Lecture commune : Forbans !

A l’Ombre du Grand Arbre, on aime découvrir de nouveaux titres, et on fait confiance aux copinautes et à leurs recommandations. Alors quand Liraloin nous a parlé de Forbans !, l’idée d’une lecture commune s’est très vite imposée…

Forbans !, de Renaud Farace et Olivier Philipponneau. Ed. 3oeil, Octobre 2025

Liraloin : Aviez-vous déjà entendu parlé du scénariste Renaud Farace et du dessinateur Olivier Philipponneau ? 

Lucie : Non je ne connaissais pas du tout leur travail, mais j’ai découvert en faisant une petite recherche qu’ils avaient déjà collaboré sur Détective Rollmops qui je dois le dire m’attire beaucoup (ce titre !). Mais j’y suis allée les yeux fermés parce que quand tu conseilles une BD, Liraloin, je n’hésite jamais !

Détective Rollmops, de Renaud Farace et Olivier Philipponneau, Ed. The Hoochie Coochie, Novembre 2021.

Héloïse : Pas du tout ! Si Lucie n’en avait pas parlé, je ne serais jamais allée lire ce graphique pour le moins original (et cela aurait été bien dommage !)

Liraloin : J’ai découvert Olivier Philipponneau à travers ses publications notamment avec son grand livre très intéressant Détective Rollmops.Il publie également des albums jeunesse, je suis fan de Amimots.

Animots, de ALIS, Olivier Philipponnneau et Raphaële Enjary, Ed. Albin Michel, 2019.

Liraloin : Cette bande dessinée a été éditée par les éditions 3Oeil. Aviez-vous déjà lu des livres publiés par cette maison ? 

Lucie : Je connaissais les Philonimo et j’aime beaucoup leurs visuels pour leur côté artisanal. Et puis bon, une collection de philo pour les petits je ne peux qu’adhérer !

Le Loup de Hobbes, d’Alice Brière-Haquet et Herbéra, ed. 3Oeil, 2023

Héloïse : Je ne connaissais que les Philonimo, au design visuel très original. Et comme le dit Lucie, c’est chouette d’oser la philo avec les plus jeunes ! 

Hélène : Idem, une découverte pour moi, qui n’avait pas non plus fait le lien avec les Philonimo.

Liraloin : Complètement, c’est un petit éditeur sur la même ligne qu’Hoochie Coochie. Je connais les titres jeunesse notamment ceux d’Alice Brière-Hacquet. Je connais moins la série Philonimo par contre.

Liraloin : Commençons par évoquer l’aspect physique du livre ? Qu’en avez-vous pensé ? (reliure, maquette, couverture intérieure et extérieure)…

Lucie : J’ai été surprise par la taille de cet ouvrage. Je ne m’attendais pas à ce qu’il soit si gros, avec en plus une couverture rigide. C’est un objet imposant. Mais sa stature est contrebalancée par cette illustration de couverture un peu folle avec des personnages très graphiques, des couleurs vives tranchant avec le noir profond… A posteriori, je trouve que la couverture est très fidèle au contenu.

Liraloin : En effet, quelle surprise en ouvrant cette BD. La reliure est superbe, dans mon club BD un de mes collègues a cru que le livre était cassé (trop drôle). La couverture intérieure de fin est originale en nous rappelant tous les personnages croisés lors de notre lecture. Et oui, le livre est bien imposant !

Lucie : Faut dire que les personnages sont très nombreux… Heureusement qu’ils sont faciles à identifier parce qu’il y aurait de quoi s’y perdre !

Hélène : Oui, une très belle galerie de personnages hauts en couleur, dans tous les sens du terme !

Liraloin : Au premier abord, dès la première de couverture, nous tombons nez à nez avec une ribambelle de Forbans – Pirates. En tant que lectrice on se dit tout de suite que le graphisme est très original. Comment êtes-vous entrée dans cette lecture? 

Héloïse : Au départ, j’étais sceptique face au graphisme des personnages. Mais ça colle tellement bien à cet univers déjanté ! Ce qui m’a marquée, c’est le traitement des couleurs : une couleur par chapitre et par partie, tout le reste en noir et blanc. C’est un procédé que j’aime beaucoup.  

Lucie : Comme Héloïse, j’ai été déstabilisée par ce graphisme presque rudimentaire. D’autant plus qu’il ne correspond pas au propos et aux références qui eux nécessitent culture et un certain recul. A l’image de la couverture riche en contrastes, je trouve que cette bande dessinée joue sur plusieurs attendus et se plaît à les détourner. Mais après quelques pages, j’ai vraiment apprécié ces personnages au caractère fort et facilement identifiables, comme nous le disions.

Liraloin : Je vous rejoins complètement et clairement c’est ce que j’ai apprécié dans cette lecture. Tout d’abord, en ce moment, je trouve que les BD jeunesse se ressemblent un peu toutes graphiquement sauf quelques exceptions, et là, ça fait du bien de voir une BD sortir du lot. En en parlant avec toi Lucie, je ne trouvais pas que les références étaient compliquées pour les jeunes mais tu m’as fait réfléchir et après coup ma conclusion a été : c’est une BD pour tous ! Le graphisme me plaît énormément. Comme le dit Héloïse, les codes couleurs pour chaque chapitre donne un ton particulier à la lecture et cela est très plaisant.

Héloïse : Clairement, l’humour est le gros point fort de ce titre… Entre les jeux de mots, les situations rocambolesques, les mots-valises, on en prend plein les yeux. 

Hélène : Moi aussi j’ai trouvé le graphisme très original mais dans le bon sens du terme. Les couleurs m’ont tout de suite attirée. J’ai mis un peu de temps à identifier les personnages mais une fois ceci fait, j’ai pu pleinement apprécier l’humour qui se dégage du texte ! 


Lucie : Justement, parlons des couleurs. Tu le disais Héloïse, elles marquent l’identité de chaque chapitre, chacun étant composé de noir et blanc et une couleur fluo ou très vive. Qu’avez-vous pensé de ce choix artistique ?

Liraloin : Ce choix est judicieux et apporte au jeune lecteur un repère du moins j’ose l’espérer, je n’ai pas trop de retour de lectures de jeunes lectrices et lecteurs pour le moment. Cette transition de couleur après couleur permet de mieux aborder la lecture comme pour faire abstraction de la charge visuel que nous donne tous les personnages. Finalement ce choix apporte de la fluidité.

Hélène : Moi aussi j’ai été séduite par ce choix artistique. Cela amène un peu de repère et permettra je pense au jeune lecteur de faire des “pauses” mentales entre chaque chapitre. D’un point de vue purement graphique c’est très intéressant de séparer les chapitres de cette façon, je n’avais pas souvent vu ce procédé. 

Liraloin : Tout à fait Hélène, c’est pour cela que je plussoie les petites maisons d’éditions comme celle-ci. Il y a un vrai travail artistique !

Lucie : Ce parti pris va à l’encontre d’une vision naturaliste à laquelle de toute manière – nous l’avons dit – le graphisme n’appellait pas. Les personnages peuvent changer de couleur d’un chapitre à l’autre sans que cela ne pose problème. J’ai envie de dire que c’est un choix courageux qu’il fallait assumer (surtout dans le chapitre jaune qui peut parfois piquer un peu les yeux). Mais cela participe définitivement à la folie de l’entreprise ! Folie graphique, folie des couleurs et personnages un brin perchés eux aussi (c’est un euphémisme). La forme épouse parfaitement le fond.

Héloïse : C’est si joliment dit Lucie ! Effectivement, il souffle un vent de folie sur ces Forbans !, à tous les niveaux. 

Liraloin : D’où cette question sur ce qu’évoquait Héloïse plus haut : l’humour ! Est-ce que vous avez bien rigolé durant la lecture de cette bande dessinée, car ça c’est hyper important ? 

Héloïse : Je n’ai peut-être pas ri à gorge déployée, mais j’ai beaucoup souri, et certains passages m’ont bien fait rire. Les jeux de mots sont truculents, et les références très amusantes. 

Lucie : Eh oui, j’ai bien rigolé ! Il y a les mots-valises dont parlait Héloïse, mais aussi les références à la pop culture, le caractère très affirmé des personnages… En réalité, il y a de multiples motifs de rire, à plusieurs niveaux de lecture. Ça va du rire de surprise du genre “ils n’ont pas osé ?!” à la référence inattendue. Ce qui en fait, comme tu le disais Frédérique, une lecture pour tous les âges !

Héloïse : Je suis d’accord avec vous les filles, je trouve que ce graphique permet différents niveaux de lecture, et c’est d’autant plus chouette. 

Liraloin : Je me suis bien amusée durant cette lecture, j’étais à bord sur le rafiot avec eux. Le scénario apporte une spontanéité qui est tellement appréciable. Punch line à gogo, tirades et monologues complètement hystériques, situations cocasses… ça n’arrête pas ! Et puis les noms donnés aux personnages comme les trois boulets… Les titres des chapitres sont amusants également : des moutons et des hommes, pour n’en citer qu’un !

Liraloin : Nous avons évoqué plusieurs fois les nombreux personnages, quel est votre préféré? 

Héloïse : Sans hésiter : la fiancée. Je trouve qu’elle a du caractère, aux antipodes de la jeune femme fragile à sauver. C’est même elle qui sauve les autres à de nombreuses reprises…

Liraloin : Tu as raison Héloïse. La fiancée est un personnage un peu badass comme on les aime. J’ai aussi apprécié qu’Eléonore soit aux antipodes d’Eric (quel prénom qui détonne par rapport aux autres : Barbe-en-tas, Tortilla…). D’ailleurs, un de mes personnages préféré ou je devrais dire mes personnages préférées, c’est la tribu Kot Kots avec tous les jeux de mots. Je suis fan.

Lucie : Moi aussi j’ai aimé la comtesse Eléonore du Nordest : malgré son titre, elle est top, badass à souhait. Mais j’avoue que j’ai aussi beaucoup aimé l’évolution du pirate, le bien nommé Barbe-en-tas. Il se fait destituer de son rôle de capitaine, doit faire face aux divergences d’opinion de son fils quant à son avenir, et se retrouve finalement à apprécier le courage de son ex-future-bru. J’ai adoré ces revirements de situation. La tortue Tortilla est géniale aussi avec sa curiosité pour la culture KotKot. C’est vraiment difficile d’en choisir un seul.

Héloïse : Oui la relation entre le “grand méchant capitaine pirate” et Éléonore est très très drôle. De rejet à l’acceptation, en passant par l’admiration. 

Hélène : Petit coup de cœur pour Éléonore de mon côté également. Elle m’a fait rire, mais les autres personnages ne manquent pas de piquant non plus !

Lucie : Outre votre personnage préféré, je me demandais si vous aviez un chapitre favori. Chacun a son unité autant en couleur qu’en péripéties !

Héloïse : Je n’en ai pas… ils sont tous amusants à leur façon !

Hélène : Moi non plus, je n’ ai pas réussi à en dégager un en particulier…

Liraloin : Le Mijoté de mutinerie car il fallait oser le jaune comme couleur dominante et c’est un des chapitres où on sent que la situation échappe à Barbe-en-tas. Quelques personnages se révèlent aussi comme le cuistot… et puis aussi les 3 pages avec juste les bulles dans le chapitre Dans le ventre d’Anacondaltonien.

Lucie : Pour ma part j’hésite entre l’arrivée chez les Kot Kots Secousse chez les Kot Kots et le suivant, la bien nommée Forêt farfelue, particulièrement loufoque qui voit vraiment se révéler l’héroïne chez Eléonore.

Lucie : Avant de conclure avec notre question traditionnelle, et sans trop en révéler aux chanceux qui vont découvrir cette BD, je dois dire qu’après ce tourbillon de folie qui ne ressemble à rien de ce que j’avais pu lire avant j’étais curieuse de découvrir la fin. A-t-elle répondu à vos attentes ?

Liraloin : Mais oui, j’ai trouvé que cette fin était dans la même lignée que le reste du scénario avec en prime une belle solidarité dans cette dernière épreuve. Mais on en dira pas plus !!!!

Lucie : Il ne faut évidemment pas trop en dire, mais justement une fin convenue aurait été franchement décevante. Une partie de la résolution était prévisible mais le reste (comme dans toute la BD il y a plusieurs couches) est à mon avis à la hauteur de ce qui précède. Il y a une logique certaine mais c’est aussi ce qu’il fallait.

Héloïse : Elle m’a semblée assez logique, dans la continuité de ce qu’on avait lu. Avec une chute bien drôle pour terminer en beauté. 

Lucie : Pour finir, à qui conseilleriez-vous cette BD ?

Héloïse : A partir du collège, je dirais, et plus si affinités.

Liraloin : Tout comme toi Héloïse à partir du collège et plus plus plus. A conseiller aux adultes trop sérieux et qui détestent la couleur !

Lucie : Le graphisme pourrait laisser penser à une BD destinée à un public plus jeune mais je vous rejoins tout à fait, à partir du collège les lecteurs pourront saisir jeux de mots et références. Il faut juste passer outre cette couverture et accepter d’entrer dans le monde fou de Renaud Farace et Olivier Philipponneau. Il y a matière à rire quel que soit son âge !

Hélène : Tout comme vous je pense qu’il faut une certaine maturité pour comprendre les jeux de mots et le sous-texte. Parfait pour les collégiens et au-delà (nous-mêmes avons aimé et nous ne sommes plus vraiment collégiennes n’est-ce pas 😉). Le volume de l’ouvrage va également dans ce sens. Le graphisme est coloré mais pas si enfantin que cela finalement. Il faut juste le proposer, l’accompagner, et cette BD de qualité a tout le potentiel pour rencontrer son public ado.

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Merci aux éditions 3oeil de nous avoir permis de découvrir cette BD pétillante. On espère que cette lecture commune vous aura donné envie de découvrir Forbans !, un graphisme original, drôle et inattendu, qui a rencontré un gros succès A l’Ombre du Grand Arbre !

Lecture commune : 72 saisons au Japon

Lucie, Héloïse et Liraloin ont décidé de partir très loin, dans un pays fantastique et accueillant. Une île où 72 micros saisons rythment la vie des japonaises et des japonais. Curieuses et charmées par ce documentaire, elles vont voulu échanger leurs impressions. Préparez-vous un bon thé matcha, et en route pour le Pays du Soleil Levant…

72 saisons au Japon, Kyùreki un calendrier de la Nature d’Emmanuelle Grundmann & Gilberte Niamh Bourget, 2025

Liraloin : Avant la lecture de ce documentaire, saviez-vous que les japonais étaient très attachés au cycle des saisons ? 

Héloïse : Je ne suis jamais allée au Japon, j’avoue connaître surtout ce pays grâce à ma lecture de mangas (j’en lis énormément), et j’avais remarqué que le printemps, et notamment la saison des cerisiers en fleurs, jouait un rôle important chez eux, tout comme certaines fêtes. Mais je n’imaginais pas qu’il y avait autant de mini-saisons ! 

Lucie : Moi non plus. Je savais qu’ils avaient un lien particulièrement fort avec la nature (les cerisiers en fleur comme Héloïse, les forêts et c’est aussi souvent le sujet des haïkus…) mais je n’avais jamais entendu parler de ces multiples saisons ! Et toi Liraloin, qui a eu la chance de visiter ce pays récemment ?

Liraloin : J’ai découvert cette subtilité sur les saisons avec le youtubeur Ichiban Japan (cela dit en passant, fait de magnifiques vidéos explicatives et dépaysantes sur les régions pas très touristiques au Japon). Je connaissais le lien très fort en particulier avec la floraison des sakuras mais pas plus. C’est en lisant beaucoup de littérature japonaise que je me suis aperçu que les saisons étaient très importantes dans le rythme de vie des japonais. Et qui plus est : qu’il y a même des micros-saisons.

72 saisons au Japon d’Ichiban Japan – Ichiban Japan, 2022

Lucie : Que pensez-vous de ces micro-saisons justement ? Elles vous paraissent “justifiées” ?

Héloïse : Je trouve ça super intéressant, cette connexion à la nature, au monde qui nous entoure, au vivant.

Liraloin : exactement Héloïse, j’adore penser que les japonais sont hyper connectés à cette Nature et à la lecture de ce livre il y a cette impression d’observation qui s’en dégage. Le fait de prendre le temps de regarder, se délecter ce qui nous entoure jour après jour presque… et toi Lucie? 

Lucie : Honnêtement en découvrant le titre j’ai trouvé que 72 saisons c’était peut-être un peu exagéré. Mais à la lecture, j’ai vraiment adoré cette attention aux détails, aux minuscules changements de la nature. Et j’ai trouvé cette approche très poétique. Une véritable invitation à ralentir et à observer nous aussi ce qu’il se passe autour de nous.

Liraloin : Je te rejoins complètement Lucie, cette poésie fait du bien car elle nous permet de s’arrêter un peu et on en a bien besoin.

Héloïse : Oui, j’ai beaucoup aimé cette idée d’observer la nature et ses infimes changements, comme marqueur de temps qui passe, mais aussi et surtout l’émerveillement de voir cette Nature si vivante…

Liraloin : D’où cette question : qu’avez-vous pensé de la construction de ce documentaire? 

Lucie : Logiquement, il est chronologique donc pas de surprise de ce côté-là. J’ai trouvé le texte concis, juste comme il le fallait pour attirer l’attention sur les infimes changements mais laisser aussi une place à l’imagination.

Héloïse : Je l’ai lu par petites touches, et j’ai aimé cet aspect chronologique, justement. C’est le genre d’ouvrage qu’on rouvre régulièrement, pour y piocher des anecdotes, des petites informations…

Lucie : En l’ouvrant je pensais comme toi le « picorer », et en fait je me suis laissée prendre au jeu de « mais quel élément va marquer le prochain changement de saison ? », un peu comme un petit suspense et je l’ai lu pratiquement d’une traite. Je trouve que l’écriture se prête bien aux deux types de lecture : ce n’est pas indigeste en continu, mais ça se lit aussi par petites touches très facilement.

Liraloin : Mais oui tu as raison Lucie ! J’ai eu cette même impression à la lecture ! Ce qui est très intéressant ici c’est que les explications données sont faites de manière ludiques et instructives, c’est fort appréciable.

Héloïse : J’ai apprécié le lien entre nature et légendes ! J’y ai retrouvé certaines dates et événements rencontrées lors d’autres lectures, et c’était très chouette de les voir illustrées et expliquées ici. 

Liraloin : C’était d’autant plus amusant que ces anecdotes m’ont bien replongé dans mon voyage donc Lucie, tu peux être fière car grâce à ce livre, je prolonge ce plaisir ! 

Liraloin : Dans la construction nous avons évoqué le contenu texte mais qu’avez-vous pensez de l’objet livre en lui-même? 

Héloïse : J’ai apprécié le format allongé avec sa couverture rigide, et la mise en page à la fois aérée et colorée. Les illustrations ont un aspect enfantin assez amusant, délicat presque, je trouve qu’elles vont bien avec l’aspect poétique de l’ensemble. 

Liraloin : Je trouve ce livre très attirant il a un format entre guide de voyage et roman graphique. Justement cela permet au jeune lecteur-lectrice de l’emporter partout. La couverture est visuellement bien réussie avec ce dégradé de saisons allant de l’hiver au printemps. J’apprécie également lorsqu’il y a une attention particulière aux couvertures intérieures. Il est soigné !

Lucie : J’ai aimé la couverture rigide, la mise en page très aérée et, évidemment, les saisons écrites en japonais qui sont quand même indispensables ! Les tonalités de couleurs de ces signes et des sous-titres sont très harmonieuses. On sent que tout a été pensé et c’est très agréable à lire.

Liraloin : Comme l’évoque Héloïse, les illustrations peuvent sembler assez enfantines. Est-ce que cela vous a plu ? 

Héloïse : J’ai été surprise au début, et puis j’ai apprécié cet aspect un peu rétro, cette impression de retomber en enfance, tout comme les enfants peuvent s’émerveiller de tout, on nous invite à nous émerveiller nous aussi. D’ailleurs, je trouve que cet ouvrage est à mi-chemin entre l’album et le documentaire. 

Lucie : Oui, j’ai aimé. Elles ont un côté « sur le vif » et en même temps, encore une fois, les couleurs sont très harmonieuses. C’est enfantin mais maîtrisé, juste une manière de signaler aux enfants que OUI, ce documentaire avec son grand nombre (72 !) et ces mots compliqués à lire (car il y a des transcriptions de mots japonais) leur est destiné. Je te rejoins Héloïse, on est vraiment entre l’album et le documentaire et j’aime beaucoup ton interprétation de l’invitation à retrouver notre émerveillement d’enfant.

Liraloin : Je vous rejoins complètement, j’ai été surprise de ce choix d’illustrations car on s’attend toujours à un trait un peu plus “japonisant” mais en réalité cela colle complètement à ce documentaire, comme vous le dites, à mi chemin avec l’album. J’ai apprécié ce trait naïf aux couleurs harmonieuses. Les illustrations d’oiseaux sont superbes !

Lucie : J’évoquais les mots compliqués ; ce n’est pas tant qu’ils sont compliqués mais plutôt que l’on trouve un savant mélange entre mots japonais transcrits et termes scientifiques précis. Dans un texte très accessible par ailleurs, j’ai trouvé qu’ils contribuaient au côté poétique de l’écriture. J’avoue que j’aime bien quand les auteurs font confiance aux enfants pour comprendre et se saisir de “mots savants”, d’expérience ils adorent ça ! Est-ce que vous aussi vous avez été séduites par ce choix ?

Liraloin : J’ai parcouru le livre suite à ton interrogation Lucie, pour ma part je ne trouve pas qu’il y ait trop de mots compliqués, c’est des mots japonais que l’on retrouve ici et là mais ils ne gênent pas la lecture. Au contraire cette attention incite l’enfant sans doute à vouloir en avoir plus ou simplement à se délecter d’un mot étranger et qui sonne bien.

Héloïse : Le vocabulaire est assez précis, il y a quelques termes scientifiques effectivement (chrysalide, par exemple), et je trouve ça chouette, mais ce n’est pas non plus trop complexe. 

Lucie : Pour conclure, à qui conseilleriez-vous ce livre ?

Liraloin : Bien évidemment à tout fan du Japon mais aussi aux personnes qui cherchent des livres pour se déconnecter en poésie ! Sa mise en page incite à le lire par petites bribes et à y revenir… 

Héloïse : Son format généreux et aéré, ce vocabulaire riche et poétique me fait penser qu’il plaira à petits et grands. D’ailleurs, à la maison, chacun y a trouvé son compte ! Qu’on soit fan du Japon, de nature ou de poésie, il y a de quoi être conquis.e !

Lucie : Je sais que beaucoup de parents râlent lorsque leurs enfants ne lisent que des mangas. Je me dis que cet album-documentaire peut être une ouverture vers un autre aspect du Japon, culturellement et poétiquement car ce pays a aussi une culture très riche dans ce domaine. Cela ne remplacera pas mais pourra peut-être compléter. Je vous rejoins : les “petits lecteurs” peuvent y trouver leur compte grâce à la possibilité dont on a déjà parlé de “picorer”. Et je le conseillerais aussi à tous les amoureux de la nature qui ont envie d’un regard neuf sur les petites transformations du quotidien.

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Nous espérons que ce documentaire vous aura apporté autant de petits bonheurs qu’il nous en a procuré !

Lecture commune : Le silence est à nous

Aujourd’hui sur le blog, Lucie, Héloïse et Hélène vous proposent une lecture commune d’un des grands succès de l’année en roman ado, il s’agit du titre « Le silence est à nous » de Coline Pierré. Lauréat du Prix Vendredi des lecteurs du Pass culture, il a déjà rencontré son public et nous étions curieuses de le découvrir et ravies de pouvoir enfin vous en parler.

Paru en mai dernier aux éditions Flammarion, ce titre très actuel nous transporte dans un lycée où Léo est témoin involontaire d’une agression sexuelle.

Suite à cela elle cherche comment se positionner, quoi faire, et grâce à ses amis, ensemble, ils trouvent un moyen de résister, de dénoncer la situation de manière originale et finalement de faire avancer les mentalités.

Plongez avec nous dans ce roman très actuel qui donne la parole (si l’on peut dire cela ainsi…) à la génération post me-too.

Le silence est à nous, Coline Pierré, Flammarion Jeunesse, 2025.

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Lucie : Connaissiez-vous le travail de Coline Pierré avant de lire ce roman ?

Héloïse : Pas beaucoup en fait ! J’ai lu et beaucoup aimé Ma fugue chez moi, mais c’est tout… Mais j’aime beaucoup les textes en vers libres, et le résumé de celui-ci m’intriguait !

Hélène : J’avais lu moi aussi il y a plusieurs années Ma fugue chez moi. Et toi Lucie ?

Lucie : Je n’avais pas fait le lien avant de regarder sa bibliographie mais j’en avais lu deux : La révolte des animaux moches et Nos mains en l’air qui n’ont pas grand chose à voir avec ce titre d’après mes souvenirs.

Lucie : L’illustration de couverture vous a-t-elle inspirées ?

Hélène : Pour ma part j’ai découvert ce livre lors du festival “un chapitre à Rouen” consacré à la littérature young adult. Dans ce cadre j’ai eu la chance de rencontrer Coline Pierré qui nous en a parlé. Le livre était là et la couverture m’a beaucoup plu : ces deux mains de couleurs différentes et qui se tiennent traduit bien une idée qui est développée dans le roman, celle de la solidarité.

Héloïse : Le rose n’est pas ma couleur préférée, mais ces deux mains qui se joignent, ça, j’aime ! Ça matérialise bien la solidarité oui !

Hélène : Oui, et puis la forme dans laquelle elles sont fait penser à une petite porte, l’idée qu’on va voir ce qui est caché. Enfin !

Héloïse : Et toi Lucie ?

Lucie : A vrai dire je ne l’aime pas trop. Et sans la suggestion de Séverine j’aurais bien pu passer à côté de ce roman juste à cause du graphisme et des couleurs. Ça aurait quand même été dommage !

Héloïse : Comme quoi… Il ne faut pas se fier aux apparences 🙂

Lucie : En effet ! Ça m’apprendra ! Poursuivons si vous le voulez bien avec la forme du roman. Les romans en vers libres sont de plus en plus fréquents en littérature ado, en aviez-vous déjà lu et que pensez-vous de ce choix ?

Héloïse :  C’est un style que j’aime beaucoup. C’est à la fois poétique, à vif, intense. J’avais découvert le style avec Inséparables, de Sarah Crossan, puis lu l’excellent Un garçon, c’est presque rien, de Lisa Balavoine, qui m’avait énormément marquée. Je trouve que ça “casse un peu les codes”, le rythme, la diction. 

Un garçon c’est presque rien, Lisa Balavoine, Rageot, 2022.

Lucie : Je suis d’accord avec toi, je trouve que ce choix va très bien au roman adolescent, quand il est bien réalisé. Le premier que j’ai lu était La Dragonne et le Drôle de Damien Galisson, mais le plus marquant dans ce genre est sans aucun doute 17 millimètres de Florence Medina que j’ai lu comme en apnée.

Héloïse : Oh oui, 17 millimètres, quelle lecture ! il est court, mais intense effectivement, et très émouvant aussi. 

17 millimètres, Florence Medina, Scrinéo, 2024.

Hélène : Pour ma part je n’avais jamais lu un livre écrit sous cette forme. C’était particulier mais je me suis habituée au fur et à mesure de la lecture. Coline Pierré a indiqué qu’elle a choisi cette forme car elle laisse “physiquement” de la place au silence. Les pages sont aussi plus “aérées”, ce qui facilite l’entrée dans ce “gros” livre. 

Lucie : C’est intéressant Hélène cette idée de laisser une place au silence. Et ça fait totalement sens vu le sujet ! Ici Coline Pierré utilise les vers libres mais joue aussi sur le rythme, les sonorités et les répétitions… Loin d’être un effet de mode, le parti pris est ici pleinement assumé et investi.

Héloïse : Ce silence justement, on en parle ? A quoi vous attendiez-vous avec ce titre ?

Hélène : Pour ma part, j’ai assisté à la rencontre avant de lire le livre donc je connaissais le sujet. J’étais curieuse de découvrir ce livre qui avait beaucoup plu à de nombreux lecteurs, et de voir la manière dont il était traité, sous l’angle du silence.

Héloïse : Moi non, j’essaie de ne pas lire les résumés en quatrième de couverture pour ne plus risquer de divulgâcher l’histoire. Je savais juste qu’on y parlait féminisme et sororité, et que des amies avaient adoré. Mais je ne savais pas du tout à quoi correspondait ce silence.

Lucie : Je ne savais pas du tout à quoi m’attendre mais j’avais un a priori positif car les coups de cœur de Séverine sont souvent de bons indices. J’imaginais une histoire de filles avec la couverture, probablement un drame que l’on tairait, mais pas grand chose de plus. C’est sur que choisir le silence comme thématique d’un roman, c’est plutôt gonflé ! On a vu qu’il tenait une place dans les choix stylistiques de l’auteure mais qu’avez-vous pensé de l’histoire ? Est-ce que l’une d’entre vous souhaite la résumer pour commencer ?

Héloïse : Pas facile, mais j’essaie. Une jeune fille, Leo, assiste à une agression dans son lycée. Maryam, une jeune camarade solaire, est plaquée contre un mur par Ethan, et clairement pas consentante.  Sous le choc, Leo ne dit ni ne fait rien. Mais ensuite, elle contacte la victime. Sauf que quand celle-ci rapporte l’agression, personne ne l’écoute… Ce que j’ai trouvé horrible. On se rend compte aussi avec cette lecture que la société n’écoute pas forcément les victimes, à plus forte raison si elles sont en couple …

Lucie : Oui, la notion de consentement est vraiment au cœur de ce récit. Et effectivement Coline Pierré interroge la réception de la parole des victimes de manière très intéressante.

Héloïse : C’est l’une des revendications d’ailleurs des “manifestants silencieux” (je ne sais pas comment les appeler) c’est parlant comme ça je trouve.

Hélène : Oui la question de dire et d’entendre est au cœur du livre. D’après ce que l’auteure expliquait, les scènes avec le proviseur ont été parmi les plus difficiles à écrire car il fallait complexifier ce personnage qui n’entend pas, même s’il reçoit la victime et ses amies et les écoute, en apparence du moins… 

Héloïse : C’est un personnage clairement détestable…Contrairement à d’autres heureusement. D’ailleurs, j’ai apprécié l’idée que tous les adultes ne soient pas montrés du doigt. 

Lucie : OUI ! Comme la génialissime documentaliste, Madame Lindgren !!! J’ai aimé que certains adultes, dont des hommes, soient positifs. Ce n’est pas si fréquent dans ce type de romans.

Héloïse : Oui, le CPE, M. Diaz, est top aussi ! Mais c’est révoltant de voir que la première réponse de la direction, c’est d’interdire des tenues jugées “osées”, pointant du doigt la victime et la transformant en coupable… C’est d’ailleurs la raison de la fameuse grève lancée dans le roman (attention spoilers pour celleux qui ne l’ont pas lu ! )? J’ai trouvé cette idée de grève de la parole géniale et originale, pas vous ?

Lucie : Mais si, totalement ! C’est une idée intéressante car on ne peut pas forcer quelqu’un à parler, que la parole libérée est au cœur de l’élément perturbateur et que l’on pousse les ados à s’exprimer tout en rechignant à les écouter, j’ai trouvé ce passage très juste. Et j’irais jusqu’à dire qu’il m’a questionnée en tant que maman. Malgré toute notre bonne volonté, est-ce qu’on écoute nos enfants aussi attentivement qu’on le devrait ? 

Héloïse : C’est une réflexion intéressante, je n’en suis pas sûre malheureusement…

Lucie : Léo est donc l’héroïne de ce roman et elle serait la première surprise de se voir qualifiée ainsi. Qu’avez-vous pensé de ce personnage ?

Héloïse : C’est un personnage extrêmement touchant. Elle est très mal dans sa peau, dans son corps, s’excuse presque de respirer parfois… Elle a peur de mal faire, et pourtant, c’est elle qui instille la révolte, le combat. 

Hélène : Oui c’est un personnage attachant, un peu au mauvais endroit au mauvais moment et qui se trouve confrontée à une situation qui la force à se positionner, à être fidèle à ses valeurs à un âge auquel on se construit. Elle fait cela avec beaucoup de pudeur et de délicatesse, et un peu de maladresse parfois, ce qui la rend réaliste aussi.

Lucie : Oui, ce personnage est très en retrait dans sa vie mais elle a de multiples facettes. Ses doutes et son mal être en font un personnage très nuancé et ont fortement résonné. Elle n’a pas du tout une personnalité de leader mais elle parvient à rassembler grâce à sa bonne volonté. J’ai juste regretté une annonce dans la dernière partie qui m’a semblé assez artificielle. Elle n’avait pas besoin de cela pour être intéressante !

Hélène : Je te rejoins !

Héloïse : La question traditionnelle pour terminer : à qui conseilleriez-vous ce roman ?

Héloïse : Aux ados, bien sûr, à partir de 13-14 ans, et aux adultes. La thématique principale est malheureusement toujours d’actualité, et c’est important de montrer que les violences sexistes et sexuelles ne sont pas à minimiser. 

Lucie : Bien sûr, aux ados, je te rejoins sur les âges : pas trop tôt à cause des thématiques. Et à leurs parents aussi, car il est susceptible d’amener des discussions. C’est un roman très riche qui parle de consentement, de santé mentale, d’engagement aussi… mais sans que ces sujets ne soient trop lourds ou appuyés, ils sont très bien intégrés à l’intrigue et invitent à la réflexion de manière assez subtile. Ce n’est clairement pas le cas de tous les titres de la sélection du Prix Vendredi pour ne citer qu’eux.

Hélène : Je le conseillerai effectivement à des lycéens, pour tout public même s’il plaira  sans doute plus aux jeunes femmes de par son aspect féministe, mais cela peut être une lecture très instructive pour de jeunes garçons aussi !

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Nous espérons vous avoir donné envie de découvrir ce roman qui figurait dans la sélection du Prix Vendredi et a été élu par les lecteurs du Pass Culture !

Lecture commune : Compte sur moi de Miguel Tanco

Les éditions Grasset rééditent Compte sur moi, qui avait jusque là échappé à la vigilance d’Hélène et Lucie. C’était l’occasion de combler leurs lacunes et de découvrir un album sur un sujet somme toute assez rare en littérature jeunesse : les mathématiques.
Elles se sont donc plongées dans cet album aux douces illustrations et n’ont pas pu s’empêcher d’en discuter…

Compte sur moi, Miguel Tanco, Grasset, 2025

Lucie : Cet album est une réédition, en avais-tu entendu parler avant de recevoir le communiqué de presse ?

Hélène : Non, je ne connaissais pas cet album. Par contre j’ai vu qu’il s’ agissait du 2e opus de la collection, le premier étant consacré à la physique.
Et toi ?

Lucie : Non plus, et pas du premier non plus malgré le beau succès qu’il semble avoir eu. Pourtant je suis toujours à la recherche de ce type d’album pour faire découvrir des notions à mes élèves. J’avais donc bon espoir de pouvoir utiliser celui-ci avec eux !

L’étincelle en moi, Miguel Tanco, Grasset, 2025.

Lucie : Qu’as-tu pensé de la couverture quand tu l’as reçu ?

Hélène : J’ai beaucoup aimé le graphisme doux et les petits rappels aux maths que l’on remarque quand on y regarde de plus près : les équerres, compas et règles par terre, le carrelage qui rappelle les basiques de la géométrie, l’avion en papier, qui fait voyager le message du livre : les maths sont partout, même dans les jeux des enfants. 
Je trouve que dans cet album le texte et l’image se complètent parfaitement. J’aurais un petit mot concernant le titre également : compte qui se réfère au calcul et l’expression Compte sur moi qui parle de confiance et qui, encore une fois, porte le propos.
Et toi, qu’as-tu pensé des personnages ?

Lucie : Tu fais bien de souligner le double sens du titre. Cet album parle de maths, oui, mais aussi et surtout de personnalités différentes qui peuvent évoluer dans une même famille, dans le respect et l’harmonie. J’ai beaucoup aimé cet aspect. Les personnages sont très bienveillants, je trouve qu’ils correspondent tout à fait au graphisme des illustrations.

Hélène : Je suis tout à fait d’accord avec toi. On remarque que les mathématiques sont mises sur le même plan que la peinture, la musique, l’observation des insectes… Une passion comme une autre !
J’ai également remarqué que ce livre met en scène une famille dont les membres sont noirs, ce qui reste suffisamment rare en littérature de jeunesse pour être souligné, et que la passion des maths ait piqué une petite fille… Tout ceci a évidemment vocation à “casser” le stéréotype du matheux que l’on peut avoir et aider tous les enfants à se sentir capables. Pour autant ce n’est jamais précisé explicitement et cela renforce l’efficacité du propos à mon sens : les maths sont partout, pour tous.

Lucie : Tu as raison, ce sont des choix malins mais pas trop appuyés, ce qui joue sur une normalité (en tout cas ce qui devrait être une normalité) de manière assez fine.
Pour être honnête, je pensais trouver plus de numération et de calcul dans le contenu de cet album. Les mathématiques “partout” comme tu le dis sont en fait essentiellement de la géométrie. Cela t’a surprise ou pas tellement ?

Hélène : Oui effectivement il s’agit principalement de géométrie. Je n’avais pas d’attentes particulières (je n’ai jamais attendu grand-chose des maths ceci dit mais c’est sûrement parce que je n’ai pas lu ce livre petite 😆). La numération aurait pu être évoquée mais peut-être que cela aurait un peu complexifié le message que l’auteur souhaitait faire passer. Il s’adresse à des enfants encore jeunes, fin de maternelle/CP et souhaite peut-être rester proche de leur quotidien ?

Lucie : J’ai cru comprendre que tu n’étais pas une fan de mathématiques, et aussi que tu avais lu cet album avec tes enfants. Est-ce que le sujet les a rebutés au premier abord ou tu ne l’avais pas annoncé ? Qu’en ont-ils pensé ?

Hélène : Effectivement en ce qui me concerne j’ai toujours été plus littéraire que scientifique, mais j’étais curieuse de découvrir sous quel angle le sujet allait être abordé, et vraiment l’album m’a beaucoup plu car, certes, comme on l’a dit il y a un message mais on reste sur un album jeunesse qui raconte une histoire : une petite fille nous parle de son quotidien, sa famille, sa passion.
Comme tu le disais j’ai des enfants qui ont l’âge idéal pour découvrir cet album donc je l’ai lu avec eux et ils ont beaucoup aimé. Ils aiment plus les maths que moi, mais je crois que c’est l’histoire et le contexte qui leur a plu aussi. Je n’avais pas parlé du sujet avant la lecture, en fait je préfère toujours les laisser découvrir eux-mêmes et se plonger dans une histoire, voir ce qui les touche, ce qu’ ils en retiennent quand on en parle ensemble après. 
Ils ont bien aimé cet album, y compris les dernières pages du “livre de maths”.
Et toi, est-ce que tu l’as lu à tes petits élèves ? 

Lucie : Non, pas encore. En revanche j’ai essayé de télécharger le cahier d’activités accessible via un qrcode, qui semble dans la même veine que le cahier de maths qui clôture l’album mais il n’est pas encore disponible. J’ai hâte de pouvoir y jeter un œil !

Lucie : Si tu n’aimes pas particulièrement les maths, je serais curieuse de savoir ce qui t’a attirée vers cet album dans le catalogue de Grasset ?

Hélène : J’étais curieuse de voir comment le sujet allait être traité à destination des jeunes enfants. Comme tu l’as compris, j’ai trouvé cela très bien fait, on ne tombe pas dans l’écueil du pur pédagogique. On s’attache aux personnages, il y a un fort phénomène d’identification.
D’ailleurs, au-delà des maths, qu’as-tu pensé de l’album et des autres messages qu’il peut véhiculer ?

Lucie : J’ai aimé cette famille qui semble prendre la vie simplement comme elle vient, que chaque membre puisse vivre ses passions librement, la place de la nature aussi. Il y a des maths, on l’aura bien compris, mais souvent liés à des phénomènes naturels (ronds dans l’eau, branches d’arbres…) ou des jeux (tobbogan, constructions…), ça m’a beaucoup plu !

Hélène : J’ai ressenti la même chose, j’ajouterais à cela la tolérance, comme tu le dis chacun vit sa passion et exploiter ses capacités à sa guise, et j’ai été sensible à la dernière phrase “Il y a une infinité de manières de voir le monde.. et la mienne c’est les maths !”. Cela peut ouvrir un dialogue avec l’enfant à un âge où les goûts s’affirment et leur permettre de rêver, de cultiver leur singularité en respectant aussi les goûts des autres. 

Lucie : A ce titre j’ai trouvé les multiples essais de la petite fille dans des activités où elle n’excelle pas (non que ce soit grave) sont très intéressants. Ils montrent qu’on peut mettre du temps à trouver “notre truc” et qu’essayer c’est déjà bien !

Lucie : Pour conclure, notre question rituelle : à qui conseillerais-tu ce livre ?

Hélène : Je conseillerais ce livre à des enfants de maternelle qui découvrent les notions basiques de géométrie par le jeu en classe, donc à des parents et enseignants amenés à côtoyer cette tranche d’âge où il est trop tôt pour s’être mis en tête qu’on n’aime pas les maths ! C’est l’objet idéal pour les leur présenter comme étant simples et naturelles, de manière ludique. Plus largement, il plaira à des enfants de fin de maternelle début de primaire et il peut être lu sans visée pédagogique particulière, selon moi.

Lucie : Tout à fait d’accord avec toi : entre la Moyenne Section et le CP, les enfants peuvent vraiment adhérer à cet album. Et tu as raison de souligner qu’à cet âge-là ils n’ont pas encore d’idée préconçue sur leurs capacités en maths. Profitons-en pour rappeler que les personnes nulles en maths n’existent pas. Elles ont seulement eu à faire à des profs qui n’ont pas su les intéresser !

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Nous remercions les Editions Grasset de nous avoir envoyé cet album et espérons vous avoir donné envie de le découvrir, ainsi que son grand frère L’étincelle en moi qui abordait la physique à hauteur des petits !

Lecture commune : Hyper d’Emilie Chazerand

Sous le Grand Arbre nous sommes très friandes de la plume d’Émilie Chazerand. Nous avons d’ailleurs déjà réalisé une lecture commune d’Annie au milieu et eu la chance d’interviewer cette auteure pétillante ! Aussi, réalisant que plusieurs d’entre nous avaient dévoré Hyper, nous avons eu envie d’en discuter… nous vous laissons découvrir le résultat !

Hyper, Emilie Chazerand, Pocket Jeunesse, 2025.

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Liraloin : Voici comment l’autrice présente son héroîne : « Elle écrit parce que personne ne l’écoute, chez elle, et qu’elle ne se connait pas assez pour se parler à elle-même. ». Qu’est-ce que vous pensez de cet extrait tiré de la présentation d’Emilie Chazerand placé en préambule ? Est-ce que vous connaissiez cette autrice ? Avec quelle lecture l’avez-vous découverte ?

Héloïse : Oui je la connaissais, je l’ai découverte avec Annie au milieu et depuis, je complète peu à peu en lisant ses autres textes, qui ont tous pour moi un petit quelque chose de touchant, de « bousculant », d’extra. J’ai lu La fourmi rouge aussi, tellement foufou et en même temps tellement touchant, et puis La maison sous la maison, dans un tout autre style. Côté album, j’ai eu un coup de cœur pour Lady papa, si flamboyant !

Lucie : Je trouve que cette présentation introduit bien le personnage. Miriam est effectivement très seule et je trouve que, lorsqu’on ne se connait pas bien, écrire est peut-être la meilleure façon d’avancer dans la découverte de soi, de mettre des mots sur ses pensées, de les faire évoluer…

Héloïse : C’est très juste ce que tu dis Lucie : écrire permet de se connaître, de se dévoiler, d’explorer tellement de possibles…

Lucie : Je connais bien les romans ado d’Emilie Chazerand (je crois les avoir tous lus), moins ses albums. Je l’ai découverte avec La fourmi rouge. Je trouve qu’elle parvient à se saisir de sujets graves tout en gardant une plume assez légère et surtout un humour dévastateur ! Et toi, Liraloin, comment répondrais-tu à tes propres questions ?

Liraloin : Concernant le préambule, je trouve qu’il donne le ton sur l’esprit de cette autrice qui d’ailleurs nous avait fait le plaisir de répondre très sincèrement à nos questions. Elle est caustique, avec un humour qui dédramatise les situations les plus tristes. 

Héloïse : Oui son humour, parfois bien grinçant, bien noir, est l’une de ses marques de fabrique, et j’avoue que j’en suis fan. 

Lucie : En ouvrant ce roman, nous tombons sur la date du 24/02 et on dirait que notre héroïne débute un journal qui, somme toute, n’a rien d’un acte exceptionnel. Ce que nous découvrons très rapidement c’est qu’il y a un journal bis : « journal infirme, journul, journaze ». Le double journal de ce roman est l’occasion parfaite d’utiliser cette ironie mordante. Avez-vous eu une version préférée ?

Liraloin : Le « journal infirme, journul, journaze ». J’adore je suis très fan de la version qui n’est pas destinée à la mère : “Un journal pas intime pour les yeux de votre mère. Un carnet privé pour vous et vous seulement. Si elle tombe sur le premier, elle n’imaginera pas qu’il en existe un second. Et on ne trouve que ce qu’on cherche, n’est-ce pas ? » Miriam, notre personnage principal, se lâche complètement.

Héloïse : Moi aussi, j’adore cette voix tellement extrême parfois, mais aussi criante de vérité. et ce “Je t’emmerde”, dès la deuxième ligne !!!! C’est fort, c’est trash, c’est cash, et en même temps on ressent toute la force des émotions derrière. 

Lucie : C’est vrai que je me suis plusieurs fois fait la réflexion que ce “journul” aurait pu avoir une existence propre mais que la version “officielle” a forcément besoin du “journul” pour être comprise et appréciée. C’est vraiment les écarts de ton et de contenu entre les deux qui font tout le sel de ce roman. Pour ma part, j’avoue être très fan du journal officiel, mais surtout parce qu’il permet de mesurer l’immensité des non-dits entre Miriam et sa mère, et donc de mieux cerner son mal-être.

Liraloin : Tu as complètement raison Lucie. Les non-dits sont forts et je pense tout de suite au passage qui se situe au tout début du roman où Miriam se confie à son psy est c’est d’une tristesse et surtout d’une sincérité absolue (p.38-39). Le fait que les autres ne vont jamais se souvenir d’elle comme étant la meuf aux baskets qui clignotent mais comme “Ah ouais je vois, OK : la rousse dégueulasse, obèse et moche et débile !” 

Héloïse : Ohla la oui ce passage… et son : “Je m’aime pas. Je m’aime plus. Alors je veux juste rompre.” C’est si dur, si émouvant…

Liraloin : Je suis tout à fait d’accord avec toi Héloïse, on enchaîne punchline sur punchline c’est très caractéristique de son écriture.

Héloïse : Oui, j’ai rarement relevé autant de citations sur un roman 😉

Lucie : J’avoue que ce passage m’a plombée. Miriam semble très intelligente et a un fort caractère, mais sa haine d’elle-même est tellement puissante… C’est abyssal et ça m’a un peu minée malgré les punchlines que vous évoquez. J’ai passé la totalité du roman à me demander ce qui avait pu saper à ce point son estime d’elle-même.

Liraloin : Pépita – qui est une ancienne branche du blog – a trouvé ce roman triste, c’est sans doute ce que tu ressens avec ce passage Lucie en nous disant cela ? Pour ma part, oui elle n’a aucune estime d’elle-même car elle n’est pas entourée de personnes bienveillantes et doit surmonter trop de problèmes pour une ado. Elle se persuade d’être forte !

Lucie : Oui, c’est le mot. Ça m’a rendue triste, que l’on puisse se détester et se faire du mal à cet âge-là, avec malgré tout une mère maladroite mais aimante. Elle a tellement de problèmes, cela semble insurmontable !

Héloïse : Je suis d’accord avec toi, ce n’est pas un roman facile à lire, on n’en sort pas indemne, ça bouleverse forcément, tout ce mal-être. Et elle enchaîne les “ennuis” (je reste polie, c’est bien pire). Mais je ne sais pas… l’humour peut-être, ce détachement du premier journal, l’officiel, pour sa mère, ce sarcasme omniprésent… J’ai été happée du début à la fin !

Liraloin : Je suis comme toi Héloïse, j’ai dévoré ce roman. Je suis passée du rire à de grandes émotions. J’ai rarement vu une autrice capable de traiter du dysfonctionnel comme le fait Emilie Chazerand. Il y avait Axl Cendres mais son écriture était plus noire. Je comprends ton point de vu Lucie et sans divulgâcher : son mal-être est tout de même lié à 90% à sa relation avec sa mère.

Dysfonctionnelle, Axl Cendres, Sarbacane, 2015.

Héloïse : C’est vrai qu’il y a quelque chose de Dysfonctionnelle dans ce “rien ne va”, mais en même temps, c’est différent. Le contexte déjà. clairement le manque de communication avec la mère “aggrave” son état.

Lucie : C’est sûr que la mère n’est pas aidante, elle est totalement dysfonctionnelle, mais elle fait aussi avec son histoire et sa personnalité. Heureusement, Miriam fait d’autres rencontres qui vont l’aider à avancer. Est-ce que l’un de ces personnages vous a plus touché que les autres ?

Liraloin : Ha la question piège ! je ne sais pas je n’arrive pas à choisir vraiment et c’est rare car j’ai apprécié tous les personnages qui font “avancer” Miriam dans sa propre histoire, dans son propre cheminement. Et toi Lucie ? 

Lucie : Le psy, clairement ! Déjà, un psy ne pouvant pas ressentir d’émotions il n’y a qu’Emilie Chazerand qui pouvait l’inventer. Son stoïcisme face aux provocations de Miriam et son inébranlable bienveillance en font un personnage extra. Heureusement qu’il est là. Mais Saraavanel est aussi très chou, j’avoue !

Héloïse : C’est vrai qu’ils sont tous bien campés. Le psy m’a bien plu, il est tellement.. je ne sais pas dire, mais… il est fort.  Saravanavel est très original lui aussi (et j’avoue que je n’ai pas vu venir un événement qui m’a… surprise ! choquée ?), sa mère est touchante aussi d’ailleurs. 

Liraloin : Et Manana (quel prénom d’ailleurs !)…

Lucie : Manana a un rôle que je crois n’avoir encore jamais vu en littérature jeunesse : ce n’est pas vraiment une copine, mais elle est présente. Elle pourrait être un cliché ambulant mais retourne le cliché, justement, avec l’invitation à la fête… Ce personnage est plein de facettes.

Héloïse : Oui, au début, j’avais l’impression que c’était le personnage “bouche-trou”, mais en fait non. Elle se révèle petit à petit. Le passage de la fête notamment. 

Liraloin : Je vous rejoins. Manana est une pince sans rire. D’ailleurs il y a un jeu de mot trop drôle avec son prénom. Je laisse les lecteurs découvrir ce passage.

Héloïse : C’est difficile de ne pas tout révéler, il y a tellement de secrets, de non-dits. Si j’ai vu venir une partie de la ”grosse”  révélation, c’est tellement bien mené ! Vous vous y attendiez, à cette confession finale ?

Liraloin : Mais pas du tout ! quelle surprise ! Elle trop balaise Emilie Chazerand !

Lucie : Il y avait “cachalot sous gravillon” mais je n’avais pensé qu’à la moitié de la révélation. C’est vrai qu’Emilie Chazerand parvient à nous surprendre tout en expliquant l’immense mal-être de son héroïne. C’est très fort. Et toi Héloïse, tu as été surprise? 

Héloïse : J’avais vu venir une partie de la résolution (l’autre partie de celle à laquelle tu avais pensé Lucie), mais là, c’est brillamment mené, et je n’étais clairement pas allée au bout !

Lucie : Pour conclure, notre question rituelle : à qui conseilleriez-vous ce roman ? 

Héloïse : Pas facile… pas avant 14-15 ans, vu la difficulté des thèmes abordés, et le cynisme…

Liraloin : Je dirais 15 ans et comme le dit Héloïse, je ne sais pas si nos ados sont dotés d’un grand sens cynique. Je vais le conseiller à plein d’adultes !

Héloïse : Effectivement, il touchera les grands ados, et les adultes plus facilement 🙂 Et il est extra pour aborder tellement de thématiques, dont la santé mentale, la grossophobie…

Lucie : Peut-être que des ados ayant dépassé l’âge de Miriam (donc en début d’études supérieures par exemple) ou des adultes seront plus facilement bienveillants avec ce personnage. Je pense aussi qu’en tant qu’adulte cela fait réfléchir aux non-dits et au mal qu’ils peuvent engendrer. C’est Hyper important de garder le dialogue avec les ados.

Héloïse : C’est ce que dit la mère de Saravanavel : “Les enfants, qu’ils aiment ou détestent leurs parents, les protègent toujours. Mais qui les protège de nous ? Qui les protège de nos silences, de nos secrets, de nos ambitions imbéciles ? “ Ca m’a personnellement beaucoup touchée, et fait réfléchir.

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Nous espérons vous avoir donné envie de découvrir le double journal à l’humour décapant de Miriam dans Hyper !