Coups de cœur d’octobre

L’automne s’est finalement installé et avec lui (et le changement d’heure) un besoin de bouquiner au fond de son canapé avec une tasse fumante à portée de main. L’occasion de faire baisser sa PAL mais aussi de se laisser porter vers de nouveaux titres ? Voici les derniers coups de cœur des branches du Grand arbre.

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LUMINOUS – Guillem Marr, Les éditions de la Gouttière, 2026

Pour Nathalie c’est une très jolie bd sans texte qui emporte le coup de coeur du mois d’otobre. D’ailleurs, elle invite à aller voir le catalogue de cette maison d’édition qui propose de si beaux titres.

Au tout début, on découvre un monde gris, pollué, triste. Puis on zoome et on arrive dans la cour d’une école, grise elle aussi. Même les enfants sont gris. Sauf un ou deux. Dont cette petite fille que l’on va suivre tout au long de l’histoire.

En s’éloignant un peu de l’agitation de la cour, elle va rencontrer un petit chat. Qui va lui montrer… un drôle d’endroit !

La petite fille est très expressive et le chat aussi.

Une très jolie histoire portée par un dessin rond, doux, lumineux et tellement coloré ! J’ai adoré. A partir de 8 ans.

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Coup de coeur de Séverine en mars, sélectionné pour le prix Vendredi, Lucie ne manquait pas de bonnes raisons de découvrir ce mystérieux Walter Cobb, Nos chemins d’or et de poussière. Et elle ne peut que se joindre à ce concert de louanges. D’abord parce que l’atmosphère est très crédible. Mais aussi parce que les personnages, directement inspirés par Des souris et des hommes de Steinbeck, ne sont pas écrasés par leur modèle. C’est de la grande littérature mise à la portée des ados, sans mièvrerie ni facilité. Plutôt impressionnant, et cette histoire est de celles que l’on n’oublie pas de sitôt.

Walter Cobb, Nos chemins d’or et de poussière, Mathilde de Lagausie, Rouergue Jeunesse, 2026.

Son avis complet ICI.

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Pour les plus jeunes, Lucie a eu le grand plaisir de rencontrer Christine Roussey à la fête du livre de Saint Étienne, et elle a dévalisé son stand. Il faut dire que ses neveux et nièces sont fans de cette auteure-illustratrice (la bonne excuse !). C’est donc à cette occasion qu’elle a découvert Mirabelle et Viandojus, duo un peu spécial associant une petite fille et un sanglier.

Ce recueil de six courtes histoires intitulé L’air de rien est extra pour les jeunes lecteurs. Le texte est assez simple, les illustrations prennent suffisamment de place pour que les pages se tournent vite… et surtout les personnages sont pleins d’énergie, d’humour et de personnalité. Nous sommes bien loin des premières lectures stéréotypées !

Six histoires de Mirabelle et Viandojus, L’air de rien, Christine Roussey, La Martinière jeunesse, 2019.

Son avis complet ICI.

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Pour Liraloin l’appel de l’été est encore présent avec Beach Boys d’Arnaud Cathrine, malgré la fraicheur de l’automne qui s’installe peu à peu…

Les beach boys, ce duo d’amis qui se retrouvent tous les ans, tous les étés au même camping dans les Landes pour surfer. Sacha et Titouan – Buck et Clyde pour les intimes, frères de cœur, ensemble ils aiment se motiver pour s’adonner à leur passion. A 17 ans, les premiers émois amoureux se lovent dans leurs têtes d’ado et il parfois compliqué de faire le tri. Entre confidences, hésitations, rages et incompréhensions le duo va éprouver la houle tumultueuse de la vie…

De son écriture gracieuse, Arnaud Cathrine nous berce au cœur d’un été chaud où les questions fusent dans le corps de deux jeunes adultes en devenir. Parfois en fuite, en désaccord avec eux-mêmes Buck et Clyde vont chercher à mieux se comprendre ensemble, seul parfois aussi. La famille et les autres amis en toile de fond apportent au récit une réalité bien campée jouant un rôle important dans ce roman d’apprentissage. Une histoire qui nous rappelle que les émotions sont souvent vécues à fleur de peau et peuvent être belles.

Beach Boys d’Arnaud Cathrine – Flammarion, 2026

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Lucie n’est pas la seule à avoir dévalisé un.e auteur.e lors de la belle fête du livre de Saint-Etienne…;-) Séverine, de son côté, a craqué pour plusieurs romans d’Alexandre Chardin, après avoir dévoré et adoré Faire fleurir la foudre. Aussi étrange que cela puisse paraître, elle n’avait jusqu’à présent lu qu’un seul de ses romans ados, Le cri du corps, dont elle avait apprécié l’écriture sensible, sur un sujet fort. Elle a donc rattrapé un retard scandaleux, tant cet écrivain coche toutes les cases de ce qui lui plaît en littérature, jeunesse, mais pas que : thématiques actuelles, richesse de la langue, originalité, humanisme…Son coup de cœur d’octobre est donc Faire fleurir la foudre, dont le titre à lui seul, est une invitation à la poésie et à l’intensité. Et l’histoire qui nous est contée ici tient toutes ces promesses. De la narration, -chapitres divisés en actes et en scènes, à la manière d’une pièce de théâtre,- aux élans du c(h)oeur si puissants et bouleversants, en passant par des personnages très attachants (sauf l’Ogre, évidemment…), tout est réuni dans cette belle histoire d’amour, d’amitié et de résilience, sombre, tragique, mais qui ne sombre pas et se termine dans une éclosion d’espoir. Coup de cœur ? Non : coup de foudre !

Faire fleurir la foudre, d’Alexandre Chardin, Sarbacane, 2026

L’avis de Lucie ICI.

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Autre coup de cœur de Séverine en octobre, le dernier roman de Jean Tévelis, dont elle avait lu l’an dernier le prenant Une vie pour une autre. Cette fois, le sujet est bien différent. 140 décibels, en effet, raconte l’été d’un adolescent, Thomas, souffrant d’hyperacousie (trouble de l’audition caractérisé par une hypersensibilité et une intolérance anormale aux sons du quotidien) à la suite de son exposition malheureuse à l’explosion assourdissante d’une fusée d’artifice, survenue un an plus tôt lors de la Fête Nationale passée en compagnie de son meilleur ami Etienne. Depuis, par ailleurs surprotégé par ses parents, Thomas s’est coupé du monde bien trop bruyant pour lui, il s’est isolé, renfermé sur lui-même et sur sa souffrance. Il a rejeté sur Etienne la responsabilité de son accident et de ce qui est devenu un handicap très pesant sur sa vie d’adolescent. Un échange de maisons, un séjour à la montagne, un jeu de piste passionnant, des liens tissés avec d’autre jeunes de son âge et quelques sentiments naissants plus tard, Thomas s’ouvrira à nouveau aux autres, renouera avec son ami, et tentera d’apprivoiser, voire surmonter son handicap, sa solitude et ses angoisses. Un bien joli moment de lecture, entre sensibilité, humour, et émotion, avec des personnages crédibles et attachants. Quant aux 140 décibels du titre, Séverine vous invite à le lire pour, à la toute fin, savoir à quoi ils pourraient bien correspondre…Publié initialement en 2022 (chez Magnard),ce roman a été réédité avec une nouvelle (belle) couverture chez Alice Jeunesse.

140 décibels, Jean Tévelis, Alice Jeunesse, 2026

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Dernier coup de cœur de Séverine en ce mois d’octobre riche en lectures, et pas des moindres, puisqu’il s’agit du dernier album de Thierry Lenain, -celui par lequel sa passion pour la littérature jeunesse est née-, illustré par Nathalie Novi : Voyage,voyage… Non, il ne s’agit pas de l’adaptation de la célèbre chanson des années 😯 ;-), mais d’un hommage poétique et délicat à la légendaire chanteuse Barbara qui a, elle aussi, vanté l’élévation de l’âme par le voyage (Les voyages*, 1959) . C’est aussi une histoire d’amour des plus tendres et surprenantes que nous racontent ces deux artistes sensibles qui nous avaient déjà offert, il y a quelques années, un album illustré sur les chansons de cette star iconique, Square des Batignolles. Voyage, voyage… est également un très beau « train-trip » qui donne envie de (re)découvrir Paris, Venise et Vienne, trois villes chantées par Barbara, sous l’angle du romantisme et des beaux sentiments. Quoi de mieux pour se donner du baume au cœur et trouver le réconfort nécessaire pour affronter une actualité tendue et les premiers froids qu’un texte rythmé, plein de vie, de poésie, d’humour, aussi, romanesque et facétieux, magnifié par des illustrations aux couleurs chatoyantes, chaleureuses, et d’une très grande tendresse ?

*Les voyages,
C’est la vie que l’on fait, le destin qu’on refait
Que c’est beau les voyages!
Et le monde nouveau qui s’ouvre à nos cerveaux,
Nous fait voir autrement
Et nous chante comment
La vie vaut bien le coup, malgré tout!

Voyage, voyage, Thierry Lenain, Nathalie Novi, Cipango, 2026

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En octobre, à l’arrivée des matinées fraiches et ensoleillée, Hélène a été séduite par Moumoute et la journée avec Mouchka. Un personnage familier puisqu’elle avait déjà lu Moumoute et la boîte aux trésors. C’est la saison idéale pour retrouver ce petit ours attachant qui passe la journée avec son ami Mouchka, beaucoup plus petit que lui… Un petit roman pour les enfants qui savent lire tout seuls mais qui peut aussi être lu à voix haute sous un plaid en buvant un chocolat chaud. Une jolie balade en forêt qui apprend à chacun la tolérance et l’écoute. 
Bonnes lectures automnales !

Moumoute et la journée avec Mouchka, Inbar Heller Algazi, Ecole des Loisirs, collection Moucheton

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Et vous, ce mois-ci, quels livres vous ont emmené.es loin ?

Lecture d’ado : La nuit bleue

Théo, 14 ans, avait beaucoup aimé la série Hypallage de Sylvain Pattieu. Aussi, quand il a vu que le catalogue de L’école des loisirs faisait un lien direct entre ces romans et La nuit bleue, cela l’a interpellé. Et plus encore quand il a lu le résumé de cette histoire, sélectionnée depuis pour le Prix Vendredi 2026.

Voici ce qu’il en a pensé.

La nuit bleue, Anaïs Sautier, L’école des loisirs, 2026.

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Qu’est-ce qui t’attiré vers ce livre ?

Les sujets m’intéressent, je trouve que ces sujets ne sont pas souvent abordés : la rue, le fonctionnement du trafic de drogue, le poids du milieu social…

Peux-tu résumer l’histoire ?

C’est une fille qui tombe amoureuse d’un garçon dont l’oncle est le plus gros trafiquant de drogue de Marseille. Elle travaille bien au lycée, ne baigne pas dans ce milieu, mais lui y est impliqué et essaye de s’en détacher. Ils sont très différents mais se retrouvent sur l’humour et s’aiment.

Qu’as-tu pensé de la représentation de ce milieu ?

Ça m’a semblé crédible. En tout cas, ça correspond à ce que j’ai pu lire à ce sujet. Et j’ai trouvé que le langage était particulièrement adapté.

Peux-tu présenter les personnages principaux ?

Sofia est très forte en français et sa famille la pousse à faire des études pour faire fructifier ses capacités.

Croco travaille pour des dealers parce qu’il a grandi dans ce milieu et qu’il n’a pas vraiment le choix. Il avait déjà envie d’arrêter avant de rencontrer Sofia mais elle lui donne l’élan de le faire. Mais son oncle lance un tueur à ses trousses et cela va installer un vrai suspense.

Qu’est-ce qui t’a plu particulièrement ?

J’ai aimé le fait que les deux personnages viennent du même milieu social mais ont des parcours différents. Cela montre que l’entourage est aussi important que le milieu d’origine. Mais l’histoire est aussi réaliste car l’auteure montre bien qu’il est difficile de changer de voie puisque l’oncle caïd met un contrat sur la tête de son neveu. Il y a donc pas mal de d’action, et cet aspect m’a plu.

Il y a aussi la romance, tu as aimé ?

Oui, parce qu’elle est bien faite, pas cucul comme dans certaines histoires. C’est la seule chose qui m’a gêné dans la série Hypallage : l’impression qu’il y avait des cases à cocher pour plaire à tous les publics. Pour moi cela faisait un peu forcé, alors qu’ici la relation est très naturelle.

A qui recommanderais-tu ce livre ?

Comme je l’ai beaucoup aimé, j’ai envie de le recommander à tout le monde (pas avant 14 ans à cause du sujet et du vocabulaire à mon avis). Il est plutôt destiné aux lecteurs qui aiment les histoires d’amour modernes. Mais je pense que ce serait bien que les personnes qui ont des préjugés sur les gens issus de milieux défavorisés le lisent aussi. Cela pourrait leur faire revoir leur jugement.

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Nous espérons vous avoir donne envie de découvrir ce titre. Merci à Théo d’avoir partagé ses impressions et à L’école des loisirs de lui avoir envoyé ce roman !

Présentation de nos nouvelles branches, première partie

Vous l’aurez peut-être remarqué, depuis quelques mois, de nouveaux prénoms sont apparus sous notre Grand Arbre. Il est temps de laisser l’opportunité à nos copinautes de se présenter ! Commençons avec…

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Charline (HannaisPaul)

  • La littérature jeunesse, pour toi, c’est quoi ?

La littérature jeunesse fait partie de mon quotidien de maman, de maitresse, d’étudiante mais aussi de femme. C’est ma bulle d’évasion quotidienne, celle qui me permet de ne pas perdre pied dans ce monde en perpétuel mouvement. Bien plus que la littérature pour adulte, elle aborde une plus grande variété de sujets et de supports. Elle semble infinie !   

  • Depuis quand t’intéresses-tu à la littérature jeunesse ?

Quand j’étais enfant, j’étais plutôt solitaire et j’avais peu d’amis alors les livres ont été là pour me soutenir, me faire rêver et surtout apprendre. Aujourd’hui, on me dit souvent que je suis une personne très empathique et je pense sincèrement que ce sont les histoires lues qui m’ont permis d’acquérir ça…

A la manière de Susie Morgenstern à la grande librairie en 2025, je lis pour voyager sans prendre l’avion, pour rêver, pour grandir, pour devenir meilleure, pour comprendre, pour aimer… Et, pour moi, la littérature pour adulte ne permet pas tout cela.

  • Et depuis quand partages-tu tes lectures en ligne ?

Partager mes lectures est assez récent. Le COVID m’a amené à utiliser Instagram. Donc, c’est logiquement que j’ai commencé à partager mes avis, mes coups de cœurs sur ce médium. Sur Insta, j’ai pu aussi faire de belles rencontres avec des auteurs, des illustrateurs mais aussi des amoureuses du livres jeunesse… N’est-ce pas les filles d’ALODGA ?

Moi qui étais une « anti réseaux sociaux », j’en suis devenue une addict 😊

  • Parlons donc un peu de tes lectures : quand, comment, avec qui ?

Je lis tout le temps. Je lis pour mes enfants d’abord avec qui je partage ma passion pour la lecture. On échange beaucoup et parfois, ce sont eux qui me font découvrir des choses !

Je lis aussi quotidiennement avec mes élèves. J’ai fait du plaisir de lire une priorité dans mon travail de maîtresse et avoir une classe unique et suivre des élèves sur 5 années permet de bien ancrer cette pratique ! J’espère que les graines semées porteront leurs fruits…

Je lis évidemment et aussi pour moi… Mais, ça, je pense l’avoir déjà dit !

  • As-tu des livres ou des auteur.e.s fétiches ?

Je n’ai pas particulièrement de livres fétiches mais je suis plus sensible aux albums. Le rapport texte-image est si riche. Le talent de certains illustrateurs est tellement grand.

Du coté des auteurs, je dois dire que Marie-Aude Murail et Susie Morgenstern ont une place particulière dans mon cœur et ma bibliothèque. Mais, il y a aussi Mickaël Brun-Arnaud et Clémentine Beauvais avec qui j’échange très souvent sur Instagram et qui sont d’une gentillesse énorme.

Du coté des illustrateurs, je dois avouer que j’ai un autel (et des tatouages aussi) à la gloire de Benjamin Lacombe !

  • Quelle a été ta plus belle découverte littéraire de ces derniers mois ?

Cette question est trop difficile… Il y a tellement de sorties en jeunesse…

Dernièrement, j’ai adoré le nouvel album de Sissi Briche : Les magiciens du Fabulous (Sarbacane – octobre 2026) mais aussi le roman de Sophie Astrabie : Le carnet des promesses tenues (Flammarion Jeunesse – juillet 2026) ou encore le magnifique et premier album de Marie Robert : Voir la beauté partout (Flammarion Jeunesse – Octobre 2026).

  • Nous sommes ravies de t’accueillir sous le grand arbre. As-tu des attentes, des idées ou des envies particulières qui pourraient y prendre forme ?

Je suis également heureuse de faire partie de cette belle équipe qui partage cette belle passion de la lecture !

Je n’ai pas vraiment d’attentes… Surtout des envies de partage et de découvertes parce que ce monde magique de la littérature jeunesse est infini !!!!

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Hélène (la_bibli_jeunesse_dhelene)

  • La littérature jeunesse, pour toi, c’est quoi ?

La littérature de jeunesse, c’est pour moi une branche à part de la littérature dans le bon sens du terme. Celle à laquelle on se raccroche, pour filer la métaphore de l’arbre et rester dans le thème de notre cher blog.
C’est un univers de créativité, que ce soit dans le fond ou sur la forme : aujourd’hui on y traite presque de tous les sujets, et l’exigence du lectorat oblige à l’adaptation et l’honnêteté.
ça a également toujours été pour moi, exactement comme pour Charline, un moyen d’évasion et une source de réconfort. Quoi de plus apaisant que d’écouter des histoires et de se laisser emporter…

  • Depuis quand t’intéresses-tu à la littérature jeunesse ?

Depuis toujours en réalité. J’ai été une grande lectrice dès le plus jeune âge. J’aimais beaucoup les séries style Alice Détective, comme je le disais le plaisir de retrouver des personnages connus et aimés, la liberté de lire quelque pages (ou plus) avant de dormir… Tout cela a fait partie intégrante de mon enfance et a construit une partie de mon identité.

J’ai ensuite lu des livres un peu plus « adultes » car à mon époque, la littérature adolescente n’étais pas aussi riche qu’aujourd’hui. Et puis, pendant mes études de lettres, je cherchais une voie professionnelle qui puisse rassembler les livres et les enfants.. La littérature de jeunesse s’est imposée et c’est là que je l’ai redécouverte, analysé et depuis elle ne me quitte pas.

  • Et depuis quand partages-tu tes lectures en ligne ?

Depuis peu finalement, j’ai ouvert ma page Instagram début 2025, sans trop savoir la forme qu’elle prendrait. Je n’étais pas trop »réseaux sociaux » non plus. Là je me suis bien rendue compte que j’avais loupé le train car certaines y sont depuis 5 ou 10 ans mais je suis ravie de découvrir tous ces comptes qui m’ont fait faire de super découverte et permettent réellement de faire une veille sur les nouveautés et de découvrir de très beaux titres.

Et puis, c’est grâce à cette page que Liraloin m’a contacté et que j’écris pour le blog aujourd’hui, donc c’était une des premières belles surprises des liens qui peuvent se nouer autour d’une passion commune.

  • Parlons donc un peu de tes lectures : quand, comment, avec qui ?

Même si j’adore lire et que cela fait partie de mon quotidien, certains jours j’ai du mal à caser le quart d’heure minimal de lecture mais j’essaie de le faire, toujours. J’aime beaucoup aussi lire le matin avec un bon thé chaud mais cela c’est plutôt pendant les vacances.

Inutile de dire que j’ai toujours partagé cette activité avec mes enfants et ce dès le plus jeune âge, convaincue que je suis des bienfaits de cette pratique quotidienne.

Je lis tout le temps. Je lis pour mes enfants d’abord avec qui je partage ma passion pour la lecture. On échange beaucoup et parfois, ce sont eux qui me font découvrir des choses !

Je lis aussi quotidienne avec mes élèves. J’ai fait du plaisir de lire une priorité dans mon travail de maitresse et avoir une classe unique et suivre des élèves sur 5 années permet de bien ancrer cette pratique ! J’espère que les graines semées porteront leurs fruits…

Je lis évidement et aussi pour moi… Mais, ça, je pense l’avoir déjà dit !

  • As-tu des livres ou des auteur.e.s fétiches ?

C’est vraiment difficile de choisir ! Je suis fan du trait d’Annick Masson et j’adore aussi les romans de Clémentine Beauvais. Dernièrement j’ai adoré les albums de Guillaume Delannoy La soupe à l’aventure et Malo et le Macoui… Mais si vous me redemandez dans quelques semaines, j’aurais sans doute de nouveaux noms à citer !

  • Quelle a été ta plus belle découverte littéraire de ces derniers mois ?

Dur dur ! Grâce au blog j’ai découvert Les pêcheurs d’étoiles de Marie Colot… Côté album j’ai découvert Etrange et fabuleuse Henriette d’Héloïse Solt dont l’univers me plaît beaucoup… Et en BD, je viens de démarrer les deux premiers tomes de Mi-Mouche de Véro Cazot et Carole Maurel, dont Héloïse a déjà parlé ici. C’est ce qui me vient à l’esprit tout de suite, mais il y en a temps !

  • Nous sommes ravies de t’accueillir sous le grand arbre. As-tu des attentes, des idées ou des envies particulières qui pourraient y prendre forme ?

Merci de votre confiance ! Je me présente seulement maintenant mais cela fait une petite année que j’écris ici et mes attentes sont tout à fait satisfaites : échanges, découvertes de nouveaux livres, rencontre de super personnes même si cela reste virtuel pour le moment.. Hâte de continuer avec vous sur cette belle lancée.

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Bienvenue sous le Grand Arbre Charline et Hélène ! Nous sommes ravies de vous accueillir et d’échanger autour de la littérature jeunesse avec vous !

Et ne manquez pas les réponses de Nathalie et Noémie ce vendredi.

Lecture commune : Enragée

Sous notre bel arbre il y a des autrices que nous apprécions particulièrement. Lucie et Liraloin s’étaient déjà donné rendez-vous pour une lecture commune d’A(ni)mal et Cécile Alix avait gentiment accepté notre demande d‘interview. Aujourd’hui Héloïse les rejoint pour discuter de son dernier titre, qui leur a inspiré bien des réflexions ! Bonne lecture.

Enragée de Cécile Alix, PKJ, 2025.

Héloïse : C’est parti ! Que pensez-vous de cette couverture ? Vous a-t-elle inspiré ?

Liraloin : Les couvertures des romans de Cécile Alix sont toujours très attractives. Ici la couverture forme un paysage entre la première et la quatrième de couverture avec cette barre d’immeuble plongée dans la nuit. Quelques lumières éclairent les fenêtres comme des projecteurs pour mieux se laisser happer par ce personnage qui vole. J’adore la couleur des cheveux du personnage qui reflète dans le nom de l’autrice. 

Lucie : Elle va bien avec le titre, ces grandes lettres jaunes qu’on dirait tracées au pinceau façon tag donnent immédiatement une impulsion, de l’énergie. Mais je trouve que pour le coup elle est très différente des deux autres romans de cette « série ». Elle se détache nettement tant dans les couleurs que dans le graphisme. J’ai imaginé un personnage féminin, vif, avec une histoire sombre (la nuit qui déborde sur sa peau, bleue elle aussi). Et toi Héloïse ?

Héloïse : J’avoue avoir acheté ce roman les yeux fermés car écrit par Cécile Alix, et n’avoir prêté aucune attention à la couverture au début ! Le titre qui ressort en gros, en jaune, avec une police un peu façon « tag », je trouvais ça pas mal, tout comme cette silhouette qui danse, qui se lâche… Et puis cette ville de nuit, pour moi, ça colle bien à l’ambiance du roman…

Héloïse : Puisque tu parles de série, Lucie, peut-être pouvons-nous commencer par parler de la postface ? J’ai lu comme toi qu’Enragée faisait partie d’une série de quatre romans, débutée avec A(ni)mal puis Guerrière (lauréat de la catégorie Belles branches du Prix ALODGA 2024), dont nous avons déjà parlé sur le blog. 

Lucie : Oui, allons-y ! J’ai découvert comme vous qu’il allait y avoir un quatrième tome, et je me demandais si vous aviez des idées sur le sujet principal ? Rappellons que Cécile Alix présente cette tétralogie comme “consacrée à la violence à laquelle peuvent être confrontés les adolescents”.

Héloïse : J’avoue n’avoir aucune idée ! Mais je n’ai aucun doute quant au fait que ce sera à nouveau un thème fort, marquant…

Liraloin : D’ailleurs les autres tomes se passent, pour la plupart, à l’étranger. Cécile Alix parle à tous les ados finalement en choisissant de dérouler son intrigue en France pour ce dernier. Alors personnellement je suis très mauvaise en devinette. Et toi Lucie, tu as une idée? 

Lucie : J’avoue que j’étais curieuse de connaître vos propositions mais en réalité je n’ai pas vraiment réfléchi. Cécile Alix a traité le destin des migrants, celui des enfants soldats, les enfants placés… probablement pas le harcèlement qui est déjà très présent en littérature jeunesse et qu’elle a traité dans Six contre un. Il reste malheureusement le choix dans les violences faites aux jeunes !

Six contre un de Cécile Alix, PKJ, 2018.

Liraloin, tu faisais remarquer que celui-ci se déroulait en France, et j’ai cru comprendre qu’il t’avait moins plu que le précédent. Est-ce que tu y vois un lien ou pas forcément ?

Liraloin : J’ai moins apprécié cette histoire dans le sens où je l’ai un peu comparée à No et moi qui m’avait grandement bouleversée. Peut-être que c’est un raccourci facile de ma part. Néanmoins, j’ai tout de même apprécié le texte, l’écriture et la façon dont Cécile Alix relate les évènements. Je suis d’accord avec ce que vous dites : la violence est tellement présente !

No et moi de Delphine de Vigan, 2010

Héloïse : Il y a un lien évident : si les thématiques sont bien différentes de celles d’A(ni)mal et de Guerrière, on retrouve ce personnage adolescent, en butte à la violence du monde. Ce n’est pas la guerre ici, mais une décision de justice. C’est assez glaçant. La violence est différente, mais bien présente… 

Lucie : Je te rejoins Héloïse, on est dans une violence “légale”, c’est très déstabilisant de se dire que de telles situations peuvent exister dans notre pays. Je trouve important de montrer que la souffrance peut être au bas de notre rue, pas seulement au bout du monde. Vous étiez familières de ce type de sujets (enfants placés, familles d’accueil, etc.) ?

Héloïse : Je connais un peu le sujet, mais pas tant que ça, puisque je pensais qu’à l’âge de Fauve, on demandait en priorité l’avis de l’enfant… ce qui n’est clairement pas le cas ici, vu qu’on n’écoute même pas ce qu’elle dit, et qu’on ne prend pas en compte ce qu’elle pense ni ressent… Je sais que la justice oblige parfois à garder le lien parent-enfant, au détriment du choix de l’enfant, mais cela m’a choquée qu’elle soit obligée d’aller vivre avec sa mère qui est pour elle une véritable inconnue…

Lucie : Tu as raison, dans ce roman, Cécile Alix bat en brèche un principe essentiel de l’ASE : le fait qu’un enfant est toujours mieux dans sa famille naturelle (quand elle est en capacité d’assurer sa sécurité) que dans une famille d’accueil. Elle montre que quand il y a rencontre, de vrais liens peuvent se nouer, par delà la génétique. C’est quelque chose à laquelle vous aviez déjà été amenées à réfléchir ?

Liraloin : Oui je me suis posée des questions ayant connu des amis qui étaient famille d’accueil. Ce qui me taraudait c’était la question de l’amour. Peut-on se laisser à aimer un enfant comme son propre enfant sachant qu’un jour soudainement il peut être amené à retrouver sa famille naturelle ? 

Lucie : Cela doit être une situation très compliquée émotionnellement. Pour moi tu ne peux pas t’empêcher d’aimer un enfant qui vit sous ton toit, et en même temps, comme tu le dis ce n’est pas ton enfant et il peut partir à tout moment. Ce qui me questionne, pour être honnête c’est aussi cette histoire d’autorité parentale qui fait qu’un parent peut se voir retirer la garde de son enfant mais continuer à peser sur ses choix d’orientation, etc. Ma tante, ancienne instit, a été famille d’accueil pour un petit garçon qui n’était absolument pas disponible pour les apprentissages (normal vu ce qu’il avait subi) et l’équipe pédagogique, soutenue par la maman, voulait l’orienter en IME alors que pour elle il avait largement les capacités de poursuivre une scolarité normale à condition qu’on lui laisse le temps et qu’on l’accompagne. Boris Cyrulnik ne dit pas autre chose quand il parle de « tuteur en résilience » dans son autobiographie Sauve-toi, la vie t’appelle. Ca m’a retourné le coeur et beaucoup questionnée en tant que prof. Même si la famille d’accueil n’a aucune légitimité, c’est elle qui côtoie l’enfant au quotidien. C’est assez abyssal comme réflexion. Le tout étant de chercher ce qui est le mieux pour l’enfant, et Cécile Alix montre bien que cela dépend aussi énormément du juge qui s’occupe du dossier.

Sauve-toi, la vie t’appelle, Boris Cyrulnik, Odile Jacob, 2012.

Héloïse : Pour avoir connu beaucoup de situations différentes dans mon entourage et parmi mes élèves, j’ai remarqué qu’on pouvait trouver autant d’amour et de tendresse dans une famille qui n’est pas sa famille biologique… D’ailleurs, ce « trope » de found family, de famille de cœur, me plait beaucoup en général dans les romans.

Liraloin : J’aime beaucoup vos réflexions et vos expériences. Après tout, nous sommes complètement dans le sujet et ce dès le début du roman.

Liraloin : Le début du roman s’ouvre avec une playlist, nul doute qu’il y aura de la musique dans ce roman, de la danse pour être plus précise. Comment avez-vous trouvé cette introduction et le premier chapitre qui nous présente notre personnage principal : Fauve? 

Lucie : Fauve est un personnage qui a un rapport très fort au corps. Elle est passionnée de danse et Cécile Alix parvient à traduire de façon physique aussi bien son mal-être (extrait en haut de la page 57, 136) que son bien-être (page 65, 256) et même les moments de transition (p.109, 167) ou la relation amoureuse (p.198, 205). C’est un aspect qui m’a beaucoup plu, ces sensations qui la traversent sans cesse.

Héloïse : Waouh, je suis admirative, tu as même noté les pages ! Moi ce qui m’a marqué sur son rapport au corps aussi, c’est le regard des autres. Il y a une citation qui m’a particulièrement frappée, elle sonne si juste : 

“Je n’avais jamais mesuré à quel point le fait d’être une fille représentait un handicap. On peut mettre en place les stratégies les mieux rodées pour y échapper, il arrive toujours un moment où le corps s’impose, prend toute la place et nous rend vulnérables. On n’a pas le choix, il finit invariablement par devenir un objet. De comparaison, de honte, de critique ; de convoitise, de possession, de soumission ; de fantasme, d’humiliation ; de chantage, de commerce, de marketing ; parfois de fierté et de pouvoir… II n’est jamais anodin. Même enfoui sous des couches de vêtements, il reste soumis aux appréciations.
Pourquoi ne fait-on pas aussi grand cas des corps masculins ?
Tant qu’une fille ne deviendra pas un homme comme un autre aux yeux de la société – un humain comme un autre -, tant que l’on ne cessera pas de soupeser le corps des femmes, de l’évaluer, de le juger, l’égalité des genres restera une utopie.

Lucie : J’avais aussi noté ce passage. Il y a un vrai discours sur le corps de la femme dans la société à ce moment-là, et il est parfaitement justifié par la situation précaire de Fauve. Autant je ne suis pas une féministe particulièrement vindicative, autant ce discours là a résonné fortement. Chez vous aussi ?

Héloïse : Chez moi oui. Parce que je comprends très bien ce que Fauve ressent à ce moment-là, je le visualise un peu trop bien. C’est une question que j’ai souvent remarquée : on parle beaucoup du corps des femmes, il est soumis à de nombreuses injonctions, beaucoup moins de celui des hommes (même si c’est une problématique qui évolue). 

Liraloin : J’ai vraiment trouvé ce premier chapitre très galvanisant dans le sens où j’avais l’impression d’être dans le corps de Fauve, ressentir le bienfait de la danse ça doit être magique ! Je voulais juste ajouter que Fauve danse et prend du plaisir car elle est sans doute épanouie dans sa famille d’accueil, enfin j’aime à le penser comme ça.

Héloïse : Oui, la danse, c’est magique. Et c’est aussi un très beau moyen d’expression, de faire ressortir ses émotions, et je trouve que Fauve le montre bien.

Les mots, les cris refoulés au fond de ma gorge, les noeuds, les serpents entortillés dans mon ventre, l’eau et le sel qui ne coulent pas de mes yeux, mon corps les interprète. Danser, c’est le seul moyen que j’ai trouvé pour exister.
Depuis longtemps, avant que j’aie conscience d’être moi-même, une brèche s’est ouverte au creux de ma poitrine. Quelque chose de profond, d’archaïique. Une peur à laquelle rien ne résiste. Une terreur qui me troue. La danse comble mes gouffres.

Lucie : On l’a bien dit, cette série de romans aborde la violence subie par les adolescents, mais Cécile Alix veille sur eux en leur faisant rencontrer des humains extraordinaires. Il y a encore une fois beaucoup de beaux personnages dans ce roman, qui répondent à la citation de Romain Gary mise en exergue : « Le désespoir est toujours une soumission » tiré des Cerfs-volants, son dernier roman (en parlant de désespoir…). Ils sont tous extra mais je me demandais si l’un d’entre eux vous avait particulièrement touchée ? Les filles SDF, les habitants du squat, Damien, même l’amoureux, un peu sous-exploité mais charmant… dur dur !

Héloïse : Ahhhhh il faut choisir !!!!  Pas facile. Sa famille d’accueil est adorable, les rencontres qu’elle fait dans la rue réservent de belles surprises aussi. Mais finalement, peut-être que celui qui m’a le plus marquée, c’est son éducateur, Damien, parce qu’il change au fil de l’histoire. Très “rigide” presque au début, il finit par comprendre Fauve et prendre des risques pour elle. Il m’a touchée. Lui aussi a un passé difficile…

Lucie : Je l’avoue, Damien m’a beaucoup touchée aussi. J’ai aimé son changement de posture et l’explication de ce changement. J’en ai eu des frissons.

Liraloin : J’ai une petite préférence pour le Yéti qui est une force tranquille. Il écoute, il protège, il conseille, ne fait pas la morale. Il connaît la rue, son environnement et entend les problèmes. Mais tout comme vous, les autres personnages sont importants, ils accompagnent Fauve et tour à tour lui apprennent ce qu’est la vie véritablement (les choix, le destin…)

Héloïse : Il a un côté “vieux sage” très posé effectivement. Il est là pour les autres, à l’écoute, toujours prêt à rendre service. Et à défendre ses valeurs. 

Lucie : Ah, le Yéti et sa bibliothèque ! Forcément ! Je me suis renseignée sur l’existence de cette bibliothèque à destination des SDF parce que tant qu’à faire je leur aurais donné des livres, mais impossible de trouver. Si c’est une invention de Cécile Alix, elle devrait être mise en œuvre !

Héloïse : Je trouve ça très chouette aussi ! 

Lucie : Il ne s’agit pas de divulgâcher mais cela arrive très tôt dans le roman alors il faut bien en parler : plutôt que de vivre avec sa génitrice, Fauve préfère fuguer et se retrouve à la rue. Comment avez-vous trouvé la présentation de cet environnement ?

Liraloin : Je me souviens que j’ai été assez sensible aux revirements de situations. Cette sensation m’a fait penser aux rumeurs de la rue selon les moments de la journée. Je ne sais pas si vous voyez ce que je veux dire. La rue est rassurante comme elle peut complètement absorber un être. Cécile Alix réussit à bien nous le montrer à travers tous ces personnages.

Héloïse : Il y un mélange de sensations au début de la fugue : peur, liberté, espoir, tension… et la nuit qui tombe, et le stress qui va avec. C’est très réaliste. Comme tu dis, la rue apparaît comme un refuge, et en même temps fait peur. D’ailleurs, Fauve a peur au début, quand elle rencontre Edith et Sam. 

Lucie : Encore des personnages géniaux ! La notion de temps aussi avec la montre est très parlante. Dans l’ensemble, ce que Sam et Edith lui apprennent, les “règles de la rue” sont à la fois rassurantes – car avec les codes on se protège plus facilement – et en même temps vraiment glaçantes…

Héloïse : Oui, le temps, et l’hygiène ! Tous ces petits “détails” qui n’en sont pas quand on doit vivre dehors… et des contraintes qu’on ressent encore plus quand on est une femme ! 

Lucie : Exactement ! Cela nous oblige à nous rendre compte de la difficulté de vivre dans la rue. Chaque geste qui nous semble anodin est une bataille.

Lucie : Pour conclure, notre question rituelle : à qui conseilleriez-vous ce roman ?

Liraloin : Aux passionné(e)s de danse car il est beaucoup question de corps comme vous l’avez mentionné plus haut. Aux pessimistes car il y a des personnages avec une force incroyable. Bien sûr je le conseille aux grands ados et aux adultes !

Lucie : Je ne suis pas passionnée de danse mais ce rapport au corps et cette attention aux sensations m’a vraiment touchée. Je dirais pas trop tôt quand même (14-15 ans ?) parce que le sujet est complexe et lourd. Mais aux ados qui se sentent concernés par le sort des moins chanceux, des plus démunis, qui souhaitent changer de perspective. Et à leurs parents, cette histoire fait relativiser les problèmes du quotidien !

Héloïse : Aux ados mal dans leur peau. Aux personnes qui aiment les textes poétiques (la plume de Cécile Alix est vraiment belle et émouvante), à celles qui aiment les romans abordant des questions de société. Aux adultes curieux. effectivement, comme toi Lucie, je dirais pas avant 13-14 ans, car les thématiques sont dures – mais essentielles ! 

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Avons-nous réussi à vous donner envie de découvrir Enragée? Et si vous l’avez déjà lu, qu’en avez-vous pensé ?

Nos coups de coeur de septembre

En cette saison encore estivale, nous aimons prolonger nos lectures au soleil avant de bientôt trouver refuge sous un plaid bien chaud. En attendant que l’automne s’installe véritablement, voici nos belles lectures de ce mois de septembre.

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Liraloin a un peu moins lu d’albums ou de romans jeunesse ces derniers mois, il y a cependant deux titres qu’elle souhaitait mettre en avant. Il s’agit de deux albums publiés cette année qui s’adressent aux tout-petits : Loupiotes de Marine Rivoal et Premier souffle de Hu Yifan.

Loupiotes de Marine Rivoal – Les Grandes personnes, 2026

Le bain est donné, l’histoire est racontée, le doudou est paré de son jaune lumineux et accompagnera ce bébé vers le doux moment de l’endormissement. Loupiotes comme ces petites touches de lumières çà et là qui viennent éclairer la nuit. Bienvenue dans le monde où le papillon viendra chercher sa lumière, où le phare illuminera la mer, où le jour semble vouloir se pointer sur nos loupiot(e)s. La tête remplie de rêves qui glissent lentement vers le réveil, bébé pourra enfin saluer le lever du soleil printanier.

Avec une grande délicatesse, Marine Rivoal joue sur l’ombre et la lumière. Dans cet album sans texte, la technique utilisée pour la réalisation des illustrations nous invite à la quiétude comme si le rêve envahissait lentement l’endormissement du bébé. Une histoire douce qui laisse le temps s’échapper vers le monde de la nuit.

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Premier souffle de Hu Yifan – HongFei, 2026

Si le Mont Fuji entrait en irruption, il nous montrerait d’abord son calme légendaire « inspire » pour mieux laisser échapper la lave volcanique brûlante « expire ». La grenouille inspire pour expirer un souffle qui sort de sa gorge gonflée d’air. L’escargot fait beaucoup d’effort pour sortir de sa coquille. Quant aux pissenlits, au moindre souffle la Nature fait s’envoler ses pistils cotonneux. Ensemble nous pouvons ressentir le calme lorsque notre « machine » s’arrête et stoppe ses pensées…

La couleur domine cet album où le monde animal et végétal est célébré. Soyons à son écoute, inspirons-nous d’eux pour mieux accueillir ces petites vies qui naissent aux quatre coins de la planète.

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Pour cette rentrée, HannaisPaul a voulu faire partager son coup de cœur « local » : Paloma Pumpkin : journal de bord d’une piratesse. L’histoire suit une jeune fille intrépide en quête d’aventure.

L’autrice Vanessa Simon Catelin et l’illustrateur François Soutif ont créé cet album entièrement en partenariat avec le port d’Honfleur avec l’ambition de faire connaître l’histoire de ce port magnifique et pittoresque aux plus jeunes.

Paloma Pumpkin, journal de bord d’une piratesse – Ecole des Loisirs, 2026

« L’intrépide Paloma Pumpkin ne rêve que d’une chose : prendre la mer et devenir piratesse ! Alors quand elle découvre une mystérieuse carte au trésor, elle n’hésite pas une seconde et grimpe à bord du Passereau, le navire du redouté capitaine Gaillard. Très vite, elle découvre que derrière les trésors convoités se cache une sombre réalité : celle de femmes et d’hommes réduits en esclavage… » (Résumé de l’éditeur)

Dans ce livre, il est question d’esclavage mais aussi de marchands de couleurs. Le père de l’héroïne tient sur port une échoppe de couleurs dans laquelle les artistes viennent chercher un bleu unique. L’aventurière accompagnée de son ami découvre au cours de leur cheminement un endroit magnifique où ce bleu est créé.

L’illustrateur intègre dans ses planches à l’aquarelle cette couleur lumineuse et les teintes employées tout au long de l’ouvrage le font ressortir.

Séparée en plusieurs parties, l’histoire emporte les enfants dans les péripéties de Paloma à la manière d’un journal (bah oui en même temps, c’est écrit dans le titre…).

C’est un texte plein d’espoir, de féminisme et d’aventure qui permet aux enfants d’entrer dans une époque assez sombre de notre histoire et c’est un très bel objet avec son dos en tissu et sa couverture épaisse.

Une belle idée de cadeau en somme !

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Après un été consacré à la littérature générale, Lucie a retrouvé avec bonheur sa PAL de littérature jeunesse. Beaucoup de belles découvertes, parmis lesquelles Va te changer !, J’ai vu un magnifique oiseau, Non réparable, Flanby, Comment j’ai raté ma vie, Photo au zoo, L’été où j’ai (enfin) eu chaud dont elle met les liens vers ses avis pour les curieux. Cela a été difficile de faire un choix mais deux titres se sont finalement détachés.

La Baie des Baleines-Pleines – La fugue de Mara, Frédérique Blu, Hélium, 2026.

Ce titre plein de promesses figure dans la sélection du prix Vendredi. Lucie a d’abord été séduite par la plume de Frédérique Blu, qui est aussi poétique et délicate que le titre le laissait l’espérer. Mais aussi par ce beau personnage de Mara, qu’elle a adoré accompagner tout au long de son voyage vers la Baie des Baleines-Pleines, et un peu au-delà. Son attention aux éléments naturels, son amour pour son frère, sa rencontre avec Padraic… tous ces fils sont parfaitement entremêlés et l’ont profondément touchée. Cela ne fait aucun doute : elle lira le prochain roman de Frédérique Blu.

Nous préparons naturellement un article pour vous présenter la sélection, mais si tous les titres sont de ce niveau cela va être très compliqué de pronostiquer un lauréat !

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La vie même pas peur, poème de Maya Angelou, illustrations de Jean-Michel Basquiat, Cotcotcot, 2026.

Lucie connaissait Maya Angelou de réputation sans avoir jamais rien lu d’elle. Cet album qui la voit associée à Jean-Michel Basquiat était l’occasion de sauter le pas. Il s’agit d’un long poème qui n’a pas pris une ride, rythmé par le refrain « la vie, même pas peur ». L’éditrice a réalisé un travail de documentation extraordinaire pour trouver les œuvres de Basquiat qui dialoguent avec les mots de la poétesse. Le résultat n’est pas seulement beau, la portée de l’oeuvre des deux artistes est démultipliée par leur association. C’est à la fois étonnant et stimulant. Pour ne rien gâcher, l’objet-livre est particulièrement soigné avec dos en toile et papier épais. Quel plaisir de sentir immédiatement qu’on a un objet d’art dans les mains !

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Héloïse a été très émue par la lecture du Webtoon Tes lettres, de Cho Hyeon A.

Le pitch ? Une jeune lycéenne, harcelée, change d’école pour ne plus avoir à subir les brimades de ses camarades.

Mais arrivée dans son nouvel établissement, elle n’arrive pas à s’ouvrir aux autres, traumatisée par son expérience passée. C’est alors qu’un jour, elle trouve une lettre scotchée sous sa table. Lettre qui se révèle être un véritable jeu de piste.

Héloise a eu le cœur serré par cette lecture, avant d’être happée par le mystère des lettres et des indices. Contrairement à ce qu’elles craignait, si le debut est difficile car douloureux, la suite est lumineuse. Il faut dire que l’univers créé par l’autrice est envoûtant, presque magique ! Les illustrations, grises et froides au début de l’histoire, deviennent par la suite colorées, et très lumineuses.

Harcèlement donc au progrès, mais aussi et surtout amitié, avec ces liens indéfectibles qu’on peut nouer et qui nous apportent beaucoup. Cette amitié qui repousse les ténèbres et rend plus fort. Tes Lettres est donc un graphique qui fait du bien, qui part du laid pour emmener vers le beau…

Tes lettres, de Cho. Hyeon A. Milan, 2026.

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Séverine a, comme Lucie, lu beaucoup de littérature générale en septembre, rentrée littéraire oblige, néanmoins, elle n’a pas tout à fait délaissé la littérature jeunesse. Son coup de cœur absolu a la particularité de mettre en scène un personnage masculin adolescent très fragile, loin des stéréotypes que nous impose parfois une société où patriarcat et culte du virilisme semblent encore avoir de beaux jours devant eux, tout en un dressant le portrait ambivalent et très subtil d’un personnage féminin, aussi surprenant que déroutant.

Jeanne, jusqu’à preuve du contraire, est un roman pour grand.e.s adolescent.e.s inspiré d’un fait réel américain d’il y a quelques années, transposé en France. Il relate la relation entre Barnabé, adolescent dépressif malgré des conditions de vie plutôt agréables, et Jeanne, issue d’un milieu bien moins favorisé, avec laquelle il échange des milliers de SMS. Ell est à la fois sa confidente, sa « petite-amie » même s’ils ne se sont rencontrés que 3 fois, et sa…sa quoi ? Sa meurtrière à distance ?! C’est la question que nous nous posons tout au long de cette histoire terrifiante. En effet, si au départ Jeanne luttait pour ne pas laisser Barnabé s’enfoncer dans sa dépression, elle finit par l’inciter à passer à l’acte. Elle est au téléphone avec lui au moment de sa mort. Au travers de leurs échanges de messages, nous sommes d’abord témoins de l’évolution de leur relation, et de l’enquête pour déterminer le rôle de Jeanne dans le suicide de Barnabé. Nous suivons enfin son procès, censé nous éclairer sur la culpabilité, ou non, de la jeune fille. Tout au long du récit, l’alternance des points de vue, – voisine, camarades de classe, de sport, famille, ami.e.s, enquêteurs, journalistes, etc.- bouscule nos premières impressions. Sur elle, tout le monde a un avis, tout le monde la juge, mais au fond, personne ne la connaît. Et quand la Défense entre en scène, c’est un tout autre visage que celle d’une manipulatrice sans scrupule qui se dessine. Dans ce roman choral ample et puissant, à la fois glaçant, terrible, et surtout très intelligent dans la manière qu’il a de nous faire douter de tout, de ne pas trancher, d’interroger notre conscience, rien n’est blanc ou noir, tout est nuancé et c’est ce qui en fait sa très grande force. Il questionne à la fois le déterminisme social, les réseaux sociaux, le harcèlement, la solitude, l’éco-anxiété, la santé mentale, autant de sujets très contemporains auxquels la jeunesse d’aujourd’hui ne peut se soustraire. Fascinant, haletant, suffocant, malaisant, implacable, brillant, bouleversant, tels sont les adjectifs que Séverine retiendra de sa lecture de cet exigeant roman, à ne peut-être pas mettre entre toutes les mains, mais d’une acuité impressionnante.

Jeanne, jusqu’à preuve du contraire, de Julien Dufresne-Lamy, Actes Sud jeunesse, septembre 2026

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Hélène de son côté a découvert la série Détective Prout. Mi-album, mi- BD, ces petites enquêtes passionneront les enfants à partir de 7 ans. En effet pour la rentrée, quoi de mieux que de réfléchir tout en s’amusant !

Série japonaise, elle se distingue par le côté kawaï des illustrations. Le célèbre détective à la tête en forme de fesses est accompagné de Brownie, un petit chien très mignon et plusieurs autres personnages complètent cet univers au gré des différentes enquêtes.

Les points forts qui ont conquis Hélène sont bien entendu l’humour et le format ! Au-delà de ce que pourrait laisser penser le titre, nous sommes face à une narration très intelligente et à des indices semés ça et là qui rendent la lecture interactive : idéal pour l’âge visé !

Humour, réflexion et belles illustrations, voilà de quoi attirer le plus grand nombre vers la lecture : nous avons tous les ingrédients d’un succès ! Avec 7 tomes à ce jour parus depuis début 2025, il y a de bons moments à passer soit en lecture autonome soit en famille !

Bonnes enquêtes à tous !

Détective Prout, Troll, éditions Nathan, 2025-2026

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Pour Noémie, le coup de cœur de septembre, c’est La colo des Vampires de Violet Chan Karim L’automne est là et Halloween approche donc rien de tel qu’une BD qui parle de Vampires pour se mettre dans l’ambiance du temps qui file. (Même si cette dernière se déroule en été, elle colle parfaitement à la Spooky season qui commence.)

Nous allons suivre la mésaventure de Maya, une jeune fille passionnée de cuisine qui est ravie de participer à une colonie de vacances culinaire. Malheureusement, elle va se retrouver dans une colonie de Vampires ! Et là, on pourrait penser que c’est le drame, mais Maya va réussir à bien s’intégrer dans le cercle des buveurs de briquettes de sang.

Une bande dessinée colorée, aux dessins aisés, qui plait aux petits. Une bande dessinée posée, pour évoquer des sujets sérieux qui aideront les plus grands. Une bande dessinée qui réunit les générations autour de l’humour, l’amitié et l’acceptation.

La colo des vampires, de Violet Chan Karim, Hachette, 2025

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Et vous, quels sont vos coups de coeur de septembre ?