Nos Coups de cœur de novembre

Noël approche, tout comme le froid, les idées cadeaux et le bilan de l’année. Avant de vous proposer nos coups de cœur de 2024, voici notre dernière sélection mensuelle. Avec peut-être des titres à piocher pour gâter les têtes blondes, brunes ou rousses qui trépignent déjà devant leur calendrier de l’Avent ?!

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Héloïse – Ileautresor a eu un coup de cœur pour l’album Entre Terre et Eau, un magnifique documentaire écrit avec passion.
D’entrée de jeu, comme dans une balade au bord de l’étang, le lecteur devient le spectateur des scènes de la nature : le Héron cendré se tient immobile, mais s’envole lorsqu’on s’arrête pour l’observer.
Des Cygnes glissent sur l’étang. L’un d’eux plonge dans l’eau.
En ouvrant ce livre, il semble entendre les chants d’oiseaux – même parfois dans un nid. C’est un livre bien vivant. On entend le blop ! de la Grenouille des champs. Un arbre tombe ! C’est le Castor d’Europe qui construit sa hutte Affairé, toujours à l’oeuvre, il est trop occupé pour s’attarder. Le lecteur contemple le vol en V des Oies cendrées – qui se rendent jusqu’en Scandinavie.

Au bord de l’eau, le lecteur-randonneur voit toute la beauté des oiseaux lors de la saison des amours. Il assiste à la parade nuptiale des Avocettes élégantes dans une gracieuse danse avec des becs entrecroisés comme dans un baiser. Il peut voir aussi le vol nuptial du Courlis cendré, qui lançe trilles et vocalises en montant dans le ciel, puis redescend en planant.
Ainsi, le lecteur devient l’observateur attentif du mode de vie de la faune du Nord de l’Europe. Celui-ci se reflète même dans le langage : Le Lièvre d’Europe se livre à de folles cabrioles, ce qui a donné naissance à l’expression « fou comme un lièvre de Mars »). Il représente aussi un symbole de fécondité perceptible dans la légende des oeufs en chocolat qu’il apporte au printemps…
En définitive, c’est un livre précis, vivant, sensible, cultivé, enrichissant, que l’on prend plaisir à découvrir. Il laisse en admiration avec ses superbes gravures, doté de larges traits en noir et blanc, et de quelques couleurs choisies avec mesure. Magnifique.

Entre terre et eau d’Eva Moraal, illustré par Marieke ten Berge, Rue du Monde, 2024.

Son avis complet est ICI.

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Linda a eu un coup de cœur pour un petit roman de Sébastien Joanniez – déjà auteur de son coup de cœur d’octobre – qui aborde le difficile sujet de la perte d’un parent et du travail de deuil et de reconstruction qui en suivent.
Le sujet du deuil est toujours délicat à aborder en littérature jeunesse, d’autant plus quand il est question du suicide d’un parent, mais l’auteur parvient ici à nous faire ressentir la violence de la perte en jouant sur les souvenirs de sa jeune héroïne avec celui qu’elle vient de perdre et sur sa capacité à comprendre que, si elle ne pourra pas en construire de nouveaux, ceux-là ne disparaitront jamais.
Des jours comme des nuits pour montrer la difficulté à avancer quand on a perdu son pilier, l’impression d’être toujours dans l’obscurité.

Des jours comme des nuits de Sébastien Joanniez, éditions Rouergue, 2024.

Les avis complets de Linda et de Séverine.

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Mais il y a aussi une bande dessinée, adaptation d’un classique de la littérature britannique, qui a su lui plaire, d’autant plus que ce format lui a permis d’aller au bout de l’histoire, la lecture du roman s’étant révélée plutôt ennuyeuse…
Graphiquement somptueux, ce roman graphique à réserver aux adolescents nous plonge dans un lieu paradisiaque qui devient bientôt lieu de cauchemars. L’histoire se déroule sur une île déserte sur laquelle un groupe d’enfants tentent de survivre alors qu’ils sont les seuls rescapés du crash de leur avion. Après avoir mis en place une organisation qui rappellent les schémas dans lesquels ils ont grandi, leur fragile équilibre implose en une escalade de la violence qui conduit irrémédiablement à la mort des plus faibles et des plus raisonnables.
Aimée de Jongh a su saisir l’esprit du roman de William Golding et sa vision plutôt pessimiste de l’organisation sociale par la prise du pouvoir et la mise en place de lois avec ce que cela sous-entend de transgressif.

Sa majesté des mouches de Aimée de Jongh, Dargaud, 2024.

Son avis complet est ICI.

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Pour Liraloin, la perspective de rencontrer bientôt Gaël Aymon a orienté sa lecture vers le roman 17 ans à jamais.

J’ai commencé ce roman le 13 novembre, une date gravée à jamais dans le cœur et le visage de Florin. Plongée dans cette histoire, j’ai été fascinée par la vie de Marthe. Sa détermination et son courage, ses recherches pour retrouver son amour perdu se lit dans chaque mot de Gaël Aymon. Comment pourrions-nous réagir en temps de guerre ? Ecrire à travers les époques, se rappeler les atrocités de la vie c’est justement le travail que nous livre l’auteur en nous transportant dans les yeux de Marthe. Un regard que nous ne pourrons oublier de sitôt.

17 ans à jamais de Gaël Aymon, Nathan, 2024

Son avis complet ICI.

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Lucie et son fils ont (enfin !) découvert Les mystères de Larispem, deuxième lauréat du prix Gallimard jeunesse – RTL – Télérama. Pour cette série de trois romans, Lucie Pierrat-Pajot propose une uchronie audacieuse : les communards ont remporté les combats, Paris – renommée Larispem – est coupée du reste de la France et dirigée par un gouvernement tricéphale.

Un univers steampunk dans un Paris qui s’apprête à entrer dans le vingtième siècle, une intrigue politique, une caste de bouchers inquiétante et des nobles spoliés aux pouvoirs étranges… voici quelques uns des ingrédients qui tendent un récit maîtrisé et haletant, porté par des personnages aussi vifs que sympathiques. Attention, si vous laissez l’auteure vous embarquer, vous aurez (comme eux) du mal à lâcher ces romans avant leur conclusion !

Les mystères de Larispem, Le sang n’oublie jamais de Lucie Pierrat-Pajot, illustrations de Donatien Mary, Gallimard jeunesse, 2016.

Son avis sur le premier tome ICI et sur le deuxième LA.

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Ce mois-ci, Helolitla est tombée sous le charme du pétillant The agency for scandal, de Laura Wood. Un roman virevoltant qui mêle avec brio et légèreté action, enquête, féminisme et romance.
Fin du 19e siècle, à Londres. Isabelle Stanhope, surnommée Izzy, est seule pour subvenir aux besoins de sa famille. Lady le jour, elle se transforme en jeune voleur la nuit. Elle travaille pour la Volière, une association de voleuses qui luttent pour défendre les droits des femmes. Mais tout se complique quand le beau Max, un duc, rien que cela, se retrouve mêlé à l’histoire…

Quand j’endossais le costume de Kes, je n’avais pas le sentiment de devenir un garçon ; j’avais le sentiment d’être une femme aussi libre qu’un garçon. Et cela me plaisait beaucoup.

Droits des femmes, ambiance victorienne, bals, jolies robes et espionnage au programme de ce roman vitaminé et coloré, qu’Héloïse a littéralement dévoré ! Un ouvrage divertissant, mais qui fait aussi réfléchir sur la place des femmes dans la société, et l’égalité encore loin d’être acquise !

The agency for Scandal de Laura Wood, Pocket jeunesse, mai 2024

Son avis détaillé ICI.

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Et vous, quels livres vous ont accompagnés en ce mois de novembre ?

Lecture commune : Le tour du monde des contes, Gilles Bizouerne & Fabienne Morel

Linda et Lucie sont passionnées par les contes traditionnels, leurs réécritures et leurs adaptations. Ce recueil des éditions Syros ne pouvait qu’attirer leur attention ! Comme son titre l’annonce en partie, il présente quatre contes célèbres et en propose des versions d’autres pays. De quoi ouvrir leurs horizons et alimenter une discussion…

Le tour du monde des contes de Gilles Bizouerne & Fabienne Morel, Syros, 2024.

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Lucie : Nous avons toutes deux été attirées par ce titre dans le catalogue des éditions Syros, pourquoi il t’a intéressée ?

Linda : J’aime beaucoup redécouvrir les contes au travers des réécritures, c’est d’ailleurs un thème plutôt en vogue (je pense par exemple à Flore Vesco et ses divers réécritures), et l’idée de découvrir des contes traditionnels dans des versions étrangères me plaisait bien. Je me suis d’ailleurs amusée en cherchant les similitudes entre les différentes versions d’un même conte.

Lucie : Connaissais-tu les quatre « grands contes » dont les auteurs présentent différentes versions ?

Linda : Je ne connaissais pas très bien les musiciens de Brême et finalement, pas trop non plus le Tom Pouce alors que j’étais persuadée l’avoir déjà lu. Et je me suis aussi rendue compte en lisant Les trois petits cochons que je me souvenais plutôt mal de la fin. Je crois que j’en avais une idée erronée à cause du court métrage de Walt Disney (1933) que j’ai beaucoup vu avec les enfants et qui propose un final moins sombre, forcément, avec notamment le méchant qui est puni et les cochons qui survivent.

Lucie : Il est vrai que Walt Disney s’est beaucoup inspiré des contes traditionnels européens et en a modifié notre perception. Mais j’avoue adorer cette version…

Linda : Je suis aussi une grande fan.

Lucie : Revenons à ce recueil, quel corpus t’a le plus intéressée ?

Linda : Le lièvre et la tortue ! Mais c’est aussi parce que j’ai un faible pour cette histoire que je trouve moins violente. Ici c’est la ruse qui est mise en avant. J’ai d’ailleurs particulièrement aimé la version bretonne Le renard et l’escargot dans lequel c’est l’escargot qui se montre rusé alors qu’on a plutôt l’habitude que ce soit le goupil.

Lucie : J’ai beaucoup aimé ce corpus aussi. D’autant que pour moi Le lièvre et la tortue était une Fable et pas un conte, cette lecture est très enrichissante tant sur le fond que sur la forme.

Linda : C’est pour ça que l’histoire est moins violente… 

Lucie : Ma version préférée est celle avec les taupes. Je l’ai trouvée franchement géniale !

Linda : C’est probablement la plus drôle aussi.

Lucie : En revanche, j’ai parfois peiné à voir les liens entre les différents contes proposés, surtout dans ceux qui sont associés aux Musiciens de Brême.

Linda : C’est vrai qu’il m’a parfois fallu une deuxième lecture pour faire des liens. La version chinoise de ce conte est assez particulière. Et j’ai de fait apprécié les explications qu’on trouve dans le dossier de fin d’ouvrage. Je me suis d’ailleurs demandée s’il n’était pas plus difficile pour nous de faire du lien avec certains textes justement parce qu’ils s’éloignent davantage de notre culture et nos représentations. Je ne sais pas si c’est pareil pour toi mais j’ai surtout eu du mal à faire le lien avec les versions venues d’Asie, voire parfois même d’Europe de l’est.

Lucie : Tu as raison, les cultures sont si différentes que les écarts de thèmes sautent plus facilement aux yeux. Mais pour ma part j’avais eu l’occasion de lire la version roumaine de Tom Pouce, Neghiniţă présente dans le recueil Hadji Tudose de Barbu Delarancea traduit par Gabrielle Danoux. Et comme cette lecture était plus récente que celle du conte original je n’ai pas été trop perdue !

Lucie : Comme tu le disais précédemment, j’ai moi aussi beaucoup apprécié les explications en annexe du recueil, et notamment l’utilisation des codes de classification des contes qui explicitent les liens qui ne sautent pas forcément aux yeux à la première lecture. Connaissais-tu cette classification ?

Linda : Je ne suis pas sûre d’avoir bien compris cette histoire de code (les T quelque chose) mais les informations sont, elles, bien claires et aident bien à la compréhension et à faire du lien entre chaque texte.

Lucie : Il s’agit de la classification des contes Aarne-Thompson-Uther dont parle aussi Lou Lubie dans son excellent Et à la fin ils meurent. Elle aborde y aussi les adaptations de Disney de manière assez amusante.

Linda : Entre le conte de Bardu Delarencea et ce livre de Lou Lubie, j’ai des références à ajouter à mon catalogue de livres à lire !

Et à la fin ils meurent de Lou Lubie, Delcourt, 2021.

Lucie : Qu’as-tu pensé des illustrations ?

Linda : J’ai aimé que chaque histoire ait un.e illustrateur.ice attitré.e car je trouve que cela crée une forme de cohésion entre chaque texte du corpus et renforce l’unité.

Lucie : Je suis d’accord avec toi, j’ai bien aimé cette unité visuelle malgré les variations des histoires.

Lucie : Tout en discutant avec toi je feuillette le livre et je suis tombée sur la dernière page qui liste les autres titres de la collection. Je suis curieuse : est-ce que l’un d’entre eux t’attire particulièrement ?

Linda : Les Belles très certainement… Je suis une fan inconditionnelle de La Belle et la Bête donc en lire d’autres versions me plairait bien, d’autant qu’elles sont annoncées “incroyables”. Et toi ?

Lucie : Moi aussi je suis très très fan de La Belle et la Bête (je me suis d’ailleurs offert la magnifique version illustrée par MinaLima) et le recueil des Belles me tente bien. Je me dis que les princesses ont peut-être plus d’espace et de caractère à exprimer que dans les adaptations qui en ont été faites. Même si on remarque une tendance aux personnages féminin plus affirmés depuis les années 2000.

Le tour du monde d’un conte, Les Belles, Fabienne Morel et Gilles Bizouerne, Syros, 2021.

Lucie : Concluons avec la question rituelle : à qui recommanderais-tu cette lecture ?

Linda : Aux amateurs de contes d’abord. Ensuite, peut-être aux enseignants (je crois me souvenir qu’il y a une séquence sur le conte en 6ème) : pour mettre en avant des textes du monde de la même manière qu’on le fait avec les textes fondateurs. Après je pense que si les histoires en elles-même peuvent plaire aux enfants (pas trop jeunes quand même), cela reste un livre qui parlera aussi aux adultes, justement parce qu’il met en avant des explications assez complexes.

Lucie : Je me dis que les enfants peuvent certainement apprécier ces contes sans en chercher les liens (peut-être les feront-ils seuls d’ailleurs, ils sont souvent étonnants à ce niveau-là). Mais en tant que recueil, effectivement les fans de contes et les enseignants semblent les plus à même d’exploiter la richesse des liens entre ces histoires.

Linda : Je trouve les contes trop souvent violents et effrayants pour être lus aux enfants. Certains donnent aussi un regard assez négatif sur certains personnages tel le loup pour n’en citer qu’un et c’est aussi pour ça que j’ai du mal à le recommander aux jeunes lecteurs.

Lucie : Dans ce recueil je n’ai pas été gênée par la violence, peut-être parce qu’il me semble qu’un certain nombre de versions originales abordent de toute manière des sujets très difficiles tels que l’abandon d’enfants, les meurtres, la manipulation… Il faut peut-être simplement mettre en garde les lecteurs et les inviter à choisir les contes les plus appropriés à l’âge de leurs auditeurs ?

Linda : Oui sans doute. Et puis, dans le cadre familial, je pense que chaque parent est capable de savoir ce qu’il peut lire à son enfant. Chacun a un seuil de tolérance propre, certains enfants ne voient pas forcément l’horreur comme une peur, ils la surmontent dès la page tournée… 

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Avez-vous envie de découvrir ce Tour du monde des contes ? Connaissez-vous des versions étonnantes ou peu connues de contes ? Lequel préférez-vous ?

Notre auteur essentiel : Thomas Scotto

Notre choix de parler de ce grand auteur était une évidence. Choisir un texte parmi tant de romans, albums… l’a été moins mais chacune d’entre nous a été bouleversée à sa mesure, à sa sensibilité. En attendant l’interview de Thomas Scotto très prochainement, laissez-vous porter par sa poésie en découvrant notre billet.

Photo par © Armell Galli issue du site de l’auteur thomas-scotto.net

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Les choix de Séverine

Aux filles du conte, Thomas Scotto, illustrations de Frédérique Bertrand, Éditions du Pourquoi pas ?, 2022.

« J’étais une peur bleue, mais je serai l’horizon rouge.« 

Il y a 2 ans, je faisais tatouer sur ma peau quelques mots…

Deux lignes pour garder trace d’une première moitié de vie, statut(e) sous armure, étouffée par les injonctions, bâillonnée par les obligations, planquée derrière les convenances, dans une tour d’ivoire, un château de verre ou une prison dorée, plein de choses sûres à mes pieds, mais pas la bonne pointure.

Deux lignes sur mon bras gauche, celui qui est le plus près du cœur, pour devenir l’héroïne de mon propre conte, pour écrire une autre page de mon histoire. En changer la morale et retrouver ma voie.

Deux lignes pour marquer le renouveau de mes émotions. De plumes en plumes, apprendre à voler, sans tapis ni poussière d’aucune fée, mais avec un manifeste poétique pour m’accompagner.

Deux lignes pour (a)encrer la couleur de mes ciels, nuages et orages désormais acceptés, même pas peur ! J’étais la bûche et le feu, l’incendie aussi, je peux.

Deux lignes, cela va sans dire, et mon évidence de consigner une admiration… indélébile pour leur auteur, essentiel dans mon paysage humain et littéraire.

Deux lignes enfin, en dédicace à mes deux filles, pour une conviction d’égalité qu’elles doivent faire leur. Deux lignes, comme des chemins tenaces, qu’ils soient de famille et de liberté, que je leur souhaite de suivre pour toujours.

J’étais une peur bleue mais je serai l’horizon rouge.
Plus qu’un mantra, plus qu’une parole féminine et féministe, plus qu’un devoir, plus qu’un espoir : une ligne de vie. Pour ne plus jamais tomber.

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Quelques secondes encore, Thomas Scotto, Nathan, collection Court toujours, 2021

Monsieur Scotto,
J’ai lu votre roman « Quelques secondes encore », que mon fils m’avait fortement conseillé et je dois vous avouer qu’il m’a tant émue que j’ai souhaité vous adresser ces quelques mots de gratitude.
Vous savez que les idées se forgent aussi par le cœur. C’est pourquoi je voudrais d’abord vous remercier d’avoir épargné votre histoire si forte, d’un débat scientifique, mystique ou religieux qui, finalement, pèserait bien peu face aux émotions à l’état brut de votre héroïne, inoubliable sœur de fin du monde qui ne peut se résoudre à renoncer au don des organes de son frère. Elle y voit un moyen de préserver le frère, le fils, qu’il a été de rendre hommage à leur complicité, leurs joies, aux petits moments du quotidien qui faisaient leur bonheur. Dire oui, c’est ne jamais oublier et faire le choix de la vie qui ne perd pas totalement la partie, malgré la douleur.
Je voudrais vous remercier, également, d’avoir su retranscrire, sans pathos, ni électrochoc, à hauteur d’enfant, mais sans fausse candeur, les sentiments qui peuvent animer une adolescente face à cette urgence, dont on parle si peu, voire jamais, en littérature jeunesse. Merci d’avoir osé.
Je voudrais vous remercier, enfin, et d’une manière plus générale, d’avoir, depuis toutes ces années, offert à notre jeunesse des pépites de justesse et d’humanité, des bouquets merveilleux de couleurs, de fraîcheur, de fragilité aussi, pour comprendre le passé, déguster le présent et imaginer l’avenir…
Pour conclure, je vous remercie, Monsieur, de bien vouloir poursuivre votre carrière dans les mêmes conditions.
Signé : une maman reconnaissante.

PS : Vous l’auriez mérité, ce Prix Vendredi…

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Le choix de Liraloin

Demain dans une demi-heure de Thomas Scotto, illustré par Claire Gaudriot, A pas de loup, 2023

« Cher Livio

Tu es une promesse, une espérance à venir dans un monde en attente. Et puisque tout ne tourne pas rond sur cette Terre qui s’agite, tu as décidé que naître serait ton moment, ta décision. Cette lettre pourrait t’être destinée mais Thomas Scotto et Claire Gaudriot ont choisi de créer un album qui raconterait l’attente de ton histoire. La lettre devient alors une poésie que tu entends à travers l’eau de ton royaume. Ressens-tu les mains qui effleurent ta présence, le souffle qui chante des mots rassurants et doux. Laissons cette écriture à Thomas Scotto car nul ne sait mieux relater ton aventure que lui. »

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Le choix de Linda

Tout ce qui conte, Thomas Scotto, illustrations de Nicolas Lacombe, Balivernes, 2023.

Trésors du fabuleux de la nuit des temps rapportés
Objets du merveilleux à la poussière abandonnés.
Un atelier au bout d’une impasse oubliée
Trésors par Imelda préservés, d’une vie la mission.

Contes de fée, ces objets sont la clé
Et pour ne pas les oublier,

Que passeurs, que passeuses en quatre mots murmurent
Universelle formule magique qui toujours nous rappelle :
Il était une fois…

Clé dorée sur la couverture apposée,
Ouvre la porte de ce cabinet, inventaire, imagier
Nul ne pourra oublier fabuleux objets,
Trésors de conte de fée,
En un jeu de patience, contés.

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Le choix de Lucie

Des airs sauvages/Bal perdu, textes de Thomas Scotto et Jo Hoestlandt, Éditions du Pourquoi pas ?, 2024.

Publication de @Ninoskate :

Beau dimanche dans la rue Jean Jaurès ! Cela fait quelques semaines que l’on a trouvé ce spot, idéal pour skater avec la team. Playlist, copains, et scooter d’Elsa pour remonter. Parce qu’elle est bien pentue cette rue, c’est d’ailleurs pour cela qu’on l’a élue. Il faudra qu’on se renseigne sur ce qu’a fait ce type pour avoir une rue à son nom… Venez nous voir, les habitants sont sympas, on kiffe, et on accueille tous les nouveaux venus. Peace.

#skate #musique #partage

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Commentaire le plus récent :

La bonne humeur de Nino ne l’a pas protégé de la violence gratuite d’un groupe alcoolisé hier. Tentons de conserver un regard sans haine sur le monde, malgré tout.

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Le choix de Colette

Une somme de souvenirs, Thomas Scotto, illustrations d’Annaviola Faresin, Éditions Notari, 2018.

3 souvenirs qui ne sont pas à vendre

C’est un vendredi d’avril. Une petite salle de l’IUT Métiers du livre de Bordeaux. Il est là. Magnifique tignasse brune et bouclée. Les enfants s’assoient autour de lui. Et il les interroge, une à une, un à un. Sur ce qu’ils et elles aiment le plus au monde. Cuisiner. Jouer. Dessiner. Se faire câliner. Je suis au dernier rang. Et ces enfants avec qui je travaille depuis pourtant déjà 8 mois tout d’un coup font leur apparition. C’est comme si jusque là, jusqu’à ce qu’il leur pose cette question, je ne les voyais pas vraiment. Cette apparition, ce jour là, ça n’a pas de prix.

C’est un vendredi d’avril, pas la même année, mais c’est encore à l’IUT Métiers du livre de Bordeaux. Les enfants ne sont pas les mêmes. Mais la magnifique tignasse, si. Des bagues incroyables habillent ses mains. Nous sommes filmés. Il y a plein de petits livres de chez Thierry Magnier sur la table. Les élèves ont envie qu’il leur lise une de ses histoires. Ils choisissent l’histoire d’Edouard, qui se croit le meilleur en tout. Alors sa voix, ses voix s’élèvent et c’est comme si les mots devenaient vivants. On rit beaucoup. Ensemble. Ce rire là, le nôtre mêlé à ses mots, ça n’a pas de prix.

C’est un jeudi du mois de mai. Mai 2021. Mes élèves portent des masques de papier bleu. Des masques chirurgicaux. Je ne verrai jamais leur sourire cette année là. Ni le bout de leur nez. Ni le rebondi de leurs joues. Je leur lis un album. L’histoire d’un certain Mr Wilson. Puis je leur tends une pochette de tissu rose qui contient des rubans de papier sur lesquels j’ai recopié les souvenirs de cet homme un peu perdu. Chacune, chacun pioche un souvenir. Puis se laisse envahir par lui. Pour en raconter l’écho et le vertige. Aux autres ou à soi, là sur les pages de son carnet. Ce moment suspendu aux souvenirs d’un autre, vraiment, ça n’a pas de prix.

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Le choix dHelolitla

A fond les manettes, de Thomas scotto et Félix Rousseau. Benjamin médias. 2021

Vroum vroum, rugit le bolide

Vroum vroum, conduit par la petite intrépide

qui fonce à fond les manettes

retrouver sa maminette !

Une course de voiture

et un goûter ?

Quelle bonne idée !

Pour combattre les clichés,

rien ne vaut la lecture.

Rose bonbon la couverture,

Rose fonçons vers l’aventure !

Filles comme garçons

sont des champions !

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Et vous, quels sont vos titres préférés de cet auteur-performeur ?

La Grande Guerre – Devoir de mémoire

Signé le 11 novembre 1918 au matin, l’Armistice met fin aux combats de la Première Guerre Mondiale et reconnaît la victoire des Alliés et la défaite de l’Allemagne.
En ce lundi 11 novembre 2024, nous vous proposons une sélection de livres qui racontent la Grande Guerre et rendent son histoire compréhensible par tous.

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Un très bel album pour raconter la guerre à travers les yeux d’une enfant qui voit son frère partir dès août 1944. Envoyé à Verdun, il lui fait parvenir des lettres qui permettent de découvrir la (sur)vie sur place. Pendant ce temps au village, les familles endeuillées se multiplient et la petite Lulu assiste désemparée au chagrin de ces ami.es et voisins, gardant l’espoir de voir revenir son frère vivant. Touchant dans son propos, l’histoire aborde des thèmes centraux de cette Grande Guerre : la couleur de l’uniforme, les tranchées et le manque d’hygiène, les Poilus, les traumatismes et autres séquelles physiques…

Lulu et la grande guerre de Fabian Grégoire, l’école des loisirs collection Archimède, 2005.

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En débloquant un tiroir secret d’un bureau qu’il restaure, le narrateur découvre une boîte contenant une lettre adressée à une certaine Mrs Jim Macpherson. Curieux il se met à lire cette correspondance dans laquelle un mari raconte à son épouse les événements incroyables de cette nuit hors du temps, de cette matinée glaciale au cours de laquelle des soldats des deux camps levèrent le drapeau blanc pour partager leur repas de Noël, jouer au foot, rire et oublier, le temps d’une nuit, la folie des combats, l’éloignement des familles, la mort d’un frère, d’un ami, la fatigue harassante de combats qu’on leur avait promis brefs.

Michael Morpurgo déploie son talent de conteur pour mettre en scène cette histoire de fraternité universelle et en fait un souvenir intemporel auquel Michael Foreman donne vie dans des illustrations de toute beauté. Ces cieux nocturnes aux couleurs froides sont teintés par la chaleur du levant, seul témoin de la fraternité de ces soldats, qui le temps d’une nuit sont redevenus simplement des hommes. Au-delà de la lettre, l’auteur pare son récit des valeurs de Noël en faisant de son narrateur le porteur d’une surprise à une vieille femme qui croyait avoir perdu pour toujours cet homme chéri, lui apportant par-là même, le repos de l’âme avant son dernier voyage. Tout simplement magnifique !

La trêve de Noël de Michael Morgurgo & Michael Foreman, Gallimard jeunesse, 2018.

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Un album pour dire l’absurdité de la guerre, c’est ainsi que Petit Soldat se définit.
Glorifié pour avoir fait prisonniers plusieurs soldats ennemis, Pierre va ensuite être puni, condamné pour l’exemple, alors qu’il rejoint son campement déserté deux jours plus tôt. Le texte de peu de mots suffit à montrer l’horreur de sa situation et à toucher. L’album séduit par son originalité graphique, les auteurs ont reconstruit et photographié chaque scène avec des soldats de plomb rendant l’expérience encore plus poignante de réalisme.

Petit soldat de Pierre-Jacques Ober & Jules Ober, Seuil, 2018.

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La Première Guerre Mondiale s’est déroulée il y a plus d’un siècle, et pourtant elle est toujours là, parmi nous, avec nous. Tous les jours, Elle se rappelle à nous : par ses monuments aux Morts, par un jour Férié, par une photo familiale, par des Archives, par un film, par des objets, et bien sûr, par les livres. Ceux écrits alors. Ceux écrits aujourd’hui. Car la Grande Guerre n’a de cesse de résonner.

A partir d’objets d’époque, d’avant la guerre et pendant le conflit, les auteurs ont imaginé une histoire. Une histoire certes fictive, mais qui en regroupe tant d’autres, des vraies. Ces objets sont des poupées, des jeux d’enfants, des cartes, des affiches, un coupe-papier, des petits soldats, une lanterne, une gamelle, des photos. Des objets ordinaires, du quotidien, devenus extraordinaires, lourds d’histoires, et désormais porteurs du devoir de mémoire.

Un album fort en émotions qui nous fait traverser tout le conflit par une approche belle, originale, intime et émouvante.

La guerre en mille morceaux ou le musée du soldat Machin. Texte d’Alain SERRES et illustrations de Zaü. Editions Rue du Monde, novembre 2018

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Joey, un jeune cheval élevé dans une ferme en Angleterre, a été vendu à l’armée. Passer du travail de cheval de ferme à celui de cheval de guerre n’aurait sans doute pas été si facile si son nouveau maître n’avait pas été aussi bon qu’Albert, le fils du fermier, qui prenait soin de lui tel un ami. C’est au travers de ces yeux que l’histoire nous est présentée, proposant un point de vue très intéressant et original qui permet de ne se positionner dans aucun camp

Ces mêmes visages gris regardant de dessous la casque, je les avais déjà vus quelque part. La seule différence, c’était les uniformes: aujourd’hui, ils étaient gris avec un liserés rouge et les casques n’étaient plus ronds et à larges bords.

Les horreurs de la guerre sont aussi dures et bouleversantes dans les yeux d’un cheval que dans ceux de l’Homme et ce n’est que grâce à l’amitié de Topthorn, un magnifique pur-sang noir, que Joey traverse les épreuves de la guerre avec force et courage, survivant à bien de cruelles situations. Leur quotidien est fait de durs labeurs, de peur, de faim, de saleté, de blessures et de maladie, seul le soutien qu’ils s’apportent l’un l’autre le maintient en vie. Mais comme les Hommes, les chevaux garderont des blessures de l’âme et se trouveront à jamais changés par les horreurs de ces sombres années.

Cheval de guerre, Michael Morpurgo, Folio junior, 2018.

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30 Juillet 1914, Adèle va sur ses quatorze ans. Elle est la troisième d’une famille de quatre enfants, et la seule fille. La Première guerre mondiale est imminente et Adèle ressent le besoin de se confier à quelqu’un. C’est comme ça qu’elle décide de commencer à écrire un journal. Roman épistolaire sur fond de première guerre mondiale, on suit Adèle et sa famille, ses amis, et les habitants de son village, Crécy en Bourgogne, pendant les quatre longues années que durera la guerre. Au travers de cette jeune fille, Paule du Bouchet relate la vie de ceux qui n’étaient pas sur le front, les femmes en premier lieu, mais également les enfants et les vieillards, leur quotidien et l’attente douloureuse des nouvelles…

 Comme elles sont douloureuses, ces séparations! Douloureuses au point de maudire ces permissions tant désirées… 

Le journal d’Adèle de Paule Du Bouchet, folio junior, 2017.

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Saviez-vous que c’est dans le contexte de la Première guerre mondiale que démarre l’histoire de l’ourse ayant inspiré le célèbre Winnie l’ourson ?

Achetée par le lieutenant Harry Colebourn alors que son régiment était en route pour l’Europe, la petite Winnipeg a été mascotte de son régiment de cavalerie canadienne avant d’être confiée au zoo de Londres lors de la dernière escale des soldats avant de rejoindre la France. C’est au zoo elle fera la rencontre de Christopher, fils d’A.A.Milne qui décidera d’écrire leurs aventures. Mais il y a fort à parier que sans l’attachement qui liait l’oursonne à son maître, jamais des enfants n’auraient pu entrer dans sa cage. Et Winnie l’ourson : Histoire d’un ours-comme-ça (certes moins connu que l’adaptation qu’en ont fait les studios Disney) n’aurait pas été écrit.

Winnie et la grande guerre, Lindsay Mattick et Josh Greenhut, L’école des loisirs, 2020.

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Une nuit. Une nuit pour évoquer l’enfance. Une nuit pour raconter les horreurs de la première Guerre Mondiale. Une nuit pour passer définitivement à l’âge adulte. À travers le récit de Tommo, Michael Morpurgo déploie tout son talent de conteur pour partager ses valeurs humanistes. La famille Peaceful, malgré un nom de bonne augure, aura son lot de tragédies et de difficultés. Mais elle saura rester unie, protégée par une mère aimante et attentive.

C’est par le récit de cette enfance dans la campagne anglaise que Morpurgo ferre son lecteur. Et il ne le lâchera plus. Contraint et forcé, conscient du drame inévitable, il suivra les frères Peaceful sur le front, dans les tranchées. En quelques pages, le froid, la peur, la fatigue, les rats, la vermine, tout est dit. La bêtise humaine aussi, le danger le plus mortel de tous. Un grand roman sur la guerre, motif récurent dans l’œuvre de Morpurgo, à poursuivre avec le film Les sentiers de la gloire de Stanley Kubrick.

Soldat Peaceful, Michael Morpurgo, Gallimard jeunesse, 2018.

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La Grande guerre comme source d’une violence qui va emporter toute une famille sur plusieurs générations. C’est la vision que propose Anne-Laure Bondoux dans Nous traverserons des orages. Les hommes y subissent la violence des combats, le traumatisme de la mort et la rapportent dans leur foyer.

Il y a quelque chose de désespérant à lire ces destins fracassés par l’Histoire. Le sentiment que le cercle vicieux ne pourra pas s’arrêter. Pourtant, chacun est témoin des erreurs de son père, se jure que l’on ne l’y prendra pas. Et le lecteur d’y croire avec eux, jusqu’au geste fatal. Avec une grande maîtrise, l’auteure oblige ses lecteurs à s’interroger sur la source de cette violence. Se transmet-elle dans les gènes ? Vient-elle du vécu de ces hommes envoyés au front puis confrontés à un quotidien frustrant ? Quelle place pour les femmes dans ce cercle vicieux ? L’autre force de ce récit, c’est que chacun pourra associer l’expérience et les doutes d’un personnage à un père, un grand-père ou un arrière-grand-père.

Nous traverserons des orages, Anne-Laure Bondoux, Gallimard jeunesse, 2023.

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Ce livre est issu du projet de six musées des Vosges qui, en 2014, se sont associés à l’École Supérieure d’Art d’Epinal et aux Éditons du pourquoi pas ? pour créer un parcours d’expositions à l’occasion du centenaire la Grande Guerre. Illustré par Zoé Thouron, ancienne élève de l’École, « La vie encore« , est le texte écrit à cette occasion par Thomas Scotto. Dans chaque musée, un personnage avait été choisi : le musicien, l’enfant, la femme, le peintre et le passant, que l’on retrouve au fil des pages, dans lesquelles c’est la guerre elle-même qui tient le rôle principal. Rien n’est épargné : ni l’horreur des combats, bruits et cris mêlés, ni le sang, les mutilations, ni la peur dans les tranchées, ni les morts, ni la désolation après son passage… Pourtant, et c’est là la grande force de ce texte, la poésie et la délicatesse pour dire l’indicible se faufilent au détour d’une phrase, d’une situation, si bien qu’il ne tombe jamais dans le glauque ou le pathos. Et quand, avec toute la puissance et la magie de ses mots, Thomas Scotto raconte aussi les femmes restées au pays qui endossent des rôles nouveaux, la solidarité entre soldats car la guerre « fabrique des frères« , l’instant de grâce d’une mélodie sur un violoncelle improvisé, la vie qui « résiste au creux des plus petits endroits« , ce n’est pas le désespoir qui nous saisit, mais bien l’espérance de matins nouveaux, où l’on f(s)era décidément, et définitivement, la paix.

La vie encore, Thomas Scotto, Zoé Thouron, Editions du Pourquoi Pas ?, 2014

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Avec ce roman, Hervé Giraud sort ici de ses thématiques habituelles… par la grande porte ! Dans une dualité de temporalité, de ton, d’enjeu, très complémentaires et qui font l’originalité du roman, c’est à la fois la Grande Guerre qu’il raconte, son horreur, son traumatisme, par la voix du soldat Botillon, et un récit initiatique, par la voix de son arrière-petit-fils, passant de l’innocence de l’enfant qui joue à la guéguerre, à la conviction qu’il peut être un messager de paix…Et la petite histoire rejoint la grande. Grandiose !
Comme toujours avec cette auteur, on passe du rire aux larmes le temps de le lire et c’est ce qui fait de ses romans des OLNI (Objets Littéraires Non Identifiés) uniques.
On est tour à tour horrifié.e par les descriptions, du champ de bataille comme des mutilations subies, on est indigné.e par le mépris des états-majors pour la chair à canon, les yeux se mouillent quand on lit l’amour entre le soldat Bottillon et sa dulcinée, quand on observe, comme lui, le cœur battant, dans l’ombre, sa fille qui grandit et devient une star adulée, on est bouleversé.e par la solitude de l’après, pour celui qui, gueule-cassée, ne trouve la sérénité qu’à la nuit tombée. Quant à la révélation finale, elle est complètement renversante. Avec ce roman pacifiste et engagé, Hervé Giraud offre aux jeunes générations un très beau récit, d’une humanité sincère et émouvante, pour un devoir de mémoire plus nécessaire que jamais.
 

Le jour où on a retrouvé le soldat Botillon, d’Hervé Giraud, Thierry Magnier jeunesse, 2013.

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Et vous, quels titres vous permettent d’aborder cette période dramatique et de toucher du doigt le quotidien des civils comme des soldats en temps de guerre ?

Nos coups de cœur d’octobre

La grisaille de novembre pointe le bout de son nez, les envies de cocooning se font plus pressantes…. C’est le moment idéal pour découvrir les titres qui nous ont fait vibrer en octobre, et pourquoi par commencer à répéter des titres à déposer au pied du sapin !

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Lucie a été intriguée par ce titre sélectionné par le salon de Montreuil dans la catégorie « Pépite fiction ado ». Et pour entrer dans La danse sauvage d’Harmonie Stark, mieux vaut chausser ses bottes et son Stetson : voyage et aventure au menu ! Sigrid Baffert et Jean-Michel Payet plongent leurs lecteurs en plein Ouest américain du 19ème siècle, au milieu des convois de colons et des desperados. Nous voici chevauchant aux côtés de Grand et Petit. Qui sont-ils ? D’où viennent-ils ? Où vont-ils ? Ne comptez pas sur elle pour vous le dire !

Sachez seulement que la fameuse Harmonie Stark ne fait son apparition qu’au bout d’une centaine de pages et qu’il vaut mieux se concentrer (et avoir le cœur bien accroché) pour démêler le fil de sa vie. Heureusement niveau humour et émotion, le binôme Grand – Petit fonctionne à merveille. Outre l’aspect « western » et les personnages féminins aux caractères bien trempés, Lucie a beaucoup apprécié la recherche de vocabulaire et de sonorités des auteurs, qui ont fait un vrai travail pour que leurs mots sonnent « vrai ». Et les titres de chapitres sont de belles trouvailles !

La danse sauvage d’Harmonie Stark, Sigrid Baffert et Jean-Michel Payet, L’école des loisirs, 2024.

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Autre genre, autre coup de cœur. Cela faisait longtemps qu’Un océan d’amour était dans la liste de Lucie. Il faut dire qu’avec sa couverture façon boîte de conserve, cette impostante BD (224 pages) a de quoi titiller la curiosité du lecteur. Plus encore lorsqu’il s’aperçoit qu’elle) ne contient aucun texte. Tour de force ? Très certainement, d’autant que le pari audacieux de Wilfrid Lupano et Grégory Panaccione ne s’arrête pas là.
D’amour il est question, mais l’amour à l’épreuve du quotidien – au départ ; puis de la distance – par la suite. Sans un mot. Mais pas sans émotion !

Les auteurs mettent en scène un couple breton, traditionnelle Bigoudène flanquée de son pêcheur de mari. Mais voilà que la journée de pêche tourne au drame, et madame guette le retour de son époux sur le port. L’occasion d’aborder pèle-mêle (mais pas tant que cela) la pollution, la surpêche, la malbouffe, les pirates, l’opportunisme des dirigeants et le retour en grâce des traditions, du do it yourself aux recettes de grand-mères. Toujours sans un mot. Pour ne rien gâcher, les personnages sont adorables, exagérés juste ce qu’il faut pour les rendre attachants, et tant les décors que les couleurs sont splendides.

Un océan d’amour, Wilfrid Lupano et Grégory Panaccione, Delcourt, 2014.

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Héloïse – Ileautresor a eu un coup de cœur pour cet album grand format. D’après les belles couleurs de ses pages et de la couverture orangée, il donne une impression de chaleur. Mr Henri le blaireau part se promener dans la forêt parée de couleurs dorées. Il aime l’automne : c’est sa saison préférée. Il aime prendre le temps de rêver…
Il songe à ce billet reçu dans la matinée…Timide, sensible, timide, il aime sa tranquillité. Il trouve vraiment curieux, qu’on lui parle d’émois amoureux…Mais soudain… Toc toc toc…Quelqu’un frappe à sa porte. Qui donc lui rend visite pour le goûter?
C’est son amie Moufflette ! Tant mieux, il vient justement de préparer un bon gâteau à la courge qu’ils vont partager. Or le récit est mêlé à de savoureuses préparations: soupe à l’oignon, tarte aux champignons, sont aussi évoqués cookies à la cannelle et flan aux oeufs vanillé. Tout a l’air si délicieux !

Les deux amis sont bien campés et très différents. A la balançoire, lui, plus prudent, va plus doucement. Elle s’élance volontiers dans le vent. A bicyclette, ils forment un drôle de cortège: un blaireau et une mouffette….Une autre lettre de l’inconnue mystère invite Mr Henri à une fête déguisée où chacun fait un vœu, en secret, en tournant autour du feu…
L’album évoque la douceur de l’amitié entre un blaireau et une mouffette … et peut-être plus d’ailleurs…le lecteur l’aura peut-être deviné ! Avec toute la chaleur ensoleillée de belles journées, l’album adopte les couleurs dorées et vermeilles. C’est une merveille !

Un automne avec M. Henri de Fanny Ducassé, Seuil jeunesse, 2024.

Son avis complet est à lire ICI.

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Séverine ne connaissait pas cet album de Bernadette Gervais, dont elle appréciait jusqu’alors le grand talent pour illustrer la nature, la magnifier, croquer l’enfance joyeuse… Elle ne s’attendait pas à être sidérée par une œuvre, certes, toujours graphiquement splendide, mais surtout d’une force inouïe pour traiter, avec les plus petit.es, le sujet des violences intra-familiales, au sein du couple, et partout où il y a maltraitance….
Sous couvert d’un conte animalier, c’est une situation hélas bien humaine que raconte l’autrice : celle d’une vie quotidienne sous emprise, coincée dans les rouages du dénigrement, de l’isolement, de la culpabilité, du déni, voire du syndrome de Stockholm…L’atteinte à l’intégrité physique y est également abordée de front, avec néanmoins toute l’acuité indispensable quand on s’adresse au très jeune lectorat. Le ton est simple, juste, les illustrations illuminent et adoucissent la difficulté du propos.
« Petite et grande Ourse » raconte l’histoire d’une petite ourse qui subit, jour après jour, les colères, les humeurs, les insultes et brimades de sa mère adoptive, parfaite incarnation d’un.e pervers.e narcissique, brillant.e en société, très sombre dans le secret du foyer. Quand Petite ourse ose tout révéler, personne ne la croit. Elle se résigne…Jusqu’au jour de trop…Elle suit alors le conseil de Grande Ourse (sa conscience ?) et fuit, malgré sa crainte de l’inconnu. Ici, l »optimisme reste de mise, puisque tout est bien qui finit bien et c’est, tout en finesse, que Bernadette Gervais nous dit : fort est qui abat, plus fort est qui se relève.
A hauteur d’enfant et en très grand !

Petite et grande ourses, de Bernadette Gervais, La Partie, 2022

Son avis complet est ICI.

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Autre coup de cœur du mois d’octobre pour Séverine, qui a enfin lu le seul roman ado d’Hervé Giraud qui manquait à son palmarès. On se souvient qu’elle a découvert cet auteur seulement un an auparavant et que, depuis, chaque lecture l’emporte dans un univers unique qui floute la frontière entre humour et tragédie. Solal, le héros de « Y aller », décide, à la suite de la vexation ultime (« t’es pas un vrai mec« ), de quitter sa chambre-grotte, sa console de jeux vidéos, sa manette et tout ce qui le lie au virtuel. « Quand tu aimes, il faut partir » ? Vive l’aventure ! Sac au dos, pouce en l’air, ocarina et autres babioles essentielles en poche, direction le centre de la France, à savoir Bruère-Allichamps (Cher, 566 habitants), pour prouver à la terre entière, Laëtitia Duvernois (par qui le scandale est arrivé) et surtout lui-même, qu’il saura cumuler les points, gagner des vies, la Vie, et aussi la partie ! Il ne perdra pas un bras au champ de bataille, mais un bout de doigt dans son périple, et même un peu plus…Road-trip décalé et décapant, peuplé de personnages secondaires plus loufoques les uns que les autres, ce roman moins léger qu’il n’y paraît, est une exhortation à être moins con…necté.es et à profiter des merveilles que nous offre la réalité. Il est absolument parfait pour les gamers et autres geeks, ou tout simplement, celles et ceux qui aiment les romans qui naviguent joliment entre sourires et émotions.

Y aller, d’Hervé Giraud, Thierry Magnier, 2018.

Sa chronique complète est ICI.

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Linda a eu un coup de cœur pour cet album fraichement publié aux éditions Voce Verso qui aborde l’importance d’accueillir les émotions et de les laisser s’exprimer pour mieux les affronter et les dépasser. Le texte de Sébastien Joanniez dégage une douceur et une poésie qui s’expriment dans la métaphore de l’océan, utilisée pour parler du vague à l’âme et du torrent d’émotions capable de submerger.

La tristesse s’exprime dans les illustrations de Sara Stefanini par l’utilisation d’un beau camaïeu de bleus, la palette de couleurs se réchauffant au rythme de l’apaisement de l’enfant. Son trait tout en rondeur et la colorisation très graphique appuient par ailleurs l’émotion du texte par le mouvement ondulatoire de l’eau. Quand l’eau semble enfin s’écouler vers l’extérieur du corps de l’enfant, l’effet n’en est que plus fort.

Doucement doucement de Sébastien Joanniez, illustré par Sara Stefanini, Voce Verso, 2024.

Son avis complet est ICI.

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Du côté des romans, Linda a eu plusieurs coup de cœur, notamment dans la sélection du Prix Vendredi mais pour ce billet, elle avait envie de mettre en avant un titre qui rend hommage aux sœurs Brontë, en commençant par Charlotte qui donne son nom au titre, un titre qui est aussi et surtout l’histoire d’une rencontre improbable, d’une premier amour porté par deux adolescents que tout oppose.

Jeanne est une jeune fille discrète, presque effacée, dont la passion pour l’œuvre de Charlotte Brontë l’anime d’un enthousiasme communicatif et la rend terriblement attachante dans sa capacité à se perdre dans ce roman et l’histoire de son autrice. Ne laissant rien au hasard, elle pousse ses recherches à l’extrême pour mieux en appréhender les nuances.

Au fil des pages se dessine le portrait de cette adolescente qui semble s’être volontairement coupée du monde dans lequel elle vit pour s’enfermer dans l’illusion naïve de cette vie romanesque qu’elle perçoit dans le récit de Jane Eyre. Pourtant ses recherches vont peu à peu la confronter à la réalité plus sombre et au destin plus dramatique des enfants Brontë. Par ailleurs, en opposant ses idées à celles d’Alex et, en apprenant à le connaître, Jeanne va peu à peu réapprendre à vivre dans cette réalité qui est la sienne.

Charlotte in Love d’Éléonore Desclée, illustré par Yolande de Borchegrave, Alice éditions, 2024.

Son avis complet est ICI.

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Quant à Liraloin et sa tête complétement immergée dans la littérature japonaise, il était un p’tit peu évident que son coup de cœur allait voyager au pays du Soleil Levant.

« Dans le train de Monsieur Shô-Shô, il y a des bonsaïs, des cerisiers en fleurs, des buveurs de thé et des buveurs de saké… ». Ici, les wagons sont colorés et accueillent les voyageurs aux moultes envies. Après avoir déposé son bagage, éventuellement mis son fidèle compagnon en gardiennage, vous pourrez filez « à la japonaise ». Bienvenue à bord pour un voyage où les escales sont tantôt des izakaya (petites échoppes pour boire et manger) où des magasins pour y faire des petites emplettes et tout cela sur les rails bien évidemment. Avez-vous remarqué cet arbre ou vous pourrez vous installer le temps d’une lecture à la douce lumière d’une lanterne traditionnelle ? …

Dans ce grand album à l’talienne sans texte, la voyageuse-lectrice ou le voyageur-lecteur peut observer toute la diversité de la culture nipponne. Les intempéries n’empêcheront pas d’arriver à la gare de Shitamachi sous une pluie de fleurs de cerisier. Qu’il est bon d’observer les dessins crayonnés hachurés et colorés. Yoki kokai wo !

Un ticket pour Shitamachi de Tadayoshi Kajino, Lirabelle, 2014

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Suite à l’écoute du très bel épisode de Folie douce, le podcast de Lauren Bastide consacré à la santé mentale, qui louait la beauté de ces amitiés qui soignent, Colette s’est plongée dans un roman des années 2000 qui avait eu un succès incroyable à l’époque de sa publication : Kiffe kiffe demain de Faïza Guène, invitée du podcast.

Kiffe kiffe demain, Faïza Guène, Le livre de poche jeunesse, 2006.

Doria a quinze ans et tout son univers se structure autour des habitants et des habitantes de la cité où elle vit seule avec sa mère dans la banlieue de Livry- Gargan. Au fil des pages, on découvre le quotidien de sa mère, femme de ménage dans un Formule 1, à Bagnolet, tout juste abandonnée par son mari, reparti au Maroc trouver une femme plus jeune. On y lit ses discussions avec Hamoudi, qu’elle connaît depuis qu’elle est « haute comme une barrette de shit », les compte-rendus de ses rendez-vous avec Mme Burlaud, psychologue de l’Education Nationale (à l’époque où il en existait encore !) ou les récits des visites de l’assistante sociale qui s’occupe de leur dossier. C’est son quotidien, ses interrogations que Doria nous livre avec une verve très particulière et un humour décapant qui pointe du doigt le racisme latent de la société française et de son idéal bancal d’intégration, tout en explorant cet âge si particulier qu’est l’adolescence. Mais le plus intéressant avec ce roman, c’est d’observer la France qui y est décrite et de prendre en pleine face les changements qui caractérisent cette même France aujourd’hui, notamment en ce qui concerne le sort réservé aux classes populaires, aux personnes issues de l’immigration et à la vie en banlieue. Et d’ailleurs que dirait Doria de la France d’aujourd’hui ? Comment a-t-elle grandi ? Kiffe-t-elle toujours l’avenir ? Et bien c’est à ces questions – et à de nombreuses autres – que l’autrice s’est attelée en écrivant, 20 ans plus tard, Kiffe kiffe hier ? . On y retrouve Doria, 35 ans. Et un humour toujours aussi décapant pour affronter une France beaucoup moins « black, blanc, beur » que dans les années 2000.

Kiffe kiffe hier ? Faïza Guène, Fayard, 2024.

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Hélolitlà s’est plongée dans des lectures d’automne pré-Halloween en octobre, et quoi de mieux pour cela que Camera Obscura : Le chant des morts, le dernier roman de Maëlle Desard, qui plonge ses lecteurs dans une ambiance gothique follement déjantée ? Un mystérieux brouillard qui recouvre la ville de Londres, des disparitions, des morts qui se relèvent, un mal qui tue à petit feu… l’intrigue a beaucoup plu à Héloïse.

Mais ce qui en a fait une lecture qu’elle n’est pas près d’oublier, ce sont les personnages hauts en couleurs et très attachants, les dialogues relevés, les piques et l’humour bien présent malgré le contexte et l’ambiance angoissante. L’autrice en profite d’ailleurs pour dénoncer ces arrivistes prêts à tout pour gagner toujours plus d’argent.

Une lecture mordante, très addictive !

Camera Obscura, le chant des morts, de Maëlle Desard. Rageot. Octobre 2024

Sa chronique ICI.

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Helolitla a aussi succombé au charme de Raconte ! La véritable histoire du premier rat de bibliothèque, qui l’a entraînée dans les coulisses de la Bibliothèque nationale de France.

Rature est un jeune rat maladroit qui dévore les livres dans sa petite bibliothèque d’Ankara. C’est en discutant avec son grand-père qu’il va se voir confier une mission surprenante : retrouver l’exemplaire du roman écrit par ce dernier, qui serait stocké à la BnF. Un livre écrit par un rat ? Est-ce vraiment possible ? Rature part à l’aventure…

Un récit d’aventures passionnant pour tous les amoureux des livres, qui a conquis Héloïse et ses enfants. Une visite face visible et face cachée de cette bibliothèque hors norme, pleine de rencontres, d’humour et de rebondissements.

Raconte ! La véritable histoire du premier rat de bibliothèque, de Marine Cotte, Stéphane Fitoussi et Yomgui Dumont. Syros/BnF éditions. Octobre 2024

Sa chronique ICI, celle de Lucie, celle de Linda.

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Le mois d’octobre de Blandine a été riche en coups de cœur ! Très diversifiés dans leurs sujets comme dans leurs graphismes, ils l’ont enchantée!

Un Matin. Jérôme DUBOIS et Laurie AGUSTI. Editions La Partie, 2022

Entre album et BD, cet OLNI reprend les principes des « livres dont vous êtes le héros » pour nous plonger dans une recherche de couleurs qui est aussi une recherche de souvenirs et du temps de l’enfance. Et c’est très réussi !

L’article complet ICI !

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Pour sa nièce de 4 ans, Blandine a choisi un album de la bande des Quiquoi, qui s’en vont en forêt avec un petit chaperon jaune avec des bandes réfléchissantes pour qu’on la voie dans la nuit. Vous voyez l’histoire ? Enfin presque ! Et c’est vraiment très drôle !

Les Quiquoi et le petit chaperon jaune… Laurent RIVELAYGUE et olivier TALLEC. Actes Sud Jeunesse, 2019

Son avis complet LA !

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Savez-vous que les coqs, selon le pays, ne disent pas forcément « Cocorico »? Découvrez avec cet album carré et cartonné ce qu’il dit ailleurs dans le monde !

Le coq polyglotte. Marie DARME-RIZZO. Editions Hélium, 2023

Petite question: Est-ce vraiment le cri du coq qui est différent ou notre oreille qui n’entend pas de la même manière selon notre pays ?!

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Et vous, quelles belles découvertes avez-vous faites en octobre ?