Lecture d’enfant #40 : La Vague

Du haut de ses douze ans et demi, Gabrielle aime les récits qui questionnent notre monde et son fonctionnement. Elle a dévoré La Vague de Todd Strasser et avait envie de partager son expérience de lecture. Publié pour la première fois en 1981, La Vague revient sur une expérience psychologique réalisée dans un lycée californien en 1969 par le professeur d’histoire Ron Jones, La troisième vague.

La Vague de Todd Strasser, PKJ, 2009.

Qu’est-ce qui t’a donné envie de lire ce roman ?

J’ai vu le film (Die Welle, Dennis Gansel, 2008) avec ma mère. Je l’ai aimé et, quand j’ai appris qu’il y avait un livre, je me suis dit que j’aimerais en savoir plus et voir jusqu’à quel point le livre et le film se ressemblent.

L’histoire est-elle la même ? Quelles sont les différences ou similitudes ? Quel format t’a plu le plus ?

L’histoire est à peu près la même à part quelques détails (que je garde pour moi pour ne pas spoiler). J’ai préféré le livre car la fin est moins sombre.

Peux-tu nous dire de quoi parle ce roman ?

L’histoire se déroule dans un lycée californien. Un professeur d’histoire veut faire comprendre à ses élèves le nazisme et la mise en place d’un tel mouvement. Il veut aussi leur faire comprendre que même aujourd’hui, après en avoir pourtant tiré les leçons, notre société pourrait en reprendre la forme en un instant. Il leur propose une expérience de mise en situation : obéir à un leader, faire un salut, scander un slogan… Le mouvement va peu à peu prendre des proportions énormes en quittant la classe vers l’extérieur, et devenir incontrôlable.

Que penses-tu de cette expérience ? Crois-tu que le professeur a eu raison de la mettre en place?

Je pense que c’est complètement fou et pas la bonne méthode à employer. Les étudiants doivent se forger un avis personnel alors que là, le professeur les pousse à avoir un avis de groupe.

Mais justement, vivre en société c’est aussi vivre en groupe. Est-ce que cette expérience n’a pas pour but de leur montrer que c’est le groupe qui fait le mouvement ?

Et bien oui, il prouve que la solidité du groupe et la confiance en son leader peuvent déraper et mener à un régime totalitaire. Mais cela prouve aussi que l’expérience était dangereuse et qu’il aurait mieux valu se contenter de travaux de groupes plus classiques comme de la recherche ou un exposé par exemple.

Qu’as-tu aimé dans ce roman ? Ou à l’inverse, qu’est-ce qui t’a déplu ?

Je n’aime pas la couverture de l’édition jeunesse, je préfère celle de l’édition adulte qui me semble plus parlante. J’ai vraiment aimé l’écriture de l’auteur ; le fait que ce soit inspiré d’une histoire vraie est particulièrement intéressant. Les personnages sont sympathiques et j’ai aimé suivre leur cheminement.

Enfin, conseillerais-tu ce roman ? A qui ?

Je conseillerais ce livre à ma mère et aux lecteurs de plus de onze ans qui veulent comprendre comment se met en place une dictature.

Merci Gabrielle !

Le Prix Vendredi, la cinquième édition

Le Prix Vendredi récompense chaque année un roman destiné aux adolescents. Une sorte de Goncourt pour ce public qui le mérite bien ! Le 8 novembre 2021, il a été attribué à Amour Chrome, de Sylvain Pattieu, tandis que deux mentions spéciales ont récompensé Joëlle Ecormier pour et Nastasia Rugani pour Je serai vivante. Bravo aux lauréat.e.s ! Pour prolonger l’expérience et continuer de célébrer la littérature ado, nous avons eu envie comme l’année dernière de partager nos impressions sur les dix titres de la sélection 2021.

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J’ai 14 ans et ce n’est pas une bonne nouvelle de Jo Witek, Actes Sud junior, 2021.

J’ai 14 ans et ce n’est pas une bonne nouvelle est un roman porté par le souffle de son héroïne, Efi, 14 ans, qui va devoir affronter une terrible épreuve : celle que ses parents lui ont préparée au début des vacances scolaires, celle du mariage forcé avec Soan, de 15 ans son aîné. Efi résiste mais qui peut résister à la horde sauvage qui unit tant de gens autour de certaines traditions ? Seule, c’est impossible. Alors il faudra compter sur Atâ, son grand frère, sur Mme Gatzea , son enseignante passionnée de littérature, sur Emily Dickinson, sur Petite Fleur, la chèvre apprivoisée et surtout sur Mme Renata, membre d’une ONG qui lutte contre le mariage forcé.
Si ce roman n’a pas été sans rappeler à Frédérique Les Impatientes de Djaïma Amadou Amal, prix Goncourt des lycéens en 2020, il offre cette originalité de ne se situer nulle part, ce qui lui confère une dimension – tristement – universelle.
Et puis il rappelle, dès le titre, ce que devrait être toute adolescence : une lumineuse et extraordinaire bonne nouvelle !

L’avis de Frédérique.

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La Gueule-du-Loup d’Eric Pessan, l’école des loisirs, 2021.

Isabelle n’a pas du tout regretté de s’être risquée à La-Gueule-du-Loup. Avec un nom pareil, il fallait avoir le goût du danger… La maison est à l’image de son nom, sombre et pleine d’ombres – drôle d’endroit pour venir se confiner. Quelle est la chose malsaine qui cerne les lieux ? Lorsqu’une peluche est retrouvée déchiquetée, il devient clair que ce n’est pas l’imagination de Joséphine et de ses proches qui leur joue des tours… Éric Pessan, de sa belle plume imagée, joue des codes du genre horrifique pour tirer sur toutes les cordes de notre paranoïa. Et pourtant, c’est sur un tout autre terrain qu’il nous entraîne finalement, suivant une partition inattendue mais d’autant plus glaçante, à la lisière entre le thriller, le conte, la poésie et le drame. Prise de court, Isabelle a lu ce livre en apnée, mais non sans noter au passage une foule de réflexions très juste sur l’époque contemporaine (on se gardera bien de vous en dire plus !). Ce roman hypnotique se dévore et laisse groggy, mais aussi étrangement apaisé.e.

L’avis complet d’Isabelle.

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La Sourcière d’Elise Fontenaille, Rouergue, 2021.

Pour Linda, La Sourcière est un conte poétique, cruel et féministe qui nous entraîne dans les pas de Garance au pays des volcans assoupis. Alors qu’elle grandit dans la protection de Gallou la Brodeuse et parcourt la lande accompagnée de la Renarde, elle avance inéluctablement vers son destin et la confrontation au cruel et sanguinaire Saigneur Guillaume.

L’avis complet de Linda.

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Olympe de Roquedor de Jean-Philippe Arrou-Vignod & François Place, Gallimard jeunesse, 2021.

Jean-Philippe Arrou-Vignod et François Place rendent hommage aux feuilletons populaires et aux romans de cape et d’épée du 19ème siècle, mais en bousculant allègrement les codes puisque le premier rôle revient à une jeune fille. Cette aventure s’inscrit dans un écrin historique, avec ce qu’il faut de châteaux, de cavalcades, de tavernes, de bandits et de chasses aux sorcières : on s’y croit ! C’est une époque où l’on dispose des jeunes filles comme du bétail, qu’il s’agisse de les jeter au couvent ou de les marier. Mais Olympe semble indomptable. On s’attache immédiatement à ce personnage flamboyant, partageant son désarroi et sa lutte désespérée pour défendre sa liberté. Ses péripéties sont portées par la plume généreuse des deux auteurs. Il y a de l’action et de la liberté, du souffle et du mystère, des combats et de la subversion – même si on aurait aimé que le roman aille plus loin encore : pourquoi cette jeune femme si pleine de ressources doit-elle être si souvent sauvée, voire éclipsée par ses alliés masculins ? Cela dit, les dialogues sont plus vrais que nature, dignes d’Alexandre Dumas ou même de Molière. Un brillant récit d’aventure dont Lucie et Isabelle n’ont fait qu’une bouchée.

Les avis complets d’Isabelle et de Lucie.

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Parler comme tu respires d’Isabelle Pandazopoulos, Rageot, 2021.

Dans Parler comme tu respires Isabelle Pandazopoulos raconte l’histoire de Sibylle, 15 ans, qui décide presque sur un coup de tête de se former à la sculpture. Dans une école spécialisée, loin de sa famille, elle va se découvrir et percer le lourd secret de famille à l’origine de son bégaiement.
Ce roman a fait à Lucie l’effet d’un catalogue de difficultés à placer dans un roman jeunesse contemporain. Jugez plutôt : sont abordées les tensions que l’orientation professionnelle peut créer entre parents et enfant, le handicap, Alzheimer, un parent en prison, l’homosexualité tant chez une fille que chez un garçon, la misogynie et un secret de famille.
En 320 pages, cela fait beaucoup. Sans mettre en doute la sincérité de son auteure, le nombre de thèmes abordés donne l’impression qu’elle a voulu placer un maximum de mots-clés en un minimum de pages. La lisibilité, mais aussi l’intrigue et la crédibilité en pâtissent nécessairement. Pourtant, la passion de l’héroïne pour Rodin et sa vocation de sculptrice étaient prometteuses…

L’avis de Lucie.

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Plein Gris de Marion Brunet, PKJ, 2020.

Dans Plein Gris de Marion Brunet, il n’y a pas de pause, pas de temps mort.
« Quand le corps apparaît à la surface, inerte, contre la coque du voilier, personne ne crie. Aucun d’entre nous. Comme si ça n’arrivait pas jusqu’à nos consciences. Comme si, en ne réagissant pas, on pouvait annuler la réalité du fait : c’est un cadavre qui remonte. Le cadavre de notre ami, pour être précise. »
Voilà, le décor est planté, une intrigue implacable est nouée et l’histoire peut commencer avec cette tourmente terrifiante qui se dessine à l’horizon. La double tourmente qui frappe le groupe, celle qui l’a précipité vers la mort de Clarence et celle qui submerge le voilier, place le récit sous haute tension. On le parcourt en apnée, happé.e par les spirales de pensée des navigateurs et la façon dont se révèlent, dans l’ouragan, les blessures cachées et le tumulte déchaîné sous la surface sciemment lissée tournée vers les autres. La narratrice dit très bien la férocité et la naïveté du regard adolescent sur la vie, l’ivresse de naviguer à la lisière du danger et les jeunes amitiés, intenses et troubles. Marion Brunet mène habilement sa barque entre huis clos et nature incommensurable, entre roman catastrophe et thriller psychologique. Addictif et réussi !

Les avis complet d’Isabelle et de Frédérique.

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Quelques secondes encore de Thomas Scotto, Nathan, 2021.

Une passion dangereuse, les limites repoussées, le saut de trop, pas assez près ou prêt, et c’est la chute… fatale. Alban n’est plus. Son cœur bat, il respire, artificiellement, mais non, il n’est plus. Ce n’est plus lui. Et les médecins qui veulent savoir. Pour les organes. Car le temps est compté.

Au fil de chapitres qui entrecroisent passé et présent, Anouk, la sœur d’Alban, nous raconte son frère, ses goûts, son caractère, leur relation fusionnelle, les souvenirs en cascade, des plus fous aux plus anodins. Elle nous décrit l’hôpital, la chambre, la confusion de sa mère, ce que son frère voulait et aurait voulu, l’absence de leur père, retenu à des centaines de kilomètres pour son travail. Elle décrit l’imbroglio d’émotions, et ces trois lettres que sa mère doit se résoudre à prononcer… “Oui”… ou …. “non”.

Ce texte, plein de délicatesse, a pris Blandine au cœur. Intime, humain, poignant, il nous bouleverse, nous bouscule, et nous pousse à nous interroger sur nos croyances, nos possibles en pareille situation.

L’avis complet de Frédérique.


Ils ont reçu une Mention Spéciale

de Joëlle Ecormier, Zebulo, 2021.

Pour Linda, est un récit sensible et poétique qui aborde les difficultés du deuil chez l’adolescent avec sincérité et justesse. Le texte nous entraîne dans une quête de vérité et d’acceptation pour rendre sa vie à un jeune homme rempli de colère et de chagrin par la perte d’un père disparu en mer. Il ne faudra rien de moins que l’amour d’une mère et d’une sœur, et la gentillesse d’un inconnu pour le ramener parmi les vivants.

L’avis de Linda.

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Je serai vivante de Nastasia Rugani, Gallimard Scripto, 2021.

Assise sur une chaise, une jeune fille dépose plainte. pour viol. En face d’elle, un officier aux questions froides et factuelles. Pas de place pour l’empathie. Sur sa chaise, dans sa tête, la jeune fille se souvient, par bribes, par émotions. Ses pensées s’échappent, remontent le temps et nous racontent.

Blandine a été malmenée par ce récit. Par son écriture d’abord. Une écriture ciselée, poétique, métaphorique, qui use de figures de styles. Qui tourne, contourne, nous perd aussi un peu dans le méandres des sentiments et souvenirs de la jeune fille. Et pourtant rien n’est confus, tout est glaçant. Son histoire, qui aurait pu, qui aurait dû être belle, puis le viol et ses suites. La rupture interne, familiale, sociale. Et enfin, ces murs oppressants du commissariat pour un témoignage éprouvant. La victime est deux fois victime, devoir raconter encore et encore, devoir prouver, n’être toujours pas crédible, être culpabilisée, salie.. Douter, pas d’elle-même, mais d’eux, de leur aide possible, de leur envie de l’aider. C’est éprouvant, écœurant. Heureusement, le récit s’éclaire par moments, et ce titre nous laisse rassurés par sa capacité, future, de résilience. Oui, elle sera vivante!


Le lauréat du Prix Vendredi 2021

Amour Chrome de Sylvain Pattieu, L’école des loisirs, 2021.

Amour Chrome s’engouffre dans le quotidien d’ados qui se cherchent, des gamins qui réagissent, interagissent entre eux de façon naturelle sans surjouer. Ce sont surtout des histoires de rêves d’ados comme il en existent tout autour de nous. Frédérique a trouvé ce roman chaleureux, humain et attachant : « Il est heureux, il est avec ses copines et son pote, il trace sa route. » Le jury du prix a salué « la force, la puissance poétique et la justesse de la langue, mais aussi l’énergie des personnages ».

L’avis de Frédérique.

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Et vous, lequel a votre préférence?

Lecture commune : Les enfants sont rois.

Je préfère vous prévenir : cette lecture commune sera un peu particulière.

Pour deux raisons.

Tout d’abord parce que c’est une lecture commune d’un livre qui n’est pas explicitement destiné à la jeunesse mais publié en littérature générale. Mais ce roman a été un tel coup de cœur, que deux d’entre nous ont voulu échanger à son sujet et quoi de mieux que s’asseoir à l’ombre de notre grand arbre pour en discuter.

Et puis c’est surtout une lecture commune particulière parce que c’est la dernière que Pépita aura faite pour Le Grand Arbre. En effet en mai dernier, elle a décidé de quitter l’aventure collective après neuf ans de débats, de sélections thématiques, d’entretiens, de lectures communes, de swaps, de bookcamps… Au fil de ses milliers de messages sur le forum, Pépita a nourri nos échanges de sa vision généreuse de la littérature jeunesse, faisant découvrir à toute une génération de blogueuses les trésors de l’édition jeune public.

Pépita, si tu passes par là, pour ta présence lumineuse qui a irradié des racines au faîte de notre grand arbre, nous te remercions.

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Colette. – Quand tu as découvert ce titre Les enfants sont rois, qu’est-ce que ces mots ont convoqué en toi ? Personnellement j’ai directement pensé à cette critique qu’on a souvent faite à la pédo-psychiatre Françoise Dolto qui mettait l’enfant à l’honneur dans sa pratique, transformant selon ses détracteurs, les enfants en tyrans de leurs propres parents.

Pépita.- En fait, je me jette toujours sur les romans de Delphine de Vigan sans trop regarder de quoi ça parle ! Je l’ai pris comme un respect à avoir envers eux. Et en lisant, je te rejoins. Malheureusement, j’ai un peu deviné assez rapidement ce que cela voulait dire au fur et à mesure de cette histoire. Mais ce fut très intéressant de voir comment l’autrice en a entremêlé les fils.

Colette. – Justement avant de revenir à cette intrigue où “les enfants sont rois”, est-ce que tu pourrais expliquer pourquoi tu te jettes sur les livres de Delphine de Vigan ? Je suis comme toi et je ne réfléchis pas trop avant d’acheter un roman de cette auteure. Cette fois d’ailleurs, je ne savais absolument rien du livre avant de l’acheter, une amie en a parlé en coup de vent dans un échange de SMS et hop le lendemain je l’avais sur ma table de chevet !

Pépita.- Difficile de répondre ! Je la lis depuis longtemps et je n’ai jamais été déçue. Elle a une façon d’aborder ses sujets que je trouve profonde sans juger, et surtout ses personnages sont remarquables d’exactitude, elle parle des femmes, et si bien ! Une écriture à la fois précise et simple et une construction toujours efficace. Ses romans sont sujets à discussion, au sens où ils éveillent en nous des questionnements. Elle a l’art de mettre le doigt là où ça nous titille sans vraiment se l’avouer ou se le formuler clairement

Colette. – Je savais que c’était une question difficile car moi même je ne saurais quoi répondre tellement c’est un tout, une œuvre de Delphine de Vigan. Comme tu l’as dit, c’est à la fois une structure narrative ingénieuse, des personnages féminins intenses, et des tabous, ses propres tabous, à faire exploser tout en subtilité. Bon en fait, j’avoue j’ai vécu de vraies expériences psychologiques intenses avec des livres de cette femme que ce soit avec Rien ne s’oppose à la nuit ou encore Les Loyautés. Ces livres-là ont laissé de satanées traces en moi… Du coup, sans doute que je cours après la promesse de nouvelles expériences marquantes en me plongeant dans ses livres dès qu’ils sortent. C’est un peu comme si elle m’était familière. Pas une amie. Pas une sœur. Une présence à qui j’aime croire que je ressemble. Revenons à Les enfants sont rois. A quels enfants ce titre réfère-t-il ?

Pépita.- Ce titre réfère d’abord aux deux enfants de l’histoire mais il s’adresse aussi et surtout à TOUS les enfants dont les adultes manipulent le droit à l’image.

Colette. – Peux-tu nous en dire un peu plus sur Sammy et Kimmy, les enfants de l’histoire ? Sont-ils vraiment les héros de cette histoire ?

Pépita.- Sammy et Kimmy, un garçon et une fille qui depuis leur plus jeune âge sont sur les réseaux sociaux : chaque moment de leur vie est filmé, partagé. Leur mère en a fait son business. Elle-même a participé à un épisode de télé-réalité, oh ! si peu : une recherche de reconnaissance énorme pour elle puisque ce fut un fiasco, qu’elle a transposé de façon obsessionnelle dans sa vie adulte. Sa famille – son mari la suit aussi – ne vit que pour cette chaîne, en concurrence avec d’autres. Voilà pour le cadre ! Ta question Colette laisse sous-entendre que tu penses que les deux enfants ne sont pas les héros de l’histoire. Moi je pense que oui. Est-ce la mère ? Sans doute aussi. Mais je préfère me mettre du côté de la souffrance de ces enfants. On pourrait penser aussi que les gagnants – et non les héros – de cette histoire sont les réseaux sociaux. De ce point de vue là, oui, ils le sont. Une autre héroïne, et pas des moindres, c’est la policière chargée de l’enquête. Elle, c’est une héroïne invisible du quotidien.

Colette. – Et c’est mon personnage préféré, Clara. Parce qu’elle est toute petite, peut-être. Kimmy dira d’elle, devenue adulte : “Elle s’est souvent demandé pourquoi elle se souvenait de cette femme, alors que sa mémoire a effacé les autres visages […] En la découvrant ce matin, si petite et en même temps si magnétique, elle a songé que c’était peut-être parce qu’elle avait la taille d’un enfant.” – tu comprendras sans doute pourquoi ça me parle.
Si je t’ai posé la question du statut des personnages et plus particulièrement du statut des héros romanesques, c’est parce que pendant toute la première partie du roman, finalement Kimmy et Sammy, les enfants qui donnent pourtant le titre du roman, sont complètement objectivés. On ne connaît ni leurs pensées ni leurs sentiments. Ils sont sans cesse sous l’œil de la caméra de leur mère et de milliers de spectateurs et de spectatrices mais que sait-on d’eux vraiment ? Ils sont parfois décrits physiquement mais c’est tout. Il faudra attendre qu’un certain nombre d’années soient passées pour qu’enfin la romancière fasse entendre leur voix. Et je trouve ce choix narratif tellement riche de sens. Sans jamais donner de leçon moralisatrice sur ce que Mélanie a fait subir à ses enfants, Delphine de Vigan nous fait vivre à travers ses choix d’écriture la dépossession, l’asservissement, la perte d’identité de ses personnages. Et si la véritable héroïne de cette histoire, c’était Elise Favart, celle grâce à qui la voix des enfants va paradoxalement pouvoir se faire entendre ? Celle grâce à qui on va pouvoir basculer du présent vers l’avenir ?

Pépita.- C’est curieux parce que tu vois, je les voyais ces enfants, je les ressentais, surtout dans la première partie, je les ai imaginés. Beaucoup moins dans la deuxième partie dans laquelle je les ai trouvés moins vivants en quelque sorte, comme éteints. C’est certain qu’Elise a joué un rôle primordial mais elle n’est pas si valorisée que cela dans le roman. Je la vois plus comme un déclic. Elle fait le passage entre les deux parties

Colette. – En lisant ta réponse, je me disais justement que l’autrice ne semble pas valoriser un personnage plus que l’autre si ? Quel a été ton préféré, si tu en as eu un ? Et pourquoi celui-là ?

Pépita.– Tu as raison de le souligner : l’autrice a vraiment adopté un ton neutre, presque “froid”: tout est dit sur un ton égal, comme pour atteindre une certaine normalité alors qu’en fait, toute cette histoire est tout sauf normal. J’ai un petit faible pour la policière, c’est certain. Tout est droit chez elle, une abnégation sans failles. La mère m’a à la fois agacée au plus haut point mais en même temps je ne pouvais m’empêcher d’avoir une forme de compassion pour elle. Comment ne pas se rendre compte qu’on rend ses enfants malheureux ? Comment ne pas se rendre compte de cette spirale infernale ? ça frise le voyeurisme non ? Tu l’as ressenti comment toi cet aspect du roman ? Toutes ces mises en scène factices jusqu’à l’écœurement….

Colette. – En fait, ce que j’ai trouvé très fort c’est d’avoir introduit le récit à l’époque où la téléréalité a commencé en France, comme pour “justifier” ce que vont être les choix de vie de Mélanie. Ce moment là, je m’en rappelle comme si c’était hier. J’étais une jeune adulte et avec ma sœur, encore adolescente, on regardait régulièrement Loft story. Et je me souviens très bien de ce sentiment totalement paradoxal qui m’envahissait alors : le sentiment de faire quelque chose de mal – comme un.e enfant qui fait une bêtise – et en même temps l’envie irrépressible de voir jusqu’où ça pouvait aller, ces relations forcées. Il y avait quelque chose de fascinant, qui tenait sûrement de l’aspect expérimental du projet : des humains dans une sorte de laboratoire, à la vue de toutes et de tous. Mais le XXIe siècle est allé encore plus loin que ces émissions de télé-réalité, le XXIe siècle a réussi à produire des personnages capables de vouloir mettre en scène eux-mêmes leur propre vie, avec leurs propres moyens, grâce à un média bien plus invasif que la télévision : j’ai nommé le dieu de notre époque, Internet. Il n’y a qu’à nous écouter. Tu cherches comment aller d’un point A à un point B ? Demande à Internet ! Tu veux savoir quoi faire pour le dîner ? Demande à Internet ! Un petit résumé du roman à lire en cours de Français ? Demande à Internet ! Tu veux prendre RDV pour te faire vacciner contre le coronavirus ? Demande à Internet ! Aujourd’hui, la Pythie des temps modernes, c’est Internet. D’ailleurs souvent mes élèves me parlent d’Internet comme si c’était quelqu’un, quelqu’un d’omniscient et d’omnipotent. Quelqu’un à qui elles et ils délèguent leur savoir, soit dit en passant. Tout ça pour dire que l’autrice a tellement bien introduit l’histoire de Mélanie que finalement, je n’ai pas été écœurée, ni choquée, ni étonnée. Et c’est peut-être ça le pire avec cette histoire : je ne connaissais pas du tout les chaînes Youtube au cœur de la narration, et bien ça ne m’a pas étonné. Que des gens choisissent d’utiliser leurs enfants comme outil de publicité permanente et bien, oui, c’est vraiment désolant, mais ça ne m’a pas étonné. Par contre comme toi, en tant que parent, je me suis demandée comment on pouvait se détacher à ce point de ses enfants. Au point de ne plus savoir s’ils vont bien. Au point de ne plus même y penser. Mais ce qu’interroge Delphine de Vigan, c’est comment, nous, en tant que société, on peut laisser faire ça au vu et au su de tout le monde. Est-ce que comme moi, tu t’es sentie interrogée, notamment dans ta propre utilisation des réseaux sociaux ?

Pépita. – Je ne me suis pas du tout sentie interrogée dans mon utilisation des RS ! Je n’y mets jamais ma photo ni celle de ma famille par exemple. Mais plutôt comment la société pourrait prendre du recul par rapport à cette utilisation. Quels garde-fous ? Quelles limites ? Quels avertissements ? Quelle formation citoyenne ? C’est surtout ça qu’interroge ce roman.

Colette. – Je me suis sentie interrogée non en tant que productrice de contenus mais comme utilisatrice. Si les gens se sont mis à exposer leur vie, c’est que d’autres gens les regardent faire. Je t’avoue que sur Instagram c’est ce qui me dérange toujours : montrer ce qu’on mange, montrer où on part en vacances, montrer où on vit. Ce n’est pas juste une question de montrer les visages de sa famille, il me semble que ça va plus loin. Pourquoi on fait ça ? Comme Mélanie, je crois qu’on court après les likes.
Mais tu as complètement raison, la question la plus intéressante, c’est celle des garde-fous. Tu sais combien cette question m’intéresse depuis que j’ai décidé de quitter les réseaux sociaux suite à la mort de Samuel Paty et aux horreurs que mes élèves me racontaient. Le garde-fou le plus évident pour moi, c’est la morale. Mais visiblement la morale n’est pas la même pour tous. Alors il y a la loi. Mais encore faut-il qu’elle soit appliquée… Concernant la structure du roman en deux parties. J’ai trouvé ce choix très surprenant par rapport aux autres romans de Delphine de Vigan. Qu’en as-tu pensé ?

Pépita. – Oui c’est vrai que ses romans sont bien plus linéaires d’habitude. Comme je le disais plus haut, cette césure en deux parties, c’est comme si il y avait deux côtés d’une réalité. La première une réalité virtuelle et la seconde la réalité réelle. La première enjolivée et la deuxième réaliste. C’est l’arrestation de la kidnappeuse qui fait la césure. Ce n’est pas ça qui l’intéresse l’autrice : c’est montrer ce décalage entre ces deux réalités très différentes. Et cela a pour effet d’amplifier davantage les dégâts causés.

Colette. – Et le fait que la deuxième partie nous propulse en 2031, dans le futur, est-ce que cela ne donnerait pas un petit côté science-fiction à ce roman ? Est-ce que tu y as vu un sens particulier au choix de cette date ?

Pépita.- Elle veut simplement montrer ce que sont devenus ses personnages. Je n’y ai pas vu de la science fiction, mais juste la continuité de la vie.

Colette. – Oui, tu as sans doute raison, peut-être que 2031 est une date choisie simplement pour que toute l’histoire “colle” avec la seule date réelle du roman qui est la première de Loft Story en 2001. J’y ai vu aussi une manière de nous interroger sur ce que nous allons faire des 10 années qui nous séparent de cette échéance pour mieux protéger nos jeunes, notamment, sur les réseaux sociaux. Au fait, est-ce que tu es allée voir des vidéos sur Youtube d’enfants influenceurs ? Et si oui, qu’as-tu éprouvée ?

Pépita. – Non je ne suis pas allée voir des vidéos d’enfants influenceurs car déjà les vidéos de youtubeurs, j’ai beaucoup de mal. Il y a un truc dont j’aurais souhaité qu’il soit approfondi : c’est la loi ! J’ai trouvé ça incroyable qu’elle soit autant balayée ou contournée plutôt. S’agissant d’enfants, tout de même ! Faut que je prenne le temps de creuser. Tu as été interpellée aussi j’imagine ?

Colette. – J’ai surtout été dégoûtée d’apprendre que cette loi existe et que simplement – comme tant d’autres censées nous protéger – elle n’est pas appliquée, il n’y a pas assez de professionnels employés pour vérifier qu’elle est respectée. C’est comme pour les contenus irrespectueux sur internet, sur les réseaux notamment, la loi existe mais encore faut-il qu’elle soit faite respecter par des forces de l’ordre dédiées à cette tâche (et je ne sais pas si ça existe).

Colette. – Des deux citations mises en exergue de chaque partie du livre, laquelle préfères-tu ?
“Nous avons eu l’occasion de changer le monde et nous avons préféré le télé-achat.” Stephen King.

ou
” On pressentait que dans le temps d’une vie surgiraient des choses inimaginables auxquelles les gens s’habitueraient comme ils l’avaient fait en si peu de temps pour le portable, l’ordinateur, l’iPod ou le GPS” Annie Ernaux.

Pépita. – Je préfère celle d’Annie Ernaux car elle englobe le sujet plus largement je trouve. Ce roman, ce n’est pas que sur le télé-achat mais sur les RS et ce que nous en faisons.

Colette. – Pour conclure, à qui conseillerais-tu ce roman ? Avec des amies enseignantes, on en a un peu discuté : certaines, très emballées, le proposeraient à des élèves de 3e, d’autres non. L’une d’elles hésitait à le proposer à ses parents qui ne sont pas du tout connectés.

Pépita. – Je le conseillerais à des adultes mais aussi et surtout à des ados ! Je rejoins tes collègues ! Pour ceux qui ne sont pas connectés, ils risquent d’halluciner et de prendre les connectés pour des zombis ! Mais c’est peut-être pour ça qu’ils ne le sont pas justement. Ce roman est d’utilité publique !

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Et pour continuer de nourrir vos réflexions sur l’utilisation d’internet notamment par nos jeunes, la semaine prochaine, nous vous proposons une sélection thématique sur une pratique émancipatrice du net !

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Et n’oubliez pas que vous pouvez toujours lire Pépita sur son blog MéLi-MéLo de LIVRES et sur les réseaux sociaux associés pour profiter autrement de son regard amoureux de la littérature jeunesse et continuer de suivre avec elle le précieux précepte de Julien Green :

“Un livre est une fenêtre par laquelle on s’évade.”

Le Prix Vendredi est de retour !

Le Prix Vendredi devait être décerné le 2 novembre, mais nous venons d’apprendre qu’en soutien aux métiers du livre durement touchés par le nouveau confinement décidé cette semaine, la décision du jury ne sera connue que lorsque les librairies pourront rouvrir ! En attendant, nous partageant avec vous comme l’année dernière nos avis sur les dix romans sélectionnés pour cette quatrième édition !

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Âge tendre est un roman atypique. Il se donne à lire comme… le rapport de stage de service civique de Valentin. Une expérience inoubliable qui nous entraîne, à sa suite, dans un établissement de soin à des personnes atteintes d’Alzheimer au concept peu commun : il s’agit de reconstituer le décor de leur jeunesse. Autrement dit, les années 1960 ! Un roman touchant et drôle sur « l’âge tendre » de l’adolescence – ce moment de prendre son envol, de réaliser que certaines choses sont plus nuancées qu’on ne le pensait et de partir à la recherche de son identité.

Âge tendre de Clémentine Beauvais.

N’hésitez pas à lire les avis d’Isabelle, de Linda et de Lucie pour en savoir plus !

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Alma a été un des coups de cœur de l’été d’un grand nombre d’entre nous. Ce premier tome de la grande fresque sur l’esclavage de Timothée de Fombelle, illustré par son complice François Place, nous a tout simplement emportées. Nous avons retrouvé le souffle d’aventure que nous avons tant aimé dans ses précédents romans, des personnages au caractère fort mais nuancé et un contexte historique fouillé et passionnant.

Retrouvez les avis de Pépita, Isabelle et Lucie ainsi que notre lecture commune.

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Et le désert disparaîtra, est un roman d’aventure et d’apprentissage emportant le lecteur dans une dystopie passionnante. Un ouvrage poétique, porteur d’espoir et très pertinent sur l’avenir de notre planète et de notre survie. L’auteure aborde la question de l’écologie, du féminisme, des traditions, de la survie de l’espèce humaine, animale et végétale. 

Et le désert disparaîtra de Marie Pavlenko

Nous vous en avions proposé une lecture commune dès sa sortie tellement ce récit nous avait questionnées : vous retrouverez notre discussion ici .

N’hésitez pas à lire les avis de Claudia et de Pépita pour en savoir plus.

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L’âge des possibles est un roman qui aborde le passage à l’âge adulte et les choix qu’il faut faire pour y entrer en toute conscience. L’écriture est douce, les héros issus d’une communauté amish sont une ouverture sur le monde bienveillante et bienvenue dans un monde où l’on peut se sentir agressé par le quotidien.

L’âge des possibles de Marie Chartres.

N’hésitez pas à découvrir les avis de Pépita, de Linda et de Lucie.

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L’Attrape-Malheur est le premier volet d’une trilogie qui s’annonce déjà très originale et captivante. Portée par une plume très vivante et les illustrations crayonnées de Tom Tirabosco, l’intrigue de ce conte moderne est riche de péripéties, de dialogues savoureux et de personnages tous plus romanesques les uns que les autres. Et en toile de fond, des questionnements saisissants sur l’ambivalence du bien et du mal, de l’amour et du « progrès ».

L’Attrape-Malheur, de Fabrice Hadjadj, La Joie de Lire

Pour en savoir plus, n’hésitez pas à lire l’avis complet d’Isabelle.

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Les derniers des branleurs est un roman mordant, interpellant, brut, qui ne laisse pas indifférent. Beaucoup de thèmes sont évoqués de manière réaliste, ce qui en fait un ouvrage prenant et percutant. Au final, quatre gosses ordinaires, très attachants et cherchant un avenir ou une place, dans notre société actuelle. Les années lycée sont maintenant derrière eux, c’est une page qui se tourne… La fin de l’insouciance. Ce passage à l’âge adulte qui les effraie tant et vers lequel, ils ne se projettent pas du tout. A découvrir, à partir de 15 ans. 

Les derniers des branleurs de Vincent Mondiot

L’avis de Claudia est disponible ici.


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Sans armure de Cathy Ytak est un roman d’amour touchant sur “une différence invisible” de l’une d’elles. Comment atteindre l’autre dans sa souffrance ? Comment faire grandir l’amour qu’on se porte malgré tout ? Un très beau roman porté par une plume sensible.

Sans armure, de Cathy Ytak, Talents hauts

L’avis de Pépita.

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Soleil glacé : un roman magnifique sur la rencontre d’un frère et d’une sœur qui apprennent à se connaitre. Pierrot souffre du syndrome de l’X fragile. Luce va savoir le “bousculer” un peu avec sa franchise, son sens de l’observation, sa gentillesse bourrue, son ironie mordante. Ils sauvent tous les deux ce qu’on leur a volé.

Soleil glacé, de Séverine Vidal
R-Jeunes Adultes

L’avis de Pépita ici.

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Tenir debout dans la nuit est un livre à mettre dans toutes les mains. Un roman abordant un thème essentiel et d’actualité  : Le consentement. Mais aussi, sur les violences faites aux femmes, les relations humaines, la question du respect, sur l’adolescence… C’est un texte intelligent, subtil et parfaitement destiné aux adolescents.

Tenir debout dans la nuit d’Eric Pessan

Pour en savoir plus, n’hésitez pas à lire les avis de Claudia et de Pépita !

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Touche-moi est le dernier roman de la prolifique Susie Morgenstern. Publié dans la nouvelle collection L’Ardeur de Thierry Magnier, il propose une vision de la sexualité adolescente à travers l’histoire de Rose, jeune lycéenne albinos.

L’avis de Lucie est disponible ici.

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Et vous, lequel aurait votre préférence ?

Lecture commune : La Passe-miroir, Les Fiancés de l’hiver

Certaines d’entre nous s’étaient déjà plongées dans l’univers de Christelle Dabos. Mais la sortie du quatrième et dernier tome de la série de La Passe-miroir en novembre a créé une nouvelle envie : celle de découvrir ou de relire le premier opus, Les Fiancés de l’hiver et de nous retrouver autour d’une lecture commune. Les avis divergent, mais c’est ce qui est intéressant alors allons-y !

La Passe-miroir, Les Fiancés de l’hiver, de Christelle Dabos. Gallimard Jeunesse, 2013.

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Lucie : On a beaucoup parlé de La Passe-miroir depuis la sortie du premier tome en 2013, qu’est-ce qui vous a donné envie de vous y plonger maintenant ?

Pépita : Le confinement ! Je ne suis pas forcément une adepte des séries, je déteste attendre deux ans entre chaque sortie… Pas d’accès à la médiathèque où je travaille alors j’ai plongé dans les bibliothèques de la maison et ô surprise ! La Passe-miroir en quatre tomes que j’ai consciencieusement offerts à ma fille quand elle était ado… Une bénédiction pour se changer les idées, voyager ailleurs et ne pas rester en rade de lectures trop longtemps.

Ladythat : La curiosité ! Il m’arrive souvent de laisser passer un livre quand on en entend parler partout, tout le temps. Car cela me fait peur d’être déçue par un roman dans lequel j’aurais placé trop d’espoir. Le fait de le lire bien plus tard permet de prendre plus de recul.

Isabelle : Cela fait des années que j’entends parler de cette série, mais mes enfants étaient trop jeunes et comme Pépita, les séries ne sont pas mon format de prédilection. Contrairement à mon fils aîné qui en lit des quantités ahurissantes et me conseille celles qui lui plaisent le plus. Et sans aucun doute, celle-ci en fait partie !

Lucie : Le fait de savoir que c’est le premier d’une série de quatre tomes, c’est plutôt un point positif ou négatif pour vous ?

Pépita : Je n’aime pas trop la lenteur d’un univers, je comprends qu’il faille du temps pour qu’il s’installe mais si c’est trop, ça me rebute. Dans le cas présent, non, car j’ai le temps.

Ladythat : A partir du moment où l’écriture est bonne et l’histoire de qualité, je ne m’arrête pas au nombre de volume. Quoi que s’il y en a vraiment beaucoup, j’ai tendance à m’essouffler avant la fin.

Isabelle : Aucun problème, sur le principe, si on n’a pas l’impression que l’auteur délaye le propos. J’ai pu prendre énormément de plaisir à lire des séries qui mettaient ce format à profit pour proposer un univers complexe, des personnages qui évoluent, une intrigue qui se renouvelle. C’est un peu la même chose que regarder une série télévisée plutôt qu’un film, cela peut être très immersif ! Les séries sont super aussi pour les boulimiques de lecture comme mon fils qui adore avoir plusieurs tomes à se mettre sous la dent. Je dis tout cela généralement, mais concernant cette série, je n’ai encore lu que le premier tome !

Ladythat : Ophélie semble plutôt banale au premier abord. Comment la décrieriez-vous ?

Lucie : Ophélie est décrite comme maladroite, manquant de confiance en elle, mais elle fait preuve d’une grande force de caractère. On retrouve cette dualité dans sa description physique : elle est petite, fluette, a un visage “placide” mais le fait qu’elle exprime peu ses sentiments ne veut pas dire qu’elle ne ressent rien.
J’apprécie chez elle qu’elle ne fasse pas d’esclandre mais qu’elle ne se résigne pas pour autant quand la situation ne lui convient pas. Berenilde lui en fait d’ailleurs la remarque : “Vous êtes très forte pour dissimuler votre insolence sous de petits airs soumis.”
Une héroïne décrite comme “seulement bonne à lire”, même si ce sont des objets, ne peut que me plaire !

Pépita : Ophélie cache bien son jeu… mais sans le vouloir ! J’ai de suite apprécié ce personnage pour sa rigueur morale, sa loyauté, son intelligence, sa capacité d’observation. Ce que j’aime aussi, c’est sa faculté à toujours poser des questions pertinentes sous son air placide et calme. Ceci est compensé par une maladresse légendaire mais elle s’en sort finalement fort bien. Son apparence la déjoue mais elle en fait une force. J’ai aimé aussi cette opposition. Elle sait se faire apprécier avec humilité aussi. Il y a aurait tant à en dire et j’en suis au début du tome 3 et je m’attends à ce qu’elle nous surprenne toujours plus.

Isabelle : Je vous rejoins sur tout ! Ophélie, c’est un peu la force tranquille. Une très belle héroïne, j’ai trouvé, qui bat en brèche beaucoup de stéréotypes. D’autant plus intéressante qu’elle apprend et se révèle au fil du texte. Et comme vous, j’ai la forte impression qu’elle en a encore pas mal sous le pied !

Ladythat : Thorn et Archibald sont très différents l’un de l’autre. Alors que le premier apparaît austère et sinistre, le second semble plutôt ouvert et jovial. Que pensez-vous de ces personnages ?

Lucie : Je trouve qu’ils se complètent bien. Ils sont totalement opposés, et d’ailleurs, ils se détestent cordialement. Ce qui est amusant c’est que, comme tu le dis, chacun d’eux est assez caricatural dans son genre. Mais ils gagnent tous deux en complexité et en crédibilité au fil des livres et c’est ce qui m’a plu dans ces personnages.
Tous deux se révèlent aussi très loyaux (le tout est de savoir à qui et à quoi) et mettent en œuvre tous les moyens à leur disposition pour atteindre leurs objectifs. Des moyens très différents, mais je trouve qu’ils se ressemblent sur ce point.

Pépita : Alors ça c’est le jour et la nuit. Mais en même temps je me dis au fur et à mesure qu’ils ont les mêmes qualités mais l’expriment fort différemment. Ils ont aussi une faille chacun et la cachent aux autres. C’est ce qui fait leur force et leur faiblesse. J’ai apprécié d’emblée Archibald, Thorn beaucoup moins. Je trouve que l’auteure se répète le concernant… ça m’a un peu agacée dans le deuxième tome. Mais ils ont tous les deux une force de caractère hors du commun et une loyauté aussi. Et je gage qu’ils vont tous les deux aider Ophélie dans sa quête !

Isabelle : N’ayant lu qu’un tome, je suis encore dans les ténèbres sur ces deux personnages, mais les deux m’inspirent plutôt de la sympathie. On voit bien dans vos réponses que les personnages de cette série sont tous complexes et se révèlent petit à petit, au fil des pages. C’est quelque chose que j’ai apprécié et qui rend cette lecture addictive. Cela dit, je suis d’accord avec toi, Pépita, sur le côté agaçant des répétitions sur certains personnages : la taille immense et la froideur de Thorn, les batifolages d’Archibald, la beauté de Berenilde, les dents chevalines de la tante Roseline… 

Lucie : Anima et le Pôle sont des univers très différents, encore une fois en opposition sur de nombreux points (après Archibald et Thorn, il me semble que cette dualité est vraiment à la source de beaucoup d’éléments dans ce roman). A quoi vous ont-ils fait penser? Quelle arche préférez-vous ?

Pépita : Je préfère Anima c’est certain. On dirait Alice au pays des merveilles sous certains aspects. Le Pôle me fait penser à la cour du Roi Soleil et aussi à Alice au pays des merveilles sous d’autres aspects. Deux mondes opposés par leurs valeurs. Et aussi par leur atmosphère. C’est curieux mais en ce qui me concerne, les mondes m’intéressent moins, une description me suffit (beaucoup de répétitions là aussi). Ce qui m’intéresse, ce sont les personnages et leurs motivations, même si je le reconnais, celles-ci sont très liées aux mondes dans lequel ils évoluent.

Ladythat : Je rejoins Pépita sur la comparaison du Pôle à la Cour du Roi Soleil, c’est tout à fait ça, le faste, le grandiose, tout cela n’est que paillette pour en mettre plein les yeux. Pourtant on peut supposer que ça ne concerne que la Citacielle puisque l’arrivée au Pôle fait plutôt allusion au froid glacial des contrées du nord. On se croirait dans un roman de Jack London avec toute cette neige, le voyage en traîneau, le vent qui te glace la peau… Mais la Citacielle m’a aussi fait penser à “Inception” le film de Christopher Nolan dans lequel des architectes créent des mondes illusoires qui semblent pourtant réels à ceux qui y vivent.
Anima semble beaucoup plus pacifique et agréable à vivre même si les Doyennes semblent laisser peu de libre arbitre aux habitants. Et oui, bien entendu, on ne peut que penser au Pays des Merveilles d’Alice avec ses objets animés. Malgré toutes leurs différences, je pense que j’aurais du mal, au bout d’un seul volume, à donner ma préférence à l’une ou l’autre des arches. J’ai envie de croire que le Pôle regorge de surprises (je n’ai pas assez avancé dans le tome 2 pour en être certaine encore) et pourrait me plaire une fois sortie de la Citacielle. De même, si les valeurs d’Anima proposent une ambiance plus “respirable”, j’aurais besoin d’en savoir plus pour me convaincre que c’est un endroit vraiment agréable.

Lucie : Le Pôle m’a aussi fait penser au Versailles de Louis XIV avec ces fêtes ininterrompues, ces intrigues de courtisans… Je n’avais pas pensé au côté “Inception” mais c’est tout à fait juste !
C’est vrai, il est difficile de faire un choix, heureusement nous n’avons pas à le faire. Mais je trouve que l’opposition entre les deux arches, si elle peut sembler un peu systématique (car cela va de la météo à l’organisation sociale – matriarcale et relativement égalitaire sur Anima, patriarcale et très hiérarchisée au Pôle – en passant par le rôle de la mémoire), apporte une tension dramatique intéressante. D’autant que cela concerne aussi bien des détails que des éléments essentiels.

Ladythat : Ça donne à réfléchir… ce qui me parait dramatique, c’est plutôt le système de castes et toutes les inégalités que cela engendre. Le quotidien d’Ophélie est également terrible ; elle subit des violences et personne ne semble s’en inquiéter. Même sa tante se contente de constater sans pour autant sembler alarmer et je ne parle même pas d’Ophélie qui tempère tout ça avec beaucoup trop de facilité. (J’ai été particulièrement émue après l’épisode du panier d’oranges) Finalement l’auteure en dévoile très peu sur Anima et si, au premier abord j’avais envie de croire que la vie y était bien agréable, je me rends compte en avançant dans l’histoire que l’auteure s’amuse vraiment à jouer sur les apparences et maîtrise parfaitement l’art des dissimulations et faux-semblants.

Isabelle : Une autre question qui m’intrigue beaucoup, c’est la nature et l’origine de ces arches. Comment en est-on venu à cet univers éclaté en mondes si radicalement différents les uns des autres comme vous l’avez souligné ? Le premier tome pourrait suggérer qu’il s’agit d’une uchronie dans laquelle le monde que nous connaissons aurait (littéralement) volé en éclats. C’est vraiment quelque chose que j’espère voir élucidé dans les tomes suivants ! Sinon, je trouve les arches permettent d’éclairer de façon assez maligne toutes sortes de problématiques plus modernes qu’il n’y paraît au premier regard, notamment comme vous l’avez dit la société de cour (et si l’on va plus loin la dictature du paraître), mais aussi par exemple les relations entre centre et périphérie, avec des provinciaux marginalisés, voire méprisés.

Lucie : J’aimerais aussi aborder le sujet des pouvoirs. Souvent ce sont des excuses que les auteurs utilisent pour sortir leurs personnages de situations inextricables de manière rapide et facile. J’avoue que certains livres m’ont rapidement agacée à cause de cela. J’ai apprécié que ce ne soit pas le cas ici. Christelle Dabos explore bien les deux facettes : ce qu’apportent les pouvoirs mais aussi le revers de la médaille, la difficulté de vivre avec, la nécessité d’apprendre à les utiliser, la confusion qui peut se créer entre pouvoir et personnalité (notamment quand Ophélie a l’impression de n’être qu’une paire de mains pour son entourage). J’ai trouvé intéressant que l’auteure creuse cet aspect.
Par ailleurs, ce qui m’a plu c’est la cohérence de l’ensemble de l’œuvre. L’univers qu’a créé Christelle Dabos est magique, et il faut être solide pour mener à bout quatre tomes sans perdre le fil. Ma première lecture m’avait laissé une impression globale de logique, mais j’ai tout de même été surprise de m’apercevoir lors de cette relecture qu’il y avait un écho dès la page 16, alors que ces phénomènes ne prennent une réelle importance que dans les tomes 3 et 4 (je ne divulgâche pas, le quatrième tome étant intitulé La tempête des échos). On ne peut que saluer la maîtrise de l’auteure.

Isabelle : Comme toi, je trouve que le merveilleux et la magie sont très bien dosés. Effectivement, la magie n’offre pas de solution de facilité, il y a des revers à la médaille et Ophélie n’a pas envie d’être réduite à ses pouvoirs. J’ajouterais qu’elle est soucieuse de s’en tenir à un recours éthique, se refusant par exemple à “lire” des objets contre la volonté de leurs propriétaires. Plus généralement, je trouve qu’il y a quelque chose de vraiment réjouissant dans les pouvoirs des différents clans, qui témoignent de l’imaginaire impressionnant de Christelle Dabos. Ils peuvent faire rêver, nous inviter à imaginer leurs répercussions potentielles, voire à réfléchir aux dérives possibles… Et en même temps, elle sait trouver le bon dosage et je n’ai pas eu l’impression d’un feu d’artifice de magie qui parte dans tous les sens.

Lucie : Quel(s) aspect(s) de ce monde imaginaire vous a (ont) le plus plu ?

Pépita : Le côté fantastique des arches, les pouvoirs familiaux, le mystère autour du Livre, les personnages (j’adore la tante Roseline et Archibald), le côté volontaire d’Ophélie (elle me rappelle Bouma !, en tous cas, c’est elle que je vois !), Thorn m’énerve un peu (un peu moins depuis que j’ai attaqué le 3) et puis tous les clins d’œil fait à la société actuelle ainsi que les enjeux écologiques. C’est très riche ! Par contre, il y a quand même des longueurs, et des tics de langage un peu agaçants. Mais je sens que je ne suis pas au bout de mes surprises.

Ladythat : L’auteure a énormément d’idées intéressantes. J’aime beaucoup l’univers qu’elle a créé, les pouvoirs, l’organisation en familles, et une fois au Pôle, en castes, les personnages – comme Pépita j’aime beaucoup la tante Roseline et Archibald – et les mystères autour du Livre, des esprits de famille mais aussi de certains personnages. L’auteure joue vraiment le jeu des dissimulations, c’est très excitant ! Et cela pousse le lecteur à se remettre en question au fil des pages. Qui est bon ? Qui est mauvais ? Le parallèle avec notre société moderne est intéressant également ; entre enjeux écologiques et sociétales, elle soulève tout un tas de réflexions vraiment pertinentes.

Isabelle : Je vous rejoins tout à fait sur la richesse de cet univers et sur la façon dont il éclaire notre société. Si je réfléchis précisément à ce qui m’a particulièrement plu, je pense tout de suite aux pouvoirs d’Ophélie qui font vraiment rêver. J’ai bien aimé aussi le personnage de la mère Hildegarde qui règne sur les espaces qu’elle enchante et module à l’envi !

Lucie : Je me souvenais d’un cliffhanger à la fin de ce premier tome, mais je trouve que Christelle Dabos joue vraiment avec nos nerfs. Qu’avez-vous pensé en terminant ce tome ?

Pépita : Oui elle arrive juste à la fin à donner une sorte de dénouement qui incite à lire la suite, c’est sûr.

Ladythat : Elle arrive à terminer ce premier volume avec l’envie de tourner la page pour commencer un nouveau chapitre. Il faut donc forcément lire le deuxième tome.

Isabelle : J’ai trouvé cela un peu trop frustrant. On peut en débattre, bien sûr, mais je trouve que dans une série, chaque tome devrait trouver une forme de dénouement, même provisoire. Là, le récit s’interrompt en plein milieu, la césure pourrait tout aussi bien intervenir 20 pages plus tôt (ou plus tard ?). Évidemment, cela donne irrésistiblement envie de se jeter sur le tome 2, mais cela m’a laissée sur ma faim.

Lucie : Maintenant que vous avez terminé le premier tome, comptez-vous lire les autres et pourquoi ?

Pépita : Pour connaitre la vérité de cette histoire ! Ici, ils l’ont tous lu avant moi et sans spoiler, il faut vraiment aller jusque la fin pour le dénouement.

Ladythat : Absolument, j’ai d’ailleurs commencé le deuxième volume. Pour savoir comment Ophélie va s’en sortir, évoluer. Savoir si les idées que j’ai sur certains personnages ou certaines situations sont justes ou fausses. J’espère être surprise au fur et à mesure des réponses que l’auteure va apporter !

Isabelle : Comme vous, je lirai absolument la suite ! Le dénouement du tome 1 donne à penser que l’intrigue ne fait que commencer et que presque tout reste à découvrir. Je suis très curieuse de voir comment Christelle Dabos va continuer à déployer son histoire, son univers et ses personnages.

Lucie : Qu’attendez-vous de la suite ?

Pépita : D’être surprise, de réfléchir aux diverses hypothèses, de me tromper, de refaire des plans sur la comète… et surtout de connaitre la vérité !

Ladythat : Comme je le disais précédemment, j’attends surtout d’être surprise. Et bien entendu, j’ai hâte de connaître le fin mot de l’histoire.

Isabelle : Je serai particulièrement curieuse de suivre Ophélie au plus près de l’intrigant esprit de famille, Farouk, et de voir comment son personnage et son rôle à la Citacielle vont évoluer. Mais ce qui m’interroge le plus, c’est l’avenir de sa relation avec le ténébreux Thorn !

Isabelle : Pas évident de tirer une leçon d’une histoire si complexe et trouble. Qu’avez-vous retenu pour votre part de ce tome 1 ?

Lucie : Je n’aime pas trop l’idée d’une leçon. Ça m’évoque les contes moralisateurs comme ceux de Perrault. Mais je vois ce que tu veux dire, un livre n’a un réel intérêt que s’il t’interroge. Ici c’est d’autant plus compliqué que, comme tu l’as dit, l’intrigue s’arrête brutalement. Je dirais (j’y reviens !) que ce qui m’a interpellée c’est cette prise de confiance d’Ophélie dans sa capacité à sortir du rôle dans lequel on l’a mise et dans lequel elle s’est coulée par facilité. Lorsqu’il ne lui convient plus, elle trouve les ressources en elle pour rebondir et je trouve cette idée inspirante.

Ladythat : Je retiens surtout qu’il ne faut pas se fier aux apparences.

Isabelle : Auriez-vous envie de recommander cette série et à qui ?

Lucie : C’est fait, j’ai beaucoup recommandé et prêté cette série autour de moi. À des collègues, des copines, dans ma famille… En revanche je pense qu’elle n’est pas vraiment adaptée à des enfants trop jeunes. C’est peut-être une idée que je me fais mais je dirais milieu de collège. Qu’en pensez-vous ? Vos enfants l’ont lu ? À quel âge ?

Ladythat : Après le tome 1, oui probablement. Plutôt à des jeunes adultes et des adolescents. Ma fille de dix ans a lu le premier tome et a eu du mal à entrer dans le récit. Je pense qu’elle n’a pas saisi toutes les subtilités, les complexités de l’histoire. Mais ayant abandonné en plein milieu du tome 2 (par ennui), je ne suis probablement pas la mieux placée pour la recommander.

Pépita : Du coup comme j’ai lu les 4… et que mon avis est plutôt en demi-teinte… je le conseillerais à de bons lecteurs jeunes ados fans d’univers fantastiques. Bons lecteurs car la construction est finalement complexe.

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Pour en savoir plus, vous pouvez consulter les avis d’Isabelle, Ladythat, Lucie et Pépita (sur la série complète). N’hésitez pas non plus à nous donner votre ressenti sur ce roman : vous fait-il envie ? Peut-être l’avez-vous déjà lu et qu’en avez-vous pensé ?