Nos coups de cœur de janvier

Mais oui 2026 est enfin là et nous reprenons nos belles habitudes ! Voici en exclusivité et rien que pour vous nos nombreux coups de cœur. Un bon thé, un plaid et un excellent livre, quoi de mieux pour affronter cet hiver piquant ?!

*

Pour Liraloin, c’est encore une BD qui remporte tous les suffrages. Tous les ingrédients sont réunis pour partir dans une aventure complétement loufoque sur un océan pas si Pantouflard que ça.

Forbans ! de Renaud Farace & Olivier Philipponneau – Editions 3oeil, 2025

Lorsque Barbe-en-Tas apprend qu’il est papa, tout va pour le mal dans ce bateau de pirates survoltés : « mon hériter, un terrien ?! Foi de Barbe-en-Tas, une telle infâmie n’arrivera pas. » Enlevé par son géniteur, Eric ne cherche qu’à s’enfuir de ce maudit rafiot afin d’aller s’unir à la merveilleuse et riche Eléonore. Mais sur l’océan Pantouflard la navigation n’est pas une activité des plus tranquille. Entre crises existentielles, tentatives de mariage et de mutinerie, personne ne sortira complétement indemne de ce voyage oh combien périlleux : « Ho ça va vous, hein ! Vous feriez moins les malins si on avait empêché vos noces, détruit votre avenir de gentilhomme et, cerise sur le pudding, si une bande de malpropres emplumés vous avait capturés pour vous occire au fin fond d’un marais perdu en plein océan Pantouflard !».

Quels joyeux lurons que ces forbans d’eau salée ! Quel régal de rire comme des pirates en lisant cette aventure qui n’arrête pas une seconde. Entre les jeux de mots et les punchlines, on s’amuse comme des gosses, après tout on est tous des mômes devant cette BD. Les personnages sont tous complétement barrés c’est sans doute les conséquences de la palette de couleurs utilisée par O. Philipponneau.

Si vous souhaitez en savoir plus, venez les rejoindre à bord pour partir à la recherche de la fameuse perle mais attention à cette tribu des Kot Kot Kot et les animaux qui peuplent cette île maléfique… brrrrrrrrrrrrrrrrrr…

*****

Lucie a été séduite par le roman graphique grand format Le berger et l’assassin. L’histoire de ce berger recueillant un assassin l’a profondément touchée. Le texte d’Henri Meunier s’attache à la simplicité de son personnage, mais ouvre des questionnements moraux passionnants. Et les illustrations de montagne de Régis Lejonc sont somptueuses. Un coup de cœur à tous points de vue !

Le berger et l’assassin, Henri Meunier, Régis Lejonc, Little Urban, 2022.

Sa chronique ICI.

*

C’est aux Éditions Rue du Monde que Lucie doit son deuxième coup de cœur. Contactées en prévision des articles sur l’EVARS (à paraître prochainement), elles lui ont partagé l’album Noli qui dit Non !. Antje Damm y met en scène un petit rongeur capturé par un enfant qui souhaite jouer avec. Sans que le propos ne soit appuyé, le jeune lecture se voit sensibilisé au consentement, au respect et à la cause animale. Et pour ne rien gâcher, les illustrations de cet album sont très graphiques.

Noli qui dit Non !, Antje Damm, Rue du Monde, 2025.

Son avis complet ICI.

******

Héloïse – Hélolità a lu beaucoup de graphiques ce mois-ci, en voici une petite sélection ! Elle est retombée en enfance le temps de sa lecture de Dina et le millimonde, a vibré avec Soeurs de glisse, et a retrouvé avec un grand enthousiasme les héros atypiques de Promenons-nous dans l’espace.

Dina et le millimonde, c’est la nostalgie de l’enfance, l’odeur des plats italiens qui mijotent, le goût de l’aventure et du mystère… Dina, c’est une jeune fille qui vit seule avec sa mère depuis que son père a mystérieusement disparu. Elles vont passer quelques jours de vacances chez Nonna, la grand-mère, enfin, c’est ce qui est prévu… La magie s’invite, Dina rétrécit subitement, et découvre un nouvel univers…

Chronique familiale, puis aventure pleine de rebondissements, ce premier tome a su charmer Héloïse, avec cette héroïne au caractère (trop) bien trempé, ces relations mère-fille compliquées, cette grand-mère si adorable, ces mystères, cet univers minuscule. Une lecture chaleureuse, et en même temps rythmée et prenante.

Dina et le millimonde, tome 1 : Le peuple du grenier, de Antonello Dalena et Stéphane Lapuss’, Dupuis,
janvier 2026

Sa chronique ICI.

*

Léonie est née malvoyante. Cela ne l’a jamais empêchée de faire du sport à haut niveau en milieu valide. Mais son handicap finit par la rattraper. Sa mère lui propose alors de tenter le ski paralympique. Contre toute attente, cela lui plaît. Sauf que c’est sa sœur, avec qui elle ne s’entend guère, qui sera sa guide…

Avec Sœurs de glisse, Héloïse a plongé dans l’univers du ski paralympique. Handicap, acceptation de soi et des différences y sont abordés avec finesse, mais ce qui l’a touchée avec ce graphique, c’est surtout la relation qui se tisse peu à peu entre les deux sœurs du titre. On sent bien au départ que tout les oppose, et ce nouveau défi, avec toutes ses difficultés, les rapproche peu à peu…

Sœurs de glisse, de Gwenola Morizur et Agnese Innocente, Jungle, janvier 2026

La chronique complète d’Hélolitlà ICI.

*

Promenons-nous dans l’espace, c’est un manga qui avait su surprendre Héloïse dès le premier tome. Dès qu’elle a aperçu cette suite chez son libraire manga préféré, il a aussitôt été acheté, précieusement ramené à la maison, et dévoré.

Promenons-nous dans l’espace, ce sont deux « héros » atypiques, l’un en échec scolaire, et qui jusqu’à présent a toujours fait comme si cela ne le dérangeait pas, l’autre neuroatypique. La rencontre des deux, c’est une belle surprise, et une amitié qui se tise peu à peu, entre doutes, moments de partage et d’échange, difficultés à affronter.

D’une soirée avec le club d’astronomie à la difficile révision des examens en passant par la difficulté à être entouré de gens et sursollicité, toutes les thématiques sont abordées avec bienveillance. C’est touchant. Avec en rime un beau message : chacun a ses forces et ses faiblesses, mais tout le monde peut s’en sortir. Entraide, différence, zeste de folie, persévérance, voila un petit bonbon tout doux et foufou à savourer sans hésitation !

Promenons-nous dans l’espace, tome 2, de Inuhiko Doronoda, Glénat manga, janvier 2026

Sa chronique détaillée ICI.

*****

Pour Séverine, les coups de cœur du mois, ce sont d’abord les 2 nouveautés de la récente collection Faire humanité, emblématique de la ligne éditoriale des Editions du Pourquoi pas ? : originalité (2 courts textes en vis-à-vis, que l’on peut lire séparément mais qui se « répondent »), belles illustrations (douces et évanescentes de pour Petite chose/Et si l’on s’aime, punchy et chamarrées pour Fashion victim/Sous toutes les coutures), sensibilité, poésie, réflexion, à portée d’enfant, toujours.

Dans Petite chose, de Claire Beuve et Et si l’on s’aime, de Cathy Ytak, c’est la réciprocité du sentiment amoureux qui est interrogée, qu’elle soit bafouée, ou sublimée. Quand Claire Beuve, dans un texte à la fois doux et rythmé, sans complaisance mais sans jugement, dénonce les mariages forcés, au nom de traditions séculaires, de jeunes filles tout juste adolescentes, c’est la voix de celles qui n’en ont pas que l’on entend, qui résonnent tel un chant d’espoir. Quand Cathy Ytak, tout en pudeur, raconte les premiers émois amoureux, la découverte de la sensualité, au féminin comme au masculin, on imagine avec elles que filles et garçons d’aujourd’hui sauront rebattre les cartes, déconstruire les clichés et injonctions de genre, tout en faisant du consentement l’as de leurs relations, au présent et à venir. Pour un autre avenir.

Petite chose/Et si l’on s’aime, de Claire Beuve, Cathy Ytak, illustré par Josephine Fromme, Editions du pourquoi pas?, 2026

Sa chronique complète ICI.

Dans Fashion victim et Sous toutes les coutures, Marie Colot nous invite, tout en nuances, à voir plus loin que le bout de notre jean, à en découdre avec nos habitudes consuméristes, à ne pas cautionner la fast fashion qui asservit, gaspille, pollue…Et l’on se prend à vouloir revêtir de nouvelles peaux d’âme…tissées d’humanité.

Fashion victim /Sous toutes les coutures, de Marie Colot, illustré par Gin, Editions du pourquoi pas ?, 2026

*

Mais elle a surtout eu le coup de cœur absolu pour un magnifique album-photo, paru aux Etats-Unis et au Japon en 1967, écrit par l’autrice américaine Betty Jean Lifton, avec des photographies en noir et blanc de l’artiste japonais Eikoe Hosoe. L’album s’appelle Taka-chan et moi-Le voyage d’un chien au Japon. Il vient d’être édité pour la première fois en France par les éditions MeMo et c’est une splendeur. Histoire d’amitié entre un chien Braque de Weimar majestueux, Runcible, et une fillette japonaise, Taka-chan, « prisonnière » d’un dragon qui refuse de la laisser retourner chez elle pour se venger de son père, à moins que Runcible ne trouve la personne la plus loyale de tout le pays, et dépose une fleur à ses pieds. Nous suivons ainsi nos deux héros, complices et courageux, dans tout Tokyo, jusqu’à…un chien, mais pas n’importe quel chien ! La légende d’Hachiko parle certainement aux passionné.es de Japon, n’est-ce pas Lira loin? Les photographies en noir et blanc, jouant avec le flou, le mouvement, la profondeur de champ, le contraste…sont superbes et déroutantes, le récit, dont le chien est le narrateur, est truffé (et l’on conviendra que c’est fort à propos !) d’humour, de tendresse canine, d’émotions à fleur de crocs…Onirique, cet album unique s’ouvre et se clôt par cette question : « Qui peut bien dire si ce qu’on vit tient du rêve, ou de la réalité ? » La littérature jeunesse à son meilleur.

Taka-chan et moi-Le voyage d’un chien au Japon, de Betty Jean Lifton, photographies d’Eikoh Hosoe, Editions Memo, 2023

*****

Sauveur et fils, Marie-Aude Murail, l’école des loisirs, édition 2025

Hélène pour sa part a découvert 10 ans après tout le monde la série Sauveur et Fils de Marie-Aude Murail à l’occasion de sa réédition et elle a dévoré les 3 premiers tomes.

Une lecture fluide et des personnages auxquels on s’attache très rapidement l’ont immédiatement séduite : Sauveur, Louise, leurs enfants et une famille élargie aux voisins et amis des amis forment une amille recomposée si attachante ! Et bien sûr questionnements existentiels des patients de Sauveur qui, quand il ne tente pas de mettre de l’ordre dans sa propre vie aide les autres à mieux vivre la leur puisqu’il est psychologue apportent de la profondeur au récit.

A la fois intemporel et incroyablement moderne, ce livre nous offre toute une palette de sentiments sans tomber justement dans les « bons sentiments », une réflexion complexe sur les personnages extrêmement bien construits, un amour des enfant, une tendresse pour les adolescents et leur tourments, une manière de regarder le présent et le passé avec douceur et de multiples rebondissements, pour beaucoup d’entre eux liés aux hamsters adoptés par Sauveur et son fils Lazare.

Racisme (Sauveur est martiniquais), secrets de famille, poids du passé, transidentité, scarification, famille dysfonctionnelle, tentative de suicide, burn-out des enseignants… Tous ces sujets très lourds sont traité avec finesse et naturel, car derrière la porte de son cabinet, la « vraie vie » de Sauveur l’attend et dans cette vie il y a des enfants à élever et à protéger du monde sans leur en cacher la dureté. L’humour présent à chaque page ou presque aide beaucoup à cela !

Du vrai beau roman jeunesse comme on aime !

*

Le second coup de coeur d’Hélène est l’album Etrange et fabuleuse Henriette d’Héloïse Solt.

Séduite par le graphisme de la couverture et par le titre, Hélène n’a pas été déçue de l’histoire. Les illustrations sont fidèles à celles de la couverture, fouillées, et Henriette tellement mignonne avec ses tâches de rousseur et ses coccinelles dans les cheveux ! Son prénom donne le ton, elle est un peu en décalage avec les enfants de son âge puisque ses passions sont les endives et les insectes.

Henriette va rencontrer une créature jaune vif, qui va un jour se matérialiser devant elle et partager sa passion pour les insectes. Afin de la convaincre de manger autre chose, Henriette emmène sa nouvelle amie à l’école et notamment à la cantine où tout le monde se montre persuasif, en étant très créatif avec la nourriture, pour faire découvrir de nouvelles saveurs la créature qui est très attachante. Kawaï food, rires et nourriture partagé permettront à Henriette de s’intégrer tout en restant elle-même.

Un album loufoque mais avec un message profond, avec plusieurs degrés de lecture et des illustrations très belles et détaillées, voilà la recette d’un livre de qualité à mettre entre toutes les mains à partir de 4 ans et bien au-delà !

Etrange et fabuleuse Henriette Héloïse Solt, Little Urban; 2025

*****


Et vous, quelles histoires vous ont fait vibrer en ce début d’année ?

Lecture commune : 72 saisons au Japon

Lucie, Héloïse et Liraloin ont décidé de partir très loin, dans un pays fantastique et accueillant. Une île où 72 micros saisons rythment la vie des japonaises et des japonais. Curieuses et charmées par ce documentaire, elles vont voulu échanger leurs impressions. Préparez-vous un bon thé matcha, et en route pour le Pays du Soleil Levant…

72 saisons au Japon, Kyùreki un calendrier de la Nature d’Emmanuelle Grundmann & Gilberte Niamh Bourget, 2025

Liraloin : Avant la lecture de ce documentaire, saviez-vous que les japonais étaient très attachés au cycle des saisons ? 

Héloïse : Je ne suis jamais allée au Japon, j’avoue connaître surtout ce pays grâce à ma lecture de mangas (j’en lis énormément), et j’avais remarqué que le printemps, et notamment la saison des cerisiers en fleurs, jouait un rôle important chez eux, tout comme certaines fêtes. Mais je n’imaginais pas qu’il y avait autant de mini-saisons ! 

Lucie : Moi non plus. Je savais qu’ils avaient un lien particulièrement fort avec la nature (les cerisiers en fleur comme Héloïse, les forêts et c’est aussi souvent le sujet des haïkus…) mais je n’avais jamais entendu parler de ces multiples saisons ! Et toi Liraloin, qui a eu la chance de visiter ce pays récemment ?

Liraloin : J’ai découvert cette subtilité sur les saisons avec le youtubeur Ichiban Japan (cela dit en passant, fait de magnifiques vidéos explicatives et dépaysantes sur les régions pas très touristiques au Japon). Je connaissais le lien très fort en particulier avec la floraison des sakuras mais pas plus. C’est en lisant beaucoup de littérature japonaise que je me suis aperçu que les saisons étaient très importantes dans le rythme de vie des japonais. Et qui plus est : qu’il y a même des micros-saisons.

72 saisons au Japon d’Ichiban Japan – Ichiban Japan, 2022

Lucie : Que pensez-vous de ces micro-saisons justement ? Elles vous paraissent “justifiées” ?

Héloïse : Je trouve ça super intéressant, cette connexion à la nature, au monde qui nous entoure, au vivant.

Liraloin : exactement Héloïse, j’adore penser que les japonais sont hyper connectés à cette Nature et à la lecture de ce livre il y a cette impression d’observation qui s’en dégage. Le fait de prendre le temps de regarder, se délecter ce qui nous entoure jour après jour presque… et toi Lucie? 

Lucie : Honnêtement en découvrant le titre j’ai trouvé que 72 saisons c’était peut-être un peu exagéré. Mais à la lecture, j’ai vraiment adoré cette attention aux détails, aux minuscules changements de la nature. Et j’ai trouvé cette approche très poétique. Une véritable invitation à ralentir et à observer nous aussi ce qu’il se passe autour de nous.

Liraloin : Je te rejoins complètement Lucie, cette poésie fait du bien car elle nous permet de s’arrêter un peu et on en a bien besoin.

Héloïse : Oui, j’ai beaucoup aimé cette idée d’observer la nature et ses infimes changements, comme marqueur de temps qui passe, mais aussi et surtout l’émerveillement de voir cette Nature si vivante…

Liraloin : D’où cette question : qu’avez-vous pensé de la construction de ce documentaire? 

Lucie : Logiquement, il est chronologique donc pas de surprise de ce côté-là. J’ai trouvé le texte concis, juste comme il le fallait pour attirer l’attention sur les infimes changements mais laisser aussi une place à l’imagination.

Héloïse : Je l’ai lu par petites touches, et j’ai aimé cet aspect chronologique, justement. C’est le genre d’ouvrage qu’on rouvre régulièrement, pour y piocher des anecdotes, des petites informations…

Lucie : En l’ouvrant je pensais comme toi le « picorer », et en fait je me suis laissée prendre au jeu de « mais quel élément va marquer le prochain changement de saison ? », un peu comme un petit suspense et je l’ai lu pratiquement d’une traite. Je trouve que l’écriture se prête bien aux deux types de lecture : ce n’est pas indigeste en continu, mais ça se lit aussi par petites touches très facilement.

Liraloin : Mais oui tu as raison Lucie ! J’ai eu cette même impression à la lecture ! Ce qui est très intéressant ici c’est que les explications données sont faites de manière ludiques et instructives, c’est fort appréciable.

Héloïse : J’ai apprécié le lien entre nature et légendes ! J’y ai retrouvé certaines dates et événements rencontrées lors d’autres lectures, et c’était très chouette de les voir illustrées et expliquées ici. 

Liraloin : C’était d’autant plus amusant que ces anecdotes m’ont bien replongé dans mon voyage donc Lucie, tu peux être fière car grâce à ce livre, je prolonge ce plaisir ! 

Liraloin : Dans la construction nous avons évoqué le contenu texte mais qu’avez-vous pensez de l’objet livre en lui-même? 

Héloïse : J’ai apprécié le format allongé avec sa couverture rigide, et la mise en page à la fois aérée et colorée. Les illustrations ont un aspect enfantin assez amusant, délicat presque, je trouve qu’elles vont bien avec l’aspect poétique de l’ensemble. 

Liraloin : Je trouve ce livre très attirant il a un format entre guide de voyage et roman graphique. Justement cela permet au jeune lecteur-lectrice de l’emporter partout. La couverture est visuellement bien réussie avec ce dégradé de saisons allant de l’hiver au printemps. J’apprécie également lorsqu’il y a une attention particulière aux couvertures intérieures. Il est soigné !

Lucie : J’ai aimé la couverture rigide, la mise en page très aérée et, évidemment, les saisons écrites en japonais qui sont quand même indispensables ! Les tonalités de couleurs de ces signes et des sous-titres sont très harmonieuses. On sent que tout a été pensé et c’est très agréable à lire.

Liraloin : Comme l’évoque Héloïse, les illustrations peuvent sembler assez enfantines. Est-ce que cela vous a plu ? 

Héloïse : J’ai été surprise au début, et puis j’ai apprécié cet aspect un peu rétro, cette impression de retomber en enfance, tout comme les enfants peuvent s’émerveiller de tout, on nous invite à nous émerveiller nous aussi. D’ailleurs, je trouve que cet ouvrage est à mi-chemin entre l’album et le documentaire. 

Lucie : Oui, j’ai aimé. Elles ont un côté « sur le vif » et en même temps, encore une fois, les couleurs sont très harmonieuses. C’est enfantin mais maîtrisé, juste une manière de signaler aux enfants que OUI, ce documentaire avec son grand nombre (72 !) et ces mots compliqués à lire (car il y a des transcriptions de mots japonais) leur est destiné. Je te rejoins Héloïse, on est vraiment entre l’album et le documentaire et j’aime beaucoup ton interprétation de l’invitation à retrouver notre émerveillement d’enfant.

Liraloin : Je vous rejoins complètement, j’ai été surprise de ce choix d’illustrations car on s’attend toujours à un trait un peu plus “japonisant” mais en réalité cela colle complètement à ce documentaire, comme vous le dites, à mi chemin avec l’album. J’ai apprécié ce trait naïf aux couleurs harmonieuses. Les illustrations d’oiseaux sont superbes !

Lucie : J’évoquais les mots compliqués ; ce n’est pas tant qu’ils sont compliqués mais plutôt que l’on trouve un savant mélange entre mots japonais transcrits et termes scientifiques précis. Dans un texte très accessible par ailleurs, j’ai trouvé qu’ils contribuaient au côté poétique de l’écriture. J’avoue que j’aime bien quand les auteurs font confiance aux enfants pour comprendre et se saisir de “mots savants”, d’expérience ils adorent ça ! Est-ce que vous aussi vous avez été séduites par ce choix ?

Liraloin : J’ai parcouru le livre suite à ton interrogation Lucie, pour ma part je ne trouve pas qu’il y ait trop de mots compliqués, c’est des mots japonais que l’on retrouve ici et là mais ils ne gênent pas la lecture. Au contraire cette attention incite l’enfant sans doute à vouloir en avoir plus ou simplement à se délecter d’un mot étranger et qui sonne bien.

Héloïse : Le vocabulaire est assez précis, il y a quelques termes scientifiques effectivement (chrysalide, par exemple), et je trouve ça chouette, mais ce n’est pas non plus trop complexe. 

Lucie : Pour conclure, à qui conseilleriez-vous ce livre ?

Liraloin : Bien évidemment à tout fan du Japon mais aussi aux personnes qui cherchent des livres pour se déconnecter en poésie ! Sa mise en page incite à le lire par petites bribes et à y revenir… 

Héloïse : Son format généreux et aéré, ce vocabulaire riche et poétique me fait penser qu’il plaira à petits et grands. D’ailleurs, à la maison, chacun y a trouvé son compte ! Qu’on soit fan du Japon, de nature ou de poésie, il y a de quoi être conquis.e !

Lucie : Je sais que beaucoup de parents râlent lorsque leurs enfants ne lisent que des mangas. Je me dis que cet album-documentaire peut être une ouverture vers un autre aspect du Japon, culturellement et poétiquement car ce pays a aussi une culture très riche dans ce domaine. Cela ne remplacera pas mais pourra peut-être compléter. Je vous rejoins : les “petits lecteurs” peuvent y trouver leur compte grâce à la possibilité dont on a déjà parlé de “picorer”. Et je le conseillerais aussi à tous les amoureux de la nature qui ont envie d’un regard neuf sur les petites transformations du quotidien.

*

Nous espérons que ce documentaire vous aura apporté autant de petits bonheurs qu’il nous en a procuré !

Notre auteur essentiel : Yves Grevet

Si nos articles se nourrissent toujours de nos rencontres et de nos lectures, celui-ci en est le parfait exemple. Parce que nous avons eu l’opportunité de lire son dernier roman, L’archipel des animaux bannis (qui a donné lieu à une lecture d’ado), nous avons eu envie de (re)lire certains romans d’Yves Grevet. Parce que nous l’avons rencontré à deux reprises récemment (à la fête du livre de Saint-Etienne et au SLPJ de Montreuil), nous avons eu envie de formaliser nos questions et de vous partager ses réponses dans un entretien.

Il est maintenant temps de vous présenter nos livres préférés de cet auteur essentiel, chacune à notre manière, et avec la participation d’un jeune invité, toujours partant pour parler de cet auteur qu’il adore.

Yves Grevet, photo issue du site des éditions Little Urban.

*****

Le choix de Liraloin

Liraloin a choisi le dernier titre d’Yves Grevet : L’archipel des animaux bannis, un roman dystopique qui nous invite à réfléchir sur la place des animaux dans un monde qui a peur des épidémies… Une histoire de rencontre également entre le timide Jarod et Nora une passionnée d’oiseaux.

L’archipel des animaux bannis d’Yves Grevet, Syros, 2025

            « Nora, mon quetzal,                                                               le 6 octobre 2072

Il est tard et le soleil se couche enfin, je pense à toi. A vrai dire, tous les jours je pense à toi. Aujourd’hui en particulier car il m’a fallu du temps et beaucoup de patience pour en arriver là. Rien n’aurait été possible sans l’aide d’Aurore et Herbert. Ces deux-là n’ont pas hésité à alerter le gouvernement, à prouver noir sur blanc que la survie des espèces impacte directement notre propre survie. Petit à petit, nous avons réintroduit des oiseaux comme le martin pêcheur, le canard colvert, le cygne… dans leur habitat naturel. Quel moment magique de voir ces volatiles se réacclimater en dehors d’une réserve non adaptée…

Je me souviens des heures matinales, sous cette tente où nous écoutions le chant des oiseaux… Maintenant, demain, dans un an, j’espère que le monde continuera d’évoluer pour trouver de nouveau un équilibre. Tous ces oiseaux ont le droit de se faire entendre. »

                                                                                                          Jarod

******

Le choix d’Héloïse

Héloïse a choisi le roman ado Seuls dans la ville entre 9h et 10h30, dont elle a beaucoup aimé la structure originale.

Une sortie scolaire.

Un travail d’écriture. Un crime ?

Qui a tué le notaire ?

Mystère…

Enquête en vue.

Originale, qui plus est.

Des textes à rassembler,

des formes narratives variées.

des points de vue à confronter.

Qui était le mieux placé ?

Qui a vu ?

Du suspense ?

On aime !

De l’humour ?

Toujours.

Des rebondissements ?

On prend !

Les pages défilent,

les hypothèses – plus ou moins farfelues – font chauffer les cerveaux

de nos héros.

Mais qui croit deux ados ?

On valide ce roman qui revisite avec félicité

et beaucoup de fantaisie le roman policier !

******

Le choix de Théo

Théo, 14 ans, lit beaucoup de livres et aime notamment les romans d’anticipation. Méto est l’un de ses romans préférés parce qu’il mêle anticipation et réflexion sur les techniques d’éducation et la société à différentes échelles. Il a imaginé la lettre de l’un des personnages.

Cher Marc-Aurèle,

Comme tu le sais déjà, j’ai eu des ennuis, avec mes deux fils, Romulus et Rémus. J’ai appris par un médecin, qu’ils sont atteints d’une maladie rare qui les condamne à rester enfants jusqu’à leur mort. J’ai donc eu l’idée de construire une Maison, qui concentrerait les enfants « en trop » (depuis que tu as fait passer le décret qui interdit plus d’un enfant par foyer) on leur ferait subir une opération du cerveau à l’issue de laquelle ils oublieraient leur passé. Ils seraient éduqués par des enseignants, et encadrés par les César.

Les enfants de la Maison seront initiés à un sport mêlant violence et esprit d’équipe, appelé l’Inche. Bien sûr, si les enfants n’étaient pas sages, les César pourraient les punir en les envoyant au « frigo », une cave très froide, à moins de 0°C dans une durée qu’ils détermineraient.

Tu m’as dit que tu avais des ennuis avec ton petit-fils Méto. Si tu es d’accord, tu pourrais l’envoyer à la Maison. Il pourrait garder son prénom (car les enfants porteraient des prénoms romains comme mes fils).

J’attends de tes nouvelles.

Bien à toi,

Jove

******

Le choix de Lucie

L’école est finie, Yves Grevet, Syros, 2012.

Comme Yves Grevet, Lucie est enseignante et se pose régulièrement des questions sur l’avenir de l’école. Elle a retrouvé nombre de ses préoccupations dans L’école est finie, court roman d’anticipation et de politique-fiction. En 2028 (demain !), une grande crise a détruit le système scolaire français. Il est maintenant sponsorisé par des entreprises qui forment les enfants aux métiers qui leurs sont nécessaires. Elle a imaginé le flyer de la structure dans laquelle le héros « étudie ».

****

Le choix d’Hélène

Grupp, Yves Grevet, Syros, 2012.

Hélène pour sa part a choisi de vous présenter le titre Grupp.
Dans cette dystopie futuriste, chacun porte un implant de la société LongLife. Le but officiel : vivre plus longtemps, en bonne santé et protéger la population.
En effet à la moindre accélération cardiaque due à un stress, une agression ou un problème de santé, les personnes de LongLife accourent. Géolocalisés, pistés, vivant dans un monde parfaitement aseptisé (oserait-on dire ennuyeux ?), les citoyens se sentent en sécurité, sauf certains jeunes qui font partie du Grupp. Le roman commence par l’incarcération de Scott 17 ans, dont la famille découvre qu’il fait partie de ce groupe, racontée du point de vue de son jeune frère de 14 ans, Stan.

Le jeune homme évoluera dans sa vision du monde au fur et à mesure du roman, qui varie les narrateurs : d’abord Stan, puis Scott et enfin les autres membres du Grupp, organisation que nous apprendrons à connaître et comprendre.

Comme souvent chez Yves Grevet, une belle réflexion sur la surveillance généralisé et l’équilibre entre sécurité et liberté.

***

Et vous, quel est votre titre préféré d’Yves Grevet ?

Entretien avec Yves Grevet

Gilberte Bourget des éditions Syros nous a proposé de lire L’archipel des animaux bannis, ce qui a donné lieu à une lecture d’ado de Théo, grand fan d’Yves Grevet. Ce nouveau roman nous a donné envie de (re)lire ses histoires en vue d’un article présentant nos œuvres préférées et, forcément, cela a attisé notre curiosité. Car si Yves Grevet est surtout connu pour ses romans dystopiques à destination des ados, il écrit pour tous les publics avec l’envie de divertir et de questionner notre société en même temps.

Yves Grevet a gentiment accepté d’échanger avec nous, voici ses réponses à nos questions !

Yves Grevet, photo issue du site des éditions Little Urban.

*

Vous avez été professeur des écoles, est-ce que vos deux métiers se sont nourris l’un l’autre, et si oui comment ?

Je pense que s’il fallait chercher comment le fait d’être instituteur a pu nourrir mon travail d’écrivain, c’est la durée des vacances des enseignants, et principalement les deux mois de vacances d’été, que je mettrais en avant. Pour se lancer sereinement dans l’écriture d’un roman, il faut avoir du temps devant soi.

Bien entendu, le fait d’avoir beaucoup lu de littérature jeunesse dans ma pratique d’enseignant m’a permis de découvrir la richesse de cet univers et m’a donné l’envie d’en écrire. Ensuite, il est évident que ma fréquentation quotidienne d’enfants m’a aidé à mieux connaitre mon lectorat. Ma principale source d’inspiration c’est mon enfance et mon adolescence et pas celles que j’aurais pu observer chez d’autres.

J’ai toujours séparé mes deux activités. Mes élèves savaient que j’étais écrivain mais ils ne m’en parlaient jamais, tout simplement parce que cet aspect de ma vie ne les intéressait pas. De mon côté, je n’abordais jamais avec eux le sujet de cette deuxième activité. Et j’e n’ai bien entendu jamais fait lire mes propres œuvres à mes élèves.

La série U4 sort de l’ordinaire de par sa conception : quatre auteurs ont chacun écrit un tome consacré à un personnage dans le même univers. Comment en avez-vous eu l’idée et comment vous êtes-vous organisés ?

U4, au départ, c’est l’histoire de quatre écrivains qui se rencontrent dans un salon et qui ont envie de monter un projet ensemble parce qu’ils veulent garder des liens et qu’une création commune semble leur être la meilleure idée pour y arriver. D’emblée, l’idée d’écrire un livre à quatre nous a semblé trop contraignante. Et c’est celle d’écrire chacun un livre dans le même contexte et la même temporalité et de se prêter nos personnages qui nous a paru la meilleure. Chacun restant maitre de son roman mais étant obligé de collaborer, voire de négocier avec les autres.

Nous avons alors défini ensemble le contexte d’U4 (le virus, ses conséquences…) et commencé à imaginer vers quelle fin pourrait aller la série. Puis, nous avons écrit chacun quelques pages du journal intime de notre personnage avant la pandémie pour le présenter aux autres et vérifier que certains ne se ressemblaient pas trop. Ensuite, nous avons été proposer notre projet à des éditeurs qui se sont engagés à nous publier. Après, chacun a écrit dans son coin le premier tiers de son roman afin de définir les enjeux propres à son narrateur ou sa narratrice. Enfin nous nous sommes retrouvés physiquement pendant une semaine pour nous lire et définir plus précisément la suite, et très concrètement commencer à envisager comment nos personnages allaient entrer dans les livres des autres. Le travail s’est fait d’abord deux par deux : Koridwen et Jules d’un côté et Stéphane et Yannis de l’autre. Pour finir nous nous sommes retrouvés deux mois plus tard pour envisager la réunion des quatre narrateurs et la fin de nos romans. Nous avions un droit de regard sur le travail de l’autre mais uniquement sur des points du scénario qui devaient être discutés mais aucunement sur ses choix d’écriture.

Enfin et il ne faudrait pas l’oublier, les éditrices de Syros et Nathan ont beaucoup travaillé sur ce projet et leurs retours nous ont été très précieux. Au final, ce fut une très belle aventure, longue mais passionnante. Et cerise sur le gâteau, très bien accueillie à sa sortie.

Outre U4, beaucoup de vos romans ados sont des dystopies, pour quelles raisons ce genre vous attire-t’il ?

La dystopie permet d’aborder des sujets de société sans tomber dans des romans à thèses et en étant un peu décalé de la réalité que nous vivons. Il faut que ce soit rythmé, que ça puisse intéresser mon lectorat, que les « méchants » le soient vraiment et que les héros soient au moins un peu héroïques. J’aime aussi la dystopie parce qu’elle permet d’imaginer des possibles, d’inventer des futurs. Par contre, pour que les lecteurs y croient, on doit faire preuve d’un certain réalisme. C’est pour cela que je ne suis pas du tout attiré par l’écriture d’œuvres fantastiques ou de fantasy.

Vous écrivez pour les ados, mais parfois aussi pour les lecteurs plus jeunes. À quel moment décidez vous pour quel public vous écrirez ?

Pour moi, à la naissance de chaque roman, il y a une idée ou une scène, ou une image qui, je le pressens, peut être l’amorce d’une histoire. Je comprends assez vite si ce que je vais raconter s’adresse à un public plus ou moins jeune. Le récit sera-t-il plus ou moins long ? Le type de narration sera-t-il plus ou moins complexe ? Les sujets abordés toucheront-ils une classe d’âge plutôt qu’une autre ?

Comment déterminez-vous l’âge des lecteurs auxquels vous vous adressez ?

J’ai longtemps voulu écrire des albums mais j’ai mis vingt ans à trouver une idée qui fonctionnait. J’y reviendrai si j’en trouve une autre. Pour les formats « premières lectures » ou pour le lectorat de l’école primaire, j’ai parfois répondu à des sollicitations d’éditeurs. J’ai vu cela, à chaque fois, comme un exercice qui me permettait de sortir de mes habitudes. On s’enrichit de toutes les expériences. Tout à l’heure, j’évoquais l’idée de départ, mais il faudrait ajouter le narrateur qui doit avoir sensiblement le même âge que le lecteur. Quand j’ai écrit H.E.N.R.I., l’histoire d’un extraterrestre dans une classe de CP, je me suis replongé dans mon enfance et je me suis demandé : « Si j’avais eu les pouvoirs d’H.E.N.R.I., qu’est-ce que j’aurais rêvé de savoir faire ? » Faire durer les récrés, écrire comme la maîtresse, me faire pousser des doigts pour compter, respirer sous l’eau…

A ce propos, nous nous demandions si, quand vous écrivez, vous aviez un « lecteur idéal » en tête ?

Je n’écris pas pour un lecteur idéal. J’écris d’abord pour moi en espérant que ce qui m’intéresse et me touche parviendra à toucher des lecteurs.

Vous vous êtes récemment essayé (avec succès !) à la littérature adulte avec La répétition, Berlin 1963 écrit à quatre mains avec Jean-Michel Payet. Qu’est-ce qui a motivé ce changement ? Comment ce projet est-il né ? Est-ce qu’écrire pour les adultes est différent d’écrire pour les ados ?

Comme pour U4, c’est d’abord l’envie de travailler ensemble qui nous a motivés. Je connais Jean-Michel depuis très longtemps et je savais qu’il avait déjà participé à une aventure collective, Blues cerises chez Milan (avant U4 et avec un concept assez similaire). Nous nous sommes retrouvés sur un salon et en discutant de nos lectures, nous nous sommes découvert un goût commun pour l’espionnage. Nous avons décidé tout de suite d’écrire « en adulte » parce que les vrais livres d’espionnage sont trop compliqués pour un lectorat adolescent. J’avais aussi le souvenir d’une incursion dans ce genre (en ado) avec Comment mon père est mort deux fois qui était complètement passé inaperçu. Dans ce récit, nous avons pu adopter le point de vue de cinq narrateurs (deux et demi chacun) et composer un récit assez compliqué et très référencé historiquement sans avoir besoin d’être trop « pédagogique ». Pour le reste, écrire pour adulte ou pour ados, ça ne me change pas tellement. J’ai le même souci de ne pas perdre mon lecteur, d’être clair et précis dans mon écriture, sans chercher à faire des effets de style. De même, qu’en écrivant pour adolescents, je n’ai jamais eu la sensation de me censurer pour décrire certaines scènes ou aborder certains thèmes.

En quoi ce projet était-il différent de la série collective U4 ? Que vous apporte le fait de collaborer avec d’autres auteurs sur un projet ?

Un projet à deux est deux ou trois fois plus facile à mener qu’un projet à quatre. Mais, à part ça, on doit toujours défendre son point de vue, négocier avec l’autre et parfois abandonner une idée qui nous paraissait prometteuse. Si on finit par céder, c’est que l’autre vous a convaincu. On sait qu’à plusieurs, on a plus d’idées et que la discussion permet de garder le meilleur. Mais il faut être ouvert et ne pas avoir un égo démesuré, sinon on doit se sentir tout le temps frustré.

J’apprécie l’écriture en solitaire et j’y reviens toujours. Mais les aventures à deux (j’ai aussi écrit récemment trois livres pour des 8/12 ans avec Carole Trébor pour Little Urban), ce sont des moments partagés souvent très joyeux et très intenses dont on sort plein d’énergie et avec l’envie de surprendre l’autre dès la prochaine rencontre.

Y-a-t’il des auteurs ou illustrateurs avec lesquels vous aimeriez collaborer ?

La grande majorité des illustrateurs et illustratrices que j’aime écrivent elles-mêmes ou eux-mêmes leurs textes, donc de ce côté, je n’imagine pas grand-chose. Pour les auteurs ou autrices, il faut une vraie rencontre, une vraie envie et une vraie confiance et ça, ce n’est pas si facile. Dans l’immédiat, je travaille sur un nouveau projet avec Jean-Michel. Pour le reste, on verra si l’occasion se présente. Et j’ai commencé en parallèle un nouveau projet en solo.

Avez-vous un livre de chevet, et si oui lequel ?

Si en parlant de livre de chevet, vous pensez à un livre référence, un qui m’accompagnerait depuis toujours et que j’aurais plaisir à relire, je n’en ai pas. Par contre, j’ai toujours au moins un livre sur ma table de chevet. En ce moment, ce sont plutôt des romans policiers parce que j’ai participé dernièrement au festival des Gueules noires de Saint-Etienne et que j’ai acheté quelques livres à mes camarades de dédicaces. J’ai commencé hier La pension de la via Saffi de Valério Varesi. Et juste avant, j’ai lu Retour de Lombarde (ed. La belle étoile) de mon ami Pascal Ruter.

Est-il difficile de promouvoir un roman alors que vous êtes en train d’en écrire un autre ?

Non. On y arrive. Mais il est vrai que les livres sortent parfois plus d’un an après la fin de mon travail alors que je suis depuis longtemps plongé dans un autre univers. J’avoue que j’aime bien parler de mes ouvrages et même des plus anciens. Cela fait partie de mon métier.

Sur votre blog vous communiquez les dates des rencontres et des salons auxquels vous participez, elles sont extrêmement nombreuses (et nous sommes d’ailleurs quelques-unes à avoir eu la chance de vous y croiser). Que vous apportent ces moments ?

Les salons sont des moments où on retrouve ou découvre plein de personnes et c’est agréable quand on est enfermé chez soi depuis trop longtemps. C’est aussi des moments partagés avec mes lecteurs qui peuvent vous faire des retours sur mes romans. C’est parfois touchant et on en sort avec le sentiment d’être utile à certains. Être invité vous rassure aussi sur le fait que vous existez encore. Je ne fais plus autant de salons qu’à une époque et je m’en porte très bien. Les rencontres scolaires demandent beaucoup d’énergie et de disponibilité. Il faut donc faire attention à ne pas trop en enchainer. Personnellement, je n’accepte pas plus de deux jours de rencontres de suite. Lorsque je suis sur place, je veux que l’échange soit intéressant et pas trop scolaire, qu’on en garde chacun un bon souvenir.

***

Merci infiniment à Yves Grevet d’avoir pris le temps de répondre à nos questions !

Nous espérons vous avoir donné envie de poursuivre la découverte de son univers. Et pour le rencontrer à votre tour, toutes les dates de ses dédicaces sont indiquées sur son blog.

Nos coups cœur de 2025

L’année 2025 nous aura apporté son lot de génialissimes lectures et de découvertes littéraires ! Chaque mois, c’est le rendez-vous à ne pas manquer sous notre bel arbre. Voici nos livres préférés, incontournables titres que l’on aime partager ici.

******

Pour Liraloin c’est une lecture toute récente qui l’a transporté dans sa propre enfance. Il s’agit de Coboye de Cécile, une BD dont les aventures sont toutes amusantes, pleine de moments espiègles qui sentent bon la nostalgie .

Coboye de Cécile, Dupuis, 2025

Chronique complète ICI et l’avis de Lucie et celui d’Héloïse.

*

Comment ne pas passer à côté de cet immense roman de l’année 2025, qui a emporté le Prix Vendredi des lecteurs du pass Culture. Un titre qui a aussi été l’objet d’une lecture commune. Une histoire percutante, tellement d’actualité, criante de vérité !

Le silence est à nous de Coline Pierré – Flammarion jeunesse, 2025

Chronique compléte ICI et l’avis de Lucie .

******

Pour ses coups de coeur de l’année, Lucie aussi a choisi un livre ayant fait l’objet d’une lecture commune : La petite fille au fusil. Ce roman graphique rassemble tout ce qu’elle cherche dans une lecture : émotion, humour, mais aussi vraie réflexion sur le courage et en plus elle comblé certaines de ses lacunes au sujet de la seconde guerre mondiale en Lituanie. Elle a été séduite par l’histoire de Magda, petite fille qui doit faire face à la tourmente de l’Histoire.

La petite fille au fusil, histoire d’une jeune résistante, Marius Marcinkevičius et Lina Itagaki, Editions du Ricochet, 2025.

Son avis complet ICI.

*

Côté album, elle n’a pas su choisir entre Le caillou, fabuleuse fable de Thierry Dedieu sur la mémoire et la bêtise humaine et Quand je garde le silence, véritable claque poétique. Deux albums très différents mais faisant l’éloge du respect et de l’écoute.

Ses avis complets sur Le caillou et Quand je garde le silence.

*

Côté roman, elle doit son coup de cœur de l’année à Helolitla. Car si la belle couverture de Nos constellations lui avait tapé dans l’œil, les thématiques laissaient présager une histoire pesante. Il n’en est rien, bien au contraire ! Car si Max et Aurélien font face à des difficultés, leur relation douce et respectueuse leur donne des ailes. Un amour porteur comme on en souhaite à nos ados !

Nos constellations, Florence Quentin, Didier jeunesse, 2025.

Son avis ICI et celui d’Helolitla .

******

Héloïse (Helolitla) n’a pas su choisir un seul livre, tellement cette année 2025 a été riche en lectures de qualité.

Côté romans ados, elle a ri, pleuré, été bouleversée par de nombreux titres. Dissidentes, la dystopie très immersive de Tosca Noury, qui fait froid dans le dos tellement elle est réaliste. La neige au rendez-vous, émouvant roman d’Esmé Planchon, qui parle si justement de deuil, de famille, du droit d’être soi-même. Deux autres romans ados l’ont bouleversée : En décalage, de Lolie Cherbonnel, et Nos Constellations, de Florence Quentin.

2025 a également été l’année où Héloïse a redécouvert la poésie, avec notamment quelques recueils de Rupi Kaur, ou plus récemment Ma maison en fleurs, de Pauline Bilisari, qui l’a profondément émue.

Ma maison en fleurs de Pauline Bilisari, J’ai lu, 2023

En lectrice accro à la fantasy et à la science-fiction, Héloise a vibré avec Les archipels engloutis, de Nancy Guilbert et Martin Meyrone, a frissonné avec le premier tome de Contrer les brumes, de Léa Muna. Elle a voyagé avec la saga des Mystères, dont elle a dévoré les 4 derniers tomes cette année. Elle a retrouvé avec joie la plume d’Ellie S. Green dans son nouvel univers qui mêle western et fantastique, Silverton Supernatural Project. Enfin, elle a frissonné avec le très réaliste Célèbre a en mourir, d’Alain Gagnol.

Les albums coups de cœur d’Héloïse et de ses enfants sont nombreux. Plusieurs thématiques reviennent en force : l’amour des livres et de la nature, la tolérance et la solidarité, le droit d’être soi-même. En voici un florilège.

****

Hélène est très heureuse de vous présenter ses grands coups de coeur de l’année 2025, une année riche en lecture qui lui a permis de découvrir des pépites pour tous les âges. Le choix a été très difficile également mais voici le meilleur pour tous les âges de son point de vue totalement subjectif.

La vie secrète des adultes, Anna Fiske, La joie de lire, 2025.

Pédagogique, humoristique et interactif, ce livre donne un aperçu complet et réaliste de ce que c’est d’être adulte (rappelant au passage que même une fois grand on doit respecter des règles) et surtout des mille et une façons d’être adulte. On y parle look, métier, gestion du budget, goûts alimentaires, loisirs, parentalité, rapport aux autres, consommation d’alcool… Le champs des possibles est très large ! Cela permet à l’ enfant de se représenter les libertés et contraintes de la vie d’ adulte sous un jour positif, de lui montrer qu’il y a énormément de choix de vie possibles, c’est fabuleux et cela ouvre plein de perspectives ! Le format entre album et BD est très intéressant également. La chronique d’Hélène ICI

Les enquêtes de Lady Souris et Jimmy Tigré, Quentin Girardclos, La Martinière Jeunesse, 2025.

Une super petite BD découpée en trois chapitres qui correspondent chacun à une enquête, avec un très très beau graphisme. Le tome 2 « Du rififi à Paris » sort en février et devrait faire partie de nos favoris en 2026 également.

L’étoile de Mo, Yeonju Choi, Helium, 2024.

Un joli petit livre au format hybride : album en noir et blanc, mini BD ou petit roman illustré, peu importe, les images sont aussi poétiques que le texte. Un beau moment de lecture en compagnie de ce petit chat que nous prenons plaisir à suivre dans sa quête, l’avis complet d‘Hélène à retrouver ICI

Un garçon comme les autres, de Damas à Manchester, A-M Dassu, Milan Editions, 2024.

Et puisqu’il faut finir car le temps et l’espace sont trop courts pour parler de tous les livres qui nous ont plu cette année, Hélène vous propose ce roman ado très touchant, une histoire d’exil mais surtout l’histoire d’un jeune homme et de sa famille, racontée à la première personne. De la fuite à la reconstruction de leur vie ailleurs, des obstacles, frayeurs et batailles à la reprise d’une vie quotidienne d’adolescent, ce roman permet de se mettre à la place de l’Autre, il est profondément touchant. Elle vous en parle un peu plus ici mais aucune chronique ne vous touchera autant que la lecture de ce livre, qui pourra être l’occasion d’échanges entre ados et adultes sur des sujets de société actuels et profonds.

****

Pour Séverine, côté albums, son coup de cœur absolu, c’est Le parfum des grandes vacances, de l’auteur-illustrateur Thibault Prugne, qui l’a éblouie, par la grâce, la mélancolie, la sensibilité du texte et de ses illustrations absolument somptueuses, où la noirceur de l’époque, en proie à la guerre qui fait rage, est adoucie par la relation magique entre un grand-père original et une petite fille curieuse. Pour elle, la parenthèse enchantée et émouvante qu’offre cet album a tout simplement le parfum du chef-d’œuvre. Gros coups de coeurs pour deux autres albums qui ont en commun d’être nés sous la plume ou le pinceau d’Henri Meunier. Dans Sous le pommier en fleurs, joliment illustré par Olivier Latyk, tout en jeux de lumière et de couleurs, l’auteur exprime sa virtuosité à la fois facétieuse et poétique, sa sensibilité teintée de fantaisie (ou l’inverse ?), son élégance rare. Une réussite parfaite pour cette belle invitation au lâcher prise et à la joie de vivre ! Droméo et Chuliette, dernier album de Marcus Malte, qu’il a illustré avec un graphisme figuratif, coloré, vitaminé, fin dans sa simplicité, lui a offert un moment de lecture délicieux. C’est de la littérature jeunesse comme elle l’aime : loufoque, intelligente, originale, créative, faisant confiance aux enfants, bref, tout ce qu’une IA ne pourra jamais faire (on l’espère).

Côté romans, ce sont les autrices qui se sont détachées cette année.

Enragée, un roman fort de Cécile Alix qui résonnera longtemps…Certains passages sont écrasants de noire tension, de désespoir, de douleur insoutenable. Pour autant, grâce aux belles rencontres de son héroïne, à sa passion pour la danse, à l’amour qui pointe le bout du nez, le positif résiste. Emilie Chazerand l’a comme souvent, fait pouffer de rire et verser des larmes de crocodile dans la même page, c’est une prouesse assez rare pour être soulignée, avec son dernier roman, Hyper ! Le style phénoménal, le sens des dialogues dinguissime. Sans pour autant faire sombrer à son tour dans une dépression irréversible, grâce à un humour féroce, décalé, qui fait sans cesse des pirouettes. Un moment de lecture intense, une héroïne inoubliable. Nos incendies a été pour Séverine la découverte d’une plume, celle de Sandrine Caillis, dont elle a apprécié son grand respect pour la jeunesse, sans toutefois occulter ses excès. Elle a trouvé pointu son regard sur les relations intrafamiliales, sur les fractures, sur l’engagement, sur le cœur qui (s’)affirme, dans un mélange incandescent de sensibilité, de mouvement et de fureur. Mention spéciale pour les titres des chapitres du roman qui, à eux seuls, mis bout à bout, pourraient former un superbe poème en prose.

Chez les juniors, enfin, énorme coup de cœur pour l’édition française d’un roman illustré norvégien de Maria Parr. Oskar et moi et tous nos petits endroits, égrène tout au long d’une année, le quotidien de deux enfants, Ida, 8 ans, la narratrice, et son petit frère Oskar, 5 ans, dans tout ce qu’il a de plus banal, et de plus merveilleux. On rit, on pleure, comme dans la vie ! Ce roman, c’est le lieu où tout commence et rien ne finit jamais, son parfum est le plus délicieux de tous : il fleure si bon l’enfance.

*

Et vous ? Quels sont vos titres chouchous de cette année 2025 ? Dites-nous en commentaire sur notre page Instagram ou Facebook !