Retour sur le salon du livre et la presse jeunesse de Montreuil

C’est LE rendez-vous annuel des amateurs de littérature jeunesse. Des arbronautes y ont leurs habitudes (de VIP), pour d’autres cette édition 2025 était une première et certaines rêvent de s’y rendre. Voilà pile une semaine que la salon est terminé, et nous avons eu envie de partager nos meilleurs souvenirs et impressions au fil des années !

Photo issue du site du SLPJ.

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Héloïse (Helolitla) n’était pas venue au SLPJ depuis plusieurs années, elle a retrouvé avec joie cette ambiance un peu folle (et très bruyante !) qui caractérise ce grand rendez-vous. Elle n’avait pas prévu de programme précis, ne voulant pas risquer d’être déçue, mais ce n’en fut pas moins intense. Enfin si, elle avait hâte de rencontrer « pour de vrai » Lucie et Séverine, et quelle joie d’échanger autour d’un thé et quelques biscuits sur des prochains sujets du blog.

Elle ressort très contente de cette plongée dans le monde de la littérature jeunesse et ado, ravie d’avoir pu échanger avec des auteurices qu’elle adore : Esmé Planchon, Stéphane Servant, Manon Fargetton, Maëlle Desard, ou encore Lizzie Felton et Johanna Marines. De beaux souvenirs, malgré les courbatures et la fatigue (!), qui n’invitent qu’à une chose : y retourner en 2026 !

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Séverine rêvait du SLPJ 93 depuis des années, mais elle ne s’y est rendue pour la première fois qu’en 2023, invitée à assister à une lecture dessinée de l’album Les neuf vies extraordinaires de la Princesse Gaya, écrit par 9 auteur.ice.s de la littérature jeunesse, illustré par Régis Lejonc. La soirée off qui s’en est suivie, où elle a côtoyé ses idoles autour de quelques verres, a été un des grands moments de sa vie de passionnée de littérature jeunesse, tout comme les deux jours qu’elle a passés ensuite au salon, parmi les artistes et maisons d’édition chèr.e.s à son cœur. Forte de beaux souvenirs, elle y est évidemment retournée l’an dernier. En revanche, complètement désorganisée, sans programme (et sans réseau mobile), elle a manqué plusieurs séances de dédicaces et évènements qu’elle avait pourtant bien repérés en amont. Aussi, a-t-elle retenu la leçon. En 2025 son programme a été millimétré (ou presque), ce qui lui a permis de profiter pleinement de cette ambiance unique, entre rencontres inopinées, échanges passionnants, et séances de dédicaces émouvantes.

Ses meilleurs souvenirs et anecdotes de l’édition 2025 ? Avoir acheté en avant-première le prochain album de Thomas Scotto, illustré par une trentaine d’illustrateur.ice.s, expliqué ses tatouages à Thierry Magnier, rencontré pour la première fois Lucie et Héloïse, ainsi que certaines instagrammeuses, plaisanté avec Blandine au détour d’une allée, discuté le dimanche avec un Prix Goncourt (Hervé le Tellier), deux Prix Astrid Lindgren (Marion Brunet et Jean-Claude Mourlevat), et une Grande Ourse (Susie Morgenstern), fait jouer les photographes à Vincent Villeminot, avoué son coup de foudre littéraire à Sandrine Caillis, reçu les conseils d’écriture de Cécile Alix, vu de magnifiques expos, notamment celle consacrée à Csil, assisté à une conférence très intéressante, ri avec Henri Meunier, croisé Isabelle Pandazopoulos, Barbara Brun, Claude Clément, Marc Daniau, Natali Fortier, Philippe Lechermeier, Cécile Roumiguière, et tant d’autres… Comblée, elle l’a même été jusqu’à la fin du monde, euh, du salon, passée en compagnie de son auteur chouchou, Herve Giraud, sur le stand des bien-aimées éditions Thierry Magnier. Elle a rapporté de son périple montreuillois une pleine valise de lingots d’or, ainsi que la Pépite des Pépites. Ah non, pardon, ce sont des livres ! Mais en fait, c’est pareil ! 😉

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C’était la troisième fois que Blandine se rendait au SLPJ, accompagnée d’ami.e.s, dont deux novices en littérature jeunesse. Quelle joie pour elle de les accompagner dans leurs découvertes de cette littérature si riche, vivante, vibrante, foisonnante, subtile, colorée, variée, si éclectique… Que du bonheur ! Pas de programme précis, mais tout de même quatre impératifs : voir Nancy Guilbert, se procurer le dernier livre de Clémentine Beauvais (et se le faire dédicacer), idem avec Alexis Dormal pour Ana Ana et Pico Bogue ; et aller récupérer son exemplaire du 2e tome d’En Quête d’Un grand Peut-être, écrit et édité par Tom et Nathan Lévêque, suite à une campagne de financement participatif.

Il y avait du monde cette année, plus que l’an passé au même jour (le dimanche) et donc davantage d’effervescence. Elle a eu la chance de remplir ses objectifs, de discuter, rire, partager avec Philippe Jalbert, Davide Cali, Emmanuelle Houdart, Laurent Corvaisier, Bruno Doucey, Bernard Villiot, Stéphane Servant et Gaya Wisniewski ; avec les éditions Gallmeister, Bruno Doucey, Didier Jeunesse, Thierry Magnier (ah leur collection Petite Poche !!), etc.

Dans les allées, Blandine et Séverine se sont croisées, ont papoté, échangé et ri. Et c’était bien chouette aussi ! A renouveler l’année prochaine, avec toutes les branches de l’Arbre !

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Lucie fait partie de la deuxième équipe. Elle travaille habituellement le week-end du SLPJ et était enchantée de pouvoir découvrir ce salon pour la première fois. En suivant tous les conseils gentiment donnés par Séverine, elle a réussi à rencontrer tous les auteurs et illustrateurs qu’elle avait repérés dans le programme. Parmi les rencontres les plus touchantes, les auteur(e)s que nous avons eu la chance d’interviewer sur ce blog : Annelise Heurtier, François Place, Thomas Scotto, Isabelle Simler… Mais aussi Jo Witek, Jean-Claude Mourlevat, Yves Grevet, Rebecca Dautremer, Timothée de Fombelle, Chris Haughton ou Pascale Quiviger. Quel plaisir d’échanger avec les artistes qui nous permettent de nous évader toute l’année !

Le salon est aussi l’occasion de faire de belles rencontres dès le train (!), dans les files d’attente, à l’hôtel, mais aussi avec les autres acteurs du livre : éditeurs, attachés de presse, blogueurs et influenceurs. Voir autant de personnes passionnées est incroyablement stimulant.
Et bien sûr, c’est avec un immense bonheur que Lucie a retrouvé Héloïse et Séverine au détour des allées (mais elle a malheureusement manqué Blandine) pour discuter de leurs lectures, des projets d’articles mais aussi de sujets plus personnels. Nul doute que cela aura encore resserré leurs liens.

Cependant, dans toute cette émulation extrêmement positive, une ombre ne peut être passée sous silence : la question financière. Quand une auteure dont les romans sont traduits dans plusieurs pays annonce qu’elle cherche un travail car elle ne peut plus vivre de sa plume, notamment à cause de la réduction drastique du Pass Culture qui limite les interventions scolaires ; qu’une éditrice doute de pouvoir être présente lors de la prochaine édition faute de subventions de sa région… Cela créé un gouffre entre l’impression de bonne santé de la littérature jeunesse portée par l’événement et la réalité du terrain qui ne manque pas de nous préoccuper.

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Si vous ne connaissez pas (encore ?) l’événement, toutes les informations et actions sont disponibles au fil de l’année sur le site officiel.

Nos coups de coeur de novembre

Alors que, depuis le passage à l’heure d’hiver, l’envie de nous réfugier sous un plaid avec un bon chocolat chaud que nous évoquions le mois dernier, se fait de plus en plus pressante, il est temps de vous présenter nos coups de cœur de novembre. Ils vous donneront sans doute envie de faire comme nous et de vous blottir au creux de la littérature jeunesse qui réchauffe la vie, en attendant les fêtes de fin d’année toutes proches.

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Lucie n’a pas eu beaucoup de temps pour lire ce mois-ci. Elle a donc privilégié les albums et les documentaires et a eu la chance de tomber sur de belles découvertes ! D’abord le très drôle C’est un livre de Lane Smith. Dialogue entre un âne accro aux écrans et un singe plongé dans un livre, cet album commence par définir un livre en expliquant ce qu’il n’est pas… pourquoi finalement montrer son pouvoir d’attraction. C’est très bien vu et les illustrations sont adorables.

C’est un livre, Lane Smith, Gallimard jeunesse, 2011.

Son avis complet.

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L’univers de Pi est un documentaire extrêmement bien fait sur l’histoire et les mystères entourant le nombre Pi. Nul besoin d’être passionné de mathématiques pour l’apprécier à sa juste mesure : les auteurs ont fait un travail de vulgarisation remarquable et trouvé le ton parfait pour attiser la curiosité des jeunes (et moins jeunes) lecteurs. Entre humour et découvertes, une vraie belle surprise !

L’univers de Pi, Anita Lehmann, Jean-Baptiste Aubin et Joonas Sildre, Helvetiq, 2025.

Son avis complet.

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Pour Séverine, le coup de cœur du mois de novembre, un comble, c’est un album dont le titre évoque le printemps…et de printemps, il en est bien question ici, s’il signifie renouveau et éclosion… Sous le pommier en fleurs, c’est l’histoire d’amitié improbable entre un un homme solitaire, Monsieur Bérard, à la vie bien (trop) rangée, organisée au millimètre, sans que rien ne déborde jamais, et un hippopotame au cœur généreux nommé Arthur, 2,7 tonnes d’extravagance. A la mort de son oncle, un vieil urluberlu baroudeur, Monsieur Bérard hérite de son hippopotame Arthur, un bien encombrant animal de compagnie. Devant le fait accompli, le voilà contraint de réorganiser son espace, ses extérieurs, ses habitudes… Pourtant, grâce à Arthur, il s’ouvre à l’imprévu, au loufoque, à l’expression des émotions et des sentiments, bref, il n’est plus le même homme. Sa vie change peu à peu, jusque, même, le plus grand chamboulement qui soit… La virtuosité à la fois facétieuse et poétique propre à la plume d’Henri Meunier, sa sensibilité teintée de fantaisie (ou l’inverse ?), son élégance rare, s’expriment pleinement dans cet album, très joliment illustré par Olivier Latyk. Une réussite !

Sous le pommier en fleurs, d’Henri Meunier, illustré par Olivier Latyk, Grasset jeunesse, 2025

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Ce mois-ci, Héloïse Helolitla a beaucoup ri avec Glouton, le croqueur de livres. Déniché dans sa bibliothèque favorite, il a fait le bonheur de son fils qui l’a lu en boucle.

Comme le titre l’indique, il s’agit d’un album qui met en scène un l’état personnage très gourmand, Glouton. Il mange tout, mais sa passion, ce sont les livres, alors gare à vos trésors !

A sa suite, nous entrons dans une aventure ludique et intertextuelle, à travers une série de livres. Glouton revisite certains contes célèbres (Boucle d’or et les trois ours, Le petit chaperon rouge, Jack et le haricot magique), jouant avec les attentes des lecteurs pour mieux les détromper. Et c’est très amusant !

Des découpes, une mise en mage dynamique, des livres insérés dans l’histoire, des illustrations colorées et pétulantes, et même un mini Cherche-et-trouve, Glouton, le Croqueur de livres est malicieux et inventif ! 

Glouton, Le croqueur de livres, d’Emma Yarlett. Gründ, 2016

Son avis complet ICI.

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Le deuxième album coup de cœur d’Héloïse s’appelle C’est à qui, ça ?, de Coralie Saudo et illustré par Matthieu Maudet, et c’est un ouvrage à la fois drôle et incisif.

Tout commence par une canette écrasée qui atterrit sur la tête d’un écureuil. Mais ce n’est pas le seul objet qui vient envahir le coin de verdure où vivent les animaux. Des sacs plastiques, une boite de pizza… Très vite, les animaux s’inquiètent. Des objets perdus ? Il faut les rendre à leurs propriétaires…

Avec C’est à qui, ça ?, Coralie Saudo joue sur l’humour et le décalage pour pointer du doigt la pollution, et l’égoïsme des êtres humains qui, sans gênent, prennent la nature pour leur poubelle.

Derrière la naïveté de nos petits héros, le ton est mordant, cynique. L’absurdité de la situation fait d’autant plus ressortir la comportement stupide des pollueurs. De quoi faire réfléchir les adultes autant que les enfants !

C’est à qui ça ?, de Coralie Saudo et Matthieu Maudet. EDL, 2025

Son avis complet ICI.

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Héloïse est fan de dragons, alors elle n’a pas su résister à ceux de Rosaces et dragons (et elle a eu raison !).

Arc-en-Flammes est une paisible bourgade qui a une particularité : les habitants y sont liés à des dragons. Carl, jeune homme maladroit, est ainsi lié à Brodeverre, une adorable petite dragonne rose, incorrigible bavarde. Mais Carl est mal dans sa peau. Il subit les moqueries de ses camarades, et porte le poids des attentes de son père, vitrailliste, qui compte sur lui pour prendre sa relève. Enfin, ce dernier lui confie son premier chantier. Mais le lendemain, un mystérieux dragons détruit tout…

Héloïse a adoré l’univers, les dragons (Brodie !), et le personnage de Carl. Hésitant, maladroit, certes, il est surtout d’une grande gentillesse et d’une grande bonté. Il est touchant dans sa difficulté à trouver sa place dans ce monde qui n’est pas si parfait qu’il en a l’air, à devoir se battre contre les préjugés et les stéréotypes de genre.

L’autre point qui a marqué Héloïse, ce sont les nombreux messages, féministes et pas seulement : droit d’être qui l’on veut, de mener sa vie comme on l’entend – et non pas selon des règles archaïques -, égalité des sexes, dénonciation des stéréotypes et de l’homophobie… 

Rosages et dragons, c’est donc une enquête un peu fofolle et haute en couleurs, avec des rebondissements amusants et des clins d’œil très sympathiques à certaines situations archétypales (la princesse enfermée dans son donjon, par exemple). C’est drôle, intelligent, amusant, chatoyant à l’image des vitraux sur la couverture, bienveillant et tout doux. Une superbe découverte !

Rosaces et dragons, de Ielenna. Slalom. 2025

Son avis ICI.

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Hélène de son côté a alterné les lectures pour les petits et les plus grands. Toutes ne sont pas forcément des nouveautés mais elle tenait à partager ces livres découverts au coeur de l’automne.

Tout d’abord un très joli album de saison, écrit par Nathalie Lescaille Moulène et illustré par la talentueuse Emilie Michaud dont le trait fait craquer Hélène à tous les coups, La folle tournée d’Albert le libraire. Hélène a également eu la chance de rencontrer Nathalie Lescaille Moulène lors du festival du livre de Rouen, et de faire dédicacer ce beau livre.

Albert, petit hibou trop chou est l’heureux propriétaire d’une librairie dans la forêt, un lieu magique contenant plein de livres de toutes sortes, gros, petits, sérieux, distrayant… Et ce libraire livre même ces belles histoires à ses clients qui ne peuvent se déplacer (Une sorte d’Amazon local, écoresponsable avec le charme et l’humanité en plus ;)).

Chaque arrêt est l’occasion d’une discussion avec un autre animal et surtout, le gros plus de cet album est qu’il y a 5 petits livres dans le livre, chacun adapté à la situation que le petit habitant de la forêt rencontre à l’instant T. Une vraie mise en abyme, un parti pris original qui permet plusieurs niveaux de lecture, avec des allers retours entre les petites histoires et l’histoire principale de l’album qui enrichit la narration et les capacités de compréhension des petits lecteurs.

Nature, lecture, solidarité, animaux sont au coeur de cet album à la fois beau, riche, touchant et intemporel.

La folle tournée d’Albert le libraire, de Nathalie Lescaille Moulène, illustrations d’Emilie Michaud, Grund, 2024.

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Deuxième coup de coeur, un album destiné aux petits lecteurs de maternelle mais dont le propos peut durer encore quelques années de plus.

Il s’agit de Vite, vite de Magdalena et Isabelle Maroger, paru en mars 2018 aux éditions du Père Castor.

Ce livre nous montre un matin ordinaire entre une maman et son petit garçon. Comme chacun sait, le matin, il faut se dépêcher pour être à l’heure alors vite vite on sort du lit, vite vite on déjeune, vite vite on s’habille, entre lait trop chaud, eau trop froide et chaussette perdue.

Le dialogue entre les deux personnages est très régulier (il ne faudrait pas perdre le rythme !). Maman parle, l’enfant répond une phrase qui commence par « Attends maman »…

Jusqu’à ce que cette petite mécanique bien huilée soit soudain interrompue par une belle frayeur… Il ne faut pas aller trop « vite vite » pour traverser la route !

Alors on ralentit, on prend un peu plus le temps de parler et de profiter de ce qui est vraiment important. Hélène a beaucoup aimé le graphisme qui sur une même page met les personnages principaux en couleurs et le monde qui les entoure en noir et blanc, qui prend tout son sens sur la page où le petit garçon demande finalement pourquoi les gens courent.

Un petit album qui peut permettre de mieux se comprendre, aussi utile aux enfants qu’aux parents et qu’il est bon de relire en cette période de rush généralisé entre dernières semaines d’école, achats, organisation des fêtes, dossiers à boucler avant les vacances en plus de tout l’ordinaire. Espérons qu’il nous permettra de nous recentrer pour passer un mois de décembre tout doux.

Vite, vite ! de Madgdalena, illustrations d’Isabelle Maroger, Flammarion Jeunesse, 2022.

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Un bisou pour mon frère d’Adrien Albert est le livre du mois chez Kilimax, l’abonnement de l’Ecole des Loisirs à destination des 5-7 ans.

Paru en août 2024, il tentait Hélène depuis un bon moment et elle n’a pas été déçue par cette histoire de petits lapins qui passent une merveilleuse journée entre frères à faire du manège, de la trotinette, aller au cinéma, manger des bons gâteaux… mais doivent se quitter précipitamment à cause du bus que l’un d’eux manque de rater…

Après de multiples péripéties que nous vous laissons le plaisir de découvrir, ils se retrouveront et en seront très heureux.

Un album encore une fois très riche dans sa narration qui laisse beaucoup de place à l’implicite (l’image en dit beaucoup et l’enfant prend plaisir à observer les détails et imaginer les parties de l’histoire qui ne sont pas racontées dans le texte), à mi-chemin entre l’album et la BD et plein de tendresse en ces temps de retrouvailles familiales.

Un bisou pour mon frère, Adrien Albert, L’école des loisirs, 2024.

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Chicorée et la fête de l’arbre d’or, de Claire Lebourg et Mickaël Jourdan est paru en septembre dans la collection Moucheron, les premiers romans pour les enfants qui commencent à lire tous seuls.

Une joli histoire d’animaux de la forêt avec un petit écureuil trop mignon qui veut ménager la sensibilité de son ami quand il comprend que Pivert n’est pas invité à la fête de l’arbre d’or à laquelle il se fait une joie d’aller. Que faire ? Lui dire qu’il y va au risque de lui faire de la peine, ne pas lui dire au risque de se sentir coupable de lui cacher quelque chose ? Un beau roman sur la loyauté qui colle tout à fait aux préoccupations des enfants de cet âge, dont le sujet est traité avec beaucoup de simplicité, dans le meilleur sens du terme.

Chicorée et la fête de l’arbre d’or, Claire Lebourg, illustrations de Mickaël Jourdan, L’école des loisirs, 2025.

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Les secrets de Toutânkhamon d’Emma Carroll nous plonge dans une enquête au coeur de l’Egypte antique autour du tombeau de Toutânkhamon et de la malédiction qui l’entoure. En 1922, Lil découvre un vase avec un message venu du passé… Qui la conduira sur les traces du pharaon. Cette quête sera l’occasion de rencontrer des amis, de voyager et d’en apprendre plus sur sa propre histoire familiale. Un vrai roman historique pour enfants dans une période qui ne cesse de passionner. A destination des enfants en fin de primaire début de collège.

Les Secrets de Toutânkhamon, Emma Carroll, Gallimard jeunesse, 2020.

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Et vous, quels livres vous ont accompagné en ce mois de novembre ?

Lecture commune : Compte sur moi de Miguel Tanco

Les éditions Grasset rééditent Compte sur moi, qui avait jusque là échappé à la vigilance d’Hélène et Lucie. C’était l’occasion de combler leurs lacunes et de découvrir un album sur un sujet somme toute assez rare en littérature jeunesse : les mathématiques.
Elles se sont donc plongées dans cet album aux douces illustrations et n’ont pas pu s’empêcher d’en discuter…

Compte sur moi, Miguel Tanco, Grasset, 2025

Lucie : Cet album est une réédition, en avais-tu entendu parler avant de recevoir le communiqué de presse ?

Hélène : Non, je ne connaissais pas cet album. Par contre j’ai vu qu’il s’ agissait du 2e opus de la collection, le premier étant consacré à la physique.
Et toi ?

Lucie : Non plus, et pas du premier non plus malgré le beau succès qu’il semble avoir eu. Pourtant je suis toujours à la recherche de ce type d’album pour faire découvrir des notions à mes élèves. J’avais donc bon espoir de pouvoir utiliser celui-ci avec eux !

L’étincelle en moi, Miguel Tanco, Grasset, 2025.

Lucie : Qu’as-tu pensé de la couverture quand tu l’as reçu ?

Hélène : J’ai beaucoup aimé le graphisme doux et les petits rappels aux maths que l’on remarque quand on y regarde de plus près : les équerres, compas et règles par terre, le carrelage qui rappelle les basiques de la géométrie, l’avion en papier, qui fait voyager le message du livre : les maths sont partout, même dans les jeux des enfants. 
Je trouve que dans cet album le texte et l’image se complètent parfaitement. J’aurais un petit mot concernant le titre également : compte qui se réfère au calcul et l’expression Compte sur moi qui parle de confiance et qui, encore une fois, porte le propos.
Et toi, qu’as-tu pensé des personnages ?

Lucie : Tu fais bien de souligner le double sens du titre. Cet album parle de maths, oui, mais aussi et surtout de personnalités différentes qui peuvent évoluer dans une même famille, dans le respect et l’harmonie. J’ai beaucoup aimé cet aspect. Les personnages sont très bienveillants, je trouve qu’ils correspondent tout à fait au graphisme des illustrations.

Hélène : Je suis tout à fait d’accord avec toi. On remarque que les mathématiques sont mises sur le même plan que la peinture, la musique, l’observation des insectes… Une passion comme une autre !
J’ai également remarqué que ce livre met en scène une famille dont les membres sont noirs, ce qui reste suffisamment rare en littérature de jeunesse pour être souligné, et que la passion des maths ait piqué une petite fille… Tout ceci a évidemment vocation à “casser” le stéréotype du matheux que l’on peut avoir et aider tous les enfants à se sentir capables. Pour autant ce n’est jamais précisé explicitement et cela renforce l’efficacité du propos à mon sens : les maths sont partout, pour tous.

Lucie : Tu as raison, ce sont des choix malins mais pas trop appuyés, ce qui joue sur une normalité (en tout cas ce qui devrait être une normalité) de manière assez fine.
Pour être honnête, je pensais trouver plus de numération et de calcul dans le contenu de cet album. Les mathématiques “partout” comme tu le dis sont en fait essentiellement de la géométrie. Cela t’a surprise ou pas tellement ?

Hélène : Oui effectivement il s’agit principalement de géométrie. Je n’avais pas d’attentes particulières (je n’ai jamais attendu grand-chose des maths ceci dit mais c’est sûrement parce que je n’ai pas lu ce livre petite 😆). La numération aurait pu être évoquée mais peut-être que cela aurait un peu complexifié le message que l’auteur souhaitait faire passer. Il s’adresse à des enfants encore jeunes, fin de maternelle/CP et souhaite peut-être rester proche de leur quotidien ?

Lucie : J’ai cru comprendre que tu n’étais pas une fan de mathématiques, et aussi que tu avais lu cet album avec tes enfants. Est-ce que le sujet les a rebutés au premier abord ou tu ne l’avais pas annoncé ? Qu’en ont-ils pensé ?

Hélène : Effectivement en ce qui me concerne j’ai toujours été plus littéraire que scientifique, mais j’étais curieuse de découvrir sous quel angle le sujet allait être abordé, et vraiment l’album m’a beaucoup plu car, certes, comme on l’a dit il y a un message mais on reste sur un album jeunesse qui raconte une histoire : une petite fille nous parle de son quotidien, sa famille, sa passion.
Comme tu le disais j’ai des enfants qui ont l’âge idéal pour découvrir cet album donc je l’ai lu avec eux et ils ont beaucoup aimé. Ils aiment plus les maths que moi, mais je crois que c’est l’histoire et le contexte qui leur a plu aussi. Je n’avais pas parlé du sujet avant la lecture, en fait je préfère toujours les laisser découvrir eux-mêmes et se plonger dans une histoire, voir ce qui les touche, ce qu’ ils en retiennent quand on en parle ensemble après. 
Ils ont bien aimé cet album, y compris les dernières pages du “livre de maths”.
Et toi, est-ce que tu l’as lu à tes petits élèves ? 

Lucie : Non, pas encore. En revanche j’ai essayé de télécharger le cahier d’activités accessible via un qrcode, qui semble dans la même veine que le cahier de maths qui clôture l’album mais il n’est pas encore disponible. J’ai hâte de pouvoir y jeter un œil !

Lucie : Si tu n’aimes pas particulièrement les maths, je serais curieuse de savoir ce qui t’a attirée vers cet album dans le catalogue de Grasset ?

Hélène : J’étais curieuse de voir comment le sujet allait être traité à destination des jeunes enfants. Comme tu l’as compris, j’ai trouvé cela très bien fait, on ne tombe pas dans l’écueil du pur pédagogique. On s’attache aux personnages, il y a un fort phénomène d’identification.
D’ailleurs, au-delà des maths, qu’as-tu pensé de l’album et des autres messages qu’il peut véhiculer ?

Lucie : J’ai aimé cette famille qui semble prendre la vie simplement comme elle vient, que chaque membre puisse vivre ses passions librement, la place de la nature aussi. Il y a des maths, on l’aura bien compris, mais souvent liés à des phénomènes naturels (ronds dans l’eau, branches d’arbres…) ou des jeux (tobbogan, constructions…), ça m’a beaucoup plu !

Hélène : J’ai ressenti la même chose, j’ajouterais à cela la tolérance, comme tu le dis chacun vit sa passion et exploiter ses capacités à sa guise, et j’ai été sensible à la dernière phrase “Il y a une infinité de manières de voir le monde.. et la mienne c’est les maths !”. Cela peut ouvrir un dialogue avec l’enfant à un âge où les goûts s’affirment et leur permettre de rêver, de cultiver leur singularité en respectant aussi les goûts des autres. 

Lucie : A ce titre j’ai trouvé les multiples essais de la petite fille dans des activités où elle n’excelle pas (non que ce soit grave) sont très intéressants. Ils montrent qu’on peut mettre du temps à trouver “notre truc” et qu’essayer c’est déjà bien !

Lucie : Pour conclure, notre question rituelle : à qui conseillerais-tu ce livre ?

Hélène : Je conseillerais ce livre à des enfants de maternelle qui découvrent les notions basiques de géométrie par le jeu en classe, donc à des parents et enseignants amenés à côtoyer cette tranche d’âge où il est trop tôt pour s’être mis en tête qu’on n’aime pas les maths ! C’est l’objet idéal pour les leur présenter comme étant simples et naturelles, de manière ludique. Plus largement, il plaira à des enfants de fin de maternelle début de primaire et il peut être lu sans visée pédagogique particulière, selon moi.

Lucie : Tout à fait d’accord avec toi : entre la Moyenne Section et le CP, les enfants peuvent vraiment adhérer à cet album. Et tu as raison de souligner qu’à cet âge-là ils n’ont pas encore d’idée préconçue sur leurs capacités en maths. Profitons-en pour rappeler que les personnes nulles en maths n’existent pas. Elles ont seulement eu à faire à des profs qui n’ont pas su les intéresser !

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Nous remercions les Editions Grasset de nous avoir envoyé cet album et espérons vous avoir donné envie de le découvrir, ainsi que son grand frère L’étincelle en moi qui abordait la physique à hauteur des petits !

Des livres pour aborder la séparation parent-enfant : prison, enfermement…

Les Journées Nationales Prison, organisées chaque année par le Groupe National de Concertation Prison (GNCP), ont pour but de sensibiliser le public sur les problèmes posés par l’incarcération et la réinsertion. Alors que les rencontres de cette année sont centrées sur la question « quelle prison pour faire société ? », nous avons eu envie de proposer une sélection de livres sur l’emprisonnement mais aussi plus largement la séparation d’un enfant avec son parent.

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La thématique de l’enfermement se prête au genre épistolaire. C’est en tout cas le choix fait par trois auteurs différents, pour des textes plein d’humanité.

Un album pour commencer. Avec Tous les bateaux ne prennent pas la mer, Germano Zullo propose aux lecteurs de lire les lettres échangées entre Giorgio, incarcéré à la suite de « mauvais choix » et sa femme et ses deux enfants. Chacun vit cette épreuve à sa manière : alors que la femme veut cesser tout contact, la fille est dévorée par la colère. Seul le fils garde le lien au fil des lettres et des années. Avec douceur et bienveillance, l’auteur montre les conséquences de la séparation sur la famille sur une durée de 30 ans. Les illustrations très colorées d’Albertine semblent tout droit sorties de l’imagination d’un enfant (le fils ?). Dernier mystère, pourquoi ce titre ? Nous vous laissons le découvrir en même temps que ce bel album.

Tous les bateaux ne prennent pas la mer, Germano Zullo, illustrations d’Albertine, La joie de lire, 2024.

L’avis de Lucie et celui de Séverine.

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Outre l’incontournable Tous les bateaux ne prennent pas la mer , on retrouve le thème de la séparation liée à l’emprisonnement d’un parent dans un autre album illustré, à destination des enfants plus jeunes : Derrière le mur, de Laëtitia Valentin et Isabelle Carrier. C’est un album très tendre malgré son sujet, avec peu de texte, égrenant au fil des pages les moments manqués entre un papa et sa famille, qu’ils soient agréables (courir sur le sable, donner un biberon, piquer un fou rire) ou un peu moins (les disputes), du point de vue de l’enfant, dont la mesure du temps n’est pas la même que pour un adulte. La prison n’est finalement pas tant le sujet que le manque dû à la séparation. Le mot de la fin est très fort…Les illustrations crayonnées sont très jolies (le trait d’Isabelle Carrier étant reconnaissable entre mille), elles adoucissent une histoire dure dont le message, à travers les mots fins et adaptés de l’autrice, reste néanmoins positif : ce n’est pas parce qu’il est en prison que Papa est un mauvais père et qu’il ne mérite pas d’être aimé. Inversement, la prison ne l’empêche pas d’aimer sa famille. Très émouvant.

Derrière le mur, d’Elsa Valentin, illustré par Isabelle Carrier, Alice Editions, 2010

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Dans Mon papa en cage, facile à deviner, il est également question d’un papa en prison. Le sujet est assez rarement traité chez les « juniors », Mais c’est avec humour, non sans tendresse cependant, qu’Agnès de Lestrade raconte l’engrenage ayant entraîné cette situation et le sentiment de honte qu’elle a provoqué chez l’enfant. Elle dit aussi la solidarité des jeunes du quartier en l’absence du père, et en cela, pose un regard bienveillant sur la cité qui peut aussi être le lieu où de bonnes initiatives se prennent. En quelques pages, des thèmes comme la pauvreté, les inégalités, l’écologie, ou le droit à l’erreur et le pardon sont abordés avec beaucoup de bons sentiments, certes, mais le monde n’en a-t-il pas besoin de temps en temps ? Destiné aux 8-9 ans, ce roman fort à propos illustré par zoomorphisme séduit pour son optimisme. Il a également le mérite de permettre de découvrir, si ce n’est déjà fait, quelques notions du fonctionnement de la justice et du milieu carcéral.

Mon papa en cage, d’Agnès de Lestrade, illustré par Morgan Navarro, Rouergue Jeunesse, 2014

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Impossible de passer à côté d’Aurélien Malte, roman épistolaire aussi puissant que sensible de Jean-François Chabas. Aurélien est en prison depuis 13 ans quand Anne commence à venir lui rendre visite. Pour patienter entre deux rendez-vous, il lui écrit des lettres qu’il ne lui envoie pas. Il y raconte son histoire, la violence, l’enfermement mais aussi, petit à petit, la naissance de l’espoir. Cet auteur sait traduire la complexité des situations. S’il n’excuse pas son personnage, il invite à réfléchir aux circonstances qui l’ont amené en prison. Et à accepter de considérer les détenus comme des humains traversés par des émotions comme chacun d’entre nous.

Aurélien Malte, Jean-François Chabas, Le livre de poche, 2007.

L’avis de Lucie.

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Si dans les livres que nous avons lus les prisonniers sont le plus souvent des hommes, certains mettent en scène des prisonnières et cela nous semblait important qu’elles aient leur place dans cette sélection.

Dans La folle rencontre de Flora et Max, c’est une adolescente qui se retrouve derrière les barreaux. Et une nouvelle fois, c’est par des lettres que nous allons découvrir son histoire. Max vit un enfermement bien différent, il est atteint du syndrome de la cabane, ou hikikomori en japonais. En apprenant son incarcération, il décide d’écrire à Flora pour échanger sur leurs situations à la fois si différentes et si proches. Se noue un dialogue vif, attentionné et profond entre ces deux âmes en peine. Coline Pierré et Martin Page livrent un texte subtil qui questionne sur les conditions d’emprisonnement et la justice. Mais aussi sur les relations humaines, le pouvoir de l’art et l’espoir. Très touchant.

La folle rencontre de Flora et Max, Martin Page et Coline Pierré, EDL, 2018.

L’avis de Lucie et celui de Linda.

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Zoé est née en prison où sont enfermées sa mère, sa tante et sa grand-mère, toutes les trois braqueuses de bijouteries. À 14 ans, elle est donc élevée par son père et son grand-père, aimants mais pour le moins originaux, et se questionne sur l’enfermement, le destin, la justice et elle-même. Dans Bandiya, La fille qui avait sa mère en prison, Catherine Grive déploie la finesse et l’humour qu’on lui connaît pour livrer un personnage riche en nuances et particulièrement attachant. Ainsi sa relation avec sa mère, entre tendresse et quête de reconnaissance saisi le lecteur et l’oblige à faire évoluer son regard sur les détenus.

Bandiya, La fille qui avait sa mère en prison, Catherine Grive, Fleurus 2018.

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Et vous, avez-vous lu et aimé des histoires sur cette thématique singulière ?

Nos coups de cœur d’octobre

Vous pensiez qu’on les avait oubliés, que nenni ! Nous avons donné la priorité à l’actualité avec la sélection du prix Vendredi mais cela ne nous a pas empêchées de vous préparer nos conseils et recommandations de lecture pour ces prochaines semaines. Enfin, seulement si nous avons réussi à vous donner envie ! Ne nous laissons pas abattre par ce mois de novembre : allez, un plaid, un chocolat chaud et un (ou plusieurs) livre(s) à piocher parmi nos chouchous !

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Lucie est toujours en quête de conseils de lecture et ce mois-ci lui donne raison : ses deux coups de cœur viennent de suggestions.

C’est Cécile Roumiguière qui lui a chaudement recommandé D’après mon adolescence lors de la fête du livre de Saint Étienne. Et qui mieux qu’une auteure pour conseiller un livre ? Quel conseil avisé ! Ce journal intime d’adolescente revisité par l’auteure adulte est une merveille de sensibilité, de réflexion et surtout d’une honnêteté à toute épreuve.

À travers son adolescence tumultueuse, Caroline Solé explore les questionnements autour de la sexualité mais aussi le puissant mal-être diffus qui peut envahir les jeunes. Elle installe un dialogue aussi cru que bienveillant avec son moi adolescent et parvient à passer de l’intime à l’universel. Bouleversant.

D’après mon adolescence, Journal intime, Caroline Solé, Albin Michel, 2021.

Son avis complet.

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De son côté, Jean-Amédée, impérator a séduit la rédaction de La revue des livres pour enfants qui en a fait un retour très intriguant. Et cette réécriture de conte vaut définitivement le détour !

Gwendoline Raisson mêle avec une grande habileté des motifs de conte traditionnel (grenouilles, fée, morale) et la modernité du propos. Jean-Amédée en veut toujours plus, et son comportement n’est pas sans rappeler celui de la plupart de nos contemporains. De son côté, Bérénice se plie en quatre pour satisfaire les envies de son compagnon. Jusqu’à ce qu’il dépasse les bornes. Les illustrations de Christian Heinrich (papa des Petites Poules) ajoute une touche d’humour à ce conte original.

Jean-Amédée, impérator, Gwendoline Raisson, illustrations de Christian Henri Charles, L’école des loisirs, 2025.

Son avis complet.

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Blandine s’est enthousiasmée pour différents genres de livres, tous promesses d’horizons, d’histoires et d’espoirs.

Entre 1895 et 2024, Le Pavé est un témoin du temps qui passe, est un témoin du temps passé, il est celui contre lequel on bute, grâce auquel on se souvient, aussi. Voici à nouveau un fort texte dans la formidable collection « Petite Poche » des éditions Thierry Magnier.

Le pavé. Françoise LEGENDRE. Thierry Magnier, 2025

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Marcel Pagnol n’a pas seulement écrit les romans et pièces de théâtre que l’on connaît tant et qui passent les générations, il a aussi écrit de la poésie. Ce recueil nous dévoilent celles rédigées à l’adolescence, aussi candides que bucoliques. Et cela fait un bien fou !

Le Livre de la Nature. Poèmes de jeunesse. Marcel PAGNOL. Editions Michel Lafon, 2025

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Les géniales Editions Quelle Histoire ont ouvert une collection dédiée à la Littérature. Tout en racontant sommairement l’histoire, cet album nous dévoile comment il est ancré dans son époque, et surtout en quoi ce récit est un chef-d’œuvre qui nous parle toujours autant aujourd’hui.

Moby Dick. D’après Herman Melville. Editions Quelle Histoire, 2023

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Héloïse, elle, a été emportée par les mots de Lolie Charbonnel dans En décalage, un roman intense et prenant qui l’a replongée dans l’effervescence et la tension des années lycée.

Adrien est un brillant élève de terminale. Brillant, certes, mais aussi totalement perdu : il n’a aucune idée de ce qu’il souhaite faire plus tard. Sur ses épaules, la pression parentale pèse lourd. Et plus le temps passe, plus il se sent en décalage avec son entourage, avec le monde, avec lui-même.

Quelle lecture ! Des personnages imparfaits, pétris de défauts. La pression omniprésente, le mal-être, ce sentiment de ne pas trouver sa place, tout cela a fortement résonné en Héloïse. Le texte en vers libre est poignant, déchirant parfois, marquant. C’est une lecture douloureuse, mais aussi belle et optimiste. Un très bel ouvrage pour aborder la question de la santé mentale, et des attentes que l’on pose sur les futurs adultes.

En décalage, de Lolie Charbonnel. Ed. Didier Jeunesse, 2025

Sa chronique détaillée ICI.

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Deux coups de coeur aussi pour Héloïse-Ileautresor.

Tout d’abord pour Sept jours pour survivre, un roman de Nathalie Bernard. Au Canada, Nita Rivière est une jeune fille amérindienne enlevée le jour de son anniversaire. Enfermée dans une cabane. Les émotions se succèdent : le désir d’être invisible et de se faire toute petite, la peur… Pourquoi elle ? Pourquoi cet enlèvement ? Que va lui faire son ravisseur ? Le roman alterne entre la vie de l’adolescente (présente ou passée) et le déroulement de l’enquête. Un duo mène la recherche : Gautier et Valérie Lavigne. Le roman suit une série de leçons, égrainées au fil des chapitres – une façon originale de rythmer le récit, ou de commenter ce que pense l’héroïne : « samedi : Il suffit d’une seconde pour faire basculer une vie » ; La policière sait que « Nita a le profil de la fugueuse : rebelle, solitaire, en quête d’identité » (p.67), avec de plus, un père en prison (suite à une bagarre).

La plume de Nathalie Bernard est alerte, et vivante. Le roman, réaliste, ne perd pas son rythme une seconde. Du début à la fin, le lecteur est de tout cœur avec la jeune fille.Comment échapper à son ravisseur ? Comment survivre par grand froid ? Nita parviendra-elle à fuir ? Elle fait appel à des ressources insoupçonnées. Mais il n’est pas facile de survivre dans des conditions extrêmes.

Sept jours pour survivre, Nathalie Bernard, Thierry Magnier, 2015.

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Inspirée d’une histoire vraie, cet album raconte la rencontre entre un manchot et un pêcheur sur les côtes du Brésil. Un manchot part nager avec ses frères lorsque la mer se couvre d’une nappe de pétrole. Faut-il plonger ? Remonter à la surface ? L’oiseau ne parvient plus à nager, les plumes plombées par le mazout… Il ne peut plus lutter. Il se retrouve sur la plage – là, un inconnu l’emporte : c’est un pêcheur qui prend soin de lui. Il l’appelle Dindim.

L’amitié qui se tisse entre l’humain et l’oiseau éveille une émotion de plus en plus forte. Cette dernière atteint un point culminant lors de leurs retrouvailles…« Sur mon coeur, tu as laissé ton empreinte. Sache que je reviendrai toujours vers toi. » Un album qui se lit avec une grande émotion.

Dindim, Nadine Poirier, illustrations de Geneviève Després, Éditions d’eux, 2025.

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En octobre, Séverine a plutôt orienté ses lectures vers les romans junior, et 3 d’entre eux, bien différents, se sont distingués. Elle attendait la sortie du premier avec impatience, le second lui avait été conseillé par son libraire jeunesse, le troisième lui a confirmé ce qu’elle savait déjà.

La cabane de la fin du monde, d’Hervé Giraud, est un mélange de candeur, d’humour et de gravité, avec du social, de l’écolo, de la tolérance, finement abordés. Sans s’attarder sur les rebondissements de l’aventure, ni sur les questions parsemant ce roman à la fois drôle et profond, fidèle à ce qui rend unique l’écriture de cet auteur cher à son cœur, Séverine vous le dit : si vous voulez savoir si le Père Noël existe, si c’est une bonne idée de se réfugier tout en en haut de sa tour pour échapper à un destin funeste, ce qu’une rapporte-paquet prénommée Anita apporte aux quatre héros, si leur cabane résiste et si la patate est un plat qui se mange cru, lisez ce livre et vous survivrez à la morosité ambiante.

Sa chronique complète ICI.

La cabane de la fin du monde, d’Hervé Giraud, Editions Thierry Magnier, 2025

Ambiance complètement différente pour son second coup de cœur du mois. Il s’agit de l’édition française d’un roman norvégien de Maria Parr, très joliment illustré. Oskar et moi et tous nos petits endroits, égrène tout au long d’une année, le quotidien de deux enfants, Ida, 8 ans, la narratrice, et son petit frère Oskar, 5 ans, dans tout ce qu’il a de plus banal, et de plus merveilleux. Leur complicité, leurs disputes, leurs parents, leurs ami.e.s, l’école, les jeux qu’ils inventent, les épreuves qu’ils traversent (de la plus banale, le récit d’une gastro familiale, à la plus dramatique, la mort subite de leur oncle), les questions qu’ils se posent…tout est décliné avec une tendresse infinie, une délicatesse précieuse, une fraîcheur rare. On rit, on pleure, comme dans la vie ! Ce roman, c’est le lieu où tout commence et rien ne finit jamais, son parfum est le plus délicieux de tous : il fleure si bon l’enfance.

Oskar et moi et tous nos petits endroits, de Maria Parr, illustré par Ashild Irgens, Editions Thierry Magnier, 2025

A propos de fleur…Le troisième coup de cœur de Séverine, ce sont les Mémoires de Fleur : mon enfance, de Bertrand Santini, dans une très belle édition à couverture cartonnée et toilée. Autant l’avouer, c’est ce « packaging » qui l’a attirée, outre le nom de l’auteur qu’elle connaît à travers son œuvre incontournable dont elle a quasiment tout lu, sauf… Le journal de Gurty ! Un comble, quand on sait qu’ici, dans ce court roman illustré, il y déploie toute sa sensibilité et sa poésie pour dire la naissance, puis les débuts chaotiques dans la vie de Fleur, une chienne mignonnissime, la future meilleure amie de Gurty, leur première rencontre, la découverte d’un foyer aimant pour cette orpheline, son maître au grand cœur, Pépé Narbier, l’apprentissage des douleurs et des plus grandes joies de l’existence…Ce récit a définitivement confirmé à Séverine que si, d’après Bertrand Santini, « tout le monde a quelque chose d’intéressant à raconter », une chose est sûre, lui les raconte avec un immense talent.

Mémoires de Fleur : mon enfance, de Bertrand Santini, Editions Sarbacane, 2025

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Et vous, quels coups de cœur ont illuminé votre mois d’octobre ?