Au printemps, Le Grand Arbre fleurit !

En cette semaine anniversaire, c’est aujourd’hui l’occasion de vous présenter une nouvelle venue.

Blandine – Blog Vivrelivre (Instagram, Facebook, Pinterest et Twitter)

Nous lui avons posé nos questions rituelles afin de vous la présenter.

******

La littérature jeunesse, pour toi, c’est quoi ?

La littérature jeunesse est pour moi un trésor d’enfances, qui n’a pas de frontière d’âge. Enfance nostalgique avec retrouvailles livresques et d’imaginaires, puis transmissions. Enfance fantasmée avec ce que j’aurais aimé vivre/lire/ressentir. Enfance de mes enfants, créatrice de moments de complicités, de partages et d’échanges, comme de souvenirs. Enfance curieuse et foisonnante avec toutes ses différents supports, formes, sujets qui la composent et la rendent si riche. La littérature jeunesse est vaste, multiple, passionnante, et inspirante. Elle est pour moi un florilège d’émotions.

Parlons donc un peu de tes lectures : quand, comment, avec qui ?

Je lis dès que je le peux, mais pas pour cinq minutes. J’aime être posée pour profiter de ma lecture comme de ce temps volé au temps. Je lis donc souvent le soir, et même la nuit. Ce qui crée une ambiance particulière qui me plaît beaucoup. J’aime aussi lire en voiture et dans les transports en commun. Je suis dans ma bulle.

Et je lis avec mes garçons pour l’histoire du soir, ou chacun avec son livre, tous les trois côte à côte. Ces moments partagés se raréfient, alors je les savoure.

As-tu des livres ou des auteur.e.s fétiches ?

Quelle question difficile ! Il y a les livres refuges de mon enfance/adolescence, tels Le Magicien des couleurs ou Ming Lo déplace la montagne d’Arnold Lobel ; Ronya, fille de brigand d’Astrid Lindgren ; Le Petit Prince de Saint-Exupéry qui est une redécouverte à chaque relecture ; Les Hauts de Hurlevent d’Emily Brontë, mon classique préféré.

Il y a les découvertes faites depuis et qui m’enchantent rien que d’y penser : Banquise Blues de Jory John et Lane Smith pour voir ce qui va bien aussi ; les sublimes albums du duo Fred Bernard et François Roca ; les délicieux détournements de contes de Mario Ramos ; les univers stylisés de Benjamin Lacombe ou Rébecca Dautremer ; l’écriture si douce de Nancy Guilbert ou celle qui me touche toujours tant de Sandrine Beau ; Paul Auster et cette question prépondérante de l’identité dans son œuvre ; l’autodérision d’Amélie Nothomb ; la Première Guerre Mondiale dans son ensemble ; Maxime Chattam pour frissonner.
En BD, font battre mon cœur : la Quête des Elfes des époux Pini ; les questionnements existentiels de Calvin & Hobbes de Bill Watterson ; Valentine de Vanyda ; Young d’Aurélien Ducoudray et Eddy Vaccaro ; Ceux qui restent de Josep Busquet et Alex Xoul. Pour ne citer que ceux-là.

Quelle a été ta plus belle découverte littéraire de ces derniers mois ?

J’aime lire mais j’aime aussi relire. Aussi ai-je lu et relu autour du personnage de Peter Pan : le roman original de J. M. Barrie, puis des adaptations, interprétations, réécritures, prolongements. Tout simplement fantastique !

Nous sommes ravies de t’accueillir sous le grand arbre. As-tu des attentes, des idées ou des envies particulières qui pourraient y prendre forme ?

Merci pour votre accueil, je suis très heureuse de me trouver à vos côtés sous ce grand arbre ! J’ai hâte de d’échanger et de participer à vos nombreux et passionnants projets en cours. Puis de vous en proposer à mon tour, pour toujours plus de découvertes et de partages.

ALODGA a 9 ans !

ALODGA a 9 ans aujourd’hui !

9 ans d’échanges passionnés autour de la littérature jeunesse.

9 ans à faire l’école buissonnière à travers des albums cartonnés à mâchouiller,

à travers les pages de romans ados où fiévreusement s’abandonner,

en passant par les images lumineuses et sombres des bandes dessinées, des mangas, des albums, des pop-up,

sans jamais les documentaires, les revues  et autres objets littéraires non identifiés délaisser.

 9 ans  que Le Grand Arbre abrite sous ses branches une sorte de Neverland,

un Neverland qui se découvre chaque année de nouveaux territoires.

*****

Et oui, cette année encore A L’Ombre Du Grand Arbre de nouvelles catégories ont vu le jour !

Vous avez pu parcourir des billets où l’on vous présente les œuvres de Nos classiques préféré.e.s :

Vous avez pu découvrir des billets dans lesquels ALODGA s’engage :

On a savouré les occasions de s’entretenir avec des auteures qui nous font vibrer :

On a tenté les mois thématiques :

  • En février, un mois dédié à l’amour sous toutes ses formes.
  • En mars, un mois dédié aux droits des femmes.
  • En avril, un mois dédié aux étoiles.

Et on s’est même essayé à l’écriture à plusieurs mains !

Bien entendu,  on a continué de proposer tous les premiers lundis du mois nos coups de cœur, le plus souvent possible des lectures communes, des sélections thématiques, des lectures d’enfants, des billets d’été et des déballages de SWAPs.

******

A l’ombre du grand arbre, on lit, certes, mais on vit aussi et de nouvelles branches ont poussé : on a accueilli Linda et Claudia, Frédérique et Lucie.

Parfois les branches se transforment en papillons et prennent leur envol : ce fut le cas de Claudia.

Et puis parfois le printemps voit naître un bourgeon inattendu, éclore une fleur vive et colorée.

C’est le cas en ce joli moi de mai qui commence :

une nouvelle venue est arrivée.

Et c’est l’occasion, en cette semaine anniversaire de vous la présenter.

Rendez-vous demain pour la découvrir !

Nos coups de cœur d’avril !

Si, comme le dit l’adage “En avril ne te découvre pas d’un fil”, et même si ce mois fut une nouvelle fois confiné, nous n’avons pas perdu le fil de la lecture sous A l’Ombre du Grand Arbre, nous nous y sommes même plutôt accrochées !

Voici donc, comme chaque premier lundi de chaque mois, nos coups de cœur d’avril !

******

Pour Colette, avril a été le mois de la famille confinée qu’il a fallu continuer de faire rêver. Alors avec le bel album La Passoire de Clarisse Lochmann publié aux éditions L’atelier du poisson soluble, on a pu débrouiller ensemble les fils ténus et enchantés des rêves qui tissent nos nuits. On y suit une enfant que le défi de recréer ses rêves de la nuit n’effraie pas. Et à sa suite, on meurt d’envie d’essayer de saisir, nous aussi, ce moment si particulier qui nous ouvre les portes d’un ailleurs caché dans notre propre intériorité.

La Passoire, Clarisse Lochmann, L’atelier du poisson soluble, 2020.

L’avis de la collectionneuse de papillons par ici.

******

Pépita dans son MéLi-MéLo de livres a succombé à L’appel du large mais pas à n’importe lequel : un magnifique album de Cathy Ytak au texte et de Laurent Corvaisier aux illustrations, dans lequel l’écho trouve sa place à cet appel du large. Il y aura forcément le vôtre dans ces pages sublimes.

L’avis de Pépita

******

Lucie a eu un énorme coup de cœur pour l’album Là-bas, qui propose lui aussi un voyage vers le large. Des mots rares et précieux, des illustrations somptueuses et la magie opère. Un album d’une grande beauté plastique et poétique.

Là-bas de Rebecca Young, illustrations de Matt Ottley, Kaléidoscope, 2020.

L’avis de Lucie et d’Isabelle.

******

Pour Linda, le coup de cœur du mois va au roman de Vincent Villeminot, Comme des sauvages. L’auteur nous met entre les mains un récit fantastique déconcertant qui questionne sur le place de l’humain dans la nature, remettant régulièrement en doute les repères que l’on croyait établis. Déconcertant!

Comme des sauvages, Vincent Villeminot, PKJ, 2020.

Les avis de Linda et d’Isabelle.

*****

C’est un doublé pour Vincent Villeminot, puisque pour Isabelle également, le coup de cœur du mois revient à un de ses roman qui s’est révélé addictif : comme les habitants de l’île, on brûle de savoir ce qui se passe là-bas, sur le continent… Entre feuilleton d’aventures, robinsonnade post-apocalyptique et fable philosophique, c’est un excellent cru !

L’avis d’Isabelle

******

Pour Liraloin c’est le besoin d’un bon bol d’air frais qui s’est fait ressentir à travers Juste un fraisier d’Amandine Laprun. Et quoi de mieux que de déguster de bonnes petites fraises sous un rayon de soleil printanier !

Juste un fraisier, Amandine Laprun, Actes Sud Junior, 2020

******

Il y a comme une envie d’évasion et de respirer la nature et le large à pleins poumons dans ces lectures d’avril, non ? On vous souhaite de pouvoir le faire très bientôt et vous donne rendez-vous le mois prochain pour de nouveaux coups de cœur ! D’ici là, n’hésitez pas à partager vos trouvailles livresques avec nous…

Nos classiques préféré.e.s : voyage au pays de l’enfance avec Astrid Lindgren

Les auteur.e.s classiques se démarquent par leur charme intemporel, leur capacité à résister au temps, et donc à réunir plusieurs générations de lecteur.ice.s. Prenez Astrid Lindgren, par exemple : le succès de ses livres ne s’est jamais démenti depuis de nombreuses décennies, faisant de cette autrice suédoise l’une des plus lues au monde – 165 millions de livres vendus en une centaine de langues ! On considère aujourd’hui qu’elle a contribué à l’autonomisation d’un genre littéraire destiné aux enfants. À tel point que l’équivalent jeunesse du prix Nobel de littérature (qui vient d’être décerné pour la première fois à un auteur français, Jean-Claude Mourlevat) porte son nom. Le secret de ce triomphe ? Des histoires racontées à hauteur d’enfant, d’autant plus captivantes et réjouissantes qu’elles n’hésitent pas à sortir des cases. Il souffle un vent de liberté, de rêve et même de folie dans les livres d’Astrid Lindgren qui font la part belle aux personnages féminins, souvent engagés contre les injustices et les règles absurdes. Des lectures malicieusement subversives qui ont la trempe de celles qui élargissent les horizons et les esprits. Autant dire qu’il était impensable de ne pas revenir sur cette œuvre dans le cadre de nos billets sur nos classiques préféré.e.s… C’est parti pour un tour d’horizon !

Astrid Lindgren. Source: Wikipedia

******

Comment ne pas évoquer son personnage le plus connu : Fifi Brindacier !

Chez nous, on est tous fans, des parents aux enfants devenus grands, et comme notre grande fille apprend le suédois depuis cette année, cela a été l’occasion de regarder les films en suédois, que mon mari regardait en téléfilm en Espagne enfant ! Voici pourquoi en dix raisons :

Fifi Brindacier, l’intégrale, Hachette romans
  1. Pour ses tresses !
  2. Et ses chaussettes dépareillées…
  3. La liberté totale qui émane de ces pages,
  4. La joie de vivre si communicative,
  5. L’anti-conformisme (les coups de pieds aux policiers, c’est vraiment marrant !),
  6. Sa tristesse d’être seule et son désir de trouver une famille : une grande souffrance en filigrane,
  7. La seule fille qui peut être forte et montrer aux garçons comment jouer,
  8. Le féminisme : le droit d’être des princesses-pirates !
  9. Ne pas avoir de parents : le rêve non ?
  10. Elle pense par elle-même Fifi et on l’adore !

******

En lisant l’œuvre d’Astrid Lindgren, on ne peut qu’être frappé.e par les très beaux personnages féminins nés de son imagination : Fifi, bien sûr, mais aussi Lotta la filoute ou encore la protagoniste du roman Ronya, fille de brigand, qui reste l’un des plus beaux souvenirs de lecture à voix haute de la famille d’Isabelle. Voici pourquoi, en dix raisons !

Ronya, fille de brigand. Le Livre de Poche, 2009 pour la traduction française.
  1. Avant tout, pour l’inoubliable Ronya, onze ans de débrouillardise, de loyauté et d’indépendance.
  2. Pour le territoire médiéval prodigieux dans lequel évolue la jeune fille : château aux multiples recoins, nature sauvage et envoutante…
  3. Pour la plume vive d’Astrid Lindgren qui insuffle vie, frémissements et même un peu de magie à ce décor. On s’y croirait !
  4. Pour cette rencontre à la lisière entre deux clans qui s’affrontent, un peu comme Roméo Juliette, version « brigande » et optimiste.
  5. Pour les jeux et aventures merveilleux de Ronya et de Rik qui conquièrent une grotte, apprivoisent des chevaux sauvages et se jouent des trolls et autres sylves griffues…
  6. Pour la liberté sans bornes qui règne en maître sur la vie de Ronya, dont on respire des goulées entières en parcourant chaque page.
  7. Pour cette bande de brigands certes un peu brutes, mais si tendres et attachants.
  8. Pour leurs dialogues réjouissants qui font de Ronya, fille de brigand une savoureuse lecture à voix haute.
  9. Pour la façon dont ce texte nous transporte, parfois d’un instant à l’autre, des rêves aux frissons, du rire aux larmes.
  10. Pour le magnifique message de paix, de fraternité et de respect qui traverse ce roman de bout en bout !

******

Colette, a choisi dans sa toute nouvelle collection de livres d’Astrid Lindgren, un album au titre énigmatique Lutin veille. Voici dix bonnes raisons de s’installer sous un plaid pour le déguster.

Lutin veille, Astrid Lindgren et Kitty Crowther, Ecole des loisirs, 2012.
  1. Parce que c’est l’histoire d’un lutin, petit être magique qui habite tant de folklores à travers le monde, si populaire qu’il nous semble particulièrement familier. Qui n’aimerait pas avoir un être de barbe blanche, au bonnet rouge, une lanterne à la main pour veiller sur lui ?
  2. Parce que le cadre de cette histoire nous invite au recueillement, au repli, au repos : une ferme, dans la montagne, l’hiver, la nuit. L’auteure nous attire hors du monde, dans un endroit reculé, à l’abri. Une véritable tentation.
  3. Parce que c’est un texte digne d’une fable, d’un poème avec sa langue claire et simple et ce refrain qui revient au rythme des animaux et des humains rencontrés : “Le lutin lui parle à la manière du lutin, une petite langue silencieuse que les moutons peuvent comprendre.”
  4. Parce que c’est un texte aux allures de conte intemporel, tout écrit au présent, un présent doux comme une vérité universelle, si rassurante dans un monde qui semble s’effriter.
  5. Parce que l’album se construit à la fois comme une promenade et une ritournelle : on va de l’étable à l’écurie, on passe par la bergerie pour rejoindre ensuite le poulailler, s’arrêter à la niche, entrer dans la maison des hommes pour retrouver le chat dans la maison du lutin. Chaque double page est à la fois une découverte et une répétition.
  6. Parce que c’est le monde de la nuit que chante ce texte, ce monde des vies parallèle, du surnaturel, un surnaturel bienveillant, un surnaturel ancestral (“C’est un vieux, vieux lutin et il a vu la neige de centaines d’hivers.”).
  7. Parce que les liens entre toux ceux qui habitent la terre y est chanté de manière respectueuse, apaisante : “Les hommes ne le voient jamais, mais ils savent qu’il est là. Parfois, le matin au réveil, ils voient les traces de ses petits pieds dans la neige. Mais personne n’a encore vu le lutin.”
  8. Parce que cet album chante le retour des saisons : “ J’ai vu les hivers venir et s’en aller, J’ai vu les étés venir et s’en aller, Et vous pourrez bientôt brouter dans l’enclos.” Même s’ il y a quelque chose d’inquiétant à ne pas tout à fait s’y retrouver à notre époque où les hivers ne sont plus tout à fait aussi froids et les étés plus tout à fait aussi généreux.
  9. Parce que c’est un album illustré par une autre de nos classiques préférées, dont nous aurons très vite l’occasion de vous reparler, Kitty Crowther, qui elle même a reçu le prix Astrid Lindgren en 2010.
  10. Parce que la deuxième et la troisième de couverture m’ont rappelé de beaux moments de mon enfance à plier et découper de jolis flocons de papier à coller aux fenêtres !

******

Lucie a choisi la suite des aventure de ce lutin bienveillant : Le Renard et le Lutin.

Le Renard et le Lutin, Astrid Lindgren et Eva Eriksson, Ecole des loisirs, 2018.

1- Pour les illustrations toutes douces d’Eva Eriksson.
2- Parce que le message de partage est parfaitement adapté au conte de Noël.
3- Pour la nuit claire et silencieuse, et ce ciel étoilé qui invite au rêve.
4- Parce qu’il a beau essayer de se faire discret, le renard est au centre du récit et qu’il est particulièrement attachant.
5- Pour le jeu sur ce personnage du renard tour à tour rusé ou piégé.
6- Pour cette illustration des poules dodues perchées dans leur poulailler, à l’opposé du renard qui a passé la tête et les pattes avant dans leur abri.
7- Pour le personnage du lutin, à la fois familier et folklorique.
8- Parce que ce sont les enfants, pourtant inconscients de ce qui se joue à l’extérieur, qui apportent la solution en toute insouciance.
9- Parce que ce lutin fait honneur à la tradition de partage et d’accueil de Noël.
10- Pour les guirlandes d’étoiles dans l’arbre effeuillé, très poétiques.

******

Et en bonus, un petit dernier plébiscité par les garçons d’Isabelle : les trois romans consacrés à l’incroyable Karlsson sur le toit, des livres lus et relus avec toujours le même succès. Vous vous demandez pourquoi ? Et bien, il y aurait au moins dix raisons !

1- Parce que quand, comme Petit Frère, on se sent parfois seul, il est si doux de trouver un ami, imaginaire ou pas.
2- Pour Karlsson. Comment vous dire… Un improbable bonhomme bavard, effronté, un peu vantard (sur les bords) et plein d’imagination. Ah oui, et doté d’une hélice lui permettant de voler et de rejoindre sa petite maison… sur le toit de l’immeuble !
3- Parce qu’avec Karlsson, chaque jeu est une aventure et TOUT est possible !
4- Pour les dialogues hilarants…
5- … et en particulier pour les répliques cultes du garnement : “à la fleur de l’âge”, “du calme, pas de panique” ou “tout ça, c’est purement matériel”…
6- Pour les téméraires qui s’efforcent de remettre nos amis sur le droit chemin. Et qui ne soupçonnent pas à quel point ils vont avoir fort à faire.
7- Parce que c’est un ravissement pour les enfants sages et modestes de voir quelqu’un se permettre sans vergogne tout ce qu’ils doivent s’interdire !
8- Pour le parcours de Petit Frère qui grandit au fil des tomes et apprend à s’affirmer au contact de son ami.
9- Pour les délicieuses spécialités suédoises qui donnent une saveur supplémentaire à cette série.
10- Pour le plaisir de voir que malgré tout, les idées farfelues de Karlsson finissent toujours par faire, un peu malgré lui, le bonheur de son entourage.

******

Et vous, avez-vous lu Astrid Lindgren ? Lequel de ses livres vous a particulièrement marqué.e ?

Lecture commune : Torben Kuhlmann met la science à hauteur de souris

Vous l’aurez peut-être remarqué, ce mois d’avril est placé sous le signe des étoiles sous notre grand arbre ! Dès lors, impossible de ne pas parler de l’album Armstrong, une incroyable aventure à la conquête de l’espace qui nous a fait forte impression.

Notre enthousiasme débridé a finalement fait que c’est finalement de toute la série imaginée par l’auteur allemand Torben Kuhlmann que nous vous parlons dans ce billet ! Quatre tomes qui nous font découvrir, à hauteur de souris, des avancées scientifiques parmi les plus prodigieuses. Cela vous intrigue ? Cette lecture commune est faite pour vous !

Torben Kuhlmann, photo disponible sur son site

Isabelle : Les albums de Torben Kuhlmann sont devenus absolument incontournables en Allemagne, ils ne sont pas (encore) aussi connus en France. Comment les avez-vous découverts et qu’est-ce qui vous a donné envie de vous y plonger ?

Linda : En 2019, mon libraire mettait en avant Armstrong parmi une sélection de livres plus documentaires pour fêter le cinquantième anniversaire des premiers pas de l’homme sur la Lune. Ce fut un énorme coup cœur, et depuis j’ai continué à découvrir ses albums.

Colette : J’ai connu les albums magnifiques de cet artiste grâce au comité de sélection du prix des Incos niveau CM2-6e auquel je participe. Edison était dans la sélection (il a d’ailleurs été retenu). Ce qui m’a donné envie de plonger dans ce livre, c’est cette étonnante association entre l’univers des souris et l’univers scientifique. Je me suis tout de suite demandé comment ces deux univers allaient se rencontrer. Cela me paraissait improbable.

Isabelle : Pour notre part, nous avons découvert ces albums d’abord en allemand avec le premier tome, Lindbergh, suite à la visite de mes parents au musée du Zeppelin près du lac de Constance. Nous avons tout de suite été sous le charme des illustrations, puis de l’histoire, nous précipitant ensuite sur chaque nouveau tome de cette série. J’ai donc été ravie de voir que la maison d’éditions Nord-Sud permettait aux lecteurs francophones d’en découvrir la traduction !

Lindbergh, Armstrong, Edison, Einstein : plusieurs fils rouges traversent ces albums, avez-vous envie de résumer leur sujet et la façon originale dont il est traité ?

Linda : Chaque volume présente une avancée technologique et scientifique dans un domaine différent: l’aviation dans Lindbergh, la conquête spatiale dans Armstrong, l’ampoule électrique pour Edison, la théorie de la relativité pour Einstein. L’auteur place la recherche dans un univers fantastique dans lequel des souris passionnées feraient des recherches en parallèle, voir un peu avant, les scientifiques dont les albums portent le nom. Ces souris évoluent dans les murs de notre propre monde et doivent se montrer prudentes pour préserver le secret de leur vie.

Isabelle : Voilà ! À lire ces pages, on se dit qu’on était à mille lieues de soupçonner l’effervescence fébrile qui semble régner parmi ces adorables petits rongeurs. Dans l’imagination de Kuhlmann, leur manie de se lancer des défis complètement fous n’a d’égale que leur obstination à se jouer des obstacles liés à la gravité, à l’absence d’air ou à la pression hydrostatique ! Pour moi, les fils rouges de cette série sont une rencontre improbable entre science et fantaisie, une forme vraiment à la charnière entre le roman (avec un texte relativement long déroulant une histoire aux rebondissements multiples) et l’album illustré, et justement, à ce propos, un univers graphique vraiment singulier.

Que pensez-vous, donc, de cette rencontre entre science, histoire et fantaisie ?

Linda : Les personnages attirent le regard et permettent à l’auteur d’aborder des sujets riches tout en créant une histoire pleine d’aventures, de dangers sous-jacents en plaçant la recherche scientifique au cœur du récit. C’est un procédé vraiment pertinent. Le texte se veut assez long pour intéresser le lecteur un peu plus grand qui pourrait se détourner du format l’album, trop souvent destiné aux jeunes enfants. Ici le support permet d’éveiller la curiosité, de la nourrir tant au travers du texte que de l’image.

Colette : J’ai parfois trouvé le “prétexte” à l’évocation de la découverte scientifique tiré par les cheveux : la foire aux fromages dans Einstein n’a pas constitué pour moi une raison suffisante pour pousser notre petite souris à déployer tant d’énergie, tant d’effort, tant d’ingéniosité pour comprendre la théorie de la relativité et créer une machine à remonter le temps – et pourtant je me délecte de toutes sortes de fromages ! J’ai préféré l’élément déclencheur de la quête de Peter dans Edison : une vieille carte, un trésor à retrouver, un passé familial glorieux, voilà qui a le don de m’entraîner dans l’aventure ! De manière générale, je trouve que la structure des albums de Torben Kuhlmann nous invite à pousser la porte du passé et des progrès techniques qui jalonnent l’histoire de l’humanité à la manière d’une enquête, qui progresse étape par étape. L’auteur allie science, histoire et fantaisie avec aisance et maîtrise. Il me semble que les illustrations jouent beaucoup dans la construction de cette cohérence, ce sont les illustrations qui d’après moi rendent cette alliance plausible, crédible (alors qu’en fait si on y réfléchit bien, c’était un pari risqué : des souris qui aident les plus grands scientifiques du monde à aller au bout de leurs idées géniales, hum, hum, c’est complètement dingue !

Isabelle : Oui, cela reste une fiction un peu décalée, mais très sérieusement, en tant que chercheuse, je trouve qu’elle montre comme rarement les côtés les plus chouettes de la science : la soif de comprendre, les cogitations et expériences ratées face à des problèmes qui peuvent paraître insolubles, la recherche d’hypothèses plausibles, l’exaltation de l’expérimentation et de l’exploration de territoires inconnus… Le fait que cela soit raconté à hauteur de souris lui permet, en plus, de mettre en scène ce cheminement scientifique comme une aventure impliquant des bonds vertigineux et la fuite de redoutables prédateurs. Et mine de rien, pris dans ce flot de péripéties, on remarque à peine qu’on apprend une foule de choses.

L’univers graphique de cet auteur m’a semblé très singulier. Comment l’avez-vous trouvé ?

Linda : Je trouve la mise en page très dynamique. L’alternance d’illustrations pleine page, d’accumulation de vignettes ou de double pages crée la surprise à chaque page tournée. Très réaliste, le dessin de Kuhlmann regorge de détails qu’on prend plaisir à chercher et à trouver avec plus ou moins de facilité. C’est un vrai plaisir pour les yeux ! Chaque album prend des airs de journal de recherches avec ses croquis, photographies et textes.

Colette : Je me suis aussi délectée des doubles pages qui nous offrent de vastes paysages, peints avec une précision d’horloger. Certaines pages en appellent à l’infiniment grand, d’autres nous ramènent au minuscule. Il y a un véritable mélange de styles entre cases de bande-dessinée, photographie polaroïd, double page sans texte, pages de croquis, imitation de documents anciens… Il y a un petit côté grimoire avec ces albums, renforcé par la matérialité du livre, son épaisseur, sa belle couverture rigide. L’artiste joue aussi souvent des cadrages, avec des alternances de gros plans et de plans généraux qui invitent le regard à explorer l’espace avec curiosité, avidité comme les personnages le font avec leurs inventions. Pour moi les images de Torben Kuhlmann sont un univers à part entière à explorer.

Isabelle : Je vous rejoins sur la qualité des illustrations dont certaines sont vraiment à couper le souffle. Elles ont un côté vintage que j’ai trouvé réjouissant et original et comme vous le disiez, elles débordent de détails qu’on découvre au fil des lectures et de clins d’oeil aux mondes de la littérature et de la science. Quelle virtuosité ! Tu avais raison toute à l’heure, Colette, de souligner que ces illustrations sont essentielles pour nous faire entrer dans cette abracadabrante histoire de souris astucieuses.

Colette : Et qu’avez-vous pensé du dossier documentaire à la fin des albums ? Est-ce que vous le trouvez nécessaire ? On peut bien entendu ne pas le lire mais je me suis demandée en relisant celui sur Einstein à qui il s’adressait vraiment (je n’ai pas tout compris et j’ai éprouvé un immense regret de ne pas m’être plus intéressée à la physique…)

Linda : Pour ma part je trouve ce dossier intéressant car il permet d’aller plus loin pour découvrir un scientifique, un chercheur et ce qui le rend célèbre.

Isabelle : Moi aussi, j’ai bien aimé. Bon, c’est quand même un peu le choc : l’auteur parvient d’abord presque à nous faire avaler son histoire de souris pionnières de la connaissance pour ensuite nous révéler la véritable histoire de l’invention du Zeppelin, de l’avion, de l’éclairage électrique et de la théorie de la relativité, telle que la racontent les encyclopédies. Je n’aime pas trop que les fictions aient des intentions didactiques trop explicites, mais là, j’ai trouvé que c’était attrayant et vraiment intéressant – même moi non plus, je ne suis pas sûre d’avoir tout compris ! Ces pages finales ont en tout cas fait forte impression à mes enfants. Cela dit, comme je le disais plus haut, je retiendrais plus de ces albums quelque chose sur l’esprit et la méthode scientifique que sur la technique ou la théorie en question.

Isabelle : Finalement, qu’est-ce qui vous a emportées, ou moins plu dans ces albums ?

Colette : Ce qui m’a complètement convaincue dans ces albums, c’est vraiment l’univers graphique de l’auteur, ce talent pour représenter un monde à explorer. Ce qui m’a moins plu, même si je trouve cela joyeux et original, c’est le récit animalier, c’est d’avoir choisi la souris comme personnage principal, mais ce petit bémol est sans nul doute lié au fait que vraiment, vraiment, j’ai une peur panique des souris. Cela n’empêche pas que ce choix semble aller avec le classicisme des œuvres de Kuhlmann : la souris est un animal que l’on retrouve dans maintes comptines enfantines, dans de nombreux albums jeunesse, c’est un animal très familier dont on peut facilement imaginer que son petit monde s’étend sous le nôtre, dans les murs et sous les toits de nos maisons, derrière les étagères de nos librairies. La souris est souvent associée d’ailleurs aux expériences scientifiques mais ici pour une fois elle n’en est pas la victime mais l’initiatrice. Joli renversement, me semble-t-il !

Linda : Absolument. La souris me semble être un très bon choix car, comme tu le dis, c’est un animal très familier. Sa vie et la nôtre sont étroitement liées. Les rongeurs vivent dans nos murs et se nourrissent de notre nourriture. C’est aussi un petit rongeur réputée très intelligent. Ici, Torben Kuhlmann a su leur donner un air plutôt mignon qui doit jouer un rôle dans l’attrait de ses livres chez les enfants pour qui le titre n’est pas forcément parlant. Je crois qu’au final c’est ce mélange fantaisie, science, histoire qui me plait le plus. Mais bien sûr, le style graphique y est pour beaucoup aussi. Ces petites souris sont tellement mignonnes !

Isabelle : Je suis d’accord sur l’univers graphique et l’originalité de la proposition qui restent les énormes points forts de cette série et de cet auteur. Mon principal regret concernait l’absence de femmes scientifiques en quatre tomes. Il y aurait là une belle manière de les mettre en avant et j’espère fortement que Torben Kuhlmann y viendra !

Alors, ces albums, à qui avez-vous envie de les faire lire ?

Linda : À tous les enfants, curieux par nature, afin d’enrichir leur culture générale sans en avoir l’air.

Colette : À mes fils sans aucun doute ! Ils ont adoré découvrir les différentes aventures des petites souris de Kuhlmann. Mais sans doute pas du tout pour les mêmes raisons : mon fils aîné a aimé la part documentaire de ces albums, alors que mon cadet s’est régalé des aventures improbables des petites souris, il les a vraiment lus comme des récits d’aventures. Et je suis ravie que l’un de ces albums soit dans la sélection des CM2-6e des Incos de l’année prochaine. Proposer des albums riches, des lectures longues illustrées à ce lectorat là, c’est un super défi ! Garder le lien avec l’album à un âge où souvent on commence à s’en éloigner, c’est une belle promesse de lectures variées, diverses, multiples. Lire un texte, lire une image – et quelles images ! – ce sont deux processus différents qu’il m’importe de cultiver avec des adolescent.e.s.

*****

Et pour le plaisir de goûter aux superbes illustrations de l’artiste, nous avons chacune choisi une image en particulier à vous présenter.

Pour Colette, ce sera cette magnifique double page qui ouvre Edison, la fascinante plongée d’une souris au fond de l’océan.

Edison, La fascinante plongée d’une souris au fond de l’océan, Torben Kuhlmann,
NordSud, 2019.

Parce que j’adore cette atmosphère, ce mur couvert de livres jusqu’au plafond, ces tables chargées d’œuvres, et pas n’importe lesquelles, il n’y a qu’à voir les œuvres au premier plan qui comme des indices de l’aventure qui nous attend, que ce soit les œuvres de Jules Verne, d’ H-G Wells, Moby Dick, ou L’île au trésor. La vitrine, les voitures que l’on devine garées dans la rue, la petite clochette au dessus de la porte, le tourniquet qui présente les journaux , les cadres sur le mur, cette caisse enregistreuse en bois et puis ce libraire aux lunettes rondes, ce garçon en culottes courtes, tout nous invite au voyage dans le temps. Et puis il y a dans le mur du fond ce petit trou de lumière vive, ce petit trou qui nous happe, passage vers un autre monde, un monde minuscule…

*

Le choix (cornélien) d’Isabelle s’est porté sur cette illustration tirée de l’album Einstein. Le fantastique voyage d’une souris dans l’espace-temps.

Einstein, Le fantastique voyage d’une souris dans l’espace-temps, Torben Kuhlmann,
NordSud, 2020.

On y retrouve l’identité graphique singulière de Torben Kuhlmann, son trait tendre et énergique pour dessiner les petites souris et son univers vintage – mécanismes d’horloge à l’ancienne, livres à l’épaisse reliure en cuir, tableau noir… Mais surtout, parole de chercheuse, cette illustration représente parfaitement les différentes facettes du travail scientifique : la formulation d’une énigme et la cogitation sur les hypothèses envisageables qui seront souvent schématisées comme ici à la craie à gauche, la lecture des nombreux travaux déjà disponibles qui viennent s’empiler sur un coin du bureau, la définition d’un protocole expérimental permettant de tester ses intuitions, phase à laquelle notre apprenti chercheur semble intensément consacré. De quoi susciter des vocations, non ?

*

Après de longues hésitations pour Linda, le choix s’est finalement arrêté sur la double page qui ouvre Armstrong, l’extraordinaire voyage d’une souris sur la Lune.

Armstrong, l’extraordinaire voyage d’une souris sur la Lune, Toben Kuhlmann, NordSud, 2016.

Parce qu’elle résume parfaitement l’univers de Torben Kuhlmann avec son graphisme si réaliste et sa façon si singulière de placer le monde des souris à hauteur d’humain. Ses illustrations présentent très souvent des plans dessinés en plongée ou contre-plongée, une façon de montrer l’immensité du monde à l’échelle de ce petit mammifère. Sans parler de la richesse des décors qui en disent beaucoup, un tableau par-ici, un livre par-là, la maquette d’un avion dans ce coin, un globe dans un autre. Et en son centre, l’objet de toutes les questions. C’est un monde plein de curiosités qui s’ouvre pour son personnage mais aussi pour le lecteur qui doit prendre le temps de regarder partout pour ne rien manquer ni oublier.

******

Pour en savoir plus, n’hésitez pas à lire nos critiques :

  • Les avis de Pépita et de Linda sur Lindbergh, la fabuleuse aventure d’une souris volante
  • L’avis de Linda sur Armstrong, l’extraordinaire voyage d’une souris sur la Lune
  • Les avis d’Isabelle et de Linda sur Edison, La fascinante plongée d’une souris au fond de l’océan
  • L’avis d’Isabelle sur Einstein, Le fantastique voyage d’une souris dans l’espace-temps

N’hésitez pas non plus à nous dire si vous en avez lu certains et ce que vous en avez pensé !