Que l’on soit parent ou accompagnant il n’est jamais simple de choisir des livres pour un enfant et encore moins de trouver un ouvrage abordable qui puisse être de bon conseil ou une mine de références littéraires. Vos arbonautes, qui s’interrogent régulièrement sur le bien fait de la lecture, ont choisi quelques ouvrages permettant de s’y retrouver que l’on soit prescriptrice pour le tout-petit ou les grands ados.
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Au sujet de la lecture en général
Ouvrage conséquent, Faites-les lire ! est composé de plusieurs parties, que le lecteur pourra lire intégralement ou survoler selon ses besoins et intérêts du moment. Dans la première partie « La lente agonie de la lecture », Michel Desmurget expose son amer constat : les enfants lisent de moins en moins, perdent en vocabulaire, en compréhension et donc en capacité de réflexion. Et l’école ne pourra pas y remédier faute de temps et de moyens humains. Dans la deuxième partie, joliment intitulée « L’art de lire », l’auteur explicite les mécanismes complexes d’acquisition de la lecture, qui expliquent les difficultés rencontrées par les enfants face à cette tâche pour le moins complexe. Mais c’est dans la troisième partie que le chercheur propose quantité d’idées de jeux et d’activités à faire avec son enfant pour développer sa reconnaissance des lettres et des sons.
Et en lisant les effets considérables qu’ont sur le cerveau de nos enfants quelques minutes de lecture quotidienne agrémentées de divers petits jeux, il y a de quoi se motiver et s’y tenir ! D’autant que, des études le montrent, tous les enfants (petits et grands) aiment écouter des histoires. Cet ouvrage passionnant nécessiterait un complément plus court, à destination des familles moins portées sur l’objet livre, reprenant seulement les idées-clé et les situations pratiques.
Faites-les lire ! Pour en finir avec le crétin digital, Michel Desmurget, Seuil, 2023.
La chronique grand public de Séverine sur sa page Facebook .
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Comment jouir de la lecture, petit essai de Clémentine Beauvais publié dans la collection ALT chez La Martinière, est à la fois une déclaration d’amour à la lecture et une invitation à prendre encore plus de plaisir à lire. À lire ces lignes vives et malicieuses, on comprend que cultiver la jouissance de lire, cela demande un certain travail pour déconstruire nos penchants naturels et les discours dominants qui les corsettent, tenter des choses nouvelles, identifier et mettre en mots ce qui nous fait vraiment prendre notre pied. Ce manifeste est vraiment à lire, ne serait-ce que pour la manière réjouissante dont il évoque mille et une manières dont un texte peut nous extasier. Certains nous parlent et nous rappellent de mémorables moments de lecture, d’autres donnent envie de lire plus et mieux. Vous l’aurez compris, ces pages composent un réjouissant programme. Pour 3,50€, on aurait tort de se priver. Faites-vous plaisir avec cette lecture stimulante et voluptueuse qui en appelle tant d’autres !
Comment jouir de la lecture, de Clémentine Beauvais. ALT, La Martinière.
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Petit recueil compilant des témoignages et des réflexions de 50 auteurs de livres jeunesse, Lire est le propre de l’homme est tout simplement fabuleux. On pourrait dire qu’en défendant la lecture ils prêchent pour leur paroisse. Mais leur réflexion va tellement plus loin et porte tant d’espoir pour les nouvelles générations que l’on ne peut douter de leur bonne foi. En quelques lignes ou quelques pages, ils invitent tour à tour à se plonger dans ses souvenirs de lectures offertes, ses premières lectures autonomes, à réfléchir sur la place de la lecture dans sa vie et surtout à celle que l’on lui laisse dans la société. Nous en sommes convaincues : la lecture et les histoires sont les plus beaux cadeaux que l’on peut faire à un enfant (les textes de Malika Ferdjoukh et Xavier-Laurent Petit l’expriment à merveille). En 200 pages, tout est dit. Un recueil d’utilité publique mais aussi un grand moment d’émotion.
Lire est le propre de l’homme, collectif, L’école des loisirs, 2017.
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Recueils de titres
Quel bonheur de sillonner les mille et uns chemins de la littérature jeunesse en compagnie de Sophie van der Linden ! Tout, vous saurez tout sur l’histoire de cette littérature, ce qui la définit dans sa diversité, ou encore sur comment transmettre le goût de lire. Vous prendrez aussi la mesure de sa richesse en faisant un tour exhaustif des types de livres (éveil, abécédaires, albums avec et sans texte, BD, différents types de romans, etc.) et des genres (conte, humour, littératures de l’imaginaire et du réel, documentaire, théâtre), revenant pour chaque sur sa constitution, ses titres marquants, ses caractéristiques et les débats qui le traversent. Un guide très complet qui, forcément, donne envie de lire ! Et pour vous mettre le pied à l’étriller, vous y trouvez même des « bibliothèques idéales » organisées par grandes tranches d’âge et types de livres. What else ?
Tout sur la littérature jeunesse, de Sophie van der Linden. Gallimard Jeunesse.
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En quête d’un grand peut-être, c’est un ouvrage écrit par deux passionnés, Tom et Nathan Lévêque, autour d’une thématique : la littérature ado. Dans ce qui est le premier ouvrage scientifique à aborder ce thème, ils reviennent d’abord sur l’émergence de cette littérature, sur ses frontières, si difficiles à définir, sur les thématiques qu’elle aborde. De nombreux questionnements affleurent, autour de l’identité, de l’évolution de ce genre, mais ce qui ressort le plus, c’est la créativité des œuvres présentées. Car des œuvres, il y en a beaucoup qui sont citées ici ! On y trouve même de textes inédits (12 nouvelles).
C’est donc un ouvrage à la fois instructif, pédagogique et ludique, qui se dévore avec un crayon en main, pour noter toutes les futures lectures passionnantes qui nous attendent dans ce domaine. A noter : la liste des 100 incontournables de la littérature ado, une liste de 100 titres à lire et à relire, créée par un collectif d’auteurs, de blogueurs…
En quête d’un grand peut-être : guide de littérature ado, de Tom et Nathan Lévêque, Ed. Du Grand Peut-être, décembre 2020
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Dans Petits enfants grands lecteurs, Joëlle Turin et Nathalie Virnot dressent un constat à travers de multiples observations et témoignages recueillis sur le « terrain ». Ces deux spécialistes invitent également le parent ou l’accompagnant à reconnaître et analyser un bon album en proposant des titres précis.
Tous les spécialistes de la petite enfance s’accordent sur une chose primordiale : la lecture. Que l’on soit bibliothécaire, libraire, auxiliaire de puériculture, assistante maternelle… le livre est essentiel pour le bon développement cognitif du jeune enfant.
Cet ouvrage est une bonne porte d’entrée pour les parents qui s’interrogent sur le bienfait de la lecture à voix haute, sur l’importance que l’on accorde au texte et à l’image et se veut rassurant dans la façon d’appréhender tel ou tel titre.
Petits enfants grands lecteurs de Joëlle Turin et Nathalie Virnot, Mémo, 2023
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Et vous, quels titres vous guident dans votre quête de lectures incontournables ?
Après vous avoir proposé successivement un article sur un conte de Noël écrit par nos soins, des lectures pour un Noël généreux puis un Noël décalé, nous avons décidé cette année de choisir chacune un livre cher à notre cœur susceptible de plaire à toutes les générations réunies autour du sapin. Voici donc notre sélection de livres à partager, à lire sans modération !
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Si les classiques sont des valeurs sûres, c’est un titre récent que Lucie a envie de partager. Car tous les membres de sa famille, de 64 à 5 ans ont craqué pour Coboye !
Parce que l’enfance touche tous les cœurs quelque soit leur âge officiel, la bande dessinée de Cécile, qui contient très peu de texte, saura ravir les petits et les grands. La bédéaste y relate sa jeunesse dans un far west imaginaire avec beaucoup de douceur et d’imagination. Petits et grands sont happés par les grandes illustrations et rient de bon cœur aux « carabistouilles » réalisées si naïvement. Avec aussi la pointe d’émotion qui sied à la période, cette BD est parfaite.
Chez Séverine, seules deux personnes sur cinq sont accros à la lecture…Sa fille de 9 ans, et…elle ! Pourtant, malgré le goût peu prononcé des trois autres pour la chose littéraire, s’il est un livre qui fait l’unanimité, c’est bien celui-ci : Quelqu’un m’attend derrière la neige. A mi-chemin entre l’album illustré et le roman de premières lectures, son format est idéal pour un court moment hors du temps, porté.es par la plume délicate et passionnante de Timothée de Fombelle, et les illustrations chaleureuses de Thomas Campi. Ainsi, chaque année, à la période des fêtes de fin d’année, sa lecture à voix haute donne l’occasion à la famille de resserrer les liens autour de ses valeurs (liberté, fraternité, hospitalité, etc.), de partager une empathie commune et de se souvenir, ensemble, que cette période n’est pas, pour tou.stes, synonyme de joie et de lumières scintillantes. Grâce à une belle histoire, entre mélancolie, poésie, et triste réalité, l’auteur, conteur hors pair, nous rappelle qu’elle est aussi des jours parfois sombres pour les êtres privé.es de la chaleur d’un foyer, des rires, des festins, des cadeaux, bref, de la « magie de Noël ». Pourtant, pour ses trois personnages, il imagine une autre issue : être attendu.e, ou celui/celle qu’on attendait… C’est un récit très touchant, dont les thèmes -l’exil, la solitude, la précarité matérielle ou sociale et le monde qui va trop vite- sont de ceux qui interrogent notre humanité, et appellent à notre vigilance, plus encore à cette période de l’année, où tout est exacerbé. Ils nous invitent à la générosité, mais pas exclusivement consumériste. Sans la dévoiler, la fin, très émouvante, mouille, à chaque fois, les yeux de tous les membres de la famille, enfants ou adultes, même les plus coriaces…
Quelqu’un m’attend derrière la neige, de Timothée de Fombelle, illustré par Thomas Campi, Gallimard jeunesse, 2019
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Pour Liraloin les fêtes de fin d’années sont le moment propice pour se reposer et lire mais aussi partager des lectures à voix haute dès que possible. Il y a un titre chouchou et très certainement que ce dernier parle à toutes les générations de lectrices et lecteurs qui aiment les contes classiques avec un pointe d’humour ! Un titre qui a une place toute particulière car il a été lu pour la première fois à voix haute il y a plus de 10 ans devant un large public d’oreilles captives. Forte de cette expérience ce premier roman m’accompagne souvent. Mais quel est ce titre, me direz-vous ? Il s’agit de la Bergère qui mangeait ses moutons d’Alexis Lecaye et Nadja : un conte détourné où, et tout est dans le titre, la personne qui normalement doit prendre soin de ses animaux en réalité…. les déguste ! Cette histoire est un pur bonheur de lecture à voix haute : suspense, humour, retournement de situation pour s’amuser un maximum durant la digestion d’une bonne bûche au chocolat ! Bonne découverte et joyeuse lecture sous un grand sapin vert aux mille couleurs scintillantes.
La bergère qui mangeait ses moutons d’Alexis Lecaye et Nadja, Ecole des loisirs, collection : Mouche, 1991
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Linda est une enfant « Ernest et Célestine« , elle a découvert les albums de Gabrielle Vincent à l’école maternelle et en a fait profité tous ses enfants. C’est l’incontournable de Noël, celui qui réunit toute la famille, très certainement séduite par la simplicité de la fête et la mise en avant des valeurs du partage et de la générosité. Il se dégage de l’histoire et de ses personnages la magie de Noël délicatement emballée dans la chaleur de l’amitié.
Noël chez Ernest et Célestine de Gabrielle Vincent, Casterman, 2011 (pour la présente édition).
Chez Héloïse – Helolità, c’est un album récent qui fait l’unanimité et qui a charmé toute a famille : Trölls, d’E. S. Green. Un ouvrage superbement illustré par Lisa Ghisquier, qui revient sur les origines des lutins du Père Noël.
En plein folklore scandinave, entre froid et mythologie, nous suivons les trölls du roi Rotinmir dans une aventure envoûtante et passionnante. C’est un album qui invite à faire le bien autour de soi, aux belles valeurs d’entraide et à la féerie certaine. Un titre à lire, et à relire !
Trölls, d’Ellie S. Green, Gulfstream éditeur, Octobre 2022.
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Et vous, autour de quelle lecture aimez-vous vous retrouver en famille ?
Passionnées de lectures, nous aimons lire et apprendre sur le sujet. Et en bonnes amatrices de littérature de jeunesse que nous sommes, nous avons chacune nos astuces pour nous tenir informées des nouveautés, mais aussi des titres incontournables du genre. Nous vous proposons dans cet article de (re)découvrir les livres qui parlent de livres pour jeunes (et moins jeunes) lecteurs !
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L’art est au cœur de l’œuvre de Jean Claverie et Michelle Nikly. L’Art du pot, L’Art des bises… et naturellement L’Art de lire. Avec des mots simples et à hauteur d’enfant, ils retracent le parcours d’un lecteur du sourire de sa maman à ses premiers romans. Une page de texte vis-à-vis de son illustration, avec la douceur qui caractérise le trait de l’auteur-illustrateur. On ne peut qu’adhérer à cette ode à la lecture et à la rencontre (des personnages, des auteurs…) qui se garde bien de la réduire à son utilitarisme ou de diaboliser les écrans sur lesquels on lit aussi !
L’Art de lire, Jean Claverie et Michelle Nikly, Alain Michel Jeunesse, 2001.
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L’enfant des livres est une invitation à l’imagination par le biais de la lecture. Le résultat de la collaboration entre l’auteur-illustrateur Oliver Jeffers et Sam Winston (artiste connu pour ses collages) est étonnant. Les personnages de Jeffers vivent littéralement dans un monde formé de mots, mots issus d’œuvres du patrimoine mondial. L’effet est très réussi : s’en dégage une poésie rare. En quelques phrases, le lecteur adulte est plongé dans les classiques. De son côté, le jeune lecteur peut être un peu inquiet face à ces « aplats » de mots, mais il est guidé par une fillette bienveillante. La transmission du goût de la lecture sous la forme d’une clé que l’on souhaiterait remettre à chaque enfant !
L’enfant des livres, Oliver Jeffers et Sam Winston, Kaléidoscope, 2016.
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Continuons avec un autre titre d’Oliver Jeffers et pas n’importe lequel : L’extraordinaire garçon qui dévorait des livres !
« Avertissement : Prière de ne pas grignoter ce livre à la maison – à manipuler avec gourmandise ! – Un livre qui fait saliver ! » telles sont les précautions à prendre avant d’ouvrir ce livre qui ne manque pas d’originalité. Mais d’abord suivons de très près la vie un peu particulière d’Henry. Ce dernier aime tellement les livres qu’il les dévore en un clin d’œil et avec beaucoup d’appétit. Sa gourmandise le rend intelligent et il apprécie de devenir un puit de connaissance ce qui n’est pas une chose déplaisante. Quelle décision prendra Henri ? Celle de continuer avec acharnement de se nourrir de livres ou bien simplement se contenter de les lire ?
Cette version animée nous offre des volets à découvrir, des tirettes à actionner et c’est plutôt amusant ! Découvrir une pile de livres jaillir devant des yeux ébahis de bibliothécaire c’est juste un délice !
L’extraordinaire garçon qui dévorait des livres d’Oliver Jeffers, Kaléidoscope : version animée, 2009.
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« Même si je ne sais pas encore lire, j’ai le droit d’aimer des livres ! Eh oui ! Parce que depuis que je suis tout petit, toute petite, je sais lire… LES IMAGES ! ». Quel beau message que cette citation d’Alain Serres. Dans ce texte l’enfant aime qu’on lui raconte des histoires mais il aime aussi en raconter. Lire partout, dans des endroits insolites et partager ses livres préférés. Attiser sa curiosité pour enfin connaître les secrets de la fabrication d’un livre.
« Et si des enfants vivent trop loin, DES BIBLIOTHECAIRES EXTRAORDINAIRES ont le droit d’apporter des livres jusque dans leurs mains ! ». Des lieux essentiels de transmissions pour que tous les enfants puissent un jour lire pour mieux grandir.
Cet album est riche en mots et en couleurs, le chocolat n’est qu’un prétexte pour apporter encore plus de gourmandise à la délectation d’un texte, d’une histoire.
J’ai le droit d’aimer les livres (et le chocolat !) d’Alain Serres, illustré par Aurélia Fronty – Rue du Monde, 2023
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David Nel-Lo prend pour héros de son roman un enfant qui n’aime pas lire, choix toujours intéressant dans un ouvrage de littérature jeunesse, d’autant qu’il se garde bien de stigmatiser les non-lecteurs. Au contraire, son héros joue, imagine, a des tas d’amis… Mais son problème de lecture lui pèse, et pas seulement lors du passage hebdomadaire à la bibliothèque.
La difficulté à déchiffrer très bien rendue, d’autant qu’elle freine aussi Guillem dans sa compréhension des consignes, des problèmes mathématiques, etc. Parallèlement, ce roman montre la richesse de la littérature et les aventures dans lesquelles elle sait entraîner ses lecteurs. Le côté « meta » du livre est qui parle directement à l’enfant (un peu comme dans L’histoire sans fin) est particulièrement intéressant, et la métaphore du livre qui parle à résonne différemment pour chacun de ses lecteurs pertinente.
La tribu des Zippoli, David Nel-Lo, Actes Sud Jeunesse, 2021.
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Poussin pourrait-il s’appeler T’choupi, Petit Ours Brun ou Adèle ? C’est une question que l’on peut se poser après avoir lu cette ode aux livres jeunesse, et à leurs auteur.ices, même dans ce qu’ils ont de plus décrié, les séries à succès. A tort ou à raison ? Chacun pourra se faire une idée à la lecture de cet album, à la fois instructif, puisque le jeune lectorat y découvre le parcours d’un.e auteur.ice pour pouvoir être édité.e, qui relève le plus souvent du parcours du combattant, entre refus poli et mépris, voire humiliation, que de la promenade de santé, mais aussi drôle, sensible et plus profond qu’il n’y paraît. C’est un plaidoyer pour la littérature jeunesse, en même temps qu’une critique sur le regard parfois acerbe que l’on porte sur certaines catégories de livres destinés aux enfants. Les auteur.ices, s’il en est besoin, y apprendront une leçon d’humilité, le/la lect.eur.rice adulte, appréciera le clin d’œil de l’illustrateur au visuel des collections blanches de l’éditeur Gallimard, l’enfant, lui ou elle, adorera cette belle histoire, son personnage attachant, cet écrivain en quête de succès, et même…le petit héros qu’il a créé : Poussin.
« Poussin plaît depuis des décennies à la critique et au public. Mais surtout, il plaît aux enfants. Plusieurs générations ont grandi avec lui. Les parents qui l’ont lu quand ils étaient petits l’achètent à leur propres enfants »
Poussin, Davide Cali, David Merveille, Sarbacane, 2019Photomontage
Quelle belle idée ont eue à l’époque (2005) les Editions Rue du monde, que de coupler, ou presque, la sortie de Sous le grand banian, de Jean-Claude Mourlevat et Nathalie Novi, avec le documentaire passionnant Comment un livre vient au monde ? qui retrace, de l’idée de départ à sa première acquisition, en passant par son illustration, son impression, sa distribution, etc. le chemin de cet album jusqu’aux mains, yeux, et émotions de son/sa premier.e lecteur.ice. Très documenté, illustré avec brio par Zaü, écrit par l’éditeur Alain Serres lui-même, c’est une mine d’informations que parents comme professeur.es des écoles peuvent exploiter à l’envi, et c’est aussi la transmission d’un message important : un livre, c’est une belle aventure collective !
Comment un livre vient au monde, d’Alain Serres, illustré par Zaü, Rue du monde, septembre 2005
Sous le grand banian, de Jean-Claude Mourlevat , illustré par Nathalie Novi, Rue du monde, octobre 2005
Un adorable petit album, idéal pour vanter les mérites des livres et les bienfaits de la lecture aux tout-petits. Un livre permet tout, un livre promet tout : l’aventure, l’émotion, le partage, l’amitié, l’apprentissage, la découverte, le rire…Pour transmettre ce message, Un livre, c’est magique, a tout pour plaire aux petit.es. Il est joliment coloré, avec du peps, ludique (à chaque page, des découpes ou des volets à soulever), avec un vocabulaire très accessible, mais le style et les illustrations n’oublient ni d’être drôles, ni d’être sensibles. Situations du quotidien et imaginaire s’y côtoient pour notre plus grand plaisir ! Livre à mettre, donc, sans hésiter, entre toutes les petites mains car celui-ci, oui, il est vraiment magique.
Un livre, c’est magique ! d’Arnaud Alméras, illustré par Robin, Gallimard jeunesse, août 2021
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Ancien professeur des écoles, Orazio partage désormais son amour des livres avec les habitants des collines en jouant au bibliothécaire ambulant. Installée dans une Piaggio Ape, véhicule à trois roues italien, sa bibliothèque déborde de livres en tout genre, récupérés ça et là auprès de ceux qui n’en veulent plus. La venue d’Orazio est très attendu et chacun se précipite dès que le bourdonnement du moteur se fait entendre sur les routes montagneuses.
Avec La biblio d’Orazio c’est un monde empli de partage et de générosité qui s’offre au lecteur, un monde dans lequel les livres ont une place d’honneur et deviennent vecteur de liens et de solidarité. Mobile, la bibliothèque permet à tous d’accéder à la lecture et remplit le rôle essentiel de lieu de vie culturel et social dans ces villages coupés les uns des autres par les collines.
La biblio d’Orazio de Davide Cali, illustré par Sébastien Pelon, ABC Melody, 2022.
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Rature est un jeune rat passionné de lectures qui vit à Ankara, en Turquie, et s’apprête à vivre une aventure mouvementée. En effet, afin de retrouver l’unique exemplaire du livre écrit par son grand-père, il doit se rendre à Paris dans les locaux de la Bibliothèque nationale de France.
Marine Cotte et Stéphane Fitoussi nous offrent une visite de la BnF de l’esplanade délimitée par ces quatre tours en forme de livres ouverts à la section des livres rares, en passant par le couloir des salles de lecture, le magasin ou même l’atelier de restauration. L’occasion de découvrir le site François-Mitterrand qui abrite une bibliothèque public et une bibliothèque de recherche.
La visite se poursuit par ailleurs dans le dossier documentaire situé en fin d’ouvrage au travers de l’explication du fonctionnement d’une bibliothèque, les particularités de la BnF et une sélection de documents divers qui font partis des collections.
Raconte ! La véritable histoire du premier rat de bibliothèque de Marine Cotte & Stéphane Fitoussi, illustré par Yomgi Dumont, Syros, 2024.
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En voici un petit livre qui se glisse dans une poche ce qui est bien pratique lorsqu’on souhaite partager ce qu’est un livre ! Les textes des rabats donnent le ton : « Ceci est un objet tout à fait unique : un livre merveilleux, pour les petits et les grands, sur les livres. Comment sont-ils faits ? Que racontent-ils ? Que font donc les gens avec ? … »
« Publié en 1962, Livres ! a reçu le prix annuel du meilleur livre pour enfants décerné par le New-York Times. » Ici on reconnait bien le graphisme made in USA des années 60, bien punchy et graphique. D’ailleurs le texte s’amuse allègrement sur les pages avec un ton à la fois amusant et enrichissant.
Livres ! de Murray McCain & illustrations de John Alcorn, Autrement jeunesse, 2013
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Charlotte in Love est un magnifique hommage aux sœurs Brontë et à leur œuvre, mais il ne faut pas perdre du vue que c’est l’histoire d’une rencontre improbable, d’un premier amour portée par deux adolescents que tout oppose… Comme il se doit dans les plus belles histoires d’amour de la littérature !
Ainsi, au fil des pagesse dessine le portrait de cette adolescente qui semble s’être volontairement coupée du monde dans lequel elle vit pour s’enfermer dans l’illusion naïve de cette vie romanesque qu’elle perçoit dans le récit de Jane Eyre. Pourtant ses recherches vont peu à peu la confronter à la réalité plus sombre et au destin plus dramatique des enfants Brontë. Et c’est aussi en opposant ses idées à celles d’Alex et, en apprenant à le connaître que Jeanne va peu à peu réapprendre à vivre dans cette réalité qui est la sienne.
Charlotte in loved’Éléonore Desclée, Alice jeunesse, 2024.
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Susie la souris s’ennuie dans sa petite maison. Elle s’est aménagé un petit nid douillet, mais elle est désespérément seule. Elle rêve d’avoir des ami.es. Alors quand la famille chez qui elle vit part vacances, elle en profite pour explorer la maison. Elle y trouve quelques miettes à grignoter, et surtout … des livres. Sa vie en est chamboulée. De lecture en lecture, elle découvre de nouveaux univers, s’instruit, apprend du vocabulaire…
Le message de cet album est plus que clair : vive la lecture ! L’autrice, Susie Morgenstern, nous vante tous les bienfaits de la lecture : s’ouvrir au monde et aux autres, découvrir de nouveaux univers, de nouveaux mots, ressentir de nombreuses émotions … et même se faire des amis ! Un ouvrage qui ne manquera pas de plaire aux amoureux des livres !
Susie la souris qui lit, Susie Morgenstern, illustré par Séverine Cordier. Gründ, Avril 2023
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Un singe est plongé dans un livre. Malheureusement pour lui, un âne curieux débarque avec son ordinateur et lui pose de drôles de questions : « Comment on fait défiler le texte ? », « Il y a beaucoup de lettres ? », « Ça se recharge ? » À chaque fois, notre singe répond simplement : « C’est un livre. » Jusqu’à ce, qu’excédé, il lui tende son livre…
Avec beaucoup d’humour, Lane Smith nous montre qu’un livre, un simple objet, peut nous passionner et nous emporter loin, sans avoir besoin de batterie, de carte mémoire ou de réseau. Ce sont le pouvoir des mots, ainsi que leur force évocatrice, leur manière de nous happer qui sont célébrés ici. Vive la lecture et ses bienfaits !
C’est un livre, Lane Smith, Gallimard Jeunesse, Mars 2011
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Je suis un livre, c’est un livre qui prend la parole et nous raconte à quel point il est merveilleux, beau, drôle, bref indispensable. Et comment ne pas le croire ? Saviez-vous que ce livre était doté de super-pouvoirs ? Qu’il vous permettait de développer votre imaginaire ? D’apprendre du vocabulaire ? Qu’il était facile à transporter ? Attention à ne pas le mouiller par contre… il n’apprécie guère, et il y a des règles à respecter – mais vous pouvez le serrer contre vous, il adore les câlins !
Un livre qui parle des livres avec humour, bonne humeur et bienveillance, comment résister ? Ne vous fiez pas à sa couverture toute simple, cet ouvrage est un trésor. Drôle, interactif, il mêle avec justesse définitions, réflexions sur le livre, humour et émotions. le tout saupoudré d’illustrations très colorées, joyeuses et fun. Cet album nous montre à quel point les livres sont des compagnons de vie importants, que ce sont des objets magiques qui nous transportent parfois loin, nous émerveillent, nous émeuvent, nous font rire.
Ludique, dynamique, bref, voici une très belle ode aux livres à découvrir, pour tous les amoureux de la lecture, mais pas seulement !
Je suis un livre, Anne Renaud, illustré par Caroline Soucy, Kennes, Février 2023
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Mia est une enfant qui s’ennuie : ses parents n’ont pas le temps de s’occuper d’elle, et elle se sent bien seule. Tout change lorsque quelqu’un dépose un livre sur le pas de sa porte… En le lisant, son monde se colore et prend une toute autre dimension… lui ouvrant des portes, construisant pour elle des ponts vers les autres.
Un ouvrage plein de douceur qui met en avant la lecture comme outil de partage et d’ouverture au monde et aux autres. Les livres forment des ponts qui nous relient les uns aux autres, qui nous permettent de découvrir d’autres cultures, d’autres façons de penser, d’autres univers. C’est l’un des points forts de la lecture : voyager, s’évader en quelques pages.
Les ponts qui nous lient, Tom Percival, Kimane, Août 2024.
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Yseult adore lire. Elle se plonge dans l’histoire de Tristan, qui se languit de Luan, sa bien-aimée. Luan qui croise Marc, qui lui parle de Victor… Et nous voilà transportés d’histoire en histoire…
Cet album enchanteur est un voyage, voyage entre les mots, entre les pages, entre les histoires. Un subtil mélange de texte, d’art, de créativité. De couleurs et de personnes. De rêves et d’amour.
Poétique, onirique, il nous embarque de personnage en personnage, de rêve en passion. Comme un puzzle, les pièces s’assemblent au fil de la lecture. Un exercice brillant de mise en abyme, magnifiquement mis en valeur par des illustrations d’une grande délicatesse. Couleurs chatoyantes, petits détails, jeu de lumières… c’est sublime !
Quand tout s’entrelace et se répond… Il suffit d’y croire, pour que les histoires prennent vie. Une très belle ode à l’imagination, à l’imaginaire, au pouvoir des mots évocateurs !
Il suffit d’y croire, Fabrice Colin, illustré par Gérald Guerlais. Gautier-Languereau. Novembre 2022
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Olivia est une enfant passionnée par les livres et la lecture. Un jour, elle laisse accidentellement tomber un de ses livres à l’eau. Un pieuvre découvre l’objet, et s’interroge : à quoi peut-il bien servir ? Pour le savoir, elle suit Olivia jusque chez elle. Fascinée, elle commence à dérober tous les livres qu’elle voit, cherchant à comprendre à quoi ils peuvent bien servir. Quand il ne reste plus aucun livre, Olivia décide d’agir, telle l’héroïne de ses histoires préférées…
Un très bel album qui célèbre le livre et la lecture. Ici le livre est l’objet de convoitise de la part de la pieuvre, et à travers cette histoire on voit toute la richesse de la littérature, qui permet de voyager et de vivre de grandes aventures. On voit bien ici que la lecture est un merveilleux vecteur, qu’elle permet de rapprocher les gens.
Le voleur d’histoires, Graham Carter, Kimane. Février 2021.
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Une petite princesse qui passe ses journées à lire dans sa tour, voilà qui inquiète ses parents le roi et la reine. Que va-t-elle devenir ? Aucun prince charmant n’a d’intérêt à ses yeux, et l’aventure l’attire bien plus que l’amour. Mais quand un dangereux monstre à six yeux pointe son nez… la petite lectrice pourrait bien surprendre tout le monde !
Un univers riche en clins d’œil, plein de fantaisie et de magie. Une superbe thématique, les références aux contes, et cette héroïne ! Une princesse qui préfère les livres aux princes charmants, qui dompte monstres, ogres et autres méchants avec un bon livre, c’est une idée géniale. Elle a une belle force de caractère, beaucoup d’imagination. Et que dire de l’idée que chaque personne a un livre qui lui convient, même les « méchants » de l’histoire ?
La petite lectrice, Elodie Chambaud, illustré par Tristan Gion. Gautier-Languereau. Septembre 2020
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Un album qui nous retrace l’enfance de la famille Brontë : Anne, Emily, Charlotte et Branwell. Trois filles et un garçon, unis par la même passion : celle des livres. Dès leur plus petite enfance, ils aiment conter des histoires, en inventer. Ils vont même jusqu’à créer de petits livres…
Sans surprise avec un tel titre, c’est un album qui met en avant l’amour de la littérature et le pouvoir de l’imagination. Un texte qui fait l’éloge de la créativité, pour repousser les moments difficiles, s’inventer de nouvelles aventures. Les livres ont cette capacité à nous sortir du réel pour rêver et voyager dans de nouveaux univers, explorer de nouvelles contrées…
Au pays des histoires, l’enfance de Charlotte, Branwell, Emily et Anne, Sara O’Leary, illustré par Briony May Smith. Gallimard Jeunesse. Février 2024
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Depuis sa plus tendre enfance, Lucas n’a qu’un seul rêve : voler. Malheureusement pour lui, le père Noël n’a jamais exaucé ce souhait. Alors, pour ses 7 ans, sa mère lui offre un livre en lui annonçant qu’il y a d’autres moyens de s’envoler… Et Lucas, d’abord réticent, se plonge dans ce livre, puis dans un autre, et encore un autre. Petit à petit, il se retrouve juché sur une montagne de livres…
Un merveilleux album, qui nous a enchanté, sur la lecture, et tout ce qu’elle apporte : les voyages, l’exploration du monde, d’autres univers. Avec cet ouvrage, Rocio Bonilla met en avant le pouvoir de l’imagination, la découverte, l’aventure… On observe un petit garçon qui s’immerge totalement dans ses lectures, qui finit par « voler de ses propres ailes », avec en prime l’idée de partage, avec toutes ces personnes qui prêtent des livres au petit garçon.
La montagne de livres de Rocio Bonilla. Ed. du Père Fouettard. Septembre 2017
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Tous les soirs, Élan raconte une histoire à sa famille, un moment privilégié que tous apprécient. Mais un jour, il est à court d’idées. Suivant les conseils de la femme, il se rend chez ses voisins pour emprunter un livre. Las, personne n’en a ! Qu’à cela ne tienne, il se rend en ville, et emprunte plusieurs ouvrages à la bibliothèque. Les voisins Ours, curieux, viennent écouter l’histoire. Puis d’autres les rejoignent… jusqu’à ce que le salon d’Élan ne puisse plus accueillir tout le monde ! Heureusement, Élan a une idée.
Un superbe album qui parle de lecture et de partage. A travers les histoires que raconte et lit Élan, c’est toute sa famille, puis ses voisins et amis qui rêvent, imaginent, voyagent. Ce sont des moments propices aux échanges, à la convivialité. Grâce aux histoires d’Elan, et à son bibliobus, chacun redécouvre le pouvoir des mots et se met à vouloir lire. Et ce qui est beau, c’est que dans l’apprentissage de la lecture, chacun aide son prochain, cela démontre une belle solidarité au sein des habitants de la forêt.
Le bibliobus d’Inga Moore, Pastel, Septembre 2021.
Monsieur Laliberté travaille de nuit : il est gardien de la bibliothèque. Un soir, en se rendant la_bas, il découvre un petit chiot abandonné. Il lui promet de l’emmener chez lui dès qu’il aura fini son travail, mais ce dernier ne peut s’empêcher de le suivre. Apitoyé, Monsieur Laliberté le fait entrer discrètement dans la bibliothèque, même si les animaux y sont interdits. C’est le début d’une grande complicité entre l’homme et l’animal, renommé Petit Museau. Entre travail et vie quotidienne, ils partagent tout, pour leur plus grand plaisir. Un jour, Petit Museau découvre une paire de lunettes… et se rend compte qu’il peut voir les livres …
Petit Museau parmi les mots est une histoire d’une grande douceur. La belle amitié qui lie un chien à un homme solitaire. Leur joie d’être ensemble. Les petits bonheurs simples de la vie. Et puis, derrière, une réflexion plus profonde sur ‘importance des mots, des livres, de la lecture et de son accessibilité. Sur ces personnes qui sont des déclencheurs, qui nous donnent envie de progresser, d’être meilleurs.
Petit museau parmi les mots de Gilles Tibo, illustré par Soufie, D’eux. Octobre 2023.
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Et vous, quels sont les livres qui parlent de la lecture que vous préférez ?
Signé le 11 novembre 1918 au matin, l’Armistice met fin aux combats de la Première Guerre Mondiale et reconnaît la victoire des Alliés et la défaite de l’Allemagne. En ce lundi 11 novembre 2024, nous vous proposons une sélection de livres qui racontent la Grande Guerre et rendent son histoire compréhensible par tous.
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Un très bel album pour raconter la guerre à travers les yeux d’une enfant qui voit son frère partir dès août 1944. Envoyé à Verdun, il lui fait parvenir des lettres qui permettent de découvrir la (sur)vie sur place. Pendant ce temps au village, les familles endeuillées se multiplient et la petite Lulu assiste désemparée au chagrin de ces ami.es et voisins, gardant l’espoir de voir revenir son frère vivant. Touchant dans son propos, l’histoire aborde des thèmes centraux de cette Grande Guerre : la couleur de l’uniforme, les tranchées et le manque d’hygiène, les Poilus, les traumatismes et autres séquelles physiques…
Lulu et la grande guerre de Fabian Grégoire, l’école des loisirs collection Archimède, 2005.
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En débloquant un tiroir secret d’un bureau qu’il restaure, le narrateur découvre une boîte contenant une lettre adressée à une certaine Mrs Jim Macpherson. Curieux il se met à lire cette correspondance dans laquelle un mari raconte à son épouse les événements incroyables de cette nuit hors du temps, de cette matinée glaciale au cours de laquelle des soldats des deux camps levèrent le drapeau blanc pour partager leur repas de Noël, jouer au foot, rire et oublier, le temps d’une nuit, la folie des combats, l’éloignement des familles, la mort d’un frère, d’un ami, la fatigue harassante de combats qu’on leur avait promis brefs.
Michael Morpurgo déploie son talent de conteur pour mettre en scène cette histoire de fraternité universelle et en fait un souvenir intemporel auquel Michael Foreman donne vie dans des illustrations de toute beauté. Ces cieux nocturnes aux couleurs froides sont teintés par la chaleur du levant, seul témoin de la fraternité de ces soldats, qui le temps d’une nuit sont redevenus simplement des hommes. Au-delà de la lettre, l’auteur pare son récit des valeurs de Noël en faisant de son narrateur le porteur d’une surprise à une vieille femme qui croyait avoir perdu pour toujours cet homme chéri, lui apportant par-là même, le repos de l’âme avant son dernier voyage. Tout simplement magnifique !
La trêve de Noël de Michael Morgurgo & Michael Foreman, Gallimard jeunesse, 2018.
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Un album pour dire l’absurdité de la guerre, c’est ainsi que Petit Soldat se définit. Glorifié pour avoir fait prisonniers plusieurs soldats ennemis, Pierre va ensuite être puni, condamné pour l’exemple, alors qu’il rejoint son campement déserté deux jours plus tôt. Le texte de peu de mots suffit à montrer l’horreur de sa situation et à toucher. L’album séduit par son originalité graphique, les auteurs ont reconstruit et photographié chaque scène avec des soldats de plomb rendant l’expérience encore plus poignante de réalisme.
Petit soldat de Pierre-Jacques Ober & Jules Ober, Seuil, 2018.
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La Première Guerre Mondiale s’est déroulée il y a plus d’un siècle, et pourtant elle est toujours là, parmi nous, avec nous. Tous les jours, Elle se rappelle à nous : par ses monuments aux Morts, par un jour Férié, par une photo familiale, par des Archives, par un film, par des objets, et bien sûr, par les livres. Ceux écrits alors. Ceux écrits aujourd’hui. Car la Grande Guerre n’a de cesse de résonner.
A partir d’objets d’époque, d’avant la guerre et pendant le conflit, les auteurs ont imaginé une histoire. Une histoire certes fictive, mais qui en regroupe tant d’autres, des vraies. Ces objets sont des poupées, des jeux d’enfants, des cartes, des affiches, un coupe-papier, des petits soldats, une lanterne, une gamelle, des photos. Des objets ordinaires, du quotidien, devenus extraordinaires, lourds d’histoires, et désormais porteurs du devoir de mémoire.
Un album fort en émotions qui nous fait traverser tout le conflit par une approche belle, originale, intime et émouvante.
La guerre en mille morceaux ou le musée du soldat Machin. Texte d’Alain SERRES et illustrations de Zaü. Editions Rue du Monde, novembre 2018
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Joey, un jeune cheval élevé dans une ferme en Angleterre, a été vendu à l’armée. Passer du travail de cheval de ferme à celui de cheval de guerre n’aurait sans doute pas été si facile si son nouveau maître n’avait pas été aussi bon qu’Albert, le fils du fermier, qui prenait soin de lui tel un ami. C’est au travers de ces yeux que l’histoire nous est présentée, proposant un point de vue très intéressant et original qui permet de ne se positionner dans aucun camp
Ces mêmes visages gris regardant de dessous la casque, je les avais déjà vus quelque part. La seule différence, c’était les uniformes: aujourd’hui, ils étaient gris avec un liserés rouge et les casques n’étaient plus ronds et à larges bords.
Les horreurs de la guerre sont aussi dures et bouleversantes dans les yeux d’un cheval que dans ceux de l’Homme et ce n’est que grâce à l’amitié de Topthorn, un magnifique pur-sang noir, que Joey traverse les épreuves de la guerre avec force et courage, survivant à bien de cruelles situations. Leur quotidien est fait de durs labeurs, de peur, de faim, de saleté, de blessures et de maladie, seul le soutien qu’ils s’apportent l’un l’autre le maintient en vie. Mais comme les Hommes, les chevaux garderont des blessures de l’âme et se trouveront à jamais changés par les horreurs de ces sombres années.
Cheval de guerre, Michael Morpurgo, Folio junior, 2018.
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30 Juillet 1914, Adèle va sur ses quatorze ans. Elle est la troisième d’une famille de quatre enfants, et la seule fille. La Première guerre mondiale est imminente et Adèle ressent le besoin de se confier à quelqu’un. C’est comme ça qu’elle décide de commencer à écrire un journal. Roman épistolaire sur fond de première guerre mondiale, on suit Adèle et sa famille, ses amis, et les habitants de son village, Crécy en Bourgogne, pendant les quatre longues années que durera la guerre. Au travers de cette jeune fille, Paule du Bouchet relate la vie de ceux qui n’étaient pas sur le front, les femmes en premier lieu, mais également les enfants et les vieillards, leur quotidien et l’attente douloureuse des nouvelles…
Comme elles sont douloureuses, ces séparations! Douloureuses au point de maudire ces permissions tant désirées…
Le journal d’Adèle de Paule Du Bouchet, folio junior, 2017.
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Saviez-vous que c’est dans le contexte de la Première guerre mondiale que démarre l’histoire de l’ourse ayant inspiré le célèbre Winnie l’ourson ?
Achetée par le lieutenant Harry Colebourn alors que son régiment était en route pour l’Europe, la petite Winnipeg a été mascotte de son régiment de cavalerie canadienne avant d’être confiée au zoo de Londres lors de la dernière escale des soldats avant de rejoindre la France. C’est au zoo elle fera la rencontre de Christopher, fils d’A.A.Milne qui décidera d’écrire leurs aventures. Mais il y a fort à parier que sans l’attachement qui liait l’oursonne à son maître, jamais des enfants n’auraient pu entrer dans sa cage. Et Winnie l’ourson : Histoire d’un ours-comme-ça (certes moins connu que l’adaptation qu’en ont fait les studios Disney) n’aurait pas été écrit.
Winnie et la grande guerre, Lindsay Mattick et Josh Greenhut, L’école des loisirs, 2020.
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Une nuit. Une nuit pour évoquer l’enfance. Une nuit pour raconter les horreurs de la première Guerre Mondiale. Une nuit pour passer définitivement à l’âge adulte. À travers le récit de Tommo, Michael Morpurgo déploie tout son talent de conteur pour partager ses valeurs humanistes. La famille Peaceful, malgré un nom de bonne augure, aura son lot de tragédies et de difficultés. Mais elle saura rester unie, protégée par une mère aimante et attentive.
C’est par le récit de cette enfance dans la campagne anglaise que Morpurgo ferre son lecteur. Et il ne le lâchera plus. Contraint et forcé, conscient du drame inévitable, il suivra les frères Peaceful sur le front, dans les tranchées. En quelques pages, le froid, la peur, la fatigue, les rats, la vermine, tout est dit. La bêtise humaine aussi, le danger le plus mortel de tous. Un grand roman sur la guerre, motif récurent dans l’œuvre de Morpurgo, à poursuivre avec le film Les sentiers de la gloire de Stanley Kubrick.
Soldat Peaceful, Michael Morpurgo, Gallimard jeunesse, 2018.
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La Grande guerre comme source d’une violence qui va emporter toute une famille sur plusieurs générations. C’est la vision que propose Anne-Laure Bondoux dans Nous traverserons des orages. Les hommes y subissent la violence des combats, le traumatisme de la mort et la rapportent dans leur foyer.
Il y a quelque chose de désespérant à lire ces destins fracassés par l’Histoire. Le sentiment que le cercle vicieux ne pourra pas s’arrêter. Pourtant, chacun est témoin des erreurs de son père, se jure que l’on ne l’y prendra pas. Et le lecteur d’y croire avec eux, jusqu’au geste fatal. Avec une grande maîtrise, l’auteure oblige ses lecteurs à s’interroger sur la source de cette violence. Se transmet-elle dans les gènes ? Vient-elle du vécu de ces hommes envoyés au front puis confrontés à un quotidien frustrant ? Quelle place pour les femmes dans ce cercle vicieux ? L’autre force de ce récit, c’est que chacun pourra associer l’expérience et les doutes d’un personnage à un père, un grand-père ou un arrière-grand-père.
Nous traverserons des orages, Anne-Laure Bondoux, Gallimard jeunesse, 2023.
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Ce livre est issu du projet de six musées des Vosges qui, en 2014, se sont associés à l’École Supérieure d’Art d’Epinal et aux Éditons du pourquoi pas ? pour créer un parcours d’expositions à l’occasion du centenaire la Grande Guerre. Illustré par Zoé Thouron, ancienne élève de l’École, « La vie encore« , est le texte écrit à cette occasion par Thomas Scotto. Dans chaque musée, un personnage avait été choisi : le musicien, l’enfant, la femme, le peintre et le passant, que l’on retrouve au fil des pages, dans lesquelles c’est la guerre elle-même qui tient le rôle principal. Rien n’est épargné : ni l’horreur des combats, bruits et cris mêlés, ni le sang, les mutilations, ni la peur dans les tranchées, ni les morts, ni la désolation après son passage… Pourtant, et c’est là la grande force de ce texte, la poésie et la délicatesse pour dire l’indicible se faufilent au détour d’une phrase, d’une situation, si bien qu’il ne tombe jamais dans le glauque ou le pathos. Et quand, avec toute la puissance et la magie de ses mots, Thomas Scotto raconte aussi les femmes restées au pays qui endossent des rôles nouveaux, la solidarité entre soldats car la guerre « fabrique des frères« , l’instant de grâce d’une mélodie sur un violoncelle improvisé, la vie qui « résiste au creux des plus petits endroits« , ce n’est pas le désespoir qui nous saisit, mais bien l’espérance de matins nouveaux, où l’on f(s)era décidément, et définitivement, la paix.
La vie encore, Thomas Scotto, Zoé Thouron, Editions du Pourquoi Pas ?, 2014
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Avec ce roman, Hervé Giraud sort ici de ses thématiques habituelles… par la grande porte ! Dans une dualité de temporalité, de ton, d’enjeu, très complémentaires et qui font l’originalité du roman, c’est à la fois la Grande Guerre qu’il raconte, son horreur, son traumatisme, par la voix du soldat Botillon, et un récit initiatique, par la voix de son arrière-petit-fils, passant de l’innocence de l’enfant qui joue à la guéguerre, à la conviction qu’il peut être un messager de paix…Et la petite histoire rejoint la grande. Grandiose ! Comme toujours avec cette auteur, on passe du rire aux larmes le temps de le lire et c’est ce qui fait de ses romans des OLNI (Objets Littéraires Non Identifiés) uniques. On est tour à tour horrifié.e par les descriptions, du champ de bataille comme des mutilations subies, on est indigné.e par le mépris des états-majors pour la chair à canon, les yeux se mouillent quand on lit l’amour entre le soldat Bottillon et sa dulcinée, quand on observe, comme lui, le cœur battant, dans l’ombre, sa fille qui grandit et devient une star adulée, on est bouleversé.e par la solitude de l’après, pour celui qui, gueule-cassée, ne trouve la sérénité qu’à la nuit tombée. Quant à la révélation finale, elle est complètement renversante. Avec ce roman pacifiste et engagé, Hervé Giraud offre aux jeunes générations un très beau récit, d’une humanité sincère et émouvante, pour un devoir de mémoire plus nécessaire que jamais.
Le jour où on a retrouvé le soldat Botillon, d’Hervé Giraud, Thierry Magnier jeunesse, 2013.
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Et vous, quels titres vous permettent d’aborder cette période dramatique et de toucher du doigt le quotidien des civils comme des soldats en temps de guerre ?
Avec Chabon bleu, Anne Loyer fait découvrir à ses lecteurs la vie des mineurs du Nord de la France au XIXème siècle. Ermine, son héroïne, à échappé à la mine et pu poursuivre ses études. Jusqu’à ce qu’un drame vienne bouleverser son quotidien. Anne Loyer, ancienne journaliste, brosse un contexte étouffant tant dans le village que la famille ou dans la mine. La figure d’Ermine, dont l’esprit et la curiosité ont interpellé son professeur, détonne et attire les jugements. Elle illumine aussi ce récit par son courage et son intelligence. Qui lui permettent de faire une magnifique rencontre.
Les gravures de Gérard Dubois illustrent à merveille ce récit tout en contrastes. Les contours sont rugueux, les aplats de noir prennent beaucoup de place, et pourtant le blanc – éclatant – attire l’œil. Ce choix est en parfaite adéquation avec le texte très poétique de l’auteure.
Charbon bleu d’Anne Loyer, illustré par Gérard Dubois, D’eux, 2023.
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Un court roman ado bouleversant, d’une tristesse infinie par son sujet, si lumineux pourtant. Gros coup de cœur pour Séverine. Des jours comme des nuits raconte, par sa voix, l’histoire de Manon. Elle est collégienne. Petit frère turbulent. Mère qui cuisine fréquemment des pâtes. Elle se souvient. Elle n’est pas d’accord. Elle rêve. Elle pleure. Elle écrit. Elle est triste, souvent, heureuse, parfois. Elle grandit sans père. Elle a trouvé son corps, pendu au poirier de son enfance, le jour où il s’est suicidé. Il y a ses jours qui sont comme des nuits et ses nuits qui seront douces à nouveau, un jour. Il y aura ce jour où la vie gagne à la fin. Pour écrire ce deuil impossible, le manque, l’absence, le vide et le trop-plein de douleur, la présence partout, l’oubli jamais, et le sentiment de ne pas avoir assez profité du bonheur, la reconstruction d’une famille après la pire des tempêtes, Sébastien Joanniez déploie toute sa sensibilité et son empathie, tout en nuances et en subtilité, à l’image de la superbe couverture signée Anne Brouillard. Mais qu’on ne s’y trompe pas. Ce roman, sous son apparente douceur, et ses murmures de désespoir, est un immense cri d’amour. Après sa récente Mention spéciale du jury pour On a supermarché sur la lune (sélection 2022), cette année pourrait bien être pour Sébastien Joanniez, l’année de la consécration. J’y crois.
Séverine
Des jours comme des nuits de Sébastien Joanniez, Rouergue, 2024
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Au fil d’une playlist de 51 titres, de Bowie à Gala, en passant par les Pink Floyd, Aurélien nous conte son histoire. L’histoire de ses deux mois chez Andréa. Andréa, c’est le frère de sa mère, de sa mère alcoolique qui dérive, dérive, loin de lui. Alors pendant qu’elle dérive, lui, Aurélien, s’amarre comme il peut. A son oncle, secret, silencieux et pourtant si attentif. A cette ville de bord de mer, Saint-Malo, où le parfum des embruns se mêle à celui des glaces sur la plage. A ses émotions qui l’habitent, le hantent, le bousculent. Et surtout à William. A sa présence. A ses silences. Nombreux. Précieux.
Je n’en dirai pas plus car le reste il faut aller le goûter entre les lignes de Julien Dufresne-Lamy. Dans son écriture, dans ses ritournelles, dans ce rythme si particulier qui nous plonge dans la tête d’un jeune adolescent des années 1990. Pas si différent des adolescents des années 2020 sans doute. Et j’aime à croire que si cette histoire d’amour et de filiation peut exister aujourd’hui et être porté par le prix Vendredi c’est que tout n’est pas aussi sombre qu’on veut parfois nous le faire croire. C’est que nos esprits se sont ouverts. Comme celui d’Andréa, un homme tellement loin des stéréotypes masculinistes qui peuvent parfois resurgir d’ici de là, qu’on en souhaite sur les chemins de tous nos jeunes qui vacillent. Pour s’amarrer puis reprendre le large quand le vent se lèvera.
Deux mois chez Andréa de Julien Dufresne-Lamy, Nathan, 2024
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« Infiltré » raconte, dans une langue drue, efficace, sous tension, le passage à l’Ouest, puis l’émigration aux Etats-Unis, du jeune Dietrich, étudiant brillant formé à la Caserne des Mathématiques et des Sciences de Berlin-Est, qui vise officiellement à former les ingénieurs de la RDA naissante. A moins que… Nous sommes dans les années 60, en pleine Guerre Froide. Dietrich intègre la prestigieuse université de Stanford, il y découvre la douceur de l’American way of life, il se lie d’amitié, tombe amoureux et en oublierait presque sa mission d’infiltration. Les retrouvailles avec sa mère, qui avait elle aussi fui le régime autoritaire est-allemand, marquent le début du déchirement et des choix à opérer. Une chose est sûre : la trahison sera forcément de la partie. L’amour maternel, l’amour tout court, ne le sauveront pas de son destin. Le roman oscille entre roman d’espionnage et roman d’apprentissage, le suspense et l’émotion sont, alternativement au rendez-vous.
Si, sortir de sa zone de confort, découvrir des univers inconnus, plonger au cœur d’histoires décalées, c’est ce qu’autorise la littérature, ce premier roman pour adolescents de Laurent Petitmangin, auteur multiprimé de littérature générale, a bien rempli sa mission. Pour ce qui me concerne. En revanche, je ne suis pas persuadée que ce roman ait bien sa place en jeunesse. Son héros manque, me semble-t-il, de proximité avec les émotions des ados d’aujourd’hui. A contrario, l’intrigue, le contexte géopolitique ne ne me paraissent pas assez développés pour un lectorat plus âgé, intéressé par l’Histoire du vingtième siècle. Peut mieux faire.
Infiltré de Laurent Petitmangin, Actes Sud Jeunesse, 2024.
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Au moment où Ludovic Lecomte invite le lecteur dans sa tête, voilà six mois que le narrateur de La cabane n’est pas sorti de chez lui. Pourquoi ? Quelles conséquences sur sa vie et son entourage ? Va-t-il parvenir à sortir ? Dans le décompte parfaitement maîtrisé des deux heures qui le séparent de son rendez-vous avec l’extérieur, l’auteur propose à son lecteur de tenter de comprendre ce que traversent les personnes touchées par le « syndrome de la cabane », ou hikikomori pour les japonais.
Une centaine de pages et 17 chapitres à rebours mêlent habilement émotions, flash-backs et stratégies pour reprendre le contrôle. Sans chercher à tout expliquer, Ludovic Lecomte parvient à ce que l’on soit en complète empathie, tant avec son personnage qu’avec son entourage. Ce qui est un exploit en soi ! Un roman poignant, malheureusement d’une grande actualité.
La cabane de Ludovic Lecomte, l’école des loisirs, 2024.
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La Chasse propose un postulat intéressant : Maureen Desmailles annonce dès le début que le genre du narrateur ne sera pas dévoilé et pousse ses lecteurs à s’interroger sur les stéréotypes. Et en effet, le narrateur ou la narratrice chasse, drague, pleure, couche, etc. sans jamais dévoiler si c’est une fille ou un garçon. J’ai trouvé ce parti pris assez stimulant d’autant que, collection L’Ardeur « oblige », l’ado va découvrir sa sexualité. Et force est de reconnaître que l’auteure tient son pari jusqu’au bout et se montre aussi créative dans les ébats de ses personnages que dans les actes et le vocabulaire employé. Cependant, si le sexe du personnage principal n’est jamais un motif pour s’y attacher, il faut reconnaître que ne pas savoir est intriguant au début, mais que cela peut – étrangement – freiner l’identification. D’autant que certaines des motivations des personnages sont difficiles à saisir. Un roman très pensé qui questionne, mais dont la réussite n’est pas aussi éclatante qu’on aurait pu l’espérer.
La chasse de Maureen Desmailles, Thierry Magnier, 2023.
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L’histoire prend place dans les Cévennes au dix-septième siècle et adopte le point de vue de ceux qui ne comptaient pas et n’étaient guère plus considérés que comme des vagabonds et des inutiles. En s’appuyant sur des documents historiques (notes d’un médecin, lettres et correspondances, ordonnances de Louis XIV…) cités à chaque début de chapitre, l’auteur nous renseigne sur cette époque à laquelle les gouvernants « établissent des codes forestiers pour chasser ceux qui s’y sont réfugiés et y trouvent de quoi survivre, accaparent les biens communs et affermissent leur contrôle sur ces territoires qui leur échappent.«
Le récit est emprunt d’un message écologique qui résonne étrangement avec notre époque, tout en portant un regard féministe non moins actuel, au travers de cette jeune héroïne qui se bat pour préserver la forêt sauvage. L’écriture, entrainante, oscille entre la narration à la troisième personne et le vers libre, expression des pensées de La Louve ayant renoncé à la parole, des pensées bien plus expressives que les longs discours. L’ensemble forme un hymne puissant à la nature et à la liberté !
La louve d’Antonin Sabot, Talents Hauts, 2024.
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Les coquillages ne s’ouvrent qu’en été aborde des thématiques fortes. Maladie mentale (dépression) et quête d’identité sexuelle… Il fallait que Clara Héraut maîtrise suffisamment son récit pour éviter les écueils, béants, de tels sujets. Et c’est fort heureusement le cas ! En donnant la parole à deux sœurs successivement, elle parvient à alterner les points de vue d’une manière très maline. Chacune est enfermée dans ses problèmes, incapable de voir ceux de sa sœur ou même de communiquer avec elle, et très remontée qu’on ne lui accorde pas plus d’attention. Les tensions sont très bien amenées et sonnent parfaitement juste. L’auteure accorde une place à chacun de ses personnages, même les secondaires. Les émotions sont fortes, les sujets traités avec nuance. Et pour ne rien gacher l’atmosphère du pays Basque est charmante.
Les coquillages ne s’ouvrent qu’en été de Clara Héraut, Hachette, 2024.
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Reine de l’Ouest est un titre sur lequel nos avis sont partagés. Nous vous proposons donc les deux versants, et vous invitons à vous faire votre propre opinion si le cœur vous en dit !
Un avis peu enthousiaste : Avec sa Reine de l’Ouest, H. Lenoir propose de renouer avec le roman dont vous êtes le héros d’une manière modernisée. Modernisée de par le caractère de son héroïne aventurière, les personnages aux origines et aux orientations sexuelles variées, mais aussi en raison de la forte tendance de Miss Jones à coucher avec la plupart les personnages qu’elle rencontre. Autant être prévenu, cette lecture est réservée à un public très averti.
Si le concept est – par essence – ludique, on peut regretter qu’il ait empêché l’auteure de proposer des personnages à la psychologie plus fouillée. De même, la multitude de rapports sexuels peine à se renouveler et ce qui est amusant au début peut devenir un peu systématique, voire gênant. Le tout en utilisant des clichés éculés. On a connu l’auteure de Félicratie plus inspirée et on espère qu’elle retrouver sa verve et son humour très bientôt !
Un avis plus enjoué : « faites vos jeux… rien de va plus… » Entre une arrivée à Cottonwood ou Silver Falls, il va falloir faire un choix et de cette décision découlera votre aventure. La lectrice joueuse va incarner Miss Jones, jeune femme au caractère bien trempé et il en faut pour déjouer les pièges dans une vie de femme en 1892. Selon son envie et les possibilités laissées par l’autrice, l’aventure peut prendre une teinte rocambolesque saupoudrée d’érotisme ou bien de sagesse…
Ce roman peut étonner mais chacune peut y trouver son compte. Les deux aventures qui se sont offertes m’ont permis d’incarner Miss Jones très différemment et cela m’a amusé car le personnage est intelligent, piquant et surtout rien ne l’arrête. J’avais hâte de lire ce qui m’attendrais au prochain chapitre. Les scènes explicites ne sont pas choquantes et comme le dit Sonia Petit sur la 4ème de couverture : « Drôle, original et juste ce qu’il faut de « spicy » !
Reine de l’Ouest d’Hélène Lenoir, Sarbacane, 2024.
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Gildas Guyot parvient à insuffler de la nuance dans le récit historique communément admis, et c’est d’autant plus appréciable qu’elle s’attelle à l’épisode de la Libération. Oui, les occupants allemands ont fui, oui les alliés et les résistants ont pris le contrôle. Mais qu’en est-il du reste de la population, qui avait fait son possible pour traverser les années de collaboration ? L’auteure prend ici pour narratrice une femme tombée amoureuse d’un allemand. On sait quel sort a été réservé aux « poules à boches », mais à quoi ont-elles pu penser durant cette humiliation publique ? Autant de réponses à cette question que de femmes, de situations, de sentiments. Certaines ont fait ce qu’elles ont pensé judicieux pour survivre, d’autres ont simplement aimé. Toutes ont été « jugées » de la même manière, catalyseur de la compromission d’une grande majorité de la population.
Cette injustice est portée par la parole intérieure d’Arsinoé Ouvrard, qui malgré l’affront qu’elle subit en public reste une femme fière, amoureuse et endeuillée. En un mot, touchante. Cette « Vindicte » rappelle que la foule s’excite vite et fort, que ses dérives sont fréquentes. Trop de rancœurs à exprimer.
La France est libérée, mais la paix n’est pas pour tout le monde.