Lecture commune : Une nuit

À l’ombre du grand arbre, on adore les beaux livres, mais aussi les lectures qui intriguent, font vibrer plusieurs cordes à chaque lecture. Et celles qui parlent de la littérature ! Alors comme en prime, on aime beaucoup Grégoire Solotareff, nous avons trouvé une pépite à partager dans Une nuit, son dernier album pour lequel il s’est associé avec l’illustrateur Julien de Man. Un chouette terrain littéraire pour une lecture commune, comme en témoigne la richesse de nos échanges !

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Isabelle : Connaissiez-vous toutes Grégoire Solotareff et Julien de Man avant de lire cet album ?

Liraloin : Oui, je connaissais Solotareff – son célèbre album Loulou est un incontournable – mais pas Julien De Man.

Lucie : Pareil, je connaissais les albums de Grégoire Solotareff (Loulou, Les garçons et les filles, Les trois sorcières, Le Père Noel et son jumeau…), mais pas du tout Julien De Man.

Colette : Solotareff est un grand auteur qui pourrait donner lieu à une de nos rubriques « Nos classiques préféré.e.s ». Nous avons beaucoup lu les histoires de Loulou notamment avec mes deux garçons et regardé à plusieurs reprises l’adaptation en dessin animé des aventures de ce personnage atypique !

Isabelle : Voilà, c’est un auteur très prolifique de chez L’école des loisirs où il dirige même la collection pour les tout-petits qu’il a créée, Loulou et Compagnie. Il s’associe ici à Julien de Man qui vient du film d’animation.

Blandine : Maintenant que tu le dis, l’influence du film d’animation est bien perceptible dans les jeux de lumières. Je n’ai pas regardé le parcours de Julien de Man que je découvre avec cet album. J’aime beaucoup ce travail en commun. La patte de Grégoire Solotareff est bien reconnaissable mais il n’est pas toujours évident de savoir dans la plupart des illustrations qui a dessiné quoi.

Une nuit | L'école des loisirs, Maison d'Édition Jeunesse
Une nuit, de Grégoire Solotareff et Julien de Man, L’école des loisirs, 2022.

Isabelle : Pour moi, cet album nous a d’abord procuré le plaisir de tenir entre ses mains un bel objet-livre. Qu’en a-t-il été pour vous ? Avez-vous noté quelque chose de particulier ?

Colette : Une reliure en toile bleu nuit, un généreux format à l’italienne : en effet, quel bel objet !

Blandine : Très beau effectivement, et comme toujours, le format à l’italienne confère un truc en plus, comme le dos toilé qui lui donne du cachet.

Lucie : C’est un format de j’aime bien, très immersif et qui convient particulièrement à l’histoire.

Liraloin : Je n’avais pas vu la reliure tissée parce qu’en bibliothèque, les livres sont couverts. C’est la couverture qui m’a intriguée, notamment la lumière qui s’en dégage. On ne sait pas si l’intrigue se passera au lever du soleil ou à son coucher…

Lucie : C’est vrai, cette couverture est très jolie. La lumière est magnifique.

Colette : Et je n’ai pas du tout reconnu le dessin de Solotareff, j’ai été très intriguée du coup.

Lucie : Je rejoins Colette, je n’aurai pas du tout identifié cet album comme une production de Solotareff, il est très éloigné de son style habituel.

Isabelle : C’est vrai. Même si on reconnaît certains protagonistes de ses albums, comme Loulou dans une certaine cabane, mais Julien de Man leur donne un reflet singulier et les décors hyper-fouillés entre ombre et lumière sont tout à fait différents. En tout cas, on voit dans vos réponses que cette belle couverture, ce clair-obscur intrigant en couverture puis ces pages épaisses qui font plaisir à manipuler interpellent. On pourrait déjà se douter qu’on a à faire à un hommage aux livres – on y reviendra ! Est-ce que le titre, particulièrement concis, vous a inspiré quelque chose de particulier ?

Liraloin : C’est une porte ouverte à tous les possibles, la nuit. Il peut s’y passer beaucoup d’aventures, que ce soit en rêve ou simplement dans la réalité. La couverture suggère tout de même que l’aventure va être majeure.

Blandine : Oui, avec l’article « Une », on se doute qu’il va se passer quelque chose de particulier, d’unique. La nuit favorise l’imaginaire, floute les perceptions. Cela crée du mystère. Le titre et l’illustration de couverture forment un oxymore intéressant.

Isabelle : Oxymore parce qu’il ne fait pas (ou plus ?) tout à fait nuit, à en juger par cette lumière étrange qui se répand près de la maison ?

Blandine : C’est cela. Avec le mot « nuit », on s’attend à de l’obscurité, qui peut déboucher sur la peur, l’effroi. Or là, il y a beaucoup de lumière. Dans la maisonnette rouge, si petite parmi ses arbres si hauts. Et cette lumière quasi surnaturelle qui vient de la droite… Elle est presque hypnotique.

Colette : « Une nuit », c’est une fenêtre ouverte sur tous les possibles ! Rêves, cauchemars, imaginaire, peurs, angoisses, monstres. Un mot qui renvoie à d’innombrables thématiques classiques du récit d’enfance. Et puis « une nuit » mis en exergue ainsi, c’est aussi souligner dès la couverture qu’il est question d’un point de bascule.

Lucie : Ce titre est intriguant, un peu inquiétant – la nuit, pour les enfants… Et ces ombres qui entourent la maison… Et en même temps ce « une » reste flou. On sent qu’il va se passer quelque chose de particulier, sans savoir vraiment à quoi s’attendre. Ce côté « nuit » est pourtant très efficace pour créer une attente. On le sent bien avec vos réactions au titre ! Et puis on s’identifie à cet enfant, seul (?) la nuit dans une vieille maison, qui entend du bruit et monte au grenier. Cela pourrait être le début d’un film d’épouvante !

Isabelle : Je vous rejoins, une nuit m’a un peu évoqué un début de conte (je ne sais pas pourquoi, ça m’a fait penser à « il était une fois ») mais surtout, comme vous le dites, ce titre place d’emblée l’album sous tension. Je ne sais pas par quels états vous êtes passées en lisant cet album mais pour notre part, nous avons été dès la première page suspendus au suspense instauré par les mots et les illustrations. Avez-vous ressenti la même chose ? Comment l’auteur et l’illustrateur s’y sont-ils pris pour arriver à une telle tension ?

Colette : Je l’ai lu à Nathanaël, 9 ans, lundi au moment des histoires et l’effet dont tu parles a été flagrant : il était vraiment dans l’attente de ce que nous allions découvrir à chaque page, la tension était palpable dans la manière même dont il se tenait à mes côtés. Tout est lié, d’après moi, à la manière dont le récit est structuré. À chaque page, la narration se suspend au moment parfait…

Liraloin : On retrouve les codes du cinéma d’animation : l’éclairage sur le visage de l’enfant dans le lit, le gros plan sur la poignée de la porte pour faire monter la pression, la faible luminosité dans le grenier juste pour nous montrer ce qui est important et faire un peu peur lorsque l’œil tombe sur la silhouette de la poupée. Tout est fait pour embarquer le lecteur dans cette tension construite par la lumière.

Blandine : Pour ma part (et mes garçons avec), je n’ai ressenti aucune tension. Mais de la curiosité, le début de quelque chose de fantastique, une formidable aventure à venir… Mais sans aucune inquiétude. Le texte d’ailleurs rassure immédiatement sur l’origine des bruits. Le petit garçon n’est ni effrayé, ni affolé, il est en confiance. Et nous aussi.

Lucie : Pareil. J’ai été intriguée, vraiment curieuse de découvrir l’univers dans lequel allaient nous entrainer les deux auteurs, mais je n’ai pas ressenti de suspens.

Isabelle : Je me demande comment vous avez fait, Lucie et Blandine, pour résister à cette fameuse phrase au tout début du texte : « Dans ces maisons-là, il se passe parfois des choses extraordinaires. Une nuit, voici ce qu’il m’est arrivé. » On est ensuite presque dans un thriller : cliff-hangers à la fin de chaque double-page dont parlait Colette, zones d’ombres qui laissent galoper l’imagination, plans serrés qui laissent là encore concevoir le pire (ou le plus merveilleux !), pas dans le grenier, et ces coups frappés contre la porte de la maison: « Toc, toc, toc« . J’ai presque eu l’impression d’entrer dans une de ces histoires effrayantes que l’on raconte au coin du feu !

Blandine : Personnellement, j’ai pris ce mot « extraordinaires » pour quelque chose de positif, formidable et fantastique. Aussi parce que sa maison se trouve dans un endroit merveilleux – isolé mais près de la mer, et ce soleil couchant… quel panorama de rêve !

Liraloin : Quelle page magnifique effectivement et cet arbre centenaire qui est un élément essentiel dans l’histoire d’ailleurs !

Isabelle : C’est drôle, j’ai perçu les choses tout à fait différemment. Comme si l’album jouait sur une sorte d’ambiguïté pour mieux nous faire douter – cette ambiance crépusculaire sur la première double-page dont on ne sait pas si on doit attendre quelque chose de terrifiant ou de merveilleux, cette obscurité qui semble presque s’emparer du garçon dans son lit, ces doutes quant à l’origine des bruits (« Ce sont sûrement ces deux loirs. Ou alors… »).

Colette : Comme toi, Isabelle, j’ai eu l’impression que l’ambiguïté était le maître mot de cette narration ! Notre jeune héros m’en a semblé d’autant plus courageux mais n’est-ce pas l’apanage des véritables aventurier.e.s ?

Blandine : Avec mes garçons, nous avons d’emblée remarqué que la maison était différente entre celle de la couverture et celle de la première page, tout comme son environnement. Cela nous a questionnés mais sans nous inquiéter. Nous avons plutôt ressenti une sorte d’excitation : « que va-t-il donc se passer ? » Lorsque l’illustration fait un focus sur la poignée et la clé, elle s’est renforcée. Mon 11 ans a juste dit que ça lui faisait penser à Barbe-Bleue avec cette porte fermée mais avec la clé présente : une tentation…

Isabelle : Barbe-Bleue, moi je ne le trouve pas spécialement rassurant ! C’est drôle les associations différentes que nous avons faites, moi j’ai pensé à Max et les Maximonstres de Sendak au moment où le grenier s’estompe pour faire place à une forêt avec la fameuse maison rouge.

Liraloin : Pourtant tout est sous contrôle, les parents dorment donc présents dans la maison et il y a une clef sur la porte donc on ne peut pas entrer facilement. Comme Lucie et Blandine, je n’ai pas été effrayée car (petite anecdote campagnarde) j’ai connu ça, les loirs dans le grenier… C’est étrange mais j’ai tout de suite pensé à Jack et la grande aventure du cochon de Noel de Rowling et ça ne m’a pas quitté de toute ma lecture. Il y a pas mal de détails qui me rappellent ce roman : les doudous et l’enfance, le fait de se retrouver dans un monde parallèle et complétement dans l’imaginaire avec les personnages du lutin et de la sorcière….

Lucie : C’est vrai qu’il y a du Jack et la grande aventure dans cet album ! J’ai aussi pas mal pensé à Sylvain de Sylvanie. De belles références car elles impliquent un monde merveilleux où la créativité rend absolument tout possible !

Blandine : Moi aussi, j’ai pensé à Jack ! Et au dessin animé Vice-versa avec l’éléphant, à Toy Story pour les jouets que l’on délaisse en grandissant et qui s’en attristent.

Isabelle : C’est vraiment fascinant de voir, encore une fois, la manière dont un même album résonne différemment chez chacune. Mais vous avez raison, il y a quelque chose de l’ambiance de Noël dans ces pages avec ce rouge, cette lueur de bougie et les jouets qui peuplent le monde dont parlait Lucie à l’instant. Avez-vous envie d’en dire un peu plus sur ce qui se passe, donc, cette fameuse nuit ?

Lucie : Le garçon monte donc au grenier, attiré par des bruits inhabituels. Il y a un moment de bascule, qui est d’ailleurs hyper bien fait, entre le grenier et le passage dans un autre univers.

Blandine : Nous avons été émerveillés par cette transformation. Nous avons fait des allers-retours entre l’illustration du grenier avec la malle, et celle d’après avec la maisonnette rouge dans la forêt, pour observer les changements. Nous n’avons pas cherché de raisons. Ça s’est passé… et nous étions curieux de voir la suite.

Isabelle : Oui, c’est très intéressant ces parallèles entre le grenier et la forêt, la malle et la maisonnette, la forme de la lumière dans les deux décors. C’est quelque chose qui peut s’expliquer par la suite. 

Lucie : Le garçon passe dans un monde étonnant et rencontre Melchior. Je suis d’ailleurs curieuse de savoir comment vous le qualifieriez !

Isabelle : Alors justement, de quoi cet album parle-t-il au fond ? 

Lucie : Ha, c’est la question justement ! Est-ce que c’est juste un rêve que fait l’enfant, est-ce une invitation à écouter son imagination et à se lancer dans l’écriture ? Je pencherais pour la deuxième hypothèse, mais j’aime que l’ambiguïté que vous évoquiez perdure tout au long de l’histoire !

Liraloin : Je penche aussi pour la deuxième hypothèse, c’est tout de même Melchior qui signifie Roi des lumières qui l’invite à se souvenir des choses afin de pouvoir écrire des histoires.

Isabelle : Merci de m’éclairer (c’est le mot !). Je me demandais, pourquoi « Melchior » ?

Colette : Cet album parle des fascinants pouvoirs magiques qui sont ceux de l’enfance quand la nuit tombe ! Des pouvoirs qui nous permettent de passer d’un univers à l’autre avec une incroyable facilité ! Et surtout cet album parle de la fascinante épaisseur des histoires, des récits, des mythes et autres contes dont nous sommes tissés ! Un subtil hommage à la littérature dans toute sa complexité.

Isabelle : Vous en avez parlé toutes les trois, cet album évoque la création littéraire. Et la « fabrication » des histoires, puisque d’après le fameux Melchior, les histoires ne s’écrivent pas, elle se fabriquent ! Qu’avez-vous pensé de cette thèse ?

Lucie : Les auteurs vont même plus loin : les histoires se fabriquent à partir de souvenirs !

Colette : Personnellement, j’ai retrouvé dans l’aventure de notre héros le souvenir de toutes ces nuits où avec ma sœur, on entassait nos peluches dans le lit que nous partagions, nous nous blottissions sous les couvertures entourées de tous nos jouets pour affronter « la tempête ». C’est le nom que nous donnions à ce jeu que nous avons pratiqué maintes fois !

Liraloin : La tempête de Ponti est un de mes albums préférés d’ailleurs. C’est aussi un bel hommage à l’enfance.

Colette : Je n’avais jamais fait le lien entre notre jeu et cet album de Ponti que j’aime tellement !

Blandine : Je crois que nous avons été nombreux à nous entourer de TOUS nos doudous. Cela me conférait un sentiment de sécurité. Mes enfants aussi aimaient tous les mettre dans leur lit, quitte à n’avoir quasi plus de place.

Liraloin : Les histoires se fabriquent de tout ce que l’humain peu glaner, toucher, expérimenter durant sa vie. L’écriture ne sert qu’à coucher sur papier ces sensations justement.

Blandine : Pour moi, cet album parle des histoires que l’on se « fabrique » pour reprendre le terme avant de pouvoir les écrire et les raconter. Il faut les vivre et se les forger en soi. Il y a un rapport intime et sensoriel aux histoires, aux images puis à la verbalisation, aux mots. Il est, à mon sens, question des souvenirs que l’on se forge, de notre mémoire personnelle, que les doudous et objets peuvent nous faire remonter/retrouver. Et de l’inconscient qui sait ce qui est enfoui (et oublié ?). Il y a un rapport au temps, qui passe, qui efface. Une ode à l’enfance, qui hésite entre partir (=grandir) et rester (avec les doudous que l’enfant récupère finalement).

Isabelle : Je te rejoins complètement sur tout ça. L’album montre joliment le trésor que représentent les expériences et souvenirs d’enfance que ce n’est pas facile de retenir. Pour moi aussi, cet album ne parle pas que de la fabrication des histoires, mais de l’enfance. L’imagination galopante, les terreurs nocturnes, le courage immense de tenter des expériences, les doutes et les joies : j’ai eu l’impression de retrouver dans ces pages un condensé de ce qui fait le sel et le charme de l’enfance.

Lucie : J’aime l’idée qu’implique cet « artisanat » de l’auteur qui fabrique, et le fait qu’on a besoin de conserver une part d’enfance. En tout cas c’est clairement préférable pour les auteurs jeunesse !

Colette : Cette idée est très riche me semble-t-il. Cette phrase me fait penser à l’émission « La fabrique de l’Histoire » sur France Inter où il est question d’explorer les liens entre passé et présent à travers toutes sortes de documents. Je trouve cette thèse particulièrement réjouissante, elle « empouvoire » (pour utiliser un néologisme que j’ai découvert récemment et qui me plaît bien, vous savez à quel point j’aime que la langue française soit vivante) le lecteur, la lectrice, car elle suggère que chacun.e porte son lot d’histoires en lui, en elle, grâce à ses expériences, ses souvenirs. « Pour fabriquer des histoires, il faut d’abord se souvenir des choses. Il ne faut rien oublier ». C’est à la fois une ode au littéraire mais aussi à la mémoire et à sa transmission.

Isabelle : Oui, il y a là une belle ode à la littérature ! D’ailleurs, j’ai aimé reconnaître certains personnages de Solotareff derrière la patte de Julien de Man (outre Loulou dont je parlais, il a le crocodile de César, l’éléphant d’un autre album dont je ne retrouve plus le titre…). Et peut-être Max et les Maximonstres dont la maison s’estompait déjà pour laisser place à une forêt. De manière très subtile, l’auteur et l’illustrateur suggèrent peut-être que non seulement les souvenirs vécus mais l’imaginaire et le souvenir laissé par nos lectures peuvent nourrir l’inspiration. C’est un peu comme ça que j’ai vu le parallèle entre le grenier et la forêt. On voit très bien comment la configuration du grenier avec la lumière qui tombe de cette manière sur une malle rouge pourrait inviter à imaginer une telle scène.

Colette : Quelle magnifique page d’ailleurs où on découvre l’intérieur de la maison de Melchior : c’est exactement comme ça que j’ai pu imaginer l’intérieur de nos cerveaux. Des tiroirs, des étagères, des recoins, tous habités d’infimes et précieuses petites choses de notre vie.

Isabelle : Ma préférée, je pense ! J’adore imaginer que notre ciboulot ressemble à un joyeux bazar où toutes sortes de choses semblent s’être accumulées et sédimentées au fil du temps. Avec des jouets et doudous d’enfance, des parties ordonnées comme un bureau, d’autres confortables comme un sofa. Et des livres !

Blandine : Il y a une image intéressante : celle chez la sorcière, lorsque tous les doudous sont attablés devant d’appétissants gâteaux qui semblent beaucoup trop nombreux. Je m’interroge sur sa signification. Il y a un côté sorcière d’Hansel et Gretel. Nourrir pour grossir, mais quoi ? L’imaginaire, la mémoire ? Et en arrière-plan, on pourrait croire qu’il s’agit du tronc, comme une palissade retenue par les racines, mais ce sont des livres, des rayonnages pleins à craquer. Je trouve le symbole et la métaphore très forts. Et on rejoint l’idée de la transmission émise par Colette.

Isabelle : Cette scène nous a aussi taraudés, mes moussaillons et moi. L’album évoque la fabrique des histoires de façon métaphorique et on voit par exemple qu’il n’est pas facile pour le garçon de retenir ce qui a pourtant le potentiel de nourrir de belles histoires. Mais après, le voilà soumis à des épreuves dont nous n’étions pas sûrs de comprendre ce qu’elles symbolisent : cette sorcière qui attire les souvenirs et les assoit, l’air consterné, devant une table débordant de splendides pâtisseries (chapeau à l’illustrateur). Nous nous sommes demandé comment interpréter cette scène.

Liraloin : Je pense que tu as raison Blandine. J’ai vu aussi dans cette page sublime une référence à Hansel et Gretel mais aussi à l’album Un goûter en forêt de Miyakoshi, là aussi les animaux regardent la petite fille de manière hypnotique. Est-ce pour mieux la/le faire traverser définitivement dans ce monde parallèle ?

Lucie : Il m’a semblé que les personnages de Melchior et de la sorcière étaient les parfaits opposés : pendant que l’un ouvre à la créativité, l’autre veut tout garder pour elle de manière égoïste. Il m’a d’ailleurs semblé les reconnaître côte à côte sur la quatrième de couverture. Avez-vous eu la même impression ? 

Blandine : Je (re)découvre la 4e de couverture – j’avoue très peu les lire et regarder. Tu as parfaitement raison, et cela fait parfaitement sens.

Colette : Mais oui Melchior et Abigaël ce sont les deux loirs sur la 4e de couverture ! Ce sont eux qu’on entend marcher la nuit dans le grenier !

Lucie : Pour moi la sorcière est seule et a besoin d’histoires pour vivre (comme nous tous !). Elle dit d’ailleurs clairement qu’elle ne veut pas attirer les doudous mais le garçon, pour qu’il lui raconte des histoires. Cela fait écho à un besoin vital, mais ce faisant elle priverait le garçon de sa liberté (comme la sorcière d’Hansel et Gretel tu as raison Blandine) et l’empêcherait de retourner dans la réalité écrire ses histoires.

Colette : Peut-être est-ce le moment où dans l’enfance on sent qu’on bascule vers un autre temps, un autre âge ? Où on se demande si on va garder ses doudous, si on ne doit pas passer à autre chose ? Aujourd’hui j’ai demandé à Nathanaël pourquoi il ne jouait plus avec ses figures d’animaux dont il était encore friand il y a un an à peine, et il m’a répondu : « je les garde en souvenir ». Je pense que mon petit bonhomme doit avoir le même âge que notre jeune héros, un âge où l’enfance prend une autre tournure mais où on a encore envie d’être entouré de ses jouets, même si on ne joue plus avec.

Isabelle : Je ne suis vraiment pas sûre mais je me suis demandé, face à cette opposition, s’il s’agit d’opposer la créativité, le fait de cultiver son imaginaire aux plaisir rapides et superficiels dont ces gâteaux, certes très appétissants, constituent presque une caricature avec leur saupoudrage de sucre, leur coulis et glaçages. Ces plaisirs faciles sont très tentants, mais ils détournent de quelque chose de plus profond qui pourrait être beaucoup plus épanouissant. Le côté impulsif et égoïste de la sorcière (« J’adore les gâteaux ! Je vais tous les manger ! […] Je veux qu’il m’en raconte ! ») va dans ce sens.

Blandine : Il y a un petit côté triste tout de même, chez cette sorcière qui dit « personne ne me raconte plus d’histoires ! Jamais ! » Pourquoi ? Parce qu’elle a grandi ? Parce que c’est une sorcière ? Cela m’a renvoyée à Peter Pan qui veut une Maman pour (entre autres certes) lui raconter des histoires.

Isabelle : Tu as raison. C’est dommage d’ailleurs, qu’on ait souvent le réflexe de cesser de raconter des histoires aux enfants qui grandissent. Même en tant qu’adulte, j’aime encore qu’on me raconte des histoires.

Blandine : Souvent les parents/adultes disent aux enfants qu’ils peuvent lire seuls puisqu’ils savent et puisqu’ils sont « grands ». C’est « bébéisant » que de se faire raconter des histoires. Et davantage si c’est un album. Format roman, format de grand ! Comme si ça n’allait pas les aider, mais les faire régresser. Je disais souvent à mes enfants (et le fais toujours d’ailleurs), « ce soir, c’est vous qui racontez une histoire à Maman ». Et tant pis s’ils butent sur les mots ou que l’intonation fait défaut.

Isabelle : Pas évident de conclure une telle aventure : qu’avez-vous pensé du dénouement ?

Liraloin : L’enfant se dirige vers cette porte rouge qui le ramène sans doute et surement dans sa maison, j’adore la cavalcade dans les escaliers, cette précipitation vers un endroit rassurant et protecteur. Tout comme le sont les doudous si précieux doudous.

Isabelle : Oui, c’est vraiment un sentiment libérateur de voir ce garçon si bien entre ses chers doudous. 

Lucie : C’est plus une étape qu’une fin. L’enfant quitte le grenier en disant « À bientôt ! Je reviendrai sûrement vous voir ! » Il sait quels trésors se trouvent au grenier et se laisse l’opportunité de retourner s’y ressourcer.

Isabelle : Pour moi, les deux niveaux de l’histoire – le premier degré et le niveau métaphorique – parviennent à un dénouement heureux. Le garçon parvient à échapper aux pièges qui lui sont tendus, donc métaphoriquement il ne se laisse pas distraire des belles histoires qu’il va fabriquer. Et il se réjouit à l’avance des escapades futures dans son imaginaire et de ce qu’il pourra écrire à partir de là. Il peut donc s’endormir heureux et confiant, « comme quand il était petit ».

Lucie : J’adore quand les enfants disent « quand j’étais petit ». Pour nous ils sont encore petits, mais comme le disait Colette toute à l’heure, il y a un stade où ils sentent qu’ils ont franchi une étape et marquent ainsi l’avant/après. Et cette image de l’enfant endormi au milieu de ses doudous. C’est beau, apaisant. Après cette aventure, qu’elle ait été réelle ou non d’ailleurs, pour l’enfant elle aura eu lieu, il se retrouve à nouveau en sécurité dans son lit.

Blandine : C’est tout à fait ça. Mais je ne dirais pas « en sécurité » : malgré la sorcière, je ne pense pas qu’il ait jamais été en danger. Je dirais « serein », entouré de ses souvenirs. Un petit côté nostalgique et tangible qui fait du bien.

Colette : La nuit se termine sur la promesse que se fait l’enfant à lui-même de raconter… la nuit qu’il vient de vivre ! Et c’est exactement ce qu’il a fait visiblement puisque nous tenons entre nos mains ce livre intitulé « Une nuit ». Pour moi l’album se termine par une mise en abyme de l’histoire annoncée sur la couverture ! Je suis très friande de ce procédé en littérature car c’est vraiment un moyen ingénieux de faire réfléchir au littéraire, à ce qui le constitue, à ce qui le nourrit.

Isabelle : Merci à toutes pour votre enthousiasme pour cet album et pour la richesse de ces échanges !

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Et vous, avez-vous lu Une nuit ? Ou d’autres albums évoquant la nuit, l’enfance qui s’éloigne ou l’écriture d’histoires ? Dites-nous tout !

Lecture commune : La Perle

Au seuil de l’automne qui s’annonce, on vous invite à partir en quête d’un trésor : un trésor dont seule la nature a le secret, un trésor à partager ! Laissez-vous embarquer à bord de l’album intitulée La Perle d’Anne-Margot Ramstein et Matthias Aregui, un duo toujours surprenant !

La Perle, Anne-Margot Ramstein, Matthias Arégui, La Partie, 2021.

Lucie. – Colette, souhaite-tu ouvrir cette lecture commune en dévoilant les raisons qui t’ont poussée à proposer cet album ? Je serai curieuse de les découvrir !

Colette. – Nous avons découvert cet album par le plus beau des hasards à l’occasion de L’Escale du livre, festival littéraire bordelais. J’avais inscrit mon plus jeune fils à un atelier avec l’autrice, Anne-Margot Ramstein, parce que c’était un des rares accessibles aux enfants de son âge sur le dimanche après-midi. Avant l’atelier, l’autrice était en séance de dédicace. Nous n’avions pas de livres de cette artiste dont nous connaissions les livres grâce à nos médiathèques. J’ai proposé à mon fils d’en choisir un qu’il pourrait se faire dédicacer : il a choisi La Perle. Quel bonheur ! C’est bien évidemment la couverture de ce livre à la douce reliure grisée qui l’a attiré : cette couverture c’est une invitation au voyage digne de Baudelaire. Peau bronzée, doigts effilés, paysage insulaire, entre végétation verdoyante et ciel d’une lumière aveuglante, tout y est. Et puis ce geste, si élégant, qui nous invite à devenir le corps auquel est rattaché cette main tendue, ce geste là m’a appelée ! Cette étrange couverture a-t-elle eu le même effet sur vous ?

Lucie. – C’est vrai que cette couverture attire l’œil ! Entre les couleurs vives, très tranchées et cette illustration en vue subjective est étonnante, intrigante !

Blandine. – Il y a beaucoup de douceur et de délicatesse dans cette couverture. J’en suis émue. Comme si je recevais moi-même cette bague.
On ressent aussi toute la beauté et le soin apporté à l’objet-livre. Et j’aime beaucoup ces couleurs franches.

Frédérique. – J’ai découvert le travail de ce duo avec l’imagier Avant-Après. En me rendant au SLPJ93, je suis tombée sur les éditions de la PARTIE. Un duo d’éditrices, aguerries, qui ont exercés chez d’autres éditeurs…. Bref, cette couverture m’a bien attiré et je l’ai mis tout de suite en commande. Je te rejoins Colette, sur le fait que cette couverture sort « du lot », cette reliure grisée me rappelle les vieux carnets de voyage. Une vie va se passer à en juger cette lumière de la 1ère de couverture et la nuit tombée de la 4ème de couverture.

Colette. – Et quel a été votre horizon d’attente à l’ombre de cette jolie couverture ? Qu’est-ce que vous vous êtes imaginé ? Qu’avez-vous pensé découvrir de l’autre coté de cette longue main brune ?

Lucie. – Je m’attendais à de l’exotisme, avec cette peau halée et ces couleurs chatoyantes ; à voyager, mais pas de cette manière ! J’ai aimé cette bague à la fois précieuse et enfantine. Cette couverture annonçait un album inhabituel, j’étais pressée de le découvrir.

Blandine. – Je savais uniquement que cet album était sans texte. Et rien que pour ça, j’étais attirée, quasi conquise. Je n’ai eu aucune attente avant « lecture », je n’ai pas cherché à imaginer l’histoire que ses pages pouvaient raconter. Je me suis totalement laissée porter. Et j’en ai été soufflée.

Frédérique. – Je me suis dit que si c’était comme Avant-Après, il allait y avoir beaucoup beaucoup de détails dans cette histoire…

Colette. – Et alors qu’avez-vous découvert entre l’aube et l’aurore de cet album hors du commun ?

Blandine. – Je n’avais pas du tout imaginé ce contenu, cette fin, j’ai été soufflée par chaque double page et détail, par le double effet visuel entre la page de gauche qui se centre sur la perle et ce qui lui arrive ; et la page de droite qui la remet dans un contexte qui la dépasse, la sublime, l’utilise aussi. Pourtant, j’y ai trouvé de la beauté, de l’apaisement, un sentiment de « tout arrive à point à qui sait attendre » alors même que, au moment de ma première lecture, j’ai eu le sentiment que tout passait vite, pas du tout sur des décennies et en même temps, cela est si logique. Il y a comme une double temporalité. J’ai été émerveillée par ce voyage « d’une vie », à la fois de la perle en elle-même, ses « rencontres » fabuleuses, des plus beaux endroits aux plus populaires, ordinaires, et ce retour aux sources. Et de l’autre, ces deux vies humaines qui n’ont pas cessé de s’aimer, qui nous sont proches sans que nous les connaissions, puisque c’est la perle et non eux que nous avons suivie. Une vie que l’on devine simple et non conditionnée à des « apparats », alors même que la perle en est « victime ». J’aime cette ouverture d’interprétation que nous offre cet album sans texte.
Et que dire des couleurs ?! Splendides, immergeantes. Elles apportent à l’album un fort côté artistique, à la façon pop art.

Lucie. – J’ai découvert un voyage auquel je ne m’attendais pas. Pourtant le titre est parfaitement choisi : « La perle », et on suit effectivement le voyage, l’histoire, d’une perle. C’est fou comme on est formatés en tant que lecteurs. Pour moi, il était évident que la main de la couverture appartiendrait au personnage principal, la perle ayant un rôle essentiel mais pas central !
Ici l’objet est le personnage principal, d’où l’absence de texte. La conséquence : la temporalité est très différente de celle d’un humain, d’où la surprise finale. J’ai adoré cette boucle d’ailleurs, très poétique, romantique… Un peu de douceur dans ce monde de brutes ! Cela amène aussi de l’émotion, car l’identification ne fonctionne pas forcément avec une perle !
Elle passe aussi par la beauté des paysages, des illustrations, des couleurs, mais d’une manière très différente que dans une histoire traditionnelle.

Frédérique. – J’y ai découvert une formidable histoire de vie. A travers cette perle pêchée dans l’océan et ses péripéties, la route sera lente et longue et puis cette question qui reste en suspens : reviendra-t-elle à son propriétaire originel ou va-t-elle connaître encore d’autres aventures ?
Car il est vraiment question d’aventures et on se demande quand est-ce que cette perle va arrêter de s’échapper continuellement. Vous avez raison, mesdames, son destin n’est pas d’appartenir à une couronne ni de finir dans l’estomac d’un saumon ! Parlons un peu des enchainements, une spécialité de ce duo, avez-vous repéré les objets ou les personnages qui invitent à mener cette perle à sa destination finale?

Lucie. – Là encore, le rôle des humains est présent mais le hasard et les animaux jouent un rôle aussi important que les hommes dans ces enchaînements. Cela nous invite à réaliser que, bien que nous ayons un sentiment de contrôle des événements la plupart du temps, nous ne maîtrisons pas tout, et encore moins sur le long terme !
J’ai trouvé cet aspect vraiment intéressant.

Colette. – Très bien dit Lucie. Je rajouterai que j’ai été particulièrement séduite par le jeu des cadrages qui est une des spécialités de notre duo d’artistes, avec cette alternance macro/micro, panoramique / gros plan à chaque double page, bouleversant nos habitudes de lectrices à la fois dans notre manière de regarder mais aussi de raconter. Ce qui compte finalement ce n’est pas tant le récit que la poésie qui se dégage de ces paysages ou de ces détails vers lesquels les artistes guident notre regard.

Blandine. – Tout au long de ma « lecture », je me suis demandée comment l’album pouvait finir et la perle, terminer sa course. Je n’avais pas du tout imaginé ce voyage d’une vie et aux vies multiples entre ordinaire, simplicité, préciosité (sentimentale, pécuniaire, d’apparat).
Les enchainements des auteur.e.s sont brillants, entre le micro et le macro, il y a aussi une sorte de jeu. Je me suis mise à rechercher les éléments communs au fil des pages et à imaginer la suite de ce « voyage ». Le nid de la pie et la couronne de la Reine sont des trouvailles fabuleuses!

Colette. – Et dans ces enchaînements parfois improbables entre des environnements souvent très opposés avez-vous lu un message, une réflexion ? Si oui laquelle ?

Frédérique. – Ce qui m’a interpellée c’est ce sentiment de destruction tout de même. Elle commence doucement, une perle arrachée à son milieu naturel. Tout cet enchaînement se fait soit par un animal voleur ou destructeur comme vous l’avez dit précédemment, soit par la main de l’homme (vol, vente de la perle…). Dans cet album il y a tout de même quatre pages sur la fuite de la perle dans un environnement pollué et détruit par des machines. On y voit aussi la consommation … Finalement j’ai plutôt vu la chute comme un apaisement. Cette perle offert par amour revient à l’amoureux.

Blandine. – Mon sentiment premier à la fin de ma lecture a été que toute chose se trouve là où elle doit être. Qu’il n’y a pas de hasard. Et pourtant, que de concours de circonstances, de coïncidences dans cet album qui permettent à la Perle d’effectuer ce voyage.
J’ai aimé ce retour aux sources, ce lien évident que nous avons avec la Nature, et que nous malmenons pourtant pour vivre, améliorer nos quotidiens, pour l’apparat aussi.
Cet album universel peut parler à tous. Car il est sans texte, mais aussi parce que les frontières y sont abolies. Et c’est à double tranchant. Le beau s’exporte, s’expose, se transmet, s’apprend, se vend, se vole, et il y a aussi ce pointage subtil de la mondialisation, et à laquelle nous participons tous, qui que nous soyons, où que nous soyons. Car c’est bien grâce à elle que le jeune garçon des Îles devenu vieux retrouve la perle dans une bouteille de sirop d’érable.
Nous sommes tous liés.

Lucie. – Tout à fait d’accord avec Frédérique. Autant quelques passages sont assez « doux » (l’océan du début, la rivière au Canada) mais les auteurs mettent délibérément en images l’empreinte dévastatrice de l’homme sur la nature. Sans être lourd, le message saute aux yeux.

Colette. – En effet, il y a comme un arrière-plan politique à cette odyssée. Non seulement sur la question écologique mais aussi économique avec la scène de l’usine du sirop d’érable, produit qui fait le tour du monde par avion pour se retrouver dans la cuisine de tout un chacun. Vos remarques posent donc la question du lectorat de cet album : l’avez-vous partagé avec un jeune public ? Avez-vous recueilli leurs réactions ?

Lucie. – Je ne l’ai pas partagé avec un jeune public, mais je serai effectivement curieuse de savoir ce que des enfants en comprendraient.

Blandine. – Selon son âge, l’enfant verra plus ou moins de choses qu’il pourra verbaliser ou pas encore. Ce peut être des impressions avant d’être des réflexions.
Mon fils de 10 ans l’a lu. Il aime les albums sans texte et est très sensible, mais ne partage pas beaucoup. Il a aimé le style graphique, les couleurs, l’absence de mots, le voyage de cette perle mais nous n’avons pas approfondi. Parce que le moment ne s’y prêtait pas, aussi parce que c’est beau aussi, parfois, de prendre les choses comme elles viennent sans vouloir raisonner, commenter derrière. Juste apprécier la beauté sans analyser.

Colette.Pour terminer cette LC – sauf si vous avez d’autres questions- pourriez-vous nous dire quelle est votre (double) page préférée et pourquoi ?

Frédérique. – Ma double page préférée est celle du nid et du bateau. L’aventure y est totale : le bateau toutes voiles hissées donne l’impression d’un bateau de pirate. Le contenu du nid de pie laisse entrevoir ce qui va se dérouler ensuite. En effet, il y a une pièce de monnaie anglaise (on y voit le profil d’Elisabeth II) et sur la page suivante, la perle finira sur la couronne de cette même reine.

Lucie. – C’est drôle, j’aurais choisi la même pour des raisons similaires. Autant dans la vie le côté « tout est écrit et pensé » ne me plaît pas du tout, autant j’aime bien ces clins d’œil que les auteurs font au lecteur attentif.

Blandine. – J’ai particulièrement aimé la double page où la perle se trouve fichée dans la couronne de la Reine que porte maladroitement son fils aîné. (ce qui pose question de la valeur des objets selon le rang social comme de leur symbolique). C’est avec cette double-page que j’ai saisi le passage du temps de l’album, car on voit sur la page de droite trois portraits de la Reine avec sa couronne. Elle est d’abord seule, puis avec un bébé, puis avec un enfant sur le côté du fauteuil où elle se trouve et un autre bébé dans les bras. La couleur de ses cheveux diffère aussi, allant en s’éclaircissant. Et enfin, la scène générale avec les deux enfants ayant grandi et elle ayant les cheveux couleur argent.
J’aime cette vision subtile du temps qui passe, et les questions que soulèvent les détails.

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Et si vous aussi, vous aimez les albums sans texte, nous vous en avions proposé une sélection par ici suite à un débat que nous avions mené par .

Lecture commune : Fin d’été

Pour finir l’été, nous avons préparé une lecture commune autour d’un album qui respire la fin des vacances et le désir de les prolonger encore un peu. Le très doux Fin d’été de Stéphanie Demasse-Pottier, illustré par Clarisse Lochmann.

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Fin d’été, Stéphanie Demasse-Pottier et Clarisse Lochmann, L’Etagère du bas, 2021

Lucie : J’avais envie de commencer en vous demandant comment vous aviez découvert le travail de Clarisse Lochmann, et sa collaboration avec Stéphanie Demasse-Pottier ?
Comme pour ma part c’est grâce à Colette, je suis curieuse de savoir ce qui la touche particulièrement ?

Linda : J’ai pour ma part découvert Clarisse Lochmann grâce à Colette qui nous a proposé son titre La passoire pour le prix ALODGA 2021. J’ai été séduite par son univers graphique et depuis je la suis de près. C’est sur son compte instagram qui j’ai eu vent de la sortie de Fin d’été que je me suis empressée d’acheter. L’occasion de découvrir la magnifique association de ces deux artistes talentueuses. Je viens d’ailleurs de me procurer leur dernier travail en commun Même les crocodiles n’ont pas sommeil !

Colette : Clarisse Lochmann a un style bien particulier, un univers à la fois flou et intense, que j’ai tout de suite reconnu quand j’ai vu la couverture de Fin d’été sur les rayonnages des nouveautés de ma médiathèque préférée ! C’est le bleu qui m’a fasciné, comme la première fois. Quand on a aimé un album à la folie comme j’ai aimé La Passoire, je ne pouvais résister à la tentation de m’agripper à cette fin d’été prometteuse. Et puis le titre de cet album a ouvert la porte des possibles et des souvenirs. Une porte qu’il me fallait plus qu’entrebâiller.

Blandine : C’est grâce à Colette, et sa proposition pour La Passoire, que j’ai découvert le travail de Clarisse Lochmann. Son univers graphique m’a immédiatement séduite et emportée. Pour Fin d’été, j’ai acheté l’album sans hésiter une seconde. La couverture est magnifique, et quel titre ! S’y entremêlent mélancolie, renouveau, transmission.
Quant à Stéphanie Demasse-Pottier, je la découvre avec cet album – et j’aime !

Lucie : Ce que dit Blandine au sujet du titre est très juste : trois mots, une petite fille qui ferme un parasol et nous voilà immédiatement renvoyées à nos propres souvenirs de départ. En tout cas ça a été très efficace pour moi. 
Avez-vous eu la même sensation ?

Linda : Je ne l’ai pas abordé sous l’angle du départ. Je pensais que l’album parlerait des vacances et des derniers instants que l’on savoure. Bien entendu cela a éveillé des souvenirs de ma propre enfance. Nous partions en juillet avec mes parents mais ils nous arrivaient souvent, jusque fin août, de goûter encore aux plaisirs des plages du nord avant de retrouver le rythme plus effréné qu’amène la rentrée scolaire.

Colette : Moi non plus, je n’ai pas du tout imaginé qu’il s’agirait d’un album sur le départ. J’étais tellement imprégnée encore de ma lecture de La Passoire que j’ai cru que l’album raconterait un évènement imaginaire, un mécanisme psychologique. Je ne m’attendais pas à une narration réaliste. Pourtant le titre aurait du me guider !

Lucie : Qu’ils relatent un mécanisme psychologique ou une narration réaliste, les deux albums que j’ai pu lire m’ont laissée avec une tristesse latente. 
Avez-vous ressenti la même chose ?

Blandine : Tristesse non, mais mélancolie oui. L’album, les illustrations « non figées » grâce à l’encre, nous transportent auprès des personnages, et nous emportent dans nos propres souvenirs, à la fois vrais et idéalisés. J’aimerais cette douceur de fin d’été/vacances, cette possibilité de prendre encore un peu le temps, de s’affranchir encore un peu des contraintes que la Rentrée entraîne.

Linda : J’ai pour ma part ressenti un profond sentiment de nostalgie, une volonté de retenir quelque chose, de faire durer un plaisir : les souvenirs de la nuit ou la joie des vacances.

Colette : J’ai tellement souffert de ce sentiment que la fin de l’été marquait : la fin de quelque chose de tellement plus grand et plus fort que simplement « la fin des vacances » que j’ai proposé à ma famille de ne plus laisser finir les vacances. Maintenant fin août, quand la rentrée approche, nous partons en vacances, au fil du rasoir, les jours juste avant de retourner à l’école. Une toute petite escapade mais qui nous fait nous sentir « rebelles et biens vivant.e.s » ! En fait le plus insupportable ce sont les quelques jours qu’on a tendance à prévoir pour reprendre les « bonnes habitudes » comme pour faire tampon entre deux vies, l’une de liberté, l’autre de contraintes. D’ailleurs ce sentiment en dit long sur les mécanismes qui régissent nos sociétés occidentales contemporaines dans lesquels le travail est encore très au cœur de notre existence, jusque dans son intime temporalité.

Blandine : Comme tu as raison Colette !! Cette habitude de « tout » prévoir, d’être constamment dans l’anticipation, dans le « au cas où », et qui finalement, nous empêche d’être dans le présent, dans l’instant, de vivre pleinement les moments qui s’offrent à nous, avec ceux qui nous entourent, eux-mêmes peut-être accaparés par leurs propres anticipations, parce qu’il faut se préparer, être prêts à … »
Quant au travail, il faut savoir couper, mettre de la distance, car il est facile de le laisser s’infiltrer à tous les moments de notre vie, par le biais des téléphones (surtout) qui nous servent à être joignables à tout moment et partout par les mails, messages, appels. Ou « simplement » pensées.

Lucie : Tu as raison Blandine, « mélancolie » est le terme juste.
Quant à la fin des vacances, ce petit moment volé m’a fait penser à ce que Timothée de Fombelle raconte dans Neverland : le départ du dimanche soir, à contre courant des vagues de retour pour un dîner-pique-nique à Fontainebleau (de mémoire). Cette capacité à saisir l’opportunité, à offrir des moments inattendus et précieux à ses enfants… C’est rare !

Blandine : Je vais faire remonter Neverland sur le dessus de ma PAL moi ! Ce qui empêche, ce sont des mécanismes ancrés d’habitudes, de transmission familiale, de craintes diverses. Il faudrait oser, oser oser même !

Linda : Oui c’est tout à fait ça ! Il est important de vivre l’instant présent, d’être spontané et de toujours laisser de la place à l’imprévu. Il y a toujours un plaisir immense à organiser les vacances, cela permet de se projeter. Mais une fois sur place, j’aime que nous ne fassions pas ce qui était prévu pour nous laisser porter par nos envies du moment. Au final nous savourons vraiment plus ces instants, pour la liberté qu’ils nous donnent de vivre pleinement une journée déconnectée de la rigidité du calendrier.

Lucie : Dans l’album, cette manière de retarder le retour m’a vraiment plu. Stéphanie Demasse-Pottier pousse plus loin que le traditionnel pique-nique sur la route. Cette nuit à la belle étoile est très jolie idée. Cela m’a donné l’impression que les parents n’avaient pas perdu leur âme d’enfant. Qu’ils sentaient la peine de leur fille et qu’ils décidaient de faire à leur famille un dernier cadeau, souvenir précieux, de leurs vacances. J’ai vraiment aimé que l’enfant semble associé à la décision de dormir dehors, au choix du lieu de campement…
Le souvenir et le temps (qui passe, que l’on décide de prendre ou non) me semble central dans cet album. Qu’en pensez-vous ?

Colette : Le temps en effet est au cœur de cet album : il y est question du temps que l’on prend, en famille, pour écouter ses émotions, les accompagner, leur trouver une manière de s’exprimer, de se transformer. On en parle souvent pour la colère mais plus rarement pour le chagrin, la mélancolie. Et puis dans cet album, c’est fait avec beaucoup de délicatesse, une certaine économie de mots, une forme de pudeur qui fait toute la beauté de l’écoute des parents. La tristesse de l’enfant résonne beaucoup en moi, j’imagine en vous aussi. Elle résonne sans doute d’autant plus que, souvent chez moi, elle n’a non seulement pas été entendue mais je n’ai jamais eu l’idée de l’exprimer. Peut-être vivions-nous cette mélancolie chacun.e de notre côté alors qu’il y a quelque chose de profondément joyeux à la vivre ensemble, à la célébrer ensemble.

Linda : Le temps rythme l’album de la même manière qu’il rythme nos vies. Que ce soit le temps que l’on prend, celui qui nous pousse à aller plus vite ou à ralentir, ici il est connecté aux émotions de chacun des personnages et c’est probablement pour cela que cet album nous touche autant. C’est aussi parce qu’ici les parents sont bienveillants, écoutent et accueillent les émotions de leur enfant avec délicatesse. Comme Colette, c’est quelque chose qui me touche intimement car mes émotions, surtout si elles étaient négatives, n’étaient pas entendues et il était même préférable de les taire. J’imagine que cela est lié à l’évolution du regard que l’on a sur l’enfant… Toujours est-il que je me demande également s’il ne serait pas plus agréable de partager notre mélancolie pour la rendre plus agréable.

Blandine : Je vous rejoins complètement sur le rapport au temps. Prendre le temps de faire les choses, comme de (re)connaître nos ressentis.
Je crois aussi qu’il y a quelque chose de générationnel dans l’expression possible des émotions et de leurs diversités. Pour preuve l’incroyable production (et pas seulement littéraire) autour d’elles. Ce qui était auparavant tu, indéterminé, non nommé ou réduit est désormais recherché dans toutes ses nuances. Être mélancolique, ce n’est pas forcément être triste ; être contrarié, ce n’est pas être en colère, etc. Parents et enfants sont encouragés à identifier les émotions. Cela crée ou renforce des liens, favorise des échanges et discussions. Mais il faut aussi garder de la spontanéité, de la surprise. Ce que font les parents de cet album. Et j’aime ça !

Lucie : Pour conclure, je vous propose de revenir un instant sur l’univers graphique de Clarisse Lochmann. Comme vous le disiez au début de cette discussion, c’est en grande partie ce qui vous a attirées vers cet album. J’ai eu la chance de rencontrer Clarisse Lochmann dans un festival, et elle plaisantait en disant qu’elle faisait des tâches et qu’elle débordait. Ces illustrations un peu floues sont en effet une marque de fabrique immédiatement reconnaissable. Que vous inspirent-elles ?

Blandine : Des tâches peut-être, mais avec un très fort pouvoir évocateur. J’aime qu’il n’y ait pas de contours, pas de limites, que ça déborde. La base est commune mais chacun y voit, y trouve, y ressent ce qu’il veut, ce qui s’impose. De fait, l’expérience de lecture est unique et sans cesse renouvelée. C’est très poétique. Paradoxalement, cette « liberté » peut aussi en dérouter certains.

Linda : De bien jolies tâches alors ! C’est un style graphique que j’apprécie énormément car ce flou laisse place à l’imagination de chaque lecteur et permet de laisser s’exprimer ses propres représentations. C’est vraiment poétique ! Comme le dit Blandine, ce style propose une expérience de lecture qui se renouvelle, ce qui est toujours très plaisant.

Colette : Ce que j’aime aussi dans le style de Clarisse Lochmann c’est qu’elle laisse les traces de ses esquisses, que l’on devine le crayon à papier. Je suis toujours pleine de gratitude pour les artistes qui nous montrent comment ils/elles travaillent, je trouve que c’est très généreux de partager avec nous, même implicitement, leurs secrets de fabrication.

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Nous espérons vous avoir donné envie de découvrir les albums de Clarisse Lochmann, qu’elle les ait réalisés seule comme La Passoire ou avec sa complice Stéphanie Demasse-Pottier comme Fin d’été ou Même les crocodiles n’ont pas sommeil ! Pour notre part, vous l’aurez compris, nous sommes sous le charme !

Prix A l’ombre du Grand Arbre 2022 : Petites Feuilles

Comme annoncé lors de l’anniversaire de notre grand arbre, nous vous proposerons au fil de l’été notre sélection pour le prix A l’ombre du grand arbre 2022. Ainsi vous pourrez, au fil de vos lectures estivales, égrainer les petites perles de la littérature jeunesse que nous avons sélectionnées pour vous, les savourer, les humer, les caresser puis venir voter ici pour vos titres préférés ! Les votes sont ouverts à partir d’aujourd’hui et jusqu’au 20 août. Les gagnants seront annoncés dans la foulée, lundi 22 août.

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Après la sélection Brindilles présentée la semaine dernière, voici le trio de tête pour la catégorie « Petites Feuilles » qui célèbre nos albums préférés destinés à des lecteur.ice.s un peu plus grand.e.s !

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Esther Andersen

Esther Andersen surgit comme un titre de film au doux parfum de carte postale envoyée lors des vacances. Un album sur l’été qui ne semble ne jamais finir, les premiers émois amoureux et les rencontres estivales bouleversantes. L’écriture du texte épouse parfaitement les illustrations d’où émanent une légèreté enfantine amoureuse.

Esther Andersen de Timothée de Fombelle et Irène Bonacina, Gallimard jeunesse, 2021

Retrouvez les avis de Lucie Livres d’Avril, Linda, Isabelle et Frédérique

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Les idées sont de drôles des bestioles

Bienvenue dans le monde de l’imaginaire. Quels chemins prennent nos pensées pour construire nos idées ? Des idées qui se métamorphosent en bestioles hybrides incomplètes ou inattendues. Ici, les mots et les images permettent de restituer ce qui aurait pu être insaisissable. Un album à mettre entre les mains d’enfants qui aiment créer, inventer et attraper des idées au vol.

Les idées sont de drôles de bestioles d’Isabelle Simler, Editions Courtes et Longues, 2021

Retrouvez notre lecture commune et les avis de Lucie Livres d’Avril, Isabelle et Linda

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Peut-être

Trébucher, rêver, être humain… Essayer, réussir… ou non ! Et si chacune et chacun avait en soi un potentiel insoupçonné ? Pas besoin d’être un super-héros pour essayer de réaliser ses rêves. Dans cet album les dessins illustrent bien la poésie d’un texte positif. Une lecture qui fait du bien aux petits comme aux grands.

Peut-être de Kobi Yamada et Gabriella Barouch, Le Lotus et l’Éléphant, 2021

Une sélection créatrice, poétique et rêveuse !

Alors, alors !

Quel est votre titre préféré dans la sélection “Petites feuilles” ?

  • Les idées sont de drôles de bestioles d'Isabelle Simler, Editions Courtes et Longues, 2021 (53%, 20 Votes)
  • Esther Andersen de Timothée de Fombelle et Irène Bonacina, Gallimard jeunesse, 2021 (29%, 11 Votes)
  • Peut-être de Kobi Yamada et Gabriella Barouch, Le Lotus et l'Éléphant, 2021 (18%, 7 Votes)

Total Voters: 38

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Prix A l’ombre du grand arbre 2022 – Brindilles

Comme annoncé lors de l’anniversaire de notre grand arbre, nous vous proposerons au fil de l’été notre sélection pour le prix A l’ombre du grand arbre 2022. Ainsi vous pourrez, au fil de vos lectures estivales, égrainer les petites perles de la littérature jeunesse que nous avons sélectionnées pour vous, les savourer, les humer, les caresser puis venir voter ici pour vos titres préférés ! Les votes sont ouverts à partir d’aujourd’hui et jusqu’au 20 août. Les gagnants seront annoncés dans la foulée, lundi 22 août.

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Nous commençons cette semaine avec la catégorie « Brindilles » dédiée à la petite enfance avec trois albums pour se mettre en mouvement !

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Pipiou, quel appétit !

Pipiou est un petit poussin gourmand parti en quête d’un met savoureux. Mais ce n’est pas si facile de trouver quelque chose de comestible à hauteur d’oisillon. Pour atteindre ses objectifs, il faut savoir faire preuve d’ingéniosité. Nous vous laissons découvrir comment notre petit personnage parviendra à ses fins !

Pipiou, quel appétit ! Richard Marnier, Aude Maurel, éditions Frimousse, 2021.

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Touche à tout !

Voici un imagier qui met la photo à l’honneur ! Ici Anne Letuffe fait dialoguer le dessin et la photo par d’habiles jeux de découpe. Le tout-petit y est invité avec subtilité à faire des liens entre ses jeux et le monde si riche qui l’entoure.

Touche à tout, Anne Letuffe, Atelier du poisson soluble, 2021.

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Une histoire bien secouée

Une histoire bien secouée, Corinne Dreyfus, Thierry Magnier, 2021.

Une histoire bien secouée qui secouera de rires tous les membres de la famille ! Une bande de fourmis s’est invitée dans le livre et tout est chamboulé sur leur passage ! Les lettres partent dans tous les sens, la narration se disloque, et le lecteur peut enfin tester sa toute puissance sur ce monde de mots qui pourrait au premier abord semblé bien abstrait !

Une sélection pour oser, rire et jouer et revenir !

A consommer sans modération !

Alors, alors !

Quel est votre titre préféré dans la sélection “Brindilles” ?

  • Une histoire bien secouée, Corinne Dreyfus, Thierry Magnier, 2021. (39%, 11 Votes)
  • Touche à tout, Anne Letuffe, Atelier du poisson soluble, 2021. (36%, 10 Votes)
  • Pipiou, quel appétit ! Richard Marnier, Aude Maurel, éditions Frimousse, 2021. (25%, 7 Votes)

Total Voters: 28

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