Entretien avec Jo Witek

Vous l’avez compris avec l’article que nous lui avons consacré, pour le Grand Arbre Jo Witek est une auteure essentielle. Nous aimons la diversité des formats qu’elle aborde, ses engagements, son talent pour décrire l’adolescence et ses tourments, sa capacité à se renouveler tout en sonnant toujours juste.

(Re)lire et discuter de son œuvre aussi variée qu’engagée a amené une foule de questions, et nous avons été très touchées qu’elle prenne le temps de nous répondre.

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Vos romans pour ados sont séparés en deux catégories assez distinctes : d’un côté les polars, de l’autre les histoires sur des sujets plus proches du quotidien. Appréciez-vous ces deux genres en tant que lectrice ?

Je lis très peu de littérature noire, c’est très étrange. Je crois que mon goût du thriller vient clairement du cinéma. J’ai été lectrice pour le cinéma, j’ai donc été payée pour « démonter » pas mal de récits, les fouiller, les analyser, trouver les manques narratifs. Telle une mécanicienne, en apprenant à déconstruire, j’ai appris à travailler le suspens, le rythme du thriller et la psychologie des personnages. En revanche, la littérature réaliste, sociale, engagée est celle que je lis et que j’affectionne depuis l’adolescence.

En tant que lectrices adultes, nous apprécions l’aspect engagé et féministe de vos textes, sur la mise en place des relations filles-garçons et plus particulièrement les questions de respect et de consentement qui sont récurrentes dans vos romans ; et ce bien avant que l’EVARS refasse surface. Quelles sont vos motivations ?

Oui, je vais intervenir prochainement dans une journée professionnelle pour des enseignants et travailleurs sociaux autour du programme de l’EVARS et du lien quasi évident de la littérature jeunesse avec ce programme. Je pense que pas mal de romans en jeunesse peuvent accompagner ce dispositif, donner corps, chair et émotion au travers de la fiction aux points abordés avec les animateurs, enseignants autour de l’EVARS : respect du corps, le sien, celui des autres, la notion de consentement, l’emprise, le harcèlement, les luttes contre les discriminations sexuelles et sexistes, et contre les stéréotypes de genre, le droit au respect, à la liberté, à l’affection saine, au plaisir, à l’amour, retour sur le droit à la contraception gratuite, à l’avortement, etc. J’ai traité tous ses sujets dans mes romans ou documentaires. La lutte pour une société égalitaire et non violente est le cœur de mon travail, c’est à dire le bien-être, le respect, la liberté de l’individu dans l’espace public ou privé, quel que soit son genre, ses préférences sexuelles, ses origines, son milieu social, culturel, sa religion ou sa non-religion. Je travaille cette humanité et pointe le danger de nos inhumanités de différente façon, dans des ouvrages pour tous les âges. Par exemple, quand en 2011, nous commençons à travailler sur les émotions incarnées par une petite fille dans nos albums avec Christine Roussey (Le Petit cœur, Les petites peurs (9 volumes) Editions de La Martinière), certains se moquaient de nous. Ils jugeaient ce travail psycho-émotionnel et psychosocial au travers d’histoires simples un peu « bêbête » voire superficiel et forcément « facile ». Six ans plus tard, alors que notre série était traduite dans 35 langues et cartonnait aux États-Unis (2 millions d’exemplaires), les albums sur les émotions et le bien-être de l’enfant se sont multipliés et nous avons été pas mal copiées, ce qui en soit est plutôt positif.

J’aime l’idée d’être toujours un poil en avance, j’aime la recherche et essayer de défricher, d’aller plus loin dans ma liberté créative, me surprendre et accompagner les changements de sociétés, les découvertes en matière de psychologie, pédagogie, psychologie ou recherches scientifiques. Par exemple, avec la série Areuh pour les tous petits, j’ai fait le lien entre partition textuelle et partition musicale, en demandant à une compositrice de respecter le rythme, la musique des mots (sans les mots) dans sa bande originale. Les petits après avoir écouté le texte et la musique, font le lien immédiatement album/musique. Je pense qu’il faut « amplifier » l’album, le sortir de son dialogue unique texte/image. Pour un bébé le son est plus important à la base que l’image, c’est par l’oreille qu’il apprend à parler. L’image qu’il préfère est le visage de celui ou celle qui prend soin de lui. Ce qui bien sûr, n’empêche pas l’illustration mais on peut aller plus loin ; surtout avec les nouvelles technologies qui facilitent la musique hébergée.

Vous avez plusieurs séries à votre actif : Mentine, Le clan des cabossés et les albums pour lesquels vous collaborez avec Christine Roussey. En quoi est-ce un exercice différent d’un roman d’un seul tome ?

La série est différente de l’unitaire, car le lecteur, la lectrice se transforme alors en fan. La série amène l’addiction, l’envie de suite. Du plus, du toujours plus, du encore. C’est tout à fait intéressant, excitant et parfois, inquiétant, je l’admets. Cela permet aussi de faire évoluer un personnage, comme je l’ai fait avec Mentine. C’est très touchant quand les lecteurs et les lectrices parlent de votre personnage comme s’il existait. « Alors Mentine va revenir ? », j’ai aimé entendre cette phrase. Après, je me lasse vite. Vous l’avez compris, j’aime innover, prendre des risques, explorer. Je déteste me répéter, alors la série très vite m’ennuie. Je m’arrête toujours avant le volume de trop. Cinq volumes sont mon maximum, avec Mentine. Mais qui sait ? Je pourrai la faire revenir, car ce personnage est sans doute celui qui me ressemble le plus.

Mentine, Jo Witek, Margaux Motin, Flam jeunesse, série de 5 tomes, 2015-2019.

Les albums avec Christine Roussey portent sur les émotions et le quotidien des jeunes enfants, sujets énormément exploités en littérature jeunesse. Pourtant vous avez trouvé un ton et un format (papier découpé façon gigogne) qui leur permettent de sortir du lot. De quelle manière avez-vous collaboré ?

Pour la série avec Christine Roussey, nous n’avons jamais parlé de série. Chaque année, pendant neuf ans, je crois, on s’est dit, « on en refait un ? » Et voilà, c’était tout. J’écrivais le texte et Christine se l’appropriait dans son merveilleux imaginaire. Nos univers s’accordent très bien sans que nous ayons besoin de nous parler plus que ça. On a pas mal de points communs elle et moi et on adore rire. J’ai toujours adoré ses images si pétillantes et mes textes lui ont toujours donné envie de déployer ses images. Ce fut une relation de travail très joyeuse entre nous. Les découpes, le format, tout cela c’est Christine avec l’éditrice Marie Bluteau qui l’ont décidé. Au départ, on avait pris le temps l’éditrice et moi, de chercher la personne qui donnerait vie en image à cette petite fille qui n’avait pas de prénom. Dès que j’avais vu les images de Christine Roussey, il y a 15 ans (déjà !), j’avais su que c’était elle et je lui faisais totalement confiance ! Aujourd’hui avec Marie Bluteau, mon éditrice à la Martinière, cela fait plus d’un an qu’on recherche l’illustrateur-ice pour l’un de mes textes. On n’a pas encore trouvé. J’aime cette exigence. Prendre le temps de créer. Attendre l’alchimie. L’évidence.

En parlant d’évidence, nous sommes admiratives de votre capacité à vous renouveler tout en réussissant à écrire des textes qui sonnent juste au bon moment, qui parlent aux ados. Une des rédactrices du blog qui est aussi documentaliste partageait encore ce constat récemment. Comment parvenez-vous à trouver un ton si adapté ?

Je crois que l’adolescente que je fus est encore en moi. Très vivante. Je suis une adulte de cinquante-sept ans, j’ai élevé deux garçons (merveilleux !), j’ai passé un paquet de galères comme tout à chacun, mais j’ai un souffle d’ado. Je ne serai jamais tout à fait sérieuse comme une adulte qui achète des actions ou parle des travaux de sa maison pendant des heures. J’ai cru l’avoir perdu dernièrement, ce souffle. Et puis non, c’est ce qui l’emporte aujourd’hui, cette voix de la jeunesse que je veux continuer à avoir et à porter. C’est très créatif la contrainte d’écrire pour des lecteurs et lectrices ados. Par exemple dans J’ai 14 ans et ce n’est pas une bonne nouvelle, comment décrire une nuit de noces qui est forcément une scène de viol dans un mariage forcé ? Faut-il ne pas l’écrire ? Il y a une responsabilité morale de l’autrice et en même temps une envie de ne pas édulcorer la violence faite aux filles mariées sans consentement. Et bien là commence le travail d’autrice jeunesse : écrire cette scène, ne pas mentir aux jeunes, mais ne pas décrire ce qui n’a pas besoin de l’être.

J’ai 14 ans et ce n’est pas une bonne nouvelle, Jo Witek, Actes sud jeunesse, 2021.

Justement, votre roman J’ai 14 ans et ce n’est pas une bonne nouvelle a marqué de nombreux lecteurs et a rencontré un immense succès. Vous souvenez-vous de la naissance de ce projet ? Saviez-vous déjà que vous teniez quelque chose de spécial ?

On ne sait vraiment jamais quand on a terminé un manuscrit si on tient un livre qui va « marcher » comme on dit. J’avais peur pour celui-ci comme pour Une fille de… qui est l’histoire d’une fille de prostituée, que les textes ne rentrent pas au collège et au lycée. Pas facile parfois et très courageux de la part des enseignants de proposer l’étude d’une littérature engagée, réaliste, féministe et sociale aux élèves. Surtout en ce moment où certains parents veulent empêcher l’étude des romans liés au droit des filles (ils ne sont pas si nombreux d’ailleurs). Je suis ravie que ces ouvrages aient eu un très beau succès en librairie et en établissements étant donné l’état du monde, je trouve que plus que jamais cette littérature du réel a toute sa place en cours de français, d’histoire, en EVARS ou en lecture libre.

Vous avez écrit de nombreux albums et romans. Récemment vous avez changé de registre en écrivant un documentaire où vous recueillez la parole d’ados. Pouvez-vous nous raconter ce qui vous a menée à ce projet ?

Chambres adolescentes est un projet transmédia (photographie, texte, podcast, site internet, 6 expositions) de portraits d’adolescents dans leur chambre, sur 4 territoires et que j’ai mené avec la photographe Juliette Mas. Il a pris 4 ans de rencontres, un an pour préparer le livre éponyme (La Martinière jeunesse) photos, textes et podcast et deux grosses expositions à Paris (Mairie de Paris en quai de Seine et Centre d’art contemporain Tignous). Une exposition tourne actuellement dans les médiathèques et salons du livre) Un travail de dingue ! Je me suis lancée dans cette aventure avec la photographe Juliette Mas en plein confinement en plus ! Un pied de nez : le monde était en chambres et nous ne pouvions plus y aller. L’idée était d’aller écouter longuement des adolescent.e.s âgés de 12 à 19 ans dans leurs petits « chez eux » que représente leur chambre à cet âge. C’est beaucoup plus qu’un documentaire, ce fut pour moi une expérience de vie très forte : avec Juliette Mas d’abord en duo créatif et de terrain, puis avec toutes les familles qui ont voulu être dans le projet, les jeunes qui avaient des choses à dire et ont osé s’exposer très courageusement, avec nos partenaires, les maisons des écritures, les régions, les départements, les communautés de communes…. C’était aussi mettre en lumière des jeunes d’une France non parisienne, du Gers aux villages de l’Hérault ou encore celle des chambres de l’aide sociale à l’enfance de jeunes mineurs isolés venus du Pakistan ou de Guinée. L’idée était de rendre visibles et audibles des individus très différents qui traversaient l’adolescence entre 2020 et 2023. Avions-nous des points communs entre nos adolescences d’hier à aujourd’hui ? En quoi la génération Z était-elle différente ? Pourquoi les adultes étaient-ils si sévères envers cette génération née avec le numérique ? Ce fut très beau, car très fédérateur. À chaque rencontre tout public, vernissage, débat, les adultes et les adolescents étaient mélangés, intéressés et restaient. Les publics se mélangent peu de nos jours, quand c’est le cas, quand je parviens à ces échanges autour d’un de mes projets, je me dis que mon écriture fait sens. Que je suis à ma place. Je crois que j’aime la littérature jeunesse, car elle demeure celle qui crée le plus de liens sociaux et culturels. Par exemple, j’étais les deux derniers jours en médiation au collège, je proposais des débats avec des élèves de 3e autour des paroles de Chambres adolescentes. C’était très puissant, très bouleversant. Peu à peu, les jeunes ont pris la parole, se sont exprimés, ont écouté les points de vue divergents de leurs camarades autour de sujets délicats comme : le harcèlement, le sexisme ordinaire, l’accueil des migrants, l’homophobie, le temps d’écran, l’usage des réseaux, etc. Je trouve que les collégiens et collégiennes sont plus capables de grands débats d’idées que les adultes en ce moment. Ils savent écouter et lever le doigt pour prendre la parole ! Encore faut-ils qu’on leur propose de s’exprimer librement.

Ce documentaire a donné une belle exposition. Comment avez-vous abordé ce travail ?

Chambres adolescentes a donné deux grosses expositions sur Paris. Il était important d’exposer à Paris, car malheureusement sans la « validation parisienne » un projet artistique n’est pas pris au sérieux encore aujourd’hui. J’avais donc promis aux jeunes que leurs mots, photos, pensées, portraits seraient exposés en pleine lumière dans la capitale. Nous avons tenu nos promesses avec Juliette Mas. La Mairie de paris nous a exposé sur les quais de Seine, le travail de commissariat d’expo était assez simple là, puisqu’il s’agissait de grands tirages avec texte et QR code. Pour le centre d’art Tignous, c’était une aventure plus complexe. Aurélie Thuez, la directrice du CTAC de Montreuil nous a donné carte blanche. Nous avons donc repensé le storytelling de nos contenus pour habiter les trois salles du centre d’art avec l’envie de faire ressentir aux visiteurs les émotions partagées dans ces chambres. Nous avons créé un espace confortable pour que les gens prennent le temps d’écouter la jeunesse via les podcasts (qui sont sur les plateformes maintenant). J’ai peu exposé mon texte, préférant mettre en avant leurs verbatims et les photographies magnifiques de Juliette Mas. J’ai juste imaginé un rouleau de 10 mètres, qui était exposé pour montrer la longueur des portraits. Ils étaient longs tels des récits non fictionnels de nos rencontres. C’était une écriture particulière, car je n’avais pas de référentiels de portraits de la sorte, c’est-à-dire qui intégraient le point de vue de l’auteur et le rapport au temps qu’exige la mise en confiance d’une jeune personne. Au CTAC de Montreuil, nous avons pu inviter deux plasticiens de nos choix pour leur proposer de créer des œuvres in situ à partir des contenus de Chambres adolescentes. Stéphane Kiehl a proposé un mur d’exergues des jeunes, sur des feuilles A4, en noir et blanc, comme une matrice de messages. Carole Chaix a créé Cuisine de femmes, une pièce dédiée à la création, valorisant ce travail de fond des artistes et ce temps qui passe, cette géopolitique qui s’invite au fil du travail, les aléas de la vie qui perturbe le projet. J’ai adoré retrouver la créativité en équipe.

Certains de vos romans ont été traduits et/ou lauréats de prix. Comment vivez-vous cette reconnaissance ? Avez-vous un souvenir particulier à partager au sujet ?

Les sélections de prix sont importantes plus que les prix, à mon sens, car elles portent nos ouvrages vers les jeunes. Un souvenir ? Oui, dans le cadre du Prix du jeune lycéen allemand, j’étais allée rencontrer des jeunes en Allemagne avec Une fille de… (Actes sud jeunesse).

Une fille de…, Jo Witek, Actes sud jeunesse, 2017.

C’était en mars 2020 ! Je me souviens que je me suis retrouvée dans la voiture de l’ambassadrice de France en Allemagne, car j’étais la seule autrice française sur place, alors que le festival de Leipzig venait d’être annulé. Me voilà au consulat, me voilà invitée à déjeuner avec tous les grands pontes de la ville avec une traductrice à mes côtés (je ne parle pas un mot d’allemand). À la fin du déjeuner, le consul me demande de conclure la conversation. Je décide de blaguer. Je leur dis qu’en France, on classe la littérature selon le prestige qu’elle inspire aux intellectuels. La littérature blanche, c’est le top, ensuite la noire, ensuite la jeunesse, très mal considérée. Je leur fis alors remarquer qu’à ce déjeuner, je n’étais peut-être pas une littéraire digne de ce nom, car j’étais une autrice qui écrivait aussi du thriller pour la jeunesse. Ils ont beaucoup ri. Je pense que les cultures allemandes, anglos- Saxonne ou Chinoises considèrent avec beaucoup plus respect que la nôtre les auteurs de littérature jeunesse. Ensuite, ce fut moins drôle. Il me fallut vite regagner la France avant que les frontières ne se referment à cause du COVID.

Mille mercis d’avoir pris le temps de répondre à nos questions, cela a été un véritable plaisir d’échanger avec vous !

Je vous remercie pour l’intérêt que vous portez à la jeunesse, à sa littérature, à sa diversité, à ses auteurs et autrices. Rien n’est plus sérieux et exigeant que d’écrire pour les enfants ou de travailler auprès d’eux, il serait temps que certains adultes s’en rendent compte ☺

Notre auteure essentielle : Jo Witek

Parmi les auteurices qui nous marquent durablement, il y a Jo Witek. Autrice protéiforme, elle écrit tant des albums que des romans noirs, ou des chroniques adolescentes décapantes. A l’ombre du grand arbre, on aime son engagement, sa capacité à dépeindre les émotions adolescentes. Petit florilège des ouvrages qui nous ont touchées.

Jo Witek, photo issue du site des Editions de la Martinière.

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Le choix d’Héloïse

De nombreux romans de Jo Witek ont marqué Héloïse. Elle aime ses romans pour ados, comme la série Mentine, ou Récit intégral (ou presque)… Elle adore ses romans policiers, Rêves en noir, Peur Express, ou encore Un hiver en enfer. Elle a été bouleversée par J’ai 14 ans et ce n’est pas une bonne nouvelle. Mais puisqu’il faut choisir, elle a opté pour J’entends des pas derrière moi, et son format court et percutant.

J’entends des pas derrière moi, de Jo Witek. Nathan, coll. Court toujours, 2021

J’entends des pas derrière moi… C’est la nuit, je suis seule. J’ai peur, j’angoisse. Le moindre bruit me fait sursauter. A tort ? Ou à raison ? Sans pouvoir rien contrôler, ma tête se remplit d’images, toutes plus horribles et stressantes les unes que les autres. est-ce un bruit de pas que j’entends ? Homme, ou femme ? Ami, ou ennemi ?

J’ai peur. Il fait nuit, je suis seule. Vais-je réussir à rentrer chez moi ? Par où passer ? Quel trajet est « sûr » ? Y a-t-il quelqu’un qui guette, dans le noir ? Et si…, et si ?

D’où me viennent ces idées, pourquoi ne puis-je les contrôler ? Pourquoi le fait d’être une jeune femme, seule, la nuit, est-il si effrayant ?

« J’en ai marre de passer pour une dingue alors que c’est le monde dans lequel je vis, qui est malade. »

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Le choix de Lucie

Difficile de choisir, tant d’histoires de Jo Witek semblent essentielles ! Mais Lucie a une tendresse particulière pour les titres publiés chez Actes Sud junior aux couvertures illustrées par Olivier Tallec. Et ne pas parler de Momo, dont la situation est bien plus fréquente qu’on ne le croit, était inenvisageable. C’est donc sur Y a pas de héros dans ma famille ! que son choix s’est porté.

Y a pas de héros dans ma famille !, Jo Witek, Actes sud junior, 2017.

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Le choix de Liraloin

Liraloin a choisi un roman publié en 2021, J’ai 14 ans et ce n’est pas une bonne nouvelle. Une réalité crue et tellement d’actualité, hélas … Pour cet exercice qu’est la découverte d’une autrice ou d’un auteur essentiel(le), Liraloin a choisi d’écrire sous forme de témoignage en reprenant des passages de cette histoire inoubliable.

J’ai 14 ans et ce n’est pas une bonne nouvelle, Jo Witek, Actes Sud Junior, 2021

Efi raconte ce qui lui est arrivé, il y a quelques années …

« Lorsque je reviens chez moi, je suis heureuse comme peut l’être une adolescente de mon âge à l’idée de revoir ma famille. Mais les miens ont la mine grave : « Mon retour ne se déroule pas vraiment comme je l’avais imaginé. Après la lecture du carnet, ma mère me félicite pour mon bon comportement général. Rien sur mes résultats. Je comprends que cela ne compte pas, que cela ne compte plus, et cette nouvelle indifférente m’effraie autant qu’elle me révolte. »

Ne plus se déplacer, s’amuser comme « avant » et qu’est-ce que c’était au juste « avant » ? Ma mère m’incite à me comporter comme une nubile devrait être : soumise, baissant le regard.

Et mon père qui décide de me marier dans moins de trois semaines. Je ne comprends plus rien, paralysée par cette nouvelle je décide d’écrire ce qui m’arrive :

« J’avais compris ; on allait me marier. A ce moment dans ma tête, la guerre a éclaté. Seule sur ma paillasse, j’ai vu des centaines d’images défiler. Le meilleur comme le pire de l’humanité. J’ai vu des bombes, des morts, des injustices, des pierres sur les corps des femmes et des enfants, des hommes enchaînés, des femmes immolées, j’ai vu le monde tel qu’il est, tel qu’il me déplaît et que grâce à internet je sais que je peux changer. J’ai vu le meilleur, le progrès, tout ce qui depuis que je vais au collège me fait rêver. J’ai vu des femmes dignes, fières et libres de choisir leur destin, leurs amours, leur chemin. J’ai vu des astronautes, des écrivaines, des cheffes de gouvernement, des avocates, des scientifiques, des agricultrices, des ingénieures et des marches pacifistes pour défendre l’injustice. Sur ma paillasse, alors que mes parents réglaient avec les étrangers les formalités de mon avenir emprisonné, j’ai ouvert la fenêtre qui donne sur la planète et je me suis fait la promesse de ne jamais laisser personne la refermer. Je suis une fille éclairée et jamais je ne pourrais vivre dans l’obscurité. Ma tête a dit non. Mon corps a dit non. Mes rêves ont dit non. »

Je m’accroche à ces quelques vers appris lors de mes études pour ne pas sombrer dans la folie : « C’est un poème de femme. Le cri d’une empêchée. Je suis personne ! Qui êtes-vous ? Etes-vous – personne – aussi ? Alors faisons la paire ! Silence ! on nous chasserait – vous savez ! » (Poème d’Emily Dickinson).

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Le choix de Séverine

A l’occasion de ce billet, Séverine s’est replongée avec délice (et une pointe de nostalgie) dans la série d’albums à découpes illustrés par Christine Roussey, chez La Martinière Jeunesse, qu’elle lisait avec ses aînés, d’abord, puis sa plus jeune fille quand elle était toute petite. Dans mon petit cœur, Dans mon sourire, Le ventre de ma maman, Les bras de Papa, Mes petites peurs, et bien évidemment Sous mon arbre 😉! L’univers poétique et doux qu’elles acréé autour des émotions du jeune enfant, tendre, mais sans niaiserie, est un très bel exemple de ses collaborations avec des illustrateur.ices de grand talent, au service de l’enfance. C’est sous la forme d’un poème que Séverine voudrait lui rendre hommage.

Dans les bras de mon papa,

Je ne crains vraiment rien.

Je cache mes petites peurs,

Et quelques gros chagrins.

Il est plus géant que moi,

Pourtant bientôt grande sœur,

Puisque dans le ventre de maman,

Et déjà dans mon petit cœur,

Il y a toi, le bébé, minuscule enfant

Qui agrandira notre bonheur.

Sous mon arbre à histoires,

Je te raconterai, écrits par Jo,

De ses mots les plus beaux,

Illustrés par Christine,

Avec ses meilleures mines,

Les albums les plus tendres.

Lovées dans ma petite chambre,

Ce sera le paradis, nous deux réunies.

Nous formerons fratrie,

et mieux encore, famille.

Quand je pense à tout ça,

Dans mon sourire on voit

Mille étoiles qui scintillent.

Comptine

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Le choix de Blandine

Comme l’ont souligné les autres Arbronautes, Jo Witek a une bibliographie très conséquente, allant de la prime enfance à la grande adolescence. Parmi tous ses livres, le choix de Blandine a été une évidence : le premier qui lui a permis de découvrir Jo Witek, Un jour j’irai chercher mon prince en skate.

Un jour j’irai chercher mon prince en skate. Jo WITEK. Actes Sud Junior, 2013

Ça n’a l’air de rien peut-être aujourd’hui,
Mais pour elle ça voulait dire beaucoup, ceci :
Inversement des mots et des images
Pour un dialogue non genré, surtout moins sage

« Elle ira chercher son prince en skate »
Elle, c’est Fred, dans un titre au rythme sec.
A l’instar de Diane sa tante, elle veut être libre
Elle se revendique « célibre »

A Clémence, les perspectives changent,
Pour d’autres, son démon devient un ange,
Et elle se débat dans ses contraires émotions

On lui avait dit, « c’est comme ça la vie »
entre secrets de famille et contes en féérie
Elle comprend surtout que c’est à elle de se faire son propre avis !

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Le choix d’Hélène

Trop tôt, Jo Witek, Talents Hauts Editions, 2015

Hélène a lu ce titre il y a quelques temps pour la préparation de cet article. Il représente bien l’oeuvre de Jo Witek, qui traite de beaucoup de sujets de société, notamment concernant les femmes.

Ici, c’est l’interruption volontaire de grossesse qui est abordée, au travers de l’histoire de Pia, une jeune femme qui suit sa cousine en boîte de nuit pendant les vacances. A quinze ans, elle veut séduire et elle y parvient. Elle passe une partie de la nuit avec Nathan avec qui elle a sa première relation sexuelle.

Quelques semaines après le retour de vacances, le retour à la réalité est rude puisque la jeune fille s’aperçoit qu’elle est enceinte… Elle fera le choix de l’avortement, soutenue par sa mère. Les réactions des personnages sont très réalistes et le roman est clair sur ce qui se passe, tout en restant délicat sur ce sujet difficile et les sentiments qui traversent l’héroïne. Le ton n’est ni jugeant ni victimisant envers elle, et peut faire de ce titre un bon outil de prévention, par le biais de la fiction.

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Et vous, quel titre auriez-vous choisi ?

Notre auteur essentiel : Yves Grevet

Si nos articles se nourrissent toujours de nos rencontres et de nos lectures, celui-ci en est le parfait exemple. Parce que nous avons eu l’opportunité de lire son dernier roman, L’archipel des animaux bannis (qui a donné lieu à une lecture d’ado), nous avons eu envie de (re)lire certains romans d’Yves Grevet. Parce que nous l’avons rencontré à deux reprises récemment (à la fête du livre de Saint-Etienne et au SLPJ de Montreuil), nous avons eu envie de formaliser nos questions et de vous partager ses réponses dans un entretien.

Il est maintenant temps de vous présenter nos livres préférés de cet auteur essentiel, chacune à notre manière, et avec la participation d’un jeune invité, toujours partant pour parler de cet auteur qu’il adore.

Yves Grevet, photo issue du site des éditions Little Urban.

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Le choix de Liraloin

Liraloin a choisi le dernier titre d’Yves Grevet : L’archipel des animaux bannis, un roman dystopique qui nous invite à réfléchir sur la place des animaux dans un monde qui a peur des épidémies… Une histoire de rencontre également entre le timide Jarod et Nora une passionnée d’oiseaux.

L’archipel des animaux bannis d’Yves Grevet, Syros, 2025

            « Nora, mon quetzal,                                                               le 6 octobre 2072

Il est tard et le soleil se couche enfin, je pense à toi. A vrai dire, tous les jours je pense à toi. Aujourd’hui en particulier car il m’a fallu du temps et beaucoup de patience pour en arriver là. Rien n’aurait été possible sans l’aide d’Aurore et Herbert. Ces deux-là n’ont pas hésité à alerter le gouvernement, à prouver noir sur blanc que la survie des espèces impacte directement notre propre survie. Petit à petit, nous avons réintroduit des oiseaux comme le martin pêcheur, le canard colvert, le cygne… dans leur habitat naturel. Quel moment magique de voir ces volatiles se réacclimater en dehors d’une réserve non adaptée…

Je me souviens des heures matinales, sous cette tente où nous écoutions le chant des oiseaux… Maintenant, demain, dans un an, j’espère que le monde continuera d’évoluer pour trouver de nouveau un équilibre. Tous ces oiseaux ont le droit de se faire entendre. »

                                                                                                          Jarod

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Le choix d’Héloïse

Héloïse a choisi le roman ado Seuls dans la ville entre 9h et 10h30, dont elle a beaucoup aimé la structure originale.

Une sortie scolaire.

Un travail d’écriture. Un crime ?

Qui a tué le notaire ?

Mystère…

Enquête en vue.

Originale, qui plus est.

Des textes à rassembler,

des formes narratives variées.

des points de vue à confronter.

Qui était le mieux placé ?

Qui a vu ?

Du suspense ?

On aime !

De l’humour ?

Toujours.

Des rebondissements ?

On prend !

Les pages défilent,

les hypothèses – plus ou moins farfelues – font chauffer les cerveaux

de nos héros.

Mais qui croit deux ados ?

On valide ce roman qui revisite avec félicité

et beaucoup de fantaisie le roman policier !

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Le choix de Théo

Théo, 14 ans, lit beaucoup de livres et aime notamment les romans d’anticipation. Méto est l’un de ses romans préférés parce qu’il mêle anticipation et réflexion sur les techniques d’éducation et la société à différentes échelles. Il a imaginé la lettre de l’un des personnages.

Cher Marc-Aurèle,

Comme tu le sais déjà, j’ai eu des ennuis, avec mes deux fils, Romulus et Rémus. J’ai appris par un médecin, qu’ils sont atteints d’une maladie rare qui les condamne à rester enfants jusqu’à leur mort. J’ai donc eu l’idée de construire une Maison, qui concentrerait les enfants « en trop » (depuis que tu as fait passer le décret qui interdit plus d’un enfant par foyer) on leur ferait subir une opération du cerveau à l’issue de laquelle ils oublieraient leur passé. Ils seraient éduqués par des enseignants, et encadrés par les César.

Les enfants de la Maison seront initiés à un sport mêlant violence et esprit d’équipe, appelé l’Inche. Bien sûr, si les enfants n’étaient pas sages, les César pourraient les punir en les envoyant au « frigo », une cave très froide, à moins de 0°C dans une durée qu’ils détermineraient.

Tu m’as dit que tu avais des ennuis avec ton petit-fils Méto. Si tu es d’accord, tu pourrais l’envoyer à la Maison. Il pourrait garder son prénom (car les enfants porteraient des prénoms romains comme mes fils).

J’attends de tes nouvelles.

Bien à toi,

Jove

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Le choix de Lucie

L’école est finie, Yves Grevet, Syros, 2012.

Comme Yves Grevet, Lucie est enseignante et se pose régulièrement des questions sur l’avenir de l’école. Elle a retrouvé nombre de ses préoccupations dans L’école est finie, court roman d’anticipation et de politique-fiction. En 2028 (demain !), une grande crise a détruit le système scolaire français. Il est maintenant sponsorisé par des entreprises qui forment les enfants aux métiers qui leurs sont nécessaires. Elle a imaginé le flyer de la structure dans laquelle le héros « étudie ».

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Le choix d’Hélène

Grupp, Yves Grevet, Syros, 2012.

Hélène pour sa part a choisi de vous présenter le titre Grupp.
Dans cette dystopie futuriste, chacun porte un implant de la société LongLife. Le but officiel : vivre plus longtemps, en bonne santé et protéger la population.
En effet à la moindre accélération cardiaque due à un stress, une agression ou un problème de santé, les personnes de LongLife accourent. Géolocalisés, pistés, vivant dans un monde parfaitement aseptisé (oserait-on dire ennuyeux ?), les citoyens se sentent en sécurité, sauf certains jeunes qui font partie du Grupp. Le roman commence par l’incarcération de Scott 17 ans, dont la famille découvre qu’il fait partie de ce groupe, racontée du point de vue de son jeune frère de 14 ans, Stan.

Le jeune homme évoluera dans sa vision du monde au fur et à mesure du roman, qui varie les narrateurs : d’abord Stan, puis Scott et enfin les autres membres du Grupp, organisation que nous apprendrons à connaître et comprendre.

Comme souvent chez Yves Grevet, une belle réflexion sur la surveillance généralisé et l’équilibre entre sécurité et liberté.

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Et vous, quel est votre titre préféré d’Yves Grevet ?

Lecture d’ado : L’archipel des animaux bannis d’Yves Grevet

Théo, 13 ans, est un grand fan des romans d’Yves Grevet. Aussi s’est-il précipité quand il a vu que les éditions Syros publiaient un nouveau titre de cet auteur.
Il l’a aimé et a accepté d’en discuter pour (il l’espère) donner envie à d’autres lecteurs de s’y plonger !

L’archipel des animaux bannis, Yves Grevet, Syros, 2025.

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Comment as-tu connu Yves Grevet et qu’aimes-tu dans ses romans ?

J’ai commencé par sa série Méto que j’avais empruntée à la bibliothèque. Comme elle m’avait beaucoup plu, j’ai ensuite lu Grupp et certains tomes de la série U4, dont celui qu’il a écrit évidemment. J’aime les romans d’anticipation, et dans ceux d’Yves Grevet il y a toujours de l’action et des personnages auxquels on peut s’identifier qui s’opposent aux règles des adultes et de la société qui leurs semblent injustes.

As-tu retrouvé ces éléments dans L’archipel des animaux bannis ?

Bien sûr, et cela m’a plu.

Comment résumerais-tu l’histoire ?

C’est l’histoire de Jarod, un jeune garçon qui vit dans un monde sans nature ni animaux car des crises sanitaires ont touché les humains à cause des animaux. Le gouvernement a donc interdit tout contact avec eux et les a isolés dans des enclos au milieu de nulle part. Avant les crises, Jarod avait un chien nommé Syrius auquel il était très attaché et il a été particulièrement affecté par leur séparation. Avec une amie, il décide donc de partir à sa recherche et de pénétrer dans l’un des enclos.

Peux-tu présenter Jarod, le personnage principal ?

C’est un adolescent auquel on s’attache facilement. Il doute beaucoup de lui-même et il m’a fait de la peine car ses parents sont peu présents et le trouvent fragile et faible. Pour moi ce ne sont pas de bons parents, ils ne lui font pas confiance et ne le soutiennent pas, notamment suite à la séparation avec son chien Syrius qui était son seul ami. Il gagne beaucoup en confiance au contact de Nora mais à vrai dire on se demande un peu ce qu’elle lui trouve au début !

Qu’as-tu aimé dans cette histoire ?

J’ai aimé l’ambiance et les personnages. Surtout Joseph et sa famille. On sent qu’Yves Grevet aime beaucoup les animaux et la nature. J’ai trouvé très intéressant la manière dont l’auteur présente un monde sans animaux de compagnie ni animaux d’élevage. Cela signifie plus de viande, plus de lait (ni yaourt ni fromage), plus d’œufs, plus de miel… un monde vraiment vegan dans lequel les gens sont obligés de prendre des compléments alimentaires. Mais même s’il montre qu’envoyer des animaux à l’abattoir pose question, je n’ai pas eu l’impression qu’il voulait me convaincre de devenir vegan. Tant mieux parce que ça m’aurait agacé.

Jarod et Nora rencontrent différentes personnes dans l’enclos. Qu’as-tu pensé d’elles ?

J’ai bien aimé la diversité des gens qu’ils rencontrent là-bas. Il y a aussi bien des scientifiques que des amoureux de la nature, des gens qui veulent vivre coupés de la civilisation ou encore des personnes qui veulent juste revoir leur animal de compagnie. Différents âges se croisent, et aussi différentes motivations, avec des groupes hostiles voire violents, mais tout l’intérêt est qu’ils ont chacun leurs raisons et des valeurs qui se retrouvent parfois.

En tant qu’adulte, le point de départ avec les restrictions sanitaires m’ont fortement renvoyée à l’époque du covid. Est-ce que tu y as pensé aussi ?

Oui. On ne savait pas si ça allait s’arrêter, ni quand. On se demandait également si ce qu’on nous disait était réel ou exagéré pour que l’on reste chez soi. Ça aurait pu déboucher sur une situation similaire à celle du roman.

A qui conseillerais-tu ce livre ?

Aux amis des animaux, aux fans d’Yves Grevet et à ceux qui aiment les romans d’anticipation. Il est super, j’espère qu’il y aura une suite !

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Merci à Théo d’avoir partagé son avis et aux éditions Syros de lui avoir permis de lire ce roman !

Billet d’été : voyages : quête initiatique, quête de liberté ou d’une nouvelle vie…

Après les échappées lointaines de Liraloin et Héloïse, après les échappées graphiques de Lucie et enfin les échappées familiales de Séverine...

Cet été, Héloise – Ileautresor avait envie de parler du voyage qui devient une quête initiatique : comme dans celui du Passager de l’été (Jean-Philippe Blondel) vers le Nord de l’Europe ou dans celui du Don de Lorenzo enfant de Camargue (Michaël Morpurgo). Le voyage peut être aussi l’occasion de se retrouver en famille en traversant l’océan comme dans Rio et la baleine perdue (Hannah Gold).

Mais le voyage peut toutefois ne pas être un choix : dans Alma : le vent se lève, Timothée de Fombelle évoque la traversée des natifs d’Afrique, contraints d’embarquer à bords de navires en partance pour les îles… Désormais, les voyageurs seront en quête de liberté : ils rechercheront leurs proches et leur bonheur perdu.
Le voyage peut enfin être entrepris pour avoir de meilleures conditions de vie – comme dans Au bout des longues neiges (Jean-Côme Noguès) qui met en scène des pionniers partis d’Irlande vers le Nouveau Monde. Le départ était alors entrepris en chariot ou en caravane pour découvrir le sol canadien à la conquête de nouvelles terres vers un rêve de vie meilleure.

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Dans le Passager de l’été, Jean-Philippe Blondel nous présente le beau projet de Samuel : travailler dur dans la restauration pour s’offrir un voyage en train avec son ami.
Tout à coup, tout s’effondre… son meilleur ami, Adrien le « lâche » : il préfère des vacances au soleil…
Mais Samuel tient bon. Il décide de partir malgré tout. C’est une quête. Rien ne lui fera renoncer à son projet de voyage. Seul, avec son sac sur le dos, Samuel va apprendre à se débrouiller.

Amsterdam. Hambourg. Copenhague. Lund. A chaque étape, a lieu une nouvelle rencontre avec une personne qui lui confie son histoire. Désormais, chaque rencontre est comme une histoire au coeur de l’histoire : une mise en abyme… qui vous emporte encore ailleurs.
Mais ce voyage permet aussi de savoir que les personnes rencontrées ont parfois des secrets qui les ont transformés.
Petit à petit, il se découvre lui-même.
J’ai adoré ne pas savoir où ce voyage me conduirait ni quels récits je connaîtrai avec Samuel… qui se découvre lui-même.
Ce roman est une quête initiiatique, qui permet bien sûr à Samuel de partir à la recherche de soi-même.
A la fin de ce voyage, Samuel se sera aussi métamorphosé. Il a grandi intérieurement. Vers plus de maturité.

C’est une aventure passionnante, un roman rythmé, comme je les aime… Avec ce livre, j’ai découvert l’auteur : Jean-Philippe Blondel, et je ne le regrette pas… le temps d’une lecture, il m’a emporté de ville en ville – d’étape en étape – et j’ai beaucoup aimé ce tour d’Europe. Ce livre, c’est une vraie traversée. Un roman passionnant. Une découverte. Dans la relation à d’autres, c’est aussi une vraie découverte de soi-même, d’un soi en devenir… Dans une quête tout aussi passionnante qu’un tour en Europe…

Passager de l’été, Philippe Blondel, Actes Sud Jeunesse, 2023.

Rio et la baleine perdue de Hannah Gold raconte la très belle histoire sur un enfant parti rencontrer sa grand-mère inconnue. Là, le voyage en mer conduit à un retour vers ses origines à travers un merveilleux amour pour les baleines.

Rio et la baleine perdue, Hanna Gold, Seuil jeunesse, 2024.

Le don de Lorenzo de Michaël Morpurgo est un roman attachant, qui parle d’amitié et de rencontres, avec en toile de fonds la Camargue. Vincent, le narrateur, visite la Camargue, le pays des chevaux sauvages et des flamants roses. Il rencontre Kenza, qui le soigne, et Lorenzo, un jeune garçon qui tisse un lien particulier avec les chevaux sauvages et les flamants roses caractéristiques de cette région. L’histoire parle de la rencontre entre Kenza, une enfant du voyage, et Lorenzo, qui a un véritable don pour soigner les animaux sauvages. Le roman a aussi pour sujet l’amitié qui lie les différents personnages, une amitié indéfectible tissée au cours du temps, liée aussi à la liberté et à la vie sauvage, dans la nature camarguaise, au milieu des étangs et des marais. Un roman sur la rencontre de différences et d’amitiés dans ce voyage au pays des chevaux blancs et des flamants roses: les animaux blessés que Lorenzo aime et excelle à soigner.

Le don de Lorenzo, Michael Morpurgo, illustrations de François Place, Folio Junior, 2022.

Dans Alma : le vent se lève (premier tome d’un trilogie), Timothée de Fombelle invite le lecteur dans la vallée d’Afrique où vit paisiblement une famille, celle d’Alma, comme dans un petit paradis. Cependant, Lam, le petit frère d’Alma, a disparu. Qu’est-il devenu ? A-t-il trop écouté les histoires qu’ inventait Alma pour lui ? Leur père les avait pourtant bien mis en garde… Nul ne pouvait entrer ou sortir de la vallée !
Par ailleurs, un beau navire, la Douce Amélie, est prêt à prendre le large, toutes voiles dehors : à son bord, les matelots ont embarqués, prêts à partir à l’aventure. Un clandestin, Joseph Mars, et le redoutable capitaine Gardell sont à la recherche d’un trésor.

C’est aussi l’histoire de la famille d’Alma. Cette dernière vivait heureuse, cachée dans une vallée à l’abri des regards… avant que les marchands d’esclaves ne menacent leur bonheur. Tous les membres de leurs famille sont éparpillés dans le monde entier … Ils vont être embarqués dans de beaux navires, en partance pour les îles ou l’Amérique…

C’est un roman d’aventures avec des pirates et une belle demoiselle de la Rochelle : Amélie, une jeune fille de bonne naissance mais qui va se livrer au commerce triangulaire pour ne pas perdre ses précieuses ressources.
C’est une belle histoire à la fois poétique et romanesque qui permet de voyager à bord d’un navire, la Douce Amélie (un bien doux nom pour un navire de traite d’esclaves). Il s’agit d’un récit qui permet de faire connaissance avec des pirates à la recherche d’un trésor… ou peut-être juste avec des personnes qui sont en quête d’un bonheur perdu et voudraient juste retrouver leurs proches et leur liberté…

Alma, Le vent se lève, Timothée de Fombelle, illustrations de François Place, Gallimard jeunesse, 2020.

Au bout des longues neiges de Jean-Côme Noguès est un roman historique agréable à lire. L’histoire se déroule en Irlande, au milieu du XIXe siècle. Or une grande famine ravage tout le pays.

La famille O’ Connell décide de partir pour le Canada. Ce départ peut-être lui permettre de survivre… Après une longue marche, tous les membres de la famille embarquent à bord d’un voilier vétuste. Parviendront-ils à bon port ?
Après la traversée sur le bateau délabré, la famille irlandaise finit par se retrouver à terre au complet. Ils sont enfin arrivés au Nouveau Monde !
Il faut encore marcher jusqu’à la concession située après le confluent où la rivière Saguenay se jette dans le St Laurent.
Mais les difficultés ne sont pas terminées, loin de là…

Tous les soirs, Dennis Hopper, le responsable de la caravane, installe le campement en plaçant les chariots en cercle sous bonne garde. Petit à petit, les voyageurs se rapprochent de leur concession – qui font encore partie des « terres indiennes ».

Quand enfin le père O’Connell prend possession de ses terres, il faut encore défricher la terre du potager… C’est un travail considérable et de longue haleine pour parvenir à s’implanter.
Mais Finn parvient toutefois à courir dans les bois. Il retrouve enfin sa liberté de mouvement. Il rencontre alors un jeune amérindien sourd-muet, avec qui il va lier amitié : Plumes-Noires.

Ce dernier lui apprend à marcher sans bruit sur les sentiers de la forêt. Il l’emmène aussi dans un canoë sur la rivière jusqu’à un superbe lac canadien. Ainsi, petit à petit, Finn découvre le sol canadien.
C’est un roman historique bien écrit, accessible et agréable à lire. J’ai bien aimé ce récit d’aventures qui décrit la dure vie des pionniers, leur rencontre avec les premiers amérindiens et la solidarité dont font preuve les pionniers entre eux. Un roman d’aventures captivant, avec des passages sur la beauté de la forêt canadienne à la fin de l’été.

Au bout des longues neiges, Jean-Côme Noguès, Nathan, 2014.

Et vous, quels titres auriez-vous proposé ?