Entretien avec Flore Vesco

Elle a plus d’un tour dans son sac pour nous surprendre avec des textes malicieux et décapants, toujours à la lisière entre les genres. Personne ne sait vraiment qui elle est, derrière son sourire sibyllin – fantasque personnage échappé d’une pièce de théâtre ? Conteuse des mille et une nuits ? Génie surgi d’une fiole de laboratoire ? Nous ne connaîtrons pas la composition chimique des romans de Flore Vesco et ne percerons pas les secrets capables de faire bruisser d’enthousiasme les branches du Grand Arbre – et pas seulement, ils ont même reçu les prix les plus fameux, dont le Prix Vendredi et le Prix Sorcières. À défaut, vous tenez ici l’occasion dont vous rêviez d’en savoir plus sur les coulisses de la création de cette autrice phénomène…

Pour commencer, nous nous posions beaucoup de questions sur la transition entre métier d’enseignante et celui d’auteure : comment est-ce que cela s’est passé ? Qu’est-ce qui vous a fait basculer d’une vocation à l’autre ? Avez-vous pu faire les deux en même temps ? Est-ce qu’enseigner a nourri votre inspiration d’auteure ?
Il y a beaucoup de professeurs ou d’anciens professeurs parmi les écrivains. Je crois qu’assez naturellement les élèves qui aiment lire et écrire entament des études de lettres, et l’un des débouchés le plus répandu est l’enseignement. C’est à peu près mon parcours. Cependant je ne fais pas tellement de ponts entre mes romans et mes années d’enseignante. D’abord, parce que les deux périodes ne se superposent pas, et aussi parce qu’au final, j’ai enseigné peu d’années : un an de stage, trois ans en tant que remplaçante dans le 94, et pouf ! (ce « pouf » symbolise un coup de baguette magique ou un nuage de poudre de perlimpinpin, enfin, bref, une échappée du monde magique de l’Éducation Nationale). J’ai arrêté à l’aube de mes trente ans, avec l’intention d’écrire et, si possible, d’être publiée. La transition a été assez douloureuse (en gros, imaginez quelques années de vache maigre, séjours à l’étranger, jobs alimentaires en tout genre, retour chez mes parents pour cause de finances désastreuses, le tout saupoudré de lettres de refus type régulières de la part des éditeurs – j’essayais alors de placer mon premier roman, De cape et de mots). Mais bon, je me suis acharnée, et il faut croire que tout finit par arriver, puisque me voilà à répondre à cette interview !

De Cape et de Mots, Didier Jeunesse, 2015. Un roman qui a fait l’unanimité parmi nous, en témoignent les avis de Linda, Blandine, Pepita, Lucie, Bouma et Isabelle !

Vos romans sont souvent d’originaux mélanges de genres (roman historique/roman de science-fiction par exemple). Est-ce un parti pris dès le départ ou un heureux « hasard » ?
J’aime beaucoup l’idée du heureux hasard ! C’est certainement plus élégant que « tiens, si je parlais d’un conte ? Mais aussi, hein, comme j’aime bien, je vais m’inspirer des romans de Jane Austen. Rooo, et puis, tiens, j’ajoute un peu de fantastique, de l’horreur, un château hanté. Pourquoi choisir, hein ? ALLEZ ON MET TOUT !! Avec un peu de chance, si je touille bien, ça fera un roman. »

D’or et d’Oreillers, L’école des loisirs, 2021. Les avis d’Isabelle, de Lucie, de Pépita et de Linda

Les contes forment un matériau important de vos romans, que ce soient ceux qui revisitent un conte célèbre ou les autres qui peuvent y faire des clins d’œil multiples, comme dans 226 bébés. Pourquoi ? Et comment avez-vous eu l’idée de mobiliser cet univers de références-là ?
Les contes m’intéressent pour deux raisons. D’une part, c’est un univers partagé. J’aime glisser des clins d’œil dans mes récits, et une référence à Barbe bleue ou aux trois petits cochons est reçue par tous les lecteurs. C’est un super atout en jeunesse, où les romans sont lus par un éventail d’âges très variés. Quelle que soit la génération de mon lectorat, nous avons ce terrain commun des contes.

Les avis de Pépita et d’Isabelle

D’autre part, un conte, c’est un iceberg. La partie émergée, c’est le schéma narratif, par exemple une petite fille qui va porter une galette et un pot de beurre à sa grand-mère. La partie immergée, elle, est immense et mystérieuse. Il y a le message moralisateur, il y a la lecture psychanalytique, et puis la réception qu’on en fait quand on est petit et ce qu’on en retire plus grand… J’aime l’idée de transvaser ces intrigues courtes et simples dans le moule plus large du roman, qui laisse plus de pages pour soulever et interroger les contenus cachés qu’elles recèlent. C’est sur ce principe que j’ai écrit L’estrange malaventure de Mirella ou D’or et d’oreillers.

Vous semblez aussi puiser dans des figures historiques tels Pasteur ou Eiffel : comment travaillez-vous pour nourrir vos récits de faits extrêmement précis dans des domaines pourtant très divers ?
Wikipédia.
Ah ah. Plus sérieusement, en général je fais des recherches, je lis des livres, je regarde des films sur le sujet. Je digère à peu près les infos, de manière à les ressortir plus tard au fil des lignes, l’air de rien, comme si je savais ça depuis toujours. Ensuite, bénis soient les correcteurs et premiers lecteurs qui essuient les plâtres et me signalent les erreurs. Puis vous pouvez être certain qu’une fois le roman derrière moi, je m’empresse de faire le vide dans mon cerveau. Du coup, ne me parlez pas de bactéries anaérobies ou des différents noms de poutres : j’ai déjà tout oublié.

Les avis d’Isabelle et de Pépita sur Louis Pasteur contre les loups-garous (Didier Jeunesse, 2016) et à propos de Gustave Eiffel et les âmes de fer (Didier Jeunesse, 2018), ceux de Blandine, Pépita et Isabelle.

Comment en êtes-vous venue à écrire dans une langue qui évoque le français médiéval dans De Cape et de Mots et L’Estrange Malaventure de Mirella ? Et comment l’avez-vous composée ?
La langue de L’estrange malaventure de Mirella est faussement médiévale. D’un point de vue lexical, le texte est chargé de mots anciens, certains connus (« ouïr », « trépasser »…), d’autres reconnaissables (« coutel », « mantel », « ce jour d’hui », « iceux », « maugré »…), et quelques-uns sans doute un peu moins répandus, comme « s’esbaudir ». D’un point de vue syntaxique, je me suis aussi amusée à casser un peu la structure moderne de la phrase, par exemple en antéposant l’adjectif (« une fille si belle » devient « une tant belle garce »).
De cape et de mots est moins marqué stylistiquement, je pense. Le roman se situe dans un passé de conte, farfelu et inventé, qui peut rappeler, sans doute, le 17e ou le 18e siècle. Comme les personnages ont des tenues et des coiffures abracadabrantesques, j’ai voulu assortir le fond et la forme, que la langue ait quelque chose d’apprêté et fantasque, comme le monde dans lequel l’héroïne évolue. Le récit est donc truffé de mots jolis-longs-rares, comme « sirénomèle » et autres « bourdalou ». Mais ce ne sont pas spécialement des mots anciens, d’ailleurs : autant pour L’estrange malaventure de Mirella, il s’agissait de donner une couleur archaïque au texte, autant pour De cape et de mots, c’était plutôt un côté fantasque. En fait, le défi, c’est de trouver le style le mieux adapté à chaque nouvelle histoire.

Vous aimez les mots incongrus et biscornus, ceux qui roulent sur la langue et stimulent l’imagination, mais qu’on n’a pas forcément l’habitude de croiser souvent – surtout en littérature jeunesse. Avez-vous des retours du jeune public par rapport à cela ?
Je rencontre régulièrement des jeunes lecteurs, mais ils réagissent beaucoup plus à l’histoire, aux personnages, qu’à l’écriture. Les questionnements sur le style, ce sont bien plus souvent les adultes qui me les posent ! Or il me semble qu’en réalité, on joue beaucoup avec la langue en littérature jeunesse… dans l’album. C’est même une tradition, et un trait reconnaissable de la littérature pour l’enfance. Mais en effet, les jeux langagiers sont sans doute moins fréquents dans le roman. Je ne comprends pas pourquoi. Si on estime que cela plaira au lecteur de 5 ans, pourquoi pas à celui de 8 ou 12 ou 14 ans ? Il cesse d’aimer les mots nouveaux ou rigolos en grandissant ? J’ai l’impression que ce qui est considéré comme un amusement pour le lecteur de 5 ans est devenu une « difficulté de lecture » pour celui de 10 ans. C’est là où je me bats. J’aimerais bien qu’un mot inconnu ne soit pas vu comme un obstacle, mais plutôt une trouvaille. Souvent, ceux que j’emploie sont intégrés à l’histoire de manière à ne pas entraver la compréhension de l’action. Ils créent une ambiance ou donnent un ton.

Est-ce que l’humour et le détour par le passé permettent d’évoquer des réalités dures et tout à fait actuelles, qu’il serait difficile d’aborder de front avec de jeunes lecteurs ?
C’est une très bonne question… que j’élude (ah ben oui, fallait pas me laisser tout pouvoir dans cette interview). En gros, j’élude parce que je pense qu’il est tout à fait possible d’aborder des questions difficiles de front avec des lecteurs jeunes, mais tout autant que de le faire par le biais de l’humour et du décalage historique (ça, c’est une belle réponse de Normand !).
Et dans tous les cas, je fonctionne pour ma part dans l’autre sens : j’ai d’abord envie de situer mon récit dans le passé, je ne peux pas m’empêcher de faire des blagues… Ensuite, oui, derrière l’humour, dans cet univers historique, imaginaire et fantastique, l’intrigue peut évoquer des comportements misogynes ou violents, ou parler d’intimité. Mais je ne pars pas de ces thèmes, ils s’agrègent naturellement à la construction narrative.
En résumé : je me mets devant l’ordinateur avec l’ambition d’écrire une bonne-histoire-qui-se-tient-pas-trop-rebattue, pas avec celle de faire passer un message. Ensuite, en bâtissant le récit, j’y glisse mes valeurs, forcément, mais en effet, elles apparaissent par un biais, qui peut être l’humour, le décalage historique, le fantastique…

Interroger la place du féminin aussi dans vos romans, est-ce un cheval de bataille ?
Je ne sais pas si j’enfourche ma monture telle une walkyrie (sans doute pas), mais ça reste un sujet, et surtout un motif narratif, qui me plait. Du coup je l’ai tricoté sous divers angles… Dans De cape et de mots, je trouvais intéressant de donner le pouvoir de la parole à une jeune fille : encore aujourd’hui, on sait que les femmes sont plus souvent interrompues ou corrigées quand elles parlent. Dans L’estrange malaventure de Mirella, l’héroïne apprend à libérer son corps, danser et aussi sortir, s’approprier la ville. Et dans mon dernier roman, D’or et d’oreillers, j’ai raconté une histoire d’amour, et mis en scène un personnage féminin désirant et entreprenant.

Pour finir, il fallait bien que nous demandions : quel est le secret de votre malice toujours pétillante et votre irrésistible dynamisme ?
L’alcool ? Le sucre ? L’absence égoïste d’enfants ? Le vélo ? Le fait que je possède un robot–aspirateur qui nettoie tout seul et passe même la serpillère ? Je vous laisse choisir.

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Un immense merci à Flore Vesco d’avoir accepté de répondre à nos nombreuses questions ! On espère que cet échange vous donnera envie de découvrir ses romans, n’hésitez pas à nous dire en commentaire lesquels vous avez préférés…

ALODGA s’engage – aux côtés de la culture confinée !

En cette semaine anniversaire de notre blog collectif, et après plus d’un an de culture confinée, malmenée, non seulement masquée mais muselée, nous avions envie d’échanger autour d’un album jeunesse qui interroge notre capacité à nous engager pour que vive la culture.

Aujourd’hui, nous vous proposons donc une lecture commune de l’album Si j’étais ministre de la culture de Carole Fréchette et Thierry Dedieu publié d’abord au Québec aux éditions d’eux en 2016 puis édité en France par HongFei en 2017. Vous pouvez en savourer la lecture à haute voix par Daniel Pennac sur le site de l’éditeur québécois.

Linda : Si j’étais Ministre de la Culture est à l’origine une lettre ouverte de Carole Fréchette écrite en 2014 lors de campagne électorale québécoise. L’objectif était d’attirer l’attention des candidats et des électeurs à l’importance des enjeux culturels. Quel(s) parallèle(s) y avez-vous vu avec la situation actuelle ?

Colette : Quand j’ai relu ce livre complètement par hasard il y a un mois environ, je me suis dit « non, ce n’est pas possible ! Cet album décrit de manière hypothétique la situation que nous sommes en train de vivre de manière très très réelle ! » Et cette lecture a provoqué en moi une sorte de rire grinçant. Il y a une telle ironie tragique à lire ces pages aujourd’hui : tout était écrit, là, noir sur blanc, de ce que nous vivons aujourd’hui. De ce que nous laissons nos gouvernements nous imposer comme vie aujourd’hui… Une vie sans culture, sans musée, sans théâtre, sans cinéma, sans spectacle de rue, sans danse, sans opéra, sans concert… Dans l’album, ce n’est qu’un un défi proposé par une hypothétique ministre de la culture qui décrèterait des « journées sans culture » pour prouver quelque chose à la classe politique qui l’entoure. La véritable ironie, c’est qu’aujourd’hui en 2021, c’est notre réalité. Et pas qu’un seul jour. Tous les jours depuis un an.

Lucie : Le parallèle que tu proposes avec la situation actuelle m’a aussi sauté aux yeux, cette vision de l’art « non essentiel ». Nous avons vécu ces journées sans culture, nous continuons à les vivre, Colette le dit très bien. Et si finalement les librairies ont rouvert (après avoir bataillé), le reste continue à nous manquer. C’est d’ailleurs un manque très bizarre, lancinant, qui n’est pas aussi criant que je l’aurais cru mais qui pèse sur le moral (ce que Carole Fréchette avait anticipé avec une triste lucidité), chaque jour un peu plus.

Linda : Si ces décisions paraissaient justifiées dans un premier temps, je suis moins convaincue par la fermeture complète de tout ce secteur lors du deuxième confinement à l’automne dernier. Aucun cluster n’était lié aux lieux culturels, tous faisaient des efforts pour respecter les règles de distanciation, les gestes sanitaires ainsi que la mise en place de jauge restreinte. Pourtant lorsqu’il a fallu « confiner » de nouveau, ce sont ces lieux qui ont fermé en premier sans réelles justifications. Comment peut-on justifier le sacrifice d’une partie de la population pour en protéger une autre ? C’est un autre débat mais je m’interroge vraiment sur les conséquences à long terme de ce genre de décisions.

Linda : Le sacrifice de la culture par nos gouvernements en situation de pandémie n’est-il pas le reflet d’un système capitaliste qui condamne ce qui n’est pas rentable, sacrifiant les bienfaits de la culture sur l’homme ? Peut-on encore espérer convaincre nos dirigeants que notre bien-être passe par le confort de l’esprit, bien plus que par un portefeuille bien garni ?

Colette : J’avoue que je ne sais jamais me mettre à la place d’un gouvernement. Mais je comprends complètement ton interprétation. Ce qui me questionne le plus au travers de cet album c’est ce que nous avons fait, nous, citoyens, citoyennes, face à de très longues « journées sans culture ». La première fois que j’ai lu cet album, je pouvais aller au théâtre ou au cinéma comme je le voulais. Cet album m’avait fait sourire. Bien trouvée cette « dystopie » , m’étais-je dit ! Ça n’arrivera jamais ! La deuxième fois que je l’ai lu, c’était il y a un mois, après une année entière sans pouvoir accéder librement à la culture et bien j’ai eu terriblement envie de pleurer : parce que je n’ai rien fait. Et du coup, je me suis demandé : est-ce que je ne suis pas finalement seulement une consommatrice de culture ? Et quand le bien se fait rare, je m’en passe. Qu’en pensez-vous ?

Lucie : Je suis d’accord avec toi Colette, la situation était inédite et critique. Comment juger des décisions du gouvernement visant à protéger ? Un an après, je découvre ce texte grâce à vous. Et je me dis que si je l’avais lu avant j’aurais souri, trouvé l’idée pertinente et que le lien avec l’oxygène était une jolie métaphore. Sauf que ce n’est pas une métaphore. « L’équilibre des âmes », c’est vraiment ça. On entend bien les baisses de moral et d’énergie autour de nous. Pour moi elles sont directement liées à ce manque de culture. Je le vis comme quelque chose de plus en plus oppressant.
Qu’aurais-tu pu faire que tu n’as pas fait, Colette ? Tu as continué à faire découvrir des œuvres à tes élèves, à leur donner le goût pour cette culture, avec l’envie et l’énergie qui te caractérisent. Tu as continué à partager tes découvertes et tes coups de cœur sur tes blogs, et tu as continué à lire écouter regarder malgré tout. Qu’aurait-on pu faire de plus avec une année de recul ? Je ne trouve pas que l’on se soit résignées.

Linda : Ne sommes-nous pas tous, plus ou moins, consommateur de culture ? Après tout, en tant que grandes lectrices, nous sommes déjà dans un schéma de consommation assumée. Mais c’est aussi la consommation qui fait vivre la culture donc d’une certaine manière consommer revient à aider la culture. Aujourd’hui, nous pouvons aussi rejoindre les artistes qui occupent les théâtres et autres lieux culturels dans leurs actions pour la défense des intermittents et la réouverture des lieux culturels. Chez nous, à Lille, il y a eu des rassemblements autorisés en mars dernier et tout le monde était invité à participer, à montrer son engagement. C’était chaleureux et convivial, en musique et en danse ! C’est certes peu mais que peut-on faire de plus que de montrer notre soutien lorsque même la Ministre de la Culture appuie les décisions du gouvernement?

Lucie : La difficulté de notre situation c’est que quand il est écrit « il faut privilégier les vraies urgences », ici c’est pour protéger la santé de nos concitoyens que nous avons été privés de culture. Du coup il y a presque une culpabilité à se plaindre. La vraie urgence était effectivement la santé. Mais la privatisation à long terme nous ont fait réaliser que la culture est aussi indispensable à notre équilibre. Au delà de notre situation exceptionnelle, je trouve très maline la réaction de la ministre : la culture n’est pas une urgence? Interdisons-la quelques jours et voyons. Vous qui l’avez lu avant de le vivre, vous souvenez-vous de ce que vous avez pensé de ce ressort narratif ?

Linda : Je ne l’ai découvert que sur les conseils de Colette il y a quelques semaines donc déjà en pleine restriction. La réalité de ce que l’on vit est à l’image de la fiction. L’auteure a une analyse très fine du poids de la culture sur notre santé.

Colette : Lucie, tu fais bien de rappeler ce ressort narratif car c’est ce que j’ai trouvé le plus ingénieux dans cet album ! Cela m’a clairement fait penser au virage à 180 degrés proposé par la psychothérapeute Emmanuelle Piquet dans ses livres destinés à la jeunesse « Je me défends du sexisme », « Je me défends du harcèlement » ou encore « Je combats ce qui m’empêche d’apprendre ». Face au problème rencontré, elle invite la personne en souffrance à faire le contraire de ce qu’elle aurait tendance à faire spontanément. Mon rapprochement est un peu hasardeux mais j’y vois ici la même technique : vous n’écoutez pas ce que j’ai à dire sur l’importance de la culture, alors vivons sans culture. A la place des mots, des actions. Voilà bien l’essence même de l’activisme politique et c’est génial que dans ce livre ce soit une femme politique qui opte pour cette option militante, cela permet de donner une image positive de la politique, de montrer qu’une personne dans un gouvernement peut aussi changer les choses.

Linda : Thierry Dedieu utilise un dessin caricatural qui vient appuyer les arguments très imagés de l’auteure. Je trouve le style graphique particulièrement saisissant ! L’expressivité des personnages reflètent, à mon sens, parfaitement le vide laissé par le manque de culture dans nos vies. Qu’en pensez-vous?

Colette : Je suis tout à fait d’accord avec toi, connaissant en plus la multiplicité des styles graphiques de Dedieu, le style choisi ici est vraiment percutant ! Ce qui m’a le plus saisie, c’est la solitude : la solitude de la ministre de la culture, la solitude des musiciens, la solitude des danseuses, la solitude du clown, etc. sur ces grandes pages de couleur. Les artistes sont seuls. Abandonnés. Le public est seul. Il n’existe même plus. Il n’y a plus de public. Chacun est isolé de son côté. Et ça je l’ai vraiment ressenti quand au premier confinement il y a eu profusion de ressources culturelles partagées sur le net : c’était un geste honorable, mais à quoi bon ? Regarder une pièce de théâtre, seule dans mon salon, ça n’a pas de goût. Écouter un concert sur Facebook en live : ça ne fait pas battre mon cœur. M’installer avec des popcorns dans mon canapé pour regarder un film d’auteur.e : ça ne me fait pas vibrer.

Lucie : Cette mise à l’écart de la ministre puis la solitude des artistes et des gens est en effet très bien rendue graphiquement. Et elle renvoie elle aussi à notre solitude imposée depuis un an. Je te rejoins sur le spectacle vivant, Colette : regarder du théâtre ou de la danse sur YouTube et même visiter un musée virtuellement ne m’intéresse pas. En revanche je crois sincèrement que ma bibliothèque et ma dvdthèque bien remplies (ainsi que la réouverture des bibliothèques municipales) m’ont empêché de sombrer. Parce que cette culture-là existe toujours, qu’on en profite de la même manière qu’avant, et que c’est à la fois un élément qui n’a pas été touché et « mieux que rien ». D’autant que les films et les livres permettent des discussions réjouissantes, notamment par ici ! Dans le livre, toute culture, même la plus quotidienne est interdite. Cela permet aussi de monter qu’il y a une forme d’art à laquelle nous ne faisons presque plus attention : les arts appliqués comme le design ou la mode par exemple.

Linda : Je ne suis pas complètement d’accord quand tu dis que les bibliothèques n’ont pas été touchées car leurs services ne se limitent pas qu’aux prêts. Je regrette les ateliers ou animations qu’elles peuvent proposer en temps normal et qui permettent des échanges entre le personnel et le public. Mais c’est là aussi qu’on voit vraiment que c’est l’interaction sociale qui est limitée aujourd’hui plus que le reste. Ça fait sens par rapport à la pandémie mais, humainement, ce n’est pas viable sur une si longue période. Comme tu le disais plus haut, les baisses de moral viennent de là car oui, la culture et le lien social vont de pair et nous avons besoin pour vivre.

Colette : J’adhère complètement à ce que dit Linda sur ce qu’ont révélé les restrictions culturelles en terme de sociabilité, d’humanité, d’humanisme. Certes je peux lire, écouter de la musique et regarder des films chez moi – et c’est vrai que c’est ce qui nous « sauve » en partie ! – mais le fait de ne pas pouvoir se retrouver avec d’autres, des inconnus, des étrangers, « nos frères pourtant », ces gens que je ne cherche pas à voir, à sentir, à toucher mais que le hasard de nos goûts artistiques communs met sur ma route l’espace d’un instant, et bien ce vide là, je ne m’y attendais pas, est immense. Ce vide là, j’en ai bien peur, est en train de défaire les liens qui nous lient.

Lucie : Et que pensez-vous du fait que cette ministre de la culture soit une femme ?
Pour ma part, j’ai d’abord pensé qu’elle représentait Carole Fréchette, mais j’avoue que de la voir opposée seulement à des hommes, et assez âgés qui plus est, m’a fait m’interroger sur un message sous-jacent.

Colette : Bizarrement pour moi qui suis très sensible à la cause féministe, je n’y avais pas fait attention. Mais tu as raison de le souligner, Lucie. C’est très intéressant comme choix… On laisse le « non-essentiel » à une femme 😉 On peut à la fois le lire comme un autre choix engagé ou un triste clin d’œil à une répartition des portefeuilles encore particulièrement sexiste dans de nombreux gouvernements.

Linda : J’avoue avoir vu l’auteure dans le rôle de la ministre et ne pas avoir cherché un autre message. On a tendance à voir un engagement féministe partout sans que ce soit forcément le cas, surtout en temps que femme. C’est une réflexion qui ne manque pas de sens mais je crois que je préfère me dire qu’il s’agit ici d’un simple choix lié à l’auteure.

Lucie : Je vois trois parties dans les illustrations de l’album : la ministre qui essaie de convaincre ses collègues, puis les effets de sa décision tout d’abord sur les artistes (ou employés dans le milieu culturel, comme le gardien de musée), et enfin sur la population qui obéit mais ne se résigne pas totalement (comme la vieille dame qui soulève un drap recouvrant une statue dans le parc). Après, avec le côté « strictement fonctionnel » des modèles imposés de vêtements et de voitures, on se rapproche même d’une forme de dictature. Y avez-vous pensé aussi ?

Colette : Complètement Lucie : une vraie dictature qui commence par interdire les différentes formes de culture puis qui retourne les tableaux dans les musées, drape les monuments, et enfin uniformise nos vêtements et nos voitures. On y lit une progression, l’installation d’un modèle de pensée unique. C’est le fonctionnement même du totalitarisme. Et c’est sans doute ce pressentiment qui nous étouffe aujourd’hui. Combien de fois avons-nous eu l’impression que notre quotidien prenait l’étrange tournure d’un roman dystopique ? Rien que les affiches placardées à l’entrée des écoles, avec ce visage sans regard masqué, et ce slogan « Protégeons-nous les uns les autres » (à une lettre près, on pourrait lire « Protégeons-nous les uns des autres »…).

Linda : Oui je vous rejoins complètement. La question de l’uniformité vestimentaire m’a d’ailleurs fait penser au 1984 d’Orwell qui dépeint un état totalitaire. Cela fait un peu plus d’un an que nos libertés sont retreintes sous couvert de se protéger et de protéger les autres. Ces mesures liberticides créent un malaise et nous font craindre l’installation permanente de restrictions qui tendent vers la dictature. C’est effrayant !

Lucie : On commence à voir le bout du tunnel, les effets de tant de sacrifices. Un peu d’espoir : quel est le premier endroit où vous irez / retournerez quand les lieux culturels auront rouvert?

Linda : J’ai terriblement envie de m’asseoir dans l’Auditorium et d’écouter l’Orchestre Nationale de Lille jouer. Mais nous commencerons par le musée d’arts et d’industrie La Piscine de Roubaix. Nos billets sont déjà réservés.

Colette : On ira à Capsciences à Bordeaux ! Il y a une nouvelle exposition qui s’intitule « Esprit critique – Détrompez-vous ! ». Il me semble qu’elle tombe fort à propos, cette expo ! 
Pour conclure sur l’invitation donnée par le titre « et vous si vous étiez ministre de la culture », que feriez-vous ?

Linda : Question difficile ! Après une proposition telle que celle que nous venons de lire, comment proposer quelque chose de plus pertinent ? De plus efficace pour convaincre ? Une réforme complète du système politique serait peut-être nécessaire pour que chaque ministère ait autant de poids qu’un autre…

Lucie : Je ne serai jamais ministre de la culture, donc je peux avoir des projets irréalisables : Ce que je souhaiterais, c’est la gratuité de la culture ! Pas via le téléchargement (qui est bien souvent du vol et non de la gratuité) mais par des subventions, des pass culture ou autre pour quelle soit accessible à tous. Et que chacun ait son content de beauté et d’émotion pour mieux respirer et vivre !

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Nous souhaitions, en tant que blogueuses culturelles, montrer notre engagement envers la culture en apposant une pastille sur le blog. Nous remercions chaleureusement Carole, ancienne branche, et son époux pour la réalisation de ce logo.

Au printemps, Le Grand Arbre fleurit !

En cette semaine anniversaire, c’est aujourd’hui l’occasion de vous présenter une nouvelle venue.

Blandine – Blog Vivrelivre (Instagram, Facebook, Pinterest et Twitter)

Nous lui avons posé nos questions rituelles afin de vous la présenter.

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La littérature jeunesse, pour toi, c’est quoi ?

La littérature jeunesse est pour moi un trésor d’enfances, qui n’a pas de frontière d’âge. Enfance nostalgique avec retrouvailles livresques et d’imaginaires, puis transmissions. Enfance fantasmée avec ce que j’aurais aimé vivre/lire/ressentir. Enfance de mes enfants, créatrice de moments de complicités, de partages et d’échanges, comme de souvenirs. Enfance curieuse et foisonnante avec toutes ses différents supports, formes, sujets qui la composent et la rendent si riche. La littérature jeunesse est vaste, multiple, passionnante, et inspirante. Elle est pour moi un florilège d’émotions.

Parlons donc un peu de tes lectures : quand, comment, avec qui ?

Je lis dès que je le peux, mais pas pour cinq minutes. J’aime être posée pour profiter de ma lecture comme de ce temps volé au temps. Je lis donc souvent le soir, et même la nuit. Ce qui crée une ambiance particulière qui me plaît beaucoup. J’aime aussi lire en voiture et dans les transports en commun. Je suis dans ma bulle.

Et je lis avec mes garçons pour l’histoire du soir, ou chacun avec son livre, tous les trois côte à côte. Ces moments partagés se raréfient, alors je les savoure.

As-tu des livres ou des auteur.e.s fétiches ?

Quelle question difficile ! Il y a les livres refuges de mon enfance/adolescence, tels Le Magicien des couleurs ou Ming Lo déplace la montagne d’Arnold Lobel ; Ronya, fille de brigand d’Astrid Lindgren ; Le Petit Prince de Saint-Exupéry qui est une redécouverte à chaque relecture ; Les Hauts de Hurlevent d’Emily Brontë, mon classique préféré.

Il y a les découvertes faites depuis et qui m’enchantent rien que d’y penser : Banquise Blues de Jory John et Lane Smith pour voir ce qui va bien aussi ; les sublimes albums du duo Fred Bernard et François Roca ; les délicieux détournements de contes de Mario Ramos ; les univers stylisés de Benjamin Lacombe ou Rébecca Dautremer ; l’écriture si douce de Nancy Guilbert ou celle qui me touche toujours tant de Sandrine Beau ; Paul Auster et cette question prépondérante de l’identité dans son œuvre ; l’autodérision d’Amélie Nothomb ; la Première Guerre Mondiale dans son ensemble ; Maxime Chattam pour frissonner.
En BD, font battre mon cœur : la Quête des Elfes des époux Pini ; les questionnements existentiels de Calvin & Hobbes de Bill Watterson ; Valentine de Vanyda ; Young d’Aurélien Ducoudray et Eddy Vaccaro ; Ceux qui restent de Josep Busquet et Alex Xoul. Pour ne citer que ceux-là.

Quelle a été ta plus belle découverte littéraire de ces derniers mois ?

J’aime lire mais j’aime aussi relire. Aussi ai-je lu et relu autour du personnage de Peter Pan : le roman original de J. M. Barrie, puis des adaptations, interprétations, réécritures, prolongements. Tout simplement fantastique !

Nous sommes ravies de t’accueillir sous le grand arbre. As-tu des attentes, des idées ou des envies particulières qui pourraient y prendre forme ?

Merci pour votre accueil, je suis très heureuse de me trouver à vos côtés sous ce grand arbre ! J’ai hâte de d’échanger et de participer à vos nombreux et passionnants projets en cours. Puis de vous en proposer à mon tour, pour toujours plus de découvertes et de partages.

ALODGA a 9 ans !

ALODGA a 9 ans aujourd’hui !

9 ans d’échanges passionnés autour de la littérature jeunesse.

9 ans à faire l’école buissonnière à travers des albums cartonnés à mâchouiller,

à travers les pages de romans ados où fiévreusement s’abandonner,

en passant par les images lumineuses et sombres des bandes dessinées, des mangas, des albums, des pop-up,

sans jamais les documentaires, les revues  et autres objets littéraires non identifiés délaisser.

 9 ans  que Le Grand Arbre abrite sous ses branches une sorte de Neverland,

un Neverland qui se découvre chaque année de nouveaux territoires.

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Et oui, cette année encore A L’Ombre Du Grand Arbre de nouvelles catégories ont vu le jour !

Vous avez pu parcourir des billets où l’on vous présente les œuvres de Nos classiques préféré.e.s :

Vous avez pu découvrir des billets dans lesquels ALODGA s’engage :

On a savouré les occasions de s’entretenir avec des auteures qui nous font vibrer :

On a tenté les mois thématiques :

  • En février, un mois dédié à l’amour sous toutes ses formes.
  • En mars, un mois dédié aux droits des femmes.
  • En avril, un mois dédié aux étoiles.

Et on s’est même essayé à l’écriture à plusieurs mains !

Bien entendu,  on a continué de proposer tous les premiers lundis du mois nos coups de cœur, le plus souvent possible des lectures communes, des sélections thématiques, des lectures d’enfants, des billets d’été et des déballages de SWAPs.

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A l’ombre du grand arbre, on lit, certes, mais on vit aussi et de nouvelles branches ont poussé : on a accueilli Linda et Claudia, Frédérique et Lucie.

Parfois les branches se transforment en papillons et prennent leur envol : ce fut le cas de Claudia.

Et puis parfois le printemps voit naître un bourgeon inattendu, éclore une fleur vive et colorée.

C’est le cas en ce joli moi de mai qui commence :

une nouvelle venue est arrivée.

Et c’est l’occasion, en cette semaine anniversaire de vous la présenter.

Rendez-vous demain pour la découvrir !

Nos coups de cœur d’avril !

Si, comme le dit l’adage « En avril ne te découvre pas d’un fil », et même si ce mois fut une nouvelle fois confiné, nous n’avons pas perdu le fil de la lecture sous A l’Ombre du Grand Arbre, nous nous y sommes même plutôt accrochées !

Voici donc, comme chaque premier lundi de chaque mois, nos coups de cœur d’avril !

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Pour Colette, avril a été le mois de la famille confinée qu’il a fallu continuer de faire rêver. Alors avec le bel album La Passoire de Clarisse Lochmann publié aux éditions L’atelier du poisson soluble, on a pu débrouiller ensemble les fils ténus et enchantés des rêves qui tissent nos nuits. On y suit une enfant que le défi de recréer ses rêves de la nuit n’effraie pas. Et à sa suite, on meurt d’envie d’essayer de saisir, nous aussi, ce moment si particulier qui nous ouvre les portes d’un ailleurs caché dans notre propre intériorité.

La Passoire, Clarisse Lochmann, L’atelier du poisson soluble, 2020.

L’avis de la collectionneuse de papillons par ici.

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Pépita dans son MéLi-MéLo de livres a succombé à L’appel du large mais pas à n’importe lequel : un magnifique album de Cathy Ytak au texte et de Laurent Corvaisier aux illustrations, dans lequel l’écho trouve sa place à cet appel du large. Il y aura forcément le vôtre dans ces pages sublimes.

L’avis de Pépita

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Lucie a eu un énorme coup de cœur pour l’album Là-bas, qui propose lui aussi un voyage vers le large. Des mots rares et précieux, des illustrations somptueuses et la magie opère. Un album d’une grande beauté plastique et poétique.

Là-bas de Rebecca Young, illustrations de Matt Ottley, Kaléidoscope, 2020.

L’avis de Lucie et d’Isabelle.

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Pour Linda, le coup de cœur du mois va au roman de Vincent Villeminot, Comme des sauvages. L’auteur nous met entre les mains un récit fantastique déconcertant qui questionne sur le place de l’humain dans la nature, remettant régulièrement en doute les repères que l’on croyait établis. Déconcertant!

Comme des sauvages, Vincent Villeminot, PKJ, 2020.

Les avis de Linda et d’Isabelle.

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C’est un doublé pour Vincent Villeminot, puisque pour Isabelle également, le coup de cœur du mois revient à un de ses roman qui s’est révélé addictif : comme les habitants de l’île, on brûle de savoir ce qui se passe là-bas, sur le continent… Entre feuilleton d’aventures, robinsonnade post-apocalyptique et fable philosophique, c’est un excellent cru !

L’avis d’Isabelle

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Pour Liraloin c’est le besoin d’un bon bol d’air frais qui s’est fait ressentir à travers Juste un fraisier d’Amandine Laprun. Et quoi de mieux que de déguster de bonnes petites fraises sous un rayon de soleil printanier !

Juste un fraisier, Amandine Laprun, Actes Sud Junior, 2020

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Il y a comme une envie d’évasion et de respirer la nature et le large à pleins poumons dans ces lectures d’avril, non ? On vous souhaite de pouvoir le faire très bientôt et vous donne rendez-vous le mois prochain pour de nouveaux coups de cœur ! D’ici là, n’hésitez pas à partager vos trouvailles livresques avec nous…