Swap de nouvelle année !

Cette nouvelle année qui commence est l’occasion de tourner la page tourmentée de 2020 et d’en ouvrir une nouvelle que nous espérons plus sereine. Nous avions envie d’aborder 2021 sous le signe du PARTAGE, une valeur clé de notre bel arbre. Une façon de faire résonner nos coups de cœur et rayonner de bonnes ondes, de penser les unes aux autres et d’élargir nos horizons littéraires respectifs.

Le principe est toujours le même : un tirage au sort désigne les duos de swapeuse/swapée dans le plus grand secret pour que la surprise soit entière, les colis traversent la France (et même parfois les frontières !) et quand l’heure vient de les déballer, on se réjouit de découvrir le colis préparé avec tant d’amitié autant que les réactions de notre swapée.

Ce que nous avons donné, ce que nous avons reçu : voici ce que contiennent ces fameux paquets !

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Isabelle (L’île aux trésors)

… Ce que j’ai envoyé

C’est dans un entre-deux-années étrange que j’ai préparé mon colis, période de fêtes sans fêtes dans laquelle il semblait incongru de se souhaiter une « belle fin d’année » et à l’approche de laquelle j’ai vu venir de loin la fermeture des commerces « non-essentiels » dans ma région allemande… Alors je m’y suis pris à l’avance et j’ai eu envie d’envoyer à Sophie et à ses lutines un concentré de choses chaleureuses et réconfortantes ! Pêle-mêle, j’ai empaqueté, dans un papier de saison : un album qui célèbre l’amour en grand format (il a fallu trouver un colis aux bonnes dimensions !), un roman qui donne envie de prendre son temps et de partager, un roman coloré qui ouvre leurs horizons de multiples manières, un album lumineux qui m’avait aidée à relativiser. Avec des baumes pour affronter l’hiver et bien sûr les douceurs allemandes de saison, Plätzchen croustillants, une tisane aux couleurs de Janosch, un incontournable de la littérature jeunesse de ce côté du Rhin !

… Ce que j’ai reçu

J’ai eu l’impression de retomber en enfance en ouvrant le paquet préparé avec tant de générosité par Bouma ! Une boîte gigogne dont je me suis demandé comment autant de livres pouvaient rentrer dedans : des romans d’arbre, évidemment, et de multiples lectures colorées respirant le merveilleux, le fantastique, et même la magie ! Bouma sait que nous partageons avec elle une prédilection pour les littératures de l’imaginaire… et connaît notre tendance à avaler les pages. Parmi les romans, je n’avais entendu parler que des Orphelins de métal qui nous faisait bien envie, mais j’ai tout de suite repéré La légende du Roi errant, paru chez La Joie de Lire, un éditeur que j’aime de plus en plus. Pour sa part, Hugo a englouti sur le champ Suzy, Gaspard et les enfants bizarres et compte enchaîner sur Eliott et la bibliothèque fabuleuse. Mes deux moussaillons n’ont pas non plus boudé leur plaisir avec deux stylos à encre invisible et des saveurs normandes et sucrées… Vous l’aurez compris, nous sommes parés pour aborder 2021 et Bouma a réussi, malgré les kilomètres de distance, à faire vibrer les bonnes ondes du grand arbre jusqu’à nous. Merci du fond des racines !

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Pépita (MéLi-MéLo de livres)

…Ce que j’ai envoyé

Ce n’est pas toujours facile d’essayer de tomber dans le mille quand ta swapée est une nouvelle branche du grand arbre ! Challenge ! Pour ce swap, j’ai eu envie de douceurs étoilées, de lumière tamisée, de senteurs enivrantes, de goût chocolaté et de clins d’œils à cette année 2020 masquée, comme un pied-de-nez… J’ai donc cherché auprès de petits éditeurs et j’ai trouvé : des citations d’étoiles pour s’émerveiller, un livre auto-édité par un ancien collègue et sa compagne pour rigoler, et des romans adolescents pour replonger ! Un joli papier, des autocollants en lien avec le contenu, une petite carte et le tour était joué ! J’espère que Linda sera comblée !

…Ce que j’ai reçu

C’est justement Linda ma swapeuse ! Nous avons reçu nos colis respectifs à un jour d’intervalle, comme une réponse mutuelle improvisée. Et quel colis original sous le signe du bleu de l’eau, de l’ode à la nature et un appel à son respect, un coquelicot à faire pousser (ma fleur préférée), des couverts en bambou joliment dressés, des sacs en tissu (à fruits-légumes et à pain) à utiliser pour le zéro déchet, une jolie carte “I have a dream”, un marque-page coloré et un brin de lavande séchée, et trois livres qui vont beaucoup, beaucoup me plaire : le pop-up Océano, l’album Respirus et le roman Un été en liberté ! Un swap comme je les aime, plein d’oxygène ! Merci beaucoup Linda pour ces attentions qui vont me permettre de démarrer cette nouvelle année sous le signe de l’amitié et de la générosité !

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Colette (La collectionneuse de papillons et de jolies histoires)

…Ce que j’ai envoyé

Je suis allée fouiller sur la page de nos profils sur le forum d’A l’ombre du grand arbre pour cerner les goûts d’une autre nouvelle branche : Frédérique. Un nom d’artiste a retenu mon attention dans les auteurs qu’elle avait cités dans sa liste de coups de cœur : David Sala, un auteur dont j’adore l’album Féroce que Frédérique ne citait pas dans sa liste de titres déjà lus. La rencontre d’un thé de Colors of tea joliment nommé “Le loup court toujours” et de cet album dédié à un loup très particulier, m’a donné l’idée d’un swap “enchanté” car quoi de mieux pour commencer l’année que d’ouvrir les portes à la magie ? J’ai donc choisi pour accompagner l’album Féroce, trouvé d’occasion – green power ! – avec une belle dédicace à l’intérieur, un recueil de contes adoré, lu et relu, celui de Gaël Aymon, Contes d’un autre genre et un album grand format dédié à l’amour éternel : Les Amoureux du palais de glace de Michel Piquemal et Cécile Becq. J’ai agrémenté cette sélection d’un carnet fabriqué par une maman de l’école de mon fils cadet, de petits marque-pages magnétiques, d’un petit bracelet fait main avec notre devise préférée, d’une petite boîte à musique qui murmure la mélodie “What a wonderful world” de Louis Armstrong et de papillons de papier portant sur leurs ailes quelques haïkus tirés de Il était une fois… Contes en haïku d’Agnés Domergue et Cécile Hudrisier. J’espère que Frédérique sera… enchantée !

…Ce que j’ai reçu

Une enveloppe à la calligraphie festive que mon Petit-Pilote s’est empressé d’ouvrir à peine rentré de l’école. A l’intérieur :

  • Un joli pliage, parsemé d’arabesques fleuries, avec une citation d’un de mes livres cultes, Neverland de Timothée de Fombelle.
  • Un recueil de poèmes de René Obaldia, illustré par Emmanuelle Houdart si joliment intitulé Moi j’irai dans la lune et autres Innocentines
  • Un carnet et un magnet envahis par les papillons.

Merci à Frédérique pour ce swap teinté de poésie !

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Lucie (Livresdavril)

…Ce que j’ai envoyé

Connaissant le goût de Bouma pour les mangas, j’ai choisi un roman japonais qui nous a enchanté cet été : Le mystère des Pingouins (qui met en réalité en scène des manchots, la confusion est fréquente !). La thématique du colis s’est ainsi imposée, ce serait ces adorables sphéniscidés !
Le long chemin du pingouin vers la jungle et un carnet pour noter ses idées ont donc rejoint rapidement le colis de ma swapée. Une carte, quelques douceurs et une petite crème pour les mains malmenées par les nombreux lavages imposés par la pandémie… J’espère que Bouma appréciera !

…Ce que j’ai reçu

Quel plaisir de découvrir ce colis étoilé, idéal pour démarrer l’année !
S’y trouvait : le roman Du haut de mon cerisier, que je brûle de découvrir ; BOUM BOUM et autres petits et GRANDS bruits de la vie, un album charmant sur les bruits de l’amour et On nous appelait les Mouches merveille d’anticipation et d’espérance issue de la collaboration de Davide Cali et Maurizio A.C. Quarello.
Mais aussi, le calendrier UNICEF de l’année à venir, clin d’oeil à l’un de nos projets d’engagement sur ce blog ; une trousse décorée d’origamis dans laquelle le chocolat remplaçait les stylos (miam !) ; un amusant jeu imaginé à partir du Prince de Motordu et un paquet de thé.

Merci à Solectrice pour ce swap coloré et sa jolie carte !

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Frédérique (Liraloin)

…Ce que j’ai envoyé

J’étais très heureuse de participer à ce deuxième swap. Quel bonheur de choisir des petits présents et qui plus est pour une personne que tu ne connais qu’à travers les (riches) échanges sur le blog. Mais pour moi Colette, c’est les papillons. Des papillons pour rêver et pour s’évader. Merveilleux insectes qui venaient se poser près de moi durant mes lectures cet été et aux portes de l’automne. Je trouve cela si poétique ! Alors lorsque je suis retombée sur ce petit livre magnifiquement illustré par Emmanuelle Houdart, j’ai su qu’il était pour Colette. Dans ma petite librairie, j’ai craqué également pour ce magnet-badge aux couleurs vives comme l’été et ce carnet pour annoter ou dessiner… des papillons ? Pour terminer, des arabesques sont venues rejoindre une carte écrite, extrait choisi d’un livre marquant de notre chouchou à toutes : Timothée de Fombelle.

…Ce que j’ai reçu

Tout d’abord j’ai été impressionnée par la taille du carton reçu. Les mots et extraits choisi pour orner le colis m’ont enchanté. Tous les jours j’ai regardé les p’tites phrases et j’avais hâte de déballer cette cachette aux trésors. Dimanche pluvieux, heureuse, je me précipite pour ouvrir délicatement et je tombe nez à nez avec une multitude de colis emballés avec soin : papillons, ruban doré et confettis. Je me suis délectée de voir apparaître trois albums qui me correspondent totalement.

Les amoureux du palais de glace de Michel Piquemal et Cécile Becq : l’amour toujours et encore

Contes d’un autre genre de Gaël Aymon : un auteur que je veux lire depuis des lustres… trois contes illustrés par François Bourgeon, Sylvie Serprix et Nancy Ribard.

Féroce de Jean-François Chabas, illustré par le merveilleux David Sala et quelle surprise en l’ouvrant, une dédicace faite en 2015 durant une fête du livre.

Un petit carnet, création originale vient compléter ce magnifique swap enchanteur. Mon oreille ne se lasse pas d’entendre la douce mélodie de What a wonderful world qui émane de la Music box si jolie ! Des magnets-marque page aux délicats messages et un bracelet ALODGA POWER qui a sauté illico presto à mon poignet. Du thé au titre d’album  le loup court toujours et une carte pleine de belles attentions finissent de compléter ce swap enchanté. Je n’oublie pas la baguette magique et j’ai fait un vœu que rien ne viendra détruire.

Je n’ai pas réussi à retenir les papillons plus longtemps et lors de leur envol j’ai aperçu les haikus au verso de leurs ailes.

Une belle émotion et je remercie infiniment Colette de me l’avoir fait vivre !

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Bouma (Un petit Bout de Bibliothèque)

…Ce que j’ai envoyé

Cela faisait longtemps que j’avais envie de gâter Isabelle et ses fils, dévoreurs d’histoires. Ce swap a donc été pour moi l’occasion de leur faire partager mon amour pour les littératures de l’imaginaire avec plusieurs romans oscillant entre science-fiction, fantasy et fantastique. Et puis, quelques lectures autour de l’Arbre, figure emblématique de ce blog que nous partageons depuis quelques années désormais. Et comme un bon swap mérite toujours une petite sucrerie et un peu d’humour, j’y ai ajouté des gâteaux normands, un carnet pour entamer la nouvelle année et deux stylos à encre invisible pour que les garçons puissent s’écrire secrètement ! Et pour être sûr qu’il arrive à temps, je l’ai posté avant Noël (un record de prévoyance en ce qui me concerne).

…Ce que j’ai reçu

A l’ouverture du colis, une très jolie carte faite main (désormais exposée sur mon bureau) donnait la thématique de mes prochaines lectures : les PINGOUINS ! Une idée géniale qui ne me serait pas du tout venue à l’esprit et dont je remercie Lucie pour la trouvaille. Hâte de découvrir Le Mystère des pingouins et sa couverture psychédélique tout comme Le long voyage du pingouin vers la jungle. La crème pour les mains est déjà devenue mon alliée hivernale et nous nous sommes régalés en famille des chocolats venus nous réchauffer. Un très très grand merci Lucie pour ce colis venus du pôle Nord 😉

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Solectrice (Lectures Lutines)

ce que j’ai envoyé

Grapillant de ci de là quelques idées, me réjouissant devant un calendrier lumineux et vert, choisissant un jeu d’assemblages de syllabes (imaginant les petits joueurs amusés de créer des mots tordus), partant en quête d’albums éclairés, écho d’un monde tolérant ou images d’un univers onirique, ajoutant un roman estival et espiègle, cousant patiemment une petite trousse aux motifs colorés, ou la garnissant de thé et de chocolats, j’ai pris plaisir à emplir ce colis pour Lucie (Livresdavril).

ce que j’ai reçu

Comme j’avais hâte d’ouvrir ce swap, rendez-vous toujours aussi plaisant, accueilli en famille ! Une carte féérique nous invite d’abord à découvrir la douceur et la chaleur offertes dans ce colis dépaysant, tout droit venu d’Allemagne.

Bien rangés dans leur carton, un sympathique tigre jaune (gardien d’un thé parfumé), deux sachets de biscuits festifs, de mystérieuses tablettes de chocolat fourré (comme c’est écrit en allemand, on hésite sur les noms des ingrédients, puis on finit par croquer dedans pour en découvrir les étonnantes saveurs 😉 et de jolis paquets verts attendaient d’être ouverts : les lutines déballent chacune leur tour… J’ai vu un magnifique oiseau : un album jalonné d’arbres au feuillage vert d’été, qui invite à goûter la vie au jour le jour. Momo : un roman sur l’amitié, que mes lutines connaissent mais que je n’avais pas encore lu. Entre deux livres, on découvre une crème pour les mains et un stick à lèvres, parfaits à glisser dans le sac à main ! En clin d’œil au swap précédent, j’ai aussi la bonne surprise d’un nouveau roman de Marie Chartres : L’Age des possibles, nouvelle invitation au voyage. Et au fond du carton, un magnifique album dont je savoure aussitôt les douces illustrations de Quentin Gréban : Amoureux ; il me tarde d’en lire l’histoire. De belles découvertes en perspective. Un grand merci, Isabelle (L’île aux Trésors) !

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Linda (Sirthis & Ladythat)

… Ce que j’ai envoyé

Pas facile de choisir ce que je souhaitais mettre dans ce swap, d’autant que notre Pépita dévore les livres et que je craignais de faire un doublon. C’est en me laissant porter par mes envies, et aidée de ma fille de onze ans, que j’ai rempli ce colis à mon image: plein d’espoir pour un avenir meilleur et encore plein de la douceur du dernier été qui avait ouvert les retrouvailles avec nos proches pour des vacances différentes mais tellement ressourçantes. J’ai donc choisi un album et un pop-up pour leur message écologique, et un roman plein de poésie et de souvenirs de vacances. Comme je n’utilise plus d’emballage papier, j’ai eu l’idée de glisser ces livres dans des sacs en tissu réutilisable pour le zéro déchet. Enfin j’y ai glissé un coquelicot à faire pousser, un set de couverts en bambou à emporter facilement pour ne plus utiliser de couverts jetables, et un marque-page. Enfin j’ai choisi une carte représentant un ours polaire sur notre planète, animal tristement emblématique du réchauffement climatique.

… Ce que j’ai reçu

Quelle heureux hasard de découvrir que pendant que j’envoyais un colis à Pépita, j’en recevais un de sa part.

Soigneusement emballées, les surprises pleuvaient à l’ouverture des différents paquets d’où s’échappaient des étoiles dorées qui tombaient en scintillant! D’autres étoiles filantes étaient glissées dans le colis sous la forme de citations qui ont été subtilisé par mes demoiselles amatrices de jolis mots. Il y avait également deux romans adolescents: Âge Tendre et The Yellow Line, ainsi qu’un livre auto-édité et dédicacé, un Bestiaire Masqué qui a reçu un accueil enthousiaste (il a été dévoré par mes petites demoiselles) pour son originalité et l’humour et la beauté des illustrations. Pour compléter le tout, il y avait des senteurs sous la forme d’un petit sachet et d’une jolie bougie, et des douceurs avec des chocolats parfumées à la cerise. En grand merci Pépita, tu as embelli notre début d’année.

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Avec tout ça, nous voilà parées pour l’hiver et pour 2021 que ce soit en bonnes lectures, en friandise ou en mots encourageants !

Lecture d’enfant #34 : Nous sommes l’étincelle

Antoine est un collégien qui adore se plonger dans de longues lectures. Comme beaucoup d’autres lecteurs de sa génération, il aime les romans d’anticipation, les dystopies et le suspense qui fait tourner les pages. Il a accepté de répondre à quelques questions sur son dernier coup de cœur : Nous sommes l’étincelle, de Vincent Villeminot.

Nous sommes l’étincelle, Vincent Villeminot, paru en 2019 chez Pocket Jeunesse

Qu’est-ce qui t’a donné envie de lire ce livre ?

Le résumé m’a intéressé, mais je trouve qu’il ne résume pas très bien l’histoire. Mais ce roman avait l’air captivant et la couverture m’intriguait. J’aime bien les histoires qui jouent dans le futur et les dystopies, donc j’ai pensé que ça pouvait me plaire.

De quoi ce roman parle-t-il d’après toi ?

De plusieurs époques futures et de plusieurs personnages qui en avaient marre du système et qui ont décidé de vivre dans la forêt. Enfin vivre, c’est parfois aussi juste survivre. Par exemple pour les trois enfants qu’on voit au début de l’histoire, qui se font enlever par des braconniers.

Qu’as-tu aimé dans cette histoire ?

L’intrigue était très prenante et j’avais toujours envie de tourner les pages pour savoir ce qui arriverait aux enfants. Je l’ai lu d’un seul trait ! C’était très intéressant et bien écrit. Ce futur semble très crédible.

Qu’est-ce que tu penses de cette idée de quitter la société pour vivre dans la forêt ?

Elle n’est pas mauvaise, je pourrais me l’imaginer. Cela me ferait envie de revenir à l’état sauvage, pour ne plus être contraint par la société moderne et polluer moins.

Ça ne te ferait pas peur ?

Non, pas trop. Bon, les sauvages du livre n’ont pas l’air cool, ça me ferait quand même un peu peur de tomber sur eux.

Tu as eu l’impression de comprendre des choses sur le monde en lisant ce livre, ou tu l’as lu comme une histoire ?

Je l’ai lu comme une histoire.

Quel est ton personnage préféré ?

Pib, car son histoire est passionnante : il participe à des manifestations, rejoint le village dans la forêt où il va rester pendant longtemps.

Quel est ton passage préféré ?

La scène du début avec les trois enfants qui pêchent dans la forêt m’a fait rêver. Sinon, j’ai bien aimé le chapitre sur les grandes manifestations, j’avais envie de savoir ce que ça allait donner.

As-tu envie de recommander ce livre à quelqu’un ? Que lui dirais-tu ?

Oui, à ma grand-mère qui aime que je lui donne des conseils de lecture ! Je lui dirais que c’est un livre captivant.

Pour en savoir plus sur ce roman, n’hésitez pas à consulter les avis de Pépita, Linda et Isabelle !

Lecture commune : Alma, tome 1. Le vent se lève

Il y a des lectures qui font bruisser d’émotion toutes les branches de notre grand arbre ! Alma, le nouveau roman de Timothée de Fombelle, fait indéniablement partie de celles-là. Avant même sa sortie, nous brûlions de découvrir ce livre et après l’avoir dévoré et refermé, l’envie était là de prolonger la lecture en échangeant nos impressions…

Alma, le vent se lève. Gallimard Jeunesse, 2020

Lucie : Cette couverture foisonnante, on en parle ? Que vous a-t-elle inspiré ?

Isabelle : Les illustrations plantent bien le décor. Elles ont quelque chose des gravures des livres anciens, non ? Et pourtant, les lettres orange du titre claquent, Alma trône sur cette couverture avec son arc tendu, le sous-titre annonce que le vent va se lever, les détails nous font pressentir l’ampleur des péripéties à venir !

Pépita : Tout à fait, un style désuet avec des dessins comme des vignettes-moments clés et Alma et sa détermination ! Les petits oiseaux dorés aussi, très symboliques ! Un vent d’aventures en une seule couverture.

Frédérique : Je n’ai pas trop fait attention à la couverture, je n’ai pas trop regardé de peur que les détails m’en dévoilent trop sur l’histoire… Comme pour un film, je ne lis jamais rien avant d’aller en voir. Ayant terminé la lecture, je m’y suis penchée et comme un bon album jeunesse : l’histoire commence avec la 1ere de couv ! Je m’en rend compte lorsque je ferme le livre et cela m’aide dans mon analyse pour faire la p’tite chronique qui suivra.

Lucie : J’aime bien l’idée de Frédérique de revenir à la couverture après la lecture pour y retrouver des indices. Mais je suis définitivement trop curieuse pour ça. La taille du roman, mes précédentes lectures de Timothée de Fombelle et ce foisonnement en couverture m’avaient placée dans l’attente d’une grande fresque d’aventures. Je partage ton avis Isabelle, le contraste entre ces “presque gravures” vertes et ce titre orange claque. On attend une certaine énergie, un tourbillon de péripéties. Je dois dire que j’ai été agréablement surprise de retrouver François Place pour les illustrations, et de constater dès la couverture que le tandem (et l’éditeur) prenaient le contre pied de la couverture (à juste titre) minimaliste de Tobie Lolness.

Lucie : Une fois n’est pas coutume chez Timothée de Fombelle, le roman s’ouvre dans un lieu paradisiaque, une sorte d’Éden protégé du reste du monde. On sent rapidement qu’une menace plane mais au début, tout est calme, idyllique. Vous souvenez-vous de ce que vous avez imaginé de cette famille et de son mode de vie, quand vous l’avez découverte ?

Frédérique : Je n’ai pas senti la menace comme toi, peut-être pour me protéger et savourer ce moment de pure quiétude familiale… Trop de naïveté sans doute, je voulais égoïstement me délecter de tous ces moments de bonheur. Un mode de vie proche de la nature, en osmose et surtout respectueuse de ce qu’elle offre. Des enfants aimants et aimés, joueurs et en même temps sérieux (surtout Alma très protectrice avec son frère). Une grande paix intérieure !

Pépita : J’ai adoré ce début, ce regard d’enfance sur le merveilleux, cette attention si particulière de Timothée de Fombelle aux moindres détails : la grande sœur qui guette les réactions de son frère, cette ombre de “zèbre” bienveillante, les dialogues si purs entre les deux enfants, la description de cet Éden. Du coup, j’ai éloigné la menace qui semble poindre en effet. Je n’ai voulu que le meilleur de ce moment magique. Et puis ce n’est que le début, je voyais bien que l’épaisseur du livre allait me faire vivre moult péripéties !

Isabelle : C’est drôle que tu poses la question, Lucie, c’est une réflexion que je me suis faite aussi en lisant ces pages : Timothée de Fombelle m’avait habituée à un démarrage sur les chapeaux des roues, au cœur de l’action et souvent au milieu de l’intrigue – les premières pages de Vango et de Tobie Lolness sont assez incroyables de ce point de vue ! Là, on voit tout de suite que c’est différent, une atmosphère de calme avant la tempête. Comme vous, j’ai été gagnée par la tendresse qui unit cette famille et par la beauté de l’écrin de nature où elle vit. Et soufflée par la poésie avec laquelle Timothée de Fombelle nous y entraîne : ses mots évoquent le grésillement des gouttes de pluie au contact de la terre brûlante, un figuier sycomore, le chant des cigales, et le décor semble prendre vie.

Lucie : Je suis tout à fait d’accord avec toi, Isabelle. J’ai une passion pour les descriptions de Timothée de Fombelle. En quelques mots choisis et souvent avec des images très poétiques il nous emporte dans un pays, un univers… C’est un talent dont je suis très admirative. Bizarrement, alors qu’ils sont en pleine nature, en lisant ce début de roman cela m’a renvoyée au confinement. Cette vallée coupée du monde, ce cocon familial central et toujours cette espèce de menace venue de l’extérieur… Les points communs m’ont sauté aux yeux.

Pépita : C’est un peintre des mots TDF ! Au contraire de toi, ce roman m’a procuré paradoxalement un immense vent de liberté dans ses premières pages. Je ne me lasse pas de la beauté de ce premier chapitre. Il renferme tout en fait. Déjà. C’est d’une beauté !

Frédérique : Je suis du même avis : un réel envoûtement, j’ai savouré ces premiers chapitres, tellement transportée par ce vent de liberté !

Lucie : Justement, cette liberté ouvre sur la suite, puisqu’elle permet au petit frère d’Alma de partir sans prévenir personne. J’ai trouvé très jolie cette idée d’une sœur qui invente un ailleurs pour faire rêver son petit frère, et lui qui y croit tellement fort qu’il veut le découvrir. Les parents ont une confiance absolue en leurs enfants. C’est très beau la manière dont la mère d’Alma, bien que consciente de ce qu’elle va trouver, la laisse partir à la recherche de son frère. Qu’en avez-vous pensé ?

Frédérique : Cette liberté est à son apogée dès le départ et se renforce avec l’intrépide Alma partant chercher son frère. Malgré eux, les parents d’Alma sont rattrapés par leur passé et ne veulent pas enfermer leur fille. Ils la laissent partir comme eux sont partis pour retrouver la liberté.

Isabelle : Il me semble clair qu’avec ce sujet de la liberté, vous mettez précisément le doigt sur le cœur de ce roman – c’était déjà le cas dans les livres précédents de l’auteur, mais ici plus encore. Le prénom Alma signifie “libre”, dans le langage Oko inventé par Timothée de Fombelle qui précise : “ce genre de liberté n’existe dans aucune autre langue. C’est un mot rare, une liberté imprenable, une liberté qui remplit l’être pour toujours. Le père d’Alma raconte que chez lui, ce nom pourrait se dire ‘marquée au fer rouge de la liberté’.” Une liberté brandie par les protagonistes du roman face à l’horreur de l’esclavage. Pour revenir à ta question, je me dis que c’est peut-être parce qu’Alma a grandi ainsi qu’elle ne plie pas face à cette entreprise d’asservissement et en révèle tout l’arbitraire et toute l’absurdité.

Pépita : LIBERTÉ, oui, un thème fort à Timothée de Fombelle, qui traverse chacun de ses romans. Malgré l’esclavage et ses horreurs, cette liberté traverse tout ce premier tome. Malgré l’asservissement, il y a toujours un interstice pour la retrouver : les souvenirs, le chant, le cheval, des rencontres aidantes.

Isabelle : À ce propos, j’ai été très impressionnée par le travail historique et littéraire de Timothée de Fombelle qui évoque cet âge sombre de l’esclavage avec une rare justesse. On sent à la fois qu’il a réalisé un immense travail de documentation et qu’il “vit” cette histoire douloureuse avec les captifs entassés dans les navires, non ? Je trouve qu’Alma témoigne de façon remarquable de la capacité de la littérature et du romanesque à parler d’un sujet comme le commerce triangulaire. Qu’en pensez-vous ?

Pépita : Je te rejoins, Isabelle, sur la documentation de l’auteur. Il a dit que ce sujet le hantait depuis ses 13 ans quand en Guinée, il a ressenti cet appel de l’Histoire. Et il s’est fait cette promesse de la raconter. On le sent en effet très engagé et pour ma part, j’ai appris beaucoup, notamment que des noirs ont participé aussi à la servitude de leurs frères. Comme dans tout drame historique, la soif de pouvoir et la lâcheté qui va avec ressurgit toujours.

Lucie : C’est aussi à ce récit de la visite de l’auteur d’un de ces forts à l’adolescence que j’ai pensé en lisant la question d’Isabelle. Timothée de Fombelle dit clairement qu’il porte ce récit depuis lors, ce qui n’enlève rien à son travail de documentation. Et je te rejoins complètement sur cette thématique de la liberté qui traverse son œuvre. Moi aussi j’ai apprécié cette volonté de montrer que tout n’est pas noir ou blanc (dans la peau comme dans l’âme) et qu’il y a eu des noirs victimes et des bourreaux, comme des blancs inhumains et d’autres terriblement affectés par ce commerce triangulaire. Ne pas tomber dans le manichéisme était probablement l’écueil principal d’un roman sur l’esclavage. Même s’il y a de vrais méchants (encore qu’il nous reste deux tomes pour en savoir plus sur eux aussi), les personnages sont nuancés, ils sont tiraillés entre leurs objectifs et leur conscience et je trouve cela très riche. Je trouve aussi que de (bons !) romans sur ces sujets douloureux ne peuvent qu’aider au travail de mémoire. Se divertir tout en s’informant c’est vraiment le pouvoir de la littérature. Après, à chaque lecteur d’en faire ce qu’il veut…

Isabelle : Je trouve que vous mettez le doigt sur deux apports singuliers de la littérature pour parler du monde, de l’histoire et surtout de ses pages les plus sombres : la construction d’une intrigue placée sous tension vient chercher le lecteur qui tournera les pages de façon plus avide qu’en lisant un documentaire. Et le fait d’incarner cette histoire à travers des destins individuels nous touche, forcément, différemment.

C’est, je trouve, quelque chose qui marche très bien, ici, tant les personnages sont vivants et bien campés. Et il y en a une multitude qui évoluent dans une sorte de chassé-croisé : lesquels vous ont le plus marquées ? Les femmes sont sur le devant de la scène, non ?

Lucie : Mais oui, c’est vrai ! Les femmes ont souvent un vrai rôle chez Timothée de Fombelle et c’est encore le cas ici. Sur trois personnages “principaux”, deux sont des filles. Et des forts caractères qui plus est. Entre Alma qui est la détermination incarnée et Amélie qui est si attachée à son éducation et à son indépendance, les femmes sont bien servies. J’aime aussi beaucoup le personnage de Mme de Lô, le “gouvernail” d’Amélie. J’espère qu’elle prendra encore de l’importance dans la suite. Je trouve Timothée de Fombelle toujours très efficace dans la caractérisation de ses personnages. En quelques phrases il esquisse une personnalité, des enjeux… Et je suis accrochée. Heureusement d’ailleurs, parce que comme il multiplie les personnages sans cela on serait rapidement perdus. Le père d’Alma est aussi très intéressant. Je ne veux rien divulgâcher mais Mosi / Moïse est d’une ambiguïté remarquable. Et sur la Douce Amélie, mes chouchous sont évidemment le trio Joseph Mars, Abel Bonhomme et Poussin qui oscillent sans cesse entre méfiance et complémentarité. Et vous ?

Pépita : J’ai aimé tous ces personnages ! Les femmes ont du caractère, et ça me plait. J’ai été immensément bouleversée par le chant de la maman d’Alma, j’ai même dû refermer le livre… Il y a toujours un côté merveilleux que TDF sait distiller et puis cette façon de ne jamais donner la totalité des facettes d’un personnage. Le lecteur attend donc, et là d’autant qu’il sait qu’il y a deux autres tomes qui arrivent. Ils sont incroyablement vivants, ces personnages : j’ai aimé aussi les différentes générations qui se croisent, se décroisent, vont-elles se retrouver ? C’est une aventure au sens large du terme et TDF a vraiment l’envergure pour mener sa barque… et son lecteur là où il veut. Le plus fort aussi, c’est qu’il arrive à “cacher” ce travail immense de documentation par une écriture si fluide avec des personnages très incarnés. Je vous rejoins donc totalement.

Isabelle : Oui, ces personnages incarnent l’histoire et nous la font vivre “de l’intérieur”, mais ils nourrissent aussi l’intrigue. Lucie, tu parle du père d’Alma, je trouve qu’il n’est pas le seul qui semble avoir ses secrets, sa part d’ombre. Il y a plusieurs protagonistes dont je ne suis pas sûre de savoir quoi attendre – le charpentier Poussin par exemple, qui en sait manifestement long, Nao, la mère d’Alma qui semble cacher une telle force sous sa tranquillité. Ou même Amélie, fille d’esclavagiste, dont on ne sait pas si elle est menaçante ou menacée…

Pépita, tu évoque un côté merveilleux. Il y a de la poésie dans Alma, et même un peu de magie. Qu’en avez-vous pensé ?

Frédérique : Pour moi la poésie se retrouve dans la relation qu’Alma entretient avec ses parents. Elle est belle et à son apogée lorsque Nao partage ce chant évoquant la magie de son peuple. La magie de ce peuple éteint ou chaque personne possède un pouvoir. Je me demande comment TDF va exploiter ce détail ?

Lucie : La magie est essentielle dans les romans de Timothée de Fombelle, je le soupçonne d’ailleurs d’être passé à la littérature jeunesse justement pour avoir cette liberté là – les éléments merveilleux sont plus facilement acceptés dans les romans dits “jeunesse”. Il y a du merveilleux à plusieurs niveaux dans Alma : cette vallée de départ qui est idyllique, la rencontre des parents d’Alma, ces oiseaux, dont on ne connaît pas vraiment le rôle mais qui sont omniprésents autour des Okos et, évidemment, ces “traces”.
J’adore quand des indices sont semés avant qu’on ait des réponses : les chansons Nao, qu’Alma se mette à avoir un talent inné pour la chasse dès qu’elle quitte sa vallée, cette mousse qui pousse sous Soum ; et ensuite vient le récit de ces traces. La magie opère parce que ses effets font déjà partie de l’intrigue. Et puis la manifestation de ces talents est tellement poétique… J’adhère sans savoir où cela va nous mener ni comment cela va être utilisé, parce qu’un peu de magie enchante le quotidien et que celui d’Alma n’est pas rose !

Isabelle : Tout à fait. Cette part de magie, c’est peut-être ce qui permet par ailleurs de dire à de jeunes toute l’horreur qu’a été l’esclavage sans que cela ne devienne insupportable ? J’ai trouvé que c’était très bien dosé, Alma n’est pas un roman de fantasy ; pour moi, cette magie est plutôt celle des contes. Je l’ai perçue comme une façon de dire la force du courage, de l’entraide, de la dignité affirmée face aux oppresseurs. J’ai d’ailleurs lu quelque part que l’auteur s’était inspiré de faits documentés : on aurait laissé une captive chanter sur un navire négrier parce que on chant apaisait les velléités de révolte. Comme vous le dites, ces dons des Okos, qui restent à l’arrière-plan pour l’instant, contribuent aussi à nourrir notre curiosité.

Lucie : J’aime bien ton parallèle entre la magie des contes et celle d’Alma, c’est très bien vu ! Et cette hypothèse qu’elle permet de “faire passer” les atrocités de l’esclavage… Ça correspond tout à fait à la vision de l’imagination de J. K. Rowling dont je viens de terminer La meilleure des vies. Pour elle, c’est notre imagination qui nous permet de nous mettre à la place des autres bien que l’on n’ait pas traversé les mêmes épreuves, et donc qui nous permet de faire preuve d’empathie.

Pépita : J’ajouterais juste que l’échappée dans le merveilleux nous permet de mieux supporter l’horreur au sens où cela la met à distance. “Une des fonctions essentielles du conte est d’imposer une trêve au combat des hommes” (Daniel Pennac). TDF a une façon bien à lui de faire cohabiter le bien et le mal sans qu’ils s’opposent forcément. On le voit particulièrement avec les zones d’ombre de ses personnages. On est alors à la fois dans un roman historique et un parcours initiatique. Car ces personnages vont se révéler au lecteur mais aussi en même temps à eux-mêmes.

Isabelle : “Le vent se lève” n’est que la première pierre d’une trilogie. Une forme qui fait écho aux trois pôles du commerce triangulaire, mais qui exige de renouveler l’intrigue pour garder le lecteur sur plusieurs centaine de page. Qu’en avez-vous pensé ?

Pépita : Je ne suis pas allée au-delà du premier tome ! J’attends la suite car je sais qu’elle va nous surprendre bien au-delà de ce qu’on pourrait imaginer.

Lucie : Trois tomes pour trois continents, trois personnages (Alma bien sûr, mais aussi Joseph et Amélie) et probablement trois étapes : capture, esclavage et abolition. C’est comme ça que je l’imagine, mais je n’ai pas d’attente particulière pour l’intrigue. D’abord parce qu’il va falloir attendre encore un moment avant le deuxième et le troisième (!) tome. Et puis parce que j’aime tellement me laisser porter par les trouvailles et les détours de Timothée de Fombelle, qui va de toute façon toujours bien au delà de ce que je pourrais imaginer. Je ne trouve pas que ce premier tome ait un “ventre mou”. Il y a un moment un peu long sur le bateau, mais cela correspond bien à la durée et à la dureté du trajet, donc cela ne m’a pas gênée. Et toi, qu’en as-tu pensé ?

Isabelle : J’ai apprécié l’ampleur de cette fresque, il fallait probablement une trilogie pour y parvenir. L’histoire commence en 1786, trois ans avant la Révolution, je m’attends comme toi à de grands bouleversements que je brûle de découvrir.

Pépita : J’avais une petite question sur la forme : vous avez dû remarquer le petit “jeu” de l’auteur avec ses fins de chapitres et les noms des chapitres ? Vous en avez pensé quoi ?

Isabelle : C’est drôle que tu parles de ça, Pépita, j’y pensais aussi quand nous parlions de poésie. Quand nous avons lu Alma à voix haute, mon fils n’a pas mis deux chapitres à se rendre compte qu’effectivement, le titre de chaque chapitre correspond à ces derniers mots (j’aurais mis plus de temps à le remarquer sans lui, je pense !). Cela a nourri notre curiosité car on se demande souvent comment le chapitre en arrivera à ces mots-là !

Lucie : J’ai récemment lu Victoria rêve, et je me suis aperçue que Timothée de Fombelle y jouait déjà avec les derniers mots des chapitres utilisés en titre. Je trouve étonnant de voir comme ça fonctionne bien, à chaque fois. Comme toujours, je serai curieuse de savoir comment ça se passe “en cuisine” : ça semble simple et évident quand on le lit, mais ça demande certainement un travail complexe.

Isabelle : Pour conclure, j’avais envie de vous demander quelle émotion a prédominé chez vous à la lecture de ce roman

Lucie : L’émotion qui a prédominé chez nous a été l’excitation. De retrouver Timothée de Fombelle pour un roman en plusieurs tomes tout d’abord (la lecture de Tobie Lolness était encore fraîche), et de découvrir sans cesse ce qu’il nous avait réservé dans le chapitre suivant. C’est vrai que ce jeu sur les titres crée une attente, mais elle est aussi alimentée par les changements de personnages qui nous laissent en suspens. En conséquence, les vacances aidant, on l’a lu en très peu de temps malgré le nombre de pages.

Pépita : L’émotion ? Mais il y en a tant ! Ce qui prédomine chez moi, et cela va vous paraitre paradoxal, c’est le sentiment de liberté. Liberté de suivre un cheval, de suivre son instinct, de chanter, de mener sa barque, de désobéir, de garder ses secrets… Je crois vraiment que c’est un fil rouge du roman et qu’il n’a pas fini de nous surprendre.

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Pour en savoir plus, vous pouvez consulter les billets d’Isabelle, de Lucie, de Pépita et Frédérique, ainsi que le billet consacré à Timothée de Fombelle dans notre série “classiques de la littérature jeunesse”, qui vous donnera certainement envie de lire ses autres livres. N’hésitez pas non plus à nous donner votre ressenti sur Alma : ce roman vous fait-il envie ? Peut-être l’avez-vous déjà lu, qu’en avez-vous pensé ?

Billet d’été : On the road

Cet été, vous avez envie de voyager, mais dans le contexte particulier que nous vivons, vous hésitez ? À l’ombre du grand arbre, nous avons la solution : voyager par les livres ! La preuve : cette semaine, inspirée par l’adorable Swap envoyé par Sophie, je vous fais traverser l’océan Atlantique et je vous emmène visiter les États-Unis – voyage garanti sans CO2, fouilles à l’aéroport ni besoin de porter un masque. Vous n’avez même pas besoin de quitter votre fauteuil préféré ! Quelques pages et la magie des mots déploie l’immensité sauvage des paysages nord-américains, les possibles des routes interminables, les villes imposantes, mais aussi et surtout la diversité de cette société qui promet de belles rencontres… Et pour le même prix, je vous offre même un voyage dans le temps ! Vous êtes prêts ? On y va !

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1860 : Missouri-Denver : 1000 kilomètres avec 1000 dindes

Difficile d’imaginer que dans un passé pas si lointain, le transport des marchandises ne pouvait se faire ni par des camions, ni par des trains. Prenez par exemple les grandes plaines américaines vers 1860. Si vous vouliez livrer votre bétail sur pied à l’autre bout du pays, il n’y avait pas trente-six solutions : il fallait l’y emmener à pied, quitte à braver les périls du Far West ! Tel est le génial sujet de ce roman, qui nous fait découvrir l’Amérique de Tom Sawyer et de Huckleberry Finn : celle des chercheurs d’or et des Indiens, mais aussi celle de l’esclavagisme, de la famine et des chasseurs de bisons. Pour en savoir plus

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… 1904 : Du Sud au Nord, avec une bande d’irrésistibles aventuriers

Nous voici à l’aube de la révolution industrielle. À la place du révolver commandé par correspondance (!), P’tit Trois, Eddy, Joju et Min ont reçu une montre détraquée. Qu’à cela ne tienne, ils iront réclamer leur dû, quitte à traverser les Etats-Unis pour cela ! Leurs aventures palpitantes nous entraînent du bayou natal aux abattoirs de Chicago, en passant par la Nouvelle Orléans et les rives du Mississippi.

Un voyage qui montre une société en mutation rapide, mais qui reste minée par la ségrégation raciale. Pour en savoir plus

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… 1957 : Lutte pour l’égalité à Little Rock

Plus de 50 ans plus tard, cette page ségrégationniste n’est toujours pas tournée. Ce roman inspiré de faits réels raconte une page importante du mouvement des droits civiques : les violences racistes et la timide évolution des esprits déclenchées par l’inscription de neuf élèves noirs dans un lycée jusque-là réservé aux Blancs.

Un livre qui entretient une mémoire essentielle et évoque le courage immense de celles et ceux qui agissent en pionniers de la conquête de nouveaux droits, qui s’exposent en première ligne pour permettre à d’autres d’être acceptés, respectés et éduqués. Pour en savoir plus

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… Aujourd’hui : de la Floride à Seattle dans un ancien bus scolaire

De l’eau a coulé sous les ponts, retour à la période actuelle pour un road-trip décoiffant qui nous fait traverser le pays de bout en bout. Un voyage intense et urgent, guidé par la quête de Coyote, inoubliable fille de douze ans assortie de son hippie de père. On brûle de savoir s’ils arriveront à temps, mais se rend vite compte que cet immense chemin parcouru, ponctué de magnifiques rencontres, compte en lui-même. Pour en savoir plus

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Autant de fenêtres sur le lointain et l’Histoire que ces quatre romans. Mais aussi des textes qui invitent à rêver et à construire un monde de partage, de tolérance et de générosité. Et, particulièrement cette année, cela fait un bien fou.

Lecture commune : Akita et les grizzlys

Lorsque les mots de Caroline Solé rencontrent le pinceau de Gaya Wisniewski, cela donne un très joli roman initiatique. Et un palmarès impressionnant, avec notamment une pépite à Montreuil et une nomination pour le prix Sorcières. Akita nous entraîne dans un univers polaire à couper le souffle où il s’agit d’affronter les éléments, mais surtout de mystérieux grizzlys. Ce roman nous a enchantées au point d’avoir envie de prolonger cette lecture en revenant sur plusieurs points marquants…

Akita et les grizzlys, de Caroline Solé et Gaya Wisniewski. L’école des loisirs, 2019.

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Isabelle: Qu’est-ce qui vous a donné envie de braver le froid pour faire la connaissance d’Akita ?

Pépita : Je ne serais pas allée le lire s’il n’avait pas été pépite à Montreuil et nommé aux Sorcières, c’est clair ! Le froid, la banquise, c’est pas mon truc. Et puis il y a aussi l’illustratrice dont j’aime le travail. Alors, cela a suffi ! Et franchement, je ne regrette pas.

Isabelle : C’est drôle que dises ça, Pépita, nous on a immédiatement été attirés par ce livre parce qu’on ADORE les livres qui nous entraînent en région polaire. Et donc les illustrations de Gaya Wisniewski qui sait si bien sublimer l’hiver !

Bouma : Pour moi, la Pépite a joué, bien sûr. Et aussi le nom de Caroline Solé dont j’avais adoré le premier roman La Pyramide des besoins humains.

Isabelle : Le titre annonce des grizzlys, des animaux un peu effrayants, non ?

Pépita : Oui ! je me suis dit : voyons voir, ça ressemble à quoi cette bête-là ? À de gros ours !!! Et mon imagination a galopé…

Isabelle : Comme toi, j’ai imaginé d’énormes animaux pas très rassurants pour cette toute petite fille sur la couverture. Nous avons donc, d’un côté, Akita, et de l’autre, ces inquiétants grizzlys qui ne sont pas forcément ceux qu’on attendait.

Bouma : Grizzlys n’est pas forcément synonyme d’effrayant dans mon imaginaire, en tant que cousins des ours. Je me suis juste dit qu’il s’agissait de gros animaux de cette région froide du monde où sembler habiter Akita.

Isabelle : Justement, parlons un peu d’elle. Comment décririez-vous Akita ?

Pépita : Quelle petit bout de femme ! Elle sait ce qu’elle veut ! On ne dirait pas qu’elle va avoir 7 ans, on dirait déjà une ado en puissance ! Mais en même temps, elle aime profondément sa famille et elle est respectueuse des coutumes.

Bouma : Je rejoins l’avis de Pépita. Akita est une petite fille pleine de vie et de détermination. Mais derrière cette carapace, on sent aussi une certaine fragilité, une envie de se faire accepter malgré les différences profondes qu’elle semble manifester.

Isabelle : Oui, Akita est un tourbillon d’énergie et d’émotions et, en même temps, elle a quelque chose de fragile qui m’a touchée. À la fois dans sa solitude, liée à sa différence, qu’elle voudrait bien pouvoir surmonter. Elle a aussi la fragilité de ceux qui grandissent : cela demande une bonne dose de courage d’aller de l’avant quand on est à la charnière entre deux âges.

Isabelle : Pour dompter les fameux grizzlys qui se déchaînent parfois en Akita, ses parents l’emmènent voir une glooglooka – encore une dénomination intrigante, voire un peu inquiétante ! Comment avez-vous lu cette expérience initiatique ?

Pépita : J’ai été très intriguée mais rapidement, j’ai fait l’association avec une psychologue. C’est une bien jolie manière dans ce roman pour un jeune public d’apporter du merveilleux, j’ai trouvé. Et dire ce mot à haute voix, c’est jubilatoire. Mais comme Akita se prête assez de bonne grâce à cette visite, même si elle ronchonne un peu, on se dit qu’il ne peut pas en sortir du mauvais. Elle va avoir 7 ans aussi, Akita, elle attend avec impatience. C’est comme un rite, oui, un passage. Bien symbolisé par la grotte dans laquelle elle pénètre…

Bouma : Moi aussi j’y ai tout de suite vue la figure d’une psychologue, allant de soi avec la métaphore des grizzlys pour symboliser des colères incontrôlables. Mais l’écriture de Caroline Solé dessine un aspect magique à l’ensemble et en donne donc une toute autre vision à l’enfant lecteur. C’est une rencontre importante pour la jeune Akita que de se retrouver face à cette figure imposante. Pourtant, on sent tout de suite de la bienveillance et de l’écoute chez cette figure…

Isabelle : Je vous rejoins tout à fait. La visite chez la googlooka, c’est quelque chose qui semble impressionnant, voire inquiétant, a priori. Et finalement j’y ai vu comme vous une très jolie façon de parler de l’aide que peut apporter une personne extérieure dans les moments difficiles. J’ai été épatée par la densité métaphorique de ce petit roman qui parle de beaucoup de sujets importants, qu’il s’agisse de l’épreuve de grandir, de la souffrance de se sentir différent, du rôle des expériences initiatiques et du bien que cela peut faire d’accepter l’aide d’autrui… Des thèmes qui parleront sans doute à toutes et tous.

Proposer quelque chose d’aussi universel à partir d’un univers aussi lointain que celui d’Akita, c’est fort, non ?

Pépita : J’ai trouvé que les métaphores étaient remarquables ! Personnellement, je n’ai jamais rien lu d’aussi abouti sur les émotions. Et je me dis que cette façon d’aborder les colères parlera bien à l’imaginaire des enfants. La distance permet l’appropriation pour moi. J’ai été bluffée par la richesse de ce petit roman.

Bouma : Exactement. Et ce que j’apprécie également beaucoup, c’est qu’un lecteur qui n’aurait pas envie d’y lire ces métaphores peut aussi rester sur l’histoire au premier degré et l’apprécier tout autant. Il y a plusieurs niveaux de lecture, chacun y trouvera ce qui lui parle.

Isabelle : Ce roman est illustré de bout en bout par Gaya Wisniewski : qu’avez-vous pensé de sa proposition et quel impact a-t-elle eu sur votre lecture ?

Bouma : J’avoue que ce n’est pas le style d’illustration que je préfère. Mais le trait léger du pinceau de cette illustratrice apporte une belle complémentarité à l’histoire.

Pépita : Je trouve les illustrations superbes ! Les contours flous, les coloris lumineux, tout concourt à rendre l’atmosphère du grand Froid (on sentirait presque sa morsure) et le côté mystérieux et irréel de cette histoire.

Isabelle : J’ai trouvé que le texte et les illustrations se faisaient parfaitement écho pour composer un univers très incarné, fait de grandes immensités neigeuses, de chiens de traineau, d’aurores boréales et de cristaux scintillants… Gaya Wisniewski, que l’on connaissait déjà grâce à ses albums Mon bison et Chnourka est dans son élément avec cet univers polaire et cette histoire de petite fille et d’animaux. Je rejoins Pépita, elle n’a pas son pareil pour nous transporter dans le grand froid dont elle nous fait presque ressentir le frisson et le silence ! En quelques traits, elle parvient aussi à représenter de façon très expressive le désarroi d’Akita ou l’amusement de la glooglooka. Et la technique de l’aquarelle se prête pour réaliser des fondus qui donnent libre cours à l’imagination. Ce sont ces dessins-là que j’ai le plus aimés.

Qu’avez-vous retenu de cette lecture ?

Pépita : Ce que j’en ai retenu, c’est le parcours initiatique métaphorique. C’est surprenant, doux et beau à la fois.

Isabelle : Pour ma part, je retiens une restitution très juste, par le texte comme par les illustrations, d’émotions qui peuvent être dévorantes. Et un message optimiste sur le réconfort que peut apporter la main tendue, notamment celle du/de la psychologue.

À qui auriez-vous envie de faire découvrir Akita et les grizzlys ?

Bouma : C’est un beau texte que je pourrais conseiller aux parents qui ont des enfants plus âgés que la maternelle sur la gestion des émotions, en conseillant aux parents de le lire aussi !

Pépita : Je le conseillerais aussi aux adultes.

Isabelle : J’ai été ravie de partager cette lecture avec mes enfants et je me suis empressée de la faire découvrir à mes petites nièces. Mais je vous rejoins, c’est un livre qui peut toucher à tout âge !

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Pour en savoir plus, vous pouvez consulter les avis de Pépita et Isabelle. N’hésitez pas non plus à nous donner votre ressenti sur ce roman : vous fait-il envie ? Peut-être l’avez-vous déjà lu et qu’en avez-vous pensé ?