Lecture commune : La petite fille au fusil, histoire d’une jeune résistante

Lorsque la BD s’invite sous notre bel arbre, l’envie de faire une lecture commune s’en fait de suite ressentir. Pour ce titre Lucie et Liraloin ont partagé leurs émotions durant la lecture de cette BD. Vous allez voir que Magda, cette petite fille au fusil nous relate un épisode très sombre de l’Histoire de la Lituanie…

La petite fille au fusil, histoire d’une jeune résistante de Marius  MARCINKEVICIUS et illustré par Lina ITAGAKI, 2025

Lucie : J’ai beaucoup vu passer cet album sur les réseaux avant de me lancer et je n’étais pas totalement convaincue sur le papier : d’un côté l’histoire m’intéressait vraiment, de l’autre je trouvais les illustrations très (trop) « enfantines ». As-tu été immédiatement attirée par ce titre de ton côté ?

Liraloin : Je n’avais pas entendu parler de cette BD. C’est en recevant la liste via le blog que le titre m’a interpellé et comme tu étais aussi partante de ton côté, j’ai foncé. Tu évoques les illustrations. Pour ma part, comme je fais partie d’un comité BD et étant grande lectrice d’albums, je passe outre les illustrations. Ce qui m’a attiré : ce passage de l’Histoire qui n’est pas forcément très connu (du moins pour ma part). D’ailleurs, est-ce que tu connaissais l’histoire de la Lituanie durant la seconde Guerre Mondiale? 

Lucie : Pas du tout, c’est précisément ce qui m’a attirée. Et j’avoue avoir été choquée en découvrant les nombreuses vagues d’invasions qui se sont succédées. Les lituaniens ont été en paix beaucoup plus tard que la France, quelle période affreuse ! De mon côté, avec les illustrations c’est quitte ou double, j’ai beaucoup de mal à entrer dans une histoire si les dessins me crispent, surtout dans un roman graphique. Je n’arrive pas à avoir du recul à ce sujet. Mais ici elles vont très bien avec la narratrice, je trouve finalement que l’effet est harmonieux.

Liraloin : Je suis d’accord avec toi. Le choix du découpage qui est complétement la construction d’un roman graphique rend la lecture très fluide et l’illustration a autant son importance que le scénario.

Lucie : On découvre donc l’histoire de la Lituanie à la fin des années 1940 à travers les yeux de Magda qui en est au même point que nous. As-tu envie de présenter notre héroïne ?

Liraloin : Bien sûr !!! Magda n’est pas très âgée mais assez pour se voir confier une mission d’une grande importance. Son père a dû voir en elle cet esprit téméraire. Elle est très débrouillarde car ses parents et son grand-père lui ont enseigné comment se débrouiller avec ce que peut apporter la Nature. Ce qui m’a plu dans le personnage de Magda c’est son caractère très fort qui est à l’inverse de cette esprit de fillette qui est en elle. De par ses choix, elle peut être maladroite comme un enfant de cet âge pourrait l’être finalement. Et toi qu’est-ce qui te plait chez Magda? 

Lucie : Comme toi, cette alternance entre enfance et débrouillardise m’a semblé très juste. D’autant que les talents de Magda sont justifiés : elle sait coudre parce que son grand-père est cordonnier, elle se déplace silencieusement parce qu’elle est passionnée par les indiens… ses qualités ne sortent pas d’un chapeau et j’ai vraiment apprécié ce côté réaliste. D’autant que le lecteur fait sa connaissance dans un moment dramatique puisque son père lui a demandé de se cacher alors que toute sa famille était arrêtée ! Après, sa personnalité très vive est extrêmement attachante, surtout au milieu d’adultes. 

Liraloin : Oui tout à fait. Il y a une page qui montre l’absurdité de cette guerre et les conséquences : les occupations notamment. Dans le cas de la Lituanie, Magda parle des soldats verts qui persécutent le peuple puis l’arrivée des hommes en marron qui ne sont pas mieux : “Ils ont pris les montres de tout le monde, comme s’ils voulaient être les maîtres du temps”. Le ton d’une fillette qui parle en somme. 

Lucie : Suite à l’arrestation de sa famille, Magda se retrouve seule. Souhaites-tu parler du groupe de résistants qui la recueille ?

Liraloin : Elle est secourue par son ancien instituteur qui l’amène dans un de ces fameux bunkers. Et là on rencontre d’autres personnages qui eux aussi sont sortis de l’enfance plus tôt que prévu ou ont été blessés… très difficile et réaliste ! D’ailleurs, comment as-tu vu cette nouvelle vie qui arrive très brusquement pour Magda ? 

Lucie : La transition est très bien amenée par le personnage du maître comme tu le disais. Le lecteur est comme Magda, inquiet de l’arrivée cet adulte en uniforme : de quel côté est-il ? comment va-t-elle se débrouiller maintenant qu’elle est seule ? Et en fait son intégration se fait naturellement, on comprendra plus tard pourquoi. J’ai trouvé que l’abri des résistants fonctionnait un peu comme une famille – peut être parce qu’ils sont très jeunes comme tu le disais – avec des personnalités très tranchées mais aussi très attentives les unes aux autres. As-tu un personnage préféré parmi eux ?

Liraloin : Comme tu le dis très bien, c’est une famille qui est recréé pour elle. Je n’arrive pas à savoir si j’ai un personnage qui m’a touché plus que l’autre. Ils sont si différents dans leur caractère et de les voir prendre ces risques au jour le jour me les a tous rendus très attachants. Après, je ne peux pas résister au duo Magda-Pépite ! La vie en dehors des missions s’organise comme une famille et c’est d’autant plus compliqué lorsqu’elle revient chez elle pour y chercher un objet, elle ne reconnaît plus sa maison et son odeur. 

Lucie : Pépite est donc le chien de Magda, personnage à part entière de ce roman graphique et central de différentes péripéties car Magda y est très attachée.

Ce moment dont tu parles du retour à la maison est hyper bien vu. Il montre bien l’étrangeté du conflit qui atteint les recoins les plus intimes. Et en même temps l’humanité de l’ennemi puisqu’une autre famille a été logée là, probablement sans savoir le drame qui lui a permis d’avoir cette maison. Martin explique à Magda : “Ne te mets pas en colère, ce sont peut-être des gens bien. L’homme a perdu sa jambe à la guerre. Le nouveau gouvernement a donné la maison des déportés à d’autres familles… Ce n’est pas facile pour eux…” Cette volonté de nuances m’a énormément plu.

Liraloin : Exactement ! ça me fait rebondir sur cette histoire de territoire vu avec la famille de renard. Magda intervient et fait une énorme bêtise qu’elle veut réparer car finalement elle s’est aperçue qu’elle avait envahi le territoire de chasse de la renarde. J’ai trouvé cela parfait ! Le renard, ce prédateur que tout le monde veut abattre ! 

Lucie : C’est d’ailleurs un passage qui intervient juste après. Ces passages avec les renards pourraient sembler anecdotiques mais ils ne le sont pas du tout, ils montrent la complexité et les conséquences de chaque décision, à la hauteur des renards mais pas seulement évidemment ! On prend une décision qui semble bonne sur le moment, on se rend compte qu’elle a des conséquences qu’on n’avait pas prévu, et essayer de rattraper le coup prend finalement beaucoup d’énergie (ici beaucoup de risques)… J’aime les bons sentiments qui animent toujours les prises de décisions de Magda. 

Liraloin : Justement, cette petite fille si agile et courageuse se remet en question comme tu dis et c’est d’autant plus compliqué qu’elle n’est pas avec ses parents. D’ailleurs, elle se souvient des bêtises commises lorsqu’elle vivait encore avec sa famille. 

Lucie : Et si réparer ses bêtises lui fait prendre des risques énormes en volant dans la cuisine des soldats ennemis, celui lui permet aussi de nourrir les résistants du bunker. Car on n’en a pas beaucoup parlé mais la réalité des difficultés de la guerre n’est pas cachée. Ils ont peur, ils ont faim, ils sont blessés (voire pire), certains sont traumatisés par des événements antérieurs… Magda évolue dans un monde qui n’a rien d’enfantin.

Liraloin : En effet, la destruction et l’occupation met ses sentiments à rude épreuve et pourtant l’histoire trouve un juste équilibre en essayant de préserver de temps à autre l’innocence enfantine et cette subtilité est grandement appréciée ! 

Lucie : La subtilité tient jusqu’au drame de la fin, qui n’est montré que par des chaussures. Cela m’a beaucoup fait penser au film Jojo Rabbit. Et, si leurs camps sont opposés, je trouve qu’il y a une vraie filiation entre ces deux œuvres sur l’enfance prise en étau entre réalité horrible et imaginaire de son âge.

Jojo Rabbit réalisé par Taika Waititi, adapté du roman de le Ciel en cage de Christine Leunens, 2019

Liraloin : Merci pour ce titre de film que je ne connaissais pas mais je comprends car n’ayant pas ta référence j’ai été moi-même marqué par cette scène !

Lucie : Malgré mes craintes j’ai finalement trouvé qu’elles avaient un côté un peu enfantin qui allait très bien avec le propos. Et toi, qu’as-tu pensé des illustrations ?

Liraloin : Oui, étonnamment les illustrations soulignent bien la noirceur du propos justement en permettant au lecteur de se réfugier dans un monde plus enfantin. Comme si l’image nous permettait de reprendre un peu de notre souffle. Le choix des couleurs nous invite à comprendre que toute l’intrigue se situera dans la forêt, camouflée par la Nature. Est-ce que tu as apprécié ce choix de palette ? 

Lucie : Je suis tout à fait d’accord avec toi. A la fois les dessins permettent de garder un certain recul, et en même temps elles laissent presque penser que Magda nous raconte son histoire a posteriori, peu de temps après. L’effet est très intéressant. Et ces teintes entre le marron et le gris vont bien avec le contexte : les personnages sont cachés dans la forêt, ne sortent que la nuit… Et en même temps il y a quelque chose de très naturel, pas du tout oppressant (à contrario du rouge qui fait des apparitions de mauvaise augure : le feu, le sang, le danger !). 

Nous en avons un peu parlé au début de cette discussion mais cet ouvrage se termine sur une courte chronologie de la guerre en Lituanie qui m’a fait tomber des nues. Je n’avais aucune idée des difficultés rencontrées par ce pays, ce qui montre bien qu’on est encore très “européens de l’ouest centrés” dans cette Histoire. Qu’as-tu pensé de cette note finale ?

Liraloin : Je trouve que cette note est intéressante pour le jeune lecteur. Elle permet d’éclairer l’histoire de ce pays durant la seconde Guerre Mondiale tout en restant succinct pour ne pas tomber dans le cours d’histoire. Comme toi, j’étais aussi étonnée de cette situation, preuve en est que la littérature soit disant destinée à la jeunesse l’est aussi pour les adultes.  

Lucie : Justement, à qui conseillerais-tu ce roman graphique ? 

Liraloin : Je dirais à partir de 10 ans jusqu’à… aucune limite et toi? 

Lucie : Pareil. Pas trop tôt parce qu’il faut tout de même avoir les références (les étoiles sur les casquettes des militaires, la déportation, la Résistance…). Mais je crains tout de même que les illustrations très enfantines, même si nous sommes d’accord pour dire qu’elles sont appropriées, ne freinent les lecteurs plus âgés. Par exemple, mon fils de 13 ans n’était pas du tout attiré par ce titre à cause d’elles et s’il a fini par le lire et l’apprécier, il n’a pas adhéré au parti pris graphique. C’est vraiment dommage car pour moi cet album est une réussite à tous points de vue !

Liraloin : Et oui, c’est un parti pris un peu risqué mais avec une belle médiation, ce roman graphique peut fonctionner !

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Nous espérons vous avoir donné envie de découvrir cette BD et que vous prendrez autant de plaisir que nous à découvrir cette histoire. Merci aux Éditons du Ricochet de nous avoir envoyé ce titre !

Entretien avec Isabelle Simler

Comme annoncé il y a quinze jours dans l’article que nous avons consacré aux œuvres essentielles d’Isabelle Simler, l’auteure – illustratrice au trait de crayon magique a gentiment accepté de répondre à nos questions. Nous sommes très heureuses de vous partager cet entretien dans lequel il est question de liberté, de partage, de belles collaborations et d’une parution cette semaine !

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Comment est née votre technique de dessin ?

Avec le temps, en tâtonnant. En expérimentant différentes techniques, on finit par trouver ses outils, ceux qui correspondent le mieux à ses envies, à sa façon d’observer et à ce que l’on cherche à faire passer par le dessin.

Justement, touvez-vous que votre style a évolué depuis vos débuts ?

Oui, je m’en rends compte, lorsque je regarde mes albums plus anciens. La façon de dessiner évolue forcement. Rien n’est figé et on a jamais fini d’apprendre à dessiner. J’ai l’impression que mon geste s’est un peu délié et le mouvement est plus marqué.

Avez-vous des supports favoris ?

Le papier, pour sa texture et sa beauté et la tablette graphique, pour sa précision et la liberté d’expérimentation qu’elle offre.

De quelle manière êtes-vous arrivée à la littérature jeunesse ?

Avant de faire des livres, j’étais illustratrice pour la Presse, la Pub, le dessin animé. Durant ces années passées, j’ai toujours travaillé en binôme ou en équipe sur des projets collectifs. En tout premier lieu, ce qui m’a donné envie de me tourner vers le livre, c’est ce plaisir d’être seul maître à bord, de se retrouver dans un projet qui vous appartient. Dès mon premier livre, j’ai eu envie d’être à la fois auteure et illustratrice, d’imaginer le projet dans son entièreté, de jouer avec les idées, les mots et le dessin de façon mêlée. Je crois que ce qui m’a amené vers la littérature jeunesse, c’est l’envie de liberté.

Plume, premier album d’Isabelle Simler, Éditions Courtes et Longues, 2011.

Comment prenez-vous en compte votre lectorat jeune public dans la conception de vos albums ?

Ça me plait beaucoup de m’adresser aux enfants. C’est un public curieux, sans à priori et qui glisse facilement du réel vers l’imaginaire. Mais l’album jeunesse est aussi souvent un livre partagé, entre un enfant et un adulte. Et j’aime l’idée qu’il y ait plusieurs lectures possibles. Je trouve dommage de limiter un livre à une tranche d’âges, je préfère laisser le livre trouver son public, plutôt que de déterminer les choses à l’avance.

Quelles sont vos sources d’inspiration ? Comment choisissez-vous les sujets de vos albums ?

Le grand plaisir dans ce métier est de pouvoir suivre ses envies, ses lubies. La première impulsion vient souvent d’une envie de dessin et plus particulièrement du dessin d’observation. Le point de départ est souvent un détail du réel qui va piquer ma curiosité et que je vais avoir envie d’explorer.

En parlant d’exploration, nous sommes intriguées par la place prépondérante de la nature dans vos ouvrages. Quelle relation particulière entretenez-vous avec cette dernière ?

Elle m’émerveille, elle est un champs d’exploration infini. Il y a une telle diversité de formes, de couleurs, de lumières, de textures, de comportements, de perceptions, … c’est très inspirant. Je dirais que c’est une relation passionnelle, mais à distance, puisque je vis à Paris 🙂

Est-ce que vous travaillez avec des naturalistes, entomologistes ou autres spécialistes des libellules et scarabées ? Et si oui dans quelle mesure ?

Les rencontres font aussi parties des joies de mon métier et j’apprécie particulièrement celles avec des scientifiques. Pour certains albums ou cahiers documentaires, il m’arrive d’illustrer des textes d’auteurs scientifiques. Pour mes propres albums, je demande parfois une relecture, pour avoir un regard scientifique et je me documente beaucoup en amont. Mais si le point de départ est très souvent le réel, j’aime aussi m’en éloigner et prendre des libertés.

Vous êtes à la fois auteure et illustratrice de vos albums, comment s’accordent ces deux « casquettes » ?

J’aime la souplesse qu’offre cette double position. Cela me permet d’aborder un projet par l’angle qui me plait. Parfois, je commence par le dessin, d’autres fois par le texte et souvent par les deux en même temps. Et c’est le mouvement de l’un à l’autre qui est vraiment jubilatoire.

Il arrive aussi que vous illustriez les textes d’autres auteurs, qu’est-ce que cela change dans votre approche ? Comment choisissez-vous ces collaborations ?

Les projets que j’initie sont généralement ceux que je travaille en solo. Alors que les collaborations sont plutôt des commandes ou des propositions que l’on me fait. Ce qui détermine les choix…? l’envie, le désir.

Vous travaillez depuis quelques années avec les éditons Courtes et Longues. Comment vos projets aboutissent-ils ?

J’ai publié il y a 13 ans mon premier album aux éditions courtes et longues et depuis, tous les projets que j’initie, je les confie à cet éditeur. C’est une relation forte, de confiance, de respect, qui est très précieuse et dont j’ai besoin pour travailler en toute liberté. Les projets se construisent dans l’échange.

Pour votre dernier titre publié par cette maison d’édition, vous avez collaboré avec Stéphane Servant, comment est né ce projet ?

Nous nous sommes rencontrés sur un salon du livre, il m’a parlé du texte qu’il était en train d’écrire. Je connaissais déjà son travail, que j’appréciais beaucoup. Quelques mois plus tard, Il m’a envoyé son texte. Je l’ai trouvé merveilleux et j’ai tout de suite eu envie de l’illustrer.

Vos albums sont parfois adaptés en langue étrangère pour être édités dans d’autres pays. Comment cela se passe-t-il ?

Ce sont les éditeurs français, par le biais d’agents qui démarchent les éditeurs étrangers. Parfois il s’agit d’une seule publication, d’autres fois, une fidélité se crée avec un éditeur étranger qui suit alors votre travail et publie plusieurs ouvrages. Il arrive que des liens se créent aussi avec les traducteurs, c’était le cas pour moi en Chine et avec mon traducteur en anglais.

Nous avons appris sur votre site que vous aviez illustré le bibliobus du Grand Paris Sud Est Avenir. Est-ce la collectivité qui vous a sollicitée ?

C’était une très belle expérience. C’est le réseau de lecture publique Grand Paris Sud Est Avenir qui m’a contactée par l’intermédiaire de bibliothécaires. Il y a eu la fabrication du bibliobus, très plaisante mais aussi un peu technique. Puis le Bibliobus a pris la route et je l’ai suivi sur le territoire où il circulait, avec des ateliers et des rencontres.

Un aperçu du bibliobus illustré par Isabelle Simler, photo issue du site des médiathèques Sud Est Avenir.

Vous réalisez aussi énormément d’affiches pour différentes manifestations culturelles dont des salons du livre. Comment vous organisez-vous ? Est-ce que l’on vous donne carte blanche ?

La création d’affiche est un exercice que j’aime beaucoup. Généralement, c’est assez libre mais il arrive qu’il y ait certaines contraintes. Je soumets un premier jet esquissé puis dans un second temps, je finalise l’illustration.

Avez-vous un livre de chevet ?

Un seul, c’est difficile… alors je vais en citer un avec lequel j’ai passé beaucoup de temps dernièrement. Il s’agit de Alice au pays des merveilles de Lewis Carroll que j’ai eu le plaisir d’illustrer et qui sortira le 12 septembre prochain.

Alice au Pays des Merveilles, Lewis Carroll, illustrations d’Isabelle Simler, Éditions Courtes et Longues, 2025.

Avez-vous un lecteur idéal en tête lorsque vous écrivez ?

Je ne crois pas. La lecture idéale d’un album, pour moi, est une lecture partagée entre plusieurs générations.

Vous donnez à voir, aussi bien le concret que l’abstrait, quel retour avez-vous des enfants, des adolescents qui lisent vos livres ?

J’ai plus souvent des retours d’enfants et d’adultes, moins d’adolescents (dommage). Le dessin est au coeur de mon travail et nous choisissons, avec mon éditeur, des papiers qui mettent en valeur les traits du dessin, les détails, le rendu parfois esquissé. Il me semble que les lecteurs sont sensibles à cette proximité avec le dessin.

Lors de la fête du livre de Villeurbanne, vous avez animé différents ateliers dans des classes. Appréciez-vous cet exercice ? Avez-vous le souvenir d’une rencontre particulière à nous faire partager ?

J’apprécie beaucoup les rencontres et les ateliers avec le public. Et j’aime particulièrement les projets longs, comme celui de Villeurbanne. Les enfants ont parfois du mal à imaginer qu’il faille beaucoup de temps pour dessiner, chercher, rater, avant d’arriver à ce que l’on veut. Et ce type de résidence, où je revois les enfants plusieurs fois durant l’année, permet de ne pas être dans l’immédiateté d’un résultat mais d’expérimenter le dessin sur un temps plus long. Toutes ces rencontres nourrissent mon travail et déclenchent parfois des projets de livre. Par exemple, l’envie de dessiner l’album « Les idées sont de drôles de bestioles » m’est venue d’une discussion avec des élèves de primaire sur la question des idées, de l’inspiration et de ce qui se passe dans la tête d’un auteur lorsqu’une idée lui vient.

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Mille mercis à Isabelle Simler d’avoir pris le temps de répondre à nos questions. Nous espérons que cet entretien vous a donné envie de poursuivre la découverte de son travail et que, comme nous, vous êtes pressés de voir de quelle manière elle a donné vie aux personnages d’Alice au Pays des Merveilles !

Coups de coeur de l’été

Ca y est, l’été se termine, la rentrée des classes est arrivée à vitesse grand V. Sous le Grand Arbre c’est l’occasion de partager nos lectures de l’été. Car si nous aimons voyager comme nous l’avons expliqué dans nos billets d’été, nous aimons aussi ces moments de calme à l’ombre, avec un livre et une boisson fraiche à portée de main que permet cette pause estivale.

Nous souhaitons une belle année scolaire à tous les petits, moyens et grands lecteurs ainsi qu’à leurs encadrants !

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Une fois n’est pas coutume, Lucie a sélectionné trois titres : un album, un roman et une pièce de théâtre. Il faut dire qu’il n’a pas été facile de faire un choix parmi toutes les belles découvertes de l’été…

Le cadeau est un album très touchant. Son héroïne est une petite fille accompagnée par une grande silhouette dans ses activités du quotidien et guette la lune chaque soir. Qu’attend elle avec tant d’impatience ? C’est tout l’enjeu et la beauté de cette histoire pleine d’émotions. Un album sur l’attente, la séparation et les retrouvailles illustré avec beaucoup de douceur par Barroux.

Le cadeau, Louison Nielman, illustrations de Barroux, D’eux, 2024.

Son avis complet, celui d‘Hélolitlà.

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Cela faisait longtemps que Lucie avait envie de lire NOUS, le dernier roman de Christelle Dabos. Avec, comme toujours, le risque d’être déçue. Mais une nouvelle fois, elle a été emportée par l’univers et l’imagination sans bornes (semble-t-il) de cette auteure. Dans une société dystopique régie par les « Instincts » à la fois crédible et réjouissante (le côté rétro futuriste est particulièrement maîtrisé), elle brasse tous les thèmes qui lui sont chers. Les enjeux, les personnages, l’univers… tout est surprenant, questionne, divertit. Cette lecture est de celles auxquelles on pense encore longtemps après avoir refermé le livre.

NOUS, Christelle Dabos, Gallimard jeunesse, 2024.

Son avis complet, celui d’Héloïse ici.

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Enfin, si elle ne lit pas souvent de pièce de théâtre, Lucie a été bouleversée par la Mauvaise Pichenette de Magali Mougel. Trois personnages, une cuisine, une économie de mots au service de l’efficacité. Car c’est un texte coup de poing qui traduit les revendications, les peurs, la violence aussi de certains ados qui ne trouvent pas leur place dans la société. En 48 pages, la dramaturge questionne la famille, la transmission, l’accueil de la différence et la difficulté de dialoguer lorsqu’on ne se retrouve plus sur l’essentiel. Puissant.

Mauvaise pichenette, Magali Mougel, Espaces 34, 2024.

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En juillet, Héloïse a été bouleversée par sa lecture de Nos Constellations, de Florence Quentin. une histoire qui tourne autour de deux lycéens : Maxence. Aurélien. Deux anciens amis d’enfance, à la relation fusionnelle, brutalement séparés. Après sept ans sans se voir, ils se retrouvent un été. Avec cette question, au fond d’eux : l’alchimie qu’ils ont ressenti étant enfants est-elle toujours là ?

Héloïse a été transportée, émue, bouleversée parfois par ces deux jeunes hommes et les personnages qui gravitent autour d’eux, par cet amour naissant et si profond qu’il renverse tout sur son passage. c’est un roman plein de tendresse, d’humour, d’émotions, de tristesse et de joie. Deuil, homophobie, harcèlement,… les thématiques sont difficiles, mais l’histoire est lumineuse, pleine de poésie , et terriblement romantique. Un coup de cœur, un coup au cœur.

Nos Constellations, de Florence Quentin. Edité par Didier Jeunesse, Juin 2025

Sa chronique Complète ICI.

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D’autres romans ont énormément marqué Héloïse, et elle a bien du mal à choisir ! La saga des mystères, de Jeff Wheeler, qu’elle dévore ? A season for Scandal, une douce enquête engagée de Laura Wood, qu’elle a adoré ? Hyper, le dernier roman d’Émilie Chazerand, qui l’a marqué, bouleversée, essorée ? Il faut dire qu’elle a fait d’excellentes lectures !

Mais le dernier roman ado en date qu’elle a trouvé très chouette, c’est le premier tome de L’Odyssée des Tranchevent, de Noémie Delpra. Héloïse a particulièrement apprécié l’héroïne : une héroïne en fauteuil roulant, ce n’est déjà pas très courant, et en plus, elle est très généreuse et résiliente. Et puis l’univers, ces îles perchées dans le ciel, dans lequel les gens sont « appairés » avec des créatures volantes, est particulièrement poétique, tout comme la plume de l’autrice.

Avec cet ouvrage, Héloïse a vécu une très belle aventure. Peuplée de dangers, de mystères, de découvertes hautes en couleurs, c’est une histoire envoûtante et passionnante dont elle a hâte de lire la suite !

L’odyssée des Tranchevent, tome 1 : La Dame sans déesse, de Noémie Delpra. Édité par Gulfstream éditeur, août 2025.

Sa chronique complète ICI.

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Pour Liraloin, l’été a été marquée par des lectures complétement différentes. Entre poésie et romance piquante, le voyage s’est également invité. Des coups de cœur qui font du bien pour dynamiser cette rentrée qui démarre en trompe ! Vive le plein de bonnes lectures !

Ouvrons le bal et quel bal… avec l’histoire de Blythe et Briggs. De la romance dites-vous? oui mais pas que ….Tout est électrique dans ces planètes qui ne s’alignent pas et se manquent perpétuellement. Justement parlons-en des dialogues piquants, un vrai régal à lire et on sent toute l’influence de Jane Austen. L’ensemble est frais, caustique à souhait et ne tombe jamais dans le romantisme mièvre, au contraire l’amusement est au rendez-vous.

Romance à l’anglaise de Erica George – Casterman, 2025

Son avis complet ici

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Les éditions du Port a jauni est spécialisé dans la poésie et nous offre un panel de textes dont les illustrations viennent chaleureusement compléter les mots. Dans Poèmes par-dessus les toits de Pierre Soletti, illustré par Gabriella Corcione, on crie des poèmes, on murmure des poésies. On attrape des mots au vol qui tournent dans la bouche et le cœur. Attendre parfois, relire souvent. La poésie est une invitation à la lenteur. Ce n’est pas au hasard que Gabriella Corcione a choisi la samare comme illustration d’intérieure de couverture. Des petites ailes jetées, tourbillonnant par-dessus les toits. Pierre Soletti dans sa nostalgie invite son lectorat à voyager en lui pour mieux s’interroger sur autrui.

« De mon toit d’ardoises

je t’écris

des cartes postales

à la craie »

Poèmes par-dessus les toits de Pierre Soletti & illustrations de Gabriella Corcione – Le port a jauni, collection : Poèmes, 2021

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Enfin, le voyage ouvre grand ses bras pour un moment de contemplation intense et cette sensation ne se refuse pas. Il faut parfois faire des petits efforts pour être amplement récompensé !

Sac à dos, chaussures de rando, vêtements de pluie car quand elle tombe cette pluie, elle n’est pas en reste. Carnet à dessin à la main, surtout ne pas laisser passer un paysage, un visage, une rencontre entre deux arrêts de bus ou de train. Quel périple d’efforts moultes fois récompensés par l’instant présent capté à la pointe du crayon.

Au fil de son parcours, Nicolas Jolivot nous invite à filer avec lui sous les volcans de l’île du Soleil-levant. Suivre avec lui cette balade entre zone rurale et urbaine nous transporte un peu dans cette vie japonaise qui s’organise, en témoignent les somptueux dessins de ce carnet.

Japon, à pied sous les volcans de Nicolas Jolivot – HongFei, 2018

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Les coups de cœur de l’été de Séverine font partie, selon elle, de ce que la littérature pour ados produit de mieux dans cette littérature du réel qu’elle affectionne. Sujets actuels, style, ampleur. Ils sont rivés au monde d’aujourd’hui. Exigeants, on ne s’en empare pas à la légère. Mais les ados les méritent.

Dans Anse rouge, la psychologie des personnages a été fouillée de fond en comble par Sandrine Caillis, elle n’a rien laissé au hasard. Ni les regards, ni les corps qui s’expriment, ni les dialogues au couteau…Ils tendent un récit magistral sur le mépris et la domination de classe, d’autant plus violents qu’ils sont perpétrés par une jeunesse désinvolte et superficielle. On sort rincé.e de cette expérience de cruauté juvénile, où l’espoir, toutefois, se fraye un chemin. Que dire de plus, sinon que la plume de Sandrine Caillis est haletante, elle serre la gorge, les larmes ne sont jamais loin, de détresse ou de colère. Pour autant, elle est aussi d’une grande justesse, avec juste ce qu’il faut de poésie et de sensibilité. Poignant.

Anse rouge, de Sandrine Caillis, Editions Thierry Magnier, 2022

Séverine est tombée dans les magnifiques filets de Cécile Alix  il y a quelque temps déjà et, par exemple, son A(ni)mal est un des romans (ado mais pas que) qui l’a la plus marquée ces dernières années. Son dernier roman, Enragée, c’est l’histoire de Fauve, adolescente furieuse fugueuse, qui préfère vivre dans la rue, avec tout ce qu’elle comporte de dangers pour une jeune femme, plutôt que de vivre chez sa mère biologique et subir la séparation forcée d’avec sa famille de cœur. Écrits dans une langue au plus près des peurs, des doutes, des espoirs, des sentiments qui  traversent cette aventurière de l’extrême sensibilité, certains passages sont écrasants de noire tension, de désespoir, de douleur insoutenable. Pour autant, grâce aux belles rencontres qu’elle fait, à sa passion pour la danse, à l’amour qui pointe le bout du nez, le positif résiste. Un roman fort qui résonnera longtemps…

Enragée, de Cécile Alix, Slalom, 2025

Le dernier roman de Marine Carteron, Les effacées, récit d’une nuit teintée de paranormal, mêlant histoire de l’art, féminisme, sororité… invite à la réflexion, émeut, encourage, il consolide…Les femmes seraient-elles vouées éternellement à être les faire-valoir, les éphémères, celles qu’on abandonne une fois qu’on leur a tout pris ? No way ! C’est cette conviction qui guidera Joséphine, après sa nuit forcée au musée d’Orsay, au cours de laquelle elle fera une rencontre décisive pour le reste de sa vie. Tout en poésie et émotions, entre solitude et prise de conscience, Marine Carteron peint finalement, de ses vers libres et mots sensibles, un très beau portrait de fille qui grandit et s’émancipe, prête à prendre place, à s’exposer et s’encrer au monde.

Les effacées, de Marine Carteron, illustré par Mathilde Foignet, Editions du Rouergue jeunesse, 2025

Emile Chazerand peut faire pouffer de rire Séverine et lui faire verser des larmes de crocodile en lisant la même page, c’est une prouesse assez rare pour être soulignée. Son dernier roman, Hyper, traite de sujets sensibles comme le suicide, la santé mentale, la grossophobie, la solitude, les relations intrafamiliales cabossées, avec une profondeur abyssale, un style phénoménal et un sens des dialogues dinguissime. Sans pour autant faire sombrer à son tour dans une dépression irréversible, grâce à un humour féroce, décalé, qui fait sans cesse des pirouettes. Séverine vécu un grand moment de lecture. Elle n’oubliera jamais Miriam, adolescente complexée qui traîne sa carcasse et ses névroses dans un environnement hostile, héroïne hyper (il fallait bien le placer🤷‍♀️) attachante. Elle n’est d’ailleurs pas la seule à avoir été emportée, puisque prochainement, une lecture commune sous le Grand arbre, viendra détailler plus particulièrement tout ce qui touche dans ce très beau roman.

Hyper, d’Emilie Chazearnd, PKJ, 2025

Sa chronique groupée ICI. Celle de Liraloin

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pour Blandine, l’été fut autant propice à de belles et nombreuses lectures qu’à de chouettes balades forestières, maritimes et même citadines !

Dans nos maisons. Nancy GUILBERT et Séverine DUCHESNE. Alice Editions, 2024

Nos maisons disent beaucoup de nous-mêmes. Elles nous ressemblent et sont refuges, aussi faut-il les choisir avec soin, même si cela prend du temps. Après « Sur mon chemin », Nancy Guilbert et Séverine Duchesne se retrouvent pour nous offrir ce très bel album, aux mots-poésies et aux illustrations combinant objets réels, dessins, découpes et collages. Une jolie merveille !

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L’apprentie cartomancienne. Aurélie CROIZÉ. Gulf Stream Editeur, 2024

Paris, 1803. Auparavant diseuse de bonne aventure, Louise travaille, et habite, désormais, avec la célèbre Marie-Anne Lenormand, cartomancienne et nécromancienne, chez qui le beau monde accourt. Mais un jour, Marie-Anne est arrêtée et emprisonnée pour « trahison ». Résolue à aider sa mentore, Louise va mener l’enquête avec l’inspecteur Brandicourt. Elle sollicite l’aide de l’Impératrice Joséphine elle-même et n’hésite pas à se mettre en danger pour résoudre une mystérieuse affaire de meurtre, qui pourrait bien être liée à ce qui est reprocher à Marie-Anne.

L’apprentie cartomancienne est un thriller historique haletant qui nous plonge avec réalisme dans le Parie et la société d’alors; nous décrivant ses bas-fonds, ses croyances, ses rouages et ses complots à tous niveaux.

Amnesia. Juan ECHEVERRIA. Actes Sud Jeunesse, 2024

Ibrahim vit dans une cité du nord de Paris. Les tours, les habitudes, les deals en tout genre, les codes à respecter, Ibrahim veut voir autre chose. Alors il prend son vélo pour remonter le canal et aller pêcher, au milieu de la nature, et du silence surtout. Pour oublier la mort de son frère aîné et ce que ça a entraîné dans sa famille, pour faire silence, pour réfléchir à Chéryne. Mais chaque nuit, un cauchemar plus réaliste que la réalité l’assaille et le questionne. Et si il y avait un message à comprendre ?

Ce court roman nous offre une immersion dans une cité, avec sa culture et ses lois, tout comme une réflexion sur nos lignées et choix de vie ; sommes-nous condamnés à suivre nos ascendants, sommes-nous conditionnés, ou pouvons-nous faire des choix qui nous ressemble, pour s’accomplir individuellement, tout en faisant société? Tout sonne juste, terrible ou beau.

Le Jardin dans le ciel. Romain POTOCKI. Albin Michel, 2025

pour les plus grands, une lecture intense, immersive, réelle, tour à tour joyeuse et grave, qui nous emmène dans une cité du 9-3, auprès d’un ado de 17 ans, qui vit seul avec sa mère, avec qui il ne partage rien, car elle ne l’aime pas et lui reproche le départ de son père plus de dix ans auparavant. Malade, elle est hospitalisée. Notre ado en profite pour se rendre sur le toit de sa tour et cultiver de l’herbe. Mais comme rien ne peut se faire sans l’accord du caïd des lieux, El-Ghaib, il va lui demander l’autorisation de cultiver des fleurs. Ce dernier accepte tout en lui ordonnant d’offrir chaque jour un bouquet à une personne différente. Sinon… En parallèle, ses livraisons personnelles l’amènent à passer le seuil d’une librairie atypique, tenue par Sophie.il va y découvrir le pouvoir des mots, l’amour des livres, la préciosité de l’amitié, la valeur de la vie.

Le Jardin dans le ciel est un roman au ton faussement léger, écrit dans une langue très orale, au phrasé de cité, à l’argot des rues, qui nous plonge instantanément dans le quotidien de notre ado, pour qui on se prend très vite d’affection. C’est qu’il est tendre ce jeune homme, et sa vie pas facile. Ce roman c’est un concentré d’émotions, de sensibilités, de subtilités aussi. Outre les débats littéraires et poétiques, on y découvre différentes variétés de fleurs, ce que signifie prendre soin des autres et comment. C’est un roman de vie, de la vie, avec ses rencontres, ses joies, ses difficultés, et son métissage. Un vrai bonheur de lecture !

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Si l’été et les vacances tournent la page, celles des livres demeurent, et n’ont pas besoin de saisons pour se laisser lire ! Partagez-vous nos Coups de Cœur ? Quels ont été les vôtres ? Bonne Rentrée !

Notre auteure – illustratrice essentielle : Isabelle Simler

Isabelle Simler s’impose dans le paysage des auteures-illustratrices depuis quelques années et la littérature de jeunesse en est ravie. Celles qui y ont participé ont d’ailleurs un souvenir ému de la lecture commune de son album Les idées sont de drôles de bestioles. Nous apprécions grandement son trait ou plutôt ses nombreux traits qui pleuvent pour créer de magnifiques illustrations. Justement la précision vient de la pointe de sa palette de crayons qui lui permet également d’obtenir une reconnaissance à l’échelle internationale. Et comme, à notre grande joie, elle a accepté de répondre à nos questions, c’est l’occasion de présenter les titres qui nous ont le plus marquées !

Isabelle Simler lors de sa venue à la fête du livre de Villeurbanne, photo issue du site de la ville.

Le choix de Lucie

Lucie a choisi Cette nuit-là… au musée. Ce n’est pas forcément son album préféré mais il est situé dans un lieu qu’elle connaît bien : le musée des Confluences, à Lyon. C’est un papillon qui relate son aventure dans son journal.

Cette nuit-là au musée, Éditions courtes et longues, 2015.

Je voudrais me souvenir de Cette nuit-là toute ma vie… J’avais le cafard depuis notre emménagement au musée des Confluences. Notre précédent lieu d’accueil, le musée Guimet, ressemblait tellement plus à un musée d’histoire naturelle ! Arriver dans cet espace moderne, vide et froid à déprimé toute la collection.

Mais cette nuit-là, quelque chose de magique s’est produit. J’ai commencé à remuer une patte, puis une aile… et je me suis envolé ! D’abord dans les couloirs du musée, puis je suis allé saluer les copains. Et tous se sont animés à leur tour. Quelle fête ! Nous avons investi le hall, les escaliers, le toit et même le jardin. À l’aube nous étions épuisés et chacun a réintégré sa place. Ça y est, après cette nuit de déambulation nous nous sentons enfin chez nous au musée des Confluences !

Citron de Provence

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Les choix de Liraloin

Pour Liraloin, Maison et la série Une nuit... sont le reflet des moments partagés à observer la Nature. Vu que l’escargot est son « animal-totem » il fallait bien lui inventer une page. Tandis que la nuit s’annonce pour tous les habitants de cette Terre, c’était le timing parfait pour apprécier et écrire autour du manteau noir clair et obscur.

Maison, Editions Courtes et longues, 2022

Cabane en spirale
de l’escargot des champs après la pluie.

Je suis en émulation lorsque vient la pluie. Mes balades journalières sont un régal pour la terre qui s’aère à mon passage.
Le mucus brillant et visqueux apporte des bienfaits que même les humains reconnaissent, c’est pour dire son pouvoir surpuissant !

A la fois utile et gourmand je peux tout de même faire un peu de dégât dans les potagers. Fan de salades et des fraises mûries à point, lentement mais surement mon festin n’en sera plus que royal aujourd’hui. Il ne faut pas oublier que ma maison si particulière ne se partage pas mais elle peut se vider parfois.

Alors à ce moment-là, des petits doigts pourront me saisir délicatement pour contribuer à une belle collection tourbillonnante.

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Une nuit… La savane, La ville, L’Océan – la Martinière jeunesse, 2023-2024

Nuit… de ton manteau obscur, tu m’offres à la fois une enveloppe protectrice et dangereuse.

Si les prédateurs sont aux aguets, sortir de sa coquille, de son terrier ou de son repère ne peut se faire qu’en mouvements organisés et feutrés. La lune guide mon chemin parmi les étendues désertiques ou boisées vers ma nourriture essentielle.

Le bleu de mon eau turquoise se fonce lorsque les nuages cachent l’éclat lunaire. Il faut pourtant s’aventurer entre les coraux multicolores.

Alors, une nuit en ville, dans la savane ou sous l’océan n’est pas sans danger et lorsque l’aurore s’annonce c’est un soulagement.

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Le choix de Blandine

Dans les poches d’Alice, Pinocchio, Cendrillon et les autres… Editions Courtes et Longues, 2015

Cailloux, clés, roudoudous, miettes, montres, plumes, fleurs, avant chaque lessive, c’est le même rituel. Faire les poches de tous ces petits trublions et ne surtout pas mélanger ce qu’elles contiennent. C’est que chacun a ses propres trésors trouvés, ramassés, glanés… même s’ils les oublient là, il leur tient à cœur de les retrouver intacts quand ils s’en souviennent ou qu’ils leur manquent.

Et si par mégarde, il m’arrivait de ne plus savoir à qui ils appartiennent, il me suffit de les observer attentivement pour aussitôt en déterminer le propriétaire. Car tous ces petits « quelques choses » reflètent leur caractère, leurs habitudes, leurs volontés et même leurs craintes. C’est amusant quand on y songe, d’ailleurs.

Oh, un bouton ! Mais à qui peut-il bien être celui-là ? Et s’il me servait à tous les lier et relier ? Une idée me vient… mais assez d’histoires à me raconter, pour le moment, il me faut poursuivre ma tâche…

« Mère l’Oye 2.0 »

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Le choix de Séverine

C’est le dernier album d’Isabelle Simler que Séverine a choisi, dont elle possède un exemplaire d’autant plus précieux qu’il est dédicacé ! Bien que charmée par la plume envoûtante, sensible et rythmée de Stéphane Servant, elle considère que les illustrations d’Isabelle Simler accompagnent merveilleusement le propos. Elles le subliment et lui apportent le supplément d’âme sans lequel l’album ne serait pas ce qu’il est. C’est l’histoire d’une vie que nous racontent nos deux artistes. La douceur, la tendresse, tout comme le mouvement, le souffle, l’élan vital, au travers les crayonnés colorés d’Isabelle Simler, nous saisissent, jusque dans le moindre détail. Et puisqu’il s’agit d’une ode poétique à la vie, c’est en acrostiche que Séverine veut lui rendre hommage.

Vivant, de Stéphane Servant et Isabelle Simler, Editions courtes et longues, 2024

Viens mon tout petit, viens ma toute petite !
Invente la danse du monde que tu habites.
Va où ton cœur te porte, où le vent t’invite,
Avance, grandis, envole-toi, sans limite
Ne crains rien, joue, ris, aime et profite
Tes racines et tes ailes sache que tu les mérites

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Et vous, quel est votre ouvrage préféré de cette auteure essentielle ? Pour en savoir plus, nous vous conseillons de visiter son site.  

Billet d’été : Entre procuration et préparation, quand les livres font le voyage

Après les échappées lointaines de Liraloin et Héloïse, après les échappées graphiques de Lucie, les échappées familiales de Séverine, puis les quêtes d’Héloïse, Blandine vous propose de prolonger ou préparer les prochaines échappées et vacances avec différents livres, entre albums, documentaires et guides. C’est parti !

ALBUMS

L’Imagier des Landes. Par Anna & Marion. Auto-édition, novembre 2023

Pour mettre en valeur la région du Sud-Ouest, et plus particulièrement les Landes et Capbreton dont elles sont originaires, Marion Dando et Anna Passicos ont eu la bonne idée de créer cet imagier pour les petits (et les grands !)

Sur des fonds unis de différentes couleurs, des dessins blancs et sobres représentent des éléments incontournables de la culture landaise (estacade, pignes, cèpes, fronton, pala, etc.). Un régal à découvrir puis à voir in situ.

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Ker-Is. La légende de la ville au milieu des flots. Jean-Pierre KERLOC’H et Jérémy MONCHEAUX. Albin Michel Jeunesse, 2010

La Bretagne est une terre de légendes, et l’une des plus connues, et incontournable, est celle de Ker-Is (ou Ker-Ys, ou simplement Ys), la cité engloutie du Roi Gradlon. On dit que lorsque la mer est calme, non loin des côtes de Douarnenez, on peut apercevoir dans l’eau, les reflets de la cité, et entendre dans le vent, une chanson résonner…

Et ceux qui savent dire encore la langue d’autrefois aiment à rappeler l’antique prophétie :
Pa vo beuzet Paris

Ec’h advaso Ker-Is

Quand Paris sera noyé sous les eaux
Alors Ker-Is ressurgira des flots.

L’avis de Blandine

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Oh ! Málaga. Alejandro VILLEN. Lovingbooks, 2011

Málaga est une ville située en Andalousie dans le sud de l’Espagne, au bord de la Méditerranée. Tentaculaire, elle s’étend jusque sur les montagnes environnantes, mais son cœur historique est très petit. Elle attire chaque année de nombreux touristes et étudiants étrangers.

Ce très bel album aux dessins faits aux crayons et aquarelles, est bilingue, espagnol et anglais . Il s’ouvre et se ferme avec un « cherche-et-trouve » regroupant les symboles et traditions de la ville. Après un plan de la ville et un bref retour chronologique, il nous fait visiter, grâce à une petite fille accompagnée de son poisson dans un aquarium à hélice, le centre historique de Málaga, admirer ses monuments, connaître sa cuisine, il nous conte sa longue histoire et son évolution au fil des siècles, entre inspirations et dominations.

L’avis complet, et en photographies, de Blandine

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Les Editions Casterman ont eu la belle idée de rééditer les albums de métropoles créés par Miroslav SASEK dans les années 1960. Et de n’en rien changer ! Le dessin, agrémenté de collages, est vintage à souhait, tout comme les descriptions des villes, des habitants (de leurs vêtements à leurs voitures), des monuments, des coutumes locales, etc. C’est un régal à observer et à comparer avec aujourd’hui !

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Les Editions Les P’tits Bérets ont édités plusieurs albums sur les voyages scolaires, et un en famille, écrits et illustrés par Laurent AUDOUIN. Sous la forme d’un journal, le lecteur est invité à découvrir un lieu, une ville, une expérience (classe verte, de neige), des histoires, des monuments, et le tout avec beaucoup d’humour ! Et en creux, de préparer ou dédramatiser cet évènement, pour les enfants comme pour les parents !

DOCUMENTAIRES

La Collection « Histoire d’un PORT » par les Editions Gulf Stream permet de découvrir et de connaître l’histoire d’une ville par un autre prisme. Et c’est passionnant. Si le texte est assez dense, il y a aussi de nombreuses illustrations, dessins, documents, photographies et reproductions de tableaux ou autres gravures, pour nous immerger totalement et nous donner à ressentir cette histoire, et son évolution, comme si nous y étions. D’ailleurs, un petit plan en loupe de la ville et de ses quartiers est souvent joint pour pouvoir ensuite se rendre sur place et découvrir de manière plus tangible encore ce qui est décrit dans ces livres.

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ANTARCTIQUE. Expéditions en Terre Inconnue. Giulia VETRI. De La Martinière Jeunesse, 2018

Si l’Antarctique fait rêver Blandine, ce n’est que par procuration ! Il y fait bien trop froid ! Mais les récits qui accompagnent sa découverte, la « course au Pôle », les différentes expéditions et ce qui le compose, la fascinent tout autant qu’ils la passionnent.

Ce documentaire, entièrement dessiné, nous en retrace les histoires, les animaux qui y résident, les mers qui le composent, les expéditions et les recherches qui y sont menées. Il s’agrémente de demi-pages ou de rabats qui se déploient pour nous dévoiler toute son ampleur et sa richesse.

GUIDES

Les guides touristiques et/ou de voyages ne sont plus totalement ce qu’ils étaient, et c’est tant mieux ! Ils se réinventent afin de donner à ressentir « l’âme » d’un lieu en plus de données pratiques, et depuis quelques années, plusieurs s’adressent aux plus jeunes. Car ce qui intéresse les adultes n’est pas forcément le cas pour des enfants. Aussi, ces guides rivalisent-ils d’ingéniosité pour rendre toute visite aussi attractive que passionnante. Et pas trop longue, surtout s’il fait chaud ! Pensez à vous munir d’un stylo et de crayons, car ils s’agrémentent de petits jeux, devinettes et énigmes qui régaleront petits et grands. Et ainsi, tout le monde apprend !

Guides ... des Enfants. Editions Bonhomme de chemin

Depuis plusieurs années, Blandine emporte systématiquement un livre-guide des Editions Bonhomme de chemin quand elle part en vacances « ailleurs ». Certains concernent un pays en entier avec quelques-unes de ses villes-phares, d’autres proposent des parcours découvertes directement dans les villes. Et c’est génial ! C’est un moyen ludique d’apprendre l’histoire d’un lieu, de regarder des bâtiments et monuments d’un autre œil pour y déceler ce que l’on ne voit pas d’ordinaire, pour passer par des rues inattendues, pour connaître une anecdote, l’origine d’un nom de quartier, d’artères. Il en existe beaucoup plus que ce que la photo montre !

Pour découvrir tous leurs livres, c’est par ICI

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Graines de Voyageurs. Editions Graine 2

Les guides Graines de Voyageurs proposent chacun plusieurs dizaines de visites à réaliser et expliquent la richesse, l’histoire, les légendes, les coutumes de chaque lieu. Ces guides sont davantage à lire qu’à compléter, même si quelques pages sur la fin permettent d’accueillir impressions et souvenirs papier à coller.

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Rome expliqué aux kids. Des histoires rigolotes pour découvrir la ville. Lonely Planet Junior.

Ce guide est divisé en 19 chapitres thématiques pour découvrir Rome autrement ! On y trouve bien sûr des informations comme dans tout guide, mais surtout des anecdotes, des points de détails à dénicher et observer, afin de rendre les visites le plus ludique possible. Les dessins alternent avec des photographies ou documents pour un résultat visuel très dynamique et foisonnant !

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Vous connaissez certainement la collection des Livres dont vous êtes le héros ?! Cette collection des Editions du Routard, dédiée aux enfants, s’en inspire ! Chaque guide regroupe plusieurs missions que l’enfant est invité à mener. Pour cela, il devra suivre un parcours, choisir où aller, quitte à revenir sur ses pas et pages, observer, élucider. Chaque mission s’agrémente d’un contexte et d’informations pour aider ou approfondir. C’est drôle et bien pensé. Et comme tout guide du Routard, il y a bien sûr une rubrique des bonnes adresses !

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Voyager, ce n’est pas forcément partir loin. Et souvent, ce sont les lieux qui sont les plus proches de chez nous que l’on connaît le moins, ou que l’on a vus il y a… plus ou moins longtemps. Ainsi, ces guides nous permettent de les (re)découvrir, et surtout de partager avec nos enfants et amis .

C’est dans ce but que le site Balad’Enigm propose des promenades urbaines et jeux de pistes, à Paris et en Province. Car le meilleur moyen de découvrir un lieu, une ville, un quartier, c’est en marchant, en levant les yeux, en cherchant, en scrutant, en s’en imprégnant ! Découvertes et bon temps assurés avec ces balades ! Après achat de la Balad’Enigm en ligne, il ne vous reste qu’à imprimer les supports et à partir « à l’aventure » !

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Et ainsi se terminent nos billets d’été ayant pour thème le voyage. Nous espérons qu’ils vous ont plu, enchantés et même transportés ! Et c’est à peine fini que vous voilà fin prêts à (re)partir pour votre prochaine destination de vacances ou simplement de balades !