Les albums découpés d’Emmanuelle Bastien

Lorsque les éditions de l’Agrume nous ont proposé de recevoir l’album J’aime pas d’Emmanuelle Bastien, Lucie et Liraloin ont été enchantées d’y voir une potentielle lecture commune, mais aussi de mieux comprendre le travail de cette autrice-illustratrice grâce à une interview.

© photo E. Bastien

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Vous êtes diplômée des Beaux-Arts de Besançon comment êtes-vous arrivée à la littérature de jeunesse ?

Après les Beaux-Arts, j’ai travaillé comme maquettiste pour la presse sur différents magazines pendant presque dix ans. La littérature de jeunesse m’intéressait déjà beaucoup, après la naissance de ma fille, j’ai repris des études et je suis entrée aux Arts déco (EnsAD, Paris) en formation continue. C’est à partir de ce moment là que les choses se sont concrétisées.

Il y a d’ailleurs de vrais choix artistiques dans vos albums qui ont des techniques d’illustrations très différentes (tampons, gravures, découpes…). Quels critères guident vos choix ?

La technique utilisée pour les images de mes albums est souvent un moteur narratif. C’est le cas avec la gravure pour Bonhomme, sa maison et pluie et pluie, les tampons pour Il était plusieurs fois, ou le pochoir pour l’album italien Archì. Toutes ces techniques permettent de faire des multiples, c’est à dire de reproduire une même image. Pour mon album Bonhomme, sa maison et pluie et pluie, j’ai associé différentes images gravées en les superposant au moment du tirage. J’imprime le personnage, puis j’imprime la pluie : Bonhomme est sous la pluie ; j’ajoute la maison : il est dans sa maison alors qu’il pleut dehors, etc. Ici, les histoires découlent directement de ce jeu d’associations propre à la gravure. Je m’empare des contraintes et des possibles d’une technique pour construire un récit. Chaque technique a ses particularités. Le tampon permet une répétition facile et rapide d’une même image : une tampon « arbre » permettra de dessiner facilement une forêt. Je m’amuse aussi à détourner les formes pour créer de nouvelles images, ainsi la maison peut devenir une fusée ou le corps d’un animal.

Mes derniers albums édités [J’aime, J’irai voir et J’aime pas] n’ont pas d’images imprimées, ce sont les découpes et la superposition des pages qui forment les images. Là, je me suis intéressée de près à l’objet livre et aux pages que l’on tourne. Aucune image n’existe en dehors du livre, c’est le geste du lecteur qui crée l’image. À chaque projet, le moyen employé influence la narration et va me guider vers un type de livre ou bien un autre.

Comme vous l’évoquez, vos derniers albums nécessitent des découpes particulières, comment les concevez-vous et comment travaillez-vous avec la maison d’édition sur cet aspect ?

Pour mes albums à découpes, je fabrique des maquettes, parfois toutes petites, pour éprouver les superpositions des pages. Ensuite, si le projet est satisfaisant, je fais les fichiers vectoriels avec les tracés de découpes pour l’imprimeur. Je travaille avec le même éditeur – Guillaume Griffon des éditions L’Agrume – qui a l’habitude des albums animés et arrive à imaginer un livre à partir d’une petite maquette moche. Il saura me proposer un type de reliure et une fabrication particulière si besoin. Les contraintes techniques liées à la fabrication, comme la solidité de l’objet, son coût ou son épaisseur pour sa place en librairie, entrent aussi en ligne de compte.

Recherches pour l’album J’irai voir (éditions L’Agrume, 2019) © Strasbourg Eurométropole – Centre de l’illustration

Outre les contraintes matérielles, l’âge du lectorat est évidemment a prendre en compte. Quels avantages et contraintes voyez-vous à vous adresser à des tout-petits ? Est-ce un lectorat qui demande une attention particulière ?

Les lecteurs m’intéressent de plus en plus, surtout le double lectorat, puisqu’un album est souvent partagé entre un adulte et un enfant. Ces échanges là et cette expérience partagée m’intéressent particulièrement. Des albums identifiés comme étant pour de jeunes enfants peuvent avoir un public plus large, je pense aux albums sans texte qui captivent certains enfants, peu importe leur âge. J’aime laisser de la place au lecteur, à ses interprétations et le mettre en position de découvreur.

Votre dernier album J’aime pas est une sorte de réponse à J’aime qui était paru 10 ans plus tôt. Pourquoi maintenant ?

En effet, mon album J’aime pas fait écho à J’aime, c’est un livre-anniversaire pour fêter ses 10 ans. Les rencontres et les ateliers ouvrent, pour chaque livre, des champs nouveaux (interprétations, idées, prolongements plastiques…), avec J’aime, nous avons fabriqué des tas d’imagiers de choses rondes. J’apprends beaucoup. Pour chaque livre, je cherche à expérimenter de nouvelles formes, mais l’idée de faire cet album-anniversaire m’amusait et mon éditeur était partant.

Pouvez-vous nous dire sur quels critères vous avez choisi les éléments nommés dans ces deux albums ?

Comme je m’adresse à de jeunes enfants, l’énumération parle du quotidien (la nourriture, le bain, l’environnement, les inquiétudes). Les contraintes techniques organisent aussi le propos. La succession des pages induit les couleurs des ronds, les trous s’appuyant sur les deux pages voisines (la suivante et la précédente) pour se colorer. Et puis, il me faut trouver deux idées pour une même découpe (recto et verso). On doit renoncer à des idées parce qu’elles ne trouvent pas leur place dans l’ensemble.

Proposer des albums découpés, par essence plus fragiles, à des tout-petits est un pari. A-t-il été difficile de trouver un éditeur pour ces projets ?

Au moment de la publication de J’aime et de J’irai voir, le livre pour bébé était en pleine expansion, certains éditeurs étaient friands de ce type de projets. C’est mon éditeur qui m’a proposé de faire de J’aime un tout-carton. Pour J’irai voir, certaines pages, très petites, nous ont obligées à opter pour une autre fabrication.

J’irai voir, Emmanuelle Bastien, L’Agrume, 2019.

On propose souvent aux tout-petits des imagiers pour les aider à nommer ce qui les entoure. Nous avons trouvé que vos albums prenaient un parti différent en les invitant à donner leur avis, ouvrir le regard… ils invitent à un échange adulte-enfant qui n’est plus simplement de l’ordre du « je t’apprends quelque chose ». Est-ce que cet aspect était pensé dès le début de vos projets et pourquoi ?

Finalement les images de J’aime sont abstraites, en les nommant, les mots vont les révéler. Je dis, regarde ces points verts sont des petits pois. Parfois, je décale légèrement en désignant l’ensemble et plus seulement les ronds, comme « l’été » ou« le clafoutis », cela rend l’énumération moins monotone. Et puis, de petites polémiques ouvrent des discussions (« j’aime… le poivre » / « j’aime pas… les bonbons au miel »), car même à trois ans, on est tous différents. Lors de la conception, les choses sont plutôt instinctives et ludiques. Je comprends toujours mieux mes livres, ensuite, grâce aux enfants !

Vous avez été en résidence sur différents projets. Comment se réalisent-ils ?

À Tours avec Livre passerelle, j’ai mené des recherches sur un ensemble de livres pour bébés. Un projet passionnant. Il trouve, aujourd’hui, un prolongement avec la conception d’une exposition pour les tout-petits. Imaginer des espaces, des parcours, des objets-jeux au delà du livre, m’intéresse de plus en plus. Le projet développé à Troyes en 2023 est un album à manipuler où le lecteur à un rôle à jouer, il accompagne le personnage dans sa quête. Cette résidence m’a permis de beaucoup expérimenter et d’explorer de nouvelles pistes narratives, mais ce projet peine à trouver un éditeur. La résidence de création est un moment précieux qui permet de s’immerger complétement dans un projet sans être, sans cesse, interrompue par les multiples autres activités nécessaires à ce métier.

Vous avez conçu des expositions dans le cadre de différentes manifestations. Comment choisissez-vous et travaillez-vous avec les commanditaires ?

Exposer a toujours été délicat : certains de mes livres n’ont aucune image originale, d’autres des originaux minuscules, parfois noir et blanc. C’est pourquoi, je préfère imaginer mes expositions comme la possibilité de nouvelles créations, que ce soit en créant de nouvelles images (exposition « Bonhomme, le Chaperon et pluie et pluie ») ou bien en imaginant des jeux ou des objets à manipuler. L’espace de lecture, la place du livre et l’invitation à le partager sont aussi des aspects passionnants. Pour la restitution de ma résidence à Troyes (exposition « VIDE »), j’ai imaginé et conçu des objets-jeux avec Sylvain Moreau qui les a ensuite fabriqué pour qu’il soit fonctionnels et pérennes, mais ce n’est possible que s’il y a un budget dédié.

Pouvez-vous en dire plus sur votre prochaine publication ?

En ce moment, je travaille sur plusieurs projets. Un album avec une maison qui se déplie et une fillette qui observe et questionne ses grands-parents. La narration est portée par le texte, ce qui renouvèle mon approche texte-images. Un nouveau projet pour les petits est en cours, qui joue sur des images qui se transforment, comme souvent, mais là nous suivrons un personnage !

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Merci à Emmanuelle Bastien d’avoir pris le temps de répondre à nos questions et d’avoir partagé les photos qui illustrent cet entretien !

Parallèlement, Liraloin et Lucie ont échangé sur ce duo d’albums pour le moins original.

Lucie : Je n’avais pas entendu parler de J’aime, le premier opus d’Emmanuelle Bastien avant de découvrir le communiqué de presse de L’Agrume au sujet de J’aime pas. C’est d’ailleurs toi qui a attiré mon attention sur ce titre. Te souviens-tu pourquoi ?

Liraloin : Oui tout à fait. J’ai fait l’acquisition de J’irais voir publié en 2019 pour le fonds de la médiathèque dans laquelle je travaille. J’apprécie cet album pour son découpage, il fonctionne très bien d’ailleurs. C’est tout naturellement que j’ai accepté la proposition des éditions l’Agrume.

Lucie : J’ai trouvé ces titres très graphiques avec leurs pages en monochrome et les trous, je ne suis pas étonnée qu’ils t’aient tapé dans l’œil. Quel(s) autre(s) parti pris t’ont plu ?

Liraloin : Tu commences à connaître mes goûts en matière de littérature en direction du tout-petit. Ce qui est intéressant ici c’est l’exploitation de l’imaginaire qui fonctionne chez le très jeune enfant. A travers la disposition des trous et selon leurs grosseurs, la couleur va compléter la fonction que l’on veut donner au mot. C’est super intelligent. Pour répondre à ta question je dirais que ce qui me plait c’est comment les pages se répondent jusqu’à la chute.

Lucie : J’ajouterais que c’est aussi une invitation à partager ses goûts. Cet album permet à l’adulte de questionner le tout petit : “et toi, est-ce que tu aimes le shampoing ?” Comme nous le faisions remarquer à Emmanuelle Bastien, ça me semble d’autant plus intéressant qu’à cet âge-là on est beaucoup dans les imagiers qui, même quand ils sont bien faits, peuvent être pris comme un support pour travailler le vocabulaire. Ici on est plus dans l’échange, le dialogue, la lecture-plaisir.

Liraloin : Qu’est-ce que tu as le plus aimé dans cet album, qui est aussi valable pour le premier opus J’aime ?

Lucie : Sur le fond j’ai aimé cette invitation à l’échange, sur la forme j’ai admiré la conception avec l’enchaînement des couleurs en lien avec les éléments. Très bien pensé ! Et toi ?

Liraloin : Ce que j’apprécie le plus c’est cet enchaînement naturel qui s’ouvre et invite le tout-petit à observer une notion qui peut paraître abstraite au premier abord. Emmanuelle Bastien en parle très bien. Mais, au contraire, l’abstrait, comme tu le dis plus haut, invite au dialogue et à l’échange. Est-ce que tu as eu l’occasion de découvrir les autres titres de cette autrice ?

Lucie : Je n’ai pas encore pu lire les albums illustrés avec des tampons mais je vais tenter d’y remédier car Emmanuelle Bastien a attisé ma curiosité. Cependant, après la lecture de ces deux titres je me suis procuré J’irai voir. Tu as raison, il fonctionne très bien et m’a beaucoup plu. J’ai adoré la succession des paysages et l’invitation au voyage, pas si fréquente dans les albums à destination des tout-petits. Les découpes sont extra.

Mais je me rends compte que les petits trous sont aussi très adaptés pour les petites mains. Le toucher est un sens vraiment important à cet âge là et je ne doute pas que les enfants apprécient de sentir ces creux. D’ailleurs j’adore l’idée d’en faire des grands panneaux que les enfants peuvent explorer. As-tu eu l’occasion de vérifier ce sentiment lors d’animations avec des petits ?

Liraloin : Oui, j’ai eu l’occasion de lire ce titre lors d’une animation. Les bébés et leurs accompagnantes ont très bien réagi. Plus tard, les assistantes maternelles m’ont fait un bon retour sur ce titre si original. Sinon j’ai l’occasion de lire des livres dont la particularité est le toucher et c’est surprenant comme les enfants sont dans la répétition et cela même dans la lecture. Lors de mes diverses animations en direction des 0-3 ans que ce soit en crèche ou à la médiathèque je me fais toujours un malin-grand plaisir à lire des ouvrages qui leur donnent envie de toucher. J’aime lire et faire toucher les livres du coffret des “Pré-livres” de Bruno Munari qui est un des premiers auteurs-illustrateurs à avoir créé des ouvrages dans ce sens tout comme j’aime leur montrer les livres de Komagata “little-eyes”. D’ailleurs Lucie Félix fait souvent référence à ces deux auteurs lorsqu’elle parle de ses créations. “Coucou” de Lucie Félix fonctionne très bien car ce genre de livre stimule non seulement le toucher mais aussi invite au jeu, à la devinette. Lorsque je lis “Coucou” par exemple, je le déplie autour du bébé par terre qui rampe ou non, je touche les matières et l’enfant même tout petit (6 mois…) va faire de même, il est dans l’imitation. La transparence invite à jouer à “caché-coucou”, c’est très drôle à faire ! J’ajouterais aussi, dans le cas du livre d’Emmanuelle Bastien, la couleur tient une place importante. Lorsqu’elle fait référence aux noyaux de cerise en employant ce rouge si délicieux ou encore les yeux ronds du chien du voisin qui va faire réfléchir l’enfant…

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Merci à Emmanuelle Bastien et aux éditions l’Agrume. Nous espérons que cet article vous donnera envie de dévaliser vos librairies et médiathèques préférées afin d’y dénicher tous ces livres indispensables à l’éveil de nos tout-petits !

Lecture commune :  La ville grise, de Torben Kuhlmann

La semaine dernière, nous avons publié un entretien avec Torben Kuhlmann, un auteur-illustrateur allemand que nous aimons particulièrement lire à l’ombre du grand arbre. Depuis est paru son nouvel album, La ville grise. L’histoire d’une petite fille qui emménage avec son papa dans une mégalopole qui a la particularité d’être grise jusqu’à la moindre parcelle. La fillette ne se démonte pas et porte ostensiblement son beau ciré jaune, n’imaginant pas qu’elle vient d’entrer en résistance… Entre la quatrième de couverture intrigante et la promesse de retrouver les splendides illustrations de Torben Kuhlmann, nous n’avons fait ni une, ni deux, et lu La ville grise dès sa sortie. Et évidemment, il y avait matière à discussion !

La ville grise, de Torben Kuhlmann. NordSud, 2023.

Isabelle : Dans cet album, il est beaucoup question de la couleur grise. L’intérieur de la couverture représente d’ailleurs des tubes de peinture réduits à cinquante nuances de gris (souris, anthracite, etc.) dont je ne me rendais pas compte qu’il y en avait autant ! Qu’est-ce que cette couleur évoque pour vous ?

Lucie : Le gris c’est terne, triste… Pas très engageant au premier abord ! Mais c’est vrai que cet album nous fait découvrir toutes les nuances de gris.

Liraloin : Effectivement on ne se rend pas bien compte qu’il existe autant de variations de gris ! Cette première page donne l’impression que le lecteur ne va pas se « débarrasser » très aisément de cette couleur si terne et maussade !

Linda : Gris c’est pour moi la couleur de la ville, de la pollution, donc c’est assez négatif aussi. Mais c’est aussi une couleur qui peut être lumineuse quand, dans le ciel après la pluie, elle se teinte des rayons du soleil.

Isabelle : Moi aussi, j’ai des associations négatives : le gris c’est terne, tristounet. Indistinct aussi, on dit bien que « la nuit, tous les chats sont gris ».

Lucie : Cette couleur m’a tout de suite évoqué Momo, le célèbre roman allemand dont on avait eu l’occasion de parler. Ça vous semble étrange ?

Linda : Non, comme toi, j’ai pensé à Momo bien sûr, on ne peut pas faire autrement je crois.

Isabelle : Moi aussi, j’ai pensé à Momo qui se débat avec des hommes gris. On pourrait faire plusieurs parallèles et on va y revenir !

Colette : Pour ma part, j’ai pensé au Nuage de Louise, je pense que c’est à cause du gris associé au jaune du ciré de l’héroïne ! Et sinon, comme à vous, le gris m’évoque la pluie, les journées d’automne, la grisaille hivernale et depuis que je suis éco-anxieuse c’est un temps que je chéris !

Isabelle : Mais c’est vrai, tu as raison ! L’univers graphique et la palette de couleurs sont étonnamment proches.

Lucie : Moi aussi j’ai pensé au Nuage de Louise

Liraloin : Mais oui ! D’ailleurs c’est drôle car je parle des LC au boulot et lorsque j’ai parlé de la trame du livre à mon collègue, il m’a dit « mais oui, je connais cet album, c’est le Nuage de Louise. » Bien entendu il faisait référence à la palette de couleur …

Isabelle : Dans les premières pages, on voit Nina arriver dans une grande ville que nous découvrons avec elle et qui est représentée dans les illustrations de plusieurs perspectives. On comprend vite qu’il y a quelque chose qui cloche là-bas. Vous êtes-vous demandé pourquoi tout était gris ? Quelle explication avez-vous envisagée ?

Linda : Au départ, je pensais que le gris était juste l’illustration de la ville et de la pollution, un sujet tellement actuel…

Lucie : Comme Linda, je pensais à la pollution, à la grisaille de la ville, qui fait écho à l’humeur de Nina puisqu’elle subit ce déménagement.

Colette : J’ai pensé justement que le gris reflétait l’état d’esprit de Nina, comme elle ne semble pas très heureuse d’avoir déménagé, je me suis dit que c’était sa manière de voir les choses : elle ne voyait plus la vie en rose mais en gris. 

Isabelle : C’est vrai que c’est une hypothèse tout à fait plausible. J’ai aimé cette ambiguïté. Mais c’est vrai que la première impression que donne cette ville, c’est un amas pollué de béton et de bitume, complètement stérile (il n’y a aucune plante), nimbée de nuages de pollution grisâtres. J’ai trouvé que la perspective de Nina, qui semble toute petite, accentuait le côté écrasant des buildings. Ce sont des bâtiments anonymes, les innombrables fenêtres ne se distinguent guère que par la présence ou pas d’une parabole télévisée.

Linda : Comme toi Isabelle, j’ai ressenti une forte oppression avec cette vue en contre-plongée. On se sent littéralement écrasé par la ville et la froideur ambiante.

Liraloin : J’ai moi aussi ressenti une impression d’étouffement très forte. L’urbanisation à outrance et la circulation automobile me donnent une sensation de vertige également, où est l’humain dans tout ça ? Quelle est sa place à part avoir construit de telles horreurs ?

Lucie : Tu as raison Liraloin, les hommes ne sont que des silhouettes grises déshumanisées. On voit plus de voitures et de parapluies que d’hommes. Cela transmet forcément une impression d’anonymat propre à la ville.

Isabelle : Mais au fil des pages et des expériences de Nina, on se rend compte qu’il y a quelque chose d’autre. La ville grise n’est pas qu’une métaphore de la ville polluée. De quoi s’agit-il ?

Lucie : Ce gris traduit une volonté d’uniformité et de contrôle des dirigeants de la ville. Les contrevenants – comme Nina et son camarade de classe – sont d’ailleurs rééduqués via des vidéos (en noir et blanc évidemment !).

Liraloin : Tout à fait, cette grisaille symbolise l’enfermement de l’esprit, le manque de liberté et d’expression individuelle. On le voit nettement lorsque la fresque est effacée.  

Linda : Le manque d’individualisme, l’oppression d’une population confrontée à un régime autoritaire qui revendique une pensée unique, une façon d’être et de vivre semblable à celle des autres.

Isabelle : Exactement. J’ai trouvé que le récit et la métaphore filée évoquaient de manière particulièrement frappante le fonctionnement d’un régime totalitaire. Nina y fait l’expérience de plusieurs formes de coercion : le contrôle social et les regards désapprobateurs, l’espionnage de la population par le régime, l’endoctrinement à l’école dont tu parlais Lucie, le recours à des films de propagande, la répression (retenues), et l’intimidation par l’homme gris. Cette atmosphère vintage m’a évoqué la RDA.

Lucie : Moi aussi ça m’a évoqué les livres et les films que j’ai pu lire/voir sur la RDA ou l’URSS.

Liraloin : Moi, ça m’a fait penser au film Brazil de Terry Gilliam, sorti en 1985.

Isabelle : J’ai l’impression que c’est presque un cliché, les films par exemple qui représentent la vie en RDA (comme par exemple La vie des autres) représentent tout en gris.

Linda : C’est en fait une couleur très utilisée dans le cinéma de guerre ou “politique” qui met en avant les régimes extrémistes… Même dans les séries fictives. Je pense par exemple au Maître du Haut Château (inspiré du roman de K. Dick), très sombre visuellement. Comme pour renforcer l’oppression par la couleur…

Colette : Je suis tout à fait d’accord avec vos réflexions : je me suis dit nous voilà plongées dans une dystopie ! Et dans un album ! Quelle audace ! J’ai tout de suite pensé à un petit bouquin que je fais lire à mes 3e et où il est aussi question de couleur : Matin brun de Franck Pavloff.

Isabelle : L’histoire est racontée de la perspective de Nina, même si elle trouve des alliés au fil des pages. Comment décririez-vous ce personnage ? Avez-vous fait un parallèle avec la protagoniste d’un autre livre allemand que nous avions eu l’occasion de discuter à l’ombre du grand arbre et dont Lucie parlait toute à l’heure ?

Liraloin : Nina est curieuse et têtue, sous aucun prétexte elle ne veut quitter son ciré jaune, symbole de liberté, de sa vie d’avant. Elle aime le risque et l’aventure, c’est une vraie héroïne enquêtrice des temps modernes !

Lucie : Son caractère est très affirmé. Cet univers gris la laisse perplexe, elle ne comprend pas et résiste en persistant à mettre son ciré jaune alors que ce dernier est perçu comme provocateur par la société de cette ville grise. Le parallèle avec Momo m’a sauté aux yeux. Ce sont deux fillettes qui s’opposent à un système contraire à leurs valeurs – et coercitif – pour valoriser une certaine vision de l’humanité : le temps passé ensemble, la rencontre de l’autre, la réflexion individuelle, l’art… Soit tout ce qui peut être perçu comme dangereux par un régime totalitaire !

Linda : Oui, complètement. Quand Nina apparaît avec son imper jaune, elle illumine directement la page et on sait que c’est elle l’héroïne de l’histoire ! Comme Momo, elle est très lumineuse. Elle est presque hermétique aux mauvaises ondes qui se propagent autour d’elle. Elle trouve toujours un moyen de surmonter les difficultés. Elle attire ceux qui, comme elle, refusent de se conformer au modèle imposé. 

Lucie : J’aime bien ta formulation Linda : Nina est “lumineuse”, et son ciré jaune n’y est pas étranger !

Colette : Comme Linda, j’ai trouvé que Nina restait hermétique aux comportements étranges de cette nouvelle ville dans laquelle elle doit faire sa place. Elle incarne une sorte de droiture, d’intégrité que rien ne pourrait faire dévier. En cela en effet elle me rappelle Momo ! Mais le récit n’use pas du merveilleux pour délivrer son message “démocratique”.

Isabelle : Nous avons toutes fait le parallèle. Vu le statut de classique incontournable qu’a Momo en Allemagne, je pense que c’est un clin d’oeil que l’auteur a fait à dessein. Nous avions parlé dans notre LC de la résonance de Momo par rapport à des problématiques contemporaines, c’est quelque chose que Torben Kuhlmann a exploité de manière judicieuse à l’heure où beaucoup de systèmes glissent vers l’autoritarisme. On pourrait aussi faire un parallèle sur le personnage de l’homme gris qui se casse les dents sur la ténacité de la jeune héroïne.

Détail d’une illustration

Isabelle : J’ai aimé la manière dont l’album, tout en racontant son histoire qui est une vraie aventure et sans jamais tomber dans quelque chose de didactique ou démonstratif, donne à voir différentes formes de subversion qui peuvent paraître futiles mais qui, ajoutées les unes aux autres, peuvent finir par faire pencher la balance : peindre un graffiti sur un mur, s’habiller, refuser de se conformer à des règles absurdes, lire et cacher des livres…

Linda : J’y ai surtout trouvé une bouée de secours. Ces formes d’opposition sont comme une bouffée d’oxygène dans ces pages d’un gris oppressant, presque étouffant. Et toutes donnent à penser que l’art est ce qui sauvera l’humanité. C’est une pensée plutôt réconfortante je trouve, même si notre société moderne laisse de moins en moins de place à l’expression artistique. Il suffit de voir comment la culture a été considéré pendant la pandémie.

Colette : J’ai en effet beaucoup apprécié le rôle qui est confié à l’art dans cet album, à l’art qui permet de maintenir une bulle de créativité, de joie, de solidarité aussi dans un monde où tout doit être contrôlé, maîtrisé. La musique notamment est vraiment mise à l’honneur ! 

Isabelle : On peut avoir l’impression que l’art, la créativité, sont des choses accessoires mais en lisant cet album, on prend conscience de leur caractère essentiel.

Liraloin : Ça m’a fait penser à ce magnifique album de Carole Fréchette et Thierry Dedieu “Si j’étais ministre de la culture”. Je le lis souvent en accueil car il est très percutant, souvent j’en ai des nœuds dans la gorge de le lire.

Isabelle : J’ai beaucoup aimé cet album mais je reste un peu frustrée par ma difficulté à saisir les motivations de l’organisation qui rend la ville grise. Est-ce quelque chose qui vous a interrogées aussi, y avez-vous vu plus clair ?

Liraloin : Je suis contente de me sentir moins seule, je n’ai pas tout saisi non plus. Par moment j’ai trouvé que le texte était trop « bavard » sans pour autant donner d’explications et que cela manquait parfois de précision. 

Colette : Le fait que ce ne soit pas un gouvernement qui dicte les comportements de toute une ville mais une entreprise m’a fait penser au rôle que jouent des entreprises telles que les GAFAM dans notre société contemporaine. Mais peut-être que j’extrapole trop !

Isabelle : Non, j’ai fait la même association. Mais ça m’a chiffonné tout de même de ne pas mieux voir ce que retirent les membres de l’usine de tout ce gris.

Lucie : Je n’ai pas bien compris non plus comment ce gris servait les dirigeants. A part en étouffant dans l’œuf toute velléité de pensée ? Un enjeu concret aurait peut-être aidé à mieux saisir les raisons qui les animait. Mais ne pas comprendre nous met dans la même position que Nina, et c’est peut-être le but recherché ? Parce qu’on ne comprend pas non plus, on prend fait et cause pour elle.

Isabelle : En y réfléchissant, je suis arrivée, comme toi, à la conclusion qu’il s’agit d’un système totalitaire qui essaie de prendre complètement le contrôle de l’imaginaire des habitants (un peu comme dans 1984 où la langue est réduite pour restreindre l’horizon des sujets, ici c’est la palette de couleurs qui est réduite). À la fin, l’album parle de « l’usine et ses hommes de main épris d’ordre ».

Linda : Cela m’a aussi gênée. J’aurais vraiment aimé en savoir plus sur les tenants et aboutissants de tout ce gris. L’explication scientifique ne m’a pas complètement convaincue.  

Isabelle : Je pense que l’explication scientifique révèle comment l’usine s’y prend pour rendre la ville grise, mais pas ses motivations.

Linda : Oui, c’est ça. Et j’en suis ressortie quelque peu frustrée.

Colette : Idem ! Et puis, en un chapitre, la tendance est inversée ! Où sont les moyens de pression qui maintenaient les habitants dans la stricte obéissance ? Les voilà qui s’habillent à nouveau en couleur, qui décorent leurs maisons, leurs rues… 

Lucie : Ils attendaient passivement mais la situation ne leur convenait pas non plus, probablement. Les interdictions ont peut être été imposées et acceptées au fur et à mesure sans que la population ne prenne la mesure des limites de leurs libertés. C’est en tout cas comme cela que je l’ai perçu. Il ne s’agit pas d’une dictature militaire ou d’un coup d’État brutal, mais d’infimes interdictions qui finissent, bout à bout, par devenir réellement contraignantes. 

Colette : Lucie, ce que tu décris me rappelle vraiment ce que nous avons vécu pendant le confinement : des interdictions, les unes après les autres, que nous acceptions, interdictions de plus en plus farfelues (signer sa propre autorisation de sortie, s’auto-diagnostiquer, coudre ses propres masques de protection…) 

Lucie : En effet !

Isabelle : Sur le retournement final qui peut sembler rapide, ça peut être assez symbolique en fait de la manière dont elles peuvent s’écrouler très rapidement quand une brèche est ouverte (ce dont témoigne justement la manière dont la RDA s’est effondrée en très peu de temps). C’est pour ça que les régimes autoritaires sont aussi jusque-boutistes dans la répression et la censure. Le livre montre que l’argument contre les couleurs est que les gens en seraient “agressés”, mais c’est le type de théories que les dictatures obligent tout le monde à ânonner jusqu’à ce que quelqu’un dise que ce n’est pas vrai.

Comment caractériseriez-vous le rôle des illustrations dans cet album ? Comment sont-elles et qu’apportent-elles ?

Colette : J’ai adoré les cadrages ! Plongée, contre-plongée, plan d’ensemble, plan aérien, Torben Kuhlmann est un artiste incroyable ! Les illustrations rythment la traversée de ce monde étrange sur les pas de Nina. Il y a un côté très cinématographique dans la manière de traiter la variété des plans. On voyage à chaque illustration tout en étant enfermé dans le cadre très restreint de ce monde en gris ! 

Linda : Comme Colette j’aime les cadrages. Pour moi ça crée un effet cinématographique, et on retrouve ça dans l’ensemble des albums de Torben Kuhlmann. C’est très visuel et donne vie à l’histoire qui est contée.

Lucie : Les illustrations sont d’une précision et d’une beauté incroyables ! J’ai adoré les effets de perspective et les jeux de contrastes avec les différents gris qui font que malgré tout elles ne sont pas vraiment ternes. L’uniformité des véhicules, des vêtements, des immeubles appuie l’effet d’étouffement de Nina. Et la subite apparition des couleurs attire l’œil du lecteur comme celui de Nina !

Liraloin : Justement en parcourant l’album tout à l’heure je me disais que l’auteur était tout de même plus illustrateur qu’auteur finalement. Ses illustrations sont parfaites et elles sont si justes que le texte est parfois de trop, comme je le disais plus haut : trop « bavard ». 

Lucie : Suite à la remarque de Liraloin, je suis en train de regarder uniquement les illustrations et je me demande si cet album ne fonctionnerait pas (aussi) en “muet”.

Liraloin : Tout à fait, je me suis dit la même chose ! 

Colette : Moi aussi ! J’avoue ne pas avoir particulièrement goûté la prose de l’auteur (mais je me dis toujours que cela peut être dû à la traduction), par contre les illustrations sont intenses ! 

Isabelle : C’est très intéressant comme perspective (je viens de feuilleter à mon tour l’album pour y réfléchir). Mais il y a des nuances qui ne ressortiraient pas. Comme par exemple les craintes de la bibliothécaire que l’existence de sa pièce remplie de livres s’ébruite.

Lucie : Oui, il manquerait évidemment quelques informations (le livre caché sous le manteau, etc.) mais la trame essentielle se comprend sans le texte, à mon avis.

Liraloin : Pour moi ça fonctionne surtout avec le raccord à l’illustration suivante : cet homme en haut des marches qui donne le rappel que finalement tout est interdit !

Linda : Il fonctionnerait probablement en muet en effet. Mais je trouve pour ma part que le texte raconte aussi beaucoup de choses et permet d’élargir le public visé en apportant des informations qui parleront davantage aux grands.

Liraloin : J’expérimente l’album sans texte depuis longtemps et même les plus grands ont énormément de choses à dire.

Colette : Oui, c’est vrai, encore une fois Torben Kuhlmann prouve qu’on peut écrire des albums pour les “grands” ! 

Isabelle : Justement, comment se situe cet album par rapport à la série des histoires de souris scientifiques que nous avions déjà eu le plaisir de discuter ? Voyez-vous tout de même des éléments de continuité, reconnaissez-vous une patte de l’auteur ?

Linda : L’explication scientifique qui découle des recherches menées par Nina fait écho à ses histoires de souris, non ?

Lucie : On retrouve ici le goût de l’auteur-illustrateur pour la recherche, la science et la démarche scientifique, comme tu l’as fait remarquer dans son interview. Pour les esprits libres qui n’ont pas peur d’innover et de se confronter aux idées reçues de leur époque, aussi.

Colette : Je suis d’accord, mais je trouve qu’ici l’explication scientifique est un peu hors-sujet. Dans les albums sur les scientifiques, cela faisait du sens, l’expérience scientifique était au cœur du récit, élément clé de la narration. Dans La Ville grise c’est moins le cas me semble-t-il. En tous cas dans tous les albums de l’auteur, le personnage principal va au bout de ses recherches ! 

Isabelle : J’aime cet attachement à la persévérance, même lorsque c’est loin d’être gagné d’avance. J’ai aussi adoré retrouver l’univers graphique de l’auteur, reconnaissable entre mille avec son côté vintage, sa palette de couleurs particulière et très travaillé dans les détails.

Lucie : Il me semble, cependant, qu’il s’essaye ici à un univers tout de même très différent : du contemporain, des humains pour personnages principaux…

Liraloin : Je vous rejoins, mais bon bof, l’explication scientifique ne m’a pas convaincue non plus.

Isabelle : Je pense qu’au fond, cet album parle plus de politique et de société que de sciences.

Lucie : Tout à fait d’accord avec toi.

Linda : Pour moi cela démontre encore une fois l’attachement de l’artiste aux sciences. Il n’a pas pu s’empêcher de glisser une explication rationnelle à une situation qui n’avait que faire d’une démarche scientifique. A moins qu’il ne perçoive la mise en place d’une dictature comme une sorte d’expérience de la part de son chef ?

Isabelle : Je ne dirais pas que la situation n’avait que faire d’une démarche scientifique. La science peut jouer un rôle émancipateur ou pour ébranler les dogmes (elle le fait souvent !).

Linda : Certes mais ce n’est pas quelque chose que j’ai ressenti dans cette histoire. C’est plutôt l’art qui joue ce rôle ici…

Isabelle : Avez-vous envie de faire lire cet album ?

Liraloin : Je le proposerais en même temps que certains romans comme la Vague. Les albums de cet auteur sont autant à destination du public jeunesse qu’adulte.

Lucie : Ce n’est pas si simple car, comme nous le disions plus haut, c’est un album pour les grands. Le contenu n’est pas accessible au public habituel des albums mais les (pré-)ados auront-ils envie de revenir à un album ? Je me dis que les fans du travail de Torben Kuhlmann n’hésiteront pas, mais les autres ? Toujours est-il que mon loulou (11 ans) a adoré.

Linda : N’ayant que des grands enfants autour de moi, je ne pourrai de toute façon pas le conseiller à des plus jeunes. Je sais que si je le conseille aux mamans de mon groupe d’amies, elles y trouveront un excellent outil de discussions avec leurs ados, de la même manière que je pourrai le faire avec les miens. Malgré ce que vous dites, je ne suis pas sûre que les plus jeunes s’y retrouveront ou y prendront du plaisir, principalement parce que le texte est très long, voir très lourd. A moins qu’ils ne soient habitués à ce type de lecture…

Isabelle : De mon point de vue, ce n’est pas forcément un livre réservé aux ados. Il est polysémique, comme nous le disions et, en tant que récit d’aventure, peut se lire plus jeune (très jeune en fait à voix haute). Je pense que si les grands enfants ne lisent pas beaucoup d’albums, c’est qu’il n’y en a pas beaucoup qui s’adressent vraiment à eux.

Colette : Je suis d’accord avec toi Isabelle, c’est vraiment un genre qui mériterait d’être exploré. Mais l’album a encore mauvaise presse du côté des ados qui l’associent – à tort – à la petite enfance. Mais les adultes qui les accompagnent aussi – c’est un peu comme pour les dessins animés, passé un certain âge les ados n’y vont plus alors que franchement il y a plein de dessins animés qui sont essentiellement pour des grands ! Justement, je penserais comme toujours lire cet album à mes cher.e.s élèves ! Pour lancer un débat philosophique sur l’uniformité, le rôle de l’art dans la société, ou tout simplement pour introduire la séquence du programme de 3e “Dénoncer les travers de la société : individu et pouvoir”. 

Isabelle : J’adorerais pouvoir assister à tes cours Colette, tes élèves ont trop de chance de partager toutes les chouettes lectures que tu leur proposes !

Colette : C’est gentil Isabelle ! Moi je remercie tous les auteurs qui osent écrire des albums pour les grands parce que justement pour mes “petits lecteurs” et “petites lectrices” des albums comme celui-ci permettent, sans trop les décourager,  de mener une réflexion élaborée sur les liens entre individus et société, sur le rôle des entreprises dans le monde contemporain par exemple.

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Nous espérons vous avoir donné envie de lire La ville grise et que cet album résonnera chez vous aussi fort que chez nous ! N’hésitez pas à lire également notre entretien avec Torben Kuhlmann et la lecture commune consacrée à ses aventures scientifiques à hauteur de souris.

Des couleurs plein les yeux !

Quoi de mieux dans la grisaille de l’hiver que de se mettre des couleurs plein la vue !

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La littérature de jeunesse regorge de titres sur cette thématique et il a fallu choisir parmi nos références préférées.

Voici donc plein de couleurs en ce lundi, en espérant que cela vous donne la pêche pour longtemps.

J’avais un pot de jaune,
J’avais un pot de bleu, (bis)
Je les ai mélangés dans un grand saladier,
Et ça fait du vert,
C’est extraordinaire !

J’avais un pot de jaune,
J’avais un pot de rouge, (bis)
Je les ai mélangés dans un grand saladier,
Et ça fait du orange,
Comme c’est étrange !

J’avais un pot de bleu,
J’avais un pot de rouge, (bis)
Je les ai mélangés dans un grand saladier,
Et ça fait du violet,
Et cela me plaît !

 

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Yakatougris a une botte secrète : dans ce monde tout gris, il décide de sortir sa palette et d’aller colorer ce monde si triste. Un album réjouissant sur l’optimisme !

Le monde de Yakatougris, Sandra Piquée et Laurent Simon, NordSud

L’avis de Pépita

Les couleurs ne sont pas toujours synonymes de gaieté. Voici un thriller dans lequel elles sont utilisées au profit d’un projet scientifique machiavélique. Doublé à une enquête journalistique à la chute surprenante, ce roman ne vous laissera plus voir les couleurs de la même façon.

La noirceur des couleursMartin Blasco, Ecole des loisirs, Médium+
L’avis de Pépita et Sophie
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C’est un incontournable, un de ces classiques qui ne vieillissent pas, et qui font encore le bonheur des enfants, des décennies après leur sortie.
Il y est question d’amitié, de se (re)connaitre, de grandir aussi un peu. Et de couleurs !
Petit bleu et petit jaune, Leo Lionni, l’école des loisirs
L’avis de Chloé et Sophie
 
Un album minimaliste, qui déroule l’histoire d’une promenade, une histoire qui tient en une seule phrase mais beaucoup d’images.
Petit escargot rouge, Rascal, pastel
Les  avis de Chloé et de Bouma
********Une palette de bleus enchanteurs nous envahit littéralement à la lecture de cet album délicat qui nous plonge avec douceur dans cet instant éphémère ou le jour cède la place à la nuit.
L’heure bleue, Isabelle Simler, Éditions courtes et longues
Les avis d’Alice, de Bouma, de Pépita, de Sophie et de Chloé.
Un livre à l’esthétisme minimaliste, qui invite les tout-petits à observer les nuances d’une forme et d’une couleur et à s’enrichir des différences.
Rond rouge, Claire Garralon, Actes Sud
L’avis d’Alice
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 Un album splendide et hilarant qui donne envie d’attraper pinceaux et couleurs et d’en mettre partout : car folie, maladresse et imagination débridée peuvent parfois nourrir les créations les plus inattendues !
Max et son art, David Wiesner, Circonflexe, 2011.
 Et voici une bande-dessinée qui évoque un autre destin d’artiste, celui de Zara. Si ses parents, poussés à bout, croient pouvoir brider le souffle artistique de leur fille, ils se trompent ! Elle attend patiemment de grandir suffisamment pour pouvoir atteindre sur les étagères les peintures, couleur après couleur…
Le secret de Zara, Fred Bernard et Benjamin Flao, Delcourt, 2018.
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Voici deux albums avec des jeux de calques pour apprendre les couleurs.
Le premier met en scène des éléphants et se termine en mémory tandis que le deuxième permet de voir le mélange des couleurs en faisant aller le calque de gauche à droite.Un recette simple mais efficace pour faire apprendre les couleurs de manière ludique.
 Couleurs de Pittau et Gervais, Albin Michel, 2014
L’avis d’Aurélie
 
Les couleurs de Patrick Georges chez Bayard Jeunesse, 2012
 L’avis d’Aurélie
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Parmi toutes les couleurs, s’en cache une qui bien souvent est associée à la peur. Apprenons à mieux la connaître dans Le noir de Lemony Snicket et Jon Klassen chez Milan, 2015.
L’avis de HashtagCéline et de Pépita
 Une maison amusante où des chats colorés vont un à un se coucher…C’est à découvrir dans cet album ludique au style épuré.
Au lit les chats de Barbara Urio Castro chez Saltimbanque, 2018.
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Entre l’album et le roman, Marie Sellier invite à une réflexion autour de l’art et de l’existence des couleurs. A quoi servent-elles ? Pourquoi le bleu est-il azur ? Presque philosophique, ce livre est une invitation à la création picturale.
Brume et les Toucouleurs, Marie Sellier et Lima, Éditions Courtes et Longues
L’avis de Bouma
Un album pour les petits qui abordent les couleurs avec des objets de leur quotidien tout en posant la question fatidique : de quelle couleur sont les bisous ? Réponse en lisant ce livre rigolo et plein de peps.
De quelle couleur sont les bisous, Rocio Bonilla, Ed. Père Fouettard
L’avis de Bouma et Sophie
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Et pour finir notre exploration de cette thématique, nous vous conseillons très fortement la lecture de Colorama de Crushiform chez les éditions Gallimard. Il en existe également un jeu de société.
L’avis de Pépita