Lecture commune : A quoi rêvent les étoiles

Après la lecture commune sur l’album Nuit étoilée, voici un roman A quoi rêvent les étoiles de Manon Fargetton publié par Gallimard jeunesse, qui nous permet d’étoffer notre périple étoilé.

Sélectionné dans le Prix UNICEF 2021 de littérature jeunesse, catégorie 13-15 ans, notre rencontre avec ce roman s’est faite par ce biais.

Ce roman choral a illuminé notre début d’année et donc une lecture commune s’imposait, que voici !

⭐⭐⭐⭐⭐

Colette : A quoi rêvent les étoiles ? Quelle belle question ! Que s’est-il passé dans votre tête en découvrant ce titre ?

Liraloin : je n’ai pensé à rien en découvrant le titre, l’étoile représente tellement la rêverie chez moi que je me suis dit : “voici une lecture qui devrait me plaire”. Cette proposition de lecture m’a tout de suite bottée car je n’ai rien lu de Manon Fargetton.

Pépita : Justement, il n’y a pas de point d’interrogation dans ce titre ! C’est ce qui en fait tout le mystère je trouve. ça part du principe qu’il n’ y a pas de réponse à donner mais je l’ai pris comme une invitation à mener ses rêves jusqu’au firmament. Et ces étoiles, qui sont-elles ? Un petit tour de ciel ?


Liraloin : Elles sont multiples, différentes et puis elles peuvent s’assembler pour dessiner une voie lactée.


Colette : Ces étoiles ce sont Alix, comédienne en herbe qui rêve de fouler les planches après ses études, Titouan, jeune lycéen en rupture avec les autres, avec le monde extérieur (mon chouchou ;), Luce, une femme au destin incroyable qui vit très douloureusement son récent veuvage. Et puis il y a Armand, le père d’Alix, un père incroyable d’amour, de dévouement, et son amie Gabrielle, professeure de théâtre passionnée. Et rien qu’en faisant cette liste, je sens que je suis prête à dévoiler ce qui les unit, car les liens qui se tissent entre tous ces personnages sont multiples, divers, parfois tendus, parfois rompus, sans cesse renouvelés. Et c’est de ça dont il s’agit dans ce livre : des constellations invisibles qui relient les humain.e.s les un.e.s aux autres. C’est tellement beau comme projet d’écriture ! Et surtout c’est réussi !.


Pépita : Et justement, elle rêvent à quoi ces étoiles ? Leur projet, leur angoisse, leur révolte, ….qu’est-ce qui les motivent ….ou pas du tout ?


Colette : Je dirai qu’Alix rêve d’endosser de multiples rôles, de relever des défis, et surtout d’être indépendante. Elle rêve aussi de sa mère retrouvée et d’amour avec un grand A. Titouan rêve de quelque chose de très simple et de très doux : il rêve d’être accepté comme il est. Il rêve d’amitié sincère. Luce rêve de mourir. Non, en fait Luce rêve de retrouver l’homme qu’elle aime. C’est aussi un rêve très simple. Mais inaccessible pour les êtres incarnés. Armand rêve de rendre heureuse sa fille. Et Gabrielle… Gabrielle, je ne sais pas trop. Elle est tellement sur la défensive. Je pense qu’elle rêve d’amour aussi mais…


Liraloin : Ces étoiles, elles sont différentes chez les adultes et les ados. Tandis que les adultes veulent simplement être heureux. Les ados, eux, veulent accomplir quelque chose. Ils sont le reflet de notre société : le rêve où tout est possible sans limite et puis la voie sur laquelle on s’engage peu importe du moment que l’on est heureux.


Pépita : Je dirais juste qu’ils veulent simplement être heureux, être en accord avec leurs envies même si elles sont encore floues. Pour Alix et Titouan, c’est plus clair. Pour Armand aussi , même s’il se cache. Pour Luce, j’ai trouvé ça terrible. Gabrielle, elle, elle est écartelée mais elle le veut bien. Dans ce roman pour ados, ce sont les adultes les plus perdus ! Alors que les ados, eux, savent ce qu’ils veulent, en toute intransigeance. J’ai trouvé cet aspect du roman drôlement bien. Ce qui prouve que la vie est une quête permanente.
Sans trop en dévoiler, par quel heureux hasard vont-ils se rencontrer ? Car ça aussi, c’est fort !


Colette : C’est le hasard justement qui les réunit, un hasard permis par les nouvelles technologies, par les réseaux de communication si envahissants du XXIe siècle. Un hasard qui m’a amené à les voir autrement ces réseaux d’ailleurs. A les voir comme une chance.


Liraloin : Finalement ils vont se connecter grâce aux “nouvelles technologies” (comme ça nous restons dans le flou). C’est le démarrage de beaucoup de rencontres qu’elles soient “provoquées “ou non après tout !


Pépita : Cet heureux hasard va donc faire en sorte qu’il s’entraident mais avant d’en arriver là, l’autrice prend vraiment le temps de revenir à plusieurs reprises sur chacun pour faire avancer leur propre trajectoire. Avec aussi des temps de recul. Du coup, le lecteur les voit évoluer, s’empêtrer, se figer, avancer à nouveau. Cette construction vous a-t-elle séduite ? Qu’est-ce qu’elle révèle de chacun d’eux ?


Colette : J’ai trouvé ce rythme très juste, il nous permet d’aller de surprise en surprise, c’est une petite machinerie narrative très ingénieuse. Titouan, par exemple, mon chouchou, on le découvre complètement addict aux jeux vidéos au départ, et puis au fur et à mesure on comprend ce qui se joue pour lui dans ses longues parties avec Lix, on comprend que quelque chose cloche, mais sans vraiment savoir pourquoi, on a l’impression que c’est une passade, et puis la crise qu’il va vivre quand son père l’oblige à aller au lycée est vraiment effroyable, on comprend alors qu’il vaut mieux prendre au sérieux l’angoisse qu’il ressent et qui le maintient dans sa chambre. Et puis il va y avoir ce message un soir sur son téléphone. Et sa réaction est tellement belle, d’autant plus belle quand on mesure à quel point les autres le font souffrir. La narration de ce roman prend toujours des portes dérobées, des chemins de traverse et c’est très agréables de se laisser guider.


Pépita : Oui c’est exactement cela Colette, des chapitres qui alternent sur chaque personnage mais en même temps des liens invisibles se tissent entre eux et c’est fort beau. Le lecteur s’en émerveille et il se demande bien comment cela va s’épanouir mais sans inquiétude car il a confiance en eux.
A propos des personnages-Colette nous l’a déjà avoué !-quel est le personnage qui vous a le plus touché et pourquoi ?


Liraloin : Le personnage qui me touche le plus c’est Gabrielle, cet enfermement assez cynique. Elle fait en sorte que rien ne la touche et c’est assez paradoxal avec son métier : professeure de théâtre. Au théâtre il faut montrer ses sentiments mais on y joue aussi. Je la trouve dure parfois mais tellement encourageante avec Alix.


Colette : Bon, j’avoue que j’ai un faible pour les laissés pour compte, les mal dans leurs peaux, ceux qui doutent et qui questionnent – déformation professionnelle sans doute – alors j’ai vraiment adoré suivre Titouan. Et puis au début je ne comprenais vraiment pas ce qui le retenait dans sa chambre et en fait … il n’y a rien d’autre à comprendre que son désir de ne plus sortir. Peut-être que cela a fait écho en moi à la période de confinement que nous venions de vivre parce que vraiment j’avais envie de le sortir de là. Et puis après la tentative de ses parents, j’ai compris que non, seul un miracle pouvait changer la donne. Et le miracle a lieu. Et nous assistons à la résurrection de Titouan. Et c’est tellement émouvant !


Pépita : je te rejoins pour Titouan ! Tous ces personnages sont touchants mais j’ai eu un faible pour Luce (plus proche de mon âge !) : son désarroi, son manque, sa solitude immense, sa vie d’avant, …. Au début aussi, je me suis dit : mais elle n’a plus les pieds sur terre ! Je ne connaissais pas encore sa passion. Peu à peu, elle change, elle renaît à la vie, à une sorte de vie puisque…Alix, Titouan et Luce ont ceci en commun que ce sont des êtres entiers. Et cela me touche car j’aime ces êtres-là. On les considère souvent comme intransigeants. C’est juste qu’ils sont incompris dans leur élan de vie et que souvent, on leur coupe les ailes. Leur étoile brille fort et ils veulent l’atteindre à tout prix. C’est ce que ces trois personnages nous disent. Luce le dit un peu différemment. Elle n’a pas la même expérience de vie. Elle a déjà fait du chemin. J’ai eu plusieurs fois eu envie de la prendre dans mes bras.


Colette : On pourrait évoquer la construction du livre en actes : 5 actes, c’est la division classique de la tragédie : est-ce que vous avez trouvé cette structure pertinente ? Qu’est-ce que cela apporte au récit ? Peut-on comparer, selon vous, ce roman à une tragédie ?


Liraloin : Je n’ai pas vu cette construction comme toi Colette, je n’y ai vu que l’entrée, le lever de rideau et puis j’ai laissé évoluer les personnages devant moi tout simplement.


Pépita : J’y ai plus vu une allusion au théâtre que pratiquent deux des personnages. Et je l’avais oubliée ! Une tragédie, non, je ne pense pas, je ne l’ai pas perçu comme ça. Plutôt comme un découpage qui accompagne l’évolution des personnages.


Colette : J’aurais bien aimé parlé des relations familiales qui sont au cœur des différentes trajectoires, quel que soit l’âge des enfants – adolescent.e.s ou adultes. Je trouve que ce roman nous offre une sacrée vision de la parentalité entre la mère absente, qui abandonne et revient sans crier gare, le père omniprésent, les parents qui s’éloignent, les parents qui comprennent… Pour vous, sont-ce seulement des personnages secondaires ou ont-ils des rôles plus importants ?


Liraloin : Ils sont très important ces personnages. J’ai été bouleversée par la scène du papa et de Titouan au collège (je n’en dis pas trop). Il y a aussi la fille qui s’éloigne aussi, enfin les filles. Celle qui l’a fait depuis des années Gabrielle et celle qui veut voler de ses propres ailes : Alix. Oui les parents sont présents à leur façon et apportent à nos personnages principaux une belle force pour continuer.


Pépita : Tu as raison de le souligner perspicace Colette comme toujours ! Pour reprendre la métaphore des étoiles du titre, on est dans une constellation d’humains qui gravitent les uns autour des autres et entre lesquelles des liens invisibles se sont tissés. Ils le savent sans le savoir qu’ils ont réellement besoin des uns et des autres, même si le besoin de s’affranchir de ces liens est vital pour certains. Savez-vous que nous avons tous autour de notre corps une sorte de petite bulle invisible qui nous protège et dont nous avons besoin de frotter aux autres de temps en temps ou au contraire de préserver en s’éloignant ? Ce roman le montre très bien. Du coup, tous les personnages sont importants dans cette histoire, il n’y en a pas de secondaires pour moi.
Si vous en êtes d’accord, j’aimerais qu’on arrête là sur l’intrigue au risque de trop en dévoiler et ce serait dommage pour des personnes qui n’ont pas encore lu ce magnifique roman. Cependant, quel effet a-t-il produit sur vous ? Je pense qu’il dépasse largement le public adolescents. Qu’en pensez-vous ?


Colette : Comme souvent en littérature dite jeunesse, A quoi rêvent les étoiles peut toucher n’importe quel public, ado ou adulte. L’éventail des personnages d’âges très divers permet d’aborder chaque âge de la vie (sauf l’enfance peut-être qui n’y est pas explicitement présente) à travers des questionnements qui sont autant d’étapes dans la construction de soi : quel avenir me construire ? Quels liens avec ma famille ? Avec les autres ? Avec la société dans son ensemble ? Comment être encore moi-même quand les êtres que j’aime ont disparu ?


Liraloin : Tout d’abord, j’ai été très heureuse de cette lecture commune car j’avais envie de lire, depuis un grand moment, Manon Fargetton. Pour l’avoir vu et lu des interviews essentiellement les thématiques abordées dans ses livres me correspondent (dystopie – aventure – roman social…). Il dépasse complètement le public ado car le sentiment d’attachement entre les personnages est intergénérationnel !


Pépita : Personnellement, ce roman a illuminé ma fin d’année dernière ! Si vous deviez le définir en un mot, quel serait-il ?


Colette : Solidarité ! Ce que j’ai trouvé beau ce sont ces liens qui se tissent là où on ne les attendait pas.


Pépita : Mon mot serait lumière !


Liraloin : Pour moi ça serait l’amour car ce mot englobe cette relation si spéciale qui se tisse entre les personnages.


Le mot de la fin pour Colette : C’est un roman foisonnant et très organisé à la fois qui laisse comme une empreinte lumineuse en plein cœur même plusieurs mois après sa lecture ! J’espère que c’est ce que nous transmettrons à travers notre lecture commune !

⭐⭐⭐⭐⭐

Nos chroniques du roman :

MéLi-MéLo de livres

-Liraloin

Lecture commune : Nuit étoilée de Jimmy Liao.

Au seuil de l’hiver, trois d’entre nous ont eu la chance de se retrouver. En vrai. Masquées mais enchantées ! Autour d’une tasse de thé, on a beaucoup discuté. Et puis Isabelle, aussi enthousiaste que Pépita sur ce sujet, a glissé dans les mains de Colette un album rare. Précieux, comme ce moment volé que nous venions de partager. De toute cette poésie, nous avons eu envie de parler. On vous livre donc aujourd’hui au seuil du Printemps, nos impressions de lecture.

*****

Colette. – Au seuil de ce livre, qu’avez-vous trouvé ? Sur quelle(s) piste(s) vous a lancées la couverture d’Une Nuit étoilée ?

Liraloin. La couverture au premier regard me fait penser à une belle amitié où rien n’est impossible et où tout est possible (le sourire des enfants), les étoiles qui laissent présager le temps qui passe et les jours qui défilent.

Pépita. Cette couverture, je la trouve incroyablement apaisante et si belle ! Ces deux enfants qui regardent le ciel avec confiance, côte à côte, en toute amitié, est d’un élan qui réchauffe le cœur ! J’ajouterais que cette bulle de bleu, aux contours mouvants, dans laquelle ils se trouvent dans la barque (symbole !) m’a fait l’effet d’une île protectrice, au milieu de ce ciel étoilé et de sa grandeur mystérieuse.

Leslivresdavril. Cette couverture est effectivement pleine de douceur et de poésie. Alors que le titre m’évoque évidemment le magnifique tableau de Van Gogh, l’illustration m’a fait penser au court-métrage de Pixar La Luna.

Isabelle. J’avoue que je n’ai pas fait tout de suite le rapprochement avec le tableau de Van Gogh, alors que le titre et les étoiles sur la couverture auraient pu me mettre la puce à l’oreille. Par contre, je suis tombée sous le charme de la poésie, de la douceur et de la rondeur des graphismes qui restituent ce qu’il y a de plus merveilleux dans l’enfance. En ce moment où nous sommes isolés de nos amis et enfermés entre nos murs, ce moment de contemplation partagée sous l’immensité du ciel étoilé m’a donné irrémédiablement envie d’ouvrir cet album.

Colette. – Vous soulignez la beauté, la paix, la douceur de la couverture que moi-même j’ai ressenties. Cependant, une fois l’album ouvert, nous sommes plongé.e.s dans une ambiance toute autre. Je ne m’attendais pas du tout à ce graphisme que je qualifierai de surréaliste ni à cette narration si particulière. Comment avez-vous vécu la découverte de “l’histoire” ? Avez-vous eu un double “choc” vous aussi ?

Isabelle. – Oui, je partage ton ressenti. En voyant la couverture, comme je le disais, je me suis dit que cette lecture allait être douce et réconfortante ; je ne me suis pas attendue un seule seconde à la solitude immense de cette enfant délaissée par des parents très occupés, dans un appartement où règnent l’ordre et une étrange géométrie, mais pas l’amour. Des scènes poignantes qui nous ont beaucoup remués – mon fils cadet n’a d’ailleurs pas pu se défaire de cette tristesse jusqu’à la fin du livre.

Pépita. – Tout comme vous, cette histoire m’a happée : j’ai d’abord été emportée par les illustrations, à tel point que j’ai vite lâché le texte pour y revenir ensuite. Les couleurs, l’implicite des images, le mystère qui en émane, la beauté, la douceur, la souffrance, la solitude, tout ça mélangé, c’est du coup un sentiment étrange qui vous envahit : comme si on contemplait tout en restant extérieur, sans possibilité d’entrer. Comme quand on regarde un tableau qui émeut. J’ai trouvé ça très fort pour un album dont la référence est justement faite au tableau de Van Gogh (représenté plusieurs fois d’ailleurs). Il y a quelque chose de surréaliste dans cet album et un va-et-vient entre réalité et rêve à la fois troublant et apaisant selon les pages.

Leslivresdavril. – Effectivement, on peut parler de choc, et dès la page de garde. Ce portrait de très près avec les yeux rouges m’a mise vraiment mal à l’aise ! Pour moi, la rencontre avec le garçon est un moment charnière tant dans le récit que dans les illustrations. À partir du moment où ils commencent à se parler les illustrations s’adoucissent. Les couleurs sont moins criardes, les dessins moins agressifs… J’ai trouvé que ce lien entre illustrations et état d’esprit de l’héroïne était vraiment intéressant. Ces illustrations sont tellement fortes qu’il est effectivement compliqué de les apprécier en parallèle du texte. Je rejoins Pépita dans la lecture en deux étapes, mais moi j’ai fait le contraire : j’ai lâché les illustrations pour y revenir après chercher des clés.

Liraloin.- Lors de ma lecture j’y ai vu toutes les références, enfin celles que je connais, à des tableaux : Magritte essentiellement, Van Gogh est venu après mais je n’ai pas du tout fait le rapprochement avec la couverture étoilée. Ce qui m’a le plus happée, c’est le ballon rouge et le buisson à l’arrêt de bus en forme de lapin. Oui, comme Colette, je trouve que l’intérieur est surréaliste et on ne s’attend pas du tout à rencontrer ces illustrations en lisant. Pour vous, que signifie le ballon rouge ?

Leslivresdavril. – Ce ballon rouge m’a directement attiré l’œil. Ma théorie serait qu’il symbolise quelque chose entre l’espoir et le besoin d’évasion de cette petite fille oppressée par ce quotidien étouffant (qui est d’ailleurs illustré avec force de racines et branches enchevêtrées, cages et autres fenêtres avec croisillons).

Colette. – A première lecture, je ne l’avais même pas remarqué, ce ballon rouge. Tout ce que je peux dire en relisant cet album, c’est que le ballon rouge disparaît dans la deuxième partie du livre, avec le bonheur retrouvé car oui je dirai que cet album fonctionne en 3 temps : l’insondable solitude, l’échappée belle, le retour au réel ; un peu comme en prosodie avec la protase, l’acmé et l’apodose, un mouvement ascendant couronné par un moment hors du temps suivi d’un mouvement descendant qui signe le retour au calme, à la sérénité.

Isabelle. – Ce ballon est l’un des éléments récurrents qui semblent dérouler un autre fil de l’histoire, en arrière-plan (il y en a d’autres, comme le buisson dont parlait Frédérique, les baleines et ces autres animaux intrigants qui habitent le quotidien de la petite fille). Quand j’ai lu l’album à mes enfants, ils les ont tout de suite remarqués, contrairement à moi. Il me semble que le ballon pourrait être une métaphore représentant la mélancolie de la fillette – ou au contraire ce monde merveilleux qu’elle déploie dans son imaginaire pour se réconforter. Comme le dit Colette, “l’échappée-belle” lui permet de surmonter son sentiment de solitude et d’enfermement, elle n’a plus vraiment besoin de tout ça à la fin de l’histoire.

Pépita. – Ce ballon, je l’ai vu comme une possibilité d’envol avortée, comme un fil à la patte en quelque sorte, comme une envie de s’élever et d’être entravé. Je rejoins Colette sur les trois phases de cet album et toutes les images qui se greffent implicitement sont comme des surimpressions d’imaginaire : cette petite fille a besoin de ça pour surmonter sa solitude.
Il y a un point qui me taraude dans cet album : j’ai lu des chroniques qui parlent de passage de l’enfance à l’adolescence. Je n’ai pas du tout vu ça. Au contraire, on reste dans l’enfance non ?

Colette. – Comme toi, ma chère Pépita, je n’y ai pas du tout vu le passage de l’enfance à l’adolescence mais vraiment une puissante histoire d’amitié. De ces histoires d’amitié bouleversante, intense comme dans les livres de Gary D. Schmidt par exemple. Le vocabulaire de la narratrice, ses préoccupations ne laissent pas du tout présager de l’entrée dans l’adolescence, me semble-t-il.

Leslivresdavril. – Je suis d’accord avec vous : pour moi aussi on reste clairement dans l’enfance. Mais on sent tout de même une évolution. Grâce à sa rencontre avec le garçon, elle sait maintenant trouver des ressources pour faire face aux difficultés et aux peines de la vie sans se réfugier systématiquement dans l’imaginaire. Ce qui est beau c’est qu’elle a su grandir tout en conservant sa capacité d’émerveillement.

Isabelle. – Je vous rejoins, c’est au cœur du pays de l’enfance que cet album nous transporte. J’ai ressenti la solitude, le sentiment d’être décalé.e par rapport à l’étrangeté du monde que les enfants peuvent vivre intensément parce qu’ils sont plus vulnérables, mais aussi parce qu’ils posent un regard neuf sur les choses qui n’a pas eu le temps de s’accommoder de leur absurdité. La capacité d’investir son imaginaire pour élargir et enchanter le quotidien est aussi quelque chose qui me semble propre aux enfants. Et surtout, comme le dit Colette, cette façon puissante de vivre l’amitié (tu parlais de Gary D. Schmidt, j’ai pensé pour ma part à L’amie prodigieuse, d’Elena Ferrante). Le texte m’a parfois fait penser aux poésies de Prévert que j’associe aussi à l’enfance.

Leslivresdavril. – Quel sens donnez-vous à ces citations de tableaux (et d’œuvres en général) plus ou moins connus et plus ou moins soulignés ?

Pépita. – Ces tableaux sont comme une promenade onirique à décrypter au fil des pages : mais je l’ai vu aussi comme une invitation à entrer dans l’art. ça ne vous est jamais arrivé de vouloir entrer dans un tableau ? Physiquement je veux dire. Ces illustrations qui m’ont happée dès le départ m’ont procuré cette envie-là et hop ! prise par la main, j’ai chaussé mes lunettes pour y lire les autres intentions artistiques. C’est vraiment fort !

Isabelle. – Tout à fait d’accord ! Cette scène où les enfants plongent littéralement dans La nuit étoilée de Van Gogh est jubilatoire. Elle donne envie de revisiter certaines œuvres d’art “en immersion” ! L’album montre aussi comment l’art et l’imaginaire peuvent se nourrir mutuellement – avec d’une part ces tableaux qui font rêver et inspirent la petite fille, d’autre part ce mur des baleines à la fin nourri des balades et rêves partagés par les deux enfants.

Leslivresdavril. – C’est très beau ce plongeon en effet. Ce passage de voyage rêvé est somptueux. On a l’impression de se déplacer à la fois dans des tableaux de Van Gogh, dans les souvenirs de l’héroïne et dans ses rêves, c’est très étonnant et remarquablement bien fait. Au passage, je trouve assez révélateur que l’appartement de la famille soit placé sous le patronat de Magritte avec Les amants et Le fils de l’homme alors que le grand-père a visiblement transmis son amour pour Van Gogh à sa petite fille.
Pour moi l’auteur oppose clairement les deux, qu’en pensez-vous ?

Colette. – J’imagine que l’auteur a voulu suggérer un parallèle entre l’histoire de sa jeune héroïne et les œuvres d’art qui jalonnent le récit. Je remarque que les tableaux de Magritte caractérisent la première partie du récit, ils ornent les murs de la maison. Pour moi, ils sont étroitement associés aux parents. Le premier tableau de Van Gogh apparaît dans la chambre de notre jeune héroïne juste après l’annonce de la mort de son grand-père. On voit une reproduction de La nuit étoilée sur le mur de sa chambre, au dessus de son bureau accompagné d’autres miniatures qui doivent être les oeuvres de la narratrice elle-même. Elle regarde par la fenêtre. Et c’est là qu’elle voit le garçon pour la première fois. Il me semble que La nuit étoilée est une peinture que Van Gogh a réalisée quand il était à l’asile à Saint-Rémy de Provence : c’est le paysage qu’il imaginait depuis la fenêtre de sa chambre. S’il y a un lien entre ce tableau et l’histoire de notre narratrice, c’est peut-être ce lien de la maladie mentale, car à la fin de l’échappée belle, c’est dans une chambre d’hôpital que nous la retrouvons, entourée de sa mère et de son père, La nuit étoilée surplombant le lit où nous la retrouvons transfusée. Finalement, cette histoire ne serait-elle pas celle d’une solitude que le deuil a transformé, sonnant le glas de la rationalité de cette enfant livrée à l’insondable profondeur de la tristesse ?

Leslivresdavril. – On n’a pas encore discuté de l’histoire, mais les détails disséminés dans les illustrations sont tellement intrigants ! J’ai l’impression que selon le type d’éléments auxquels on choisit de faire attention on obtient des indices différents.
On a parlé de la peinture mais il y a aussi les insectes et les animaux, et cet espèce de dragon qui se balade sur différentes pages. Vous avez des théories à son sujet ?

Pépita. – Tu as raison de le souligner Lucie, il y a tant à voir dans la lecture d’images dans cet album ! A chaque lecture, on en découvre des nouvelles. Les animaux et insectes renvoient à l’imaginaire foisonnant des enfants dans lequel ils se réfugient (et j’y place le dragon) et ces tableaux ne sont pas placés au hasard, tu as raison.

Liraloin. – Concernant le dragon, j’ai une p’tite idée. Il apparaît pour la première fois lorsque la petite fille se met en colère, elle se transforme pour aider le garçon. D’ailleurs c’est comme ça qu’ils “s’approchent”. Puis le dragon réapparaît juste avant qu’ils ne décident de quitter la ville : il n’y a pas de place pour eux, pour des rêveurs comme eux. Enfin il apparaît une dernière fois matérialisé dans l’ancienne chambre de la petite fille chez le grand-père. Le dragon est dompté, place à cette sérénité entre eux et chez la petite fille surtout.

Leslivresdavril. – Je suis tout à fait d’accord avec ton analyse du dragon Frédérique. J’ai pensé exactement la même chose. Mais en fait, pour moi il apparaît un peu plus tôt : on voit aussi un bout de queue par la fenêtre de la montée d’escalier alors qu’elle rentre chez elle après l’altercation dans les toilettes. C’est un peu comme si la colère montait mais que cette petite fille n’avait pas l’autorisation d’exprimer ses sentiments chez elle (la communication est absente, d’où Magritte) et qu’elle la chassait. Sauf qu’un jour, en effet, cette colère ne peut plus être contenue.
Ce voyage enchanteur et fondateur, est-il réel ou imaginaire à votre avis ?

Colette. – Voilà une question déchirante ! Mon cœur aime à voir dans ce fabuleux voyage et dans cette fabuleuse amitié une escapade réelle, un moment hors du temps, une parenthèse enchantée comme on peut parfois en connaître dans une vie. Mais ma raison me murmure qu’il faut se rendre à l’évidence : notre jeune héroïne s’est réfugiée dans l’imaginaire pour échapper au deuil, à la solitude et à l’incompréhension de sa famille. Ce que j’ai particulièrement aimé dans cette échappée belle, c’est que l’image envahisse la page au point d’en exclure les mots, j’aime bien cette idée, moi qui crois pourtant tellement au pouvoir de mots. Ce passage me rappelle les rêves que je fais parfois et qu’aucun mot ne peut traduire, si bien que je n’en garde que quelques impressions que je ne peux partager avec personne.

Pépita. – Je pense que ce voyage est réel. Avant lui, cette petite fille se réfugiait dans l’imaginaire, comme le dit Colette, pour supporter le deuil et sa solitude. Comme je me reconnais là-dedans ! Et puis cette rencontre avec une autre solitude qui vont se réunir pour partager du beau et du sensible. C’est réel car cela lui permet d’accepter. La construction de cet album peut paraître déroutante mais en fait, il faut juste lâcher prise.

Liraloin. – Dès que cet énorme soleil apparaît, il y a encore un changement. La barque est vide, la complicité s’est envolée, les enfants n’y sont plus. Soudain une belle double page avec cette baleine au milieu du bleu de l’océan qui me fait penser au garçon, lui qui aime tant les poissons. Quelle transition impeccable vers cette belle quadruple page s’ouvrant devant nous : que des portraits de cétacés et celui de la fille au milieu – lumineuse et souriante. Pas étonnant qu’elle soit là assise sur le parapet fixant la mer. Cette rencontre a changé sa vie à tout jamais. Oui “cette fois, le petit chien ne s’est pas transformé en un chien géant.” Il faut s’assumer maintenant même si tu es différente des autres.
En conclusion je dirais que cet album est bouleversant, dès les premières pages j’étais en larmes car durant mon enfance je me suis souvent “cachée” et les illustrations sont fortes, remuantes. Ici, le fait qu’elle rencontre le garçon juste au moment où elle fait le deuil de son grand-père est extraordinaire. Ensemble, ils se ressemblent et se complètent. Une lecture commune pleine d’émotion.

Leslivresdavril. – Je vois plusieurs étapes dans cette fin. La petite fille est évidemment triste d’avoir perdu son ami, son magicien. Mais pour moi il lui a tout de même permis de faire pousser la graine qu’avait plantée son grand-père, à savoir la capacité d’émerveillement. La page où elle est seule face à la mer, c’est vraiment ça pour moi. Elle a appris à prêter attention et se nourrir de la beauté du monde qui l’entoure. Et d’une manière ou d’une autre, soit parce qu’elle a été tellement triste que ses parents ont été forcés d’y prêter attention, soit parce que son ouverture au réel a permis de créer un lien avec eux, elle a aussi réussi à réparer quelque chose dans sa relation avec ses parents. Alors qu’ils semblent ne jamais lui avoir réellement prêté attention, on la retrouve en train de regarder tomber la neige en compagnie de sa maman.
Arrive le petit chien, et il lui suffit tel qu’il est. Elle sait maintenant profiter de ce qu’elle a, sans avoir à se réfugier systématiquement dans son imagination. Elle a grandi, a appris à gérer ses émotions, mais a gardé la magie de la beauté à laquelle sont si sensibles les enfants. Elle admire aussi bien un arbre en fleurs (qui fait d’ailleurs singulièrement penser à L’amandier en fleur de Van Gogh) qu’une toile (la fameuse Nuit étoilée) dans un musée.
La phrase “Quand le jour se lève, ta peine apaisée, garde en mémoire les ténèbres qui n’étaient pas sans beauté” qui est en quatrième de couverture dit ce cheminement douloureux mais nécessaire, qui à mon avis correspond plus à l’ancrage dans le réel qu’au passage à l’âge adulte.

Colette. – Une fois cet album intense terminé, qu’est-ce qui reste imprimé en vous ?

Liraloin. – Ce qui reste imprimé en moi c’est l’étrange vide que peut ressentir la petite fille et l’incompréhension que peut susciter le petit garçon, mais aussi cette belle complicité et une amitié fugace qui les marquera à jamais.

Leslivresdavril. – C’est étrange, je n’ai pas vraiment eu l’impression que cette lecture était “terminée” en refermant cet album. Cela ne m’arrive pas souvent mais j’y suis retournée, souvent, et je l’ai beaucoup fait lire autour de moi. Le cheminement est tellement foisonnant, la fin si ouverte… En fait cette lecture m’a poursuivie longtemps, mais je ne saurais pas expliquer ce qui est resté imprimé. C’est plus de l’ordre des sensations, difficile à exprimer. C’est à la fois rare et très étonnant.

Pépita.- Ma dernière impression ? Comme une envie d’y retourner encore et encore… Mais en laissant un peu de temps pour laisser les émotions continuer à m’envahir.

Isabelle. – De mon côté, je l’ai lu avec mes garçons et nos ressentis n’ont peut-être jamais été aussi différents. Pour ma part, j’ai été émue par la disparition du garçon, mais j’ai perçu la fin comme apaisante : la petite fille a grandi, elle n’a plus autant besoin de se réfugier dans des mondes imaginaires… Mon fils cadet, dix ans, a trouvé la fin insupportablement triste, j’étais stupéfaite. Son frère de onze ans et demi, lui, restait marqué par la beauté des pages parcourues.

Leslivresdavril. Je vois ce que tu veux dire Isabelle. Je pense que cette fin ouverte laisse la place au lecteur d’y projeter ses ressentis et son vécu.
On l’a lu tous les trois et aucun ne l’a pas interprété de la même manière.
C’est aussi ce qui fait l’intérêt de cette œuvre : elle est source d’interprétations et de discussions !

*****

Et c’est ce dont notre lecture témoigne ! Et on espère que dès que vous aurez plongé dans La Nuit étoilée, comme nous, comme la jeune héroïne aux longs cheveux noirs, vous en ressortirez changé.e.s !

La chronique du blog L’île aux trésors

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Coups de coeur de mars !

Alors que le printemps arrive, nous restons faces à l’incertitude d’un renouveau dans nos quotidiens perturbés par des mesures restrictives. Mais le livre a enfin été reconnu comme essentiel et parce que cela n’a jamais fait aucun doute pour nous, voici une sélection de nos coups de cœur.

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Le deuxième tome de Steam Sailors, Les Alchimistes fut pour Linda une véritable plongée dans l’univers steam punk créé par Ellie S. Green. Son récit nous entraîne une nouvelle fois en pleine aventures de pirates de l’air. Courses de modules, batailles navales et péripéties pénitentiaires nous permettent de découvrir un peu plus l’équipe des pirates qui tentent de venir en aide à la jeune Prudence.

Steam Sailors, tome 2. Les Alchimistes d’Ellie S. Green, Gulf Stream, 2020

Son avis complet à lire ICI.

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Grâce à Signé poète X, d’Elizabeth Acevedo et à l’excellente traduction de Clémentine Beauvais, Isabelle a vibré au rythme du slam de Xiomara. Cette adolescente américano-dominicaine grandit à Harlem et trouve sa voix sous nos yeux émus. Ce roman en vers libres est à l’image de sa sublime couverture : moderne, bouillonnant, plein de vie, de tensions et de possibles.

Signé poète X d’Elizabeth Acevedo, Nathan, 2019 pour la traduction française.

Pour lire l’avis d’Isabelle, c’est par ICI !

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Pour Colette, une BD particulièrement originale a retenu toute son attention : Peau d’homme de Hubert et Zanzim publié chez Glénat. Dans l’Italie de la Renaissance, une jeune femme, Bianca, doit se marier à Giovanni, un riche marchand, que ses parents ont choisi pour elle. A quelques jours du mariage, sa marraine, figure tutélaire hautement subversive, lui confie un secret : depuis plusieurs générations, les filles de la famille possèdent une peau d’homme qui une fois revêtue, permet de rejoindre les cercles bien verrouillés des mâles de la cité. Métamorphosée en Lorenzo, Bianca va découvrir la liberté, celle de l’amour, de la sensualité, de la sexualité épanouie et choisie. Nous suivons Bianca et Giovanni tout au long de leur vie d’adulte et leurs aventures amoureuses nous bousculent, nous questionnent sur le poids de la culture dans nos choix amoureux….

Peau d’homme, Hubert, Zanzim, Glénat, 2020.

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Pour Liraloin c’est Séverine Vidal et son roman L’Eté des Perséides qui remporte le coup de cœur de mars.

Séverine Vidal nous livre un roman complétement différent de ce que j’ai pu lire de cette autrice et c’est une excellente surprise. Le mystère et le suspense nous tient en haleine du début jusqu’à la chute et quelle chute ! Je me suis beaucoup attachée aux personnages notamment au duo Ana/Jonas. Deux êtres unis, se connaissant à peine, luttant pour réunir leurs familles respectives. Un sentiment très fort bien au-delà de l’amour nous envahit. Lisez et vous comprendrez alors pourquoi.

L’Eté des Perséides de Séverine Vidal, Nathan, 2021

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Lucie a découvert son coup de cœur par pur hasard, en piochant dans les livres empruntés par ses élèves à la bibliothèque. Quelle découverte et quelle belle surprise que ces Oiseaux-là !

Dessins minimalistes, couleurs vives, peu de texte et un effet immédiat.
“Un seul de ces petits détails suffit à enrichir l’instant qui passe.”
Simple et beau. Une magnifique fable sur le lien tissé entre deux êtres, lien mis à rude l’épreuve ces temps-ci.

Les Oiseaux de Germano Zullo, illustrations Albertine, La Joie de lire, 2010

Son avis ICI.

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Pour Pépita et son Méli-MéLo de livres, le choix s’avère encore difficile : mais cet album de Jimmy Liao Le poisson qui me souriait, a laissé une empreinte forte : ce petit bijou d’empathie, publié il y a 20 ans, n’a pas pris une ride : au contraire, il parle à notre époque mieux que jamais.

Le poison qui me souriait, Jimmy Liao, HongFei Cultures

Son avis ICI.

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Enfin, nous voulions partager un coup de cœur commun pour un roman que nous sommes plusieurs à avoir lu et beaucoup aimé. La réécriture moderne et féministe du conte La Princesse au petit Pois par Flore Vesco.

D’Or et d’Oreillers de Flore Vesco, l’école des loisirs, 2021.

Les avis d’Isabelle, de Linda et de Pépita.

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Et vous, quel coup de cœur souhaitez-vous partager ?

Sophie Van Der Linden s’invite sous le Grand Arbre…

Critique, formatrice et autrice de romans, de guides et d’analyses d’albums, Sophie van der Linden est à la fois une passionnée et une experte intarissable de la littérature jeunesse. Vous êtes probablement familier.e.s des articles passionnants qu’elle publie sur son blog ! Nous avons eu envie d’échanger avec elle sur notre passion commune. Une conversation qui nous a donné envie de nous plonger encore et toujours dans la merveilleuse offre d’albums qui continue manifestement de fleurir…

Sophie van der Linden, portrait disponible sur son blog

Quels regards portes-tu sur la production actuelle en albums jeunesse ? Quel est ton titre fétiche ? 

L’album ne cesse d’évoluer, de se diversifier. La création, en France, reste toujours aussi dynamique et inventive, tandis que des pays entrent en jeu et nous offrent de belles contributions. Je pense par exemple au Pérou avec l’album Migrants (Issa Watanabe) ou encore à la Corée qui nous apporte chaque année son lot de titres très originaux.

Un titre important pour moi cette année : Tu t’appelleras lapin (Versant Sud éditeur), conçu par une jeune créatrice belge, qui incarne une nouvelle génération, nourrie dans l’enfance par le renouveau de la littérature jeunesse et sans doute aussi de celui du cinéma (notamment Miyazaki). C’est un album vraiment très singulier qui, pour cette raison, ne peut pas faire l’unanimité, mais il est d’une grande puissance émotionnelle, parfaitement enfantin dans son approche. Les textes sonnent juste, très subtils, et parfois poignants, tandis que les images offrent une grande profondeur aussi bien plastique que symbolique.

A quoi tient la réussite d’un album selon toi ? (et son contraire)

À la sincérité de son projet littéraire ou artistique. En littérature jeunesse on croule sous les intentions : éducatives, morales, commerciales. Un album émancipé de toute intentionnalité est déjà important à prendre en compte. Ensuite, c’est très difficile à définir car l’album convoque une sorte d’alchimie. Grégoire Solotareff parle lui de mayonnaise, mais c’est la même idée : c’est un équilibre très fragile, pas seulement entre le texte et l’image, mais entre le contenu, la forme, le support, le thème, etc. Il suffit par exemple d’un texte un peu trop long, ou bavard, pour que tout l’équilibre s’effondre. Il m’arrive parfois de parler « d’albums parfaits » parce que tous les éléments, toutes les articulations sont abouties et identifiables. Mais ce n’est le cas que de quelques albums dont les moyens d’expression sont limpides. Les livres d’Adrien Parlange ou d’Adrien Albert (et je m’aperçois seulement en les écrivant de la récurrence du prénom), sont dans ce cas. Je ne dirais pas cela de Tu t’appelleras lapin, dont je parlais plus haut. Mais cela ne le rend pas moins cher et important à mes yeux. Simplement les règles de sa création m’échappent davantage.


Comment chroniquer un album : rendre compte de son implicite, du rapport texte/image ?

Il n’y a pas de grille d’analyse valable pour l’album. Je n’en ai en tout cas jamais utilisé. L’album est une matière vivante, libre et complexe. Qui échappe aux règles. En BD par exemple, on peut parler de mise en page traditionnelle ou régulière. Rien de tout cela dans l’album. Chaque titre est isolé et appelle une nouvelle histoire critique. Pas de grille donc, mais il faut s’armer d’une multitude d’outils. Pour faire l’analyse critique d’un album vous aurez parfois besoin des outils de l’analyse plastique, ou filmique, de la philosophie, de la poétique ou de la narratologie. Le théâtre peut aussi être un modèle pour un album qui se présente comme une scène sur laquelle évoluent des personnages.


As-tu l’occasion de “tester” la lecture d’albums avec le public jeunesse ? Si oui, qu’en retires-tu? Sinon, cela te manque-t-il et envisages-tu de le faire ?

Cela m’arrive très ponctuellement, lors d’ateliers que je peux parfois mener auprès d’un public jeunesse. Plus généralement, j’échange beaucoup avec les bibliothécaires ou les lecteurs, bénévoles ou professionnels, avec lesquels je travaille sur le long terme, pour connaître la réaction des enfants. Ce retour m’est essentiel. Il arrive qu’un livre que l’on pense « parfaitement enfantin » soit dédaigné par les enfants. C’est alors intéressant d’essayer de comprendre pourquoi. Mais ce qui arrive le plus souvent, c’est qu’un livre jugé « difficile », se trouve largement plébiscité par les enfants. C’est par exemple le cas de Rouge de Michel Galvin (Rouergue), le premier album de cet artiste adressé aux tout-petits. Il est tellement atypique dans sa narration qu’on pourrait croire qu’il aurait du mal à capter l’attention des très jeunes enfants. Or, les très nombreux retours, provenant de différentes sources, recueillis sur sa lecture auprès du public indiquent un intérêt manifeste. Il y a tant de préjugés sur ce que les enfants aiment ou n’aiment pas qu’il me semble absolument incontournable de rechercher ces retours du « terrain ». Il m’arrive même de passer commande d’un retour à tel ou tel réseau de lecture pour connaître la réception d’un album, afin d’avoir confirmation, ou infirmation, de mes repères critiques.


Penses-tu que la littérature jeunesse dans son ensemble est assez valorisée en France aujourd’hui ?

À l’évidence, pas du tout ! La recherche et l’enseignement universitaires sont très insuffisants, la formation recule dans tous les secteurs, il n’y a quasiment pas de journaliste spécialisé, les ouvrages critiques sont rares… Pourtant, c’est un domaine éditorial de premier plan, et on sait que la majorité des lecteurs appartient au public jeune. On a une production exceptionnelle à l’échelle internationale. Tout se passe comme si cette production n’était pas digne d’intérêt ni économique ni intellectuel. On ne doit la survie de la création qu’au travail acharné des éditeurs, des auteurs, du réseau de la lecture publique et des associations. Il est urgent d’élargir le spectre ! 

A quel moment tu t’es dit : je vais devenir formatrice ? Pourquoi l’album en particulier ?

La formation découle de mon activité critique et de mes publications. Suite à la publication de mon premier ouvrage sur Claude Ponti, en 2000, des bibliothèques m’ont contactée pour en parler. Idem après le deuxième, Lire l’album, en 2006. Le choix de l’album est le fait d’un parcours, personnel puis universitaire. Depuis l’adolescence je suis passionnée par la question du rapport entre texte et image, dans la peinture, la bande dessinée, etc. Par hasard, j’ai découvert l’album comme objet d’étude. J’ai su que j’avais trouvé mon centre d’intérêt ce jour-là.

As-tu des projets en cours ou des envies de nouveaux projets ? Peux-tu nous en faire part ?

Depuis plusieurs années, je travaille à rapprocher la création d’une audience large. Ce fut le sens du lancement de mon blog, et de mes premiers guides, Je cherche un livre pour un enfant, chez Gallimard Jeunesse en 2011. La série a connu un beau succès et il fallait réactualiser ces publications. Avec la présidente de Gallimard Jeunesse, Hedwige Pasquet, nous avons fait le choix d’un guide unique, généraliste qui aborde Tout sur la littérature jeunesse. C’est son titre, et son ambition, il paraîtra en mars prochain.

Tout sur la littérature de jeunesse de la petite enfance aux jeunes adultes, Sophie van der Linden, Gallimard Jeunesse, 2021.
Sortie prévue le 29 avril 2021

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Un grand merci à Sophie d’avoir répondu à nos questions avec une passion communicative !

Lecture commune : Marie et Bronia.

En mars, À l’ombre du grand arbre, nous célébrons les femmes ! Et aujourd’hui nous mettons à l’honneur deux femmes hors du commun, deux scientifiques incroyables : Marie Curie et sa sœur Bronia Dluska. C’est grâce à la plume de Natacha Henry, essayiste féministe, historienne et journaliste franco-britannique, que nous avons découvert ce qui liait ces deux sœurs, ce qui les faisait avancer au delà des interdictions et des préjugés qui empêchaient alors les femmes d’étudier et de se réaliser dans les sciences. Une lecture commune s’imposait !

Frédérique. – Qu’as-tu pensé de la couverture ?

Colette.- Alors, avec le recul permis par la lecture, je dirais que la femme sur la couverture, au milieu de cette allée enneigée, au cœur d’une campagne glaciale, c’est plutôt Marie. Marie qui se tourne vers l’avenir qu’elle est en train de se construire en travaillant pour la famille qui vit dans la grande maison bourgeoise que l’on devine à l’arrière-plan. La couverture aurait été encore plus symbolique si sur sa quatrième, on avait pu deviner la silhouette d’une femme traversant les rues de Paris. D’un côté Marie, de l’autre Bronia, et au centre les 327 pages qui nous racontent leur pacte.

Frédérique. – Pour moi, cette couverture évoque une fuite, un élan. Il y a deux prénoms sur la couverture et pourtant une seule femme. Comme si Bronia et Marie ne faisaient qu’une, avec une envie commune : celle de réussir. Dès les premières pages, le lecteur sent un couple qui s’aime et qui se ressemble (les parents de Marie et Bronia) qui je pense seront toujours des modèles en amour pour les deux sœurs. Pour toi, que veut montrer ce couple à ses enfants?

Colette.- Bronislawa et Wladyslaw forme un couple d’une grande simplicité, de celle qui caractérise les amours sincères. Ils ont la passion de l’enseignement et de la transmission en partage et ils sauront, chacun à leur mesure, l’insuffler à leurs cinq enfants. Bronislawa, un peu moins longtemps que son époux, hélas… Ce que j’ai pu pleurer en terminant ce premier chapitre… Que dirais-tu de l’ambiance familiale dans laquelle grandissent Marie et Bronia ?

Frédérique.- L’ambiance familiale est très chaleureuse car, comme nous l’évoquions précédemment, cette famille est issue d’un couple qui s’aime. Très vite on sent que les enfants, qui ont peu d’écart, sont unis et s’entraident beaucoup. Malheureusement, le malheur s’abat très vite dès que la mère tombe malade.

Colette.- Oui, je suis entrée dans ce livre les larmes aux yeux ! C’est rare d’ailleurs les romans qui commencent par un enchaînement de tels évènements dramatiques. Je ne sais pas pour toi, mais quand j’ai lu les pages sur la mise en quarantaine de Bronislawa, je me suis rendue compte à quel point la situation que nous vivons en ce moment avec le coronavirus n’était vraiment pas une situation inédite et que des tas d’autres avant nous avaient du y faire face sans les connaissances et les moyens scientifiques que nous avons… Cela m’a permis de relativiser notre malheur.

Frédérique.- Exactement!!! Tout comme toi je me suis dis “whaouuuu” et bien, tiens donc, quelle coïncidence. Je ne sais plus mon sentiment à ce moment là, mais j’ai pris une petite baffe. Une baffe qui m’a fait réagir en me disant qu’un jour nous allions nous sortir de tout cela.

Colette. – Ce que j’ai trouvé très intéressant dans ce roman, moi qui adore le personnage de Marie Curie et qui avais lu plusieurs documentaires sur elle, c’est qu’ici l’auteure nous la montre certes avec ses forces, mais aussi avec ses faiblesses. Comment la décrirais-tu ? Quel portrait gardes-tu en mémoire de ce personnage ?

Frédérique. – J’ai lu et vu quelques documentaires sur Marie Curie également, toujours très fascinée par cette intelligence un peu hors du commun. Le dernier documentaire, lu avec mon fils, était celui de la collection Les Grandes Vies chez Gallimard jeunesse.

Marie Curie, Coll. Les Grandes Vies, Gallimard Jeunesse.

Dans ce roman, son portrait de départ est celui d’une fille, d’une jeune fille et d’une femme déterminée à poursuivre ses études, que rien de peut arrêter. Elle est forte, solide et semble incassable ! Elle prend sur elle lors de la maladie de sa mère, durant le deuil aussi. Elle se tait et se retient lorsqu’elle doit être gouvernante pour aider sa sœur financièrement. Il y a une forme de renoncement surtout lorsqu’elle se sent délaissée par son premier amant. Et se ré-enferme d’ailleurs pour mieux se laisser aller à l’amour plus tard avec Pierre Curie.

Colette. – Par rapport au portrait que tu dresses de Marie Curie, j’aimerais ajouter que ce livre apporte quelque chose d’infiniment plus humain que tous les documentaires que j’ai pu lire précédemment sur cette éminente scientifique : on y découvre quand même une jeune fille qui aime s’amuser, danser, patiner, courir… On y découvre une amoureuse passionnée, qui vit ses relations amoureuses tellement fort que l’une d’elles va manquer d’éteindre la soif d’apprendre de notre héroïne. Il y a quelque chose de léger, d’insouciant, de virevoltant chez Marie qu’on ne retrouve pas chez Bronia, qui pour moi est beaucoup plus déterminée que sa sœur à réussir ses études. Et je ne m’y attendais pas, étant donné que je ne savais absolument rien sur la sœur aînée de Marie Curie alors que, franchement, quel personnage incroyable !

D’ailleurs que retiens-tu de la personnalité méconnue de Bronia, qui pourtant, on ne cesse de le dire, a joué un rôle primordial dans la trajectoire de Marie ? Je trouve son travail sur l’allaitement précurseur et m’étonne qu’il ne soit pas plus connu.


Frédérique. –Pour moi, elle est indissociable de Marie à tel point que, même quelques mois après ma lecture, j’ai l’impression que les deux sœurs ne font qu’une. Bizarre non? Comme toi, je ne connaissais pas du tout le parcours de Bronia. Pour toi, comment les deux sœurs se complètent tout le long du roman ?

Colette. – Je trouve que si, au départ, les deux sœurs avaient un parcours similaire, dirigé vers les études et des carrières de scientifiques, elles prennent des chemins très différents quand elles sont séparées physiquement, l’une à Paris, l’autre à Szczuki. En fait, il faut bien le dire : d’après ce roman, il n’y aurait pas eu de Marie Curie sans Bronia Dluska ! Si Bronia n’avait pas insisté pour rappeler à Marie leur pacte, elle serait peut-être restée en Pologne à jouer la gouvernante des enfants de familles riches. C’est incroyablement beau quand même cette sororité qui pousse à se dépasser et à rester intègre à soi-même ! Qu’en penses-tu ?

Frédérique. – Je pense que c’est là que réside toute cette histoire de pacte ! L’une sans l’autre ne peut s’accomplir. Après tout, une fois Bronia installée et mariée, cette dernière aurait pu “oublier” ou se “dégager” de ce pacte. Rien ne s’oublie : le sens du devoir et surtout cet amour véritable qui unit les deux sœurs ! J’ai quand même l’impression que ce sens du devoir est beaucoup plus fort chez les femmes. Est-ce à cause de l’impossibilité de faire des études? Qu’est-ce que tu en penses ?

Colette. – Concernant le sens du devoir, comme dans le roman, nous n’avons pas vraiment de personnages masculins que l’on pourrait analyser en parallèle de nos deux héroïnes, je ne saurais répondre à ta question. Malgré tout, il y a dans ce roman un personnage masculin particulièrement émouvant, c’est le père de nos deux sœurs et il me semble qu’il fait preuve d’un merveilleux sens du devoir parental. En effet, même si le pacte est ce qui pousse Marie à sortir de la morosité dans laquelle la plonge sa déception amoureuse, c’est aussi son père qui trouve, en quelques mots comment l’amener à renouer avec la physique. Je trouve ce père formidable ! Vive les romans jeunesse qui mettent en avant des pères (qui plus est ici de famille nombreuse) aussi investi ! C’est finalement la famille qui est au cœur de toutes les ambitions, des cheminements, des découvertes de Marie et Bronia. Que ce soit dans le cocon familial en Pologne ou dans la famille retrouvée à Paris ou encore, plus tard, avec la rencontre avec Pierre, avec la famille de celui-ci, si accueillante et investie. Quel formidable grand-père, le docteur Curie ! Je lis ce roman non seulement comme une ode à la sororité mais surtout à la famille. D’ailleurs, n’est-ce pas quand Marie s’éloigne de sa famille que le pacte pourrait être brisé, que le moins audacieux en elle pourrait être flatté ?

Frédérique. – Je suis d’accord avec toi, la figure paternelle est très bien construite. Le père est dévoué à ses enfants. Ce que tu écris me fait penser à autre chose sur les hommes qui gravitent autour de nos deux sœurs. Casimir aura fort à faire pour tenter de séduire Bronia qui ne voit en lui qu’un séducteur et elle va le repousser dans ses retranchements, ce qui est très intéressant. Pierre Curie, c’est autre chose, sa timidité joue contre lui et il admire complètement Marie. Et je suis d’accord avec toi, la famille ne fait plus qu’un lorsque Marie s’éloigne. Elle semble perdue mais son courage reprendra le dessus, grâce à sa sœur, encore une fois!

Colette. – Parlons un peu d’amour si tu le veux bien justement ! Quel rôle joue-t-il ce sentiment dans le parcours de vie de nos deux héroïnes ?

Frédérique. – Il est au cœur de leur histoire. Le plus beau c’est qu’il est présent dès le départ, mais il n’est pas au centre de leurs préoccupations. Marie et Bronia mettent l’accent sur leurs études et n’ont que faire de l’amour. Peu à peu, il prend une place comme pour les aider à cheminer, à trouver une force au-delà d’elles-mêmes. Très tôt, nous l’avons évoqué plus haut, l’amour est présent à travers l’amour des parents. Je pense que Marie et Bronia souhaitent avant tout être en osmose avec leurs futurs amoureux et surtout sur le même pied d’égalité. Après tout, c’est Marie qui aide Casimir Zorawski à résoudre un problème de mathématique (alors que lui est dans une grande école). C’est Bronia qui tient tête à son Casimir Dluski si séducteur. Enfin, c’est Marie qui sera la clé de la réussite de Pierre Curie. Pour moi, il est là tout le long du récit, cet amour complet et unique. L’amour qui fait vibrer le cœur grâce à la tête.

Colette. – C’est un des aspects que j’ai adorés dans ce roman, non Marie et Bronia ne sont pas que des intellectuelles, ce sont aussi des être sensuels ! Loin des clichés sur les scientifiques. Comment comprends-tu le choix de l’auteure de ne pas faire durer le roman jusqu’à la mort des personnages, comme on pourrait s’y attendre dans un roman qui se veut quand même biographique ?

Frédérique. – Pour moi c’est un choix parfaitement simple. Natacha Henry a choisi ne de garder que cette belle complicité entre Marie et Bronia. C’est notre toile de fond, elle résonne tout le long du récit et ainsi éclipse toute tentation de vouloir conclure sur la mort des personnages. Et toi, Colette comment le perçois-tu?

Colette. – J’ai vu ce choix comme une fenêtre en effet sur l’accomplissement du pacte : une fois le pacte “réussi”, l’histoire était terminée. Mais du coup, je me suis demandée si après le déménagement de Bronia et de son mari pour leur projet de sanatorium, les deux sœurs s’étaient éloignées – non seulement géographiquement mais aussi moralement. Il n’y a pas de précision sur ce point dans les notices biographiques à la fin du livre. J’ai toujours le besoin de savoir comment les gens exceptionnels vieillissent, ça doit être un questionnement lié à la quarantaine qui approche à grands pas. Si tu ne devais garder qu’un mot pour caractériser Marie et un pour caractériser Bronia, que choisirais-tu ?

Frédérique.- Marie, c’est la pugnacité et Bronia, la stabilité, deux qualités qui s’accordent parfaitement avec leurs métiers respectifs.

Nous vous invitons donc à découvrir ces deux femmes exceptionnelles en empruntant le livre de Natacha Henry dans la médiathèque la plus proche ou en rendant visite à votre libraire !