Lecture commune : Le Clash

Une couverture a tout particulièrement attiré notre attention dans le catalogue des éditions Syros. En noir et blanc, avec ce titre rouge qui s’étale… nous avons été intriguées. Et comme souvent dans ces cas-là, nous nous sommes plongées dans sa lecture et nous avons eu envie d’en discuter. Et cette confidence d’un père à son fils prenant place dans l’Angleterre des années 1970 nous a tenues en haleine et rendues bavardes !

Le Clash, Benoît Séverac, éditions Syros, 2025.

Lucie : Une chose est sûre, cette couverture attire l’œil. Quelles attentes a-t-elle créées chez vous ?

Liraloin : Elle est très attirante. Syros a fait un sacré travail car elle est à la fois très graphique et classe. La typo du titre est belle et bien évidemment m’a tout de suite fait penser au groupe The Clash. Lorsque je reprenais ma lecture, je chantonnais souvent London Calling. De plus, il y a un léger relief sur cette couverture très appréciable, que j’ai tendance à ne plus connaître car tous les romans sont couverts dans la médiathèque où je travaille.

Héloïse : Elle met tout de suite dans l’ambiance punk / Angleterre avec ses briques derrière (d’ailleurs, je suis fan du relief !). Et tout comme toi, j’avais la chanson dans la tête !

Linda : Elle attire l’œil c’est certain avec son mur de briques (j’adore l’effet relief au touché), son tag punk et son titre rouge vif. Chapeau bas pour l’éditeur et cette présentation qui en jette !

Lucie : C’est une réussite car nos attentes et émotions se rejoignent (le relief et London Calling, c’est tout à fait ça !) et surtout elles correspondent bien à l’histoire. Je suis d’accord avec toi Héloïse, je m’attendais à un texte sombre, violent, rugueux, alors que le sujet l’est mais qu’il est traité plutôt sobrement. En tout cas, cette couverture a immédiatement attiré mon fils de 13 ans qui s’est emparé de ce roman et l’a terminé dans la journée !

Liraloin : Comme toi Lucie, avec cette couverture, je m’attendais à un texte plus sombre et bien plus violent même si bien évidemment la violence est au cœur de l’histoire.

Lucie : Justement, j’avoue que si les références musicales citées dans le roman me parlent, je n’avais aucune idée des tensions entre skins et punks, qui étaient même deux mouvements similaires pour moi (la honte !). Et vous, avez-vous appris des choses que vous ignoriez sur ces mouvements ?

Liraloin : J’avais déjà entendu cette histoire de différence car mon prof d’anglais à l’IUT était un ancien hooligan et nous a expliqué tout cela autour d’une bonne pinte.

Linda : Oui et non. J’y ai retrouvé ce que je suivais de loin avec mon regard d’enfant au niveau des tensions et de la violence. Mais j’étais restée sur le fait que les punks avaient peut-être plus une âme d’artiste qui s’exprimait surtout dans l’apparence, alors que les skinhead étaient plutôt des trouble-fêtes, fauteurs de troubles à la sortie des matchs de foot. Je ne me souvenais pas d’une violence entre eux mais plutôt de celle qu’ils exerçaient sur les forces de l’ordre.

Héloïse : Je savais qu’ils ne s’entendaient pas, oui. Mais c’est toujours intéressant de se « plonger » dans un contexte historique et de « vivre » les événements de l’intérieur je trouve.

Lucie : Précisément, en tant que lecteurs nous vivons les événements à la fois de l’intérieur et de l’extérieur avec le récit enchâssé. J’avoue m’être interrogée un moment sur l’utilité de ce procédé. Mais finalement, j’ai été convaincue. Qu’en avez-vous pensé de votre côté ?

Héloïse : Comme toi Lucie, au début j’étais sceptique. Et puis, cela permet de développer la complicité qui unit père et fils. Nicolas (le père), se livre à son fils, revient sur son passé, sur ses erreurs, montre ainsi qu’il n’est pas parfait.

Liraloin : Au départ, je suis restée un peu dubitative en me demandant si cet échange père-fils était bien utile mais au fur et à mesure de ma lecture, j’y ai vu une confidence inversée. C’est rare, enfin je crois, qu’un parent se confie sur un tel passif. Soit c’est pour le mettre en garde contre d’éventuelles « mauvaises fréquentations » et cela j’y crois moyen soit c’est pour échanger un peu intimement avant une longue séparation.

Linda : Sceptique est le mot. Mais cela fait vite sens finalement et j’ai même trouvé intéressants les échanges père-fils réguliers qui ramènent dans la réalité du moment et montrent combien la nouvelle génération peut-être critique sur la nôtre (comme chaque génération sur celle qui précède ou suit non ?). Aussi, cela révèle une grande confiance du père en son fils, oser lui raconter ces erreurs de jeunesse, sans filtre, lui révéler qu’il n’est pas parfait et qu’une erreur est vite arrivée…

Lucie : Comme vous j’ai aimé que le père se dévoile, qu’il se montre imparfait sans craindre le jugement de son fils mais en espérant que son expérience lui servira. Cela rejoint d’ailleurs ce que dit l’auteur dans le communiqué de presse : “Révéler ses erreurs passées à ses enfants, ses faiblesses leur apporte beaucoup plus de force qu’on ne croit, et de confiance en l’adulte.” Cette relation père-fils fait partie des vraies réussites de ce roman à mon sens. J’aime beaucoup les petites réflexions sur l’éducation glissées ça et là. Comme quand il écrit page 8 :

Il n’a aucun scrupule à se présenter dans un rôle aussi peu glorieux auprès de son fils. En matière d’éducation, il connaît la valeur de l’exemple, et il fait partie de ces papas qui estiment que faire part de ses faiblesses bénéficie à celui qui les exprime autant qu’à celui ou celle qui les entend.

Héloïse : Oui, j’ai beaucoup aimé cette phrase aussi. Tout comme les petites piques que lance Aurélien à son père sont amusantes, un bel exemple de tendresse. C’est un chouette duo, plein de bienveillance.

Liraloin : D’ailleurs c’est très significatif de notre époque. Nous échangeons beaucoup plus avec nos enfants que nos parents avec nous et bien avant encore.

Lucie : Et comme il raconte aussi ses relations avec son propre père, on mesure le chemin parcouru en une seule génération ! Il le juge d’ailleurs un peu durement, mais il ne se donne pas le beau rôle pour autant. Avez-vous envie de raconter l’élément déclencheur des problèmes survenus lors de ce séjour en Angleterre en 1978 ?

Liraloin : Ce passage est le point de basculement, une sorte de rite initiatique. L’innocence de Nicolas prend un sacré coup derrière la caboche. A partir de là, les choses sérieuses peuvent commencer.

Héloïse : Il y a plusieurs étapes pour moi… Le passage dans le centre commercial et l’affrontement entre punks et skinheads, la découverte de Tom, la première nuit à parler musique qui marque le début de la fascination (et le mot est faible) de Nicolas envers le jeune punk, et enfin l’épisode du racket…

Linda : Je rejoins Héloïse. La bascule se fait finalement par étapes, on voit venir les problèmes dès le moment où Nicolas entre dans la chambre de Tom et montre une fascination pour ce qu’il représente et la musique qu’il écoute.

Lucie : Vous avez raison, c’est vraiment progressif et en même temps il y a quelque chose d’inéluctable. La situation dérape doucement mais sûrement jusqu’à parvenir à un point de non retour avec une fugue épique !

Liraloin : Oui, c’est la dégringolade, l’escalade de la violence, la descente aux enfers en quelque sorte. J’ai d’ailleurs repéré le même schéma narratif dans Les Soeurs Lakotas du même auteur que j’ai lu il n’y a pas longtemps.

Les Soeurs Lakotas, Benoît Séverac, éditions Syros, 2023.

Lucie : On peut dire que le sentiment de révolte est très présent (plus que la violence finalement), qu’avez-vous pensé de la manière dont il est amené et traité ?

Liraloin : Sans trop en dire pour ne pas divulgâcher, je dirais que ce sont les parents de Tom qui ont perdu tout espoir concernant leur fils. Ils le laissent faire, comme si cette révolte était naturelle, passagère. D’ailleurs cela contribue à la fascination de Nicolas pour Tom. Le gars a le même âge que lui et il est libre !

Héloïse : J’ai été surprise par ce “laisser faire” des parents de Tom. Et par cette violence qui surgit d’un coup chez le jeune homme. Tom est cultivé, curieux, révolté contre l’injustice, fait de beaux discours qui fascinent Aurélien, et puis bam ! se montre d’une violence inouïe.

Linda : Mais en même temps n’est-ce pas le reflet de cette génération de parents prise entre les valeurs dans lesquelles ils ont été éduqués et celles de la jeunesse qui réclame plus de liberté, de justice et d’égalité ? Ça ne m’a pas choqué outre mesure, je crois avoir grandi dans un milieu assez proche de celui-ci, des parents laxistes sur bien des aspects, pas toujours conscient que leur permissivité est le coeur des problèmes à venir.

Lucie : Oui, c’est un peu étonnant. Pour lui aussi on a l’impression d’une certaine escalade. Comme si la rixe du supermarché (à laquelle il n’a pas assisté contrairement à son “correspondant”) et le raquet étaient des déclencheurs. J’ai eu l’impression que sa rébellion est essentiellement musicale et vestimentaire avant cela (ce qui expliquerait que ses parents laissent couler). Est-ce qu’il ne bascule pas lui aussi pour impressionner Nicolas ?

Liraloin : Tout à fait Lucie, je pense la même chose.Tom est en rébellion totale et quoi de mieux que d’adhérer au mouvement Punk qui était plus que présent en Angleterre à cette période. Le point de bascule c’est l’effet de groupe. Seul Tom n’est rien du tout, en groupe il peut exister.

Linda : Je ne suis pas tout à fait d’accord. J’y vois plutôt un lâché prise voulu pour, peut-être se faire un nom dans la communauté punk, mais aussi pour montrer la colère contenue contre la société, le système qu’il rejette, sa famille… Pour moi la violence est là, sous-jacente (le fait qu’il se perce les oreilles lui-même m’a d’ailleurs fait penser à de la scarification) et il ne manque qu’une étincelle pour allumer le feu qui brûle en lui. A ce stade, le moindre prétexte aurait été bon pour qu’il laisse exploser sa violence.

Héloïse : Il y a cette citation qui m’a marquée sur son intérêt pour le mouvement punk : “Nous, les jeunes d’aujourd’hui, on a besoin d’un truc à nous, de notre génération, une musique qui nous ressemble. C’est ça le punk, en fait : un style de musique et de vie que nous avons créé nous-même, et qu’on ne doit à personne.” Je trouve qu’elle montre bien que Tom est punk d’abord pour montrer sa rébellion et sa différence avec la génération de ses parents. Je suis d’accord avec toi sur l’effet de groupe ! C’est souvent ce qui fait passer des mots aux actes.

Lucie : Tom a clairement besoin d’un public. C’est d’ailleurs en partie ce qui ouvre les yeux à Nicolas : quand il se vante devant les squatteurs et qu’il se rend compte que c’est essentiellement du vent.

Linda : Oui du vent mais aussi un manque de lucidité sur les conséquences de ses actes. Ça l’amuse presque… Nicolas beaucoup moins, parce qu’il n’est pas chez lui déjà, mais aussi parce qu’il sait que chaque décision prise depuis le début du racket n’a été qu’une suite d’erreurs.

Héloïse : Oui, Nicolas met du temps avant d’ouvrir les yeux. Sans doute aussi à cause de sa culpabilité. Il oscille entre fascination, envie de transgression, et son éducation très stricte.

Liraloin : Personnellement, je me suis interrogé sur l’incipit “in memoriam George Solly” qui est donc le même nom que le père de Tom et je n’ai rien trouvé.

Lucie : C’est mon fils qui me l’a fait remarquer et ça rejoint ce que dit l’auteur dans le communiqué : ce roman est clairement inspiré de sa propre expérience, même si romancée. D’ailleurs il a été prof d’anglais comme Nicolas…

Héloïse : Je n’ai pas trouvé non plus…

Lucie : Nous sommes toutes les 4 mamans, or c’est le récit d’un père à son fils et il fait aussi pas mal référence à ses propres parents. De quelle génération vous êtes-vous sentie le plus proche ?

Linda : Celle de Nicolas dans sa relation à son fils.

Héloïse : Clairement pas des grands-parents !

Liraloin : Complètement d’accord avec toi Héloïse. En 1978 on ne faisait pas dans la dentelle et il fallait marcher droit ! Comme quoi nous instaurons plus de dialogues avec nos enfants même si personnellement je viens d’une famille où on ne se confie pas beaucoup. Je ne veux pas instaurer cela avec mes fils donc on se parle ! et maintenant qu’ils sont jeunes adultes il y a une autre relation qui s’instaure avec une confiance mutuelle. Un peu comme Aurélien et Nicolas finalement.

Héloïse : Oui, c’est ce que tu disais tout à l’heure, se parler est devenu important ! Comme toi, j’ai reçu une éducation plus stricte, mais j’essaie d’instaurer le dialogue avec mes enfants. Et toi Lucie ?

Lucie : Honnêtement j’ai navigué plusieurs fois. Bien sûr que l’éducation très stricte que reçoit Nicolas n’est pas celle que je donne à mon fils. Mais l’inquiétude des parents qui envoient leur fils à l’étranger, qui n’ont plus de nouvelles de lui plusieurs jours… J’avoue, ils m’ont tout de même touchée ! Surtout la maman. En lisant les péripéties de Nicolas, je me suis souvent mise à la place du parent (en tout cas de son responsable imaginaire) en me demandant comment j’aurais réagi à sa place. C’était le sens de ma question : en lisant, vous étiez dans les baskets de Nicolas en tant qu’ado ou il vous est arrivé d’être décentrées, à vous demander “comment je réagirais si c’était mon fils qui vivait ça… !” ? En revanche, je me suis bien reconnue dans la volonté de dialogue de Nicolas, et cette relation père-fils est ce qui m’a le plus plu dans ce roman.

Héloïse : C’est vrai qu’elle est belle.

Liraloin : Je comprends ta réflexion Lucie, et moi j’ai fait ma vieille je me suis dit “il faut bien que jeunesse se passe” lorsque Nicolas allait toujours plus loin. L’éducation qu’il a reçu vit en lui et je n’ai pas cru une seconde qu’il allait complètement basculer vers le “côté obscur de la force”.

Héloïse : Le “côté obscur de la force”, j’adore ! Comme il y avait deux niveaux de narration, je ne suis pas rentrée dans les baskets de Nicolas. J’étais plutôt extérieure, me demandant jusqu’où tout cela allait mener !

Linda : Décentrée vis à vis de l’adolescent qu’il a été mais pas de l’adulte qu’il est devenu en ce qui me concerne.

Lucie : Pour conclure cette lecture commune, à qui conseilleriez-vous ce roman ?

Liraloin : A partir de 14 ans sans doute et aux nostalgiques des années punk !

Héloïse : Oui, cela me paraît pas mal, j’aurais dit fin de collège –, et plus si affinités !

Linda : Oui pareil ! Même si je crois que bien des adultes devraient apprécier la nostalgie amenée par le mouvement punk et son époque bouillonnante.

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Nous espérons vous avoir donné envie de découvrir ce roman et que vous prendrez autant de plaisir que nous à découvrir cette histoire. Merci aux éditions Syros de nous avoir envoyé ce titre !

La cuisine qui nous anime !

Pour être tout à fait honnête, ici écrivent neufs blogueuses gourmandes de mets sucrés et salés ! Dans nos gigantesques bibliothèques certains titres nous apportent réconfort mais pas autant qu’un gâteau à la crème ou une bonne crêpe bretonne ! Voici quelques titres qui vous donneront sûrement envie de vous ruer dans vos cuisines et de satisfaire votre palais exigeant…

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Il suffit d’une nuit un peu agitée pour se retrouver bien malgré soi dans le pétrin d’une cuisine tenue par trois compères bien en chair. Ce grand classique de la littérature de jeunesse, réédité moultes fois, nous plonge au milieu de tours new-yorkaise aux publicités vantant des ingrédients de tout genre. Et pour sortir de ce pétrin, Mickey n’a pas d’autre choix que de sculpter un engin volant à la pâte briochée. Quelle aventure n’est-ce pas ? Et gare à la chute… elle est croustillante !

Cuisine de nuit de Maurice Sendak, Ecole des loisirs, 1972

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A partir d’un an, 10 chansons au répertoire original ou traditionnel vont se succéder pour une durée d’environ 14 minutes. A la fois rythmée et bien orchestrée, chaque comptine donne envie de battre le fouet énergiquement dans une bonne confection de pâte à gâteau. Les petites oreilles vont adorer !

Comptines pour petits marmitons, illustré par Cécile Hudrisier, Didier jeunesse, collection : éveil musical, 2017

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Dans cette famille, tout le monde aime cuisiner ou contribuer à la confection de délicieuses recettes. Lorsque la nostalgie envahit Loïc Clément et Anne Montel, c’est pour mieux nous partager leurs souvenirs de gourmandises. Ah nostalgie quand tu nous tiens, merci de ne plus nous lâcher. Comme il serait plaisant de déguster tous ces jolis plats dans ces restaurants imaginaires au moins une toute petite fois…

Les restaurants imaginaires, 25 recettes à réaliser en famille de Loïc Clément et Anne Montel, illustrations – Little Urban, 2022

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Candy adore sa grand-mère, et les pâtisseries que celle-ci lui concocte. Miam ! Mais sa grand-mère n’est pas une cuisinière ordinaire… Un jour, celle-ci lui dévoile son secret : ses gâteaux possèdent des propriétés magiques ! Et si Candy avait hérité de se dons de pâtissienne ?

Gourmandise et gags à gogo pour cette série de courts romans jeunesse qui met en scène une grand-mère un peu magicienne et sa petite-fille. Une histoire dynamique, de illustrations colorées et gourmandes, une belle complicité grand-mère/petite-fille, on en redemande !

Aux douceurs enchantées, tome 1 : Les sablés de métamorphose, d’Aurélie Gerlach, illustré par Maud Begon. Gallimard Jeunesse. Septembre 2022

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Quel ingrédient magique et secret rend si merveilleuse la soupe de Monsieur Lepron ? Le monde entier en raffole ! Bientôt, grisé par le succès, le cuisinier amateur ouvre une gigantesque usine, d’où il contrôle et dirige la production destinée à être exportée aux 4 coins du globe. Mais l’angoisse et les cauchemars sont récurrents ! Alors un jour, il rend son tablier, ferme l’usine et retrouve sa vie paisible. La langue est drôle et poétique. Clins d’œil et apartés ajoutent une touche complice au récit, pour notre plus grand plaisir. L’histoire vient nous rappeler en douceur ce qui compte vraiment : adieu gloire, richesse… pression ! Vive les bonheurs en famille, la douceur de vivre, la simplicité, le partage ! Les illustrations toute douces, un peu vintage, chaleureuses et tendres, accompagnent magnifiquement le propos, impossible de résister à La soupe Lepron !

La soupe Lepron, de Giovanna Zoboli, illustré par Mariachiara DiGiorgio, Les fourmis rouges, 2022

L’avis de Séverine ICI.

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Dannbi est coréenne et elle vit en France avec sa famille. Elle adore l’école, mais depuis que Lucas, un de ses camarades de classe s’est moqué d’elle et de ses traditions culinaires, elle est triste. Sa maman a alors une idée qui pourrait tout arranger. Et si la cuisine devenait l’instrument de la réconciliation ? Avec Dannbi- La recette magique- the Magic recipe, Yeong-hee Lim, Claudine Morel et les Éditions Bluedot proposent une recette trois étoiles pour un album jeunesse : un beau message de tolérance et d’ouverture aux différentes cultures, des illustrations malicieuses et expressives, des émotions d’enfant, à hauteur d’enfant. Le caractère bilingue et la version audio de l’album, disponible sur le site internet de l’éditeur, ajoutent la touche finale à ce cocktail pimenté savoureux.

Dannbi La recette magique-the Magic recipe, de Yeong-hee Lim, illustré par Claudine Morel, Éditions Bluedot, 2021

L’avis de Séverine LA.

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Dans Le tour du monde en 24 marchés, Maria Bakhareva vous propose de découvrir deux marchés par pays, tous très différents. C’est l’occasion de découvrir les aliments les plus courants, mais aussi un petit lexique, une recette typique et d’avoir une idée du niveau de vie dans le pays grâce à l’encadré qui explique ce que l’on peut acheter avec le plus petit billet. Les dabo kolos éthiopiens, les pâtisseries du marché Levinsky de Tel Aviv, les variétés de cookies du marché d’Oxford, les crêpes de riz farcies à la noix de coco qui se dégustent au marché flottant d’Amphawa en Thaïlande ou les poissons fumés d’Astrkhan, en Russie donnent l’eau à la bouche. De quoi provoquer l’envie de bourlinguer, de cuisiner et surtout d’aller au marché !

Récompensé par Prix Sorcières Non-fiction en 2023, cet album russe mêle mivre de recettes, guide de voyage, documentaire et cherche-et trouve.

Le tour du monde en 24 marchés, Maria Bakhareva, illustrations Anna Desnitskaya, traduction Margaux Rochefort, La Partie, 2022

L’avis de Lucie ICI et celui d’Isabelle LA.

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Un an à Fleurville, voilà un drôle d’album, mêlant brèves de quartier, recettes et astuces de jardinage, le tout rehaussé d’illustration colorées. Chaque page est consacrée à un mois de l’année (en commençant par avril, premier mois complet du printemps) et à un légume phare de la saison. Asperge, petit pois, poivron, betterave, haricot… Chacun a droit à sa recette, et toutes donnent envie de se mettre aux fourneaux. Les plantations sont aussi l’occasion d’échanges et de partage en famille ou entre voisins. Et l’album se termine sur des conseils et trois imagiers : les semences, les outils et les fruits et légumes au fil des saisons. Un shoot de nature qui fera rêver les citadins en mal de jardin, et leur donnera envie de se lancer ?

Un an à Fleurville, recettes de nos balcons, toits et jardins, Felicita Sala, traduction de Géraldine Chognard, Cambourakis, 2021.

L’avis de Lucie ICI.

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Si les titres précédents donnaient envie de tester quelques recettes, nous déconseillons de tenter celle du gâteau de Monsieur Anatole. Il est plein de bonne volonté, prêt à tout pour éblouir Mademoiselle Blanche. Mais ses commis ont des goûts… spéciaux. L’humour et la créativité de Christian Voltz tourne à plein et les petits lecteurs en redemandent. Parce que même quand le résultat est raté, l’essentiel est d’avoir essayé et passé un bon moment en cuisine !

Un gâteau au goûter, Christian Voltz, L’école des loisirs, 2019.

L’avis de Lucie ICI.

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Un petit album délicieux pour apprendre à faire des gyôza en compagnie d’un petit garçon malicieux et de sa grande soeur : les voilà dans la cuisine, armé.e.s de leur tablier à carreaux bleus pour pétrir, malaxer, modeler la pâte à raviolis du mercredi midi ! A la fin de l’album, on retrouve la recette précise des gyôzas qu’on ne manquera pas d’essayer pour offrir à toute la famille un repas japonais.

Mercredi, c’est raviolis ! Setsuko Hasegawa, Makito Tachibana, Ecole des loisirs, 2008.

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Récit d’apprentissage dans lequel Ulysse, dix-sept ans, cherche à tracer son propre chemin malgré la pression paternelle pour reprendre l’entreprise familiale. Alors qu’il découvre la cuisine et le monde des concours, sa famille affronte la justice pour suspicion de collaboration avec les allemands.
De magnifiques illustrations qui mettent en valeur la Bourgogne et sa cuisine de terroir dont les amateurs prendront plaisir à trouver quelques idées recettes en fin d’ouvrage !

Avertissements aux végétariens, végans et autres amoureux des animaux vivants : ici on chasse, on prépare la viande qui est servie à toutes les sauces…

Ulysse & Cyrano de Stéphane Servain, Antoine Cristau & Xavier Dorison, Casterman, 2024.

L’avis de Linda est ICI.

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Avec Jean, petit marmiton, c’est tout une chouette série de courts romans qui cultive notre gourmandise ! Chaque tome nous présente une aventure du quotidien d’un jeune marmiton, au dix-septième siècle. Facile à lire, cette nous plonge dans l’ambiance de l’époque, avec toute la passion que Jean ressent pour la préparation des repas. Les illustrations rondes et colorées d’Ariane Delrieu en font une lecture gourmande, et la recette présente en fin d’ouvrage est à la fois simple et délicieuse. Miam !

Jean, petit marmiton : le concours de la reine, d’Annie Jay, illustré par Ariane Delrieu. Albin Michel jeunesse. 2017.

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Un album gourmand et kawaii qui vous plonge dans un univers chinois craquant, cela vous tente ? Lisez Petit Bonheur, cet album ravissant de Yue Zhang, qui nous narre les aventures d’un petit bonheur bien triste : il a manqué la fée de la Lune… Mais les effluves d’un bon restaurant et la rencontre avec un adorable petit renard vont tout changer !

Petit Bonheur, de Yue Zhang, l’école des loisirs, Janvier 2024.

L’avis d’Helolitla ICI et celui de Lucie .

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Un bon chocolat chaud, rien de tel pour se réconforter, non ? C’est en tout cas l’addiction d’un ours très gourmand, qui ne peut s’en passer. Que faire quand la boute de chocolat est vide ?

Tendresse et partage autour d’une bonne boisson chaude, qui fait du bien au moral et réchauffe les cœurs. Voilà le programme de ce superbe album qui magnifie l’amitié et le plaisir d’être ensemble.

L’ours très très câlin, de Jee-Hyon Park, L’élan vert. Janvier 2020

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Si le cœur vous en dit, une sélection thématique autour de soupes hautes en couleur vous attend dans les anciens articles du blog ! C’est par !

Et vous, quelles lectures vous donnent envie de vous mettre aux fourneaux en famille ?!

Nos coups de cœur de mars

Le mois d’avril est là. Les bourgeons grossissent, le soleil brille (on l’espère !) et la nature se réveille. Sous le Grand Arbre, c’est le moment de mettre la dernière touche à la sélection en vue du prix ALODGA, que nous avons hâte de vous proposer le mois prochain. Preuve s’il en est : certains coups de cœur viennent directement des titres proposées par les arbronautes ! Voici donc nos titres favoris du mois dernier.

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Lucie a pratiquement terminé de lire les titres de la pré-sélection du prix et a passé le mois de mars en compagnie de très beaux albums ainsi que quelques magnifiques bandes dessinées. Et comme en plus on lui a offert le (très bon) nouvel Hunger Games… Il a été difficile de faire un choix. Cependant, la douceur du trait et du propos de Petit Bonheur a fait la différence. Très joli album s’inscrivant dans la tradition chinoise du Nouvel An, cette histoire montre un petit bonheur n’ayant pas reçu de magie qui va tout de même porter chance à une famille renard. Yue Zang a pensé le moindre détail dans cette ode au travail et à la bonne volonté. Un bol de fraîcheur !

Petit bonheur, Yue Zang, L’école des loisirs, 2024.

Son avis complet ICI ainsi que celui d’Helolitla.

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Deuxième coup de coeur, deuxième album, très différent : Et à la fin de Jean-Baptiste Drouot. L’auteur-illustrateur se met en scène en pleine recherche de la fin de son conte. Que faire ? « Ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants », n’est-ce pas un peu cliché ? Alors que le lecteur ne saura jamais quelle est l’histoire qui les précède, les fins alternatives s’enchaînent dans un tourbillon de plus en plus loufoque. C’est drôle et cela a le mérite d’interroger sur l’imagination et les traditions.

Et à la fin, Jean-Baptiste Drouot, éditions Hélium, 2025.

Son avis complet ICI.

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En mars, mois de lectures abondantes, notamment en « adultes », plusieurs coups de cœur jeunesse pour Séverine, en particulier pour 5 des derniers romans de la collection Petite Poche de chez Thierry Magnier, à destination des lecteur.ice.s de 7 à 77 ans.

  • Ils arrivent, d’Eric Pessan : ou quand l’enfant est plus grand que le rejet de l’étranger véhiculé par les adultes et que la générosité l’emporte sur la peur.
  • La lettre de Sasha, de Nathalie Bernard : la tendresse d’une « mot-gicienne » pour dire l’exil d’un enfant ukrainien, qui lui a raconté son histoire lors d’ateliers scolaires.
  • Les grandes marées, de Marie Boulier : un tsunami d’émotions, sur la complicité et l’amour inconditionnel entre un père et sa petite fille, malgré la maladie mentale de ce dernier.
  • Papi Jack et le nouveau monde, de Kochka : interroge le lien intergénérationnel, la fin de vie et ce qui demeure quand l’oubli s’invite à la table familiale.
  • Le yaourt au ketchup, de Gaëlle Mazars : un rapprochement improbable permet de dépasser les préjugés et de s’affirmer. L’amitié naît parfois où on ne l’attendait pas.

Format court, couvertures aux couleurs punchy, cette collection incontournable est fidèle à sa ligne directrice : proposer aux jeunes lecteur.ice.s des sujets de société, portés par des plumes de grand talent. En fonction des romans et des sujets, subtilité, douceur, poésie, humour, sont au rendez-vous, pour ne pas heurter la sensibilité des plus jeunes. Sans toutefois faire l’économie de la vérité. C’est peut-être un poil trop optimiste, mais Séverine est de celles qui pensent que connaître le monde, même dans ce qu’il peut afficher de plus laid, de plus triste, de plus angoissant, est une force pour l’affronter, y trouver sa place, ancrer des valeurs, des envies, des rêves au fond de soi, et… tenter de faire mieux ? L’idée d’entrer en littérature par la Petite Poche, est une grande idée, fournir le plus tôt possible à la jeunesse des codes, des ressources, de l’engrais intellectuel pour bien grandir, une noble cause. Elle adhère. Le livre jeunesse, « arme d’éclosion massive » ? (Elle ressort cette punchline de son cru en toute occasion 😁 !) Avec les Petite Poche, chez Thierry Magnier, « on ouvre des horizons ».

Son avis complet ICI.

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Pour Liraloin, les lectures sont riches des titres en lice pour le Prix ALODGA 2025 et donc forcement il y a eu plusieurs coups de coeur… en voici un. Il s’agit de l’adaptation en bande dessinée du roman de Flore Vesco D’Or et d’oreillers.

Sadima est une jeune femme qui sait écouter, certes les rumeurs d’une vie bien banale, mais ses sens sont toujours en alerte lorsque d’étranges phénomènes s’immiscent dans ses nuits. Bien vite le fantastique franchi les portes de ce château qui semble porter une lugubre couronne. Se donnant du courage à travers ses chansonnettes qui lui servent de mantra, Sadima est décidée à percer l’emprise dont Lord Handerson est prisonnier. Ici l’adaptation est un sans-faute ! Quelle justesse dans le scénario aux moultes rebondissements. La mise en page nous livre des illustrations pleine page nous donnant l’impression d’être hypnotisée par les découvertes de Sadima.

D’Or et d’Oreillers de Mayalen Goust, d’après le roman de Flore Vesco – Rue de Sèvres, 2024

Son complet ICI, celui de Linda est LA et celui de Lucie .

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Helolitla a craqué pour le nouvel album de Nancy Guilbert, dont elle adore la plume : La petite Conteuse.

Un album qui met en scene une petite fille, Sya, qui grandit dans le désert et adore les livres. Une petite fille qui attend avec impatience le passage de son amie Lama, la libraire du désert. Mais celle-ci tarde à venir…

Héloïse a adore cette superbe histoire de transmission. Superbe, tant au niveau du texte, que des illustrations chatoyantes d’Anna Griot. Une aventure poétique, féerique, aux limites du rêve, qui rappelle les pouvoirs de la lecture, cette capacité qu’ont les livres d’apporter le réconfort quand tout va mal, d’emporter les lecteurs ailleurs, de les pousser à découvrir d’autres univers. Une ode aux livres et au partage !

La petite conteuse, de Nancy Guilbert, illustré par Anna Griot. Gautier-Languereau. Janvier 2025

Sa chronique complète ICI.

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Héloïse – ileautresor a eu un coup de coeur pour ce beau documentaire qui permet de rencontrer 6 adolescents engagés : les Gardiens de la terre, de l’eau et de la forêt..

Pour Autumn Peltier, une canadienne Anishinaabe, l’eau est sacrée. Elle se bat pour protéger l’eau potable, rare et précieuse. Elle demande la réparation des stations d’épuration des réserves, car les oléoducs empoisonnent les nappes phréatiques de pétrole (fissures).

Bitaté Juma, un influenceur brésilien, lutte pour protéger la forêt amazonienne, menacée par la déforestation /et la pollution/. Leader de sa communauté (les Uru-Eu-Wau-Wau), il détecte les intrus et les endroits déboisés grâce à des drones. Avec son smartphone, il vit en lien avec son temps, connecté au monde entier.

En Asie, Shivu Ja souhaite que son peuple du sud de l’Inde (les Jenu Karaba) puisse vivre en paix. Que sont devenus les peuples qui protégeaient le tigre lors de la création d’une réserve naturelle ? Ils ont été expulsés pour s’approprier leurs terres et attirer les touristes. – Grâce à la loi, il soutient ceux qui retournent vivre dans la forêt.

Ces jeunes cherchent à faire entendre la voix des peuples autochtones. Ils luttent pour leur survie, dans le respect de leur culture (amérindienne, aborigène, sami, touareg) et de toutes leurs différences.

La Terre notre combat, Louise Pluyaud, illustrations d’Élodie Flavenot, Sarbacane, 2024.

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Et vous, qu’avez-vous lu en mars ? Avez-vous des coups de cœur à nous partager ?

Lecture commune : Notre histoire, comment nous en sommes arrivés là et où nous pourrions aller

Oliver Jeffers revient régulièrement dans nos coups de cœurs. Nous sommes sensibles à sa vision de l’humanité et aux messages qu’il transmet avec beaucoup de délicatesse. Quelle joie pour Colette et Lucie de découvrir qu’elles avaient toutes les deux adoré le dernier album de cet auteur-illustrateur ! Il ne leur en fallait pas plus pour se lancer dans une discussion à bâtons rompus autour de cet album pas comme les autres.

Notre histoire – Comment nous en sommes arrivés là, et où nous pourrions aller, L’école des loisirs/Kaléidoscope, 2024.

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Colette.- Comment as-tu rencontré l’album Notre histoire, comment nous en sommes arrivés là, et où nous pourrions aller d’Oliver Jeffers ? 

Lucie.- Je suis très très fan du travail d’Oliver Jeffers que je croyais avoir découvert grâce à vous chères copinautes avec Toi et moi ce que nous construirons ensemble qui avait été proposé le premier prix ALODGA auquel j’ai participé. J’ai réalisé plus tard que j’avais déjà L’enfant des livres dans ma bibliothèque (offert par ma grand-mère libraire). Étonnamment, je n’avais pas fait le lien à l’époque. Peut-être parce que L’enfant des livres a un graphisme un peu différent du fait de la collaboration d’Oliver Jeffers avec Sam Winston.

Bref, je suis à l’affût de la sortie de ses titres parce que j’aime beaucoup son style et sa manière d’aborder des sujets sensibles avec tellement d’humanité. Et toi ?

Colette. – Et bien ce dernier album, je l’ai découvert complètement par hasard en me promenant à la librairie Mollat de Bordeaux lors d’une après-midi de liberté imprévue ! Et j’ai été complètement happée par la fin de l’album, par la note de l’auteur que j’ai pris le temps de lire sur place, et qui m’a sincèrement bouleversée. Mais nous aurons l’occasion d’en reparler j’imagine car cette note est vraiment un élément essentiel du livre. Sinon, je connaissais l’auteur grâce au superbe album Rébellion chez les crayons que nous avons lu, relu et rerelu avec mes garçons ! 

Lucie.- Parlons un peu de la couverture : j’avoue avoir été un peu étonnée par l’illustration associée à « Notre histoire » et ne pas avoir bien su à quoi m’attendre en ouvrant ce livre. Et toi, quelles attentes a-t-elle créées chez toi ?

Colette.- Je m’attendais à un documentaire pour tout te dire, un peu dans le style de Nous, notre histoire d’Yvan Pommaux et Christophe Ylla Somers, un album qui reprendrait les étapes de l’histoire de l’humanité. La 4e de couverture m’a induite en erreur d’ailleurs car elle invite à lire “les grandes étapes de notre évolution”.

Mais au final ce n’est pas vraiment le sujet de cet album, non ? Quel est le véritable sujet de ce livre qui semble aux confins de l’histoire, de la philosophie, de la sociologie et de l’anthropologie (même si sans doute l’auteur ne se reconnaîtrait dans aucune de ces sciences humaines !) ? 

Lucie.- Tu as raison, ce livre est au croisement de plusieurs domaines, et c’est ce qui m’a intéressée. Il me semble que le sous-titre est plus explicite, cet album est vraiment en trois temps (quatre avec la longue note de fin dont nous reparlerons) : « comment nous en sommes arrivés là » donc le passé, une pause sur le temps présent et ce fameux « où nous pourrions aller » pour le futur. En tant que professeure de français, j’imagine que tu as été sensible à ce conditionnel ?

Colette.- Très intéressante cette analyse des 3 temps initiée par le titre de l’album ! En effet, il y a déjà la quintessence du projet de l’album contenu dans ce titre (même si au premier abord, je ne l’ai pas trouvé génial ce titre, sans doute un peu long pour moi !) et toute la beauté du projet réside d’après moi dans le conditionnel que tu soulignes ! Un conditionnel qui a plus parlé à la mère et à la citoyenne éco-anxieuse qu’à la professeure de Français ! Car dans ce conditionnel, il y a à la fois la lumière et l’abîme de l’espoir que constituent les chemins que nous choisirons de prendre en temps qu’humanité à l’avenir. Mais revenons à la question du sujet de l’album. Est-ce que tu saurais le présenter en quelques mots ? 

Lucie.- Pour moi, cet album est la réflexion d’un auteur – d’un père de famille, car ce rôle a son importance comme il l’explique dans sa note de fin – sur l’aventure humaine. L’humanité a mis des millénaires pour évoluer, arriver où elle en est. « Et maintenant ? » semble se demander l’auteur. Je l’ai vraiment abordé de cette manière, pour moi Oliver Jeffers nous place à un moment charnière où l’essentiel de l’évolution est accomplie et nous avons un choix à faire quant à notre avenir en tant qu’espèce. Est-ce que cette présentation te convient ou tu l’aurais formulé autrement ?

Colette.- Cette présentation correspond tout à fait à ce que j’ai lu dans ce livre. Et je dirai que la forme du dialogue choisi par l’auteur pour rythmer sa narration va dans le sens de ton analyse. L’échange peut être lu comme celui d’un père avec son enfant. Il est aussi l’échange que l’auteur mène avec nous, lectrice, lecteur. J’ai trouvé que le choix du dialogue était très judicieux et nous engageait vraiment dans la réflexion initiée par l’artiste. Est-ce que tu as été sensible à cette forme ? 

Lucie.- Oui bien sûr. Cela m’a donné l’impression qu’Oliver Jeffers invitait son lecteur à réfléchir avec lui. Même pour des éléments communément « acquis » comme lorsqu’il se penche sur l’histoire de l’évolution, il s’interroge sur ce qui a marqué le début de l’humanité et propose plusieurs pistes successivement. On le sent en chemin, et ça m’a beaucoup plu d’être associée à ce processus en tant que lectrice.

Colette.- D’ailleurs dans ce cheminement, l’auteur interroge la créativité qui semble nous distinguer des animaux non-humains, et bizarrement cette créativité apparaît dans toute son ambiguïté. Je ne m’attendais pas à ça de la part d’un artiste. Comment le comprends-tu ? 

Transférer notre énergie de l’estomac… au cerveau, pour nous permettre de créer des MOTS de percevoir des schémas, de raconter des histoires, d’inventer l’avenir.

Lucie.- Je ne suis pas sûre que ce soit ambigu en soi (je ne l’ai pas pris comme ça en tout cas). Pour moi cela n’a rien de négatif à ce moment-là et ça a contribué à l’évolution. Mais quand on réalise plus tard dans l’album que ce sont aussi ces éléments (les mots, les schémas et surtout les histoires) ont permis de nous séparer, oui cela prend une tournure plus négative. Car si les mots peuvent rassembler, ils peuvent aussi exclure.

Colette.- Tu as raison de le souligner, il n’y a rien de négatif ou de positif au moment où la créativité apparaît et permet d’inventer, raconter, créer. C’est d’ailleurs un aspect de l’album que j’ai beaucoup apprécié : ni jugement, ni dénonciation, ni critique. Contrairement à d’autres livres – jeunesse ou non – sur le sujet, cet album adopte vraiment et sincèrement la posture du doute philosophique. 

Lucie.- Tout en nuances, comme toujours avec cet auteur. J’adore ! Mais on sent quand même qu’il identifie un moment où cela a commencé à déraper : celui où « tout s’est accéléré.”

Colette.- Oui, tout à fait, ce moment où “l’avenir s’est réduit aux limites de notre propre vie”, j’imagine qu’il parle de l’avènement de l’individualisme fortement lié au système capitaliste. Car malgré une belle neutralité de ton, sans dogmatisme, c’est un album pour moi éminemment politique, un album engagé qui au lieu de dénoncer propose de s’interroger ensemble et de raconter ensemble une autre histoire de l’avenir. 

Lucie.- Tu as raison ! Et c’est précisément à ce moment-là qu’il s’interroge avec le lecteur : “Où cela nous mène-t-il ? Où allons-nous ?” Ces questions sont très engageantes avec ce “nous” qui nous met tous dans le même bateau. Est-ce que ses propositions de réponses t’ont convaincue ?

Colette.- L’avenir sera solidaire – ou ne sera pas ! Je suis complètement convaincue que “la recherche de sens et d’amour” est l’unique solution pour ne pas foncer yeux bandés dans l’abîme comme les personnages de l’album à un moment donné ! Ce sont des questions que je me pose tout le temps en fait !!! Sans doute parce que je travaille tous les jours avec des enfants et des adolescent.e.s et que l’avenir est là chaque jour devant moi. J’imagine que tu ressens aussi cette urgence du sens et de l’amour dans ta classe ? 

Lucie.- Ce passage est très fort, il nous met en face de nos responsabilités, des conséquences de nos choix quotidiens. “Ces mêmes mains capables de construire des fusées, nous les utilisons pour tirer les autres en arrière… convaincus, encore et toujours, qu’il est plus important d’avoir raison que de s’améliorer, que le bien est l’ennemi du mieux.” C’est effectivement très politique ! Mes élèves sont plus petits que les tiens, je ressens moins l’urgence du sens que celui du plaisir d’être ensemble et de coopérer qui a besoin d’être construit à cet âge là. J’ai tendance à penser que si on arrive à s’entendre et à se respecter dans une classe malgré nos différences c’est déjà un grand pas accompli. Mais je suis peut-être (sûrement !) optimiste…

Colette.- En tout cas, l’album nous invite à inventer ENSEMBLE une suite à notre histoire, et c’est aussi de ça dont nos élèves – petit.e.s ou grand.e.s – ont besoin pour se projeter. Avant de parler de l’esthétique de l’album, peut-être pouvons-nous évoquer la note de l’auteur, une longue note pour un album jeunesse. Qu’en as-tu retenu ? 

Lucie.- Elle m’a beaucoup intéressée parce qu’il partage son expérience, ses doutes et ses réflexions. On le sent investi, ancré dans la société. Bien loin de certains artistes hors-sol. Le fait qu’il soit irlandais joue, comme il l’explique, dans sa compréhension du monde. Je suis admirative de ces gens qui ont vécu la violence au quotidien et qui trouvent la force de sortir de la revanche, cela donne beaucoup d’espoir !

Colette.- Et son discours sur l’art dans sa note est vraiment très inspirant, je trouve, à une époque où la culture n’est plus trop à l’honneur (je pense que je suis influencée par le gel du pass culture – je ne m’en suis toujours pas remise !). J’adore sa phrase :

L’art, ce n’est pas la cerise sur le gâteau. Ce n’est même pas le gâteau. C’est la table sur laquelle repose le gâteau.

Lucie.- Tellement d’accord avec toi ! Cette phrase est géniale. Effectivement, la place de l’art est centrale, nous en sommes toutes les deux convaincues mais il y a encore du pain sur la planche (le gel du pass culture, je te rejoins, c’est très significatif…) J’aime qu’il étende son propos à l’art en général, mais même dans l’album, j’ai aussi été très sensible à la place centrale qu’Oliver Jeffers donne au récit dans la construction de l’identité personnelle, familiale, nationale et mondiale.

Colette.- Le récit, c’est notre humanité, notre identité. 

Lucie.- Pour le meilleur comme pour le pire, comme il le montre. C’est aussi ce qui nous dresse les uns contre les autres.

Colette.- Mais il faut en effet que ces récits nous unissent, nous rappellent ce qui nous lie. D’ailleurs, l’album fait aussi la part belle au lien, à la recherche de celui-ci. 

Lucie.- Oui, et la note d’espoir à la fin de l’album est hyper importante et bien amenée. Parce qu’après tout cela on aurait été en droit d’être un peu déprimés. Mais non, on peut ralentir, créer de meilleurs récits où chacun a sa place pour garder une place pour l’espoir. Mot de la fin on ne peut plus signifiant !

Colette.- Ah ! L’espoir ! En effet, c’est un joli mot de fin ! 

Lucie.- Fin qui n’en est pas une car il y a des bonus : un poème et cette fameuse note. As-tu envie de parler du poème ?

Colette.- Il est si simple et si juste, ce petit texte poétique. Il rappelle les besoins essentiels de chaque humaine, chaque humain. En quelques mots. Un petit texte puis un long texte, comme si l’artiste avait voulu explorer toutes les manières de dire ce qu’il avait à dire : l’album, la poésie et le texte d’idées. Pour poursuivre notre lecture commune, est-ce que tu aurais envie de parler des illustrations, du choix des couleurs, de l’importance des blancs… ? 

Lucie.- Les illustrations sont très “Jeffers”, il a un style identifiable au premier coup d’oeil ! Mais les couleurs sont différentes cette fois-ci, tu as raison de le souligner. Essentiellement du bleu et du rose, parfois très tranchés, parfois mélangés dans un violet… Je n’ai pas trop réfléchi au sens de tout cela, j’ai choisi de me laisser porter. Tu as une interprétation à proposer ?

Colette.- Non, pas d’interprétation. J’ai été surprise par le choix des couleurs, je ne me souviens pas avoir lu d’autres albums de lui avec si peu de teintes. J’ai surtout été sensible au rythme des pages illustrées et des pages colorées sans illustrations. Je trouve que la composition choisie met en valeur le texte, l’engagement de la réflexion à laquelle l’artiste nous invite. C’est un magnifique objet, ce livre ! Aussi bien pour le fond que pour la forme !

Lucie.- Tout à fait d’accord, tu t’en doutes ! Avant de passer à notre traditionnelle question de fin, je me faisais la réflexion que j’avais lu deux autres albums (qui sont d’ailleurs des documentaires) pour le prix ALODGA m’avaient fait penser à celui-ci bien que très différents : Qu’est-ce qu’une frontière ? et Je suis un citoyen américain. Est-ce que tu crois qu’on assiste à une mouvance de fond en littérature jeunesse, un mouvement qui invite à prendre du recul et à considérer l’espèce humaine dans son ensemble ? Il serait temps !

Colette.- Je constate en tout cas dans les propos d’artistes ou de journalistes dont je suis régulièrement le travail que la question des récits à inventer, collectivement, pour échapper à la catastrophe climatique et politique en vue, est une question très actuelle. Je pense au travail de Cyril Dion notamment dans son livre Petit manuel de résistance contemporaine ou encore au propos de Salomé Saqué dont j’admire l’investissement et dont j’ai offert le livre Résister à mon fils aîné, justement parce qu’elle invite à mettre de la joie dans la résistance politique. 

Lucie.- J’espère que ces graines vont pousser et que nous allons enfin transformer l’espoir qui nous anime en quelque chose de concret ! Et donc, pour finir : A qui conseillerais-tu cet album ?

Colette.- Je pense que je le conseillerai à des familles qui ont plaisir à discuter ensemble politique, philosophie. Je l’ai lu en lecture enregistrée pour une amie très chère et ses deux filles âgées de 15 ans ont adoré l’album. Tu me connais, je ne mets pas de limite d’âge à un excellent livre, je pense qu’on peut l’apprécier à tout âge mais qu’il suscitera débats et réflexions chez les plus grands. Et toi ? 

Lucie.- Tout à fait d’accord avec toi. Je trouverais dommage que des lecteurs réservent cet album aux plus petits en se basant sur son graphisme simple (et non simpliste). Alors que très clairement il invite à la discussion, au débat, à la mise en projet pourquoi pas. Je le recommanderais donc à des familles entières, et notamment à tous ceux qui ne se satisfont pas du récit actuel qui divise plutôt que de rassembler !

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Nous espérons vous avoir donné envie de découvrir ce magnifique album d’Olivier Jeffers, et pourquoi pas les autres titres auxquels il nous a fait penser !

Entretien avec Gilles Bachelet

Vous avez forcément déjà vu, si ce n’est déjà lu, un album de Gilles Bachelet. Un trait reconnaissable entre tous, un humour dévastateur et un sens du décalage remarquable… Inutile de dire que sous le Grand Arbre nous sommes de grandes admiratrices du travail de cet auteur-illustrateur. L’ancienne équipe l’avait interviewé à l’occasion de la sortie de son album Les coulisses du livre jeunesse, album dont elle avait fait une lecture commune ; et nous vous avons présenté nos classiques préférés ainsi qu’une lecture commune de Résidence Beau Séjour. Poussées par une curiosité toujours plus grande, nous avons eu envie de lui poser des questions sur son parcours et son œuvre. Questions auxquelles il a accepté de répondre avec une grande gentillesse !

Gilles Bachelet. Source : site des éditions du Seuil.

De quelle manière êtes-vous arrivé à la littérature jeunesse ?

Ce n’était pas une vocation précoce. Je comptais faire des études pour être vétérinaire. Mon père qui était artiste m’avait fait faire du dessin très jeune, mais je n’avais pas tellement aimé. J’ai fait des études scientifiques mais il s’est avéré que je n’avais pas le niveau en physique-chimie et en mathématiques. Je me suis demandé quoi faire, et comme il y avait beaucoup d’artistes dans les amis de mes parents et je me suis tourné vers des études artistiques.

Durant une longue période vous étiez très prolifique sur les réseaux sociaux. Pourquoi avez-vous arrêté de publier sur ces canaux ?

J’ai été très actif pendant trois ans, et puis j’ai eu l’impression d’avoir fait le tour. Je me suis lassé. J’ai retrouvé des illustrations que j’avais publiées, postées ailleurs sans que je sois crédité ou étant attribuées à quelqu’un d’autre. Mais ce n’est pas nécessairement un arrêt définitif, peut-être seulement une pause.

Comment choisissez-vous les sujets de vos albums ?

C’est ce qui me prend le plus de temps. Je n’ai pas de méthode particulière, je passe beaucoup de temps à chercher l’idée du prochain. Cela peut venir d’une discussion, d’une rencontre… Parfois, c’est un hasard.
Par exemple, Champignon Bonaparte c’est venu d’une discussion avec mon éditeur qui venait de voir un spectacle sur le Premier Empire et il a pensé que ce serait amusant de faire un album situé à cette époque. Le champignon m’est venu rapidement, inspiré par le chapeau de napoléon. Le Chevalier de Ventre-à-terre est né lorsque mon éditrice m’a appelé pour me rappeler que je leur devais un album et qu’elle devait boucler le catalogue. C’est un peu moi ce chevalier, j’ai tendance à procrastiner. Alors j’ai fait un album avec cet escargot.

Vos albums jouent souvent sur le décalage entre le texte et l’illustration. Qu’est-ce qui vous intéresse dans ce procédé ?

J’ai commencé par illustrer les histoires écrites par d’autres, mais cela m’ennuyait. J’ai eu envie d’inventer mes propres histoires et j’ai commencé avec Le singe à Buffon. Quand j’ai illustré la phrase « Il fait pipi dans sa culotte », le décalage est apparu et cela a été un déclic.

Pour Mon chat le plus bête du monde, j’avais envie de faire un album sur mon chat, et parallèlement c’était une période où je dessinais beaucoup d’éléphants. C’est venu comme cela. Dans Une histoire d’amour, à aucun moment il n’est indiqué qu’il s’agit de gants de vaisselle et d’objets ménagers.

Trouvez-vous que votre style a évolué au cours du temps et de quelle manière ?

Mon style a peu évolué. Certains illustrateurs comme Thierry Dedieu cherchent un style différent pour chaque album. Je travaille de la même façon depuis mes débuts, à l’aquarelle.

Il vous arrive de vous mettre en scène dans vos albums. Y’a-t-il un élément déclencheur pour que cela arrive ou est-ce prévu depuis le départ ?

C’est un peu cabotin de se mettre en scène. J’ai commencé avec Mon chat le plus bête du monde. Comme c’était une histoire inspirée du chat que j’avais à l’époque et qui était réellement très bête, je me suis mis en scène naturellement. Et il m’arrive de le refaire parfois, comme dans Résidence Beau Séjour.

Nous serions très curieuses d’en savoir plus sur la manière dont vous travaillez concrètement. Avez-vous des rituels d’écriture ? Des horaires définis ? Travaillez-vous généralement sur un seul projet ou vous arrive-t-il d’en développer plusieurs en même temps pour qu’ils se nourrissent les uns les autres ?

Je n’ai pas de rituel. Il arrive que je ne dessine pas pendant de longues périodes. J’ai travaillé pendant 20 ans pour la presse et la publicité, puis j’ai enseigné l’illustration et les techniques d’édition à l’Ecole Supérieure d’Art de Cambrai pendant 17 ans. C’est à ce moment-là que j’ai commencé à écrire mes propres histoires. Je cherchais un sujet pendant l’année, en dehors de mes heures de cours, puis quand je l’avais trouvé je travaillais sur l’album pendant l’été, puis sur une période de 4 ou 5 mois en tout. Je n’enseigne plus mais j’ai gardé ce rythme de travail à fond sur un album.

Quels sont vos outils préférés ? Travaillez-vous sur ordinateur ?

J’utilise l’ordinateur pour me documenter et pour de petites retouches quand j’ai oublié quelque chose. Mais je réalise l’essentiel de mes illustrations à la main.

Vous faites très souvent référence à vos autres albums et au travail de certains autres auteurs. De quelle manière choisissez-vous ces citations ?

Ce sont des hommages à des coups de cœur. Certaines de ces références sont identifiables mais d’autres sont personnelles. Par exemple, il m’arrive d’utiliser des objets ayant appartenu à mon père, ou à mon fils.

Avez-vous un livre de chevet et si oui lequel ?

Je n’ai pas un livre de chevet mais plusieurs. Ce sont surtout les albums que j’ai lu dans ma jeunesse comme Little Nemo, Tintin (par exemple je fais référence à l’univers d’Hergé dans XOX et OXO et dans Hypermarquête), l’époque de Pilote, Gotlib…

Est-ce qu’il y a des illustrateur/trices – auteur/trices qui vous inspirent ?

Les illustrateurs qui m’ont le plus influencés sont probablement Benjamin Rabier et aussi Benito Jacovitti. J’avais vu des bandes dessinées de Jacovitti quand j’étais enfant et je l’ai retrouvé beaucoup plus tard dans Charlie Mensuel. Même chose pour Benjamin Rabier, j’avais découvert les albums de Gédéon chez des amis de mes parents et, des années après, alors que j’étais étudiant aux Ardéco, je suis retombé dessus sur une brocante et j’ai réalisé que ces dessins étaient restés profondément gravés dans ma mémoire…

Lisez-vous d’autres auteurs de littérature jeunesse ou de littérature générale ?

J’aime particulièrement le travail des auteurs-illustrateurs comme Philippe Corentin, Claude Ponti, Tomi Ungerer, Clothilde Delacroix ou Benjamin Chaud…

Avez-vous déjà reçu des sollicitations de certain(e)s qui souhaiteraient travailler avec vous ?

Oui, cela m’arrive mais je les refuse. J’ai fait une exception pour La paix, les Colombes ! avec Clothilde Delacroix mais c’est un album écrit à quatre mains. Nous avions échangé des dessins sur Facebook et les éditions Hélium nous ont proposé d’en faire un album.

La paix, les colombes !, Gilles Bachelet et Clothilde Delacroix, Hélium, 2016.

Avez-vous un lecteur idéal en tête quand vous écrivez ?

Moi-même. Je dois me faire rire. Quand il était petit, mon fils m’a servi de cobaye, c’était mon premier lecteur. Mais je ne veux pas écrire pour une tranche d’âge en particulier, j’aime l’idée d’un album qui parle aussi bien aux enfants qu’aux adultes. Je sais que les enfants ne verront pas certaines références (celle à Shining dans Résidence Beau Séjour par exemple), mais elles m’amusent et j’espère qu’elles amusent leurs parents.

Lors du salon où nous vous avons rencontré, une enfant s’est exclamé « Il est trop cool Gilles Bachelet ! » Quel est votre rapport à vos lecteurs et à partir de quel âge pensez-vous qu’ils parviennent à saisir le second degré inhérent à votre travail ?

Les élèves de maternelle ne perçoivent pas le second degré. Mes albums sont plus destinés à des élèves de CE2, CM1 et CM2. J’ai récemment écrit un album pour les plus petits, Une histoire qui… dans lequel j’ai fait attention à ne pas mettre de références qu’ils ne pourraient pas saisir.

Avez-vous un souvenir à nous partager d’une rencontre particulière avec vos lecteurs ?

Mes souvenirs des rencontres scolaires sont un peu floues, elles se mélangent. Les plus marquantes se sont déroulées dans les classes dans lesquelles les élèves avaient vraiment travaillé sur mes albums. Quand mes albums ont servi de support à des travaux artistiques ou à un spectacle par exemple, cela nourrit les échanges avec les élèves.
L’année dernière, une classe avait réalisé des travaux sur tous mes albums, c’était très touchant. Dans ce cas ce ne sont pas eux qui me rencontrent mais moi qui les rencontre.
Quand je rencontre des enfants et qu’ils viennent ensuite me voir avec leurs parents dans un salon, je me rends compte que ces rencontres sont marquantes pour eux.

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Merci infiniment à Gilles Bachelet pour sa disponibilité et le temps qu’il a accordé à nos questions !
Nous espérons vous avoir donné envie de (re)découvrir tout ses albums. Pour la liste complète, rendez-vous sur la page que lui consacre les Editions Seuil Jeunesse.