Lecture d’ado : La nuit bleue

Théo, 14 ans, avait beaucoup aimé la série Hypallage de Sylvain Pattieu. Aussi, quand il a vu que le catalogue de L’école des loisirs faisait un lien direct entre ces romans et La nuit bleue, cela l’a interpellé. Et plus encore quand il a lu le résumé de cette histoire, sélectionnée depuis pour le Prix Vendredi 2026.

Voici ce qu’il en a pensé.

La nuit bleue, Anaïs Sautier, L’école des loisirs, 2026.

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Qu’est-ce qui t’attiré vers ce livre ?

Les sujets m’intéressent, je trouve que ces sujets ne sont pas souvent abordés : la rue, le fonctionnement du trafic de drogue, le poids du milieu social…

Peux-tu résumer l’histoire ?

C’est une fille qui tombe amoureuse d’un garçon dont l’oncle est le plus gros trafiquant de drogue de Marseille. Elle travaille bien au lycée, ne baigne pas dans ce milieu, mais lui y est impliqué et essaye de s’en détacher. Ils sont très différents mais se retrouvent sur l’humour et s’aiment.

Qu’as-tu pensé de la représentation de ce milieu ?

Ça m’a semblé crédible. En tout cas, ça correspond à ce que j’ai pu lire à ce sujet. Et j’ai trouvé que le langage était particulièrement adapté.

Peux-tu présenter les personnages principaux ?

Sofia est très forte en français et sa famille la pousse à faire des études pour faire fructifier ses capacités.

Croco travaille pour des dealers parce qu’il a grandi dans ce milieu et qu’il n’a pas vraiment le choix. Il avait déjà envie d’arrêter avant de rencontrer Sofia mais elle lui donne l’élan de le faire. Mais son oncle lance un tueur à ses trousses et cela va installer un vrai suspense.

Qu’est-ce qui t’a plu particulièrement ?

J’ai aimé le fait que les deux personnages viennent du même milieu social mais ont des parcours différents. Cela montre que l’entourage est aussi important que le milieu d’origine. Mais l’histoire est aussi réaliste car l’auteure montre bien qu’il est difficile de changer de voie puisque l’oncle caïd met un contrat sur la tête de son neveu. Il y a donc pas mal de d’action, et cet aspect m’a plu.

Il y a aussi la romance, tu as aimé ?

Oui, parce qu’elle est bien faite, pas cucul comme dans certaines histoires. C’est la seule chose qui m’a gêné dans la série Hypallage : l’impression qu’il y avait des cases à cocher pour plaire à tous les publics. Pour moi cela faisait un peu forcé, alors qu’ici la relation est très naturelle.

A qui recommanderais-tu ce livre ?

Comme je l’ai beaucoup aimé, j’ai envie de le recommander à tout le monde (pas avant 14 ans à cause du sujet et du vocabulaire à mon avis). Il est plutôt destiné aux lecteurs qui aiment les histoires d’amour modernes. Mais je pense que ce serait bien que les personnes qui ont des préjugés sur les gens issus de milieux défavorisés le lisent aussi. Cela pourrait leur faire revoir leur jugement.

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Nous espérons vous avoir donne envie de découvrir ce titre. Merci à Théo d’avoir partagé ses impressions et à L’école des loisirs de lui avoir envoyé ce roman !

Les éditions du Pourquoi pas ?

A l’ombre du grand arbre, on aime quand on ne prend pas les enfants pour des idiots, qu’on se met à leur hauteur pour grandir avec eux. On aime les choix audacieux qui dénotent dans un paysage éditorial souvent formaté et marketé. On aime quand la pertinence du format et l’impertinence du sujet se métissent pour casser les codes, quand, dans un nid douillet, des ailes renommées prêtent leurs plumes à des oisillons créatifs et talentueux, quand les beaux mots se mêlent aux images éloquentes pour dire les belles valeurs, les émotions, et les êtres.

A l’ombre du grand arbre, oui, on aime le catalogue de cette maison d’édition, original, pertinent, et surtout, engagé, porteur de sens et de valeurs universelles.

C’est pourquoi nous vous proposons aujourd’hui de faire plus ample connaissance avec les Editions du Pourquoi Pas ? et certains de leurs titres répondant parfaitement à cette exigence-là : une littérature jeunesse humaniste, ambitieuse et généreuse.

Présentation de la maison d’édition par Alain

Alain Claude est le Président fondateur de l’association, président de la Ligue (pendant 23 ans), enseignant-conseiller pédagogique à la retraite, il a toujours placé la Littérature Jeunesse en pôle position… et reste très attaché à la force du collectif.

Les Editions du Pourquoi Pas ? sont une maison d’édition « pas tout à fait comme les autres », un projet politique d’Education Populaire au travers d’une littérature de qualité.

L’association a été créée en décembre 2013 par la Ligue de l’Enseignement des Vosges en partenariat avec l’ESAL-site d’Epinal, et sortira son 100ème ouvrage en février 2027.

Nous publions des auteurices connus et reconnus dans le milieu qui se reconnaissent dans notre projet ainsi que des illustrateurices-jeunes talents passés par l’ESAL d’Epinal à qui nous donnons la possibilité de faire un premier livre (à quelques exceptions – mais très peu, pour des projets complexes : Carole Chaix, Frédérique Bertrand, etc.)

Nous ne sommes jamais guidés par « le commercial » lorsque nous choisissons des textes (toujours le texte en premier)… En fait, tout est dans notre manifeste.

Quelle est la ligne éditoriale des EDPP ?

Des écritures qui s’emparent de l’imaginaire pour aider les lecteurices à faire société et faire humanité.

Quelles sont les spécificités de votre maison d’édition ?

En plus de la ligne engagée, le bénévolat à 300%. L’association comprend 19 membres qui s’investissent en fonction de leurs compétences et de leurs disponibilités.

Quels sont vos défis ?

Les défis ??? Continuer dans la.meme voie et renouveler les forces vives.

Merci Alain d’avoir pris le temps de présenter cette belle maison d’édition ! À présent, à nous de présenter nos titres préférés…

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Et puis un jour, tu te dis que c’est un beau métier que celui d’écrivain.e pour la jeunesse, que c’est une merveilleuse passion d’éditer leurs livres quand ils sont riches de sens…Assembler des mots pour raconter et donner corps à des histoires de grands bouleversements, à des moments forts ou tout simplement à des instants de rien, captiver et apporter tellement d’émotions à celles et ceux qui les lisent – les enfants auxquels ils sont destinés, public exigeant s’il en est – c’est une prouesse ! Et quand, la poésie, passagère clandestine, s’invite dans les pages, et intensifie l’enchantement, le recueillement, ou le sourire, alors…

Le livre-anniversaire des 10 ans des Editions du pourquoi pas, ce sont ces mots -là, cette poésie-là, c’est un foisonnement d’imagination, de styles et de genres, dans un recueil illustré où 11 écrivain.e.s, Thomas Scotto, Cathy Ytak, Julia Billet, Jo hoestlandt, Thierry Cazals, Yves-Marie Clément et les autres… laissent éclater leur talent et délivrent, chacun.e à sa façon, un lumineux message d’intelligence collective et d’espoir. Aux côtés de ces brillant.e.s auteur.ice.s, de jeunes artistes illustrateur.ice.s apportent une fraîcheur et un éclat supplémentaires aux très belles suites imaginées aux vies d »Esther, Tapio, Labiwa et les autres.

Et tous.es nous disent : faire ensemble cette société…en humanité…Une société où il est permis d’assumer ses passions et d’être soi de tout son être, dans l’ombre ou la lumière. Une société d’accueil de l’étranger et des différences, dans un environnement protégé. Une société de respect, de regards bienveillants et de mains amies. Une société d’ailes et de racines où l’on peut transmettre l’espoir d’un « bientôt, tout ira mieux« …Pourquoi pas ?

Collectif, Editions du Pourquoi pas ? Avril 2023

Départ en vacances est un album de la collection Pourquoi pas la Terre, où nous suivons, le sourire aux lèvres, le débat pour le moins animé entre les 4 membres d’une famille sur le moyen de transport le plus adéquat pour se rendre sur son lieu de vacances. Chacun donne son avis, et valorise, arguments imparables à l’appui, celui qu’il préfère. En avion, on ira vite, affirme Maman, qui veut toujours gagner du temps, y compris pour rentrer. Décompresser ? Très peu pour elle ! Mieux, en voiture, on pourra caser un max de barda inutilement indispensable. Quand le coffre est plein, papa se sent bien !…Oui, mais…et la planète, dans tout ça ? Voiture rime avec hydrocarbure et avion avec pollution…Heureusement que les enfants sont plus responsables que leurs parents en matière de protection de l’environnement ! C’est pourquoi le grand frère préfère la bicyclette, c’est chouette. Toustes en selle et la Terre restera belle ! Sauf que le sport ne met pas tout le monde d’accord ! Alors c’est finalement la petite dernière qui clouera le bec à toute la maisonnée ! On prendra le train, c’est gagné ! Parce qu’en chemin de fer, on peut tout faire : prendre le temps de vivre, de rêver plus, et surtout, on pollue moins ! Le débat est clos…enfin, presque…! Vous êtes plutôt valises ou sacs à dos ? 😉

Cette sympathique histoire de famille, drôle, truculente, aux textes et illustrations pétillants et malicieux, fait réfléchir petits et grands, avec humour et tendresse.

Départ en vacances, Magdalena, illustré par Barim, 2024

Les minuscules est un court roman bouleversant où, dans un pays en guerre, impuissant.es, nous suivons Bassem, orphelin sans pleurs, après la destruction de sa maison et la mort de sa famille, sur son chemin de désolation. Les mots et les illustrations sont d’abord durs, de vérité et de détresse. Ils ne taisent pas les bombes, le vide, le chaos, la folie qui gagne certains pour échapper à une réalité trop douloureuse…Mais soudain, une mélodie, une rencontre amie, et ils s’apaisent peu à peu, puis deviennent poésie et enfin espoir, regards tournés vers le ciel. Des notes de piano aériennes, un instituteur qui sauve la mémoire et le savoir, des artistes de rue, un spectacle improvisé…Porté.e.s par cette parenthèse enchantée, les survivant.e.s s’emparent de la solidarité et de la créativité comme autant de réponses à l’atrocité, pour redonner espoir, « grains de lumière » et oui, de la « noblesse au monde« …Et espérer un nouvel horizon.

Saisie par la puissante représentation de la guerre et de ses ravages sur les vies, comme par l’onirisme des images lorsqu’elles se font plus légères, happée par le regard de Bassem aux larmes absentes puis libérées, j’ai refermé ce livre très émue. Une supplication muette m’est venue : enfant du néant, du désespoir et de la solitude, de la violence et de la peur… mais enfant résilient, enfant sauvé, – pour l’instant -, je te demande pardon.

« La culture est l’héritage de la noblesse du monde, la seule force que nous ayons en face de l’élément de la nuit.  » André Malraux

Les minuscules, Claude Clément, illustré par Tilde Barbey, novembre 2022

Séverine

Une réécriture d’un conte…

Amour bleu de Raphaële Frier, illustrations de Kam – Editions du Pourquoi pas ?, 2022

« Tu sais quoi ? Laisse tomber. Il m’inspire pas ce type. Je le trouve carrément inquiétant. » Invitées à une fête dans un lieu loin de ce qu’elles fréquentent habituellement, deux sœurs débriefent de la soirée passée chez cet homme à la barbe bleue. Pourtant l’inquiétude de l’une ne va pas bouleverser le choix de l’autre au point de vouloir s’installer un temps dans ce cadre d’apparence idyllique : « Franchement, j’aimais bien l’idée de la pause. Et je me voyais volontiers m’installer au Moulin. Ce que j’ai fait. » Et jour après jour, goûtant au luxe, cette femme ne va pas comprendre le changement et le départ précipité de son nouveau compagnon.

Raphaële Frier nous livre une réécriture moderne du célèbre conte Barbe Bleue et dès la première de couverture la domination masculine y est palpable. De sa barbe bleue tentaculaire et hypnotique, cet homme va user de « ses charmes » matériels pour attirer cette jeune femme à s’enfermer dans une cage dorée. Les illustrations de Kam mettent en scène des détails qui ne trompent pas la le lectrice lecteur et participent à accélérer cette angoisse qui monte durant la lecture. Attirant dans ses portraits, accueillant dans sa façon d’être, le monstre tapi attend le moment propice pour se livrer à une course poursuite dont cette femme ne sortira pas totalement indemne.

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Une écriture qui défie les codes sociétaux…

Va te changer ! de l’Atelier du Trio – Cathy Ytak, Thomas Scotto et Gilles Abier, texte écrit pour une lecture théâtralisée – éditions du Pourquoi Pas ? 2019.

« Prologue

Vous me regardez

Comme si vous ne me reconnaissiez pas.

Pourtant, je sais que vous êtes avec moi

Et qu’on a ouvert les yeux.

Mais comment on va se parler maintenant ?

On sera quoi demain ?

Demain matin et tous les autres jours ?

Ce prologue retrouve l’épilogue, ces paroles de Robin lycéen ordinaire dans une vie ordinaire. C’est dérangeant tout de même ce mec en jupe et qui fait comme si de rien n’était. Est-ce interdit de porter une jupe ?

« -Eh les gars, on a une meuf de plus au lycée ! Aussitôt quelques rires. Quelques rires qui durent… »

Ce texte court percute, interroge, bouleverse, gêne, trouble réellement. D’un seul souffle on y montre le courage, la violence de s’assumer : un lycéen qui a peur, un lycéen qui ose, une surveillante qui a honte, une petite amie qui a peur du jugement. C’est à travers l’histoire d’une jupe portée par un garçon que le-la lecteur-lectrice peut s’interroger et se demander : « On sera quoi demain ? Demain et les autres jours ? »

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Un conte humaniste…

Le musée des générosités, Laurence Gillot, Emma Morison – éditions du Pourquoi pas ?, 2025.

Moins connu que Mademoiselle Vole (qui a bénéficié d’un joli coup de projecteur grâce au prix UNICEF 2026), Le musée des générosités du même binôme d’auteure-illustratrice est tout aussi touchant. Les deux titres se répondent et se complètent en abordant le sort des réfugiés, la générosité et le rôle de l’art,

Dans ce court roman, Laurence Gillot part d’un petit geste, un presque rien qui change la vie d’un garçon. Suzie a donné son gilet à Idris comme une évidence : il avait froid, elle pouvait se le permettre. Elle aurait voulu faire plus mais elle ne l’a jamais revu. Lui non plus n’a jamais oublié ce geste désintéressé, si humain. C’est donc avec émotion qu’il se retrouvent bien des années plus tard dans un musée.

Loin, très loin de la leçon de morale ou de la mièvrerie, Laurence Gillot explique avoir eu envie de « mettre en lumière la puissance de tous ces actes bienveillants, isolés, discrets, invisibles, gratuits, modestes qui, tous les jours, sur tous les continents, enchantent le monde et créent de la fraternité ». Un programme plein d’espoir !

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Un dyptique politique

Le tuteur, Audrey Claus / Quelque chose a changé, Yves-Marie Vincent, illustrations de Lou Reichling – éditions du Pourquoi pas ?, 2017.

La collection « Faire société » propose toujours deux textes mis dos à dos qui s’enrichissent l’un l’autre quelque soit l’ordre de lecture. Ceux qui composent ce recueil font froid ans le dos, particulièrement dans le contexte actuel. Heureusement les illustrations faites de photos d’éléments naturels apportent une certaine douceur à l’ensemble.

Pour la première fois, j’ai envie de conseiller de commencer par Le tuteur. Marco, très attaché au concept d’égalité, décide de semer des haricots. Toutes les graines auront le même environnement, la même quantité de terre, les mêmes soins… et devraient donc se développer harmonieusement. Mais la nature est ainsi faite qu’elle se joue des calculs de l’enfant.

En commençant par cette nouvelle, les lecteurs saisiront peut-être plus aisément ce qui se joue derrière les décisions du nouveau gouvernement de Quelque chose a changé. Petit à petit, elle modifient l’environnement, grignotent la culture et les libertés individuelles. Parce qu’elles sont progressives, la population les accepte sans broncher. Jusqu’à celle de trop qui réveillera leur conscience. Trop tard ?

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Et vous, quells titres de ces Éditions du Pourquoi pas ? Vous ont étonnés, bousculés, fait réfléchir ?

Lecture commune : Foutues cigognes

L’année dernière, nous avions été bouleversées tant par la plume de Gildas Guyot que par le sujet de son roman Vindicte. Aussi, c’est avec beaucoup de curiosité que nous avons découvert son nouveau roman. Et évidemment nous avons eu envie d’en discuter !

Foutues cigognes, Gildas Guyot, In8, 2025.

Lucie : Connaissais-tu le travail de Gildas Guyot ?

Héloïse : J’avais lu Vindicte dans le cadre du Prix ALODGA 2025, et j’avais déjà été marquée par sa plume, la thématique abordée, sans fard. Et toi ?

Lucie : Comme toi, j’ai découvert son travail l’année dernière avec Vindicte, qui a été une grosse claque. Nous avions pas mal échangé à son sujet avec Josée, l’attachée de presse des éditions In8 et c’est elle qui m’a fait découvrir ce nouveau titre qui a été un coup de cœur.

Héloïse : Et grâce à toi, nous avons pu le découvrir aussi.

Vindicte, Gildas Guyot, In8, 2024.

Lucie : C’est vrai que tant la plume que les thématiques abordées sortent de l’ordinaire. Avais-tu des attentes particulières en abordant ce nouveau titre ?

Héloïse : Pour le coup, j’y suis allée les yeux fermés. Je m’attendais à un texte court et percutant (ce que j’ai trouvé), mais je n’ai même pas cherché à savoir de quoi il parlait avant de le commencer. Et toi ?

Lucie : Exactement comme toi. Je partais avec un a priori positif mais rien de plus, ouverte à toute proposition littéraire que pourrait faire Gildas Guyot ! Que penses-tu de la couverture ?

Héloïse : J’ai cherché les cigognes du titre au début 😛 ! Mais le vinyle est très cohérent avec l’atmosphère du titre, et cette bande-son qui défile au fil des chapitres.

Lucie : La couverture ne donne pas trop d’indices : un vinyle, qui associé au titre n’aide pas beaucoup à se faire une idée de l’histoire mais j’aime autant ! Concernant les titres de chapitres, tu as été plus attentive que moi. J’avoue n’avoir percuté qu’à la page 33 de la thématique. C’est à ce moment-là que l’on comprend vraiment la place de la musique, et d’un groupe en particulier, dans cette famille.

Héloïse : Oui, c’est impressionnant de voir à quel point cette famille s’est soudée autour de la musique, d’une chanson. C’est aussi assez triste de voir le père qui s’enferme dedans… (mais là, je saute des étapes !)

Lucie : Il faudra en parler, mais avant peut-être que l’on pourrait parler d’Albin ? L’histoire est racontée par un narrateur omniscient, ce petit garçon de 8 ans et demi, et la structure est inhabituelle…

Héloïse : J’étais un peu perdue au début. On découvre un enfant emmuré dans sa colère, qui fugue. Un enfant qu’on sent profondément malheureux, qui a peur de son père. Et puis, ce titre, et ces cigognes, m’ont fait penser qu’il y avait un deuxième enfant, mais finalement, on le rencontre très tard…

Lucie : Tu as raison, c’est un peu une narration à rebours : pendant qu’il marche, Albin repense aux événements qui l’ont amenés à partir. Le lecteur suit le fil de ses pensées et découvre un quotidien assez banal : cours de basket, grands-parents plus ou moins investis… et rapidement il comprend qu’il y a eu un souci avec l’arrivée du second enfant. D’où les « foutues cigognes ».

Héloïse : Oui, au début, on se demande pourquoi il part. Quand il remonte le temps, il a une enfance heureuse, avec ses deux parents. Et puis, bim, tout implose. C’est vu à hauteur d’enfant, on découvre l’explication des cigognes (qui m’a fait sourire), puis l’hôpital, et là… On ne sourit plus.

Lucie : Le ton est assez particulier. On est à hauteur d’enfant, comme tu le dis, mais dans le même temps le vocabulaire est précis, les réflexions très matures… Je comprends que ce choix puisse déranger. Qu’en as-tu pensé ?

Héloïse : Je n’y ai pas prêté attention… Je me suis mise dans sa tête, sans trop réfléchir en fait.

Lucie : C’est vrai, dès les premières pages on comprend que ce petit garçon a une vie familiale compliquée, notamment un père alcoolique, et qu’il prévoit de fuguer. As-tu rapidement fait des hypothèses sur les raisons de ce départ ?

Héloïse : J’étais partie sur l’idée d’un père violent, je me suis trompée ! Et j’aime bien me faire surprendre. On sent qu’il y a eu un drame, mais on reste dans le flou…

Lucie : Mais tu as raison, on a très rapidement l’impression que le problème vient du père. Moi aussi j’ai pensé à un problème d’addiction et/ou de violence. C’est peut-être le moment de revenir sur son enfermement dans la musique que tu évoquais plus haut ?

Héloïse : Je n’ai pas forcément grand chose de plus à en dire, c’est assez triste de voir ce père sombrer d’un coup, s’enfermer dans son monde, (où la musique fait office de bouée de secours), et ignorer ainsi ses enfants. Ça fait mal, même si je comprends très bien la douleur de la perte d’un être cher, de le voir oublier ceux qui restent… et de voir cet enfant de huit ans livré à lui-même, sans aide, sans véritable explication…

Lucie : C’est bouleversant, et raconté de manière incroyablement sensible. On ne peut pas dire que Gildas Guyot choisisse des sujets faciles !

Lucie : On l’a dit, la musique tient un rôle particulier dans cette famille ; mais elle donne aussi une idée de l’époque puisque les parents se sont rencontrés à un concert en 1988, que la voiture est équipée d’un radio-cassette et que le film doit être rembobiné. Est-ce que ces allusions vous ont plongées en enfance ?

Héloïse : Oui, clairement ! C’est un groupe que j’ai découvert ado, et la cassette dans la voiture m’a rappelé des souvenirs ! J’ai situé le roman dans les années 90, sans réfléchir (et en me trompant peut-être). Et toi ?

Lucie : Pour moi, avant ces détails signifiants, l’histoire se déroulait de nos jours. D’ailleurs cela pourrait tout à fait être le cas. C’est pour ça que je me demandais ce qui justifiait ce choix de la part de l’auteur, ce que ça pouvait apporter de le situer à une autre époque. Tu as une hypothèse ?

Héloïse : Non… Mais j’ai vraiment eu l’impression d’une société “à l’ancienne”, avec les grands-parents et les patins dans la maison, cette marche sur une route de campagne déserte, cet isolement…

Lucie : Je n’en avais pas non plus, mais en discutant avec toi, je me dis que ça a peut-être un lien avec une éventuelle prise en charge du papa. Je ne veux pas divulgâcher mais il a clairement besoin d’aide et j’imagine (j’espère !) qu’aujourd’hui il ne rentrerait pas seul chez lui sans accompagnement. Ou alors l’auteur s’est dit que ce serait plus facile de caser son groupe culte. Aujourd’hui il serait obligé de mettre du Jul, ça aurait moins de gueule… cela dit, ca parlerait peut-être plus aux ados !

Héloïse : Oui, c’est possible !

Lucie : Comme on en revient encore à la musique, j’ai beaucoup aimé la note de l’auteur en fin d’ouvrage. Il réécrit tous les titres des chansons servant de titres de chapitres et ajoute :

Il n’est pas forcément nécessaire de devoir écouter cette playlist pour lire Foutues cigognes, mais quand même […] ça ne peut pas faire de mal. Ni aux oreilles. Ni à l’esprit.

Héloïse : Oui !!! Moi aussi !

Lucie : Ayant fait le tour des sujets que nous pouvions aborder sans divulgâcher, nous voilà donc à chercher à qui nous recommanderions ce roman, sachant qu’il n’est pas simple de proposer un âge de lecture dans ce cas précis.

Héloïse : C’est compliqué oui ! Pas à des enfants de 8 ans comme notre héros, je le trouve trop dur, les thématiques sont très difficiles… et des ados ne s’identifieront pas forcément. Pourtant, je pense que ce sont eux, le vrai public de ce genre de texte, émouvant, percutant, choc (et ils aiment les textes qui les prennent aux tripes). Le problème, c’est que la plupart des ados ne va pas d’elle-même vers ce genre de couvertures. Je le vois bien avec mes élèves, qui ne jurent que par les belles couvertures (y compris celles qui ne sont pas de leur âge). Mais cela demande un accompagnement et une sensibilisation de la part des prescripteurs et prescriptrices de la lecture. Bien évidemment, je le recommande aussi aux adultes…

Lucie : Comme tu le dis, les sujets sont dramatiques et très forts, mais le héros n’a que 8 ans et demi et il n’est pas dit que des ados aient envie de lire son histoire. Ce n’est pas simple de les faire sortir de leurs préjugés ! C’est un texte exigeant, très représentatif de la collection Faction qui fait confiance à l’intelligence des lecteurs sans chercher à la séduire. Ce serait vraiment dommage que de bons lecteurs, ados comme adultes, à la recherche d’émotions fortes et d’une belle plume passent à côté de ce roman !

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Nous espérons de tout cœur vous avoir donné envie de lire ce titre, certes exigeant mais tellement riche en émotions. Et nous avons hâte de découvrir ce que Gildas Guyot nous réservera dans son prochain roman !

Sélection thématique sur la rentrée

La rentrée approche et comme chaque année c’est un grand moment, un rendez-vous à ne pas manquer, des souvenirs pour la vie, entre joie des retrouvailles ou appréhension de savoir quel maître ou maîtresse on aura et si l’on sera dans la classe de ses copains, renouveau aussi et bonnes résolutions…

Pour aborder cette nouvelle année avec enthousiasme et sérénité, la lecture sera, à ce moment-là et toute l’année, une fidèle compagne.

Enfants, parents, enseignants, voici quelques livres pour vous inspirer, vous projeter et vous amuser !

Très bonne fin de vacances à tous en attendant 🙂

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Des documentaires

Hélène a eu un coup de cœur pour le titre Suivez le guide, à l’école de Camille Garoche. Il s’agit d’une autrice qu’elle connaît et suit depuis longtemps, notamment son premier titre Marie de Paris, sans oublier ses magnifiques publications de ces dernières années Le concours des fées et Le concours de cabanes.

Aujourd’hui le chat Rominagrobis nous emmène à l’école. En reconnaissance pour sa jeune maîtresse, il rencontrera des personnages qui lui donneront l’occasion d’aller visiter toutes les pièces de l’école et d’en expliquer l’utilité. Un livre avec des magnifiques illustrations détaillées, à regarder longtemps, dont on peut discuter entre l’enfant et l’adulte, des volets à ouvrir et un chat Je sais tout qui fera bien rire les jeunes et moins jeunes lecteurs, dédramatisant le lieu de l’école qui peut être impressionnant pour les touts-petits.

Pour information, il s’agit du 5e tome d’une série qui comporte également des titres sur les thèmes de la visite (d’un vieux manoir, du jardin, du quartier et de la forêt).

Suivez le guide, à l’école, Camille Garoche, Casteman jeunesse, 2026.

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Après le lieu, les personnes ! Lucie a eu l’occasion de lire le tout nouveau Au secours, c’est la rentrée ! Découvre le métier de maître d’école dans la collection « Bienvenue à Qui-Fait-Quoi » des éditions Milan.

En racontant les premières semaines d’un tout jeune professeur, cette BD aux traits classiques montre bien le quotidien des enseignants, entre recherche du juste ton et organisation du travail de préparation. De quoi rassurer les écoliers en leur montrant que les adultes aussi peuvent être stressés par cette échéance !

Au secours, c’est la rentrée ! Découvre le métier de maître d’école, Lola Koenig, Milan, 2026.

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Des albums

Hélène voulait absolument vous rappeler de relire ce classique de Mireille d’Allancé Non non et non !
Un petit Octave que l’on devine passablement anxieux à l’idée de faire sa première rentrée et qui s’oppose (ça aussi c’est de son âge, en plus d’aller à l’école).

Non, il n’ira pas à l’école. Non, il n’accrochera pas son manteau, non, pas de bisou pour Maman, non il n’aime pas jouer aux puzzles, non non non… Sauf peut-être pour un bonbon ?

Un livre très bien écrit, avec un système de répétition qui donne un rythme à la lecture, beaucoup beaucoup d’humour et de dédramatisation…

De quoi faire comprendre à tous les petits loups (et à certains parents ?) que « l’école, c’est épatant ! »

Non, non et non ! Mireille d’Allancé, Ecole des Loisirs, 2001

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Dans les « classiques », qui fonctionnent bien, il y a aussi l’amusant Nino Dino, :Non, pas l’école !, qui a eu beaucoup de succès avec les enfants d’Héloïse. Le célèbre tyranosaure, inventé par Mim et Thierry Bedouet, s’apprête à faire sa première rentrée. Ses parents lui en on parlé, mais lui commence à s’inquiéter : pourquoi ses parents sont-ils si pressés de le déposer à l’école ? Veulent-ils se débarrasser de lui pour rester seuls avec bébé dino ?

Un p’tit rannosaure attachant, une histoire qui fait sourire, voila un album parfait pour dédramatiser l’entrée à l’école.

Nino Dino : Non, pas l’école ! de Mim et Thierry Bedouet. Milan, 2018

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Autre classique toujours aussi efficace pour dédramatiser ce grand moment qu’est la rentrée : Calinours va a l’école. Notre petit héros se rend ici à l’école. Mais sur le chemin, il rencontre des ami-es, qui lui proposent de chouettes activités.

Une histoire malicieuse, un conte en randonnée qui dédramatise l’école avec ses activités ludiques et amusantes, et une enseignante très bienveillante et chaleureuse.
Un texte simple, plein de rimes, avec des illustrations toutes douces qui en font une jolie lecture à partager à voix haute.

Calinours va à l’école, d’Alain Broutin et Frederic Stehr. Ed. L’école des Loisirs, 1994

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À la rentrée, les rumeurs battent leur plein : la maîtresse serait sévère, elle donnerait une multitude de devoirs, ce serait la plus chouette de l’univers…

Lucie aime beaucoup l’humour de Michaël Escoffier, qui pousse ici ces rumeurs à leur paroxysme. Jugez plutôt : la nouvelle maîtresse serait une sorcière (tient donc !), la fille d’un ogre, ou – forcément – une martienne.
Les discussions vont bon train, chacun y allant de son information et de ses sources particulièrement alambiquées. Elle court, elle court la rumeur, jusqu’à la révélation finale.
Un album drôle et coloré, mais aussi vraiment intéressant pour aborder le sujet des « on dit » avec des enfants.

La Maîtresse vient de Mars, Michaël Escoffier, Clément Lefèvre, Frimousse, 2014.

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Héloïse a été récemment touchée par Le Cartable aux fraises, de Mary Orchard. Un album coloré et tout doux qui dénonce les stéréotypes de genre à travers une histoire – vraie ! -, celle du cartable de son fils. Ce dernier, qui adore les fraises, avait choisi un magnifique cartables avec lesdits fruits dessus… et a été refroidi par la remarque de sa nounou : « C’est pour les filles ! ».

Le propos est abordé avec délicatesse, et beaucoup de bienveillance. Les craintes et doutes de notre petit héros sont contrebalancés par les discours de son entourage, et surtout celui de son enseignant. C’est au final très doux. Tout comme les illustrations d’Amandine Meyer, douces et lumineuses elles aussi. C’est ce qui est réconfortant finalement : l’enfant trouve le soutien des personnes qui lui sont chères pour dépasser ce préjugé qu’on lui inflige. 

Le cartable aux fraises, de Mary Orchard, illustré par Amandine Meyer. Ed. Casterman, 2026

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Lucie utilise souvent Moi j’adore, la maîtresse déteste pour aborder les règles de vie avec ses élèves à la rentrée. Il faut dire que tant les idées d’Élisabeth Brami que les illustrations de Lionel Le Néouanic sont hilarantes. Rire ensemble puis discuter du bien fondé des règles, c’est une chouette façon de créer du lien. Mais cet album permet aussi d’expliquer le fonctionnement de la classe en famille avant la rentrée. Et pourquoi ne pas poursuivre avec d’autres titres du duo : Moi j’adore, maman déteste, Moi je déteste, maman adore, Moi j’adore, maman aussi… il y en a pour tous les goûts !

Moi j’adore, la maîtresse déteste, Élisabeth Brami, Lionel Le Néouanic, Seuil, 2002.

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Peut–être vous souvenez-vous d’un excellent album au long format vertical, de Laurence Salaün et Gilles Rapaport, intitulé « A l’école, il y a des règles ». Pendant ses vacances, Blandine a trouvé, par hasard, la suite !

A l’école, il y a encore des règles ! Laurence SALAÜN et Gilles RAPAPORT. Seuil Jeunesse, août 2023

Le premier opus était déjà très drôle, et celui-ci l’est tout autant avec ses 32 nouvelles règles, toujours aussi criantes de réalisme et de vécu !

J’articule et je parle fort.
Je ne fais pas croire à la maîtresse qu’elle devient sourde.

Je réponds quand la maîtresse me pose une question.
Je ne suis pas sourd, moi…

Elles décortiquent tous les aspects de la vie à l’école : les relations avec les camarades, la politesse, l’attitude en classe, l’(im)patience de la maîtresse, le rôle des parents, le remplacement de la maîtresse, et tant d’autres… Le format de l’album et le côté rétro papier buvard des illustrations sont de vrais plus. Elles accompagnent, complètent, prolongent à merveille le texte. On s’y retrouve !

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Sur le mode humoristique toujours, Hélène vous recommande chaudement le titre La rentrée des oiseaux d’Eric Veillé.

La rentrée c’est dur pour tout le monde. La préparation des oiseaux est parfois poussive mais celle de la maîtresse aussi ! Trop d’émotion, la voici qui pleure devant ses nouveaux élèves ? Que faire ? Les oiseaux, pleins d’imagination, trouveront bien la solution !

La rentrée des oiseaux, Eric Veillé, Actes Sud Jeunesse, 2024

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Pour continuer sur ce sujet de la rentrée vue par les maîtresses, on peut citer La rentrée de la maîtresse. Une vision de la maîtresse qui, oh surprise, s’inquiète elle aussi de ce qui l’attend et a la tête un peu ailleurs le matin de la rentrée au point d’oublier de s’habiller et de partir en chemise de nuit.

Qui de Dolorès ou de ses élèves est le/la plus impressionné(e) au bout du compte ?

Encore une manière de dédramatiser par l’humour cette situation que tout le monde a vécu un jour et qui se reproduit à tous les âges : premier jour à l’école, premier jour au collège mais aussi premier jour de travail…

La rentrée de la maîtresse, Axel Scheffler, Agnès Bertron-Martin, Bayard jeunesse, 2019

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Et enfin toujours pour dédramatiser l’entrée à l’école grâce à l’imagination de petits personnages parfois rebelles, Hélène vous propose de retrouver Pascaline, la petite chauve-souris malicieuse qu’elle a découverte cette année dans un autre titre de la série (le top du top, à conseiller également même si sans aucun rapport avec la rentrée des classes).

Cette fois elle l’a décrété, c’est Même pas en rêve qu’elle ira à l’école ! Elle se fâche tellement qu’elle rétrécit ses parents… Malheur ! La voilà obligée de les prendre sous son aile… Comment va se passer cette journée ?

Même pas en rêve !, Beatrice Alemagna, L’école des loisirs, 2021.

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Des romans

Lucie a été séduite par la jolie idée de cette Leçon de silence !

Un matin, sans un mot, la maîtresse écrit Leçon de silence au tableau. Ce court roman raconte les réactions des élèves, de la surprise à l’adhésion en passant par les rires.
Les illustrations de Jeanne Mentrel servent merveilleusement le texte ciselé de François David.

Véritable invitation à prêter attention à son environnement, à consacrer un peu de temps au calme dans une vie trépidante, ce petit roman est extra. À tester en classe ou à la maison !

La leçon de silence, François David, Jeanne Mentrel, Editions du Pourquoi Pas ?, 2026.

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Pour sa deuxième année d’enseignement, Nathan est décidé : il s’est donné pour mission de rendre tous ses élèves fous de lecture ! Et pour cela il a un plan infaillible.

Faire venir un auteur en classe est un événement valorisé par l’Éducation Nationale. Mais lorsqu’il s’agit de Victor Hugo, le défi se corse. Court roman du point de vue du maître, cette histoire permet aux jeunes lecteurs de passer de l’autre côté du miroir. Pour le meilleur comme pour le pire !

Sacré Victor ! (version 2005) ou Sacré Hugo ! (réédition en 2012), Yaël Hassan, Antoine Deprez, Magnard.

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Pour les réfractaires à l’école, Yves Grevet propose un futur dans lequel les écoles ont disparu. Nous sommes en 2028, soit demain, et les écoliers sont répartis en deux catégories : ceux dont les parents sont assez riches pour payer leurs frais de scolarité et ceux qui voient leurs écoles « sponsorisées » par des entreprises privées. Entreprises qui se chargent de leur « éducation » tout en les obligeant à rendre des services. Ou l’apprentissage dès le CP.

Le principe n’est pas si farfelu, et cela quelque chose de terrifiant de voir l’éducation marchandisée, soumise à la rentabilité et orientée vers une carrière sans perspectives d’évolution.

Un roman court (44 pages) mais efficace et percutant. Lucie ne doute pas que des discussions passionnantes puissent émerger suite à cette lecture.
Ce n’est pas pour rien qu’Yves Grevet, lui-même enseignant, dédie son livre à ses collègues de l’école gratuite, laïque et obligatoire.

L’école est finie, Yves Grevet, Syros, 2012.

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Pour Liraloin, un roman de Marion Brunet se détache du ploton des romans destinés au adolescents. Il s’agit du titre Des rires de hyènes.

Julien est jeune, amoureux et bien entouré par ses ami(e)s. Julien est professeur de français dans un collège et c’est sa première rentrée. Il aime la poésie, animé par cette soif de transmettre aux élèves. Motivé et enthousiaste, Julien attend avec fébrilité de rencontrer ces jeunes collégiens.

Tout comme dans Plein gris, le récit commence fort. L’entrée en scène est solide et ne fait pas dans la demi-mesure : « – Bonjour à tous. C’est pas un problème de style, il est habillé normal, pas de marques mais pas non plus décalé, il leur sourit. Il a le sourire coincé des condamnés, ça les excite comme le sang excite les requins. »

Lentement, page après page, mois après mois, jour après jour, Julien va déchanter, essayer d’analyser, se révolter, oscillant entre fragilité et résistance. Julien va s’enfoncer dans une terrible détresse. Ici, en 130 pages Marion Brunet signe un roman sur l’envers du décor, celui d’un professeur seul, incompris, perdant peu à peu son équilibre vital.

Des rires de hyènes de Marion Brunet – Editions IN8, collection : Faction – 2022

Et évidemment les classiques :

Est-il encore besoin de présenter Matilda ? Chef d’œuvre de l’irrévérencieux Roald Dahl, ce roman met en scène une petite fille aux capacités exceptionnelles pour laquelle l’école va jouer un rôle de révélateur. Le portrait de sa famille, particulièrement réussi, montre bien l’influence des proches dans la réussite ou l’échec de leurs enfants. Mais c’est surtout le binôme Mademoiselle Candy – Mademoiselle Legourdin qui est réjouissant ! Si l’une est aussi fluette que bienveillante, l’autre cristallise toutes les craintes que peuvent avoir les enfants face à une nouvelle enseignante. Que l’on se rassure : des comme cela, on n’en fait (fort heureusement) plus !

Matilda, Roald Dahl, Quentin Blake, Gallimard jeunesse, 2016 pour la présente édition.

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Joker est encore un roman du point de vue d’un maître. Et pas n’importe lequel : Hubert Noël, à un an de la retraite, est bien loin d’être lassé par son métier. D’ailleurs, cette année il compte apprendre à ses élèves la patience, leur offrir la littérature (rien que cela !) et surtout des jokers, source de trafics et de philosophie de vie. Un joker pour rester au lit, Un joker pour être en retard à l’école, un autre pour ne pas faire ses devoirs… Autant dire que la directrice ne voit pas cette initiative d’un très bon œil.

Le lien tissé entre ce maître, proche de la retraite mais plein d’enthousiasme, et ses élèves est très touchant. En revanche, sa suite intitulée Maître Joker est beaucoup moins réussie.

Joker, Susie Morgenstern, Serge Bloch, L’école des loisirs, 2021 pour la présente édition.

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On l’a vu avec d’autres titres, la rentrée concerne tout autant les enfants que les enseignants. Sauf Robert Poutifard, qui voit ENFIN l’heure de la retraite arriver.

Ce moment il l’attendait depuis longtemps. Et ce qu’il a prévu va beaucoup amuser les jeunes lecteurs (à partir de 9 ans) : se venger des élèves l’ayant ridiculisé pendant sa carrière. Mais Jean-Claude Mourlevat ne s’arrête pas au rire. Ce livre, qui n’aurait pu être qu’une grande farce (réussie), va plus loin, vers l’humain. Partant de la caricature d’un maître grognon et revanchard face à de petites pestes d’élèves, il glisse sans en avoir l’air vers la découverte de l’autre dans sa complexité.
« Ne juge pas quelqu’un avant d’avoir marché dans ses chaussures » dit un proverbe anglais. Et la troisième vengeance abouti à une ouverture et une compréhension de l’autre tout à fait bienvenue.

La troisième vengeance de Robert Poutifard, Jean-Claude Mourlevat, Gallimard jeunesse, 2009.

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Et vous, quels titres recommanderiez-vous aux écoliers et à leurs parents ?

Vacances rime avec vagues qui dansent

Le thème choisi, pour Héloïse-ileautresor, c’est : les vacances, c’est la mer ,
Vacances riment avec mer et océan, et avec vagues qui dansent :

Pour les vacances Héloïse pense à la mer, à la beauté de l’océan ou aux oiseaux de mer, mais aussi aux animaux marins sont dérangés par les activités humaines, ce qui est le cas pour Dans mon océan ou pour Bouuuuut !

Héloïse a choisi plusieurs albums jeunesse :

Dans mon océan présente une même histoire avec deux points de vue.
D’un côté, celle d’une humaine, une surfeuse qui redoute la rencontre avec un requin.
De l’autre côté, celle d’un requin qui craint tout autant la rencontre avec les humains… surtout sous la forme d’un grand bateau qui pollue le fonds des océans.
Car bien des animaux marins sont menacés par les pétroliers et les grands paquebots qui nuisent par leur présence et leur bruit incessant…

Cet album à lire en recto-verso offre plusieurs points de vue :
celui d’une humaine d’une part, celui d’un animal marin (un requin) d’autre part.
L’album est à découvrir pour deux raisons : il intéresse à la fois au niveau littéraire, par cette diversité de points de vue, et aussi au niveau écologique, parce qu’il évoque la beauté de l’océan – menacée par les paquebots humains.

Dans mon océan, Adèle Tariel et Jérôme Peyrat, éditions du Père Fouettard, mai 2026.

Le propos du Chant du pêcheur est justement d’accorder de l’importance au rêve et à la vie intérieure.
Il frappe d’emblée par la beauté de ses illustrations à l’aquarelle, qui transportent le lecteur dans un monde de rêve… Dès la couverture, le ciel est traversé de lumières bleutées et rosées qui frappent l’œil. Or le monde imaginaire est en effet mis à l’honneur.

Cette histoire se présente comme un conte, avec l’appel des sirènes par trois fois: en échange de la gloire et de la fortune, l’une d’elles lui demande de renoncer à son plus beau souvenir, et une autre sirène d’oublier ses rêves, en gagnant au passage l’immortalité.
Quant à la dernière, elle lui promet un trésor, un brochet en or, qui lui permettrait de s’offrir ce dont il manquait.

Toutefois, le pêcheur refuse de renoncer à la beauté de ses souvenirs (à celui de son chat, de sa douceur et de son tendre ronronnement). Il souhaite poursuivre son rêve d’une « maison posée au fonds des eaux », dans une immense bulle d’air la protégeant de l’océan. Il refuse enfin le cadeau du brochet doré… Il préfère s’endormir du sommeil du juste au soleil couchant.

L’album est à découvrir, aussi parce qu’entre terre et mer, il permet d’admirer des images superbes sur le ciel et sur l’océan… Il délivre aussi un message essentiel : celui de de ne pas renoncer à ses espoirs, à ses rêves et à sa vie intérieure. Un album en tout point magnifique.

Le chant du pêcheur, David Pogran et Diana Marciano, éditions du Père Fouettard, mai 2026.

Dans bouuuuut !, les mouettes sont gênées par la présence d’un immense paquebot dans leur habitat . D’innombrables touristes volubiles surgissent du bateau et envahissent l’espace, en écrasant un crabe au passage… De nombreuses espèces souffrent de leur présence comme c’est le cas ici pour es oiseaux de mer.

Claire Garralon avait déjà donné la parole aux mouettes dans un autre album : Pouêt ! L’un des oiseaux avait avalé du plastique, ce qui étouffait ce qu’il disait – sachant que la pollution plastique étouffe littéralement les océans. Là, ce sont les humains qui empêchent d’autres espèces de vivre à leur aise dans leur habitat naturel.

La beauté des illustrations sert au propos de Claire Garralon. L’auteure avertit adultes et tout-petits sur les difficultés qu’engendrent les activités humaines. L’utilisation de paquebots de plaisance est sans égard pour la vie des animaux marins qui évoluent dans l’océan. Les humains qui empêchent d’autres espèces de vivre à leur aise… dans leur habitat naturel.

L’album est à retenir à la fois au niveau écologique et au niveau esthétique.

Bouuuuut !, Claire Garralon, éditions Memo, avril 2026.

Alma et les trésors de l’océan est un appel au secours :
une jolie histoire comme une bouteille à la mer…

Cet album permet de sensibiliser
en même temps petits et grands
à l’écologie et en particulier
à la vie dans les océans.

Un petit poisson adore collectionner coquillages
et toutes sortes de trésors.
Attiré par une belle perle brillante,
il se retrouve mal placé, dans un drôle de bocal…

Ce petit poisson effectue un long voyage
finit par se trouver sur une plage.
Il se retrouve sur le chemin
d’une petite fille qui parvient à le délivrer.
de la bouteille dans laquelle il était coincé.

La pollution des océans
est un problème bien plus que gênant :
Il empêche les poissons d’évoluer en toute liberté
et la vie sous-marine de prospérer.

Or dans la barrière de corail vit
une multitude d’espèces uniques :
– l’hippocampe feuillu appelé dragon de mer,
– le grand poulpe à anneaux bleus,
– le fameux poisson-clown,
– et les étoiles de mer bleues.

A la fin du livre, un petit rappel
propose de faire plus attention
à l’utilisation des objets plastifiés,
de faire appel au recyclage,
voire d’aider au nettoyage des plages :

Cette histoire est surtout un appel au secours :
une jolie histoire comme une bouteille à la mer.

Alma et les trésors de l’océan, Lara Hawthorne, Larousse, mars 2020.

Héloïse a aussi choisi un roman pour adolescents : Kaspar le chat du Grand Hôtel.

Johnny Trott est un orphelin qui travaille comme groom au grand hôtel le Savoy à Londres : il accueille les clients, les installe dans leurs appartements, et porte leurs bagages. C’est ainsi que le jeune garçon rencontre Kaspar, un chat superbe et hautain, qui appartient à une comtesse russe. Or la maîtresse du chat doit s’absenter : elle demande alors à Johnny de parler à Kaspar et de le promener. Peu à peu, le jeune groom s’attache à ce chat dédaigneux mais si beau qu’il provoque l’admiration. Le félin, ce « prince des chats » semble sourire tant il apprécie les efforts du jeune garçon. En récompense, l’aristocrate russe invite le groom à l’entendre chanter la « Reine de la Nuit » : en effet, elle est la cantatrice qui chante cet opéra.

Mais dès le lendemain, un accident met brusquement fin à la vie de la comtesse. Ce brusque décès attriste l’orphelin. Johnny a néanmoins pris le chat en affection et continue à prendre soin de lui.

Par ailleurs, le jeune garçon se lie d’amitié avec une fillette joyeuse et bien vivante, Lizbeth. Cette dernière aime beaucoup Kaspar… Toutefois, la petite fille doit partir à bord d’un paquebot, le Titanic, qui doit l’emmener, elle et sa famille, en Amérique. Johnny suit la fillette sur l’immense bateau : à cette fin, il lui apporte le chat (caché dans une couverture). Finalement, sur un coup de tête, il reste à bord – il devient ainsi un passager clandestin du paquebot réputé insubmersible.

Mais Johnny ne tarde pas à se faire repérer par le capitaine – , qui le fait désormais travailler comme « chauffeur » près des chaudières du bateau. Le Titanic heurte toutefois un iceberg, ce qui provoque la fin du paquebot. Lisbeth et sa mère parviennent à se glisser dans un canoë de sauvetage : les femmes et les enfants d’abord! En dépit du naufrage, Johnny et le père de Lizbeth réussissent à embarquer à bord d’une chaloupe mise à l’eau par une immense vague.

La narration prend pour thème la mer, thème que j’aime particulièrement. Le récit reprend donc un épisode historique : le naufrage du Titanic. Le roman s’inscrit autour de cet épisode à l’origine d’un grand film romanesque.
C’est encore un naufrage, comme dans Le mystère de Lucy Lost – un roman historique qu’elle avait beaucoup aimé.

Le roman s’articule aussi sur les mésaventures d’un jeune orphelin qui a la chance de se tirer de plus d’un mauvais pas . Après l’accident survenu en mer, Johnny se fait adopter par la famille de Lizbeth. Les épreuves rapprochent quand il est question d’entraide …
Le roman fait ainsi part d’une amitié entre deux adolescents et de l’affection pour un merveilleux chat.
Plus tard, Lizbeth sculpte une statuette du chat, qui serait plus à sa place au grand hôtel – elle décide que Johnny qui a grandi doit aussi ramener Kaspar en Angleterre.
Un mystère s’inscrit toujours autour de l’apparition de ce beau chat majestueux : car il paraît que ce superbe félin hante encore le grand hôtel du Savoy. Ainsi, il se jucha encore sur le piano d’une comtesse russe, elle aussi présente dans ces lieux.

Kaspar, le chat du grand hôtel, Michaël Morpurgo, Gallimard jeunesse, 2008.

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C’était notre dernier billet d’été, nous espérons vous avoir fait voyager !

La semaine prochaine, nous vous proposerons une sélection thématique autour de la rentrée, parce qu’elle arrive, il faut bien s’y préparer !