Isabelle Simler s’impose dans le paysage des auteures-illustratrices depuis quelques années et la littérature de jeunesse en est ravie. Celles qui y ont participé ont d’ailleurs un souvenir ému de la lecture commune de son album Les idées sont de drôles de bestioles. Nous apprécions grandement son trait ou plutôt ses nombreux traits qui pleuvent pour créer de magnifiques illustrations. Justement la précision vient de la pointe de sa palette de crayons qui lui permet également d’obtenir une reconnaissance à l’échelle internationale. Et comme, à notre grande joie, elle a accepté de répondre à nos questions, c’est l’occasion de présenter les titres qui nous ont le plus marquées !
Isabelle Simler lors de sa venue à la fête du livre de Villeurbanne, photo issue du site de la ville.
Le choix de Lucie
Lucie a choisi Cette nuit-là… au musée. Ce n’est pas forcément son album préféré mais il est situé dans un lieu qu’elle connaît bien : le musée des Confluences, à Lyon. C’est un papillon qui relate son aventure dans son journal.
Cette nuit-là au musée, Éditions courtes et longues, 2015.
Je voudrais me souvenir de Cette nuit-là toute ma vie… J’avais le cafard depuis notre emménagement au musée des Confluences. Notre précédent lieu d’accueil, le musée Guimet, ressemblait tellement plus à un musée d’histoire naturelle ! Arriver dans cet espace moderne, vide et froid à déprimé toute la collection.
Mais cette nuit-là, quelque chose de magique s’est produit. J’ai commencé à remuer une patte, puis une aile… et je me suis envolé ! D’abord dans les couloirs du musée, puis je suis allé saluer les copains. Et tous se sont animés à leur tour. Quelle fête ! Nous avons investi le hall, les escaliers, le toit et même le jardin. À l’aube nous étions épuisés et chacun a réintégré sa place. Ça y est, après cette nuit de déambulation nous nous sentons enfin chez nous au musée des Confluences !
Citron de Provence
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Les choix deLiraloin
Pour Liraloin, Maison et la série Une nuit... sont le reflet des moments partagés à observer la Nature. Vu que l’escargot est son « animal-totem » il fallait bien lui inventer une page. Tandis que la nuit s’annonce pour tous les habitants de cette Terre, c’était le timing parfait pour apprécier et écrire autour du manteau noir clair et obscur.
Maison, Editions Courtes et longues, 2022
Cabane en spirale de l’escargot des champs après la pluie.
Je suis en émulation lorsque vient la pluie. Mes balades journalières sont un régal pour la terre qui s’aère à mon passage. Le mucus brillant et visqueux apporte des bienfaits que même les humains reconnaissent, c’est pour dire son pouvoir surpuissant !
A la fois utile et gourmand je peux tout de même faire un peu de dégât dans les potagers. Fan de salades et des fraises mûries à point, lentement mais surement mon festin n’en sera plus que royal aujourd’hui. Il ne faut pas oublier que ma maison si particulière ne se partage pas mais elle peut se vider parfois.
Alors à ce moment-là, des petits doigts pourront me saisir délicatement pour contribuer à une belle collection tourbillonnante.
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Une nuit… La savane, La ville, L’Océan – la Martinière jeunesse, 2023-2024
Nuit… de ton manteau obscur, tu m’offres à la fois une enveloppe protectrice et dangereuse.
Si les prédateurs sont aux aguets, sortir de sa coquille, de son terrier ou de son repère ne peut se faire qu’en mouvements organisés et feutrés. La lune guide mon chemin parmi les étendues désertiques ou boisées vers ma nourriture essentielle.
Le bleu de mon eau turquoise se fonce lorsque les nuages cachent l’éclat lunaire. Il faut pourtant s’aventurer entre les coraux multicolores.
Alors, une nuit en ville, dans la savane ou sous l’océan n’est pas sans danger et lorsque l’aurore s’annonce c’est un soulagement.
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Le choix de Blandine
Dans les poches d’Alice, Pinocchio, Cendrillon et les autres… Editions Courtes et Longues, 2015
Cailloux, clés, roudoudous, miettes, montres, plumes, fleurs, avant chaque lessive, c’est le même rituel. Faire les poches de tous ces petits trublions et ne surtout pas mélanger ce qu’elles contiennent. C’est que chacun a ses propres trésors trouvés, ramassés, glanés… même s’ils les oublient là, il leur tient à cœur de les retrouver intacts quand ils s’en souviennent ou qu’ils leur manquent.
Et si par mégarde, il m’arrivait de ne plus savoir à qui ils appartiennent, il me suffit de les observer attentivement pour aussitôt en déterminer le propriétaire. Car tous ces petits « quelques choses » reflètent leur caractère, leurs habitudes, leurs volontés et même leurs craintes. C’est amusant quand on y songe, d’ailleurs.
Oh, un bouton ! Mais à qui peut-il bien être celui-là ? Et s’il me servait à tous les lier et relier ? Une idée me vient… mais assez d’histoires à me raconter, pour le moment, il me faut poursuivre ma tâche…
« Mère l’Oye 2.0 »
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Le choix de Séverine
C’est le dernier album d’Isabelle Simler que Séverine a choisi, dont elle possède un exemplaire d’autant plus précieux qu’il est dédicacé ! Bien que charmée par la plume envoûtante, sensible et rythmée de Stéphane Servant, elle considère que les illustrations d’Isabelle Simler accompagnent merveilleusement le propos. Elles le subliment et lui apportent le supplément d’âme sans lequel l’album ne serait pas ce qu’il est. C’est l’histoire d’une vie que nous racontent nos deux artistes. La douceur, la tendresse, tout comme le mouvement, le souffle, l’élan vital, au travers les crayonnés colorés d’Isabelle Simler, nous saisissent, jusque dans le moindre détail. Et puisqu’il s’agit d’une ode poétique à la vie, c’est en acrostiche que Séverine veut lui rendre hommage.
Vivant, de Stéphane Servant et Isabelle Simler, Editions courtes et longues, 2024
Viens mon tout petit, viens ma toute petite ! Invente la danse du monde que tu habites. Va où ton cœur te porte, où le vent t’invite, Avance, grandis, envole-toi, sans limite Ne crains rien, joue, ris, aime et profite Tes racines et tes ailes sache que tu les mérites
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Et vous, quel est votre ouvrage préféré de cette auteure essentielle ? Pour en savoir plus, nous vous conseillons de visiter son site.
Après les échappées lointaines deLiraloinet Héloïse,après les échappées graphiques deLucie, les échappées familiales de Séverine, puis les quêtes d’Héloïse,Blandine vous propose de prolonger ou préparer les prochaines échappées et vacances avec différents livres, entre albums, documentaires et guides. C’est parti !
ALBUMS
L’Imagier des Landes. Par Anna & Marion. Auto-édition, novembre 2023
Pour mettre en valeur la région du Sud-Ouest, et plus particulièrement les Landes et Capbreton dont elles sont originaires, Marion Dando et Anna Passicos ont eu la bonne idée de créer cet imagier pour les petits (et les grands !)
Sur des fonds unis de différentes couleurs, des dessins blancs et sobres représentent des éléments incontournables de la culture landaise (estacade, pignes, cèpes, fronton, pala, etc.). Un régal à découvrir puis à voir in situ.
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Ker-Is. La légende de la ville au milieu des flots. Jean-Pierre KERLOC’H et Jérémy MONCHEAUX. Albin Michel Jeunesse, 2010
La Bretagne est une terre de légendes, et l’une des plus connues, et incontournable, est celle de Ker-Is (ou Ker-Ys, ou simplement Ys), la cité engloutie du Roi Gradlon. On dit que lorsque la mer est calme, non loin des côtes de Douarnenez, on peut apercevoir dans l’eau, les reflets de la cité, et entendre dans le vent, une chanson résonner…
Et ceux qui savent dire encore la langue d’autrefois aiment à rappeler l’antique prophétie : Pa vo beuzet Paris
Ec’h advaso Ker-Is
Quand Paris sera noyé sous les eaux Alors Ker-Is ressurgira des flots.
Málaga est une ville située en Andalousie dans le sud de l’Espagne, au bord de la Méditerranée. Tentaculaire, elle s’étend jusque sur les montagnes environnantes, mais son cœur historique est très petit. Elle attire chaque année de nombreux touristes et étudiants étrangers.
Ce très bel album aux dessins faits aux crayons et aquarelles, est bilingue, espagnol et anglais . Il s’ouvre et se ferme avec un « cherche-et-trouve » regroupant les symboles et traditions de la ville. Après un plan de la ville et un bref retour chronologique, il nous fait visiter, grâce à une petite fille accompagnée de son poisson dans un aquarium à hélice, le centre historique de Málaga, admirer ses monuments, connaître sa cuisine, il nous conte sa longue histoire et son évolution au fil des siècles, entre inspirations et dominations.
Les Editions Casterman ont eu la belle idée de rééditer les albums de métropoles créés par Miroslav SASEK dans les années 1960. Et de n’en rien changer ! Le dessin, agrémenté de collages, est vintage à souhait, tout comme les descriptions des villes, des habitants (de leurs vêtements à leurs voitures), des monuments, des coutumes locales, etc. C’est un régal à observer et à comparer avec aujourd’hui !
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Les Editions Les P’tits Bérets ont édités plusieurs albums sur les voyages scolaires, et un en famille, écrits et illustrés par Laurent AUDOUIN. Sous la forme d’un journal, le lecteur est invité à découvrir un lieu, une ville, une expérience (classe verte, de neige), des histoires, des monuments, et le tout avec beaucoup d’humour ! Et en creux, de préparer ou dédramatiser cet évènement, pour les enfants comme pour les parents !
DOCUMENTAIRES
La Collection « Histoire d’un PORT » par les Editions Gulf Stream permet de découvrir et de connaître l’histoire d’une ville par un autre prisme. Et c’est passionnant. Si le texte est assez dense, il y a aussi de nombreuses illustrations, dessins, documents, photographies et reproductions de tableaux ou autres gravures, pour nous immerger totalement et nous donner à ressentir cette histoire, et son évolution, comme si nous y étions. D’ailleurs, un petit plan en loupe de la ville et de ses quartiers est souvent joint pour pouvoir ensuite se rendre sur place et découvrir de manière plus tangible encore ce qui est décrit dans ces livres.
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ANTARCTIQUE. Expéditions en Terre Inconnue. Giulia VETRI. De La Martinière Jeunesse, 2018
Si l’Antarctique fait rêver Blandine, ce n’est que par procuration ! Il y fait bien trop froid ! Mais les récits qui accompagnent sa découverte, la « course au Pôle », les différentes expéditions et ce qui le compose, la fascinent tout autant qu’ils la passionnent.
Ce documentaire, entièrement dessiné, nous en retrace les histoires, les animaux qui y résident, les mers qui le composent, les expéditions et les recherches qui y sont menées. Il s’agrémente de demi-pages ou de rabats qui se déploient pour nous dévoiler toute son ampleur et sa richesse.
GUIDES
Les guides touristiques et/ou de voyages ne sont plus totalement ce qu’ils étaient, et c’est tant mieux ! Ils se réinventent afin de donner à ressentir « l’âme » d’un lieu en plus de données pratiques, et depuis quelques années, plusieurs s’adressent aux plus jeunes. Car ce qui intéresse les adultes n’est pas forcément le cas pour des enfants. Aussi, ces guides rivalisent-ils d’ingéniosité pour rendre toute visite aussi attractive que passionnante. Et pas trop longue, surtout s’il fait chaud ! Pensez à vous munir d’un stylo et de crayons, car ils s’agrémentent de petits jeux, devinettes et énigmes qui régaleront petits et grands. Et ainsi, tout le monde apprend !
Guides ... des Enfants. Editions Bonhomme de chemin
Depuis plusieurs années, Blandine emporte systématiquement un livre-guide des Editions Bonhomme de chemin quand elle part en vacances « ailleurs ». Certains concernent un pays en entier avec quelques-unes de ses villes-phares, d’autres proposent des parcours découvertes directement dans les villes. Et c’est génial ! C’est un moyen ludique d’apprendre l’histoire d’un lieu, de regarder des bâtiments et monuments d’un autre œil pour y déceler ce que l’on ne voit pas d’ordinaire, pour passer par des rues inattendues, pour connaître une anecdote, l’origine d’un nom de quartier, d’artères. Il en existe beaucoup plus que ce que la photo montre !
Les guides Graines de Voyageurs proposent chacun plusieurs dizaines de visites à réaliser et expliquent la richesse, l’histoire, les légendes, les coutumes de chaque lieu. Ces guides sont davantage à lire qu’à compléter, même si quelques pages sur la fin permettent d’accueillir impressions et souvenirs papier à coller.
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Rome expliqué aux kids. Des histoires rigolotes pour découvrir la ville.Lonely Planet Junior.
Ce guide est divisé en 19 chapitres thématiques pour découvrir Rome autrement ! On y trouve bien sûr des informations comme dans tout guide, mais surtout des anecdotes, des points de détails à dénicher et observer, afin de rendre les visites le plus ludique possible. Les dessins alternent avec des photographies ou documents pour un résultat visuel très dynamique et foisonnant !
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Vous connaissez certainement la collection des Livres dont vous êtes le héros ?! Cette collection des Editions du Routard, dédiée aux enfants, s’en inspire ! Chaque guide regroupe plusieurs missions que l’enfant est invité à mener. Pour cela, il devra suivre un parcours, choisir où aller, quitte à revenir sur ses pas et pages, observer, élucider. Chaque mission s’agrémente d’un contexte et d’informations pour aider ou approfondir. C’est drôle et bien pensé. Et comme tout guide du Routard, il y a bien sûr une rubrique des bonnes adresses !
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Voyager, ce n’est pas forcément partir loin. Et souvent, ce sont les lieux qui sont les plus proches de chez nous que l’on connaît le moins, ou que l’on a vus il y a… plus ou moins longtemps. Ainsi, ces guides nous permettent de les (re)découvrir, et surtout de partager avec nos enfants et amis .
C’est dans ce but que le site Balad’Enigm propose des promenades urbaines et jeux de pistes, à Paris et en Province. Car le meilleur moyen de découvrir un lieu, une ville, un quartier, c’est en marchant, en levant les yeux, en cherchant, en scrutant, en s’en imprégnant ! Découvertes et bon temps assurés avec ces balades ! Après achat de la Balad’Enigm en ligne, il ne vous reste qu’à imprimer les supports et à partir « à l’aventure » !
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Et ainsi se terminent nos billets d’été ayant pour thème le voyage. Nous espérons qu’ils vous ont plu, enchantés et même transportés ! Et c’est à peine fini que vous voilà fin prêts à (re)partir pour votre prochaine destination de vacances ou simplement de balades !
C’est aujourd’hui le grand jour de l’annonce des lauréats de notre Prix ALODGA. Vos arbronautes préférées ont individuellement sélectionné des livres parus en 2024 et les ont proposés à leurs collègues, qui, selon leurs possibilités, leurs envies ou leurs thèmes de prédilection, les ont lus à leur tour. À l’issue d’un système de notation rigoureux, un classement a été effectué afin de déterminer les 3 finalistes de chaque catégorie, regroupant des genres balayant de la toute petite enfance aux ados. Nous vous avons proposé de voter ces dernières semaines et tenons à vous remercier pour votre participation exceptionnelle, puisque nous avons décompté pas moins de 661 votes ! Un record !… Sous vos applaudissements…
Catégorie Petites feuilles (albums pour les grand.e.s)
Cet adorable album de la maison d’édition indépendante Cot Cot Cot a surnagé ! Vous l’avez largement élu album de l’année, pour sa plongée… en beauté au cœur d’une histoire tendre, touchante mais aussi pleine d’humour !
A l’eau ! Heejin Park, trad. Charlotte Grison, éditions Cot Cot Cot, 2024
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Catégorie Brindilles (albums pour les petits.e.s)
Comme nous, vous appréciez de sortir des sentiers battus et vous l’avez prouvé ! Les urnes (virtuelles ;-)) ont parlé et c’est cet album original, qui invite en douceur à une réflexion sur ce qu’on ne dit pas, faisant la part belle aux images, qui a emporté vos voix.
Quand je garde le silence de Zornitsa Hristova & illustré par Kiril Zlatkov, traduit par Marie Vrinat-Nikolov – Six citrons acides, collection : Around the langue, 2024 – publié pour la première fois en 2014 en Bulgarie, 2024
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Catégorie Racines (documentaires)
Un ex-aequo inédit pour la catégorie documentaires ! Et deux merveilles, effectivement ! Nous avions sélectionné trois titres qui invitent au dialogue et à la découverte de l’Autre, pour montrer que les barrières et les conflits perdent tout leur sens dès que l’on admet cette simple vérité : nous sommes tous.te.s des humains, notre pays, c’est la Terre.
Qu’est-ce qu’une frontière ?, Gudol et Haerang, La Partie, 2024.Origine, Nat Cardozo, Rue du Monde, 2024.
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Catégorie Branches dessinées (BD et romans graphiques)
Chez les BD et les romans graphiques, résultat sans mystère, c’est finalement un album un peu inclassable, d’une extraordinaire inventivité visuelle, à la fois enchanteur et ludique (il faut des lunettes 3D pour en profiter), ne ressemblant à aucun autre, qui a remporté les suffrages.
Jeanjambe et le mystère des profondeurs, de Matthias Picard. Ed. 4048, octobre 2024.
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Catégorie Belles branches (romans ados)
Krok a dévoré ses concurrents ! 232/416 : le record du nombre de votes a été battu, félicitations !… Qui a dit que les adolescent.e.s ne lisaient plus ? Ce roman traitant de problématiques sociétales, jonglant entre humour et mordant, mais qui sait aussi rentrer les griffes pour se faire poésie, douceur et pattes de velours, est la preuve que la littérature ado a encore de beaux jours devant elle.
Krok, d’Hervé Giraud, Thierry Magnier, 2024
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Catégorie Grandes feuilles (romans jeunesse)
On peut parler de tout aux enfants, à condition que ce soit bien fait. Comme vos abronautes, vous avez plébiscité cette belle histoire, dans laquelle le sujet sensible de la dépression d’un parent est traité avec grand talent. Ou quand l’amitié, l’amour des siens, toutes les couleurs de la vie, l’emportent sur la noirceur. Mention spéciale pour l’objet-livre magnifique, qui a tout d’un grand.
A la poursuite des animaux arc-en-ciel, de Sarah-Ann Juckes, illustré par Sharon King-Chai, Little Urban, 2024
Encore un beau succès du Prix ALODGA, pour lequel nous avons mobilisé en équipe, toute notre conviction, toute notre passion. Félicitations aux lauréats, à leurs auteur.e.s et à leurs maisons d’édition (à noter que l’édition indépendante s’est particulièrement illustrée cette année.) Mais plus qu’une compétition, ce Prix a surtout pour objectif de mettre en valeur la richesse quasi sans limites d’un pan de la littérature à part entière. Que nous soyons enfants, adolescent.e.s, parents, enseignant.e.s, la belle littérature jeunesse a quelque chose à nous dire, entre capacité à s’émerveiller et consciences à éveiller. Écoutons-la. Mieux : lisons-la.
En lisant Notre histoire – comment nous en sommes arrivés là et où nous pourrions aller, on se surprend à rêver, réfléchir, interroger, et imaginer de nouveaux horizons. Ce n’est vraiment pas un album comme les autres, c’est à la fois un voyage dans le temps et une conversation existentielle entre adultes et enfants soucieux des futurs qui se profilent à l’horizon. Cet album nous a particulièrement interpellées à l’ombre du grand arbre, nous en avions d’ailleurs livré une lecture commune par ici.
Notre histoire – Comment nous en sommes arrivés là, et où nous pourrions aller, Oliver Jeffers, L’école des loisirs/Kaléidoscope, 2024
Quelle idée extravagante que de transformer une croûte en personnage de fiction ! D’une extravagance dont seule Béatrice Alemagna a le secret ! On admirera notamment avec quelle poésie – improbable, mais n’est-ce pas toute la beauté de la poésie ? – l’héroïne de l’album se lie d’amitié avec ce bout d’elle-même un peu dérangeant qui lui est poussé sur le genou. Se lier d’amitié au point de se détester, puis de s’adorer puis de se séparer. Et vivre ainsi jusque dans sa chair l’histoire éternelle du deuil et de la disparition.
Bertha et moi, Béatrice Alemagna, L’école des loisirs, 2024.
En voilà un album savoureux, joyeux, jubilatoire ! Que ce soit le texte ou les illustrations, tout y est vibrant, vivant, pétillant ! On y suit une enfant qui insiste pour que sa grand-mère l’accompagne à la piscine municipale. Et au fil des pages, ce n’est plus l’enfant qui est au coeur de la narration, mais bien la vieille femme qui traîne des pieds comme cela peut nous arriver si souvent quand il s’agit de se mettre en maillot de bain, d’enfiler son bonnet en plastique et de se glisser sous les douches collectives ! Mais une fois dans l’eau, voilà notre grand-mère mé-ta-mor-pho-sée ! Que de sensations agréables ! Légèreté, souplesse, énergie, élégance retrouvée ! Qu’il est bon d’être dans l’eau ! Si bien que…
A l’eau, Heejin Park, trad. Charlotte Grison, éditions Cot Cot Cot, 2024
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À vous de voter pour départager ces titres !
Quel titre de la sélection "Petites feuilles" préférez-vous ?
À l'eau (56%, 20 Votes)
Bertha et moi (28%, 10 Votes)
Notre Histoire (17%, 6 Votes)
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Catégorie Brindilles
Dans ce recueil la poésie s’écrit, se picore sans attente de la rime parfaite. Le rythme, la musicalité sont présents et invitent le jeune enfant à l’écoute de cette langue qui l’emmène à partager un moment délicieux. Alors quoi de mieux que d’apprécier des poèmes du quotidien, des poèmes de l’ordinaire, ponctué aussi d’extraordinaire, des poèmes débordants de sentiments et d’émotions pour pouvoir les exprimer, des encouragements et des explications, simplement.
Petits poèmes pour toi et moi de Milja Praagman, Gallimard jeunesse, 2024
Peut-on toujours tout verbaliser lorsque les sentiments les plus grands envahissent un cœur ? Les mots ne sont pas suffisants et le silence exprime sans doute beaucoup de choses qui n’arrivent pas à sortir de soi. Dans une société où nous avons l’habitude de valoriser la parole, le vocabulaire, la discussion quel place donner au silence ? Dans ce bel album, le très jeune enfant exprime les « vides » du langage. Parce que si tout le monde parle, de moins en moins de personnes écoutent. Certaines choses sont indicibles et ne peuvent être perçues qu’en prenant le temps.
Quand je garde le silence de Zornitsa Hristova & illustré par Kiril Zlatkov, traduit par Marie Vrinat-Nikolov – Six citrons acides, collection : Around the langue, 2024 – publié pour la première fois en 2014 en Bulgarie, 2024
Cet album doté de ses pages rigides et rabats, se destine clairement aux petites mains. Mais cela ne l’empêche pas de plonger le tout-petit dans des questions philosophiques. Qu’est-ce qui fait que je suis moi ? Qu’est-ce qui me différencie des autres mais fait tout de même de moi un être humain ? Ici les questions que cet enfant peut se poser le défini à part entière et c’est une belle approche sur l’identité. Un livre qui invite à réfléchir sans donner de leçon.
Qui suis-je de Stéphane Servant et illustré par Aurore Petit, Didier jeunesse, 2024
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À vous de voter pour départager ces titres !
Quel titre de la sélection "Brindille" préférez-vous ?
Quand je garde le silence (37%, 7 Votes)
Qui suis-je ? (32%, 6 Votes)
Petits poèmes pour toi et moi (32%, 6 Votes)
Total Voters: 19
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C’était notre dernière sélection, vous espérons que ces titres sauront vous séduire autant que nous, et nous avons hâte de découvrir les lauréats. Votez pour vos favoris jusqu’au vendredi 6 juin à 20h30, annonce des gagnants lundi 9 juin à 8h !
Oliver Jeffers revient régulièrement dans nos coups de cœurs. Nous sommes sensibles à sa vision de l’humanité et aux messages qu’il transmet avec beaucoup de délicatesse. Quelle joie pour Colette et Lucie de découvrir qu’elles avaient toutes les deux adoré le dernier album de cet auteur-illustrateur ! Il ne leur en fallait pas plus pour se lancer dans une discussion à bâtons rompus autour de cet album pas comme les autres.
Notre histoire – Comment nous en sommes arrivés là, et où nous pourrions aller, L’école des loisirs/Kaléidoscope, 2024.
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Colette.- Comment as-tu rencontré l’album Notre histoire, comment nous en sommes arrivés là, et où nous pourrions aller d’Oliver Jeffers ?
Lucie.- Je suis très très fan du travail d’Oliver Jeffers que je croyais avoir découvert grâce à vous chères copinautes avec Toi et moi ce que nous construirons ensemble qui avait été proposé le premier prix ALODGA auquel j’ai participé. J’ai réalisé plus tard que j’avais déjà L’enfant des livres dans ma bibliothèque (offert par ma grand-mère libraire). Étonnamment, je n’avais pas fait le lien à l’époque. Peut-être parce que L’enfant des livres a un graphisme un peu différent du fait de la collaboration d’Oliver Jeffers avec Sam Winston.
Bref, je suis à l’affût de la sortie de ses titres parce que j’aime beaucoup son style et sa manière d’aborder des sujets sensibles avec tellement d’humanité. Et toi ?
Colette. – Et bien ce dernier album, je l’ai découvert complètement par hasard en me promenant à la librairie Mollat de Bordeaux lors d’une après-midi de liberté imprévue ! Et j’ai été complètement happée par la fin de l’album, par la note de l’auteur que j’ai pris le temps de lire sur place, et qui m’a sincèrement bouleversée. Mais nous aurons l’occasion d’en reparler j’imagine car cette note est vraiment un élément essentiel du livre. Sinon, je connaissais l’auteur grâce au superbe album Rébellion chez les crayons que nous avons lu, relu et rerelu avec mes garçons !
Lucie.- Parlons un peu de la couverture : j’avoue avoir été un peu étonnée par l’illustration associée à « Notre histoire » et ne pas avoir bien su à quoi m’attendre en ouvrant ce livre. Et toi, quelles attentes a-t-elle créées chez toi ?
Colette.- Je m’attendais à un documentaire pour tout te dire, un peu dans le style de Nous, notre histoire d’Yvan Pommaux et Christophe Ylla Somers, un album qui reprendrait les étapes de l’histoire de l’humanité. La 4e de couverture m’a induite en erreur d’ailleurs car elle invite à lire “les grandes étapes de notre évolution”.
Mais au final ce n’est pas vraiment le sujet de cet album, non ? Quel est le véritable sujet de ce livre qui semble aux confins de l’histoire, de la philosophie, de la sociologie et de l’anthropologie (même si sans doute l’auteur ne se reconnaîtrait dans aucune de ces sciences humaines !) ?
Lucie.- Tu as raison, ce livre est au croisement de plusieurs domaines, et c’est ce qui m’a intéressée. Il me semble que le sous-titre est plus explicite, cet album est vraiment en trois temps (quatre avec la longue note de fin dont nous reparlerons) : « comment nous en sommes arrivés là » donc le passé, une pause sur le temps présent et ce fameux « où nous pourrions aller » pour le futur. En tant que professeure de français, j’imagine que tu as été sensible à ce conditionnel ?
Colette.-Très intéressante cette analyse des 3 temps initiée par le titre de l’album ! En effet, il y a déjà la quintessence du projet de l’album contenu dans ce titre (même si au premier abord, je ne l’ai pas trouvé génial ce titre, sans doute un peu long pour moi !) et toute la beauté du projet réside d’après moi dans le conditionnel que tu soulignes ! Un conditionnel qui a plus parlé à la mère et à la citoyenne éco-anxieuse qu’à la professeure de Français ! Car dans ce conditionnel, il y a à la fois la lumière et l’abîme de l’espoir que constituent les chemins que nous choisirons de prendre en temps qu’humanité à l’avenir. Mais revenons à la question du sujet de l’album. Est-ce que tu saurais le présenter en quelques mots ?
Lucie.- Pour moi, cet album est la réflexion d’un auteur – d’un père de famille, car ce rôle a son importance comme il l’explique dans sa note de fin – sur l’aventure humaine. L’humanité a mis des millénaires pour évoluer, arriver où elle en est. « Et maintenant ? » semble se demander l’auteur. Je l’ai vraiment abordé de cette manière, pour moi Oliver Jeffers nous place à un moment charnière où l’essentiel de l’évolution est accomplie et nous avons un choix à faire quant à notre avenir en tant qu’espèce. Est-ce que cette présentation te convient ou tu l’aurais formulé autrement ?
Colette.- Cette présentation correspond tout à fait à ce que j’ai lu dans ce livre.Et je dirai que la forme du dialogue choisi par l’auteur pour rythmer sa narration va dans le sens de ton analyse. L’échange peut être lu comme celui d’un père avec son enfant. Il est aussi l’échange que l’auteur mène avec nous, lectrice, lecteur. J’ai trouvé que le choix du dialogue était très judicieux et nous engageait vraiment dans la réflexion initiée par l’artiste. Est-ce que tu as été sensible à cette forme ?
Lucie.- Oui bien sûr. Cela m’a donné l’impression qu’Oliver Jeffers invitait son lecteur à réfléchir avec lui. Même pour des éléments communément « acquis » comme lorsqu’il se penche sur l’histoire de l’évolution, il s’interroge sur ce qui a marqué le début de l’humanité et propose plusieurs pistes successivement. On le sent en chemin, et ça m’a beaucoup plu d’être associée à ce processus en tant que lectrice.
Colette.-D’ailleurs dans ce cheminement, l’auteur interroge la créativité qui semble nous distinguer des animaux non-humains, et bizarrement cette créativité apparaît dans toute son ambiguïté. Je ne m’attendais pas à ça de la part d’un artiste. Comment le comprends-tu ?
Transférer notre énergie de l’estomac… au cerveau, pour nous permettre de créer des MOTS de percevoir des schémas, de raconter des histoires, d’inventer l’avenir.
Lucie.- Je ne suis pas sûre que ce soit ambigu en soi (je ne l’ai pas pris comme ça en tout cas). Pour moi cela n’a rien de négatif à ce moment-là et ça a contribué à l’évolution. Mais quand on réalise plus tard dans l’album que ce sont aussi ces éléments (les mots, les schémas et surtout les histoires) ont permis de nous séparer, oui cela prend une tournure plus négative. Car si les mots peuvent rassembler, ils peuvent aussi exclure.
Colette.- Tu as raison de le souligner, il n’y a rien de négatif ou de positif au moment où la créativité apparaît et permet d’inventer, raconter, créer. C’est d’ailleurs un aspect de l’album que j’ai beaucoup apprécié : ni jugement, ni dénonciation, ni critique. Contrairement à d’autres livres – jeunesse ou non – sur le sujet, cet album adopte vraiment et sincèrement la posture du doute philosophique.
Lucie.- Tout en nuances, comme toujours avec cet auteur. J’adore ! Mais on sent quand même qu’il identifie un moment où cela a commencé à déraper : celui où « tout s’est accéléré.”
Colette.- Oui, tout à fait, ce moment où “l’avenir s’est réduit aux limites de notre propre vie”, j’imagine qu’il parle de l’avènement de l’individualisme fortement lié au système capitaliste. Car malgré une belle neutralité de ton, sans dogmatisme, c’est un album pour moi éminemment politique, un album engagé qui au lieu de dénoncer propose de s’interroger ensemble et de raconter ensemble une autre histoire de l’avenir.
Lucie.- Tu as raison ! Et c’est précisément à ce moment-là qu’il s’interroge avec le lecteur : “Où cela nous mène-t-il ? Où allons-nous ?” Ces questions sont très engageantes avec ce “nous” qui nous met tous dans le même bateau. Est-ce que ses propositions de réponses t’ont convaincue ?
Colette.- L’avenir sera solidaire – ou ne sera pas ! Je suis complètement convaincue que “la recherche de sens et d’amour” est l’unique solution pour ne pas foncer yeux bandés dans l’abîme comme les personnages de l’album à un moment donné ! Ce sont des questions que je me pose tout le temps en fait !!! Sans doute parce que je travaille tous les jours avec des enfants et des adolescent.e.s et que l’avenir est là chaque jour devant moi. J’imagine que tu ressens aussi cette urgence du sens et de l’amour dans ta classe ?
Lucie.- Ce passage est très fort, il nous met en face de nos responsabilités, des conséquences de nos choix quotidiens. “Ces mêmes mains capables de construire des fusées, nous les utilisons pour tirer les autres en arrière… convaincus, encore et toujours, qu’il est plus important d’avoir raison que de s’améliorer, que le bien est l’ennemi du mieux.” C’est effectivement très politique ! Mes élèves sont plus petits que les tiens, je ressens moins l’urgence du sens que celui du plaisir d’être ensemble et de coopérer qui a besoin d’être construit à cet âge là. J’ai tendance à penser que si on arrive à s’entendre et à se respecter dans une classe malgré nos différences c’est déjà un grand pas accompli. Mais je suis peut-être (sûrement !) optimiste…
Colette.- En tout cas, l’album nous invite à inventer ENSEMBLE une suite à notre histoire, et c’est aussi de ça dont nos élèves – petit.e.s ou grand.e.s – ont besoin pour se projeter. Avant de parler de l’esthétique de l’album, peut-être pouvons-nous évoquer la note de l’auteur, une longue note pour un album jeunesse. Qu’en as-tu retenu ?
Lucie.- Elle m’a beaucoup intéressée parce qu’il partage son expérience, ses doutes et ses réflexions. On le sent investi, ancré dans la société. Bien loin de certains artistes hors-sol. Le fait qu’il soit irlandais joue, comme il l’explique, dans sa compréhension du monde. Je suis admirative de ces gens qui ont vécu la violence au quotidien et qui trouvent la force de sortir de la revanche, cela donne beaucoup d’espoir !
Colette.- Et son discours sur l’art dans sa note est vraiment très inspirant, je trouve, à une époque où la culture n’est plus trop à l’honneur (je pense que je suis influencée par le gel du pass culture – je ne m’en suis toujours pas remise !). J’adore sa phrase :
L’art, ce n’est pas la cerise sur le gâteau. Ce n’est même pas le gâteau. C’est la table sur laquelle repose le gâteau.
Lucie.- Tellement d’accord avec toi ! Cette phrase est géniale. Effectivement, la place de l’art est centrale, nous en sommes toutes les deux convaincues mais il y a encore du pain sur la planche (le gel du pass culture, je te rejoins, c’est très significatif…) J’aime qu’il étende son propos à l’art en général, mais même dans l’album, j’ai aussi été très sensible à la place centrale qu’Oliver Jeffers donne au récit dans la construction de l’identité personnelle, familiale, nationale et mondiale.
Colette.- Le récit, c’est notre humanité, notre identité.
Lucie.- Pour le meilleur comme pour le pire, comme il le montre. C’est aussi ce qui nous dresse les uns contre les autres.
Colette.-Mais il faut en effet que ces récits nous unissent, nous rappellent ce qui nous lie. D’ailleurs, l’album fait aussi la part belle au lien, à la recherche de celui-ci.
Lucie.- Oui, et la note d’espoir à la fin de l’album est hyper importante et bien amenée. Parce qu’après tout cela on aurait été en droit d’être un peu déprimés. Mais non, on peut ralentir, créer de meilleurs récits où chacun a sa place pour garder une place pour l’espoir. Mot de la fin on ne peut plus signifiant !
Colette.- Ah ! L’espoir ! En effet, c’est un joli mot de fin !
Lucie.- Fin qui n’en est pas une car il y a des bonus : un poème et cette fameuse note. As-tu envie de parler du poème ?
Colette.- Il est si simple et si juste, ce petit texte poétique. Il rappelle les besoins essentiels de chaque humaine, chaque humain. En quelques mots. Un petit texte puis un long texte, comme si l’artiste avait voulu explorer toutes les manières de dire ce qu’il avait à dire : l’album, la poésie et le texte d’idées. Pour poursuivre notre lecture commune, est-ce que tu aurais envie de parler des illustrations, du choix des couleurs, de l’importance des blancs… ?
Lucie.- Les illustrations sont très “Jeffers”, il a un style identifiable au premier coup d’oeil ! Mais les couleurs sont différentes cette fois-ci, tu as raison de le souligner. Essentiellement du bleu et du rose, parfois très tranchés, parfois mélangés dans un violet… Je n’ai pas trop réfléchi au sens de tout cela, j’ai choisi de me laisser porter. Tu as une interprétation à proposer ?
Colette.-Non, pas d’interprétation. J’ai été surprise par le choix des couleurs, je ne me souviens pas avoir lu d’autres albums de lui avec si peu de teintes. J’ai surtout été sensible au rythme des pages illustrées et des pages colorées sans illustrations. Je trouve que la composition choisie met en valeur le texte, l’engagement de la réflexion à laquelle l’artiste nous invite. C’est un magnifique objet, ce livre ! Aussi bien pour le fond que pour la forme !
Lucie.- Tout à fait d’accord, tu t’en doutes ! Avant de passer à notre traditionnelle question de fin, je me faisais la réflexion que j’avais lu deux autres albums (qui sont d’ailleurs des documentaires) pour le prix ALODGA m’avaient fait penser à celui-ci bien que très différents : Qu’est-ce qu’une frontière ? et Je suis un citoyen américain. Est-ce que tu crois qu’on assiste à une mouvance de fond en littérature jeunesse, un mouvement qui invite à prendre du recul et à considérer l’espèce humaine dans son ensemble ? Il serait temps !
Colette.- Je constate en tout cas dans les propos d’artistes ou de journalistes dont je suis régulièrement le travail que la question des récits à inventer, collectivement, pour échapper à la catastrophe climatique et politique en vue, est une question très actuelle. Je pense au travail de Cyril Dion notamment dans son livre Petit manuel de résistance contemporaine ou encore au propos de Salomé Saqué dont j’admire l’investissement et dont j’ai offert le livre Résister à mon fils aîné, justement parce qu’elle invite à mettre de la joie dans la résistance politique.
Lucie.- J’espère que ces graines vont pousser et que nous allons enfin transformer l’espoir qui nous anime en quelque chose de concret ! Et donc, pour finir : A qui conseillerais-tu cet album ?
Colette.- Je pense que je le conseillerai à des familles qui ont plaisir à discuter ensemble politique, philosophie. Je l’ai lu en lecture enregistrée pour une amie très chère et ses deux filles âgées de 15 ans ont adoré l’album. Tu me connais, je ne mets pas de limite d’âge à un excellent livre, je pense qu’on peut l’apprécier à tout âge mais qu’il suscitera débats et réflexions chez les plus grands. Et toi ?
Lucie.- Tout à fait d’accord avec toi. Je trouverais dommage que des lecteurs réservent cet album aux plus petits en se basant sur son graphisme simple (et non simpliste). Alors que très clairement il invite à la discussion, au débat, à la mise en projet pourquoi pas. Je le recommanderais donc à des familles entières, et notamment à tous ceux qui ne se satisfont pas du récit actuel qui divise plutôt que de rassembler !
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Nous espérons vous avoir donné envie de découvrir ce magnifique album d’Olivier Jeffers, et pourquoi pas les autres titres auxquels il nous a fait penser !