Lecture commune : Forbans !

A l’Ombre du Grand Arbre, on aime découvrir de nouveaux titres, et on fait confiance aux copinautes et à leurs recommandations. Alors quand Liraloin nous a parlé de Forbans !, l’idée d’une lecture commune s’est très vite imposée…

Forbans !, de Renaud Farace et Olivier Philipponneau. Ed. 3oeil, Octobre 2025

Liraloin : Aviez-vous déjà entendu parlé du scénariste Renaud Farace et du dessinateur Olivier Philipponneau ? 

Lucie : Non je ne connaissais pas du tout leur travail, mais j’ai découvert en faisant une petite recherche qu’ils avaient déjà collaboré sur Détective Rollmops qui je dois le dire m’attire beaucoup (ce titre !). Mais j’y suis allée les yeux fermés parce que quand tu conseilles une BD, Liraloin, je n’hésite jamais !

Détective Rollmops, de Renaud Farace et Olivier Philipponneau, Ed. The Hoochie Coochie, Novembre 2021.

Héloïse : Pas du tout ! Si Lucie n’en avait pas parlé, je ne serais jamais allée lire ce graphique pour le moins original (et cela aurait été bien dommage !)

Liraloin : J’ai découvert Olivier Philipponneau à travers ses publications notamment avec son grand livre très intéressant Détective Rollmops.Il publie également des albums jeunesse, je suis fan de Amimots.

Animots, de ALIS, Olivier Philipponnneau et Raphaële Enjary, Ed. Albin Michel, 2019.

Liraloin : Cette bande dessinée a été éditée par les éditions 3Oeil. Aviez-vous déjà lu des livres publiés par cette maison ? 

Lucie : Je connaissais les Philonimo et j’aime beaucoup leurs visuels pour leur côté artisanal. Et puis bon, une collection de philo pour les petits je ne peux qu’adhérer !

Le Loup de Hobbes, d’Alice Brière-Haquet et Herbéra, ed. 3Oeil, 2023

Héloïse : Je ne connaissais que les Philonimo, au design visuel très original. Et comme le dit Lucie, c’est chouette d’oser la philo avec les plus jeunes ! 

Hélène : Idem, une découverte pour moi, qui n’avait pas non plus fait le lien avec les Philonimo.

Liraloin : Complètement, c’est un petit éditeur sur la même ligne qu’Hoochie Coochie. Je connais les titres jeunesse notamment ceux d’Alice Brière-Hacquet. Je connais moins la série Philonimo par contre.

Liraloin : Commençons par évoquer l’aspect physique du livre ? Qu’en avez-vous pensé ? (reliure, maquette, couverture intérieure et extérieure)…

Lucie : J’ai été surprise par la taille de cet ouvrage. Je ne m’attendais pas à ce qu’il soit si gros, avec en plus une couverture rigide. C’est un objet imposant. Mais sa stature est contrebalancée par cette illustration de couverture un peu folle avec des personnages très graphiques, des couleurs vives tranchant avec le noir profond… A posteriori, je trouve que la couverture est très fidèle au contenu.

Liraloin : En effet, quelle surprise en ouvrant cette BD. La reliure est superbe, dans mon club BD un de mes collègues a cru que le livre était cassé (trop drôle). La couverture intérieure de fin est originale en nous rappelant tous les personnages croisés lors de notre lecture. Et oui, le livre est bien imposant !

Lucie : Faut dire que les personnages sont très nombreux… Heureusement qu’ils sont faciles à identifier parce qu’il y aurait de quoi s’y perdre !

Hélène : Oui, une très belle galerie de personnages hauts en couleur, dans tous les sens du terme !

Liraloin : Au premier abord, dès la première de couverture, nous tombons nez à nez avec une ribambelle de Forbans – Pirates. En tant que lectrice on se dit tout de suite que le graphisme est très original. Comment êtes-vous entrée dans cette lecture? 

Héloïse : Au départ, j’étais sceptique face au graphisme des personnages. Mais ça colle tellement bien à cet univers déjanté ! Ce qui m’a marquée, c’est le traitement des couleurs : une couleur par chapitre et par partie, tout le reste en noir et blanc. C’est un procédé que j’aime beaucoup.  

Lucie : Comme Héloïse, j’ai été déstabilisée par ce graphisme presque rudimentaire. D’autant plus qu’il ne correspond pas au propos et aux références qui eux nécessitent culture et un certain recul. A l’image de la couverture riche en contrastes, je trouve que cette bande dessinée joue sur plusieurs attendus et se plaît à les détourner. Mais après quelques pages, j’ai vraiment apprécié ces personnages au caractère fort et facilement identifiables, comme nous le disions.

Liraloin : Je vous rejoins complètement et clairement c’est ce que j’ai apprécié dans cette lecture. Tout d’abord, en ce moment, je trouve que les BD jeunesse se ressemblent un peu toutes graphiquement sauf quelques exceptions, et là, ça fait du bien de voir une BD sortir du lot. En en parlant avec toi Lucie, je ne trouvais pas que les références étaient compliquées pour les jeunes mais tu m’as fait réfléchir et après coup ma conclusion a été : c’est une BD pour tous ! Le graphisme me plaît énormément. Comme le dit Héloïse, les codes couleurs pour chaque chapitre donne un ton particulier à la lecture et cela est très plaisant.

Héloïse : Clairement, l’humour est le gros point fort de ce titre… Entre les jeux de mots, les situations rocambolesques, les mots-valises, on en prend plein les yeux. 

Hélène : Moi aussi j’ai trouvé le graphisme très original mais dans le bon sens du terme. Les couleurs m’ont tout de suite attirée. J’ai mis un peu de temps à identifier les personnages mais une fois ceci fait, j’ai pu pleinement apprécier l’humour qui se dégage du texte ! 


Lucie : Justement, parlons des couleurs. Tu le disais Héloïse, elles marquent l’identité de chaque chapitre, chacun étant composé de noir et blanc et une couleur fluo ou très vive. Qu’avez-vous pensé de ce choix artistique ?

Liraloin : Ce choix est judicieux et apporte au jeune lecteur un repère du moins j’ose l’espérer, je n’ai pas trop de retour de lectures de jeunes lectrices et lecteurs pour le moment. Cette transition de couleur après couleur permet de mieux aborder la lecture comme pour faire abstraction de la charge visuel que nous donne tous les personnages. Finalement ce choix apporte de la fluidité.

Hélène : Moi aussi j’ai été séduite par ce choix artistique. Cela amène un peu de repère et permettra je pense au jeune lecteur de faire des “pauses” mentales entre chaque chapitre. D’un point de vue purement graphique c’est très intéressant de séparer les chapitres de cette façon, je n’avais pas souvent vu ce procédé. 

Liraloin : Tout à fait Hélène, c’est pour cela que je plussoie les petites maisons d’éditions comme celle-ci. Il y a un vrai travail artistique !

Lucie : Ce parti pris va à l’encontre d’une vision naturaliste à laquelle de toute manière – nous l’avons dit – le graphisme n’appellait pas. Les personnages peuvent changer de couleur d’un chapitre à l’autre sans que cela ne pose problème. J’ai envie de dire que c’est un choix courageux qu’il fallait assumer (surtout dans le chapitre jaune qui peut parfois piquer un peu les yeux). Mais cela participe définitivement à la folie de l’entreprise ! Folie graphique, folie des couleurs et personnages un brin perchés eux aussi (c’est un euphémisme). La forme épouse parfaitement le fond.

Héloïse : C’est si joliment dit Lucie ! Effectivement, il souffle un vent de folie sur ces Forbans !, à tous les niveaux. 

Liraloin : D’où cette question sur ce qu’évoquait Héloïse plus haut : l’humour ! Est-ce que vous avez bien rigolé durant la lecture de cette bande dessinée, car ça c’est hyper important ? 

Héloïse : Je n’ai peut-être pas ri à gorge déployée, mais j’ai beaucoup souri, et certains passages m’ont bien fait rire. Les jeux de mots sont truculents, et les références très amusantes. 

Lucie : Eh oui, j’ai bien rigolé ! Il y a les mots-valises dont parlait Héloïse, mais aussi les références à la pop culture, le caractère très affirmé des personnages… En réalité, il y a de multiples motifs de rire, à plusieurs niveaux de lecture. Ça va du rire de surprise du genre “ils n’ont pas osé ?!” à la référence inattendue. Ce qui en fait, comme tu le disais Frédérique, une lecture pour tous les âges !

Héloïse : Je suis d’accord avec vous les filles, je trouve que ce graphique permet différents niveaux de lecture, et c’est d’autant plus chouette. 

Liraloin : Je me suis bien amusée durant cette lecture, j’étais à bord sur le rafiot avec eux. Le scénario apporte une spontanéité qui est tellement appréciable. Punch line à gogo, tirades et monologues complètement hystériques, situations cocasses… ça n’arrête pas ! Et puis les noms donnés aux personnages comme les trois boulets… Les titres des chapitres sont amusants également : des moutons et des hommes, pour n’en citer qu’un !

Liraloin : Nous avons évoqué plusieurs fois les nombreux personnages, quel est votre préféré? 

Héloïse : Sans hésiter : la fiancée. Je trouve qu’elle a du caractère, aux antipodes de la jeune femme fragile à sauver. C’est même elle qui sauve les autres à de nombreuses reprises…

Liraloin : Tu as raison Héloïse. La fiancée est un personnage un peu badass comme on les aime. J’ai aussi apprécié qu’Eléonore soit aux antipodes d’Eric (quel prénom qui détonne par rapport aux autres : Barbe-en-tas, Tortilla…). D’ailleurs, un de mes personnages préféré ou je devrais dire mes personnages préférées, c’est la tribu Kot Kots avec tous les jeux de mots. Je suis fan.

Lucie : Moi aussi j’ai aimé la comtesse Eléonore du Nordest : malgré son titre, elle est top, badass à souhait. Mais j’avoue que j’ai aussi beaucoup aimé l’évolution du pirate, le bien nommé Barbe-en-tas. Il se fait destituer de son rôle de capitaine, doit faire face aux divergences d’opinion de son fils quant à son avenir, et se retrouve finalement à apprécier le courage de son ex-future-bru. J’ai adoré ces revirements de situation. La tortue Tortilla est géniale aussi avec sa curiosité pour la culture KotKot. C’est vraiment difficile d’en choisir un seul.

Héloïse : Oui la relation entre le “grand méchant capitaine pirate” et Éléonore est très très drôle. De rejet à l’acceptation, en passant par l’admiration. 

Hélène : Petit coup de cœur pour Éléonore de mon côté également. Elle m’a fait rire, mais les autres personnages ne manquent pas de piquant non plus !

Lucie : Outre votre personnage préféré, je me demandais si vous aviez un chapitre favori. Chacun a son unité autant en couleur qu’en péripéties !

Héloïse : Je n’en ai pas… ils sont tous amusants à leur façon !

Hélène : Moi non plus, je n’ ai pas réussi à en dégager un en particulier…

Liraloin : Le Mijoté de mutinerie car il fallait oser le jaune comme couleur dominante et c’est un des chapitres où on sent que la situation échappe à Barbe-en-tas. Quelques personnages se révèlent aussi comme le cuistot… et puis aussi les 3 pages avec juste les bulles dans le chapitre Dans le ventre d’Anacondaltonien.

Lucie : Pour ma part j’hésite entre l’arrivée chez les Kot Kots Secousse chez les Kot Kots et le suivant, la bien nommée Forêt farfelue, particulièrement loufoque qui voit vraiment se révéler l’héroïne chez Eléonore.

Lucie : Avant de conclure avec notre question traditionnelle, et sans trop en révéler aux chanceux qui vont découvrir cette BD, je dois dire qu’après ce tourbillon de folie qui ne ressemble à rien de ce que j’avais pu lire avant j’étais curieuse de découvrir la fin. A-t-elle répondu à vos attentes ?

Liraloin : Mais oui, j’ai trouvé que cette fin était dans la même lignée que le reste du scénario avec en prime une belle solidarité dans cette dernière épreuve. Mais on en dira pas plus !!!!

Lucie : Il ne faut évidemment pas trop en dire, mais justement une fin convenue aurait été franchement décevante. Une partie de la résolution était prévisible mais le reste (comme dans toute la BD il y a plusieurs couches) est à mon avis à la hauteur de ce qui précède. Il y a une logique certaine mais c’est aussi ce qu’il fallait.

Héloïse : Elle m’a semblée assez logique, dans la continuité de ce qu’on avait lu. Avec une chute bien drôle pour terminer en beauté. 

Lucie : Pour finir, à qui conseilleriez-vous cette BD ?

Héloïse : A partir du collège, je dirais, et plus si affinités.

Liraloin : Tout comme toi Héloïse à partir du collège et plus plus plus. A conseiller aux adultes trop sérieux et qui détestent la couleur !

Lucie : Le graphisme pourrait laisser penser à une BD destinée à un public plus jeune mais je vous rejoins tout à fait, à partir du collège les lecteurs pourront saisir jeux de mots et références. Il faut juste passer outre cette couverture et accepter d’entrer dans le monde fou de Renaud Farace et Olivier Philipponneau. Il y a matière à rire quel que soit son âge !

Hélène : Tout comme vous je pense qu’il faut une certaine maturité pour comprendre les jeux de mots et le sous-texte. Parfait pour les collégiens et au-delà (nous-mêmes avons aimé et nous ne sommes plus vraiment collégiennes n’est-ce pas 😉). Le volume de l’ouvrage va également dans ce sens. Le graphisme est coloré mais pas si enfantin que cela finalement. Il faut juste le proposer, l’accompagner, et cette BD de qualité a tout le potentiel pour rencontrer son public ado.

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Merci aux éditions 3oeil de nous avoir permis de découvrir cette BD pétillante. On espère que cette lecture commune vous aura donné envie de découvrir Forbans !, un graphisme original, drôle et inattendu, qui a rencontré un gros succès A l’Ombre du Grand Arbre !

Entretien avec Jo Witek

Vous l’avez compris avec l’article que nous lui avons consacré, pour le Grand Arbre Jo Witek est une auteure essentielle. Nous aimons la diversité des formats qu’elle aborde, ses engagements, son talent pour décrire l’adolescence et ses tourments, sa capacité à se renouveler tout en sonnant toujours juste.

(Re)lire et discuter de son œuvre aussi variée qu’engagée a amené une foule de questions, et nous avons été très touchées qu’elle prenne le temps de nous répondre.

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Vos romans pour ados sont séparés en deux catégories assez distinctes : d’un côté les polars, de l’autre les histoires sur des sujets plus proches du quotidien. Appréciez-vous ces deux genres en tant que lectrice ?

Je lis très peu de littérature noire, c’est très étrange. Je crois que mon goût du thriller vient clairement du cinéma. J’ai été lectrice pour le cinéma, j’ai donc été payée pour « démonter » pas mal de récits, les fouiller, les analyser, trouver les manques narratifs. Telle une mécanicienne, en apprenant à déconstruire, j’ai appris à travailler le suspens, le rythme du thriller et la psychologie des personnages. En revanche, la littérature réaliste, sociale, engagée est celle que je lis et que j’affectionne depuis l’adolescence.

En tant que lectrices adultes, nous apprécions l’aspect engagé et féministe de vos textes, sur la mise en place des relations filles-garçons et plus particulièrement les questions de respect et de consentement qui sont récurrentes dans vos romans ; et ce bien avant que l’EVARS refasse surface. Quelles sont vos motivations ?

Oui, je vais intervenir prochainement dans une journée professionnelle pour des enseignants et travailleurs sociaux autour du programme de l’EVARS et du lien quasi évident de la littérature jeunesse avec ce programme. Je pense que pas mal de romans en jeunesse peuvent accompagner ce dispositif, donner corps, chair et émotion au travers de la fiction aux points abordés avec les animateurs, enseignants autour de l’EVARS : respect du corps, le sien, celui des autres, la notion de consentement, l’emprise, le harcèlement, les luttes contre les discriminations sexuelles et sexistes, et contre les stéréotypes de genre, le droit au respect, à la liberté, à l’affection saine, au plaisir, à l’amour, retour sur le droit à la contraception gratuite, à l’avortement, etc. J’ai traité tous ses sujets dans mes romans ou documentaires. La lutte pour une société égalitaire et non violente est le cœur de mon travail, c’est à dire le bien-être, le respect, la liberté de l’individu dans l’espace public ou privé, quel que soit son genre, ses préférences sexuelles, ses origines, son milieu social, culturel, sa religion ou sa non-religion. Je travaille cette humanité et pointe le danger de nos inhumanités de différente façon, dans des ouvrages pour tous les âges. Par exemple, quand en 2011, nous commençons à travailler sur les émotions incarnées par une petite fille dans nos albums avec Christine Roussey (Le Petit cœur, Les petites peurs (9 volumes) Editions de La Martinière), certains se moquaient de nous. Ils jugeaient ce travail psycho-émotionnel et psychosocial au travers d’histoires simples un peu « bêbête » voire superficiel et forcément « facile ». Six ans plus tard, alors que notre série était traduite dans 35 langues et cartonnait aux États-Unis (2 millions d’exemplaires), les albums sur les émotions et le bien-être de l’enfant se sont multipliés et nous avons été pas mal copiées, ce qui en soit est plutôt positif.

J’aime l’idée d’être toujours un poil en avance, j’aime la recherche et essayer de défricher, d’aller plus loin dans ma liberté créative, me surprendre et accompagner les changements de sociétés, les découvertes en matière de psychologie, pédagogie, psychologie ou recherches scientifiques. Par exemple, avec la série Areuh pour les tous petits, j’ai fait le lien entre partition textuelle et partition musicale, en demandant à une compositrice de respecter le rythme, la musique des mots (sans les mots) dans sa bande originale. Les petits après avoir écouté le texte et la musique, font le lien immédiatement album/musique. Je pense qu’il faut « amplifier » l’album, le sortir de son dialogue unique texte/image. Pour un bébé le son est plus important à la base que l’image, c’est par l’oreille qu’il apprend à parler. L’image qu’il préfère est le visage de celui ou celle qui prend soin de lui. Ce qui bien sûr, n’empêche pas l’illustration mais on peut aller plus loin ; surtout avec les nouvelles technologies qui facilitent la musique hébergée.

Vous avez plusieurs séries à votre actif : Mentine, Le clan des cabossés et les albums pour lesquels vous collaborez avec Christine Roussey. En quoi est-ce un exercice différent d’un roman d’un seul tome ?

La série est différente de l’unitaire, car le lecteur, la lectrice se transforme alors en fan. La série amène l’addiction, l’envie de suite. Du plus, du toujours plus, du encore. C’est tout à fait intéressant, excitant et parfois, inquiétant, je l’admets. Cela permet aussi de faire évoluer un personnage, comme je l’ai fait avec Mentine. C’est très touchant quand les lecteurs et les lectrices parlent de votre personnage comme s’il existait. « Alors Mentine va revenir ? », j’ai aimé entendre cette phrase. Après, je me lasse vite. Vous l’avez compris, j’aime innover, prendre des risques, explorer. Je déteste me répéter, alors la série très vite m’ennuie. Je m’arrête toujours avant le volume de trop. Cinq volumes sont mon maximum, avec Mentine. Mais qui sait ? Je pourrai la faire revenir, car ce personnage est sans doute celui qui me ressemble le plus.

Mentine, Jo Witek, Margaux Motin, Flam jeunesse, série de 5 tomes, 2015-2019.

Les albums avec Christine Roussey portent sur les émotions et le quotidien des jeunes enfants, sujets énormément exploités en littérature jeunesse. Pourtant vous avez trouvé un ton et un format (papier découpé façon gigogne) qui leur permettent de sortir du lot. De quelle manière avez-vous collaboré ?

Pour la série avec Christine Roussey, nous n’avons jamais parlé de série. Chaque année, pendant neuf ans, je crois, on s’est dit, « on en refait un ? » Et voilà, c’était tout. J’écrivais le texte et Christine se l’appropriait dans son merveilleux imaginaire. Nos univers s’accordent très bien sans que nous ayons besoin de nous parler plus que ça. On a pas mal de points communs elle et moi et on adore rire. J’ai toujours adoré ses images si pétillantes et mes textes lui ont toujours donné envie de déployer ses images. Ce fut une relation de travail très joyeuse entre nous. Les découpes, le format, tout cela c’est Christine avec l’éditrice Marie Bluteau qui l’ont décidé. Au départ, on avait pris le temps l’éditrice et moi, de chercher la personne qui donnerait vie en image à cette petite fille qui n’avait pas de prénom. Dès que j’avais vu les images de Christine Roussey, il y a 15 ans (déjà !), j’avais su que c’était elle et je lui faisais totalement confiance ! Aujourd’hui avec Marie Bluteau, mon éditrice à la Martinière, cela fait plus d’un an qu’on recherche l’illustrateur-ice pour l’un de mes textes. On n’a pas encore trouvé. J’aime cette exigence. Prendre le temps de créer. Attendre l’alchimie. L’évidence.

En parlant d’évidence, nous sommes admiratives de votre capacité à vous renouveler tout en réussissant à écrire des textes qui sonnent juste au bon moment, qui parlent aux ados. Une des rédactrices du blog qui est aussi documentaliste partageait encore ce constat récemment. Comment parvenez-vous à trouver un ton si adapté ?

Je crois que l’adolescente que je fus est encore en moi. Très vivante. Je suis une adulte de cinquante-sept ans, j’ai élevé deux garçons (merveilleux !), j’ai passé un paquet de galères comme tout à chacun, mais j’ai un souffle d’ado. Je ne serai jamais tout à fait sérieuse comme une adulte qui achète des actions ou parle des travaux de sa maison pendant des heures. J’ai cru l’avoir perdu dernièrement, ce souffle. Et puis non, c’est ce qui l’emporte aujourd’hui, cette voix de la jeunesse que je veux continuer à avoir et à porter. C’est très créatif la contrainte d’écrire pour des lecteurs et lectrices ados. Par exemple dans J’ai 14 ans et ce n’est pas une bonne nouvelle, comment décrire une nuit de noces qui est forcément une scène de viol dans un mariage forcé ? Faut-il ne pas l’écrire ? Il y a une responsabilité morale de l’autrice et en même temps une envie de ne pas édulcorer la violence faite aux filles mariées sans consentement. Et bien là commence le travail d’autrice jeunesse : écrire cette scène, ne pas mentir aux jeunes, mais ne pas décrire ce qui n’a pas besoin de l’être.

J’ai 14 ans et ce n’est pas une bonne nouvelle, Jo Witek, Actes sud jeunesse, 2021.

Justement, votre roman J’ai 14 ans et ce n’est pas une bonne nouvelle a marqué de nombreux lecteurs et a rencontré un immense succès. Vous souvenez-vous de la naissance de ce projet ? Saviez-vous déjà que vous teniez quelque chose de spécial ?

On ne sait vraiment jamais quand on a terminé un manuscrit si on tient un livre qui va « marcher » comme on dit. J’avais peur pour celui-ci comme pour Une fille de… qui est l’histoire d’une fille de prostituée, que les textes ne rentrent pas au collège et au lycée. Pas facile parfois et très courageux de la part des enseignants de proposer l’étude d’une littérature engagée, réaliste, féministe et sociale aux élèves. Surtout en ce moment où certains parents veulent empêcher l’étude des romans liés au droit des filles (ils ne sont pas si nombreux d’ailleurs). Je suis ravie que ces ouvrages aient eu un très beau succès en librairie et en établissements étant donné l’état du monde, je trouve que plus que jamais cette littérature du réel a toute sa place en cours de français, d’histoire, en EVARS ou en lecture libre.

Vous avez écrit de nombreux albums et romans. Récemment vous avez changé de registre en écrivant un documentaire où vous recueillez la parole d’ados. Pouvez-vous nous raconter ce qui vous a menée à ce projet ?

Chambres adolescentes est un projet transmédia (photographie, texte, podcast, site internet, 6 expositions) de portraits d’adolescents dans leur chambre, sur 4 territoires et que j’ai mené avec la photographe Juliette Mas. Il a pris 4 ans de rencontres, un an pour préparer le livre éponyme (La Martinière jeunesse) photos, textes et podcast et deux grosses expositions à Paris (Mairie de Paris en quai de Seine et Centre d’art contemporain Tignous). Une exposition tourne actuellement dans les médiathèques et salons du livre) Un travail de dingue ! Je me suis lancée dans cette aventure avec la photographe Juliette Mas en plein confinement en plus ! Un pied de nez : le monde était en chambres et nous ne pouvions plus y aller. L’idée était d’aller écouter longuement des adolescent.e.s âgés de 12 à 19 ans dans leurs petits « chez eux » que représente leur chambre à cet âge. C’est beaucoup plus qu’un documentaire, ce fut pour moi une expérience de vie très forte : avec Juliette Mas d’abord en duo créatif et de terrain, puis avec toutes les familles qui ont voulu être dans le projet, les jeunes qui avaient des choses à dire et ont osé s’exposer très courageusement, avec nos partenaires, les maisons des écritures, les régions, les départements, les communautés de communes…. C’était aussi mettre en lumière des jeunes d’une France non parisienne, du Gers aux villages de l’Hérault ou encore celle des chambres de l’aide sociale à l’enfance de jeunes mineurs isolés venus du Pakistan ou de Guinée. L’idée était de rendre visibles et audibles des individus très différents qui traversaient l’adolescence entre 2020 et 2023. Avions-nous des points communs entre nos adolescences d’hier à aujourd’hui ? En quoi la génération Z était-elle différente ? Pourquoi les adultes étaient-ils si sévères envers cette génération née avec le numérique ? Ce fut très beau, car très fédérateur. À chaque rencontre tout public, vernissage, débat, les adultes et les adolescents étaient mélangés, intéressés et restaient. Les publics se mélangent peu de nos jours, quand c’est le cas, quand je parviens à ces échanges autour d’un de mes projets, je me dis que mon écriture fait sens. Que je suis à ma place. Je crois que j’aime la littérature jeunesse, car elle demeure celle qui crée le plus de liens sociaux et culturels. Par exemple, j’étais les deux derniers jours en médiation au collège, je proposais des débats avec des élèves de 3e autour des paroles de Chambres adolescentes. C’était très puissant, très bouleversant. Peu à peu, les jeunes ont pris la parole, se sont exprimés, ont écouté les points de vue divergents de leurs camarades autour de sujets délicats comme : le harcèlement, le sexisme ordinaire, l’accueil des migrants, l’homophobie, le temps d’écran, l’usage des réseaux, etc. Je trouve que les collégiens et collégiennes sont plus capables de grands débats d’idées que les adultes en ce moment. Ils savent écouter et lever le doigt pour prendre la parole ! Encore faut-ils qu’on leur propose de s’exprimer librement.

Ce documentaire a donné une belle exposition. Comment avez-vous abordé ce travail ?

Chambres adolescentes a donné deux grosses expositions sur Paris. Il était important d’exposer à Paris, car malheureusement sans la « validation parisienne » un projet artistique n’est pas pris au sérieux encore aujourd’hui. J’avais donc promis aux jeunes que leurs mots, photos, pensées, portraits seraient exposés en pleine lumière dans la capitale. Nous avons tenu nos promesses avec Juliette Mas. La Mairie de paris nous a exposé sur les quais de Seine, le travail de commissariat d’expo était assez simple là, puisqu’il s’agissait de grands tirages avec texte et QR code. Pour le centre d’art Tignous, c’était une aventure plus complexe. Aurélie Thuez, la directrice du CTAC de Montreuil nous a donné carte blanche. Nous avons donc repensé le storytelling de nos contenus pour habiter les trois salles du centre d’art avec l’envie de faire ressentir aux visiteurs les émotions partagées dans ces chambres. Nous avons créé un espace confortable pour que les gens prennent le temps d’écouter la jeunesse via les podcasts (qui sont sur les plateformes maintenant). J’ai peu exposé mon texte, préférant mettre en avant leurs verbatims et les photographies magnifiques de Juliette Mas. J’ai juste imaginé un rouleau de 10 mètres, qui était exposé pour montrer la longueur des portraits. Ils étaient longs tels des récits non fictionnels de nos rencontres. C’était une écriture particulière, car je n’avais pas de référentiels de portraits de la sorte, c’est-à-dire qui intégraient le point de vue de l’auteur et le rapport au temps qu’exige la mise en confiance d’une jeune personne. Au CTAC de Montreuil, nous avons pu inviter deux plasticiens de nos choix pour leur proposer de créer des œuvres in situ à partir des contenus de Chambres adolescentes. Stéphane Kiehl a proposé un mur d’exergues des jeunes, sur des feuilles A4, en noir et blanc, comme une matrice de messages. Carole Chaix a créé Cuisine de femmes, une pièce dédiée à la création, valorisant ce travail de fond des artistes et ce temps qui passe, cette géopolitique qui s’invite au fil du travail, les aléas de la vie qui perturbe le projet. J’ai adoré retrouver la créativité en équipe.

Certains de vos romans ont été traduits et/ou lauréats de prix. Comment vivez-vous cette reconnaissance ? Avez-vous un souvenir particulier à partager au sujet ?

Les sélections de prix sont importantes plus que les prix, à mon sens, car elles portent nos ouvrages vers les jeunes. Un souvenir ? Oui, dans le cadre du Prix du jeune lycéen allemand, j’étais allée rencontrer des jeunes en Allemagne avec Une fille de… (Actes sud jeunesse).

Une fille de…, Jo Witek, Actes sud jeunesse, 2017.

C’était en mars 2020 ! Je me souviens que je me suis retrouvée dans la voiture de l’ambassadrice de France en Allemagne, car j’étais la seule autrice française sur place, alors que le festival de Leipzig venait d’être annulé. Me voilà au consulat, me voilà invitée à déjeuner avec tous les grands pontes de la ville avec une traductrice à mes côtés (je ne parle pas un mot d’allemand). À la fin du déjeuner, le consul me demande de conclure la conversation. Je décide de blaguer. Je leur dis qu’en France, on classe la littérature selon le prestige qu’elle inspire aux intellectuels. La littérature blanche, c’est le top, ensuite la noire, ensuite la jeunesse, très mal considérée. Je leur fis alors remarquer qu’à ce déjeuner, je n’étais peut-être pas une littéraire digne de ce nom, car j’étais une autrice qui écrivait aussi du thriller pour la jeunesse. Ils ont beaucoup ri. Je pense que les cultures allemandes, anglos- Saxonne ou Chinoises considèrent avec beaucoup plus respect que la nôtre les auteurs de littérature jeunesse. Ensuite, ce fut moins drôle. Il me fallut vite regagner la France avant que les frontières ne se referment à cause du COVID.

Mille mercis d’avoir pris le temps de répondre à nos questions, cela a été un véritable plaisir d’échanger avec vous !

Je vous remercie pour l’intérêt que vous portez à la jeunesse, à sa littérature, à sa diversité, à ses auteurs et autrices. Rien n’est plus sérieux et exigeant que d’écrire pour les enfants ou de travailler auprès d’eux, il serait temps que certains adultes s’en rendent compte ☺

Notre auteure essentielle : Jo Witek

Parmi les auteurices qui nous marquent durablement, il y a Jo Witek. Autrice protéiforme, elle écrit tant des albums que des romans noirs, ou des chroniques adolescentes décapantes. A l’ombre du grand arbre, on aime son engagement, sa capacité à dépeindre les émotions adolescentes. Petit florilège des ouvrages qui nous ont touchées.

Jo Witek, photo issue du site des Editions de la Martinière.

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Le choix d’Héloïse

De nombreux romans de Jo Witek ont marqué Héloïse. Elle aime ses romans pour ados, comme la série Mentine, ou Récit intégral (ou presque)… Elle adore ses romans policiers, Rêves en noir, Peur Express, ou encore Un hiver en enfer. Elle a été bouleversée par J’ai 14 ans et ce n’est pas une bonne nouvelle. Mais puisqu’il faut choisir, elle a opté pour J’entends des pas derrière moi, et son format court et percutant.

J’entends des pas derrière moi, de Jo Witek. Nathan, coll. Court toujours, 2021

J’entends des pas derrière moi… C’est la nuit, je suis seule. J’ai peur, j’angoisse. Le moindre bruit me fait sursauter. A tort ? Ou à raison ? Sans pouvoir rien contrôler, ma tête se remplit d’images, toutes plus horribles et stressantes les unes que les autres. est-ce un bruit de pas que j’entends ? Homme, ou femme ? Ami, ou ennemi ?

J’ai peur. Il fait nuit, je suis seule. Vais-je réussir à rentrer chez moi ? Par où passer ? Quel trajet est « sûr » ? Y a-t-il quelqu’un qui guette, dans le noir ? Et si…, et si ?

D’où me viennent ces idées, pourquoi ne puis-je les contrôler ? Pourquoi le fait d’être une jeune femme, seule, la nuit, est-il si effrayant ?

« J’en ai marre de passer pour une dingue alors que c’est le monde dans lequel je vis, qui est malade. »

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Le choix de Lucie

Difficile de choisir, tant d’histoires de Jo Witek semblent essentielles ! Mais Lucie a une tendresse particulière pour les titres publiés chez Actes Sud junior aux couvertures illustrées par Olivier Tallec. Et ne pas parler de Momo, dont la situation est bien plus fréquente qu’on ne le croit, était inenvisageable. C’est donc sur Y a pas de héros dans ma famille ! que son choix s’est porté.

Y a pas de héros dans ma famille !, Jo Witek, Actes sud junior, 2017.

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Le choix de Liraloin

Liraloin a choisi un roman publié en 2021, J’ai 14 ans et ce n’est pas une bonne nouvelle. Une réalité crue et tellement d’actualité, hélas … Pour cet exercice qu’est la découverte d’une autrice ou d’un auteur essentiel(le), Liraloin a choisi d’écrire sous forme de témoignage en reprenant des passages de cette histoire inoubliable.

J’ai 14 ans et ce n’est pas une bonne nouvelle, Jo Witek, Actes Sud Junior, 2021

Efi raconte ce qui lui est arrivé, il y a quelques années …

« Lorsque je reviens chez moi, je suis heureuse comme peut l’être une adolescente de mon âge à l’idée de revoir ma famille. Mais les miens ont la mine grave : « Mon retour ne se déroule pas vraiment comme je l’avais imaginé. Après la lecture du carnet, ma mère me félicite pour mon bon comportement général. Rien sur mes résultats. Je comprends que cela ne compte pas, que cela ne compte plus, et cette nouvelle indifférente m’effraie autant qu’elle me révolte. »

Ne plus se déplacer, s’amuser comme « avant » et qu’est-ce que c’était au juste « avant » ? Ma mère m’incite à me comporter comme une nubile devrait être : soumise, baissant le regard.

Et mon père qui décide de me marier dans moins de trois semaines. Je ne comprends plus rien, paralysée par cette nouvelle je décide d’écrire ce qui m’arrive :

« J’avais compris ; on allait me marier. A ce moment dans ma tête, la guerre a éclaté. Seule sur ma paillasse, j’ai vu des centaines d’images défiler. Le meilleur comme le pire de l’humanité. J’ai vu des bombes, des morts, des injustices, des pierres sur les corps des femmes et des enfants, des hommes enchaînés, des femmes immolées, j’ai vu le monde tel qu’il est, tel qu’il me déplaît et que grâce à internet je sais que je peux changer. J’ai vu le meilleur, le progrès, tout ce qui depuis que je vais au collège me fait rêver. J’ai vu des femmes dignes, fières et libres de choisir leur destin, leurs amours, leur chemin. J’ai vu des astronautes, des écrivaines, des cheffes de gouvernement, des avocates, des scientifiques, des agricultrices, des ingénieures et des marches pacifistes pour défendre l’injustice. Sur ma paillasse, alors que mes parents réglaient avec les étrangers les formalités de mon avenir emprisonné, j’ai ouvert la fenêtre qui donne sur la planète et je me suis fait la promesse de ne jamais laisser personne la refermer. Je suis une fille éclairée et jamais je ne pourrais vivre dans l’obscurité. Ma tête a dit non. Mon corps a dit non. Mes rêves ont dit non. »

Je m’accroche à ces quelques vers appris lors de mes études pour ne pas sombrer dans la folie : « C’est un poème de femme. Le cri d’une empêchée. Je suis personne ! Qui êtes-vous ? Etes-vous – personne – aussi ? Alors faisons la paire ! Silence ! on nous chasserait – vous savez ! » (Poème d’Emily Dickinson).

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Le choix de Séverine

A l’occasion de ce billet, Séverine s’est replongée avec délice (et une pointe de nostalgie) dans la série d’albums à découpes illustrés par Christine Roussey, chez La Martinière Jeunesse, qu’elle lisait avec ses aînés, d’abord, puis sa plus jeune fille quand elle était toute petite. Dans mon petit cœur, Dans mon sourire, Le ventre de ma maman, Les bras de Papa, Mes petites peurs, et bien évidemment Sous mon arbre 😉! L’univers poétique et doux qu’elles acréé autour des émotions du jeune enfant, tendre, mais sans niaiserie, est un très bel exemple de ses collaborations avec des illustrateur.ices de grand talent, au service de l’enfance. C’est sous la forme d’un poème que Séverine voudrait lui rendre hommage.

Dans les bras de mon papa,

Je ne crains vraiment rien.

Je cache mes petites peurs,

Et quelques gros chagrins.

Il est plus géant que moi,

Pourtant bientôt grande sœur,

Puisque dans le ventre de maman,

Et déjà dans mon petit cœur,

Il y a toi, le bébé, minuscule enfant

Qui agrandira notre bonheur.

Sous mon arbre à histoires,

Je te raconterai, écrits par Jo,

De ses mots les plus beaux,

Illustrés par Christine,

Avec ses meilleures mines,

Les albums les plus tendres.

Lovées dans ma petite chambre,

Ce sera le paradis, nous deux réunies.

Nous formerons fratrie,

et mieux encore, famille.

Quand je pense à tout ça,

Dans mon sourire on voit

Mille étoiles qui scintillent.

Comptine

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Le choix de Blandine

Comme l’ont souligné les autres Arbronautes, Jo Witek a une bibliographie très conséquente, allant de la prime enfance à la grande adolescence. Parmi tous ses livres, le choix de Blandine a été une évidence : le premier qui lui a permis de découvrir Jo Witek, Un jour j’irai chercher mon prince en skate.

Un jour j’irai chercher mon prince en skate. Jo WITEK. Actes Sud Junior, 2013

Ça n’a l’air de rien peut-être aujourd’hui,
Mais pour elle ça voulait dire beaucoup, ceci :
Inversement des mots et des images
Pour un dialogue non genré, surtout moins sage

« Elle ira chercher son prince en skate »
Elle, c’est Fred, dans un titre au rythme sec.
A l’instar de Diane sa tante, elle veut être libre
Elle se revendique « célibre »

A Clémence, les perspectives changent,
Pour d’autres, son démon devient un ange,
Et elle se débat dans ses contraires émotions

On lui avait dit, « c’est comme ça la vie »
entre secrets de famille et contes en féérie
Elle comprend surtout que c’est à elle de se faire son propre avis !

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Le choix d’Hélène

Trop tôt, Jo Witek, Talents Hauts Editions, 2015

Hélène a lu ce titre il y a quelques temps pour la préparation de cet article. Il représente bien l’oeuvre de Jo Witek, qui traite de beaucoup de sujets de société, notamment concernant les femmes.

Ici, c’est l’interruption volontaire de grossesse qui est abordée, au travers de l’histoire de Pia, une jeune femme qui suit sa cousine en boîte de nuit pendant les vacances. A quinze ans, elle veut séduire et elle y parvient. Elle passe une partie de la nuit avec Nathan avec qui elle a sa première relation sexuelle.

Quelques semaines après le retour de vacances, le retour à la réalité est rude puisque la jeune fille s’aperçoit qu’elle est enceinte… Elle fera le choix de l’avortement, soutenue par sa mère. Les réactions des personnages sont très réalistes et le roman est clair sur ce qui se passe, tout en restant délicat sur ce sujet difficile et les sentiments qui traversent l’héroïne. Le ton n’est ni jugeant ni victimisant envers elle, et peut faire de ce titre un bon outil de prévention, par le biais de la fiction.

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Et vous, quel titre auriez-vous choisi ?

Notre auteur essentiel : Yves Grevet

Si nos articles se nourrissent toujours de nos rencontres et de nos lectures, celui-ci en est le parfait exemple. Parce que nous avons eu l’opportunité de lire son dernier roman, L’archipel des animaux bannis (qui a donné lieu à une lecture d’ado), nous avons eu envie de (re)lire certains romans d’Yves Grevet. Parce que nous l’avons rencontré à deux reprises récemment (à la fête du livre de Saint-Etienne et au SLPJ de Montreuil), nous avons eu envie de formaliser nos questions et de vous partager ses réponses dans un entretien.

Il est maintenant temps de vous présenter nos livres préférés de cet auteur essentiel, chacune à notre manière, et avec la participation d’un jeune invité, toujours partant pour parler de cet auteur qu’il adore.

Yves Grevet, photo issue du site des éditions Little Urban.

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Le choix de Liraloin

Liraloin a choisi le dernier titre d’Yves Grevet : L’archipel des animaux bannis, un roman dystopique qui nous invite à réfléchir sur la place des animaux dans un monde qui a peur des épidémies… Une histoire de rencontre également entre le timide Jarod et Nora une passionnée d’oiseaux.

L’archipel des animaux bannis d’Yves Grevet, Syros, 2025

            « Nora, mon quetzal,                                                               le 6 octobre 2072

Il est tard et le soleil se couche enfin, je pense à toi. A vrai dire, tous les jours je pense à toi. Aujourd’hui en particulier car il m’a fallu du temps et beaucoup de patience pour en arriver là. Rien n’aurait été possible sans l’aide d’Aurore et Herbert. Ces deux-là n’ont pas hésité à alerter le gouvernement, à prouver noir sur blanc que la survie des espèces impacte directement notre propre survie. Petit à petit, nous avons réintroduit des oiseaux comme le martin pêcheur, le canard colvert, le cygne… dans leur habitat naturel. Quel moment magique de voir ces volatiles se réacclimater en dehors d’une réserve non adaptée…

Je me souviens des heures matinales, sous cette tente où nous écoutions le chant des oiseaux… Maintenant, demain, dans un an, j’espère que le monde continuera d’évoluer pour trouver de nouveau un équilibre. Tous ces oiseaux ont le droit de se faire entendre. »

                                                                                                          Jarod

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Le choix d’Héloïse

Héloïse a choisi le roman ado Seuls dans la ville entre 9h et 10h30, dont elle a beaucoup aimé la structure originale.

Une sortie scolaire.

Un travail d’écriture. Un crime ?

Qui a tué le notaire ?

Mystère…

Enquête en vue.

Originale, qui plus est.

Des textes à rassembler,

des formes narratives variées.

des points de vue à confronter.

Qui était le mieux placé ?

Qui a vu ?

Du suspense ?

On aime !

De l’humour ?

Toujours.

Des rebondissements ?

On prend !

Les pages défilent,

les hypothèses – plus ou moins farfelues – font chauffer les cerveaux

de nos héros.

Mais qui croit deux ados ?

On valide ce roman qui revisite avec félicité

et beaucoup de fantaisie le roman policier !

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Le choix de Théo

Théo, 14 ans, lit beaucoup de livres et aime notamment les romans d’anticipation. Méto est l’un de ses romans préférés parce qu’il mêle anticipation et réflexion sur les techniques d’éducation et la société à différentes échelles. Il a imaginé la lettre de l’un des personnages.

Cher Marc-Aurèle,

Comme tu le sais déjà, j’ai eu des ennuis, avec mes deux fils, Romulus et Rémus. J’ai appris par un médecin, qu’ils sont atteints d’une maladie rare qui les condamne à rester enfants jusqu’à leur mort. J’ai donc eu l’idée de construire une Maison, qui concentrerait les enfants « en trop » (depuis que tu as fait passer le décret qui interdit plus d’un enfant par foyer) on leur ferait subir une opération du cerveau à l’issue de laquelle ils oublieraient leur passé. Ils seraient éduqués par des enseignants, et encadrés par les César.

Les enfants de la Maison seront initiés à un sport mêlant violence et esprit d’équipe, appelé l’Inche. Bien sûr, si les enfants n’étaient pas sages, les César pourraient les punir en les envoyant au « frigo », une cave très froide, à moins de 0°C dans une durée qu’ils détermineraient.

Tu m’as dit que tu avais des ennuis avec ton petit-fils Méto. Si tu es d’accord, tu pourrais l’envoyer à la Maison. Il pourrait garder son prénom (car les enfants porteraient des prénoms romains comme mes fils).

J’attends de tes nouvelles.

Bien à toi,

Jove

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Le choix de Lucie

L’école est finie, Yves Grevet, Syros, 2012.

Comme Yves Grevet, Lucie est enseignante et se pose régulièrement des questions sur l’avenir de l’école. Elle a retrouvé nombre de ses préoccupations dans L’école est finie, court roman d’anticipation et de politique-fiction. En 2028 (demain !), une grande crise a détruit le système scolaire français. Il est maintenant sponsorisé par des entreprises qui forment les enfants aux métiers qui leurs sont nécessaires. Elle a imaginé le flyer de la structure dans laquelle le héros « étudie ».

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Le choix d’Hélène

Grupp, Yves Grevet, Syros, 2012.

Hélène pour sa part a choisi de vous présenter le titre Grupp.
Dans cette dystopie futuriste, chacun porte un implant de la société LongLife. Le but officiel : vivre plus longtemps, en bonne santé et protéger la population.
En effet à la moindre accélération cardiaque due à un stress, une agression ou un problème de santé, les personnes de LongLife accourent. Géolocalisés, pistés, vivant dans un monde parfaitement aseptisé (oserait-on dire ennuyeux ?), les citoyens se sentent en sécurité, sauf certains jeunes qui font partie du Grupp. Le roman commence par l’incarcération de Scott 17 ans, dont la famille découvre qu’il fait partie de ce groupe, racontée du point de vue de son jeune frère de 14 ans, Stan.

Le jeune homme évoluera dans sa vision du monde au fur et à mesure du roman, qui varie les narrateurs : d’abord Stan, puis Scott et enfin les autres membres du Grupp, organisation que nous apprendrons à connaître et comprendre.

Comme souvent chez Yves Grevet, une belle réflexion sur la surveillance généralisé et l’équilibre entre sécurité et liberté.

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Et vous, quel est votre titre préféré d’Yves Grevet ?

Lecture commune : Le silence est à nous

Aujourd’hui sur le blog, Lucie, Héloïse et Hélène vous proposent une lecture commune d’un des grands succès de l’année en roman ado, il s’agit du titre « Le silence est à nous » de Coline Pierré. Lauréat du Prix Vendredi des lecteurs du Pass culture, il a déjà rencontré son public et nous étions curieuses de le découvrir et ravies de pouvoir enfin vous en parler.

Paru en mai dernier aux éditions Flammarion, ce titre très actuel nous transporte dans un lycée où Léo est témoin involontaire d’une agression sexuelle.

Suite à cela elle cherche comment se positionner, quoi faire, et grâce à ses amis, ensemble, ils trouvent un moyen de résister, de dénoncer la situation de manière originale et finalement de faire avancer les mentalités.

Plongez avec nous dans ce roman très actuel qui donne la parole (si l’on peut dire cela ainsi…) à la génération post me-too.

Le silence est à nous, Coline Pierré, Flammarion Jeunesse, 2025.

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Lucie : Connaissiez-vous le travail de Coline Pierré avant de lire ce roman ?

Héloïse : Pas beaucoup en fait ! J’ai lu et beaucoup aimé Ma fugue chez moi, mais c’est tout… Mais j’aime beaucoup les textes en vers libres, et le résumé de celui-ci m’intriguait !

Hélène : J’avais lu moi aussi il y a plusieurs années Ma fugue chez moi. Et toi Lucie ?

Lucie : Je n’avais pas fait le lien avant de regarder sa bibliographie mais j’en avais lu deux : La révolte des animaux moches et Nos mains en l’air qui n’ont pas grand chose à voir avec ce titre d’après mes souvenirs.

Lucie : L’illustration de couverture vous a-t-elle inspirées ?

Hélène : Pour ma part j’ai découvert ce livre lors du festival “un chapitre à Rouen” consacré à la littérature young adult. Dans ce cadre j’ai eu la chance de rencontrer Coline Pierré qui nous en a parlé. Le livre était là et la couverture m’a beaucoup plu : ces deux mains de couleurs différentes et qui se tiennent traduit bien une idée qui est développée dans le roman, celle de la solidarité.

Héloïse : Le rose n’est pas ma couleur préférée, mais ces deux mains qui se joignent, ça, j’aime ! Ça matérialise bien la solidarité oui !

Hélène : Oui, et puis la forme dans laquelle elles sont fait penser à une petite porte, l’idée qu’on va voir ce qui est caché. Enfin !

Héloïse : Et toi Lucie ?

Lucie : A vrai dire je ne l’aime pas trop. Et sans la suggestion de Séverine j’aurais bien pu passer à côté de ce roman juste à cause du graphisme et des couleurs. Ça aurait quand même été dommage !

Héloïse : Comme quoi… Il ne faut pas se fier aux apparences 🙂

Lucie : En effet ! Ça m’apprendra ! Poursuivons si vous le voulez bien avec la forme du roman. Les romans en vers libres sont de plus en plus fréquents en littérature ado, en aviez-vous déjà lu et que pensez-vous de ce choix ?

Héloïse :  C’est un style que j’aime beaucoup. C’est à la fois poétique, à vif, intense. J’avais découvert le style avec Inséparables, de Sarah Crossan, puis lu l’excellent Un garçon, c’est presque rien, de Lisa Balavoine, qui m’avait énormément marquée. Je trouve que ça “casse un peu les codes”, le rythme, la diction. 

Un garçon c’est presque rien, Lisa Balavoine, Rageot, 2022.

Lucie : Je suis d’accord avec toi, je trouve que ce choix va très bien au roman adolescent, quand il est bien réalisé. Le premier que j’ai lu était La Dragonne et le Drôle de Damien Galisson, mais le plus marquant dans ce genre est sans aucun doute 17 millimètres de Florence Medina que j’ai lu comme en apnée.

Héloïse : Oh oui, 17 millimètres, quelle lecture ! il est court, mais intense effectivement, et très émouvant aussi. 

17 millimètres, Florence Medina, Scrinéo, 2024.

Hélène : Pour ma part je n’avais jamais lu un livre écrit sous cette forme. C’était particulier mais je me suis habituée au fur et à mesure de la lecture. Coline Pierré a indiqué qu’elle a choisi cette forme car elle laisse “physiquement” de la place au silence. Les pages sont aussi plus “aérées”, ce qui facilite l’entrée dans ce “gros” livre. 

Lucie : C’est intéressant Hélène cette idée de laisser une place au silence. Et ça fait totalement sens vu le sujet ! Ici Coline Pierré utilise les vers libres mais joue aussi sur le rythme, les sonorités et les répétitions… Loin d’être un effet de mode, le parti pris est ici pleinement assumé et investi.

Héloïse : Ce silence justement, on en parle ? A quoi vous attendiez-vous avec ce titre ?

Hélène : Pour ma part, j’ai assisté à la rencontre avant de lire le livre donc je connaissais le sujet. J’étais curieuse de découvrir ce livre qui avait beaucoup plu à de nombreux lecteurs, et de voir la manière dont il était traité, sous l’angle du silence.

Héloïse : Moi non, j’essaie de ne pas lire les résumés en quatrième de couverture pour ne plus risquer de divulgâcher l’histoire. Je savais juste qu’on y parlait féminisme et sororité, et que des amies avaient adoré. Mais je ne savais pas du tout à quoi correspondait ce silence.

Lucie : Je ne savais pas du tout à quoi m’attendre mais j’avais un a priori positif car les coups de cœur de Séverine sont souvent de bons indices. J’imaginais une histoire de filles avec la couverture, probablement un drame que l’on tairait, mais pas grand chose de plus. C’est sur que choisir le silence comme thématique d’un roman, c’est plutôt gonflé ! On a vu qu’il tenait une place dans les choix stylistiques de l’auteure mais qu’avez-vous pensé de l’histoire ? Est-ce que l’une d’entre vous souhaite la résumer pour commencer ?

Héloïse : Pas facile, mais j’essaie. Une jeune fille, Leo, assiste à une agression dans son lycée. Maryam, une jeune camarade solaire, est plaquée contre un mur par Ethan, et clairement pas consentante.  Sous le choc, Leo ne dit ni ne fait rien. Mais ensuite, elle contacte la victime. Sauf que quand celle-ci rapporte l’agression, personne ne l’écoute… Ce que j’ai trouvé horrible. On se rend compte aussi avec cette lecture que la société n’écoute pas forcément les victimes, à plus forte raison si elles sont en couple …

Lucie : Oui, la notion de consentement est vraiment au cœur de ce récit. Et effectivement Coline Pierré interroge la réception de la parole des victimes de manière très intéressante.

Héloïse : C’est l’une des revendications d’ailleurs des “manifestants silencieux” (je ne sais pas comment les appeler) c’est parlant comme ça je trouve.

Hélène : Oui la question de dire et d’entendre est au cœur du livre. D’après ce que l’auteure expliquait, les scènes avec le proviseur ont été parmi les plus difficiles à écrire car il fallait complexifier ce personnage qui n’entend pas, même s’il reçoit la victime et ses amies et les écoute, en apparence du moins… 

Héloïse : C’est un personnage clairement détestable…Contrairement à d’autres heureusement. D’ailleurs, j’ai apprécié l’idée que tous les adultes ne soient pas montrés du doigt. 

Lucie : OUI ! Comme la génialissime documentaliste, Madame Lindgren !!! J’ai aimé que certains adultes, dont des hommes, soient positifs. Ce n’est pas si fréquent dans ce type de romans.

Héloïse : Oui, le CPE, M. Diaz, est top aussi ! Mais c’est révoltant de voir que la première réponse de la direction, c’est d’interdire des tenues jugées “osées”, pointant du doigt la victime et la transformant en coupable… C’est d’ailleurs la raison de la fameuse grève lancée dans le roman (attention spoilers pour celleux qui ne l’ont pas lu ! )? J’ai trouvé cette idée de grève de la parole géniale et originale, pas vous ?

Lucie : Mais si, totalement ! C’est une idée intéressante car on ne peut pas forcer quelqu’un à parler, que la parole libérée est au cœur de l’élément perturbateur et que l’on pousse les ados à s’exprimer tout en rechignant à les écouter, j’ai trouvé ce passage très juste. Et j’irais jusqu’à dire qu’il m’a questionnée en tant que maman. Malgré toute notre bonne volonté, est-ce qu’on écoute nos enfants aussi attentivement qu’on le devrait ? 

Héloïse : C’est une réflexion intéressante, je n’en suis pas sûre malheureusement…

Lucie : Léo est donc l’héroïne de ce roman et elle serait la première surprise de se voir qualifiée ainsi. Qu’avez-vous pensé de ce personnage ?

Héloïse : C’est un personnage extrêmement touchant. Elle est très mal dans sa peau, dans son corps, s’excuse presque de respirer parfois… Elle a peur de mal faire, et pourtant, c’est elle qui instille la révolte, le combat. 

Hélène : Oui c’est un personnage attachant, un peu au mauvais endroit au mauvais moment et qui se trouve confrontée à une situation qui la force à se positionner, à être fidèle à ses valeurs à un âge auquel on se construit. Elle fait cela avec beaucoup de pudeur et de délicatesse, et un peu de maladresse parfois, ce qui la rend réaliste aussi.

Lucie : Oui, ce personnage est très en retrait dans sa vie mais elle a de multiples facettes. Ses doutes et son mal être en font un personnage très nuancé et ont fortement résonné. Elle n’a pas du tout une personnalité de leader mais elle parvient à rassembler grâce à sa bonne volonté. J’ai juste regretté une annonce dans la dernière partie qui m’a semblé assez artificielle. Elle n’avait pas besoin de cela pour être intéressante !

Hélène : Je te rejoins !

Héloïse : La question traditionnelle pour terminer : à qui conseilleriez-vous ce roman ?

Héloïse : Aux ados, bien sûr, à partir de 13-14 ans, et aux adultes. La thématique principale est malheureusement toujours d’actualité, et c’est important de montrer que les violences sexistes et sexuelles ne sont pas à minimiser. 

Lucie : Bien sûr, aux ados, je te rejoins sur les âges : pas trop tôt à cause des thématiques. Et à leurs parents aussi, car il est susceptible d’amener des discussions. C’est un roman très riche qui parle de consentement, de santé mentale, d’engagement aussi… mais sans que ces sujets ne soient trop lourds ou appuyés, ils sont très bien intégrés à l’intrigue et invitent à la réflexion de manière assez subtile. Ce n’est clairement pas le cas de tous les titres de la sélection du Prix Vendredi pour ne citer qu’eux.

Hélène : Je le conseillerai effectivement à des lycéens, pour tout public même s’il plaira  sans doute plus aux jeunes femmes de par son aspect féministe, mais cela peut être une lecture très instructive pour de jeunes garçons aussi !

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Nous espérons vous avoir donné envie de découvrir ce roman qui figurait dans la sélection du Prix Vendredi et a été élu par les lecteurs du Pass Culture !