Sélection : Des enfants et des animaux, l’amitié au bout du chemin

C’est bien connu, les enfants adorent les animaux. S’ils marquent une nette préférence pour les mammifères, les oiseaux et reptiles ont eux aussi une belle cote de popularité – sans compter des bestioles plus inattendues comme les homards (si si, on vous jure ça existe) ! Le tout étant de se montrer attentif avec son compagnon. La littérature jeunesse fait donc la part belle aux duo-animal. Les textes qui parviennent à évoquer ces liens sans mièvrerie sont souvent très forts, tour à tour drôle et bouleversants. Voici donc notre sélection d’albums et de romans mettant en scène une relation privilégiée entre un enfant et un animal. Lus, approuvés et garantis sans risque d’allergie !

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Albums

Oh non, George ! de Chris Haughton, Thierry Magnier, 2011

Harris, petit personnage bleu, a confiance en George son adoooooooorable chien à la trombine tout à fait espiègle ! Il y a dans cette histoire en randonnée destiné au tout-petit un humour enfantin qui ravira le parent lecteur. La complicité entre le petit garçon mais on pourrait aussi y voir un homme et son chien est à l’image de la couverture de cet album : drôle et joyeux ! … et vive les bêtises !

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Je veux un chien et peu importe lequel, de Kitty Crowther, Pastel, 2021.

Millie rêve d’un chien, une bestiole qui serait (presque) aussi drôle qu’elle… « Oh non, surtout pas », répond sa Maman en buvant son café. Comment résister à un album avec un titre et une couverture pareils ? Son prénom aurait pu prédestiner Kitty Crowther à dessiner des chatons. Mais nom d’un chien, l’artiste jubile à crayonner ces cabots de tous poils, barbus, chevelus ou tout nus, en forme de grosse peluche, de saucisse ou de pudding (enfin l’interprétation des moussaillons d’Isabelle). Et en même temps, ces toutous au regard triste vous poignent le cœur. On croirait, le temps d’un livre, avoir l’âge de Millie, rêvant avec elle d’un ami canin unique qui allume une étincelle de magie dans notre vie. Et d’un monde où personne ne songerait à abandonner son animal. La conclusion s’impose : voilà un album qui a du chien !

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J’en rêvais depuis longtemps, Olivier Tallec, Actes Sud Junior, 2018.

Dans J’en rêvais depuis longtemps, Oliver Tallec met en scène avec l’humour qui le caractérise la relation pleine de tendresse entre un enfant et son chien. Ou serait-ce entre un chien et son enfant ? Difficile de résumer cet album qui joue sur la narration sans trop en dévoiler, mais ce grand format mérite sans conteste votre attention !

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Féroce, Jean-François Chabas et David Sala, Casterman, 2012.

Les jeunes filles d’ailleurs sont souvent à l’origine d’importantes révolutions dans les albums que nous aimons tout particulièrement : si vous avez déjà rencontré Fenris le Féroce, vous savez que derrière ses pupilles écarlates comme injectées de sang ne se cache pas le monstre que tout le monde voudrait y voir mais plutôt l’ami fidèle et serein de la jeune fille à la robe rouge. Une amitié tissée d’humour et de confiance qui se joue des apparences et des qu’en-dira-t-on.

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Le Renard Tokela, Pog, Marianne Alexandre, Des ronds dans l’O jeunesse, 2016.

Chaque année dans la tribu du peuple des sept Feux, un rituel célèbre le départ des caribous. « C’est pour les jeunes l’occasion d’honorer le Grand Manitou. Quand la poussière soulevée par le troupeau est retombée, il faut choisir un animal totem et le tuer ». Mais voilà pour Winona qui déteste la chasse, cette tradition est un vrai supplice. D’ailleurs quand elle part en forêt à la recherche de son animal totem et qu’elle se retrouve nez à nez avec le renard Tokela, elle se perd dans son regard et ne peut le tuer. L’animal et l’enfant élaborent alors ensemble un stratagème qui pourrait bien donner un grand coup de pied dans les traditions du peuple des sept Feux…

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Romans jeunesse

Belle et Sébastien, tome 1. Le refuge du grand Baou de Cécile Aubry, Hachette, 2013.

Grand classique de la littérature jeunesse française, Belle et Sébastien est né de l’imagination de Cécile Aubry pour une série télévisée. Le succès de celle-ci est immédiat, le premier volume du roman sera publié l’année suivante. L’histoire prend place dans les Alpes où Sébastien grandit auprès d’une famille d’adoption, sa mère tsigane étant morte en lui donnant la vie. Sa rencontre avec un chien des Pyrénées sauvage vient bouleverser sa vie. Baptisée Belle, le chienne ne quitte bientôt plus le petit garçon, liée à lui par un fort sentiment d’amitié, de tolérance et d’entraide.

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L’enfant qui parlait aux animaux, Roald Dahl, illustrations de Quentin Blake, Folio Junior, 2008 pour la présente édition.

On connaît l’amour de Roald Dahl pour les animaux ! Les chasseurs en font d’ailleurs souvent les frais dans ses romans. L’enfant qui parlait aux animaux est une nouvelle se déroule en Jamaïque alors qu’un pêcheur rapporte une torture géante sur la plage. Un enfant, touché par la détresse de l’animal, va tenter de le sauver. Une fable écologique assez éloignée du ton humoristique de ses romans les plus connus.

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Sajo et ses castors de Grey Owl, Editions Souffles, 2013.

Sajo et ses castors est un magnifique hymne à la vie qui véhicule un message écologique de bienveillance et de respect de la nature. Fort de son expérience avec les castors, Grey Owl signe un roman jeunesse riche en information sur ce « petit peuple » dont la vie faite de labeur est si unique et pourtant pas si éloignée de la notre. On découvre ainsi que la castor est un animal nocturne et monogame, qu’il a une mémoire infaillible et ne supporte pas la solitude. Véritable bouffée d’oxygène, le roman donne une vision extrêmement optimiste de la nature humaine, dans laquelle le pouvoir de l’argent perd toute valeur face à la liberté.

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L’incroyable histoire du homard qui sauva sa carapace, de Thomas Gerbeaux et Pauline Kerleroux, La Joie de Lire, 2020.

Une petite fille fait la rencontre d’un homard en cavale. Figurez-vous que le fugitif vient de s’échapper d’un restaurant où il était promis à la casserole ! Et que l’épatant crustacé s’est promis de ne pas se faire la malle avant d’avoir libéré jusqu’à la dernière étrille ses compères restés dans le vivier… Ce petit livre se lit comme un roman d’aventure, une perche tendue à nos consciences, un hymne à la liberté, à la joie de la rencontre et à la solidarité. Une pépite haute en couleurs qui divertit et donne de l’espoir ! Car « qui sauve un homard, sauve l’océan ». Et si vous aimez les bestioles de tous poils (et plumes), n’hésitez pas à lire également les incroyables histoires signées par le même duo consacrées à un protagoniste mouton et un héros coq. Un régal !

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Pax et le petit soldat, de Sara Pennypacker. Gallimard Jeunesse, 2015.

Un garçon, un renard apprivoisé – inséparables, mais pourtant brutalement arrachés l’un à l’autre par une guerre… Parviendront-ils à se retrouver sains et saufs ? La route est parsemée de dangers, mais aussi de rencontres inattendues ! Tels sont les ingrédients principaux de ce très joli roman, raconté à deux voix par les deux protagonistes et tendrement illustré par Jon Klassen. Ces deux personnages sont incroyablement attachants, impossible de leur résister ! L’intrigue est passionnante, l’écriture sublime et bouleversante. Pax et Peter traversent de multiples épreuves – perte d’un proche, culpabilité, doute, solitude, recherche de sa voie, retour à la vie sauvage. À leur hauteur, ils vivent la guerre de plein fouet. Pourtant, leur amitié à toute épreuve, la façon dont ils apprivoisent la nouvelle situation, leur détermination et la bienveillance qu’ils suscitent, font souffler sur ces pages un vent d’optimisme et tendresse.

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Cœur de loup, de Katherine Rundell, Gallimard Jeunesse (Folio), 2015.

Féodora se sent plus à l’aise avec les loups qu’avec les humains. Elle grandit dans une contrée sauvage de la Russie, avec sa mère qui l’initie au métier de « maître-loup ». Leur bonheur est menacé par l’armée du tsar qui sème la terreur et leur attribue la responsabilité de méfaits causés par les loups. Mais Féo n’est pas du genre à se laisser dompter. Pour défendre sa liberté et celle de sa mère, elle n’hésite pas à braver la folie furieuse du général Rakov et le froid sibérien – n’imaginant pas une seule seconde les répercussions que cette incroyable aventure pourrait avoir ! Katherine Rundell signe un très joli roman d’aventure aux allures de conte russe. La capacité de son héroïne à vivre avec les loups, à décoder leurs comportements et à respecter leur nature sauvage a de quoi faire rêver les enfants.

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Rascal de Sterling North, L’école des loisirs, 2020.

Récit autobiographique, Rascal nous raconte l’amitié improbable qui se tisse entre Sterling, et un petit raton laveur. Plein de tendresse, ce roman est aussi une plongée dans les états du nord des Etats-Unis dont l’auteur nous dépeint les paysages, la faune, la flore et la culture, le tout raconté sur fond de Première Guerre Mondiale. Mais le cœur de l’histoire tient uniquement dans l’amitié qui unit l’enfant et l’animal, l’auteur se remémore avec affection et nostalgie la puissance de ce lien si particulier qui les unissait.

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Romans pour plus grands

Le poney rouge, John Steinbeck, Folio Junior, 2007 pour la présente édition.

Californie dans les années 30, le rêve de Jody est d’avoir son propre cheval. Un jour, enfin, son père lui rapporte un poney rouge. Jody va prendre soin de lui, tisser un lien fort et le dresser pour pouvoir le monter. Mais un jour le poney tombe malade. Recueil de trois nouvelles dont les personnages sont récurrents, Le poney rouge est la porte d’entrée idéale dans l’œuvre de l’immense John Steinbeck.

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La vérité vraie, Dan Gemeinhart, Robert Laffont, 2016.

Premier roman de Dan Gemeinhart, La vérité vraie témoigne de l’amour inconditionnel qui lie un enfant et son chien. Gravement malade, Mark 11 ans, décide de partir faire l’ascension du Mont Rainier seul avec Beau. Les obstacles sont nombreux et l’issue incertaine, mais il peut compter sur la présence réconfortante de son petit compagnon. Un récit particulièrement émouvant.

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BD

Calvin et Hobbes, Bill Watterson, Hors Collection, 1991.

Cette série de BD (24 tomes), Calvin et Hobbes est un must-have chez Lucie où elle est relue au moins une fois par an. Le meilleur ami de Calvin, petit garçon de six ans à l’imagination débordante, est un animal. Et pas n’importe lequel : un tigre, s’il vous plaît ! Seul problème : dès qu’un tiers entre dans la case, Hobbes devient une peluche. Nous vous laissons décider s’il est vivant ou non, mais leur relation est si drôle et attachante qu’elle devait absolument figurer dans cette sélection !

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Et vous, quelle histoire mettant en scène un enfant et un animal vous a le plus ému(e) ?

Billet d’été : A la découverte de l’Amazonie

Cette année, les arbronautes ont envie de vous emmener en voyage !

Les séjours en littératures ont le grand avantage d’être peu couteux, tant économiquement qu’écologiquement. Cela nous laisse donc la possibilité de vous proposer des destinations lointaines, voire même imaginaires.

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C’est Lucie qui inaugure le carnet de voyage du Grand arbre en vous proposant quelques livres pour partir à la découverte de l’Amazonie.

L’Amazonie, pour l’Etat brésilien, c’est le bassin versant de l’Amazone. Soit une immense région de 6,1 millions de km² qui renferme 40% des forêts tropicales de la planète, tout en incluant d’autres écosystèmes : en amont, la haute montagne où pas un arbre ne pousse ; près des cours d’eau, de vastes prairies inondables ; le long de l’Atlantique, une impénétrable mangrove, et au sud, les vastes savanes arborés du Cerrado, déjà en grande partie transformées en culture de soja.

L’Amazone, Fleuve de la biodiversité de Marie Lescroart, illustrations de Catherine Cordasco, Editions du Ricochet, 2021.

Pour mieux connaître la région et ses spécificités, l’idéal est de commencer par la lecture d’un documentaire. L’Amazone, Fleuve de la biodiversité de Marie Lescroart a le mérite d’aborder tous les aspects du fleuves, que ce soit son histoire, sa géographie, la faune, la flore, mais aussi les traditions des peuples qui vivent sur ses rives. Un peu à la manière d’un guide de voyage, une présentation riche qui donne les clés de la régions.

L’Amazone, Fleuve de la biodiversité de Marie Lescroart, illustrations de Catherine Cordasco, Editions du Ricochet, 2021.

Son avis complet ICI.

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Une fois les éléments concrets découverts, partons pour une aventure trépidante comme sait si bien en écrire Davide Morosinotto ! La fleur perdue du Chaman de K appartient à la trilogie des romans-fleuve dont nous avons déjà parlé lors d’une lecture commune. S’il commence dans les Andes, une grande partie prend place en Amazonie et utilise à plein sa culture et ses mystères.
En plus de nous replonger dans les années 80 et de jouer sur la typographie, l’auteur nous entraine dans une quête passionnante aux côtés de Laila et de El Rato. Un incontournable !

La fleur perdue du chaman de K, Davide Morosinotto, L’école des loisirs, 2021.

Les avis d’Isabelle, de Linda et de Lucie.

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Avec La sentinelle, Claire Clément choisit de mettre en lumière un fait peu connu des habitants de métropole : en Guyane française, le taux de suicide des collégiens est dramatique. Ses deux héros sont issus d’un village du Haut Maroni, au cœur de la forêt amazonienne. Le collège étant trop éloigné de leur habitation, ils sont forcés de s’installer en ville dans une famille d’accueil le temps de poursuivre leurs études, et ne peuvent rentrer chez eux que lors des vacances. Cette situation, subie, entraine en déracinement et une perte de repères qui influe fortement sur leur moral. Le rôle des sentinelles est de prévenir les situations pouvant mener au drame.

La sentinelle de Claire Clément, illustrations de Alca, Editions du pourquoi pas, 2023.

L’avis complet de Lucie ICI.

La plupart des scientifiques, eux, nomment « Amazonie » la forêt tropicale humide d’Amérique du Sud. Sa superficie […] atteint 7,7 millions de kilomètres carrés, soit la surface de l’Australie !

L’Amazone, Fleuve de la biodiversité de Marie Lescroart, illustrations de Catherine Cordasco, Editions du Ricochet, 2021.

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Enfin, c’est le mystérieux chamanisme (aussi présent dans La fleur perdue du chaman de K, comme son titre l’indique) qui est au cœur de L’enfant-jaguar d’Anne Sibran. Il faut laisser de côté son esprit rationnel et sa culture occidentale pour apprécier cet album aux illustrations envoutantes. Car, comme c’est la tradition dans sa famille, un enfant de huit ans est laissé un mois seul dans la forêt pour apprendre ses secrets et ses ressources.

L’enfant jaguar de Anne Sibran, illustrations de Benjamin Bachelier, Gallimard Jeunesse, 2022.

L’avis de Lucie.

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Nous espérons que cette première étape vous a plu. La semaine prochaine, Liraloin vous proposera un voyage intérieur !

Planches de portraits – Une sélection de BD biographiques.

Après vous avoir proposé une sélection de nos BD autobiographiques préférées en février, on revient en juin vous présenter des BD qui racontent l’histoire de personnages charismatiques au parcours inspirant ! De Cesare Borgia à Nellie Bly, en passant par Charlie Chaplin et Gisèle Halimi.

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Cesare est une série de treize volumes (douze actuellement disponibles en français) d’une rare richesse historique et qualitativement unique. Ecrit par Fuyumi Soryo, supervisée par Motoaki Hara, spécialiste de la littérature et de l’histoire italienne, le manga se veut une biographie de l’énigmatique Cesare Borgia de l’époque où il étudie à l’Université de Pise jusqu’à son arrivée sur la scène politique de Renaissance italienne.
Plus qu’une biographie, cette série est un voyage historique au cœur de la Renaissance italienne, avec ses artistes, ses grandes figures historiques et politiques. Les faits sont relatés avec le plus de justesse possible, les auteurs veillant à toujours se référer aux textes d’époques.

Cesare de FUyumi Soryo & Motoaki Hara, Kioon, 2006 à 2020.

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L’histoire prend place en 1887 à New York. Nellie Bly est une jeune journaliste d’investigation qui tente de faire sa place dans le milieu journalistique, encore exclusivement masculin. Pour convaincre un potentiel employeur, elle relève le défi complètement délirant d’infiltrer l’Institut pour femmes de Blackwell, suspecté de mauvais traitements.
Avec une facilité déconcertante, elle se retrouve internée pour « folie » et découvre un univers terrifiant dans lequel des femmes parfaitement saines sont abandonnées par un mari ou un fils pour qui elle représente un poids, une charge financière. Rien ne leur est épargné : humiliation, violence physique et psychologique, mauvais traitements, manque d’hygiène et privation de nourriture et de soins… Pour le lecteur, c’est l’occasion de découvrir Nellie Bly, aujourd’hui reconnue comme pionnière du journalisme d’investigation, dans son travail mais également au travers de faits marquants de son enfance qui ont forgé celle qu’elle est devenue une fois adulte.

Nellie Bly, dans l’antre de la folie de Virginie Ollagnier et Carole Maurel, Glénat, 2021.

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Autre BD historique, Celle qui parle nous amène à la rencontre d’une figure féminine majeur de l’Histoire de la conquête de l’Amérique du sud : Malinalli. Fille de chef, vendue comme esclave à un autre clan, elle voit sa vie changer le jour où les troupes d’Hernan Cortez viennent conquérir leurs terres en quête de richesses. Douée pour les langues, elle devient l’interprète du conquistador espagnol et jouera l’un des éléments clés dans sa conquête. Au-delà des conquêtes, on y découvre une jeune femme tout en contraste, souvent dépassée par les événements, qui doit sa survie au chemin qu’elle trace grâce à son intelligence. Symbole de trahison, victime ou mère symbolique du peuple mexicain, La Malinche reste vivace dans la culture et l’histoire du Mexique.

Celle qui parle d’Alicia Jaraba, Grand Angle, 2022.

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Cette « BD biographique » est à l’image de la couverture : tout en étant très documentée, elle joue avec la légende de Sergio Leone.
« – Là-bas [en Amérique], on mutile mes films et on refuse de produire Il était une fois en Amérique, comme si je n’étais personne.
– Toi ? Personne ?
– Oui, mon nom est personne… Mais c’est ça, l’idée ! »
De Leone, on connaît les films (facile, il n’y en a finalement que sept) mais assez peu la vie. Après un premier chapitre consacré à son enfance, et particulièrement au lien avec son père réalisateur muselé par Mussolini ; on aperçoit à peine la famille du cinéaste.
L’axe choisi par Noël Simsolo est clairement professionnel, et il est d’autant plus plaisant que Philan joue avec le visage des célébrités ayant croisé la route de Leone. Évocation plus que représentation fidèle, il a su en saisir l’essence et nous les reconnaissons au premier coup d’œil. Amusant de retrouver Welles, Walsh, Pasolini, Eastwood, van Cleef, Wallach, Fonda, Cardinale et tant d’autres.

Sergio Leone, Noël Simsolo et Philan, Glénat, 2019.

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Au début de cette BD biographique, on découvre Voltaire en grande discussion avec Monsieur Lasalle, personnage fictif qui ambitionne de raconter la vie du philosophe. Cela sera à la fois le fil conducteur du récit et l’excuse parfaite pour initier des flash-back.
Ces aller-retour dans le temps peuvent ne pas être simples à suivre pour qui n’est pas familier de la vie de Voltaire. D’autant qu’en parallèle est relatée l’une des grandes affaires criminelles ayant mobilisé l’énergie du philosophe à la fin de sa vie : celle du chevalier de la Barre.
Pourtant, comme le laisse entendre le sous-titre « Le culte de l’ironie », Philippe Richelle a veillé à respecter l’esprit de Voltaire, tout en glissant des éléments biographiques et historiques qui éclairent certaines facettes d’un personnage pour le moins complexe.
Pour ne rien gâcher, les illustrations de Jean-Michel Beuriot sont très agréables. L’équilibre entre la douceur de l’aquarelle et le dynamisme du trait est idéal. Et le décalage entre ces illustrations et le dialogue, marquant les petits arrangements dans le récit de Voltaire, sont savoureux.

Voltaire, le culte de l’ironie, Philippe Richelle et Jean-Michel Beuriot, Casterman, 2019.

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Dans cette BD directement inspirée de l’entretien que Gisèle Halimi accorda à Annick Cojean publié en 2020, les autrices retracent l’incroyable parcours de cette avocate qui ne cessa jamais de s’engager pour les droits des femmes, de son enfance jusqu’à sa mort. Pendant plus de 70 ans, elle a consacré toute son énergie à faire entendre une parole différente, une parole puissante et libératrice. A ses côtés, on découvre d’autres femmes farouchement libres qui nous entraînent dans leurs sillons vers d’autres horizons bien plus grands que ceux sont encore proposés régulièrement aux filles et aux femmes du XXIe siècle.

Une Farouche liberté, Gisèle Halimi, la cause des femmes, Annick Cojean, Sophie Couturier, Sandrine Revel et Myriam Lavialle, Grasset, Steinkis, 2022.

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Qui ne connaît pas Charlot, son visage enfariné, son costume et son petit chapeau, ses mésaventures qui nous font rire et qui nous serrent le cœur ? Mais qui connaît vraiment l’acteur Charles Spencer Chaplin, né en 1889 en Angleterre, qui grandit dans la misère avant de réaliser une carrière époustouflante qui fera de lui l’un des acteurs les plus marquants du 20ème siècle ? Quelle idée fantastique de raconter cette histoire en plusieurs BD ! Nous voici donc embarqués dans un paquebot transatlantique, par une sombre nuit d’octobre 1912, avec un jeune Charles qui entend définitivement tourner la page de ses années de misère londoniennes et vivre le rêve américain. La fougue des illustrations, qui semblent presque s’animer sous nos yeux et qui débordent presque des cases, est à l’image de la carrière fulgurante de Charlie Chaplin. On découvre un personnage meurtri et déterminé, flamboyant, séducteur, égocentrique aussi, et on a immanquablement envie de découvrir ses films.

Chaplin en Amérique, de Laurent Seksik et David François. Rue de Sèvres, 2019.

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Et voici un autre destin qui nous entraîne très, très loin, à Tiniteqilaaq, au Groënland. C’est dans ce village reculé que, dans les années 1980, le Français Max Audibert réalisa son rêve de s’installer et de devenir chasseur arctique. Cette BD s’inspire des souvenirs livrés à l’auteur pour raconter son histoire. Une aventure extraordinaire. Les premières pages sont d’emblée époustouflantes par la pureté grandiose du décor, immense fjord gelé parsemé d’innombrables blocs de glace. La nature règne en maître et, Max l’apprendra vite, ses lois sont implacables. La moindre erreur peut être fatale. Et mille millions de morses, ce n’est vraiment pas de la tarte de gérer une meute de chiens, d’affronter le blizzard ou de déployer un filet de pêche sous la glace. Cela provoque des mésaventures tour à tour drôles et terrifiantes. Sermilik se lit comme un hymne à la nature boréale, un récit atypique d’initiation, d’intégration et de transmission, une invitation à aller au bout des rêves qui nous tiennent à cœur. Une lecture intense et immersive qui nous laisse durablement la sensation du froid polaire et le halètement des chiens dans l’oreille.

Sermilik. Là où naissent les glaces, de Simon Hureau, Dargaud, 2022.

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Et pour un florilège de biographies féminines aussi stupéfiantes que méconnues, n’hésitez pas à lire Les Culottées si vous n’en avez pas encore eu l’occasion. De Annette Kellerman, sirène sportive et subversive qui révolutionna le maillot de bain féminin, à Leymah Gbowee, prix Nobel de la paix, ou Wu Zetian, impératrice de Chine au VIIe siècle, on se dit qu’il aurait été dommage de ne pas les découvrir ! Ces destins sont condensés en quelques planches, avec humour et sensibilité. Et chacune de ces histoires est saisissante et inspirante : il y a quelque chose de jubilatoire à voir ainsi ces femmes repousser de toutes leurs forces les limites de leur horizon – et du nôtre par la même occasion. Elles incarnent un spectre immense et grisant de vies de femmes. Elles invitent à oser être soi-même et imaginer de nouveaux possibles.

Les Culottées, de Pénélope Bague, Gallimard, 2016.

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Et vous, quelles vies avez-vous découvertes en lisant des BD ?

Lire et faire lire de la poésie à tout âge !

En mars, depuis 25 ans, la France célèbre la poésie à l’occasion du Printemps des poètes ! Partout en France, dans la rue, dans les écoles, les collèges, les lycées, les médiathèques, les théâtres, sur les parkings ou dans les parcs, si le cœur vous en dit, il vous est possible de faire rimer votre vie avec fantaisie ! C’est cette année l’occasion de concrétiser une idée que nous avions depuis longtemps : vous proposer une sélection de nos livres de poésie préférés destinés à la jeunesse. Et une fois n’est pas coutume, cette sélection sera accompagnée de morceaux choisis, car rien de mieux pour faire vibrer la poésie que de se la mettre en bouche, ici, tout de suite, maintenant !

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Je te sens

Je sens le poids de ton corps
Je sens la dimension de ton corps
Je sens la température de ton corps
Je sens les bruits de ton corps
Je sens les odeurs de ton corps
Je sens la texture de ton corps
Je sens la couleur de ton corps
Je sens le poids de ton corps

Je te sens

Poèmes à murmurer à l’oreille des bébés (de 9 secondes à 9 mois et au delà…), Marcella et Marie Poirier.

Et si on murmurait des poèmes à l’oreille des bébés ? Et oui, on peut goûter la poésie dès le plus jeune âge, les bébés étant particulièrement gourmands de comptines, enfantines et autres guirlandes de rimes que leurs proches peuvent leur glisser à l’oreille parfois même avant leur naissance. C’est le doux projet de Marcella et Marie Poirier avec le très beau recueil Poèmes à murmurer à l’oreille des bébés (de 9 secondes à 9 mois et au delà…) publié aux éditions Les Venterniers.

Poèmes à murmurer à l’oreille des bébés (de 9 secondes à 9 mois et au delà…),
Marcella et Marie Poirier, 2020.

Retouvez l’avis de Liraloin.

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Mon coeur a des dents
des dents

il mord qui approche dévore ceux qui m’aiment
j’entends les os craquer les hurlements glacés des assassinés
c’est pas appétissant
sage mon cœur sage
es-tu rassasié maintenant
cesse s’il te plaît de grincer
des dents

j’habite un ogre en mon seins
moi qui suis végétarien
c’est un peu
embarrassant

je vais l’entourer de fil barbelé planter une pancarte
attention danger
au moins vous serez prévenu
mon cœur minotaure en son labyrinthe
vous attend

à pleines dents

Mon cœur a des dents, poèmes sous haute tension, Bernard Friot.

Pour Colette, il est un auteur jeunesse qui manie les mots, l’espace de la page, la ponctuation avec brio pour initier les enfants et les adolescent.e.s à la poésie : c’est le célébrissime Bernard Friot ! Avec ses recueils Mon cœur a des dents ou Attention ça pourrait devenir intéressant…, par exemple. Il se joue du blanc de la page, de l’espace, inventant des architectures improbables pour exprimer tout le potentiel de liberté des mots à qui on lâche la bride ! Le voilà qui a même inventé un outil foisonnant pour qui souhaite s’initier à l’écriture poétique avec son formidable Agenda du (presque) poète illustré avec une énergie folle par Hervé Tullet.

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Tout au plus

Envoie-moi ce ballon que je lui parle,
Il doit avoir au moins un but dans la vie.

Envoie-moi ce mot que je lui parle,
Il doit avoir au moins un poème dans sa famille

Envoie-moi ce soleil que je lui parle,
Il doit tendre au moins une oreille dans le feu.

Envoie-moi ce rond dans l’eau que je lui parle,
Il doit connaître au moins une lune qui s’est noyée.

Envoie-moi ce chemin que je lui parle,
Il doit au moins savoir jeter des pas devant lui

Envoie-moi cette idée que je lui parle,
Elle doit au moins avoir un calicot qui l’attend.

Envoie-moi ce demain qui perle sur nos lèvres.
Nous n’en parlerons pas, nous changerons un peu,
Nous d’abord, puis le monde, tout au plus.
 

Petits poèmes pour y aller de Carl Norac, illustrations d’Anne Herbauts, Pastel, 2022

Dans Petits poèmes pour y aller, Carl Norac nous raconte sa vie de poète. Il nous confie ses poèmes pour mieux apprécier les sensations que la vie peut nous mener à traverser. Que l’on soit plutôt « petit poème pour y aller » ou « petit poème pour ralentir » il y aura bien un moment où il faudra « y aller ou pas ». L’important c’est tout de même de déguster le moment qui fige ce temps. Les illustrations d’Anne Herbauts mettent en scène ce poète parcourant, en totale harmonie, notre monde : « – Et ça mène où, pour finir, la poésie ? – Nulle part, Monsieur, nulle part mais au bout du monde ».

Petits poèmes pour y aller de Carl Norac, illustrations d’Anne Herbauts, Pastel, 2022

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Marchands d’histoires

– Quand je serai grand,
– Quand je serai grande,
– Je serai marchand,
– Je serai marchande.

– Nous serons tous deux
Des marchands d’histoires :

– Du dragon sans feu,
– De l’ogre au miroir,
– Du monstre à trois yeux,
– Du fantôme noir.

– Quand je serai grand,
– Quand je serai grande,
– Nous serons tous deux
Marchands de légendes.

J’y suis j’y rêve, Pierre Coran, Les éditions du Rocher, 2005.

Pierre Coran sait parler aux enfants. Sa poésie est accessible sans sacrifier à la facilité. Que ce soit dans son recueil J’y suis j’y rêve, ses Jaffabules ou ses comptines (Pour ne pas zozoter, De bouche à oreille) le rythme et l’humour sont à l’honneur. Pour le plaisir des petits et des grands !

L’avis de Lucie sur J’y suis j’y rêve.

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Cendrillon

Vous croyez, j’en suis sûr, connaître cette histoire.
Vous vous trompez : la vraie est bien plus noire,
Ou rouge sang, si vous voulez.
La fausse, que vous connaissez,
Fut fabriquée, ou inventée,
Et sans scrupule trafiquée,
Afin que tout y soit mollasson, niaisouillard,
Le genre à faire le soir s’endormir les moutards.

Un conte peut en cacher un autre, de Roald Dahl, illustrations Quentin Blake, Folio cadet, 2017.

Si le recueil Un conte peut en cacher un autre de Roald Dahl n’apparaît pas dans l’article que nous avons consacré à nos classiques préférés, il a été mentionné dans celui consacré aux contes détournés. Et pour cause ! L’auteur anglais mélange allégrement histoires et personnages, ajoutant encore une couche de cruauté à des figures qui n’en manquaient pas. Le tout en vers, s’il vous plaît. Si nous sommes reconnaissants de ne pas avoir eu à les apprendre par cœur à l’école, cela reste un délice de lecture.

Un conte peut en cacher un autre, de Roald Dahl, illustrations Quentin Blake, Folio cadet, 2017.

L’avis de Lucie.

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Quand je retourne au pays
Je passe toujours devant chez eux
Et ça chaque fois ça me surprend

Le trottoir nu souligne leur absence
Quatre murs seuls qui tournent au gris
Gonflées d’humidité comme s’ils retenaient des larmes
Et une petite cour déserte collée au mur de la maison voisine

Il fallait bien du talent pour en faire un paradis

Leur départ
Signe la fin d’un monde

Vivre pauvre sans être rustre
Avoir peu et tout offrir
Garder le meilleur pour l’ami ou l’étranger
Reprendre tous les matins le même chemin
Savoir que toute la vie sera ainsi
Et en sourire

Moi
J’ai vu
Sisyphe heureux.

J’ai vu Sisyphe heureux de Katerina Apostolopoulou, Bruno Doucey, 2020.

La poésie est voyage et c’est encore plus vrai sous la plume de Katerina Apostolopoulou qui nous raconte, en deux langues, la Grèce de son enfance, avec ses paysages magnifiques, son peuple généreux, sa pauvreté, la richesse des cœurs, ses croyances et ses mythes. L’auteure à la double nationalité écrit de la poésie narrative, c’est à dire des histoires décomposées en plusieurs textes poétiques. Ici pas de traduction mais une écriture en grecque et une écriture en français pour nous raconter avec ses mots trois histoires qui tendent à montrer que l’on peut être heureux dans une vie simple et répétitive. Un recueil savoureux pour les plus grands.

J’ai vu Sisyphe heureux de Katerina Apostolopoulou, Bruno Doucey, 2020.

L’avis de Linda.

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Parce qu’un enfant
ça doit jouer

Parce qu’un enfant
ça doit rêver

Parce qu’un enfant
peut s’envoler

Parce qu’un enfant
doit être aimé

sait sourire
sait respirer
sait fleurir

c’est liberté

Immenses sont leurs ailes de Murielle Szac, Bruno Doucey, 2021.

Le voyage n’est pourtant pas toujours facile. Murielle Szac nous raconte les enfants de Syrie, dans ce long poème narratif, des enfants qui aiment jouer, danser, chanter, courir ; des enfants dont la lumière dans les yeux s’est éteinte quand les bombes ont rasé un village, une école, une maison et qu’il a fallu partir et tout laisser derrière. Les visages de ces enfants, peints par Nathalie Novi, sont autant de portraits qui nous regardent intensément et nous disent la douleur d’avoir tout quitter et l’espoir que leurs rêves se réalisent. Tout simplement bouleversant d’émotions. La collection Poés’Histoires s’adresse aux enfants et souhaite leur offrir de la poésie qui les prenne au sérieux en abordant des sujets peu présents en jeunesse.

Immenses sont leurs ailes de Murielle Szac, Bruno Doucey, 2021.

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Entre nous et le ciel parfois
L’urgence d’une comète
Puis le malheur plongeant à tire-d’aile
Puis juste le ciel à nouveau
Perdu dans le silence

Entre nous et le ciel maintenant
Le vent
L’ombre d’un nuage
Peut-être un ange
Ou pas

Puis plus rien

Juste le ciel et nous d’Annie Agoplan, Le port a jauni, 2022.

Plus qu’un recueil, Juste le ciel et nous est un long poème qui défile d’un bout à l’autre amenant une réflexion philosophique, un questionnement sur l’existence, sur le rapport de l’humain à l’univers, à la nature. En nous donnant le rôle d’observateur du ciel, simplement rattachés au sol par nos pieds, Annie Agopian nous invite à repenser la brièveté d’une vie humaine comparée à celle de la nature qui se répète dans le cycle infini des saisons. Mais son texte invite aussi à repenser le monde sans limites, sans frontière, aussi infini que le ciel. Les bilingues pourront relire le livre dans l’autre sens, dans la langue arabe (texte traduit) ; les deux textes se font miroir et se partagent un même espace, une même illustration de Carole Chaix qui a su si parfaitement restituer les mots de l’auteure et les sublimer.

Juste le ciel et nous d’Annie Agopian, traduit en arabe par Golan Haji, illustré par Carole Chaix, Le port a jauni, 2022.

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Si la musicalité de la poésie parle souvent aux enfants, ce genre littéraire n’est pas forcément le plus facile d’accès. C’est pourquoi le parti-pris des albums de la collection « petit livre, grand texte » des excellentes Éditions courtes et longues est si intéressant : présenter des textes de grands auteurs, mais sous la forme d’albums illustrés par un(e) artiste contemporain(e). Le trait nous invite, nous accompagne dans le cheminement du poème et en décuple encore l’émotion. C’est magique et Isabelle a été ravie de pouvoir ainsi faire découvrir à ses moussaillons Baudelaire, La Fontaine, Rimbaud ou Victor Hugo. 

« Le Poète est semblable au prince des nuées
Qui hante la tempête et se rit de l’archer ;
Exilé sur le sol au milieu des huées,
Ses ailes de géant l’empêchent de marcher. »

L’albatros, de Charles Baudelaire, illustré par Mathilde Magnan. Éditions courtes et longues, 2016.

L’albatros est certainement l’album de cette collection qui a le plus ému l’équipage de L’île aux trésors. On ne présente plus ce texte magnifique sur la solitude douloureuse du poète, incompris et maltraité, qui tel un grand oiseau libre, tutoie les nuages. Ses alexandrins se déploient ici lentement, un ou deux par double-page, laissant aux mots le temps de faire leur effet. Les aquarelles aériennes de Mathilde Magnan soutiennent le texte, l’incarnent, le prolongent voire en prennent le relai. C’est de toute beauté et bouleversant.

L’albatros, de Charles Baudelaire, illustré par Mathilde Magnan. Éditions courtes et longues, 2016.

L’avis d’Isabelle

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Et dans la même collection, ne manquez surtout pas Les animaux malades de la peste, de Jean de La Fontaine !

Le Lion tint conseil, et dit : « Mes chers amis, 
Je crois que le Ciel a permis 
Pour nos péchés cette infortune ; 
Que le plus coupable de nous 
Se sacrifie aux traits du céleste courroux ; 
Peut-être il obtiendra la guérison commune. 
L’histoire nous apprend qu’en de tels accidents
On fait de pareils dévouements :
Ne nous flattons donc point ; voyons sans indulgence 
L’état de notre conscience. 
Pour moi, satisfaisant mes appétits gloutons,  
J’ai dévoré force moutons. 
Que m’avaient-ils fait ? Nulle offense ; 
Même il m’est arrivé quelquefois de manger 
Le berger. 
Je me dévouerai donc, s’il le faut ; mais je pense 
Qu’il est bon que chacun s’accuse ainsi que moi :  
Car on doit souhaiter selon toute justice 
Que le plus coupable périsse. 
– Sire, dit le Renard, vous êtes trop bon roi ; 
Vos scrupules font voir trop de délicatesse. 
Eh bien, manger moutons, canaille, sotte espèce. 
Est-ce un péché ? Non non. Vous leur fîtes, Seigneur, 
En les croquant beaucoup d’honneur; 
Et quant au berger, l’on peut dire 
Qu’il était digne de tous maux, 
Étant de ces gens-là qui sur les animaux 
Se font un chimérique empire. » 

Les animaux malades de la peste, Jean de La Fontaine

L’album illustré par Olivier Morel souligne le potentiel subversif des fables de La Fontaine. Langue corrosive, vers réjouissants, férocité de la dénonciation de la justice à géométrie variable exercée par les puissants. Vous savez bien, il s’agit de cette fable où l’on cherche un responsable du fléau de la peste. Si chaque animal bat sa coulpe, on ne peut pas vraiment dire que chacun soit logé à la même enseigne… Olivier Morel ne touche pas un mot au texte mais joue sur la typographie pour mettre en relief certains d’entre eux. Fractionné avec un ou deux vers par double-page, le texte prend tout son sens. Et surtout, l’idée géniale est de lui juxtaposer des gravures modernes dans l’esprit du street art qui révèlent sa portée évidente pour éclairer la société d’aujourd’hui. C’est puissant, hyper contemporain et plein de clins d’œil artistiques et sociétaux.

Les animaux malades de la peste : Olivier Morel, Jean de la Fontaine, Olivier  Morel: Amazon.de: Bücher
Les animaux malades de la peste, texte de Jean de La Fontaine illustré par Olivier Morel. Éditions courtes et longues, 2016.

L’avis complet d’Isabelle

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Et vous, quels poèmes allez-vous lire en ce printemps 2023 ?

De case en case, jouer le « je » – Une sélection de BD autobiographiques.

Commencer l’année avec des BD, c’est ce que le Festival International de la Bande-Dessinée d’Angoulême propose chaque année aux amatrices et aux amateurs de ce genre littéraire si particulier ! Cette année le festival fêtait ses 50 ans ! 50 ans de bulles, de vignettes, de phylactères, de planches et d’onomatopées ! C’est l’occasion pour nous de regarder ce genre à travers un prisme un peu particulier : celui de la BD autobiographique. Car des autrices et des auteurs qui ont choisi de se raconter au fil des cases, il y en a de plus en plus. On y retrouve des récits d’enfance, des histoires d’héritages, des journaux intimes, mais aussi des témoignages historiques ou autres confidences amoureuses. Un genre foisonnant dont on vous présente aujourd’hui nos titres préférés !

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Colette vous présente un premier titre, découvert à Angoulême en 2008, dont le titre est particulièrement énigmatique : Ma maman est en Amérique,elle a rencontré Buffalo Bill écrit par Jean Régnaud et Emile Bravo. On y suit une année scolaire dans la vie de Jean qui vient de rentrer au CP dans une petite ville du Périgord. On découvre au fil des pages le quotidien de Jean, ses jeux avec son petit frère, Paul, les jolis rituels de sa gouvernante Yvette et les traits tirés et tellement sérieux de son papa. On y découvre aussi sa voisine, Michèle, de deux ans plus âgée que lui, qui vient égayer ses longs après-midis libres en lui lisant notamment les cartes postales que la maman de Jean lui envoie des quatre coins du monde. Mais pourquoi la maman de Jean écrit-elle à Michèle au lieu de lui écrire à lui et à son frère, Paul ? Voilà tout le mystère de ce merveilleux récit d’enfance, raconté du point de vue d’un petit homme de 7 ans qui cette année-là va faire de terribles découvertes. Si l’on retrouve de nombreuses caractéristiques du récit autobiographiques, les choix narratifs ici sont particulièrement ingénieux car rien ne nous avertit que ce texte est le récit de l’enfance de Jean Régnaud : l’auteur en effet choisit de raconter son histoire du point de vue de l’enfant et non de l’adulte qui porterait sur sa vie un regard rétrospectif. Ce qui en fait une BD accessible des plus jeunes lecteurs et lectrices tout en donnant du grain à moudre aux plus grand.e.s.

Ma Maman est en Amérique, elle a rencontré Buffalo Bill,
Jean Regnaud et Emile Bravo, Gallimard 2007.

Cette BD a été adaptée en film d’animation en 2013 par Marc Boréal et Thibaut Châtel. Une petite merveille qui offre une autre vision de ce récit d’enfance.

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Pour les plus grand.e.s, Colette propose la lecture de Goupil ou face de Lou Lubie. L’autrice y raconte comment, adolescente, elle a découvert, après de longues phases de questionnements et d’errances thérapeutiques, qu’elle souffrait d’un trouble psychologique : la cyclothymie. Ce qui est formidable dans ce récit autobiographique, c’est que Lou Lubie nous livre un nombre incroyable d’informations sur ce trouble tout en nous confiant tout ce qu’elle a testé pour vivre avec. L’allégorie qu’elle choisit pour représenter sa maladie est vraiment judicieuse car elle permet de mettre un visage sur son trouble, une image qui sans nul doute lui a permis de s’apprivoiser elle-même. Et au delà de ce récit accès sur la psychologie de son autrice, c’est aussi son processus créatif que l’autrice nous dévoile et c’est toujours jubilatoire car Lou Lubie manie avec une véritable grâce le sarcasme et l’humour noir !

Goupil ou face, Lou Lubie, Delcourt, 2021.

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Nowhere Girl est sans doute la BD autobiographique qui a le plus touché Isabelle et ses moussaillons. La sincérité avec laquelle Magali Le Huche raconte la dureté de son quotidien de collégienne qui voulait pourtant tellement bien faire, son malaise face à l’enfance qui s’étiole, aux interpellations cassantes et au conformisme de la cour… Le propos sonne juste, nombre de nowhere people s’y reconnaîtront. Les « images » sont très parlantes aussi : ce fardeau de plus en plus lourd sur le dos ; le groupe qui s’estompe lorsque la solitude se referme sur Magali. Heureusement, il y a les Beatles et leur Ticket to Ride vers une bulle en apesanteur, éclaboussée de couleurs chatoyantes, où l’insouciance règne en maître et tout semble possible ! Mais n’allez pas imaginer qu’il s’agit d’une lecture pesante, c’est au contraire un album plein de fraîcheur. Le charme des années 1990 – doudounes Chevignon, Minitel, horloge en forme de montre XXL au mur, Bruel et Nirvana dans le top 50 –, le tempérament pour le moins entier de la narratrice et sa passion anachronique pour les Beatles sont réjouissants. Et quel réconfort on trouve dans l’amitié d’Agathe et l’amour, même maladroit, de sa famille – All you Need is Love – mais aussi et surtout dans l’exploration de mondes imaginaires qui n’appartiennent qu’à soi, auxquelles de magnifiques explosions de couleurs rendent hommage. Strawberry Fields Forever ! Une BD lumineuse et pleine d’inventivité.

Nowhere Girl, Magali LeHuche, Dargaud, 2021.

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Vera a neuf ans quand elle part pour la première fois en colonie de vacances. D’origine russe, elle peine à trouver sa place dans la communauté américaine aussi espère-t-elle que ce camp spécial pour enfants russes lui permettra d’avoir plein de choses à raconter et ainsi se faire des amis dans son école.
En se plongeant dans les souvenirs de son enfance, Vera Brosgol aborde la difficulté de trouver sa place lorsque l’on se sent différent. De son propre aveu, elle compile ici les événements qui l’ont marqué durant les deux étés qu’elle a passé dans ce camp de vacances, enrichis des souvenirs de son frère. Cela donne une aventure pleine d’humour et de situations cocasses qui ne manqueront pas de rappeler à ceux qui ont connu les colonies de bons et de moins bons moments. Au delà de l’humour, l’auteure aborde aussi avec justesse la solitude et l’exclusion. 

Un été d’enfer de Vera Brosgol, Rue de Sèvres, 2019.

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Pour ne pas complétement oublier que parfois c’est compliqué d’être ado, Liraloin a suivi les aventures de trois amies.

Emma est en 5ème, vit avec son papa et ses meilleures amies sont Bao et Linnéa. Après l’été, c’est l’heure de la rentrée et les trois jeunes filles aiment se retrouver pour jouer dans la forêt. Mais changement de plan pour Linnéa qui décide, soudainement, de retourner au collège sans donner d’explication à ses amies. Un peu plus tard, Linnéa avoue sortir avec un garçon. Et là, c’est parti, Emma se pose des questions sur elle : « EN TOUT CAS, il me faut un PLAN si je ne veux pas être la seule à ne pas être amoureuse ! » tandis que Bao ne comprend pas du tout le changement d’intérêt de son amie Linnéa.

Il est l’heure de se poser des questions. Trois amies unies et l’adolescence qui commence à pointer le bout de son nez. Sous forme de journal, Emma va se confier sur ses relations avec Bao, Linnéa mais aussi Mariam. Elle va essayer de comprendre pourquoi elle-même commence à changer.

Cette histoire est douce. Sa tendresse est contagieuse et emporte le jeune lecteur dans une vie d’ado aux sentiments perturbés : « Je vais arrêter d’être une gamine et commencer à être une ado. » ce qui, en soi, ne se commande pas et peut s’avérer plus compliqué que prévu. Une BD aux problématiques adolescentes menée de façon positive.

L’année où je suis devenue ado, Nora Dasnes, Casterman, 2021

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Et parce qu’être ado dans une famille recomposée est une réelle aventure, Liraloin s’est pris d’amitié pour Jen.

Jen aime dessiner, consigner dans un carnet à spirale des instants de sa vie surtout qu’en ce moment : le changement c’est maintenant visiblement !
Fini la vie new Yorkaise et welcome à la ferme Petit Pois. Alors, entre sa nouvelle vie à la campagne, à ne pas échapper aux corvées et supporter son beau-père, Jen a dû mal à trouver sa place. Son père lui manque et dorénavant il lui faut même partager sa chambre un week-end sur deux avec les deux filles de son beau-père. Vous ne trouvez pas que tous ces évènements peuvent faire beaucoup pour une seule petite fille ? De plus, à cet âge on ne peut pas dire que la confiance soit au rendez-vous. Dans cette autobiographie, l’autrice nous livre son histoire et ses difficultés pour totalement s’adapter.

La Ferme Petit Pois : la nouvelle vie de Jen de Lucy Knisley, Gallimard BD, 2021

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« En somme, je vais parler de ceux que j’aimais »

Albert Camus dans une note au sujet du Premier homme.

Plus qu’une BD autobiographique, Le premier homme est l’adaptation d’un roman largement autobiographique d’Albert Camus par Jacques Ferrandez. L’auteur y évoque ses premières années en Algérie entre sa mère et sa grand-mère, sa rencontre décisive avec monsieur Germain (modèle de tous les instituteurs) et son cheminement jusqu’à Paris et la reconnaissance.
Les thèmes sont forts : recherche des origines, amour filial, poids de la pauvreté, éducation, et cette Algérie si chère à Camus. C’est aussi l’occasion de (re)découvrir certains aspects de la colonisation.
Le personnage déambule dans son histoire, entre passé et présent sans que le lecteur ne s’y perde. Alors que les souvenirs assaillent le narrateur, Jacques Ferrandez multiplie les astuces pour que le récit reste fluide grâce à l’utilisation des couleurs et aux interventions de Jessica.

Le premier homme, Jacques Ferrandez d’après Albert Camus, Gallimard, 2017.

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Très grande fan du travail de David Sala il était tout naturel que Liraloin puisse évoquer cette BD coup de coeur !

En se rendant à l’hôpital où son grand-père est soigné, une maman raconte à son fils, encore très jeune, le passé de cet homme. Un homme né au sud de l’Espagne, engagé mais forcé de s’échapper pour ne pas sombrer sous le régime franquiste.  Un homme vieillissant et malade, refusant de mourir avant son bourreau : Franco. De repas de famille en visites d’amis, David apprendra les détails concernant la captivité de son grand-père maternel mais aussi le passé de résistant de son autre grand-père. Comment grandit-on dans une famille où les figures paternelles héroïques sont si présentes dans l’esprit d’un petit garçon ? 

Il y a un très grand respect et de la douceur dans le travail de David Sala. A travers cette vie de petit garçon et plus tard de jeune adulte et d’homme, ce dernier nous plonge dans une intimité douloureuse mais en même temps lumineuse.  Les passages évoquant la vie héroïque des deux grands-pères sont sublimes. Leur envol respectif permet au lecteur de respirer et à la fois de s’immerger dans ce passé si glauque. La guerre, fil conducteur de cette BD, nous rappelle à notre devoir de mémoire et de transmission. Elle nous démontre également la force des liens familiaux peu importe son histoire et ses engagements. Une BD émouvante et d’une sensibilité rare.

Le poids des héros, David Sala, Casterman, 2022

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Dans L’Arabe du Futur, le célèbre auteur Riad Sattouf nous raconte ses origines et son éducation entre poids des traditions et double culture. Cette série en six volumes est d’autant plus intéressante qu’on y découvre un contexte historique fort, le petit Riad ayant passé une partie de son enfance dans la Lybie de Kadhafi et la Syrie d’Hazed Al-Assad dont l’auteur nous montre l’influence sur sa famille, notamment sur son père qui souhaite que son fils soit éduqué dans le culte des grands dictateurs. Le retour en France et la séparation de ses parents lui offriront une nouvelle liberté et allégeront en partie le récit qui reste drôle même dans les périodes difficiles…

L’Arabe du futur, série en 6 tomes, Riad Sattouf, Allary, 2014 à 2023.

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Aux Etats-Unis, depuis 1986, le mois de février est déclaré « National Black History Month » afin de (re)connaître, transmettre, se rappeler et représenter l’Histoire des Noirs au sein de leur (vaste) pays. C’est dans ce cadre que Blandine a découvert John Lewis avec la trilogie Wake Up America, qu’il a signée avec Andrew Aydin (son attaché parlementaire en communication) et Nate Powell. John Lewis était député et démocrate, ancien membre du Congrès et des « Big Six » dont faisait notamment partie Martin Luther King. Tout comme ce dernier, John Lewis prononça un discours lors de la Marche sur Washington le 28 août 1963. Il est décédé en juillet 2020.

Wake Up America. John LEWIS, Andrew AYDIN et Nate POWELL. Rue de Sèvres, Intégrale éditée en août 2021

Cette trilogie, parue intégralement en 2021, retrace une partie de la vie de John Lewis, entre 1940 et 1965, lorsqu’il prit pleinement conscience de la ségrégation et des différences de vie pour les Noirs entre les Etats du Sud et ceux du Nord. Il décrit son engagement dans la Lutte pour les Droits Civiques des Noirs en en retraçant les évènements et en présentant les grandes figures du Mouvement. Bien que se terminant en 1965 avec le Civil Rights Act et les Voting Rights Act, cet album, aussi passionnant que riche, est toujours d’une brûlante et délicate actualité.

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Damien. L’empreinte du vent. Gérard JANICHON et Vincent. Vents d’Ouest / Glénat, 2022

Avec cette BD, Gérard Janichon nous raconte l’aventure incroyable qu’il a vécue avec Jérôme Poncet à bord du Damien, voilier en bois de 10 mètres, dans les années 1970.

Adolescents grenoblois, ils ne connaissent rien à la mer, aux bateaux et pourtant, leur vient l’idée folle de faire le Tour du Monde en voilier. En cinq ans, ils se donnent les moyens financiers et matériels d’accéder à leur rêve et c’est ainsi qu’ils partent de La Rochelle en mai 1969, pour y revenir en septembre 1973. Durant ce laps de temps, ils ont subi le froid, la chaleur, le manque de vent, des tempêtes, ils ont vu des paysages magnifiques, ont eu des frayeurs angoissantes, ils ont fait des rencontres improbables ou des retrouvailles festives, franchi des Caps, dû renoncer ou bien triomphé!

Au fil de flashbacks, moments phares et dessins immersifs à l’aquarelle, leur initiation devient la nôtre et nous permet de ressentir toutes les émotions fortes et contraires, les questionnements existentiels ou ordinaires, qui les ont étreints durant ce voyage initiatique, ce voyage d’une vie !

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Dans le même esprit, Maxime de Lisle nous raconte le voyage essentiel qu’il a vécu avec ses amis, organisant une expédition en kayak pour découvrir le Passage intérieur, qui s’étend au-delà de l’Alaska jusqu’en Colombie Britannique, au Canada. Si leur objectif avoué est de voir des baleines et des ours, les trois hommes vont pourtant aller à la rencontre de leur moi intérieur et revenir transformés.

Le Passage Intérieur – Voyage essentiel en Alsaka est aussi un guide pratique à destination de tous ceux qui souhaiteraient entreprendre l’aventure. Avec ses pages informatives, la bande dessinée prend aussi la forme d’un carnet de voyage superbement illustré. Bach Mai a un trait réaliste qui semble poser sur le papier visages expressifs et paysages à couper le souffle comme s’il captait l’instant présent et le photographiait. Le choix d’utiliser le noir et blanc ponctué de couleurs renforce l’impression de journal intime tenu au jour le jour, illustré d’aquarelles à l’image de la faune et de la flore locale, de photographies et agrémenté de notes pratiques et de citations d’auteurs. Cela procure un sentiment d’intimité qui captive et entraîne dans l’immensité des paysages, desquels l’illustrateur retranscrit toute la beauté dans ces pages.

Ce voyage au bout du monde civilisé amène une réflexion écologique forte lorsque les comparses découvrent que la main de l’homme se tend aussi loin que possible, dénaturant les grandes forêts dans les coins les plus reculés et provoquant inévitablement un bouleversement des écosystèmes. Le réchauffement climatique, visible dans des lieux encore sauvage, interroge les hommes qui, soucieux de sauver ce qui peut encore l’être, en oublieraient presque le froid, la fin et la fatigue auxquels ils s’exposent par ce voyage aux limites du monde et d’eux-mêmes.

Le Passage IntérieurVoyage essentiel en Alaska, Maxime de Lisle & Bach Mai, Delcourt, 2022.

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Et vous, quelles BD autobiographiques avez-vous particulièrement aimées ?