Nos classiques préféré(e)s : Marie-Aude Murail

Nous poursuivons nos rendez-vous consacrés aux “classiques de la littérature jeunesse” avec Marie-Aude Murail. En réfléchissant aux classiques dont nous souhaitions parler, nous avons toutes immédiatement pensé à elle. Parce qu’elle écrit, avec une générosité sans bornes, depuis plus de trente ans (enfin elle publie, parce qu’il paraît qu’elle a commencé à écrire à douze ans !). Parce que les supports et les thématiques ont beau être très variés, reflétant de façon riche les évolutions de la société, le charme est toujours au rendez-vous et ses livres ne laissent personne indifférent !

************

Sur son île aux trésors, Isabelle a exhumé l’une des pépites les plus anciennes de sa collection : le petit roman Mystère (Gallimard Jeunesse), un merveilleux texte en forme de conte moderne, paru pour la première fois en 1987. Son premier livre lu, qu’elle connaît encore par cœur pour l’avoir écouté mille et une fois petite et qu’elle a été émue et ravie de redécouvrir avec ses enfants !

Dix raisons de sonder le joyeux mystère qui entoure l’héroïne de ce petit livre !

1 – Pour cette histoire intemporelle aux allures de conte – un roi et une reine attendent leur quatrième enfant, espérant avoir enfin un garçon, après la blonde Blondine, la rousse Roussotte et la brune Bruna. Mais malédiction, c’est encore une fille qui vient au monde et de surcroit, sa chevelure est bleue…
2 – Pour l’intrigue menée tambour battant et les péripéties rocambolesques.
3 – Pour la délicatesse et l’expressivité des illustrations de Serge Bloch.
4 – Pour le personnage de Mystère, fascinante fillette aux cheveux bleus qui vient à bout des épreuves les plus redoutables grâce à son audace, sa débrouillardise et sa vivacité.
5 – Pour la gaieté inébranlable de Mystère : elle hérite des robes usées par ses sœurs ? Très bien, elle peut grimper aux arbres sans arrière-pensée, ses vêtements ne risquant plus grand-chose !
6 – Pour les multiples clins d’œil aux contes traditionnels, de Cendrillon au Petit Poucet en passant par Le vilain petit canard, et beaucoup d’autres, que les enfants ont plaisir à reconnaître.
7 – Mais aussi pour la manière réjouissante dont Marie-Aude Murail fait voler en éclat les stéréotypes associés aux figures incontournables des contes – princesse, ogre, loup, sorcière…
8 – Parce que cette histoire est une ode à la différence et à la singularité.
9 – Pour le message d’émancipation féminine d’autant plus vibrant qu’il est transmis avec une bonne dose d’humour.
10 – Pour la fin (car tous les contes n’ont pas vocation à se terminer avec un mariage avec un prince charmant !)

************

Dans la vitrine de sa collection d’histoires précieuses, Ada a mis au premier plan un roman emblématique pour elle et qu’elle offre à tour de bras lors des SWAPs d’ALODGA : il s’agit de Vive la République ! 

Voilà pourquoi, en 10 raisons !

  1. Parce que ce roman, je l’ai découvert l’année où moi-même, comme Cécile Barrois, l’héroïne du livre, je me retrouvais devant mes premiers élèves ! Comme pour Cécile, ce fut un moment clé de mon existence, parce que face à une classe on se frotte à quelque chose d’infiniment précieux qui relève à la fois de la force collective et du pouvoir des vies minuscules.
  2. Parce qu’il y est question des valeurs républicaines pour lesquelles nombreuses et nombreux, nous nous engageons dans ce métier d’enseignant.e et que ces valeurs aujourd’hui sont en danger. Lire ce roman là c’est un moyen de se rappeler à quoi sert l’école, au delà des apprentissages. Un livre à glisser sur la table de chevet de notre ministre de l’éducation nationale, peut-être 😉
  3. Parce que l’auteure a un don incroyable pour mêler tous les registres littéraires à chaque page : l’humour, l’ironie, le lyrisme, le pathétique, le polémique… Le lecteur en prend plein le cœur à chaque page !
  4. Parce que ce texte est imprégné d’une véritable poésie du quotidien, il n’y a qu’à regarder de près les titres des chapitres : “où disparaissent les barquettes Trois Chatons de Chantal Pommier.”, “où Louis dit bonzour à madame la Mort.”
  5. Parce que l’auteure y chante l’enfance, son incroyable sincérité, sa capacité à se poser les bonnes questions et à tenter d’y répondre par tous les moyens, sans renoncer à rien.
  6. Parce que Marie-Aude Murail sait vraiment jongler entre les différents univers de ses personnages : leur monde intérieur, leur sphère professionnelle, amicale, familiale. L’auteure sait faire entendre l’incroyable “polyphonie” de la vie des humains. Ce que je veux dire, c’est que certes il y a toujours un personnage principal dans ses romans mais pourtant chacun a une telle consistance qu’il habite généreusement le texte, densifiant l’intrigue principale d’intrigues parallèles.
  7. Parce que ce roman est aussi un livre de combat et de solidarité, un appel à regarder de près ce qui se passe dans les écoles quand des enfants sans papier y trouvent refuge et que tout un éco-système se construit autour d’eux pour leur permettre de simplement continuer à vivre humainement.
  8. Parce que, comme toujours dans les romans de Marie-Aude Murail, se cache quelque part une histoire d’amour, qui se tisse délicatement quelque part sans qu’on y prenne garde !
  9. Parce que la parole se diffuse, irradie, dynamique et enthousiasmante dans les dialogues des personnages de ce roman.
  10. Parce qu’il y a 3 ans, j’ai eu l’immense chance, honneur, privilège, BONHEUR de la recevoir avec mes élèves de 6e au CDI de notre collège. On devait la retrouver à l’occasion d’un salon littéraire de la région. Elle n’avait pu venir à cause de grèves de train. Je lui avais alors écrit un mail, le plus sincère possible, pour reporter notre rencontre. Et cette femme, avec une incroyable simplicité, avait répondu présente et avait réussi à trouver un moment pour venir dans notre tout-petit village de Haute-Gironde pour parler littérature pendant 2 heures à mes élèves conquis. Ce fut la rencontre littéraire la plus riche et la plus intense de toute ma vie de prof ! A cette occasion d’ailleurs, Marie-Aude Murail m’a dédicacé … Vive la république !

******************

Dans son Méli-Mélo de livres, Pépita ne pouvait que choisir la formidable série de Sauveur & fils dont il existe 5 saisons à ce jour, publiées à l’École des loisirs.

Voilà pourquoi, en 10 raisons !

1. Parce que déjà faut le faire : prévoir une seule saison à l’origine et en être déjà à 5 pour le plus grand plaisir des lecteurs et apparemment de Marie-Aude Murail aussi !

2. Parce que des cochons d’inde sur chaque couverture alors que le seul animal (enfin presque !) qu’il y ait dedans, ce sont des hamsters ! Ça aussi, faut le faire !

3. Parce que chaque nouvelle saison vous fait hurler telle une groupie comme une ado à plus d’un demi-siècle en âge ! Et ça aussi faut le faire !

4. Parce que Sauveur Saint-Yves, quoi ! Vous ne le connaissez pas ? NAN ! (moi j’suis un peu amoureuse de lui mais chuuuut !)

5. Parce que sous l’humour , Marie-Aude Murail n’a pas son pareil pour aborder des sujets graves : celui des déviances humaines, celui  des secrets de famille qui font des ravages, celui des pertes de repères, celui de l’identité sexuelle, celui de ses origines.

6. Parce qu’au fil des saisons, le lecteur se réjouit de retrouver les personnages si réels et d’autres hauts en couleur, comme une famille dont il fait lui aussi partie.

7. Parce que ce que nous dit cette série, c’est que tout être humain est faillible et ça, ça fait du bien !

8. Parce que l’écoute de l’autre est une qualité qui s’oublie et que là, elle est remise à l’honneur de la plus belle des façons,

9. Parce que presque tous mes exemplaires sont dédicacés et que je garde de ces rencontres un souvenir si inoubliable : Marie-Aude Murail est vraiment une très grande dame !

10. Parce que pour cet article , j’ai demandé à mes copinautes de me laisser Sauveur et qu’elles l’ont fait, alors qu’elles mouraient toutes d’envie d’en parler , alors MERCI !

******************

Alice a choisi de parler d’un livre découvert un petit peu par hasard, alors qu’elle était à l’étranger et qu’elle avait épuisé la pile de bouquins amenés dans a valise. Il ne lui restait plus alors qu’à télécharger un livre numérique et c’est Maité coiffure qu’elle a choisi !

10 bonnes raisons de le lire !

1- Parce qu’il est question d’un stage de 3ème. et tout le monde se souvient de son stage de 3°, hein ?

2- Parce qu’il se passe dans un salon de coiffure, et c’est quand même un chouet’ endroit pour voir défiler de sacrés personnages  : une belle brochette de clients réguliers et des employés tous plus caricaturés les uns que les autres !

3- Parce que Madame Maïté est super sympa !

4- Parce que c’est Louis qui est en stage de coiffure. Et là, de suite, que ce soit pas une fille ça change tout.

5- Parce que son père est pas d’accord et que tu coup, le lecteur adore Louis et déteste son père psychorigide.

6- Parce que ce roman parle de la période importante qu’est l’orientation et que ce n’est pas simple, quand on a 16 ans.

7- Parce que Louis va découvrir les premiers prémices de l’amour.

8- Parce que tous les personnages sont finalement supers attachants.

9- Parce que c’est un très beau roman sur le savoir vivre ensemble et l’affirmation de soi.

10- Parce que …… Marie-Aude Murail, … et puis c’est tout.

******************

Dans les étagères de Solectrice où les romans de  Marie-Aude Murail sont en bonne place, Simple s’est imposé. Simple, le frère de Kléber, a 22 ans mais 3 ans d’âge mental. Alors quand Kléber le prend sous son aile, c’est une vie sans pauses qui commence pour lui, au rythme des caprices, des inventions et des tendresses de son frère.

10 raisons d’adopter Simple dans sa bibliothèque ou de le (re)lire  !

1. Parce que dans ce roman, la déficience mentale est dédramatisée, avec humour et sincérité, mais sans pitié.
2. Parce que Simple et son frère sont terriblement attachants.
3. Parce qu’on se retrouve colocataire avec Enzo et ses idées toutes faites que l’on voudrait bousculer, Aria et ses airs charmeurs, Emmanuel et son soutien ou Corentin et ses petits creux.
4. Parce qu’on suit avidement les aventures de Monsieur Pinpin, au gré des chapitres éponymes.
5. Pour les histoires d’amour qui s’entrecroisent et nous rappellent que ce sentiment nous emporte à tout âge.
6. Parce qu’on comprend le désarroi de Kléber quand une énième bévue de son frère le fait pester “Tu es odieux ! Odieux ! Je vais te perdre dans un bois, j’en peux plus de toi !”
7. Pour les dialogues savoureux qui se tissent d’un monde à l’autre : l’imaginaire de Simple et le pragmatisme ou l’incompréhension de ceux qui croisent son chemin.
8. Parce qu’on rit en découvrant les réparties fantasques de Simple, ses mots mêlés ou ses jeux. “T’approche pas le mirlitaire ! J’ai un vérolair !”
9. Parce que c’est tellement émouvant qu’on ne sort pas indemne de sa lecture.
10. Enfin pour la plume si vraie et touchante de Marie-Aude Murail !
******************

Pour HashtagCéline, avant Sauveur (qu’elle aime secrètement comme Pépita), Marie-Aude Murail, c’est Oh, Boy! un des romans les plus connus de l’autrice. Et s’il a rencontré autant de succès, c’est peut-être pour les raisons qui suivent.

10 bonnes raisons de le lire !

1- Parce que les Morlevent, fratrie composée de Siméon, Morgane et Venise, sont des personnages dont vous ne regretterez pas d’avoir fait la connaissance. Je peux vous garantir que je me souviens, quelques années après ma lecture, de leur histoire si touchante. “Les Morlevent ou la mort !”

2- Parce que ce roman parle des choses de la vie, les meilleures comme les pires, et qu’il fait vraiment du bien.

3- Parce que Marie-Aude Murail ne se pose aucune question concernant les sujets abordés : suicide, mort, maladie, abandon, violences conjugales, homosexualité, placement en foyer… Elle y parle de tout avec beaucoup de justesse, sans jamais rien cacher.

4- Parce que, si ce roman parle de choses graves et tristes, il est loin d’être déprimant. On ri énormément ! C’est tout le talent de Marie-Aude Murail.

5- Parce qu’on découvre une galerie de personnages hauts en couleurs avec notamment Barthélémy et Josiane, les deux “prétendants” à la garde des enfants Morlevent. Chaque rencontre dans ce livre apporte quelque chose.

6- Parce que Siméon, l’aîné des Morlevent, malgré l’accumulation des épreuves, fait preuve d’un très grand courage. Son comportement face à l’adversité est très inspirant.

7- Parce que Venise, la plus petite de la famille, est vraiment trop mignonne et désarmante. On a juste envie de la prendre dans nos bras.

8- Parce que ce roman laisse totalement la place au franc-parler et ça sonne très vrai. Les dialogues, les échanges des uns et des autres sont autant de réflexions qu’on a envie de noter…

9- Parce que c’est le genre de livre que l’on n’a pas envie de refermer. Et qu’on termine sans trop savoir si on doit rire ou pleurer.

10- Parce que Marie-Aude Murail ne triche pas avec ses lecteurs et lectrices. C’est pour ça qu’on l’aime tant !

******************

Pour Yoko Lulu, c’est le roman de Marie-Aude Murail qu’elle a lu le plus récemment, qu’elle vous recommande chaudemet : Miss Charity.

10 bonnes raisons de le lire !

1. Parce qu’on y découvre la vie de Beatrix Potter, une femme inspirante qui a réussi à vivre de ses passions, la peinture et l’écriture, sans se soumettre à la société masculine dans laquelle elle vivait.

2. Parce que ce roman est rempli de citations d’Oscar Wilde et de Bernard Shaw, qu’on trouve plaisir à (re)découvrir.

3. Parce qu’on y trouve plein d’animaux attendrissants, comme le lapin Cook ou le corbeau Petruchio, qui sont de compagnons de jeux formidables.

4. Parce que je me suis émerveillée devant tous les dessins magnifiques de Philippe Dumas qui enrichissent les pages du roman.

5. Parce que la jeune Charity trompe son ennui en apprenant des pièces entières de Shakespeare et je trouve que c’est une très bonne manière d’occuper ses journées !

6. Parce qu’on y apprend qu’il est bon de faire ce que l’on veut, et encore plus lorsque cela rend des gens heureux.

7. Parce que ce livre a une forme particulière, mêlant le roman et la pièce de théâtre, ce qui lui donne une allure étonnante.

8. Parce que Marie-Aude Murail nous fait une fois de plus passer du rire aux larmes, sans qu’on ne s’y attende.

9. Parce qu’on a tous une Charity Tiddler qui sommeille en nous, tempétueuse, créative, rebelle et débordante d’amour !

10. Parce que Marie-Aude Murail !

******************

Et si vous voulez en savoir plus sur Marie-Aude Murail, nous vous conseillons d’écouter l’excellent podcast Histoires de jeunesse qui lui est consacré. C’est par !

 

Quand les objets de recherche scientifique s’invitent en littérature jeunesse…

Découverte de nouvelles planètes, études de l’évolution de la biodiversité, cartographie du cerveau humain, développement rapide de l’intelligence artificielle, recherche de nouveaux vaccins ou innovations visant à permettre la transition énergétique… Les sciences se développent dans toutes les directions, suscitant l’enthousiasme, la perplexité, l’inquiètude aussi. Les enfants, qui gardent intacte leur capacité à questionner leur monde, sont souvent captivés par les objets de recherche scientifique, mais il n’est pas toujours facile de répondre à leurs exigeantes questions… Il y a évidemment les documentaires, mais pas seulement. Dans cette ST, nous vous proposons un tour d’horizon de fictions permettant de découvrir de grandes thématiques scientifiques. Parmi ces livres de nombreux documentaires mais aussi de petites pépites de romans…

De quoi mettre sous la dent des petits curieux qui aiment les histoires !

Illustration de Quentin Blake extraite de La potion magique de George Bouillon, de Roald Dahl, Gallimard Jeunesse.

***************

Cette sélection est l’occasion pour nous d’inviter Marie, enseignante en collège, dont les classes participent depuis plusieurs années au prix du livre Sciences pour tous (anciennement Sciences en toutes lettres). Après la lecture d’une dizaine de livres traitant d’une thématique scientifique (qui change chaque année), les élèves-jury doivent les classer selon leur préférence. Ils découvrent ainsi la culture scientifique à travers le plaisir de lire… Voici trois romans que Marie a triés sur le volet !

Aimez-moi maintenant d’Axl Cendres éditions Sarbacane (2008, réédité en 2013)

Le narrateur n’a pas de nom, ni de parents, ni de repères. Il s’agit d’un jeune homme qui nous raconte son enfance plus que difficile, son QI supérieur aux autres, son ambition soudaine, celle de devenir médecin pour enfin être aimé. Il finira par découvrir ce que c’est qu’être aimé dans un bar fréquenté par des gens haut en couleur mais attachants. Une ambiance cocasse de café qu’affectionnait Axl Cendres et que l’on retrouve dans son autre roman Dysfonctionnelle.
Quel rapport avec la science me direz-vous ? Le QI et la précocité de ce jeune garçon, mais sans doute aussi sa vision du monde et son obsession venue d’un traumatisme ancien. Plus de la psychologie que de la science, n’est ce pas ? Mais peu importe. Ce livre faisait partie de la sélection sur Le Cerveau dans le prix Sciences pour tous.
Aimez-moi maintenant d’Axl Cendres qui a été édité en 2008 puis en 2013 aux éditions Sarbacane, est un livre qui vous touche incontestablement. L’écriture est fluide, pleine d’humour et de tendresse. C’est un livre à la fois dur et drôle, un de ceux qui vous fait passer du rire aux larmes. Un de ceux aussi qui abordent des sujets graves avec finesse. Si je vous conseille ce livre c’est aussi parce que vous n’aurez plus l’occasion de découvrir les nouveaux romans « young adult » d’Axl Cendres. La jeune auteure est morte le mois dernier et j’en ai été très attristée. Un écrivain qui plaise à mes élèves, il n’y en a pas tant. Elle savait parler des adolescents et de leurs préoccupations, elle savait leur parler et les toucher… L’avis de Hashtagcéline

 

Ciel 1.0, l’hiver des machines de Johan Heliot éditions Livre de Poche (2018)

Ciel est le nom de l’intelligence artificielle qui régit tout en ce monde moderne de 2030 : l’énergie, les robots, la communication, absolument tout. Seul problème, il s’agit d’une intelligence artificielle et le propre de l’intelligence artificielle est qu’elle se gère et évolue seule, en apprenant de ses erreurs. Alors lorsqu’elle observe les hommes qui ne font que s’autodétruire et détruire leur planète, une seule conclusion s’impose, tout arrêter ! Au milieu de ce chaos, quatre membres d’une famille éparpillés aux quatre coins de l’Europe cherchent tant bien que mal à se retrouver.
Ce livre, édité chez Gulf Stream éditeur en 2014 puis en Livre de Poche en 2018 est écrit par un jeune auteur français, prolifique.
Il ne s’agit que du premier tome, mais nous sommes tout de suite emportés dans cet univers en plein chaos. Entre Ravage de Barjavel et La guerre des mondes de H.G. Wells, le futur n’est pas réjouissant pour nos héros qui ne manquent pas de courage. Le rythme reste haletant grâce aux différents points de vue des quatre personnages. Grâce à eux se sont divers thèmes qui sont abordés : la robotisation à outrance, les problèmes écologiques, les survivalistes… Autant de sujets qui ont trait à la science. Mais aussi les déviances et la cruauté d’une dictature quelle qu’elle soit, car notre auteur est professeur de français et d’histoire. Une lecture pleine d’enseignements donc. Les avis de Bouma et de Sophie

 

Genesis Alpha de Rune Michaels édition Milan (2018)

C’est l’histoire de deux frères qui ont une passion commune, malgré leur différence d’âge, un jeu vidéo. L’un est à la fac, l’autre à l’école mais tous deux jouent à Genesis alpha sous l’identité de leurs avatars. Mais un jour, Max est accusé du meurtre extrêmement violent d’une jeune fille. C’est en voulant disculper son frère que Josh va découvrir un secret de famille lourd de conséquences.
Genesis Alpha de Rune Michaels a été publié en 2018 dans la très belle édition Milan mais c’est un livre qui date de 2007. En avance sur son temps, Genesis Alpha a le mérite d’aborder des thèmes hélas à la mode tel le danger des réseaux sociaux ou ici des avatars, car dans les deux cas on ne sait pas qui se cache derrière un écran. Il évoque également des sujets plus controversés comme les enfants-médicaments ou le clonage. Outre tous ces thèmes scientifiques, l’intérêt de ce court roman est son rythme haletant. Vos adolescents pourront découvrir l’univers oppressant des thrillers. Une de ceux où le piège se referme inexorablement sur le héros et où l’on se demande avec angoisse s’il va vraiment s’en sortir. L’auteur ne se contente pas de dresser le portrait d’adolescents simplistes. Les personnages sont complexes et attachants, cruels et blessés, bourreaux et victimes. Et tout cela en 200 pages, un livre efficace !

**************

S’il y a bien des albums qui vulgarisent la science sans en avoir l’air, ce sont bien ceux d’Isabelle Simler ! J’aime tout particulièrement cette visite au musée , véritable inventaire à la Prévert du lieu : gemmologie, minéralogie, paléontologie, entomologie… L’avis de Pépita

**************

Dans le Fossile, Max Ducos renouvelle l’approche documentaire sur les dinosaures, un sujet toujours autant plébiscité par les enfants : cette découverte d’un fossile et tout ce qui s’ensuit est passionnante de réalisme dans cette construction du livre étonnante. L’avis de Pépita

**************

https://products-images.di-static.com/image/base/9782211205337-475x500-1.jpg

Calpurnia est une jeune fille dont la passion pour la nature et les découvertes scientifiques sont étonnantes de maturité et de curiosité. Deux titres à lire absolument ! Les avis de Pépita et d’Isabelle (tome 1 et tome 2).

**************

La crottologie, ça vous tente ? Les loups du clair de lune. Histoires naturelles, de Xavier-Laurent Petit, nous entraîne aux confins de la Tasmanie, dans un paradis naturel caché à l’extrémité d’une piste à travers la forêt vierge, fourmillant de plantes et de créatures stupéfiantes. On suit Hannah et sa grand-mère, qui vit intensément sa passion des animaux et de l’observation de la nature. Une passion qui pourrait être plus dangereuse que ce que l’on croit ! L’avis d’Isabelle

**************

À travers les mésaventures et l’initiation de Roz, robot naufragé sur une île sauvage, Peter Brown soulève des questions véritablement passionnantes : sur l’entraide au-delà des différences (puisque les animaux surmontent leurs réactions farouches, voire hostiles vis-à-vis de cette créature qui leur semble d’abord monstrueuse) ; sur la nature et l’humanité (dans quelle mesure un robot peut-il, par mimétisme et par des déductions itératives, s’approprier les comportements que les être vivants adoptent instinctivement ?) ; mais aussi sur la manière dont l’intelligence artificielle peut déborder au-delà de tout ce qu’on pouvait imaginer, en détournant les règles suivant lesquelles elle a été programmée. Un roman original, sensible et plein de surprises ! Les avis d’Isabelle et de Pepita

**************

Orphelin et surdoué, Reynie est un enfant à part qui souffre de la solitude, jusqu’au jour où il tombe sur une annonce mystérieuse qui le conduit à un examen déroutant… Il découvre très vite qu’il s’agit de contribuer à une mission qui fera des recrues de véritables agents secrets infiltrés dans la pension dirigée par un scientifique sur le point d’utiliser toutes ses redoutables connaissances en ingénierie et en neurosciences pour prendre le pouvoir. Le mystérieux cercle Benedict explore des questions passionnantes : tolérance vis-à-vis des différences, importance du sens critique, instrumentalisations politiques des peurs et des avancées scientifiques, résistance et dilemmes éthiques face aux manipulations, rôle de l’école, mémoire et amnésie, fondement des liens familiaux… Captivant ! L’avis d’Isabelle

**************

Dans son roman paru en mai 2015 si poétiquement intitulé Celle qui sentait venir l’orage, Yves Grevet nous livre un récit réaliste qui plonge dans le passé : il y met en scène une adolescente, tout juste orpheline, qui se soumet, sans le savoir, aux expériences d’un scientifique féru de morphopsychologie censée servir la criminologie. Mais Frida, notre jeune héroïne, comme tous les personnages d’adolescent d’Yves Grevet, est une battante et résistera à ses oppresseurs afin de découvrir la vérité. En 2016, nous en avions fait une lecture commune par là.

**************

Nous vous proposons de finir cette sélection thématique en musique, avec l’ironie de Boris Vian et sa Java des bombes atomiques.

 

 

Entretien avec Stéphane Servant à propos de son roman Félines

Ceux qui suivent régulièrement nos publications le savent, Stéphane Servant fait partie des auteurs que nous aimons particulièrement lire, à l’ombre de notre grand arbre ! Cette année, son album Le Nid a même remporté notre prix “Brindille” du meilleur album pour tous petits. Son roman Sirius avait fait partie des parutions les plus remarquées de 2017 et raflé le prix Sorcières. Avec Félines, paru en août 2019 aux éditions du Rouergue, Si Stéphane Servant retrouve plusieurs de ses thèmes de prédilection (l’animalité de l’être humain, les dérives humaines et les formes de domination…), il renouvelle profondément sa manière d’écrire avec ce nouveau roman. Il y est question d’une transformation mystérieuse affecte les adolescentes qui voient leur aspect évoluer. De quoi susciter beaucoup de questions ! Auxquelles il a très gentiment accepté de répondre.

Vous avez exercé plusieurs métiers avant de devenir auteur. Comment en êtes-vous venu à écrire ?

Depuis l’enfance, j’ai toujours écrit. Avant tout parce que j’adorais lire et que j’étais ébloui par le pouvoir des histoires et de la littérature. Cette chose magique qui fait qu’on peut vivre mille vies au fil des mots, blotti entre les couvertures.

J’ai continué à l’adolescence parce qu’écrire me permettait de mettre à plat ce que je ressentais, ce que je ne pouvais exprimer autrement. Et aussi parce que l’écriture permet d’explorer des endroits intimes qui sont loin de la conscience. Écrire, c’est aller à la découverte de soi. Et ça résonne particulièrement avec l’adolescence.

Après des études de littérature anglophone assez « flottantes », j’ai travaillé en tant qu’animateur en milieu scolaire et associatif. Je suis allé conter dans les écoles, j’ai donné des cours de cirque, j’ai programmé des spectacles en milieu rural, j’ai fait du spectacle de rue, du graphisme et j’ai également travaillé pour la presse jeunesse. Durant tout ce temps-là, j’écrivais mais sans penser à partager ces textes.

C’est dans la bibliothèque d’une école primaire que j’ai découvert Le voyage d’Oregon de Rascal et Joos, j’ai alors réalisé l’extraordinaire liberté de création de la littérature jeunesse et je me suis mis à écrire des textes d’albums. C’est une écriture particulière, proche de la poésie d’une certaine façon, qui m’a demandé beaucoup de travail. J’ai eu la chance de bénéficier du regard bienveillant de Cécile Emeraud, alors éditrice au Rouergue. Elle n’a jamais publié mes textes mais elle m’a encouragé à persévérer. Quelques années plus tard, en 2006, j’ai publié Le Machin, illustré par Cécile Bonbon, chez Didier Jeunesse et Cœur d’Alice, illustré par Cécile Gambini, chez Rue du Monde. Mon premier roman, Guadalquivir, est paru en 2009 chez Gallimard.

Comment vous est venue l’idée d’écrire Félines ? Avez-vous été inspirés par des personnes réelles pour imaginer les Félines ?

Dans Sirius, mon précédent roman, j’évoquais la façon dont notre société occidentale capitaliste exploite et épuise le vivant, animaux, hommes et végétaux, faisant de toute vie une donnée purement comptable, niant par là-même la vie elle-même.

En miroir de ce motif, je mettais en scène une secte religieuse qui entendait dominer le monde, arguant que le monde leur avait été donné par dieu et que « les élus » pouvaient donc en jouir à leur guise et sans limites.

Dans un cas comme dans l’autre, ces deux systèmes de domination légitimaient le pire et menaient l’humanité à sa perte.

Rien de bien nouveau finalement, les exemples historiques sont nombreux : quand il y a domination, la barbarie n’est jamais très loin.

Les mois qui ont suivi l’écriture de Sirius, j’ai poursuivi cette réflexion sur la domination et je me suis demandé quels étaient les interstices, les failles, les lignes de fuite possibles dans un monde où, soit disant pour le bien du plus grand nombre, tout doit être calibré, standardisé, évalué, étiqueté, où tout ce qui ne rentre pas dans la norme est rejeté. Et je parle là aussi bien des tomates, des vaches que de nous-mêmes, hommes et femmes, cela participe du même mouvement.

Les publicitaires, les religieux, les politiques nous disent tour à tour quoi et comment être. Tout est borné à l’aune d’une prétendue paix sociale : notre façon de penser, d’interagir, d’aimer, de protester de voyager, d’habiter, d’occuper l’espace public,… jusqu’à nos corps qui doivent correspondre à une norme supposée idéale et qui sont dans le même temps l’objet d’injonctions contradictoires – particulièrement ceux des femmes.

Ces représentations avec lesquelles nous avons grandis sont une violence et engendrent une violence envers celles et ceux qui ne s’y reconnaissent pas, qui sont hors-cadre ou qui ne veulent pas s’y soumettre.

J’ai donc imaginé un acte d’insoumission définitif : que se passerait-il si les corps eux-mêmes ne répondaient plus aux injonctions ? Comment réagiraient ces jeunes filles ? Quelle serait la réaction de leurs proches, de la société ? C’était le début de la Mutation….

Dans Félines, je parle donc du corps des jeunes filles mais c’est une sorte de fil rouge pour interroger de façon plus large notre rapport au monde, dans une trame générale tissée de nombreux autres motifs qui se rejoignent : violence sociale, exclusion, harcèlement, racisme, xénophobie mais aussi joie, amours, sexualités, radicalité, révolte et liberté,…

Vos romans, et Félines en particulier, reflètent densément notre société et les grandes questions politiques et sociales de notre temps. Est-ce qu’il y a des sujets dont vous teniez à parler, avec Félines, ou ces grandes questions politiques se présentent-elles plus spontanément dans le fil du travail d’écriture ?

Écrire, c’est précisément questionner le monde, se questionner soi et partager ces interrogations avec les lectrices et les lecteurs.

Depuis longtemps, la question de la liberté est au centre de mes romans. Les personnages principaux sont souvent des ados cabossées par la vie, atypiques, marginalisées, qui cherchent leur place dans un monde cadenassé par la peur et les préjugés, comme dans Le cœur des louves ou La langue des bêtes.

Pour Félines, je me suis nourri très directement de l’actualité, et de ce qu’elle nous dit de la liberté aujourd’hui. Il suffit de voir comment le pouvoir réagit face à l’opposition à la Loi Travail, la ZAD de Notre-Dame des Landes, les Gilets Jaunes, la mobilisation des jeunes contre la réforme du lycée, l’action de SOS Méditerranée, la parole de Greta Thunberg, Extinction Rebellion et tant d’autres mouvements collectifs.

Dans ce monde standardisé, tout ce qui ne fait pas et n’admet pas le consensus est perçu comme un danger pour le système, présenté comme une menace envers la démocratie elle-même. Toute radicalité est devenue suspecte. Hors, sans radicalité, il n’y a plus de mouvement et une société qui ne bouge pas est selon moi destinée à s’éteindre.

C’est une réflexion permanente mais parfois il y a collision avec l’écriture. Dans Félines, il y a par exemple une scène où la police force les adolescentes à rester à genoux, les mains sur la tête, « bien sages ». C’est évidemment inspiré de ce qu’ont subi des adolescents de Mantes-la-Jolie en décembre 2018 lors d’une manifestation contre la réforme du lycée. J’étais en train d’écrire Félines et il y a eu une vraie collision entre la fiction et le réel, cette collision a nourri mon écriture – et le livre est d’ailleurs aussi dédié à ces jeunes-là.

Ce roman se présente sous la forme d’un témoignage. Comment s’est imposée cette forme ?

Pour chacun de mes romans, je cherche une forme particulière. Celle qui portera le mieux la narration, bien entendu, mais aussi celle qui me permettra d’explorer de nouvelles formes d’écriture. Fond et forme sont pour moi indissociables. D’où par exemple la construction labyrinthique du Cœur des louves ou l’épopée presque lyrique de Sirius.

Pour Félines, je voulais donner à entendre la voix de Louise, une jeune fille radicale et révoltée et ça m’a semblé évident de choisir une forme très brute, presque brutale parfois. D’où le témoignage.

Pour autant, il me semblait nécessaire de construire ce texte comme une adresse, non pas à un hypothétique lecteur extérieur mais bien à un témoin direct, présent, ici et maintenant aux côtés de Louise – ce qui renforce l’effet de réel. De plus, quand Louise interpelle l’écrivain qui recueille sa parole, ça me permet d’interroger indirectement le lecteur, de l’amener à réfléchir, à prendre position, pour ou contre, peu importe, et peut-être à changer de position au cours du récit.

Une autre question de curiosité en lien avec la forme du témoignage. Le roman est dédié à Camille, fille de l’auteur. Cette dédicace a piqué notre curiosité : elle est réelle ou fait-elle partie de la “mise en scène” de ce roman ?

Ah ah ! Comme les magiciens, je préfère ne pas vous dévoiler les ficelles et laisser le mystère entier…

Dans le prologue de Félines, vous écrivez : « Réfléchir, c’est commencer à désobéir. Lire, c’est se préparer à livrer bataille ». Ces mots prennent un relief particulier dans le contexte de narration de ce roman. Pouvez-vous nous en dire un mot ?

Le témoignage de Louise n’est pas un manifeste. C’est un cri. Elle ne cherche pas à convaincre, elle dit sa vérité, tout simplement, en assumant parfaitement sa subjectivité et elle laisse le lecteur se faire son opinion.

C’est pour moi cette position qui éclaire la phrase  « Lire, c’est se préparer à livrer bataille », et ce à deux niveaux.

Le premier niveau de la bataille c’est celui de l’intime. Soi face à un texte. Un texte, ce sont des questions, une vision, un « autre » qui se livre à vous. La bataille se joue non pas avec l’autre mais avec soi-même, avec ce qu’on savait, ce qu’on croit, ce qu’on croyait savoir, ce qu’on entrevoit et qu’on n’avait pas vu. Ça me fait penser à cette formule un peu facile et galvaudée : « Un livre dont on ne sort pas indemne » ou à la formule de Kafka qui comparait la littérature à une hache qui vient briser la mer gelée en nous. Lire pour être bousculé, pour nous mettre en mouvement.

Le second niveau de la bataille se joue au-delà du livre après l’acte de lecture. L’imagination a été mise en mouvement par le texte. On devine d’autres chemins, d’autres voies, d’autres façons d’être au monde, d’autres mondes peut-être. Vient alors le temps de refermer le livre, d’aller se frotter au réel, d’éprouver de façon tangible, d’argumenter, de refuser, de protester, de créer, d’inventer individuellement et collectivement avec d’autres qui ont une autre expérience singulière. C’est ce que vivent les Félines quand elles se retrouvent derrière le stade de cette petite ville et décident de réagir collectivement en organisant une manifestation et en revendiquant des droits. La bataille se livre là contre la passivité, la fatalité, les assertions comme « c’est comme ça et pas autrement », « il n’y a pas d’autre solution », « il n’y a pas de plan B ». L’imagination, au delà de la fiction, sert à ça. A se dire : « oui, c’est possible. Personne n’y croit, mais c’est possible. Et je vais me battre pour ça. »

Ayant énormément aimé le roman, nous serions intéressées de connaître d’éventuels prolongements. Avez-vous par exemple prévu des lectures publiques ? Peut-être une adaptation cinématographique ?

C’est encore un peu tôt pour en parler mais je travaille avec mon complice musicien Jean-Marc Parayre à la création d’une lecture musicale à partir de Félines.

Il en existe déjà une sur Sirius où Jean-Marc m’accompagne avec des instruments anciens (nyckelharpa, vielle à roue, flûte hamonique) sur une bande-son originale. Pour Félines, j’aimerais développer un univers hip-hop, quelque chose de très contemporain. Nous y réfléchissons ensemble.

Pour ce qui est du cinéma, je n’ai pas encore eu de proposition. Mais je pense que Félines pourrait être la base, pourquoi pas, d’une série télé.

*********

Un grand merci à Stéphane Servant d’avoir accepté de répondre à nos nombreuses questions !

Lecture commune: Félines, de Stéphane Servant

Un titre intriguant, évoquant à la fois la féminité et quelque chose d’animal, de fauve. Doublé d’une couverture magnétique qui interpelle et semble déjà appeler à la rébellion. Le nouveau roman de Stéphane Servant nous est livré comme la transcription du récit de l’une des protagonistes du mouvement des Félines. Un roman dont il y a beaucoup à dire !

Isabelle : Vous avez toutes lu ce roman dès sa sortie. Je me demandais donc : qu’est-ce qui vous a poussées à le découvrir avant même de recevoir les premiers retours ? Connaissiez-vous Stéphane Servant, avez-vous été aussi intriguée que moi par cette couverture magnétique ?

Pépita : Ma réponse sera très simple : je lis tout de Stéphane Servant, notamment chaque roman ado. Aucun ne m’a déçue. Tous ont ouvert mon regard. Tous m’ont fait vibrer. Pour Félines, j’ai été intriguée par la présentation de l’éditeur très suspense ! Notamment cet avertissement de prise de risque pénal. Je me suis dit : attention, voilà une bombe ! Et effectivement, je ne me suis jamais sentie aussi fière d’être une fille ! C’est le sentiment dominant qui m’habite à la lecture de ce roman. Beaucoup d’émotions aussi, encore très vives.

Sophie : Pareil, en ce qui me concerne, Stéphane Servant est devenu au fil des années un incontournable. J’aime sa poésie, son style, la façon dont il aborde les sujets. Du coup, je ne pouvais pas attendre !

Hashtagcéline : De mon côté, c’est plutôt parce qu’une amie me l’avait très très chaudement conseillé. J’aime l’écriture de Stéphane Servant. Vraiment. Mais par exemple, dans Sirius, ça n’a pas suffi. Alors, je l’aurais lu, Félines. Mais plus tard… Et franchement, ça aurait été dommage. Félines dépasse pour moi tous les précédents de l’auteur et va faire partie de ces lectures qui resteront graver dans ma mémoire de lectrice. Un choc.

Isabelle : Vous parlez des précédents livres de Stéphane Servant que vous connaissiez, il me semble qu’on retrouve dans Félines certaines caractéristiques, certains motifs, mais j’ai été impressionnée par la capacité de l’auteur à se renouveler. Qu’avez-vous en particulier pensé de la forme de ce roman – en est-ce bien un, d’ailleurs ?

Pépita : Il reprend un de ses thèmes : l’animalité de l’humain. Mais oui, il se renouvelle fort dans ce roman, l’écriture sous cette forme de témoignage est très visuelle, presque cinématographique. La mise en abyme avec le fait que ce soit lui l’écrivain, père d’une féline, recueille cette parole, donne une crédibilité forte. On pourrait presque croire que ces faits ont été réels et d’un certain point de vue, ils le sont dans les références historiques et l’allusion à des faits contemporains.

Sophie : J’ai été très surprise des changements de style, mais en bien. J’ai adoré ce registre du témoignage, ça justifie le changement de ton par rapport aux autres romans et en même temps on retrouve la patte de Stéphane Servant. On accroche tout de suite à l’histoire et surtout on se demande presque si c’est vraiment vrai et ça c’est chouette de plonger comme ça dans le récit. Finalement, je trouve ce roman globalement plus accessible pour son ton plus ado, plus direct.

Hashtagcéline : Oui, le fait que le roman soit écrit tel un témoignage a vraiment joué dans le fait que j’accroche très vite à l’histoire de Louise. J’ai aimé la façon dont elle parlait de son parcours, de son combat, entre force et faiblesses. Je me suis sentie très proche d’elle et très vite concernée par son sort et celui des autres Félines. Son récit porte des valeurs universelles, semble faire écho à hier, aujourd’hui et demain. Pour ma part, comme je le disais un peu plus haut, je trouve que ce texte est différent des précédents de l’auteur, même si on y retrouve l’engagement et la défense de grandes causes comme dans Sirius et effectivement la part d’animalité qui est en nous comme dans Le cœur des louves. Mais clairement, pour le reste, je le mets à part. Cela n’engage que moi !

Isabelle : Alors entrons dans le vif du sujet ! Qui sont les félines ?

Pépita : Ce sont des jeunes filles qui progressivement se retrouvent le corps poilu et leurs sens s’aiguisent aussi : vue, odorat. Leur force physique se décuple également. Les garçons ne sont pas touchés. Évidemment, les premières touchées ont honte mais peu à peu, vu le nombre de jeunes filles touchées, elles relèvent la tête. Ce phénomène est appelé la Mutation et scientifiquement un nouveau chromosome, le O est apparu, ce qui vaut aux Félines d’être aussi appelées les Obscures.

Isabelle : Des transformations qui pourraient paraître anodines, mais qui se révèlent hautement perturbantes. Pour les Félines elles-mêmes, comme tu le dis Pepita, mais surtout et très vite pour toute la société. Et les réactions sont d’une violence inouïe. On sent bien qu’à travers les Félines, l’auteur nous parle plus généralement de la pesanteur des normes, de la difficulté à assumer ses différences et de la violence que cela peut susciter.

Et parmi ces félines, nous suivons de près Louise, l’héroïne de cette histoire. Quelques mots sur cette actrice de la mobilisation féline ? Pourriez-vous me parler un peu d’elle ?

Sophie : J’ai beaucoup aimé ce personnage et je m’y suis vite attachée. C’est une jeune femme écorchée par la vie qui va se révéler dans sa condition de féline.

Pépita : Je l’ai trouvée incroyable de sincérité, Louise, et aussi d’empathie. Malgré sa souffrance, elle va vers les autres, devient un leader et se révèle à elle-même.

Isabelle : J’ai été impressionnée par sa résilience alors qu’elle n’a pas été épargnée par la vie. On la voit vraiment se transformer sous nos yeux, grandir, remettre en question les normes qu’elle a toujours connues, s’accepter telle qu’elle est, aussi. Comme tu y fais allusion Pepita, elle n’est pas une héroïne qui s’impose seule, mais contribue à construire une solidarité collective qui se révèle décisive pour les Félines. On s’identifie facilement et cette transformation fait beaucoup de bien à lire, je trouve.

Isabelle : Ce roman développe une belle galerie de personnages déjouant tous les stéréotypes, non ? J’ai trouvé qu’ils ne ressemblaient pas aux héros et héroïnes dont on pourrait avoir l’habitude. Lesquels vous ont le plus marquées ?

Sophie : J’ai beaucoup aimé Tom, l’ami de Louise. Comme elle, c’est un personnage qui a beaucoup souffert mais qui sait ce qu’il veut. Pour lui, il n’y a pas de frontière, il sait sortir des cases quand son instinct et ses sentiments lui disent que c’est ce qu’il faut faire. Ils ont une relation unique entre eux et il représente une superbe définition de l’amour !

Pépita : J’ai adoré Tom, il m’a fait pleurer celui-là ! Sa relation avec Louise est si….si….je ne trouve pas le bon mot. Ils m’ont réchauffée par leur vision de la vie, par l’authenticité de leur amour, par leur soutien mutuel indéfectible, par leur amour de la littérature. Le père de Louise est épatant aussi, si ouvert d’esprit, la mère de Tom aussi, pas très causante mais au moins ce qu’elle dit et fait est efficace. Et le petit frère de Louise ! Une lumière.

Sophie : Oui, le petit frère de Louise est extra aussi. Il incarne une forme de pureté, il ne se formalise pas des différences. Il apporte un beau regard d’enfant, simple, curieux et ouvert sur les autres… bien loin de celui des adultes.

Isabelle : Tout à fait d’accord ! J’ai énormément apprécié la façon dont les réactions des proches de Louise sont restituées. Plus généralement, Stéphane Servant nous parle des difficultés que peuvent rencontrer certains parents lorsque leurs enfants sont perçus comme différents, voire déviants d’une manière ou d’une autre. On voit plusieurs types de réponses dans le roman; celle du père de Louise est très belle. Sa confiance et son soutien infaillibles sont probablement un élément-clé qui alimente la force surprenante de Louise. Quant à son petit frère, j’y ai vu comme vous une belle illustration de la capacité que conservent les enfants à poser sur le monde un regard juste, encore non-altéré par les préjugés et l’habitude des injustices. Il y aurait aussi beaucoup à dire sur les personnages secondaires parmi les Félines…

Hashtagcéline : À chaque personnage, Stéphane Servant nous propose un profil “type” mais de la même façon il lui apporte des nuances, des failles qui le rend alors crédible. Ça, ça m’a vraiment bluffée car c’est assez rare qu’un auteur y parvienne aussi bien.
Et pour ma part, c’est aussi Tom qui m’a vraiment touchée. Et de fait la relation toute particulière qu’il débute et consolide avec Louise. Leur histoire est magnifique et balaie à elle seule de nombreux préjugés.

Le prologue dit : « Réfléchir, c’est commencer à désobéir. Lire, c’est se préparer à livrer bataille ». Un roman engagé qui donne à réfléchir, donc, à plusieurs des grandes questions de notre époque, qui comporte de nombreux parallèles avec le monde réel qui nous invitent à renouveler notre regard ! Lesquelles vous ont plus particulièrement marquées ?

Pépita : Beaucoup m’ont marquées : l’intolérance envers les minorités, le fanatisme religieux, la violence policière, les allusions aux camps nazis, la place de la nature et la ressource qu’elle procure et même les gilets jaunes. J’ai vraiment trouvé que Stéphane Servant a su éviter l’écueil de cette énumération qui est justement mise en perspective et qui n’est pas un fourre-tout.

Isabelle : C’est vrai que Stéphane Servant est vraiment impressionnant à cet égard. Ses romans nous parlent de notre époque et des enjeux les plus brûlants de façon très, très dense, sans à aucun moment perdre le fil de l’histoire. J’ai beaucoup aimé la réflexion à laquelle il nous invite sur la pesanteur des normes, à travers le symbole des poils qui dérangent tellement sur les jeunes filles de l’histoire. Le roman m’a aussi donné à réfléchir sur les peurs (des épidémies, des différences, etc.) et leur instrumentalisation par les forces populistes. Ce qui fait du bien, c’est qu’il est aussi question des conditions d’émergence d’un mouvement subversif dont l’énergie est vraiment communicative !

Sophie : Ce n’est pas une thématique en tant que telle, mais on peut faire des parallèles avec les camps de concentration quand les Félines sont mises à l’écart dans des lieux soi-disant pour les aider. J’ai trouvé ça impressionnant de voir notre société (c’est elle au début du roman) conduire ces jeunes filles dans ces “camps”. C’est fait si progressivement, avec les messages qui vont bien, qu’on se dit que oui, sous certaines influences, avec ce type de dirigeants, on pourrait revenir à ce qu’on a connu pendant la Seconde guerre mondiale.
Il y a aussi la vitesse à laquelle tout se passe. On comprend que c’est accéléré par les moyens de communication actuelle mais la situation revient au même que dans les années 40 sauf qu’au lieu de prendre des mois, le message contre les Félines est répandu en quelques jours.
Stéphane Servant manie tout ça très bien, il nous entraine subtilement là où l’on espère que notre société ne peut plus aller… Et pourtant !

Avez-vous apprécié cette atmosphère subversive ? Plus généralement, comment avez-vous réagi à cette lecture, quel effet vous a-t-elle fait ?

Pépita : Oui, j’ai beaucoup apprécié cette ambiance, elle m’a rendue fière d’être une fille comme jamais et depuis…je ne m’épile plus !

Isabelle : Je me suis aussi laissée gagner par l’énergie communicative des Félines. Le propos peut paraître sombre avec des thématiques d’autant plus graves qu’elles font écho à l’actualité, comme nous l’avons dit, mais je me suis plutôt sentie optimiste en refermant le roman. Il nous montre la stigmatisation, l’oppression, la persécution, mais aussi le pouvoir de l’entraide et de la solidarité. Et la richesse des registres disponibles (et à inventer) de registres d’action subversives. Il nous donne à goûter, aussi, l’exaltation de s’accepter tel qu’on est. Tout cela fait beaucoup de bien dans la période actuelle qui charrie tant de frustrations et de résignation.

Cela m’a fait réfléchir sur le genre de la dystopie. Je n’en ai pas lu tant que ça, mais mon fils aîné en lit énormément, comme beaucoup de jeunes lecteurs, ce qui peut interroger. Pourquoi ce goût pour des univers dysfonctionnels, catastrophiques, voire apocalyptiques ? Je crois avoir mieux compris en lisant Félines. Ces romans mettent en relief ce qui dysfonctionne dans la vraie vie, mettent en garde contre certaines dérives en imaginant leurs développements possibles, mais en littérature jeunesse, j’ai l’impression qu’ils sont toujours porteurs d’espoir. C’est peut-être ce qui fait qu’ils emportent autant de lectrices et de lecteurs.

Justement, à qui auriez-vous envie de faire partager ce roman ?

Pépita : J’ai envie de proposer ce roman à toutes et tous en fait. Il touche à tant de choses si profondes et humaines. Stéphane Servant a réussi à lier masculin et féminin dans ce roman, à faire en sorte qu’on ne les oppose plus car justement les opposer mène à ce genre de dérives, à réveiller l’animalité de l’humain. C’est un roman qui pose l’espoir d’une société meilleure. En montrant justement ce qu’elle peut faire de pire. J’en suis sortie bluffée et regonflée à bloc. Donc oui à lire absolument !

Hashtagcéline : Comme Pépita, j’ai envie de faire lire et de partager ce roman avec tout le monde ! Bien sûr pas avec un trop jeune public mais étant donné sa richesse, la diversité des thèmes abordées avec intelligence et les réflexions que cela amène sur notre monde actuel, c’est pour moi un texte à la portée universelle qui DOIT être lu par tous et toutes !

Félines a donc réussi à nous mettre toutes d’accord ! Et vous, l’avez-vous lu, êtes-vous tenté(e) ? Si vous doutez encore, jetez donc un œil aux chroniques de Pépita, Sophie, Hashtagcéline et Isabelle… en attendant l’entretien avec Stéphane Servant que nous publierons jeudi 31 octobre !

 

 

Quels livres pour la bibliothèque d’un nouveau-né ?

Découvrir le plaisir de lire dès ses premiers mois, blotti au creux des bras de Papa ou de Maman, fait partie des grands bonheurs de l’enfance. Les livres sont alors le support de jolis moments de tendresse, de partage, de découverte et de complicité. Nous en sommes convaincues à l’ombre du grand arbre : il n’y a pas d’âge pour commencer ! Mais quels livres choisir pour son bébé ?

Il n’y a bien sûr pas de bibliothèque idéale, mais les arbronautes ont mis leurs idées en commun pour vous inspirer… On peut par exemple être attentif à piocher dans les différents types de livres qui existent pour les tous petits. Car le panorama est merveilleusement riche !

*********

Des livres qui font appel aux cinq sens

Les bébés découvrent le monde des livres les yeux écarquillés, discernant de mieux en mieux l’aspect du livre, ses couleurs et ses illustrations. Mais ils les appréhendent aussi avec les autres sens – tous les petits « dévorent » par exemple leurs livres, au sens propre du terme ! Pourquoi, dès lors, ne pas enrichir cette expérience en proposant à son bébé des livres faisant appel à ses différents sens ?

  • Des livres à toucher…

Les bébés apprécient beaucoup les livres en tissu, ou présentant à leurs petites mains différentes matières et textures – velours, feutrines, peluches, plastique… Les éditeurs proposent beaucoup de livres à toucher, par exemple avec des animaux dont on peut caresser la “fourrure”. Voici quelques suggestions !

 

Mes animaux tout doux, de Xavier Deneux (Tourbillon). Chez Sophie

 

Ma savane à toucher, de Xavier Deneux (Milan jeunesse). Chez Sophie

 

Gallimard Jeunesse a aussi publié plusieurs livres en tissus de Camille Chincholle.

 

Cap ou pas cap ? Nicole Maubert (Milan). Pour prolonger le plaisir des livres à toucher en frissonnant délicieusement, quand l’enfant grandit ! Chez Sophie

 

  • Des livres à respirer…

Quand on vous dit qu’il y en a pour tous les sens ! Les albums de la collection “Mon premier livre des odeurs et des couleurs”, chez Auzou, ont eu beaucoup de succès chez les enfants d’Isabelle. Sur chaque page, on peut frotter du doigt une zone permettant de sentir ce qui est représenté : une fraise, de la menthe, du chocolat, etc. Malheureusement, les parfums s’estompent avec le temps, mais l’idée est très belle !

 

  • Des livres à écouter, à répéter et à chanter…

Dans cette catégorie, on pense évidemment aux livres et imagiers sonores, sur lesquels on peut presser de petites puces pour déclencher un bruit ou un air musical. Souvent trop fragiles, ils n’en séduisent pas moins beaucoup d’enfants. En voici quelques exemples – mais il en existe des tas ! N’hésitez pas à jeter un œil aux débats que ce type de livres ont suscité à l’ombre du grand arbre.

Plus généralement, l’offre de livres jouant sur le rythme et la musicalité de la langue est fantastique ! Il y a évidemment les livres qui s’inscrivent dans un registre de petite comptine, avec un texte rythmé, voire rimé. C’est en effet à travers la voix de l’adulte que le bébé s’approprie les livres. Ces livres sont aussi parfait pour rassurer et ravir bébé qui le connaîtra bientôt par cœur ! En voici quelques-uns parmi nos favoris.

2 petites mains et 2 petits pieds, de Mem Fox et Helen Oxenbury (Gallimard Jeunesse). Chez La collectionneuse de papillons.

 

Pomme, Pomme, Pomme, de Corinne Dreyfus (éd. Thierry Magnier). Chez Pépita et Bouma

 

Un peu perdu, de Chris Haughton (éd. Thierry Magnier) : un bébé chouette “un peu perdu” pour une vraie histoire qui se savoure à tout âge. De jolies illustrations et un texte qui emmène ses lecteurs avec des phrases répétitives qu’ils connaîtront très vite par cœur ! Chez Bouma

 

Les petits amis de la nuit d’Ilya Green (Didier Jeunesse) chez Pépita et Bouma

  Dans la petite maison verte de Marie-France Painset et Marie Mahler (Didier Jeunesse) chez Pépita et Bouma

Bonne nuit mon tout petit, de Soon-hee Jeong (Didier Jeunesse) chez Bouma

Et voici un recueil de comptines qui fait le miel de Pepita et de Colette ! Enfantines : jouer, parler avec le bébé, Ecole des loisirs.

Didier Jeunesse propose également de très beaux recueils de comptines du monde entier.

*********

Des imagiers et des livres à explorer

Les imagiers sont également incontournables pour les premiers mois. Colorés ou en noir et blanc, généraux ou axés sur un thème spécifique, ils sont appréciés des enfants qui aiment reconnaître leurs images. Ils donnent lieu à des échanges plus libres que dans le cadre de la lecture d’une histoire, laissent libre cours à l’imagination et favorisent l’apprentissage du langage… En voici quelques uns qui nous sont particulièrement chers !

Beaucoup de beaux bébés est un imagier cartonné composé de photos en noir et blanc de bébés, signé David Ellwand (L’école des loisirs). À la fin de l’album, un miroir renvoie le reflet du lecteur… Chez Sophie

Parmi les imagiers qui ont tapé dans l’œil des arbronautes, figurent en bonne place ceux de François Delebecque publiés par les éditions des Grandes Personnes. Ces albums sont très beaux, avec un principe ludique et efficace : chaque page présente un animal (un véhicule, une plante…) en ombre chinoise, dont l’enfant découvre la photographie en soulevant un volet…

Ole Konnecke a signé plusieurs grands imagiers parus aux éditions de L’école des loisirs. Très joliment illustrés, très colorés, précis et foisonnants, ils stimulent l’imagination par de petites scènes tout au long du livre…

Élégants et plein d’originalité, l‘imagier mouillé et l’imagier caché, de Véronique Joffre (éd. Thierry Magnier) ont chacun leur fil conducteur. Les images ne sont pas déconnectées, mais semblent se répondre, se faire écho et se prolonger… Chez Pépita

      

Créatif et débordant de poésie. Le ruban, de Adrien Parlange (Albin Michel), se distingue par ses graphismes raffinés et son charmant ruban jaune qui vient prolonger les illustrations, se muant en la langue d’un serpent, en fil de funambule… Un imagier hors-norme qui stimule le plaisir et la créativité !

Le Ruban d’Adrien Parlange (Albin Michel Jeunesse) : un petit bijou d’inventivité et de créativité, véritable ode au jeu et à l’imagination. Chez Bouma et chez Pépita

*********

Des histoires pour vibrer ensemble

Plus vite qu’on ne le pense, les petits peuvent savourer le charme des histoires. Ces histoires sont sublimées lorsqu’elles sont explorées ensemble, à voix haute sans hésiter, selon ses envies et sa personnalité, à adapter son intonation, à moduler ses expressions, grimacer… Tout cela aide les lecteurs en herbe à s’approprier l’histoire ! L’idéal est d’opter pour des livres relativement petits pour tenir dans les mains de bébé, cartonnés pour ne pas craindre d’être mis dans la bouche. Les enfants aiment souvent les personnages et les cadres auxquels ils peuvent facilement s’identifier – on peut élargir leur horizon progressivement lorsqu’ils grandissent. Les illustrations sont, là encore, un critère essentiel – certains livres sont de vraies œuvres d’art qui raviront l’œil de bébé. Et très important : même sur quelques pages, beaucoup de livres parviennent à raconter une vraie histoire avec une dose de suspense, dont on attend le dénouement avec toujours autant d’intérêt à la centième lecture…

Voici quelques histoires pour tous petits, parmi nos préférées !

Coloré, fantaisiste, captivant – c’est un classique ! La chenille qui fait des trous, de Eric Carle (Éd. Mijade). Chez Sophie

La preuve qu’une histoire de quelques pages peut être pleine de suspense, avec une mise en scène unique – à lire et relire ! Délivrez-moi ! d’Alex Sanders (École des loisirs). Chez Sophie

 

Caché ! de Corinne Dreyfuss (éd. Thierry Magnier) : le premier roman pour bébé, en forme de jeu de cache-cache ! Pas d’image, mais un jeu réjouissant sur la typographie… Chez Pépita, Bouma et Sophie. À lire également, la lecture commune que nous en avons faite ici même !

La grosse faim de P’tit Bonhomme, de Pierre Delye et Cécile Hudrisier (Didier Jeunesse)

 

Toujours penser à un album de Byron Barton – une valeur sûre parmi les valeurs sûres ! Nous n’avons pas toutes lu les mêmes, mais nos enfants ont craqué, selon les cas, pour Ma voiture, Mon vélo ou encore La toute petite dame, tous aux éditions de l’École des loisirs…

 

Dans la salle d’attente du médecin, il n’y a pas toujours de quoi être rassuré. Mais est-ce du docteur en blouse blanche qu’il faut avoir peur ? Bonjour docteur, de Michaël Escoffier et Matthieu Maudet (École des loisirs) – une histoire colorée pour frissonner, à lire et relire pour noter à chaque fois de nouveaux détails ! Chez Sophie

Maman, de Mayana Itoïz (Seuil jeunesse) : un album tendre, particulièrement sensible qui permet d’initier les enfants aux couleurs. Chez Bouma

Des dessins au charme reconnaissable entre mille, un texte court et percutant, un humour délicieusement grinçant… Nous avons nommé : Je veux mon chapeau, de Jon Klassen, paru chez Milan !

 

Nos coups de cœur convergent, une fois de plus, vers un auteur : Yuichi Kasano qui nous vient du Japon. Voici deux de ses albums que nous aimons particulièrement pour leur humour et leurs couleurs douces. Leur texte court et percutant se lit merveilleusement à voix haute, les rendant particulièrement adaptés pour la bibliothèque d’un nouveau-né (tous les deux parus aux éditions de l’École des loisirs). Chez Sophie

 

Quel radis dis donc ! de Praline Gay Para (Didier Jeunesse) : un album randonné dans lequel on se prend au jeu de tirer le gros radis tous ensemble ! Chez Bouma

 

Tout va bien Merlin, d’Emmanuelle Houdart (éd. Thierry Magnier) : un album très court en forme d’enquête, dans un univers décalé. Mais qui a pris mon biberon ? Chez La collectionneuse de papillons et chez Bouma

Joé le lapin rêvé, de Malika Doray (L’école des loisirs) : une première lecture adorable sur le thème de la naissance.

Ne pas hésiter, d’ailleurs, à dévorer tous les albums de Malika Doray, particulièrement adaptés aux tout-petits. La collectionneuse de papillons vous présente l’un de ses préférés par ici. Sophie en présente quelques uns par là !

*********

Des livres à jouer

Certains livres font de la lecture une vraie expérience interactive. Des livres à jouer, en somme !

Les livres de Hervé Tullet jouent sur des actions demandées à l’enfant (frotter à un endroit de la page, secouer le livre, etc.) qui se répercutent comme par magie sur la page suivante. Aussi simples que spectaculaires ! En voici trois, parus chez Bayard Jeunesse. Pour en savoir plus, lisez ce qu’en dit Sophie ici et .

 

Voici un oeuf, de Vincent Bourgeau et Cédric Ramadier (École des loisirs) : un petit cartonné qui nous raconte l’histoire d’un œuf. Le principe est un peu le même que chez Hervé Tullet, mais c’est le lecteur qui interpelle l’œuf à voix haute et comme par enchantement, celui-ci réagit. Simple, efficace, drôle ! Chez Bouma

Dans Prendre & Donner, de Lucie Félix (Éditions Les Grandes Personnes), l’enfant est de nouveau l’acteur principal. D’une page à l’autre, il s’agit de détacher une forme géométrique qui sera remise à la page suivante. Une belle façon de s’approprier l’histoire et le livre ! Chez La collectionneuse de papillons, chez Pépita et chez Sophie

La promenade de petit bonhomme est à la fois un livre-comptine et un livre à jouer, dont le personnage est… votre main qui mime ce petit bonhomme, aidant le bébé à apprivoiser l’histoire. Une idée lumineuse et ludique, qui fonctionne très bien ! Chez Pépita et chez Sophie

Cette catégorie ne serait pas complète sans un caché-trouvé, ces livres qui donnent au bébé le plaisir de scruter leurs illustrations jusqu’à trouver ce qui avait disparu ! Une manière ludique d’apprivoiser la séparation. En voici deux que nous aimons bien !

Où est Mouf ? Jeanne Ashbé, L’école des loisirs

 

Bertille et Brindille, de Jérôme Peyrat et Adèle Tariel. Éditions Père Fouettard. Chez Isabelle

*********

Nous espérons vous avoir donné envie de lire avec les bébés de votre entourage ! Cette sélection n’a pas vocation à constituer une bibliothèque idéale, mais à susciter des questionnements pertinents lors du choix d’un livre pour un tout petit… Sûrement connaissez-vous déjà certaines de nos suggestions. Auriez-vous envie d’en faire découvrir certaines ? Et de votre côté, avez-vous des lectures phares qui vous ont marquées tout(e) petit(e), ou qui ont particulièrement plu à votre enfant ?