De Rouge Tagada à Mots rumeurs, mots cutter ou l’adolescence en BD

Il y a presque 2 ans, Rouge Tagada inaugurait la collection Romans graphiques de Gulf Stream. Cette bande dessinée signée Charlotte Bousquet – et la tendresse de ses mots – et Stéphanie Rubini – et la douceur de son dessin – marquait quant à elle le début d’une série de romans graphiques prenant tous place dans la même classe de collège, se centrant chacun sur l’un de ses membres et sur une thématique particulière. Il y a eu l’homosexualité pour le premier et avec Mots rumeurs, mots cutter, les deux auteures revenaient à la rentrée 2014 pour nous parler du harcèlement scolaire.

Homosexualité, harcèlement scolaire ou quelque autre problème que peuvent rencontrer les adolescents, il est question, dans chacun de ces deux albums sensibles, d’amitié, d’exclusion, de solitude, de solidarité, d’espoir et des chemins qu’il faut, difficilement, emprunter pour grandir.

Collectif - Rouge TagadaCollectif - Mots rumeurs, mots cutter

Nathan : Qu’est-ce qui vous a poussé à découvrir ces deux romans graphiques ? Lequel avez-vous lu d’abord ? Racontez-nous votre petite histoire …

Sophie LJ : J’avais repéré cette belle couverture rouge et toutes les bonnes critiques sur ce livre. Mais ce qui a fini de me convaincre, c’est de trouver Rouge Tagada dans un colis swap offert par… Nathan.

Bouma : En ce qui me concerne, j’ai commencé avec Rouge Tagada qui initiait alors une nouvelle collection des éditions Gulf Stream intitulée « Les graphiques ». C’est curieuse de voir ce que proposait cette maison, que j’affectionne, dans le domaine de la BD que je l’ai ouverte.

Céline du flacon : J’ai d’abord été intéressée par Mots rumeurs, mots cutter. Quand j’ai lu la présentation de l’éditeur, je me suis immédiatement dit qu’il pouvait représenter un très bel outil pour aborder la thématique du harcèlement scolaire avec mes élèves. Après lecture, c’est le cas. Ensuite, en prévision de cette lecture commune, j’ai eu envie de découvrir Rouge Tagada

Solectrice : J’avais vu passer Rouge Tagada sur vos blogs mais je ne savais pas que c’était une BD à ce moment-là, et les fraises ne m’attiraient pas tellement. Mais quand j’ai entendu parler de Mots Rumeurs Mots cutter, le thème m’intéressait vivement (comme enseignante en collège, pour comprendre et faire partager cette histoire), la couverture (d’un violet vif) me donnait très envie aussi. Plus tard, j’ai eu l’occasion d’emprunter Rouge Tagada et je me réjouissais de retrouver l’univers des deux auteurs…

 

Nathan : Rouge Tagada et Mots rumeurs mots cutter, ce sont deux romans graphiques qui se passent dans une même classe de collège … et, comme vous l’avez dit, c’est l’occasion de se centrer sur deux thèmes assez difficiles. Quels sont-ils ? Lequel vous a le plus touché ? Et pensez-vous qu’ils soient au final un bon moyen de les aborder ?

Céline du flacon : En résumant, ces deux titres évoquent des sujets encore bien trop tabous : l’homosexualité pour Rouge Tagada et le harcèlement scolaire pour Mots rumeurs, mots cutter. Pour ma part, j’ai été davantage interpellée par le second. Il m’arrive assez souvent de détecter des signes de harcèlement au sein de mes classes. Par expérience, le discours moralisateur n’a que peu d’impact (pour ne pas dire aucun). Peut-être que la lecture de cet album peut délier les langues, ouvrir le débat et permettre de prévenir plutôt que de guérir ! Le fait que cette histoire se vit au sein d’une classe et que les protagonistes sont des jeunes comme eux peut certainement aider aussi !

Sophie LJ : Je pense en effet que c’est une bonne manière de les aborder et de montrer que, dans une classe, il se passe beaucoup de choses et qu’on ne sait pas tout. J’ai préféré Rouge Tagada parce que j’ai beaucoup aimé les deux personnages auxquels je me suis très vite attachée. Et puis ça évoque la grande recherche de son identité au moment de l’adolescence avec ses nombreux doutes.

Solectrice : Les thèmes sont abordés avec sensibilité. Moins sensible au malaise exprimé dans Rouge Tagada, cette histoire d’amour m’a semblé assez simple. En Mots rumeurs, mots cutter, j’ai trouvé l’écho de plusieurs histoires d’élèves rencontrés, de brimades entendues et de peines confiées ; ce thème m’a d’autant plus touchée que le scénario démontre comment on peut rapidement basculer dans cette situation, sans pourtant tomber dans la morale.

Bouma : Pour moi c’est Rouge Tagada qui m’a le plus marquée. Parce que je découvrais Charlotte Bousquet et Stéphanie Rubini, et parce que j’ai été plus confrontée aux questions sur la définition de l’amour, de l’amitié, de la frontière entre les deux et sur la recherche identitaire à l’adolescence.

Nathan : En fait, les deux auteures arrivent à toucher juste et en profondeur les cordes sensibles de nos sentiments… Et je dis les deux auteures parce que le dessin et le texte me semblent indissociables … qu’en pensez-vous ? L’un vous a-t-il plus touché que l’autre ?

Céline du flacon : Tu as entièrement raison et cette alchimie commence dès le graphisme des couvertures. Que ce soit la couleur, le choix du titre et du dessin, le toucher velouté, tout donne envie d’entamer la lecture. Pour ce qui est du contenu, j’ai été autant séduite par le texte que par les illustrations. Ces dernières apportent une foule d’informations complémentaires qui permettent par exemple de situer les personnages dans la classe ou de saisir les non-dits… Texte et image s’enrichissent donc mutuellement.

Sophie LJ : C’est vrai que dans ces livres, on sent que le texte et l’illustration sont mis sur un pied d’égalité. Personnellement je suis un peu plus sensible aux illustrations. De manière générale, en BD/romans graphiques, c’est l’image qui retient plus facilement mon attention.

Bouma : Quand je lis ce type d’ouvrage, je fais souvent deux lectures : une du texte d’abord puis je reviens sur les illustrations dans un second temps. Si le tout est bien fait, je ne peux comprendre l’histoire qu’après ces deux lectures et c’est le cas de Rouge Tagada et Mots rumeurs, mots cutter. Alors pour moi impossible de dissocier les deux.

Solectrice : Très attirée par les images aussi – univers ado-fanzine, et beaucoup de détails -, j’ai trouvé que les paroles s’y adaptaient bien par leur vivacité et leur légèreté.

Nathan : Et ces deux écritures si différentes, elles ont provoqué quoi ? La douce et vivace complexité des émotions que j’ai ressenties en lisant ces deux bandes-dessinées me semble réellement riche…

Vous pouvez me citer trois émotions que vous avez vous-mêmes ressenties à la lecture des deux ouvrages ?

Céline du flacon : Trois émotions… Pas simple comme question. Peut-être de l’attendrissement, de la colère impuissante et de l’espoir. De manière générale, ces jeunes qui se construisent et affrontent les aléas de la vie me touchent en plein cœur. Pas tous les jours simples d’être un ado ! On aimerait pouvoir encore les protéger mais on sait que ce n’est pas (plus) possible.

Mots rumeurs, mots cutter m’a renvoyé en pleine face cette cruelle mécanique du harcèlement qui part d’un rien, se met en marche tel un rouleau compresseur et qu’on peine à stopper… Pas plus tard qu’aujourd’hui, j’ai appris qu’on avait volé les lunettes d’une élève de la classe où je suis titulaire. Troisième mésaventure après le vol de ses chaussures puis de son sac de piscine. Ne pas pouvoir régler le problème me frustre au plus haut point. Heureusement, je veux toujours croire en des lendemains meilleurs. Et ces titres vont dans ce sens : il y a toujours quelque part une petite voix qui écoute, une main qui se tend, un geste d’apaisement et d’amitié…

Bouma : Pas facile effectivement de répondre à cette question. Pour moi, il y a eu la joie avec Rouge Tagada qui est un hymne à l’amour. Puis la tristesse avec Mots rumeurs face à ce qui est malheureusement une réalité. Et entre les deux l’émerveillement de découvrir un duo qui fonctionne bien et qui apporte jeunesse et vitalité à des sujets difficiles.

Solectrice : J’ai également éprouvé de l’angoisse aux côtés de la jeune narratrice (surtout dans Mots rumeurs, mots cutter). De la colère, face aux réactions des soi-disant amies qui s’éloignent ou qui blessent impunément. Du désarroi, comme enseignante (on ne voit pas tout, on découvre tard, on ne sait comment faire face). Du soulagement enfin.  Je partage l’espoir de Céline en un lendemain serein, où chaque adolescent puisse trouver sa place dans ce monde parfois cruel et connaître des amitiés sincères par-delà les différences. Puisse ce livre dire la douleur d’être exclu et donner envie d’aller vers l’autre !

Sophie LJ : Tout est dit là, empathie, inquiétude, et puis l’émerveillement, en effet, pour ce bel objet.

Collectif - Bulles et bluesNathan : Le prochain album sort début février et aura pour personnage central ce personnage qui, justement, à la fin de Mots rumeurs, mots cutter, apporte l’espoir et l’amitié. En quelques mots, qu’en attendez-vous ?

Solectrice : La couverture et le titre semblent annoncer plus de noirceur… J’aime l’idée de tirer le fil de ces histoires croisées et de démêler, sans doute, des histoires de lecteurs par des dialogues justes et des dessins tendres. Comme j’ai apprécié le regard porté sur ce monde adolescent, j’ai hâte de découvrir l’histoire de cet autre personnage.

Sophie LJ : Je suis impatiente de découvrir cette nouvelle histoire avec un autre personnage de la classe et surtout un autre sujet que j’espère tout aussi émouvant et actuel.

Bouma : Je n’avais pas fait de rapprochement particulier entre les deux premières histoires. Ce sera donc l’occasion pour moi de découvrir ce nouveau titre (et de relire les anciens) sous un nouveau jour. Impatiente en tout cas !

Céline du flacon : J’adore l’idée de ces destins croisés. A chaque nouveau tome, les auteures apportent une petite pièce à un tableau qui dépasse l’individu. Ainsi, je trouve qu’elles nous rappellent que nous faisons partie d’un tout ! Ça casse notre vision plutôt nombriliste et ça, c’est très chouette ! Hâte donc de découvrir ce troisième titre !

Merci à Bouma, Céline, Solectrice et Sophie qui ont mené ce débat avec sensibilité et qui nous montrent bien que ces deux albums, quel que soit notre âge, quel que soit notre parcours de vie, arrivent par leurs mots et leurs traits, à nous toucher profondément, différemment et intensément.

Une interview des deux auteures par Nathan.

Nos avis sur Rouge Tagada:

  • « Elles posent sur cette marmite de sentiments en ébullition un regard à la fois tendre et sans concession.  Non, ce n’est pas simple d’être adolescent ! » Céline
  • « Le duo de Charlotte Bousquet au texte et Stéphanie Rubini aux illustrations fonctionnent à merveille. » Sophie
  • « Je me suis pris une vraie claque avec ce livre simple, juste et très fort. » Bouma
  • « Ce roman graphique propose une grande palette d’émotions, de beauté et de justesse. Une réussite. Un coup de cœur qui a su m’accompagner … » Nathan

Nos avis sur Mots rumeurs, mots cutter:

  • « Voilà donc une deuxième histoire tout aussi convaincante que la première. » Sophie
  • « Sans jamais tomber dans le sordide, les deux auteurs, Charlotte Bousquet pour le texte et Stéphanie Rubini pour le dessin, décortiquent toute la mécanique du harcèlement scolaire. » Céline
  • « Une lecture fluide et accrocheuse qui vous restera longtemps dans la tête. » Bouma
  • « On ne sait plus finalement où commence l’une, où commence l’autre, les deux auteures unissent leurs deux arts pour n’en faire qu’un et c’est brillant, poignant, sans jamais oublier de rappeler au lecteur que même dans les pires moments, il y a l’espoir.  » Nathan

Le livre d’où je viens – Céline du Tiroir

A l’Ombre du grand arbre cet été, on va vous révéler un petit bout de nous, un petit peu de cette sève qui chacun(e) nous anime, un petit de peu de ce feuillage qui nous réunit.

Un brin nostalgique mais tout à fait réjouissant, chacun notre tour, nous allons vous dévoiler le livre qui a changé notre vie ou qui du moins, nous a beaucoup marqué, voire qui nous a donné envie de créer un blog.

Alors, revenez par ici chaque semaine de cet été, et laissez vous nous raconter  :

« Le livre d’où je viens »

oooOOOooo
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Choisir LE livre qui nous a marqué, c’est un peu comme gommer tous les aïeux de son arbre généalogique pour n’en garder plus qu’un. Difficile exercice, et ô combien injuste.

Je voudrais parler de l’Arche de Noé, de Peter Spier, voyage mythique et merveilleux, et ses illustrations détaillées que j’ai passé des heures à regarder.

Je voudrais parler du Petit Prince, rangé dans le haut de la bibliothèque de mes parents, comme un trésor difficilement accessible, que ma maman m’a pourtant lu et relu à l’envi, avant que je le lise et relise à mon tour tant de fois.

Je voudrais parler de Max et les Maximonstres, de Matilda, de Crictor, de cette famille merveilleuse et hétéroclite qui peuple mon imaginaire depuis l’enfance.

Je voudrais parler de Lécume des jours, qui a bouleversé mon monde, m’a émerveillé et fait pleurer tant de fois, douce drogue partagée avec ma meilleure amie. Ou bien de Camus, dont la rencontre en Terminale m’a marquée à jamais.

Mais je ne saurais pas tricher aussi joliment que Sophie qui nous a égrené un abécédaire des livres qui ont jalonné son chemin. Alors je vais m’en tenir à une lecture particulière.

Il faut que je retourne au noël de mes 4 ans, les cadeaux déballés et l’émerveillement digéré, j’ai vu mon oncle sur le canapé, absorbé et l’air hilare, devant un grand livre qui m’avait tout l’air par ses belles illustrations d’être destiné à des enfants. Sur la couverture blanche, il y avait même un gros bébé joufflu, qui buvait à la gourde d’un minuscule petit bonhomme avec des ailes sur son casque !

Il ne devait pas y avoir trop de BD à la maison à cette époque, car je me souviens ma surprise et ma fascination devant ce grand album qui débordait de petites vignettes illustrées au trait si attirant et au couleurs si vives. J’ai du insister lourdement pour qu’on me lise Le fils d’Astérix, puisque tel était l’objet de ma curiosité soudaine. On m’a dit que c’était pour les plus grands, que je ne pouvais pas encore vraiment comprendre, et je ne concevais pas cette réticence à me le lire, alors que toutes ces images me parlaient, les expressions des personnages, le mouvement… Pire encore, tout le monde semblait connaître cet Astérix, mes parents les premiers !!! Je crois que je me suis sentie presque trahie qu’on ait pu me cacher ça jusqu’alors !

Alors voilà, l’énorme Obélix, les gros nez ronds des personnages, le texte qui était écrit gros dans les bulles quand ils étaient en colère, les romains qui décollaient sous les baffes avec leurs sandales qui restaient à terre, les points d’interrogations pour la surprise, les vignettes qui se suivaient pour raconter une grande histoire pleine de rebondissements, ça a été un choc. Une espèce de révélation, et vraiment, une invitation à entrer dans la lecture par moi même. Quelques années plus tard, dés que j’ai su lire, j’ai lu tous les Astérix, que mon oncle et mon grand-père m’offraient un par un. Puis, au fil des ans, pratiquement tout ce que Goscinny a pu faire, de Lucky Luke aux Rubriques à Brac et aux Dingodossiers.

Je ne sais pas s’il y a une leçon à tirer de cette expérience, mais ça m’a au moins révélé la dimension intergénérationnelle de la lecture. Il n’y a pas de limite d’âge ou de catégorie, chacun son regard, chacun son histoire. Et je peux le dédicacer peut être à certains parents qui voient parfois d’un mauvais oeil leurs enfants « ne lire que » des BD, puisque la BD est une lecture (et pas une sous-catégorie !), et que chaque lecture ouvre un nouvel univers et en appelle de nouvelles…

 

Ana Ana

Pour cette lecture commune, l’envie nous est venue d’aborder un genre différent : la bande dessinée pour jeunes enfants !

Et je suis tombée « par hasard » sur celle-ci : Ana Ana, la petite sœur de Pico Bogue, publiée par Dargaud en 2012.

Et vous allez voir : c’est malicieux, gai et enlevé à l’image des deux couvertures !

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Sophie de La Littérature de jeunesse de Judith et Sophie, Céline du Tiroir à histoires et  Bouma de Un petit Bout de (Bib)liothèque ont répondu aux questions de Pépita-Méli-Mélo de livres.

Pépita : Deux tomes pour ces histoires : Douce nuit et Déluge de chocolat, aux titres évocateurs. Pour ma part, j’ai beaucoup ri et passé un excellent moment de lecture ! Est-ce le cas pour vous aussi ?

Céline : C’est frais, léger, drôle, j’ai l’impression de retrouver mon âme d’enfant en les lisant ! Tendres et facétieuses, les aventures d’Ana Ana et sa ribambelle de doudous fripons et rigolos m’ont détendue, enchantée, et je me suis régalée des illustrations savoureuses. Le ton est beaucoup moins acide que celui des BD de son préado de frère Pico Bogue, c’est plus candide, plus mignon, mais j’ai beaucoup ri !

Sophie : J’ai aussi beaucoup aimé. C’est drôle, pétillant, plein de candeur et ce personnage seul avec ses doudous, c’est un régal pour les enfants à mon avis.

Bouma : Petites BD bien sympathiques pour une première approche du 9ème art dès le plus jeune âge. La trombine de cette petite fille, avec ses bouclettes blondes et son nez retroussé, et les peluches hautes en couleurs donnent envie d’en découvrir le contenu.

Pépita : Un petit topo rapide sur chacun des titres, juste pour donner envie à nos petits et grands lecteurs ?

Céline : Dans Douce Nuit, Ana Ana lis un livre captivant, laissant la lumière allumée alors que tous ses doudous veulent dormir. Alors, quand à son tour elle tombe de sommeil, ils ne l’entendent pas de cette oreille ! Comment dormir avec six zigotos à poils bien décidés à faire la java ?
Dans Déluge de chocolat, on prend les mêmes et on les met dans la cuisine : mission gâteau au chocolat !
Avec une bande de doudous facétieux comme ça, on ne s’ennuie pas les mercredis, c’est moi qui vous le dit !

Pépita : Pour ma part aussi, j’ai beaucoup aimé l’approche : en particulier cette façon d’entrer dans l’imaginaire des enfants. Et la spontanéité qui s’en dégage. Le renversement des rôles aussi. Tout le monde peut s’y retrouver : les enfants et les parents. Du vécu quoi !

Et les illustrations ? Vous ont-elles convaincues ? Leur mise en page, leur colorisation, le rapport avec le texte ?

Sophie : J’ai bien aimé le format à l’italienne et d’ailleurs ça m’a fait pensé que c’était des petites histoires à l’intérieur, je ne m’attendais pas à en avoir une seule. Mais pas déçue pour autant. Le style des illustrations m’a bien plu, c’est dynamique, tout ce que j’aime. Le texte est assez court et l’illustration complète très bien et ajoute encore à l’humour des situations.

Bouma : Pas du tout surprise par le format et son contenu car j’ai déjà lu P’tit Boule et Bill sur le même format. Chaque livre présente l’équivalent d’une planche (cela vaut pour les deux titres) donc de grandes cases organisées de manière linéaire unilatérale. On est loin de la gymnastique intellectuelle que peuvent parfois représenter pour les enfants les bandes-dessinées.

Céline : Les illustrations sont irrésistibles, gracieuses, fraiches, avec des petits détails vraiment comiques, un un talent très BD sur les mimiques, expressions de visage, et le mouvement.

Pépita : Derrière l’humour de ces deux tomes de Ana Ana se « cachent » aussi des petits messages éducatifs : pour ma part, ça m’a bien plu parce que c’est fait d’une manière positive. Est-ce aussi votre avis ?

Sophie : Oui, ces petits messages sont intégrés sans la présence moralisatrice de l’adulte. L’idée est plus de faire prendre conscience aux enfants, de les aider à se construire par eux-mêmes. Et puis la place des doudous est un soutien pour ces messages à la hauteur de l’enfant.

Bouma : Je vous rejoins sur ce point. Les messages éducatifs sont appris par l’expérience d’Ana Ana et comme dans la réalité certaines choses sont mieux retenues après les avoir expérimentées…

Pépita : Parlons maintenant du genre : Dargaud est un éditeur de bandes dessinées. Ce livre se situe pour moi entre l’album et la BD. Etes-vous de cet avis ?

Céline : Entre l’album et la BD ? Je ne sais pas, moi je vois là une BD à proprement parler, avec ses codes et son esthétique, simplement accessible à des plus jeunes que le public BD classique. Le texte est en bulles, il y a dans le scénario et les vignettes une forme très « sketch » qui est pleinement dans l’esprit BD je trouve.

Bouma : Rien à rajouter car je suis totalement d’accord avec Céline.

Pépita : Effectivement, ce genre de BD constitue une initiation au genre, une immersion disons.

La production éditoriale en ce sens abonde : il existe maintenant pas mal de séries de BD pour la tranche d’âge des 3 à 6 ans. Qu’en pensez-vous ?

Sophie : C’est vrai que ce type de BD se développe beaucoup. Je n’ai rien contre, c’est un style différent et ce qui se fait est plutôt de bonne qualité donc tant mieux. Après il faudrait savoir si au niveau de l’acquisition de la lecture, cette forme est adaptée ou non.

Bouma : Personnellement je ne considère pas ce genre de bd pour les 3/6 ans mais plutôt pour les 6/8 ans en ce qui concerne l’acquisition de la lecture. Elles font parties de ces « premiers » livres que les lecteurs débutants vont pouvoir lire et finir complètement seuls. L’attrait de la bd dans ce que le genre apporte est surtout du (selon moi) à une envie de « faire comme les grands » (grands étant les enfants un peu plus âgés et maîtrisant un minimum la lecture). Parce que pour moi la bande dessinée est loin d’être réservée aux « non-lecteurs » ou aux « mauvais lecteurs », au contraire elle nécessite une double lecture pas si évidente celle du texte et celle de l’image. En cela, je conseillerais plutôt Ana Ana en début d’école élémentaire.

Pépita : Avez-vous eu l’occasion de lire ces BD avec des enfants ? Si oui, leurs réactions à chaud ?

Céline : Oui ! ça rigole, et pour le message caché éducatif, ça fait mouche effectivement. Aucun adulte n’intervient pour remettre les pendules à l’heure, du coup, le petit lecteur le fait lui-même (solidarité avec les doudous qui veulent dormir, air presque scandalisé en voyant l’état de la cuisine pleine de chocolat), etc ) Mais justement, c’est parfait, suffisamment léger pour que ça reste drôle et pas moralisateur. Grand succès lu à voix haute à des enfants non lecteurs !

On vous avait prévenu…Il n’est pas trop tard pour vous régaler de cette lecture !

Pour en savoir plus, voici nos avis sur nos blogs respectifs :

Sophie-La littérature de jeunesse de Judith et Sophie

Céline- Le Tiroir à histoires

Bouma-Un  petit bout de (Bib)liothèque

Pépita-Méli-Mélo de livres

Christophe Nicolas nous parle de Tétine Man

Pour moi, Tétine Man est un héros. Il surpasse tous les hommes ultra-musclés, porteurs de capes et de collants moulants,sensés sauver la planète. C’est pourquoi, j’ai proposé de lire ses aventures à l’ombre du grand arbre. En plus des avis de trois lectrices (Pépita du blog Méli-mélo de livres, et Dorot’ du blog Les livres de Dorot’, et moi-même, Kik du blog Les Lectures de Kik), nous avons eu la chance de pouvoir interviewer l’auteur Christophe Nicolas.

J’estime l’âge de Tétine Man entre 3 et 4 ans. Ce petit garçon, qui est capable de tout faire avec sa tétine, est mis en scène dans trois bandes-dessinées, de trois histoires chacune, dans lesquelles Tétine Man réussit à se sortir de toutes les situations, même les plus épineuses.

Voici les informations pratiques et après on discute:

Tétine Man, Didier Jeunesse, 2010.

Tétine Man est le plus fort, Didier Jeunesse, 2011.

Tétine Man n’a peur de rien, Didier Jeunesse, 2012.

Pour le texte: Christophe Nicolas, pour les images: Guillaume Long

Pépita:

Cette bande dessinée autour de la tétine prend en effet le contrepied des messages culpabilisants autour de cet objet…et prouve combien en la matière, c’est l’enfant qui décide ! et combien les messages des adultes peuvent souvent être totalement incohérents ! et là tout y passe : le parent laxiste, le parent capitulateur, l’adulte très sévère et calculateur, l’adulte tolérant, voire permissif,….l’adulte indifférent,… Pour ma part, j’ai beaucoup ri à la lecture de certains passages, mais par contre, je m’interroge sur la tranche d’âge visée car il y a pas mal de second degré…et à 3 ans… En cela, Tetine man est une BD qui se moque bien plus des adultes que de l’enfant montré du doigt avec sa tétine. Cette BD retrace bien aussi les tranches de vie des petits, c’est du vécu ! et un petit qui veut garder sa tétine, il la gardera, foi de tétine man !

Kik:

De mon côté, j’aime aussi la contradiction avec la pensée commune, avec tous les livres de psycho qui culpabilise, ou flatte l’enfant pour qu’il décide d’arrêter d’utiliser la tétine. Là, on dit haut et fort, vas-y !

Dorot’:

Moi et le « Tétine man », c’est une histoire d’amour du premier regard! Quand j’ai vu la couverture du premier tome, je riais toute seule dans mon rayon jeunesse, je riais toujours, quand j’ai vu la tête de la mamie décoiffé par le mistral et encore plus quand j’ai réalisé combien notre lutte contre la tétine est voué à l’échec face aux petits obstinés.Et puis ce n’est pas à la maternelle que la lutte commence… Ceux qui ont laissé faire les bambins, n’ont plus qu’à assumer après.

Pépita:

Par contre, j’accroche beaucoup moins aux illustrations car je ne les trouve pas particulièrement esthétiques : personnages assez caricaturaux, couleurs trop criardes,…par contre, la séquence des vignettes est bien faite et ne gêne pas la lecture. N’oublions pas que c’est une BD pour petits enfants ! Des dessins presque trop enfantins par rapport au texte d’ailleurs : ça me gêne un peu dans la démarche. On attire un public pour ces dessins qui lui sont destinés mais en fait le texte, sous son apparente facilité, ne l’est pas tant que ça, beaucoup de second degré et d’humour, pas forcément compréhensible pour la tranche d’âge visée (3-6 ans).

Kik:

En ce qui concerne les illustrations, après un temps d’adaptation j’ai été conquise par Guillaume Long. J’aime les aplats de couleurs franches, ainsi que la mise en page dynamique. On suit les aventures de Tétine Man avec envie, et on a hâte de savoir comment il arrivera à se sortir de la situation problématique sans lâcher sa tétine.

Dorot’:

Les dessins vont avec le texte, explicites et avec un message clair, destiné aux parents: Vous avez laissé faire avant, subissez maintenant, dans la joie et la bonne humeur! En plus j’aime beaucoup le fait, que les mots un peu difficiles sont expliqués plus bas. Ceci peu aider les parents dans la lecture avec les bambins.

Pépita:

Ça, le message est clair pour les adultes : assumez ce que vous mettez dans la bouche de vos petits ! après, ce sont eux qui décident ! Tétine man, c’est le pouvoir absolu sur l’adulte. Il l’a bien compris le petit et malgré le fait que sa super-tétine l’empêche de parler, il se fait très bien comprendre, comme quoi !. Mais bon, les petits ont un don pour ça…tétine ou pas.

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Pour répondre à nos questions, nous sommes allés frapper à la porte (qui ressemble fort à une boîte mail) de l’auteur Christophe Nicolas. Voilà ce qu’il nous a répondu:

1/ On s’interroge tout d’abord sur la genèse du livre, on aimerait savoir le pourquoi du comment ! Comment Guillaume Long et vous êtes entrés en contact pour le projet Tétine Man ? L’idée de Tétine Man vient-elle d’un personnage réel de votre entourage ou de celui de Guillaume Long ?

L’origine, ce sont mes trois fistons, tous trois grands tétouilleurs tardifs. Le 3e a battu tous les records d’obstination. C’est lui qui a hérité du surnom, Tétine Man, et du surnom est venue une idée de livre. Au départ je voulais faire une sorte de manga… Et en même temps, je voulais aussi que ce soit un album à raconter. D’où le surplomb de la narration qui demande au raconteur de théâtraliser.

Pour ce projet j’ai tout de suite pensé à Guillaume, avec qui je travaille parfois dans le cadre de mon métier de rédacteur chez Bayard Presse. J’ai adoré ses BD jeunesse publiées à La joie de lire. J’ai proposé le nom de Guillaume à Didier Jeunesse, qui s’est assez vite intéressé au projet. Guillaume a fait des essais (voir visuel joint, accompagné du mot « Serait-ce Tétine Man ? »), et nous avons tous été convaincus, voire conquis.

2) Et les personnages ? On se demande si votre mamie est comme celle de Tétine Man… La mamie de Tétine man, c’est notre coup de coeur. Je suppose qu’elle existe quelque part dans votre famille ou dans celle de Guillaume Long… Est-elle aussi charismatique dans la vraie vie que dans le livre? (je n’ose pas demander si elle s’habille en rose pour aller faire la luge)

Les personnages sont entièrement fictifs. Mais on reprend parfois les prénoms de notre entourage : Mélanie la maîtresse est une copine de Guillaume, Tonton Gilles et Tata Magali, c’est mon frère et ma belle-sœur… Mamie est la plus fictive. Quant à son look, il faudrait demander à Guillaume. La mamie de mes enfants est, au contraire de la mamie de Tétine Man, du genre très relax et peu interventionniste. Et elle s’habille assez normalement comme les gens de son âge essentiellement en marron. Pas de survêtement rose , non. Je me demande si ce n’est pas mieux comme ça. Je me vois mal faire des courses avec une dame en survêtement rose au Centre Leclerc de Saint-Pol de Léon. Et avec cette coiffure, mon Dieu !

3) Parmi les situations « critiques », dans la vie de ce petit chenapan, il y en a des vraies? Celles qu’on se raconte en famille et dont on rit encore et encore?

Nous avions dans notre vie réelle de parents de téteurs fous quelques réflexions sur le port de la tétine à 3 ans et plus. Nous avons dû parfois écumer les pharmacies pour trouver la bonne marque (une marque anglaise, si mes souvenirs sont bons), demander une « dérogation » pour l’école (« oui, mais alors juste pendant la sieste »), bricoler un assemblage doudou-tétine… Je me souviens aussi des «hon-hon» de mes enfants en guise de réponse à nos questions. Ou de leurs questions qui disaient juste « « hon-hon-hon, hon-hon ? ». Un peu agaçant, quand même, parfois… La tétine est un piège mortel.

4/« Tétine Man », c’est pour qui ? Avez-vous inventé ce super-héros de la tétine pour les adultes ou pour les enfants ?

Avant tout pour faire un duo de lecteurs, un grand-un petit, pour rigoler à deux. Toutefois, les plus âgés des petits lecteurs lisent tout seuls ; « La Revue des livres pour enfants » conseille la série en première lecture.

5/ Qui sont les plus grands fans de Tétine Man ? De la part de qui avez-vous eu le plus de retours après la sortie de trois tomes ? Les enfants, les bibliothécaires, les libraires, les parents, les dentistes , les psychologues… ?

Indubitablement les parents à qui la situation « parle ». Les enfants, j’espère ! La promo de Didier jeunesse m’envoie régulièrement les petits mots qui sont joints au demandes de poster (car oui, on peut demander son poster), c’est bien réjouissant. (Note de Kik: Poster à demander à promo@editions-didier.fr)

6/Et la suite ? Un quatrième tome est-il en préparation ? Y apercevra-t-on la bouche de tétine man ?

J’ai rencontré des enfants récemment à Namur en Belgique. Et je leur ai confié être en panne d’inspiration. Ils m’ont donné plein d’idées d’ « opposants » et de situations. Il est question de grand cousin moqueur (qui pourrait ressembler au Jean-Kévin du blog « A boire et à manger » de Guillaume), de singe piqueur de tétine (d’éléphant, même), de policier et de… dentiste. Nous avons eu aussi des demandes de Tétine Girl… Bon il y a de quoi faire… A suivre !

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Pour finir une ultime question aux lecteurs d’À l’ombre du grand arbre:

S’il y a un quatrième tome de Tétine Man vous ferez en sorte de le lire ?  Et quel est pour chacune votre épisode préferé sur l’ensemble des trois tomes ?

Pépita :

Oui, le quatrième tome, je le lirai. Mon préféré, c’est le deuxième même si j’ai beaucoup aimé l’épisode de la piscine dans le troisième.

Dorot’ :

Mon préféré c’est le troisième avec la mamie, Jean Pierre, et la luge!!! Yeah!!! Et s’il y en a d’autres tomes????? Je les suivrai,sure et certaine!!!

Pour faire durer le plaisir, un petit podcast de France Culture qui pose des questions à Christophe Nicolas: ICI