Lecture commune : Annie au milieu d’Emilie Chazerand

Très fan des histoires d’Emilie Chazerand c’est tout naturellement que Liraloin a proposé de faire une lecture commune de son dernier roman Anne au milieu. Merci à Lucie pour son enthousiasme et Colette pour le mot de la fin !

Annie au milieu d’Emilie Chazerand, Sarbacane – collection Exprim’, 2021

Liraloin

Est-ce que la couverture t’as attiré ? Comment interprètes-tu la dédicace ?

Lucie

J’ai trouvé cette couverture très solaire : Annie, au milieu, au sens propre, avec ces sortes de rayons qui partent du titre… Au milieu de quoi ? Qui est cette Annie ? J’avais hâte de le découvrir car je n’avais pas lu le résumé. Comme tu l’as proposé alors que je venais de terminer La fourmi rouge et que j’étais en plein milieu de Falalalala de la même auteure, j’ai foncé sans chercher plus loin.

La dédicace est magnifique. Elle donne l’impression d’un sentiment très fort entre mère et fille. Je ne crois pas en avoir jamais lue de semblable.
Plus tard dans le roman, une fois le sujet dévoilé, j’y ai repensé et je me suis demandé si Émilie Chazerand n’était pas directement concernée par la trisomie 21. Bref, cette dédicace est magnifique en tant que telle, mais elle m’a interrogée à posteriori.

Liraloin

Cette dédicace est forte et très personnelle. Je me dis, en tant que lectrice, que ce roman a quelque chose de très spécial pour son autrice. Pour moi, sans en dire plus sur la vie personnelle d’Emilie Chazerand, je crois qu’il est plus question d’entourer et de protéger un membre de la famille plus fragile. C’est le cas dans ce roman d’ailleurs.

Lucie
Et toi, qu’est-ce qui t’avais attiré en premier lieu ? L’auteure, la couverture, le sujet ?

Liraloin

C’est rigolo car le solaire rejoint parfaitement le coté psychédélique de la couverture, enfin pour ma part. En plus les couleurs le sont assurément avec ce ton orange ! J’ai été attiré par ce roman car j’aime beaucoup les romans, albums d’Emilie Chazerand. Son écriture est pétillante, pleine d’humour et pourtant ses sujets sont souvent graves comme ici où il est question d’Annie qui est handicapée.

Liraloin

Avant de rentrer dans le récit en lui-même, est-ce que tu as écouté la play-list en lisant ? C’est une des spécialités de la collection Exprim’.

Lucie

Hé bien non ! Pas par manque de curiosité mais parce que je lis la plupart du temps sans écran à portée de main, et ensuite j’oublie.
Je suis partagée sur ces playlists. Au tout début des liseuses, j’imaginais que les auteurs pourraient programmer des musiques ou des chansons qui pourraient (ou non) être déclenchées à des moments précis de la lecture. Et honnêtement j’aime bien regarder les titres que les auteurs indiquent. C’est un peu comme les citations en exergue, ça inscrit le roman dans une certaine tonalité. Mais je n’aime pas écouter de la musique en lisant : je suis plongée dans le texte et je n’ai pas envie d’en être distraite.
Dans le cas précis d’Annie, écouter le morceau d’Orelsan serait pertinent puisqu’il joue un rôle primordial dans l’histoire. Mais imaginer me suffit la plupart du temps…
J’ai dans l’idée que ton point de vue sur le sujet est très différent : tu écoutes toute la playlist ? Avant, pendant ou après ta lecture ?

Liraloin

Que de choses à dire!! Tout d’abord tout comme toi je n’aime pas écouter de la musique en lisant sauf cas très particulier. Pour ainsi dire cela est arrivé deux fois dont une lors d’une lecture d’un roman de cette collection justement. C’était du métal et comme je suis une quiche en anglais, les paroles ne m’ont pas dévié de la lecture. En ce qui concerne Annie, en posant cette question et en regardant de plus près les titres, je me suis aperçue qu’aucune chanson n’était là au hasard. La playlist s’ouvre sur un titre Amour fou et continue avec Kathy, je ne vais pas décortiquer tous les morceaux mais nous parlons d’une famille qui assiste à l’enterrement d’une grand-mère nommée Kathy. Little Star ne serait-elle pas dédicacée à Annie la majorette ….
Bref, j’ai tout écouté et cette playlist est super ! Que de morceaux et paroles en lien avec l’histoire qui se déroule sous nos yeux.

La citation de Ricky Gervais est tirée d’une réplique sortie de la série After Life. Est-ce que tu accordes beaucoup d’importance aux citations ? Te semblent-elles nécessaires ?

Lucie

Certaines citations sont plus pertinentes que d’autres. Quelquefois elles prennent sens après la lecture !
Je connais Ricky Gervais pour The Office, pas pour After Life. Mais en lisant le pitch, je me dis que si Émilie Chazerand a choisi de faire un lien avec cette série c’est probablement pour que ses lecteurs s’interrogent : comment réagir quand un drame nous tombe dessus ? En choisissant d’enlever tous les filtres et de devenir odieux comme le personnage d’After Life (c’est bien ça ?) ? Ou en tenant bon malgré tout, en faisant de son mieux pour rester une bonne personne ? La citation choisie apporte la réponse, que l’auteure va développer tout au long du roman. S’il arrive qu’elle se plante, la famille d’Annie fait sincèrement de son mieux pour faire le bien. La question subsidiaire est : qu’est-ce que ça coûte ? Qu’est-ce que ça apporte de faire ce choix ? Mais on en parlera peut-être plus tard pour ne pas trop en dévoiler dès le début !
Entrons dans le vif du sujet : le roman s’appelle Annie au milieu et la narratrice du premier chapitre est Velma. 

Te souviens-tu de ce que tu as pensé de l’introduction de ce personnage ?

Liraloin

Merci Lucie pour ta réflexion sur la citation, je ne dirais pas mieux. Je me souviens d’avoir eu super mal pour ce personnage, Velma qui s’efface, Velma qui est le modèle sans le chromosome en plus. On entre de manière très forte dans le vif du sujet, Velma qui fera tout en son pouvoir pour protéger sa soeur Annie, celle qui peut chanter “l’oreille contre l’épaule de papa.”
D’ailleurs, tu as sans doute remarqué, Lucie, que Velma parle en strophes, comme si elle déclamait sa condition, ses douleurs en se mettant en scène.

Comment as-tu ressenti l’introduction des deux autres enfants de la famille : Annie et Harold?

Lucie

Même si les problématiques rencontrées par Harold sont vraiment intéressantes, Velma est clairement le personnage qui m’a le plus touchée.
C’est un peu la laissée pour compte, elle se sent extérieure à la famille, comme transparente. D’ailleurs en plus d’être en strophes, son texte est écrit dans une typo plus petite. Cette peur de déranger, jusque-là !
C’est aussi celle qui est censée “réparer”, comme si ses parents l’avaient conçue pour se prouver qu’ils pouvaient avoir un enfant avec le nombre habituel de chromosomes après Annie. Il y a un passage très beau où elle discute de tout ceci avec sa mère. Tu te souviens ?
Velma sera supposée s’occuper d’Annie quand ses parents ne seront plus là pour le faire d’après la grand-mère. Je l’ai sentie écrasée par cette perspective. Et cela donne tout de suite un autre sens à cette fameuse majorité atteinte par Harold, qui a une vie en dehors de la famille, un ailleurs auquel elle a l’impression de ne pas avoir droit. C’est terrible !

L’alternance entre les points de vue de Velma, Harold et Annie est vraiment riche. Car chacun a sa personnalité, son ressenti, et qu’ils sont très différents ! Grâce à l’écriture un peu à la manière d’un journal, le frère et la sœur ne cachent ni les difficultés ni les bonheurs d’avoir une sœur comme Annie.
Les personnes porteuses de ce fameux chromosome sont particulièrement attachantes, mais on n’est pas dans le monde des Bisounours : au quotidien cela peut être un poids. Ne serait-ce que pour trouver sa place alors qu’Annie prend toute la lumière (malgré elle) ! J’ai trouvé cette ambivalence particulièrement bien rendue.

Liraloin

Je ne me souviens pas de ce passage mais Velma m’a beaucoup émue car elle est souvent en colère mais en sourdine. Lorsqu’elle dit qu’elle n’est pas Wonder Annie, c’est facile d’être Annie, de ne pas comprendre les drames qui se jouent dans cette famille. Tu ne trouves pas que quelqu’un qui est un milieu est particulièrement gênant car, généralement, on a peu de place pour passer. Il faut se faufiler et essayer de passer l’obstacle. Annie est l’enfant du milieu dans tous les sens du terme. C’est un peu ce que j’ai ressenti en lisant Harold, il se faufile ou il peut et doit se débrouiller seul depuis tellement longtemps. Je me souviens du passage où le père refuse d’inscrire Harold dans une école Montessori sous prétexte qu’il est faignant et qu’ils n’ont pas le choix d’y inscrire Annie du fait de son handicap. Cette ambivalence est fine et bien menée. Il n’y a que la grand-mère Marie-Claire qui ose dire les choses comme pour réveiller la famille !

Lucie

Je suis d’accord avec toi. Emilie Chazerand montre vraiment bien la manière dont la famille tourne autour d’Annie, sans que personne n’ose vraiment manifester le manque d’attention qu’il subit. Parce que si les deux autres voix sont celles du frère et de la sœur, on peut aisément comprendre que les parents aussi ont fait des sacrifices (les amis du père, le travail de la mère) et qu’ils ont probablement oublié leur vie personnelle et leur couple en route.
Cet exemple de l’école Montessori est très représentatif en effet.
Du coup le personnage de Marie-Claire est hyper rafraîchissant. Heureusement qu’elle est là pour donner des coups de pieds dans la fourmilière !
Au début je l’ai trouvée un peu gonflée de s’imposer, de critiquer une famille qui fait comme elle peut. Mais c’est sa manière de leur montrer (certes maladroitement) qu’elle les aime et de les mettre face à leurs incohérences. C’est d’ailleurs elle qui lance l’idée de ce défilé de majorettes !

Tu te souviens de ce passage ? Qu’as-tu pensé de l’éviction d’Annie, de cette idée de former un nouveau groupe, de la réaction de la famille ?

Liraloin

Je me souviens de l’éviction d’Annie, plus particulièrement du passage où la jeune prof n’arrive plus à tenir le groupe et dit quelque chose comme : « OK Annie a le droit de faire n’importe quoi – sous-entendu car elle handicapée- mais les autres non ! »J’ai vraiment apprécié la réaction de la mère qui ne tient plus et balance une belle insulte, comme si au quotidien on ne mesurait jamais ses efforts à elle pour être patiente et aimante avec sa fille alors qu’une prof de sport peut se permettre de renvoyer Annie et de l’oublier.
Alors oui Marie-Claire est trop forte et ma première impression ça été : « mais de quoi je me mêle, elle est gonflée tout de même de débarquer comme cela et hop de mettre sens dessus dessous la famille avec ses idées ». Elle y va franco avec les réactions de tous les membres de la famille en dénonçant surtout ce qui ne va pas depuis des lustres. Elle les met au pied du mur pour les faire sortir de leur vie réglée autour d’Annie.


D’ailleurs, les listes des 21 choses évoquent bien cette sensation que tout tourne autour d’Annie. Qu’en as-tu pensé ?

Lucie

J’ai trouvé ces listes à la fois douces et tristes. Ce rappel d’Annie, à chaque fois, montre bien l’importance qu’elle a dans l’existence de Velma. Et c’est normal ! Mais aussi écrasant. Seule la dernière liste (ce que je changerais dans ma vie) donne l’impression que Velma a enfin trouvé sa place et accepté sa famille dans toute sa richesse et sa complexité.
Ces listes ont quelque chose de poétique malgré tout. Ajouté au texte consacré à Velma qui a un rythme particulier, cela donne l’impression qu’elle a une sensibilité particulière, que c’est l’artiste de la famille. Même si personne ne le voit !
Velma est clairement mon personnage préféré.

Quel est le tien et pourquoi ?

Liraloin

Ces listes sont de bonnes respirations dans le livre. Je suis d’accord avec toi, elles sont douces et tristes, remplies de p’tites choses de tous les jours. Sans trop divulgâcher, la dernière liste est surprenante. Je ne sais pas si j’ai un personnage préféré mais Harold m’a vraiment ému, il est tellement anxieux, et tout se bouscule beaucoup trop vite en lui ! Un personnage qui m’a fait rire est celui de Dolorès. 

Tu la trouve comment toi, cette nouvelle prof de sport-chorégraphe ?

Dolorès est extra. Elle aussi apporte un peu d’air et de franc parler dans cette famille ! Je l’ai beaucoup aimée. Elle est là pour entraîner des amateurs, et elle ne se prive pas de leur dire quand ils sont mauvais. Même à la mamie qui pour une fois se trouve face à quelqu’un qui la recadre !
Je trouve, et c’est une constante dans les romans que j’ai pu lire d’elle, qu’Émilie Chazerand a le chic pour camper un personnage en quelques mots. Dolorès n’est pas un personnage principal, mais elle est pleine de peps et très incarnée dans les quelques apparitions qu’elle fait. Pareil pour Hui et sa maman. Ils existent presque plus que le papa, pratiquement absent, excepté pour la confrontation qui l’oppose à Harold. 

Souhaites-tu revenir sur certains personnages qui t’ont marquée ? Qu’as-tu pensé de ce père transparent ?


Liraloin

Oui tu as bien vu, cette confrontation incarne bien le fait que le père et le fils sont dans l’impossibilité de dialoguer, ils sont peur de leurs propres réactions. Je dirais même que la mère est transparente dans le fait qu’elle a mis sa vie entre parenthèse et n’existe plus que pour sa famille, enfin surtout pour Annie… Cette dévotion n’est pas naturelle, elle l’est devenue par la force des choses.

Lucie

Nous avons beaucoup parlé des personnages. J’aurais aimé connaître ton avis sur le fond, c’est à dire sur le traitement d’un personnage handicapé dans un roman.

Je trouve que, lorsqu’elle prête sa plume à Annie, Émilie Chazerand trouve le ton juste. La syntaxe désordonnée de certaines phrases a un peu gêné ma lecture, pour être honnête. Mais dans les ressentis face aux situations et aux personnes, je l’ai trouvée très bonne. Et toi ?
Par ailleurs, l’ambivalence des gens face au handicap est aussi très pertinente : d’un côté on a une coach de majorettes qui accepte Annie dans son groupe tant qu’il n’y a pas d’enjeu mais la vire en vue du défilé.
D’un autre côté, c’est en jouant sur le politiquement correct face au handicap que la famille parvient finalement à défiler. Cette ambivalence dit quelque chose de la société de manière assez fine, je trouve. 

Liraloin

Tout d’abord, la voix d’Annie est intéressante. Ce paradoxe entre être complétement à coté de la plaque et comprendre ce qui ne va pas lorsqu’un membre de la famille ne va pas bien ou attend d’elle une attitude correcte. Je suis d’accord avec toi mais contrairement à toi, rien de m’a gêné dans la lecture. Cette écriture est très caractéristique, on la retrouve dans Falalalala et la Fourmi rouge également.
Exactement, cette ambivalence est un peu le reflet de notre société et elle est finement démontrée dans ce récit. Le handicap gêne (tu as raison, la coach a honte… très surement) et en même temps j’ai comme l’impression que si tu ne vis pas de drames dans ta vie (handicap et autres…) et bien tu n’as rien vécu.
Ici cette ambivalence est significative mais en même temps, je me demande si finalement n’importe quel parent n’aurait pas fait la même chose si son enfant (handicapé ou pas), passionné par un sport ou autre, avait été évincé d’un groupe.

Et en prime la réaction de Colette, très émue à la lecture de ce roman :

Que j’ai pleuré les filles ! Que j’ai pleuré en lisant l’histoire de cette famille bancale et si lumineuse !!!!

J’ai pleuré quand Camille arrive chez les Desrochelles pour l’entraînement et qu’il est accueilli comme un membre de la famille tant attendu, j’ai pleuré quand Del et tous les réfugiés du camp où elle travaille font la chorégraphie d’Annie et les barjorettes, j’ai pleuré quand Solange propose à Velma de s’inscrire au stage de dessin… Que j’ai pleuré ! Parce que quand même ce bouquin, au-delà du handicap, il nous parle surtout de la FAMILLE, de ce qui la compose, des liens qui se tissent souvent silencieusement, au fil du quotidien mais aussi à travers générations. La relation entre Solange et Del est tellement puissante. J’ai beaucoup apprécié la manière dont l’auteure fait ressurgir implicitement ce que les personnes étaient avant, ce que cet avant a laissé de traces sur leur corps, leurs cheveux, leur regard et que les autres membres de la famille perçoivent parfois comme dans un éclair lumineux et parfaitement éphémère. Bien sûr ce roman est un incroyable conte de fée, tout va très vite, des magiciennes et des magiciens interviennent spontanément de manière peut-être un peu surnaturelle (je pense à Dolorès qui accepte de faire la coach sportive alors qu’elle connaît à peine Velma, je pense à la mère de Hui, incroyable costumière, qui réalise sans poser de question les improbables tenues de la tribu, je pense au patron de la brasserie qui embauche Harold sans trop poser de questions) mais c’est un conte de fée qui célèbre la solidarité et que ça fait du bien !!!! Merci pour le conseil de lecture.

Si vous voulez aller plus loin et lire d’autres titres de cette autrice, retrouvez les avis de Liraloin sur La Société des Pépés à Adopter, Ma vie moisie, Dieu et moi, Shirley Banana, Falalalala et Annie au milieu. et ceux de Lucie sur Falalalala, La Fourmi rouge, Chiens et Annie au milieu.

Enfin mon p’tit doigt me dit que cette fabuleuse autrice s’est confiée récemment à l’équipe du blog pour une interview qui déboite ! Soyez prêt et ouvrez vos mirettes …

Prix A l’Ombre du Grand Arbre 2022 : Belles Branches

Comme annoncé lors de l’anniversaire de notre grand arbre, nous vous proposerons au fil de l’été notre sélection pour le prix A l’ombre du grand arbre 2022. Ainsi vous pourrez, au fil de vos lectures estivales, égrainer les petites perles de la littérature jeunesse que nous avons sélectionnées pour vous, les savourer, les humer, les caresser puis venir voter ici pour vos titres préférés ! Les votes sont ouverts à partir d’aujourd’hui et jusqu’au 20 août. Les gagnants seront annoncés dans la foulée, lundi 22 août.

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Après les sélections BrindillesPetites Feuilles et Grandes Feuilles présentées les semaines dernières, voici le trio de tête pour la catégorie Belles Branches qui célèbre nos romans ado préférés !

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Quelques secondes encore, de Thomas Scotto

Suite à un dramatique accident de parkour, cette activité sportive acrobatique qui consiste à franchir des obstacles urbains, Alban est en état de mort cérébrale. Les médecins pressent la famille à prendre une décision concernant un don d’organes. Anouk, seize ans, veille son frère. Anouk veille aussi sur sa mère et tente de la convaincre qu’Alban aurait souhait ce don, sauver des vies lorsque la sienne ne peut plus l’être. Comme toujours, Thomas Scotto va droit au but, pesant chaque mot pour mieux nous bouleverser. Des secondes qui relient, des secondes pour affronter l’inaffrontable noir de la perte. Une nouvelle puissante qui aborde un sujet délicat avec pudeur et sensibilité.

Quelques secondes encore, Thomas Scotto, Nathan, 2021.

Les avis de Linda et de Liraloin.

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D’or et d’oreillers, de Flore Vesco

Avec tout le talent qu’on lui connaît, Flore Vesco signe une réécriture réjouissante et subversive du conte de La princesse au petit pois ! À la lecture des aventures des prétendantes du richissime lord Henderson conviées à passer une épreuve des moins conventionnelles, on ne sait plus si on frissonne de plaisir ou d’épouvante. Blenkinsop Castle a quelque chose du manoir de Dracula, avec ses couloirs lugubres et ses mystères qui nous donneraient envie de tourner les pages plus vite. Mais pas trop vite, mais pas tout de suite : on prend le temps de profiter de tout. Délicieux dialogues sur le mariage et l’amour. Merveilleux personnage féminin qui fait voler en éclats tous les stéréotypes de genre. L’ironie qui vient décaper les contes, révélant leur saugrenuité et leur hypocrisie (les règles de bienséance passent vite à l’arrière-plan lorsqu’une fortune est en jeu). Et surtout, l’ode rare et savoureuse à la sensualité.

D’Or et d’Oreillers, de Flore Vesco, L’école des loisirs, 2021.

Les avis d’Isabelle, de Lucie, de Linda et de LiraLoin.

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L’enfant Pan, d’Arnaud Druelle

Bien sûr, vous connaissez le Pays Imaginaire, cette contrée accessible seulement par les airs, en allant vers « la deuxième étoile à droite et tout droit jusqu’au matin ». Ce lieu hors du temps où l’on joue à longueur de journée, avec quelques frayeurs délicieuses. Bien sûr, vous avez déjà croisé la boudeuse Fée Clochette, les joyeux Garçons Perdus, le cruel Capitaine Crochet et sa horde de pirates, les enchanteresses sirènes, les Indiens Peaux-Rouges… Et, évidemment, celui sans lequel rien ne serait : Peter Pan.
Mais savez-vous quand, comment et pourquoi ce garçon versatile est arrivé au Pays Imaginaire ? L’enfant Pan nous propose une origine possible qui mêle le Mythe et l’Histoire. L’auteur s’approprie les codes du roman de Barry pour les réinventer dans un récit fantastique qui joue sur le temps. Il signe un roman cohérent, aussi sensible qu’intense, puissamment sensoriel, porté par une plume délicate et immersive.

L’enfant Pan, d’Arnaud Druelle, Gulf Stream, 2021.

Les avis de Blandine, Linda et Lucie.

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Une sélection qui nous transporte vers des lieux réels et imaginaires passionnants et qui n’hésite pas à parler franchement des grandes questions !

Alors, alors !

Quel est votre titre préféré dans la sélection "Belles Branches" ?

  • L'enfant Pan, d'Arnaud Druelle, Gulf Stream, 2021. (56%, 76 Votes)
  • Quelques secondes encore, Thomas Scotto, Nathan, 2021. (32%, 43 Votes)
  • D'Or et d'Oreillers, de Flore Vesco, L'école des loisirs, 2021. (12%, 16 Votes)

Total Voters: 135

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Prix A l’Ombre du Grand Arbre 2022 : Grandes Feuilles

Comme annoncé lors de l’anniversaire de notre grand arbre, nous vous proposerons au fil de l’été notre sélection pour le prix A l’ombre du grand arbre 2022. Ainsi vous pourrez, au fil de vos lectures estivales, égrainer les petites perles de la littérature jeunesse que nous avons sélectionnées pour vous, les savourer, les humer, les caresser puis venir voter ici pour vos titres préférés ! Les votes sont ouverts à partir d’aujourd’hui et jusqu’au 20 août. Les gagnants seront annoncés dans la foulée, lundi 22 août.

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Après les sélections Brindilles et Petites Feuilles présentées les semaines dernières, voici le trio de tête pour la catégorie Grandes Feuilles qui célèbre nos romans jeunesse préférés !

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Notre première journée à la mer

Aujourd’hui, c’est décidé, toute la classe partira au bord de la mer. Si vous aimez les péripéties d’écoliers et les maitresses farfelues, suivez le guide et peut-être oserez-vous la baignade dans une mer peu engageante.

Notre première journée à la mer de Marie Colot & Florence Weiser, Editions Alice, 2021

Retrouvez l’avis de Blandine

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Le ciel est à tout le monde

Il y a des récits de vie qui bouleversent et Le ciel est à tout le monde en fait partie. C’est l’histoire d’une fratrie soudée mais également malmenée. C’est l’histoire d’un mal qui ronge et qui ne laisse aucun répit. C’est l’histoire de plusieurs vies qui se jouent et c’est bouleversant.

Le ciel est à tout le monde de Fanny Chartres, l’Ecole des Loisirs, 2021

Retrouvez l’avis de Liraloin

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Amari et le Bureau des affaires surnaturelles

Est-ce que vous êtes assez volontaire et armé pour intégrer le Bureau des affaires surnaturelles ? Attention aux pouvoirs insoupçonnés qui peuvent émerger sans crier gare ! Dans l’adversité, il faudra user de toutes les ressources pour être la hauteur et conquérir sa place envers et contre les préjugés.

Amari et les Bureau des affaires surnaturelles de B.B Alston, Bayard jeunesse, 2021

Retrouvez les avis d’Isabelle, de Linda et la lecture d’enfant publiée sur ce blog.

Une sélection qui ne manque pas de sensations fortes, d’aventure et d’émotions !

Alors, alors !

Quel est votre titre préféré dans la sélection "Grandes feuilles" ?

  • Notre première journée à la mer de Marie Colot & Florence Weiser, Editions Alice, 2021 (53%, 19 Votes)
  • Le ciel est à tout le monde de Fanny Chartres, l'Ecole des Loisirs, 2021 (33%, 12 Votes)
  • Amari et les Bureau des affaires surnaturelles de B.B Alston, Bayard jeunesse, 2021 (14%, 5 Votes)

Total Voters: 36

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Sous ta peau, le feu – de Séverine Vidal, roman reçu avant publication

Le dernier roman de Séverine Vidal, Sous ta peau, le feu, nous transporte dans le Bordelais, une vingtaine d’années avant la Révolution française, en pleine épidémie de variole. Ange, 17 ans, accompagne son père médecin qui l’initie au métier et tente de canaliser un peu ses rêves révolutionnaires : pas toujours évident face à tant de fougue – plus encore depuis sa rencontre avec la jeune Esmée dont la famille a été décimée par la maladie… Un roman historique aux accents très actuels, donc, que nous avons eu la chance de découvrir en avant-première, suite à l’entretien que Séverine Vidal nous a accordé en mars 2021. Quelques semaines plus tard, nous recevions Sous ta peau le feu avant parution, pour une lecture attentive et enthousiaste, assortie de l’invitation à faire part de nos retours à l’autrice. Dans ce billet, nous revenons sur cette expérience qui ne nous a pas laissées indifférentes !

Sous ta peau, le feu de Séverine Vidal, Nathan, 2021.

Comment avez-vous eu connaissance de l’opportunité de lire Sous ta peau, le feu avant publication ? Aviez-vous déjà eu de telles occasions ? Si oui pour quels textes ?

Isabelle : C’est Pépita, branche fondatrice de notre bel arbre, qui a été contactée début 2021 par Séverine Vidal suite à l’entretien qu’elle nous avait accordé. L’autrice était intéressée d’avoir des retours sur son manuscrit. Je savais déjà que j’appréciais ses livres, je n’avais jamais eu l’occasion de commenter un roman en amont de sa publication, j’aimais l’idée que nous soyons plusieurs par ici à nous prêter à l’exercice en même temps : j’ai saisi la perche !

Lucie : Tout comme Isabelle. Pour moi, c’était une première pour un roman jeunesse, mais j’ai l’habitude de le faire pour les romans de mon mari. Cela dit, l’expérience a été très différente ici, car j’ai aussi beaucoup apprécié de pouvoir en discuter avec vous. Comme toujours, on ne voit pas toutes les mêmes choses et c’est enrichissant !

Colette : Je n’avais jamais non plus eu une telle opportunité. J’ai vraiment vécu cela comme un cadeau, une précieuse faveur d’autant plus que je venais de lire plusieurs romans de Séverine Vidal que j’avais vraiment beaucoup appréciés, Des astres et Soleil glacé. Qu’une autrice comme Sévérine Vidal nous confie son texte, c’était pour moi la preuve très concrète que ce que nous faisons A l’ombre du grand arbre compte pour les auteur.e.s.

LiraLoin : Tout comme vous, c’est après l’interview qu’elle nous accordé que, très vite, nous avons été sollicitées pour lire son roman avant publication. J’ai été tout de suite très émue et enthousiaste. En effet, j’avais déjà lu la Drôle d’évasion, Pëppo et L’Été des Perséides.

Que vous a apporté cette expérience ?

LiraLoin : Beaucoup, car c’était une première et j’ai trouvé cette démarche intéressante. Le plus amusant c’était de vous savoir toutes en train de lire le roman, un p’tit lien malgré cette distance. Après, j’étais hyper stressée car pas du tout à l’aise avec l’exercice : j’aime analyser, mais pas critiquer. Je n’ai pas assez confiance en moi pour expliquer à un auteur que tel ou tel passage n’est pas plaisant ou qu’il manque des précisions… Séverine Vidal n’est pas une débutante ! Lorsque j’ai lu vos retours, je me suis sentie un peu naze car les miens n’étaient pas aussi précis que les vôtres. J’ai bien aimé mais je ne suis pas certaine d’être à la hauteur de ce que peut attendre un écrivain.

Colette : J’ai adoré cette expérience car elle a légèrement modifié ma manière de lire ce texte : j’ai été beaucoup plus attentive à la structure du récit, d’autant plus que dans Sous ta peau, le feu, la structure en deux parties est vraiment fondamentale. Savoir que nous participions à un texte en cours d’écriture, une sorte de work in progress, c’était vraiment enthousiasmant intellectuellement : nous étions en quelque sorte en train d’écrire le texte à plusieurs mains et j’ai toujours été très intriguée par les procédures d’écriture collective découvertes lors de mes études de lettres (démarches de l’OULIPO, ou des surréalistes avec les cadavres exquis par exemple). Au-delà de la démarche artistique, il y a aussi la démarche relationnelle qui m’a beaucoup plu : une auteure nous faisait confiance, nous étions toutes en train de lire le même texte, en même temps, de manière unanime, c’est finalement une expérience de vie assez extraordinaire.

Lucie : Je vous rejoins sur le sentiment de légitimité qu’une telle proposition apporte à notre blog, le plaisir de vous imaginer en train de découvrir le texte en même temps que moi (et en avant-première !), nos échanges à son sujet… Mais aussi sur la difficulté à cerner ce que Séverine Vidal attendait réellement de nous. Comme tu le dis Frédérique, ce n’est pas son premier roman : attendait-elle simplement une validation ou des retours sincères ? Et, le cas échéant, qui suis-je pour lui dire que tel personnage agit de manière illogique ? Pas simple de trouver l’équilibre et le ton juste dans le mail que je lui ai envoyé ! En bref, j’ai adoré partager cette expérience avec vous, mais ce n’était pas forcément évident.

Isabelle : C’est vrai que c’est excitant d’avoir dans les mains un texte encore ouvert. J’ai surmonté les questionnements que vous évoquez en me disant que Séverine Vidal s’intéressait à l’avis de celles et ceux à qui ce roman s’adresse : ses lecteur.ice.s. Et en la matière, nous étions légitimes pour lui faire part de notre sentiment, en tant que grandes consommatrices de livres !

En quoi est-ce une expérience de lecture différente d’une lecture de texte publié ?

Isabelle : La demande d’un retour, sur un texte qui pouvait encore bouger a beaucoup modifié ma manière de lire. Je ne me suis pas complètement autorisée à glisser dans l’histoire, me posant en cours de lecture des questions qui n’émergeraient normalement qu’au moment d’écrire mon billet, après avoir terminé le livre (ou même pas du tout) : le récit était-il cohérent sur tous les points ? Bien construit ? Manquait-il quelque chose ? C’est comme ça que j’ai remarqué que si on recoupait les informations sur l’histoire d’Ange, on se rendait compte que ce personnage avait dû prendre une décision très importante à seulement cinq ans. Je n’aurais jamais remarqué cela en lisant “normalement” le roman, mais certain.e.s lecteur.ice.s, notamment les jeunes, peuvent être très attentifs à ce genre de détails. C’est un point que l’autrice a modifié dans le manuscrit final, je suis heureuse si mes remarques ont été utiles.

LiraLoin : J’ai lu avec attention mais je n’ai pas pris le temps d’analyser comme vous l’avez fait et je dois avouer qu’une deuxième lecture aurait eu plus d’impact. Ma première lecture n’a pas suffi pour repérer tous les détails. Comme je le disais, j’avais la pression : qui suis-je pour me permettre de faire des retours ? Je suis restée trop focalisée sur les sensations que m’apportait l’écriture et j’ai eu du mal à me détacher de cette sensation que me procuraient les mots. Si c’était à refaire, j’aborderais ma lecture différemment.

Colette : J’ai vécu cette opportunité comme une occasion de pouvoir faire mes remarques de lectrice en direct à l’auteure, mais pas du tout dans l’esprit d’une correctrice. Je n’ai pas pensé que Séverine Vidal changerait des choses dans son récit et d’ailleurs je n’ai toujours pas lu la version définitive mais à te lire, Isabelle, je comprends que l’auteure a tenu compte de certaines de nos remarques – et j’en suis encore plus honorée ! Pour résumer c’était une expérience de lecture différente parce que je pouvais communiquer avec l’auteure mais comme Frédérique je me suis complètement laissée emporter par les mots, enfiévrée par cette passionnante histoire d’amour naissant et de femmes puissantes !

Lucie : Tout à fait d’accord avec Colette, je l’ai plus lu comme un texte achevé, avec toutefois la possibilité d’émettre quelques petites remarques, mais pas celle d’en modifier la structure ou l’histoire. Là, pour le coup, je ne me serais pas sentie légitime du tout !

Qu’est-ce qui vous a marquées à la lecture, quels sont les aspects sur lesquels vous avez échangé avec l’autrice ?

LiraLoin : J’ai apprécié l’actualité de cette lecture : satané virus ! Un point que j’ai transmis à l’autrice concernait le besoin, de mon point de vue, de plus de descriptions de paysages pour bien ancrer les scènes. Ça commençait bien avec la description du château mais je ne sais pas pourquoi, je m’attendais à plus de détails.

Lucie : Je te rejoins Frédérique. Je n’ai peut-être pas été assez attentive au début, mais je n’avais pas compris où se situait l’histoire : j’ai un peu manqué de descriptions ou d’indices géographiques. Séverine Vidal m’a répondu avoir situé l’action à Lacanau (La Canau, à l’époque), mais elle n’a pas eu envie de tout nommer avec précision. J’ai noté aussi de très jolies phrases et trouvé le parallèle entre les chimères et Ange intéressant : sa situation (n’en disons pas plus ici pour ne pas divulgâcher) est tellement étonnante pour l’époque !

Isabelle : C’est drôle ce que tu dis sur les chimères, c’est un aspect qui m’a interrogée aussi. Je me suis demandé pourquoi le père d’Esmée a des préoccupation aussi particulières (livres en cuir humain – qui ont vraiment existé, je suis allée vérifier, taxidermie, construction de ces fameuses chimères), ou plus précisément quel rôle cela jouait pour l’intrigue. Je n’avais pas pensé à faire ce parallèle avec Ange !
Si quelque chose m’a fait un peu tiquer, ce serait peut-être des doutes quant à la crédibilité d’un homme comme le père d’Ange. Je me suis demandée si la tonalité de certains dialogues marqués par la connivence entre Ange et son père manquait de crédibilité. Les deux évoquent leur époque avec beaucoup d’ironie (« Prête à épouser un beau garçon et le servir, ta vie durant ? »), tout cela me semblait difficile à s’imaginer au XVIIIe siècle. J’ignore peut-être certaines prémisses des idées « féministes », mais il me semble que c’est quelque chose qui se développe de façon aussi explicite plutôt au siècle suivant.

LiraLoin : Je me suis aussi demandé si, à l’époque, même un médecin était aussi ouvert d’esprit.

Colette : L’époque de la narration est celle qui voit la naissance d’Olympe de Gouges, pionnière du féminisme en France, donc il ne me paraît pas incongru que des jeunes gens portent déjà – à voix basse – les réflexions menées par Ange. D’ailleurs ce n’est sans doute pas un hasard si sa mère se prénommait Olympe.

Isabelle : Oui. Mais Olympe de Gouges est vraiment une pionnière. Ce n’est pas facile pour un enfant de médecin élevé par son père à la campagne de penser hors des cases en s’affranchissant de toutes les normes de son époque – beaucoup plus tard, dans un tout autre contexte, Marx avait développé son concept d’aliénation pour susciter des prises de conscience qui semblèrent longtemps impossible malgré des injustices criantes et des situations de facto insupportables. Pour vous donner une comparaison, j’ai trouvé que la prise de conscience et le cheminement vers l’émancipation étaient plus crédibles dans le roman sur Rosa Bonheur : nous sommes cinquante ans plus tard, son père est un Saint-Simoniste et donc formé aux idées progressistes et malgré cela, son discours (apprends la couture pour pouvoir rester indépendante matériellement) doit être replacé dans l’époque pour en saisir tout le côté pionnier. Et Rosa chemine pas à pas.

Comment avez-vous vécu la correspondance avec Severine Vidal ?

Colette : J’ai trouvé cette correspondance très motivante car c’est à cette occasion que j’ai découvert que Sévérine Vidal vivait près de chez moi et surtout dans le village d’une collègue chère à mon cœur qui est très engagée pour la culture. Des liens se sont créés entre nous trois : ma collègue a commandé plusieurs livres de Séverine Vidal pour la bibliothèque de son village, se servant de mes chroniques pour les valoriser et communiquant avec Séverine pour des animations à la bibliothèque. J’ai eu la chance de rencontrer Séverine Vidal au festival Lire en poche de Gradignan et elle m’a tout de suite associée au Grand Arbre et à notre lecture commune de Sous ta peau, le feu. C’est un sentiment tellement agréable que celui d’appartenir à un cercle d’autrices et de lectrices !

Lucie : Comme je l’ai dit, j’étais dans mes petits souliers. Pas facile de trouver les mots justes, faire attention à la sensibilité de l’auteur qui prenait le risque de nous faire lire son roman encore inachevé.

LiraLoin : C’était aussi assez angoissant pour moi, comme une attente de résultat lors d’un entretien d’embauche. Je n’attendais pas grand chose vu le peu de remarques que j’ai pu faire sur mon retour de lecture et c’est pour cela que je n’étais pas à l’aise. Je ne me sentais pas du tout légitime. Mais j’ai été ravie que Séverine Vidal me réponde et prenne en compte mes suggestions.

Isabelle : Je trouve que vous mettez bien en mots ce qu’un tel échange peut avoir de grisant et d’intimidant en même temps. Quand on chronique des livres, on a parfois la chance de pouvoir dialoguer avec l’auteur.ice. C’était la première fois pour moi qu’un tel dialogue se faisait en amont de la publication, mais l’expérience se rapprochait de la situation où un.e. auteur.ice lit notre billet et prend le temps de réagir. Cela fait toujours immensément plaisir et donne l’impression d’être prise au sérieux par celles et ceux qui écrivent nos livres. Ils sont souvent curieux de sonder notre expérience de lecture. En même temps, c’est intimidant comme vous le soulignez. Et cela peut être étrange quand on a lu déjà plusieurs livres parce qu’écrire et lire, c’est quelque chose d’assez intime et que même si on ne se connait pas personnellement, on peut avoir l’impression d’avoir partagé quelque chose d’assez personnel.

Suite à nos échanges, Séverine Vidal a eu la gentillesse de nous répondre de façon individuelle et de nous envoyer un exemplaire de son roman paru en août avec cette dédicace.

Sans oublier notre collectionneuse de papillons, Colette…

La dédicace finale a-t-elle eu une résonance particulière pour vous ?

LiraLoin : Une très grande fierté m’a envahie, celle d’appartenir à ce groupe de blogueuses : A l’Ombre du Grand Arbre. C’était la première fois aussi que mon prénom était cité en remerciement. J’ai été très touchée.

Colette : D’une certaine manière oui, car j’ai été oubliée par l’éditeur dans la dédicace ! Je pense que je ne m’en serais pas rendu compte mais Séverine Vidal y a été très attentive et me l’a signalé par mail. J’ai trouvé cette attention assez exceptionnelle. Le plus important me semble-t-il, comme le disait Lucie, c’est la reconnaissance du travail mené ensemble à l’ombre de notre grand arbre : lire Sous ta peau, le feu en avant-première a été une aventure très fédératrice ! Et je suis prête à recommencer !

Lucie : J’ai trouvé cette attention très sympa, et surtout me retrouver citée avec vous, en collectif (même s’il manquait Colette qui avait partagé cette lecture avec nous) m’a vraiment plu. Petite fierté partagée. J’espère avoir l’occasion de renouveler l’expérience !

Merci encore à Séverine Vidal pour sa disponibilité et sa gentillesse !

Pour finir de vous donner envie de lire Sous ta peau, le feu, n’hésitez pas à lire les avis complets de Linda, Isabelle et Lucie !


Lecture d’enfant #40 : La Vague

Du haut de ses douze ans et demi, Gabrielle aime les récits qui questionnent notre monde et son fonctionnement. Elle a dévoré La Vague de Todd Strasser et avait envie de partager son expérience de lecture. Publié pour la première fois en 1981, La Vague revient sur une expérience psychologique réalisée dans un lycée californien en 1969 par le professeur d’histoire Ron Jones, La troisième vague.

La Vague de Todd Strasser, PKJ, 2009.

Qu’est-ce qui t’a donné envie de lire ce roman ?

J’ai vu le film (Die Welle, Dennis Gansel, 2008) avec ma mère. Je l’ai aimé et, quand j’ai appris qu’il y avait un livre, je me suis dit que j’aimerais en savoir plus et voir jusqu’à quel point le livre et le film se ressemblent.

L’histoire est-elle la même ? Quelles sont les différences ou similitudes ? Quel format t’a plu le plus ?

L’histoire est à peu près la même à part quelques détails (que je garde pour moi pour ne pas spoiler). J’ai préféré le livre car la fin est moins sombre.

Peux-tu nous dire de quoi parle ce roman ?

L’histoire se déroule dans un lycée californien. Un professeur d’histoire veut faire comprendre à ses élèves le nazisme et la mise en place d’un tel mouvement. Il veut aussi leur faire comprendre que même aujourd’hui, après en avoir pourtant tiré les leçons, notre société pourrait en reprendre la forme en un instant. Il leur propose une expérience de mise en situation : obéir à un leader, faire un salut, scander un slogan… Le mouvement va peu à peu prendre des proportions énormes en quittant la classe vers l’extérieur, et devenir incontrôlable.

Que penses-tu de cette expérience ? Crois-tu que le professeur a eu raison de la mettre en place?

Je pense que c’est complètement fou et pas la bonne méthode à employer. Les étudiants doivent se forger un avis personnel alors que là, le professeur les pousse à avoir un avis de groupe.

Mais justement, vivre en société c’est aussi vivre en groupe. Est-ce que cette expérience n’a pas pour but de leur montrer que c’est le groupe qui fait le mouvement ?

Et bien oui, il prouve que la solidité du groupe et la confiance en son leader peuvent déraper et mener à un régime totalitaire. Mais cela prouve aussi que l’expérience était dangereuse et qu’il aurait mieux valu se contenter de travaux de groupes plus classiques comme de la recherche ou un exposé par exemple.

Qu’as-tu aimé dans ce roman ? Ou à l’inverse, qu’est-ce qui t’a déplu ?

Je n’aime pas la couverture de l’édition jeunesse, je préfère celle de l’édition adulte qui me semble plus parlante. J’ai vraiment aimé l’écriture de l’auteur ; le fait que ce soit inspiré d’une histoire vraie est particulièrement intéressant. Les personnages sont sympathiques et j’ai aimé suivre leur cheminement.

Enfin, conseillerais-tu ce roman ? A qui ?

Je conseillerais ce livre à ma mère et aux lecteurs de plus de onze ans qui veulent comprendre comment se met en place une dictature.

Merci Gabrielle !