Déjà l’automne ! Quels sont vos premiers coups de cœur depuis la rentrée ?

Le temps nous rattrape, les feuilles volent déjà et entre nos mains, les pages ont tourné depuis la rentrée.

Partageons les livres qui nous ont fait vibrer, les récits précieux qui nous ont attachés à leurs êtres de papier.

Cette rentrée, c’est aussi l’occasion d’accueillir trois nouvelles têtes sous le Grand Arbre : Hashtagcéline, Isabelle et Yoko lulu. Bienvenues !

Le Méli-Mélo de livres de Pépita s’est régalée de ce roman plein de fraîcheur, d’humanité… et de responsabilités à la sauce Pëppo !

Pëppo de Séverine Vidal – Bayard

Mais aussi de cet autre roman à l’écriture magistrale de beauté qui embarque le lecteur dans cette histoire étrange entre onirisme et imaginaire, avec des personnages bouleversants, en particulier Milly Vodovc.

Milly Vodovic de Nastasia Rugani – Editions MeMo, collection Grande Polynie

Alice,  dans son pays des merveilles, a été très émue et très touchée par la maternité d’Irène, par sa maturité et par  le trouble qu’elle a su laisser une fois la dernière page tournée. Coup de cœur partagé par Sophie.

Soixante-douze heures de Marie-Sophie Vermot – Thierry Magnier

Le récit des aventures déjantées du groupe de suicidants d’Axl Cendres a particulièrement touché mais aussi beaucoup fait rire HashtagCéline.

Cœur battant d’Axl Cendres – Sarbacane

Aurélie a mis dans son atelier un album plein de tendresse sur l’amitié. Un livre sur la différence, l’école et sur la naissance des sentiments, histoire de bien aborder la rentrée.

Mon ami d’Astrid Desbordes et Pauline Martin – Albin Michel Jeunesse

Grâce à Robinson, Isabelle de L’île aux trésors s’est offert un voyage onirique magnifié par les illustrations splendides de Peter Sis. Un album qui nous invite à assumer nos différences, à voguer vers d’autres horizons et à célébrer les merveilleux pouvoirs de l’imagination…

Robinson de Peter Sis – Grasset jeunesse, 2018

Chez Chloé (Littérature enfantine), le coup de cœur du mois n’est pas une nouveauté, loin de là, plutôt un classique qui n’a pas pris une ride au fil des ans. L’histoire de deux enfants qui entreprennent d’expliquer à leurs parents ignorants Comment on fait les bébés ! C’est drôle et ça décape.

Comment on fait les bébés, Babette Cole – Seuil jeunesse, 1993

Chez Les lectures lutines, deux romans plein d’humanité les ont conquises. Un récit troublant, entre fantastique, fait divers et altruisme, qui a résonné ce mois-ci pour Solectrice.

Dans la forêt de Hokkaïdo, Eric Pessan – Ecole des Loisirs, 2017.

Et pour Yoko lulu, c’est un roman d’une magnifique sincérité, d’une cruelle vérité. Sur l’amour et la différence. Sur l’intégration et l’espérance. Les héros ont un petit quelque chose qui nous attache à eux du début à la fin.

Envole-moi, Annelise Heurtier. Casterman, 2017.

 

Chez Bouma (Un Petit Bout de Bib), c’est un album intrigant, mêlant enquête, texte en rimes et illustrations presque naturalistes qui est sorti du lot ! Une invitation à s’interroger et à regarder plus loin que le bout de son nez !

Carnivore, Tariel et Peyrat – Père Fouettard, 2018

Et chez Sophie, c’est un roman sur la condition des femmes dans les années 1960 qui l’a conquise. On y découvre l’histoire de Catherine qui raconte comment elle a dû se battre pour vivre sa passion, pourtant simple aujourd’hui : la course à pied !

La fille d’avril, Annelise Heurtier – Casterman, 2018

Et vous, quels sont vos coups de cœur de la rentrée ?

Lecture commune: “Wonder”de R.J.Palacio

wonder pocket“Je m’appelle August. Je ne me décrirai pas. Quoi que vous imaginiez, c’est sans doute pire.”
Il y a des livres qui nous interpellent dès la couverture. Après vient la lecture, la magie opère ou pas. “Wonder” nous a plu, il a même été un coup de cœur pour certaines d’entre nous.

Sophie-La Littérature jeunesse de Judith et Sophie, Kik-Les lectures de Kik et Pépita-Méli-Mélo de livres ont accepté d’en discuter avec moi

Dorot’: Qu’est-ce qui vous a donné envie de lire ce livre?

Sophie: Ce qui m’a donné envie de lire c’est bien sûr l’avis unanime des blogueuses ici présentes. Leur enthousiasme était tel que j’ai été curieuse de savoir ce que ce livre avait de si bien. J’avais quand même une petite réserve parce que la quatrième de couverture annonçait un récit sur un enfant avec des malformations et j’avais peur qu’il soit trop dur par rapport à mes envies du moment.

Pépita: En faisant des recherches sur les nouveautés à paraître, je suis tombée sur ce livre et j’ai eu tout de suite envie de le lire : ma fibre maternelle sans doute…mais je suis aussi très sensible à tout ce qui touche à la différence.

Kik: J’ai vu cette couverture ça et là sur internet. Puis après quelques temps, j’ai lu la quatrième de couverture, et puis je me suis dit: “Je dois le lire.” En dehors du monde de la littérature pour la jeunesse, je vois des enfants toute la journée pour les soigner, notamment leur bouche. Alors pour moi, c’était comme une évidence. je devais lire ce livre, pour en discuter avec des enfants qui pourraient aborder le sujet avec moi. Je devais lire ce livre, car la personne principale pourrait être un de mes patients. Je devais lire ce livre, car il semblait être un livre incontournable en version originale. Je devais lire ce livre… Je l’ai lu. Il y a des dizaines d’autres raisons de lire ce livre, mais celles-ci étaient largement suffisantes pour l’apporter en vacances.

Dorot’: Un sujet difficile, malformation… en fait, il parle de quoi ce roman?

Pépita: Ce roman nous parle d’un jeune garçon, August, dit Auggie, qui effectivement souffre d’une malformation faciale depuis sa naissance. Il a subi de très nombreuses interventions chirurgicales et le fait qu’il soit en vie tient du miracle. Il n’a jamais été scolarisé. Cette année, il va entrer en sixième dans le collège de son quartier…Se confronter au regard des autres, c’est déjà très difficile mais là, c’est l’année du grand saut pour lui et sa famille, car il est très entouré.
Au-delà de cette malformation, c’est avant tout un livre qui nous dit à tous, car on est tous concernés, de ne pas juger sur les apparences. De voir au-delà. D’aimer les gens pour ce qu’ils sont. A l’intérieur. D’aimer avec son cœur et non pas avec ses yeux.

Sophie:  Pépita l’a très bien résumé. Je rajouterais juste que c’est un livre qui montre le pire comme le meilleur de l’être humain.

Kik: Le résumé de l’histoire a été fait. Sur ce point je n’ai rien à ajouter. Au delà des faits, il y a l’idée de gentillesse et d’altruisme (kindness en version originale). La fin du roman très poignante, mais dont je ne révélerai rien, fait ressortir ce lien entre les personnages. Ce roman fait réfléchir sur ses propres actes, et sur le regard que l’on peut porter sur les autres.

Dorot’: L’entrée au collège d’August ne se fait pas sans les préparations…Les trois collégiens choisis par le proviseur sont censés l’encadrer et  l’aider. Ça vous a plu cette façon de procéder?

Pépita: Dans l’esprit, j’ai trouvé cela plutôt louable de sa part, disons que ça part d’un bon sentiment. Mais on se rend bien compte que ça ne colle pas bien entre eux et pour Auggie, c’est assez terrible…Au lieu de les choisir lui-même, le volontariat aurait peut-être été préférable. C’est ce que m’a affirmé ma fille collégienne qui a lu le livre aussi… Je pense que pour certains, c’était plus qu’ils ne pouvaient assumer. Pas assez préparés ou alors aussi une question d’éducation (on le voit pour Julian). Pour d’autres,au contraire, cela leur a permis de s’affirmer par rapport aux autres et à eux-mêmes, je pense en particulier à celui qui va devenir le meilleur ami d’August. On peut difficilement juger ceci dit. Car soi-même, comment aurions-nous réagi ou nos propres enfants ? C’est une question que je n’ai pas cessé de me poser durant cette lecture.

Sophie: Comme Pépita, j’ai trouvé cette idée plutôt bonne. Ça aurait pu être une entrée en matière plus douce si ça s’était bien passée. Malheureusement, les élèves n’étaient vraisemblablement pas les bons.

Kik: Je n’y avais pas spécialement pensé en réalité. Ça ne m’a pas surprise. Je trouve bien de faire découvrir les lieux à un nouvel élève, comme les CM2 qui peuvent se rendre aux journées portes ouvertes du collège. Les relations entre enfants ne sont pas souvent ce que prévoient les adultes. Cela ne se passe pas si bien, mais d’un autre côté, comment cela aurait pu se passer parfaitement ? Il était évident que le sujet de son physique serait abordé, enfin pour moi, cela était évident.

Dorot’:  Kik l’a dit, l’inscription d’August au collège ne pouvait pas passer inaperçue, même si pas mal d’élèves le connaissaient déjà de vue…En même temps on l’a jamais préparé à ça…on ne lui a pas dit bien avant qu’il va falloir y aller…c’est un peu une surprise…bonne ou mauvaise pour Auggie?

Pépita: C’est vrai : tu as raison de soulever ce point Dorot. En même temps, je me dis que si ses parents n’avaient pas provoqué cette inscription au collège, Auggie n’y serait sans doute jamais allé. Sa première réaction, et on le comprend, est de refuser, surtout que ses parents lui ont caché leur démarche. C’est donc une mauvaise nouvelle pour lui. Mais très vite, il finit par accepter de rencontrer le directeur. C’est dur pour lui. Il sait qu’en faisant ce pas-là, il enclenche un changement dans sa vie, un changement important. Il veut encore reculer après cette entrevue si je me souviens bien. Mais ses parents insistent avec tact. Et il accepte. A contre cœur, mais il accepte. Comme si tous pressentaient que ce choix-là, très difficile, sera bénéfique pour lui. Lui y compris: il sait bien au fond de lui-même que ses parents ont “raison” même s’il préfère la sécurité de son cocon familial. N’est-ce pas le rôle des parents parfois que de savoir ce qui est bon pour leurs enfants par devers-eux, même s’ils savent les mettre en difficulté ?

Sophie: Je pense qu’au fond de lui, Auggie savait que c’était bon pour lui. Et puis c’est un pas de plus vers la normalité qu’il souhaite tant qu’on lui reconnaisse. Ne pas être scolarisé, c’était mettre l’accent sur la différence.
Mais Auggie avait aussi conscience des difficultés. C’est un garçon très intelligent, il connaissait le regard des gens dans la rue et il savait qu’à l’école, ce serait pareil et même pire, c’est pour cela que sa première réaction fût négative.
En fait, aller au collège, pour Auggie, c’était à la fois être un peu plus comme les autres enfants et en même temps se confronter aux regards sur sa différence.

Dorot’: La première année d’école d’August est racontée par des personnes différentes. Plus au moins proches de lui. Cette narration vous a plu?

Pépita: Oui, beaucoup car en alternant les points de vue, le lecteur peut faire des recoupements, et cela donne un rythme intéressant à l’histoire. On n’est pas focalisé aussi toujours directement sur August mais la voix des autres donne un éclairage particulier. Par exemple, j’ai beaucoup aimé les passages sur la souffrance culpabilisante de sa grande sœur. Et on s’aperçoit du coup que chacun, à sa façon, souffre dans son entourage.

Sophie: J’ai beaucoup aimé ce mode de narration aussi. Déjà j’ai trouvé intéressant que les passages se croisent. Ainsi on n’a pas x fois la même scène vu par des personnes différentes. Par contre, l’auteur a su doser, certains passages sont vus par plusieurs personnages avant de continuer l’histoire. En plus d’un point de vue autre que celui d’August, j’ai trouvé que ça permettait aussi d’alléger un peu ! Il faut l’avouer, la vie d’August n’est pas simple et peut-être que le roman entier vu par lui aurait été trop chargé d’émotions (qui ne manquent déjà pas).
En tout cas, cette narration est très bien menée et vraiment pertinente.

Kik: Comme Sophie, je pense qu’une narration avec le seul point de vue d’August, aurait été moins forte. Dans ce roman, l’alternance des points de vue, qui sont complémentaires et pas redondants, donne de la dynamique et un intérêt supplémentaire. Tous les lecteurs peuvent se retrouver dans au moins un personnage. J’ai bien aimé lire les narrations des amis, qui donnent un regard encore différent de celui de la famille.
Cette particularité du roman est quelque chose qui m’a beaucoup plu, lors de la lecture.

Dorot’: Les chapitres racontés par Olivia, la sœur d’August, m’ont beaucoup émue. J’ai trouvé qu’elle était un peu abandonnée à elle-même dans cette histoire…Le handicap d’August justifie tout ça selon vous?

Pépita: Tout comme toi, ces chapitres m’ont beaucoup émue aussi. Je les ai trouvés très juste. Ce n’est déjà pas simple une fratrie ! Olivia espérait une nouvelle vie pour elle au lycée, ne plus être la sœur de …Elle culpabilise énormément de prendre ce virage-là. Mais en même temps, c’est vital pour elle. Il me semble que sa mère ne l’a pas très bien compris (passage où elle s’aperçoit qu’Olivia ne leur a pas parlé du théâtre). Spontanément, on se dit que non, ce n’est pas justifié, pas à ce stade-là : August est plus grand, son état de santé s’est stabilisé semble-t-il, il serait normal que la grande sœur puisse aussi avoir sa place. Dans toutes les familles confrontées à la maladie ou au handicap d’un des enfants, les autres enfants en souffrent toujours. Dans mon entourage, j’en connais et c’est toujours le cas.

Kik: C’est difficile à dire. Je préfère ne pas me prononcer sur ce point car je n’ai pas dans mon entourage familial proche, de personnes atteintes d’une malformation corporelle aussi importante que celle d’August.
Personnellement même s’il est court et un peu inattendu, j’ai aimé le chapitre donnant le point de vue du petit copain de la sœur. Il n’est pas vraiment de la famille, mais il ressent le mal-être de la sœur et un besoin de protection né.

Dorot’ Un petit bilan de cette année de sixième d’August? Une bonne initiative de la part de ses parents? Un échec complet? Une année mitigée?

Sophie:  Les choses ne se sont pas faites sans mal mais cette année de sixième est un premier pas finalement assez positif dans son intégration sociale. Je concluerais en disant que les choses les meilleures pour nous ne sont pas toujours les plus faciles à réaliser.

Pépita: Je dirai que malgré les obstacles, oui, c’est une bonne année pour August. Il a non seulement réussi à faire changer le regard des autres sur lui mais il s’accepte aussi mieux lui-même.Cette année l’a fait grandir ainsi que son entourage.

Kik: Son visage n’a pas changé. Il a toujours les mêmes déformations. Il est toujours le même. Et pourtant les autres élèves de son école ne le regarde plus de la même manière. Il n’est plus la bête curieuse. Il est lui. Il a des amis. Il a mis le nez à l’extérieur de sa maison, et de sa famille.
La confrontation a été rude, mais il a franchi le pas. Malgré les difficultés je pense que cela valait le coup.
Une année forte en émotion pour toute la famille. Il ne doit pas être évident pour les parents de “lâcher ainsi dans la nature”, un enfant protégé pendant plusieurs années.
Pendant les semaines et même mois passés à l’hôpital, ils devaient se dire: “On fait tout ça, pour qu’il puisse un jour aller à l’école et avoir une vie sociale”.
Ce jour était arrivé. Il fallait se lancer. Il l’a fait.
Et ça donne une histoire, très forte.

Dorot’: Une belle conclusion, Kik. Pour finir, en quelques mots, quelle serait une bonne raison pour lire ce livre?

Kik: La découverte de l’autre, de la différence .

Pépita: Une leçon de tolérance.

Sophie: C’est une belle expérience humaine.

Merci les filles !
A lire également: la chronique de Pépita, Sophie, Dorot’

Lecture Commune : Ma maison…

 J’aime le travail d’Eric Battut.
Sa palette tendre et ses paysages époustouflants me touchent.

J’aime beaucoup les publications des éditions L’Elan Vert, qui pour moi sont gages de qualité.

L’équation était donc parfaite pour partager un moment de lecture et de complicité autour de son dernier album Ma maison… édité en 2012 chez L’Elan Vert.

 Je remercie Pépita de Méli-Mélo de livres, Za du Cabas de Za et Sophie de La Littérature jeunesse de Judith et Sophie d’avoir répondu à mon appel.

 

Bouma : La couverture de cet album est divisée en trois : au centre le titre et l’auteur, en haut une maison à flan de colline, en bas un tipi…
A quoi vous attendiez-vous dans ce livre ?

Za : On pouvait imaginer une histoire de voyage, un dépaysement. J’aime le contraste des couleurs dès la couverture. Et l’équilibre entre les deux images dont l’une regarde à gauche et l’autre regarde à droite. C’est d’emblée assez beau.

Pépita : Tout à fait ! Une belle invitation au voyage, très colorée comme toujours chez Eric Battut. Un peu à la façon d’un méli-mélo, où on inter-change les languettes… et où on est dans la découverte en permanence du coup.

Sophie : Je ne savais pas trop à quoi m’attendre mais le voyage semblait être une évidence. J’ai aussi aimé les couleurs, le froid en haut, le chaud en bas.

Bouma : En ce qui me concerne ce n’est pas le premier album d’Eric Battut que j’ouvre puisque j’en suis une grande admiratrice. J’ai beaucoup aimé sa collaboration précédente avec les éditions L’Elan Vert : Bleu Océan. On peut donc dire que j’y suis allée les yeux fermés et que la couverture avait peu d’importance pour moi (outre le nom de l’auteur).

.

Maintenant que vous avez ouvert cet album et que vous l’avez lu. Comment le définiriez-vous ? Son histoire, votre ressenti, vos cheminements…

Sophie : C’est un voyage à travers le monde. On a l’impression de vivre une petite partie du quotidien de toutes ces familles que l’on croise.

Za : Chaque double page contraste fortement avec la précédente. Les ambiances, les paysages jouent avec des couleurs très tranchées, très fortes. Les bleus, rouges, noirs du ciel, l’énergie du coup de pinceau… Chaque tableau est une découverte.
Et puis on suit très vite les points communs à toutes les images : outre le soleil, chaque fois différent, ce sont ces familles qui disent au revoir à un des leurs. Le père qui s’en va. Où va-t-il ? Pourquoi part-il ? Reviendra-t-il ? Et c’est chaque fois la même chose – jusqu’aux deux derniers dessins…

Pépita : Une invitation à découvrir l’habitat de différentes parties du monde par la voix d’un enfant qui décrit simplement son lieu de vie. L’accent est mis dans le texte sur les sentiments et les émotions que chaque endroit procure. Pas de suite logique entre les différents pays, on passe d’un continent à un autre à chaque double page. J’ai plutôt vu le “départ” de chaque personnage comme une invitation à le suivre sur la page suivante ou précédente, comme un va-et-vient entre ces différents lieux et un lien entre ces peuples. Les couleurs choisies traduisent bien aussi l’atmosphère de chaque lieu. C’est superbe !

Bouma : Mon fils a très vite remarqué que la famille possédait toujours un chien, chose dont je ne m’étais pas aperçue. Je trouve aussi que cet album à un aspect très documentaire, permettant aux enfants de comprendre que sur la Terre chacun a une façon de vivre très différente : yourte, tipi, immeuble, maison de terre… Tous différents mais tous pareils avec cette symbolique de la famille comprenant toujours un papa, une maman, un enfant et un chien.

Za : C’est ce qui, pour moi serait une des faiblesses du livre, ce côté permanent de la famille qui, s’il est universel, n’en est pas moins stéréotypé. Je sais que mon argument peut être retourné : cette famille est peut-être stéréotypée mais elle n’en est pas moins universelle. Au choix… Mais si, en plus, vous lui ajoutez un chien, j’adopte immédiatement la première hypothèse !

Bouma : Je trouve ta remarque très intéressante, surtout avec l’actualité brûlante autour de la notion de “famille” en France. Eric Battut nous montre ici les codes de la norme, mais rappelons que le sujet principal de l’album est dans son titre : Ma maison, peut-être a-t-il choisi une symbolique plus qu’un stéréotype…

ma maison fidji

© L’Elan vert, 2012

 

J’en profite donc pour vous poser la question suivante. Dans ce livre, le lecteur découvre des maisons bien différentes. Pour chacune, la mention du pays accompagne une petite description de l’enfant qui y habite et de son quotidien. Laquelle ou lesquelles ont eu votre préférence ?

Sophie : J’ai hésité mais je vais dire que ma préférée est la page sur le Groenland. J’ai aimé cette immensité bleue où la mer et le ciel se confondent et se reflètent. Et puis si il y a bien un endroit où on ne s’imagine pas vivre, où on n’a l’impression qu’il n’y a rien, c’est bien là. C’est un mode de vie qui m’intrigue.

Za : C’est vrai que toutes ces maisons sont très différentes, mais à bien y regarder, elles se ressemblent beaucoup. Ce sont des habitations modestes, tentes, huttes, maisons en bois, roulottes. La plus sophistiquée est la maison japonaise mais elle n’est pas très grande. Je laisse de côté, pour l’instant, les deux dernières images.
J’aime en général le côté abstrait des paysages, en particulier le tableau des îles Fidji où le ciel et la mer ne sont pas distincts. L’homme en pirogue pourrait aussi bien s’envoler avec son bateau, tout est possible ! On retrouve cette idée au Maroc où le soleil et la lune semblent posés sur la sable.

Pépita : Difficile à dire ! Chacune a sa personnalité et son univers. Mais comme j’ai un faible pour le bleu, je serai plutôt attirée par la Suisse, les Iles Fidji, la Grèce, la Mongolie et le Groëndland. A chaque fois, cette couleur est mise en valeur différemment, n’a pas la même profondeur ni la même place. Tantôt très froide, tantôt plus chaude. On y plonge littéralement.

Bouma : Mes tendances nippones me poursuivent jusque dans cette lecture, puisque j’ai une large préférence pour la maison traditionnelle japonaise, au sommet de la montagne, avec ce soleil rouge qui se couche entre les deux versants.
Je crois qu’il y a suffisamment d’atmosphères, de couleurs et de maisons différentes pour plaire à chaque lecteur selon sa sensibilité.

ma maison japon

© L’Elan vert, 2012

D’ailleurs en évoquant cette qualité, qu’avez-vous compris de la conclusion de cet album ? Comment la décririez-vous ?

Sophie : Ce que j’ai vu dans la fin de cette histoire, ce sont des jeux d’enfants. Pour moi, toutes les maisons que l’on a vu, ce sont les enfants qui les imaginaient dans leur cabane. Ce qui pourrait expliquer la présence du même chien sur chaque image (celui également présent avec les enfants). Et puis comme chacun est d’origine différent, on peut supposer qu’il apporte une petite part de leur culture dans leurs jeux.

Pépita : Je l’ai vue comme une invitation universelle au jeu. Partout, quelque soit son habitat, les enfants jouent avec rien et tout à la fois. C’est le dénominateur commun à tous les pays du monde.

Za : Les deux dernières doubles pages sont à part. Le petit new-yorkais, au sommet de sa tour est coupé de la nature mais pas de l’imaginaire, symbolisé par son avion de papier. Son apparente solitude est ouverte sur le ciel, sur le monde.
La conclusion de l’album est optimiste, vraiment joyeuse. Les enfants rassemblés à l’ombre d’un grand arbre – eux aussi ! – ont construit une cabane qui contient toutes les autres. C’est de l’universel à hauteur d’enfant.

Bouma : Que vos réponses sont belles et poétiques, ET éclairantes. Je n’y avais pas vu tout ceci et cela. Pour moi, il s’agissait d’une page unificatrice avec tous les enfants présentés sur les pages précédentes, prêts à construire le monde et leur avenir. J’y ai retrouvé une espèce d’hymne à la tolérance : tous pareils, tous égaux, quelque soit sa vie.

 © L'Elan vert, 2012

© L’Elan vert, 2012

Maintenant, j’aimerai aborder l’auteur de cet album, Eric Battut, puisque c’est son nom qui m’a donné envie de découvrir ce livre. Connaissiez-vous déjà certains de ses titres ? Êtes-vous sensibles, comme moi, à son travail ? D’ailleurs, quels sont ses caractéristiques selon vous ? Qu’est-ce qui le rend reconnaissable ?

Sophie : J’avoue que je suis partagée sur le travail d’Éric Battut. Certains livres m’accrochent tout de suite, pour d’autre je suis plus en retrait. Je ne l’explique pas vraiment, c’est variable. Cela ne m’empêche pas de reconnaître son talent en particulier pour les illustrations. J’associe son travail à des peintures de paysages avec des petits personnages au milieu, et toujours des petits clins d’œil comme ici avec le chien que l’on retrouve à chaque page.

Pépita : J’apprécie vraiment son travail même s’il est vrai que certains de ses albums sont plus énigmatiques que d’autres. Ses illustrations sont reconnaissables : on se dit, tiens, c’est du Battut ! C’est un illustrateur un peu à part, très discret mais constant. J’aime son univers particulier fait d’un mélange de grands espaces et de petits personnages, comme s’il insistait sur notre petitesse dans l’univers. Pour avoir raconté certains de ses albums en accueils de classe ou en heure du conte, on peut dire que les enfants sont très sensibles à ces grandes images colorées qui suscitent toujours le silence et une certaine forme de respect.

Bouma : En tout cas, ce qui me plait aussi dans le travail d’Eric Battut tient du fait que l’on voit les traces de ses coups de pinceaux sur ces aplats et ses personnages. Je trouve ça magique de voir le travail de création…

.

Dernière question maintenant. Quel sentiment ressort de votre lecture ?

Za : Au risque de faire un contresens, mais tant pis, ce que je retire de cette lecture, c’est ce départ du père vers on ne sait où. Ce faisant, j’évacue le dernier dessin, celui que j’aime le moins et je laisse ces histoires en suspens. Que va-t-il chercher ? Il part travailler, il part en voyage ? Et pourquoi l’enfant new-yorkais est-il seul, ou apparemment seul ? C’est ainsi que je lis ce livre. En oubliant volontairement les textes qui sont, à mon sens, le point faible de cet album. Mais je trouve le livre assez ouvert pour se prêter à d’autres interprétations et c’est ce qui le rend passionnant. Passionnant et émouvant.

Pépita : Ce que j’ai particulièrement aimé, c’est l’esprit de liberté que l’on retire de ces pages colorées. Une belle évasion et un hommage à la beauté du monde. Mis à part le texte, où je rejoins Za, qui n’apporte pas énormément à l’ensemble, si ce n’est chaque enfant de chaque pays qui présente sa maison. Ce que je retiens aussi, et je me répète, c’est l’universalité de chaque lieu : la maison est emblématique du besoin humain de s’ancrer quelque part, même s’il faut parfois en partir ou même si on éprouve le besoin de s’en évader, comme cet enfant new-yorkais, seul en haut de son immeuble, dans l’immensité de la ville. Il n’envoie pas des bouteilles à la mer mais des avions en papier… Quant à la dernière page, qui m’a surprise à la première lecture, je la trouve finalement assez poétique : un arbre-cabane comme le début de tout, et ces enfants jouant autour et invitant le petit lecteur à les rejoindre, comme un éternel recommencement. Mais ce n’est que ma libre interprétation.

Sophie : Ce que j’ai retenu, ce sont ces magnifiques paysages. C’est une invitation au voyage. Pour revenir sur l’enfant New-Yorkais, il joue seul mais ses parents ne sont pas loin. En tout cas, j’ai vu son père et sa mère derrière lui dans l’appartement. Par contre, je me suis demandée pourquoi là, le père ne partait pas comme à chaque fois. Pourquoi dans cette ville, la situation est-elle différente ? Je n’ai pas de réponse.

Pépita : Ce n’est qu’une interprétation de ma part : peut-être que dans les autres pages, le père part en ville justement, trouver un monde meilleur ???… et que sur New-York, le père est parti et la mère et l’enfant l’ont rejoint… et la dernière page nous dirait que le monde nous appartient, a fortiori à la nouvelle génération ! mais bon, c’est ma vision. On serait peut-être surprises de connaître les intentions de l’auteur, ou peut-être qu’il n’en a même pas !

Bouma : Ce que je retiendrais moi, c’est le visage de mon fils (presque 5 ans) devant tous ces enfants, me demandant où ils habitaient, pourquoi pas dans un immeuble comme nous. C’est aussi un auteur et une maison d’édition que j’apprécie de plus en plus à chaque découverte.

C’est aussi et surtout ce moment de partage avec vous, qui m’a permis de redécouvrir ma lecture, de l’approfondir, de lui donne un autre sens.

.
Merci à vous toutes.

.

Découvrez les articles détaillés sur cet album de Pépita, Sophie et moi, Bouma.

Et pour aller un peu plus loin, découvrez d’autres titres d’Eric Battut chroniqués par les membres d’A l’Ombre du Grand Arbre :

Le Roi qui demandait la lune chez 3 étoiles

Deux, Mot à mot et Au fil des mois chez La Littérature de jeunesse de Judith et Sophie

Chouette !, Bleu océan, Le Petit chaperon rouge, Pêcheur de couleurs et Un Pont chez Un Petit Bout de Bib