Et voilà enfin le moment tant attendu : celui des résultats du Prix ALODGA ! Depuis un mois, nous vous avons présenté les titres sélectionnés (parus en 2025), et vous avez été invité.es à voter pour vos préférés. Voici donc les lauréats, dans les 6 catégories du Prix !
Catégorie Belles branches (romans ados)
Nos Constellations remporte cette catégorie. Roman très émouvant, qui aborde des thèmes difficiles : harcèlement, deuil, homophobie, c’est l’histoire d’un amour naissant entre deux très jeunes hommes, si profond qu’il renverse tout sur son passage. Dur, parfois, mais aussi sensible et poétique, on referme ce livre avec un pincement au cœur et l’idée, sublime, que l’amour triomphe des difficultés.
Nos Constellations, de Florence Quentin. Ed. Didier Jeunesse. 2025
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Catégorie Grandes feuilles (romans jeunesse)
Vos votes… généreux ont permis au court roman Le musée des générosités de l’emporter ! Très joliment illustré, il fait réfléchir, sans donner de réponses toutes faites, et touchera les enfants comme les plus grand.es. La très belle histoire d’amitié qu’il raconte, plus forte que les préjugés, transmet implicitement des valeurs de générosité, évidemment, mais aussi de non-jugement et de tolérance, sans angélisme pour autant. Quand la littérature jeunesse rime avec finesse.
Le musée des générosités, de Laurence Gillot et Emma Morison, Éditions du pourquoi pas, 2025
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Catégorie Branches dessinées (BD et romans graphiques)
L’envers de nos décors. Créé à l’origine pour le spectacle vivant, ce monologue est l’histoire d’un enfant un peu différent, que son enseignante n’a pas compris. Elle a multiplié les remarques tout au long de l’année, l’abîmant chaque jour un peu plus. Mais aujourd’hui, il va lui répondre et enfin trouver sa place. Cette bande-dessinée aussi sensible que profonde, qui épingle les micro-violences du quotidien, vous a touché.es au bon endroit : en plein cœur.
L’envers de nos décors, de Thomas Scotto et Carole Chaix. Éditions du pourquoi pas, 2025
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Catégorie Racines (documentaires)
Chercheuses d’or est un album documentaire passionnant qui raconte les grandes étapes de la ruée vers l’or au Klondike, mais aussi sa géographie, ses effets sur les peuples autochtones, les étapes de l’orpaillage et, évidemment, la place des femmes dans la société de l’époque. Vous ne vous y êtes pas trompé.es et avez bien compris que c’est une pépite. D’or, évidemment.
Chercheuses d’or, de Flora Delargy, ed. Milan, 2025
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Catégorie Brindilles (albums pour les petit.es)
Vous aviez envie d’un Gros câlin. et l’avez exprimé à travers vos votes ! À la fois livre à compter (à rebours) et bel objet à manipuler, cet album plein de tendresse, que l’on prend plaisir à le lire et relire à son enfant, vous a séduit.es par sa douceur, son interactivité et son message autour de la beauté du monde animal, ainsi que, subtilement, de la notion de consentement.
Gros câlin, d’Anabelle Buxton, ed. la Partie, 2025
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Catégorie Petites feuilles (albums pour les grand.es)
Droméo et Chuliette, très librement inspiré de la plus célèbre pièce de William Shakespeare, raconte avec le sourire, beaucoup de malice et une imagination foisonnantes, tant dans le texte que les illustrations, la (d)romance entre Droméo le dromadaire des quartiers chics, et Chuliette, la chamelle des quartiers populaires. Un concentré de littérature jeunesse comme vous l’aimez : loufoque, intelligente, engagée sans en avoir l’air, drôle sur la forme, sérieuse sur le fond, inventive et créative. Une vraie réussite anti-morosité !
Dromeo et Chuliette, de Marcus Malte et Henri Meunier, Ed. Rouergue, 2025
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Encore un beau succès du Prix ALODGA, pour lequel nous avons mobilisé en équipe, toute notre conviction, notre passion. Félicitations aux lauréats, à leurs auteur.e.s et à leurs maisons d’édition (à noter que l’édition indépendante s’est encore particulièrement illustrée cette année.) Mais plus qu’une compétition, ce Prix a surtout pour objectif de mettre en valeur la richesse infinie d’un pan de la littérature à part entière. La belle littérature jeunesse a quelque chose à nous dire, entre capacité à s’émerveiller et consciences à éveiller. Écoutons-la. Défendons-la, des racines, jusqu’au bout des branches !
En pleine lecture des ouvrages pré-sélectionnés pour le Prix ALODGA, nous nous sommes réunies pour une lecture commune autour de cet album d’Anne Cortey et de HuaLing Xu, qui nous invite à une balade hors du temps et des sentiers battus.
L’heure des lapins, d’Anne Cortey et Hua Ling Xu. Ed. Thierry Magnier, 2025.
Liraloin : Je pense que vous connaissiez toutes Anne Cortey mais est-ce que l’illustratrice Hualing Xu vous était connue ?
Sev : Oui, avec 2 albums précédents, Frères, dont vous aviez aussi fait une lecture commune, et un titre comme Même quand je ne suis pas là ? Je les trouve magnifiques tous les deux ! De mémoire, elle était présente au SLPJ en 2025, non ? Il me semble l’avoir vue avec Anne Cortey chez Thierry Magnier…
Héloïse : Je l’ai découverte avec l’album Frères, que j’aime beaucoup. C’est la seconde fois que je peux admirer son trait.
Lucie : Oui, c’est elle qui a illustré le magnifique album Frères dont on a fait une LC ici ! Mais je crois que je ne connais rien d’autre d’elle. Je ne vais pas tarder à y remédier…
Liraloin : Je l’ai connu grâce au titre Frères qu’elle a également illustré paru en 2023. Sa technique de dessin est remarquable, ses peintures sont magnifiques. Tu as raison Héloïse, cette illustratrice a un trait super original.
Frères, de Marie le Cuziat, illustré par Hua Ling Xu. Ed L’étagère du bas, 2023
Sev : Est-ce que vous savez si elle est “peintre” par ailleurs ? Je veux dire si elle crée des tableaux qu’elle expose ?
Liraloin : En allant regarder son site je vois qu’elle réalise des tableaux. Je pense qu’elle doit exposer : https://xuhualing.com/index.php
Sev : J’irai le voir, alors, parce que vraiment, j’adore ce qu’elle fait ! Merci pour le lien !
Liraloin : Toujours très sensible à la reliure d’un album mais aussi à la maquette (première de couverture, couvertures intérieures…), qu’est ce que vous avez pensé de la 1ere et de la 4eme de couverture ?
Sev : Ce lapin géant m’a happée ! J’ai immédiatement été séduite par les couleurs chaudes, ces tons rouge/jaune/orangé. Et j’ai également bien aimé la police du titre, qui rappelle la rondeur du soleil couchant également présent.
Héloise : Oui, la première de couverture est très belle, avec ces couleurs chaudes, à l’image d’un coucher de soleil envoûtant. C’est une invitation au voyage, en quelque sorte.
Lucie : A vrai dire les couleurs sont un peu trop flashy pour moi (jaune, orange, rose et violet du titre), cette couverture ne m’attirait pas beaucoup. Mais, en réalité elle convient parfaitement à l’ambiance de fin de journée en Provence. Ce qui m’a plu immédiatement en revanche, c’est la douceur de la couverture au toucher (ça change du filmolux de la bibliothèque). Et la quatrième avec le détail des pieds qui avancent sur le chemin est très chouette.
Liraloin : La première de couverture m’a fait penser à cette forme que l’on imagine dans les nuages lorsqu’on contemple le ciel. C’est une invitation également à admirer le coucher du soleil, ce dégradé de couleur entre orange et rose nous indique à quelle temporalité va se situer l’histoire. J’aime la 4ème de couverture, elle nous indique qu’une aventure va avoir lieu (avec comme indices ce chemin caillouteux et les sandales). Lorsqu’on ouvre le livre on tombe sur cette magnifique double couverture intérieure orange.
Sev : J’aime bien le résumé, qui va de suite à l’essentiel avec la première phrase, puis laisse une part de mystère. Comme Lucie, j’apprécie le toucher doux du livre.
Liraloin : En effet, je suis complètement d’accord avec vous. Le touché est super doux. Faut dire que le filmolux dans les médiathèques ne nous font pas apprécier ce sens.
Liraloin : Ah la perte du doudou (qui ne l’a pas vécu lève le doigt !). Tout de suite l’heure est grave et on le sait, un enfant sans son doudou = catastrophe et nuit agitée. Qu’avez-vous pensé de ce découpage qui dès le départ nous fait entrer dans l’histoire ?
Sev : Oh oui, la perte de cet objet transitionnel ! C’est une hantise pour tous les parents concernés. Je trouve que l’image du volcan est utilisée à bon escient car on imagine une déflagration, certes, mais aussi les conséquences que tu décris, Liraloin : nuit agitée, larmes, etc. Comme la lave qui se répand…
Lucie : On n’a jamais eu de perte de doudou ici, mais j’imagine sans mal la cata quand ça arrive ! Pour moi il y a deux éléments, la perte du doudou, mais aussi (surtout !) la décision immédiate de partir à sa recherche malgré l’heure tardive. Sur la première illustration, les larmes de Dorémus en premier plan brisent le cœur du lecteur et les aînés ne minimisent pas la perte. J’ai beaucoup aimé cette attention à la parole des enfants qui revient plusieurs fois dans l’histoire.
Héloïse : La perte d’un doudou, quelle catastrophe ! Effectivement, c’est quelque chose que j’ai vécu avec mes enfants, et il n’y avait qu’une priorité à chaque fois, le retrouver ! Heureusement, à chaque fois, on a pu récupérer le “précieux”. J’aime bien ton interprétation du volcan Sev, je n’y avais pas pensé. Et oui, d’accord avec toi Lucie, c’est important de relever la bienveillance et l’attention portée aux enfants dans ce récit.
Sev : Les adultes écoutent les petits, c’est très important. On a trop souvent tendance à vouloir les faire grandir trop vite. J’entends par là leur servir un discours de type : “Tu es grand maintenant, tu peux te passer de ton doudou” (valable pour lâcher sa tétine, arrêter de sucer son pouce), pour se faciliter les choses. Or, ce n’est pas le cas ici. Le chagrin de Dorémus n’est pas concevable. Il faut agir.
Liraloin : Merci de le souligner Sév ! Carrément, c’est toute la famille qui est concernée. Ici nous découvrons d’emblée les membres de la famille. Chaque personnage nous est présenté comme on entrerait dans une BD, j’ai trouvé cela original. Tout le long de l’album la lectrice-le lecteur va alterner sa lecture entre illustration pleine page et texte directement incrusté dans la peinture ou non.
Liraloin : D’où cette question : Quelles impressions ressortent le plus dans cette histoire car le sujet est assez classique (la perte du doudou) ?
Sev : Pour moi, c’est clairement la solidarité familiale. Le fait que tout le monde participe aux recherches et est actif, y compris le premier concerné, Dorémus, voire plus ! Au début de “l’expédition”, on peut lire :
Louis regarde à gauche. Marthe à droite. Dorémus tourne la tête de tous les côtés.
Lucie : Rien qu’en mot clé sur Booknode tu as 21 livres, c’est dire si c’est un sujet récurrent ! Mais exploité de cette manière je n’avais jamais lu. C’est aussi le point de départ de Jack et la grande aventure du Cochon de Noël de J.K. Rowling dont on a aussi fait une LC. Mais dans ce titre la perte était due à un conflit dans la fratrie et le doudou perdu était remplacé par un exemplaire neuf. Du moins au début de l’histoire. Autant dire que le propos était très différent.
Héloïse : Au final, pour moi, cette recherche du doudou est aussi une invitation à partager un moment un peu hors du temps, magique, en pleine nature. Il y a comme un mélange entre réel et irréel dans l’histoire les frontières sont floues : est-ce qu’on rêve, ou non ?
Liraloin : Bien vu Héloïse. Je vous rejoins complètement sur la solidarité familiale qui se met en place de façon quasi instantanée et cela fait du bien de le lire. Il y a un côté complètement magique et irréel, et sans trop divulgâcher c’est ce traitement qui m’a beaucoup plu.
Lucie : Je te rejoins aussi Héloise. Cette quête prend la forme d’une balade familiale un peu hors du temps. Comme un moment d’été volé pendant les vacances. C’est très doux. Cela questionne en effet le réel et l’imaginaire et à ce titre le personnage de la grand-mère, restée à la maison pour préparer le dîner, est vraiment intéressant. Comme le lecteur elle se demande “si tout cela est bien réel”.
Sev : Comme vous dites, cette envie de prolonger l’instant, une fois le doudou retrouvé, c’est très attendrissant. Comme toi, Lucie, le personnage de la grand-mère, qui s’interroge sur la réalité des faits, m’a interpellée. En revanche, la féministe (rabat-joie ??!!?) en moi ne peut s’empêcher de se demander si l’histoire aurait été différente si c’était le grand-père qui était resté à la maison préparer le repas, et la grand-mère partie à la recherche du doudou. Je trouve que le stéréotype a la vie dure. A l’homme, l’action et le résultat. A la femme, l’attente et la préparation du repas… C’est un peu dommage. Mais c’est le seul questionnement que j’ai par rapport à cette famille.
Liraloin : Est-ce que ce n’est pas générationnel finalement car je suis du même avis que toi Sév mais la plupart du temps dans la vie c’est tout de même les grands-pères qui sont dans l’action et la grand-mère à faire des tâches ménagères et s’inquiéter. Oui, car l’inquiétude est ultra présente lorsqu’on la voit à la fenêtre…
Lucie : A vrai dire Sev je me suis interrogée aussi sur ce point mais finalement qu’un grand-père se mette en route pour chercher un doudou est déjà un progrès en soi. Et cela piétine par la même occasion le cliché selon lequel les hommes sont plus rationnels que les femmes. Finalement ça ne me dérange pas du tout que la grand-mère soit restée. Laisser le grand-père à la maison aurait pu donner l’impression qu’il se désintéressait du sujet.
Sev : Tu as raison Lucie. Beaucoup d’hommes, surtout déjà âgés, s’en seraient désintéressés. En vérité, cette situation me questionne un peu, mais ne me choque pas.
Lucie : Je ne sais pas ce que vous en pensez mais pour moi on est hors clichés ici. Cette attention à la parole des petits-enfants m’ont immédiatement rendu les grands-parents sympathiques. Cela se reproduit quand Marthe dit qu’elle a besoin de silence pour se concentrer sur la recherche du doudou. Aucune moquerie ni dans la fratrie ni de la part du grand père, juste du respect et de la bienveillance. Ça fait du bien !
Liraloin : Complètement Lucie, ça fait vraiment du bien et le fait que cette randonnée-recherche se déroule durant le coucher du soleil apporte de l’apaisement. Je crois qu’Anne Cortey est attachée elle-même à ces valeurs familiales, enfin j’aime à le penser.
Sev : Non mais vraiment, je ne dis pas que je suis contrariée ! Anne Cortey est bien plus talentueuse que ça, que ma “polémique qui n’en est pas”, il y a dans tout cet album une bienveillance et une douceur, une atmosphère apaisante qu’elle retranscrit très joliment.
Lucie : La tendresse se retrouve dans le vocabulaire avec le jeu sur le terme “lapin” qui désigne aussi bien le doudou que les vrais lapins, mais aussi les petits enfants ainsi nommés par le grand-père.
Sev : Effectivement, que celui ou celle qui n’a jamais appelé quelqu’un qu’il aime “mon lapin” nous jette la première…carotte ! 😉 Blague à part, c’est très bien vu ! D’ailleurs, je me fais la réflexion à l’instant grâce à vous : “l’heure des lapins” du titre désigne un moment de la journée, certes. Mais ne pourrait-on pas aller plus loin et se dire que c’est peut-être aussi l’heure que grand-père et petits-enfants ont passée ensemble ? Je ne sais pas si je suis claire…
Liraloin : Mais oui ! Tu as raison Sév, cette heure des lapins entre réel et irréel. Entre chien et loup.
Lucie : Carrément, je n’y avais pas pensé non plus. C’est tout à fait ça !
Héloïse : Et ces lapins qui font irruption dans le récit… C’est vraiment à ce moment pour moi que la magie commence à se manifester.
Sév : Mais oui, Hélo, c’est vrai ! La magie commence à ce moment-là !
Liraloin : J’aime beaucoup ce moment où il me semble que la lune est la cheffe d’orchestre de ce moment fabuleux. Elle est là toute ronde à observer ce petit monde en bas.
Héloïse : Les paysages, de fin de journée ou de nuit, sont tellement beaux, il faut dire dans cet album. On sent toute la beauté et la bienveillance de la nature. La nature livre un beau spectacle à ses invités d’un soir, nous invitant en tant que lecteurice, à l’admirer nous aussi.
Lucie : Tiens, j’ai une question à ce propos : Chaque illustration est un véritable tableau, en avez-vous une préférée ?
Sev : En lien avec la remarque d’Héloïse, sur l’arrivée des lapins, je dirais que mon illustration préférée est celle de l’œil de Doremus avec le reflet du lapin sur l’iris ET la larme, dont on sait qu’elle est d’émotion. Il pleure de joie. J’adore.
Liraloin : La pleine page où les 4 lapins assis dans l’herbe observe en hauteur le grand-père et les 3 petits enfants sur le chemin. Eux c’est nous !
Héloïse : J’adore les couleurs de celle où ils sont assis en demi-cercle tous ensemble, juste à côté de la lune, justement. Elle a un côté chaleureux, un moment partagé, de communion en famille, tous ensemble. J’aime aussi beaucoup celle de nuit, avec le lapin géant en ombre sur la forêt et la maison, seule lumière dans la nuit.
Lucie : Comme Liraloin, j’aime quand Hualing Xu joue avec la profondeur de champs : dans la première illustration avec Dorémus qui pleure en premier plan et sa mamie qui cherche derrière, et évidemment (ma préférée) les lapins sur la colline et les humains sur le chemin en contrebas. Mais le passage des retrouvailles et juste après sont aussi très beaux, vous avez raison !
Sev : Mais comme Liraloin et Lucie, j’aime aussi beaucoup celle où les 4 lapins sont assis dans l’herbe et semblent observer la famille de… 4 humains !
Lucie : La lune qui remplace l’œil de Dorémus, c’est très cinématographique, on imagine tout à fait un fondu à ce moment-là de l’album.
Liraloin : Mais oui Lucie, je n’avais pas remarqué trop forte ! Et comme le dit Sev, dans l’iris de Doremus on y voit le lapin !
Sev : D’une manière plus générale à propos des illustrations de Hualing Xu. Comme dans les autres albums que nous avons cités, j’apprécie son talent, je trouve, pour illustrer le mouvement.
Lucie : Et parallèlement, je trouve qu’Anne Cortey a une écriture à la fois poétique et sensorielle. Ça sent bon la Provence avec la lavande, les pins et les cèdres, et dans le même temps il y a des phrases extra, comme “les lapins font la course du temps perdu”… trop joli !
Sev : Tout à fait, Lucie. Je trouve le vocabulaire utilisé assez riche, mais sans être trop abstrait. Par exemple, j’aime particulièrement le paragraphe de la page où le doudou apparaît, la sémantique du mouvement apporte vraiment un plus à l’illustration (ou le contraire ?) : “chancelant” “se frotte les yeux” “galoper” “folle équipée” “cavale”.
Liraloin : A lire à voix haute, un régal dans les dialogues et le ton donné lorsque les sentiments sont trop forts pour Dorémus. Cette phrase que tu cites Lucie est tellement poétique !
Héloïse : Mais oui, à lire à voix haute, c’est un régal ! On passe à la traditionnelle question finale, à qui conseilleriez-vous cet album ?
Lucie : A tous les rêveurs, les amoureux de la nature, des promenades familiales… À ceux qui ont déjà perdu un doudou ou qui craignent que ça arrive (parce que ce n’est pas si grave si ça devient l’occasion d’une balade nocturne), aux petits et aux grands(-parents ?) pour qu’ils se retrouvent autour de cette jolie histoire. A pas mal de monde en fait !
Liraloin : Aux familles qui ne se connectent plus entre elles. A partir de 5 ans en lecture à voix haute.
Héloïse : Je vous rejoins, il est adorable, pour petits comme grands lecteurs. Qui n’y liront pas forcément la même chose, mais c’est encore mieux si c’est en lecture partagée, pour retrouver justement la chaleureuse ambiance de cette virée familiale.
Sev : Je conseillerais cet album à qui apprécie les albums dans lesquels le lien intergénérationnel est mis en valeur, celles et ceux qui aiment les illustrations qui ressemblent à des tableaux
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Nous espérons vous avoir donné envie de découvrir L’heure des lapins, et pourquoi pas de partir faire une balade au coucher du soleil, en famille !
A l’Ombre du Grand Arbre, on aime découvrir de nouveaux titres, et on fait confiance aux copinautes et à leurs recommandations. Alors quand Liraloin nous a parlé de Forbans !, l’idée d’une lecture commune s’est très vite imposée…
Forbans !, de Renaud Farace et Olivier Philipponneau. Ed. 3oeil, Octobre 2025
Liraloin : Aviez-vous déjà entendu parlé du scénariste Renaud Farace et du dessinateur Olivier Philipponneau ?
Lucie : Non je ne connaissais pas du tout leur travail, mais j’ai découvert en faisant une petite recherche qu’ils avaient déjà collaboré sur Détective Rollmops qui je dois le dire m’attire beaucoup (ce titre !). Mais j’y suis allée les yeux fermés parce que quand tu conseilles une BD, Liraloin, je n’hésite jamais !
Détective Rollmops, de Renaud Farace et Olivier Philipponneau, Ed. The Hoochie Coochie, Novembre 2021.
Héloïse : Pas du tout ! Si Lucie n’en avait pas parlé, je ne serais jamais allée lire ce graphique pour le moins original (et cela aurait été bien dommage !)
Liraloin : J’ai découvert Olivier Philipponneau à travers ses publications notamment avec son grand livre très intéressant Détective Rollmops.Il publie également des albums jeunesse, je suis fan de Amimots.
Animots, de ALIS, Olivier Philipponnneau et Raphaële Enjary, Ed. Albin Michel, 2019.
Liraloin : Cette bande dessinée a été éditée par les éditions 3Oeil. Aviez-vous déjà lu des livres publiés par cette maison ?
Lucie : Je connaissais les Philonimo et j’aime beaucoup leurs visuels pour leur côté artisanal. Et puis bon, une collection de philo pour les petits je ne peux qu’adhérer !
Le Loup de Hobbes, d’Alice Brière-Haquet et Herbéra, ed. 3Oeil, 2023
Héloïse : Je ne connaissais que les Philonimo, au design visuel très original. Et comme le dit Lucie, c’est chouette d’oser la philo avec les plus jeunes !
Hélène : Idem, une découverte pour moi, qui n’avait pas non plus fait le lien avec les Philonimo.
Liraloin : Complètement, c’est un petit éditeur sur la même ligne qu’Hoochie Coochie. Je connais les titres jeunesse notamment ceux d’Alice Brière-Hacquet. Je connais moins la série Philonimo par contre.
Liraloin : Commençons par évoquer l’aspect physique du livre ? Qu’en avez-vous pensé ? (reliure, maquette, couverture intérieure et extérieure)…
Lucie : J’ai été surprise par la taille de cet ouvrage. Je ne m’attendais pas à ce qu’il soit si gros, avec en plus une couverture rigide. C’est un objet imposant. Mais sa stature est contrebalancée par cette illustration de couverture un peu folle avec des personnages très graphiques, des couleurs vives tranchant avec le noir profond… A posteriori, je trouve que la couverture est très fidèle au contenu.
Liraloin : En effet, quelle surprise en ouvrant cette BD. La reliure est superbe, dans mon club BD un de mes collègues a cru que le livre était cassé (trop drôle). La couverture intérieure de fin est originale en nous rappelant tous les personnages croisés lors de notre lecture. Et oui, le livre est bien imposant !
Lucie : Faut dire que les personnages sont très nombreux… Heureusement qu’ils sont faciles à identifier parce qu’il y aurait de quoi s’y perdre !
Hélène : Oui, une très belle galerie de personnages hauts en couleur, dans tous les sens du terme !
Liraloin : Au premier abord, dès la première de couverture, nous tombons nez à nez avec une ribambelle de Forbans – Pirates. En tant que lectrice on se dit tout de suite que le graphisme est très original. Comment êtes-vous entrée dans cette lecture?
Héloïse : Au départ, j’étais sceptique face au graphisme des personnages. Mais ça colle tellement bien à cet univers déjanté ! Ce qui m’a marquée, c’est le traitement des couleurs : une couleur par chapitre et par partie, tout le reste en noir et blanc. C’est un procédé que j’aime beaucoup.
Lucie : Comme Héloïse, j’ai été déstabilisée par ce graphisme presque rudimentaire. D’autant plus qu’il ne correspond pas au propos et aux références qui eux nécessitent culture et un certain recul. A l’image de la couverture riche en contrastes, je trouve que cette bande dessinée joue sur plusieurs attendus et se plaît à les détourner. Mais après quelques pages, j’ai vraiment apprécié ces personnages au caractère fort et facilement identifiables, comme nous le disions.
Liraloin : Je vous rejoins complètement et clairement c’est ce que j’ai apprécié dans cette lecture. Tout d’abord, en ce moment, je trouve que les BD jeunesse se ressemblent un peu toutes graphiquement sauf quelques exceptions, et là, ça fait du bien de voir une BD sortir du lot. En en parlant avec toi Lucie, je ne trouvais pas que les références étaient compliquées pour les jeunes mais tu m’as fait réfléchir et après coup ma conclusion a été : c’est une BD pour tous ! Le graphisme me plaît énormément. Comme le dit Héloïse, les codes couleurs pour chaque chapitre donne un ton particulier à la lecture et cela est très plaisant.
Héloïse : Clairement, l’humour est le gros point fort de ce titre… Entre les jeux de mots, les situations rocambolesques, les mots-valises, on en prend plein les yeux.
Hélène : Moi aussi j’ai trouvé le graphisme très original mais dans le bon sens du terme. Les couleurs m’ont tout de suite attirée. J’ai mis un peu de temps à identifier les personnages mais une fois ceci fait, j’ai pu pleinement apprécier l’humour qui se dégage du texte !
Lucie : Justement, parlons des couleurs. Tu le disais Héloïse, elles marquent l’identité de chaque chapitre, chacun étant composé de noir et blanc et une couleur fluo ou très vive. Qu’avez-vous pensé de ce choix artistique ?
Liraloin : Ce choix est judicieux et apporte au jeune lecteur un repère du moins j’ose l’espérer, je n’ai pas trop de retour de lectures de jeunes lectrices et lecteurs pour le moment. Cette transition de couleur après couleur permet de mieux aborder la lecture comme pour faire abstraction de la charge visuel que nous donne tous les personnages. Finalement ce choix apporte de la fluidité.
Hélène : Moi aussi j’ai été séduite par ce choix artistique. Cela amène un peu de repère et permettra je pense au jeune lecteur de faire des “pauses” mentales entre chaque chapitre. D’un point de vue purement graphique c’est très intéressant de séparer les chapitres de cette façon, je n’avais pas souvent vu ce procédé.
Liraloin : Tout à fait Hélène, c’est pour cela que je plussoie les petites maisons d’éditions comme celle-ci. Il y a un vrai travail artistique !
Lucie : Ce parti pris va à l’encontre d’une vision naturaliste à laquelle de toute manière – nous l’avons dit – le graphisme n’appellait pas. Les personnages peuvent changer de couleur d’un chapitre à l’autre sans que cela ne pose problème. J’ai envie de dire que c’est un choix courageux qu’il fallait assumer (surtout dans le chapitre jaune qui peut parfois piquer un peu les yeux). Mais cela participe définitivement à la folie de l’entreprise ! Folie graphique, folie des couleurs et personnages un brin perchés eux aussi (c’est un euphémisme). La forme épouse parfaitement le fond.
Héloïse : C’est si joliment dit Lucie ! Effectivement, il souffle un vent de folie sur ces Forbans !, à tous les niveaux.
Liraloin : D’où cette question sur ce qu’évoquait Héloïse plus haut : l’humour ! Est-ce que vous avez bien rigolé durant la lecture de cette bande dessinée, car ça c’est hyper important ?
Héloïse : Je n’ai peut-être pas ri à gorge déployée, mais j’ai beaucoup souri, et certains passages m’ont bien fait rire. Les jeux de mots sont truculents, et les références très amusantes.
Lucie : Eh oui, j’ai bien rigolé ! Il y a les mots-valises dont parlait Héloïse, mais aussi les références à la pop culture, le caractère très affirmé des personnages… En réalité, il y a de multiples motifs de rire, à plusieurs niveaux de lecture. Ça va du rire de surprise du genre “ils n’ont pas osé ?!” à la référence inattendue. Ce qui en fait, comme tu le disais Frédérique, une lecture pour tous les âges !
Héloïse : Je suis d’accord avec vous les filles, je trouve que ce graphique permet différents niveaux de lecture, et c’est d’autant plus chouette.
Liraloin : Je me suis bien amusée durant cette lecture, j’étais à bord sur le rafiot avec eux. Le scénario apporte une spontanéité qui est tellement appréciable. Punch line à gogo, tirades et monologues complètement hystériques, situations cocasses… ça n’arrête pas ! Et puis les noms donnés aux personnages comme les trois boulets… Les titres des chapitres sont amusants également : des moutons et des hommes, pour n’en citer qu’un !
Liraloin : Nous avons évoqué plusieurs fois les nombreux personnages, quel est votre préféré?
Héloïse : Sans hésiter : la fiancée. Je trouve qu’elle a du caractère, aux antipodes de la jeune femme fragile à sauver. C’est même elle qui sauve les autres à de nombreuses reprises…
Liraloin : Tu as raison Héloïse. La fiancée est un personnage un peu badass comme on les aime. J’ai aussi apprécié qu’Eléonore soit aux antipodes d’Eric (quel prénom qui détonne par rapport aux autres : Barbe-en-tas, Tortilla…). D’ailleurs, un de mes personnages préféré ou je devrais dire mes personnages préférées, c’est la tribu Kot Kots avec tous les jeux de mots. Je suis fan.
Lucie : Moi aussi j’ai aimé la comtesse Eléonore du Nordest : malgré son titre, elle est top, badass à souhait. Mais j’avoue que j’ai aussi beaucoup aimé l’évolution du pirate, le bien nommé Barbe-en-tas. Il se fait destituer de son rôle de capitaine, doit faire face aux divergences d’opinion de son fils quant à son avenir, et se retrouve finalement à apprécier le courage de son ex-future-bru. J’ai adoré ces revirements de situation. La tortue Tortilla est géniale aussi avec sa curiosité pour la culture KotKot. C’est vraiment difficile d’en choisir un seul.
Héloïse : Oui la relation entre le “grand méchant capitaine pirate” et Éléonore est très très drôle. De rejet à l’acceptation, en passant par l’admiration.
Hélène : Petit coup de cœur pour Éléonore de mon côté également. Elle m’a fait rire, mais les autres personnages ne manquent pas de piquant non plus !
Lucie : Outre votre personnage préféré, je me demandais si vous aviez un chapitre favori. Chacun a son unité autant en couleur qu’en péripéties !
Héloïse : Je n’en ai pas… ils sont tous amusants à leur façon !
Hélène : Moi non plus, je n’ ai pas réussi à en dégager un en particulier…
Liraloin : Le Mijoté de mutinerie car il fallait oser le jaune comme couleur dominante et c’est un des chapitres où on sent que la situation échappe à Barbe-en-tas. Quelques personnages se révèlent aussi comme le cuistot… et puis aussi les 3 pages avec juste les bulles dans le chapitre Dans le ventre d’Anacondaltonien.
Lucie : Pour ma part j’hésite entre l’arrivée chez les Kot Kots Secousse chez les Kot Kots et le suivant, la bien nommée Forêt farfelue, particulièrement loufoque qui voit vraiment se révéler l’héroïne chez Eléonore.
Lucie : Avant de conclure avec notre question traditionnelle, et sans trop en révéler aux chanceux qui vont découvrir cette BD, je dois dire qu’après ce tourbillon de folie qui ne ressemble à rien de ce que j’avais pu lire avant j’étais curieuse de découvrir la fin. A-t-elle répondu à vos attentes ?
Liraloin : Mais oui, j’ai trouvé que cette fin était dans la même lignée que le reste du scénario avec en prime une belle solidarité dans cette dernière épreuve. Mais on en dira pas plus !!!!
Lucie : Il ne faut évidemment pas trop en dire, mais justement une fin convenue aurait été franchement décevante. Une partie de la résolution était prévisible mais le reste (comme dans toute la BD il y a plusieurs couches) est à mon avis à la hauteur de ce qui précède. Il y a une logique certaine mais c’est aussi ce qu’il fallait.
Héloïse : Elle m’a semblée assez logique, dans la continuité de ce qu’on avait lu. Avec une chute bien drôle pour terminer en beauté.
Lucie : Pour finir, à qui conseilleriez-vous cette BD ?
Héloïse : A partir du collège, je dirais, et plus si affinités.
Liraloin : Tout comme toi Héloïse à partir du collège et plus plus plus. A conseiller aux adultes trop sérieux et qui détestent la couleur !
Lucie : Le graphisme pourrait laisser penser à une BD destinée à un public plus jeune mais je vous rejoins tout à fait, à partir du collège les lecteurs pourront saisir jeux de mots et références. Il faut juste passer outre cette couverture et accepter d’entrer dans le monde fou de Renaud Farace et Olivier Philipponneau. Il y a matière à rire quel que soit son âge !
Hélène : Tout comme vous je pense qu’il faut une certaine maturité pour comprendre les jeux de mots et le sous-texte. Parfait pour les collégiens et au-delà (nous-mêmes avons aimé et nous ne sommes plus vraiment collégiennes n’est-ce pas 😉). Le volume de l’ouvrage va également dans ce sens. Le graphisme est coloré mais pas si enfantin que cela finalement. Il faut juste le proposer, l’accompagner, et cette BD de qualité a tout le potentiel pour rencontrer son public ado.
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Merci aux éditions 3oeil de nous avoir permis de découvrir cette BD pétillante. On espère que cette lecture commune vous aura donné envie de découvrir Forbans !, un graphisme original, drôle et inattendu, qui a rencontré un gros succès A l’Ombre du Grand Arbre !
Aujourd’hui sur le blog, Lucie, Héloïse et Hélène vous proposent une lecture commune d’un des grands succès de l’année en roman ado, il s’agit du titre « Le silence est à nous » de Coline Pierré. Lauréat du Prix Vendredi des lecteurs du Pass culture, il a déjà rencontré son public et nous étions curieuses de le découvrir et ravies de pouvoir enfin vous en parler.
Paru en mai dernier aux éditions Flammarion, ce titre très actuel nous transporte dans un lycée où Léo est témoin involontaire d’une agression sexuelle.
Suite à cela elle cherche comment se positionner, quoi faire, et grâce à ses amis, ensemble, ils trouvent un moyen de résister, de dénoncer la situation de manière originale et finalement de faire avancer les mentalités.
Plongez avec nous dans ce roman très actuel qui donne la parole (si l’on peut dire cela ainsi…) à la génération post me-too.
Le silence est à nous, Coline Pierré, Flammarion Jeunesse, 2025.
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Lucie : Connaissiez-vous le travail de Coline Pierré avant de lire ce roman ?
Héloïse : Pas beaucoup en fait ! J’ai lu et beaucoup aimé Ma fugue chez moi, mais c’est tout… Mais j’aime beaucoup les textes en vers libres, et le résumé de celui-ci m’intriguait !
Hélène : J’avais lu moi aussi il y a plusieurs années Ma fugue chez moi. Et toi Lucie ?
Lucie : Je n’avais pas fait le lien avant de regarder sa bibliographie mais j’en avais lu deux : La révolte des animaux moches et Nos mains en l’air qui n’ont pas grand chose à voir avec ce titre d’après mes souvenirs.
Lucie : L’illustration de couverture vous a-t-elle inspirées ?
Hélène : Pour ma part j’ai découvert ce livre lors du festival “un chapitre à Rouen” consacré à la littérature young adult. Dans ce cadre j’ai eu la chance de rencontrer Coline Pierré qui nous en a parlé. Le livre était là et la couverture m’a beaucoup plu : ces deux mains de couleurs différentes et qui se tiennent traduit bien une idée qui est développée dans le roman, celle de la solidarité.
Héloïse : Le rose n’est pas ma couleur préférée, mais ces deux mains qui se joignent, ça, j’aime ! Ça matérialise bien la solidarité oui !
Hélène : Oui, et puis la forme dans laquelle elles sont fait penser à une petite porte, l’idée qu’on va voir ce qui est caché. Enfin !
Héloïse : Et toi Lucie ?
Lucie : A vrai dire je ne l’aime pas trop. Et sans la suggestion de Séverine j’aurais bien pu passer à côté de ce roman juste à cause du graphisme et des couleurs. Ça aurait quand même été dommage !
Héloïse : Comme quoi… Il ne faut pas se fier aux apparences 🙂
Lucie : En effet ! Ça m’apprendra ! Poursuivons si vous le voulez bien avec la forme du roman. Les romans en vers libres sont de plus en plus fréquents en littérature ado, en aviez-vous déjà lu et que pensez-vous de ce choix ?
Héloïse : C’est un style que j’aime beaucoup. C’est à la fois poétique, à vif, intense. J’avais découvert le style avec Inséparables, de Sarah Crossan, puis lu l’excellent Un garçon, c’est presque rien, de Lisa Balavoine, qui m’avait énormément marquée. Je trouve que ça “casse un peu les codes”, le rythme, la diction.
Un garçon c’est presque rien, Lisa Balavoine, Rageot, 2022.
Lucie : Je suis d’accord avec toi, je trouve que ce choix va très bien au roman adolescent, quand il est bien réalisé. Le premier que j’ai lu était La Dragonne et le Drôle de Damien Galisson, mais le plus marquant dans ce genre est sans aucun doute 17 millimètres de Florence Medina que j’ai lu comme en apnée.
Héloïse : Oh oui, 17 millimètres, quelle lecture ! il est court, mais intense effectivement, et très émouvant aussi.
17 millimètres, Florence Medina, Scrinéo, 2024.
Hélène : Pour ma part je n’avais jamais lu un livre écrit sous cette forme. C’était particulier mais je me suis habituée au fur et à mesure de la lecture. Coline Pierré a indiqué qu’elle a choisi cette forme car elle laisse “physiquement” de la place au silence. Les pages sont aussi plus “aérées”, ce qui facilite l’entrée dans ce “gros” livre.
Lucie : C’est intéressant Hélène cette idée de laisser une place au silence. Et ça fait totalement sens vu le sujet ! Ici Coline Pierré utilise les vers libres mais joue aussi sur le rythme, les sonorités et les répétitions… Loin d’être un effet de mode, le parti pris est ici pleinement assumé et investi.
Héloïse : Ce silence justement, on en parle ? A quoi vous attendiez-vous avec ce titre ?
Hélène : Pour ma part, j’ai assisté à la rencontre avant de lire le livre donc je connaissais le sujet. J’étais curieuse de découvrir ce livre qui avait beaucoup plu à de nombreux lecteurs, et de voir la manière dont il était traité, sous l’angle du silence.
Héloïse : Moi non, j’essaie de ne pas lire les résumés en quatrième de couverture pour ne plus risquer de divulgâcher l’histoire. Je savais juste qu’on y parlait féminisme et sororité, et que des amies avaient adoré. Mais je ne savais pas du tout à quoi correspondait ce silence.
Lucie : Je ne savais pas du tout à quoi m’attendre mais j’avais un a priori positif car les coups de cœur de Séverine sont souvent de bons indices. J’imaginais une histoire de filles avec la couverture, probablement un drame que l’on tairait, mais pas grand chose de plus. C’est sur que choisir le silence comme thématique d’un roman, c’est plutôt gonflé ! On a vu qu’il tenait une place dans les choix stylistiques de l’auteure mais qu’avez-vous pensé de l’histoire ? Est-ce que l’une d’entre vous souhaite la résumer pour commencer ?
Héloïse : Pas facile, mais j’essaie. Une jeune fille, Leo, assiste à une agression dans son lycée. Maryam, une jeune camarade solaire, est plaquée contre un mur par Ethan, et clairement pas consentante. Sous le choc, Leo ne dit ni ne fait rien. Mais ensuite, elle contacte la victime. Sauf que quand celle-ci rapporte l’agression, personne ne l’écoute… Ce que j’ai trouvé horrible. On se rend compte aussi avec cette lecture que la société n’écoute pas forcément les victimes, à plus forte raison si elles sont en couple …
Lucie : Oui, la notion de consentement est vraiment au cœur de ce récit. Et effectivement Coline Pierré interroge la réception de la parole des victimes de manière très intéressante.
Héloïse : C’est l’une des revendications d’ailleurs des “manifestants silencieux” (je ne sais pas comment les appeler) c’est parlant comme ça je trouve.
Hélène : Oui la question de dire et d’entendre est au cœur du livre. D’après ce que l’auteure expliquait, les scènes avec le proviseur ont été parmi les plus difficiles à écrire car il fallait complexifier ce personnage qui n’entend pas, même s’il reçoit la victime et ses amies et les écoute, en apparence du moins…
Héloïse : C’est un personnage clairement détestable…Contrairement à d’autres heureusement. D’ailleurs, j’ai apprécié l’idée que tous les adultes ne soient pas montrés du doigt.
Lucie : OUI ! Comme la génialissime documentaliste, Madame Lindgren !!! J’ai aimé que certains adultes, dont des hommes, soient positifs. Ce n’est pas si fréquent dans ce type de romans.
Héloïse : Oui, le CPE, M. Diaz, est top aussi ! Mais c’est révoltant de voir que la première réponse de la direction, c’est d’interdire des tenues jugées “osées”, pointant du doigt la victime et la transformant en coupable… C’est d’ailleurs la raison de la fameuse grève lancée dans le roman (attention spoilers pour celleux qui ne l’ont pas lu ! )? J’ai trouvé cette idée de grève de la parole géniale et originale, pas vous ?
Lucie : Mais si, totalement ! C’est une idée intéressante car on ne peut pas forcer quelqu’un à parler, que la parole libérée est au cœur de l’élément perturbateur et que l’on pousse les ados à s’exprimer tout en rechignant à les écouter, j’ai trouvé ce passage très juste. Et j’irais jusqu’à dire qu’il m’a questionnée en tant que maman. Malgré toute notre bonne volonté, est-ce qu’on écoute nos enfants aussi attentivement qu’on le devrait ?
Héloïse : C’est une réflexion intéressante, je n’en suis pas sûre malheureusement…
Lucie : Léo est donc l’héroïne de ce roman et elle serait la première surprise de se voir qualifiée ainsi. Qu’avez-vous pensé de ce personnage ?
Héloïse : C’est un personnage extrêmement touchant. Elle est très mal dans sa peau, dans son corps, s’excuse presque de respirer parfois… Elle a peur de mal faire, et pourtant, c’est elle qui instille la révolte, le combat.
Hélène : Oui c’est un personnage attachant, un peu au mauvais endroit au mauvais moment et qui se trouve confrontée à une situation qui la force à se positionner, à être fidèle à ses valeurs à un âge auquel on se construit. Elle fait cela avec beaucoup de pudeur et de délicatesse, et un peu de maladresse parfois, ce qui la rend réaliste aussi.
Lucie : Oui, ce personnage est très en retrait dans sa vie mais elle a de multiples facettes. Ses doutes et son mal être en font un personnage très nuancé et ont fortement résonné. Elle n’a pas du tout une personnalité de leader mais elle parvient à rassembler grâce à sa bonne volonté. J’ai juste regretté une annonce dans la dernière partie qui m’a semblé assez artificielle. Elle n’avait pas besoin de cela pour être intéressante !
Hélène : Je te rejoins !
Héloïse : La question traditionnelle pour terminer : à qui conseilleriez-vous ce roman ?
Héloïse : Aux ados, bien sûr, à partir de 13-14 ans, et aux adultes. La thématique principale est malheureusement toujours d’actualité, et c’est important de montrer que les violences sexistes et sexuelles ne sont pas à minimiser.
Lucie : Bien sûr, aux ados, je te rejoins sur les âges : pas trop tôt à cause des thématiques. Et à leurs parents aussi, car il est susceptible d’amener des discussions. C’est un roman très riche qui parle de consentement, de santé mentale, d’engagement aussi… mais sans que ces sujets ne soient trop lourds ou appuyés, ils sont très bien intégrés à l’intrigue et invitent à la réflexion de manière assez subtile. Ce n’est clairement pas le cas de tous les titres de la sélection du Prix Vendredi pour ne citer qu’eux.
Hélène : Je le conseillerai effectivement à des lycéens, pour tout public même s’il plaira sans doute plus aux jeunes femmes de par son aspect féministe, mais cela peut être une lecture très instructive pour de jeunes garçons aussi !
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Nous espérons vous avoir donné envie de découvrir ce roman qui figurait dans la sélection du Prix Vendredi et a été élu par les lecteurs du Pass Culture !
Quand j’ai entendu le thème « vacances », j’ai tout de suite visualisé la voiture, la route, bref, ces trajets en voiture que je trouvais interminables étant enfant (et pour être honnête, adulte aussi !).L’idée de road-trip s’est donc tout de suite imposée à moi. Je vous emmène en voyage à travers ces quelques titres, qui j’espère vous plairont autant qu’ils m’ont marquée !
Road-trip et vacances : deux titres m’ont sauté aux yeux : le génialissime Coyote Sunrise, et l’émouvant Juke Vox. Puis, d’autres titres se sont ajoutés à la liste. Et en y réfléchissant, je me suis aperçue que ces road-trips, ces voyages, m’ont beaucoup plu parce qu’ils abordaient des thématiques qui me touchaient beaucoup : c’était souvent des quêtes initiatiques qui permettaient à leurs héro.ïne.s de se trouver, ou de surmonter des traumatismes.
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Commençons d’abord par l’un de mes chouchous, un livre dont je n’ai de cesse de parler, L’incroyable voyage de Coyote Sunrise, de Dan Gemeinhart. Le pitch : Coyote, 12 ans, vit dans un bus scolaire avec son père Rodéo. Ils sillonnent les États-Unis tous les deux, recueillant parfois quelques âmes en peine sur le bord de la route. Mais un jour, Coyote apprend que le parc de son enfance va être détruit. Commence alors une course contre-la-montre pour arriver là-bas à temps…
« Parfois, faire confiance à quelqu’un est la chose la plus terrifiante qui soit. Mais tu sais quoi ? C’est bien moins effrayant que d’être toute seule. »
J’ai adoré ce roman, bouleversant, ces personnages à vif, ces thématiques difficiles (deuil, homophobie, violence) qui sont contrebalancées par la plume délicate, l’humour et l’entraide qui ressort de cette histoire. C’est émouvant, mais c’est aussi extraordinairement lumineux, optimiste.
« Ouais. je suis peut-être un peu brisée. Peut-être un peu fragile. Mais je pense à Val, à Salvador, à Lester, et je me dis que ça va. Peut-être qu’on est tous un peu brisés ? Et un peu fragiles ? C’est peut-être pour ça qu’on a tellement besoin les uns des autres ? »
L’incroyable voyage de Coyote Sunrise, de Dan GEmeinhart. Pocket. Mars 2020
Un van sur la couverture de Sweet home, de Nancy Guilbert, voilà un autre titre parfait pour cette sélection road-trip. A son bord : Birdie, son frère Yzac et sa mère. Tous trois éculent les routes d’Irlande, au grand dam de Birdie, qui ne rêve que de se poser et de retrouver ses amies. Jusqu’au jour où le van tombe ne passe au beau milieu de la campagne.
« Je pleure sur la petite Birdie insouciante que j’ai été et dont j’ai lâché la main depuis longtemps. Je pleure sur mes notes écrites sous ma couette ou sur le rebord de ma fenêtre, près de l’océan agité ou dans le parc rempli de souvenirs en cascade qui me serrent la poitrine. Je pleure sur les enfants du monde entier qui voient leur famille et et leur monde s’écrouler parce que les adultes n’ont pas réussi à gérer. »
Avec la plume poétique qui est la sienne, Nancy Guilbert dépeint une famille déchirée et des personnages profondément touchants. Au milieu de l’Irlande sauvage, on aperçoit l’horreur, mais aussi la solidarité et la rédemption. L’écriture, la nature, font office d’exutoire, et permettent de surmonter l’insurmontable. Un roman puissant, intense, à découvrir sans hésiter.
Sweet home, de Nancy Guilbert. Didier Jeunesse. Octobre 2024
[Je sors un peu de la thématique, mais dans un mood « vacances + résilience », je ne peux que vous conseiller deux autres ouvrages de l’autrice : Et derrière nous le silence et Gazelle Punch. Le premier parle d’emprise et de violence, de famille dysfonctionnelle, le second de violence familiale. Mais tous deux, avec de très beaux exemples, abordent aussi et surtout la reconstruction, ou comment envisager la vie après l’enfer.]
Et derrière nous le silence, Nancy Guilbert. Gulf Stream, Octobre 2022Gazelle Punch ,Nancy Guilbert. Slalom. Mars 2023
Le désormais « classique » de Clémentine Beauvais, Les petites reines, ne pouvait que figurer dans cette liste. Trois jeunes collégiennes, élues « boudins » d’un stupide concours Facebook, décident de se lancer dans un défi : rallier Paris depuis Bourg-en-Bresse, à vélo, pour protester contre le harcèlement dont elles ont été victimes. Enfin, pas seulement… Chacune a une raison bien précise de s’inviter à la garden-party du 14 juillet… Au ours de ce périple, elle vont mettre ne lumière ce harcèlement, faire passer des messages et surtout, prendre confiance en elles.
« – Je ne comprends pas pourquoi vous vous entêtez à revendiquer ce nom de Boudins ! s’offusque Maman. C’est un mot horrible.
– On le rendra beau, tu vas voir. Ou au pire, on le rendra puissant. (Rubrique trucs et astuces de la vie, par Tata Mireille : prends les insultes qu’on te jette et fabrique-toi des chapeaux avec.) »
On ne le présente plus, c’est un roman à succès, et je l’ai adoré, que ce soit lors de ma première lecture à sa sortie, ou lors de sa relecture en 2024. C’est avec lui que j’ai découvert la plume pétillante de Clémentine Beauvais, et j’ai beaucoup ri avec ce périple à vélo, entre dépassement de soi, confidences et humour. C’est un récit tendre et lumineux, un voyage plein de bienveillance et de folie, qui met de bonne humeur.
Les petites reines, Clémentine Beauvais. Sarbacane, 2015
Ma chronique ICI, et celle d’Héloïse Ileautrésor là.
Bonus : ce roman a été adapté en BD en 2023 par Magali le Huche !
Les petites reines, de Magali Le Huche, d’après l’oeuvre de clémentine Beauvais. Sarbacane, 2023.
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Après l’est, on change de région. Juke Vox, de Pascale Perrier, est assez marquant, et pour cause. Cassandra a prévu de partir en vacances itinérantes avec sa cousine et meilleure amie Laly. Sur la route, elles chanteront. Chouette idée, non ? Mais quelques semaines avant le départ, Cassandra est violée. Les deux cousines partent tout de même, avec ce drame à surmonter…
« C’est fatigant, de marcher, de jouer, de faire semblant de sourire, y compris quand on n’en a pas envie. »
Juke Vox est un roman ado qui aborde l’après, les traumatismes et la souffrance, sur fond de voyage au soleil et de musique. L’histoire est racontée du point de vue de Laly, donc de la personne la plus proche de la victime. On ressent sa culpabilité, sa grande empathie, son impuissance, tout au long du voyage. C’est une lecture dure, mais qui aborde des thèmes importants.
Et si l’on s’éloignait un peu des sentiers battus ? Direction l’Australie avec Stolen, de Pascale Perrier. Avec ce roman, j’ai découvert la situation d’enfants aborigènes enlevés à leur famille. C’est le cas de Joshua, qui ignorait tout de ses origines, jusqu’au jour où sa sœur Ruby, qui a grandi dans un foyer, vient le voir et lui annoncer. Commence alors pour le jeune homme un voyage dans l’Outback australien, à la recherche de ses origines et de son identité.
« L’art est nécessaire aux hommes, vois-tu. Sans l’art, un homme ne verrait pas la beauté du monde. Nos malheurs viennent du fait que nous ne sommes plus en phase avec l’art. »
Avec Joshua, Ruby, puis William, j’ai découvert l’horrible destin de ces enfants. J’ai été secouée par cette violence, ces discriminations : j’ai aussi été émue par ces jeunes adultes paumés dans la seconde partie du récit. C’est un texte incisif, révoltant parfois, très beau à d’autres, qui sensibilise à l’importance du patrimoine culturel.
Stolen, de Pascale Perrier. Actes Sud Junior. 2018
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Dans un tout autre style, partons pour les États-Unis, avec Missouri 1627. Un roman engagé, et ô combien actuel, puisqu’il nous narre le périple de deux jeunes femmes, dont l’une souhaite avorter. Veronica a 17 ans, un brillant avenir devant elle, et est tombée enceinte malgré une relation protégée. Mais elle est mineure, et si elle veut se faire avorter, il lui faut parcourir 1627 kilomètres en voiture… C’est son ancienne meilleure amie Bailey qui accepte de l’emmener.
« J’ai adoré la vie que j’avais. C’était fabuleux. J’étais tout près de devenir une de ces personnes ringardes qui pensent avec nostalgie à leurs années de lycée. Mais ça, c’était hier. Bientôt, mes parents, mes amis, tout le monde apprendra la vérité, et il ne restera plus rien de la Veronica Clarke d’avant. Oubliées mes excellentes notes et mon investissement dans le conseil des étudiants. La seule chose que l’on retiendra de moi, c’est que je me suis fait avorter. »
Contrairement à ce que le sujet pourrait laisser entendre, c’est un récit plein d’humour. Haut en couleur même. Les deux héroïnes, un peu cabossées, vivent des moments forts, parfois burlesques, parfois rocambolesques. C’est un joyeux roman initiatique, qui parle aussi de confiance en soi et d’amitié.
Missouri 1627, de Jenni Hendrix et Ted Caplan. Bayard Jeunesse, février 2021
Vous êtes plus thriller ? Vous préférez de la vitesse ? Vous serez servi.e avec Ce qui fait battre nos cœurs, de Florence Hinckel. Un road-trip haletant, une course-poursuite qui tient en haleine. Les thèmes : la santé, l’inégalité devant l’accès aux soins, la bioéthique, l’intelligence artificielle, le poids des réseaux sociaux. Le tout mené tambour battant.
« Actuellement, trop de chercheurs testent des avancées technologiques ou médicales juste pour voir ce que ça va donner. On peut rajouter une lettre à l’ADN? Allons-y. Pour quoi faire? On verra plus tard! On a été trop loin? Une autre avancée scientifique va bien réparer ça, non? On vit dans un délire scientiste qui manque totalement finalité, de buts, d’objectifs précis. De vision à court ou à long terme. »
J’ai aimé le rythme fou, mais aussi et surtout les thématiques actuelle qui nous plongent dans un futur proche assez glaçant. Les personnages, notamment Esteban et sa petite sœur, sont fort touchants. C’est un roman intense, prenant, passionnant au niveau de ses réflexions !
Ce qui fait battre nos cœurs, de Florence Hinckel. Syros, 2019
Et un joli petit album pour clôturer cet article, et boucler la boucle avec plus de légèreté ! Avec Nationale 7, on découvre en effet une belle histoire de transmission, qui mêle nostalgie et impatience d’arriver à destination.
Louis a une mère géniale : elle est mécanicienne. Et même une mécanicienne hors pair ! Son travail : acheter et réparer de vieilles voitures et leur donner une seconde vie. Elle les libre en suite, avec son fils comme copilote. L’occasion de se remémorer d’autres voyages…
Il y a un doux parfum mélancolique dans cet ouvrage, beaucoup de tendresse et de complicité. C’est chou comme tout !
Nationale 7, de Didier Lévy, illustré par Sonja Bougaeva. Sarbacane, juin 2023