Lecture commune : Petit Renard

Il est des albums qui font d’emblée l’unanimité tant ils touchent au sublime.

PETIT RENARD d’Edward van de Vendel, illustré par Marije Tolman, publié par Albin Michel jeunesse, est incontestablement de ceux-là.

Évidemment, sous le Grand arbre, quand il est question de beau, on a de suite envie d’en discuter et de partager !

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Pépita : Petit renard : à l’ouverture de cet album, quelle a été votre première réaction ?

Isabelle : Avant même de l’ouvrir, je suis immédiatement tombée sous le charme de la couverture qui donne le ton – entre orange vif et nuances de gris, entre photo et dessins, entre contemplation mélancolique et fantaisie. En commençant à feuilleter, j’ai été à la fois soufflée par la beauté des illustrations et très intriguée par l’absence de texte, me demandant où ce petit renard nous entraîne.

HashtagCéline : Comme Isabelle, j’ai été immédiatement séduite. Les illustrations mêlant photos et dessins sont originales et j’y ai été d’emblée très sensible. C’est rare qu’un album me fasse ressentir autant d’émotions sans même que je l’ai lu. Rien qu’en le feuilletant, je l’ai trouvé riche et j’ai senti ce rythme si particulier. J’ai tout de suite su que ce livre serait un coup de cœur. Un vrai coup de foudre pour ce petit renard orange.

Colette : J’ai tout de suite été séduite par le soin apporté à la matérialité de cet album : reliure en tissu, couverture en carton bien épais, cahiers cousus, impression soignée. Ce livre est un bel objet sensoriel ! En l’ouvrant, on découvre d’étranges ramures orangées, puis sur la page de garde, un couple d’amis improbables, un petit garçon vêtu de rouge à la chevelure rousse et un renard au pelage flamboyant. S’ensuivent de magnifiques double-pages où de vastes paysages naturels s’épanouissent – et là le véritable charme opère : entre photographies monochromes et créatures animales dessinées, se livre toute l’originalité du travail d’illustration de Marije Tolman.

Pépita : Tout comme vous, dès que je l’ai eu dans les mains, je me suis dit : pépite ! Et quand je l’ai ouvert, j’ai été littéralement soufflée par ces 17 pages (oui 17 pages !) sans texte mais racontant déjà une histoire, mêlant dessins et photographies, avec un sens des détails si fin que le lecteur est transporté dans ces paysages, qu’il regarde avec les yeux de ce petit renard qui batifole dans cette nature magnifique de bord de mer.

Quel est l’élément déclencheur de l’apparition du texte ?

HashtagCéline : Ce sont les deux papillons violets qui surgissent et qui attirent irrésistiblement notre petit animal… “Pourquoi? Parce qu’ils sont violets.” Deux papillons violets qui nous mettent rétrospectivement la puce à l’oreille sur l’étrangeté de l’aventure que l’on s’apprête à lire et à vivre.Résultat de recherche d'images pour "petit renard albin michel jeunesse"

Pépita : Deux petits papillons violet qui vont faire faire un sacré vol plané à notre petit renard ! L’album entre là dans une autre dimension. Comment l’avez-vous ressentie ? Je dis bien ressentie et non interprétée…

Colette : Un rêve commence alors parce que notre petit renard est assommé par la chute incroyable qu’il vient de faire…

Isabelle : Oui, à ce moment-là, le vagabondage insouciant du renard bifurque dans quelque chose de complètement différent. On voit les deux papillons s’éloigner en voletant alors que le renardeau, qui semble plus petit que jamais dans le vaste paysage, demeure figé dans une position immobile dont on ne sait pas bien si on doit en rire ou s’en effrayer. Quel est ce rêve étrange qui débute ? Personnellement, j’ai été tendue en le voyant se dérouler sous mes yeux, partagée entre l’envie de me laisser attendrir par la mignonnerie des scènes qui se succèdent et une inquiétude sourde : petit renard finira-t-il par se réveiller ?

Pépita : J’ai ressenti la même chose, une peur en fait de ce qui aller arriver, un trouble aussi difficile à cerner.

Isabelle : Je me demande si ce ressenti est une réaction d’adulte. En lisant l’album à voix haute à mes garçons, j’ai eu l’impression qu’ils se laissaient complètement porter par cette déambulation, qu’ils se laissaient aller de façon insouciante à savourer les instants si drôles et mignons qui défilent dans le rêve du Petit Renard. Ils n’associent pas du tout le fait de voir sa vie défiler devant ses yeux avec la possibilité de la mort. Je serais curieuse d’entendre les réactions d’autres enfants !

HashtagCéline : Honnêtement, le premier ressenti a été la surprise qui pour moi transparaît de l’air du petit renard. Et puis l’amusement de le voir partir à leur poursuite. Au premier abord, je me suis plutôt attendrie et réjouie de cette course et j’ai même un peu ri de cette chute. Il y a de l’humour dans ce texte. Et ce “POUF” qui est plutôt inattendu. Alors, oui, voilà comment je l’ai reçu au départ. Évidemment, après l’avoir lu, je ne voyais plus ce moment de la même façon…

Pépita : On assiste alors aux souvenirs de Petit renard. Ses découvertes, ses joies, ses peurs… Avez-vous été sensible à l’articulation texte/ image dans la mise en récit de ce rêve ?

Colette : On en oublie qu’il s’agit d’un rêve au fur et à mesure des pages, car on retrouve les très belles et délicates doubles pages du début de l’album, sans texte, du temps où notre petit renard était bien conscient. Il y a un petit côté album naturaliste dans certaines pages, avec les vignettes aux bords arrondis qui illustrent les multiples découvertes sensorielles de Petit renard.

Isabelle : C’est quelque chose auquel j’ai effectivement été très sensible. Les illustrations portent le texte, les deux sont complémentaires, s’imbriquent… au point que le texte finisse parfois par s’effacer complètement. Cette séquence nous donne ainsi véritablement le sentiment d’entrer dans la tête de petit renard, débordant d’impressions qui semblent parfois flotter dans le vide (ce qui comptait, c’était la chaleur lumineuse de la fourrure maternelle !), une part très importante donnée à la représentations des expériences sensorielles – la vitesse d’une course, les odeurs et les saveurs du terrier – et une perspective toujours subjective, parfois attentive à l’immensité du monde, parfois concentrée par un détail qui frémit sous une feuille. Le texte sonne comme une comptine et m’a fait penser à la manière de parler qu’ont les enfants qui découvrent avec délice le plaisir de faire sonner et rouler certains mots. Images et mots résonnent ensemble comme rarement !

HashtagCéline : J’ai vraiment aimé toutes les surprises que me réservait chaque page avec des mises en page différentes, du texte ou l’absence de texte, des pleines pages ou des petites vignettes… Cela contribue grandement à pénétrer dans le “songe” du petit renard. Un rêve est souvent ainsi, décousu, sautant du coq à l’âne, nous promenant à droite et à gauche sans qu’on puisse suivre une progression précise. Ici, pourtant il y en a une. Ce qui me fait penser que ce rêve n’en est peut-être pas un…

Pépita : Puis l’album introduit un autre personnage : un jeune garçon à la chevelure aussi rousse que le pelage du renard et dans des planches là aussi sans texte, comme au début. Qu’avez-vous imaginé alors ?

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Colette : Une histoire d’adoption, une histoire d’amitié, référence rougeoyante à ce récit si précieux qu’est Le Petit Prince de Saint-Exupéry. Il y a un parallèle entre les deux personnages, le petit humain et le petit animal dans la manière dont ils occupent l’espace des doubles-pages, les jeux sur la plage, puis au milieu des oiseaux. C’est ce que j’ai préféré dans cet album, tous ces liens implicites entre ces deux petits êtres, libres et sauvages. Silencieusement. À chacune de ces doubles-pages c’est comme si la peau de mon visage était balayée par les embruns des bords de l’Atlantique, un vent glacé démêlant les nœuds dans mes cheveux.

Isabelle : Ah ! Je suis contente qu’on en parle car ces liens implicites m’ont laissée un peu perplexe. Comme vous le dites, petit renard et petit garçon roux se ressemblent comme des alter ego. S’agit-il de deux petits êtres que le hasard fait se rencontrer ? Ou l’un est-il le fruit de l’imagination de l’autre, une sorte de projection de lui-même dans un monde imaginaire intensément incarné ?

HashtagCéline : Je me suis posée beaucoup de questions, émettant plusieurs hypothèses sur ce petit garçon. Leurs déambulations dans les pages sans texte, leur ressemblance… Certains indices m’ont fait m’interroger sur la possibilité qu’ils ne soient qu’un seul et même être. Mais après réflexion, je pense que ce garçon est un ami, rencontré sur le chemin de la vie bien rempli et qui fait partie des moments marquants vécus du petit animal.

Pépita : J’ai ressenti à cette lecture une dimension poétique mais aussi spirituelle. Est-ce votre cas ?

Isabelle : Le souffle poétique est évident, dans le rythme du texte, la restitution brute d’expériences sensuelles et émotionnelles, sous une forme presque condensée comme seule la poésie le permet ! L’album a également une dimension spirituelle au sens où l’essentiel du propos naît de la force évocatrice de la pensée et de l’imagination du jeune protagoniste. Mais concerne aussi ce qui peut nous évoquer le vertige de frôler la mort. Et l’ivresse de survivre et de grandir. Est-ce ce à quoi tu faisais référence, Pépita, quand tu parlais de dimension spirituelle ?

HashtagCéline : Mais complètement ! Pour moi, la question de la mort ou non de ce petit renard se pose tout au long de l’album, arrivant avec ces deux papillons violets. Alors si ce n’est pas juste un rêve… que vit petit renard ?

Pépita : Pour vous répondre, j’ai eu d’emblée une lecture spirituelle au sens large : vie et mort, rêve comme métaphore du danger omniprésent dans la vie de l’animal sauvage qui n’est pas sans rappeler la fragilité de toute vie, puissance évocatrice de l’esprit quand il prend le dessus sur le corps, va-et-vient entre le renard et le petit garçon qui sont introduits dans l’histoire de la même façon et que seul petit renard semble voir et pas sa famille. Comme un ange gardien ? Qui l’a déjà sauvé une fois d’un bocal qui aurait pu lui être fatal. Cet album est une ode à la nature aussi, omniprésente. Sans doute que je projette une part de l’adulte que je suis, pétrie de références. C’est un album qui me touche au-delà des mots, une tristesse et une joie mêlées.

Qu’avez-vous pensé de cette fin dans laquelle petit humain et petit renard ne font qu’un ? Le texte n’est pas si facile à saisir non ? L’image est plus explicite.

Colette : J’avoue que la fin de l’album m’a paru très énigmatique du point de vue du texte. Je crois que j’aurais presque préféré un album sans texte pour suivre les déambulations oniriques de Petit renard à travers ces étranges images composites, sans être parasitée par un sens qui m’est resté obscur. Mais j’ai hâte de savoir comment vous l’avez comprise, vous, cette fin !

Isabelle : Il me semble que l’on reste dans l’ambiguïté dont nous parlions toute à l’heure à propos du statut de ce petit garçon. La fin pourrait correspondre au dénouement de l’aventure de Petit renard, grâce au réconfort apporté par l’enfant. Elle pourrait également marquer la fin de la rêverie du Petit renard… ou du petit garçon. Le texte ne lève pas cette ambiguïté en utilisant le pronom “il” sans que l’on sache s’il correspond à l’humain ou à l’animal. Cela ne m’a pas dérangée, j’aime les histoires qui se prêtent à des lectures différentes ! Mais peut-être la fin vous a-t-elle paru moins ouverte, quelle en a été votre lecture ?

HahstagCéline : La fin m’a également beaucoup perturbée. (Décidément !) Pour moi, toutes les interprétations sont possibles. Je pense que chaque lecteur la ressentira de façon différente. La mienne? Je la garde pour moi. Mais elle prend une teinte plus triste et sûrement induite par ma vision d’adulte.

Pépita : oui, la fin n’est pas si facile : elle a une certaine ambiguïté. Mais faut-il la lever ? Pas certaine.

Et si nous abordions un aspect très important de cet album : les illustrations. Pour ma part, elles m’ont subjuguées par leur beauté, leur lumière et le sens du détail. On a l’impression de faire partie du paysage. De toucher les animaux. Ces 17 pages sans texte du début sont sublimes.

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Isabelle : Oui ! De la dentelle ! Il y a de quoi être fasciné par ces grandes photographies aux couleurs passées, qui donnent quelque chose de mélancolique, associées à des dessins crayonnés vibrants de vie et de malice. Comme tu le dis, il y a mille détails qui donnent envie de lire et de relire l’album, comme les parallèles subtils nous parlions plus tôt entre le renard et le garçon dans l’agencement des images. Je trouve aussi que Marije Tolman parvient magistralement à donner une forme aux rêveries et à l’imagination…

HashtagCéline : Cet album se regarde autant qu’il se lit. Il y a une chaleur, une douceur, une poésie et une originalité que j’ai rarement rencontrées. Marije Tolman a vraiment trouvé le bon équilibre et osé avec succès, le mélange dessin et photo qui donne vraiment une tonalité particulière à l’univers de ce livre. C’est juste parfait.

Pépita : Si vous deviez définir cet album en un seul mot, quel serait-il ?

Colette : En un seul mot ? Non deux ! Libres et sauvages !
Isabelle : Enfance !
Céline : Je pense que j’en donnerais deux aussi : vie et mort ! Parce que les deux sont liés et parce que c’est ce que j’y ai vu.
Pépita : Si je devais le définir en un mot, ce serait LUMIÈRE.

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Ne passez pas à côté de cet album ! Nous, on a envie de l’offrir à tour de bras !

Voici nos chroniques sur nos blogs : HashtagCéline, Isabelle, Pépita.

Des couleurs plein les yeux !

Quoi de mieux dans la grisaille de l’hiver que de se mettre des couleurs plein la vue !

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La littérature de jeunesse regorge de titres sur cette thématique et il a fallu choisir parmi nos références préférées.

Voici donc plein de couleurs en ce lundi, en espérant que cela vous donne la pêche pour longtemps.

J’avais un pot de jaune,
J’avais un pot de bleu, (bis)
Je les ai mélangés dans un grand saladier,
Et ça fait du vert,
C’est extraordinaire !

J’avais un pot de jaune,
J’avais un pot de rouge, (bis)
Je les ai mélangés dans un grand saladier,
Et ça fait du orange,
Comme c’est étrange !

J’avais un pot de bleu,
J’avais un pot de rouge, (bis)
Je les ai mélangés dans un grand saladier,
Et ça fait du violet,
Et cela me plaît !

 

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Yakatougris a une botte secrète : dans ce monde tout gris, il décide de sortir sa palette et d’aller colorer ce monde si triste. Un album réjouissant sur l’optimisme !

Le monde de Yakatougris, Sandra Piquée et Laurent Simon, NordSud

L’avis de Pépita

Les couleurs ne sont pas toujours synonymes de gaieté. Voici un thriller dans lequel elles sont utilisées au profit d’un projet scientifique machiavélique. Doublé à une enquête journalistique à la chute surprenante, ce roman ne vous laissera plus voir les couleurs de la même façon.

La noirceur des couleursMartin Blasco, Ecole des loisirs, Médium+
L’avis de Pépita et Sophie
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C’est un incontournable, un de ces classiques qui ne vieillissent pas, et qui font encore le bonheur des enfants, des décennies après leur sortie.
Il y est question d’amitié, de se (re)connaitre, de grandir aussi un peu. Et de couleurs !
Petit bleu et petit jaune, Leo Lionni, l’école des loisirs
L’avis de Chloé et Sophie
 
Un album minimaliste, qui déroule l’histoire d’une promenade, une histoire qui tient en une seule phrase mais beaucoup d’images.
Petit escargot rouge, Rascal, pastel
Les  avis de Chloé et de Bouma
********Une palette de bleus enchanteurs nous envahit littéralement à la lecture de cet album délicat qui nous plonge avec douceur dans cet instant éphémère ou le jour cède la place à la nuit.
L’heure bleue, Isabelle Simler, Éditions courtes et longues
Les avis d’Alice, de Bouma, de Pépita, de Sophie et de Chloé.
Un livre à l’esthétisme minimaliste, qui invite les tout-petits à observer les nuances d’une forme et d’une couleur et à s’enrichir des différences.
Rond rouge, Claire Garralon, Actes Sud
L’avis d’Alice
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 Un album splendide et hilarant qui donne envie d’attraper pinceaux et couleurs et d’en mettre partout : car folie, maladresse et imagination débridée peuvent parfois nourrir les créations les plus inattendues !
Max et son art, David Wiesner, Circonflexe, 2011.
 Et voici une bande-dessinée qui évoque un autre destin d’artiste, celui de Zara. Si ses parents, poussés à bout, croient pouvoir brider le souffle artistique de leur fille, ils se trompent ! Elle attend patiemment de grandir suffisamment pour pouvoir atteindre sur les étagères les peintures, couleur après couleur…
Le secret de Zara, Fred Bernard et Benjamin Flao, Delcourt, 2018.
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Voici deux albums avec des jeux de calques pour apprendre les couleurs.
Le premier met en scène des éléphants et se termine en mémory tandis que le deuxième permet de voir le mélange des couleurs en faisant aller le calque de gauche à droite.Un recette simple mais efficace pour faire apprendre les couleurs de manière ludique.
 Couleurs de Pittau et Gervais, Albin Michel, 2014
L’avis d’Aurélie
 
Les couleurs de Patrick Georges chez Bayard Jeunesse, 2012
 L’avis d’Aurélie
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Parmi toutes les couleurs, s’en cache une qui bien souvent est associée à la peur. Apprenons à mieux la connaître dans Le noir de Lemony Snicket et Jon Klassen chez Milan, 2015.
L’avis de HashtagCéline et de Pépita
 Une maison amusante où des chats colorés vont un à un se coucher…C’est à découvrir dans cet album ludique au style épuré.
Au lit les chats de Barbara Urio Castro chez Saltimbanque, 2018.
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Entre l’album et le roman, Marie Sellier invite à une réflexion autour de l’art et de l’existence des couleurs. A quoi servent-elles ? Pourquoi le bleu est-il azur ? Presque philosophique, ce livre est une invitation à la création picturale.
Brume et les Toucouleurs, Marie Sellier et Lima, Éditions Courtes et Longues
L’avis de Bouma
Un album pour les petits qui abordent les couleurs avec des objets de leur quotidien tout en posant la question fatidique : de quelle couleur sont les bisous ? Réponse en lisant ce livre rigolo et plein de peps.
De quelle couleur sont les bisous, Rocio Bonilla, Ed. Père Fouettard
L’avis de Bouma et Sophie
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Et pour finir notre exploration de cette thématique, nous vous conseillons très fortement la lecture de Colorama de Crushiform chez les éditions Gallimard. Il en existe également un jeu de société.
L’avis de Pépita

Prix A l’Ombre du Grand Arbre 2019 : Grandes feuilles et Belles branches

C’est reparti pour un tour !

Les Prix A l’Ombre du Grand Arbre reviennent pour leur 5ème édition. Et, comme chaque année, les blogueuses qui y bouquinent vous ont concocté des sélections qu’il sera difficile de départager.

Car le principe est simple, c’est au public de faire son choix parmi les livres proposés.
Pendant les prochains mois, nous vous proposerons au vote les différentes catégories du Prix. Vous aurez donc jusqu’au dimanche 5 mai pour voter ! Les résultats seront diffusés le jour des 7 ans du blog le 9 mai.

On commence tout de suite avec les 2 catégories romans :

Prix ALOGDA 2019, catégorie Grandes feuilles
(c’est-à-dire Romans jusqu’à 11 ans)

Quel est votre roman enfant préféré ? Catégorie Grandes feuilles

  • Jefferson de JC Mourlevat, Gallimard jeunesse (60%, 28 Votes)
  • Le Célèbre catalogue Walker & Dawn de Morosinotto, l'école des loisirs (23%, 11 Votes)
  • Vendredi ou les autres jours de Gilles Barraqué, MeMo (17%, 8 Votes)

Total Voters: 47

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Prix ALOGDA 2019, catégorie Belles branches
(Romans à partir de 12 ans)

Quel est votre roman ados préféré ? Catégorie Belles branches

  • La Fille d'avril d'Annelise Heurtier, Casterman (45%, 41 Votes)
  • Peppö de Séverine Vidal, Bayard (43%, 39 Votes)
  • Rester debout de Fabrice Colin, Albin Michel Jeunesse (12%, 11 Votes)

Total Voters: 91

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A vos lectures et… à vos votes !

Prochain rendez-vous le lundi 25 février pour les sélections Sous-bois (OLNI) et Branches dessinées (BD).

 

Déjà l’automne ! Quels sont vos premiers coups de cœur depuis la rentrée ?

Le temps nous rattrape, les feuilles volent déjà et entre nos mains, les pages ont tourné depuis la rentrée.

Partageons les livres qui nous ont fait vibrer, les récits précieux qui nous ont attachés à leurs êtres de papier.

Cette rentrée, c’est aussi l’occasion d’accueillir trois nouvelles têtes sous le Grand Arbre : Hashtagcéline, Isabelle et Yoko lulu. Bienvenues !

Le Méli-Mélo de livres de Pépita s’est régalée de ce roman plein de fraîcheur, d’humanité… et de responsabilités à la sauce Pëppo !

Pëppo de Séverine Vidal – Bayard

Mais aussi de cet autre roman à l’écriture magistrale de beauté qui embarque le lecteur dans cette histoire étrange entre onirisme et imaginaire, avec des personnages bouleversants, en particulier Milly Vodovc.

Milly Vodovic de Nastasia Rugani – Editions MeMo, collection Grande Polynie

Alice,  dans son pays des merveilles, a été très émue et très touchée par la maternité d’Irène, par sa maturité et par  le trouble qu’elle a su laisser une fois la dernière page tournée. Coup de cœur partagé par Sophie.

Soixante-douze heures de Marie-Sophie Vermot – Thierry Magnier

Le récit des aventures déjantées du groupe de suicidants d’Axl Cendres a particulièrement touché mais aussi beaucoup fait rire HashtagCéline.

Cœur battant d’Axl Cendres – Sarbacane

Aurélie a mis dans son atelier un album plein de tendresse sur l’amitié. Un livre sur la différence, l’école et sur la naissance des sentiments, histoire de bien aborder la rentrée.

Mon ami d’Astrid Desbordes et Pauline Martin – Albin Michel Jeunesse

Grâce à Robinson, Isabelle de L’île aux trésors s’est offert un voyage onirique magnifié par les illustrations splendides de Peter Sis. Un album qui nous invite à assumer nos différences, à voguer vers d’autres horizons et à célébrer les merveilleux pouvoirs de l’imagination…

Robinson de Peter Sis – Grasset jeunesse, 2018

Chez Chloé (Littérature enfantine), le coup de cœur du mois n’est pas une nouveauté, loin de là, plutôt un classique qui n’a pas pris une ride au fil des ans. L’histoire de deux enfants qui entreprennent d’expliquer à leurs parents ignorants Comment on fait les bébés ! C’est drôle et ça décape.

Comment on fait les bébés, Babette Cole – Seuil jeunesse, 1993

Chez Les lectures lutines, deux romans plein d’humanité les ont conquises. Un récit troublant, entre fantastique, fait divers et altruisme, qui a résonné ce mois-ci pour Solectrice.

Dans la forêt de Hokkaïdo, Eric Pessan – Ecole des Loisirs, 2017.

Et pour Yoko lulu, c’est un roman d’une magnifique sincérité, d’une cruelle vérité. Sur l’amour et la différence. Sur l’intégration et l’espérance. Les héros ont un petit quelque chose qui nous attache à eux du début à la fin.

Envole-moi, Annelise Heurtier. Casterman, 2017.

 

Chez Bouma (Un Petit Bout de Bib), c’est un album intrigant, mêlant enquête, texte en rimes et illustrations presque naturalistes qui est sorti du lot ! Une invitation à s’interroger et à regarder plus loin que le bout de son nez !

Carnivore, Tariel et Peyrat – Père Fouettard, 2018

Et chez Sophie, c’est un roman sur la condition des femmes dans les années 1960 qui l’a conquise. On y découvre l’histoire de Catherine qui raconte comment elle a dû se battre pour vivre sa passion, pourtant simple aujourd’hui : la course à pied !

La fille d’avril, Annelise Heurtier – Casterman, 2018

Et vous, quels sont vos coups de cœur de la rentrée ?

Troubles par Claudine Desmarteaux

Troubles de Claudine Desmarteaux
Albin Michel Jeunesse – Wiz, 2012

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Une Lecture Commune avec Céline – Qu’importe le flacon, pourvu qu’on est livresse, proposée par Bouma – Un Petit Bout de Bib

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Bouma : Aujourd’hui nous vous présentons une lecture commune autour de mon gros coup de cœur du mois de janvier, un roman ado, troublant, comme son titre l’indique. Un sujet inquiétant, une manière d’écrire qui m’a captée, pourtant le sujet de ce roman peut porter à polémique. Aujourd’hui nous parlons du genre de roman que vous n’oublierez pas.

Première question : Comment résumerais-tu ce roman ?

Céline : Sous la forme d’un synopsis, clin-d’œil au cinéma, troisième homme de ce récit :
Paris. Camille et Fred, deux ados, deux amis d’enfance. Tous deux sur le fil, tous deux victimes collatérales de drames familiaux. Chacun sa came. Le cinéma pour Camille. L’alcool, les joints et plus si affinités, pour Fred. Soirée après soirée, voyage au bout de la nuit. Lassitude. Dégoût. Drame.

Bouma : Tu as écrit un résumé qui ressemble vraiment beaucoup à ce roman. Les chapitres sont courts, voire très courts, amenant un rythme effréné, une tension à l’histoire. Cette tension, l’as-tu ressentie comme moi ? Cela a-t-il gêné ta lecture ?

Céline : Oui, cette tension est palpable dès les premiers mots et s’accentuent au fil des pages. On sent dès le départ qu’un drame est en préparation ! Une fois l’effet de surprise passé, ce rythme effréné et ce style saccadé m’ont plutôt donné envie de continuer ! L’écriture et la référence au cinéma contribuent d’ailleurs, pour ma part, au succès de ce titre. Et de ton côté, quels sont les aspects qui t’ont particulièrement plu ?

Bouma : Pour revenir à ce que tu disais, je n’ai pas senti le drame venir. Je me le suis pris en pleine tête, comme les protagonistes. Par contre, j’ai aimé que la trame ne s’arrête pas là, que l’auteur montre que le film comme la vie continue.  J’ai aussi aimé cette description très réaliste (à mon sens) de la réalité quotidienne des adolescents. C’est une période de doutes, de choix et d’affirmations. Ce n’est pas une époque facile et les adultes ont tendance à trop souvent l’oublier à mon sens. D’ailleurs, dans le texte, Camille doute de sa sexualité. Mais Camille est un prénom mixte. Est-ce un garçon amoureux de son meilleur pote ? Une fille attirée par d’autres filles ? Qu’en penses-tu ?

Céline : Je pencherais plus pour un “il”… Il me semble que cette identité collerait davantage avec le titre et les sentiments ambigus que Camille éprouve pour son ami d’enfance. Mais je n’en suis vraiment pas certaine. Quoi qu’il en soit, tu as raison, l’auteure nous laisse K.O. certes mais avec néanmoins une note d’espoir :

“Quand les plaies seront refermées, les blessures cicatrisées, viendra le temps des bourgeons et des promesses.”

Ce qui m’a surprise cependant c’est l’attitude attentiste des adultes ! Tout le long de ma lecture, j’ai eu envie de crier : “Mais bon dieu, quand allez-vous réagir ?”. Et toi, ce manque de réaction t’a-t-il également interpellée ?

Bouma : Je n’ai pas franchement été interpellée par cette absence, ou en tout cas cette “non intrusion” des adultes dans le récit. Claudine Desmarteaux déroule son histoire du point de vue de Camille, un(e) adolescent(e) (parce que moi je voyais plutôt une fille en Camille mais bon bref, passons) et nous montre donc SA VISION de l’histoire. Elle est auto-centrée, et ça ne m’a pas plus étonnée que ça que pour elle/lui les adultes n’aient aucun rôle à jouer dans son quotidien outre celui de réfrigérateur et de distributeur.
Un dernier mot pour la fin ?

Céline : Nos hésitations et interrogations sont symptomatiques je trouve. (L’auteure pourra peut-être en lever certaines ?) Cette lecture est de celles qui remuent, vous emmènent au-delà des conventions, des apparences, des jugements trop rapides… Claudine Desmarteaux apporte un certain éclairage sur une jeunesse désabusée et pourtant pleine d’espoir ! Un paradoxe qui interpelle et rend ce texte particulièrement fort ! Un de ceux qu’on n’oublie pas…

Bouma : Exactement. Un texte troublant dont je suis ressortie chamboulée par tant de beauté dans l’écriture de l’indescriptible.

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Et pour en savoir toujours plus, voici nos avis sur nos blogs : Qu’importe le flacon et Un Petit Bout de Bib.

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Cette lecture commune a soulevé nombre de questions comme vous avez pu le lire, et nous remercions chaleureusement Claudine Desmarteaux d’avoir pris le temps d’y répondre (ainsi que son éditeur Albin Michel Jeunesse pour la mise en relation).

1. Comment vous est venue l’idée de Troubles ? Vous êtes-vous inspirée de faits réels ou d’une situation dans votre entourage ?

CD : Après Teen Song, j’ai eu envie d’écrire encore sur l’adolescence, une période à hauts risques, faite d’exaltations, de découvertes, mais aussi d’une certaine errance, voire d’ennui, parce que la réalité est rarement à la hauteur des attentes immenses qu’on a quand on est ado. On zone, de fêtes en soirées. On se cherche, on cherche l’amour… C’est douloureux, de sortir de l’enfance, on éprouve un sentiment de vide, de perte, d’angoisse morbide, parfois.
Ce texte est une fiction qui s’est nourrie de mon imagination, de bribes de mon expérience personnelle, de celle de mes enfants (j’ai une fille de 19 ans à qui je fais lire tous mes textes en cours d’écriture), de films que j’ai vus et aimés… Il est parti aussi d’une envie de décrire des scènes de cinéma.

2. Ce roman parle en partie de harcèlement. Est-ce un thème qui vous touche particulièrement ?

CD : C’est un thème qui touche chacun d’entre nous. Depuis la première cour de récré jusque dans le monde de l’entreprise, on est confronté à des situations de harcèlement, plus ou moins graves, plus ou moins féroces, qu’on subit ou qu’on inflige (parfois avec une certaine lâcheté, ou de l’inconscience). Ça fait partie du jeu social. En bande, parfois la cruauté peut se déchaîner.

3. Dans cette histoire, les adultes sont plutôt inexistants voire démissionnaires. Est-ce un constat que vous tirez de la vie réelle ?

CD : Non, ce n’est pas un constat et je ne juge personne. Ni les ados, ni leurs parents. S’ils sont défaillants, c’est parce qu’ils ont du mal à faire face à leurs propres problèmes, mais aussi parce que les adolescents s’éloignent d’eux, ne leur confient plus rien. En grandissant, les enfants veulent s’affranchir, couper le cordon, et c’est bien normal. Les parents sont souvent les derniers informés. Ils idéalisent leurs enfants et font parfois preuve de naïveté, ou d’aveuglement.
Dans Troubles, pour se protéger d’une situation pourrissante (ses parents ne s’entendent plus mais sont forcés de cohabiter pour des raisons économiques), Camille prend ses distances. Les parents font ce qu’ils peuvent. Ils sont toujours trop absents, ou trop étouffants… Les parents parfaits, c’est comme la licorne, ça n’existe pas.

4. Aviez-vous l’intention d’écrire pour le public adolescent dès le départ de cette intrigue ?

CD : Pas forcément. Dans tous mes livres jeunesse, je m’adresse aussi aux adultes. Mais je suis heureuse d’avoir publié ce livre en roman ado, j’ai fait de très belles rencontres avec des lycéens sur Troubles.

5. Avez-vous visionné l’intégralité de la filmographie de Camille ? Comment avez-vous choisi ces films ?

CD : J’ai choisi des films que j’ai aimés et qui m’ont marquée. Ils ont tous un lien avec le désir, l’amour, les pulsions… Je les ai visionnés parfois plusieurs fois, pour choisir les scènes, les décrire… Tous ces « morceaux de cinéma » disent à quel point c’est complexe, tout ça, et à quel point cela échappe à notre contrôle. Camille est quelqu’un d’assez introverti, toujours en retrait, qui observe la vie un peu comme un film. Camille décrit avec précisions des plans, des scènes, mais ne dit rien sur ses propres désirs.

6. Pouvez-vous lever l’ambiguïté concernant le sexe de Camille ?

CD : Camille est un prénom mixte. C’est au lecteur de faire son choix. Cette ambiguïté participe au trouble.
Mais si vous tenez à savoir si pour moi, Camille est une fille ou un garçon, je répondrai : un garçon (qui refuse de s’avouer les sentiments amoureux qu’il éprouve pour son meilleur ami Fred).

7. et enfin… avez-vous un autre roman pour les adolescents en préparation ?

Un nouvel opus de la série du petit Gus, Le petit Gus au collège, sort en août 2013. C’est un roman illustré qui s’adresse à tous, et plus spécialement aux 9-13 ans.
Je n’ai pas commencé à travailler sur un autre texte pour l’instant, mais j’écrirai encore pour les adolescents. J’aime ce public, ouvert, fragile et touchant. L’adolescence est une période de la vie riche et complexe, dont on ne sort pas indemne mais qui construit l’adulte qu’on deviendra.

[Cette interview a été réalisée au début de l’été.]

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Nous espérons que cette lecture commune vous aura fortement donné envie de lire ce titre. Bonne lecture.