L’hiver est bien installé, saison propice à la lecture au coin de la cheminée et/ou sous un plaid. Nous vous présentons nos meilleurs lectures de ce premier mois de l’année 2025.
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Pour Linda, de nombreuses lectures sont venues enrichir son début d’année mais deux titres se démarquent clairement du lot.
Tout d’abord, la bande dessinée de Gaëlle Geniller dont l’ambiance onirique amène une réflexion pertinente sur le temps qui passe et sur ce qu’il nous reste de l’enfance. Les personnages sont attachants, le mystère, emprunt de spiritisme, est parfaitement maitrisé par ce jeu du temps rythmé par le tic tac de l’horloge et les insomnies de son héros !
Minuit Passé de Gaëlle Geniller, Delcourt/Mirages, 2024.
Et puis il y a eu le dernier roman d’Annelise Heurtier avec lequel elle confirme un peu plus son habileté à écrire des récits historiques qui dénoncent ce que l’homme peut faire de pire. Inspiré de l’histoire vraie des couvents de la Madeleine, ce très beau texte livre un récit profondément engagé, porteur d’un message féministe emprunt d’un bel élan de sororité. Destiné à un public adolescent, le récit aborde ce sujet grave avec une certaine pudeur, l’autrice ne cherchant pas à choquer mais à sensibiliser, et elle y parvient magnifiquement.
Entre leurs mains d’Annelise Heurtier, Casterman, 2025.
Comme Linda, lancée dans la préparation du prix ALODGA, Lucie a eu la chance de découvrir beaucoup de très beaux titres suggérés par ses copinautes ce mois-ci. Difficile de faire un choix, mais deux albums coups de cœur se détachent pourtant par leur originalité ou leur propos.
Jeanjambe et le mystère des profondeurs est une bande dessinée totalement atypique. D’abord parce qu’elle est pratiquement muette, ensuite parce qu’elle est en 3 dimensions. Le lecteur y suit le voyage de Jeanjambe, drôle de personnage mi lapin mi bonhomme bâton, dans son exploration sous-terraine à la suite d’un mystérieux fil. Lunettes bicolores sur le nez, nous voici plongés dans l’univers minéral aussi beau que poétique composé par Matthias Picard. Nul doute que cette aventure aux multiples références saura séduire petits et grands !
Jeanjambe et le mystère des profondeurs, Matthias Picard, Éditions 2042, 2024.
Si elle reconnaît volontiers perdre toute objectivité quand il s’agit des albums d’Olivier Jeffers, Lucie est tombée en admiration devant Notre histoire : comment nous en sommes arrivés là, et où nous pourrions aller. Parce que sous couvert de raconter l’histoire de l’humanité, l’auteur-illustrateur d’origine irlandaise nous propose de la retrouver. En montrant l’inepsie de nos frontières et de l’opposition « eux »/ »nous », il invite ses lecteurs à prendre du recul et à proposer une nouvelle histoire, tournée vers l’autre. Un beau projet on ne peut plus d’actualité pour 2025.
Pour Liraloin, un album se démarque pour ce rituel billet coup de cœur, il s’agit de Quand je garde le silence de Zornitsa Hristova & illustré par Kiril Zlatkov, traduit par Marie Vrinat-Nikolov.
« Les mots ne contiennent pas le rêve des autres que tu t’efforces d’entendre ». Peut-on toujours tout verbaliser lorsque les sentiments les plus grands envahissent un cœur ? Les mots ne sont pas suffisants et le silence exprime sans doute beaucoup de choses qui n’arrivent pas à sortir de soi. Alors oui, les mots aident et grâce à eux nous ne sommes jamais tout à fait perdus et pourtant leurs présences ne riment pas avec le silence.
Cet album est une poésie bouleversante car elle offre aux jeunes lecteurs des moments de tendresse et d’interrogation à la fois. Les illustrations en noir et blanc sont tout en finesse et complètent la richesse de ce poème qui voyagera longtemps dans son p’tit cœur de lectrice-rêveuse.
Quand je garde le silence de Zornitsa Hristova & illustré par Kiril Zlatkov, traduit par Marie Vrinat-Nikolov – Six citrons acides, collection : Around the langue, 2024 – publié pour la première fois en 2014 en Bulgarie, 2024
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Pour Séverine, le coup de cœur jeunesse de janvier, c’est Un jardin pour Maman / Dédée, paru chez les bien-aimées Editions du pourquoi pas ?, dont la ligne engagée et citoyenne la séduit chaque année un peu plus. Quatrième de leur collection Faire humanité, il aborde en douceur deux thèmes plutôt rares en littérature jeunesse, avec le juste ton, entre réalisme et délicatesse, en mots choisis, où simplicité et poésie ne sont pas antinomiques, pour sensibiliser les enfants sur des sujets graves, sans toutefois les noyer sous le sceau du pessimisme. Son format original, marque l’identité de la collection -deux textes en vis-à-vis, qui se font face, très joliment illustrés, une page centrale magnifique comme un pont entre deux rives -apporte fraîcheur et fantaisie, ingrédients essentiels de la littérature à destination du jeune lectorat. Dans les deux histoires qu’il raconte, les âmes blessées par la violence des hommes ou la société qui broie, parfois même complices, trouvent refuge et joie dans les fleurs, belles métaphores de résilience, en bleu et blanc, bleu comme confiance, blanc comme paix, ça ne peut que la toucher… Enfin, dans ces belles histoires teintées de sombre, mais qui finissent bien, en lumière et en humanité, elle y a retrouvé beaucoup de son amie Claire Beuve, l’autrice, dont c’est le premier roman.
Dédée/Un jardin pour Maman, Claire Beuve, illustré par Tildé Barbey, Editions du pourquoi pas ?, Collection Faire humanité, 2025
En ce mois de janvier, Héloïse – Helolitla a vibré pour le premier tome du Royaume des géants, de Dana B. Chalys. Un mélange de fantasy et de science-fiction, un monde futuriste dans lequel les terres sont en grande partie recouvertes par les eaux. Safh, qui a grandi bercée par les légendes de dragons de sa grand-mère, ne rêve que d’une chose : explorer les nuages. Pour ce faire, elle se rend à la grande ville, espérant y dénicher la personne qui pourrait l’aider à « arranger » sa Pami – son hoverboard – afin qu’elle vole plus haut. Mais un étrange nuage s’approche de la ville…
Enquête, aventure et magie sont au cœur de ce roman addictif qui a conquis Héloïse. Elle a aussi apprécié la richesse et la diversité des personnages, le mélange entre technologie, écologie et légendes, et les messages de tolérance et de partage sous-jacents.
Le royaume des géants, tome 1 : Le secret des nuages, de Dana B. Chalys, Ed. Gulf Stream. Octobre 2024.
Côté album, elle a craqué pour Lady Papa, et sa couverture si flashy.
Un enfant grandit au côté de son papa drag queen. Le matin, ce dernier porte un jean pour l’accompagner à l’école, mais le soir, de retour de l’école, sous les yeux ébahis et admiratifs de son enfants, il se transforme à l’aide de pinceau, de maquillages et de robes sublimes. Lady Papa est un album d’Émilie Chazerand plein d’humour et de tendresse, aux couleurs chatoyantes et vibrantes, qui aborde un thème peu représenté en littérature jeunesse. Tolérance, amitié et positivité sont mis en avant, pour mieux faire fondre le lecteur devant la belle relation qui unit cet enfant et son père. Solaire, virevoltant, profondément humain et bienveillant, Lady Papa est parfait pour déconstruire préjugés et stéréotypes !
Lady Papa, d’Émilie Chazerand, illustré par Diglee, La ville brûle, Aout 2024
Blandine a craqué pour l’album de Philippe Jalbert (un auteur qu’elle affectionne particulièrement) Il était une fois Une souris verte… lu avec sa nièce.
Il était une fois Une souris verte… Philippe JALBERT. Seuil Jeunesse, février 2023
Est-ce une histoire, la comptine… Dès le départ, on se questionne et Philippe Jalbert entend bien entretenir la confusion des genres en mélangeant aux paroles des éléments incongrus… Bien sûr, il est de bon ton de d’abord connaître la chanson pour bien se régaler des petites et même grosses incartades de l’auteur, qui nous régale également avec son trait !
Un album vraiment drôle !
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Et vous, quelles lectures vous ont fait vibrer en ce mois de janvier ?
Faut-il encore présenter Thierry Dedieu, un auteur-illustrateur lu dans toutes les écoles, les bibliothèques ? Très prolifique, Dedieu explore des univers tous très différents étant aussi à l’aise à l’écrit qu’au dessin. Découvrez nos raisons de vous ruer sur ses albums !
Thierry Dedieu, source : Wikipedia.
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Pour Linda, la Grande Guerre est un thème majeur qui mérite sa place dans la littérature de tout âge. 14-18 – Une minute de silence à nos arrière-grands-pères courageux est un petit chef d’œuvre pour au moins ces 10 raisons…
14-18 – Une minute de silence à nos arrière-grands-pères courageuxde Thierry Dedieu, Seuil jeunesse, 2014.
Pour l’hommage poignant aux Poilus, victimes, héros, tombés au combat, survivants de la Grande Guerre,
Pour la brièveté du texte en introduction qui exprime l’indicible : « Chère Adèle, il n’y a plus de mots pour décrire ce que je vis. Gustave« ,
Pour le réalisme saisissant des illustrations, tons sépia, qui suffisent à dire, à montrer,
Pour le message entièrement dessiné qui dénonce la guerre et ses atrocités,
Pour la solitude et la peur que l’on ressent en feuilletant ces pages,
Pour ce que sous-entend de douleurs sourdes et d’horreur chaque illustration,
Pour l’originalité et la qualité de cet album presque sans texte,
Pour la lettre d’Adèle, placée dans son enveloppe en fin d’ouvrage, à déplier et à lire,
Pour ce qu’elle laisse entendre des craintes de ceux et celles qui sont resté.es derrière,
Pour le Devoir de Mémoire, et que jamais plus…
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Pour Liraloin, il n’a pas été si évident que ça de choisir un album de cet immense auteur-illustrateur tant son graphisme et ses sujets sont variés. Toujours avide de découverte, son choix s’est porté sur un album où la contemplation est au cœur de l’histoire au moins pour 10 raisons.
Le maître des estampes de Thierry Dedieu, Seuil jeunesse, 2010
Pour le titre qui engage la/le lectrice/lecteur dans une aventure où la création de l’image sera au cœur de l’album.
Pour ce tampon, signe de l’estampillage appartenant à un grand nom du dessin.
Pour les accessoires qui caractérisent le maître des estampes : l’encre, les pinceaux et le papier que l’on découvrira plus tard, formidable terrain d’esquisses !
Pour le décor épuré qui sert l’esprit du peintre, cette contemplation du vide et de la nature nourrissant sa créativité.
… justement pour cet agacement et cette colère qui caractérisent si bien le riche mandarin, impatient et hautain.
Pour les couleurs choisies par Dedieu qui invitent la lectrice/le lecteur à se concentrer sur la gestuelle du personnage du maître des estampes.
… pour ce geste contrôlé qui à l’inverse met hors de contrôle le mandarin.
Pour cette première de couverture qui invite la future lectrice/le futur lecteur à un moment de respiration.
Pour ce carnet d’études, délicieux moment d’intimité dans les recherches d’une œuvre.
Pour cette phrase : « Des deux vies du papillon, ce n’est pas celle de la chenille que l’on retient, mais celle du papillon. »
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Lucie s’est aperçue qu’elle ne connaissait pas si bien l’œuvre de Thierry Dedieu en dehors de ses grands classiques et a découvert de nombreux titres géniaux en préparant cet article. Son préféré jusque-là : Va-t’en guerre. Voici pourquoi.
Pour ce titre accrocheur et sa définition dès la première page, « Va-t’en-guerre : personne qui pousse à la guerre, qui recherche le combat, l’affrontement« .
Pour ce noir et blanc aussi franc et tranchant que le personnage principal.
Pour ces illustrations de vie quotidienne dans lesquelles le roi s’imagine dans des situations très différentes de celles qu’il vit.
Pour l’inventivité dont celui-ci fait preuve dans sa recherche d’adversaire et sa création d’armes.
Pour l’épitaphe pleine de bon sens : « il l’a voulue, il l’a eue« .
Parce que cette envie de guerre fait immanquablement penser à un enfant qui tire par la manche en demandant « tu joues avec moi ?«
Et que les jeunes lecteurs rient de l’acharnement du roi.
Parce qu’avec le talent qu’on lui connaît, Thierry Dedieu parvient à amuser petits et grands avec un personnage aussi bête que cruel.
En dépit du fait que l’attitude de ce roi glace les parents par sa résonance avec l’actualité.
Et pour la chute, dont l’absurde est dans la parfaite lignée de l’album.
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Quoi de mieux pour une collectionneuse de papillons que les conseils d’un expert des sciences naturelles pour regarder la nature autrement ? Quand Thierry Dedieu se fait le porte parole de Tatsu Nagata, on chausse loupe et jumelles pour se lancer à l’assaut du monde des petites bêtes et des grosses bêtes. Et n’importe quel scientifique en herbe se laisse prendre au jeu. Voici pourquoi.
Les Petites bêtes de Tastu Nagata, Seuil Jeunesse, 2011.
Parce que ce sont des documentaires particulièrement accessibles aux tout-petits sans les sous-estimer, et ici on aime tellement les livres qui ont de l’ambition pour les enfants.
Parce qu’à chaque page, l’enfant accède à une connaissance précise, souvent étonnante.
Parce que : « Le ver de terre se déplace en rampant. Il possède des poils en soie qui lui permettent de s’agripper pour avancer. »
Parce que les illustrations qui accompagnent chaque donnée scientifique ont quelque chose de très direct, de coloré, de vivant… et d’infiniment marrant !
Parce que la première page de l’album est toujours un petit condensé d’humour à hauteur d’enfant.
Parce qu’on y a vraiment cru, pendant plusieurs années, à l’existence de Tatsu Nagata, chercheur, expert mondial des mutations des batraciens, vivant au Japon sur la petite île de Yaku. Et c’est en cherchant un jour sur Internet de plus amples informations sur notre gentil professeur à la blouse bleue que nous avons appris que c’était Thierry Dedieu qui se cachait derrière ce visage jovial et tout rond.
Parce que ces livres font partie de ceux que nous avons empruntés mille fois à la médiathèque avant de se les offrir pour pouvoir les lire, les relire à notre guise. Et peut-être un jour les transmettre aux enfants de nos enfants.
Parce que « Le ver de terre est aussi appelé lombric. Il n’a ni bras, ni pattes, ni yeux, ni os, ni poumons. »
Parce que ces albums, sans en avoir l’air, sont une ode au vivant, aux écosystèmes, à ce monde incroyable auquel nous appartenons et qu’il est tellement important d’apprendre à mieux connaître.
Et je finirai cette humble liste avec une citation de Tatsu Nagata lui-même : « Il suffit de retourner la terre pour observer le ver de terre. »
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Pour Séverine non plus, il n’a pas été évident de choisir parmi tous les albums ou romans signés Dedieu, au texte et/ou aux illustrations. Après avoir hésité entre Le baron bleu et Un royaume sans oiseaux, elle a finalement choisi…Le cheval qui galopait sous la terre. Pourquoi ?
Le cheval qui galopait sous la terre, de Thierry Dedieu, Eiditons Thierry Magnier, collection Petite poche, 2017
Parce que les albums précités ont un auteur (et quel auteur, Gilles Baum !) dont il n’est pas (encore ?) question sous le grand arbre et qu’elle aurait peut-être eu plus à dire sur le texte que sur les illustrations de Dedieu, fort réussies au demeurant.
Parce que le thème de la guerre (et surtout de la paix à souhaiter plus fort que tout) est déjà traité par les albums choisis par Linda et Lucie…
Parce que l’amitié entre un cheval et un humain lui a (déjà) permis de vivre des moments de lectures inoubliables, ce roman lui a donné envie de relire Crin-blanc,Cheval de guerre,Mon cheval s’appelle orage/mon frère est un cheval, Pony, Mon petit chevalMahabat, etc. et qu’il fait désormais partie des incontournables, devenus des…classiques !
Parce qu’il traite de la mine, celle des «gueules noires», des «toucheurs», des «galibots», des «hercheurs», et qu’en stéphanoise pure souche (ou presque !), petite-fille de mineur, elle ne pouvait qu’être touchée par ce récit, qu’elle a évidemment proposé à sa fille de 9 ans, curieuse de ce patrimoine qu’elle commence à peine à découvrir.
Parce qu’il aborde des thématiques pour, en lecture accompagnée, ouvrir le dialogue entre passé et présent, histoire et sociologie, philosophie et pragmatisme : droits acquis, travail des enfants, congés payés, déterminisme social, bien-être animal…autant de sujets dont les enfants, dès 8-9 ans, peuvent s’emparer pour dire et réfléchir.
Parce qu’il s’agit d’un roman sans images court, dense, intelligent, sensible, comme la plupart de la collection Petite poche des éditions Thierry Magnier, dont elle raffole.
Parce qu’elle voudrait mettre en valeur le grand talent de Dedieu auteur, dont elle avait déjà eu la preuve avec un précédent ouvrage, de la même collection (L’homme qui perd le feu et le retrouve), et quelques-uns de ses albums.
Parce que le contraste entre la sensation d’oppression du fond de la mine, qui saisit le/la lecteur.ice, et la poésie vibrante des journées de liberté dans le parfum et les couleurs de la nature sont remarquablement bien écrits.
Parce que le titre à lui seul convoque cette dualité : « Grand-Gris, c’est le cheval qui galope sous la terre ! Et le noir n’y peut rien. »
Parce que la fin est lumineuse et pleine d’espoir, elle met en marche l’imagination, elle est tout simplement belle.
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Et vous, connaissiez-vous ces titres ? Quelle est votre œuvre préférée de ce grand auteur-illustrateur ?
Chaque année vos arbonautes préférées s’engagent avec beaucoup de joie et d’empressement à lire les romans en lice pour le Prix Vendredi. Lucie et Liraloin ont profité de cette sélection 2024 pour lire Charbon bleu et en faire une lecture commune pour votre plus grand plaisir. Un roman justement récompensé par un jury de sept jeunes adultes âgés de 15 à 19 ans pour le Prix Vendredi.
Charbon bleu, Anne Loyer, illustrations de Gérard DuBois, éditions D’Eux, 2023.
Liraloin : Est-ce que tu connaissais Anne Loyer avant de te lancer dans cette lecture ?
Lucie : En regardant sa bibliographie je me rends compte qu’elle a écrit 105 livres ! J’ai lu Bamba, et certaines des aventures de Kimamila parce que c’est la méthode de lecture que j’utilise avec mes CP. Donc j’ai beaucoup aimé Charbon bleu mais on ne peut pas dire que ce soit une auteure dont je suis le travail. Je vais être nettement plus attentive dorénavant !
Kimamila et la récré ensorcelée, Anne Loyer, illustrations de Nils, Nathan, 2014.Bamba, Anne Loyer, éditions du Rocher, 2020.
Liraloin : De mon côté, je connais bien cette autrice notamment à travers des albums publiés chez A pas de loup : Christine de Pizan, Calamity Jane. J’ai également lu son roman adulte La petite coriace que j’ai bien apprécié. Anne Loyer est très prolifique et autant à l’aise dans l’écriture des romans que des albums.
Christine de Pisan, La clairvoyante, Anne Loyer, illustrations d’Anne Gaudriot, A Pas de loup, 2021.Calamity Jane, L »indomptable, Anne Loyer, illustrations d’Anne Gaudriot, A Pas de loup, 2019.La petite coriace, Anne Loyer, éditions Anne Carrière, 2022.
Liraloin : Même question pour l’illustrateur Gérard DuBois ? Nous reviendrons plus tard sur la pertinence de ses dessins.
Lucie : J’ai un peu honte de l’avouer : non, je ne connaissais pas du tout de Gérard DuBois mais j’aime beaucoup. Je me suis un peu renseignée sur ce qu’il a fait depuis, et je trouve notamment son travail sur Moby Dick magnifique !
Liraloin : C’est au SLPJ que j’ai découvert cet illustrateur, il y avait une exposition de ses illustrations et je trouve son procédé très intéressant. Je l’ai découvert tardivement et c’est seulement l’année dernière que j’ai réalisé que je le connaissais à travers une illustration tirée de son livre Enfantillages. Et puis, j’ai lu la chronique de Linda sur l’album On aurait dit qui m’a donné envie de le découvrir.
Enfantillages, Gérard DuBois, Rouergue Jeunesse, 2015.On aurait dit, André Marois, illustrations de Gérard DuBois, Seuil Jeunesse, 2016.
Liraloin : Parlons de la couverture : qu’en as-tu pensé ? Est-ce que cette illustration te touche ?
Lucie : Oui, je dois avouer que c’est ce qui m’a attirée vers ce roman. Ce noir et blanc un peu brut, et le regard de cette jeune fille qui se détache d’une foule. C’est très puissant je dois dire, et tout à fait en accord avec le texte. Uniquement sur la base de la couverture, c’est vers ce titre de la sélection du Prix Vendredi que je serais allée le plus spontanément.
Liraloin : Contrairement à toi je n’ai pas été attirée de suite par cette couverture surtout que nous sommes plutôt – et depuis un moment – sur des couvertures de romans pour ados un peu “clinquantes”. Le sujet m’a intéressé sans doute car j’ai vécu à Lille… et comme j’aime Anne Loyer, hop je l’ai emprunté. L’illustration est très forte et il y a quelque chose de magnétique dans ce visage féminin. On est obligé de s’attarder sur ce regard je trouve.
Liraloin : Entrons dans le vif du sujet. Le livre commence avec ce texte en préambule, écrit en italique : « Elle ferme les yeux, c’est l’appel du néant. Son corps, pris en tenaille par des milliers de mains – celles de ceux qui l’ont précédée, celles de ceux qui lui succéderont – s’enfonce sans fin, aspiré par les entrailles avides de la terre. Il est englouti par une force supérieure qui ne lui laisse aucune chance. Une chute invincible qui l’entraîne, poids mort avant l’heure, direction l’abîme. » Que t’évoque ce texte ?
Lucie : Ce préambule donne immédiatement le ton. Il est question de déterminisme, de tradition pesante, de quelque chose de très organique aussi il me semble et de dramatique. On sent tout de suite que le texte ne va pas enjoliver la réalité du destin de ces mineurs, et c’est précisément ce pourquoi j’ai eu envie de le lire. Mais je me dis en le relisant que c’est “gonflé” de la part de l’auteure car cela peut aussi rebuter certains jeunes lecteurs. Qu’en as-tu pensé, toi ?
Liraloin : En relisant ce préambule je trouve qu’il est complètement raccord avec l’illustration de première de couverture. On sent ce moment compliqué de se rendre dans cet ascenseur qui “aspire vers les entrailles avides de la terre”. Comme toi, et ton terme est bien trouvé, il y a quelque chose d’organique, cette terre broie les mineurs, les rend malades et les tue. Après j’ai été très étonnée que ce roman remporte le Prix Vendredi des jeunes lecteurs, je m’y attendais pas du tout car tout comme toi je ne pensais pas que ce sujet plairait autant aux jeunes. Comme quoi….
Lucie : C’est une très bonne surprise cependant, et c’est très positif que des jeunes lecteurs acceptent de découvrir un milieu et une époque qui est éloignée d’eux. Qu’ils adhèrent à un texte qui fait la part belle à la poésie et à un certain lyrisme.
Liraloin : Oui effectivement il y a une poésie que l’on retrouve dans cette écriture. D’ailleurs on en parlait avec une collègue, et finalement on en a conclu que ce sont les auteurs-autrices qui écrivent sur des sujets sociétaux très actuels qui emportent pas mal de prix et des mises en avant… D’ailleurs, petite parenthèse, La Chasse a reçu le Prix Cendres en plus du Prix Vendredi.
La Chasse, Maureen Desmailles, Thierry Magnier, 2023.
Liraloin : L’histoire débute avec la perte du père de cette famille. Outre le chagrin de Gervaise, sa femme enceinte, cette mort impose à Ermine une analyse de la situation très lucide. Est-ce que tu te rappelles de la dureté de cette ouverture ?
Lucie : Je me souviens en effet avoir été saisie par le désespoir d’Ermine. Elle a cru pouvoir échapper à son destin de mineur car son instituteur, convaincu par ses capacités, avait insisté auprès de ses parents pour qu’elle poursuive ses études. Mais voilà qu’un double drame la cueille : le décès de son père signifie aussi qu’elle va devoir travailler pour aider sa mère car il n’y a plus que le salaire de son frère pour nourrir la famille. Au passage : que la maman s’appelle Gervaise est un joli clin d’œil à Zola !
Germinal, Emile Zola, Pocket, 2018 pour cette édition.
Liraloin : Oui, merci Anne Loyer pour ce joli clin d’œil à Germinal. Ce passage est vraiment terrible et très noir. Le chagrin accable toute cette famille et on sait que peu d’espoir est envisageable. Je trouve que ce n’est pas évident en tant que lectrice de se dire qu’à un moment la “lumière” viendra ! Il y a ce paragraphe qui m’a marqué. Ermine doit aller travailler pour la survie du foyer et voici le regard de Gervaise sur sa fille :
« Gervaise lève péniblement les yeux vers sa fille. Elle voudrait lui dire un mot gentil, un encouragement quelconque. Mais rien ne sort. Elle a honte. Honte de lui avoir promis la lune, honte de lui avoir fait entrevoir l’impossible, honte de lui avoir fait miroiter un autre destin. Ernest et elle l’ont trompée. L’ont même trahie. Ils ne cherchaient qu’à la protéger et ils n’ont rien fait que retarder l’échéance. Juste au moment où elle allait décrocher le certificat d’étude, ce sésame pour un autre futur, tout se brise… »
Comment analyses-tu ce paragraphe ?
Lucie : En tant que lecteur, on se met très facilement à la place de Gervaise. Ou peut-être est-ce parce qu’on est mamans aussi ? Cette honte, même si elle n’y est pour rien, est parfaitement compréhensible. C’est un peu comme si elle avait trahi sa fille en lui laissant apercevoir un avenir différent de la mine. Avenir dont elle va finalement être privée à cause de la disparition de son père. Est-ce que la situation aurait été “moins pire” si Ermine était allée à la mine dès le début ? C’est vraiment une ouverture de roman très dure et très noire, tu le disais. Et c’est d’autant plus courageux de la part d’Anne Loyer d’oser y aller franchement et de proposer un texte sans concession à ses jeunes lecteurs.
Liraloin : Oui et d’ailleurs ta question rejoint celle-ci. J’ai trouvé que le destin d’Ermine était fragile dès le départ, pas franchement net concernant ses projets d’études comme si l’autrice voulait nous préparer à cette chute. Ta vision est juste car nous sommes bouleversées par la honte qui saisit Gervaise, cette culpabilité envahissante. C’est d’autant plus difficile à “digérer” car pour une fois, un membre de cette famille aurait connu autre chose que la mine. Pour moi il y a cette prise de conscience de cette mère complètement atterrée par la perte de son mari et ce destin qu’elle brise malgré elle. Le champ lexical de la lumière est pourtant présent et sera le fil conducteur tout le long du récit. Pour le moment la lumière est juste atténuée et forcément pas franche (lune, miroir…).
Lucie : Je me demandais justement : trouves-tu que le supplément d’instruction qu’a reçu Ermine apporte quelque chose au roman ?
Liraloin : Oui énormément, cette instruction lui permet de supporter sa nouvelle vie à la mine en s’échappant dans ses rêveries. Elle est complètement à part et les autres lui font bien sentir sauf un personnage… C’est justement là qu’apparaît Firmin. Est-ce que ce personnage t’as plu ?
Lucie : Je ne vois pas comment on peut ne pas aimer Firmin. Il apporte tellement de lumière (on y revient, je n’avais pas conscience du champ lexical de la lumière mais maintenant que tu le dis ça me saute aux yeux) et de douceur dans ce monde noir, étouffant, sans espoir… Un phare dans la nuit ! J’adore son surnom de Firmament d’ailleurs, quelle trouvaille ! Je suis curieuse de savoir ce que tu as ressenti lors de la première rencontre entre le jeune homme et Ermine ?
Liraloin : Il est le rayon d’une lumière qui n’existe plus, son intelligence se caractérise par sa poésie, cela touche également Ermine qui est transporté ailleurs d’où l’illustration (p.53). J’aime beaucoup ce personnage, d’une grande sensibilité. Ermine le surnomme Firmament rien que pour elle et comme toi j’ai trouvé que ce surnom était une belle trouvaille. Il y a une alchimie qui se fait très vite et naturellement.
Lucie : Je me disais que c’était peut être grâce à son « instruction » qu’Ermine était si rapidement touchée par cette rencontre. Car Firmin n’est pas vraiment le mineur typique. Leur lien se crée au niveau intellectuel : ils aiment les mots, les sonorités, cela les anime et les aide à supporter leur quotidien. Qu’en penses-tu ?
Liraloin : Tout à fait ! je suis d’accord avec toi en ajoutant que le lien que le jeune homme établit avec les animaux ajoute à son empathie. Mais le rêve n’est pas la vie. Même si Ermine parle de Firmin et de son caractère à sa mère, cela fait rêver également sa petite sœur de 4 ans, Martine. Que penses-tu de l’autre membre de cette fratrie, le frère aîné d’Ermine ?
Lucie : Guy… Lui pour le coup c’est la caricature du mineur. Brutal, rugueux, il n’est pas très aimable. Heureusement qu’Anne Loyer prend le temps de nous expliquer le ressentiment qu’il a pour Ermine, et ainsi de le rendre plus humain. Parce qu’il aurait le profil idéal pour être le “méchant” de l’histoire. On comprend tout de même qu’il a été forcé de grandir très vite, d’assumer des responsabilités très jeune et qu’il s’est forgé une “carapace” pour s’en sortir. Mais il reste extrêmement désagréable.
Liraloin : Tout à fait, et ce n’est pas un exercice facile pour une autrice d’échapper à la caricature car Guy en a tous les aspects. Cette profonde tristesse qu’il a en lui se transforme en brutalité, il ne sait réagir autrement. Oui, tu as raison, il est imbuvable.
Lucie : A propos de la famille d’Ermine,que penses-tu de son rôle dans l’évolution de ce personnage ?
Liraloin : Dans cette famille, Martine la petite sœur apporte du bonheur et permet à Gervaise de garder le sourire, l’innocence de la petite est palpable. Cette joie enfantine permet à Ermine de sortir un peu la tête de son quotidien harassant. Elle aime le rire grelot de sa petite sœur. Pourtant c’est tout de même Guy qui est pour moi comme une ombre qui s’étend de plus en plus sur ces femmes, le patriarcat est présent et il n’est pas atténué. Le foyer et donc la famille n’est plus un refuge pour Ermine, les obligations ont noyé le reste.
Lucie : Tu as raison, ce patriarcat est très net et correspond évidemment à l’époque puisque ce roman se passe au 19ème siècle. Quand le père meurt, Guy prend le pouvoir sur la famille. Pouvoir dont il se passerait bien à mon avis mais qu’il assume avec la dureté qui le caractérise.
Liraloin : Oui merci de le préciser. L’époque est importante. Il en veut à cette famille, la mort de son père retarde aussi sa vie et son avenir.
Lucie : Nous avons une fois de plus utilisé le champ lexical de la lumière avec cette ombre que Guy étend sur la famille. C’est le moment de parler des illustrations qui répondent parfaitement au contraste entre ombres et lumières qui irrigue le texte, non ?
Liraloin : Ce contraste est très puissant et les 12 illustrations sont bien choisies. Elles alternent entre le rêve et la réalité. Il y a des planches qui apportent cette note d’espoir et en même temps quelques pages après on redescend du terre avec un dessin qui accentue la dureté de la vie. C’est une belle idée que d’avoir choisi d’illustrer ce roman.
Lucie : La technique utilisée est particulièrement pertinente je trouve. Ces aplats noir qui laissent filtrer le blanc… cela correspond tellement bien à l’histoire d’Ermine et Firmin !
Liraloin : Puis tout s’accélère lorsqu’on approche de la fin. D’après toi, pourquoi Anne Loyer a choisi de précipiter (dans le bon sens du terme), son histoire ? D’ailleurs qu’en as-tu pensé de cette chute ?
Lucie : Cette fin. On la voit venir, elle est annoncée et pourtant qu’il est difficile de s’y résoudre ! Une nouvelle fois, je trouve Anne Loyer courageuse d’avoir assumé jusqu’au bout sa résolution de véracité. Au risque de décevoir les lecteurs fleur bleue, la réalité de la mine était difficile, exigeante, et nous l’avons bien dit l’auteure ne cache rien des douleurs physiques, ni de la fatigue ou de la peur de ses personnages lorsqu’ils sont sous terre. La fin est donc triste, mais logique.
Liraloin : Je suis complétement raccord avec toi et je trouve également qu’Anne Loyer y ajoute de la poésie malgré tout. C’est cela que je trouve très fort chez elle, la dernière illustration y est pour beaucoup. Est-ce que la liberté n’est pas justement dans cette fin et cette tragédie?
Lucie : Oui, tu as raison. Ce roman ne fait pas dans l’optimisme forcené mais Anne Loyer parvient malgré tout à insuffler de l’espoir quelque soit la situation – aidée par Gérard DuBois et notamment comme tu le disais de sa magnifique dernière illustration. C’est très fort. Et c’est peut-être aussi ce qui a plu aux jeunes lecteurs ? Cet espoir dans une situation qui semble désespérée cela peut faire écho à ce qu’ils ressentent face à l’actualité ?
Liraloin : Oui car après tout cette histoire parle de cette liberté d’aimer. Pour terminer, à qui conseillerais-tu ce roman ?
Lucie : Et bien sans surprise, parce que c’est toujours le cas des bons romans, à plein de lecteurs très différents. Je suis persuadée qu’il plairait à mon fils de 13 ans, mais aussi à des copines et je suis presque certaine que ma mère va me demander de le lui prêter. Le panel de lecteurs est donc étendu : ceux qui aiment l’histoire, qui veulent en apprendre plus sur l’univers minier, qui ont envie de découvrir un texte poétique et nuancé, avec une jolie histoire d’amour entre deux âmes blessées… J’ai oublié quelqu’un ?
Liraloin : Ahahaha non, tu n’as oublié personne. Tout comme toi je pense que ce roman peut attirer un large lectorat. Je le conseillerais autant aux adultes qu’aux ados !
Lucie : Pour les plus curieux de nos lecteurs, je trouve que Charbon Bleu fait fortement écho à un autre titre de la sélection du Prix Vendredi : Vindicte met aussi en scène une femme dans une situation désespérée (c’est l’une des “tondues” de la Libération) confrontée au regard et au jugement des autres et particulièrement des hommes. Je les ai lus à la suite et j’ai trouvé ce parallèle stimulant.
Vindicte, Gildas Guyot, In8, 2024.
Liraloin : Je n’ai pas encore lu ce roman. Justement je trouve que c’est essentiel que des autrices et auteurs s’emparent de faits historiques pour ce devoir de mémoire que nous devons transmettre de génération en génération… Et le fait qu’ils plaisent comme nous avons pu le voir avec l’attribution du prix Vendredi des jeunes est très chouette !
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Pour conclure, la réaction à notre discussion de deux copinautes originaires de régions minières.
Linda : En bonne nordiste que je suis, j’avais envie de dire que la mine fait partie intégrante de notre patrimoine et les enfants grandissent avec des histoires de la mine. Les mineurs n’existent plus et il n’en reste guère de survivants aujourd’hui mais la mémoire collective est entretenue par les associations et les récits des enfants et petits-enfants de mineurs. Tous les enfants d’ici visitent au moins une fois dans leur vie le musée de la mine de Lewarde qui marque les esprits et donne vraiment à réfléchir sur cette vie, cette époque. Je ne connais pas un enfant ou ado qui soit ressorti déçu de cette visite et cela ne m’a donc pas étonné que les jeunes aient choisi ce titre…
Séverine : Je pourrais très exactement reprendre le propos de Linda en remplaçant Lewarde par « Puits Couriot » à Saint -Etienne ! Ici, c’est exactement cela aussi. En ce qui me concerne, j’essaie de transmettre à ma fille un bout de l’histoire locale, grâce notamment aux livres, mais c’est vrai qu’il me semble que la littérature jeunesse pèche un peu en la matière, en particulier pour les plus jeunes. Dernièrement, un album pour petit.e.s s’est démarqué : Mille mineurs, écrit et illustré magnifiquement par Evelyne Mary.
Nous espérons vous avoir donné envie de découvrir l’histoire d’Ermine, d’autres romans d’Anne Loyer et, pourquoi pas, de visiter ces lieux d’histoire !
Que l’on soit parent ou accompagnant il n’est jamais simple de choisir des livres pour un enfant et encore moins de trouver un ouvrage abordable qui puisse être de bon conseil ou une mine de références littéraires. Vos arbonautes, qui s’interrogent régulièrement sur le bien fait de la lecture, ont choisi quelques ouvrages permettant de s’y retrouver que l’on soit prescriptrice pour le tout-petit ou les grands ados.
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Au sujet de la lecture en général
Ouvrage conséquent, Faites-les lire ! est composé de plusieurs parties, que le lecteur pourra lire intégralement ou survoler selon ses besoins et intérêts du moment. Dans la première partie « La lente agonie de la lecture », Michel Desmurget expose son amer constat : les enfants lisent de moins en moins, perdent en vocabulaire, en compréhension et donc en capacité de réflexion. Et l’école ne pourra pas y remédier faute de temps et de moyens humains. Dans la deuxième partie, joliment intitulée « L’art de lire », l’auteur explicite les mécanismes complexes d’acquisition de la lecture, qui expliquent les difficultés rencontrées par les enfants face à cette tâche pour le moins complexe. Mais c’est dans la troisième partie que le chercheur propose quantité d’idées de jeux et d’activités à faire avec son enfant pour développer sa reconnaissance des lettres et des sons.
Et en lisant les effets considérables qu’ont sur le cerveau de nos enfants quelques minutes de lecture quotidienne agrémentées de divers petits jeux, il y a de quoi se motiver et s’y tenir ! D’autant que, des études le montrent, tous les enfants (petits et grands) aiment écouter des histoires. Cet ouvrage passionnant nécessiterait un complément plus court, à destination des familles moins portées sur l’objet livre, reprenant seulement les idées-clé et les situations pratiques.
Faites-les lire ! Pour en finir avec le crétin digital, Michel Desmurget, Seuil, 2023.
La chronique grand public de Séverine sur sa page Facebook .
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Comment jouir de la lecture, petit essai de Clémentine Beauvais publié dans la collection ALT chez La Martinière, est à la fois une déclaration d’amour à la lecture et une invitation à prendre encore plus de plaisir à lire. À lire ces lignes vives et malicieuses, on comprend que cultiver la jouissance de lire, cela demande un certain travail pour déconstruire nos penchants naturels et les discours dominants qui les corsettent, tenter des choses nouvelles, identifier et mettre en mots ce qui nous fait vraiment prendre notre pied. Ce manifeste est vraiment à lire, ne serait-ce que pour la manière réjouissante dont il évoque mille et une manières dont un texte peut nous extasier. Certains nous parlent et nous rappellent de mémorables moments de lecture, d’autres donnent envie de lire plus et mieux. Vous l’aurez compris, ces pages composent un réjouissant programme. Pour 3,50€, on aurait tort de se priver. Faites-vous plaisir avec cette lecture stimulante et voluptueuse qui en appelle tant d’autres !
Comment jouir de la lecture, de Clémentine Beauvais. ALT, La Martinière.
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Petit recueil compilant des témoignages et des réflexions de 50 auteurs de livres jeunesse, Lire est le propre de l’homme est tout simplement fabuleux. On pourrait dire qu’en défendant la lecture ils prêchent pour leur paroisse. Mais leur réflexion va tellement plus loin et porte tant d’espoir pour les nouvelles générations que l’on ne peut douter de leur bonne foi. En quelques lignes ou quelques pages, ils invitent tour à tour à se plonger dans ses souvenirs de lectures offertes, ses premières lectures autonomes, à réfléchir sur la place de la lecture dans sa vie et surtout à celle que l’on lui laisse dans la société. Nous en sommes convaincues : la lecture et les histoires sont les plus beaux cadeaux que l’on peut faire à un enfant (les textes de Malika Ferdjoukh et Xavier-Laurent Petit l’expriment à merveille). En 200 pages, tout est dit. Un recueil d’utilité publique mais aussi un grand moment d’émotion.
Lire est le propre de l’homme, collectif, L’école des loisirs, 2017.
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Recueils de titres
Quel bonheur de sillonner les mille et uns chemins de la littérature jeunesse en compagnie de Sophie van der Linden ! Tout, vous saurez tout sur l’histoire de cette littérature, ce qui la définit dans sa diversité, ou encore sur comment transmettre le goût de lire. Vous prendrez aussi la mesure de sa richesse en faisant un tour exhaustif des types de livres (éveil, abécédaires, albums avec et sans texte, BD, différents types de romans, etc.) et des genres (conte, humour, littératures de l’imaginaire et du réel, documentaire, théâtre), revenant pour chaque sur sa constitution, ses titres marquants, ses caractéristiques et les débats qui le traversent. Un guide très complet qui, forcément, donne envie de lire ! Et pour vous mettre le pied à l’étriller, vous y trouvez même des « bibliothèques idéales » organisées par grandes tranches d’âge et types de livres. What else ?
Tout sur la littérature jeunesse, de Sophie van der Linden. Gallimard Jeunesse.
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En quête d’un grand peut-être, c’est un ouvrage écrit par deux passionnés, Tom et Nathan Lévêque, autour d’une thématique : la littérature ado. Dans ce qui est le premier ouvrage scientifique à aborder ce thème, ils reviennent d’abord sur l’émergence de cette littérature, sur ses frontières, si difficiles à définir, sur les thématiques qu’elle aborde. De nombreux questionnements affleurent, autour de l’identité, de l’évolution de ce genre, mais ce qui ressort le plus, c’est la créativité des œuvres présentées. Car des œuvres, il y en a beaucoup qui sont citées ici ! On y trouve même de textes inédits (12 nouvelles).
C’est donc un ouvrage à la fois instructif, pédagogique et ludique, qui se dévore avec un crayon en main, pour noter toutes les futures lectures passionnantes qui nous attendent dans ce domaine. A noter : la liste des 100 incontournables de la littérature ado, une liste de 100 titres à lire et à relire, créée par un collectif d’auteurs, de blogueurs…
En quête d’un grand peut-être : guide de littérature ado, de Tom et Nathan Lévêque, Ed. Du Grand Peut-être, décembre 2020
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Dans Petits enfants grands lecteurs, Joëlle Turin et Nathalie Virnot dressent un constat à travers de multiples observations et témoignages recueillis sur le « terrain ». Ces deux spécialistes invitent également le parent ou l’accompagnant à reconnaître et analyser un bon album en proposant des titres précis.
Tous les spécialistes de la petite enfance s’accordent sur une chose primordiale : la lecture. Que l’on soit bibliothécaire, libraire, auxiliaire de puériculture, assistante maternelle… le livre est essentiel pour le bon développement cognitif du jeune enfant.
Cet ouvrage est une bonne porte d’entrée pour les parents qui s’interrogent sur le bienfait de la lecture à voix haute, sur l’importance que l’on accorde au texte et à l’image et se veut rassurant dans la façon d’appréhender tel ou tel titre.
Petits enfants grands lecteurs de Joëlle Turin et Nathalie Virnot, Mémo, 2023
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Et vous, quels titres vous guident dans votre quête de lectures incontournables ?
Nous sommes très heureuses de vous retrouver pour une nouvelle année de partage, d’échanges et – on l’espère ! – de chouettes découvertes littéraire. Pour démarrer sous les meilleurs auspices, nous avons sélectionné les titres que nous avons préférés en 2024.
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Outre la fantastique clôture de la trilogie Alma (dont vous pouvez retrouver son avis et celui d’Héloise – Ileautresor) par Timothée de Fombelle qui a eu les honneurs de nombreux médias, Lucie a eu envie de rappeler deux coups de cœurs certes déjà cités (respectivement en juin et en septembre) mais qui lui ont laissé une impression durable.
Le premier est l’autobiographie romancée de l’auteur-illustrateur Eugene Yelchin, Un génie sous la table. Véritable plongée dans le quotidien d’une famille sous le régime communiste de l’URSS des années 1960, ce roman est un témoignage précieux. D’autant que les événements sont racontés avec un vrai sens de la formule et beaucoup d’humour.
L’espionnage et la promiscuité au quotidien, la pression des parents très conscients que seul un talent exceptionnel permettra à leur fils de se sortir d’une situation misérable, mais surtout le regard que pose cet enfant sur son environnement en font une histoire drôle et marquante à la fois. À découvrir !
Le génie sous la table d’Eugène Yelchin, l’école des loisirs, 2024.
Le second est Le gang des 11, un album très intelligent de Rocio Bonilla sur le phénomène de groupe. Si l’on peut le lire comme une simple aventure de Benjí, petit poisson invité à rejoindre un gang pour jouer, lorsque l’on s’arrête sur les douces illustrations le propos gagne en profondeur.
Les poissons sont tous gris, les yeux fermés, et suivent aveuglement les jeux de leur chef. Sauf que ces activités ne sont pas vraiment appréciées par les poissons qui en sont victimes. Où s’arrête le jeu et où commence le harcèlement ? Est-il possible de garder sa personnalité dans un gang ? Si le groupe fait quelque chose qui nous semble mal, comment y résister ? Peut-on pardonner à quelqu’un qui a fait du mal ? Voici certaines des questions que cet album peut soulever, avec délicatesse et bienveillance. Brillant !
Le gang des 11, Rocio Bonilla, Éditions du Père Fouettard, 2023.
Pour Liraloin le premier roman On ne dit pas sayonara d’Antonio Carmona est une excellente surprise jusque là toujours un peu déçue des lauréats du concours d’écriture organisé par les éditions Gallimard jeunesse.
Pourquoi ne dit-on pas sayonara ? car la signification de cet au revoir n’est pas vraiment compatible avec ce que va ressentir la lectrice/le lecteur. Elise et son étoile Stella : celle qui va l’accompagner, la faire réfléchir sans brusquer, tout en étant respectueuse. Elise et sa grand-mère Sonoka celle qui va enfin prononcer le prénom d’une maman disparue, celle qui va honorer sa mémoire. Des rencontres qui font changer, évoluer et enfin peut-être accepter l’inacceptable. Tout ce petit monde va graviter, se connecter autour d’Elise et c’est un bonheur dans faille qui en restera.
On ne dit pas sayonara d’Antonio Carmona, Gallimard jeunesse, 2023
Un album a particulièrement fait mouche auprès de cette grande sensible : il s’agit de Demain dans une demi-heure de Thomas Scotto, illustré par Claire Gaudriot.
ll est des albums qui empoignent le cœur si fortement que le souffle devient trop faible pour continuer sa lecture. Thomas Scotto possède cette qualité rare d’écrire si généreusement (dans sa poésie) qu’on ne peut que lire et ressentir également cette puissance de l’écrit entre les lignes. Dans cette histoire à l’étrange allure de conte fantastique, un enfant ressent le monde extérieur. Un monde en attente d’une rencontre unique, si bouleversante pour les parents. Quant à Claire Gaudriot, elle réussit à transmettre tous les désirs de cette attente en offrant un dessin méticuleux et subtil. Bravo à ce fabuleux duo d’auteur-illustratrice ainsi qu’à Laurence Nobécourt de nous livrer cet album si fin et émouvant.
Demain dans demi-heure de Thomas Scotto, illustré par Claire Gaudriot, A pas de loup, 2023
Pour Séverine, l’un de ses plus grands coups de cœur, c’est La fin de Velvet, petit roman à destination des tous.tes jeunes lecteurs.ices – collection Mouche de l’ Ecole des loisirs- qui, selon elle, allie finesse du texte et illustrations prodigieuses, pour un effet bouleversant d’émotions antagonistes. Le sujet principal est grave, il faut déployer une fantaisie délicate, une générosité et une ampleur hors normes, pour que le drame ne vire pas au mélo, ni les questions à l’angoisse. Ici, c’est de la maladie, puis de la mort imminente d’une toute jeune fille, dont il est question. Or, Nastasia Rugani et Marc Boutavant réussissent la prouesse d’en faire un récit lumineux, teinté d’espoir, malgré le caractère définitif, douloureux et irréversible de la séparation. Les deux sœurs que nous suivons tout au long de leur dernière nuit ensemble, sont puissantes de complicité joyeuse, de souvenirs et de secrets partagés, et dans l’amour qui les unit, ici-bas et peut-être au-delà… Transcendé par les illustrations extraordinaires de Boutavant qui démontre, du sombre au jaune éclatant, de câlins en regards, qu’il sait faire plus que les chiens sans collier et les ânes pas bâtés, ce conte fantastique où se croisent les registres métaphorique et fantomatique, dans une ambiance empreinte de douceur et de sensibilité, se révèle d’une profondeur rare. La fin de Velvet, plus qu’une histoire de mort, c’est une histoire d’enfance, de rires et de larmes, de secrets et de promesses, de peurs et de défis, de rêves et de soleils. C’est l’histoire de ceux qui partent et ceux qui restent. C’est la vie, à n’en plus finir.
La fin de Velvet, de Nastasia Rugani, illustré par Marc Boutavant, Ecole des Loisirs, 2023
Son autre énorme coup de cœur de lecture en 2024, c’est La grande école, de Nicolas Mathieu et Pierre-Henry Gomont. Cet album au grand format à l’italienne, aux illustrations malicieuses, aux tons légèrement nostalgiques qui l’émeuvent si souvent, est une tranche de vie d’un père divorcé et son fils, entre la fin des vacances et l’entrée au CP, débordant d’humour et de tendresse. Il se conclut sur une déclaration d’amour, qui est à peu près ce qu’elle a lu de plus beau de toute sa vie sur le temps qui prend nos enfants et fait de nous des marchands de souvenirs et des camelots de promesses à tenir. « […] Je t’attends à l’autre bout. Ne t’en fais pas. Ton enfance est en lieu sûr. Tu peux devenir qui tu voudras.« Avec cette lecture, elle s’est posé et reposé une question à laquelle tous les livres du monde auront du mal à répondre : Comment les regarder s’éloigner sans douter des bagages qu’on leur a donnés ? Elle savait l’auteur pour grands fortiche pour écrire les liens qui se font et se défont, humour, dérision, poésie et émotion en bandoulière (Elle a d’ailleurs retrouvé ce texte dans Le ciel ouvert, recueil du même auteur, qui en littérature pour adultes, est à peu près ce qu’elle a lu de plus beau de toute sa vie sur les familles murailles et fissures à la fois). Désormais, c’est sur le ring des livres pour enfants, qu’il la met KO à chaque ligne !
La grande école, de Nicolas Mathieu, illustré par Pierre-Henry Gomont, Actes Sud jeunesse, 2020
De nombreuses lectures font figures de gros coups de cœurs pour Linda pour qui il n’a pas été facile de faire un choix. Elle a finalement choisi de mettre en avant deux titres qu’on voit finalement assez peu présentés sur la toile.
Tout d’abord, il y a ce roman superbement écrit par Antonin Sabot découvert lors de la sélection du Prix Vendredi 2024 qui, d’une plume magnifique entre narration à la troisième personne et vers libres, livre un hymne puissant à la nature et à la liberté !
Ensuite, il y a le bel album au charme désuet d’André Marois, déjà présenté comme son coup de cœur en mai dernier, qui célèbre l’enfance et ses jeux au travers de l’imagination sans limite qui vaut bien plus que tous les jouets du monde.
L’histoire nous plonge dans l’imagination débordante de deux enfants envoyés au jardin pour prendre l’air et s’amuser. Bien loin des bacs à sable, le potager et les animaux de la ferme ouvrent sur une aventure gourmande et pleine de rebondissements qui donnent aussi l’illusion du danger et confrontent les enfants à leur propre peur.
On ferait comme si d’André Marois & Gérard DuBois, Grasset, 2023.
Pour Colette, c’est une autrice fétiche qui a encore cette année remporté son coup de cœur ! Il s’agit de l’indétrônable Marie-Aude Murail à qui nous avions d’ailleurs consacré une très belle sélection « Nos classiques préféré.e.s » en 2020. Ce n’est pas un de ses derniers titres que Colette a découvert cette année (même si Francoeur est dans sa PAL depuis début décembre ) mais le fabuleux Miss Charity dont elle vous parlait déjà cet été.
Miss Charity, Maire-Aude Murail, L’école des loisirs, 2016.
Suivre Charity de son enfance à l’âge adulte est un ravissement ! D’ailleurs les œuvres qui embrassent toute une vie, c’est un peu le dada de notre collectionneuse de papillons (vous, vous souvenez, on avait fait un super article sur le sujet : les livres-de-toute-une-vie : quintessence de papier) alors là voyager à travers le XIXe siècle au fil des aventures créatives, littéraires, théâtrales, amoureuses, amicales et familiales de Miss Charity, ce fut absolument parfait ! Impossible de lâcher ce livre pourtant lourd de 480 pages.
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Du côté des albums, Colette adore partager autour d’elle ceux que Baptiste Beaulieu écrit avec Qin Leng. Les Gens sont beaux, On a deux yeux pour voir et Je suis moi et personne d’autre sont devenus des phares dans la bibliothèque familiale. Il faut le dire, dans la famille de Colette on a tout particulièrement aimé cette année On a deux yeux pour voir parce qu’il a un petit côté magique, il nous relie à notre pouvoir intérieur, à notre pouvoir d’enfant, le pouvoir de voir avec notre « oeil en forme d’étoile tout ce qui est triste, mauvais ou cruel » et notre « oeil en forme de lune, ce qui est bon et joyeux ». On suit donc la narratrice à l’aube de la découverte de son pouvoir et on (ré) apprend, avec elle, à regarder le monde autrement, complètement, entièrement. Y compris les émotions qui nous assaillent. Ces émotions qui nous font tel.le.s que nous sommes si nous prenons la peine de les accueillir.
On a deux yeux pour voir, Baptiste Beaulieu, illusrations Qin Leng, Les arènes, 2023.
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Blandine a eu beaucoup de coups de cœur en 2024, très variés, très éclectiques. En albums, en romans, en BD. Avec toutes sortes de thématiques, de graphismes, de découvertes et d’évasions..
Voyez plutôt… en images !
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2024 a été l’occasion pour Helolitla et ses enfants de débuter de nouvelles séries jeunesse prometteuses, comme Les Whisperwicks, ou encore les Chroniques de Nim. L’occasion aussi de continuer des séries chouchoutes, Aurora, de Vashti Hardy en tête. Mais s’il ne faut en choisir que deux, Helolitla retient celles qu’elle a terminé, et qui l’ont happée du début à la fin.
Pallas, de Marine Carteron, pour commencer. Une réécriture envoûtante de la guerre de Troie, qui replace les femmes au centre de l’histoire. Un récit épique et poétique en trois tomes, féministe et sanglant, qui aura su la transporter du début à la fin. Un travail documenté titanesque et moderne, cruel et lyrique, à lire si ce n’est déjà fait !
Pallas, tome 3 : Sous l’œil de l’Olympe, de Marine Carteron, édition du Rouergue. Mai 2024
2024, c’est aussi l’année qui a vu se clôturer le Mécaverse, d’Adrien Tomas, avec la parution en octobre dernier de l’ultime tome Neige et Poussière. Helolitla, qui adore le steampunk et la fantasy, a a-do-ré relire tous les tomes précédents de cet univers riche et complexe, pour se plonger dans un final qui réunit tous les personnages croisés précédemment.
Encore une fois, Héloïse s’est laissée charmer par la complexité de l’intrigue, les trahisons et autres complots, la densité des personnages et des pays traversés. Pour elle, c’est un dernier tome qui se termine avec le goût amer de l’au revoir aux personnages adorés, mais aussi et surtout de manière très réussie. Un univers à découvrir, sans conteste !
Neige et Poussière, d’Adrien Tomas, Rageot. Octobre 2024.