Lecture commune : Nuit étoilée de Jimmy Liao.

Au seuil de l’hiver, trois d’entre nous ont eu la chance de se retrouver. En vrai. Masquées mais enchantées ! Autour d’une tasse de thé, on a beaucoup discuté. Et puis Isabelle, aussi enthousiaste que Pépita sur ce sujet, a glissé dans les mains de Colette un album rare. Précieux, comme ce moment volé que nous venions de partager. De toute cette poésie, nous avons eu envie de parler. On vous livre donc aujourd’hui au seuil du Printemps, nos impressions de lecture.

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Colette. – Au seuil de ce livre, qu’avez-vous trouvé ? Sur quelle(s) piste(s) vous a lancées la couverture d’Une Nuit étoilée ?

Liraloin. La couverture au premier regard me fait penser à une belle amitié où rien n’est impossible et où tout est possible (le sourire des enfants), les étoiles qui laissent présager le temps qui passe et les jours qui défilent.

Pépita. Cette couverture, je la trouve incroyablement apaisante et si belle ! Ces deux enfants qui regardent le ciel avec confiance, côte à côte, en toute amitié, est d’un élan qui réchauffe le cœur ! J’ajouterais que cette bulle de bleu, aux contours mouvants, dans laquelle ils se trouvent dans la barque (symbole !) m’a fait l’effet d’une île protectrice, au milieu de ce ciel étoilé et de sa grandeur mystérieuse.

Leslivresdavril. Cette couverture est effectivement pleine de douceur et de poésie. Alors que le titre m’évoque évidemment le magnifique tableau de Van Gogh, l’illustration m’a fait penser au court-métrage de Pixar La Luna.

Isabelle. J’avoue que je n’ai pas fait tout de suite le rapprochement avec le tableau de Van Gogh, alors que le titre et les étoiles sur la couverture auraient pu me mettre la puce à l’oreille. Par contre, je suis tombée sous le charme de la poésie, de la douceur et de la rondeur des graphismes qui restituent ce qu’il y a de plus merveilleux dans l’enfance. En ce moment où nous sommes isolés de nos amis et enfermés entre nos murs, ce moment de contemplation partagée sous l’immensité du ciel étoilé m’a donné irrémédiablement envie d’ouvrir cet album.

Colette. – Vous soulignez la beauté, la paix, la douceur de la couverture que moi-même j’ai ressenties. Cependant, une fois l’album ouvert, nous sommes plongé.e.s dans une ambiance toute autre. Je ne m’attendais pas du tout à ce graphisme que je qualifierai de surréaliste ni à cette narration si particulière. Comment avez-vous vécu la découverte de “l’histoire” ? Avez-vous eu un double “choc” vous aussi ?

Isabelle. – Oui, je partage ton ressenti. En voyant la couverture, comme je le disais, je me suis dit que cette lecture allait être douce et réconfortante ; je ne me suis pas attendue un seule seconde à la solitude immense de cette enfant délaissée par des parents très occupés, dans un appartement où règnent l’ordre et une étrange géométrie, mais pas l’amour. Des scènes poignantes qui nous ont beaucoup remués – mon fils cadet n’a d’ailleurs pas pu se défaire de cette tristesse jusqu’à la fin du livre.

Pépita. – Tout comme vous, cette histoire m’a happée : j’ai d’abord été emportée par les illustrations, à tel point que j’ai vite lâché le texte pour y revenir ensuite. Les couleurs, l’implicite des images, le mystère qui en émane, la beauté, la douceur, la souffrance, la solitude, tout ça mélangé, c’est du coup un sentiment étrange qui vous envahit : comme si on contemplait tout en restant extérieur, sans possibilité d’entrer. Comme quand on regarde un tableau qui émeut. J’ai trouvé ça très fort pour un album dont la référence est justement faite au tableau de Van Gogh (représenté plusieurs fois d’ailleurs). Il y a quelque chose de surréaliste dans cet album et un va-et-vient entre réalité et rêve à la fois troublant et apaisant selon les pages.

Leslivresdavril. – Effectivement, on peut parler de choc, et dès la page de garde. Ce portrait de très près avec les yeux rouges m’a mise vraiment mal à l’aise ! Pour moi, la rencontre avec le garçon est un moment charnière tant dans le récit que dans les illustrations. À partir du moment où ils commencent à se parler les illustrations s’adoucissent. Les couleurs sont moins criardes, les dessins moins agressifs… J’ai trouvé que ce lien entre illustrations et état d’esprit de l’héroïne était vraiment intéressant. Ces illustrations sont tellement fortes qu’il est effectivement compliqué de les apprécier en parallèle du texte. Je rejoins Pépita dans la lecture en deux étapes, mais moi j’ai fait le contraire : j’ai lâché les illustrations pour y revenir après chercher des clés.

Liraloin.- Lors de ma lecture j’y ai vu toutes les références, enfin celles que je connais, à des tableaux : Magritte essentiellement, Van Gogh est venu après mais je n’ai pas du tout fait le rapprochement avec la couverture étoilée. Ce qui m’a le plus happée, c’est le ballon rouge et le buisson à l’arrêt de bus en forme de lapin. Oui, comme Colette, je trouve que l’intérieur est surréaliste et on ne s’attend pas du tout à rencontrer ces illustrations en lisant. Pour vous, que signifie le ballon rouge ?

Leslivresdavril. – Ce ballon rouge m’a directement attiré l’œil. Ma théorie serait qu’il symbolise quelque chose entre l’espoir et le besoin d’évasion de cette petite fille oppressée par ce quotidien étouffant (qui est d’ailleurs illustré avec force de racines et branches enchevêtrées, cages et autres fenêtres avec croisillons).

Colette. – A première lecture, je ne l’avais même pas remarqué, ce ballon rouge. Tout ce que je peux dire en relisant cet album, c’est que le ballon rouge disparaît dans la deuxième partie du livre, avec le bonheur retrouvé car oui je dirai que cet album fonctionne en 3 temps : l’insondable solitude, l’échappée belle, le retour au réel ; un peu comme en prosodie avec la protase, l’acmé et l’apodose, un mouvement ascendant couronné par un moment hors du temps suivi d’un mouvement descendant qui signe le retour au calme, à la sérénité.

Isabelle. – Ce ballon est l’un des éléments récurrents qui semblent dérouler un autre fil de l’histoire, en arrière-plan (il y en a d’autres, comme le buisson dont parlait Frédérique, les baleines et ces autres animaux intrigants qui habitent le quotidien de la petite fille). Quand j’ai lu l’album à mes enfants, ils les ont tout de suite remarqués, contrairement à moi. Il me semble que le ballon pourrait être une métaphore représentant la mélancolie de la fillette – ou au contraire ce monde merveilleux qu’elle déploie dans son imaginaire pour se réconforter. Comme le dit Colette, “l’échappée-belle” lui permet de surmonter son sentiment de solitude et d’enfermement, elle n’a plus vraiment besoin de tout ça à la fin de l’histoire.

Pépita. – Ce ballon, je l’ai vu comme une possibilité d’envol avortée, comme un fil à la patte en quelque sorte, comme une envie de s’élever et d’être entravé. Je rejoins Colette sur les trois phases de cet album et toutes les images qui se greffent implicitement sont comme des surimpressions d’imaginaire : cette petite fille a besoin de ça pour surmonter sa solitude.
Il y a un point qui me taraude dans cet album : j’ai lu des chroniques qui parlent de passage de l’enfance à l’adolescence. Je n’ai pas du tout vu ça. Au contraire, on reste dans l’enfance non ?

Colette. – Comme toi, ma chère Pépita, je n’y ai pas du tout vu le passage de l’enfance à l’adolescence mais vraiment une puissante histoire d’amitié. De ces histoires d’amitié bouleversante, intense comme dans les livres de Gary D. Schmidt par exemple. Le vocabulaire de la narratrice, ses préoccupations ne laissent pas du tout présager de l’entrée dans l’adolescence, me semble-t-il.

Leslivresdavril. – Je suis d’accord avec vous : pour moi aussi on reste clairement dans l’enfance. Mais on sent tout de même une évolution. Grâce à sa rencontre avec le garçon, elle sait maintenant trouver des ressources pour faire face aux difficultés et aux peines de la vie sans se réfugier systématiquement dans l’imaginaire. Ce qui est beau c’est qu’elle a su grandir tout en conservant sa capacité d’émerveillement.

Isabelle. – Je vous rejoins, c’est au cœur du pays de l’enfance que cet album nous transporte. J’ai ressenti la solitude, le sentiment d’être décalé.e par rapport à l’étrangeté du monde que les enfants peuvent vivre intensément parce qu’ils sont plus vulnérables, mais aussi parce qu’ils posent un regard neuf sur les choses qui n’a pas eu le temps de s’accommoder de leur absurdité. La capacité d’investir son imaginaire pour élargir et enchanter le quotidien est aussi quelque chose qui me semble propre aux enfants. Et surtout, comme le dit Colette, cette façon puissante de vivre l’amitié (tu parlais de Gary D. Schmidt, j’ai pensé pour ma part à L’amie prodigieuse, d’Elena Ferrante). Le texte m’a parfois fait penser aux poésies de Prévert que j’associe aussi à l’enfance.

Leslivresdavril. – Quel sens donnez-vous à ces citations de tableaux (et d’œuvres en général) plus ou moins connus et plus ou moins soulignés ?

Pépita. – Ces tableaux sont comme une promenade onirique à décrypter au fil des pages : mais je l’ai vu aussi comme une invitation à entrer dans l’art. ça ne vous est jamais arrivé de vouloir entrer dans un tableau ? Physiquement je veux dire. Ces illustrations qui m’ont happée dès le départ m’ont procuré cette envie-là et hop ! prise par la main, j’ai chaussé mes lunettes pour y lire les autres intentions artistiques. C’est vraiment fort !

Isabelle. – Tout à fait d’accord ! Cette scène où les enfants plongent littéralement dans La nuit étoilée de Van Gogh est jubilatoire. Elle donne envie de revisiter certaines œuvres d’art “en immersion” ! L’album montre aussi comment l’art et l’imaginaire peuvent se nourrir mutuellement – avec d’une part ces tableaux qui font rêver et inspirent la petite fille, d’autre part ce mur des baleines à la fin nourri des balades et rêves partagés par les deux enfants.

Leslivresdavril. – C’est très beau ce plongeon en effet. Ce passage de voyage rêvé est somptueux. On a l’impression de se déplacer à la fois dans des tableaux de Van Gogh, dans les souvenirs de l’héroïne et dans ses rêves, c’est très étonnant et remarquablement bien fait. Au passage, je trouve assez révélateur que l’appartement de la famille soit placé sous le patronat de Magritte avec Les amants et Le fils de l’homme alors que le grand-père a visiblement transmis son amour pour Van Gogh à sa petite fille.
Pour moi l’auteur oppose clairement les deux, qu’en pensez-vous ?

Colette. – J’imagine que l’auteur a voulu suggérer un parallèle entre l’histoire de sa jeune héroïne et les œuvres d’art qui jalonnent le récit. Je remarque que les tableaux de Magritte caractérisent la première partie du récit, ils ornent les murs de la maison. Pour moi, ils sont étroitement associés aux parents. Le premier tableau de Van Gogh apparaît dans la chambre de notre jeune héroïne juste après l’annonce de la mort de son grand-père. On voit une reproduction de La nuit étoilée sur le mur de sa chambre, au dessus de son bureau accompagné d’autres miniatures qui doivent être les oeuvres de la narratrice elle-même. Elle regarde par la fenêtre. Et c’est là qu’elle voit le garçon pour la première fois. Il me semble que La nuit étoilée est une peinture que Van Gogh a réalisée quand il était à l’asile à Saint-Rémy de Provence : c’est le paysage qu’il imaginait depuis la fenêtre de sa chambre. S’il y a un lien entre ce tableau et l’histoire de notre narratrice, c’est peut-être ce lien de la maladie mentale, car à la fin de l’échappée belle, c’est dans une chambre d’hôpital que nous la retrouvons, entourée de sa mère et de son père, La nuit étoilée surplombant le lit où nous la retrouvons transfusée. Finalement, cette histoire ne serait-elle pas celle d’une solitude que le deuil a transformé, sonnant le glas de la rationalité de cette enfant livrée à l’insondable profondeur de la tristesse ?

Leslivresdavril. – On n’a pas encore discuté de l’histoire, mais les détails disséminés dans les illustrations sont tellement intrigants ! J’ai l’impression que selon le type d’éléments auxquels on choisit de faire attention on obtient des indices différents.
On a parlé de la peinture mais il y a aussi les insectes et les animaux, et cet espèce de dragon qui se balade sur différentes pages. Vous avez des théories à son sujet ?

Pépita. – Tu as raison de le souligner Lucie, il y a tant à voir dans la lecture d’images dans cet album ! A chaque lecture, on en découvre des nouvelles. Les animaux et insectes renvoient à l’imaginaire foisonnant des enfants dans lequel ils se réfugient (et j’y place le dragon) et ces tableaux ne sont pas placés au hasard, tu as raison.

Liraloin. – Concernant le dragon, j’ai une p’tite idée. Il apparaît pour la première fois lorsque la petite fille se met en colère, elle se transforme pour aider le garçon. D’ailleurs c’est comme ça qu’ils “s’approchent”. Puis le dragon réapparaît juste avant qu’ils ne décident de quitter la ville : il n’y a pas de place pour eux, pour des rêveurs comme eux. Enfin il apparaît une dernière fois matérialisé dans l’ancienne chambre de la petite fille chez le grand-père. Le dragon est dompté, place à cette sérénité entre eux et chez la petite fille surtout.

Leslivresdavril. – Je suis tout à fait d’accord avec ton analyse du dragon Frédérique. J’ai pensé exactement la même chose. Mais en fait, pour moi il apparaît un peu plus tôt : on voit aussi un bout de queue par la fenêtre de la montée d’escalier alors qu’elle rentre chez elle après l’altercation dans les toilettes. C’est un peu comme si la colère montait mais que cette petite fille n’avait pas l’autorisation d’exprimer ses sentiments chez elle (la communication est absente, d’où Magritte) et qu’elle la chassait. Sauf qu’un jour, en effet, cette colère ne peut plus être contenue.
Ce voyage enchanteur et fondateur, est-il réel ou imaginaire à votre avis ?

Colette. – Voilà une question déchirante ! Mon cœur aime à voir dans ce fabuleux voyage et dans cette fabuleuse amitié une escapade réelle, un moment hors du temps, une parenthèse enchantée comme on peut parfois en connaître dans une vie. Mais ma raison me murmure qu’il faut se rendre à l’évidence : notre jeune héroïne s’est réfugiée dans l’imaginaire pour échapper au deuil, à la solitude et à l’incompréhension de sa famille. Ce que j’ai particulièrement aimé dans cette échappée belle, c’est que l’image envahisse la page au point d’en exclure les mots, j’aime bien cette idée, moi qui crois pourtant tellement au pouvoir de mots. Ce passage me rappelle les rêves que je fais parfois et qu’aucun mot ne peut traduire, si bien que je n’en garde que quelques impressions que je ne peux partager avec personne.

Pépita. – Je pense que ce voyage est réel. Avant lui, cette petite fille se réfugiait dans l’imaginaire, comme le dit Colette, pour supporter le deuil et sa solitude. Comme je me reconnais là-dedans ! Et puis cette rencontre avec une autre solitude qui vont se réunir pour partager du beau et du sensible. C’est réel car cela lui permet d’accepter. La construction de cet album peut paraître déroutante mais en fait, il faut juste lâcher prise.

Liraloin. – Dès que cet énorme soleil apparaît, il y a encore un changement. La barque est vide, la complicité s’est envolée, les enfants n’y sont plus. Soudain une belle double page avec cette baleine au milieu du bleu de l’océan qui me fait penser au garçon, lui qui aime tant les poissons. Quelle transition impeccable vers cette belle quadruple page s’ouvrant devant nous : que des portraits de cétacés et celui de la fille au milieu – lumineuse et souriante. Pas étonnant qu’elle soit là assise sur le parapet fixant la mer. Cette rencontre a changé sa vie à tout jamais. Oui “cette fois, le petit chien ne s’est pas transformé en un chien géant.” Il faut s’assumer maintenant même si tu es différente des autres.
En conclusion je dirais que cet album est bouleversant, dès les premières pages j’étais en larmes car durant mon enfance je me suis souvent “cachée” et les illustrations sont fortes, remuantes. Ici, le fait qu’elle rencontre le garçon juste au moment où elle fait le deuil de son grand-père est extraordinaire. Ensemble, ils se ressemblent et se complètent. Une lecture commune pleine d’émotion.

Leslivresdavril. – Je vois plusieurs étapes dans cette fin. La petite fille est évidemment triste d’avoir perdu son ami, son magicien. Mais pour moi il lui a tout de même permis de faire pousser la graine qu’avait plantée son grand-père, à savoir la capacité d’émerveillement. La page où elle est seule face à la mer, c’est vraiment ça pour moi. Elle a appris à prêter attention et se nourrir de la beauté du monde qui l’entoure. Et d’une manière ou d’une autre, soit parce qu’elle a été tellement triste que ses parents ont été forcés d’y prêter attention, soit parce que son ouverture au réel a permis de créer un lien avec eux, elle a aussi réussi à réparer quelque chose dans sa relation avec ses parents. Alors qu’ils semblent ne jamais lui avoir réellement prêté attention, on la retrouve en train de regarder tomber la neige en compagnie de sa maman.
Arrive le petit chien, et il lui suffit tel qu’il est. Elle sait maintenant profiter de ce qu’elle a, sans avoir à se réfugier systématiquement dans son imagination. Elle a grandi, a appris à gérer ses émotions, mais a gardé la magie de la beauté à laquelle sont si sensibles les enfants. Elle admire aussi bien un arbre en fleurs (qui fait d’ailleurs singulièrement penser à L’amandier en fleur de Van Gogh) qu’une toile (la fameuse Nuit étoilée) dans un musée.
La phrase “Quand le jour se lève, ta peine apaisée, garde en mémoire les ténèbres qui n’étaient pas sans beauté” qui est en quatrième de couverture dit ce cheminement douloureux mais nécessaire, qui à mon avis correspond plus à l’ancrage dans le réel qu’au passage à l’âge adulte.

Colette. – Une fois cet album intense terminé, qu’est-ce qui reste imprimé en vous ?

Liraloin. – Ce qui reste imprimé en moi c’est l’étrange vide que peut ressentir la petite fille et l’incompréhension que peut susciter le petit garçon, mais aussi cette belle complicité et une amitié fugace qui les marquera à jamais.

Leslivresdavril. – C’est étrange, je n’ai pas vraiment eu l’impression que cette lecture était “terminée” en refermant cet album. Cela ne m’arrive pas souvent mais j’y suis retournée, souvent, et je l’ai beaucoup fait lire autour de moi. Le cheminement est tellement foisonnant, la fin si ouverte… En fait cette lecture m’a poursuivie longtemps, mais je ne saurais pas expliquer ce qui est resté imprimé. C’est plus de l’ordre des sensations, difficile à exprimer. C’est à la fois rare et très étonnant.

Pépita.- Ma dernière impression ? Comme une envie d’y retourner encore et encore… Mais en laissant un peu de temps pour laisser les émotions continuer à m’envahir.

Isabelle. – De mon côté, je l’ai lu avec mes garçons et nos ressentis n’ont peut-être jamais été aussi différents. Pour ma part, j’ai été émue par la disparition du garçon, mais j’ai perçu la fin comme apaisante : la petite fille a grandi, elle n’a plus autant besoin de se réfugier dans des mondes imaginaires… Mon fils cadet, dix ans, a trouvé la fin insupportablement triste, j’étais stupéfaite. Son frère de onze ans et demi, lui, restait marqué par la beauté des pages parcourues.

Leslivresdavril. Je vois ce que tu veux dire Isabelle. Je pense que cette fin ouverte laisse la place au lecteur d’y projeter ses ressentis et son vécu.
On l’a lu tous les trois et aucun ne l’a pas interprété de la même manière.
C’est aussi ce qui fait l’intérêt de cette œuvre : elle est source d’interprétations et de discussions !

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Et c’est ce dont notre lecture témoigne ! Et on espère que dès que vous aurez plongé dans La Nuit étoilée, comme nous, comme la jeune héroïne aux longs cheveux noirs, vous en ressortirez changé.e.s !

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Coups de coeur de mars !

Alors que le printemps arrive, nous restons faces à l’incertitude d’un renouveau dans nos quotidiens perturbés par des mesures restrictives. Mais le livre a enfin été reconnu comme essentiel et parce que cela n’a jamais fait aucun doute pour nous, voici une sélection de nos coups de cœur.

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Le deuxième tome de Steam Sailors, Les Alchimistes fut pour Linda une véritable plongée dans l’univers steam punk créé par Ellie S. Green. Son récit nous entraîne une nouvelle fois en pleine aventures de pirates de l’air. Courses de modules, batailles navales et péripéties pénitentiaires nous permettent de découvrir un peu plus l’équipe des pirates qui tentent de venir en aide à la jeune Prudence.

Steam Sailors, tome 2. Les Alchimistes d’Ellie S. Green, Gulf Stream, 2020

Son avis complet à lire ICI.

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Grâce à Signé poète X, d’Elizabeth Acevedo et à l’excellente traduction de Clémentine Beauvais, Isabelle a vibré au rythme du slam de Xiomara. Cette adolescente américano-dominicaine grandit à Harlem et trouve sa voix sous nos yeux émus. Ce roman en vers libres est à l’image de sa sublime couverture : moderne, bouillonnant, plein de vie, de tensions et de possibles.

Signé poète X d’Elizabeth Acevedo, Nathan, 2019 pour la traduction française.

Pour lire l’avis d’Isabelle, c’est par ICI !

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Pour Colette, une BD particulièrement originale a retenu toute son attention : Peau d’homme de Hubert et Zanzim publié chez Glénat. Dans l’Italie de la Renaissance, une jeune femme, Bianca, doit se marier à Giovanni, un riche marchand, que ses parents ont choisi pour elle. A quelques jours du mariage, sa marraine, figure tutélaire hautement subversive, lui confie un secret : depuis plusieurs générations, les filles de la famille possèdent une peau d’homme qui une fois revêtue, permet de rejoindre les cercles bien verrouillés des mâles de la cité. Métamorphosée en Lorenzo, Bianca va découvrir la liberté, celle de l’amour, de la sensualité, de la sexualité épanouie et choisie. Nous suivons Bianca et Giovanni tout au long de leur vie d’adulte et leurs aventures amoureuses nous bousculent, nous questionnent sur le poids de la culture dans nos choix amoureux….

Peau d’homme, Hubert, Zanzim, Glénat, 2020.

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Pour Liraloin c’est Séverine Vidal et son roman L’Eté des Perséides qui remporte le coup de cœur de mars.

Séverine Vidal nous livre un roman complétement différent de ce que j’ai pu lire de cette autrice et c’est une excellente surprise. Le mystère et le suspense nous tient en haleine du début jusqu’à la chute et quelle chute ! Je me suis beaucoup attachée aux personnages notamment au duo Ana/Jonas. Deux êtres unis, se connaissant à peine, luttant pour réunir leurs familles respectives. Un sentiment très fort bien au-delà de l’amour nous envahit. Lisez et vous comprendrez alors pourquoi.

L’Eté des Perséides de Séverine Vidal, Nathan, 2021

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Lucie a découvert son coup de cœur par pur hasard, en piochant dans les livres empruntés par ses élèves à la bibliothèque. Quelle découverte et quelle belle surprise que ces Oiseaux-là !

Dessins minimalistes, couleurs vives, peu de texte et un effet immédiat.
“Un seul de ces petits détails suffit à enrichir l’instant qui passe.”
Simple et beau. Une magnifique fable sur le lien tissé entre deux êtres, lien mis à rude l’épreuve ces temps-ci.

Les Oiseaux de Germano Zullo, illustrations Albertine, La Joie de lire, 2010

Son avis ICI.

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Pour Pépita et son Méli-MéLo de livres, le choix s’avère encore difficile : mais cet album de Jimmy Liao Le poisson qui me souriait, a laissé une empreinte forte : ce petit bijou d’empathie, publié il y a 20 ans, n’a pas pris une ride : au contraire, il parle à notre époque mieux que jamais.

Le poison qui me souriait, Jimmy Liao, HongFei Cultures

Son avis ICI.

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Enfin, nous voulions partager un coup de cœur commun pour un roman que nous sommes plusieurs à avoir lu et beaucoup aimé. La réécriture moderne et féministe du conte La Princesse au petit Pois par Flore Vesco.

D’Or et d’Oreillers de Flore Vesco, l’école des loisirs, 2021.

Les avis d’Isabelle, de Linda et de Pépita.

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Et vous, quel coup de cœur souhaitez-vous partager ?

Lecture commune : Marie et Bronia.

En mars, À l’ombre du grand arbre, nous célébrons les femmes ! Et aujourd’hui nous mettons à l’honneur deux femmes hors du commun, deux scientifiques incroyables : Marie Curie et sa sœur Bronia Dluska. C’est grâce à la plume de Natacha Henry, essayiste féministe, historienne et journaliste franco-britannique, que nous avons découvert ce qui liait ces deux sœurs, ce qui les faisait avancer au delà des interdictions et des préjugés qui empêchaient alors les femmes d’étudier et de se réaliser dans les sciences. Une lecture commune s’imposait !

Frédérique. – Qu’as-tu pensé de la couverture ?

Colette.- Alors, avec le recul permis par la lecture, je dirais que la femme sur la couverture, au milieu de cette allée enneigée, au cœur d’une campagne glaciale, c’est plutôt Marie. Marie qui se tourne vers l’avenir qu’elle est en train de se construire en travaillant pour la famille qui vit dans la grande maison bourgeoise que l’on devine à l’arrière-plan. La couverture aurait été encore plus symbolique si sur sa quatrième, on avait pu deviner la silhouette d’une femme traversant les rues de Paris. D’un côté Marie, de l’autre Bronia, et au centre les 327 pages qui nous racontent leur pacte.

Frédérique. – Pour moi, cette couverture évoque une fuite, un élan. Il y a deux prénoms sur la couverture et pourtant une seule femme. Comme si Bronia et Marie ne faisaient qu’une, avec une envie commune : celle de réussir. Dès les premières pages, le lecteur sent un couple qui s’aime et qui se ressemble (les parents de Marie et Bronia) qui je pense seront toujours des modèles en amour pour les deux sœurs. Pour toi, que veut montrer ce couple à ses enfants?

Colette.- Bronislawa et Wladyslaw forme un couple d’une grande simplicité, de celle qui caractérise les amours sincères. Ils ont la passion de l’enseignement et de la transmission en partage et ils sauront, chacun à leur mesure, l’insuffler à leurs cinq enfants. Bronislawa, un peu moins longtemps que son époux, hélas… Ce que j’ai pu pleurer en terminant ce premier chapitre… Que dirais-tu de l’ambiance familiale dans laquelle grandissent Marie et Bronia ?

Frédérique.- L’ambiance familiale est très chaleureuse car, comme nous l’évoquions précédemment, cette famille est issue d’un couple qui s’aime. Très vite on sent que les enfants, qui ont peu d’écart, sont unis et s’entraident beaucoup. Malheureusement, le malheur s’abat très vite dès que la mère tombe malade.

Colette.- Oui, je suis entrée dans ce livre les larmes aux yeux ! C’est rare d’ailleurs les romans qui commencent par un enchaînement de tels évènements dramatiques. Je ne sais pas pour toi, mais quand j’ai lu les pages sur la mise en quarantaine de Bronislawa, je me suis rendue compte à quel point la situation que nous vivons en ce moment avec le coronavirus n’était vraiment pas une situation inédite et que des tas d’autres avant nous avaient du y faire face sans les connaissances et les moyens scientifiques que nous avons… Cela m’a permis de relativiser notre malheur.

Frédérique.- Exactement!!! Tout comme toi je me suis dis “whaouuuu” et bien, tiens donc, quelle coïncidence. Je ne sais plus mon sentiment à ce moment là, mais j’ai pris une petite baffe. Une baffe qui m’a fait réagir en me disant qu’un jour nous allions nous sortir de tout cela.

Colette. – Ce que j’ai trouvé très intéressant dans ce roman, moi qui adore le personnage de Marie Curie et qui avais lu plusieurs documentaires sur elle, c’est qu’ici l’auteure nous la montre certes avec ses forces, mais aussi avec ses faiblesses. Comment la décrirais-tu ? Quel portrait gardes-tu en mémoire de ce personnage ?

Frédérique. – J’ai lu et vu quelques documentaires sur Marie Curie également, toujours très fascinée par cette intelligence un peu hors du commun. Le dernier documentaire, lu avec mon fils, était celui de la collection Les Grandes Vies chez Gallimard jeunesse.

Marie Curie, Coll. Les Grandes Vies, Gallimard Jeunesse.

Dans ce roman, son portrait de départ est celui d’une fille, d’une jeune fille et d’une femme déterminée à poursuivre ses études, que rien de peut arrêter. Elle est forte, solide et semble incassable ! Elle prend sur elle lors de la maladie de sa mère, durant le deuil aussi. Elle se tait et se retient lorsqu’elle doit être gouvernante pour aider sa sœur financièrement. Il y a une forme de renoncement surtout lorsqu’elle se sent délaissée par son premier amant. Et se ré-enferme d’ailleurs pour mieux se laisser aller à l’amour plus tard avec Pierre Curie.

Colette. – Par rapport au portrait que tu dresses de Marie Curie, j’aimerais ajouter que ce livre apporte quelque chose d’infiniment plus humain que tous les documentaires que j’ai pu lire précédemment sur cette éminente scientifique : on y découvre quand même une jeune fille qui aime s’amuser, danser, patiner, courir… On y découvre une amoureuse passionnée, qui vit ses relations amoureuses tellement fort que l’une d’elles va manquer d’éteindre la soif d’apprendre de notre héroïne. Il y a quelque chose de léger, d’insouciant, de virevoltant chez Marie qu’on ne retrouve pas chez Bronia, qui pour moi est beaucoup plus déterminée que sa sœur à réussir ses études. Et je ne m’y attendais pas, étant donné que je ne savais absolument rien sur la sœur aînée de Marie Curie alors que, franchement, quel personnage incroyable !

D’ailleurs que retiens-tu de la personnalité méconnue de Bronia, qui pourtant, on ne cesse de le dire, a joué un rôle primordial dans la trajectoire de Marie ? Je trouve son travail sur l’allaitement précurseur et m’étonne qu’il ne soit pas plus connu.


Frédérique. –Pour moi, elle est indissociable de Marie à tel point que, même quelques mois après ma lecture, j’ai l’impression que les deux sœurs ne font qu’une. Bizarre non? Comme toi, je ne connaissais pas du tout le parcours de Bronia. Pour toi, comment les deux sœurs se complètent tout le long du roman ?

Colette. – Je trouve que si, au départ, les deux sœurs avaient un parcours similaire, dirigé vers les études et des carrières de scientifiques, elles prennent des chemins très différents quand elles sont séparées physiquement, l’une à Paris, l’autre à Szczuki. En fait, il faut bien le dire : d’après ce roman, il n’y aurait pas eu de Marie Curie sans Bronia Dluska ! Si Bronia n’avait pas insisté pour rappeler à Marie leur pacte, elle serait peut-être restée en Pologne à jouer la gouvernante des enfants de familles riches. C’est incroyablement beau quand même cette sororité qui pousse à se dépasser et à rester intègre à soi-même ! Qu’en penses-tu ?

Frédérique. – Je pense que c’est là que réside toute cette histoire de pacte ! L’une sans l’autre ne peut s’accomplir. Après tout, une fois Bronia installée et mariée, cette dernière aurait pu “oublier” ou se “dégager” de ce pacte. Rien ne s’oublie : le sens du devoir et surtout cet amour véritable qui unit les deux sœurs ! J’ai quand même l’impression que ce sens du devoir est beaucoup plus fort chez les femmes. Est-ce à cause de l’impossibilité de faire des études? Qu’est-ce que tu en penses ?

Colette. – Concernant le sens du devoir, comme dans le roman, nous n’avons pas vraiment de personnages masculins que l’on pourrait analyser en parallèle de nos deux héroïnes, je ne saurais répondre à ta question. Malgré tout, il y a dans ce roman un personnage masculin particulièrement émouvant, c’est le père de nos deux sœurs et il me semble qu’il fait preuve d’un merveilleux sens du devoir parental. En effet, même si le pacte est ce qui pousse Marie à sortir de la morosité dans laquelle la plonge sa déception amoureuse, c’est aussi son père qui trouve, en quelques mots comment l’amener à renouer avec la physique. Je trouve ce père formidable ! Vive les romans jeunesse qui mettent en avant des pères (qui plus est ici de famille nombreuse) aussi investi ! C’est finalement la famille qui est au cœur de toutes les ambitions, des cheminements, des découvertes de Marie et Bronia. Que ce soit dans le cocon familial en Pologne ou dans la famille retrouvée à Paris ou encore, plus tard, avec la rencontre avec Pierre, avec la famille de celui-ci, si accueillante et investie. Quel formidable grand-père, le docteur Curie ! Je lis ce roman non seulement comme une ode à la sororité mais surtout à la famille. D’ailleurs, n’est-ce pas quand Marie s’éloigne de sa famille que le pacte pourrait être brisé, que le moins audacieux en elle pourrait être flatté ?

Frédérique. – Je suis d’accord avec toi, la figure paternelle est très bien construite. Le père est dévoué à ses enfants. Ce que tu écris me fait penser à autre chose sur les hommes qui gravitent autour de nos deux sœurs. Casimir aura fort à faire pour tenter de séduire Bronia qui ne voit en lui qu’un séducteur et elle va le repousser dans ses retranchements, ce qui est très intéressant. Pierre Curie, c’est autre chose, sa timidité joue contre lui et il admire complètement Marie. Et je suis d’accord avec toi, la famille ne fait plus qu’un lorsque Marie s’éloigne. Elle semble perdue mais son courage reprendra le dessus, grâce à sa sœur, encore une fois!

Colette. – Parlons un peu d’amour si tu le veux bien justement ! Quel rôle joue-t-il ce sentiment dans le parcours de vie de nos deux héroïnes ?

Frédérique. – Il est au cœur de leur histoire. Le plus beau c’est qu’il est présent dès le départ, mais il n’est pas au centre de leurs préoccupations. Marie et Bronia mettent l’accent sur leurs études et n’ont que faire de l’amour. Peu à peu, il prend une place comme pour les aider à cheminer, à trouver une force au-delà d’elles-mêmes. Très tôt, nous l’avons évoqué plus haut, l’amour est présent à travers l’amour des parents. Je pense que Marie et Bronia souhaitent avant tout être en osmose avec leurs futurs amoureux et surtout sur le même pied d’égalité. Après tout, c’est Marie qui aide Casimir Zorawski à résoudre un problème de mathématique (alors que lui est dans une grande école). C’est Bronia qui tient tête à son Casimir Dluski si séducteur. Enfin, c’est Marie qui sera la clé de la réussite de Pierre Curie. Pour moi, il est là tout le long du récit, cet amour complet et unique. L’amour qui fait vibrer le cœur grâce à la tête.

Colette. – C’est un des aspects que j’ai adorés dans ce roman, non Marie et Bronia ne sont pas que des intellectuelles, ce sont aussi des être sensuels ! Loin des clichés sur les scientifiques. Comment comprends-tu le choix de l’auteure de ne pas faire durer le roman jusqu’à la mort des personnages, comme on pourrait s’y attendre dans un roman qui se veut quand même biographique ?

Frédérique. – Pour moi c’est un choix parfaitement simple. Natacha Henry a choisi ne de garder que cette belle complicité entre Marie et Bronia. C’est notre toile de fond, elle résonne tout le long du récit et ainsi éclipse toute tentation de vouloir conclure sur la mort des personnages. Et toi, Colette comment le perçois-tu?

Colette. – J’ai vu ce choix comme une fenêtre en effet sur l’accomplissement du pacte : une fois le pacte “réussi”, l’histoire était terminée. Mais du coup, je me suis demandée si après le déménagement de Bronia et de son mari pour leur projet de sanatorium, les deux sœurs s’étaient éloignées – non seulement géographiquement mais aussi moralement. Il n’y a pas de précision sur ce point dans les notices biographiques à la fin du livre. J’ai toujours le besoin de savoir comment les gens exceptionnels vieillissent, ça doit être un questionnement lié à la quarantaine qui approche à grands pas. Si tu ne devais garder qu’un mot pour caractériser Marie et un pour caractériser Bronia, que choisirais-tu ?

Frédérique.- Marie, c’est la pugnacité et Bronia, la stabilité, deux qualités qui s’accordent parfaitement avec leurs métiers respectifs.

Nous vous invitons donc à découvrir ces deux femmes exceptionnelles en empruntant le livre de Natacha Henry dans la médiathèque la plus proche ou en rendant visite à votre libraire !

C’est quoi l’âme sœur ?

Et si on commençait cette sélection thématique par un poème de Paul Eluard, un poème à murmurer à l’oreille de votre propre cœur, pour attiser le feu et accélérer le pouls, pour se souvenir ou se projeter :

L’Amoureuse

Elle est debout sur mes paupières
Et ses cheveux sont dans les miens,
Elle a la forme de mes mains,
Elle a la couleur de mes yeux,
Elle s’engloutit dans mon ombre
Comme une pierre sur le ciel.

Elle a toujours les yeux ouverts
Et ne me laisse pas dormir.
Ses rêves en pleine lumière
Font s’évaporer les soleils,
Me font rire, pleurer et rire,
Parler sans avoir rien à dire.

Aujourd’hui, voici donc une sélection qui va vous faire croire à l’âme sœur… Ou vous convaincre qu’elle n’existe pas !

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Et pour rester dans la poésie, voici un album doux et tendre que j’aime d’amour : à l’image de ce baiser du bout des moustaches de la couverture, sur chaque double-page : une paire d’animaux, parfois improbables, dans une très belle illustration page de droite, qui traduit dans un bel élan le sentiment amoureux dans ce qu’il a de fragile et de profond, et page de gauche, une poésie au titre évocateur et qui dit ce qui se joue dans l’illustration. Un petit livre grand comme l’amour !

Deux qui s’aiment de Jürg Shubiger et Wolf Erlbuch, La Joie de lire

L’avis de Pépita

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La question de l’âme sœur est une question si ancienne qu’elle imprègne les plus antiques récits, les mythes et les légendes qui ont bercé et bercent encore l’entrée en littérature d’un grand nombre de jeunes lecteurs et de jeunes lectrices. Frédéric Clément et Ghislaine Roman se sont lancé.e.s le défi de partager avec nous quelques unes des ces histoires d’amour fou, ces amours qui mènent à la folie et le plus souvent la mort. Dans le magnifique album L’Amour fou, nous retrouvons en Grèce Ulysse et Pénélope, en Arabie Qays Ibn al-Mulawwah et Laylâ, à Vérone Roméo et Juliette, en plein cœur de l’océan indien Paul et Virginie, en France Cyrano et Roxane, et en Asie Orihimé et Kengyû. Et au fil des pages et des magnifiques illustrations de Frédéric Clément, nous ne pouvons qu’admirer ce qui fait la puissance de ce sentiment qui unit les êtres humains, au delà du temps qui passe et des continents.

L’Amour fou, Ghislaine Roman et Frédéric Clément, Saltimbanques éditions, 2020.

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Cet amour fou qui peut unir deux êtres, il peut surgir dès le plus jeune âge. C’est ce que raconte avec beaucoup de poésie et de délicatesse le très bel album au doux format à l’italienne intitulé Tandem publié en 2016 par les éditions La Joie de lire. Séverine Vidal et Irène Bonacina y racontent à travers un dessin au trait délicat et une bichromie bien choisie le lien qui se tisse entre une petite chouette et un long oiseau à casquette. Les mots de Séverine Vidal, avec une simplicité lumineuse, dévoilent toute la complexité de ce que l’on peut ressentir quand on découvre l’âme soeur, qu’on apprend à la comprendre, qu’on l’attend, qu’on l’espère et que l’on craint qu’elle nous oublie alors que pourtant on l’aime en toute confiance.

Tandem, Séverine Vidal et Irène Bonacina, Editions La Joie de lire, 2016.

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S’il y a un roman que j’aime un peu, beaucoup, passionnément pour parler d’amour avec les grands ados que j’ai la chance de côtoyer, c’est l’intense Le Fair ou mourir de Claire-Lise Margier publié aux éditions du Rouergue en 2011. On y suit les premiers pas au lycée de Damien, un jeune homme qui se cherche, et qui se trouve en Samy. C’est une histoire d’amour qui me bouleverse à chaque lecture. On y retrouve tous les ingrédients de l’amour tragique : les familles qui s’opposent, la figure paternelle autoritaire qui s’immisce dans les choix amoureux de son enfant, un amour que le héros n’assume d’abord pas, un amour qui nous change et nous fait devenir autre. C’est grâce à Pépita, que je l’avais découvert (et j’ai relu avec émotion le commentaire laissé sur son blog, il y a déjà… 8 ans !). Pour lire son avis, c’est ici.

Le Faire ou mourir, Claire-Lise Marguier, Editions du Rouergue, 2011.

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En contre-pied de l’âme-soeur, voici MON AME FRERE : un roman de Gaël Aymon qui pose le choix : avenir contre amour. Camille va devoir choisir. A quoi renoncer ? Un très beau roman sur l’amour conjugué à deux mais pour plus tard.

Mon âme frère de Gaël Atmon,
Actes sud junior

L’avis de Pépita

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Est-il encore besoin de présenter Nos étoiles contraires de John Green ?
Ce qui est sûr, c’est que selon nous cette histoire d’amour, contrariée par le cancer, avait toute sa place dans cette sélection. Parce que les sentiments d’Hazel et Augustus sont tellement sincères et émouvants qu’ils nous donnent envie de croire à l’âme sœur même dans les situations dramatiques.

Nos étoiles contraires de John Green, Pocket Jeunesse

Les avis de Bouma et Pépita.

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Quand nous avons préparé cette sélection, Isabelle faisait partie de celles qui restaient sceptiques face à l’idée d’âme-soeur, surtout déclinée au singulier. Elle a donc choisi d’illustrer des expériences que cette idée ne saurait synthétiser, avec trois romans coup de cœur !

Les âmes-sœur peuvent être celles qui se trouvent et s’entraident dans la difficile quête de soi, face aux normes sociales, aux écueils de la déviance et aux poids des attentes parentales… Ari et Dante, 15 ans, sont différents – l’un ordonné, tourmenté et introverti, l’autre plus sûr de lui et optimiste, maniant aussi bien le verbe que l’ironie. Mais ne dit-on pas que les contraires s’attirent ?

Aristote et Dante découvrent les Secrets de l’Univers, de Benjamin Alire Saenz, Pocket Jeunesse, 2015.

Les avis de Linda, Pépita et Isabelle

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L’âme-sœur pourrait aussi être celle qu’on ne parvient pas à oublier des années après que les circonstances nous l’ont ravie. Celle que dont on chérit les souvenirs en forme de bouts de papiers amoureusement rassemblés dans une vieille théière, en dépit du temps écoulé, des kilomètres et des frontières… Un roman captivant et bouleversant !

L’arrêt du coeur ou comment Simon découvrit l’amour dans une cuisine, d’Agnès Debacker, illustrations d’Anaïs Brunet. Éditions MeMo, 2019.

Les avis de Bouma, Isabelle, de Pépita et notre LC

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L’âme-sœur pourrait, enfin, être tout simplement celle que l’on choisit – et celle qui nous choisit tel.le que nous sommes, sans chercher à nous faire rentrer dans un moule, même quand on est aussi originale et décalée que Miss Charity !

Miss Charity, de Marie-Aude Murail, L’école des loisirs, 2008.

Les avis d’Isabelle et de Linda

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L’âme sœur se décline à l’infini pour Anne Shirley, cette jeune fille à l’esprit rêveur. Que ce soit par le lien filial qu’elle tisse avec Matthew ou par ses quelques amies de cœur, Anne trouve l’âme sœur dans chaque esprit qui communie avec le sien. C’est la résonance de deux cœurs qui donne vie à ce lien si particulier!

Anne de Green Gables, de Lucy Maud Montgomery, Monsieur Toussaint Louverture, 2020

Nos coups de cœur de Janvier.

Janvier : un mois que nous avons voulu chaleureux grâce à notre Swap de début d’année, engagé aux côtés de l’édition indépendante, joyeux en compagnie de Monsieur Tullet. Janvier, un mois pour s’élancer. Malgré les masques qui entravent les ailes de nos sourires. Malgré les couvre-feux qui nous empêchent d’attiser les incendies des joies du spectacle vivant, des amitiés frivoles et des amours brûlantes. Janvier donc. Un mois pour écouter plus que jamais nos coups de cœur tambouriner.

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Pour Colette, l’année a commencé en compagnie de Marie et Bronia, deux sœurs incroyables, vibrantes, persévérantes et tellement intelligentes ! Des filles reconnaissantes, des amoureuses passionnées, des mères bienveillantes et surtout des femmes engagées de tout leur être à mieux comprendre le monde pour pouvoir le transformer. Deux femmes infiniment puissantes.

Marie et Bronia, le pacte des soeurs, Natacha Henry, Albin Michel, Litt’.

En Mars, mois que nous consacrerons aux femmes inspirantes, on vous en livrera une lecture commune en tête à tête avec Frédérique.

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Ce mois de janvier a été l’occasion pour Lucie de découvrir quelques livres de la sélection pour le prix UNICEF 2021, dont le thème est “Au fil des émotions”. De ces ouvrages d’une grande qualité s’est détaché Le train fantôme.
Dans cet album, Didier Lévy nous entraine aux côtés de Lina, partie à la recherche de son grand frère qui a quitté le domicile familial suite à une dispute avec leurs parents. Les illustrations “à la manière noire” de Pierre Vaquez fourmillent de détails et évoquent irrésistiblement l’univers du réalisateur Tom Burton.
Un album sombre mais d’une grande délicatesse sur les difficultés de communication et la perte d’un être cher.

Le Train Fantôme de Didier Lévy, Sarbacane

Son avis et celui de Ladythat avec un aperçu des magnifiques illustrations.

Plus de renseignements sur le prix UNICEF ici.

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Pépita et son MéLi-MéLo de livres ont vibré à la lecture de ce roman solaire et lumineux : une infusion d’humanité sur ces liens qui nous échappent, qu’on se créé, qu’on défait sans savoir que nous sommes nous aussi unis par des constellations. A lire absolument !

A quoi rêvent les étoiles de Manon Fargetton, Gallimard jeunesse

Mon p’tit avis, c’est par ici

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Ce mois-ci, Isabelle n’a pas pu se décider et elle partage donc son coup de cœur entre un roman et un album ! Le roman du mois est donc L’Ickabog, une histoire aux allures de conte sur laquelle plane une créature de légende : conte pour enfants ou menace réelle ? À lire pour l’univers décalé, l’aventure, le mystère et une réflexion fort pertinente sur l’irrationalité de certaines peurs et de leur instrumentalisation à des fins de pouvoir. Ça commence avec les Père Fouettard et autres mythes inventés pour impressionner les enfants, et ça finit avec les marchands de peur qui font leur commerce politique en pointant des menaces largement déconnectées de la réalité – quand il ne s’agit pas purement et simplement de fake news. Les dangers les plus grands ne sont pas toujours là on les attend !

L’Ickabog, de J.K. Rowling, Gallimard Jeunesse, 2020

Son avis et celui de Théodore !

Et en album, la lecture du mois fait écho à nos meilleurs chimères : n’avez-vous jamais rêvé de concocter un gâteau incroyabilicieux, avec ce qu’il faut de crèmes parfumées, de chocolat, de meringues et de sucre glace ? Une création suffisamment colossale pour que vous puissiez y organiser une grande FÊTE avec TOUS vos copains (célébrités et amis imaginaires compris) ? Le projet serait d’autant plus savoureux qu’il serait exécuté collectivement, avec la multitude de vos camarades poussins ! Cette fête inoubliable qui prend une dimension particulière dans la période actuelle, Claude Ponti l’a créée pour vous avec ce classique gourmand et réjouissant, à découvrir absolument dans la nouvelle édition géante parue récemment chez L’école des loisirs !

Blaise et le Château d’Anne Hiversère, de Claude Ponti. L’École des loisirs, édition géante de 2020.

Les avis d’Isabelle et des Lectures Lutines

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Liraloin se prend pour une guerrière (ce qui lui arrive souvent) et vous parle de la série Bergères Guerrières de Jonathan Garnier & Amélie Fléchais.

Molly vit seule avec sa maman dans un petit village qui n’a rien à envier à Astérix. Elle fait partie des Bergères Guerrières, un groupe de petite fille en apprentissage : « Nouvelles recrues ! vous avez maintenant l’âge d’intégrer la formation pour devenir un membre de l’ordre. Vous êtes nées il y a dix ans, en cette sombre année, mais vous représentez l’espoir et le renouveau. » Peu d’hommes sont restés au village, les autres ont disparu, jamais revenu d’une guerre aux confins du territoire que l’on appelle « Terres Mortes ». Afin de parfaire leur apprentissage, Molly et son fidèle destrier Barbe Noire ainsi que toutes ses amies partent en mission. C’était sans compter sur Liam, son meilleur ami, venu durcir les rangs car lui aussi veut devenir une Bergère Guerrière…

Les trois premiers volumes de cette série sont très riches en aventures et rebondissements. Si l’action se focalise sur les personnages principaux : Molly et Liam, leur amitié est renforcée par tous les autres personnages qui apportent une belle dynamique à cette BD. Les intrigues s’entremêlent bien et la magie apporte du frisson.

La relève : volume 1, la menace : volume 2 et le périple : volume 3 nous annonce une suite tumultueuse !

Bergères Guerrières de Jonathan Garnier & Amélie Fléchais, Glénat, 2017-2019

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Chez Bouma, c’est un album qui a su séduire petits et grands par le talent indéniable qu’il s’en dégage. On y suit un conducteur de camion s’arrêtant sur le bas côté d’une route de montagne. Il semble à la recherche de quelque chose et ce que l’on va découvrir avec lui au fil des pages est très loin de ce que l’on aurait pu imaginer.

La Montagne de Manuel Marsol et Carmen Chica, Les Fourmis rouges, 2018

Véritable ode à l’imagination, le talent de raconteur des auteurs prend forme au fur et à mesure que l’on découvre les illustrations, magnifiques, pleines de sens et de couleurs. Manuel Marsol a d’ailleurs remporté le 8e Prix International de l’Illustration de la Foire de Bologne pour cet album. On ne saurait donc que vous en recommander la lecture.

Son avis ici.

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Chez Linda, c’est l’histoire de Winnie qui a su séduire Lady et Petite Lady. S’inspirant des histoires de sa famille, Lindsay Mattick écrit à quatre mains, avec Josh Greenhut, un récit touchant, débordant d’amitié et d’humanisme sur fond de Première Guerre Mondiale. Elle revient sur l’histoire de Winnipeg, une ourse noire adoptée au Canada par un jeune soldat qui l’emmena en Europe comme mascotte de son régiment avant de la placer au zoo de Londres où elle devint la mascotte des londoniens et notamment celle d’un jeune garçon prénommé Christopher Robin, fils de l’auteur A.A. Milne.

Winnie et la Grande Guerre de Lindsay Mattick & Josh Greenhut, l’école des loisirs, 2020.

Son avis ici.

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Il ne reste plus désormais qu’à aller fouiller dans nos nouvelles (ou anciennes) Piles à Lire (PAL) pour trouver les coups de cœur du mois prochain.