Si nos articles se nourrissent toujours de nos rencontres et de nos lectures, celui-ci en est le parfait exemple. Parce que nous avons eu l’opportunité de lire son dernier roman, L’archipel des animaux bannis (qui a donné lieu à une lecture d’ado), nous avons eu envie de (re)lire certains romans d’Yves Grevet. Parce que nous l’avons rencontré à deux reprises récemment (à la fête du livre de Saint-Etienne et au SLPJ de Montreuil), nous avons eu envie de formaliser nos questions et de vous partager ses réponses dans un entretien.
Il est maintenant temps de vous présenter nos livres préférés de cet auteur essentiel, chacune à notre manière, et avec la participation d’un jeune invité, toujours partant pour parler de cet auteur qu’il adore.
Liraloin a choisi le dernier titre d’Yves Grevet : L’archipel des animaux bannis, un roman dystopique qui nous invite à réfléchir sur la place des animaux dans un monde qui a peur des épidémies… Une histoire de rencontre également entre le timide Jarod et Nora une passionnée d’oiseaux.
L’archipel des animaux bannis d’Yves Grevet, Syros, 2025
« Nora, mon quetzal, le 6 octobre 2072
Il est tard et le soleil se couche enfin, je pense à toi. A vrai dire, tous les jours je pense à toi. Aujourd’hui en particulier car il m’a fallu du temps et beaucoup de patience pour en arriver là. Rien n’aurait été possible sans l’aide d’Aurore et Herbert. Ces deux-là n’ont pas hésité à alerter le gouvernement, à prouver noir sur blanc que la survie des espèces impacte directement notre propre survie. Petit à petit, nous avons réintroduit des oiseaux comme le martin pêcheur, le canard colvert, le cygne… dans leur habitat naturel. Quel moment magique de voir ces volatiles se réacclimater en dehors d’une réserve non adaptée…
Je me souviens des heures matinales, sous cette tente où nous écoutions le chant des oiseaux… Maintenant, demain, dans un an, j’espère que le monde continuera d’évoluer pour trouver de nouveau un équilibre. Tous ces oiseaux ont le droit de se faire entendre. »
Jarod
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Le choix d’Héloïse
Héloïse a choisi le roman ado Seuls dans la ville entre 9h et 10h30, dont elle a beaucoup aimé la structure originale.
Une sortie scolaire.
Un travail d’écriture. Un crime ?
Qui a tué le notaire ?
Mystère…
Enquête en vue.
Originale, qui plus est.
Des textes à rassembler,
des formes narratives variées.
des points de vue à confronter.
Qui était le mieux placé ?
Qui a vu ?
Du suspense ?
On aime !
De l’humour ?
Toujours.
Des rebondissements ?
On prend !
Les pages défilent,
les hypothèses – plus ou moins farfelues – font chauffer les cerveaux
de nos héros.
Mais qui croit deux ados ?
On valide ce roman qui revisite avec félicité
et beaucoup de fantaisie le roman policier !
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Le choix de Théo
Théo, 14 ans, lit beaucoup de livres et aime notamment les romans d’anticipation. Méto est l’un de ses romans préférés parce qu’il mêle anticipation et réflexion sur les techniques d’éducation et la société à différentes échelles. Il a imaginé la lettre de l’un des personnages.
Cher Marc-Aurèle,
Comme tu le sais déjà, j’ai eu des ennuis, avec mes deux fils, Romulus et Rémus. J’ai appris par un médecin, qu’ils sont atteints d’une maladie rare qui les condamne à rester enfants jusqu’à leur mort. J’ai donc eu l’idée de construire une Maison, qui concentrerait les enfants « en trop » (depuis que tu as fait passer le décret qui interdit plus d’un enfant par foyer) on leur ferait subir une opération du cerveau à l’issue de laquelle ils oublieraient leur passé. Ils seraient éduqués par des enseignants, et encadrés par les César.
Les enfants de la Maison seront initiés à un sport mêlant violence et esprit d’équipe, appelé l’Inche. Bien sûr, si les enfants n’étaient pas sages, les César pourraient les punir en les envoyant au « frigo », une cave très froide, à moins de 0°C dans une durée qu’ils détermineraient.
Tu m’as dit que tu avais des ennuis avec ton petit-fils Méto. Si tu es d’accord, tu pourrais l’envoyer à la Maison. Il pourrait garder son prénom (car les enfants porteraient des prénoms romains comme mes fils).
J’attends de tes nouvelles.
Bien à toi,
Jove
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Le choix de Lucie
L’école est finie, Yves Grevet, Syros, 2012.
Comme Yves Grevet, Lucie est enseignante et se pose régulièrement des questions sur l’avenir de l’école. Elle a retrouvé nombre de ses préoccupations dans L’école est finie, court roman d’anticipation et de politique-fiction. En 2028 (demain !), une grande crise a détruit le système scolaire français. Il est maintenant sponsorisé par des entreprises qui forment les enfants aux métiers qui leurs sont nécessaires. Elle a imaginé le flyer de la structure dans laquelle le héros « étudie ».
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Le choix d’Hélène
Grupp, Yves Grevet, Syros, 2012.
Hélène pour sa part a choisi de vous présenter le titre Grupp. Dans cette dystopie futuriste, chacun porte un implant de la société LongLife. Le but officiel : vivre plus longtemps, en bonne santé et protéger la population. En effet à la moindre accélération cardiaque due à un stress, une agression ou un problème de santé, les personnes de LongLife accourent. Géolocalisés, pistés, vivant dans un monde parfaitement aseptisé (oserait-on dire ennuyeux ?), les citoyens se sentent en sécurité, sauf certains jeunes qui font partie du Grupp. Le roman commence par l’incarcération de Scott 17 ans, dont la famille découvre qu’il fait partie de ce groupe, racontée du point de vue de son jeune frère de 14 ans, Stan.
Le jeune homme évoluera dans sa vision du monde au fur et à mesure du roman, qui varie les narrateurs : d’abord Stan, puis Scott et enfin les autres membres du Grupp, organisation que nous apprendrons à connaître et comprendre.
Comme souvent chez Yves Grevet, une belle réflexion sur la surveillance généralisé et l’équilibre entre sécurité et liberté.
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Et vous, quel est votre titre préféré d’Yves Grevet ?
Gilberte Bourget des éditions Syros nous a proposé de lire L’archipel des animaux bannis, ce qui a donné lieu à une lecture d’ado de Théo, grand fan d’Yves Grevet. Ce nouveau roman nous a donné envie de (re)lire ses histoires en vue d’un article présentant nos œuvres préférées et, forcément, cela a attisé notre curiosité. Car si Yves Grevet est surtout connu pour ses romans dystopiques à destination des ados, il écrit pour tous les publics avec l’envie de divertir et de questionner notre société en même temps.
Yves Grevet a gentiment accepté d’échanger avec nous, voici ses réponses à nos questions !
Vous avez été professeur des écoles, est-ce que vos deux métiers se sont nourris l’un l’autre, et si oui comment ?
Je pense que s’il fallait chercher comment le fait d’être instituteur a pu nourrir mon travail d’écrivain, c’est la durée des vacances des enseignants, et principalement les deux mois de vacances d’été, que je mettrais en avant. Pour se lancer sereinement dans l’écriture d’un roman, il faut avoir du temps devant soi.
Bien entendu, le fait d’avoir beaucoup lu de littérature jeunesse dans ma pratique d’enseignant m’a permis de découvrir la richesse de cet univers et m’a donné l’envie d’en écrire. Ensuite, il est évident que ma fréquentation quotidienne d’enfants m’a aidé à mieux connaitre mon lectorat. Ma principale source d’inspiration c’est mon enfance et mon adolescence et pas celles que j’aurais pu observer chez d’autres.
J’ai toujours séparé mes deux activités. Mes élèves savaient que j’étais écrivain mais ils ne m’en parlaient jamais, tout simplement parce que cet aspect de ma vie ne les intéressait pas. De mon côté, je n’abordais jamais avec eux le sujet de cette deuxième activité. Et j’e n’ai bien entendu jamais fait lire mes propres œuvres à mes élèves.
La série U4 sort de l’ordinaire de par sa conception : quatre auteurs ont chacun écrit un tome consacré à un personnage dans le même univers. Comment en avez-vous eu l’idée et comment vous êtes-vous organisés ?
U4, au départ, c’est l’histoire de quatre écrivains qui se rencontrent dans un salon et qui ont envie de monter un projet ensemble parce qu’ils veulent garder des liens et qu’une création commune semble leur être la meilleure idée pour y arriver. D’emblée, l’idée d’écrire un livre à quatre nous a semblé trop contraignante. Et c’est celle d’écrire chacun un livre dans le même contexte et la même temporalité et de se prêter nos personnages qui nous a paru la meilleure. Chacun restant maitre de son roman mais étant obligé de collaborer, voire de négocier avec les autres.
Nous avons alors défini ensemble le contexte d’U4 (le virus, ses conséquences…) et commencé à imaginer vers quelle fin pourrait aller la série. Puis, nous avons écrit chacun quelques pages du journal intime de notre personnage avant la pandémie pour le présenter aux autres et vérifier que certains ne se ressemblaient pas trop. Ensuite, nous avons été proposer notre projet à des éditeurs qui se sont engagés à nous publier. Après, chacun a écrit dans son coin le premier tiers de son roman afin de définir les enjeux propres à son narrateur ou sa narratrice. Enfin nous nous sommes retrouvés physiquement pendant une semaine pour nous lire et définir plus précisément la suite, et très concrètement commencer à envisager comment nos personnages allaient entrer dans les livres des autres. Le travail s’est fait d’abord deux par deux : Koridwen et Jules d’un côté et Stéphane et Yannis de l’autre. Pour finir nous nous sommes retrouvés deux mois plus tard pour envisager la réunion des quatre narrateurs et la fin de nos romans. Nous avions un droit de regard sur le travail de l’autre mais uniquement sur des points du scénario qui devaient être discutés mais aucunement sur ses choix d’écriture.
Enfin et il ne faudrait pas l’oublier, les éditrices de Syros et Nathan ont beaucoup travaillé sur ce projet et leurs retours nous ont été très précieux. Au final, ce fut une très belle aventure, longue mais passionnante. Et cerise sur le gâteau, très bien accueillie à sa sortie.
Outre U4, beaucoup de vos romans ados sont des dystopies, pour quelles raisons ce genre vous attire-t’il ?
La dystopie permet d’aborder des sujets de société sans tomber dans des romans à thèses et en étant un peu décalé de la réalité que nous vivons. Il faut que ce soit rythmé, que ça puisse intéresser mon lectorat, que les « méchants » le soient vraiment et que les héros soient au moins un peu héroïques. J’aime aussi la dystopie parce qu’elle permet d’imaginer des possibles, d’inventer des futurs. Par contre, pour que les lecteurs y croient, on doit faire preuve d’un certain réalisme. C’est pour cela que je ne suis pas du tout attiré par l’écriture d’œuvres fantastiques ou de fantasy.
Vous écrivez pour les ados, mais parfois aussi pour les lecteurs plus jeunes. À quel moment décidez vous pour quel public vous écrirez ?
Pour moi, à la naissance de chaque roman, il y a une idée ou une scène, ou une image qui, je le pressens, peut être l’amorce d’une histoire. Je comprends assez vite si ce que je vais raconter s’adresse à un public plus ou moins jeune. Le récit sera-t-il plus ou moins long ? Le type de narration sera-t-il plus ou moins complexe ? Les sujets abordés toucheront-ils une classe d’âge plutôt qu’une autre ?
Comment déterminez-vous l’âge des lecteurs auxquels vous vous adressez ?
J’ai longtemps voulu écrire des albums mais j’ai mis vingt ans à trouver une idée qui fonctionnait. J’y reviendrai si j’en trouve une autre. Pour les formats « premières lectures » ou pour le lectorat de l’école primaire, j’ai parfois répondu à des sollicitations d’éditeurs. J’ai vu cela, à chaque fois, comme un exercice qui me permettait de sortir de mes habitudes. On s’enrichit de toutes les expériences. Tout à l’heure, j’évoquais l’idée de départ, mais il faudrait ajouter le narrateur qui doit avoir sensiblement le même âge que le lecteur. Quand j’ai écrit H.E.N.R.I., l’histoire d’un extraterrestre dans une classe de CP, je me suis replongé dans mon enfance et je me suis demandé : « Si j’avais eu les pouvoirs d’H.E.N.R.I., qu’est-ce que j’aurais rêvé de savoir faire ? » Faire durer les récrés, écrire comme la maîtresse, me faire pousser des doigts pour compter, respirer sous l’eau…
A ce propos, nous nous demandions si, quand vous écrivez, vous aviez un « lecteur idéal » en tête ?
Je n’écris pas pour un lecteur idéal. J’écris d’abord pour moi en espérant que ce qui m’intéresse et me touche parviendra à toucher des lecteurs.
Vous vous êtes récemment essayé (avec succès !) à la littérature adulte avec La répétition, Berlin 1963 écrit à quatre mains avec Jean-Michel Payet. Qu’est-ce qui a motivé ce changement ? Comment ce projet est-il né ? Est-ce qu’écrire pour les adultes est différent d’écrire pour les ados ?
Comme pour U4, c’est d’abord l’envie de travailler ensemble qui nous a motivés. Je connais Jean-Michel depuis très longtemps et je savais qu’il avait déjà participé à une aventure collective, Blues cerises chez Milan (avant U4 et avec un concept assez similaire). Nous nous sommes retrouvés sur un salon et en discutant de nos lectures, nous nous sommes découvert un goût commun pour l’espionnage. Nous avons décidé tout de suite d’écrire « en adulte » parce que les vrais livres d’espionnage sont trop compliqués pour un lectorat adolescent. J’avais aussi le souvenir d’une incursion dans ce genre (en ado) avec Comment mon père est mort deux fois qui était complètement passé inaperçu. Dans ce récit, nous avons pu adopter le point de vue de cinq narrateurs (deux et demi chacun) et composer un récit assez compliqué et très référencé historiquement sans avoir besoin d’être trop « pédagogique ». Pour le reste, écrire pour adulte ou pour ados, ça ne me change pas tellement. J’ai le même souci de ne pas perdre mon lecteur, d’être clair et précis dans mon écriture, sans chercher à faire des effets de style. De même, qu’en écrivant pour adolescents, je n’ai jamais eu la sensation de me censurer pour décrire certaines scènes ou aborder certains thèmes.
En quoi ce projet était-il différent de la série collective U4 ? Que vous apporte le fait de collaborer avec d’autres auteurs sur un projet ?
Un projet à deux est deux ou trois fois plus facile à mener qu’un projet à quatre. Mais, à part ça, on doit toujours défendre son point de vue, négocier avec l’autre et parfois abandonner une idée qui nous paraissait prometteuse. Si on finit par céder, c’est que l’autre vous a convaincu. On sait qu’à plusieurs, on a plus d’idées et que la discussion permet de garder le meilleur. Mais il faut être ouvert et ne pas avoir un égo démesuré, sinon on doit se sentir tout le temps frustré.
J’apprécie l’écriture en solitaire et j’y reviens toujours. Mais les aventures à deux (j’ai aussi écrit récemment trois livres pour des 8/12 ans avec Carole Trébor pour Little Urban), ce sont des moments partagés souvent très joyeux et très intenses dont on sort plein d’énergie et avec l’envie de surprendre l’autre dès la prochaine rencontre.
Y-a-t’il des auteurs ou illustrateurs avec lesquels vous aimeriez collaborer ?
La grande majorité des illustrateurs et illustratrices que j’aime écrivent elles-mêmes ou eux-mêmes leurs textes, donc de ce côté, je n’imagine pas grand-chose. Pour les auteurs ou autrices, il faut une vraie rencontre, une vraie envie et une vraie confiance et ça, ce n’est pas si facile. Dans l’immédiat, je travaille sur un nouveau projet avec Jean-Michel. Pour le reste, on verra si l’occasion se présente. Et j’ai commencé en parallèle un nouveau projet en solo.
Avez-vous un livre de chevet, et si oui lequel ?
Si en parlant de livre de chevet, vous pensez à un livre référence, un qui m’accompagnerait depuis toujours et que j’aurais plaisir à relire, je n’en ai pas. Par contre, j’ai toujours au moins un livre sur ma table de chevet. En ce moment, ce sont plutôt des romans policiers parce que j’ai participé dernièrement au festival des Gueules noires de Saint-Etienne et que j’ai acheté quelques livres à mes camarades de dédicaces. J’ai commencé hier La pension de la via Saffi de Valério Varesi. Et juste avant, j’ai lu Retour de Lombarde (ed. La belle étoile) de mon ami Pascal Ruter.
Est-il difficile de promouvoir un roman alors que vous êtes en train d’en écrire un autre ?
Non. On y arrive. Mais il est vrai que les livres sortent parfois plus d’un an après la fin de mon travail alors que je suis depuis longtemps plongé dans un autre univers. J’avoue que j’aime bien parler de mes ouvrages et même des plus anciens. Cela fait partie de mon métier.
Sur votre blog vous communiquez les dates des rencontres et des salons auxquels vous participez, elles sont extrêmement nombreuses (et nous sommes d’ailleurs quelques-unes à avoir eu la chance de vous y croiser). Que vous apportent ces moments ?
Les salons sont des moments où on retrouve ou découvre plein de personnes et c’est agréable quand on est enfermé chez soi depuis trop longtemps. C’est aussi des moments partagés avec mes lecteurs qui peuvent vous faire des retours sur mes romans. C’est parfois touchant et on en sort avec le sentiment d’être utile à certains. Être invité vous rassure aussi sur le fait que vous existez encore. Je ne fais plus autant de salons qu’à une époque et je m’en porte très bien. Les rencontres scolaires demandent beaucoup d’énergie et de disponibilité. Il faut donc faire attention à ne pas trop en enchainer. Personnellement, je n’accepte pas plus de deux jours de rencontres de suite. Lorsque je suis sur place, je veux que l’échange soit intéressant et pas trop scolaire, qu’on en garde chacun un bon souvenir.
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Merci infiniment à Yves Grevet d’avoir pris le temps de répondre à nos questions !
Nous espérons vous avoir donné envie de poursuivre la découverte de son univers. Et pour le rencontrer à votre tour, toutes les dates de ses dédicaces sont indiquées sur son blog.
Isabelle Simler s’impose dans le paysage des auteures-illustratrices depuis quelques années et la littérature de jeunesse en est ravie. Celles qui y ont participé ont d’ailleurs un souvenir ému de la lecture commune de son album Les idées sont de drôles de bestioles. Nous apprécions grandement son trait ou plutôt ses nombreux traits qui pleuvent pour créer de magnifiques illustrations. Justement la précision vient de la pointe de sa palette de crayons qui lui permet également d’obtenir une reconnaissance à l’échelle internationale. Et comme, à notre grande joie, elle a accepté de répondre à nos questions, c’est l’occasion de présenter les titres qui nous ont le plus marquées !
Isabelle Simler lors de sa venue à la fête du livre de Villeurbanne, photo issue du site de la ville.
Le choix de Lucie
Lucie a choisi Cette nuit-là… au musée. Ce n’est pas forcément son album préféré mais il est situé dans un lieu qu’elle connaît bien : le musée des Confluences, à Lyon. C’est un papillon qui relate son aventure dans son journal.
Cette nuit-là au musée, Éditions courtes et longues, 2015.
Je voudrais me souvenir de Cette nuit-là toute ma vie… J’avais le cafard depuis notre emménagement au musée des Confluences. Notre précédent lieu d’accueil, le musée Guimet, ressemblait tellement plus à un musée d’histoire naturelle ! Arriver dans cet espace moderne, vide et froid à déprimé toute la collection.
Mais cette nuit-là, quelque chose de magique s’est produit. J’ai commencé à remuer une patte, puis une aile… et je me suis envolé ! D’abord dans les couloirs du musée, puis je suis allé saluer les copains. Et tous se sont animés à leur tour. Quelle fête ! Nous avons investi le hall, les escaliers, le toit et même le jardin. À l’aube nous étions épuisés et chacun a réintégré sa place. Ça y est, après cette nuit de déambulation nous nous sentons enfin chez nous au musée des Confluences !
Citron de Provence
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Les choix deLiraloin
Pour Liraloin, Maison et la série Une nuit... sont le reflet des moments partagés à observer la Nature. Vu que l’escargot est son « animal-totem » il fallait bien lui inventer une page. Tandis que la nuit s’annonce pour tous les habitants de cette Terre, c’était le timing parfait pour apprécier et écrire autour du manteau noir clair et obscur.
Maison, Editions Courtes et longues, 2022
Cabane en spirale de l’escargot des champs après la pluie.
Je suis en émulation lorsque vient la pluie. Mes balades journalières sont un régal pour la terre qui s’aère à mon passage. Le mucus brillant et visqueux apporte des bienfaits que même les humains reconnaissent, c’est pour dire son pouvoir surpuissant !
A la fois utile et gourmand je peux tout de même faire un peu de dégât dans les potagers. Fan de salades et des fraises mûries à point, lentement mais surement mon festin n’en sera plus que royal aujourd’hui. Il ne faut pas oublier que ma maison si particulière ne se partage pas mais elle peut se vider parfois.
Alors à ce moment-là, des petits doigts pourront me saisir délicatement pour contribuer à une belle collection tourbillonnante.
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Une nuit… La savane, La ville, L’Océan – la Martinière jeunesse, 2023-2024
Nuit… de ton manteau obscur, tu m’offres à la fois une enveloppe protectrice et dangereuse.
Si les prédateurs sont aux aguets, sortir de sa coquille, de son terrier ou de son repère ne peut se faire qu’en mouvements organisés et feutrés. La lune guide mon chemin parmi les étendues désertiques ou boisées vers ma nourriture essentielle.
Le bleu de mon eau turquoise se fonce lorsque les nuages cachent l’éclat lunaire. Il faut pourtant s’aventurer entre les coraux multicolores.
Alors, une nuit en ville, dans la savane ou sous l’océan n’est pas sans danger et lorsque l’aurore s’annonce c’est un soulagement.
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Le choix de Blandine
Dans les poches d’Alice, Pinocchio, Cendrillon et les autres… Editions Courtes et Longues, 2015
Cailloux, clés, roudoudous, miettes, montres, plumes, fleurs, avant chaque lessive, c’est le même rituel. Faire les poches de tous ces petits trublions et ne surtout pas mélanger ce qu’elles contiennent. C’est que chacun a ses propres trésors trouvés, ramassés, glanés… même s’ils les oublient là, il leur tient à cœur de les retrouver intacts quand ils s’en souviennent ou qu’ils leur manquent.
Et si par mégarde, il m’arrivait de ne plus savoir à qui ils appartiennent, il me suffit de les observer attentivement pour aussitôt en déterminer le propriétaire. Car tous ces petits « quelques choses » reflètent leur caractère, leurs habitudes, leurs volontés et même leurs craintes. C’est amusant quand on y songe, d’ailleurs.
Oh, un bouton ! Mais à qui peut-il bien être celui-là ? Et s’il me servait à tous les lier et relier ? Une idée me vient… mais assez d’histoires à me raconter, pour le moment, il me faut poursuivre ma tâche…
« Mère l’Oye 2.0 »
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Le choix de Séverine
C’est le dernier album d’Isabelle Simler que Séverine a choisi, dont elle possède un exemplaire d’autant plus précieux qu’il est dédicacé ! Bien que charmée par la plume envoûtante, sensible et rythmée de Stéphane Servant, elle considère que les illustrations d’Isabelle Simler accompagnent merveilleusement le propos. Elles le subliment et lui apportent le supplément d’âme sans lequel l’album ne serait pas ce qu’il est. C’est l’histoire d’une vie que nous racontent nos deux artistes. La douceur, la tendresse, tout comme le mouvement, le souffle, l’élan vital, au travers les crayonnés colorés d’Isabelle Simler, nous saisissent, jusque dans le moindre détail. Et puisqu’il s’agit d’une ode poétique à la vie, c’est en acrostiche que Séverine veut lui rendre hommage.
Vivant, de Stéphane Servant et Isabelle Simler, Editions courtes et longues, 2024
Viens mon tout petit, viens ma toute petite ! Invente la danse du monde que tu habites. Va où ton cœur te porte, où le vent t’invite, Avance, grandis, envole-toi, sans limite Ne crains rien, joue, ris, aime et profite Tes racines et tes ailes sache que tu les mérites
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Et vous, quel est votre ouvrage préféré de cette auteure essentielle ? Pour en savoir plus, nous vous conseillons de visiter son site.
On ne présente plus Clémentine Beauvais ? Ben si faisons-le à la sauce A l’Ombre du Grand Arbre ! Grande prêtresse de la littérature de jeunesse, sa cible favorite est bien évidement les plus jeunes mais aussi les adolescents. En plus de sa casquette d’autrice, Clémentine s’amuse à écrire et donne des conférences sur l’écriture, plutôt chouette comme job non ? Attendez ce n’est pas tout, elle défend superbement bien le fait de livrer ses émotions de lectrices et lecteurs. D’ailleurs, retrouvez notrelecture commune de Comment jouir de la lecture pour prolonger le plaisir que vous aurez à la lecture de ce billet. Elle est belle la lecture, n’est-ce pas ?
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Le choix de Liraloin
La Plume de Marie de Clémentine Beauvais – couverture illustrée par Anaïs Bernabé, Talents Hauts, 2011
Lettre à Marie, 1653
« Chère Marie, j’ose espérer que cette missive vous parviendra… je suis admirative de vos écrits depuis que j’ai découvert vos pièces de théâtre par le plus grand des hasards, ma mère m’a souvent parlé de votre voix et de votre plume. Laissez-moi vous conter comment votre âme résonne dans les murs de ce château que vous avez jadis connu. Mademoiselle Margot et Mademoiselle Sophie n’ont jamais cessé de chanter vos louanges et vos mérites depuis votre départ. Malheureusement, elles ont toutes deux épousés des hommes dénués d’esprits. Très liées, elles n’ont jamais cessé de se voir pour évoquer vos admirables écrits, incitant leurs propres enfants à écrire et jouer à leur tour la comédie. Vous avez ouvert une page d’un livre qu’il ne faudrait jamais fermer, une page écrite en alexandrins invoquant l’espoir de réussir lorsque l’on naît femme et fille du peuple. »
Eleanor Fergusson
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Le choix de Lucie
Va jouer avec le petit garçon !, Clémentine Beauvais, illustrations de Maisie Paradise Shearring, Sarbacane, 2016.
(air connu) Ah te dirai-je maman Ce qui cause mon tourment ? Dès que nous allons au square Recommence le même cauchemar Tu t’installes sur un banc Et cherches des yeux un enfant.
« Va jouer avec celui-ci » Et si je n’ai pas envie ? Je connais bien les dangers, Le risque de me faire croquer. Va lire à l’ombre du tilleul Laisse-moi jouer tout seul !
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Le choix de Colette
Pour le droit de vote dès la naissance de Clémentine Beauvais, Gallimard – Tracts, 2024.
J’ai 14 ans, et aujourd’hui je vais participer à un référendum sur l’adhésion de mon pays à une organisation internationale en charge d’organiser la solidarité entre les générations pour lutter contre les effets du changement climatique. J’ai 14 ans, et depuis que je suis née mes parents me lisent les histoires des hommes et des femmes qui ont permis aux sociétés d’élaborer des textes collectifs pour protéger les droits des êtres vivants. J’ai 14 ans et je suis une citoyenne à part entière, je participe à la vie collective de mon pays et je connais son histoire. J’ai 14 ans et je suis fière de pouvoir défendre les valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité de mon pays de naissance à chaque consultation citoyenne. J’ai 14 ans, et j’ai voté toute mon enfance aux élections présidentielles, aux législatives, aux européennes, aux municipales. J’ai 14 ans et ma voix compte. C’est comme ça que j’ai grandi. J’ai grandi avec une voix qui compte dans un pays où chaque femme et chaque homme politique se soucie de rendre accessible chaque proposition de loi aux enfants. On se retrouve en assemblée générale parents-enfants un soir par mois dans les jardins et les médiathèques de nos écoles, les élu.e.s viennent à notre rencontre et on discute ensemble leurs propositions politiques. J’ai 14 ans et j’existe de mille manières mais celle que je préfère c’est celle qui m’unit à des millions d’autres à chaque fois que je me rends aux urnes. J’ai 14 ans et j’ai le droit de vote depuis la naissance.
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Le choix de Séverine
Les Petites reines de Clémentine Beauvais, Gallimard jeunesse – Pôle Fiction, 2019
Le périple de ces 3 filles Ensemble dans l’adversité ? Super roman, les yeux qui brillent !
Physique ingrat, puberté au taquet, Elles subissent l’intolérance, le mépris. Trio improbable, cible de quolibets Il n’en fallait pas plus pour les challenger, Toutes trois désignées boudins de l’année. Elles décident de partir pour Paris S’inviter à l’Elysée, le 14 juillet.
Rien ne les arrêtera, pas d’obstacle fatal Elles en ont sous la pédale ! Incroyable, à l’arrivée, elles auront gagné Ni gloire, ni beauté, futilités de pacotille ! En revanche, un trésor précieux pour les filles, capital : SORORITÉ.
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Le choix d’Heloïse – ileautresor
Écrire comme une abeille, Clémentine Beauvais, Gallimard jeunesse, 2023.
Ecrit avec un esprit vif, léger et pertinent, Ce guide de lecture et d’écriture Rend accessible la littérature jeunesse : Intéressant, il tient des propos intelligents et amusants ; Répond à de multiples questions (comme : est-ce un genre littéraire ?) Enlevé, plein d’humour, il explique l’intérêt des procédés littéraires.
C’est un livre pertinent : il éclaire toute belle Oeuvre… qui sera désormais lue autrement. Mais l’analyse d’albums, de romans, de nouvelles Magiquement devient un jeu plaisant… sous la plume de l’auteure… Ecrit avec répartie, ce guide est vraiment passionnant !
Un livre agréable à lire, comme un roman… Notamment grâce à ses explications sur la façon de construire un récit Elle fait naître le plaisir de lire en se glissant dans sa peau d’écrivaine …
Avec ses anecdotes sur ses débuts dans l’écriture… de fait Clémentine Beauvais est une auteure virtuose en la matière de techniques littéraires. Elle use de procédés pour rendre les personnages vivants, rythmer un récit. Ironiquement, elle nous fait rire, et nous instruit avec plaisir Là, elle nous convie à la découvrir avec légèreté, originalité et créativité Le livre est désormais vu dans toute sa complexité. Ecrire comme une abeille… Ce guide est une petite merveille !
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Et vous, quel est votre ouvrage préféré de cette auteure essentielle ?
Notre choix de parler de ce grand auteur était une évidence. Choisir un texte parmi tant de romans, albums… l’a été moins mais chacune d’entre nous a été bouleversée à sa mesure, à sa sensibilité. En attendant l’interview de Thomas Scotto très prochainement, laissez-vous porter par sa poésie en découvrant notre billet.
Aux filles du conte, Thomas Scotto, illustrations de Frédérique Bertrand, Éditions du Pourquoi pas ?, 2022.
« J’étais une peur bleue, mais je serai l’horizon rouge.«
Il y a 2 ans, je faisais tatouer sur ma peau quelques mots…
Deux lignes pour garder trace d’une première moitié de vie, statut(e) sous armure, étouffée par les injonctions, bâillonnée par les obligations, planquée derrière les convenances, dans une tour d’ivoire, un château de verre ou une prison dorée, plein de choses sûres à mes pieds, mais pas la bonne pointure.
Deux lignes sur mon bras gauche, celui qui est le plus près du cœur, pour devenir l’héroïne de mon propre conte, pour écrire une autre page de mon histoire. En changer la morale et retrouver ma voie.
Deux lignes pour marquer le renouveau de mes émotions. De plumes en plumes, apprendre à voler, sans tapis ni poussière d’aucune fée, mais avec un manifeste poétique pour m’accompagner.
Deux lignes pour (a)encrer la couleur de mes ciels, nuages et orages désormais acceptés, même pas peur ! J’étais la bûche et le feu, l’incendie aussi, je peux.
Deux lignes, cela va sans dire, et mon évidence de consigner une admiration… indélébile pour leur auteur, essentiel dans mon paysage humain et littéraire.
Deux lignes enfin, en dédicace à mes deux filles, pour une conviction d’égalité qu’elles doivent faire leur. Deux lignes, comme des chemins tenaces, qu’ils soient de famille et de liberté, que je leur souhaite de suivre pour toujours.
… J’étais une peur bleue mais je serai l’horizon rouge. Plus qu’un mantra, plus qu’une parole féminine et féministe, plus qu’un devoir, plus qu’un espoir : une ligne de vie. Pour ne plus jamais tomber.
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Quelques secondes encore, Thomas Scotto, Nathan, collection Court toujours, 2021
Monsieur Scotto, J’ai lu votre roman « Quelques secondes encore », que mon fils m’avait fortement conseillé et je dois vous avouer qu’il m’a tant émue que j’ai souhaité vous adresser ces quelques mots de gratitude. Vous savez que les idées se forgent aussi par le cœur. C’est pourquoi je voudrais d’abord vous remercier d’avoir épargné votre histoire si forte, d’un débat scientifique, mystique ou religieux qui, finalement, pèserait bien peu face aux émotions à l’état brut de votre héroïne, inoubliable sœur de fin du monde qui ne peut se résoudre à renoncer au don des organes de son frère. Elle y voit un moyen de préserver le frère, le fils, qu’il a été de rendre hommage à leur complicité, leurs joies, aux petits moments du quotidien qui faisaient leur bonheur. Dire oui, c’est ne jamais oublier et faire le choix de la vie qui ne perd pas totalement la partie, malgré la douleur. Je voudrais vous remercier, également, d’avoir su retranscrire, sans pathos, ni électrochoc, à hauteur d’enfant, mais sans fausse candeur, les sentiments qui peuvent animer une adolescente face à cette urgence, dont on parle si peu, voire jamais, en littérature jeunesse. Merci d’avoir osé. Je voudrais vous remercier, enfin, et d’une manière plus générale, d’avoir, depuis toutes ces années, offert à notre jeunesse des pépites de justesse et d’humanité, des bouquets merveilleux de couleurs, de fraîcheur, de fragilité aussi, pour comprendre le passé, déguster le présent et imaginer l’avenir… Pour conclure, je vous remercie, Monsieur, de bien vouloir poursuivre votre carrière dans les mêmes conditions. Signé : une maman reconnaissante.
PS : Vous l’auriez mérité, ce Prix Vendredi…
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Le choix de Liraloin
Demain dans une demi-heure de Thomas Scotto, illustré par Claire Gaudriot, A pas de loup, 2023
« Cher Livio
Tu es une promesse, une espérance à venir dans un monde en attente. Et puisque tout ne tourne pas rond sur cette Terre qui s’agite, tu as décidé que naître serait ton moment, ta décision. Cette lettre pourrait t’être destinée mais Thomas Scotto et Claire Gaudriot ont choisi de créer un album qui raconterait l’attente de ton histoire. La lettre devient alors une poésie que tu entends à travers l’eau de ton royaume. Ressens-tu les mains qui effleurent ta présence, le souffle qui chante des mots rassurants et doux. Laissons cette écriture à Thomas Scotto car nul ne sait mieux relater ton aventure que lui. »
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Le choix de Linda
Tout ce qui conte, Thomas Scotto, illustrations de Nicolas Lacombe, Balivernes, 2023.
Trésors du fabuleux de la nuit des temps rapportés Objets du merveilleux à la poussière abandonnés. Un atelier au bout d’une impasse oubliée Trésors par Imelda préservés, d’une vie la mission.
Contes de fée, ces objets sont la clé Et pour ne pas les oublier,
Que passeurs, que passeuses en quatre mots murmurent Universelle formule magique qui toujours nous rappelle : Il était une fois…
Clé dorée sur la couverture apposée, Ouvre la porte de ce cabinet, inventaire, imagier Nul ne pourra oublier fabuleux objets, Trésors de conte de fée, En un jeu de patience, contés.
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Le choix de Lucie
Des airs sauvages/Bal perdu, textes de Thomas Scotto et Jo Hoestlandt, Éditions du Pourquoi pas ?, 2024.
Publication de @Ninoskate :
Beau dimanche dans la rue Jean Jaurès ! Cela fait quelques semaines que l’on a trouvé ce spot, idéal pour skater avec la team. Playlist, copains, et scooter d’Elsa pour remonter. Parce qu’elle est bien pentue cette rue, c’est d’ailleurs pour cela qu’on l’a élue. Il faudra qu’on se renseigne sur ce qu’a fait ce type pour avoir une rue à son nom… Venez nous voir, les habitants sont sympas, on kiffe, et on accueille tous les nouveaux venus. Peace.
#skate #musique #partage
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Commentaire le plus récent :
La bonne humeur de Nino ne l’a pas protégé de la violence gratuite d’un groupe alcoolisé hier. Tentons de conserver un regard sans haine sur le monde, malgré tout.
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Le choix de Colette
Une somme de souvenirs, Thomas Scotto, illustrations d’Annaviola Faresin, Éditions Notari, 2018.
3 souvenirs qui ne sont pas à vendre
C’est un vendredi d’avril. Une petite salle de l’IUT Métiers du livre de Bordeaux. Il est là. Magnifique tignasse brune et bouclée. Les enfants s’assoient autour de lui. Et il les interroge, une à une, un à un. Sur ce qu’ils et elles aiment le plus au monde. Cuisiner. Jouer. Dessiner. Se faire câliner. Je suis au dernier rang. Et ces enfants avec qui je travaille depuis pourtant déjà 8 mois tout d’un coup font leur apparition. C’est comme si jusque là, jusqu’à ce qu’il leur pose cette question, je ne les voyais pas vraiment. Cette apparition, ce jour là, ça n’a pas de prix.
C’est un vendredi d’avril, pas la même année, mais c’est encore à l’IUT Métiers du livre de Bordeaux. Les enfants ne sont pas les mêmes. Mais la magnifique tignasse, si. Des bagues incroyables habillent ses mains. Nous sommes filmés. Il y a plein de petits livres de chez Thierry Magnier sur la table. Les élèves ont envie qu’il leur lise une de ses histoires. Ils choisissent l’histoire d’Edouard, qui se croit le meilleur en tout. Alors sa voix, ses voix s’élèvent et c’est comme si les mots devenaient vivants. On rit beaucoup. Ensemble. Ce rire là, le nôtre mêlé à ses mots, ça n’a pas de prix.
C’est un jeudi du mois de mai. Mai 2021. Mes élèves portent des masques de papier bleu. Des masques chirurgicaux. Je ne verrai jamais leur sourire cette année là. Ni le bout de leur nez. Ni le rebondi de leurs joues. Je leur lis un album. L’histoire d’un certain Mr Wilson. Puis je leur tends une pochette de tissu rose qui contient des rubans de papier sur lesquels j’ai recopié les souvenirs de cet homme un peu perdu. Chacune, chacun pioche un souvenir. Puis se laisse envahir par lui. Pour en raconter l’écho et le vertige. Aux autres ou à soi, là sur les pages de son carnet. Ce moment suspendu aux souvenirs d’un autre, vraiment, ça n’a pas de prix.
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Le choix d‘Helolitla
A fond les manettes, de Thomas scotto et Félix Rousseau. Benjamin médias. 2021
Vroum vroum, rugit le bolide
Vroum vroum, conduit par la petite intrépide
qui fonce à fond les manettes
retrouver sa maminette !
Une course de voiture
et un goûter ?
Quelle bonne idée !
Pour combattre les clichés,
rien ne vaut la lecture.
Rose bonbon la couverture,
Rose fonçons vers l’aventure !
Filles comme garçons
sont des champions !
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Et vous, quels sont vos titres préférés de cet auteur-performeur ?