C’est une auteure incontournable en littérature jeunesse. Essentielle, même, dirons-nous… A l’ombre du grand arbre, nous l’avons souvent citée, individuellement, dans des sélections thématiques ou parmi nos coups de cœur, aujourd’hui, le temps du collectif est venu. Aussi souhaitions-nous consacrer à Marie Colot un article complet, pour rendre hommage à son grand talent, sur tous les fronts : en albums, en romans junior, en ados…où elle s’empare de sujets actuels, importants, avec un regard d’une humanité rare.

***
Pour Liraloin, la perspective de retourner au Japon l’a conduite à choisir Mori graines de géants dans les forêts urbaines d’Akira Miyawaki. Mikiko a huit ans lorsque sa curiosité de future carnettiste la pousse à observer son voisin Akira Miyawaki planter des arbres et fleurs afin de végétaliser ce béton tokyoïte.
Voici une lettre écrite après le décès du vieux monsieur …
« Akira-San,
Lorsque j’étais enfant, ce que je voyais le plus étaient tous ces fils électriques emmêlés, suspendus en amas. Je m’imaginais que c’était des lianes d’une forêt vierge d’un pays lointain remplie de papillons géants ou autres insectes un peu suspects. Je jouais à ne plus penser que je vivais dans cette énorme ville où la verdure ne jaillissait que des parcs et des temples. Akira-San vous avez changé la vie de tellement d’habitants de mon immeuble. De leur fenêtre maintenant ils peuvent admirer ces beaux kuri shibaguri. Vous savez, je suis toujours en admiration devant le kobushi que nous avons planté ensemble un doux matin de printemps. Je ne vous remercierais jamais assez de votre dévouement.
Arigato gozaimasu – et comme vous le disiez si bien : « Shizen no manimani » (laissons la nature suivre son cours)«
******
Lucie est très sensible au thème de la différence en général, et du handicap en particulier. Elle a donc choisi Les oiseaux rares qui raconte avec beaucoup de tendresse le lien unissant Violette et sa tante Hortense. Voici quelques souvenirs que Violette souhaite partager.
Tu te rappelles de la première fois où tu m’as parlé des oiseaux ? Moi pas, j’aimerais que tu me la racontes. Peut-être as-tu imité le chant de l’un d’entre eux pour attirer mon attention ? Je devais être minuscule, j’ai l’impression que nous avons toujours partagé cette passion !
La colère de maman la fois où elle nous a surprises en train de terminer de goûter… c’est bien simple il ne restait plus rien dans le placard. Nous avions dévoré tous les biscuits et les bonbons. Quel mal de ventre nous avons eu ! Mais impossible de se plaindre sous peine de raviver sa fureur.
Je me souviens de ce trajet en bus. Je t’avais raconté la bêtise qu’avait faite un camarade de classe et tu avais ri à gorge déployée. Tous les passagers s’étaient retournés et t’avaient jeté des regards choqués. Je m’étais demandé : qu’y a-t-il de si étonnant à rire ?
Impossible d’oublier ton premier soir à l’institut spécialisé. Tu n’avais pas pu venir me chercher à l’école. Pour la première fois j’ai goûté seule chez grand-père. Il me répétait qu’il n’avait pas le choix, mais cela ne me consolait pas du tout. J’étais prête à tout pour te retrouver et m’assurer que tu y étais bien entourée.
***
Héloïse adore la plume de Marie Colot et ses héros à vif. Elle a donc choisi de vous parler d’Eden, fille de personne, roman lumineux, bourré d’optimisme, sur la résilience, la capacité à surmonter les épreuves, et ces mains tendues qu’il ne faut pas hésiter à saisir.
Chère Eden,
Mais quel choc quand j’ai découvert le triste sort qu’on réserve aux enfants à adopter aux États-Unis. Le sort qu’on t’a réservé, toi qui a été ballottée de famille en famille.
Ce marché de la réadoption, avec ses catalogues d’enfants, ses vidéos en mode « adoptez-moi », ces enfants qui doivent littéralement « se vendre », y perdant à chaque fois un peu de leur âme, et les dangers qu’ils encourent… cela m’a tout simplement révoltée.
Tu m’as beaucoup touchée, Eden, j’ai aimé ta force, ton caractère, tes grandes désillusions, tes peurs. Comment faire confiance quand on a été trahie, y compris par les personnes qui sont le plus proches de nous ? Comment croire au bonheur, quand un drame nous en a privé la dernière fois ?
Tu ne te laisses pas abattre, tu as ton rêve d’émancipation devant toi, et puis tu n’es pas seule. Il y a ton éducateur Peter, certes, mais surtout Tomorrow, ce chien qui t’es si cher, et aussi Damon…
Cela m’a fait plaisir de te voir changer. De te voir mettre de côté la colère, et la culpabilité pour t’ouvrir à nouveau, comme un papillon sort de sa chrysalide.
Grâce à toi, j’ai redécouvert l’importance de l’amour, de la confiance, de cette famille de cœur que l’on se trouve quand la nôtre n’est plus là.
Merci de nous avoir partagé ton histoire !
***
Hélène a également été très sensible à l’humanité qui se dégage de la plume de Marie Colot. Elle a donc choisi un album et un petit roman à mettre entre toutes les mains, qui parleront au coeur des plus jeunes.
Dans Et si ça existait, joliment illustré par Ian de Haes, Achille, à qui sa soeur Salomé pose la traditionnelle question : « Et toi, qu’est-ce que tu veux faire plus tard ? », imagine tout un tas de métiers qui ont tous pour point commun d’embellir la vie des autres.
– Eh bien ,peut-être que je serai guérisseur de peine, pour soigner le coeur des gens tristes
– ça n’existe pas ! répond ma grande soeur.
– Et alors, il suffit de l’inventer.
– Non Achille. il te faut un vrai métier.
-Comme partageur de sous, pour en donner plus à ceux qui en ont moins ?
– Non, ça n’existe pas non plus
– Alors, je serai embellisseur d’extérieur pour décorer les villes, les autoroutes et les parkings.
Achille ne se laisse pas décourager et imagine les métiers de mécanicien de cerveau, gardien de secrets, refroidisseur de climat, réparateur de rêves brisés, professeur de bêtises…
Le ton est à la fois léger et profondément touchant dans la manière dont il est traité.
Le petit roman qui a beaucoup plu à Hélène et qu’elle souhaitait partager avec vous s’intitule « Les pêcheurs d’éternité ». Toute la poésie du titre traduit le sujet du roman, traité avec douceur et amour. Les illustrations, celle de la couverture et celles de l’intérieur, allègent la lecture et donne forme aux personnages très attachants. La relation aux grands-parents autour d’une passion, la pêche. Un beau livre sur la résilience, les relations familiales, l’amour tout simplement.
« -A l’aide, à l’aide !
Je rame de toutes mes forces, mais notre barque progresse comme un poisson sans nageoire.
(…)
Après, tout va très vite, si vite que ma tête tourne autant que le gyrophare des secours.IL habille les alentours d’une lumière bleue éblouissante. Les urgentistes transportent Papou sur une civière. Ils le branchent à des tubes et des machines qui clignotent de partout. Les portes claquent. Et l’ambulance repart avec ses pin-pon qui déchirent la nuit. Mamou m’embrasse de loin. Déjà, elle file vers l’hôpital dans sa petite voiture.«
****
C’est en acrostiche que Séverine veut rendre hommage à Marie Colot, avec cette histoire qu’elle lui a contée au creux de l’oreille, dans un murmure de mots aussi profonds qu’ils sont sensibles, qu’elle a partagée avec sa fille, très attentive à la question environnementale. Petite mer est une histoire Puissante, Emouvante, Tendre, Irresistible, Très poétique, Engagée, Merveilleuse, Evidente, Rassurante.
Puissante quand elle dénonce l’enfermement et l’exploitation animale pour de pathétiques applaudissements…
Emouvante et empathique, parce qu’elle parle de souffrance et de solitude, mais également de solidarité.
Tendre car elle met en lumière la générosité de l’enfance, une amitié improbable, la fidélité de toute une vie.
Irrésistible, grâce à de superbes illustrations, dans un foisonnement de couleurs et d’images oniriques, d’un éclat céleste.
Très poétique quand ciel et mer, poissons et oiseaux, se mêlent et se mélangent comme pour nous étourdir de beauté et de liberté…
Engagée, car elle dénonce une situation autant qu’elle croit en la force de l’action collective et en la possibilité de transmission d’un idéal.
Merveilleuse, car on se prend à rêver : de nager avec baleines et dauphins, de vagues et de vent, de grands espaces maritimes, des fonds marins et de leur faune…
Evidente, au sein d’une collection-phare des Editions du pourquoi pas? Pourquoi pas la Terre, qui nous rappelle que le respect du vivant et du monde animal ne souffre aucune concession.
Rassurante, car, en s’adressant à leur sensibilité et leur intelligence, elle offre un espoir que tous les enfants du monde puissent mener les luttes qui comptent, et remporter des victoires.Yes, they can !
Et vous, quels sont vos titres préférés de cette auteure ?





























