Lecture commune : Enragée

Sous notre bel arbre il y a des autrices que nous apprécions particulièrement. Lucie et Liraloin s’étaient déjà donné rendez-vous pour une lecture commune d’A(ni)mal et Cécile Alix avait gentiment accepté notre demande d‘interview. Aujourd’hui Héloïse les rejoint pour discuter de son dernier titre, qui leur a inspiré bien des réflexions ! Bonne lecture.

Enragée de Cécile Alix, PKJ, 2025.

Héloïse : C’est parti ! Que pensez-vous de cette couverture ? Vous a-t-elle inspiré ?

Liraloin : Les couvertures des romans de Cécile Alix sont toujours très attractives. Ici la couverture forme un paysage entre la première et la quatrième de couverture avec cette barre d’immeuble plongée dans la nuit. Quelques lumières éclairent les fenêtres comme des projecteurs pour mieux se laisser happer par ce personnage qui vole. J’adore la couleur des cheveux du personnage qui reflète dans le nom de l’autrice. 

Lucie : Elle va bien avec le titre, ces grandes lettres jaunes qu’on dirait tracées au pinceau façon tag donnent immédiatement une impulsion, de l’énergie. Mais je trouve que pour le coup elle est très différente des deux autres romans de cette « série ». Elle se détache nettement tant dans les couleurs que dans le graphisme. J’ai imaginé un personnage féminin, vif, avec une histoire sombre (la nuit qui déborde sur sa peau, bleue elle aussi). Et toi Héloïse ?

Héloïse : J’avoue avoir acheté ce roman les yeux fermés car écrit par Cécile Alix, et n’avoir prêté aucune attention à la couverture au début ! Le titre qui ressort en gros, en jaune, avec une police un peu façon « tag », je trouvais ça pas mal, tout comme cette silhouette qui danse, qui se lâche… Et puis cette ville de nuit, pour moi, ça colle bien à l’ambiance du roman…

Héloïse : Puisque tu parles de série, Lucie, peut-être pouvons-nous commencer par parler de la postface ? J’ai lu comme toi qu’Enragée faisait partie d’une série de quatre romans, débutée avec A(ni)mal puis Guerrière (lauréat de la catégorie Belles branches du Prix ALODGA 2024), dont nous avons déjà parlé sur le blog. 

Lucie : Oui, allons-y ! J’ai découvert comme vous qu’il allait y avoir un quatrième tome, et je me demandais si vous aviez des idées sur le sujet principal ? Rappellons que Cécile Alix présente cette tétralogie comme “consacrée à la violence à laquelle peuvent être confrontés les adolescents”.

Héloïse : J’avoue n’avoir aucune idée ! Mais je n’ai aucun doute quant au fait que ce sera à nouveau un thème fort, marquant…

Liraloin : D’ailleurs les autres tomes se passent, pour la plupart, à l’étranger. Cécile Alix parle à tous les ados finalement en choisissant de dérouler son intrigue en France pour ce dernier. Alors personnellement je suis très mauvaise en devinette. Et toi Lucie, tu as une idée? 

Lucie : J’avoue que j’étais curieuse de connaître vos propositions mais en réalité je n’ai pas vraiment réfléchi. Cécile Alix a traité le destin des migrants, celui des enfants soldats, les enfants placés… probablement pas le harcèlement qui est déjà très présent en littérature jeunesse et qu’elle a traité dans Six contre un. Il reste malheureusement le choix dans les violences faites aux jeunes !

Six contre un de Cécile Alix, PKJ, 2018.

Liraloin, tu faisais remarquer que celui-ci se déroulait en France, et j’ai cru comprendre qu’il t’avait moins plu que le précédent. Est-ce que tu y vois un lien ou pas forcément ?

Liraloin : J’ai moins apprécié cette histoire dans le sens où je l’ai un peu comparée à No et moi qui m’avait grandement bouleversée. Peut-être que c’est un raccourci facile de ma part. Néanmoins, j’ai tout de même apprécié le texte, l’écriture et la façon dont Cécile Alix relate les évènements. Je suis d’accord avec ce que vous dites : la violence est tellement présente !

No et moi de Delphine de Vigan, 2010

Héloïse : Il y a un lien évident : si les thématiques sont bien différentes de celles d’A(ni)mal et de Guerrière, on retrouve ce personnage adolescent, en butte à la violence du monde. Ce n’est pas la guerre ici, mais une décision de justice. C’est assez glaçant. La violence est différente, mais bien présente… 

Lucie : Je te rejoins Héloïse, on est dans une violence “légale”, c’est très déstabilisant de se dire que de telles situations peuvent exister dans notre pays. Je trouve important de montrer que la souffrance peut être au bas de notre rue, pas seulement au bout du monde. Vous étiez familières de ce type de sujets (enfants placés, familles d’accueil, etc.) ?

Héloïse : Je connais un peu le sujet, mais pas tant que ça, puisque je pensais qu’à l’âge de Fauve, on demandait en priorité l’avis de l’enfant… ce qui n’est clairement pas le cas ici, vu qu’on n’écoute même pas ce qu’elle dit, et qu’on ne prend pas en compte ce qu’elle pense ni ressent… Je sais que la justice oblige parfois à garder le lien parent-enfant, au détriment du choix de l’enfant, mais cela m’a choquée qu’elle soit obligée d’aller vivre avec sa mère qui est pour elle une véritable inconnue…

Lucie : Tu as raison, dans ce roman, Cécile Alix bat en brèche un principe essentiel de l’ASE : le fait qu’un enfant est toujours mieux dans sa famille naturelle (quand elle est en capacité d’assurer sa sécurité) que dans une famille d’accueil. Elle montre que quand il y a rencontre, de vrais liens peuvent se nouer, par delà la génétique. C’est quelque chose à laquelle vous aviez déjà été amenées à réfléchir ?

Liraloin : Oui je me suis posée des questions ayant connu des amis qui étaient famille d’accueil. Ce qui me taraudait c’était la question de l’amour. Peut-on se laisser à aimer un enfant comme son propre enfant sachant qu’un jour soudainement il peut être amené à retrouver sa famille naturelle ? 

Lucie : Cela doit être une situation très compliquée émotionnellement. Pour moi tu ne peux pas t’empêcher d’aimer un enfant qui vit sous ton toit, et en même temps, comme tu le dis ce n’est pas ton enfant et il peut partir à tout moment. Ce qui me questionne, pour être honnête c’est aussi cette histoire d’autorité parentale qui fait qu’un parent peut se voir retirer la garde de son enfant mais continuer à peser sur ses choix d’orientation, etc. Ma tante, ancienne instit, a été famille d’accueil pour un petit garçon qui n’était absolument pas disponible pour les apprentissages (normal vu ce qu’il avait subi) et l’équipe pédagogique, soutenue par la maman, voulait l’orienter en IME alors que pour elle il avait largement les capacités de poursuivre une scolarité normale à condition qu’on lui laisse le temps et qu’on l’accompagne. Boris Cyrulnik ne dit pas autre chose quand il parle de « tuteur en résilience » dans son autobiographie Sauve-toi, la vie t’appelle. Ca m’a retourné le coeur et beaucoup questionnée en tant que prof. Même si la famille d’accueil n’a aucune légitimité, c’est elle qui côtoie l’enfant au quotidien. C’est assez abyssal comme réflexion. Le tout étant de chercher ce qui est le mieux pour l’enfant, et Cécile Alix montre bien que cela dépend aussi énormément du juge qui s’occupe du dossier.

Sauve-toi, la vie t’appelle, Boris Cyrulnik, Odile Jacob, 2012.

Héloïse : Pour avoir connu beaucoup de situations différentes dans mon entourage et parmi mes élèves, j’ai remarqué qu’on pouvait trouver autant d’amour et de tendresse dans une famille qui n’est pas sa famille biologique… D’ailleurs, ce « trope » de found family, de famille de cœur, me plait beaucoup en général dans les romans.

Liraloin : J’aime beaucoup vos réflexions et vos expériences. Après tout, nous sommes complètement dans le sujet et ce dès le début du roman.

Liraloin : Le début du roman s’ouvre avec une playlist, nul doute qu’il y aura de la musique dans ce roman, de la danse pour être plus précise. Comment avez-vous trouvé cette introduction et le premier chapitre qui nous présente notre personnage principal : Fauve? 

Lucie : Fauve est un personnage qui a un rapport très fort au corps. Elle est passionnée de danse et Cécile Alix parvient à traduire de façon physique aussi bien son mal-être (extrait en haut de la page 57, 136) que son bien-être (page 65, 256) et même les moments de transition (p.109, 167) ou la relation amoureuse (p.198, 205). C’est un aspect qui m’a beaucoup plu, ces sensations qui la traversent sans cesse.

Héloïse : Waouh, je suis admirative, tu as même noté les pages ! Moi ce qui m’a marqué sur son rapport au corps aussi, c’est le regard des autres. Il y a une citation qui m’a particulièrement frappée, elle sonne si juste : 

“Je n’avais jamais mesuré à quel point le fait d’être une fille représentait un handicap. On peut mettre en place les stratégies les mieux rodées pour y échapper, il arrive toujours un moment où le corps s’impose, prend toute la place et nous rend vulnérables. On n’a pas le choix, il finit invariablement par devenir un objet. De comparaison, de honte, de critique ; de convoitise, de possession, de soumission ; de fantasme, d’humiliation ; de chantage, de commerce, de marketing ; parfois de fierté et de pouvoir… II n’est jamais anodin. Même enfoui sous des couches de vêtements, il reste soumis aux appréciations.
Pourquoi ne fait-on pas aussi grand cas des corps masculins ?
Tant qu’une fille ne deviendra pas un homme comme un autre aux yeux de la société – un humain comme un autre -, tant que l’on ne cessera pas de soupeser le corps des femmes, de l’évaluer, de le juger, l’égalité des genres restera une utopie.

Lucie : J’avais aussi noté ce passage. Il y a un vrai discours sur le corps de la femme dans la société à ce moment-là, et il est parfaitement justifié par la situation précaire de Fauve. Autant je ne suis pas une féministe particulièrement vindicative, autant ce discours là a résonné fortement. Chez vous aussi ?

Héloïse : Chez moi oui. Parce que je comprends très bien ce que Fauve ressent à ce moment-là, je le visualise un peu trop bien. C’est une question que j’ai souvent remarquée : on parle beaucoup du corps des femmes, il est soumis à de nombreuses injonctions, beaucoup moins de celui des hommes (même si c’est une problématique qui évolue). 

Liraloin : J’ai vraiment trouvé ce premier chapitre très galvanisant dans le sens où j’avais l’impression d’être dans le corps de Fauve, ressentir le bienfait de la danse ça doit être magique ! Je voulais juste ajouter que Fauve danse et prend du plaisir car elle est sans doute épanouie dans sa famille d’accueil, enfin j’aime à le penser comme ça.

Héloïse : Oui, la danse, c’est magique. Et c’est aussi un très beau moyen d’expression, de faire ressortir ses émotions, et je trouve que Fauve le montre bien.

Les mots, les cris refoulés au fond de ma gorge, les noeuds, les serpents entortillés dans mon ventre, l’eau et le sel qui ne coulent pas de mes yeux, mon corps les interprète. Danser, c’est le seul moyen que j’ai trouvé pour exister.
Depuis longtemps, avant que j’aie conscience d’être moi-même, une brèche s’est ouverte au creux de ma poitrine. Quelque chose de profond, d’archaïique. Une peur à laquelle rien ne résiste. Une terreur qui me troue. La danse comble mes gouffres.

Lucie : On l’a bien dit, cette série de romans aborde la violence subie par les adolescents, mais Cécile Alix veille sur eux en leur faisant rencontrer des humains extraordinaires. Il y a encore une fois beaucoup de beaux personnages dans ce roman, qui répondent à la citation de Romain Gary mise en exergue : « Le désespoir est toujours une soumission » tiré des Cerfs-volants, son dernier roman (en parlant de désespoir…). Ils sont tous extra mais je me demandais si l’un d’entre eux vous avait particulièrement touchée ? Les filles SDF, les habitants du squat, Damien, même l’amoureux, un peu sous-exploité mais charmant… dur dur !

Héloïse : Ahhhhh il faut choisir !!!!  Pas facile. Sa famille d’accueil est adorable, les rencontres qu’elle fait dans la rue réservent de belles surprises aussi. Mais finalement, peut-être que celui qui m’a le plus marquée, c’est son éducateur, Damien, parce qu’il change au fil de l’histoire. Très “rigide” presque au début, il finit par comprendre Fauve et prendre des risques pour elle. Il m’a touchée. Lui aussi a un passé difficile…

Lucie : Je l’avoue, Damien m’a beaucoup touchée aussi. J’ai aimé son changement de posture et l’explication de ce changement. J’en ai eu des frissons.

Liraloin : J’ai une petite préférence pour le Yéti qui est une force tranquille. Il écoute, il protège, il conseille, ne fait pas la morale. Il connaît la rue, son environnement et entend les problèmes. Mais tout comme vous, les autres personnages sont importants, ils accompagnent Fauve et tour à tour lui apprennent ce qu’est la vie véritablement (les choix, le destin…)

Héloïse : Il a un côté “vieux sage” très posé effectivement. Il est là pour les autres, à l’écoute, toujours prêt à rendre service. Et à défendre ses valeurs. 

Lucie : Ah, le Yéti et sa bibliothèque ! Forcément ! Je me suis renseignée sur l’existence de cette bibliothèque à destination des SDF parce que tant qu’à faire je leur aurais donné des livres, mais impossible de trouver. Si c’est une invention de Cécile Alix, elle devrait être mise en œuvre !

Héloïse : Je trouve ça très chouette aussi ! 

Lucie : Il ne s’agit pas de divulgâcher mais cela arrive très tôt dans le roman alors il faut bien en parler : plutôt que de vivre avec sa génitrice, Fauve préfère fuguer et se retrouve à la rue. Comment avez-vous trouvé la présentation de cet environnement ?

Liraloin : Je me souviens que j’ai été assez sensible aux revirements de situations. Cette sensation m’a fait penser aux rumeurs de la rue selon les moments de la journée. Je ne sais pas si vous voyez ce que je veux dire. La rue est rassurante comme elle peut complètement absorber un être. Cécile Alix réussit à bien nous le montrer à travers tous ces personnages.

Héloïse : Il y un mélange de sensations au début de la fugue : peur, liberté, espoir, tension… et la nuit qui tombe, et le stress qui va avec. C’est très réaliste. Comme tu dis, la rue apparaît comme un refuge, et en même temps fait peur. D’ailleurs, Fauve a peur au début, quand elle rencontre Edith et Sam. 

Lucie : Encore des personnages géniaux ! La notion de temps aussi avec la montre est très parlante. Dans l’ensemble, ce que Sam et Edith lui apprennent, les “règles de la rue” sont à la fois rassurantes – car avec les codes on se protège plus facilement – et en même temps vraiment glaçantes…

Héloïse : Oui, le temps, et l’hygiène ! Tous ces petits “détails” qui n’en sont pas quand on doit vivre dehors… et des contraintes qu’on ressent encore plus quand on est une femme ! 

Lucie : Exactement ! Cela nous oblige à nous rendre compte de la difficulté de vivre dans la rue. Chaque geste qui nous semble anodin est une bataille.

Lucie : Pour conclure, notre question rituelle : à qui conseilleriez-vous ce roman ?

Liraloin : Aux passionné(e)s de danse car il est beaucoup question de corps comme vous l’avez mentionné plus haut. Aux pessimistes car il y a des personnages avec une force incroyable. Bien sûr je le conseille aux grands ados et aux adultes !

Lucie : Je ne suis pas passionnée de danse mais ce rapport au corps et cette attention aux sensations m’a vraiment touchée. Je dirais pas trop tôt quand même (14-15 ans ?) parce que le sujet est complexe et lourd. Mais aux ados qui se sentent concernés par le sort des moins chanceux, des plus démunis, qui souhaitent changer de perspective. Et à leurs parents, cette histoire fait relativiser les problèmes du quotidien !

Héloïse : Aux ados mal dans leur peau. Aux personnes qui aiment les textes poétiques (la plume de Cécile Alix est vraiment belle et émouvante), à celles qui aiment les romans abordant des questions de société. Aux adultes curieux. effectivement, comme toi Lucie, je dirais pas avant 13-14 ans, car les thématiques sont dures – mais essentielles ! 

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Avons-nous réussi à vous donner envie de découvrir Enragée? Et si vous l’avez déjà lu, qu’en avez-vous pensé ?

Nos coups de coeur de septembre

En cette saison encore estivale, nous aimons prolonger nos lectures au soleil avant de bientôt trouver refuge sous un plaid bien chaud. En attendant que l’automne s’installe véritablement, voici nos belles lectures de ce mois de septembre.

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Liraloin a un peu moins lu d’albums ou de romans jeunesse ces derniers mois, il y a cependant deux titres qu’elle souhaitait mettre en avant. Il s’agit de deux albums publiés cette année qui s’adressent aux tout-petits : Loupiotes de Marine Rivoal et Premier souffle de Hu Yifan.

Loupiotes de Marine Rivoal – Les Grandes personnes, 2026

Le bain est donné, l’histoire est racontée, le doudou est paré de son jaune lumineux et accompagnera ce bébé vers le doux moment de l’endormissement. Loupiotes comme ces petites touches de lumières çà et là qui viennent éclairer la nuit. Bienvenue dans le monde où le papillon viendra chercher sa lumière, où le phare illuminera la mer, où le jour semble vouloir se pointer sur nos loupiot(e)s. La tête remplie de rêves qui glissent lentement vers le réveil, bébé pourra enfin saluer le lever du soleil printanier.

Avec une grande délicatesse, Marine Rivoal joue sur l’ombre et la lumière. Dans cet album sans texte, la technique utilisée pour la réalisation des illustrations nous invite à la quiétude comme si le rêve envahissait lentement l’endormissement du bébé. Une histoire douce qui laisse le temps s’échapper vers le monde de la nuit.

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Premier souffle de Hu Yifan – HongFei, 2026

Si le Mont Fuji entrait en irruption, il nous montrerait d’abord son calme légendaire « inspire » pour mieux laisser échapper la lave volcanique brûlante « expire ». La grenouille inspire pour expirer un souffle qui sort de sa gorge gonflée d’air. L’escargot fait beaucoup d’effort pour sortir de sa coquille. Quant aux pissenlits, au moindre souffle la Nature fait s’envoler ses pistils cotonneux. Ensemble nous pouvons ressentir le calme lorsque notre « machine » s’arrête et stoppe ses pensées…

La couleur domine cet album où le monde animal et végétal est célébré. Soyons à son écoute, inspirons-nous d’eux pour mieux accueillir ces petites vies qui naissent aux quatre coins de la planète.

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Pour cette rentrée, HannaisPaul a voulu faire partager son coup de cœur « local » : Paloma Pumpkin : journal de bord d’une piratesse. L’histoire suit une jeune fille intrépide en quête d’aventure.

L’autrice Vanessa Simon Catelin et l’illustrateur François Soutif ont créé cet album entièrement en partenariat avec le port d’Honfleur avec l’ambition de faire connaître l’histoire de ce port magnifique et pittoresque aux plus jeunes.

Paloma Pumpkin, journal de bord d’une piratesse – Ecole des Loisirs, 2026

« L’intrépide Paloma Pumpkin ne rêve que d’une chose : prendre la mer et devenir piratesse ! Alors quand elle découvre une mystérieuse carte au trésor, elle n’hésite pas une seconde et grimpe à bord du Passereau, le navire du redouté capitaine Gaillard. Très vite, elle découvre que derrière les trésors convoités se cache une sombre réalité : celle de femmes et d’hommes réduits en esclavage… » (Résumé de l’éditeur)

Dans ce livre, il est question d’esclavage mais aussi de marchands de couleurs. Le père de l’héroïne tient sur port une échoppe de couleurs dans laquelle les artistes viennent chercher un bleu unique. L’aventurière accompagnée de son ami découvre au cours de leur cheminement un endroit magnifique où ce bleu est créé.

L’illustrateur intègre dans ses planches à l’aquarelle cette couleur lumineuse et les teintes employées tout au long de l’ouvrage le font ressortir.

Séparée en plusieurs parties, l’histoire emporte les enfants dans les péripéties de Paloma à la manière d’un journal (bah oui en même temps, c’est écrit dans le titre…).

C’est un texte plein d’espoir, de féminisme et d’aventure qui permet aux enfants d’entrer dans une époque assez sombre de notre histoire et c’est un très bel objet avec son dos en tissu et sa couverture épaisse.

Une belle idée de cadeau en somme !

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Après un été consacré à la littérature générale, Lucie a retrouvé avec bonheur sa PAL de littérature jeunesse. Beaucoup de belles découvertes, parmis lesquelles Va te changer !, J’ai vu un magnifique oiseau, Non réparable, Flanby, Comment j’ai raté ma vie, Photo au zoo, L’été où j’ai (enfin) eu chaud dont elle met les liens vers ses avis pour les curieux. Cela a été difficile de faire un choix mais deux titres se sont finalement détachés.

La Baie des Baleines-Pleines – La fugue de Mara, Frédérique Blu, Hélium, 2026.

Ce titre plein de promesses figure dans la sélection du prix Vendredi. Lucie a d’abord été séduite par la plume de Frédérique Blu, qui est aussi poétique et délicate que le titre le laissait l’espérer. Mais aussi par ce beau personnage de Mara, qu’elle a adoré accompagner tout au long de son voyage vers la Baie des Baleines-Pleines, et un peu au-delà. Son attention aux éléments naturels, son amour pour son frère, sa rencontre avec Padraic… tous ces fils sont parfaitement entremêlés et l’ont profondément touchée. Cela ne fait aucun doute : elle lira le prochain roman de Frédérique Blu.

Nous préparons naturellement un article pour vous présenter la sélection, mais si tous les titres sont de ce niveau cela va être très compliqué de pronostiquer un lauréat !

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La vie même pas peur, poème de Maya Angelou, illustrations de Jean-Michel Basquiat, Cotcotcot, 2026.

Lucie connaissait Maya Angelou de réputation sans avoir jamais rien lu d’elle. Cet album qui la voit associée à Jean-Michel Basquiat était l’occasion de sauter le pas. Il s’agit d’un long poème qui n’a pas pris une ride, rythmé par le refrain « la vie, même pas peur ». L’éditrice a réalisé un travail de documentation extraordinaire pour trouver les œuvres de Basquiat qui dialoguent avec les mots de la poétesse. Le résultat n’est pas seulement beau, la portée de l’oeuvre des deux artistes est démultipliée par leur association. C’est à la fois étonnant et stimulant. Pour ne rien gâcher, l’objet-livre est particulièrement soigné avec dos en toile et papier épais. Quel plaisir de sentir immédiatement qu’on a un objet d’art dans les mains !

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Héloïse a été très émue par la lecture du Webtoon Tes lettres, de Cho Hyeon A.

Le pitch ? Une jeune lycéenne, harcelée, change d’école pour ne plus avoir à subir les brimades de ses camarades.

Mais arrivée dans son nouvel établissement, elle n’arrive pas à s’ouvrir aux autres, traumatisée par son expérience passée. C’est alors qu’un jour, elle trouve une lettre scotchée sous sa table. Lettre qui se révèle être un véritable jeu de piste.

Héloise a eu le cœur serré par cette lecture, avant d’être happée par le mystère des lettres et des indices. Contrairement à ce qu’elles craignait, si le debut est difficile car douloureux, la suite est lumineuse. Il faut dire que l’univers créé par l’autrice est envoûtant, presque magique ! Les illustrations, grises et froides au début de l’histoire, deviennent par la suite colorées, et très lumineuses.

Harcèlement donc au progrès, mais aussi et surtout amitié, avec ces liens indéfectibles qu’on peut nouer et qui nous apportent beaucoup. Cette amitié qui repousse les ténèbres et rend plus fort. Tes Lettres est donc un graphique qui fait du bien, qui part du laid pour emmener vers le beau…

Tes lettres, de Cho. Hyeon A. Milan, 2026.

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Séverine a, comme Lucie, lu beaucoup de littérature générale en septembre, rentrée littéraire oblige, néanmoins, elle n’a pas tout à fait délaissé la littérature jeunesse. Son coup de cœur absolu a la particularité de mettre en scène un personnage masculin adolescent très fragile, loin des stéréotypes que nous impose parfois une société où patriarcat et culte du virilisme semblent encore avoir de beaux jours devant eux, tout en un dressant le portrait ambivalent et très subtil d’un personnage féminin, aussi surprenant que déroutant.

Jeanne, jusqu’à preuve du contraire, est un roman pour grand.e.s adolescent.e.s inspiré d’un fait réel américain d’il y a quelques années, transposé en France. Il relate la relation entre Barnabé, adolescent dépressif malgré des conditions de vie plutôt agréables, et Jeanne, issue d’un milieu bien moins favorisé, avec laquelle il échange des milliers de SMS. Ell est à la fois sa confidente, sa « petite-amie » même s’ils ne se sont rencontrés que 3 fois, et sa…sa quoi ? Sa meurtrière à distance ?! C’est la question que nous nous posons tout au long de cette histoire terrifiante. En effet, si au départ Jeanne luttait pour ne pas laisser Barnabé s’enfoncer dans sa dépression, elle finit par l’inciter à passer à l’acte. Elle est au téléphone avec lui au moment de sa mort. Au travers de leurs échanges de messages, nous sommes d’abord témoins de l’évolution de leur relation, et de l’enquête pour déterminer le rôle de Jeanne dans le suicide de Barnabé. Nous suivons enfin son procès, censé nous éclairer sur la culpabilité, ou non, de la jeune fille. Tout au long du récit, l’alternance des points de vue, – voisine, camarades de classe, de sport, famille, ami.e.s, enquêteurs, journalistes, etc.- bouscule nos premières impressions. Sur elle, tout le monde a un avis, tout le monde la juge, mais au fond, personne ne la connaît. Et quand la Défense entre en scène, c’est un tout autre visage que celle d’une manipulatrice sans scrupule qui se dessine. Dans ce roman choral ample et puissant, à la fois glaçant, terrible, et surtout très intelligent dans la manière qu’il a de nous faire douter de tout, de ne pas trancher, d’interroger notre conscience, rien n’est blanc ou noir, tout est nuancé et c’est ce qui en fait sa très grande force. Il questionne à la fois le déterminisme social, les réseaux sociaux, le harcèlement, la solitude, l’éco-anxiété, la santé mentale, autant de sujets très contemporains auxquels la jeunesse d’aujourd’hui ne peut se soustraire. Fascinant, haletant, suffocant, malaisant, implacable, brillant, bouleversant, tels sont les adjectifs que Séverine retiendra de sa lecture de cet exigeant roman, à ne peut-être pas mettre entre toutes les mains, mais d’une acuité impressionnante.

Jeanne, jusqu’à preuve du contraire, de Julien Dufresne-Lamy, Actes Sud jeunesse, septembre 2026

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Hélène de son côté a découvert la série Détective Prout. Mi-album, mi- BD, ces petites enquêtes passionneront les enfants à partir de 7 ans. En effet pour la rentrée, quoi de mieux que de réfléchir tout en s’amusant !

Série japonaise, elle se distingue par le côté kawaï des illustrations. Le célèbre détective à la tête en forme de fesses est accompagné de Brownie, un petit chien très mignon et plusieurs autres personnages complètent cet univers au gré des différentes enquêtes.

Les points forts qui ont conquis Hélène sont bien entendu l’humour et le format ! Au-delà de ce que pourrait laisser penser le titre, nous sommes face à une narration très intelligente et à des indices semés ça et là qui rendent la lecture interactive : idéal pour l’âge visé !

Humour, réflexion et belles illustrations, voilà de quoi attirer le plus grand nombre vers la lecture : nous avons tous les ingrédients d’un succès ! Avec 7 tomes à ce jour parus depuis début 2025, il y a de bons moments à passer soit en lecture autonome soit en famille !

Bonnes enquêtes à tous !

Détective Prout, Troll, éditions Nathan, 2025-2026

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Pour Noémie, le coup de cœur de septembre, c’est La colo des Vampires de Violet Chan Karim L’automne est là et Halloween approche donc rien de tel qu’une BD qui parle de Vampires pour se mettre dans l’ambiance du temps qui file. (Même si cette dernière se déroule en été, elle colle parfaitement à la Spooky season qui commence.)

Nous allons suivre la mésaventure de Maya, une jeune fille passionnée de cuisine qui est ravie de participer à une colonie de vacances culinaire. Malheureusement, elle va se retrouver dans une colonie de Vampires ! Et là, on pourrait penser que c’est le drame, mais Maya va réussir à bien s’intégrer dans le cercle des buveurs de briquettes de sang.

Une bande dessinée colorée, aux dessins aisés, qui plait aux petits. Une bande dessinée posée, pour évoquer des sujets sérieux qui aideront les plus grands. Une bande dessinée qui réunit les générations autour de l’humour, l’amitié et l’acceptation.

La colo des vampires, de Violet Chan Karim, Hachette, 2025

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Et vous, quels sont vos coups de coeur de septembre ?

Notre auteure essentielle : Marie Colot

C’est une auteure incontournable en littérature jeunesse. Essentielle, même, dirons-nous… A l’ombre du grand arbre, nous l’avons souvent citée, individuellement, dans des sélections thématiques ou parmi nos coups de cœur, aujourd’hui, le temps du collectif est venu. Aussi souhaitions-nous consacrer à Marie Colot un article complet, pour rendre hommage à son grand talent, sur tous les fronts : en albums, en romans junior, en ados…où elle s’empare de sujets actuels, importants, avec un regard d’une humanité rare.

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Pour Liraloin, la perspective de retourner au Japon l’a conduite à choisir Mori graines de géants dans les forêts urbaines d’Akira Miyawaki. Mikiko a huit ans lorsque sa curiosité de future carnettiste la pousse à observer son voisin Akira Miyawaki planter des arbres et fleurs afin de végétaliser ce béton tokyoïte.

Voici une lettre écrite après le décès du vieux monsieur …

« Akira-San,

Lorsque j’étais enfant, ce que je voyais le plus étaient tous ces fils électriques emmêlés, suspendus en amas. Je m’imaginais que c’était des lianes d’une forêt vierge d’un pays lointain remplie de papillons géants ou autres insectes un peu suspects. Je jouais à ne plus penser que je vivais dans cette énorme ville où la verdure ne jaillissait que des parcs et des temples. Akira-San vous avez changé la vie de tellement d’habitants de mon immeuble. De leur fenêtre maintenant ils peuvent admirer ces beaux kuri shibaguri. Vous savez, je suis toujours en admiration devant le kobushi que nous avons planté ensemble un doux matin de printemps. Je ne vous remercierais jamais assez de votre dévouement.

Arigato gozaimasu – et comme vous le disiez si bien : « Shizen no manimani » (laissons la nature suivre son cours)« 

Mori de Marie Colot et illustré par Noémie Marsily – CotCotCot éditions, 2024

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Lucie est très sensible au thème de la différence en général, et du handicap en particulier. Elle a donc choisi Les oiseaux rares qui raconte avec beaucoup de tendresse le lien unissant Violette et sa tante Hortense. Voici quelques souvenirs que Violette souhaite partager.

Tu te rappelles de la première fois où tu m’as parlé des oiseaux ? Moi pas, j’aimerais que tu me la racontes. Peut-être as-tu imité le chant de l’un d’entre eux pour attirer mon attention ? Je devais être minuscule, j’ai l’impression que nous avons toujours partagé cette passion !

La colère de maman la fois où elle nous a surprises en train de terminer de goûter… c’est bien simple il ne restait plus rien dans le placard. Nous avions dévoré tous les biscuits et les bonbons. Quel mal de ventre nous avons eu ! Mais impossible de se plaindre sous peine de raviver sa fureur.

Je me souviens de ce trajet en bus. Je t’avais raconté la bêtise qu’avait faite un camarade de classe et tu avais ri à gorge déployée. Tous les passagers s’étaient retournés et t’avaient jeté des regards choqués. Je m’étais demandé : qu’y a-t-il de si étonnant à rire ?

Impossible d’oublier ton premier soir à l’institut spécialisé. Tu n’avais pas pu venir me chercher à l’école. Pour la première fois j’ai goûté seule chez grand-père. Il me répétait qu’il n’avait pas le choix, mais cela ne me consolait pas du tout. J’étais prête à tout pour te retrouver et m’assurer que tu y étais bien entourée.

Les oiseaux rares, Marie Colot, illustrations de Ella Coutances – Actes Sud jeunesse, 2025.

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Héloïse adore la plume de Marie Colot et ses héros à vif. Elle a donc choisi de vous parler d’Eden, fille de personne, roman lumineux, bourré d’optimisme, sur la résilience, la capacité à surmonter les épreuves, et ces mains tendues qu’il ne faut pas hésiter à saisir.

Chère Eden,

Mais quel choc quand j’ai découvert le triste sort qu’on réserve aux enfants à adopter aux États-Unis. Le sort qu’on t’a réservé, toi qui a été ballottée de famille en famille.

Ce marché de la réadoption, avec ses catalogues d’enfants, ses vidéos en mode « adoptez-moi », ces enfants qui doivent littéralement « se vendre », y perdant à chaque fois un peu de leur âme, et les dangers qu’ils encourent… cela m’a tout simplement révoltée.

Tu m’as beaucoup touchée, Eden, j’ai aimé ta force, ton caractère, tes grandes désillusions, tes peurs. Comment faire confiance quand on a été trahie, y compris par les personnes qui sont le plus proches de nous ? Comment croire au bonheur, quand un drame nous en a privé la dernière fois ?

Tu ne te laisses pas abattre, tu as ton rêve d’émancipation devant toi, et puis tu n’es pas seule. Il y a ton éducateur Peter, certes, mais surtout Tomorrow, ce chien qui t’es si cher, et aussi Damon…

Cela m’a fait plaisir de te voir changer. De te voir mettre de côté la colère, et la culpabilité pour t’ouvrir à nouveau, comme un papillon sort de sa chrysalide.

Grâce à toi, j’ai redécouvert l’importance de l’amour, de la confiance, de cette famille de cœur que l’on se trouve quand la nôtre n’est plus là.

Merci de nous avoir partagé ton histoire !

Eden, fille de personne, de Marie Colot. Ed. Actes Sud, 2021

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Hélène a également été très sensible à l’humanité qui se dégage de la plume de Marie Colot. Elle a donc choisi un album et un petit roman à mettre entre toutes les mains, qui parleront au coeur des plus jeunes.

Dans Et si ça existait, joliment illustré par Ian de Haes, Achille, à qui sa soeur Salomé pose la traditionnelle question : « Et toi, qu’est-ce que tu veux faire plus tard ? », imagine tout un tas de métiers qui ont tous pour point commun d’embellir la vie des autres.

– Eh bien ,peut-être que je serai guérisseur de peine, pour soigner le coeur des gens tristes
– ça n’existe pas ! répond ma grande soeur.
– Et alors, il suffit de l’inventer.
– Non Achille. il te faut un vrai métier.
-Comme partageur de sous, pour en donner plus à ceux qui en ont moins ?
– Non, ça n’existe pas non plus
– Alors, je serai embellisseur d’extérieur pour décorer les villes, les autoroutes et les parkings.

Achille ne se laisse pas décourager et imagine les métiers de mécanicien de cerveau, gardien de secrets, refroidisseur de climat, réparateur de rêves brisés, professeur de bêtises…

Le ton est à la fois léger et profondément touchant dans la manière dont il est traité.

Et si ça existait, de Marie Colot et Ian de Haes, Alice éditions, 2022

Le petit roman qui a beaucoup plu à Hélène et qu’elle souhaitait partager avec vous s’intitule « Les pêcheurs d’éternité ». Toute la poésie du titre traduit le sujet du roman, traité avec douceur et amour. Les illustrations, celle de la couverture et celles de l’intérieur, allègent la lecture et donne forme aux personnages très attachants. La relation aux grands-parents autour d’une passion, la pêche. Un beau livre sur la résilience, les relations familiales, l’amour tout simplement.

« -A l’aide, à l’aide !
Je rame de toutes mes forces, mais notre barque progresse comme un poisson sans nageoire.
(…)
Après, tout va très vite, si vite que ma tête tourne autant que le gyrophare des secours.IL habille les alentours d’une lumière bleue éblouissante. Les urgentistes transportent Papou sur une civière. Ils le branchent à des tubes et des machines qui clignotent de partout. Les portes claquent. Et l’ambulance repart avec ses pin-pon qui déchirent la nuit. Mamou m’embrasse de loin. Déjà, elle file vers l’hôpital dans sa petite voiture.
« 

Les pêcheurs d’éternité, de Marie Colot et Sébastien Mourrain, Actes Sud Junior, 2021

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C’est en acrostiche que Séverine veut rendre hommage à Marie Colot, avec cette histoire qu’elle lui a contée au creux de l’oreille, dans un murmure de mots aussi profonds qu’ils sont sensibles, qu’elle a partagée avec sa fille, très attentive à la question environnementale. Petite mer est une histoire Puissante, Emouvante, Tendre, Irresistible, Très poétique, Engagée, Merveilleuse, Evidente, Rassurante.

Puissante quand elle dénonce l’enfermement et l’exploitation animale pour de pathétiques applaudissements…

Emouvante et empathique, parce qu’elle parle de souffrance et de solitude, mais également de solidarité.

Tendre car elle met en lumière la générosité de l’enfance, une amitié improbable, la fidélité de toute une vie.

Irrésistible, grâce à de superbes illustrations, dans un foisonnement de couleurs et d’images oniriques, d’un éclat céleste.

Très poétique quand ciel et mer, poissons et oiseaux, se mêlent et se mélangent comme pour nous étourdir de beauté et de liberté…

Engagée, car elle dénonce une situation autant qu’elle croit en la force de l’action collective et en la possibilité de transmission d’un idéal.

Merveilleuse, car on se prend à rêver : de nager avec baleines et dauphins, de vagues et de vent, de grands espaces maritimes, des fonds marins et de leur faune…

Evidente, au sein d’une collection-phare des Editions du pourquoi pas? Pourquoi pas la Terre, qui nous rappelle que le respect du vivant et du monde animal ne souffre aucune concession.

Rassurante, car, en s’adressant à leur sensibilité et leur intelligence, elle offre un espoir que tous les enfants du monde puissent mener les luttes qui comptent, et remporter des victoires.Yes, they can !

Petite mer, de Marie Colot, illustré par Manuela Ferry, Editions du Pourquoi pas, 2022

Et vous, quels sont vos titres préférés de cette auteure ?

Les éditions du Pourquoi pas ?

A l’ombre du grand arbre, on aime quand on ne prend pas les enfants pour des idiots, qu’on se met à leur hauteur pour grandir avec eux. On aime les choix audacieux qui dénotent dans un paysage éditorial souvent formaté et marketé. On aime quand la pertinence du format et l’impertinence du sujet se métissent pour casser les codes, quand, dans un nid douillet, des ailes renommées prêtent leurs plumes à des oisillons créatifs et talentueux, quand les beaux mots se mêlent aux images éloquentes pour dire les belles valeurs, les émotions, et les êtres.

A l’ombre du grand arbre, oui, on aime le catalogue de cette maison d’édition, original, pertinent, et surtout, engagé, porteur de sens et de valeurs universelles.

C’est pourquoi nous vous proposons aujourd’hui de faire plus ample connaissance avec les Editions du Pourquoi Pas ? et certains de leurs titres répondant parfaitement à cette exigence-là : une littérature jeunesse humaniste, ambitieuse et généreuse.

Présentation de la maison d’édition par Alain

Alain Claude est le Président fondateur de l’association, président de la Ligue (pendant 23 ans), enseignant-conseiller pédagogique à la retraite, il a toujours placé la Littérature Jeunesse en pôle position… et reste très attaché à la force du collectif.

Les Editions du Pourquoi Pas ? sont une maison d’édition « pas tout à fait comme les autres », un projet politique d’Education Populaire au travers d’une littérature de qualité.

L’association a été créée en décembre 2013 par la Ligue de l’Enseignement des Vosges en partenariat avec l’ESAL-site d’Epinal, et sortira son 100ème ouvrage en février 2027.

Nous publions des auteurices connus et reconnus dans le milieu qui se reconnaissent dans notre projet ainsi que des illustrateurices-jeunes talents passés par l’ESAL d’Epinal à qui nous donnons la possibilité de faire un premier livre (à quelques exceptions – mais très peu, pour des projets complexes : Carole Chaix, Frédérique Bertrand, etc.)

Nous ne sommes jamais guidés par « le commercial » lorsque nous choisissons des textes (toujours le texte en premier)… En fait, tout est dans notre manifeste.

Quelle est la ligne éditoriale des EDPP ?

Des écritures qui s’emparent de l’imaginaire pour aider les lecteurices à faire société et faire humanité.

Quelles sont les spécificités de votre maison d’édition ?

En plus de la ligne engagée, le bénévolat à 300%. L’association comprend 19 membres qui s’investissent en fonction de leurs compétences et de leurs disponibilités.

Quels sont vos défis ?

Les défis ??? Continuer dans la.meme voie et renouveler les forces vives.

Merci Alain d’avoir pris le temps de présenter cette belle maison d’édition ! À présent, à nous de présenter nos titres préférés…

***

Et puis un jour, tu te dis que c’est un beau métier que celui d’écrivain.e pour la jeunesse, que c’est une merveilleuse passion d’éditer leurs livres quand ils sont riches de sens…Assembler des mots pour raconter et donner corps à des histoires de grands bouleversements, à des moments forts ou tout simplement à des instants de rien, captiver et apporter tellement d’émotions à celles et ceux qui les lisent – les enfants auxquels ils sont destinés, public exigeant s’il en est – c’est une prouesse ! Et quand, la poésie, passagère clandestine, s’invite dans les pages, et intensifie l’enchantement, le recueillement, ou le sourire, alors…

Le livre-anniversaire des 10 ans des Editions du pourquoi pas, ce sont ces mots -là, cette poésie-là, c’est un foisonnement d’imagination, de styles et de genres, dans un recueil illustré où 11 écrivain.e.s, Thomas Scotto, Cathy Ytak, Julia Billet, Jo hoestlandt, Thierry Cazals, Yves-Marie Clément et les autres… laissent éclater leur talent et délivrent, chacun.e à sa façon, un lumineux message d’intelligence collective et d’espoir. Aux côtés de ces brillant.e.s auteur.ice.s, de jeunes artistes illustrateur.ice.s apportent une fraîcheur et un éclat supplémentaires aux très belles suites imaginées aux vies d »Esther, Tapio, Labiwa et les autres.

Et tous.es nous disent : faire ensemble cette société…en humanité…Une société où il est permis d’assumer ses passions et d’être soi de tout son être, dans l’ombre ou la lumière. Une société d’accueil de l’étranger et des différences, dans un environnement protégé. Une société de respect, de regards bienveillants et de mains amies. Une société d’ailes et de racines où l’on peut transmettre l’espoir d’un « bientôt, tout ira mieux« …Pourquoi pas ?

Collectif, Editions du Pourquoi pas ? Avril 2023

Départ en vacances est un album de la collection Pourquoi pas la Terre, où nous suivons, le sourire aux lèvres, le débat pour le moins animé entre les 4 membres d’une famille sur le moyen de transport le plus adéquat pour se rendre sur son lieu de vacances. Chacun donne son avis, et valorise, arguments imparables à l’appui, celui qu’il préfère. En avion, on ira vite, affirme Maman, qui veut toujours gagner du temps, y compris pour rentrer. Décompresser ? Très peu pour elle ! Mieux, en voiture, on pourra caser un max de barda inutilement indispensable. Quand le coffre est plein, papa se sent bien !…Oui, mais…et la planète, dans tout ça ? Voiture rime avec hydrocarbure et avion avec pollution…Heureusement que les enfants sont plus responsables que leurs parents en matière de protection de l’environnement ! C’est pourquoi le grand frère préfère la bicyclette, c’est chouette. Toustes en selle et la Terre restera belle ! Sauf que le sport ne met pas tout le monde d’accord ! Alors c’est finalement la petite dernière qui clouera le bec à toute la maisonnée ! On prendra le train, c’est gagné ! Parce qu’en chemin de fer, on peut tout faire : prendre le temps de vivre, de rêver plus, et surtout, on pollue moins ! Le débat est clos…enfin, presque…! Vous êtes plutôt valises ou sacs à dos ? 😉

Cette sympathique histoire de famille, drôle, truculente, aux textes et illustrations pétillants et malicieux, fait réfléchir petits et grands, avec humour et tendresse.

Départ en vacances, Magdalena, illustré par Barim, 2024

Les minuscules est un court roman bouleversant où, dans un pays en guerre, impuissant.es, nous suivons Bassem, orphelin sans pleurs, après la destruction de sa maison et la mort de sa famille, sur son chemin de désolation. Les mots et les illustrations sont d’abord durs, de vérité et de détresse. Ils ne taisent pas les bombes, le vide, le chaos, la folie qui gagne certains pour échapper à une réalité trop douloureuse…Mais soudain, une mélodie, une rencontre amie, et ils s’apaisent peu à peu, puis deviennent poésie et enfin espoir, regards tournés vers le ciel. Des notes de piano aériennes, un instituteur qui sauve la mémoire et le savoir, des artistes de rue, un spectacle improvisé…Porté.e.s par cette parenthèse enchantée, les survivant.e.s s’emparent de la solidarité et de la créativité comme autant de réponses à l’atrocité, pour redonner espoir, « grains de lumière » et oui, de la « noblesse au monde« …Et espérer un nouvel horizon.

Saisie par la puissante représentation de la guerre et de ses ravages sur les vies, comme par l’onirisme des images lorsqu’elles se font plus légères, happée par le regard de Bassem aux larmes absentes puis libérées, j’ai refermé ce livre très émue. Une supplication muette m’est venue : enfant du néant, du désespoir et de la solitude, de la violence et de la peur… mais enfant résilient, enfant sauvé, – pour l’instant -, je te demande pardon.

« La culture est l’héritage de la noblesse du monde, la seule force que nous ayons en face de l’élément de la nuit.  » André Malraux

Les minuscules, Claude Clément, illustré par Tilde Barbey, novembre 2022

Séverine

Une réécriture d’un conte…

Amour bleu de Raphaële Frier, illustrations de Kam – Editions du Pourquoi pas ?, 2022

« Tu sais quoi ? Laisse tomber. Il m’inspire pas ce type. Je le trouve carrément inquiétant. » Invitées à une fête dans un lieu loin de ce qu’elles fréquentent habituellement, deux sœurs débriefent de la soirée passée chez cet homme à la barbe bleue. Pourtant l’inquiétude de l’une ne va pas bouleverser le choix de l’autre au point de vouloir s’installer un temps dans ce cadre d’apparence idyllique : « Franchement, j’aimais bien l’idée de la pause. Et je me voyais volontiers m’installer au Moulin. Ce que j’ai fait. » Et jour après jour, goûtant au luxe, cette femme ne va pas comprendre le changement et le départ précipité de son nouveau compagnon.

Raphaële Frier nous livre une réécriture moderne du célèbre conte Barbe Bleue et dès la première de couverture la domination masculine y est palpable. De sa barbe bleue tentaculaire et hypnotique, cet homme va user de « ses charmes » matériels pour attirer cette jeune femme à s’enfermer dans une cage dorée. Les illustrations de Kam mettent en scène des détails qui ne trompent pas la le lectrice lecteur et participent à accélérer cette angoisse qui monte durant la lecture. Attirant dans ses portraits, accueillant dans sa façon d’être, le monstre tapi attend le moment propice pour se livrer à une course poursuite dont cette femme ne sortira pas totalement indemne.

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Une écriture qui défie les codes sociétaux…

Va te changer ! de l’Atelier du Trio – Cathy Ytak, Thomas Scotto et Gilles Abier, texte écrit pour une lecture théâtralisée – éditions du Pourquoi Pas ? 2019.

« Prologue

Vous me regardez

Comme si vous ne me reconnaissiez pas.

Pourtant, je sais que vous êtes avec moi

Et qu’on a ouvert les yeux.

Mais comment on va se parler maintenant ?

On sera quoi demain ?

Demain matin et tous les autres jours ?

Ce prologue retrouve l’épilogue, ces paroles de Robin lycéen ordinaire dans une vie ordinaire. C’est dérangeant tout de même ce mec en jupe et qui fait comme si de rien n’était. Est-ce interdit de porter une jupe ?

« -Eh les gars, on a une meuf de plus au lycée ! Aussitôt quelques rires. Quelques rires qui durent… »

Ce texte court percute, interroge, bouleverse, gêne, trouble réellement. D’un seul souffle on y montre le courage, la violence de s’assumer : un lycéen qui a peur, un lycéen qui ose, une surveillante qui a honte, une petite amie qui a peur du jugement. C’est à travers l’histoire d’une jupe portée par un garçon que le-la lecteur-lectrice peut s’interroger et se demander : « On sera quoi demain ? Demain et les autres jours ? »

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Un conte humaniste…

Le musée des générosités, Laurence Gillot, Emma Morison – éditions du Pourquoi pas ?, 2025.

Moins connu que Mademoiselle Vole (qui a bénéficié d’un joli coup de projecteur grâce au prix UNICEF 2026), Le musée des générosités du même binôme d’auteure-illustratrice est tout aussi touchant. Les deux titres se répondent et se complètent en abordant le sort des réfugiés, la générosité et le rôle de l’art,

Dans ce court roman, Laurence Gillot part d’un petit geste, un presque rien qui change la vie d’un garçon. Suzie a donné son gilet à Idris comme une évidence : il avait froid, elle pouvait se le permettre. Elle aurait voulu faire plus mais elle ne l’a jamais revu. Lui non plus n’a jamais oublié ce geste désintéressé, si humain. C’est donc avec émotion qu’il se retrouvent bien des années plus tard dans un musée.

Loin, très loin de la leçon de morale ou de la mièvrerie, Laurence Gillot explique avoir eu envie de « mettre en lumière la puissance de tous ces actes bienveillants, isolés, discrets, invisibles, gratuits, modestes qui, tous les jours, sur tous les continents, enchantent le monde et créent de la fraternité ». Un programme plein d’espoir !

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Un dyptique politique

Le tuteur, Audrey Claus / Quelque chose a changé, Yves-Marie Vincent, illustrations de Lou Reichling – éditions du Pourquoi pas ?, 2017.

La collection « Faire société » propose toujours deux textes mis dos à dos qui s’enrichissent l’un l’autre quelque soit l’ordre de lecture. Ceux qui composent ce recueil font froid ans le dos, particulièrement dans le contexte actuel. Heureusement les illustrations faites de photos d’éléments naturels apportent une certaine douceur à l’ensemble.

Pour la première fois, j’ai envie de conseiller de commencer par Le tuteur. Marco, très attaché au concept d’égalité, décide de semer des haricots. Toutes les graines auront le même environnement, la même quantité de terre, les mêmes soins… et devraient donc se développer harmonieusement. Mais la nature est ainsi faite qu’elle se joue des calculs de l’enfant.

En commençant par cette nouvelle, les lecteurs saisiront peut-être plus aisément ce qui se joue derrière les décisions du nouveau gouvernement de Quelque chose a changé. Petit à petit, elle modifient l’environnement, grignotent la culture et les libertés individuelles. Parce qu’elles sont progressives, la population les accepte sans broncher. Jusqu’à celle de trop qui réveillera leur conscience. Trop tard ?

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Et vous, quells titres de ces Éditions du Pourquoi pas ? Vous ont étonnés, bousculés, fait réfléchir ?

Entretien avec Carole Chaix

Nous avons été subjuguées par le titre l’Envers de nos décors, qui a d’ailleurs remporté le Prix ALODGA dans la catégorie Branches dessinées. C’est tout naturellement que nous avons demandé à l’illustratrice Carole Chaix de répondre à nos questions. Son duo avec Thomas Scotto nous montre encore une fois la force des mots en parfaite harmonie avec l’illustration.

Autoportrait issu du site du Port a jauni

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Actuellement vous êtes en résidence. Pouvez-vous nous en parler ainsi que de votre prochaine publication ?

J’ai fait la connaissance de Sevran (93) il y a 4 ans. J’ai gagné un concours « illustrer le Grand Paris » on m’a attribué la ville de Sevran, je devais partir du territoire pour réaliser 8 grandes illustrations (imprimées et exposées sur les murs de la future gare de métro).

La gare ouvre en 2027 et aux différents interlocuteurs rencontrés, je disais que je voudrais rencontrer les habitant.es avant l’ouverture, histoire de les connaitre et faire une jolie fête. Depuis 2 ans donc, je travaille en partenariat avec la ville de Sevran dans le cadre d’une résidence de création, sur le vif je rencontre et dessine ces habitant.es travailleurs travailleuses… je récolte des instantanés dans mes carnets. La première année j’ai installé mon bureau d’illustratrice au milieu des gens (c’était à la Micro-Folie de Sevran) avec un studio de portraits dessinés, j’invitais les gens à s’assoir devant moi et poser. Comme la monnaie était du temps, les gens me donnaient de leur vie (j’avais déjà vérifié cela ailleurs) pendant 6/8 mois bien évidemment j’avais d’autres projets à réaliser, je partageais cela aussi.

Cette deuxième année a été différente, j’ai installé un bureau mobile dans quatre lieux qui ont été importants pour moi l’année précédente : Micro-Folie, Asso Idées Sevran, Atelier Poulbot et Bibliothèque Yourcenar. Cette année j’ai aussi proposé différentes rencontres/ateliers. Bref J’ai accumulé dessins sur le vif, récits, rencontres, instantanés…

Dès le départ je savais que juin 2026 serait la fin de cette grande aventure. J’ai choisi la forme de l’abécédaire pour ce carnet (qui sera édité par la ville). J’aime les listes de mots, ils sont dans ce carnet poésies. Les doubles pages s’enchaînent ou pas, par exemple on peut passer de claquettes chaussettes à droit au beau, j’aime les paradoxes…

Vous retrouvez ces portraits (et d’autres héroïnes) dans le carnet qui a été publié à l’occasion de la fin de ma résidence « IL ÉTAIT PLEIN DE FOIS aux BEAUDOTTES » en juin 2026. Je l’ai pensé comme un résultat poétique, sensible, artistique et politique, je le dédie aux habitant.es. et comme des points de suspension, il sera lors de sa distribution à continuer, je ne peux pas m’empêcher à mettre du participatif… En parallèle et tout l’été une exposition sera installée en extérieur sur les grilles de la Micro-Folie.

Que cherchez-vous concrètement lorsque vous acceptez ou postulez à une résidence d’illustratrice ?

Depuis 2009, j’en fais régulièrement. J’aime travailler ailleurs que dans mon atelier et j’aime aussi faire connaissance avec un territoire c’est un terrain de vies qui me permet de rester dans la réalité, c’est pour cela d’ailleurs que j’ajoute systématiquement TOUS TERRAINS à illustratrice.

J’aime aussi les grands écarts que ces résidences peuvent engendrer : passer du jardin de la villa Médicis à Rome et la Halle Mandela de Sevran par exemple, dans les deux cas, je fais mon métier. Et surtout le carnet, réceptacle de mes instantanés, me permet de partager ces endroits dans l’un et l’autre des lieux.

Participer à des résidences et dessiner au milieu des gens, m’a permis de développer cette pratique du dessin sur le vif. Aujourd’hui le dessin est ma deuxième langue, mais cela n’a pas toujours été le cas ; aujourd’hui je peux compter dessus comme si j’étais bilingue. Et puis mes résidences sont programmés en amont, financées, c’est rassurant quand on pense que nos métiers ont un statut très précaire.

Vous travaillez également sur des « grands formats » c’est-à-dire que vous réalisez des fresques. Comment se concrétise ce genre de performance ?

Je les conçois de la même façon que mes images sur des histoires pour futur album ou BD. Avant tout ce sont des illustrations, donc un dessin qui raconte, et s’il n’y a pas d’histoire je m’en trouve une. La grosse différence est bien entendu la taille et le pourquoi et pour qui ?J’aime que l’illustration soit aussi en dehors du livre relié. J’aime aussi créer des fresques que j’ai nommé « Permis de colorier » avec et pour le public et enfin j’aime concevoir des installations de papier en 3D (exemples pour le Palais de la Porte Dorée à Paris) où le public visite un récit plutôt que de tourner des pages…

Nous vous connaissons à travers vos illustrations réalisées pour les éditions du Port à jauni mais également pour celles qui illuminent les textes de Thomas Scotto. Comment abordez-vous les différentes étapes de travail par rapport aux écrits proposés ?

Je rencontre toujours l’autrice ou l’auteur et bien entendu l’éditeur ou l’éditrice. Je conçois ce travail en étroite collaboration. Avec Thomas Scotto par exemple, nous nous sommes inventés une résidence ensemble afin de réaliser la « bible » de notre future BD, à savoir découpage et intentions par liste, story board…. document hyper important pour la suite, il a été un guide, à chaque étape j’ai montré à Thomas, esquisses, story board, planches…

L’Envers de nos décors, texte de Thomas Scotto et illustrations de Carole Chaix, Éditions du Pourquoi pas ?, 2025.

Au Port a jauni, j’ai travaillé en étroite collaboration avec l’éditrice qui est venue dans mon atelier et a exploré comme une dénicheuse, très intéressant aussi comme approche professionnelle, c’était très gestuel. J’ai l’habitude d’accrocher au mur mes recherches, j’ai devant les yeux des cartes mentales de tous les travaux en cours…

Juste le ciel et nous – texte d’Anne Agopian, illustré par Carole Chaix – Le Port a jauni, 2022

Dans vos illustrations, vous faites souvent le choix de couleurs très vives, qui contrastent avec des parties laissées blanches ou peu colorées. Pouvez-vous nous expliquer ce qu’il signifie pour vous ? Est-ce que vous pouvez nous en dire plus sur votre technique ?

J’ai commencé à travailler mes illustrations en volume (pâte à modeler, fil de fer…). Cela nécessitait un photographe, j’ai adoré cette période ; et 26 ans plus tard, grâce à l’assurance du trait, j’aime que mes outils tiennent dans des trousses.

C’est par les dessins sur le vif que ces couleurs vives sont apparues, ainsi que par mes voyages en Italie : la lumière, les jardins… m’ont fait des « shoots » de couleurs et de lumières… Je voulais garder tout ça dans mes autres images… C’est vrai qu’il fait souvent beau dans mes images avec ce bleu (piscine turquoise). En revanche dans mes illustrations cela dépend du ton de l’histoire, de mes émotions à, la lecture, des ambiances et décors…. C’est l’histoire qui commande.

Avec quel(s) auteurice(s) rêveriez-vous de collaborer ?

Aujourd’hui je vais être l’autrice de mes futurs albums/BD. En revanche je viens de terminer un spectacle, une lecture dessinée musicale avec Jo Witek et nous sommes impatientes de travailler ensemble sur, pourquoi pas, ce projet en édition.

Vous êtes souvent éditée chez des « petits éditeurs ». Est-ce un choix de votre part ?

Actes Sud, Thierry Magnier, Rue du Monde… ne sont pas petits, d’ailleurs très honnêtement je ne sais pas ce que cela veut dire « petits éditeurs ». Moi, je veux travailler avec des éditeurs/éditrices professionnelles, honnêtes, enthousiasmes, pas menteurs et ne faisant pas de chantage affectif… petits ou gros… Et quand cela ne fonctionne plus je les quitte et n’y retourne plus.

Vous êtes très sensible aux différentes formes d’art et dans votre parcours cet éveil donne des publications très originales, comme vous avez pu le faire avec les éditions de l’Edune ou de la Maison est en carton. Comment ces projets naissent-ils ?

Sensibles plutôt depuis mes études aux beaux-arts et aux décoratifs à Paris en images imprimée (section art) cela a coloré qui je suis aujourd’hui pas nécessairement ces deux maisons d’éditions. Mes nourritures sont au musée, peu dans les livres…

Au musée de Carole Chaix – La Maison est en carton, 2010

Vous rencontrez donc des publics très variés, quels types d’échanges préférez-vous ?

Difficile de choisir, Je ne préfère pas un public particulièrement je crois, mais quand je rencontre des classes j’aime voir des élèves en fin de primaire ou aller au collège avec les albums, mes carnets et les BD j’adore… C’est aussi pour cela que je partage et fabrique des résidences, aller rencontrer et faire connaissance avec des gens ailleurs… Et puis depuis quelques années je suis invitée à des modérations graphiques : je traduis en mots et en images : débats, formations professionnelles, L’Alliance pour la lecture… ou collectivement (lors notamment du festival des Passeurs.ses d’Humanité dans la Roya) et là, à la fin nous invitons le public présent à venir consulter cette « traduction » graphique.

Avez-vous un souvenir de l’une de ces rencontres à nous partager ?

Aujourd’hui je fais très rarement des ateliers d’illustrations (ou alors en duo avec l’auteurice) je partage cette langue du dessin et pendant les rencontres scolaires, j’invite les élèves à essayer ce langage en mots et en dessins… et ça marche !

On devrait vraiment enseigner cette langue comme un moyen de communication et pas, d’abord comme une discipline artistique avec des concepts…

Votre BD a remporté le Prix ALODGA 2026 dans la catégorie Branches dessinées et a été sélectionnée pour emporter le Prix des Lecteurs du Var 2026. Nous supposons que ce titre est en lice également dans d’autres prix littéraires. Comment abordez-vous cela ? Quels ateliers allez-vous créer afin de rencontrer les jeunes lecteurs lors de futurs salons ?

Je vais faire des rencontres scolaires en octobre puis pour le Salon du livre en novembre. C’est en cours.

Je ne change pas ma façon de faire des rencontres par rapport à un ouvrage qui est sélectionné, pas sélectionné, Prix ou pas Prix. À partir du moment où je suis invitée ou on nous invite (avec Thomas Scotto) autour de cette bande dessinée, j’agis et j’interagis de la même façon. Ce n’est pas une carotte supplémentaire un Prix ou une sélection dans un Prix. Ça me touche, ça me fait plaisir, mais ça ne va pas changer le contenu de mes propositions.

Et plus précisément, je ne fais pas vraiment d’atelier, même si on en a co-construit avec Thomas Scotto. Par rapport à la BD, on va fabriquer une petite planche de cases, des événements successifs, faire découvrir la narration séquentielle, et cetera. Que ce soit en duo ou en solo, on fait une rencontre avant et une mise en pratique, mais ce n’est pas vraiment un atelier d’illustration ou un atelier BD.

Et ça c’est important parce que moi je ne suis pas prof, je ne suis pas animatrice et donc à ma façon, mais pas à ma manière, je partage les coulisses en montrant brouillons, originaux, façon de faire et surtout une sorte de prise de notes en mots et en dessins de mon univers.

La chose en plus par rapport à votre question très précisément : j’essaie de me rendre plus disponible parce que c’est assez gratifiant, ça fait plaisir. Encore une fois, parce que c’est une maison d’édition, Les Editions du Pourquoi Pas, que je soutiens, que j’accompagne. Cela fait découvrir aussi une maison d’édition, pas qu’une bande dessinée avec deux auteurs jeunesse, autrices, qui travaillent depuis 30 ans. C’est aussi pour ça que je vais auprès du public et que je continue le terrain.

Merci encore aussi pour l’intérêt que vous portez à notre travail et puis à cette bande dessinée qui est sortie il y a juste un an. Merci !

*

C’est une merveilleuse conclusion à cet échange, merci à Carole Chaix d’avoir pris le temps de répondre à nos questions. Nous vous invitons à (re)découvrir son univers dans ses livres et sur son blog !