mammifères

Son avis, celui de Pépita et de Hashtagcéline sur Violette Hurlevent et le Jardin Sauvage

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HashtagCéline a été très touchée par l’histoire de Louise, jeune bachelière, confrontée à des choix qu’elle ne se résout pas à prendre. Désorientée de Marine Carteron (Casterman) a été la belle surprise de cette fin d’année.

Son avis.

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Et vous ? Quelles belles lectures avez-vous faites en décembre et s’il fallait n’en retenir qu’une, laquelle serait-elle ?

Lecture commune : Milly Vodovic

En ce dernier lundi de l’année 2019, nous vous proposons de découvrir notre lecture commune de Milly Vodovic, de Nastasia Rugani, aux éditions MeMo.

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Yoko Lulu : Qu’avez-vous pensé de l’héroïne, Milly Vodovic ? Avez-vous ressenti de l’affection envers elle ?

Pépita : J’ai de suite aimé ce petit bout de femme plein d’énergie, à la détermination sans faille et à l’imaginaire foisonnant. Une sorte de Peter Pan pour moi. Je me suis dit qu’un bouclier la protégeait, que rien ne pouvait lui arriver. Pourtant, sa souffrance est immense. Son environnement hostile, le poids de l’Histoire sur sa famille énorme, tout concourt à la faire vaciller. La première scène du roman met tout de suite le lecteur dans le bain quant à sa volonté, sa vision de la vie, son attachement viscéral à son frère.
En même temps, j’ai eu envie de la protéger, tant parfois j’ai eu peur pour elle.

Yoko Lulu : Moi je l’ai immédiatement trouvée étrange. Les coccinelles, son histoire personnelle qu’elle tentait au début de nous cacher… Tout cela sonnait bizarrement. Néanmoins je me l’imaginais petite, pleine d’énergie et débordant d’amour… Je me suis assez vite attachée à elle, bien que je n’arrive pas toujours à la suivre.

Colette : Milly c’est un brasier vivant dans le corps d’une enfant. L’étreindre serait l’étouffer. C’est une héroïne qui dès le départ est placée sous le signe de l’ambiguïté. Et cette ambiguïté, on la retrouve à chaque page, à chaque ligne tout au long du roman, si bien que l’on ne sait jamais vraiment où se placer en tant que lectrice.

Isabelle : Comme vous, j’ai été touchée par Milly. Elle est à la lisière de l’adolescence, mais elle a une part d’innocence et de témérité que ne peuvent avoir que les enfants. J’ai été attendrie aussi par son côté sauvage, la fierté qu’elle conserve, en dépit des discriminations dont sa famille fait l’objet.

Yoko Lulu : Petit à petit des coccinelles recouvrent la ville. Comment les voyez-vous ?

Yoko Lulu : Pour moi elles sont annonciatrices de mauvaises nouvelles et sont la métaphore de gouttes de sang. Elles signifient que la ville va être envahie par le chaos et la violence.

Pépita : Je les ai plutôt vues dans leur fonction : mangeuses de nuisibles ! Mais aussi comme un rappel que la nature, même en minuscule, est présente malgré la folie des hommes. Milly n’en a pas peur, elle semble être la seule à les voir. Elles ne sont pas menaçantes. Elle apparaissent quand Milly doute, rêve éveillée, quand sa solitude est immense. Ce sont des compagnes pour elle qui lui montrent le chemin à suivre, comme les cailloux du Petit Poucet.

Colette : Ces coccinelles m’ont rappelé un passage de la Bible : les 10 plaies d’Égypte, notamment l’arrivée des sauterelles qui envahissent toute la surface de la terre. Un symbole plutôt dévastateur qui participe de l’écriture symbolique de ce roman.

Isabelle : Oui, ces coccinelles sont troublantes. Je me suis demandé plusieurs fois à la lecture du roman si elles existaient ou si elles étaient le fruit de l’imagination débordante de Milly. Leur nom vient du latin coccinus qui signifie “écarlate”, et comme Yoko Lulu, j’ai d’abord pensé à la couleur rouge du sang et pressenti un drame. Puis je me suis souvenue que certaines légendes prétendent que les coccinelles sont des porte-bonheur, sans toutefois oser complètement croire à un dénouement heureux…

Pépita : Beaucoup de personnages gravitent autour de Milly : sa famille, notamment son frère, des voisins, des jeunes garçons, avec une violence latente. Et beaucoup d’ambiguïté : comment l’avez-vous perçu ?

Colette : Je me souviens surtout de son grand-père si sensible et protecteur, si fragile aussi de par tout ce qu’il sait et sent. De par ce passé, cet ailleurs qui l’habite, qu’il porte en lui et transmet malgré tout.

Yoko Lulu : La violence de Swan Cooper m’a d’abord dérangée, elle me mettait mal à l’aise. Puis on commence à comprendre que ce personnage est bien plus complexe et qu’une certaine tendresse réside en lui, dont il a honte et qu’il cache derrière les coups qu’il donne.

Isabelle : Ce que tu dis, Pépita, est très juste. Les personnages sont nombreux et incarnent une fresque de la société multiculturelle américaine : les membres des différentes générations d’une famille immigrée, les rednecks, l’écrivaine qui tente de s’abstraire de la misère environnante par l’écriture, la bibliothécaire qui encourage le frère de Milly à étudier… Comme tu le dis, tous sont plein d’ambivalences et travaillés par leurs contradictions. Milly évolue sur une ligne de crête entre enfance et adolescence, entre une réalité insoutenable et un imaginaire ouvrant son horizon. Toute sa famille est tiraillée entre faire profil bas, courber l’échine, s’efforcer de s’extraire de son milieu social ou, au contraire, s’affirmer en assumant ce milieu. Swan Cooper n’exprime pas ses souffrances, mais s’abandonne à la violence. Les personnages les plus racistes, eux-mêmes, se laissent attendrir par Milly et invoquent clichés et phrases toutes faites comme des incantations pour se convaincre que les immigrés comme les Vodovic se réduisent à de la « vermine ». J’ai trouvé ces portraits très réussis. Ils incarnent de façon saisissante une Amérique consumée par les clivages sociaux et raciaux.

Pépita : Personnellement, je me suis sentie en apesanteur à cette lecture : est-ce votre cas aussi ? 

Colette : En apesanteur ne serait pas le mot pour moi, à aucun moment je n’ai ressenti de légèreté, ce n’est pas une lecture qui rend enthousiaste, au contraire toute la violence des rapports humains mise en scène dans ce roman je la prenais de plein fouet, comme étouffée par ces liens qui se resserrent autour de morts inévitables.

Yoko Lulu : L’atmosphère était étrange, mais comme Colette, je trouve que ce roman était parfois plombant. Je me sentais plus dans une sorte de rêve, qui oscillait vers un cauchemar.

Isabelle : Je comprends ce que tu veux dire par « apesanteur ». Il y a une sorte de flottement entre fiction, imaginaire et réalité – mais aussi dans les marges définies par les points de vues des différents personnages. J’ai eu souvent l’impression de perdre pied, décontenancée par ces différents niveaux et par des déplacements abrupts dans l’espace et le temps. Mais j’ai trouvé que cela valait mille fois le coup de relire ce texte, ce que je fais rarement. On retrouve alors mieux ses repères.

Pépita : Isabelle, je te rejoins sur ce point, j’ai aimé être bousculée par cette lecture, cueillie littéralement par son foisonnement intellectuel et sociétal. Effectivement, c’est un texte qui mériterait une relecture et aussi des clés historiques. Mais comme tu le dis, c’est la force de la fiction que de s’affranchir de tout cela et de donner à rencontrer des personnages si forts. C’est ce que je retiens avant tout de ce roman.

Pépita : Cette écriture flamboyante, à l’image de la couverture, vous a-t-elle transportée, déroutée ?

Colette : J’ai souvent été complètement perdue par les méandres de l’écriture de l’auteure. Il y avait à chaque page quelque chose de surréaliste dans le sens poétique et littéraire du terme.

Isabelle : J’ai été époustouflée par l’écriture de Nastasia Rugani. Je l’ai trouvée densément évocatrice, à la fois percutante et étrangement lumineuse.

Pépita : Qu’avez-vous pensé de cette fin ? Une sacrée mise en abyme ! 

Isabelle : J’ai adoré la fin, vertigineuse, qui nous prend une dernière fois magistralement de court en changeant brutalement de perspective (même si en relisant, j’ai remarqué qu’il y avait en fait de nombreux indices). Qui écrit finalement ? Nastasia Rugani, elle-même, ou la femme écrivain qui fait partie intégrante de l’histoire ? C’est très perturbant, mais j’ai pris cette fin comme un message d’espoir. La création littéraire pourrait bien avoir le dessus sur le choc des antagonismes sociaux, puisqu’en littérature, tout est possible – peut-être même de faire revenir les morts à la vie !

Pépita : Moi la fin m’a déstabilisée, je n’ai rien vu venir sur le coup si absorbée par la force des mots. J’ai presque été en “colère” puis j’ai compris et en comprenant , je me suis dit waouh ! ça c’est un Roman, avec un grand R.

Yoko Lulu : La fin m’a beaucoup déstabilisée aussi, mais je suis d’accord avec Isabelle, elle apporte une touche d’optimisme et n’est pas si surprenante que ça quand on prend en compte l’univers étrange dans lequel on est plongé depuis le début.

Isabelle : Il m’a vraiment évoqué de très beaux romans sociaux américains, comme ceux de Jesmyn Ward par exemple, qui ne s’adressent pas du tout à un public jeunesse, d’ailleurs. Je me suis posé la question, à ce titre. À qui auriez-vous envie de faire découvrir Milly ?

Pépita : J’avoue que c’est resté très intimiste pour moi, ou alors je l’ai partagé avec des bons lecteurs.tices, comme vous ! Je ne travaille plus en lien direct avec des ados mais je me réjouis qu’on puisse éditer de tels textes pour les ados ! Dans ma nouvelle médiathèque, la part belle sera faite à ce type de textes, je les ai lus, je pourrais en parler et convaincre de les lire. Aux adultes aussi (et surtout). C’est toute une ambiguïté que tu soulèves là Isabelle concernant ces textes d’une force inouïe. En les lisant, on a envie de les mettre entre toutes les mains. Mais on se heurte à un tas de freins. Mais peut-être qu’on se les met soi-même finalement. Je me dis toujours qu’on devrait lire plus de textes à haute voix, là, tout se débloque, la parole touche et emporte, je l’ai constaté mille fois.

Isabelle : Si vous deviez résumer ce roman en un seul mot, quel serait-il ?

Yoko Lulu : Pour moi ce serait “trompe l’œil”, comme un monde fantasmagorique auquel on voudrait nous faire croire.

Pépita : Un mot ? je dirais ENFANCE. Parce que Milly l’incarne merveilleusement.

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Par la diversité de nos points de vue, nous espérons vous donner envie de lire ou relire ce roman.

Swap de Noël 2019 !

Tous les ans, on en donne du boulot à nos chers postiers !

A partir de mi-décembre, les colis voyagent de copinaute en copinaute, traversent même les frontières, juste pour le plaisir d’offrir, la joie de partager et l’excitation de déballer.

La surprise est totale jusqu’au bout puisque c’est un tirage au sort gardé secret qui a déterminé la swappeuse et sa swappée. Et pour pimenter cette année, chacune avait aussi un thème “imposé”, histoire de toujours se renouveler !

Alors, les voici, les voilà, nos colis tout fraîchement déballés !

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Alice a été largement gâtée par Isabelle

Sous un beau papier rouge franc, se cachaient des lectures engagées, comme une belle promesse pour répondre  à cette question : “Et demain ?”. Récits de société, réflexions, combats, investissement … comme des envies d’un monde meilleur et singulier.

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La collectionneuse de papillons a été invitée par Alice à réfléchir

à ce que Grandir veut dire !

Grandir…

Se questionner, se mesurer, tomber, se relever, apprendre, comprendre, semer, pousser, s’émerveiller, échanger, accueillir ses fragilités, se poser, pardonner, découvrir, s’affermir, évoluer, s’envoler….

… s’aimer…

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Colette a gâté Aurélie sur le thème “Au coin du bois”

Dans son colis Colette avait glissé des caramels pour la gourmandise mais aussi des feuilles d’érable de son voisin. Les arbres pour nous c’est sacré. Avec du bon thé et des marques pages à gratter, trois livres : un manga, un album et un roman afin de voyager. Trois livres à dévorer durant les vacances !

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Bouma a été gâtée par Aurélie

et dès le colis le thème était donné : “Si j’avais des ailes ?”

Au final, des albums et un roman qui l’emmèneront vers d’autres cieux et une superbe tasse qui a déjà trouvé sa place dans son placard. Maintenant, il ne reste plus qu’à prendre le temps de découvrir en détail tout cela avec un bon thé !

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Bouma a gâté Sophie sur le thème “Féminité et virilité”

Deux romans et un album avec des filles et des garçons pour apprendre à vivre ensemble et enfin reconnaître qu’il n’y a rien destiné uniquement aux filles ou aux garçons. Trois histoires à déguster autour d’un thé et d’une bonne tablette de chocolat ! Et évidemment, quelques décorations de Noël pour le sapin et les vêtements.

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#Céline a envoyé un swap à Pépita sur le thème “LA VIE EST BELLE !”

Un carton méli-mélo avec au moins 6 livres tous aussi bien que les autres, mille attentions comme je les aime avec tableau en bois et ses belles lettres annonçant le thème, des cookies, sachets d’infusion bio, petite bouillotte pour les mains, magnets cœur à messages tout doux, un joli carnet clin d’œil à la revue Page des libraires, un pin’s chat, un tote bag SLPJ ! , une jolie carte ! Oui, tout ça, le tout emballé joyeusement avec plein de petits messages chaleureux LA VIE EST BELLE ! Mille mercis pour ce colis qui me va droit au cœur !

Avant !

Après !

 

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Yokolulu a gâté HashtagCéline sur le thème “ROMANTIQUE”

C’est avec beaucoup de joie que l’heureuse swappée a ouvert tous les paquets que cachait ce colis mystère. Guidée par les lettres épinglées à chaque cadeau, son coeur a littéralement fondu face à toutes ces jolies attentions. Deux albums, deux romans, un recueil de poésie accompagnés de petites douceurs et petits plus craquants ! Un très beau Noël avant l’heure pour HashtagCéline et un grand merci à Yokolulu !

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Sophie a comblé Isabelle avec un SWAP débordant de flocons de neige et de surprises, sur le thème “d’un monde à l’autre” ! De la terre ferme aux mondes marins, de la réalité aux mondes imaginaires, du monde de l’enfance à celui de l’adolescence, il n’y a manifestement qu’un… livre ! Plusieurs très beaux livres en l’occurrence, très bien choisis et même des dédicaces. Généreusement accompagnés de ce qu’il faut de marque-page et de gourmandises en tous genre pour de telles expéditions. Mille mercis à Sophie !

 

Lecture commune : Petit Renard

Il est des albums qui font d’emblée l’unanimité tant ils touchent au sublime.

PETIT RENARD d’Edward van de Vendel, illustré par Marije Tolman, publié par Albin Michel jeunesse, est incontestablement de ceux-là.

Évidemment, sous le Grand arbre, quand il est question de beau, on a de suite envie d’en discuter et de partager !

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Pépita : Petit renard : à l’ouverture de cet album, quelle a été votre première réaction ?

Isabelle : Avant même de l’ouvrir, je suis immédiatement tombée sous le charme de la couverture qui donne le ton – entre orange vif et nuances de gris, entre photo et dessins, entre contemplation mélancolique et fantaisie. En commençant à feuilleter, j’ai été à la fois soufflée par la beauté des illustrations et très intriguée par l’absence de texte, me demandant où ce petit renard nous entraîne.

HashtagCéline : Comme Isabelle, j’ai été immédiatement séduite. Les illustrations mêlant photos et dessins sont originales et j’y ai été d’emblée très sensible. C’est rare qu’un album me fasse ressentir autant d’émotions sans même que je l’ai lu. Rien qu’en le feuilletant, je l’ai trouvé riche et j’ai senti ce rythme si particulier. J’ai tout de suite su que ce livre serait un coup de cœur. Un vrai coup de foudre pour ce petit renard orange.

Colette : J’ai tout de suite été séduite par le soin apporté à la matérialité de cet album : reliure en tissu, couverture en carton bien épais, cahiers cousus, impression soignée. Ce livre est un bel objet sensoriel ! En l’ouvrant, on découvre d’étranges ramures orangées, puis sur la page de garde, un couple d’amis improbables, un petit garçon vêtu de rouge à la chevelure rousse et un renard au pelage flamboyant. S’ensuivent de magnifiques double-pages où de vastes paysages naturels s’épanouissent – et là le véritable charme opère : entre photographies monochromes et créatures animales dessinées, se livre toute l’originalité du travail d’illustration de Marije Tolman.

Pépita : Tout comme vous, dès que je l’ai eu dans les mains, je me suis dit : pépite ! Et quand je l’ai ouvert, j’ai été littéralement soufflée par ces 17 pages (oui 17 pages !) sans texte mais racontant déjà une histoire, mêlant dessins et photographies, avec un sens des détails si fin que le lecteur est transporté dans ces paysages, qu’il regarde avec les yeux de ce petit renard qui batifole dans cette nature magnifique de bord de mer.

Quel est l’élément déclencheur de l’apparition du texte ?

HashtagCéline : Ce sont les deux papillons violets qui surgissent et qui attirent irrésistiblement notre petit animal… “Pourquoi? Parce qu’ils sont violets.” Deux papillons violets qui nous mettent rétrospectivement la puce à l’oreille sur l’étrangeté de l’aventure que l’on s’apprête à lire et à vivre.Résultat de recherche d'images pour "petit renard albin michel jeunesse"

Pépita : Deux petits papillons violet qui vont faire faire un sacré vol plané à notre petit renard ! L’album entre là dans une autre dimension. Comment l’avez-vous ressentie ? Je dis bien ressentie et non interprétée…

Colette : Un rêve commence alors parce que notre petit renard est assommé par la chute incroyable qu’il vient de faire…

Isabelle : Oui, à ce moment-là, le vagabondage insouciant du renard bifurque dans quelque chose de complètement différent. On voit les deux papillons s’éloigner en voletant alors que le renardeau, qui semble plus petit que jamais dans le vaste paysage, demeure figé dans une position immobile dont on ne sait pas bien si on doit en rire ou s’en effrayer. Quel est ce rêve étrange qui débute ? Personnellement, j’ai été tendue en le voyant se dérouler sous mes yeux, partagée entre l’envie de me laisser attendrir par la mignonnerie des scènes qui se succèdent et une inquiétude sourde : petit renard finira-t-il par se réveiller ?

Pépita : J’ai ressenti la même chose, une peur en fait de ce qui aller arriver, un trouble aussi difficile à cerner.

Isabelle : Je me demande si ce ressenti est une réaction d’adulte. En lisant l’album à voix haute à mes garçons, j’ai eu l’impression qu’ils se laissaient complètement porter par cette déambulation, qu’ils se laissaient aller de façon insouciante à savourer les instants si drôles et mignons qui défilent dans le rêve du Petit Renard. Ils n’associent pas du tout le fait de voir sa vie défiler devant ses yeux avec la possibilité de la mort. Je serais curieuse d’entendre les réactions d’autres enfants !

HashtagCéline : Honnêtement, le premier ressenti a été la surprise qui pour moi transparaît de l’air du petit renard. Et puis l’amusement de le voir partir à leur poursuite. Au premier abord, je me suis plutôt attendrie et réjouie de cette course et j’ai même un peu ri de cette chute. Il y a de l’humour dans ce texte. Et ce “POUF” qui est plutôt inattendu. Alors, oui, voilà comment je l’ai reçu au départ. Évidemment, après l’avoir lu, je ne voyais plus ce moment de la même façon…

Pépita : On assiste alors aux souvenirs de Petit renard. Ses découvertes, ses joies, ses peurs… Avez-vous été sensible à l’articulation texte/ image dans la mise en récit de ce rêve ?

Colette : On en oublie qu’il s’agit d’un rêve au fur et à mesure des pages, car on retrouve les très belles et délicates doubles pages du début de l’album, sans texte, du temps où notre petit renard était bien conscient. Il y a un petit côté album naturaliste dans certaines pages, avec les vignettes aux bords arrondis qui illustrent les multiples découvertes sensorielles de Petit renard.

Isabelle : C’est quelque chose auquel j’ai effectivement été très sensible. Les illustrations portent le texte, les deux sont complémentaires, s’imbriquent… au point que le texte finisse parfois par s’effacer complètement. Cette séquence nous donne ainsi véritablement le sentiment d’entrer dans la tête de petit renard, débordant d’impressions qui semblent parfois flotter dans le vide (ce qui comptait, c’était la chaleur lumineuse de la fourrure maternelle !), une part très importante donnée à la représentations des expériences sensorielles – la vitesse d’une course, les odeurs et les saveurs du terrier – et une perspective toujours subjective, parfois attentive à l’immensité du monde, parfois concentrée par un détail qui frémit sous une feuille. Le texte sonne comme une comptine et m’a fait penser à la manière de parler qu’ont les enfants qui découvrent avec délice le plaisir de faire sonner et rouler certains mots. Images et mots résonnent ensemble comme rarement !

HashtagCéline : J’ai vraiment aimé toutes les surprises que me réservait chaque page avec des mises en page différentes, du texte ou l’absence de texte, des pleines pages ou des petites vignettes… Cela contribue grandement à pénétrer dans le “songe” du petit renard. Un rêve est souvent ainsi, décousu, sautant du coq à l’âne, nous promenant à droite et à gauche sans qu’on puisse suivre une progression précise. Ici, pourtant il y en a une. Ce qui me fait penser que ce rêve n’en est peut-être pas un…

Pépita : Puis l’album introduit un autre personnage : un jeune garçon à la chevelure aussi rousse que le pelage du renard et dans des planches là aussi sans texte, comme au début. Qu’avez-vous imaginé alors ?

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Colette : Une histoire d’adoption, une histoire d’amitié, référence rougeoyante à ce récit si précieux qu’est Le Petit Prince de Saint-Exupéry. Il y a un parallèle entre les deux personnages, le petit humain et le petit animal dans la manière dont ils occupent l’espace des doubles-pages, les jeux sur la plage, puis au milieu des oiseaux. C’est ce que j’ai préféré dans cet album, tous ces liens implicites entre ces deux petits êtres, libres et sauvages. Silencieusement. À chacune de ces doubles-pages c’est comme si la peau de mon visage était balayée par les embruns des bords de l’Atlantique, un vent glacé démêlant les nœuds dans mes cheveux.

Isabelle : Ah ! Je suis contente qu’on en parle car ces liens implicites m’ont laissée un peu perplexe. Comme vous le dites, petit renard et petit garçon roux se ressemblent comme des alter ego. S’agit-il de deux petits êtres que le hasard fait se rencontrer ? Ou l’un est-il le fruit de l’imagination de l’autre, une sorte de projection de lui-même dans un monde imaginaire intensément incarné ?

HashtagCéline : Je me suis posée beaucoup de questions, émettant plusieurs hypothèses sur ce petit garçon. Leurs déambulations dans les pages sans texte, leur ressemblance… Certains indices m’ont fait m’interroger sur la possibilité qu’ils ne soient qu’un seul et même être. Mais après réflexion, je pense que ce garçon est un ami, rencontré sur le chemin de la vie bien rempli et qui fait partie des moments marquants vécus du petit animal.

Pépita : J’ai ressenti à cette lecture une dimension poétique mais aussi spirituelle. Est-ce votre cas ?

Isabelle : Le souffle poétique est évident, dans le rythme du texte, la restitution brute d’expériences sensuelles et émotionnelles, sous une forme presque condensée comme seule la poésie le permet ! L’album a également une dimension spirituelle au sens où l’essentiel du propos naît de la force évocatrice de la pensée et de l’imagination du jeune protagoniste. Mais concerne aussi ce qui peut nous évoquer le vertige de frôler la mort. Et l’ivresse de survivre et de grandir. Est-ce ce à quoi tu faisais référence, Pépita, quand tu parlais de dimension spirituelle ?

HashtagCéline : Mais complètement ! Pour moi, la question de la mort ou non de ce petit renard se pose tout au long de l’album, arrivant avec ces deux papillons violets. Alors si ce n’est pas juste un rêve… que vit petit renard ?

Pépita : Pour vous répondre, j’ai eu d’emblée une lecture spirituelle au sens large : vie et mort, rêve comme métaphore du danger omniprésent dans la vie de l’animal sauvage qui n’est pas sans rappeler la fragilité de toute vie, puissance évocatrice de l’esprit quand il prend le dessus sur le corps, va-et-vient entre le renard et le petit garçon qui sont introduits dans l’histoire de la même façon et que seul petit renard semble voir et pas sa famille. Comme un ange gardien ? Qui l’a déjà sauvé une fois d’un bocal qui aurait pu lui être fatal. Cet album est une ode à la nature aussi, omniprésente. Sans doute que je projette une part de l’adulte que je suis, pétrie de références. C’est un album qui me touche au-delà des mots, une tristesse et une joie mêlées.

Qu’avez-vous pensé de cette fin dans laquelle petit humain et petit renard ne font qu’un ? Le texte n’est pas si facile à saisir non ? L’image est plus explicite.

Colette : J’avoue que la fin de l’album m’a paru très énigmatique du point de vue du texte. Je crois que j’aurais presque préféré un album sans texte pour suivre les déambulations oniriques de Petit renard à travers ces étranges images composites, sans être parasitée par un sens qui m’est resté obscur. Mais j’ai hâte de savoir comment vous l’avez comprise, vous, cette fin !

Isabelle : Il me semble que l’on reste dans l’ambiguïté dont nous parlions toute à l’heure à propos du statut de ce petit garçon. La fin pourrait correspondre au dénouement de l’aventure de Petit renard, grâce au réconfort apporté par l’enfant. Elle pourrait également marquer la fin de la rêverie du Petit renard… ou du petit garçon. Le texte ne lève pas cette ambiguïté en utilisant le pronom “il” sans que l’on sache s’il correspond à l’humain ou à l’animal. Cela ne m’a pas dérangée, j’aime les histoires qui se prêtent à des lectures différentes ! Mais peut-être la fin vous a-t-elle paru moins ouverte, quelle en a été votre lecture ?

HahstagCéline : La fin m’a également beaucoup perturbée. (Décidément !) Pour moi, toutes les interprétations sont possibles. Je pense que chaque lecteur la ressentira de façon différente. La mienne? Je la garde pour moi. Mais elle prend une teinte plus triste et sûrement induite par ma vision d’adulte.

Pépita : oui, la fin n’est pas si facile : elle a une certaine ambiguïté. Mais faut-il la lever ? Pas certaine.

Et si nous abordions un aspect très important de cet album : les illustrations. Pour ma part, elles m’ont subjuguées par leur beauté, leur lumière et le sens du détail. On a l’impression de faire partie du paysage. De toucher les animaux. Ces 17 pages sans texte du début sont sublimes.

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Isabelle : Oui ! De la dentelle ! Il y a de quoi être fasciné par ces grandes photographies aux couleurs passées, qui donnent quelque chose de mélancolique, associées à des dessins crayonnés vibrants de vie et de malice. Comme tu le dis, il y a mille détails qui donnent envie de lire et de relire l’album, comme les parallèles subtils nous parlions plus tôt entre le renard et le garçon dans l’agencement des images. Je trouve aussi que Marije Tolman parvient magistralement à donner une forme aux rêveries et à l’imagination…

HashtagCéline : Cet album se regarde autant qu’il se lit. Il y a une chaleur, une douceur, une poésie et une originalité que j’ai rarement rencontrées. Marije Tolman a vraiment trouvé le bon équilibre et osé avec succès, le mélange dessin et photo qui donne vraiment une tonalité particulière à l’univers de ce livre. C’est juste parfait.

Pépita : Si vous deviez définir cet album en un seul mot, quel serait-il ?

Colette : En un seul mot ? Non deux ! Libres et sauvages !
Isabelle : Enfance !
Céline : Je pense que j’en donnerais deux aussi : vie et mort ! Parce que les deux sont liés et parce que c’est ce que j’y ai vu.
Pépita : Si je devais le définir en un mot, ce serait LUMIÈRE.

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Ne passez pas à côté de cet album ! Nous, on a envie de l’offrir à tour de bras !

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