De l’intérêt de lire à Voix haute

Que ce soit dans l’intimité de notre foyer ou dans le cadre de notre travail, la lecture à voix haute est une activité que nous pratiquons toutes. Nous avions envie d’échanger sur ce sujet afin de savoir comment nos copinautes mettent en place cette activité dans leur quotidien, pourquoi, pour qui et ce que cela leur apporte.

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Quand est-ce que vous lisez à haute-voix ? A qui ?

Frede : J’ai lu et je lis à voix haute très régulièrement surtout dans le cadre de ma profession.
J’ai lu énormément pour les enfants et adultes en situation d’handicap, pour les personnes âgées.
Maintenant ma lecture à voix haute se fait plus pour les enfants de 0 à 14 ans et toujours dans mon boulot. Cette lecture peut être en lien avec une thématique choisie : la dernière en date était sur le développement durable. Je me suis régalée à interpréter un extrait d’une pièce et lire Forêt des frères que nous avions beaucoup aimé ici. Ayant fait du théâtre lors de ma jeunesse, j’adore interpréter et moduler ma voix sans exagérer. J’ai eu la chance d’être formée à la lecture à voix haute par une comédienne lorsque j’étais bénévole pour l’association « Lis avec moi » à Lille. Puis avec une autre comédienne qui m’a appris à me déplacer lors de mes lectures, à « s’approprier l’espace scénique ».
Parfois je lis à voix haute pour moi, pour entrer dans le texte et pouvoir le lire sans difficulté lors d’un accueil de classe. De temps en temps je kidnappe mes grands ados pour leur lire un album coup de cœur.
Pour moi, la lecture à voix haute est essentielle et comme je le dis à mes collègues que je forme aux accueils de classe : il faut vivre le texte, faire passer les mots !

Linda : La lecture à voix haute a toujours été une activité partagée entre chacun de mes enfants et moi-même, dès qu’ils ont été capable de capter leur attention quelques minutes. C’est un moment que j’associe au calme et à l’échange. Je me souviens que chacun d’eux aimaient vraiment être collé à moi durant ce moment qui leur permettait de se poser tout en se faisant câliner. Avec l’âge et l’entrée progressive dans la lecture, chacun s’est détaché au moment de son choix, parfois un peu trop tôt à mon goût, parfois pas du tout mais finalement au moins qui leur a semblé être le bon. Mes filles aiment toujours la lecture à voix haute, malheureusement les emplois du temps de chacune ne facilitent plus une disponibilité commune et nous ont contraintes à presqu’abandonner cette activité. J’essaie encore de préserver cet intérêt car, à cette étape qu’est l’entrée dans l’adolescence, la lecture à voix haute revêt un intérêt différent : partager un temps de qualité ensemble, échanger autour d’un livre, des sujets qu’il aborde, débattre et ouvrir au monde. C’est par ailleurs une activité qui rassemble, qui développe et enrichie le vocabulaire et l’imagination et c’est aussi un formidable outil pour la concentration.

Lucie : Chez nous la lecture à voix haute est une tradition familiale. Mes parents nous lisaient des histoires (je me souviens que mon père faisait des voix différentes pour chaque personnage, j’adorais ça) et je ne me suis même pas posé la question de lire à mon tour des histoires à mon fils, ou d’écouter mon mari lui en lire (lui aussi fait des voix géniales). Mais la tradition ne se limite pas aux enfants. Il est arrivé que mon mari me lise des histoires, et j’ai appris que mon grand père faisait la même chose pour ma grand mère.
Effectivement, la question de continuer ou pas se pose quand les enfants grandissent et qu’ils deviennent bons lecteurs. Il est souvent arrivé que je commence un roman à haute voix avec mon fils et que le lendemain matin il en soit trois chapitres plus loin. C’est un peu frustrant quand c’est un livre que l’on découvre ensemble ! Mais il faut saluer les auteurs qui parviennent à créer des histoires tellement prenantes que l’on ne peut pas attendre pour en lire la suite.
Ce moment de partage autour du livre est précieux et ni lui ni nous ne sommes prêts à y renoncer. Même si parfois il s’agit seulement de lire des livres différents pelotonnés tous ensemble.

Dans ma pratique de maîtresse aussi la lecture est très importante. Il y a les lectures « suivies » que je propose en épisodes, et les lectures offertes (expression que j’aime beaucoup) en lien avec un thème travaillé en classe ou juste pour le plaisir.
Je suis pour ma part totalement convaincue par le quart d’heure lecture à condition que les élèves soient libres de choisir leurs lectures. Les études montrent bien que ce moment est source d’apaisement pour les élèves comme pour les enseignants.

Isabelle : Un peu comme Linda, j’ai lu à mes garçons, nés en 2009 et 2011, dès leurs tous premiers mois. Je me souvenais de moments fantastiques de lecture avec ma mère et de lectures offertes par mon instituteur de CM1, j’avais envie de proposer de tels partages à mes enfants. Nous avons donc instauré une sorte de rituel de lecture du soir. Mes moussaillons ont longtemps aimé lire et relire les mêmes livres, puis nous avons commencé à en découvrir de nouveaux, plus longs et immersifs. Nous n’avons pas eu envie de mettre fin à ce moment quotidien quand ils ont su lire seuls. Cela s’est fait naturellement avec l’aîné, vers 10 ans, lorsqu’il était trop absorbé par son roman du moment pour interrompre sa propre lecture. Cela ne l’empêche pas de nous rejoindre de temps en temps lorsque notre lecture du moment l’intrigue et nous avons développé de nouvelles formes de partage autour de lectures communes. Je continue de lire à voix haute presque tous les jours avec son frère qui aura bientôt douze ans. Je lis aussi de temps en temps avec les autres enfants de la famille, notamment mes neveux et nièces qui aiment tous ça !

Que pensez-vous que cette pratique de la lecture partagée ait apporté à votre famille ?

Linda : Je crois que cela a développé l’esprit critique de chacun, l’amour des mots, le plaisir d’être ensemble, d’échanger, d’argumenter autour de tout un tas de sujets. La lecture à voix haute nous a aussi permis de partager des intérêts communs pour les livres que, désormais, nous choisissons ensemble ou se recommandons mutuellement.

Colette : Avant toute chose, le rituel de la lecture partagée nous a apporté un moment de disponibilité réciproque. Pendant le moment de l’histoire du soir, nous nous retrouvons VRAIMENT tous les 4, pas de compromis possible, pas de diversion négociable : comme une promesse d’être entièrement présents les uns pour les autres. C’est un RDV que nous nous offrons et que nous ne manquerions pour rien au monde !

Frede : La lecture partagée est un moment de plénitude totale. Malheureusement dans la famille, nous lisons très peu ensemble, je l’ai énormément fait avec mes fils lorsqu’ils étaient petits. Je pense que le fait de lire pour une classe, un groupe m’apporte autant de satisfaction.
De plus, je lis beaucoup à voix haute pour moi-même, pour ressentir encore plus les mots. Mine de rien cet exercice n’est pas plus mal lorsque je dois lire devant un public surtout pour les 0-3 ans.
C’est un moment où toutes les oreilles sont attentives et captent la même histoire et où l’imagination n’appartient qu’à soi.

Lucie : Je te rejoins tout à fait : ce moment est très précieux chez nous aussi, et incontournable ! Une pause pour être ensemble et partager une histoire dans un quotidien où l’on court tous tout le temps. Nous y tenons beaucoup.

Isabelle : Je me retrouve dans vos réponses : ces moments d’attention exclusive dont tu parles, Colette, sont hyper précieux ! Je pense que c’est LA manière privilégiée de cultiver son goût de lire et de le transmettre à ses enfants. On s’extrait aussi, pour quelques minutes, du train-train de nos journées trop chargées. L’évasion dans un livre permet souvent de désamorcer les tensions et de prendre un peu de distance vis-à-vis des petits soucis du quotidien. C’est véritablement stupéfiant de voir à quel point quelques minutes de lecture permettent aux enfants les plus vifs et turbulents (et je sais de quoi je parle !) de se poser et de retrouver le calme avant d’aller dormir : cela vaut vraiment le coup d’essayer ! Comme le dit Linda, ces lectures donnent aussi souvent lieu à des confidences, des questions et des moments privilégiés d’échange que nous n’aurions pas forcément eus sinon. Il est parfois plus facile d’aborder certaines questions de façon indirecte, voire implicite, à travers une histoire que de manière frontale. Jour après jour, on apprend à mieux se connaître. Quand le goût de la lecture se transmet de génération en génération, cela peut enfin contribuer à créer une belle complicité autour de certains livres qui finissent par composer un univers de références partagées par toute la famille… Chez nous, nombreux sont les repas de famille où nous parlons de Karlsson sur le toit ou encore de Willy Wonka. Ces personnages ont presque partie de la famille, tout le monde les connaît ! 

Quelles sensations et quelles émotions apporte la lecture à haute voix ? Quel est le « supplément d’âme » de cette pratique d’après votre expérience ?

Lucie : En réalité, si j’aime ce moment je n’aime pas beaucoup lire à voix haute. Je le fais pour le partage du moment, mais je préfère nettement écouter !
Mais je suis curieuse de lire les réponses de celles qui sont à l’aise dans cet exercice.

Colette : Personnellement, j’aime beaucoup devoir moduler ma voix, jouer avec les différents personnages pour captiver mon petit public. Mais comme toi Lucie je préfère écouter les autres lire. J’ai découvert depuis peu la lecture audio. Nous avons écouté lors de longs trajets L’Ickabog lu par Aïssa Maïga ou encore Jefferson lu par JC Mourlevat et vraiment ce fut un régal. J’avoue que Jean-Claude Mourlevat lit vraiment bien ses textes : sa voix est riche des émotions de ses personnages, je ne sais pas si c’est lié à sa formation de comédien ou encore au fait qu’il connaisse parfaitement bien ses personnages, mais l’écouter lire est très enthousiasmant.

Et je rajouterai que « le supplément d’âme » que je trouve à cette pratique c’est la sensation de vivre une expérience collective à travers une activité qui est sinon très individuelle. Les échanges que l’on peut faire en classe après une lecture à haute voix sont très intéressants pour comprendre tous les mécanismes qu’implique la lecture qui est un acte tellement complexe. Et puis le silence qui règne dans un groupe à l’écoute d’une lecture à haute voix, c’est un silence magique !

Linda : Comme Colette, j’aime beaucoup devoir moduler ma voix, c’est une façon de s’approprier les personnages et de les rendre vivants et accessibles au petit public attentif. Je trouve aussi que cela donne vie aux mots, les fait danser, et puis cela dynamise la lecture et la rend tellement plus intéressante pour l’auditeur.
J’aime aussi, en tant que lectrice, observer les réactions que provoque la lecture, cela donne à réfléchir sur ce qu’elle apporte à chacun et facilite ensuite les échanges, à exprimer son ressenti et ses émotions. 

Frede : Je dirais que cette sensation est unique et apporte beaucoup de quiétude, de bien-être. J’aime ce moment où toutes les oreilles et les yeux sont rivés sur le livre que je suis entrain de lire. Peu importe la technique employée à ce moment là c’est véritablement un instant de véritable communion.

Isabelle : L’histoire du soir permet de redécouvrir la lecture, car on lit différemment quand on le fait à haute voix pour quelqu’un d’autre. Moi qui lis beaucoup et de manière un peu compulsive, j’ai redécouvert certains livres en les parcourant plus lentement, en prenant le temps de me représenter pleinement le texte afin de mieux le transmettre, de respecter les silences (voire les faire durer pour entretenir le suspense !), d’adapter mon intonation, de théâtraliser un peu la lecture où jouant sur des mimiques et des expressions, un ton ironique, des voix plus aiguës ou plus graves, voire même des accents ! Cela demande une concentration exclusive et a l’effet de me calmer. Rétrospectivement, j’ai le sentiment d’une qualité de lecture différente pour les livres lus comme cela. 

Pour vous, y a-t-il des supports qui se prêtent mieux à la lecture à haute voix que d’autres ? Vous est-il arrivé de tomber sur un livre particulièrement difficile à lire à haute voix ? Et, au contraire, avez-vous des « chouchous » que vous aimez lire à haute voix ?

Colette : Oui, clairement il faut des textes qui alternent récit et dialogues régulièrement. Les textes de théâtre se prêtent bien évidemment à la lecture à haute voix mais à peine ouverts, ils appellent à être joués et ils seront bien plus savoureux à plusieurs lecteurs, lectrices. J’aime beaucoup lire des albums, car on peut ménager de longues pauses de silence pour montrer les images qui les illustrent. Je n’ai pas beaucoup d’expérience de lectures à haute voix de textes longs. Quant aux BD c’est vraiment compliqué en groupe mais en tête à tête avec mon fils de 9 ans, c’est un genre qu’on adore lire ensemble. Les documentaires sont d’après moi les livres les plus difficiles à lire à haute voix mais certains s’y prêtent vraiment. Il faut une mise en page simple avec un objet par page ou double-page, au delà on s’éparpille. Pour la pratique de lecture à haute voix, ce que j’aime le plus, c’est ressortir le butaï que mon père a fabriqué à mon grand garçon pour ses 5 ans et lire des kamishibaï à ma petite famille. Le kamishibaï est une sorte de théâtre d’images où la voix accompagne les images que le public voit défiler devant ses yeux. Pour le baptême de mon filleul, j’ai lu « Il faudra » d’Olivier Tallec et Thierry Lenain en version kamishibaï et ce fut vraiment un très beau moment. Des phrases courtes. Poétiques. Percutantes. Qui touchent en plein coeur. Pour moi la poésie est le genre par excellence de la lecture à haute voix et certains albums sont de pures merveilles de poésie.

Lucie : Tous les supports type kamishibaï, tapis à histoire etc. sont extra pour la lecture à voix haute. Mais quand on n’a pas la chance d’avoir ce matériel, je trouve que l’album est le livre idéal. Nous n’avons jamais lu de poésie en famille, tu me donnes envie d’essayer.
En réalité, en posant cette question je pensais à un roman en particulier que nous avons arrêté car trop compliqué à lire à haute voix : « Réseaux » de Vincent Villeminot. En revanche, les auteurs qui jouent avec les mots et les sonorités (J.K. Rowling, Timothée de Fombelle, Flore Vesco, Roald Dahl ou Jean-Claude Mourlevat pour ne citer qu’eux) sont géniaux à lire à haute voix, même sur de longs textes.

Linda : Pour ma part j’aime lire tous les supports à voix haute, à l’exception de la bande dessinée. Je n’aime pas partager ce format de texte « fractionné » que j’aime pourtant lire en solo. Je lis des romans à voix haute et je les trouve tout aussi savoureux, voir plus parfois, que les albums. Peut-être justement car pour ces derniers, il faut régulièrement marquer une pause pour regarder les images et laisser la place à chacun de le faire dans le temps qui lui convient.
Dans les romans, c’est plus l’écriture qui va avoir un rôle dans le plaisir de lire. J’aime particulièrement la poésie et la musique des mots que certains auteurs savent poser sur le papier. Spontanément je pense à Flore Vesco, Bertrand Santini, Jean-Claude Mourlevat ou encore Roald Dahl… Mais parfois c’est plus le rythme de l’action et l’écriture qui est un véritable plaisir pour l’oreille ; ici je pense à des titres plus classiques comme Les aventures d’Arsène Lupin, la saga de Anne de Green Gables ou encore La ferme des Animaux. Sans oublier les textes qui font voyager au sens propre, comme au sens figuré. Pourtant parfois, alors que le sujet est intéressant et le livre vraiment bien écrit, ça fait flop. Je me souviens avoir vraiment peiné sur Le baron perché d’Italo Calvino, la faute aux phrases interminables qui faisaient trembler ma voix de fatigue. C’est pourtant un livre que nous avons aimé, les filles et moi, mais j’en suis ressortie épuisée.
Donc pour moi, tout livre vaut le coup d’être lu à voix haute, chacun trouvera ceux qui lui conviennent.

Frede : Je ne lis jamais de documentaires ou de BD en lecture à voix haute. Par contre j’adore lire du théâtre à plusieurs voix. Je me souviens encore du bonheur de lire Roméo et Juliette avec mon cadet en se répartissant les rôles à chaque début d’acte. Comme je lis l’histoire avant mon accueil je n’ai jamais de mauvaise surprise car il faut « maîtriser » son texte pour y mettre la tonalité et captiver son public. Mes chouchous sont essentiellement des albums comme De la petite taupe qui voulait savoir qui lui avait fait sur la tête, La souris et le voleur, tous les albums de Christian Voltz (je les connais presque par cœur), La moufle, le bateau de Mr Zouglouglou… mais j’ai un souvenir ému de ma lecture du petit roman La bergère qui mangeait ses moutons, lu sur scène pour les 20 ans de la médiathèque où je travaillais. Quel régal ! une comédienne nous avait aidé à « nous mettre en scène ».

Isabelle : Pas de support privilégié, même si comme Linda, je n’aime pas trop lire de BD à haute voix. Pour moi, cette mode de lecture est un test clé. Il y a les textes dans lesquels on entre tout de suite. C’est notamment le cas de ceux de Roald Dahl ou de Jean-Claude Mourlevat dont vous avez parlé. Ils ont un rythme et coulent de manière évidente, déployant dans nos imaginaires un univers dans lequel on se repère aisément, des personnages palpables dont on perçoit la consistance et qu’on a l’impression de connaître, des intrigues qui nous enveloppent et nous accrochent à tel point qu’il est difficile d’interrompre la lecture. Il nous est arrivé de lire plus d’une heure à la suite ! Les choses sont différentes avec les albums mais là aussi (encore plus, je trouve), on voit tout de suite comment fonctionnent les mots. D’autres textes sont plus durs à lire et à suivre, souvent c’est sans appel et tout le monde est d’accord ! À mon sens, la lecture à voix haute est aussi un moyen privilégié de faire découvrir des textes plus difficiles d’accès à ses enfants. Au fil des années, nous avons lu de nombreux classiques qui comportent des mots plus rares et exigent de connaître certains éléments de contexte : les romans de Stevenson par exemple (L’île au trésor, L’étrange cas du Dr. Jekyll et de Mr. Hyde), Moby Dick, Dracula ou le splendide Watership Down. Les enfants étaient super heureux mais ne se seraient sans doute pas lancés seuls.

Sur la base de vos expériences respectives, avez-vous des conseils particuliers à adresser à celles et ceux qui aimeraient se lancer dans la lecture à voix haute en famille ou dans un autre cadre ? Des trucs qui auraient bien marché chez vous ?

Isabelle :  Pour ma part, je conseillerais d’essayer de ménager ce moment qui n’a pas besoin d’être très long en veillant si possible à ne pas être dérangé. Et aussi de ne pas se formaliser si un enfant ne parvient pas à rester immobile en écoutant. Mes moussaillons ont souvent eu besoin de rester libres de leurs mouvements, de manipuler un objet… J’ai pris le parti de les laisser s’installer ou bouger comme ils le souhaitaient, tant que cela ne perturbait pas la lecture. Il leur est par exemple arrivé de faire des coloriages ou des perles à repasser pendant la lecture du soir, mais ils savent qu’ils ne peuvent pas faire de bruit ou s’agiter.

Linda : Je rejoins assez ce que dis Isabelle sur la disponibilité de l’enfant, l’importance de le laisser libre de ses mouvements. J’ajouterai qu’il ne faut pas se forcer à le faire ou s’imposer un moment précis, le plus important est que chacun soit disposé à partager ce moment ensemble.

Lucie : L’idéal est bien sûr de commencer avec un enfant tout petit. Mais ne pas l’avoir fait ne veut pas dire qu’il ne faut pas se lancer !
Nous avons vécu des moments de « pause » de ce rituel, qui m’ont chaque fois fait un pincement au cœur. Mais nous l’avons chaque fois relancé grâce à une lecture qui nous donnait envie, suite à un passage en librairie par exemple. Ne pas être trop rigide sur la forme (liberté de mouvement, durée…) pour garder le plaisir, partir de l’envie de l’enfant aussi, pour ne pas perdre son attention en route. Et s’autoriser à abandonner une lecture trop compliquée, contraignante en lecture à haute voix, ou finalement décevante.
Je crois en revanche qu’il est important de ritualiser, d’avoir un moment de la journée dédié pour lequel nous sommes totalement disponibles les uns et les autres.

Colette : Comme Lucie, je pense que la mise en place d’une lecture ritualisée est vraiment primordiale quand on veut instaurer un moment de lecture à haute voix dans le cercle familial. Pour ce qui est de la lecture devant un public, je conseillerai de se préparer à l’avance en s’enregistrant par exemple pour essayer de théâtraliser au mieux sa lecture. Ce sont deux types de lecture à voix haute assez différentes me semble-t-il : si la lecture à haute voix dans la sphère privée me semble pouvoir exister en toute liberté, dans la sphère professionnelle, elle n’en sera que plus savoureuse si la lectrice, le lecteur s’est bien entraînée avant.

Frede : L’important c’est de commencer avec un livre que l’on aime car c’est à ce moment là que tout va se faire : le plaisir de l’écoute et le plaisir de lire. Comme vous l’avez très bien dit, même si l’enfant bouge où n’est pas à 100% à votre écoute, il est tout de même attentif. Le plus beau est de transmettre par cette lecture peu importe le moment. Il faut juste être disponible en tant que lecteur et spectateur.

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Et vous, lisez-vous à voix haute ? Quels bénéfices y trouvez-vous pour vous et pour ceux à qui vous faites la lecture ?

Nos coups de cœur de l’année 2022 !

Bonne année 2023 à tous !

Ca y est, l’année 2022 est terminée. A l’ombre du grand arbre, elle aura été riche en découvertes et en partage. Aussi, pour bien commencer 2023, nous vous proposons une sélection de nos plus belles lectures !

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Pour Linda, le choix a été assez difficile car, même si elle a moins lu en 2022, ses lectures ont souvent été de qualité. Aussi son choix s’est finalement arrêté sur un roman illustré qui réunit tout ce qu’elle aime dans un livre : une belle histoire, un texte classique et des illustrations somptueuses. Finalement, ce titre s’est imposé, comme une évidence.

Princesse Sara de Frances Hodgson Burnett, illustré par Nathalie Novi, Albin Michel, 2021.

Son avis complet.

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Lucie a eu un véritable coup de cœur pour Ma petite bonne de Jean-François Chabas. Ce roman est de ces lectures qui marquent, auxquelles on pense encore longtemps après avoir tourné les dernières pages.
Pour commencer, c’est un voyage dans le temps et dans l’espace comme sait en proposer la belle littérature. Jean-François Chabas emmène ses lecteurs dans le Liban des années 1990, et le choc des cultures est brutal. D’autant qu’il les confronte à l’arrivée de la « petite bonne », sorte d’esclave légale dans la famille de la narratrice. Bouleversant.

Ma petite bonne de Jean-François Chabas, talents hauts, 2022.

Son avis complet ICI.

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Le petit écureuil d’Oliver Tallec allait forcément être présent dans les coups de cœur de l’année pour Lucie. Son choix aurait pu se porter sur un autre tome. Mais J’aurais voulu est le plus récent, et il épingle avec tellement d’humour notre difficulté à choisir et à affirmer ce que l’on est dans une société aux multiples sollicitations ! On peut faire confiance à l’auteur pour amener les enfants à réfléchir, sans les brusquer.
Cet album est aussi le souvenir d’une belle rencontre avec l’auteur-illustrateur.

J’aurais voulu d’Olivier Tallec, l’école des loisirs, 2021.

L’avis complet de Lucie ICI.

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Une des lectures qui a le plus « bouleversifié » notre collectionneuse de papillons cette année, sur les conseils toujours aussi formidables de ses arbronautes préférées, ce fut Annie au milieu d’Emilie Chazerand dont Lucie et Frédérique vous ont livré une lecture commune par ici.

Je vous livre ici les mots que j’avais écrits à mes copinautes sur le forum pour leur faire part de mon émerveillement après la lecture de ce roman coup de cœur : « Que j’ai pleuré en lisant l’histoire de cette famille bancale et si lumineuse ! J’ai pleuré quand Camille arrive chez les Desrochelles pour l’entraînement et qu’il est accueilli comme un membre de la famille tant attendu, j’ai pleuré quand Del et tous les réfugiés du camp où elle travaille font la chorégraphie d’Annie et les barjorettes, j’ai pleuré quand Solange propose à Velma de s’inscrire au stage de dessin… Que j’ai pleuré ! Parce que quand même ce bouquin, au delà du handicap, il nous parle surtout de la FAMILLE, de ce qui la compose, des liens qui se tissent souvent silencieusement, au fil du quotidien mais aussi à travers générations. La relation entre Solange et Del est tellement puissante. J’ai beaucoup apprécié la manière dont l’auteure fait ressurgir implicitement ce que les personnes étaient avant, ce que cet avant a laissé de traces sur leur corps, leurs cheveux, leur regard et que les autres membres de la famille perçoivent parfois comme dans un éclair lumineux et parfaitement éphémère. Bien sûr ce roman est un incroyable conte de fée, tout va très vite, des magiciennes et des magiciens interviennent spontanément de manière peut-être un peu surnaturelle (je pense à Dolorès qui accepte de faire la coach sportive alors qu’elle connaît à peine Velma, je pense à la mère de Hui, incroyable costumière, qui réalise sans poser de question les improbables tenues de la tribu, je pense au patron de la brasserie qui embauche Harold sans trop poser de questions) mais c’est un conte de fée qui célèbre la solidarité et que ça fait du bien ! »

Annie au milieu d’Emilie Chazerand, Sarbacane, 2021.

Pour les curieux, nous avons aussi eu la chance d’interviewer Emilie Chazerand.

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Pour Liraloin c’est une BD lue en musique qui a emporté le coup de cœur de l’année 2022. Il s’agit de Blue aux Pays des songes, une série en 3 volumes.

Blue au Pays des Songes de Davide Tosello, Vent d’Ouest, 2021.

Son avis complet ici

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Pour Blandine, le point commun de ses coups de cœur qui ont émaillé 2022 est l’émerveillement! Pour un récit intemporel, pour une relation particulière, pour un graphisme exceptionnel ou pour une douceur candide essentielle. Certains de ses coups de cœur ont déjà été partagés ici au fil des mois, aussi, pour ne pas les remettre, en voici un nouveau qui regroupe tout cela!

Magic really can happen… When it Snows. Richard COLLINGRIDGE.

Tout est déjà dans le titre (et le sous-titre)!! Il y a de la magie et de la féérie, du merveilleux et du fantastique, une quête et une mise en abyme fabuleuse qui fait la part belle aux livres, à l’imaginaire et à la transmission. Le tout servi par des illustrations (de peinture?) fascinantes, douces et immersives, qui jouent sur les luminosités et les clair-obscur! juste magnifique!

Son avis complet ICI!

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En refermant Zephyr, Alabama cet été, Isabelle avait l’impression de connaître cette bourgade comme sa poche : ses églises et ses ragots, son supermarché flambant neuf, ses contrebandiers et ses attaques racistes, le quartier noir où la conquête des droits civiques s’organise. Et quels mystères renfermés derrière les portes des petites maisons, au fond de la rivière ou du lac profond ! Témoin d’un crime, le jeune Cory mène l’enquête…

Le récit se nourrit de la toile de fond sociale de l’enquête : des indices sont distillés à chaque chapitre sous la forme d’indices à première vue anodins mais qui finissent par prendre tout leur sens. Cory recoupe des éléments stupéfiants, faisant la rencontre d’une reine noire de cent six ans, d’un as de la gâchette, d’un monstre de rivière et même d’un tricératops. Son regard enfantin donne au roman une fraîcheur irrésistible. Cory et ses copains rappellent les aventures de Tom Sawyer, mais avec en plus le rythme scandaleux des tubes des Beatles et des Beach Boys. Et un soupçon de magie. Ils savent lire les rêves, la forme des nuages et les grains de sable. On ne sait pas toujours si Cory en rajoute un peu (il a l’étoffe d’un écrivain, voyez-vous), si l’imagination de sa bande la dépasse un peu ou s’il y a vraiment un solide cœur de magie à Zephyr.

Tout cela semble un peu foisonnant, mais tout finit par s’imbriquer parfaitement en un tout cohérent qui a beaucoup ému Isabelle. Ce livre est un univers à lui tout seul, un roman à remonter le temps porté par une plume vive qui trace son sillon propre à la lisière de la tranche de vie, de l’enquête policière, du thriller et du réalisme magique.

Zephyr, Alabama, de Robert McCammon, Monsieur Toussaint Louverture, 2022.

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Et vous, quels ont été vos coups de cœur en 2022 ?

Lecture commune : Jack et la grande aventure du Cochon de Noël

Cette année, pour Noël, nous avons eu envie de nous retrouver pour discuter de Jack et la grande aventure du Cochon de Noël de la grande J. K. Rowling. Un conte qui, par ses thématiques, rejoint notre envie d’un Noël généreux présenté lors de la sélection de la semaine dernière !

Jack et la grande aventure du Cochon de Noël, J. K. Rowling, Gallimard Jeunesse, 2021.

Blandine : L’an passé, quelle a été votre réaction première à l’annonce du nouveau roman à paraître de J. K. Rowling ?

Lucie : Youpi ! Bien sûr, pour commencer. Nous sortions juste de l’Ikabog que nous avions adoré et j’avais hâte de me laisser entraîner dans un nouvel univers par cette auteure fabuleuse.

Isabelle : Tout comme Lucie ! Nous n’allions pas manquer ça, je n’ai même pas regardé le résumé avant de l’acheter.

Linda : A ce moment-là je crois que je pensais surtout qu’il plairait à mes filles, mais je ne me souviens plus vraiment ce que j’ai pu ressentir à l’annonce. J’ai sans doute dû me dire : « Tiens, un nouveau J. K. Rowling »… Pour cette auteure, je ne me pose pas trop de question. Je me souviens juste que je ne me suis pas précipitée, j’ai attendu le moment propice pour me le procurer et l’Avent s’est révélé être ce moment-là !

Blandine : Que pensez-vous du titre et de la couverture ? Quelles sont les idées, thématiques qui vous sont venues à leur découverte ?

Isabelle : C’est une couverture qui joue sur le kitsch de Noël, avec ses branches de sapin et ses couleurs rouges et dorées. Je pense que je n’aurai pas été la seule à penser spontanément au film Toy Story en la découvrant ! Je ne suis pas forcément hyper fan de ce type de graphisme digital dans les livres mais qu’importe : mes moussaillons et moi avons aimé que le titre promette de l’aventure et depuis Harry Potter, nous lisons tout ce que publie J. K. Rowling.

Linda : La couverture et son titre sont pleins de promesses d’une aventure merveilleuse au cœur de la magie de Noël. Bien sûr, comme Isabelle, j’ai aussi pensé à Toy Story avec ce jouet qui s’anime. Je suis très fan de ce cochon qui semble entrainer Jack sous le sapin. Regardez son regard pétillant, son bras tendu vers ce qui semble être quelque chose d’extraordinaire. Il nous invite nous aussi à venir découvrir ce qui se cache sous ce sapin en tournant la couverture.

Lucie : Le titre m’a étonnée. Je ne voyais pas bien le lien entre un cochon et Noël. Du coup, je ne savais pas du tout à quoi m’attendre. Et c’est aussi bien ! Comme Isabelle je ne suis pas hyper fan de la couverture. Cela fait très film d’animation, et pas le genre que j’aime.
Et toi Blandine, te souviens-tu de tes premières impressions ?

Blandine : Un nouveau J. K. Rowling = je le veux. Elle fait partie de ces auteurs pour lesquels je ne me pose même pas la question du sujet. Et puis, il y avait « Noël » dans le titre. Cela ne pouvait être que merveilleux ! !
Comme Linda, je me suis questionnée sur ce cochon tout rose « de Noël » qui est écrit bien en gros sur la couverture et qui figure au premier plan, bien devant Jack. On devine de suite que c’est lui le véritable héros de cette aventure. Au-delà, il me semble que c’est un joli pied-de-nez à certaines traditions alimentaires de Noël qui servent encore du porc rôti lors de ce repas festif. Ici, le cochon est bien vivant et actif ! La couverture m’a immédiatement attirée avec ses couleurs et ce cochon qui nous tend la patte, comme pour nous rejoindre, ou nous appeler à l’aide. Côté graphisme, j’aime beaucoup ! Et bien sûr, le parallèle avec Toy Story (que j’aime beaucoup aussi) a été instantané.

Linda : Je n’avais pas du tout pensé au côté « alimentaire » du cochon, peut-être parce que je ne mange pas de viande et que je ne perçois plus les animaux comme tels depuis longtemps. Mais c’est peut-être tout simplement parce que je suis restée dans le côté fantastique avec le jouet qui prend vie. C’est cependant une réflexion intéressante et j’aimerais bien savoir ce qu’en pensent Isabelle et Lucie ?

Lucie : Je n’y ai pas pensé non plus. Pour moi il a tout de suite été évident que ce cochon était un jouet, alors je ne me suis pas posé la question. Mais c’est une remarque pertinente, et vu l’expérience de J. K. Rowling je pense que le choix de cet animal n’est pas anodin.

Isabelle : Moi non plus, ça ne pas traversé l’esprit d’imaginer que ce cochon aurait pu être sur la table !

Blandine : Je trouve intéressant, intriguant, que ce soit le cochon qui soit mis en avant, avant l’humain (même s’il est vrai qu’on va beaucoup suivre Jack).

Lucie : Avant d’être plongés dans le merveilleux avec le Pays des choses perdues, nous rencontrons Jack et sa famille. Il me semble que c’est la première fois que J. K. Rowling décrit une famille si « normale » et contemporaine, telle que nous en connaissons tous. 
Qu’avez-vous pensé d’eux et de leurs relations ?

Linda : Normale et contemporaine dans le sens « famille recomposée » ? Elle est en effet à l’image des familles d’aujourd’hui, une famille à l’image de celle de J. K. Rowling elle-même d’ailleurs. Je pense que c’est avant tout une famille qui cherche son équilibre et que cela passe par celui des enfants. Holly étant à cet âge où le besoin de s’affirmer se développe, elle devient l’élément perturbateur, l’épine dans le pied de cette famille. De plus, elle ne vit avec eux qu’un week-end sur deux ce qui fait qu’elle a, je suppose, besoin de plus de temps pour s’adapter à cette nouvelle vie. Sa relation à Jack est clairement dictée par la jalousie de partager un père qu’elle aimerait voir plus souvent. Tout cela me semble plutôt crédible… Maintenant, je perçois la famille de Jack comme une façon d’asseoir l’histoire et son contexte, pas comme élément essentielle à l’histoire donc je ne me suis pas trop attardée sur ce point du livre. J’avoue par-ailleurs que, grande romantique et mère de famille nombreuse, je me sens plus proche, dans l’univers de cette auteure, de la famille Weasley…

Isabelle : D’accord avec toi, Linda. C’est une famille comme il y en a tant, ni parfaite, ni horrible comme celle de Harry Potter. Elle illustre à quel point, même quand on a des parents aimants qui font de leur mieux, la vie et l’enfance peuvent présenter des passages difficiles, liés dans l’histoire au divorce des parents suivis d’un déménagement et d’une cohabitation compliquée avec la famille du nouveau conjoint de la mère. Du point de vue narratif, cela permet d’introduire le cochon de Jack, qu’il aime tant même s’il est délavé et rapiécé. Cela parlera à tous ceux qui, comme mon moussaillon cadet, sont irrémédiablement attachés à un animal en peluche élimé ou à certaines reliques de tranches de vie dont il est hors de question de se séparer. Cet attachement est d’autant plus fort chez Jack qu’il a l’impression que son existence tombe en lambeaux. Il est évident que lorsque le cochon disparaît, Jack est prêt à aller jusqu’au pays des Choses perdues pour le retrouver.

Blandine : Dans cette grande aventure promise par le titre, nos héros passent par différents mondes, tour à tour merveilleux et terrifiants. Comment avez-vous trouvé leurs enchaînements et descriptions ?

Linda : J’ai aimé la façon de pénétrer chaque nouveau monde par des « portes » différentes qui confrontent les héros à différentes difficultés. J.K. Rowling est assez méticuleuse dans son travail de création et ça se ressent vraiment à la lecture. Rien n’est jamais laissé au hasard, elle donne un maximum d’informations pour qu’à la lecture on puisse visualiser l’univers qu’elle a créé. Son écriture est très visuelle et immersive. De même, la succession de ces mondes semble rythmer vers la fin de vie d’un produit : de la perte à la destruction en passant par les différentes étapes de l’oubli. J’ai trouvé cela très intéressant car cela questionne réellement notre rapport aux objets et met en relief les effets de l’obsolescence programmé d’un point de vue économique et écologique.

Lucie : Je te rejoins Linda, ces différents « mondes » m’ont surtout intéressée pour ce qu’ils disent de notre rapport aux objets. La salle des Egarés dans laquelle les objets attendent dans l’espoir d’être retrouvés, puis ce tri entre les différents objets selon leur valeur pécuniaire mais aussi affective.
J’ai beaucoup aimé cette nuance qui montre bien qu’un objet peut avoir une valeur affective énorme en dépit de son faible coût. Le fait que les objets chers comme les bijoux se croient supérieurs aux autres aussi… Tout cet aspect est vraiment traité de manière très fine.

Isabelle : Effectivement, ce pays des Choses Perdues, c’est une idée géniale pour nous donner à réfléchir à tout ce qui peut se perdre ! Des objets utiles ou superflus, ceux qui ont une valeur surtout sentimentale comme tu le dis Lucie ou absolument vitale. En imaginant un univers où toutes ces choses prendraient vie, J. K. Rowling nous interroge sur le consumérisme ambiant. Les différents mondes dont tu parles, Blandine, soulignent l’ampleur de ce qu’on peut perdre (et remplacer en un clin d’oeil) au quotidien, les Objets Sans Valeur, les affaires égarées de Zutcéouça, les Regrettés… Alors, le procédé peut avoir quelque chose de répétitif, on passe d’un monde à l’autre, il y a chaque fois de belles rencontres, des dangers et des péripéties jusqu’au passage vers la contrée suivante et on se doute bien qu’elles seront toutes explorées. Mais l’autrice réalise la prouesse de susciter l’attachement vers des objets, mon moussaillon s’est passionné pour le destin d’un ange fabriqué en papier toilette. On voit, au passage, que les Objets « gentils » sont ceux qui ont été perdus par inadvertance et regrettés (Ange brisé, Boussole, Poésie ou Lapin bleu), alors que les « méchants » comme par exemple Râpe-Fromage ont été abandonnés à dessein. Après, l’autrice s’amuse en réfléchissant à la perte de choses plus abstraites, comme les principes, les ambitions ou l’inspiration. C’est hyper malin et amusant.

Blandine : J’ai moi aussi beaucoup aimé ces portes qui permettent de passer d’un monde à l’autre, comme des sas de décompression, pour avancer dans notre réflexion quant aux objets, leur utilité, leur valeur émotionnelle et pécuniaire.
J. K. Rowling use de beaucoup de jeux de mots dans ses romans, cela semble enfantin, presque trop facile. Et pourtant cela a un impact à la fois amusant et percutant. 
Aimez-vous ce genre d’écriture ? Pensez-vous que cela soit percutant ou au contraire préjudiciable ?

Lucie : J’adore les inventions de J. K. Rowling. Son travail sur le vocabulaire est génial. En revanche, je pense toujours au traducteur avec compassion !
Quand c’est bien fait (ce qui est toujours le cas chez cette auteure) ces trouvailles sont très ludiques. J’aime bien chercher ce qui a servi à composer le mot, le sens qu’elle a voulu y mettre en plus des mots originaux. Comme les univers qu’elle crée sont très créatifs, pour moi la forme rejoint « simplement » le fond.

Linda : Je suis d’accord avec Lucie. Ces jeux de mots sont un peu la marque de fabrique de J. K. Rowling et je trouve que cela apporte une certaine richesse à ses textes ainsi qu’à ses univers. Cela donne aussi du sens à ses créations et permet parfois un double niveau de lecture qui permet de toucher un public plus large. Quelque part je trouve que son écriture est fédératrice de lien entre les parents et leurs enfants.

Isabelle : Qu’avez-vous pensé du dénouement du roman ? Trouvez-vous aussi qu’il s’agit d’un roman initiatique et, le cas échéant, qu’auriez-vous retiré de cette initiation ?

Linda : La fin de l’histoire est l’aboutissement de ce voyage initiatique au cours duquel Jack a appris que la perte fait partie des étapes de la vie et que les accepter nous fait grandir. La perte est un thème récurent dans la bibliographie de J. K. Rowling et elle est généralement associée à un changement important dans l’évolution, la construction de ses personnages. Ici la fin apporte la lumière et l’espoir dont avaient besoin Jack et Cochon de Noël dans leur vie, mais c’est aussi une fin lumineuse pour Lo Cochon, et je trouve que c’est vraiment fort de la part de l’auteure de finir son récit de cette façon si lumineuse.

Lucie : Je qualifierais cette fin de douce-amère. Elle est à la fois apaisée, car effectivement Jack est prêt à laisser cette part de son histoire derrière lui, il accepte de grandir et d’avancer. Mais je crois beaucoup à la conservation de la part d’enfance, et je suis sûre que vous êtes d’accord avec ça ! Alors j’avoue avoir tout de même été peinée de cette séparation. Séparation inenvisageable pour mon loulou, qui a tout bonnement refusé de lire ce roman à cause de la fin.

Linda : Il est certain que la séparation est difficile mais on ne peut nier que cela fait partie de la construction de l’enfant (et de l’adulte) et qu’elle nous fait avancer, grandir.

Isabelle : Je vous rejoins toutes les deux. Comme ton loulou, Lucie, mon moussaillon a eu une réaction très forte face à la séparation que tu évoques. Mais comme tu le soulignes, Linda, ce dénouement n’est pas triste – et in fine, mon fils a vraiment adoré lire (et terminer) ce roman. Jack a traversé énormément d’épreuves au pays des Choses perdues, il a grandi et s’est affirmé comme un jeune héros courageux qui apprend à lâcher prise et finit par faire son deuil.

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Merci à Blandine d’avoir initié cette lecture commune ! Et vous, avez-vous lu Jack et la grande aventure du Cochon de Noël ? Qu’en avez-vous pensé ?

Noël généreux

Noël, la seule évocation de ce mot nous met des étoiles dans les yeux, des souvenirs dans le cœur, et le sourire aux lèvres grâce aux diverses illuminations. Des effluves d’épices et d’agrumes nous transportent et vient le souhait de faire plaisir à ceux que nous aimons, à ceux qui nous sont proches, avec l’envie de se réunir et de partager.
Pourtant, pour beaucoup malheureusement, Noël est un moment rendu encore plus difficile et douloureux par la solitude, l’éloignement ou le dénuement.

Alors que l’actualité nous enjoint à davantage porter attention à toutes nos consommations et à l’Humain, A l’Ombre du Grand Arbre, nous avons voulu orienter nos lectures vers l’esprit de partage, d’entraide et d’empathie que cette période de l’année suppose et suscite.

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Spontanément, Blandine pense à deux albums emplis de générosité et de solidarité.

La Grande Nuit. Texte de Nancy GUILBERT et illustrations de Séverine DALLA. Éditions Vert Pomme, 2014

Délaissé en bordure de forêt en compagnie d’autres objets et détritus divers, l’Ourson Barnabé craque. Heureusement, les voici tous emmenés par un vieil homme qui les répare, les recoud, les rafistole, pour les ramener à la vie. Il prend le temps de s’occuper de chacun d’eux. avant de les transporter dans un grand chariot et sous un ciel magnifique, jusqu’à une grande clairière où les attendent des enfants émerveillés.

Entre album et petite BD, toute en rimes et références, La Grande Nuit est un récit qui nous invite à l’émerveillement et au don, à réparer plutôt qu’à jeter, à offrir du temps et à échanger des savoir-faire. Cette histoire fait d’autant plus sens qu’elle est publiée chez VertPomme, une petite maison d’éditions normande, sensible à l’écologie et dont les livres sont conçus et imprimés en France.

L’avis complet de Blandine ICI.

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Le petit singe de la Cinquième Avenue. Texte de Kate DICAMILLO et illustrations de Bagram IBATOULLINE. Editions Tourbillon, octobre 2008

C’est bientôt Noël, et à l’angle de la Cinquième Avenue et de la Rue de la Vigne, un petit singe tout de rouge et vert vêtu est apparu au bras de son maître, qui joue de l’orgue de Barbarie. N’arrivant pas à dormir, Clara regarde par la fenêtre de l’appartement et les aperçoit. Lorsqu’elle passe devant eux avec sa maman, dont elle tente d’attirer l’attention, celle-ci ne semble pas l’entendre ni les voir, et lui demande même de se dépêcher. Elles vont être en retard au spectacle de l’Eglise auquel participe Clara qui a juste le temps de leur dire de venir.

Le soir, alors que Clara est costumée et que c’est à son tour de parler, seule, elle repense aux vieux monsieur et à son singe, seuls dans la rue si froide… Quand la porte s’ouvre.

Ce bel album carré grand format et au dessin désuet partage de belles valeurs de Noël: entraide, altruisme et générosité, par le biais de métaphores et symboles forts. Tout en délicatesse, il nous montre les paradoxes qui sont les nôtres: inculquer de belles valeurs de partage et détourner les yeux devant la misère, aller à l’Eglise pour aider et ne pas tendre la main à celui qui est devant nous, dans le besoin, etc.

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Lorsque cette sélection a été évoquée, c’est à L’abri que Lucie a pensé en premier. Car si ce magnifique album n’aborde pas frontalement le thème de Noël, il traite de la solidarité et de l’accueil, deux valeurs fortes de cette fête.

Alors qu’une tempête approche, les animaux de la forêt rejoignent tous leur abri. Mais voilà qu’arrivent deux frères ours qui demandent l’hospitalité. Faut-il s’en méfier ou les accueillir ?

L’abri, Céline Claire et Qin Leng, Bayard Jeunesse, 2017.

L’avis de Lucie.

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Très friande des adaptations de classiques en BD, Lucie conseille aux plus grands celle de L’embranchement de Mugby de Charles Dickens par Rodolphe et Estelle Meyrand. Elle propose une réflexion sur les choix qui déterminent nos vies, matérialisés par une multitude de voies de chemin de fer que va emprunter un homme en quête du bonheur. Les illustrations cotonneuses et les palettes de couleurs accordées à chaque ville traversée par monsieur Barbox Frères plongeront les plus réticents dans l’esprit de Noël.

L’embranchement de Mugby, Rodolphe et Estelle Meyrand d’après Charles Dickens, Delcourt, 2010.

L’avis de Lucie.

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Pour Liraloin, il est des lectures qui emportent tellement qu’il est difficile de trouver les mots justes pour décrire cette sensation qu’est de vivre la magie du moment présent. Quelqu’un m’attend derrière la neige de Timothée de Fombelle en fait partie.

Comme un cadeau que l’on n’a pas envie d’ouvrir tout de suite, j’ai attendu longtemps avant de me décider à lire ce livre trônant doucement sur un meuble. Au fond de moi, je savais que j’allais être happée par les mots de Timothée de Fombelle. Dans ce conte la liberté, la fraternité et surtout l’amour inconditionnel celui qui est vif et vrai, non calculé s’infiltrent dans tous les mots. Vous ne ressortirez pas indemne de votre lecture…

Quelqu’un m’attend derrière la neige de Timothée de Fombelle & Thomas Campi, Gallimard jeunesse, 2019

Retrouvez l’avis d’Isabelle

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Cette année Colette s’est penchée sur deux classiques grâce aux conseils avisés de certaines de ses bonnes fées. Il y a tout d’abord eu Un Chant de Noël de Dickens dans une édition de 1988. L’histoire d’Ebenezer Scrooge a souvent été reprise en film ou dessin animé, mais quel plaisir de lire « pour de vrai » dans une traduction approuvée par l’auteur lui-même, l’histoire de ce vieillard d’une avarice sans nom qui découvre par le biais de trois voyages dans le temps qu’il n’est jamais trop tard pour ouvrir les yeux sur l’autre, le proche, le voisin, le frère et lui offrir la place qu’il mérite. Et que ce cadeau là est sans doute le plus précieux, bien plus précieux que les affaires, le commerce et les bourses lourdes de pièces d’or.

Un chant de Noël, Charles Dickens, Lisbeth Zwerger, Duculot, 1988.

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Et puis il y a eu la découverte des Lettres du père Noël de J.R.R Tolkien. Un recueil qui présente une sélection de trente lettres que le célèbre auteur de Bilbo le Hobbit écrivit à ses enfants chaque année de 1920 à 1943. L’auteur y invente des aventures incroyables au père Noël et à son assistant l’ours polaire. Dans ce projet de Tolkien, c’est tout l’esprit de Noël qui se trouve condensé, c’est le désir de laisser le merveilleux s’immiscer dans le quotidien et tout emporter dans sa lumière. Même quand la guerre s’est installée. C’est le désir d’offrir, d’offrir un instant, d’offrir de l’évasion, de l’imaginaire. Ces choses impalpables qui resserrent nos liens quand le froid nous pousse à nous mettre à l’abri. Les uns contre les autres.

Lettres du père Noël, J.R.R Tolkien, Pocket, 2013.

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Isabelle a découvert l’envers de la féérie de Noël avec un classique venu du Royaume-Uni. Sacré boulot pour le Père Noël que de devoir braver le froid et la cendre des cheminées dans son costume rouge pour distribuer des cadeaux sur toute la planète ! Sacrée neige ! Sacrés pieds gelés ! Sacrés logements inaccessibles ! L’homme grogne et bougonne, rouspète et ronchonne… au point que cela devient entraînant et qu’on se prend à râler joyeusement de concert. Il y a aussi quelque chose de satisfaisant à le voir accomplir si bien sa tâche pour le bonheur des habitant.e.s du monde entier. Puis goûter un repos bien mérité.

On pourrait croire que l’humeur du sacré Père Noël s’améliorerait aux beaux jours ? Et bien pas du tout. Parce que figurez-vous que dans la deuxième histoire rassemblée dans l’intégrale que Grasset Jeunesse vient de publier, le Père Noël s’est mis en tête de jouer les touristes dans un pays aux mœurs étranges : la France ! Le trait, les couleurs et les détails ont un charme vintage tout à fait assorti au protagoniste. Raymond Briggs laisse percer chez ce grincheux une tendresse désarmante et, il faut bien le dire, adorable. Déjà une cinquantaine d’années que le bonhomme ravit les enfants à Noël. La parution de cette intégrale promet de beaux échanges intergénérationnels !

L'intégrale du Sacré Père Noël, de Raymond Briggs | Éditions Grasset
L’intégrale du Sacré Père Noël, de Raymond Briggs, Grasset Jeunesse, 2022.

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L’équipage de L’île aux trésors a aussi savouré une gourmandise new-yorkaise parfaite pour lire au pied du sapin : Il était une fois la chouette de Noël. L’oiseau nous scrute de ses yeux ronds, perdue au creux de son immense forêt ! Pas rassurée, elle se blottit dans son trou d’arbre en faisant claquer son bec bien fort. Mais voilà qu’un boucan de tous les diables fait trembler tout le bois…

L’aventure de l’adorable volatile nous font passer de la perplexité à la terreur, de l’exaspération au réconfort dans un merveilleux décor hivernal. La tension est encore accentuée par la verticalité du format qui souligne les dimensions vertigineuses du grand pin où niche la protagoniste. Quel ravissement d’apprendre que Daisy Bird et Anna Pirolli se sont inspirées d’une histoire vraie pour imaginer ce conte de Noël ! Il nous a laissé une douce méditation sur les rapports homme-nature et sur les épreuves de la vie qui secouent et qui font grandir.

Anna Pirolli - Saltimbanque éditions
Il était une fois la chouette de Noël, de Daisy Bird et Anna Pirolli, Saltimbanque, 2022.

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Dans la bibliothèque de Noël de Linda, Noël chez Ernest et Célestine a une place très particulière car il fait parti des albums de son enfance. C’est aussi un album qu’elle a lu et relu à ses enfants un nombre incalculable de fois. La même magie illumine ses yeux et les mêmes émotions font vibrer son cœur à la lecture de cette histoire de générosité et de partage.

Ernest a promis à Célestine qu’elle pourrait fêter le réveillon avec ses amis, mais à quelques jours de la fête, Ernest ne voit pas comment rendre cela possible alors qu’ils sont complètement fauchés. Célestine ne manque ni d’idées ni de ressources. Ensemble ils font alors preuves d’inventivité et font avec les moyens du bord pour préparer une après-midi inoubliable. Les décorations et les costumes seront réalisés à partir d’objets de récupération, les cadeaux seront fait de leurs mains. Mais ce sont les histoires racontées par Ernest et sa musique qui feront de cette journée un moment si spécial aux yeux des enfants impatients de remettre ça.

Gabrielle Vincent enchante par la douceur de son trait et par la générosité de ses personnages. Si les évènements s’enchainent rapidement, cela n’enlève rien à la beauté des illustrations et des valeurs transmises ; l’amitié et la générosité sont ici emballées par la chaleur de l’amitié !

Noël chez Ernest et Célestine de Gabrielle Vincent, Casterman, 2011.

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Mais Linda et ses ladies ont aussi ajouté un nouveau titre à leur collection cette année. La Trêve de Noël revient sur ces cessez-le-feu non officiels qui se produisirent en plein no man’s land durant la nuit de Noël 1914. A divers endroits de la ligne de front, les soldats des deux camps levèrent le drapeau blanc pour partager leur repas de Noël, jouer au foot, rire et oublier, le temps d’une nuit, la folie des combats, l’éloignement des familles, la mort d’un frère, d’un ami, la fatigue harassante de combats qu’on leur avait promis brefs.

Michael Morpurgo déploie son talent de conteur pour mettre en scène cette histoire de fraternité universelle et en fait un souvenir intemporel auquel Michael Foreman donne vie dans des illustrations de toute beauté. Ces cieux nocturnes aux couleurs froides sont teintés par la chaleur du levant ; les étoiles deviennent les seules témoins de la fraternité de ces soldats, qui le temps d’une nuit sont redevenus simplement des hommes. Magnifique !

La Trêve de Noël de Michael Morpurgo, Gallimard, 2018.

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Les livres de Noël se déclinent sous tous les formats et pour tous les âges. Cette sélection n’est représentative que de textes qui nous touchent par les valeurs qu’ils véhiculent, mais il y en a bien d’autres.

Et vous, quels titres vous font rêver durant l’Avent ?

Nos classiques préféré.e.s : les mondes de Roald Dahl

Les romans de Roald Dahl ont donné à plusieurs générations d’enfants le goût de lire, et font partie de ceux qui se lisent et se relisent indéfiniment avec un plaisir, des frissons et des éclats de rire garantis à chaque relecture. Quel est son secret ? Une âme d’enfant gardée intacte, une capacité exceptionnelle à se souvenir de ce qui les fait trembler de terreur ou d’excitation. Une intrigue toujours captivante. Des dialogues désopilants ponctués de jeux de mots drôlissimes. Et, presque toujours, le trait inimitable de Quentin Blake !

Roald Dahl. Source : Hachette.

Suite à la discussion sur l’adaptation de Fantastic Maître Renard menée par Lucie et Colette, nous avions envie de partager avec vous nos coups de cœur parmi les titres jeunesses du « Champion du monde des histoires » !

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Pour Blandine, le nom de Roald Dahl la renvoie immédiatement à Charlie et la Chocolaterie. Voici pourquoi, en dix raisons.

Charlie et la Chocolaterie. Roald DAHL. Gallimard Jeunesse, 1988
  1. Pour sa nostalgie de (mon) enfance – avec cette couverture !
  2. Parce ce qu’un titre pareil, ça donne envie ! Et d’ailleurs, ne sentez-vous pas, rien qu’à le lire, des effluves de chocolat vous parvenir ?
  3. Pour sa narration à hauteur d’enfant pour les enfants, favorisant un imaginaire visuel débordant
  4. Parce qu’à travers le personnage de Willy Wonka, Roald Dahl nous enjoint à toujours nous émerveiller et à garder notre âme d’enfant (et avec du chocolat, c’est quand même plus facile !)
  5. Parce que la chocolaterie est un personnage à part entière, qu’on rêve de pouvoir visiter nous aussi
  6. Parce que Roald Dahl n’a pas son pareil pour entremêler aventure, fantastique, émotion et satire
  7. Parce que ce roman est aussi le reflet de son époque, avec ses descriptions sociales et comportementales, qu’il convient d’utiliser en contre-exemple au lieu de le remiser / oublier
  8. Parce que la gentillesse et l’empathie sont récompensées
  9. Parce que l’adaptation cinématographique de Tim Burton avec Johnny Depp est absolument géniale, donnant envie de relire le livre
  10. Parce qu’il est une formidable porte d’entrée aux autres romans de Roald Dahl

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Pour Lucie, c’est le premier tome de son autobiographie qu’il faut absolument lire !

Moi, Boy, Roald Dahl, Folio Junior, 2017.
  1. Parce que l’on y retrouve tout ce que l’on aime dans ses romans : aventure, humour, tendresse et cruauté des adultes,
  2. Et que ce récit est un véritable jeu de piste des inspirations de l’auteur.
  3. Pour l’émouvante relation liant Roald Dahl à sa maman.
  4. Pour la reproduction de documents authentiques : photos mais aussi extraits de lettres personnelles.
  5. Evidemment complétés par les illustrations de Quentin Blake.
  6. Pour le témoignage de la vie dans un internat anglais au début du siècle dernier.
  7. Pour la facétie (déjà !) dont fait preuve le jeune Roald qui ne le quittera jamais malgré les épreuves traversées.
  8. Pour les épisodes de la souris morte et du tabac de chèvre.
  9. Et ceux consacrés aux vacances familiales.
  10. Parce que ce texte donne des clés des éléments de réponse à la question « comment devient-on écrivain ? »

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Pour Linda, ce sera un voyage dans le passé à la croisée de l’histoire de l’homme et celle avec un grand H.

Escadrille 80 de Roald Dahl, Folio junior, 2017.
  1. Parce que, même si son imaginaire est toujours une aventure, celle-ci n’a rien de fictif,
  2. Parce qu’il insuffle de la malice dans des anecdotes parfois terrifiantes et nous fait rire là où nous devrions être affolés, comme dans cette anecdote durant laquelle un vieux lion emporte entre ses mâchoires la femme du cuisinier,
  3. Parce que les mots de Roald Dahl nous transportent en Afrique, au Moyen-Orient et en Grèce à la découverte de la faune locale et des paysages à la beauté sauvage,
  4. Parce qu’il se livre un peu plus, nous racontant une partie importante de sa vie de jeune adulte avec ses joies, ses inquiétudes, ses peurs, son role durant la guerre…
  5. Parce que c’est un véritable témoignage sur l’entrée en guerre de l’Angleterre et de l’auteur dans la RAF, force aérienne britannique ; photos, lettres envoyées à sa mère et extraits de son carnet de vol viennent appuyer ses dires.
  6. Parce qu’il ponctue son récit, non sans ironie, d’informations historiques dont on ne nous parle pas à l’école,
  7. Parce que c’est l’occasion d’en apprendre plus sur la Seconde Guerre Mondiale en dehors de nos frontières,
  8. Parce que si l’on a entendu parler de la campagne de Syrie qui eut lieu en 1941, il ne nous a pas forcément été dit quel rôle la France de Vichy y avait joué,
  9. Pour la richesse des informations sur l’aviation et les engins de guerre,
  10. Pour l’amour de la littérature, des mots et pour le travail de mémoire.

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Pour Colette, ce sera Matilda découvert tardivement sur les étagères de la réserve du CDI du collège où elle enseigne, au moment de trouver une lecture truculente à partager avec ses élèves de 6e.

Matilda, Roald Dahl, Folio Jeunesse, 1988.
  1. parce qu’avant tout ce roman est une ode à la littérature, à la lecture, au pouvoir incroyablement libérateur des mots.
  2. parce que l’héroïne de ce récit est une petite fille haute comme trois pommes qui doit affronter un monde d’adultes particulièrement hostile et qu’elle puise sa force dans son intelligence, son courage, sa détermination autant de qualités que l’on souhaite à tous.tes les jeunes lecteur.ices qui se plongeront dans ce livre.
  3. parce qu’il y est question d’éducation, qu’on y croise une directrice terrifiante et une enseignante généreuse, et autant de manière de reconnaitre la curiosité des élèves, de l’attiser ou … de l’étouffer !
  4. parce que l’auteur y chante la joie d’apprendre, qu’elle soit nourrie ou non par les éducateurs et les éducatrices. D’ailleurs peut-être est-ce cela même le secret du véritable apprentissage : qu’il ne dépende que de notre propre volonté. Cultivons notre Matilda intérieure, semble-t-on lire entre chaque ligne !
  5. parce qu’on passe par toutes les couleurs des émotions dans ce récit : peur, frayeur, angoisse, jubilation, soulagement, enthousiasme… Roald Dahl manie comme personne la palette des émotions.
  6. parce que ce récit se lit comme un conte, mais sans en être vraiment un. Se jouer des codes des genres littéraires, voilà un jeu dont l’auteur semble avoir plaisir à faire bouger les règles.
  7. parce que la plume de Roald Dahl est cruelle ! Et voilà un défi qu’on n’ose plus toujours proposer à nos jeunes lecteurs, lectrices : déchiffrer l’ironie, la satire. Continuons d’oser provoquer !
  8. parce que les illustrations de Quentin Blake qui accompagnent cette histoire sont savoureuses et décorent encore aujourd’hui les murs de ma salle de classe.
  9. parce que c’est une œuvre riche, complexe, qui bouscule et enchante, quel que soit l’âge de celui ou celle qui le lit : gage d’un incontournable classique !

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Isabelle et ses moussaillons auraient bien du mal à ne choisir qu’un seul des titres de Roald Dahl. Ils les ont presque tous lus et relus, chacun occupe une place particulière dans l’imaginaire de la famille ! Mais Le Bon Gros Géant a peut-être un statut encore à part. Pour dix raisons au moins…

Le Bon Gros Géant, de Roald Dahl. Gallimard Jeunesse, éd. de 2007.

1 – Parce que l’histoire commence à l’heure des ombres que tous les enfants connaissent trop bien…
2 – Pour ses personnages inoubliables et tellement attachants, à commencer par la courageuse petit Sophie !
3 – Pour cette apparition du Bon Gros Géant qui nous ne cesse de nous prendre de court.
4 – Pour la créativité linguistique et la poésie de ce personnage qui nous réserve des moments mirabilifiques. Voire même délexquisavouricieux !
5 – Parce que, vous en conviendrez, c’est le seul roman où les boissons pétillent vers le bas.
6 – Pour le goût du schnockombre, si abominable que cela en devient presque jubilatoire.
7 – Parce que tout géant connaît plus grand que lui et que ces pages nous réservent donc une délicieuse dose de frissons.
8 – Parce qu’en lisant les mots de Roald Dahl, les rêves (et les cauchemars !) deviennent palpables…
9 – Pour le rôle ahurissant joué par la reine d’Angleterre dans toute cette affaire.
10 – Parce que quel que soit l’âge auquel on relit Le Bon Géant (et quel que soit le nombre de fois qu’on l’a déjà lu), le plaisir reste intact !

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Et vous, quel est votre Roald Dahl préféré ? Avez-vous été aussi tristes que nous après avoir fait le tour de son oeuvre ? Sa disparition a laissé un vide dans le coeur et l’imaginaire des enfants de tous âges. Il nous semble que les nostalgiques peuvent avec profit se plonger dans les romans de David Walliams dont la petite musique évoque fortement celle du maître anglais.