Une humanité en « Petit point »

La semaine dernière, on vous proposait une sélection de livres sur le thème de l’exil ici. Poursuivons avec l’album Petit point de Giancarlo Macri et Carolina Zanotti publié chez Nuinui qui offre un beau message d’espoir pour les générations futures.

À l’ombre du grand arbre, on l’a lu et voilà ce qu’on en dit !

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Petit point, un titre énigmatique et une couverture qui en est remplie, une quatrième de couverture qui n’en dit guère plus : « Des petits points pour découvrir un monde meilleur. Un livre pour tous les petits, même ceux qui ont grandi. ». Qu’est-ce qui vous a donné envie d’ouvrir cet album et qu’est-ce que vous en attendiez ?

Pépita : C’est d’abord l’éditeur que je ne connaissais pas qui a aiguisé ma curiosité. Après, je n’en attendais rien de spécial, si ce n’est de la curiosité. Des petits points partout et un petit point en titre… je me suis dit : sur la différence ? Ce n’est pas nouveau ce point de vue en littérature jeunesse.

Colette : Ce qui m’a donné envie de lire cet album c’est ma bibliothécaire préférée comme souvent ! À la médiathèque, Il y a une étagère consacrée aux nouveautés et aux prix de lecture : Petit point y était présenté dans la sélection du prix de la ville 2016-2017 dans la catégorie Pépite-lecteur en herbe 10/12 ans. Gage de qualité par excellence pour moi. Mais comme Pépita, j’avais déjà lu de nombreux albums qui utilisaient le point de manière symbolique pour aborder des sujets d’ordre moral ou philosophique. Alors, j’étais intriguée : qu’offrait-il de neuf cet album là pour être dans la super sélection de ma médiathèque de choc ?

Et alors, qu’avez-vous trouvé comme histoire dans ce livre ?

Pépita : Une vision très symbolique et très parlante de l’immigration, de la pauvreté, de l’histoire, une bien belle approche de la tolérance, de l’ouverture à l’autre. Mais plus que cela, ce que j’ai vraiment apprécié, ce sont les différents niveaux de lecture de l’approche. Je pense que du coup on peut l’utiliser avec différentes tranches d’âges. Et quel support épatant pour parler de politique au sens large avec les enfants !

Une histoire sur l’immigration : pas facile comme sujet. Qu’avez-vous pensé de la façon dont l’album est traité ?

Pépita : J’ai trouvé que l’approche était simple, avec des mots concrets mais surtout ce qui rend plus explicite le sujet, ce sont justement les petits points : le livre devient support narratif de l’idée avec ces petits points qui se déplacent d’une page à l’autre pour exprimer l’abondance des uns, la pauvreté des autres, que ce sujet est politique mais que si les citoyens se donnent la main pour aller vers l’autre, alors tout est possible. Une enseignante là où je travaille était dubitative lorsque je l’ai présenté en comité de lecture. Je lui ai suggéré de tenter. Elle a une classe de CM2. Au début les élèves ont trouvé cela trop simple puis rapidement l’approche prend de l’épaisseur et là le débat a éclaté dans la classe. Elle a eu l’idée de le donner à un collègue de CE1 et là pareil, pas au même niveau mais les enfants ont aussi été passionnés.

Colette : Certes aborder le sujet de l’immigration dans un album jeunesse c’est aborder un thème complexe et j’imagine que l’album ne se lit pas du même œil selon que l’on est un petit point blanc ou un petit point noir… Pour ma part je trouve particulièrement réducteur de n’aborder ce thème que sous l’angle matérialiste : les petits points noirs ne sont ils seulement heureux dans leur pays que parce qu’ils ont des maisons, des jeux et des hamburgers ? Et les petits points blancs que parce qu’ils n’en ont pas ? N’y a t il pas un petit quelque chose en plus qui permet à tous ces petits points noirs de vivre en harmonie ? Et qu’est ce qui pousse ces petits points blancs à quitter leur page ? Si j’apprécie tout particulièrement le graphisme et le format de cet album, le texte qui l’accompagne est pour moi trop minimaliste pour un sujet aussi complexe. Sans texte il aurait peut être même eu encore plus d’impact.

Mais ce côté matérialiste n’est-il pas là pour simplifier le propos ? Finalement, ça n’empêche pas de se situer dans l’histoire, on comprend vite de quel côté on est et aussi ce que l’on peut apporter. C’est d’ailleurs là-dessus que se poursuit l’histoire, qu’avez-vous pensé de ce dénouement en « happy end » ?

Colette : Si nos bibliothécaires engagées lisent cet album aux familles issues de l’immigration, crois-tu qu’ils pourront se dire qu’ils ont quelque chose à apporter ? Qui apporte quelque chose ici ? C’est Petit point noir qui s’en va « coloniser » la page de Petit point blanc pour lui apprendre à construire, à faire à manger et à s’amuser. Mais qu’apporte Petit Point blanc à part sa détresse et sa pauvreté ? Bien sûr, je projette sur cet album ma connaissance de l’histoire du monde et mes préoccupations d’adulte mais à l’heure où le sujet des migrations est particulièrement d’actualité sur notre sol, il me semble que cet album ne développe pas une vision de l’accueil et de l’échange réciproque à laquelle je suis profondément attachée.

Pépita : Je ne dirais pas qu’il simplifie le propos mais qu’il est aussi dans l’air du temps non ? D’un côté les riches (avec des symboles de riches) et de l’autre les pauvres. Le dénouement montre tout simplement dans sa symbolique de la main tendue que tout est possible, qu’il suffit d’un peu de bonne volonté. Je pense aussi qu’il faut faire confiance aux enfants pour se l’approprier avec justesse parce que nous adultes, nous y projetons nos propres filtres (matérialisme, colonialisme, etc…). Cependant, je trouve que le propos prend une autre tournure avec la symbolique de l’hémicycle parlementaire. D’une approche à première vue enfantine, le débat se place alors sur un autre niveau. La fin, très positive, démontre alors que c’est à tous de s’y mettre.

Oui Colette je perçois très bien ce que tu veux dire mais je ne le vois pas pareil : au contraire cet album montre une réalité, celle d’hier et d’aujourd’hui. Il part de cette réalité-là. Il montre que ça s’est passé et que ça se passe comme ça mais qu’une autre voie est possible : celle de la solidarité, celle de la main tendue mais à égalité. Et que c’est à tout niveau que chacun peut agir et qu’on n’est pas dans qui apporte plus ou moins, chacun peut apporter ce qu’il peut dans un partage équitable. C’est ce qui m’a en tous cas sauté aux yeux avec ces petits points, que j’ai fini par voir comme des êtres humains.

Michelangelo - Creation of Adam.jpgColette : J’avoue que je reste très dubitative sur le symbole finale des mains tendues car j’y ai vu à première lecture une réécriture du tableau de Michel-Ange : La création d’Adam. Du coup je ne comprenais pas vraiment ce que ce tableau venait faire là. Si la réécriture n’est pas volontaire elle m’interroge vraiment !

Pépita : Oui j’y ai vu ce tableau mais aussi l’universalité du geste. Oui on peut dire aussi qu’il aborde la politique de l’immigration, je suis aussi d’accord avec ce point de vue mais il tente de l’englober dans une vision plus humaniste, non ?

Sophie : Ce que j’ai eu envie d’y voir dans cette fin faite de générosité et d’entraide, c’est surtout une ligne à suivre pour les générations futures. Alors qu’aujourd’hui, chacun garde bien pour lui ce qu’il a, dans cette histoire, que ce soit dans le cadre de l’immigration ou non, on propose autre chose. Je trouve que cette invitation à l’entraide, ou à l’aide tout court si l’autre n’a rien a proposé dans l’immédiat (quoique on construit toujours mieux à plusieurs), est belle. Je doute que les enfants qui grandissent aujourd’hui baignent dans cette culture du partage avec autrui alors un tel message me donne envie de le partager.
C’est ce qui m’a touché dans ce livre, au delà de la question de l’immigration, on prône la générosité et pour moi c’est une lueur d’espoir pour les générations à venir.

Qu’avez-vous pensé du graphisme de cet album tout en noir et blanc, fait de points ?

Retrouvez les contes de Warja Lavater sur le site des Editions MaeghtColette : Le graphisme est pour moi l’atout indéniable de cet album : utiliser le point, signe commun à toutes les langues, à tous les humains et ce dès le plus jeune âge pour symboliser l’humanité à la fois dans sa diversité et dans sa multiplicité est à la fois très simple et très ingénieux. J’ai toujours apprécié les artistes qui utilisaient des symboles pour raconter des histoires comme la génialissime Warja Lavater dans sa réécriture des contes traditionnels. Et je trouve que le grand format de l’album participe de l’esthétique de ce livre et nous offre une sacrée vue en plongée sur cette immense humanité de points noirs et blancs.

Pépita : Je vous rejoins sur le graphisme, c’est extrêmement parlant, bien mieux que tous les discours.

Voilà un petit aperçu en vidéo de l’album Petit point, par la librairie Decitre.

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Comme le disait Pépita plus haut, l’éditeur n’a pas été pour rien dans notre envie de découvrir cet album. En effet, c’est une toute jeune maison d’édition suisse et on a eu envie d’en savoir plus sur leur structure et sur cet album.

Interview de Marcello Bertinetti, éditeur chez Nuinui

Nuinui est une toute jeune maison d’édition. Pouvez-vous nous expliquer sa genèse ?

Nuinui a été fondée au printemps 2014 par moi-même, à Chermignon en Suisse.
Je suis le fondateur d’une autre maison d’édition, les éditions White Star, en 1982, et j’ai beaucoup d’expérience dans ce domaine.
Nuinui signifie « Grandgrand » dans la langue polynésienne.

Vous publiez des livres sur des sujets de société contemporains comme Petit point. Est-ce militant de votre part ? Ou une envie de se démarquer dans le paysage éditorial jeunesse actuel ?

Nous publions beaucoup de sujets dans le domaine de la jeunesse, et on a accepté avec enthousiasme de publier Petit Point, car on l’a trouvé original et extraordinaire.

À côté de ça, vous avez aussi une grande place pour les livres de loisirs créatifs et les livres animés. Qu’est-ce que vous souhaitez mettre en valeur dans ces genres là ?

Nous sommes spécialisés dans le domaine des origamis, et je pense qu’on est l’éditeur leader dans ce domaine en langue française.

Vous éditez en français et en italien. Comment s’est fait ce choix ?

Je suis d’origine italienne et je connais bien le marché italien.
Maintenant je vis en Suisse romande et publier en français est impératif et important.
Comme on fait la création des livres, c’est un important investissement, on peut partager ces coûts entre les deux éditions et ça nous aide dans l’économie du livre.

Comment travaillez-vous avec les auteurs ?

On travaille avec beaucoup d’auteurs pour les différents sujets, et il n’y a pas une seule règle.

Giancarlo Macri et Carolina Zanotti - Terre.Quels sont vos projets éditoriaux à venir ?

Cet automne on publie un autre titre exceptionnel de Macrì et Zanotti, les auteurs de Petit Point : Terre. Ce titre lance un message aux enfants pour sauvegarder la nature et notre monde qui est en péril.

On a aussi d’autres titres importants pour la jeunesse, pour les loisirs créatifs Peter Skinner - New York - Un siècle de photographies aériennes.et origamis, comme en particulier : Origami modulaires d’exception de Tomoko Fuse, japonaise, une des créatrice d’origamis les  plus importantes au monde.

On publie aussi un grand titre illustré de grand success: New York un siècle de photographies aériennes, de Peter Skinner.

Pour en revenir à Petit point, on peut dire que c’est un album qui parle d’un sujet particulièrement d’actualité. C’est un livre qui suscite le débat notamment selon si on se trouve du côté des points blancs ou des points noirs. A quel âge le conseilleriez-vous ?

On aime dire que « c’est un livre pour tous les enfants, même s’ils sont adultes ! ».
De 1 à 99 ans ! Mais plus sérieusement pour les enfants de 5 à 12 ans.
Le Petit Point à été publié en français, italien, anglais, allemand, espagnol et chinois !

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Merci à l’éditeur Marcello Bertinetti pour ses réponses et à Pépita et Colette pour m’avoir suivie dans cette lecture !

Une vie d’ours… à déchiffrer

Une vie d’ours (Christophe Fourvel et Janik Coat au Baron Perché) est un album que j’avais repéré il y a quelques temps déjà sur le blog de littérature jeunesse La Mare aux mots. Je viens d’en faire la lecture et elle a soulevé tant de questions que j’ai eu envie de demander à mes copinautes leur avis dessus.

Je remercie donc Colette (La collectionneuse de Papillons), Sophie (La littérature jeunesse de Judith et Sophie), Alice (A lire au pays des merveilles), Pépita (Méli-mélo de livres) et Kik (Les Lectures de Kik) d’avoir bien voulu donner de leur temps pour partager leurs avis avec moi.

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Bouma : Votre première impression face au titre et à la couverture de cet album ? Selon vous, quelle(s) thématique(s) vont y être abordée(s) ?

Colette : Quand j’ai découvert le joli portrait de famille de la couverture d’Une vie d’ours, je me suis dit que cet album là allait parler des relations parents-enfants, du quotidien d’une famille d’animaux aux grand yeux étonnés qui dévoraient surement la vie à pleine dents. Mais j’avoue que le petit autocollant prévu par les bibliothécaires de la médiathèque où je l’ai emprunté qui annonce « A lire avec un adulte » m’a mis la puce à l’oreille, cela annonçait que la lecture ne serait peut-être pas si évidente…

Pépita : J’ai tout de suite pensé à une histoire parodie du conte Boucle d’or et les trois ours et en effet, il y a un peu de ça dans cet album mais pas que… Je te rejoins aussi Colette dans ton impression : un album sur la vie de la famille ours. Il y a de ça aussi mais pas que…
Cependant, ce titre… Les deux termes principaux pour moi : « une » et « vie ». Une pour dire qu’elle est parmi tant d’autres et vie implique un début et une fin. Et effectivement, il s’agit d’un album beaucoup plus lourd de sens qu’il n’y parait à première vue. Au final, le titre s’éclaire après la lecture et il est tout à fait bien trouvé.

Alice : Vous ne trouvez pas qu’ils sont sans expression ces ours, en fait ? Seule la main levée de l’aîné nous invite à rentrer dans le livre. Si on la cache, on a une photo de famille, presque un peu triste.
Quant au titre Une vie d’ours, il m’a évoqué l’expression « Une vie de chien », … pas terrible, hein ?
Du coup, je me retrouve avec entre les mains un album qui me donne une première impression pas très optimiste.
Heureusement, le soleil brille dans le fond de l’illustration et cette famille a l’air unie.

 

Bouma : Et maintenant que vous l’avez lu. Que raconte-t-il réellement ?

Pépita : On entre effectivement dans le quotidien d’une famille ours et le temps qui passe fait son œuvre.

Sophie : Une vie tout simplement avec les jeunes qui vieillissent, les anciens qui partent et les plus petits qui arrivent…

Colette : Une vie d’ours ne raconte rien de moins que ce que son titre laissait présager. A part qu’en fait il ne s’agit pas vraiment d’ours ici mais bien d’êtres humains. Le zoomorphisme n’est là semble-t-il que pour sublimer la finitude de toute existence humaine. Parce que c’est cela le sujet de cet album : l’humaine mortalité. Mais là où les illustrations nous permettent d’entrer émerveillés dans l’histoire, le texte lui est direct comme un le coup de poing du même nom !

Bouma : Moi j’ai été surprise par ce zoomorphisme car je m’attendais à un livre sur le rythme de la vie de l’ours avec ses périodes d’hivernation par exemple. Quelque chose de plus joyeux et plus enfantin. Je pense que cette attente m’a été induite par les illustrations de Janik Coat.

le baron perché

Que pensez-vous de ces illustrations d’ailleurs ? N’y-a-t-il pas un décalage avec le sujet de l’album ?

Pépita : Oui, complètement ! Par ces illustrations, on entre dans l’univers enfantin et on s’attend effectivement à une histoire sur les ours mais le texte est en partie en contradiction : trop explicite, trop pour « grand » et parfois très dérangeant en ce qu’il ne laisse pas libre cours à sa propre interprétation, à ce qui est dit là sur la mort, le deuil et la vie qui passe.

Sophie : C’est vrai que ces illustrations font tout de suite penser à l’univers des petits et à une histoire simple de leur quotidien. Malgré tout, plus je regarde ce livre, plus le regard des personnages laissent une sensation inquiétante, peut-être là pour avertir sur le contenu de l’histoire !

Alice : Si je re-feuillette le livre en ne tenant compte que des illustrations, je les trouvent sans âme, manquant d’expressivité.
Clairement représentatives de la technique utilisée par Janik Coat (utilisation de logiciel).
Elles ne me dérangent pas… mais n’apportent pas grand chose au texte non plus.

Colette : Comme Alice, je trouve les illustrations très représentatives du style de Janik Coat. Je ne les dirais pas sans âme mais en effet notre famille d’ours est comme figée. L’âme est ailleurs pour moi, dans la couleur, dans les formes, dans ce graphisme épuré et délicat de l’artiste. Mais comme Pépita le souligne il y a un vrai décalage entre ces illustrations et le texte si cru, si dur, presque… inapproprié !

Kik : Je suis une grande fan de Janik Coat et ces ours ne m’ont pas dérangés. Je n’ai pas senti ce décalage. Certes il existe une certaine neutralité. Côme. Quelque chose de figé mais je l’ai plutôt perçu comme des photos de famille. Vous savez comme ces portraits de famille faits chez le photographe il y a quelques décennies. Pour moi, ce livre est comme un album de famille.

Pépita : Tout comme Kik, l’univers de Janik Coat, j’entre bien dedans, le côté figé ne me dérange pas puisqu’il est effectivement renforcé par les couleurs et leurs forts contrastes. Et que de beaux albums elle a dessiné !

Bouma : Nous ne sommes donc pas toutes d’accord sur ce décalage et tant mieux puisque ma question suivante tourne autour de votre ressenti face à cette lecture.

Comment avez-vous vécu cette histoire ? Quels sentiments avez-vous ressenti une fois celle-ci terminée ?

Colette : En ce qui me concerne, le texte m’a vraiment dérangée et c’est un album que je n’ai pas eu envie de lire à mes enfants, alors que je suis vraiment absolument fan de Janik Coat comme Kik. Je trouve la thématique de la vieillesse et du cycle de la vie très importante à aborder dès le plus jeune âge mais pourquoi cette manière de numéroter les enfants de la famille au lieu de les nommer et surtout pourquoi ces intrusions de ce langage dit « des adultes » ou « des journalistes » dans un album jeunesse qui se présente comme un conte ? Ces intrusions – il me semble que le texte n’en avait pas besoin pour être clair – gâchent un peu la saveur de l’implicite propre à la lecture fictionnelle.

Kik : J’ai été surprise plutôt que gênée pour ma part. Je n’ai pas tout de suite compris où l’auteur nous emmenait. Dès la fin de la première lecture, j’ai relu l’album pour percevoir les nuances et les détails dans les illustrations.
Peu d’albums évoquent le temps qui passe de cette manière, il faut être prêt après sa lecture à un enfant à répondre à d’éventuelles questions. Pour moi, il est bon de se questionner sur la vie et la succession irrémédiable des générations.

Sophie :Comme Kik, j’ai plutôt été surprise pour finalement remarquer que je ne me retrouvais pas dans cette histoire. Il y a une structure familiale très classique mais cette succession comme si les générations ne faisait que se répéter ne me convient pas vraiment. Certes le sujet est important mais il y a une ambiance angoissante qui m’a été désagréable à la première comme aux lectures qui ont suivies.

Pépita : Je vous rejoins totalement : trop d’explications dans ce texte qui ne laissent pas la part au cheminement intérieur de chacun. J’ai été mal à l’aise à la première lecture. Je l’ai donc laissé reposer et relu. Et là, un peu d’agacement en fait. On peut parler de la mort et du deuil et du temps qui passe à travers les générations aux enfants, et je pense même qu’on peut tout aborder avec les enfants, mais pas de cette façon-là. C’est trop appuyé, trop explicatif, comme si le lecteur n’était pas capable de comprendre presque ! Et du coup, je pense que les questions de l’enfant ne peuvent plus émerger, il n’y a plus l’espace pour. Je ne l’aurais pas lu à mes enfants petits ou alors, je n’aurais pas tout lu, ce qui demande de la part de l’adulte une pré-lecture tout de même et c’est dommage.

Alice : Une lecture très distanciée pour ma part. Et je rejoins Pépita, trop de textes explicatifs et une linéarité sans surprise : ainsi va la vie …

Bouma : Moi c’est aussi cette linéarité qui m’a dérangé. Ajoutez à ça, ce non esprit de famille permanent : chacun pour sa pomme et toujours le plus fort qui se sert en premier, les enfants n’ayant que les restes… Je sais en tant qu’adulte que l’histoire est une métaphore de la vie mais je ne l’ai pas trouvée pertinente.

Au final, le recommanderiez-vous ? Pourquoi ?

Pépita : Le recommander. Je ne sais pas en fait. Ou alors avec un accompagnement, voire une mise en garde.

Sophie : J’aurais du mal à le recommander comme je n’ai pas trop accroché. Et puis même si le thème colle avec une demande, l’âge est difficile à déterminer. Les illustrations irait bien à des maternelles mais le texte est long et le contenu pas évident.

Alice : Pas tellement convaincue, j’aurais du mal à le proposer.

Colette : Au final je n’ai pas lu à mes garçons, ce qui prouve bien qu’inconsciemment je n’y ai pas trouvé de quoi nourrir leur curiosité… Dommage, j’aime tellement les dessins de Janik Coat !

Kik : Moi je le recommanderai. Un certain point de vue, à compléter avec d’autres. Il apporte quelque chose de différent.

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Et bien voilà, il ne vous reste plus qu’à trouver cet album et à vous faire votre propre avis dessus.

 

 

Best of mai

Vous connaissez le dicton : en mai, lis ce qu’il te plaît !

Une fois n’est pas coutume, nous nous sommes appliqués

Et le 1er juin, nous partageons avec vous et entrain !

Chez Kik :

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 L’invention d’Hugo Cabret de Brian Selznick , Bayard Jeunesse, 2012.

Une belle découverte. Un coup de coeur. Un conseil de lecture très apprécié.
Un roman en texte et en images. L’invention d’Hugo Cabret de Brian Selznick c’est un peu tout ça en même temps.
À ne pas manquer. Et l’argument « Mais j’ai déjà vu le film », ne tient pas du tout !

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Le bain d’Abel d’Audrey Poussier, école des loisirs, 2014.

Où file donc l’eau du bain quand on ouvre la bonde de la baignoire ? C’est à ce voyage extraordinaire que nous invite le charmant petit Abel à travers une aventure riche de rencontres ! Si vous voulez le suivre, n’hésitez pas à embarquer à bord de cet album tendre, drôle, délicat à souhait !

Chez Pépita :

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Mon tout petit de Germano Zullo et Albertine, La joie de lire,  2015.

Un grand album dans un écrin végétal qui nous parle de l’amour maternel et filial d’une façon si sensible, si délicate, si juste qu’on est tout chamboulé de l’intérieur. Plus qu’un album, un petit bijou de tendresse à s’offrir, à offrir, à lire et relire…

Chez Alice :

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Ronde comme la lune de Mireille Disdero, Seuil, 2015.

Avec des mots simples, une pointe d’humour et des personnages attachants, Mireille Disdero évoque l’âge délicat de l’adolescence au travers de Saskia « ronde comme la lune » et mal dans sa peau.
Un roman en toute sincérité.

Chez Sophie :

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Les super-héros détestent les artichauts de Sébastien Perez et Benjamin Lacombe, Albin Michel jeunesse, 2014.

Vous allez tout savoir sur les super-héros dans ce bel album/documentaire. Une petite merveille graphique d’une grande originalité !

Chez Céline et son tiroir :

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Jean-Loup fait des trucs de Clémentine Mélois, les Fourmis Rouges, 2015.

Coup de coeur dans Le Tiroir à histoires pour ce sacré fainéant de Jean-Loup et pour son peignoir. En Mai, fais ce qu’il te plait… Oyez braves gens, sachez le et faites-le savoir : Jean-Loup fait des trucs ! Qu’est ce qu’on se poile !

Chez Céline et son flaconimg199

Là où naissent les nuages d’Annelise Heurtier, Casterman, 2014.

Avec cette réédition en format poche, (re)plongez-vous durant quelques heures dans un univers à la fois rude et splendide: celui d’une Mongolie à la croisée des mondes, entre traditions et modernité. Vous y découvrirez le périple d’une ado qui, pour se réaliser à son tour, doit s’affranchir des images trop lisses qu’elle s’est forgées de ses parents, quitte à les écorner quelque peu ! Bref, laissez-vous emporter à votre tour là où naissent les nuages… Dépaysement garanti !

Chez Carole :

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Refuges d’Annelise Heurtier, Casterman, 2015.

Un roman à lire d’urgence pour garder les yeux ouverts sur une triste réalité quotidienne et toute proche de nous….

Les albums de Fanny Ducassé

Fanny DUCASSE est une nouvelle auteure et illustratrice d’albums jeunesse, publiés chez Thierry Magnier, qui ne nous ont pas laissé indifférents.

C’est toujours émouvant d’assister à l’émergence d’un nouveau talent.

©Méli-Mélo de livres

Elle vient de remporter pour son album « Louve » le prix du premier album Sorcières.

Nous nous sommes donc penchés sur son univers et elle a aussi gentiment accepté de répondre à nos questions et nous la remercions.

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Pépita : Fanny Ducassé est une toute nouvelle illustratrice qui pour l’instant a publié deux petits albums chez Thierry Magnier.
Quelle a été votre première « rencontre » avec son univers ? Quelle a été votre toute première impression en le découvrant ? 

Colette : J’ai poussé la porte de l’univers de Fanny Ducassé en flânant sur le blog de Céline du Tiroir à histoires, j’ai beaucoup aimé l’expression « talent insolent » pour parler de ses images dans l’album Louve. Alors j’en ai parlé à mon loup à moi et à Noël, il l’avait glissé sous notre sapin ! Et j’ai adoré ses illustrations qui ont de suite évoqué pour moi l’univers de Klimt (tableau comme Wasserschlangen : On y retrouve la rousseur, et tous ces motifs qui parcourent aussi l’oeuvre de Fanny Ducassé, en moins abstraits mais tout de même ) par l’abondance de motifs et en même temps celui des préraphaélites à travers son personnage féminin (qui me rappelle la Lilith de Rossetti ou la Lady of Shalott de Waterhouse) . La chevelure féminine est vraiment mise à l’honneur dans les albums de Fanny Ducassé et j’adore cette thématique.

Céline du Tiroir : Je suis heureuse Colette de t’avoir donné envie de le découvrir ! Louve a vraiment été un choc esthétique ! Oui, son univers m’a aussi immédiatement rappelée Klimt, The Lady of Shalott, tout à fait. Et j’ai vraiment été charmée par ses motifs végétaux, ce côté enluminure, ce travail d’orfèvre ! Et puis cette histoire de femme un peu sauvage qui se révèle en trouvant celui qui parvient à la faire exprimer ses sentiments, ça m’a beaucoup émue.

Bouma : Moi, j’ai découvert Fanny Ducassé avec la présentation de la rentrée littéraire 2014 à Paris par Thierry Magnier. Il n’y avait alors que quelques illustrations et un petit résumé mais ces petits morceaux d’albums m’avaient déjà donné envie de voir le livre dans son entier. Pour les références aux peintres, je n’y vois pas Klimt, et découvre avec vous The Lady of Shalott, et effectivement il y a quelque chose…

Carole : Comme Bouma, j’étais à la présentation et les quelques planches découvertes ce jour-là m’ont complètement séduite ! J’avais donc hâte de le découvrir en intégralité. Et le titre ! J’aime les louves.

Sophie : J’ai découvert ces albums au milieu des nouveautés de Thierry Magnier et bien que le style de la couverture de « Louve » ne semblait pas trop me correspondre, j’ai eu envie de découvrir cette toute jeune artiste qualifiée de prometteuse par l’éditeur.
En ouvrant « Louve » et plus tard  » De la tarte au citron… », je ne peux pas dire que j’ai été emballée au premier regard. J’étais admirative du style d’illustrations très minutieux mais les couleurs et le texte très proche du conte ont mis du temps avant de me plaire. Car oui, après plusieurs relectures motivées par nos échanges et vos articles sur « Louve », un peu d’épluchage des images et du texte, je peux maintenant dire que j’apprécie mais j’ai eu besoin de digérer ce style totalement original.

Pépita : Pour en dire un peu plus sur ces deux albums : Louve est sorti en premier alors que chronologiquement, De la Tarte au citron, du thé et des étoiles est le premier album de l’auteure-illustratrice. 
Un petit aperçu de chacun s’impose : pouvez-vous les résumer en essayant de compléter vos réponses ?

Colette : Louve est une femme, une femme passionnée qui couve ses petits d’un amour brûlant. Louve est une femme ardente : quand elle brûle d’amour pour quelqu’un c’est son corps tout entier qui la trahit ! Alors quand elle rencontre un homme-loup, sobre, élégant, attentionné elle ne peut que s’enflammer…

Carole : J’ajoute que Louve vit dans la forêt, une forêt d’automne semble-t-il, aux couleurs chatoyantes et chaudes. Et comme les louves, elle protège et chérit sa tribu d’animaux de feu, les renards, roux comme sa chevelure.

Céline du Tiroir : De la tarte au citron, du thé et des étoiles : C’est l’histoire d’une lectrice d’histoires (à dormir debout), qui un jour s’évade dans une histoire … (à dormir debout, elle aussi !). Une ode à l’imagination… et aux histoires évidemment !

Sophie : De La tarte au citron, du thé  et des étoiles pour suivre Céline : C’est un rêve éveillé ! Un univers onirique dans lequel on plonge sans savoir où l’on va. Tout ça grâce à un petit magicien qui voyage sur une météorite et qui va croiser le chemin de Mustella… qui adore vraiment les histoires à dormir debout !

Pépita : Un univers graphique en effet semblable mais deux histoires différentes mais néanmoins avec un point commun : un personnage principal dans le tourbillon de ses émotions. Mais on est toujours plus sensible à une histoire qu’à une autre. Laquelle vous a le plus touchée et pour quelles raisons ?

Céline du Tiroir : Moi j’ai préféré Louve, comme Colette, mais les deux albums ont chacun leur charme, et sont très différents au delà des similitudes graphiques, et ça m’a plu. Louve m’avait émerveillée et émue : plus sombre, plus profond, plus symbolique aussi. Mais j’aime aussi la légèreté du second, son côté gourmand et ensoleillé.

Pépita : Je préfère De la tarte au citron, du thé et des étoiles. Je n’ai pas accroché au texte de Louve à tel point que je ne connais pas la fin de l’histoire, pas eu envie de le finir… Les illustrations oui ça me transporte par contre. J’aime leur côté désuet et cette profusion de détails si bien qu’il n’y a plus de blanc du tout sur aucune des pages ! Curieusement ce plein me vide la tête et me happe si bien que l’histoire devient secondaire du coup. J’ai particulièrement aimé ce côté très imaginaire de l’enfance de De la tarte au citron, du thé et des étoiles. J’ai aimé suivre ce cheminement, me laisser porter sans réfléchir.

Bouma : Ma préférence va à Louve. J’ai définitivement été touchée par la grâce de ce personnage. Quand j’ai lu cet album, le temps s’est mis entre parenthèse, j’ai été emportée dans cette forêt automnale, je suis redevenue enfant. J’ai aussi aimé De la tarte, du citron… mais j’ai moins été subjuguée… Je ne saurais dire vraiment pourquoi. Je trouve que cela tient plus du ressenti que de l’analyse.

SophieContrairement à la majorité je crois, c’est la seconde qui m’a le plus touchée De la tarte au citron, du thé et des étoiles. J’ai préféré cet univers un peu déjanté, plus coloré aussi. C’est une histoire dont j’ai aimé ce côté « on y va, on sait pas où mais on y va », un peu comme l’imaginaire enfantin capable de partir dans des délires surprenants. Même si « Louve » m’a plu pour son côté conte moderne, peut-être que c’était encore un peu trop conte pour moi qui ai du mal avec ce genre.

Colette : Quant à moi, c’est le personnage de Louve qui m’a le plus touchée parce qu’elle cristallise tout ce qui me fascine chez la femme passionnée : le feu, la bienveillance permanente à l’égard des siens, la petite robe noire et la chevelure flamboyante ! Je trouve que ce personnage de femme est à la fois un archétype et un OVNI dans la littérature jeunesse. Pour une fois voilà l’histoire d’une femme qui n’est pas qu’une mère -même si elle l’est mais de façon tellement étrange !- qui n’est pas une princesse, qui ne renie pas sa féminité pour exister, qui assume son côté sauvage et qui tombe sous le charme de son autre sans se poser 10 milliards de questions : une grande leçon de sagesse pour moi qui suis si compliquée  Je pourrais en parle des heures de ce personnage en fait alors que les personnages de De la Tarte au citron, du thé et des étoiles me semblent beaucoup moins profonds et puis j’avoue que le prénom « Mustella » m’a rappelé une marque de produits de soin pour bébé et c’est vraiment bête mais cela a parasité ma lecture du début à la fin.

Carole : Pour ma part, chacune des histoires est venue titiller différentes choses. Difficile de choisir ! Alors disons que De la tarte au citron, du thé et des étoiles m’a davantage faite rêver et sourire, et soupirer de surprise ! J’ai aimé l’idée du cheminement à plusieurs, le partage, les différents décors, et puis il y a des étoiles, alors forcément !

Pépita : Des avis partagés mais motivés donc ! Comme vous l’avez toutes si bien souligné dans vos réponses précédentes, les illustrations de ces albums ne laissent pas du tout indifférents. Vous évoquez les couleurs et la minutie des détails, un univers onirique particulier. Qu’auriez-vous à dire sur le format de ces petits livres ? Un plus, un moins ?

Céline du Tiroir : Beaucoup apprécié le joli album carré qu’est Louve, avec ses dessins imprimés en taille réelle, un bel écrin aux couleurs automnales. En revanche, le format de De la tarte au citron… m’a gênée. Certes, le format « livret de famille » donne un côté petit objet précieux, mais du coup ce sont les illustrations qui ne sont pas mises en valeur ! Les planches sont souvent coupées en deux, ce qui pose parfois problème. J’ai vraiment regretté de ne pas pouvoir profiter des planches en entier.

Colette : Je suis complètement d’accord avec Céline, j’aime beaucoup le format carré de Louve, quant au format du deuxième album en effet il ne permet pas toujours de mettre en valeur les illustrations, même s’il est très original pour un album, il me rappelle le joli format des romans d’Actes Sud.

Sophie : Je rejoins les réponses précédentes, pas de soucis avec Louve et son format carré. Par contre c’est vrai que j’ai été surprise du format de De la tarte au citron, du thé et des étoiles, en ayant vu la photo de la couverture, je m’étais imaginé un grand livre tout en hauteur et en fait il est petit. Je pense en effet que les illustrations auraient gagné à être plus grandes et la prise en main aurait aussi été meilleure.

Bouma : Moi j’ai bien aimé le petit format dans les deux livres. Pour le deuxième (De la tarte au citron…) j’ai trouvé que la reliure tombait plutôt joliment même dans les illustrations en double page. Et puis, le côté écrin m’a définitivement séduite.

Carole : Pour le coup, le format de Louve m’a surprise et un peu déçue je crois. En revanche, je suis fan du format du second. Je lui trouve un côté précieux indéniable, j’adore le grain de la couverture, il est posé debout sur ma bibliothèque, comme un trésor !

Pépita : Juste un mot pour finir sur ces deux albums et sur ce qu’ils vous ont procuré ?

Colette : Je ne sais pas ce que ces albums vont procurer aux enfants. A la maison, ce ne sont pas des albums plébiscités par mon Grand-Pilote-de-Balançoire (trop jeune sans doute ?) mais je n’ai pas eu l’occasion de les lire à d’autres enfants. Peut-être vais-je essayer lors de mon prochain « p’tit déj’ philosophique » de le montrer à mes élèves de 6e, pour voir ce qu’ils provoquent chez des plus grands ! Mais je pense que ces deux albums permettent un vrai moment de poésie pour qui se laisse emporter par l’univers délicat, foisonnant et coloré de Fanny Ducassé !

Bouma : Je rejoins Colette dans son avis. Mon grand bout n’a pas adhéré à l’univers graphique de l’auteur par contre il a beaucoup aimé l’histoire, et l’aurait même aimé un plus longue.En tout cas, pour moi, Fanny Ducassé est une auteure ET une illustratrice à suivre à l’avenir, en espérant que toute sa production soit aussi inventive que ses deux premiers albums.

Céline du Tiroir : Moi ma grande papoose a beaucoup aimé, avec une nette préférence pour De la tarte au citron, du thé et des étoiles. Difficile de prévoir ce que suscitera une lecture chez les autres, mais ce sera en tout cas une un voyage dans l’imaginaire et une évasion dans un univers graphique riche et merveilleux.

Sophie : Même si la première lecture n’a pas été évidente pour moi et que je n’ai pas accroché tout de suite, avec du recul, c’est un univers que j’aime beaucoup et que je compte bien tester sur de petits lecteurs un de ces jours !

Carole : Fanny Ducassé a un univers graphique particulièrement joli, sensible et original. La minutie des détails invite à la relecture avec plaisir, et les objets-livres sont beaux. J’aime aussi l’utilisation des mots. Je serai curieuse de savoir si elle compte travailler dans le futur avec un/une auteur(e), ou si elle souhaite continuer à illustrer et écrire.

Pépita : Je vous rejoins :  je trouve que cette illustratrice est à encourager car de mon point de vue, elle peut aller plus loin encore….J’ai aimé son univers graphique qui emmène loin avec subtilité et humilité.

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BONUS : Interview de l’auteure ET illustratrice

Fanny DUCASSE

Source : Site Editions Thierry Magnier

Fanny Ducassé est née en 1986.
Elle suit des études de Lettres modernes jusqu’à l’obtention d’une licence. Bien qu’elle s’épanouisse dans ce domaine, elle éprouve le besoin d’exercer son goût pour le dessin, et pour le vêtement. Aussi entame-t-elle des études de stylisme-modelisme à la Chambre syndicale de la Couture parisienne.
Elle y développe un attrait certain pour l’illustration et pour l’univers de l’enfance. Peu à peu, ses dessins isolés représentant de petit  personnages se transforment en une première histoire biscornue. Source : Site Editions Thierry Magnier

Quel est votre parcours, votre formation ? Et pourquoi et comment êtes-vous venue à la littérature jeunesse ?

Après le bac, j’ai fait une Licence de Lettres modernes, puis j’ai suivi une formation de Styliste Modéliste à l’école de la Chambre syndicale de la Couture parisienne.

Au fil de ces études, j’ai développé un intérêt certain pour l’univers de l’enfant, j’ai recherché des postes de styliste dans ce domaine sans grand résultat. Parallèlement, je donnais des cours particuliers de français, et dessinais de plus en plus. Mes images devenaient de plus en plus narratives (de moins en moins « dessins de mode »), et à partir de l’une d’elles j’ai décider de construire une petite histoire, ce qui a donné Du thé, de la tarte au citron et des étoiles. Cette aventure m’a tellement plu que j’ai recommencé avec Louve.

Combien de temps la réalisation d’une illustration vous prend-t-elle ? Et comment vous viennent ces idées pour ses histoires ?

Je dessine pour le moment sur des petits formats (environ 20X20 cm), et mets un ou deux jours à  terminer une image. Les histoires que j’imagine sont intimement liées à la mienne. C’est très personnel et je m’identifie totalement à mes personnages principaux.

Quels sont les artistes qui vous inspirent ou les objets peut-être (votre travail est riche en motifs alors peut-être vous inspirez-vous de tissus, de la mode, du design ?)

Je ne m’inspire pas d’artistes en particulier. Mes inspirations viennent plutôt d’objets ou de motifs que j’ai pu voir chez mes grands-parents. J’ai une affection particulière pour les intérieurs au décor désuet ou carrément kitch. Et sûrement de la campagne qui m’environnait quand j’étais petite.

Comment vivez-vous ce début de cette carrière ? Avez-vous d’autres projets en cours ?

Je suis très surprise que mes petits dessins aient pu être publiés et faire des livres ! Je n’aurais jamais pu imaginer une chose pareille et n’en reviens toujours pas. Je suis donc partagée entre une joie vive et un sentiment d’incompréhension.

Un autre projet est prévu pour début 2016 à priori : Une histoires d’ours et de grands-papis.

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Pour poursuivre, nos billets respectifs sur nos blogs :

-Bouma-Un petit bout de Bib(liothèque) : Louve – Du thé , de la tarte au citron et des étoiles

-Céline-Le tiroir à histoires : Louve – De la tarte au cirtron, du thé et des étoiles

-Pépita-Méli-Mélo de livres : De la tarte au citron, du thé et des étoiles

-Sophie-La littérature de jeunesse de Judith et Sophie : Louve – De la tarte au citron, du thé et des étoiles

-Carole-3 étoiles : Louve

Colette-le blog de la collectionneuse de papillons

Sélection de livres silencieux…

Suite au débat de lundi sur les livres sans texte, et parce qu’on espère avoir attisé votre curiosité sur ce genre un peu spécial, voilà notre sélection d’albums qui racontent beaucoup sans un seul mot…

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Les mots
Nicolas Bianco-Levrin et Julie Rembauville
Lirabelle

Un album sans aucune parole si ce n’est des R de toutes les tailles. Un album qui s’adresse aux ados accompagnés d’un adulte de référence. Il permettra de discuter avec eux d’un des droits fondamentaux de nos démocraties: « La liberté d’expression ».

Céline du Flacon

Son avis

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La vague
Suzy Lee
Kaléidoscope

Un album sans texte, dans lequel on devine pourtant le bruit du vent, le cri des mouettes, le vacarme des vagues qui éclatent.

Chlop

Son avis

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Le géant petit cadeau
Rémi Gourgeon
Père Castor Flammarion

Une graine ce n’est pas un cadeau. Pourtant elle va le devenir au fur et à mesure de sa pousse en devenant un espace de jeu vivant.
Quand les illustrations valent mieux que des mots et laissent aux enfants le plaisir de les dire, cela donne ce très joli album et son pop-up final.

Bouma

Son avis et celui d’Alice

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Les Chats
Dubout
Marabout

Quel bonheur d’observer ces chats dans tous leurs états ! Grandes chattes fières, petites boules de poils lovées sur un fauteuil, chaton joueur emmêlant une pelote de laine.

Solectrice

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Bonsoir porte-manteau
Aurélie Guilleret
Jbz & Cie

Un porte-manteau si utile qu’on finit par ne plus le voir. Cet album sans texte est un vrai tourbillon.

Pépita

Son avis

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A nous de jouer !
Pat Hutchins
Kaléidoscope

Quelques cubes de bois en couleurs, deux personnages, c’est déjà la promesse d’heures de jeux. L’imagination enfantine fera le reste.

Chlop

Son avis

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Western
Gaëtan Dorémus
Autrement

Un désert chaud, un univers qui s’étend à perte de vue. Un air de Far West dans une aventure, qui laisse le lecteur s’imaginer le pourquoi ? et le comment ?

Kik

Son avis

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Diapason
Laëtitia Devernay
La Joie de lire

Un livre qui s’ouvre comme un accordéon et qui magnifie la musique. Pas besoin de mots pour l’entendre au milieu des pages…

Pépita

Son avis

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Dimanche matin
Kota Taniuchi
Circonflexe

Dimanche matin, on devine que les parents dorment. Mais les jeux de la maison s’animent, dans les mains sans doute d’un bambin. Le petit train commence son voyage sur la table du petit déjeuner.

Chlop

Son avis

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La fabrique
Barroux
Autrement

Une usine aux multiples tuyaux. Un personnage qui fait rouler des wagonnets, qui transporte des trucs et des machins. Sans texte, c’est à l’enfant, de construire cette chaîne de fabrication très particulière.

Kik

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La partie de pêche
Béatrice Rodriguez
Autrement

La suite des deux précédents opus où l’on retrouve avec délice la poule et le renard.

Pépita

Son avis

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Éléphants
Sara
Thierry Magnier

Avec ses papiers découpés, Sara raconte en images une histoire d’une grande force, avec de la peur, de la férocité, et finalement un grand sentiment de sécurité.

Chlop

Son avis

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Un Océan d’Amour
Wilfrid Lupano et Grégory Panaccione
Delcourt

Toute une aventure, entre un marin-pêcheur et sa femme partie à sa recherche, d’un petit port breton jusqu’à Cuba. Un régal pour les yeux et pour l’imagination.

Solectrice

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La petite caravane
Edouard Manceau
Tourbillon

Ambiance scandinave pour une randonnée en caravane ! Allez hop, on embarque de suite pour une promenade sous un beau ciel étoilé.

Alice

Son avis

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Le Livre de la nuit

Le livre de la nuit
Rotraut Susanne Berner
La joie de lire

Un très grand album cartonné qui se situe entre le récit sans texte et l’imagier. Chaque enfant peut y faire son propre chemin de lecture, sans cesse renouvelé.

Chlop

Son avis

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Dans la forêt il y a …
Annette Tamarkin
Les grandes personnes

Une balade en forêt toute douce, très colorée, avec des éléments à ouvrir, une histoire à inventer selon l’envie du moment pour les petites oreilles.

Pépita

Son avis

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Un Courant d’air
Juliette Binet
Rouergue

Deux personnages dos à dos, un cri silencieux porté par le souffle d’une note qui deviendra un coup de vent-cerf-volant, une jupe qui tourbillonne, une tempête dans les arbres, un océan déchaîné.

Carole

Son avis

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Sauvages
Rop Van Mierlo
MeMo

Un bestiaire étonnant à l’encre sur papier humide. Très bel album.

Chlop

Son avis

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Robin des bois
Anne-Sophie Tilly
Marmaille et compagnie

Un grand classique de la littérature qui se passe de commentaire et qui permet d’apprendre la numération.

Alice

Son avis

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ANNETTE TAMARKIN

Tout noir et Tout blanc
Annette Tamarkin
Les grandes personnes

Dès le plus jeune âge, le bébé lecteur est fasciné par les formes et les couleurs de magnifiques albums d’Annette Tamarkin : tout y est enchanté, le papier, les découpes, les flaps, les reliefs… un vrai terrain de jeu à explorer sans modération !

Colette

Son avis

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Hansel & Gretel
Rascal
Pastel

Comment réinventer un conte séculaire comme Hansel et Gretel des frères Grimm ? En en proposant une version sans texte pardi ! Quelle meilleure façon de développer l’imaginaire chez l’enfant ?
Un très bel objet à offrir, à utiliser dans les classes des plus jeunes et même des plus grands pour stimuler l’imagination ou exercer l’expression orale voire écrite !

Céline du Flacon

Son avis

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Petting zoo
Christophe Niemann
Fox & Sheep

Une application sans texte où on joue à déformer et à contorsionner 21 animaux, surprises à toutes les pages pour tous les âges !

Pépita

Son avis et celui de Déclickids

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Loup Noir
Antoine Guilloppé
Casterman

Une forêt vêtue de neige et de nuit, des pas d’enfant, une présence sauvage qui guette, un silence pesant. Une fuite qui s’accélère, une tension palpable, des frissons dans l’obscurité…jusqu’à la chute.

Carole

Son avis

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Les aventures d'une petite bulle rouge

Les aventures d’une petite bulle rouge
Iela Mari
L’école des loisirs

Quand une bulle rouge se transforme tour à tour en pomme, en papillon, en fleur et finalement en parapluie… le temps d’une lecture, l’imagination prend tout son sens.

Bouma

Son avis et celui de Chlop

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Ouh la la
François Soutif
Kaléidoscope

Un album capable de nous faire rire aux éclats grâce à des illustrations expressives qui n’ont besoin d’aucun texte complémentaire !

Alice

Son avis

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Promenade de nuit
Lizi Boyd
Albin Michel jeunesse

Et si, pour une fois la forêt profonde n’était pas un lieu hostile ? Dans le faisceau de la lampe de poche, découvrons avec le petit héros l’univers de la nuit d’été en foret.

Chlop

Son avis

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Imagine
Aaron Becker
Gautier Languereau

Un voyage formidable au fil d’illustrations magnifiques qui nous entraînent loin, très loin, jusqu’aux origines du conte, jusqu’à la source de l’imaginaire !

Colette

Son avis

Discussion sur les livres sans texte

Pas de mots mais pourtant beaucoup de choses à dire : ce sont les livres sans texte. Ce n’est pas toujours facile pour les adultes de s’approprier des livres où l’image règne, et pourtant ces albums sont porteurs d’une imagination sans fin ! En quelques questions, nous allons tenter de vous faire découvrir ce genre si spécial qui mérite de passer dans les mains des enfants… et des parents !

Sophie : Les livres sans texte, ce sont souvent des albums, parfois des BD, fait uniquement d’illustrations. Avant de rentrer dans le vif du sujet, j’aimerais savoir si vous-mêmes vous êtes ou avez été lecteurs de ce genre de livres ?

  9782355040030FSColette : Oui je suis lectrice d’albums sans texte même si ce ne fut pas une évidence au départ : c’est avec Le Colis rouge de Clotilde Perrin que tout a commencé ! Je l’ai découvert par hasard à la bibliothèque il y a presque 6 ans et j’ai été complètement happée par les illustrations si dynamiques, si poétiques, tourbillonnantes de détails tous plus magiques les uns que les autres. Et c’est complètement enchantée par un livre dont j’avais l’impression qu’il pouvait être 1000 fois exploré sans jamais raconter la même histoire, que je me suis mise en quête d’autres images !

9782211048040Céline du Tiroir : L’Arche de Noé, de Peter Spier a marqué mon enfance. Comme Colette, la richesse et la magie des illustrations m’enchantaient, leur pouvoir évocateur décuplé par le fait qu’il n’y ait pas de texte, ou très peu. C’est moi qui me construisait mon histoire, en observant d’autant plus attentivement ces illustrations, et des années après, je me souviens encore avec beaucoup de précision de ces images…

5552869410032FSChlop : Quand j’étais petite, j’avais Le petit chaperon rouge de Warja Lavaster, cet album est incroyable et avec mon père et ma sœur, on se le racontait longuement, prenant toujours un grand plaisir à réinventer l’histoire. Je n’ai pas d’autre souvenir d’albums sans texte dans mon enfance, j’ai retrouvé ce type de livres beaucoup plus tard dans ma vie professionnelle et j’ai mis un moment à être à l’aise avec.

Pépita : On peut être déconcerté par les livres sans texte en effet ! Pour moi, aucun souvenir d’enfance en rapport avec eux, ils n’existaient pas encore ? C’est avec les éditions Autrement (malheureusement disparues…) que j’ai découvert ce nouveau genre d’albums, notamment avec Le voleur de poule. Quelle liberté dans la narration ! Quelle appropriation par l’image ! Et autant d’histoires à chaque fois qu’on ouvre ce type de livres ! Et il y en a pour tous les âges maintenant… Les livres sans texte sont des chemins ouverts vers l’imaginaire, celui que nous avons tous en nous sans forcément le savoir… Si on en prend la peine, ils permettent de révéler cette part de nous, ce que les enfants ont encore. Ils peuvent aussi être très utiles pour des personnes en situation d’illettrisme ou d’analphabétisme ou de handicap. Ils sont une porte vers l’écrit.

Kik : Ce ne sont pas les livres que je lis en premier, mais j’aime les découvrir par hasard et me laisser prendre par surprise. Récemment, j’ai conseillé ce type de livres à une psychomotricienne qui travaille avec des enfants sourds/muets.

2592094190.jpgSophie : Souvent les livres sans texte bloquent le lecteur adulte. Comment expliquez-vous cela ?

Pépita : Ils ont tout simplement l’impression que sans texte, ils n’auront pas la ressource nécessaire pour imaginer l’histoire suggérée par les images. Et puis ça prend plus de temps, plus d’investissement le soir au moment du coucher après une journée de travail. ça ressort déjà avec le texte cette barrière ; combien de fois j’entends : « une histoire pas trop longue hein ? »…Ceci dit, ça peut déconcerter les enfants aussi. J’ai une anecdote à ce sujet : dans la bibliothèque où je travaillais avant, j’avais des albums prêtés par la BDP (NDLR : bibliothèque départementale de prêt), notamment Le voleur de poule dans la collection histoires sans parole chez Autrement. Un enfant avait écrit au crayon à papier toute son histoire en bas de chaque page ! j’ai dû rembourser le livre bien entendu. Je me pose la question : y a-t-il une réelle éducation à l’image alors que paradoxalement on baigne en permanence dedans ?

Colette : Très bonne question que celle de l’éducation à l’image Pépita ! En effet, je pense qu’à part peut-être ceux qui ont eu la chance de faire de l’histoire de l’art, c’est un domaine très peu exploré, auquel le lecteur lambda n’a pas accès facilement. Et même quand tu es censé(e) l’enseigner -et que tu n’as aucune formation pour le faire – c’est vraiment un univers très particulier, riche de codes, de références, d’un langage propre.
Nouveaux CartoonsPetite anecdote à mon tour : le soir chez nous c’est Papa-Poil-de-Pinceau qui lit et il n’aime pas du tout les albums sans texte et me les laisse ! Et pourtant tous les soirs depuis 3 ans il invente une histoire de A à Z pour notre grand-Pilote-de-Balançoire, mais à partir de rien, alors que l’album sans texte l’oblige à se conformer à une trame à laquelle il n’adhère pas spontanément. Alors que moi j’aime être guidée par l’image, c’est mon filet de sécurité pour mon grand saut dans le vide des histoires-du-soir !

Bouma : Je rejoins les réponses de mes copinautes. Il est difficile de s’approprier un album sans texte car aucun mot ne vient guider notre lecture. Personnellement, j’adorais ces albums étant enfant notamment quand je ne savais pas encore lire car j’avais l’impression de pouvoir les lire toute seule, sans adulte pour DIRE l’histoire. Et du coup, j’en lis peu voire pas du tout à mes propres enfants, pour les mêmes raisons. Je les pense à même de se créer leur trame narrative et de la raconter. En fait, on échange un peu les places dans ces moments-là. J’écoute leurs histoires et j’adore ça.

Chlop : Je pense que les adultes ont l’habitude de poser leurs yeux sur le texte, quand il n’y en a pas, ils ne savent pas où regarder! C’est d’ailleurs pour ça que souvent, dans les albums avec du texte, ils passent à coté de certaines subtilités de l’image. Les enfants, eux, ont l’habitude de regarder et d’interpréter les images, dès la naissance, ils lisent les émotions sur le visage des adultes, ils communiquent beaucoup comme ça. Je crois que les adultes ont du mal avec ces livres, parce qu’ils n’ont pas le mode d’emploi, ils ne savent pas quoi en faire. Mais il n’y a pas besoin d’en faire quelque chose, il suffit d’admettre que, pour une fois, les enfants sont les experts et les laisser nous guider, ils savent, eux.

Carole : Je vous rejoins sur le manque d’assurance des adultes, sur le peu de confiance qu’on accorde aux petits pour nous guider aussi ! J’en fais d’ailleurs partie, petite je ne lisais aucun album sans texte, et toujours pas de BD. J’explique ça par le fait d’une part que je suis beaucoup plus sensible aux mots qu’aux images, et d’autre part je ne sais pas lire les images. En maternelle, j’ai bien essayé pour ouvrir le champ des possibles à mes élèves et pour les sensibiliser aux arts visuels, mais j’avoue n’avoir jamais été confortable. L’album sans texte me fait sortir de ma zone de confort de lectrice, clairement !

IMG_0117Sophie : Peut-être que les livres sans texte pourraient être une première approche de la lecture autonome, qu’en pensez-vous ? L’illustration est travaillée pour suffire à comprendre l’histoire, on pourrait très bien imaginer que l’adulte, surtout s’il n’est pas à l’aise avec ce genre, laisse l’enfant libre de sa « lecture ».

Chlop : Absolument, c’est d’ailleurs mon approche, je me laisse guider par les enfants et je suis généralement émerveillée de constater à quel point leur lecture de l’image est pertinente.
D’ailleurs, le mécanisme qui est en jeu quand ils regardent un album sans texte me semble proche de celui de la lecture: associer des images pour faire émerger le sens, combiner les signes, c’est semblable.

Pépita : Je te rejoins Chlop, les enfants sont très à l’aise, ils n’ont pas encore les filtres qui nous encombrent nous adultes. Comme je le disais plus haut, les livres sans texte sont une porte vers l’écrit, ils permettent la verbalisation en partant de l’image, et donc de s’approprier le langage.

Sophie : Pour terminer, comment conseilleriez-vous un album sans texte à un adulte réticent ?

Pépita : De se laisser mener par son imagination, de lâcher prise, de partager ce moment avec son enfant qui va lui apprendre…Et si ça a marché, de revenir en emprunter d’autres et si ça n’a pas pas marché, de revenir aussi…

Carole : Oui de faire confiance à l’enfant, de se laisser guider par ses émotions, et de convoquer l’enfant qu’il était…

Colette : Demandez à votre enfant d’inverser les rôles pour une fois : c’est lui qui raconte et vous qui l’écoutez, un vrai délice !!!

Chlop : Si ce sont des gens qui travaillent avec des enfants, je leur dirais d’observer les enfants à des moments où leur collègues présentent des albums sans texte. En général, c’est magique.
Pour tous je dirais que les enfants sont des lecteurs de l’image très performants, il ne faut pas les sous-estimer, ils ont les capacités pour entrer dans un récit tout en image, ils savent se passer de mots.

Merci à Colette, Céline du Tiroir, Chlop, Pépita, Kik, Bouma, Carole d’avoir participé à cette discussion. Et si le sujet vous intéresse, voilà quelques articles en ligne très intéressants sur les livres sans texte.

Un album sans texte est-il sans intérêt ?, Marie-José Parisseaux, 2011
Albums sans texte : la preuve par l’image, Sophie Van Der Linden, 2010
Les albums sans texte sont de grands bavards, Anne Rabany, 2010

Et on vous retrouve jeudi avec une sélection de nos livres sans texte préférés !

Best-of février

La fin février est arrivée

Le mois le plus court de l’année

Nous avons encore dévoré

Encore l’occasion de partager

Chez Alice enferUn hiver en enfer de Jo Witek. Actes Sud, 2014

Edward a grandi avec une mère distante car très fragile psychologiquement. Lorsqu’à la mort accidentelle de son père, il se retrouve seul avec elle ; commence alors pour lui, un véritable enfer.
Mené sur un rythme haletant, ce thriller nous piège rapidement et nous entraîne au plus profond de la folie et de la paranoïa.

Chez Colette Comment-jai-appris-la-géographie_couverture-1

Comment j’ai appris la géographie, Uri Shulevitz, 2008,  Kaleidoscope

La culture, un mot si grand et si vague qu’on pourrait s’y perdre… ou s’y retrouver vraiment comme le héros de ce livre, démuni et affamé par la guerre, qui va découvrir grâce à un cadeau très particulier de son père que le monde l’attend !

Chez Pépita 9782361932664FS

Le ciel nous appartient , Katherine Rundell,  Les grandes personnes

un roman jeunesse qui vient de remporter le prix Sorcières catégorie roman junior. Un roman qui nous emporte dans une histoire fantasque faite d’amitié et d’amour. Un roman aux très belles pages qui émeuvent, font sourire et presque pleurer.

Chez Bouma petit-loup-rouge-206x300

Le Petit loup rouge, Amélie Fléchais, Ankama – étincelle, 2014

Entre album et bande-dessinée, Amélie Fléchais revisite avec esthétisme, charme et subtilité le très connu conte du Petit Chaperon Rouge. Un coup de cœur indéniable.

Chez Céline img037

Fantoccio de Gilles Barraqué, Grand Format, Ecole des loisirs, 2015

Avec Fantoccio, l’auteur réinvente un récit bien connu des petits et des grands, celui du Pinocchio de Carlo Collodi. Une version passionnée et passionnante qui donne un beau coup de modernité à cette histoire séculaire.

Chez Chlop Mere_meduse_m

Mère Méduse, Kitty Crother, pastel

Un album plein de symboles qui parleront aux adultes mais surtout une histoire touchante, qui charmera les enfants.

Chez Sophie 9782352901341FS

Des vagues, Isabelle Simler, Éditions Courtes et Longues, 2014

Une belle plongée douce et poétique en pleine mer.

Chez Kik blogger-image--475721276

Café 0405, Yi Hyeon, Flammarion, 2011

Un roman qui fait découvrir la litterature pour la jeunesse coréenne. Quand internet perturbe la vie de classe, dans le bon et le mauvais sens du terme.

Chez Carole Deschavannes-Pierre-Belle-gueule-de-bois-206x300

Belle gueule de bois, Pierre Deschavannes, Rouergue, 2014

Un premier roman ado aux griffonnés autobiographiques qui exprime la relation passionnelle entre un fils et son père alcoolique.

Chez Nathalie de Déclickids : sélection des meilleures applis testées et approuvées ( des histoires, des jeux d’exploration, d’éveil ou d’apprentissage, des applications de révision, des documentaires, etc )

Chez Nathan

Nelson Jandy - I'll give you the sun - Le soleil est pour toiLe soleil est pour toi de Jandy Nelson – Gallimard jeunesse

Je l’ai lu en anglais, il sort le 12 Mars en France … Plus que 10 jours à attendre pour découvrir ce roman brillant, ce rayon de vie, cet éclat de beauté.
Pour découvrir l’histoire de Noah et Jude, deux jumeaux fusionnels que la vie va séparer. L’histoire de l’un, gay, dessinateur, passionné d’art, désespérément amoureux. L’histoire de l’autre, un peu plus rebelle, un peu plus fougueuse, passionnée d’art, rongée par la culpabilité. Deux histoires traversées par un drame.
Un roman bouleversant sur l’art, la famille, l’amour, la mort.
La vie, en somme.

Chez Céline et son tiroir

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Caprices ? c’est fini ! de Pierre Delye, Didier jeunesse.
Une princesse capricieuse, un roi démissionnaire, un prétendant plus futé qu’il n’en a l’air, et des péripéties aussi drôle qu’inattendues. Complètement emballée par ce roman espiègle et virevoltant !