Les albums découpés d’Emmanuelle Bastien

Lorsque les éditions de l’Agrume nous ont proposé de recevoir l’album J’aime pas d’Emmanuelle Bastien, Lucie et Liraloin ont été enchantées d’y voir une potentielle lecture commune, mais aussi de mieux comprendre le travail de cette autrice-illustratrice grâce à une interview.

© photo E. Bastien

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Vous êtes diplômée des Beaux-Arts de Besançon comment êtes-vous arrivée à la littérature de jeunesse ?

Après les Beaux-Arts, j’ai travaillé comme maquettiste pour la presse sur différents magazines pendant presque dix ans. La littérature de jeunesse m’intéressait déjà beaucoup, après la naissance de ma fille, j’ai repris des études et je suis entrée aux Arts déco (EnsAD, Paris) en formation continue. C’est à partir de ce moment là que les choses se sont concrétisées.

Il y a d’ailleurs de vrais choix artistiques dans vos albums qui ont des techniques d’illustrations très différentes (tampons, gravures, découpes…). Quels critères guident vos choix ?

La technique utilisée pour les images de mes albums est souvent un moteur narratif. C’est le cas avec la gravure pour Bonhomme, sa maison et pluie et pluie, les tampons pour Il était plusieurs fois, ou le pochoir pour l’album italien Archì. Toutes ces techniques permettent de faire des multiples, c’est à dire de reproduire une même image. Pour mon album Bonhomme, sa maison et pluie et pluie, j’ai associé différentes images gravées en les superposant au moment du tirage. J’imprime le personnage, puis j’imprime la pluie : Bonhomme est sous la pluie ; j’ajoute la maison : il est dans sa maison alors qu’il pleut dehors, etc. Ici, les histoires découlent directement de ce jeu d’associations propre à la gravure. Je m’empare des contraintes et des possibles d’une technique pour construire un récit. Chaque technique a ses particularités. Le tampon permet une répétition facile et rapide d’une même image : une tampon « arbre » permettra de dessiner facilement une forêt. Je m’amuse aussi à détourner les formes pour créer de nouvelles images, ainsi la maison peut devenir une fusée ou le corps d’un animal.

Mes derniers albums édités [J’aime, J’irai voir et J’aime pas] n’ont pas d’images imprimées, ce sont les découpes et la superposition des pages qui forment les images. Là, je me suis intéressée de près à l’objet livre et aux pages que l’on tourne. Aucune image n’existe en dehors du livre, c’est le geste du lecteur qui crée l’image. À chaque projet, le moyen employé influence la narration et va me guider vers un type de livre ou bien un autre.

Comme vous l’évoquez, vos derniers albums nécessitent des découpes particulières, comment les concevez-vous et comment travaillez-vous avec la maison d’édition sur cet aspect ?

Pour mes albums à découpes, je fabrique des maquettes, parfois toutes petites, pour éprouver les superpositions des pages. Ensuite, si le projet est satisfaisant, je fais les fichiers vectoriels avec les tracés de découpes pour l’imprimeur. Je travaille avec le même éditeur – Guillaume Griffon des éditions L’Agrume – qui a l’habitude des albums animés et arrive à imaginer un livre à partir d’une petite maquette moche. Il saura me proposer un type de reliure et une fabrication particulière si besoin. Les contraintes techniques liées à la fabrication, comme la solidité de l’objet, son coût ou son épaisseur pour sa place en librairie, entrent aussi en ligne de compte.

Recherches pour l’album J’irai voir (éditions L’Agrume, 2019) © Strasbourg Eurométropole – Centre de l’illustration

Outre les contraintes matérielles, l’âge du lectorat est évidemment a prendre en compte. Quels avantages et contraintes voyez-vous à vous adresser à des tout-petits ? Est-ce un lectorat qui demande une attention particulière ?

Les lecteurs m’intéressent de plus en plus, surtout le double lectorat, puisqu’un album est souvent partagé entre un adulte et un enfant. Ces échanges là et cette expérience partagée m’intéressent particulièrement. Des albums identifiés comme étant pour de jeunes enfants peuvent avoir un public plus large, je pense aux albums sans texte qui captivent certains enfants, peu importe leur âge. J’aime laisser de la place au lecteur, à ses interprétations et le mettre en position de découvreur.

Votre dernier album J’aime pas est une sorte de réponse à J’aime qui était paru 10 ans plus tôt. Pourquoi maintenant ?

En effet, mon album J’aime pas fait écho à J’aime, c’est un livre-anniversaire pour fêter ses 10 ans. Les rencontres et les ateliers ouvrent, pour chaque livre, des champs nouveaux (interprétations, idées, prolongements plastiques…), avec J’aime, nous avons fabriqué des tas d’imagiers de choses rondes. J’apprends beaucoup. Pour chaque livre, je cherche à expérimenter de nouvelles formes, mais l’idée de faire cet album-anniversaire m’amusait et mon éditeur était partant.

Pouvez-vous nous dire sur quels critères vous avez choisi les éléments nommés dans ces deux albums ?

Comme je m’adresse à de jeunes enfants, l’énumération parle du quotidien (la nourriture, le bain, l’environnement, les inquiétudes). Les contraintes techniques organisent aussi le propos. La succession des pages induit les couleurs des ronds, les trous s’appuyant sur les deux pages voisines (la suivante et la précédente) pour se colorer. Et puis, il me faut trouver deux idées pour une même découpe (recto et verso). On doit renoncer à des idées parce qu’elles ne trouvent pas leur place dans l’ensemble.

Proposer des albums découpés, par essence plus fragiles, à des tout-petits est un pari. A-t-il été difficile de trouver un éditeur pour ces projets ?

Au moment de la publication de J’aime et de J’irai voir, le livre pour bébé était en pleine expansion, certains éditeurs étaient friands de ce type de projets. C’est mon éditeur qui m’a proposé de faire de J’aime un tout-carton. Pour J’irai voir, certaines pages, très petites, nous ont obligées à opter pour une autre fabrication.

J’irai voir, Emmanuelle Bastien, L’Agrume, 2019.

On propose souvent aux tout-petits des imagiers pour les aider à nommer ce qui les entoure. Nous avons trouvé que vos albums prenaient un parti différent en les invitant à donner leur avis, ouvrir le regard… ils invitent à un échange adulte-enfant qui n’est plus simplement de l’ordre du « je t’apprends quelque chose ». Est-ce que cet aspect était pensé dès le début de vos projets et pourquoi ?

Finalement les images de J’aime sont abstraites, en les nommant, les mots vont les révéler. Je dis, regarde ces points verts sont des petits pois. Parfois, je décale légèrement en désignant l’ensemble et plus seulement les ronds, comme « l’été » ou« le clafoutis », cela rend l’énumération moins monotone. Et puis, de petites polémiques ouvrent des discussions (« j’aime… le poivre » / « j’aime pas… les bonbons au miel »), car même à trois ans, on est tous différents. Lors de la conception, les choses sont plutôt instinctives et ludiques. Je comprends toujours mieux mes livres, ensuite, grâce aux enfants !

Vous avez été en résidence sur différents projets. Comment se réalisent-ils ?

À Tours avec Livre passerelle, j’ai mené des recherches sur un ensemble de livres pour bébés. Un projet passionnant. Il trouve, aujourd’hui, un prolongement avec la conception d’une exposition pour les tout-petits. Imaginer des espaces, des parcours, des objets-jeux au delà du livre, m’intéresse de plus en plus. Le projet développé à Troyes en 2023 est un album à manipuler où le lecteur à un rôle à jouer, il accompagne le personnage dans sa quête. Cette résidence m’a permis de beaucoup expérimenter et d’explorer de nouvelles pistes narratives, mais ce projet peine à trouver un éditeur. La résidence de création est un moment précieux qui permet de s’immerger complétement dans un projet sans être, sans cesse, interrompue par les multiples autres activités nécessaires à ce métier.

Vous avez conçu des expositions dans le cadre de différentes manifestations. Comment choisissez-vous et travaillez-vous avec les commanditaires ?

Exposer a toujours été délicat : certains de mes livres n’ont aucune image originale, d’autres des originaux minuscules, parfois noir et blanc. C’est pourquoi, je préfère imaginer mes expositions comme la possibilité de nouvelles créations, que ce soit en créant de nouvelles images (exposition « Bonhomme, le Chaperon et pluie et pluie ») ou bien en imaginant des jeux ou des objets à manipuler. L’espace de lecture, la place du livre et l’invitation à le partager sont aussi des aspects passionnants. Pour la restitution de ma résidence à Troyes (exposition « VIDE »), j’ai imaginé et conçu des objets-jeux avec Sylvain Moreau qui les a ensuite fabriqué pour qu’il soit fonctionnels et pérennes, mais ce n’est possible que s’il y a un budget dédié.

Pouvez-vous en dire plus sur votre prochaine publication ?

En ce moment, je travaille sur plusieurs projets. Un album avec une maison qui se déplie et une fillette qui observe et questionne ses grands-parents. La narration est portée par le texte, ce qui renouvèle mon approche texte-images. Un nouveau projet pour les petits est en cours, qui joue sur des images qui se transforment, comme souvent, mais là nous suivrons un personnage !

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Merci à Emmanuelle Bastien d’avoir pris le temps de répondre à nos questions et d’avoir partagé les photos qui illustrent cet entretien !

Parallèlement, Liraloin et Lucie ont échangé sur ce duo d’albums pour le moins original.

Lucie : Je n’avais pas entendu parler de J’aime, le premier opus d’Emmanuelle Bastien avant de découvrir le communiqué de presse de L’Agrume au sujet de J’aime pas. C’est d’ailleurs toi qui a attiré mon attention sur ce titre. Te souviens-tu pourquoi ?

Liraloin : Oui tout à fait. J’ai fait l’acquisition de J’irais voir publié en 2019 pour le fonds de la médiathèque dans laquelle je travaille. J’apprécie cet album pour son découpage, il fonctionne très bien d’ailleurs. C’est tout naturellement que j’ai accepté la proposition des éditions l’Agrume.

Lucie : J’ai trouvé ces titres très graphiques avec leurs pages en monochrome et les trous, je ne suis pas étonnée qu’ils t’aient tapé dans l’œil. Quel(s) autre(s) parti pris t’ont plu ?

Liraloin : Tu commences à connaître mes goûts en matière de littérature en direction du tout-petit. Ce qui est intéressant ici c’est l’exploitation de l’imaginaire qui fonctionne chez le très jeune enfant. A travers la disposition des trous et selon leurs grosseurs, la couleur va compléter la fonction que l’on veut donner au mot. C’est super intelligent. Pour répondre à ta question je dirais que ce qui me plait c’est comment les pages se répondent jusqu’à la chute.

Lucie : J’ajouterais que c’est aussi une invitation à partager ses goûts. Cet album permet à l’adulte de questionner le tout petit : “et toi, est-ce que tu aimes le shampoing ?” Comme nous le faisions remarquer à Emmanuelle Bastien, ça me semble d’autant plus intéressant qu’à cet âge-là on est beaucoup dans les imagiers qui, même quand ils sont bien faits, peuvent être pris comme un support pour travailler le vocabulaire. Ici on est plus dans l’échange, le dialogue, la lecture-plaisir.

Liraloin : Qu’est-ce que tu as le plus aimé dans cet album, qui est aussi valable pour le premier opus J’aime ?

Lucie : Sur le fond j’ai aimé cette invitation à l’échange, sur la forme j’ai admiré la conception avec l’enchaînement des couleurs en lien avec les éléments. Très bien pensé ! Et toi ?

Liraloin : Ce que j’apprécie le plus c’est cet enchaînement naturel qui s’ouvre et invite le tout-petit à observer une notion qui peut paraître abstraite au premier abord. Emmanuelle Bastien en parle très bien. Mais, au contraire, l’abstrait, comme tu le dis plus haut, invite au dialogue et à l’échange. Est-ce que tu as eu l’occasion de découvrir les autres titres de cette autrice ?

Lucie : Je n’ai pas encore pu lire les albums illustrés avec des tampons mais je vais tenter d’y remédier car Emmanuelle Bastien a attisé ma curiosité. Cependant, après la lecture de ces deux titres je me suis procuré J’irai voir. Tu as raison, il fonctionne très bien et m’a beaucoup plu. J’ai adoré la succession des paysages et l’invitation au voyage, pas si fréquente dans les albums à destination des tout-petits. Les découpes sont extra.

Mais je me rends compte que les petits trous sont aussi très adaptés pour les petites mains. Le toucher est un sens vraiment important à cet âge là et je ne doute pas que les enfants apprécient de sentir ces creux. D’ailleurs j’adore l’idée d’en faire des grands panneaux que les enfants peuvent explorer. As-tu eu l’occasion de vérifier ce sentiment lors d’animations avec des petits ?

Liraloin : Oui, j’ai eu l’occasion de lire ce titre lors d’une animation. Les bébés et leurs accompagnantes ont très bien réagi. Plus tard, les assistantes maternelles m’ont fait un bon retour sur ce titre si original. Sinon j’ai l’occasion de lire des livres dont la particularité est le toucher et c’est surprenant comme les enfants sont dans la répétition et cela même dans la lecture. Lors de mes diverses animations en direction des 0-3 ans que ce soit en crèche ou à la médiathèque je me fais toujours un malin-grand plaisir à lire des ouvrages qui leur donnent envie de toucher. J’aime lire et faire toucher les livres du coffret des “Pré-livres” de Bruno Munari qui est un des premiers auteurs-illustrateurs à avoir créé des ouvrages dans ce sens tout comme j’aime leur montrer les livres de Komagata “little-eyes”. D’ailleurs Lucie Félix fait souvent référence à ces deux auteurs lorsqu’elle parle de ses créations. “Coucou” de Lucie Félix fonctionne très bien car ce genre de livre stimule non seulement le toucher mais aussi invite au jeu, à la devinette. Lorsque je lis “Coucou” par exemple, je le déplie autour du bébé par terre qui rampe ou non, je touche les matières et l’enfant même tout petit (6 mois…) va faire de même, il est dans l’imitation. La transparence invite à jouer à “caché-coucou”, c’est très drôle à faire ! J’ajouterais aussi, dans le cas du livre d’Emmanuelle Bastien, la couleur tient une place importante. Lorsqu’elle fait référence aux noyaux de cerise en employant ce rouge si délicieux ou encore les yeux ronds du chien du voisin qui va faire réfléchir l’enfant…

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Merci à Emmanuelle Bastien et aux éditions l’Agrume. Nous espérons que cet article vous donnera envie de dévaliser vos librairies et médiathèques préférées afin d’y dénicher tous ces livres indispensables à l’éveil de nos tout-petits !

EVAR en maternelle, une sélection de livres jeunesse

Parce que nous sommes blogueuses de littérature jeunesse mais aussi mamans et, pour certaines, enseignantes, nous avons eu envie de recenser les ouvrages pouvant accompagner les enseignants dans la mise en place de ce nouveau programme. Documentaires, albums, premières lectures ou romans, nous les avons classés selon les entrées du programme pour faciliter leur utilisation. Nous avons tenté d’être le plus exhaustives possibles pour que chacun et chacune puisse trouver les supports qui convient le mieux.

Merci aux attachées de presse qui nous ont aidées à élaborer cette liste : Annick Antoniazzi (Éditions du Pourquoi pas ?), Sophie Bès de Berc (éditions Milan), Gilberte Bourget (L’agrume / Syros), Louise Brouilhet (Didier Jeunesse), Amandine Byrotheau (Rue du monde), Abélia Catty (Little Urban), Cécile Emeraud (Voce Verso), Emma Georges (Casterman), Célia Giglio (Pocket Jeunesse / Slalom), Manon Lalouelle (L’école des loisirs), Anaïs Malherbe (Sarbacane), Amélie Müller (Editions de l’Isalis), Yves Nadon (Editions d’Eux), Audrey Sauser (Editions du Ricochet), Elisabeth Tielemans (agence Mauvaise Herbe) et Valéria Vanguelov (Grasset jeunesse).

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Notre sélection pour la maternelle

À aborder avant 4 ans

Se connaître, vivre et grandir avec son corps

Notions et compétencesOuvrages de littérature jeunesse
Nommer les différentes parties du corps.• Mon corps à moi !, Elise Gravel, Gautier-Languereau, 2023.
• J’aime mon corps, Nikki Luna, Julienne Dadivas, éditions Bayard jeunesse.
• Zizis et Zézettes, Camille Laurans, Jess Pauwels, Editions Milan, 2017.
• Ma sexualité de 0 à 6 ans, Jocelyne Robert, éditions de l’Homme, 2016.
• L’imagier qui tourne pas rond : le corps, Élo, Sarbacane, 2022.
• Cachatrou c’est ma bouche, Jeanne Ashbé, L’école des loisirs, 1996.
Mon cœur est un petit moteur qui démarre avec de l’amour, Alex Cousseau, Charles Dutertre, Le Rouergue, 2021.
• Loup, Olivier Douzou, Le Rouergue, 1999.
• Les corps-paysages, Manon Galvier, Editions du Cosmographe, 2020.
Prendre conscience de ce qu’est l’intimité : les parties intimes du corps ; les espaces d’intimité ; les mots, les gestes et les conduites associés.• L’intimité, ca se respecte un peu, beaucoup…, Rhéa Dufresne, Sébastien Chebret, Éditions du Ricochet, 2026.
• C’est MON corps !, Mai Lan Chapiron, La Martinière jeunesse, 2025.
• Mon corps est un trésor, Florence Dutruc-Rosset, Bayard Jeunesse, 2024.
• Chat ! de Claire Garralon, éditions Talents Hauts, 2021.
La bulle de Miro, Rhéa Dufresne, Fondation Marie-Vincent, 2018.
Chez moi, Eve Gentilhomme, Voce verso, 2023. Fiche pédagogique téléchargeable grâce à un QR code à l’intérieur de l’album
• Libre comme l’air, Jennifer Yerkes, Editions du Cosmographe, 2020.
Développer sa connaissance de soi.• Je suis une patate, Ziggy Hanaor, Elliot Kruszynski, Seuil Jeunesse, 2025.
• Qui suis-je ?, Stéphane Servant, Aurore Petit, Didier Jeunesse, 2024.
Et toi ?, Alex Sanders, EDL, 2009.
• Grande !, Aurore Petit, Les Fourmis rouges, 2024.
Identifier les espaces où chacune et chacun a droit à son intimité par rapport aux adultes et aux autres élèves.• La porte, Michel Van Zeveren, L’école des loisirs, 2008.
Le bain de Madame Trompette, Jill Murphy, Mijade, 2015.
Un câlin ?, Bernard Duisit, Olivia Cosneau, Hélium Editions, 2022 (livre pop-up)

Rencontrer les autres et construire des relations, s’y épanouir

Notions et compétencesOuvrages de littérature jeunesse
Développer la capacité de s’affirmer par le consentement et le refus.
• La famille Ohé : C’est lui !, Oliver Jeffers, Kaléidoscope, 2013.
• Faut savoir dire non !, Agnès Rosenstiehl, Albin Michel, 2023.
• Touche pas à mon corps, Tatie Jacotte !, Thierry Lenain, Stéphane Poulain, Les 400 coups, 2000.
• Ça suffit les bisous !, Mayana Itoïz, Jean-Pierre Kerloc’h, Pascal Bruckner, Glénat, 2016.
Le livre qui dit non, Ramadier et Bourgeau, L’école des loisirs, 2019.
J’ai le droit de dire “non !”, Ophélie Célier, P’tit Kiwi, 2021.
Le petit livre qui dit “non !”, Swann Meralli, Glénat, 2015.
Touche pas à mon corps, Tatie Jacotte !, Thierry Lenain, Les 400 coups, 2020.
La bulle de Miro, Rhéa Dufresne, Fondation Marie-Vincent, 2018.
Développer la capacité de respecter le refus de l’autre• J’ai le droit de dire non, Ophélie Celier, Thomas Piet, Fanny Vella, Petit Kiwi.
• La bulle de Miro, Rhéa Dufresne, Geneviève Després, Fondation Marie Vincent, 2018.
• Attrap’bisous, France Quatromme, Christine Davenier, L’école des loisirs, 2022.
• Hervé ne veut pas partager, Steve Small, Sarbacane, 2025.

Trouver sa place dans la société, y être libre et responsable

Notions et compétencesOuvrages de littérature jeunesse
Comprendre qu’une activité ou un métier peuvent être choisis indifféremment par les filles ou les garçons, en fonction des compétences requises et de l’envie de l’exercer.• Bravo maman manchot !, Chris Haughton, Thierry Magnier, 2022.
• Papoulpe, Emile Jadoul, L’école des loisirs, 2021.
• Chevalier Chouette, Christopher Denise, Kaléidoscope, 2023.
Chevalier Chouette et la petite oiselle, Christopher Denise, Kaléidoscope, 2025.
À quoi tu joues ?, Marie-Sabine Roger, Anne Sol, Sarbacane, 2009 (ressources pédagogiques disponibles sur le Site PRO de l’éditeur).
Fille, Garçon, Hélène Druvert, Saltimbanque éditions, 2021.
Fleur-de-Cactus et Castor-Têtu, Jean Leroy, Audrey Poussier, L’école des loisirs, 2017.
Les filles peuvent le faire… aussi, Sophie Gourion, Isabelle Maroger, Günd, 2019.
Les garçons peuvent le faire… aussi, Sophie Gourion, Isabelle Maroger, Günd, 2019.

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À partir de 4 ans ou dès que les apprentissages précédents ont pu être observés

Se connaître, vivre et grandir avec son corps

Notions et compétencesOuvrages de littérature jeunesse
Nommer les différentes parties du corps.Comment fabriquer un grand frère ?, Anais Vaugelade, L’école des loisirs, 2016.
Corps, amour, sexualité : les 120 questions que vos enfants vont vous poser, Charline Vermont, Albin Michel, 2022.
Découvrir ce qu’est une grossesse et la naissance.• Bébé, Helen Oxenbury
• Am Stram Graine, Anne-Catherine Le Roux, Le Pommier, 2019.
Le ventre de ma maman, Jo Witek, Christine Roussey, La Martinière jeunesse, 2011.
• Le Mystère des graines à bébé, Serge Tisseron, Aurélie Guillerey, Albin Michel Jeunesse, 2014.
• Un poisson dans le bidon, Davide Sire Magali Le Huche, Sarbacane, 2015 (ressources pédagogiques disponibles sur le Site PRO de l’éditeur).
• Et dedans, il y a, Jeanne Ashbé, Ecole des Loisirs, 1997.
Découvrir et identifier ses émotions (quatre des émotions de base : joie, tristesse, peur, colère), ses sentiments et les reconnaître quand on les ressent. Dans mon petit coeur, Jo Witek, Christine Roussey, La Martinière jeunesse, 2013.
• Le livre de mes émotions, Stéphanie Couturier, Maurèen Poignonec, Pocket Jeunesse, 2017.
Parfois je me sens…, Anthony Browne, L’école des loisirs, 2018.
La couleur des émotions, Anna Llenas, Quatre fleuves, 2014.
Dans mon corps, Mijana Farkas, La joie de lire, 2018.
Les émotions ça chahute un peu, beaucoup, énormément, Rhéa Dufresne, éditions du Ricochet, 2016.
Aujourd’hui je suis…, Mies Van Hout, Minéditions, 2011.
Beaucoup de beaux bébés, David Ellwand, L’école des loisirs, 2009.
Kumo la petite nuée timide, Kyo MacLear, Editions de l’Isatis, 2025.

La colère 
• Je déteste tout !, Sophy Henn, Saltimbanque, 2025.
La petite mauvaise humeur, Isabelle Carrier, Bilboquet-Valbert, 2011.
• La colère de Zélie, Ella Charbon, L’école des loisirs, 2024.
• Grosse colère, Mireille d’Allancé, L’école des loisirs, 2000.
Les colères de Simon, Ian de Haes, Alice Jeunesse, 2016.
Le garçon de feu, Sarthak Sinha, Editions du Ricochet, 2025.
Le livreen en colère, Cédric Ramadier, Vincent Bourgeau, Ecole des loisirs, 2016.

La peur
• Pas de panique, petit crabe, Chris Haughton, Thierry Magnier, 2021.
Mes petites peurs, Jo Witek, Christine Roussey, La Martinière jeunesse, 2015.
Mousse, Estelle Billon-Spagnol, Talents hauts éditions, 2020.
Barnabé n’a peur de rien, Gilles Bizouerne, Béatrice Rodriguez, Didier Jeunesse, 2021.
Bébés chouettes, Martin Waddell, Patrick Benson, L’école des loisirs, 2015.
Hou Hou, Georgette, Tourbillon, 2024.
Le livre qui a peur, Cédric Ramadier, Vincent Bourgeau, Ecole des loisirs, 2018.

La tristesse
Bienvenue tristesse, Eva Eland, Les éléphants  2019.
Les larmes, Sibylle Delacroix, Bayard Jeunesse, 2019.

La joie
Joie, Lotta Olsson, Emma Adbåge, Cambourakis, 2022.
Dans mon sourire, Jo Witek, Christine Roussey, 2021.
• J’aime, Emmanuelle Bastien, L’agrume, 2015 (peut être utilisé en dyptique avec J’aime pas, Emmanuelle Bastien, L’agrume, 2025).

Rencontrer les autres et construire des relations, s’y épanouir

Notions et compétencesOuvrages de littérature jeunesse
Définir la notion de confiance.• Il était une fois la corne des licornes, Beatrice Blue, Little Urban, 2019.
• Le projet Barnabus, The Fan Brothers, Little Urban, 2020.
Définir un adulte de confiance comme étant un adulte à qui on peut parler et qui est susceptible d’apporter une aide et avec qui on se sent bien (école, famille, environnement médical, sportif, etc.).• Un peu perdu, Chris Haugthon, Thierry Magnier, 2013.
• Qui s’occupe de Martha ?, Emmanuelle Toussaint, Cécile, Utopique, 2024.
• Hekla et Laki, Marine Schneider, Albin Michel Jeunesse, 2022.
Identifier un adulte de confiance.Le secret de Soro, Charline Le Maguet. Bayard jeunesse, 2022.
La bulle de Miro, Rhéa Dufresne, Fondation Marie-Vincent, 2018.
Savoir qu’il existe des comportements interdits même avec un adulte de confiance.• Te laisse pas faire !, Jocelyne Robert, Editions de l’Homme, 2019.
Le secret de Soro, Charline Le Maguet. Bayard jeunesse, 2022.
Petit Doux n’a pas peur, Marie Wabbes, La Martinière jeunesse, 2015.
Distinguer ce que l’on peut garder pour soi ou entre enfants (un secret), d’une situation de danger ou de violence qu’il est important de partager avec un adulte de confiance.• La Princesse sans bouche, Florence Dutruc-Rosset, Bayard Jeunesse, 2020.
• Le loup, Mai Lan Chapiron, La Martinière jeunesse, 2021.
• Mô-Namour, Claude Ponti, L’école des loisirs, 2011.
Le secret de Soro, Charline Le Maguet. Bayard jeunesse, 2022.
Petit Doux n’a pas peur, Marie Wabbes, La Martinière jeunesse, 2015.
Renforcer son attention à ses sensations. Si j’étais un oiseau, Barroux, Little Urban, 2025.
Tortue-Express, Sandra Le Guen, Maurèen Poignonec, Little Urban, 2021.
Le monde t’appartient, Riccardo Bozzi, Olimpia Zagnoli, Grasset jeunesse, 2014.
Ma boîte à petits bonheurs, Jo Witek, Christine Roussey, La Martinière jeunesse, 2014.
Savoir demander de l’aide pour soi ou pour les autres.• Presque perdu, Chris Haugthon, Thierry Magnier, 2011.
• Petit Doux n’a pas peur, Marie Wabbes, La Martinière jeunesse, 1998.
• Le secret de Soro, Charline Le Maguet. Bayard jeunesse, 2022.
• Quand on te fait du mal, brochure du Dre Muriel Salmona, Sokhna Fall et Claude Ponti avec document d’accompagnement téléchargeable ici : https://www.memoiretraumatique.org/publications-et-outils/brochures-d%E2%80%99information.html

Trouver sa place dans la société, y être libre et responsable

Notions et compétencesOuvrages de littérature jeunesse
Prendre conscience qu’il est possible d’acquérir et de développer des compétences diversifiées, quel que soit son sexe.Bravo maman manchot !, Chris Haughton, Thierry Magnier, 2022.
Les animales, Fred L., Talents Hauts éditions, 2021.
• Fille, Garçon, Hélène Druvert, éditions Saltimbanque, 2021.
Maman Robot, Zidrou, Sébastien Chebret, Sarbacane, 2018.
Vive la danse, Didier Lévy, Magali Le Huche, Sarbacane, 2016 (ressources pédagogiques disponibles sur le Site PRO de l’éditeur).
Étrange et fabuleuse Henriette, Héloïse Solt, Little Urban, 2025.
À quoi tu joues ?, Marie-Sabine et Anne Sol Roger, Sarbacane, 2018.
Ou alors pompier…, Hubert Ben Kemoun, Rue du Monde, 2013.
Poussins, Poussines : une histoire de poussin.es, Laurent Caldon, Père Fouettard, 2024.
Appréhender, comprendre et respecter les différentes structures familiales à partir de ce que l’élève a observé dans son environnement proche à cet âge.L’amour en poche, Eric Sanvoisin, Editions du Pourquoi pas ?, 2024.
Familles, Georgette, Didier Jeunesse, 2020.
Pomine & Pomette, Praline Gay-Prara, Lauranne Quentric, Didier Jeunesse, 2024.
Bonjour, facteur, Michaël Escoffier, L’école des loisirs, 2012.
Un air de famille, Béatrice Boutignon, Le Baron perché, 2013.
Tango a deux papas, et pourquoi pas ?, Béatrice Boutignon, Le Baron perché, 2014.
Toutes les familles de mon village, Ophélie Célier, P’tit Kiwi, 2021.
Une famille c’est une famille, tout simplement, Sarah O’Leary, Qin Leng, Les Arènes, 2022.
Le papa qui avait 10 enfants, Bénédicte Guettier, Casterman, 2014.
Adelphina, une enfant de l’amour, Valérie Dumas, Editions du Cosmographe, 2025.
Développer des liens sociaux (aller vers l’autre, entrer en relation, etc.).Grand loup et petit loup, Nadine Brun-Cosme, Olivier Tallec, Flammarion, 2019.
Demain, c’est moi qui commande !, Jörg Mühle, Pastel, 2025.
Deux pour moi, Un pour toi, Jörg Mühle, Pastel, 2019.
La Machine à câlins, de Scott Campbell, Little Urban, 2025.

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À partir de 5 ans ou dès que les apprentissages précédents ont pu être observés

Se connaître, vivre et grandir avec son corps

Notions et compétencesOuvrages de littérature jeunesse
Identifier ses émotions et sentiments et celles des autres.La couleur des émotions, Anna Llenas, Quatre Fleuves, 2014.
Devine qui ?, Jarvis, Milan, 2016.
Roméo et Juliette, Mario Ramos, L’école des loisirs, 1999.
Nous les émotions, Tina Oziewicz & Aleksandra Zając, La partie, 2021.
Un drôle de truc pas drôle, Giulia Sagramola, Le Rouergue, 2019.
Après la pluie, Astrid Desbordes, Pauline Martin, Albin Michel Jeunesse, 2023.
Prendre conscience de la différence de sensations selon les personnes et du fait qu’un même événement n’engendre pas la même réaction. Gare à tes noisettes !, Sébastien Chebret, Géraldine Collet, Mijade, 2020.
Communiquer de façon efficace et constructive.La famille Ohé, C’est lui !, Oliver Jeffers, L’école des loisirs, 2013.

Rencontrer les autres et construire des relations, s’y épanouir

Notions et compétencesOuvrages de littérature jeunesse
Identifier différents types de sentiments (par exemple, l’amitié, l’amour).A & B, Sara Donati, Rouergue, 2024.
Serpent bleu, serpent rouge, Olivier Tallec, Pastel, 2025.
Petit-Bleu et Petit-Jaune, Leo Lionni, L’école des loisirs, 1979.
Un meilleur meilleur ami, Olivier Tallec, Pastel, 2023.
Mouette et Chouette, Sandra Le Guen, Julien Arnal, Little Urban, 2024.
L’amour, Georgette, Didier Jeunesse, 2022.
Définir et prendre conscience de ce qu’est l’amitié.Memphis et Renard, Pascale Poussin, 400 coups, 2023.
Noël au printemps, Thierry Dedieu, Seuil Jeunesse, 2019.
Chicorée et la fête de l’arbre d’or, Claire Leboug, Mickaël Jourdan, Ecole des loisirs, 2025.
Développer des liens sociaux positifs (par exemple, aller vers l’autre, entrer en relation, nouer des amitiés).Ensemble, Emilie Chazerand, Amandine Piu, Editions de la Martinière, 2024.
Le Grand livre des Supergentils, Rocio Bonilla, Père Fouettard, 2025.
Dans les yeux de Nawang, Jean-François Chabas, Clotilde Perrin, 2019.
Bredouille, Agnès Domergue, Grasset jeunesse, 2025.

Trouver sa place dans la société, y être libre et responsable

Notions et compétencesOuvrages de littérature jeunesse
Identifier les ressemblances et les différences physiques entre les filles et les garçons.La plus belle des moutardes, Isabelle Mignard, Coralie Saudo, Cache-Cailloux, 2016.
Camille ou Camille ?, Marizabel, Séverine Duchesne, Cache-Cailloux, 2016.
Fille, Garçon, Hélène Druvert, Saltimbanque éditions, 2021.
Alice numéro 10, Camille Camillon, Mango, 2025.
Lotte fille pirate, Sandrine Bonini, Audrey Spiry, Sarbacane, 2014 (ressources pédagogiques disponibles sur le Site PRO de l’éditeur).
Les Choukachics Magiques, Émilie Chazerand, Aurélie Guilleret, Sarbacane, 2018.
Princesse Kevin, Michaël Escoffier, Roland Garrigue, Glénat 2018.
Décrire ce que signifie traiter quelqu’un avec respect et identifier les effets de ses paroles et de ses actes sur les autres.Noli qui dit non !, Antje Damm, Rue du Monde, 2025.

Différence
La petite casserole d’Anatole, Isabelle Carrier, Bilboquet, 2009.
Petite tâche, Lionel Le Néouanic, Les grandes personnes, 2011.
Je suis moi et personne d’autre, Baptiste Beaulieu, Qin Leng, Les Arènes, 2024.
Toto, Hyewon Yum, Les éditions de l’éléphant, 2025.
Elle est où ta jambe, James Catchpole, Karen George, Editions d’Eux, 2025.
Développer l’empathie et des relations sociales constructives (comportements tels que la collaboration, la coopération, l’entraide).La Brouille, Claude Boujon, L’école des loisirs, 1989.
La famille Ohé, Le nouveau pull-over, Oliver Jeffers, Kaléidoscope, 2012.
Y’a plus de place, Malika Doray, L’école des loisirs, 2014.
Juste un petit bout, Emile Jadoul., L’école des loisirs, 2004.
L’agneau qui ne voulait pas être un mouton, Didier Jean, Zad, Syros, 2003.

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Et vous, quels livres utilisez-vous pour aborder ces sujets avec vos enfants ou vos élèves ?

Le Rouergue : la fin des albums ?

C’est au moment du Salon du Livre et de la Presse Jeunesse de Montreuil que nous l’avons appris : Le Rouergue met fin à sa collection d’albums lancée il y a trente ans. Nous vous conseillons d’ailleurs la lecture du texte poignant d’Henri Meunier paru dans Libération à cette occasion.

Sous le Grand Arbre, attristées par cette nouvelle, nous avons choisi de célébrer ce qu’est cette collection à travers la présentation de nos titres préférés et ils sont nombreux. En espérant très fort qu’ils seront toujours disponibles en bibliothèque et ailleurs !

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Les choix de Lucie

Autant l’avouer d’entrée, Lucie n’est pas une spécialiste du catalogue des éditions du Rouergue. Mais la fermeture d’une maison d’édition, qui plus est de manière aussi brusque, n’est pas sans l’inquiéter quant à l’avenir de la littérature jeunesse de qualité. Car si de plus en plus d’albums sont édités, ceux aux partis-pris aussi forts que ceux qui ont fait les beaux jours du Rouergue sont peu nombreux. Elle a pu s’en rendre compte suite à une razzia à la bibliothèque en vue de cet article : il s’agit d’albums à la démarche artistique aboutie et qui font tellement confiance à l’intelligence des enfants qu’ils séduisent aussi les adultes.

Monsieur 2 D est un personnage en papier découpé très curieux. Il explore les pages de son album et tombe sur un univers en 3D qui le renvoie aux limites imposées par son état par des situations cocasses. Cet album de Bruno Heitz est composé de photos noir et blanc de figures découpées, un régal pour les yeux d’autant que tous les éléments sont pensés dans leurs moindres détails. Il est aussi plein de fantaisie grâce à des situations inattendues et des jeux de mots amusants. De la vraie belle littérature jeunesse !

Monsieur 2 D, Bruno Heitz, Le Rouergue, 2012.

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Dès le titre l’annonce est faite : Jean Gourounas va proposer sa version du mille-pattes, mais chacun pourra le réaliser comme il le souhaite. Quelle belle invitation à la création pour les enfants ! D’autant qu’il prend ensuite un malin plaisir à multiplier les suggestions, de plus en plus improbables. Coloré, ludique et ambitieux, cet album « à compter » (car les 1000 pattes seront bien dessinées) est bien plus que cela. À mettre entre toutes les mains !

Le mille-pattes on le dessine comme on veut, Jean Gourounas, Le Rouergue, 2012

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Le principe de La princesse rebelle se dévoile est extra. Une double page présente la vie parfaite de la princesse dans son château de conte de fée. Mais dès que le lecteur tourne la page, voilà le même texte et la même illustration caviardés avec talent pour en modifier totalement le sens. Et le procédé de se répéter tout au long de l’album sans perdre de son efficacité. Véritable pied-de-nez aux contes de fées traditionnels et aux clichés de princesses, cet album est aussi frais que drôle !

La princesse rebelle se dévoile, Guillaume Guéraud, Henri Meunier, Le Rouergue, 2021.

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Lucie aime les albums qui s’attaquent aux concepts difficiles à saisir. Et quoi de plus compliqué pour un enfant que de réaliser le temps qui passe, celui qui le sépare des retrouvailles avec sa maman ? C’est le défi que se sont lancé Victoria Kaario et Juliette Binet avec Le temps est rond. Le texte, très poétique, alterne entre éléments concrets et symbolisme pendant que les illustrations jouent avec toutes les variations et nuances du rond bleu. De quoi discuter et patienter jusqu’au retour de ses parents !

Le temps est rond, Victoria Kaario, Juliette Binet, Le Rouergue, 2023.

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Les choix de Séverine

Grande fan des albums de cette maison d’édition (mais pas que, elle adore aussi ses romans), Séverine se devait de parler du tout premier album publié dans la collection jeunesse des éditions du Rouergue, le fameux Jojo la Mache, premier livre écrit et illustré par Olivier Douzou en1993. Cet album fondateur a en effet ouvert la voie à un catalogue dont la qualité et la diversité (formats, univers graphiques, auteurs et autrices) n’ont d’égales que l’audace ou l’originalité.

L’album Jojo la mache est innovant, car ses illustrations utilisent des formes simples, des couleurs franches et un style minimaliste, très différent des albums jeunesse de l’époque, tandis que son texte, rythmé, à la troisième personne du pluriel, incluant le/la lecteur.ice dans l’histoire, ne suit pas une narration classique: il laisse la part belle au jeu (de mots), à l’imaginaire et à l’interprétation personnelle. Sans simplifier à l’excès. C’est l’histoire d’une vache nommée Jojo perdant jour après jour ses attributs (cornes, queue, mamelles…), qui se transforment en éléments célestes (étoiles, lune, soleil), comme une métaphore sur la disparition et le souvenir. C’est une façon drôle, poétique et délicate d’évoquer l’absence, la disparition d’un être cher ou simplement le cycle de la vie. Le petit format carré et les illustrations épurées, avec seuls trois tons dominants (orange, bleu, noir), attirent l’œil et donnent une vraie personnalité graphique à l’album. La première grande réussite d’une longue série pour le Rouergue. A noter que 20 ans plus tard, l’album Lola, du même Olivier Douzou, est une suite, un clin d’œil dans l’air du temps, un rappel à son illustre prédécesseur.

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« Pour un art du récit toujours renouvelé« , peut-on lire sur le site internet de la maison d’édition. S’il y en a bien un à qui ce leitmotiv va comme un gant, c’est Henri Meunier. Tantôt illustrateur, tantôt auteur, souvent les deux, il y a plus de 25 ans qu’il a intégré le catalogue, on le trouve aussi bien du côté du conte revisité, que de la fable philosophique, ou encore de l’album pour tout-petit (mais toujours à message).

L’album Mirabelle Prunier est l’une de ses nombreuses collaborations avec Nathalie Choux (chez d’autres maisons d’édition), sa première chez le Rouergue jeunesse. Il raconte une histoire de harcèlement, de violence scolaire et sociale, sous la forme d’une fable, encourageant la réflexion plutôt que le didactisme. L’album aborde poétiquement, avec sensibilité et émotion, mais aussi exigence, le rejet auquel les enfants peuvent être confrontés. Ici, grâce à la métaphore de l’arbre en lequel se transforme la jeune fille, l’épreuve n’est pas simplement surmontée, elle devient une source de force et de vie. Le texte, au vocabulaire soutenu et au style inimitable, plus littéraire que narratif, impose une lecture plus profonde et nuancée que de nombreux albums jeunesse, et peut être lu à différents niveaux selon l’âge et la sensibilité du lecteur. Les illustrations de Nathalie Choux, rondes, douces et délicates, accompagnent avec onirisme ce récit intense.

Mirabelle Prunier, Henri Meunier, illustré par Nathalie Choux, Edition du Rouergue, 2020

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Autre tandem du catalogue ayant marqué Séverine : Guillaume Guéraud et Marc Daniau, avec leur album Raspoutine, album atypique pour son époque (2008), qui traite de la marginalité en racontant l’histoire de Ferdinand, un sans-abri surnommé «Raspoutine » par les gens du quartier. Ferdinand vit dans la rue, fait la manche, boit, interpelle les enfants. Un jour, pourtant, malgré la peur qu’il inspire, un lien se crée avec eux. Le livre aborde la vie des SDF sans édulcorer la réalité puisque Ferdinand n’a « ni maison ni identité » autre que la rue, mais sans misérabilisme. C’est un excellent parti-pris narratif que le récit adopte le point de vue d’un enfant, hors jugement moral ni pitié excessive, l’approche est comme plus sincère, presque naïve, et donc touchante. Le livre questionne les préjugés, il invite à réfléchir à la place des exclus. Guillaume Guéraud, habitué des sujets difficiles en littérature jeunesse,- ici, c’est même un sujet rare,- le traite avec une justesse extraordinaire, jusqu’à la toute fin de l’histoire… Les illustrations de Marc Daniau montrant des scènes de rue très vivantes, dans un quartier animé, créent une atmosphère urbaine réaliste et parviennent à rendre Raspoutine à la fois inquiétant et attachant, humain avant tout. Une très belle réussite !

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Les choix de Liraloin

Bienvenue dans l’univers de Jacques Tati, grand réalisateur de films, génial interprète du personnage Monsieur Hulot, un héros solitaire en parfaite désharmonie avec le monde moderne qui l’entoure.

Dans cet album sans texte, David Merveille rend un bel hommage à ce personnage tendre et burlesque. Si la première page s’ouvre sur sa silhouette à califourchon sur un cyclomoteur c’est pour mieux le retrouver en pleine lecture prenant à peine conscience du monde qui l’entoure. Page après page, l’auteur s’amuse et devient à son tour metteur en scène du fameux Monsieur Hulot. Il semble bien que Jacques Tati aurait adoré se découvrir joueur de crêpière lui qui appréciait tellement jouer avec la fameuse petite balle jaune !

Hulot domino de David Merveille d’après Jacques Tati – Le Rouergue, 2019

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M. Hulot sur un toit perché ouvre le bal sur des futures scénettes, prêt pour un voyage dans un ciel parisien où quelques aventures burlesques vont se dérouler. Retenez donc ce parapluie qui menace de s’envoler !

Ainsi M. Hulot affublé de son éternel imper’, sa pipe et ses chaussettes rayées nous amène à changer notre regard sur le quotidien qui en devient magique et propice à la rêverie.

Chaque scénette, au titre évocateur, est composée de cases, ce qui apporte un micro temps suspendu avant la chute se situant au verso de la page. A la fois comique et poétique M. Hulot sait comment redonner le sourire lorsqu’il s’essaye à la plomberie ou lorsqu’il s’amuse à la pêche aux canards (cela dit avec une maladresse qu’on lui connaît bien !). Que dire du clin d’œil à Don Quichotte et au personnage du facteur héros au vélo du film Jour de Fête, futur M. Hulot avant Hulot !

La chute de cet album sans texte est un régal et invite à relire Monsieur Hulot à la plage . La mise en page soignée de cet album va jusqu’au code barre du livre se substituant à la chaussette rayée de notre personnage préféré.

Hello monsieur Hulot de David Merveille d’après Jacques Tati – Rouergue, 2010

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Les choix d’Helolitla

Héloïse est plus habituée aux romans ado du Rouergue – elle adore la collection Epik et les romans de Marine Carteron -, mais elle ne pouvait pas ne pas mentionner les albums de Christian Voltz. Elle les a récemment découvert avec ses enfants, et a beaucoup aimé tant le style graphique que les thématiques abordées.

Celui qui a le plus marqué sa famille, c’est Loupé !, avec ses deux personnages qui attendent le bus. Le ton satirique et le décalage entre les deux personnages en font un album percutant et mordant qui dénonce avec brio notre rapport aux écrans. Un texte brillant qui nous invite, a contrario, à profiter de chaque petit instant…

Loupé !, de Christian Voltz. Le Rouergue, 2017

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Un autre album du Rouergue a eu beaucoup de succès avec les enfants d’Helolitla : Moi, en pyjamarama, de Michael Leblond et Frédérique Bertrand.

Cet album original et ludique est en effet fourni avec une sorte de loupe rayée. Loupe qui permet d’animer la lecture des images, et en fait de magnifiques expériences visuelles. Au fil de la lecture, on se rend compte qu’on voyage dans le corps humain, et tout prend sens à la fin. C’est un titre surprenant et joyeux, amusant et très original !

Moi en pyjamarama, de Michael Leblond et Frédérique Bertand. Le Rouergue, 2012

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Grâce à ce billet, nous espérons vous avoir convaincu.e.s que la collection « Albums » du Rouergue s’est imposée par son exigence artistique et la richesse de ses univers, en mêlant liberté graphique, textes sensibles et thèmes contemporains. Elle laisse l’empreinte durable d’une littérature jeunesse audacieuse et profondément créative, « participant plus que sa part à l’image d’excellence dont bénéficie la création littéraire jeunesse française dans le monde.« , ainsi que l’écrit Henri Meunier dans sa tribune. D’autres maisons d’édition tirent tout de même encore leur épingle du jeu. Alors, dans un monde éditorial de plus en plus formaté, espérons avec lui que « les ambitieux résilients, auteur·es et maisons d’édition, sauront se retrousser les manches, sauront se retrouver des maches.« 

Et vous, quels albums des Editions du Rouergue jeunesse vous ont-ils fait vibrer ?

Lecture commune : 72 saisons au Japon

Lucie, Héloïse et Liraloin ont décidé de partir très loin, dans un pays fantastique et accueillant. Une île où 72 micros saisons rythment la vie des japonaises et des japonais. Curieuses et charmées par ce documentaire, elles vont voulu échanger leurs impressions. Préparez-vous un bon thé matcha, et en route pour le Pays du Soleil Levant…

72 saisons au Japon, Kyùreki un calendrier de la Nature d’Emmanuelle Grundmann & Gilberte Niamh Bourget, 2025

Liraloin : Avant la lecture de ce documentaire, saviez-vous que les japonais étaient très attachés au cycle des saisons ? 

Héloïse : Je ne suis jamais allée au Japon, j’avoue connaître surtout ce pays grâce à ma lecture de mangas (j’en lis énormément), et j’avais remarqué que le printemps, et notamment la saison des cerisiers en fleurs, jouait un rôle important chez eux, tout comme certaines fêtes. Mais je n’imaginais pas qu’il y avait autant de mini-saisons ! 

Lucie : Moi non plus. Je savais qu’ils avaient un lien particulièrement fort avec la nature (les cerisiers en fleur comme Héloïse, les forêts et c’est aussi souvent le sujet des haïkus…) mais je n’avais jamais entendu parler de ces multiples saisons ! Et toi Liraloin, qui a eu la chance de visiter ce pays récemment ?

Liraloin : J’ai découvert cette subtilité sur les saisons avec le youtubeur Ichiban Japan (cela dit en passant, fait de magnifiques vidéos explicatives et dépaysantes sur les régions pas très touristiques au Japon). Je connaissais le lien très fort en particulier avec la floraison des sakuras mais pas plus. C’est en lisant beaucoup de littérature japonaise que je me suis aperçu que les saisons étaient très importantes dans le rythme de vie des japonais. Et qui plus est : qu’il y a même des micros-saisons.

72 saisons au Japon d’Ichiban Japan – Ichiban Japan, 2022

Lucie : Que pensez-vous de ces micro-saisons justement ? Elles vous paraissent “justifiées” ?

Héloïse : Je trouve ça super intéressant, cette connexion à la nature, au monde qui nous entoure, au vivant.

Liraloin : exactement Héloïse, j’adore penser que les japonais sont hyper connectés à cette Nature et à la lecture de ce livre il y a cette impression d’observation qui s’en dégage. Le fait de prendre le temps de regarder, se délecter ce qui nous entoure jour après jour presque… et toi Lucie? 

Lucie : Honnêtement en découvrant le titre j’ai trouvé que 72 saisons c’était peut-être un peu exagéré. Mais à la lecture, j’ai vraiment adoré cette attention aux détails, aux minuscules changements de la nature. Et j’ai trouvé cette approche très poétique. Une véritable invitation à ralentir et à observer nous aussi ce qu’il se passe autour de nous.

Liraloin : Je te rejoins complètement Lucie, cette poésie fait du bien car elle nous permet de s’arrêter un peu et on en a bien besoin.

Héloïse : Oui, j’ai beaucoup aimé cette idée d’observer la nature et ses infimes changements, comme marqueur de temps qui passe, mais aussi et surtout l’émerveillement de voir cette Nature si vivante…

Liraloin : D’où cette question : qu’avez-vous pensé de la construction de ce documentaire? 

Lucie : Logiquement, il est chronologique donc pas de surprise de ce côté-là. J’ai trouvé le texte concis, juste comme il le fallait pour attirer l’attention sur les infimes changements mais laisser aussi une place à l’imagination.

Héloïse : Je l’ai lu par petites touches, et j’ai aimé cet aspect chronologique, justement. C’est le genre d’ouvrage qu’on rouvre régulièrement, pour y piocher des anecdotes, des petites informations…

Lucie : En l’ouvrant je pensais comme toi le « picorer », et en fait je me suis laissée prendre au jeu de « mais quel élément va marquer le prochain changement de saison ? », un peu comme un petit suspense et je l’ai lu pratiquement d’une traite. Je trouve que l’écriture se prête bien aux deux types de lecture : ce n’est pas indigeste en continu, mais ça se lit aussi par petites touches très facilement.

Liraloin : Mais oui tu as raison Lucie ! J’ai eu cette même impression à la lecture ! Ce qui est très intéressant ici c’est que les explications données sont faites de manière ludiques et instructives, c’est fort appréciable.

Héloïse : J’ai apprécié le lien entre nature et légendes ! J’y ai retrouvé certaines dates et événements rencontrées lors d’autres lectures, et c’était très chouette de les voir illustrées et expliquées ici. 

Liraloin : C’était d’autant plus amusant que ces anecdotes m’ont bien replongé dans mon voyage donc Lucie, tu peux être fière car grâce à ce livre, je prolonge ce plaisir ! 

Liraloin : Dans la construction nous avons évoqué le contenu texte mais qu’avez-vous pensez de l’objet livre en lui-même? 

Héloïse : J’ai apprécié le format allongé avec sa couverture rigide, et la mise en page à la fois aérée et colorée. Les illustrations ont un aspect enfantin assez amusant, délicat presque, je trouve qu’elles vont bien avec l’aspect poétique de l’ensemble. 

Liraloin : Je trouve ce livre très attirant il a un format entre guide de voyage et roman graphique. Justement cela permet au jeune lecteur-lectrice de l’emporter partout. La couverture est visuellement bien réussie avec ce dégradé de saisons allant de l’hiver au printemps. J’apprécie également lorsqu’il y a une attention particulière aux couvertures intérieures. Il est soigné !

Lucie : J’ai aimé la couverture rigide, la mise en page très aérée et, évidemment, les saisons écrites en japonais qui sont quand même indispensables ! Les tonalités de couleurs de ces signes et des sous-titres sont très harmonieuses. On sent que tout a été pensé et c’est très agréable à lire.

Liraloin : Comme l’évoque Héloïse, les illustrations peuvent sembler assez enfantines. Est-ce que cela vous a plu ? 

Héloïse : J’ai été surprise au début, et puis j’ai apprécié cet aspect un peu rétro, cette impression de retomber en enfance, tout comme les enfants peuvent s’émerveiller de tout, on nous invite à nous émerveiller nous aussi. D’ailleurs, je trouve que cet ouvrage est à mi-chemin entre l’album et le documentaire. 

Lucie : Oui, j’ai aimé. Elles ont un côté « sur le vif » et en même temps, encore une fois, les couleurs sont très harmonieuses. C’est enfantin mais maîtrisé, juste une manière de signaler aux enfants que OUI, ce documentaire avec son grand nombre (72 !) et ces mots compliqués à lire (car il y a des transcriptions de mots japonais) leur est destiné. Je te rejoins Héloïse, on est vraiment entre l’album et le documentaire et j’aime beaucoup ton interprétation de l’invitation à retrouver notre émerveillement d’enfant.

Liraloin : Je vous rejoins complètement, j’ai été surprise de ce choix d’illustrations car on s’attend toujours à un trait un peu plus “japonisant” mais en réalité cela colle complètement à ce documentaire, comme vous le dites, à mi chemin avec l’album. J’ai apprécié ce trait naïf aux couleurs harmonieuses. Les illustrations d’oiseaux sont superbes !

Lucie : J’évoquais les mots compliqués ; ce n’est pas tant qu’ils sont compliqués mais plutôt que l’on trouve un savant mélange entre mots japonais transcrits et termes scientifiques précis. Dans un texte très accessible par ailleurs, j’ai trouvé qu’ils contribuaient au côté poétique de l’écriture. J’avoue que j’aime bien quand les auteurs font confiance aux enfants pour comprendre et se saisir de “mots savants”, d’expérience ils adorent ça ! Est-ce que vous aussi vous avez été séduites par ce choix ?

Liraloin : J’ai parcouru le livre suite à ton interrogation Lucie, pour ma part je ne trouve pas qu’il y ait trop de mots compliqués, c’est des mots japonais que l’on retrouve ici et là mais ils ne gênent pas la lecture. Au contraire cette attention incite l’enfant sans doute à vouloir en avoir plus ou simplement à se délecter d’un mot étranger et qui sonne bien.

Héloïse : Le vocabulaire est assez précis, il y a quelques termes scientifiques effectivement (chrysalide, par exemple), et je trouve ça chouette, mais ce n’est pas non plus trop complexe. 

Lucie : Pour conclure, à qui conseilleriez-vous ce livre ?

Liraloin : Bien évidemment à tout fan du Japon mais aussi aux personnes qui cherchent des livres pour se déconnecter en poésie ! Sa mise en page incite à le lire par petites bribes et à y revenir… 

Héloïse : Son format généreux et aéré, ce vocabulaire riche et poétique me fait penser qu’il plaira à petits et grands. D’ailleurs, à la maison, chacun y a trouvé son compte ! Qu’on soit fan du Japon, de nature ou de poésie, il y a de quoi être conquis.e !

Lucie : Je sais que beaucoup de parents râlent lorsque leurs enfants ne lisent que des mangas. Je me dis que cet album-documentaire peut être une ouverture vers un autre aspect du Japon, culturellement et poétiquement car ce pays a aussi une culture très riche dans ce domaine. Cela ne remplacera pas mais pourra peut-être compléter. Je vous rejoins : les “petits lecteurs” peuvent y trouver leur compte grâce à la possibilité dont on a déjà parlé de “picorer”. Et je le conseillerais aussi à tous les amoureux de la nature qui ont envie d’un regard neuf sur les petites transformations du quotidien.

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Nous espérons que ce documentaire vous aura apporté autant de petits bonheurs qu’il nous en a procuré !

Lecture commune : Compte sur moi de Miguel Tanco

Les éditions Grasset rééditent Compte sur moi, qui avait jusque là échappé à la vigilance d’Hélène et Lucie. C’était l’occasion de combler leurs lacunes et de découvrir un album sur un sujet somme toute assez rare en littérature jeunesse : les mathématiques.
Elles se sont donc plongées dans cet album aux douces illustrations et n’ont pas pu s’empêcher d’en discuter…

Compte sur moi, Miguel Tanco, Grasset, 2025

Lucie : Cet album est une réédition, en avais-tu entendu parler avant de recevoir le communiqué de presse ?

Hélène : Non, je ne connaissais pas cet album. Par contre j’ai vu qu’il s’ agissait du 2e opus de la collection, le premier étant consacré à la physique.
Et toi ?

Lucie : Non plus, et pas du premier non plus malgré le beau succès qu’il semble avoir eu. Pourtant je suis toujours à la recherche de ce type d’album pour faire découvrir des notions à mes élèves. J’avais donc bon espoir de pouvoir utiliser celui-ci avec eux !

L’étincelle en moi, Miguel Tanco, Grasset, 2025.

Lucie : Qu’as-tu pensé de la couverture quand tu l’as reçu ?

Hélène : J’ai beaucoup aimé le graphisme doux et les petits rappels aux maths que l’on remarque quand on y regarde de plus près : les équerres, compas et règles par terre, le carrelage qui rappelle les basiques de la géométrie, l’avion en papier, qui fait voyager le message du livre : les maths sont partout, même dans les jeux des enfants. 
Je trouve que dans cet album le texte et l’image se complètent parfaitement. J’aurais un petit mot concernant le titre également : compte qui se réfère au calcul et l’expression Compte sur moi qui parle de confiance et qui, encore une fois, porte le propos.
Et toi, qu’as-tu pensé des personnages ?

Lucie : Tu fais bien de souligner le double sens du titre. Cet album parle de maths, oui, mais aussi et surtout de personnalités différentes qui peuvent évoluer dans une même famille, dans le respect et l’harmonie. J’ai beaucoup aimé cet aspect. Les personnages sont très bienveillants, je trouve qu’ils correspondent tout à fait au graphisme des illustrations.

Hélène : Je suis tout à fait d’accord avec toi. On remarque que les mathématiques sont mises sur le même plan que la peinture, la musique, l’observation des insectes… Une passion comme une autre !
J’ai également remarqué que ce livre met en scène une famille dont les membres sont noirs, ce qui reste suffisamment rare en littérature de jeunesse pour être souligné, et que la passion des maths ait piqué une petite fille… Tout ceci a évidemment vocation à “casser” le stéréotype du matheux que l’on peut avoir et aider tous les enfants à se sentir capables. Pour autant ce n’est jamais précisé explicitement et cela renforce l’efficacité du propos à mon sens : les maths sont partout, pour tous.

Lucie : Tu as raison, ce sont des choix malins mais pas trop appuyés, ce qui joue sur une normalité (en tout cas ce qui devrait être une normalité) de manière assez fine.
Pour être honnête, je pensais trouver plus de numération et de calcul dans le contenu de cet album. Les mathématiques “partout” comme tu le dis sont en fait essentiellement de la géométrie. Cela t’a surprise ou pas tellement ?

Hélène : Oui effectivement il s’agit principalement de géométrie. Je n’avais pas d’attentes particulières (je n’ai jamais attendu grand-chose des maths ceci dit mais c’est sûrement parce que je n’ai pas lu ce livre petite 😆). La numération aurait pu être évoquée mais peut-être que cela aurait un peu complexifié le message que l’auteur souhaitait faire passer. Il s’adresse à des enfants encore jeunes, fin de maternelle/CP et souhaite peut-être rester proche de leur quotidien ?

Lucie : J’ai cru comprendre que tu n’étais pas une fan de mathématiques, et aussi que tu avais lu cet album avec tes enfants. Est-ce que le sujet les a rebutés au premier abord ou tu ne l’avais pas annoncé ? Qu’en ont-ils pensé ?

Hélène : Effectivement en ce qui me concerne j’ai toujours été plus littéraire que scientifique, mais j’étais curieuse de découvrir sous quel angle le sujet allait être abordé, et vraiment l’album m’a beaucoup plu car, certes, comme on l’a dit il y a un message mais on reste sur un album jeunesse qui raconte une histoire : une petite fille nous parle de son quotidien, sa famille, sa passion.
Comme tu le disais j’ai des enfants qui ont l’âge idéal pour découvrir cet album donc je l’ai lu avec eux et ils ont beaucoup aimé. Ils aiment plus les maths que moi, mais je crois que c’est l’histoire et le contexte qui leur a plu aussi. Je n’avais pas parlé du sujet avant la lecture, en fait je préfère toujours les laisser découvrir eux-mêmes et se plonger dans une histoire, voir ce qui les touche, ce qu’ ils en retiennent quand on en parle ensemble après. 
Ils ont bien aimé cet album, y compris les dernières pages du “livre de maths”.
Et toi, est-ce que tu l’as lu à tes petits élèves ? 

Lucie : Non, pas encore. En revanche j’ai essayé de télécharger le cahier d’activités accessible via un qrcode, qui semble dans la même veine que le cahier de maths qui clôture l’album mais il n’est pas encore disponible. J’ai hâte de pouvoir y jeter un œil !

Lucie : Si tu n’aimes pas particulièrement les maths, je serais curieuse de savoir ce qui t’a attirée vers cet album dans le catalogue de Grasset ?

Hélène : J’étais curieuse de voir comment le sujet allait être traité à destination des jeunes enfants. Comme tu l’as compris, j’ai trouvé cela très bien fait, on ne tombe pas dans l’écueil du pur pédagogique. On s’attache aux personnages, il y a un fort phénomène d’identification.
D’ailleurs, au-delà des maths, qu’as-tu pensé de l’album et des autres messages qu’il peut véhiculer ?

Lucie : J’ai aimé cette famille qui semble prendre la vie simplement comme elle vient, que chaque membre puisse vivre ses passions librement, la place de la nature aussi. Il y a des maths, on l’aura bien compris, mais souvent liés à des phénomènes naturels (ronds dans l’eau, branches d’arbres…) ou des jeux (tobbogan, constructions…), ça m’a beaucoup plu !

Hélène : J’ai ressenti la même chose, j’ajouterais à cela la tolérance, comme tu le dis chacun vit sa passion et exploiter ses capacités à sa guise, et j’ai été sensible à la dernière phrase “Il y a une infinité de manières de voir le monde.. et la mienne c’est les maths !”. Cela peut ouvrir un dialogue avec l’enfant à un âge où les goûts s’affirment et leur permettre de rêver, de cultiver leur singularité en respectant aussi les goûts des autres. 

Lucie : A ce titre j’ai trouvé les multiples essais de la petite fille dans des activités où elle n’excelle pas (non que ce soit grave) sont très intéressants. Ils montrent qu’on peut mettre du temps à trouver “notre truc” et qu’essayer c’est déjà bien !

Lucie : Pour conclure, notre question rituelle : à qui conseillerais-tu ce livre ?

Hélène : Je conseillerais ce livre à des enfants de maternelle qui découvrent les notions basiques de géométrie par le jeu en classe, donc à des parents et enseignants amenés à côtoyer cette tranche d’âge où il est trop tôt pour s’être mis en tête qu’on n’aime pas les maths ! C’est l’objet idéal pour les leur présenter comme étant simples et naturelles, de manière ludique. Plus largement, il plaira à des enfants de fin de maternelle début de primaire et il peut être lu sans visée pédagogique particulière, selon moi.

Lucie : Tout à fait d’accord avec toi : entre la Moyenne Section et le CP, les enfants peuvent vraiment adhérer à cet album. Et tu as raison de souligner qu’à cet âge-là ils n’ont pas encore d’idée préconçue sur leurs capacités en maths. Profitons-en pour rappeler que les personnes nulles en maths n’existent pas. Elles ont seulement eu à faire à des profs qui n’ont pas su les intéresser !

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Nous remercions les Editions Grasset de nous avoir envoyé cet album et espérons vous avoir donné envie de le découvrir, ainsi que son grand frère L’étincelle en moi qui abordait la physique à hauteur des petits !