Coups de coeur de l’été

Septembre est arrivé, avec la rentrée des classes. L’été touche bientôt à sa fin, c’est donc l’occasion de vous partager les coups de coeur estivaux à l’ombre du grand arbre !

***

Pour Hélène la grande lecture de l’été n’est pour une fois pas un livre jeunesse mais un titre de Julie Gielen-Michel.

Croire aux fées mais pas aux clichés est un ouvrage très documenté mais édité de manière moderne, sous forme de fiches. Il peut donc se lire du début à la fin ou par petites touches en fonction des sujets qui nous intéressent particulièrement. Il permet de se rendre compte des biais sexistes dans la littérature de jeunesse, liés évidemment au contexte dans lequel ces oeuvres sont écrites.

Agisme, racisme sont également convoqués pour expliquer comment la figure de la sorcière ou de l’étrangère sont parfois utilisées de manière caricaturale. tant dans la vision qu’il en est donné à voir que dans celle d’elle-même qu’elles intériorisent, tout ceci étant bien entendu lié. Le temps de parole des personnages féminins concentrent également beaucoup d’enjeux… Car les plus bavardes ne sont pas toujours celles que l’on croit.

Tous les chapitres n’ont pas forcément convaincu Hélène mais beaucoup d’entre eux permettent de prendre conscience et de chiffrer l’ampleur de certaines questions comme le nombre de mots utilisés par les personnages féminins inférieur à celui des hommes alors que ces denières sont pourtant beaucoup plus facilement traitées de pipelettes.

 Croire aux fées mais pas aux clichés – Le guide pour comprendre et combattre les clichés sexistes de la fiction jeunesse ; de Julie Gielen-Michel  et Fanny Vella – Le Courrier du Livre, 2025

Un magnifique album, très à propos lors de cet été caniculaire a retenu son attention, il s’agit de la Terre Sens dessus dessous de Coline Pierre et Maureen Poignonec.

Terre Sens dessus dessous de Coline Pierre et Maureen Poignonec – Grund, 2026

Enfin, un roman l’a particulièrement fait rire lors de ses allers retours au travail en bus (que voulez-vous, on enchante le quotidien comme on peut !)

Il s’agit de Code Petite Sirène de Clémentine Beauvais et c’est une très bonne surprise car le premier de la série, l’affaire Petit Prince, ne l’avait pas vraiment convaincue.

Cette fois on suit Pierre DéteXtive privé qui se fait littéralement embarquer par une agente secrète danoise dans une nouvelle mission (alors qu’il est, rappelons le, toujours interdit d’exercice de la profession de détecXtive, les raisons sont détaillées dans le tome 1 qui concerne le Petit Prince). Une traversée en bateau pleine de mystères et de rebondissements, avec Bas de Casse en guest-star (enfin en passager clandestin plutôt).

Entre énigmes textuelles, ex-conjoints qui refont surface air plus mauvais moment, des quiproquos dont Clémentine Beauvais a le secret et des analyses inédites du conte de la Petite Sirène en toile de fond, Hélène a passé un très bon moment de lecture et vous conseille ce livre, qui se lit indépendamment des autres de la série.

Petite info bonus pour vous donner encore plus envie : Clémentine Beauvais a indiqué dans un podcast que le personnage de Bas-de-Casse était inspiré de Fifi Brindacier. Un grain de malice qui donne tout son sel au livre.

Code petite sirène : Pierre Bayard DeteXtivePrivé de Clémentine Beauvais – Sarbacane, 2026

******

Pour faire baisser sa PAL composée de livres trouvés dans des boites au fil des années, Lucie a lu beaucoup de littérature générale cet été. Mais quelques titres jeunesse ont réussi à s’infiltrer, dont deux vrais coups de cœur.

Quand on s’attaque à un album qui a reçu la Pépite du SLPJ 2025 catégorie « Livre illustré » et qui fait partie de la sélection du prix UNICEF, les attentes sont élevées. Quand ces attentes sont comblées, quel plaisir de partager son coup de cœur !

Il s’agit d’un album pour les « grands petits », les tout jeunes lecteurs. Découpé en chapitres, il est assez épais et adopte la forme d’un roman mais bénéficie en pleine page des illustrations nettes et colorées d’Aurore Petit.

Un jour qu’il se promène dans la forêt et profite de la moindre stimulation sensorielle de cet environnement, Pavel trouve un bébé. Mais voilà, il n’a aucune expérience en la matière : comment s’en occuper ? Étonnant album qui explique le chambardement de l’arrivée d’un enfant, mais aussi tout ce que les parents apprennent de leur progéniture. Et que l’amour filial ne s’encombre pas de ressemblance.

Pavel et Mousse, Aurore Petit, Les fourmis rouges, 2025.

Son avis complet ICI.

*

Toujours à la recherche d’histoires mettant en scène des garçons respectueux et réfléchis avec les femmes pour nourrir les discussions avec son ado, Lucie avait hate de découvrir celui-ci qui semblait cocher toutes les cases. Ado aidant, skateur, fan de musique et ami fidèle, Benjamin a de nombreuses facettes et suscite beaucoup d’empathie. Aussi, quand il tombe amoureux, le lecteur a envie de le voir heureux.

Ce roman est l’illustration parfaite des changements que peuvent opérer les relations : on se met à s’intéresser à des choses qui nous laissaient indifférents, à faire des choses dans le seul but d’épater l’être aimé… ce tourbillon d’émotions et de nouveautés qui emporte Benjamin est très stimulant. D’autant qu’il implique une vraie réflexion sur la sexualité. Ce roman est très agréable à lire et, ce qui ne fait jamais de mal, est un point de départ pour des discussions sur les relations homme-femme avec des jeunes. D’où sa présence dans notre sélection EVARS à destination des élèves de lycée et de CAP.

Quelque chose de beau, Julie Rey, L’école des loisirs, 2025.

Son avis complet ICI.

******

Pour Liraloin c’est sa perpétuelle quête d’albums pour les tout-petits qui a déniché quelques histoires plus belles les unes que les autres. Avec Loupiotes de Marine Rivoal, le bébé atteint les sommets de la douceur.

Le bain est donné, l’histoire est racontée, le doudou est paré de son jaune lumineux et accompagnera ce bébé vers le doux moment de l’endormissement. Loupiotes comme ces petites touches de lumières çà et là qui viennent éclairer la nuit. Bienvenue dans le monde où le papillon viendra chercher sa lumière, où le phare illuminera la mer, où le jour semble vouloir se pointer sur nos loupiot(e)s. La tête remplie de rêves qui glissent lentement vers le réveil, bébé pourra enfin saluer le lever du soleil printanier.

Avec une grande délicatesse, Marine Rivoal joue sur l’ombre et la lumière. Dans cet album sans texte, la technique utilisée pour la réalisation des illustrations nous invite à la quiétude comme si le rêve envahissait lentement l’endormissement du bébé. Une histoire douce qui laisse le temps s’échapper vers le monde de la nuit.

Loupiotes de Marine Rivoal – Les Grandes personnes, 2026

*

Dans Premier Souffle de Hu Yifan, la vie inspire et expire. Si le Mont Fuji entrait en irruption, il nous montrerait d’abord son calme légendaire « inspire » pour mieux laisser échapper la lave volcanique brûlante « expire ». La grenouille inspire pour expirer un souffle qui sort de sa gorge gonflée d’air. L’escargot fait beaucoup d’effort pour sortir de sa coquille. Quant aux pissenlits, au moindre souffle la Nature fait s’envoler ses pistils cotonneux. Ensemble nous pouvons ressentir le calme lorsque notre « machine » s’arrête et stoppe ses pensées…

La couleur domine cet album où le monde animal et végétal est célébré. Soyons à son écoute, inspirons-nous d’eux pour mieux accueillir ces petites vies qui naissent aux quatre coins de la planète.

Premier souffle de Hu Yifan – HongFei, 2026

******

Le plus gros coup de cœur de l’été, pour Séverine, c’est le dernier roman-graphique, de Myren Duval et Emma Constant, qui avaient déjà signé ensemble le magnifique et inoubliable Merci pour la tendresse, chez les Editions du Rouergue Jeunesse. De tendresse, encore, il est question Dans Tant pis pour les fantômes, avec humour, poésie, un peu de tristesse, mais aussi de la joie, et beaucoup d’amour. Cette fois-ci, le duo autrice/illustratrice, qui rivalise de vitalité, de finesse et de sensibilité, nous emmène dans un road-trip à hauteur de môme. Avec Titouan et Timothée, deux frères placés en foyer de l’enfance, nous marchons sur le fil de l’émotion, aux confins d’un lien indéfectible, plus solide que les murs, plus fort que la peur et la mort…Pendant leur périple, on croisera des fantômes, bien sûr, un chien mâle chanceux, des baskets qui parlent, des vers de terre de cimetière et des dragons d’époque, un adulte davantage perdu- isolé-apeuré que méchant, une éducatrice plus-que-parfaite… Et à la fin, très émouvante, se profile un grand espoir de réparer le passé pas simple des deux jeunes garçons. Séverine, désormais, a Titou et Timi dans le cœur, elle est prête à parier que vous succomberez aussi.

Tant pis pour les fantômes, de >Myren Duval et Emma Constant, Rouergue Jeunesse, 2026

Son avis complet ICI.

*

Héloïse a fondu pour Le Petit chêne et le moineau, d’Alexandra Garibal et Christine Davenier. Dans cet ouvrage : un petit chêne qui pousse de travers, des animaux qui tentent à tout prix de le redresser, un moineau qui s’inquiète et qui écoute… bref, une très belle métaphore de l’éducation positive te bienveillante.

Héloïse a adoré les messages dispensés : cette ode à la différence, cette invitation à accepter l’autre tel qu’il est, avec ses forces et ses faiblesses, à l’aider à grandir et à s’épanouir. Et puis… Les illustrations sont si belles, expressives, colorées !

Le petit chêne et le moineau, d’Alexandra Garibal, illustré par Christine Davenier. Didier Jeunesse, 2026

Son avis complet ICI.

*

Autre ouvrage qui l’a beaucoup ému cet été, mais cette fois-ci à destination de lecteurices autonomes : Le Jardin aux acacias, d’Elise Blaque. Dans ce roman très poétique, un jeune enfant qui s’ennuie, Max. Pour parer à ce problème, ses parents l’envoient chez son grand-père. Mais là-bas, il s’ennuie tout autant…

Héloïse a adoré voir éclore cette très jolie relation entre un enfant et son papy. Une relation faite de silences, et d’instants partagés. D’un coté, nous avons un enfant qui apprend à voir la vie autrement, de l’autre un grand-père qui dévoile peu à peu ses secrets. C’est une très belle histoire intergénérationnelle, qui défend la solidarité, l’attention aux autres, nous parle aussi de résilience, et de la douceur fragile des instants partagés. Un coup de cœur, un coup au cœur 💙 !

Le jardin aux acacias, d’Élise Blaque, Didier Jeunesse, 2026.

Sa chronique ICI.

***

Et vous, quelles lectures vous ont transportés cet été ?

Entretien avec Carole Chaix

Nous avons été subjuguées par le titre l’Envers de nos décors, qui a d’ailleurs remporté le Prix ALODGA dans la catégorie Branches dessinées. C’est tout naturellement que nous avons demandé à l’illustratrice Carole Chaix de répondre à nos questions. Son duo avec Thomas Scotto nous montre encore une fois la force des mots en parfaite harmonie avec l’illustration.

Autoportrait issu du site du Port a jauni

*

Actuellement vous êtes en résidence. Pouvez-vous nous en parler ainsi que de votre prochaine publication ?

J’ai fait la connaissance de Sevran (93) il y a 4 ans. J’ai gagné un concours « illustrer le Grand Paris » on m’a attribué la ville de Sevran, je devais partir du territoire pour réaliser 8 grandes illustrations (imprimées et exposées sur les murs de la future gare de métro).

La gare ouvre en 2027 et aux différents interlocuteurs rencontrés, je disais que je voudrais rencontrer les habitant.es avant l’ouverture, histoire de les connaitre et faire une jolie fête. Depuis 2 ans donc, je travaille en partenariat avec la ville de Sevran dans le cadre d’une résidence de création, sur le vif je rencontre et dessine ces habitant.es travailleurs travailleuses… je récolte des instantanés dans mes carnets. La première année j’ai installé mon bureau d’illustratrice au milieu des gens (c’était à la Micro-Folie de Sevran) avec un studio de portraits dessinés, j’invitais les gens à s’assoir devant moi et poser. Comme la monnaie était du temps, les gens me donnaient de leur vie (j’avais déjà vérifié cela ailleurs) pendant 6/8 mois bien évidemment j’avais d’autres projets à réaliser, je partageais cela aussi.

Cette deuxième année a été différente, j’ai installé un bureau mobile dans quatre lieux qui ont été importants pour moi l’année précédente : Micro-Folie, Asso Idées Sevran, Atelier Poulbot et Bibliothèque Yourcenar. Cette année j’ai aussi proposé différentes rencontres/ateliers. Bref J’ai accumulé dessins sur le vif, récits, rencontres, instantanés…

Dès le départ je savais que juin 2026 serait la fin de cette grande aventure. J’ai choisi la forme de l’abécédaire pour ce carnet (qui sera édité par la ville). J’aime les listes de mots, ils sont dans ce carnet poésies. Les doubles pages s’enchaînent ou pas, par exemple on peut passer de claquettes chaussettes à droit au beau, j’aime les paradoxes…

Vous retrouvez ces portraits (et d’autres héroïnes) dans le carnet qui a été publié à l’occasion de la fin de ma résidence « IL ÉTAIT PLEIN DE FOIS aux BEAUDOTTES » en juin 2026. Je l’ai pensé comme un résultat poétique, sensible, artistique et politique, je le dédie aux habitant.es. et comme des points de suspension, il sera lors de sa distribution à continuer, je ne peux pas m’empêcher à mettre du participatif… En parallèle et tout l’été une exposition sera installée en extérieur sur les grilles de la Micro-Folie.

Que cherchez-vous concrètement lorsque vous acceptez ou postulez à une résidence d’illustratrice ?

Depuis 2009, j’en fais régulièrement. J’aime travailler ailleurs que dans mon atelier et j’aime aussi faire connaissance avec un territoire c’est un terrain de vies qui me permet de rester dans la réalité, c’est pour cela d’ailleurs que j’ajoute systématiquement TOUS TERRAINS à illustratrice.

J’aime aussi les grands écarts que ces résidences peuvent engendrer : passer du jardin de la villa Médicis à Rome et la Halle Mandela de Sevran par exemple, dans les deux cas, je fais mon métier. Et surtout le carnet, réceptacle de mes instantanés, me permet de partager ces endroits dans l’un et l’autre des lieux.

Participer à des résidences et dessiner au milieu des gens, m’a permis de développer cette pratique du dessin sur le vif. Aujourd’hui le dessin est ma deuxième langue, mais cela n’a pas toujours été le cas ; aujourd’hui je peux compter dessus comme si j’étais bilingue. Et puis mes résidences sont programmés en amont, financées, c’est rassurant quand on pense que nos métiers ont un statut très précaire.

Vous travaillez également sur des « grands formats » c’est-à-dire que vous réalisez des fresques. Comment se concrétise ce genre de performance ?

Je les conçois de la même façon que mes images sur des histoires pour futur album ou BD. Avant tout ce sont des illustrations, donc un dessin qui raconte, et s’il n’y a pas d’histoire je m’en trouve une. La grosse différence est bien entendu la taille et le pourquoi et pour qui ?J’aime que l’illustration soit aussi en dehors du livre relié. J’aime aussi créer des fresques que j’ai nommé « Permis de colorier » avec et pour le public et enfin j’aime concevoir des installations de papier en 3D (exemples pour le Palais de la Porte Dorée à Paris) où le public visite un récit plutôt que de tourner des pages…

Nous vous connaissons à travers vos illustrations réalisées pour les éditions du Port à jauni mais également pour celles qui illuminent les textes de Thomas Scotto. Comment abordez-vous les différentes étapes de travail par rapport aux écrits proposés ?

Je rencontre toujours l’autrice ou l’auteur et bien entendu l’éditeur ou l’éditrice. Je conçois ce travail en étroite collaboration. Avec Thomas Scotto par exemple, nous nous sommes inventés une résidence ensemble afin de réaliser la « bible » de notre future BD, à savoir découpage et intentions par liste, story board…. document hyper important pour la suite, il a été un guide, à chaque étape j’ai montré à Thomas, esquisses, story board, planches…

L’Envers de nos décors, texte de Thomas Scotto et illustrations de Carole Chaix, Éditions du Pourquoi pas ?, 2025.

Au Port a jauni, j’ai travaillé en étroite collaboration avec l’éditrice qui est venue dans mon atelier et a exploré comme une dénicheuse, très intéressant aussi comme approche professionnelle, c’était très gestuel. J’ai l’habitude d’accrocher au mur mes recherches, j’ai devant les yeux des cartes mentales de tous les travaux en cours…

Juste le ciel et nous – texte d’Anne Agopian, illustré par Carole Chaix – Le Port a jauni, 2022

Dans vos illustrations, vous faites souvent le choix de couleurs très vives, qui contrastent avec des parties laissées blanches ou peu colorées. Pouvez-vous nous expliquer ce qu’il signifie pour vous ? Est-ce que vous pouvez nous en dire plus sur votre technique ?

J’ai commencé à travailler mes illustrations en volume (pâte à modeler, fil de fer…). Cela nécessitait un photographe, j’ai adoré cette période ; et 26 ans plus tard, grâce à l’assurance du trait, j’aime que mes outils tiennent dans des trousses.

C’est par les dessins sur le vif que ces couleurs vives sont apparues, ainsi que par mes voyages en Italie : la lumière, les jardins… m’ont fait des « shoots » de couleurs et de lumières… Je voulais garder tout ça dans mes autres images… C’est vrai qu’il fait souvent beau dans mes images avec ce bleu (piscine turquoise). En revanche dans mes illustrations cela dépend du ton de l’histoire, de mes émotions à, la lecture, des ambiances et décors…. C’est l’histoire qui commande.

Avec quel(s) auteurice(s) rêveriez-vous de collaborer ?

Aujourd’hui je vais être l’autrice de mes futurs albums/BD. En revanche je viens de terminer un spectacle, une lecture dessinée musicale avec Jo Witek et nous sommes impatientes de travailler ensemble sur, pourquoi pas, ce projet en édition.

Vous êtes souvent éditée chez des « petits éditeurs ». Est-ce un choix de votre part ?

Actes Sud, Thierry Magnier, Rue du Monde… ne sont pas petits, d’ailleurs très honnêtement je ne sais pas ce que cela veut dire « petits éditeurs ». Moi, je veux travailler avec des éditeurs/éditrices professionnelles, honnêtes, enthousiasmes, pas menteurs et ne faisant pas de chantage affectif… petits ou gros… Et quand cela ne fonctionne plus je les quitte et n’y retourne plus.

Vous êtes très sensible aux différentes formes d’art et dans votre parcours cet éveil donne des publications très originales, comme vous avez pu le faire avec les éditions de l’Edune ou de la Maison est en carton. Comment ces projets naissent-ils ?

Sensibles plutôt depuis mes études aux beaux-arts et aux décoratifs à Paris en images imprimée (section art) cela a coloré qui je suis aujourd’hui pas nécessairement ces deux maisons d’éditions. Mes nourritures sont au musée, peu dans les livres…

Au musée de Carole Chaix – La Maison est en carton, 2010

Vous rencontrez donc des publics très variés, quels types d’échanges préférez-vous ?

Difficile de choisir, Je ne préfère pas un public particulièrement je crois, mais quand je rencontre des classes j’aime voir des élèves en fin de primaire ou aller au collège avec les albums, mes carnets et les BD j’adore… C’est aussi pour cela que je partage et fabrique des résidences, aller rencontrer et faire connaissance avec des gens ailleurs… Et puis depuis quelques années je suis invitée à des modérations graphiques : je traduis en mots et en images : débats, formations professionnelles, L’Alliance pour la lecture… ou collectivement (lors notamment du festival des Passeurs.ses d’Humanité dans la Roya) et là, à la fin nous invitons le public présent à venir consulter cette « traduction » graphique.

Avez-vous un souvenir de l’une de ces rencontres à nous partager ?

Aujourd’hui je fais très rarement des ateliers d’illustrations (ou alors en duo avec l’auteurice) je partage cette langue du dessin et pendant les rencontres scolaires, j’invite les élèves à essayer ce langage en mots et en dessins… et ça marche !

On devrait vraiment enseigner cette langue comme un moyen de communication et pas, d’abord comme une discipline artistique avec des concepts…

Votre BD a remporté le Prix ALODGA 2026 dans la catégorie Branches dessinées et a été sélectionnée pour emporter le Prix des Lecteurs du Var 2026. Nous supposons que ce titre est en lice également dans d’autres prix littéraires. Comment abordez-vous cela ? Quels ateliers allez-vous créer afin de rencontrer les jeunes lecteurs lors de futurs salons ?

Je vais faire des rencontres scolaires en octobre puis pour le Salon du livre en novembre. C’est en cours.

Je ne change pas ma façon de faire des rencontres par rapport à un ouvrage qui est sélectionné, pas sélectionné, Prix ou pas Prix. À partir du moment où je suis invitée ou on nous invite (avec Thomas Scotto) autour de cette bande dessinée, j’agis et j’interagis de la même façon. Ce n’est pas une carotte supplémentaire un Prix ou une sélection dans un Prix. Ça me touche, ça me fait plaisir, mais ça ne va pas changer le contenu de mes propositions.

Et plus précisément, je ne fais pas vraiment d’atelier, même si on en a co-construit avec Thomas Scotto. Par rapport à la BD, on va fabriquer une petite planche de cases, des événements successifs, faire découvrir la narration séquentielle, et cetera. Que ce soit en duo ou en solo, on fait une rencontre avant et une mise en pratique, mais ce n’est pas vraiment un atelier d’illustration ou un atelier BD.

Et ça c’est important parce que moi je ne suis pas prof, je ne suis pas animatrice et donc à ma façon, mais pas à ma manière, je partage les coulisses en montrant brouillons, originaux, façon de faire et surtout une sorte de prise de notes en mots et en dessins de mon univers.

La chose en plus par rapport à votre question très précisément : j’essaie de me rendre plus disponible parce que c’est assez gratifiant, ça fait plaisir. Encore une fois, parce que c’est une maison d’édition, Les Editions du Pourquoi Pas, que je soutiens, que j’accompagne. Cela fait découvrir aussi une maison d’édition, pas qu’une bande dessinée avec deux auteurs jeunesse, autrices, qui travaillent depuis 30 ans. C’est aussi pour ça que je vais auprès du public et que je continue le terrain.

Merci encore aussi pour l’intérêt que vous portez à notre travail et puis à cette bande dessinée qui est sortie il y a juste un an. Merci !

*

C’est une merveilleuse conclusion à cet échange, merci à Carole Chaix d’avoir pris le temps de répondre à nos questions. Nous vous invitons à (re)découvrir son univers dans ses livres et sur son blog !

Sélection thématique sur la rentrée

La rentrée approche et comme chaque année c’est un grand moment, un rendez-vous à ne pas manquer, des souvenirs pour la vie, entre joie des retrouvailles ou appréhension de savoir quel maître ou maîtresse on aura et si l’on sera dans la classe de ses copains, renouveau aussi et bonnes résolutions…

Pour aborder cette nouvelle année avec enthousiasme et sérénité, la lecture sera, à ce moment-là et toute l’année, une fidèle compagne.

Enfants, parents, enseignants, voici quelques livres pour vous inspirer, vous projeter et vous amuser !

Très bonne fin de vacances à tous en attendant 🙂

***

Des documentaires

Hélène a eu un coup de cœur pour le titre Suivez le guide, à l’école de Camille Garoche. Il s’agit d’une autrice qu’elle connaît et suit depuis longtemps, notamment son premier titre Marie de Paris, sans oublier ses magnifiques publications de ces dernières années Le concours des fées et Le concours de cabanes.

Aujourd’hui le chat Rominagrobis nous emmène à l’école. En reconnaissance pour sa jeune maîtresse, il rencontrera des personnages qui lui donneront l’occasion d’aller visiter toutes les pièces de l’école et d’en expliquer l’utilité. Un livre avec des magnifiques illustrations détaillées, à regarder longtemps, dont on peut discuter entre l’enfant et l’adulte, des volets à ouvrir et un chat Je sais tout qui fera bien rire les jeunes et moins jeunes lecteurs, dédramatisant le lieu de l’école qui peut être impressionnant pour les touts-petits.

Pour information, il s’agit du 5e tome d’une série qui comporte également des titres sur les thèmes de la visite (d’un vieux manoir, du jardin, du quartier et de la forêt).

Suivez le guide, à l’école, Camille Garoche, Casteman jeunesse, 2026.

*

Après le lieu, les personnes ! Lucie a eu l’occasion de lire le tout nouveau Au secours, c’est la rentrée ! Découvre le métier de maître d’école dans la collection « Bienvenue à Qui-Fait-Quoi » des éditions Milan.

En racontant les premières semaines d’un tout jeune professeur, cette BD aux traits classiques montre bien le quotidien des enseignants, entre recherche du juste ton et organisation du travail de préparation. De quoi rassurer les écoliers en leur montrant que les adultes aussi peuvent être stressés par cette échéance !

Au secours, c’est la rentrée ! Découvre le métier de maître d’école, Lola Koenig, Milan, 2026.

******

Des albums

Hélène voulait absolument vous rappeler de relire ce classique de Mireille d’Allancé Non non et non !
Un petit Octave que l’on devine passablement anxieux à l’idée de faire sa première rentrée et qui s’oppose (ça aussi c’est de son âge, en plus d’aller à l’école).

Non, il n’ira pas à l’école. Non, il n’accrochera pas son manteau, non, pas de bisou pour Maman, non il n’aime pas jouer aux puzzles, non non non… Sauf peut-être pour un bonbon ?

Un livre très bien écrit, avec un système de répétition qui donne un rythme à la lecture, beaucoup beaucoup d’humour et de dédramatisation…

De quoi faire comprendre à tous les petits loups (et à certains parents ?) que « l’école, c’est épatant ! »

Non, non et non ! Mireille d’Allancé, Ecole des Loisirs, 2001

*

Dans les « classiques », qui fonctionnent bien, il y a aussi l’amusant Nino Dino, :Non, pas l’école !, qui a eu beaucoup de succès avec les enfants d’Héloïse. Le célèbre tyranosaure, inventé par Mim et Thierry Bedouet, s’apprête à faire sa première rentrée. Ses parents lui en on parlé, mais lui commence à s’inquiéter : pourquoi ses parents sont-ils si pressés de le déposer à l’école ? Veulent-ils se débarrasser de lui pour rester seuls avec bébé dino ?

Un p’tit rannosaure attachant, une histoire qui fait sourire, voila un album parfait pour dédramatiser l’entrée à l’école.

Nino Dino : Non, pas l’école ! de Mim et Thierry Bedouet. Milan, 2018

*

Autre classique toujours aussi efficace pour dédramatiser ce grand moment qu’est la rentrée : Calinours va a l’école. Notre petit héros se rend ici à l’école. Mais sur le chemin, il rencontre des ami-es, qui lui proposent de chouettes activités.

Une histoire malicieuse, un conte en randonnée qui dédramatise l’école avec ses activités ludiques et amusantes, et une enseignante très bienveillante et chaleureuse.
Un texte simple, plein de rimes, avec des illustrations toutes douces qui en font une jolie lecture à partager à voix haute.

Calinours va à l’école, d’Alain Broutin et Frederic Stehr. Ed. L’école des Loisirs, 1994

*

À la rentrée, les rumeurs battent leur plein : la maîtresse serait sévère, elle donnerait une multitude de devoirs, ce serait la plus chouette de l’univers…

Lucie aime beaucoup l’humour de Michaël Escoffier, qui pousse ici ces rumeurs à leur paroxysme. Jugez plutôt : la nouvelle maîtresse serait une sorcière (tient donc !), la fille d’un ogre, ou – forcément – une martienne.
Les discussions vont bon train, chacun y allant de son information et de ses sources particulièrement alambiquées. Elle court, elle court la rumeur, jusqu’à la révélation finale.
Un album drôle et coloré, mais aussi vraiment intéressant pour aborder le sujet des « on dit » avec des enfants.

La Maîtresse vient de Mars, Michaël Escoffier, Clément Lefèvre, Frimousse, 2014.

*

Héloïse a été récemment touchée par Le Cartable aux fraises, de Mary Orchard. Un album coloré et tout doux qui dénonce les stéréotypes de genre à travers une histoire – vraie ! -, celle du cartable de son fils. Ce dernier, qui adore les fraises, avait choisi un magnifique cartables avec lesdits fruits dessus… et a été refroidi par la remarque de sa nounou : « C’est pour les filles ! ».

Le propos est abordé avec délicatesse, et beaucoup de bienveillance. Les craintes et doutes de notre petit héros sont contrebalancés par les discours de son entourage, et surtout celui de son enseignant. C’est au final très doux. Tout comme les illustrations d’Amandine Meyer, douces et lumineuses elles aussi. C’est ce qui est réconfortant finalement : l’enfant trouve le soutien des personnes qui lui sont chères pour dépasser ce préjugé qu’on lui inflige. 

Le cartable aux fraises, de Mary Orchard, illustré par Amandine Meyer. Ed. Casterman, 2026

*

Lucie utilise souvent Moi j’adore, la maîtresse déteste pour aborder les règles de vie avec ses élèves à la rentrée. Il faut dire que tant les idées d’Élisabeth Brami que les illustrations de Lionel Le Néouanic sont hilarantes. Rire ensemble puis discuter du bien fondé des règles, c’est une chouette façon de créer du lien. Mais cet album permet aussi d’expliquer le fonctionnement de la classe en famille avant la rentrée. Et pourquoi ne pas poursuivre avec d’autres titres du duo : Moi j’adore, maman déteste, Moi je déteste, maman adore, Moi j’adore, maman aussi… il y en a pour tous les goûts !

Moi j’adore, la maîtresse déteste, Élisabeth Brami, Lionel Le Néouanic, Seuil, 2002.

*

Peut–être vous souvenez-vous d’un excellent album au long format vertical, de Laurence Salaün et Gilles Rapaport, intitulé « A l’école, il y a des règles ». Pendant ses vacances, Blandine a trouvé, par hasard, la suite !

A l’école, il y a encore des règles ! Laurence SALAÜN et Gilles RAPAPORT. Seuil Jeunesse, août 2023

Le premier opus était déjà très drôle, et celui-ci l’est tout autant avec ses 32 nouvelles règles, toujours aussi criantes de réalisme et de vécu !

J’articule et je parle fort.
Je ne fais pas croire à la maîtresse qu’elle devient sourde.

Je réponds quand la maîtresse me pose une question.
Je ne suis pas sourd, moi…

Elles décortiquent tous les aspects de la vie à l’école : les relations avec les camarades, la politesse, l’attitude en classe, l’(im)patience de la maîtresse, le rôle des parents, le remplacement de la maîtresse, et tant d’autres… Le format de l’album et le côté rétro papier buvard des illustrations sont de vrais plus. Elles accompagnent, complètent, prolongent à merveille le texte. On s’y retrouve !

*

Sur le mode humoristique toujours, Hélène vous recommande chaudement le titre La rentrée des oiseaux d’Eric Veillé.

La rentrée c’est dur pour tout le monde. La préparation des oiseaux est parfois poussive mais celle de la maîtresse aussi ! Trop d’émotion, la voici qui pleure devant ses nouveaux élèves ? Que faire ? Les oiseaux, pleins d’imagination, trouveront bien la solution !

La rentrée des oiseaux, Eric Veillé, Actes Sud Jeunesse, 2024

*

Pour continuer sur ce sujet de la rentrée vue par les maîtresses, on peut citer La rentrée de la maîtresse. Une vision de la maîtresse qui, oh surprise, s’inquiète elle aussi de ce qui l’attend et a la tête un peu ailleurs le matin de la rentrée au point d’oublier de s’habiller et de partir en chemise de nuit.

Qui de Dolorès ou de ses élèves est le/la plus impressionné(e) au bout du compte ?

Encore une manière de dédramatiser par l’humour cette situation que tout le monde a vécu un jour et qui se reproduit à tous les âges : premier jour à l’école, premier jour au collège mais aussi premier jour de travail…

La rentrée de la maîtresse, Axel Scheffler, Agnès Bertron-Martin, Bayard jeunesse, 2019

*

Et enfin toujours pour dédramatiser l’entrée à l’école grâce à l’imagination de petits personnages parfois rebelles, Hélène vous propose de retrouver Pascaline, la petite chauve-souris malicieuse qu’elle a découverte cette année dans un autre titre de la série (le top du top, à conseiller également même si sans aucun rapport avec la rentrée des classes).

Cette fois elle l’a décrété, c’est Même pas en rêve qu’elle ira à l’école ! Elle se fâche tellement qu’elle rétrécit ses parents… Malheur ! La voilà obligée de les prendre sous son aile… Comment va se passer cette journée ?

Même pas en rêve !, Beatrice Alemagna, L’école des loisirs, 2021.

******

Des romans

Lucie a été séduite par la jolie idée de cette Leçon de silence !

Un matin, sans un mot, la maîtresse écrit Leçon de silence au tableau. Ce court roman raconte les réactions des élèves, de la surprise à l’adhésion en passant par les rires.
Les illustrations de Jeanne Mentrel servent merveilleusement le texte ciselé de François David.

Véritable invitation à prêter attention à son environnement, à consacrer un peu de temps au calme dans une vie trépidante, ce petit roman est extra. À tester en classe ou à la maison !

La leçon de silence, François David, Jeanne Mentrel, Editions du Pourquoi Pas ?, 2026.

*

Pour sa deuxième année d’enseignement, Nathan est décidé : il s’est donné pour mission de rendre tous ses élèves fous de lecture ! Et pour cela il a un plan infaillible.

Faire venir un auteur en classe est un événement valorisé par l’Éducation Nationale. Mais lorsqu’il s’agit de Victor Hugo, le défi se corse. Court roman du point de vue du maître, cette histoire permet aux jeunes lecteurs de passer de l’autre côté du miroir. Pour le meilleur comme pour le pire !

Sacré Victor ! (version 2005) ou Sacré Hugo ! (réédition en 2012), Yaël Hassan, Antoine Deprez, Magnard.

*

Pour les réfractaires à l’école, Yves Grevet propose un futur dans lequel les écoles ont disparu. Nous sommes en 2028, soit demain, et les écoliers sont répartis en deux catégories : ceux dont les parents sont assez riches pour payer leurs frais de scolarité et ceux qui voient leurs écoles « sponsorisées » par des entreprises privées. Entreprises qui se chargent de leur « éducation » tout en les obligeant à rendre des services. Ou l’apprentissage dès le CP.

Le principe n’est pas si farfelu, et cela quelque chose de terrifiant de voir l’éducation marchandisée, soumise à la rentabilité et orientée vers une carrière sans perspectives d’évolution.

Un roman court (44 pages) mais efficace et percutant. Lucie ne doute pas que des discussions passionnantes puissent émerger suite à cette lecture.
Ce n’est pas pour rien qu’Yves Grevet, lui-même enseignant, dédie son livre à ses collègues de l’école gratuite, laïque et obligatoire.

L’école est finie, Yves Grevet, Syros, 2012.

*

Pour Liraloin, un roman de Marion Brunet se détache du ploton des romans destinés au adolescents. Il s’agit du titre Des rires de hyènes.

Julien est jeune, amoureux et bien entouré par ses ami(e)s. Julien est professeur de français dans un collège et c’est sa première rentrée. Il aime la poésie, animé par cette soif de transmettre aux élèves. Motivé et enthousiaste, Julien attend avec fébrilité de rencontrer ces jeunes collégiens.

Tout comme dans Plein gris, le récit commence fort. L’entrée en scène est solide et ne fait pas dans la demi-mesure : « – Bonjour à tous. C’est pas un problème de style, il est habillé normal, pas de marques mais pas non plus décalé, il leur sourit. Il a le sourire coincé des condamnés, ça les excite comme le sang excite les requins. »

Lentement, page après page, mois après mois, jour après jour, Julien va déchanter, essayer d’analyser, se révolter, oscillant entre fragilité et résistance. Julien va s’enfoncer dans une terrible détresse. Ici, en 130 pages Marion Brunet signe un roman sur l’envers du décor, celui d’un professeur seul, incompris, perdant peu à peu son équilibre vital.

Des rires de hyènes de Marion Brunet – Editions IN8, collection : Faction – 2022

Et évidemment les classiques :

Est-il encore besoin de présenter Matilda ? Chef d’œuvre de l’irrévérencieux Roald Dahl, ce roman met en scène une petite fille aux capacités exceptionnelles pour laquelle l’école va jouer un rôle de révélateur. Le portrait de sa famille, particulièrement réussi, montre bien l’influence des proches dans la réussite ou l’échec de leurs enfants. Mais c’est surtout le binôme Mademoiselle Candy – Mademoiselle Legourdin qui est réjouissant ! Si l’une est aussi fluette que bienveillante, l’autre cristallise toutes les craintes que peuvent avoir les enfants face à une nouvelle enseignante. Que l’on se rassure : des comme cela, on n’en fait (fort heureusement) plus !

Matilda, Roald Dahl, Quentin Blake, Gallimard jeunesse, 2016 pour la présente édition.

*

Joker est encore un roman du point de vue d’un maître. Et pas n’importe lequel : Hubert Noël, à un an de la retraite, est bien loin d’être lassé par son métier. D’ailleurs, cette année il compte apprendre à ses élèves la patience, leur offrir la littérature (rien que cela !) et surtout des jokers, source de trafics et de philosophie de vie. Un joker pour rester au lit, Un joker pour être en retard à l’école, un autre pour ne pas faire ses devoirs… Autant dire que la directrice ne voit pas cette initiative d’un très bon œil.

Le lien tissé entre ce maître, proche de la retraite mais plein d’enthousiasme, et ses élèves est très touchant. En revanche, sa suite intitulée Maître Joker est beaucoup moins réussie.

Joker, Susie Morgenstern, Serge Bloch, L’école des loisirs, 2021 pour la présente édition.

*

On l’a vu avec d’autres titres, la rentrée concerne tout autant les enfants que les enseignants. Sauf Robert Poutifard, qui voit ENFIN l’heure de la retraite arriver.

Ce moment il l’attendait depuis longtemps. Et ce qu’il a prévu va beaucoup amuser les jeunes lecteurs (à partir de 9 ans) : se venger des élèves l’ayant ridiculisé pendant sa carrière. Mais Jean-Claude Mourlevat ne s’arrête pas au rire. Ce livre, qui n’aurait pu être qu’une grande farce (réussie), va plus loin, vers l’humain. Partant de la caricature d’un maître grognon et revanchard face à de petites pestes d’élèves, il glisse sans en avoir l’air vers la découverte de l’autre dans sa complexité.
« Ne juge pas quelqu’un avant d’avoir marché dans ses chaussures » dit un proverbe anglais. Et la troisième vengeance abouti à une ouverture et une compréhension de l’autre tout à fait bienvenue.

La troisième vengeance de Robert Poutifard, Jean-Claude Mourlevat, Gallimard jeunesse, 2009.

***

Et vous, quels titres recommanderiez-vous aux écoliers et à leurs parents ?

Vacances rime avec vagues qui dansent

Le thème choisi, pour Héloïse-ileautresor, c’est : les vacances, c’est la mer ,
Vacances riment avec mer et océan, et avec vagues qui dansent :

Pour les vacances Héloïse pense à la mer, à la beauté de l’océan ou aux oiseaux de mer, mais aussi aux animaux marins sont dérangés par les activités humaines, ce qui est le cas pour Dans mon océan ou pour Bouuuuut !

Héloïse a choisi plusieurs albums jeunesse :

Dans mon océan présente une même histoire avec deux points de vue.
D’un côté, celle d’une humaine, une surfeuse qui redoute la rencontre avec un requin.
De l’autre côté, celle d’un requin qui craint tout autant la rencontre avec les humains… surtout sous la forme d’un grand bateau qui pollue le fonds des océans.
Car bien des animaux marins sont menacés par les pétroliers et les grands paquebots qui nuisent par leur présence et leur bruit incessant…

Cet album à lire en recto-verso offre plusieurs points de vue :
celui d’une humaine d’une part, celui d’un animal marin (un requin) d’autre part.
L’album est à découvrir pour deux raisons : il intéresse à la fois au niveau littéraire, par cette diversité de points de vue, et aussi au niveau écologique, parce qu’il évoque la beauté de l’océan – menacée par les paquebots humains.

Dans mon océan, Adèle Tariel et Jérôme Peyrat, éditions du Père Fouettard, mai 2026.

Le propos du Chant du pêcheur est justement d’accorder de l’importance au rêve et à la vie intérieure.
Il frappe d’emblée par la beauté de ses illustrations à l’aquarelle, qui transportent le lecteur dans un monde de rêve… Dès la couverture, le ciel est traversé de lumières bleutées et rosées qui frappent l’œil. Or le monde imaginaire est en effet mis à l’honneur.

Cette histoire se présente comme un conte, avec l’appel des sirènes par trois fois: en échange de la gloire et de la fortune, l’une d’elles lui demande de renoncer à son plus beau souvenir, et une autre sirène d’oublier ses rêves, en gagnant au passage l’immortalité.
Quant à la dernière, elle lui promet un trésor, un brochet en or, qui lui permettrait de s’offrir ce dont il manquait.

Toutefois, le pêcheur refuse de renoncer à la beauté de ses souvenirs (à celui de son chat, de sa douceur et de son tendre ronronnement). Il souhaite poursuivre son rêve d’une « maison posée au fonds des eaux », dans une immense bulle d’air la protégeant de l’océan. Il refuse enfin le cadeau du brochet doré… Il préfère s’endormir du sommeil du juste au soleil couchant.

L’album est à découvrir, aussi parce qu’entre terre et mer, il permet d’admirer des images superbes sur le ciel et sur l’océan… Il délivre aussi un message essentiel : celui de de ne pas renoncer à ses espoirs, à ses rêves et à sa vie intérieure. Un album en tout point magnifique.

Le chant du pêcheur, David Pogran et Diana Marciano, éditions du Père Fouettard, mai 2026.

Dans bouuuuut !, les mouettes sont gênées par la présence d’un immense paquebot dans leur habitat . D’innombrables touristes volubiles surgissent du bateau et envahissent l’espace, en écrasant un crabe au passage… De nombreuses espèces souffrent de leur présence comme c’est le cas ici pour es oiseaux de mer.

Claire Garralon avait déjà donné la parole aux mouettes dans un autre album : Pouêt ! L’un des oiseaux avait avalé du plastique, ce qui étouffait ce qu’il disait – sachant que la pollution plastique étouffe littéralement les océans. Là, ce sont les humains qui empêchent d’autres espèces de vivre à leur aise dans leur habitat naturel.

La beauté des illustrations sert au propos de Claire Garralon. L’auteure avertit adultes et tout-petits sur les difficultés qu’engendrent les activités humaines. L’utilisation de paquebots de plaisance est sans égard pour la vie des animaux marins qui évoluent dans l’océan. Les humains qui empêchent d’autres espèces de vivre à leur aise… dans leur habitat naturel.

L’album est à retenir à la fois au niveau écologique et au niveau esthétique.

Bouuuuut !, Claire Garralon, éditions Memo, avril 2026.

Alma et les trésors de l’océan est un appel au secours :
une jolie histoire comme une bouteille à la mer…

Cet album permet de sensibiliser
en même temps petits et grands
à l’écologie et en particulier
à la vie dans les océans.

Un petit poisson adore collectionner coquillages
et toutes sortes de trésors.
Attiré par une belle perle brillante,
il se retrouve mal placé, dans un drôle de bocal…

Ce petit poisson effectue un long voyage
finit par se trouver sur une plage.
Il se retrouve sur le chemin
d’une petite fille qui parvient à le délivrer.
de la bouteille dans laquelle il était coincé.

La pollution des océans
est un problème bien plus que gênant :
Il empêche les poissons d’évoluer en toute liberté
et la vie sous-marine de prospérer.

Or dans la barrière de corail vit
une multitude d’espèces uniques :
– l’hippocampe feuillu appelé dragon de mer,
– le grand poulpe à anneaux bleus,
– le fameux poisson-clown,
– et les étoiles de mer bleues.

A la fin du livre, un petit rappel
propose de faire plus attention
à l’utilisation des objets plastifiés,
de faire appel au recyclage,
voire d’aider au nettoyage des plages :

Cette histoire est surtout un appel au secours :
une jolie histoire comme une bouteille à la mer.

Alma et les trésors de l’océan, Lara Hawthorne, Larousse, mars 2020.

Héloïse a aussi choisi un roman pour adolescents : Kaspar le chat du Grand Hôtel.

Johnny Trott est un orphelin qui travaille comme groom au grand hôtel le Savoy à Londres : il accueille les clients, les installe dans leurs appartements, et porte leurs bagages. C’est ainsi que le jeune garçon rencontre Kaspar, un chat superbe et hautain, qui appartient à une comtesse russe. Or la maîtresse du chat doit s’absenter : elle demande alors à Johnny de parler à Kaspar et de le promener. Peu à peu, le jeune groom s’attache à ce chat dédaigneux mais si beau qu’il provoque l’admiration. Le félin, ce « prince des chats » semble sourire tant il apprécie les efforts du jeune garçon. En récompense, l’aristocrate russe invite le groom à l’entendre chanter la « Reine de la Nuit » : en effet, elle est la cantatrice qui chante cet opéra.

Mais dès le lendemain, un accident met brusquement fin à la vie de la comtesse. Ce brusque décès attriste l’orphelin. Johnny a néanmoins pris le chat en affection et continue à prendre soin de lui.

Par ailleurs, le jeune garçon se lie d’amitié avec une fillette joyeuse et bien vivante, Lizbeth. Cette dernière aime beaucoup Kaspar… Toutefois, la petite fille doit partir à bord d’un paquebot, le Titanic, qui doit l’emmener, elle et sa famille, en Amérique. Johnny suit la fillette sur l’immense bateau : à cette fin, il lui apporte le chat (caché dans une couverture). Finalement, sur un coup de tête, il reste à bord – il devient ainsi un passager clandestin du paquebot réputé insubmersible.

Mais Johnny ne tarde pas à se faire repérer par le capitaine – , qui le fait désormais travailler comme « chauffeur » près des chaudières du bateau. Le Titanic heurte toutefois un iceberg, ce qui provoque la fin du paquebot. Lisbeth et sa mère parviennent à se glisser dans un canoë de sauvetage : les femmes et les enfants d’abord! En dépit du naufrage, Johnny et le père de Lizbeth réussissent à embarquer à bord d’une chaloupe mise à l’eau par une immense vague.

La narration prend pour thème la mer, thème que j’aime particulièrement. Le récit reprend donc un épisode historique : le naufrage du Titanic. Le roman s’inscrit autour de cet épisode à l’origine d’un grand film romanesque.
C’est encore un naufrage, comme dans Le mystère de Lucy Lost – un roman historique qu’elle avait beaucoup aimé.

Le roman s’articule aussi sur les mésaventures d’un jeune orphelin qui a la chance de se tirer de plus d’un mauvais pas . Après l’accident survenu en mer, Johnny se fait adopter par la famille de Lizbeth. Les épreuves rapprochent quand il est question d’entraide …
Le roman fait ainsi part d’une amitié entre deux adolescents et de l’affection pour un merveilleux chat.
Plus tard, Lizbeth sculpte une statuette du chat, qui serait plus à sa place au grand hôtel – elle décide que Johnny qui a grandi doit aussi ramener Kaspar en Angleterre.
Un mystère s’inscrit toujours autour de l’apparition de ce beau chat majestueux : car il paraît que ce superbe félin hante encore le grand hôtel du Savoy. Ainsi, il se jucha encore sur le piano d’une comtesse russe, elle aussi présente dans ces lieux.

Kaspar, le chat du grand hôtel, Michaël Morpurgo, Gallimard jeunesse, 2008.

******

C’était notre dernier billet d’été, nous espérons vous avoir fait voyager !

La semaine prochaine, nous vous proposerons une sélection thématique autour de la rentrée, parce qu’elle arrive, il faut bien s’y préparer !

Vacances rime avec Intense


Pour Héloïse (Helolitla), le mot Vacances rime avec « intense ». Que ce soient l’amour, la confiance en soi, les rencontres hautes en couleurs, pour elle, c’est clair, les vacances, c’est le moment d’explorer, de rencontrer, d’aimer, de se retrouver. Un peu à la manière de Séverine donc sur le thème de l’amour et de l’amitié, un peu à la manière d’Hélène pour la confiance en soi, mais en mode… intense ! 


Et quoi de mieux que la littérature adolescente pour exprimer le mieux le bouillonnement et l’effervescence de cette période où l’intensité est à son paroxysme ? Voici donc une courte sélection de romans ado, pas toujours estivaux, mais qui lui ont procuré des émotions intenses !

*** Des héros-ïnes qui ressentent tout intensément ***


Yellow Feu follet, l’héroïne du roman éponyme de Siècle Vaelban, fait partie de ces héroïnes qui ressentent tout intensément. Yellow court dans tous les sens, mais elle est aussi solaire et très touchante, à l’image de ce roman qui a beaucoup ému Héloïse, et qui traite entre autres, de santé mentale. C’est un texte court, qui fourmille d’émotions, qui nous plonge dans la beauté du monde et de la nature, dans la complexité des émotions, avec justesse, et poésie.

Yellow Feu Follet, de Siècle Vaëlban, L’école des Loisirs, 2026

*

Dans un tout autre style, mais qui ne laisse pas indemne, on retrouve Miriam, l’héroïne du roman Hyper, d’Émilie Chazerand. Et le titre du roman colle bien au personnage de Miriam, qui est à la fois hyper drôle, malgré la tristesse et la gravité du quotidien qu’elle nous narre, hyper sensible (elle perçoit les émotions et les exprime de manière exacerbée), hyper cynique (âmes sensibles se méfier, certaines de ses réflexions sont bien noires), hyper attachante surtout. Héloïse a adoré l’intensité de ce texte caustique, presque dérangeant par moments, qui bouscule et bouleverse.

Hyper, d’Emilie Chazerand, Pocket Jeunesse, 2025

Ce roman était d’ailleurs l’objet d’une lecture commune entre Lucie, Liraloin et Héloïse.

*

Eden, l’héroïne de Marie Colot, est à fleur de peau, mal dans sa tête depuis un événement tragique, rongée par la culpabilité… Sur la thématique, choquante !, du marché de la réadoption aux Etats-Unis, l’autrice embarque ses lecteurices, le temps d’un été, dans la vie de cette héroïne écorchée, qui a peur de s’attacher. C’est vif, parfois brut, parfois poétique, mais toujours juste. On ne peut que se laisser emporter par Eden, sa verve, son énergie, et ce roman lumineux, bourré d’optimisme, sur la résilience, la capacité à surmonter les épreuves.

Eden, fille de personne, de Marie Colot, Actes Sud, 2021

*

Coment ne pas parler de Nathanaël Stone, le héros de La première Rose de Bloomstone, de Mary Orchard ? Les difficultés qu’il doit affronter, son abnégation, son courage, et surtout, la générosité et l’empathie dont il fait preuve… Il a énormément touché Héloïse, ce jeune homme qui se sent vite différent des autres, hypersensible, qui doit se battre dans une société qui n’est prête à accepter ni ses émotions, ni son orientation sexuelle. Une lecture-doudou, cosy, qui fait pleurer, qui fait sourire.

La première rose de Bloomstone, de Mary Orchard. Casterman, 2024

*

*** Des voyages intenses qui changent la vie ***

Les vacances, c’est souvent l’occasion de voyager, de découvrir de nouveaux paysages, de rencontrer de nouvelles personnes, d’en retrouver d’autres. Et parfois, de se (re)trouver au bout du chemin. Voici donc un petit échantillon de voyages intenses et inoubliables, qui changent à jamais la vie de leurs personnages. Comme le très célèbre Les petites reines, déjà cité par Séverine et Hélène, qu’il était impossible de ne pas mentionner ici !

Les petites reines, ce sont Astrid, Hakima, et Mireille. Trois adolescentes qu’un concours malveillant a élu « Boudins » du collège sur Facebook. Toutes trois montent un rejet fou : rallier Paris, depuis Bourg-en-Bresse, leur ville d’origine, à vélo ! Derrière elle, le lecteur est embarqué dans un voyage initiatique drôle et foufou, qui a le don d’aborder avec légèreté un sujet sensible et difficile : le harcèlement, et la grossophobie. C’est rocambolesque, et les rebondissements sont nombreux sur la route des trois jeunes femmes. Ode au vélo, à l’amitié, invitation à croire en soi et à s’accepter tel que l’on est, Les petites reines est une pépite d’humanité.

Les petites reines, de Clémentine Beauvais. Sarbacane, 2015

*

Direction l’Irlande maintenant, avec Sweet Home, et ses paysages sauvages, abrupts et splendides. On y suit Birdie, sa mère et son petit frère Yzac, qui sillonnent le pays dans un van. On y croise des adolescents et des adultes blessés, qui souffrent et peinent parfois à communiquer. On y découvre les secrets du passé. Et puis l’espoir, la lumière, l’amitié et l’entraide qui transcendent tout. Reconstruction, rédemption : entre émotions et tensions, moments difficiles et instants plus cosys, dérobés à l’âpreté de la vie, c’est une lecture certes dure mais aussi très poétique, percutante, et optimiste.

Sweet home, de Nancy Guilbert. Didier Jeunesse. 2024

*

Bien évidemment, avec cette histoire de voyage et d’émotions intenses, Héloïse a très vite pensé à L’incroyable voyage de Coyote Sunrise, cette jeune fille de 12 ans qui sillonne les États-Unis dans un bus avec son père Rodéo. Ce roman, c’est un road-trip haut en couleurs et foufou, des discussions, des mésaventures, ces personnes abîmées par la vie, qui vont échanger, dévoiler leurs secrets, et évoluer. Au programme donc, traumatisme, deuil, violences, mais aussi et surtout entraide, amitié, humour, espoir. Héloïse a adoré ce texte, triste, mais aussi doux et lumineux !

L’incroyable voyage de Coyote Sunrise, de Dan Gemeinhart. Pocket jeunesse, 2020

*

Sur une touche plus fantasy, L’Odyssée des Tranchevent, la duologie de Noémie Delpra, propose un voyage époustouflant et onirique dans un univers où les terres flottent dans les cieux, et les humains sont appariés à des créatures maritimes volantes… Mais Nayla, privée de l’usage de ses jambes, n’a pu rencontrer son âme sœur… Mise à l’écart par les siens, elle vit simplement en compagnie de son frère adoptif Brewen. Jusqu’au jour où il disparaît… Pour le retrouver, Nayla se lance dans un dangereux périple. Sur sa route : de nombreuses rencontres, des aventures périlleuses, et surtout, au bout du chemin, elle-même… Deux romans lumineux et fascinants sur l’importance de croire en ses rêves, et la force de l’entraide.

*

*** Des émotions intenses ***

Deuil, résilience, amour, passion, émerveillement… La littérature jeunesse et ado regorge de romans qui abordent ces émotions intenses, le temps d’un été… ou non. Petit florilège.

Dans Gazelle Punch, de Nancy Guilbert, nous suivons Violette, qui accueille tous les étés un adolescent en difficulté. Mais cette année, il y en aura deux : Dempsey, et Livia. tous deux très différents, et avec un passé bien difficile… Des personnages abîmés par la vie, fragiles, et terriblement touchants. D’une côté, une femme qui a tout perdu et se consacre désormais aux autres pour avancer. De l’autre deux adolescents meurtris. Héloïse a adoré cette magnifique histoire d’amitié et d’entraide qui se dessine derrière ces histoires tragiques. De la bienveillance, de l’amour, de la rédemption, ce roman ado est une invitation à s’ouvrir aux autres et à partager. Un roman puissant, émouvant, une ode à la vie.

Gazelle Punch, de Nancy Guilbert, Slalom, 2023

*

Avec Les cigales chantent ton retour, Caroline Peiffer emmène ses lecteurices en Provence, entre romance et résilience. Deux points de vue alternent : Prune, jumelle effacée de Mirabelle, passionnée de lecture et de crochet, qui revoit son amour d’enfance, Cyprien, et son passé plus-que-compliqué. Avec ce roman, on navigue entre amour – passion (et tendres premiers émois), reconstruction après un passé violent (certains passages font horriblement mal au cœur !), et affirmation de soi. Une belle lecture, dépaysante, parfaite pour la saison.

Les cigales chantent ton retour, de Caroline Peiffer. Scrineo romance, 2026

*

Changement radial de décor pour La Neige au rendez-vous d’Esmé Planchon : direction Paris et les fêtes de fin d’année. Si décembre est pour beaucoup une période de réjouissance, c’est aussi un moment compliqué pour celleux qui viennent de vivre un drame, comme Amélie. Cette héroïne blessée, perdue, fuit la réalité parce qu’elle lui fait trop mal. Parce que son frère n’est plus là, que sa mère s’enferme dans sa chambre toute la journée. Et puis, il y a Stella, la fille du nouveau compagnon de sa tante. Entre elles deux, ça crépite, les éclairs fusent. Deuil et amour, droit d’être qui on veut et d’aimer qui on le souhaite, c’est une lecture fantasque, magnifique, qui a bouleversé Héloïse.

La neige au rendez-vous, d’Esmé Planchon. Bayard jeunesse, 2025.

*

Pas de vacances dans Le jardin aux acacias, mais de ces petits instants volés, riches en émotions partagés. Max, le petit héros, s’ennuie. Alors ses parents lui proposent de passer ses mercredi chez son papy Jean. Mais là-bas, il s’ennuie aussi !

Ce roman d’une grande douceur, est poétique, et surtout riche en émotions. Il montre l’éclosion d’une belle relation intergénérationnelle entre Max et son papy, une relation pleine de silences, d’instants partagés, de secrets dévoilés. A travers le personnage taciturne de papy Jean, on découvre l’ampleur de deuil et de la souffrance, qui peuvent nous enfermer sur nous-mêmes, au point d’en oublier l’essentiel : s’ouvrir au monde, et à ceux qui nous sont proches. Héloïse a ete très touchée par cette belle histoire qui défend l’attention aux autres, et nous parle de la douceur fragile des instants partagés.

Le jardin aux acacias, d’Elise Blaque. Didier jeunesse, 2026

*

En terme d’émotions fortes, difficile de passer à côté de Non réparable, d’Hervé Giraud. Un roman dur, violent, marquant, percutant, bouleversant. Le genre de roman qui fait mal et en même temps exprime avec beaucoup de finesse et de justesse l’explosion, la rage, le désarroi d’un adolescent maltraité dès le plus jeune âge.

Milo, le protagoniste, est enfermé dans un centre spécialisé. Qui est-il ? L’histoire, horrible, se révèle au fil des chapitres et des rendez-vous du jeudi chez le psy. Maltraitance, violence familiale, humiliations, rien n’est épargné à Milo, qui n’est en sécurité nulle part. C’est dur, toute cette violence, toute cette détresse qui affleure, c’est cru, ça prend au tripes. Mais c’est aussi un texte malheureusement nécessaire, pour mettre des mots sur ces maux de notre société. Héloïse a lu ce texte en apnée jusqu’au final, et sa révélation. Elle tenait à vous le partager, malgré sa dureté, pour sa poésie et son message essentiel.

Non réparable, d’Hervé Giraud. Ed. Tierry Magnier, 2026

*

Enfin, pour finir sur une touche un peu plus optimiste, parce que c’est une lecture d’été qui se prête totalement à la thématique, parce qu’elle l’a relu il y a peu, et parce que c’est un de ses romans préférés !, Héloïse ne pouvait pas ne pas parler de Nos Constellations, de Florence Quentin. Le pitch ? Maxence et Aurélien sont deux lycéens qui ont vécu chacun un drame. Deux anciens amis d’enfance, perdus de vue, qui se retrouvent sept ans après. Avec cette question, au fond d’eux : l’alchimie qu’ils ont ressenti étant enfants est-elle toujours là ?

Héloïse adoré cette histoire, ces deux jeunes hommes et les personnages qui gravitent autour d’eux, cet amour naissant et si profond qu’il renverse tout sur son passage. Les deux héros sont à vif, écorchés par les épreuves, mais aussi et surtout très lumineux quand ils sont ensemble. En quelques centaines de pages, elle a vécu avec Maxence et Aurélien de bien jolis moments, d’une grande tendresse, entre humour, émotions, tristesse et joie.

Nos Constellations, de Florence Quentin. Didier Jeunesse, 2025

*

Et vous, quelles ont été les lectures les plus intenses pour vous ?