Lecture commune: Le journal malgré lui de Henry K. Larsen

Nielsen Susin - Le journal malgré lui d'Henry K. LarsenSi chaque nouvelle parution d’Hélium est une bouffée d’air frais, chaque nouveau Susin Nielsen est un délice. On en déguste chacun des mots sans même les voir défiler tant ils sont plaisants, tant on les avale les uns après les autres sans indigestion. Susin Nielsen en effet manie l’art de la narration comme peu savent le faire, traitant de sujets graves, profonds, avec une légèreté indéniable, un humour sans faille, des personnages drôles, touchants.

Dans Le journal malgré lui, elle mêle de nombreuses intrigues, elle met au centre de son roman beaucoup de thèmes ambitieux, mais qu’elle aborde avec douceur, avec talent. Ses personnages s’entrecroisent et tissent leurs liens. Ses mots pénètrent le cœur du lecteur. Son histoire nous habite.

Débat sur ce roman vainqueur du Governor General’s Literary Avrard, le plus prestigieux prix canadien anglais pour les romans adolescents.

Nathan : On commence en douceur … avec une pensée pour ces Lecteurs pressés qui sont de passage et saisissent ces quelques mots au vol. Envoyez-leur quelques-uns au passage. Seulement quelques-uns pour poser l’intrigue et leur donner envie de se poser ici à leur tour.

Pépita : Un journal malgré lui, ça intrigue…  mais le titre ne triche pas. Le héros commence à écrire un journal sur le conseil de son psy alors qu’il lui fait croire le contraire. Psy ? Journal ? On se dit thérapie ? Mais pourquoi ?

Céline : Ce qui n’est pas le cas du sous-titre entre parenthèses : « écrit uniquement parce que mon psy y tient, mais franchement c’est moisi« . Loin d’être moisi, ce journal lui permet de mettre progressivement des mots sur ses maux. Côté lecteurs, il nous entraîne dans un festival d’émotions qui font le grand écart entre l’horreur et le rire ! Jubilatoire !

Alice : L’intrigue? Quelle est l’intrigue ? Y en a-t-il qu’une ? Ou bien y en a-t-il plusieurs ? Autant que de rencontres et de personnages ? Peut-être, mais l’intrigue c’est surtout CA, et CA, ça ne se dévoile pas. Petit à petit juste écouter les confidences d’Henry pour comprendre ce qui l’a amené à consulter un psy.

Bouma : Les thèmes cités précédemment : cruauté, fraternité, famille sont évidemment le centre de ce roman. Pourtant ce que je retiendrais c’est aussi le DRAME vécu par Henry K. Larsen et son journal malgré lui qui retransmet ses émotions. Tout tourne autour de CELA et sans en dévoiler plus qu’il n’en faut, je me suis dit être contente de ne pas vivre en Amérique du Nord. Pour CA.

Nathan : Vous le dites vous-mêmes … beaucoup de thèmes, beaucoup d’intrigues: une sacrée construction à démêler pour mettre de l’ordre dans ses idées. Mais vous, quel est le thème qui vous a le plus marqué, quel est le plus important selon vous ?

Alice : Sûrement le rejet et la cruauté des ados entre eux. Henry lui-même en est à la fois à l’origine et victime.

Au premier degré, les descriptions faites d’un bon nombre de personnage à travers ses yeux peuvent paraitre humoristiques, mais si on prend un peu de recul, elles sont assez moqueuses et parfois même très dures.

Pépita : Je partage l’avis d’Alice ! J’ajouterais la fratrie et les relations familiales dans ce qu’elles ont parfois de terrible dans les non-dits, les frustrations, l’amour et la haine.

Céline : De mon côté, je parlerais de traumatismes psychologiques, de blocages qu’il faut lever, du long et difficile chemin de la guérison…

Nathan : Si moi je suis resté profondément retourné par ce thème de la cruauté des ados entre eux qu’Alice souligne, je trouve vos autres idées pertinentes !

Pour réussir à en parler, Henry va devoir s’entourer de nombreux personnages … des voisins un peu lourds, des amis ringards, un psy miteux, des parents déchirés … quels sont ceux que vous retenez ? Ou que retenez-vous de cet ensemble ?

Alice : Particulièrement, le personnage de la maman. En tant que mère, comment se remettre de ce drame, comment ne pas culpabiliser, comment avoir encore envie d’avancer, comment ne pas accuser, comment continuer à donner de la place à Henry, comment vivre cette éloignement géographique… Et moi, comment aurais-je réagis à sa place ?

Pépita : Pas moi ! La maman, je ne comprends pas…  qu’elle puisse s’éloigner de ceux qui lui restent comme ça. Au contraire, j’aurais eu besoin de m’y accrocher. Sa froide distance m’a heurtée. Le papa, je l’ai trouvé très touchant dans sa fragilité et j’ai été tout autant touchée par cette relation faite de hauts et de bas, de pudeur masculine, de chagrin dissimulé mais partagé. J’ai beaucoup aimé Farley et le voisin qui apporte les petits plats, ses coups de gueule avec Karen, à laquelle je me suis curieusement identifiée. C’est un roman qui me rappelle sous certains aspects un autre que nous avons partagé en lecture commune sur le blog : La fourmilière de Jenny Valentine. Des personnages réunis là au hasard de la vie, avec leurs failles et qui vont devenir solidaires.

Bouma : J’ai eu un gros coup de cœur pour ce gentil voisin qui vient nourrir père et fils. On ne sent que de la bonne volonté de sa part à la recherche d’un contact. C’est beau et touchant. Je me suis amusée avec sa « copine » qui ne ressemble à aucune autre et j’ai été touchée par le personnage de son frère ainé dont la présence irradie le livre.

Tout comme Pépita, la flopée de personnages secondaires, chacun apportant un petit plus à l’intrigue générale m’a rappelé La fourmilière de Jenny Valentine, la pauvreté en moins peut-être…

Céline : Comme Bouma et Pépita, je pense que tous les personnages ont leur importance : un peu comme une série de pièces qui, prises séparément, n’ont guère d’allure mais qui, ensemble, constituent une belle image. C’est vrai, comme dans La fourmilière, c’est l’union qui fait la force et tous contribuent, d’une manière ou d’une autre, à surmonter le cataclysme vécu par le héros et son père. Le personnage que je retiens est le psy qui – on s’en rend compte lorsqu’il est remplacé par une autre psy bien moins douée, a vraiment le tour pour amener Henry sur les chemins de la parole… Sans lui, pas de journal et pas de mots sur le « Ça » et « l’Autre chose »…

Nathan : Il est vrai qu’il n’y a pas vraiment de personnage qui m’a considérablement marqué et je garde plus dans la tête une image d’ensemble sur cette « fourmilière » comme vous le soulignez … en revanche, je rejoins Bouma sur la présence du grand frère et des sentiments qu’éprouve Henry pour lui m’a beaucoup touché …

J’aimerais aussi aborder un élément qui réunit un peu tout le monde: la soirée familiale, la passion entre amis, les liens qui se nouent … et le point commun entre tout cela c’est le catch et l’émission hebdomadaire dont Henry est fan ! Votre point de vue sur ce point original et pertinent (ou non !) ?

Céline : Comme je l’écris dans mon billet, je ne suis pas du tout fan de catch ! Par contre, ici, ces combats sont autant de petites paraboles qui permettent de mieux comprendre où en sont les personnages. (Ces intermèdes « catchesques » m’ont d’ailleurs fait penser aux histoires que la Mamy rose d’Eric-Emmanuel Schmitt raconte à Oscar pour lui faire passer des messages.) De plus, cette passion commune qu’ils partagent est une des clés qui permettra à Henry de se relever. Donc, oui, cette thématique a toute son importance dans l’histoire.

Pépita : Pas spécialement férue de catch non plus mais comme le souligne Céline, le catch fait le lien. Avec la vie d’avant, celle de maintenant et peut-être celle d’après. Cette passion du catch est comme un cordon ombilical qui relie encore un peu Henry à sa maman, lui permet de penser à son frère en dehors du ça, amorce le peu de conversation qu’il a avec son père et lui fait mieux connaitre celui qui va devenir son meilleur ami, Farley. Il donne un sens concret à la vie d’Henry, le relance, le projette. C’est un élément essentiel du roman même si nous, Européens, n’avons pas cette culture. J’ajouterais que le catch agit comme un exutoire : le catch est codifié, c’est une violence encadrée, c’est truqué, les matchs se suivent, les combats prévisibles, alors que ce qui a surgi dans la famille d’Henry est bien réel et est d’une violence inouïe. Une fois que c’est joué, pas de retour en arrière possible.

Alice : Je vous rejoins sur votre analyse de l’utilisation du catch. Parfois, en plus, j’ai même ressenti le choix de cette parenthèse sportive et hebdomadaire comme un souffle de légèreté pour enlever du drame au drame.

Bouma : Le catch, même s’il arrive désormais en France, reste typiquement américain. La façon dont Susin Nielsen le traite permet aux non-initiés que nous sommes d’en comprendre les codes et les aboutissants. C’est un exutoire pour Henry mais pour le lecteur c’est aussi et surtout une touche d’humour et de légèreté dans un monde de brutes. Au final, cela pourrait être un tout autre hobby (théâtre, football, boxe, chant…) mais ce choix nous rappelle que même entre sociétés dites « modernes » ou « développées » les choses sont très différentes d’un pays à l’autre et pas uniquement sur les passe-temps…

Nathan : Puisque tu parles de ces références, j’ai remarqué qu’il y en avait certaines que je connaissais étonnamment ! Pour celles qui ne vous ont rien évoqué, cela vous a-t-il gêné ? Glisser tout un tas de petits éléments culturels comme celui-ci : pari risqué ou ancrage dans la réalité ?

Pépita : Cela ne m’a absolument pas gênée : j’ai lu les précédents romans de cette auteure et même sans ça, la littérature, c’est aussi la découverte d’autres univers, d’autres cultures, d’autres façons de faire, de dire, de se comporter. C’est une posture de curiosité sur le monde et dans ce roman, on est servi de ce point de vue-là. « Lire, c’est voyager ; voyager, c’est lire » a dit Victor Hugo.

Alice : Non, non, non, aucune gêne à la lecture et je rependrais bien ton terme « ancrage dans la réalité ». C’est exactement ça, cela nous permet de se plonger encore plus dans cette histoire, dans l’entourage d’Henry et donc dans notre bulle.

Bouma : La lecture de ce roman est tellement fluide que ces références ne m’ont absolument pas gênée.

Céline : Si tu parles des références culturelles, aucun problème pour moi non plus. Au contraire, ces clins d’œil sont plutôt sympathiques et plairont aux jeunes lecteurs fans de séries made outre-Atlantique. En outre, peu importe les lieux, les sujets traités sont eux universels. Pour ce qui est des références à ses précédents ouvrages, aucune gêne non plus puisqu’il s’agit du premier titre que je lis de Susin Nielsen. Bien au contraire, celles-ci m’ont donné envie de découvrir ces livres…

Nathan : Justement j’allais y venir ! Pour ceux qui ont lu les autres Susin Nielsen: qu’avez-vous pensé du personnage d’Ambrose réutilisé (un clin d’œil aux fidèles lecteurs que j’ai adoré !) ? Et quel est votre roman préféré écrit par cette auteur ?

Pour les autres cela vous a donc donné envie de lire les autres ? Le personnage d’Ambrose vous a-t-il plu ?

Alice : Oh oui alors, hâte de découvrir les autres titres de cette auteure que je n’avais pas lus jusque-là…  même si Dear Georges Clooney m’avait fait de l’œil il y a quelque temps !

Pépita : C’est très curieux car je n’ai pas réellement retrouvé le même personnage que dans le roman Moi, Ambrose, roi du scrabble. Dommage car l’idée est excellente ! Mon préféré ? Je ne sais pas, ils traitent de sujets différents mais toujours un personnage adolescent en souffrance comme héros principal, tous très attachants et des intrigues très bien menées. La même fluidité, le même humour, cet esprit décalé aussi. C’est une auteure que je suivrais.

Bouma : Dear George Clooney, me fait de l’œil depuis un moment aussi. Nul doute qu’au vu des qualités narratives de Susin Nielsen, je lirais cet autre roman un jour ou l’autre.

 Pour aller plus loin …

Nos billets: Nathan, Céline, Pépita, Alice

Autres romans de l’auteure : Dear George Clooney : Kik, Nathan, Pépita

Moi, Ambrose, roi du scrabble: Pépita, Nathan

Interview de l’auteur sur le blog Hélium

« Me voici » : un album qui pose question !

 Il y a parfois des livres bien difficiles à cerner. On les ouvre, on les lit, on est surpris, gêné parfois, on les relit pour tenter de comprendre, on s’interroge… C’est ce qui s’est passé à ma lecture de l’album Me voici de Friedrich Karl Waechter. Publié chez MeMo, une maison d’édition réputée pour la qualité de ses livres, je ne pouvais pas rester sur une impression négative. J’ai donc convié Pépita et Kik à ma réflexion sur ce livre.

Sophie : Cet album commence par la naissance de trois chatons. La famille étant déjà au complet, ils sont jetés à la mer. Qu’avez-vous pensé en lisant le début de cette histoire ?

Pépita : Je dirais… une entrée en matière abrupte, surtout quand on a l’album dans les mains : il est dit que après la naissance de quatre chatons quelques mois auparavant, « nous étions en trop ». Et l’impact des illustrations est très fort en plus. Le lecteur ressent un malaise grandissant.

Kik : Les premières pages, je les ai tournées, en me disant « Non, quand même pas… Arghhhhhh… Des chatons en trop… Ils vont être donnés au gentil petit voisin… Ah… non… « les pêcheurs nous ont fourrés dans un sac, ils sont partis au large ».

Sophie : Une fois les chatons à l’eau, un seul s’en sort. Avez-vous été rassurées par sa survie ou dérangées par la mort violente de ses frères ?

Kik : Il en fallait au moins un, sinon l’histoire aurait tourné court. Par contre j’ai été surprise de le voir seul. Comme si l’auteur choisissait le pire dans chaque situation.

Pépita : Rassurée, oui, on peut dire ça comme ça… Mais quel traumatisme et quelle survie ! Je n’ai pu m’empêcher de retourner en arrière plusieurs fois… espérant que l’histoire se serait transformée. J’ai trouvé certaines illustrations terrifiantes : la photo de famille au complet et l’autre avec les bras vides. J’ai cherché lequel est resté, ceux qui y sont restés et j’ai fixé les visages des chats adultes pour essayer d’y déceler quelque chose.

Kik : Pareil ! Lesquels sont condamnés ?

Sophie : Les deux chatons les plus faibles ne s’en sortent pas et la vie du dernier est en péril mais il survit. Je passe les différentes péripéties pour arriver directement à la fin de l’album. Comment avez-vous interprété la scène finale où l’on voit le chat à une porte d’entrée avec ce texte « Tu m’ouvres, quel bonheur, me voici. » comme seule indication ?

Pépita : C’est plutôt sur la phrase précédente que je réagis : « J’appuie sur le bon bouton ». Bouton d’ascenseur ? de sonnette ? ou celui de la vie ? Il s’est perdu ? Sinon, j’ai ressenti un soulagement certain en me disant que ça ne finissait pas mal, le sourire réapparait aussi mais je suis très perplexe sur cet album.

Kik : Pourquoi cette porte ? Effectivement. Quel Bouton ? Cette fin soulage. On comprend bien le titre. Mais toutes ces péripéties, elles contrastent énormément avec ce sourire, et cette image de petit chaton, tout gentillet, tout propre sur lui, bien habillé. Un peu de douceur dans un monde de brutes ?

Sophie : J’ai été plus « pessimiste » sur cette fin. J’y ai vu l’animal qui voue un amour sans faille à son maître, qui est prêt à tout pour le retrouver et qui revient chez celui qui a tenté de le tuer. Bref un pincement au cœur avec cette fin !

Pépita : On peut en effet interpréter cette fin de différentes façons : il y a presque dans l’attitude de ce chaton qui revient un message comme « Tu vois, la vie est plus forte, excuse, mais se débarrasser de moi, dans tes rêves ! »

Sophie : Je reviens sur une scène que je n’ai pas vue au premier coup d’œil et que je n’ai pas comprise. Durant son périple, le chat arrive sur une plage nudiste. L’illustration est assez peu détaillée pour qu’on ne s’en rende pas compte tout de suite mais malgré tout, quand on prend le temps de regarder, c’est assez visible. Vous avez pensé quoi de cette scène ?

Pépita : Pour répondre à ton interrogation sur la plage de nudistes, je ne vois pas trop en effet ce que cela vient faire là : j’ai même cherché le chat ! Ce n’est qu’une interprétation de ma part mais je me demande si l’auteur n’a pas voulu établir un contraste entre l’insouciance des couples sur la plage dans leur plus simple appareil avec l’horrible vécu de ce chaton, rescapé et qui arrive sur cette plage, cherchant son chemin, noyé dans cette masse humaine comme s’il n’était rien.

Kik : Cette scène, je lui aurai bien attribué l’abréviation WTF -What The Fuck !, comme un « Mais ça sort d’où ça ? ! – Je ne comprends pas ». Il n’y a pas d’interaction entre ces humains nus et le chat. On se demande ce qu’il fait là, ou ce qu’ils font là. Des humains dénudés, sans protection, comme le chat qui sort de l’eau ? Une marée de chaire humaine, un bain de foule, alors que le chat réchappe seul de la noyade ?
Juste avant il y a ce passage également, qui m’intrigue : lorsque le chat se fait attaquer par le requin, et qu’en faisant preuve de plus de malice il arrive à le coincer, et pour finir le chat mange le requin, tout cela se passant au fond de la mer.
C’est étrange, dans le sens qui sort de l’ordinaire, mais aussi dérangeant, déroutant.

Sophie : Dérangeant, déroutant, ce sont des mots que je retiens aussi pour cet album. En général, ce sont des qualificatifs que j’apprécie pour la littérature jeunesse, mais pour ce livre j’ai l’impression d’être passée à côté, de ne pas avoir compris ce que voulait montrer l’auteur. Malgré tout, j’ai voulu en parler avec vous pour réfléchir plus longuement sur cette histoire. J’en arrive donc à vous demander : si vous deviez défendre ce livre, quel aspect retiendriez-vous ?

Pépita : Ce que j’en défendrais ? Un aspect positif… le bonheur des retrouvailles mais j’aurais bien du mal à justifier du chemin pour en arriver là… parce que je ne comprends pas la justification elle-même de cet album, surtout venant de cette excellente maison d’édition qu’est MeMo. D’autant que la première et quatrième de couverture ne renseignent en rien du contenu… On peut saluer le beau travail de l’objet en tous cas : beau papier, agréable au toucher…

Kik : J’ai rerelu cet album, avec en tête la question, « Quels arguments utiliserais-tu pour conseiller ce livre ? ». Et puis je l’ai encore relu. Et je me suis demandé « Est-ce que je conseillerai ce livre? ». C’est étrange, je ne sais pas quoi répondre. Je l’ai prêté à une amie qui a une fille de 5 ans. Ça l’a perturbée. Il a été lu deux fois, et jamais plus réclamé, alors qu’elle est une lectrice compulsive. Je ne comprends toujours pas, pourquoi il arrive sur le « bon » bouton après avoir erré dans les rues. Je n’arrive pas à me faire à l’idée de ce chat qui mange entièrement un requin. Et cette plage rempli d’adultes nus… Où sont les enfants avec leurs seaux, leurs pelles, et leurs chapeaux pour les protéger du soleil ?

Sophie : Pour conclure, avez-vous un petit mot à dire sur les illustrations ?

Pépita : Contrairement à ce que l’histoire montre et enchaîne, j’ai plutôt apprécié les illustrations bien mises en valeur sur ce beau papier épais et crème avec ce style assez fondu. Les chats et chatons sont très bien représentés dans leurs attitudes, pourtant presque humaines. Les couleurs pastels donnent une certaine douceur… qui contraste avec la cruauté de l’histoire. Et c’est justement là le souci de mon point de vue : le fossé entre des illustrations agréables et cette histoire qui fait froid dans le dos. C’est très trompeur et cet album ne peut être mis entre toutes les mains. Ce n’est pas de la sensiblerie. Mais en tant qu’adulte en relation quotidienne avec de jeunes enfants, cet album me laisse très perplexe dans le ou (les) messages(s) qu’il délivre et à vrai dire, je n’ai pas trop compris le(s)quel(s)… Mais très contente d’avoir posé des choses ensemble grâce à cette lecture commune en tous cas.

Kik : Ce livre je le conseillerai peut être aux amateurs d’art. Car j’aime beaucoup le style des illustrations, même si le requin me fait peur. Les pages sont épaisses, le papier agréable au toucher, la qualité des impressions remarquable.
Après tout ce qui a été dit. Même en ayant laissé du temps à la réflexion, même en le relisant après l’effet de surprise de la première lecture, je n’arrive toujours pas apprécié ce livre. Je vois du courage, je vois de l’espoir, mais ces deux sensations sont noyées dans un brouhaha d’autres impressions.
Comme Pépita, j’ai aimé m’attarder sur ce livre, et pas simplement dire « Je n’ai pas aimé. NEXT ! » Il a été intéressant de partager nos points de vue.

Je vous propose de retrouver nos avis : Sophie, Pépita, Kik.

Voilà une lecture commune qui nous a laissée perplexes. On ressort avec le sentiment de ne pas avoir tout compris, d’être passées à côté d’un détail, d’une explication.
Et vous, vous en avez pensé quoi de cet album ?

Sweet Sixteen d’Annelise Heurtier

@Nathan


C’est l’été. Il fait beau. Il fait chaud. Pour lire, on est mieux à l’ombre du grand arbre. Pour les vacances, des transats ont été dépliés. Quelques piles de livres servent de table basse. Chacun bouquine en silence. Parfois une larme est essuyée au coin de l’œil, un rire fuse, très rarement on entend un soupir de déception. Je m’installe avec un mug rempli de thé. Il me reste une grosse dizaine de pages à lire, de Sweet Sixteen d’Annelise Heurtier.

Kik : Le thé a refroidi, sans être bu. Le livre est posé sur mes genoux. Je m’interroge. Je relis la quatrième de couverture :

-Quand est-ce que tu avais prévu de nous en parler ? As-tu pensé aux conséquences de ta décision ? As-tu seulement compris que tu vas nous mettre en danger ?
Molly était d’abord restée sans voix, la bouche ouverte, hébétée.
– Un paquet de Noirs se sont fait lyncher, et pour moins que ça, ma petite fille ! avait hurlé sa mère.
Rentrée 1957.
Le plus prestigieux lycée de l’Arkansas ouvre pour la première fois ses portes à des étudiants noirs. Ils sont neufs à tenter l’aventure. Il sont deux mille cinq cents, prêts à tout pour les en empêcher.

Ce livre m’a plu car je ne connaissais pas l’histoire de ces étudiants. Ce livre me perturbe, car tout cela se passait il y a moins de 60 ans, dans le pays de la Statue de la Liberté. Je pose le livre sur le transat, je le laisse là, en espérant que quelqu’un d’autre aura envie de le lire. D’ailleurs, pourquoi cette histoire pourrait intéresser les autres ? Qui ? C’est si proche dans le temps, et pourtant si loin de l’actualité. Les USA ont un président noir, quand même.
Qui ? Pourquoi ?

Je laisse mes question en suspens, en espérant que l’ombre du grand arbre les transmette aux autres lecteurs du collectif…

Pépita : Quel coin tranquille Kik ! Merci pour l’invitation ! Pas de thé pour moi, merci… Parlons donc de ce livre …

Ce n’est sans doute pas un livre que j’aurai lu comme ça…Je commence à en lire des critiques (des bonnes) et je suis contente de l’avoir lu avant, pour me faire ma propre idée. Comme tu le soulignes, c’est un livre qui interpelle : la couverture, déjà, dans l’opposition qu’elle met en scène, on comprend déjà un peu mais un tout petit peu de quoi il s’agit. Et on se dit : ah oui, je vois, sur le racisme… Et puis le titre. Là, ma curiosité a été titillée. Et puis, j’ai lu la quatrième de couverture (je ne peux pas m’en empêcher, réflexe professionnel, alors que toi, je sais que tu ne la lis presque jamais ou à la fin) et là, je suis entrée dedans direct. Comme toi, je ne connaissais absolument pas ce pan de l’histoire des États-Unis, cela m’a semblé très loin tout d’abord puis je me suis posée beaucoup de questions…

Bouma nous a rejointes, s’installe avec sa tasse de thé et nous livre ses impressions…

C’est un livre que j’avais repéré sur un blog à sa sortie et en plus Annelise Heurtier est une auteure que j’ai plaisir à retrouver, donc je ne me suis pas trop posée de questions sur le pourquoi de cette lecture.
Par contre, même si le sujet est explicité dès les premières pages avec un avant-propos, j’ai eu du mal à comprendre où voulait nous emmener l’auteure. Le récit défile assez lentement et nous fait découvrir le quotidien d’une de ces neufs adolescents précurseurs ainsi que celui d’une jeune fille blanche allant au même lycée. Quel est le but final de ce roman ? Démontrer les avancements de la société (notamment américaine) ? Faire réfléchir les lecteurs sur la ségrégation et plus généralement sur le racisme ? Ou bien encore montrer qu’il faut bien un premier homme dans chaque évolution, quitte à ce qu’il se fasse lyncher ?

Pépita : Contrairement à toi, Bouma, je ne me suis pas du tout posée la question de la finalité de ce roman : l’auteure met en lumière un pan de l’histoire américaine très méconnu. A part Rosa Parks ou Martin Luther King, quelle autre lecture avons-nous de ces faits ? Ce que j’ai trouvé intéressant, c’est le vécu de jeunes en devenir, c’est l’alternance des points de vue entre les deux jeunes filles, l’une noire et l’autre blanche et cela suffit à les opposer, alors qu’elles auraient pu être de très bonnes amies. Elles sont victimes cependant toutes deux d’un système. Je ne sais pas pourquoi, mais je me suis d’emblée attachée à Molly et aux deux figures féminines que sont sa mère et sa grand-mère. En tant que maman de deux lycéens, je me suis demandée quelles auraient été mes réactions, je dis mes, car je me place des deux côtés. Si j’avais été la maman de Molly et celle de Grace. Car ce roman pose avec justesse la question du formatage de l’individu à un système de pensée unique et combien il est difficile de s’en affranchir. Ce qui fait réfléchir aussi, c’est que les années 1960, ce n’est pas si loin : je me dis qu’il y a eu du chemin de parcouru depuis, certes, mais qu’il en reste encore à faire…

A l’ombre du grand arbre, on remplit de nouveau les tasses de thé….

Céline (Le Tiroir à histoires) parle de sa lecture qu’elle vient de finir. Une impression partagée…

Alors c’est paradoxal, parce que j’avais hâte d’en finir, non pas que le roman soit mauvais, mais l’histoire est pénible, ce harcèlement continuel et cette atmosphère malsaine et étouffante qui s’épaissit… La cruauté et la bêtise crasse de ce petit monde factice qu’est le lycée est aussi oppressante que la tension du contexte historique. Et en même temps, je trouve que Sweet Sixteen est trop court. Trop court dans le sens où les personnages ne sont pas assez creusés, on n’a pas vraiment le temps de s’y attacher. Par exemple, Grace qui est un personnage caricatural pendant les trois quart du roman devient presque trop subitement un être pensant. Du coup, le lecteur (enfin, moi en l’occurrence) reste sceptique.
Quant aux personnages secondaires, ils n’apparaissent que furtivement, et c’est très frustrant, car j’aurais voulu mieux connaitre la mère et la grand mère de Molly (il y a ici matière à faire de beaux personnages), Vince, les parents de Grace, Minnie. Personnellement, ça m’a manqué, et du coup je trouve que ça donne au roman quelque chose de trop abrupt et de presque un peu froid. C’est bien documenté et contextualisé, mais du coup ça vire presque à la petite leçon d’Histoire (très claire et très bien illustrée), alors qu’il pourrait y avoir une dimension plus romanesque, avec une galerie de personnages mieux construits et plus humains.
Bon, il ressort de ce que je viens d’écrire surtout du négatif, alors que mon impression est plutôt positive. C’était juste des premières remarques à chaud.

Kik : Dans la deuxième moitié j’ai également ressenti cette tension dérangeante. Je l’ai ressentie chez les deux jeunes filles. Il est impressionnant de sentir la pression familiale. Comment sortir de la pensée commune des Blancs, quand son entourage répète à longueur de journée que les Noirs ne sont que des animaux.
Selon moi l’auteure a voulu exposer, transmettre, mettre en avant, parler de cette épisode de l’Histoire de la ségrégation raciale aux USA.

Pépita : Effectivement, la tension monte crescendo au fil du roman, il faut aussi essayer de se mettre dans le contexte de l’époque, dans une mentalité ancrée dans les gènes presque…Comme Kik, je pense que l’auteure a voulu faire connaître cet épisode mais au travers des yeux de deux adolescentes, la nouvelle génération. Sans doute est-ce pour cela qu’elle n’a pas appuyé sur les autres personnages, comme tu le remarques Céline. Et finalement, si c’était Grace le personnage principal, et non pas Molly ? Si c’était justement ce changement que l’auteure a voulu réellement démontrer ?

Céline : Je suis d’accord avec Pépita, je pense que c’est effectivement Grace le personnage principal, ou en tout cas le personnage clé, puisqu’il s’agit de sa prise de conscience à elle. Oui, après coup, je vous rejoins et je pense que l’auteure a volontairement fait le choix de « gommer » son histoire personnelle, familiale, et d’en faire une adolescente américaine archétypale pour mieux faire comprendre au lecteur ce contexte et ce conditionnement social dont on a du mal à réaliser qu’il soit si récent, comme le disait Kik.
Sinon, je ne sais pas si vous aviez lu La Couleur des Sentiments, de Katherine Stockett, mais il me semble qu’Annelise Heurtier y fait plusieurs clins d’œil dans les quelques scènes où interviennent les bonnes Martha et Minnie (homonyme d’un des personnages les plus attachants du roman de Stockett).

Bouma : Effectivement, j’ai trouvé le personnage de Grace d’une importance centrale. Elle permet de comprendre que sans une évolution des mentalités du côté des « blancs » rien n’aurait été possible, encore moins un Président noir.
Sinon pour en revenir au roman, et à son style, j’ai vraiment beaucoup aimé l’intensité des derniers chapitres, le stress qui monte autour de la remise des diplômes, et la violence de certains évènements. Avec cette montée crescendo, j’ai presque été un peu déçue de la fin, abrupte. J’aurais bien suivi le destin de ses deux jeunes filles pour quelques années supplémentaires.
Puis-je ravoir un peu de thé ?

Le groupe s’étoffe petit à petit au pied de l’arbre…

Alice : Tiens un transat de libre au pied du Grand Arbre !!! Coucou les copinautes ! HUUUUM, ça sent bon le thé, je me sers une tasse et attrape Sweet Sixteen dans mon sac pour ce RDV lecture.

Carole : tiens, tiens me revoilà sous l’arbre auprès de mes copinautes !

Sweet sixteen, lu dans le train du retour de vacances, me rappelle que cette semaine aux USA on fête l’anniversaire du discours de Martin Luther King et sa célèbre phrase  » I have a dream.. » 50 ans après, où en est-on ? Certes Barack Obama est un président noir, mais dans la société moderne où en sont les mentalités ? Je m’interroge… En attendant, je trouve la couverture du roman d’Annelise Heurtier sublime, et que j’aime ce titre !

Kik : D’ailleurs c’est vrai cette histoire d’anniversaire des 16 ans? « Sweet Sixteen ». C’est un événement important aux USA d’avoir 16 ans ?

Céline : Oui, mais au Royaume-Uni aussi d’ailleurs. Il y a aussi un film de Ken Loach (que je vous conseille absolument si vous ne l’avez pas vu !) intitulé Sweet Sixteen, avec une ironie un peu amère, car le héros de 16 ans est loin de la jeunesse insouciante où tout parait possible.

Carole : oui ça l’est, et au Canada aussi. Cela se traduit généralement par une fête où l’on célèbre le passage à l’âge adulte. C’est assez exubérant, en fonction du niveau social, et il y a des rituels. Enfin, comme dans pas mal de mariages on retrouve souvent lors de la fête une diffusion de vidéo photo montage retraçant la vie de la jeune femme dont on fête l’anniversaire avec des photos allant de sa naissance à ses 16 printemps !

Kik : Au fait, vous avez lu d’autres livres en lien avec la ségrégation raciale aux USA post-seconde guerre mondiale ? Comme le souligne Carole, cela fait aujourd’hui 50 ans que Martin Luther King a prononcé son discours I have a dream.

Céline : Oui, plein ! Je suis angliciste et je me suis intéressée aux représentations raciales dans la littérature et au cinéma aux USA pendant mes études (mais ça commence à remonter à loin…). Chaque moi de juin, je fais avec mes 3 ème une séquence sur la ségrégation aux Etats Unis, Rosa Parks, et le tableau de Norman Rockwell.rockwell-biggov-20110901Sinon, je lis toujours beaucoup de littérature Américaine, pas forcément jeunesse, (mais après tout, y-a-t-il vraiment une frontière ?)
Quelques titres de romans marquants me viennent à l’esprit : Black Boy, de Richard Wright, L’Homme Invisible de Ralph Ellison, et bien sûr le dernier roman de Toni Morrison : Home.

Carole : Il y a l’arbre aux fruits amers d’Isabelle Wlodarczyk, chez Oskar éditeur, un coup de cœur de juillet pour moi.

Alice : Je pense aussi a un livre Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur d’Harper Lee. Ça se passe avant la Seconde Guerre Mondiale mais je sais que c’est un titre aussi étudié par les lycéens. De quoi sensibiliser les jeunes esprits à la ségrégation raciale.

Vous avez remarqué comme ce livre multiplie les beaux personnages de femmes : Molly, sa mère, sa grand-mère, Grâce… Des femmes fortes, décidées, qui se battent et maintiennent leurs convictions envers et contre tous. Personnages principaux ou secondaires, elles se soutiennent et sont unies. C’est pas la première fois que je remarque ça en littérature jeunesse : l’investissement et la lutte des femmes pour l’égalité et la reconnaissance de tous. (Alodga Power, Woman Power !)

Pépita : Oui, je rebondis sur ces visages de femmes : comme vous, elles m’ont insufflée une force d’âme ces trois générations de femmes noires dans leur combat quotidien. Tout comme d’ailleurs le collectif de femmes blanches qui défend ses idéaux coûte que coûte ! On dirait une armée de coqs ! Et je suis d’accord avec toi, Bouma, j’aurai aimé un roman un peu plus long…
Avez-vous remarqué combien le combat politique était passionné ? Les femmes sur le terrain, les hommes du côté de la sphère juridique ?

Carole : les personnages féminins me font penser à cette citation de Sören Kierkegaard : « La nature féminine est un abandon sous forme de résistance ». Plusieurs générations de femmes qui se battent, qui luttent, pour leurs droits et ceux des générations futures. Personnellement, j’y suis sensible. Quant au combat politique comme le souligne Pépita, « A cœur vaillant, rien d’impossible  » !

Ça papote toujours à l’ombre du grand arbre. On s’éloigne peu à peu du sujet, mais le roman est toujours posé là entre nous. Un groupe de femmes qui parlent des femmes du roman. Et puis arrive Nathan… Le teint foncé par toutes les journées passées à la plage cet été. Il semble sortir d’un songe. « Ah mais, vous l’avez déjà toutes lu Sweet Sixteen ? »
Il l’avait emmené dans son sac à dos. Il s’est assis là. Il sentait bien qu’il arrivait à la fumée des cierges, mais peu importe, il avait envie de partager ses sentiments sur ce roman …

Nathan : Coucou tout le monde ! Je m’incruste dans le groupe, sors de ma rêverie, regagne le sol, l’herbe et les feuilles qui bruissent dans le vent. Retour à la réalité, c’est bientôt la rentrée, finie la rêverie !
Et pour une rêverie, c’en était une ! Gagné par le soleil j’ai oublié Sweet Sixteen au fond de ma bibliothèque, il n’a pas vu le soleil…
Et pour une rentrée, c’en est une ! Là entre vous toutes, je saisis le livre et me laisse gagner par les mots. Les mots qui traitent d’une rentrée bien particulière…
Après tout, un avis masculin sur tous ces personnages féminins, ça pourrait être intéressant ?

Je suis sous le charme de l’art de la narration dont semble naturellement dotée l’auteure, je suis sous le charme de cette enfant touchante, Molly, qui aimerait bien que les choses changent. Et si je rejoins Pépita sur le fait que cette période de l’histoire me semble peu connue, je n’ai pas pas pu m’empêcher de faire le rapprochement avec l’actualité. Peut-être que je rapporte trop ce que je lis parfois à ces événements qui me marquent en tant qu’adolescent, mais voir ces Noirs discriminés souvent avec une violence inouïe (qui heureusement n’existe plus aussi facilement aujourd’hui, du moins en France …) m’a forcément rappelé tous ces homosexuels qui ne demandent que le droit d’aimer comme ils l’entendent.
La longueur du roman ne m’a pas particulièrement gêné. J’ai même trouvé le début un peu long. On suit l’avancée du programme qui va avoir lieu, puis est annulé, puis reprend … Annelise Heurtier semble avoir voulu respecter une certaine rigueur historique, mais ça n’était peut-être pas la peine.
A part cela, j’ai facilement accroché à l’histoire et bien que le personnage de Grace m’ait particulièrement agacé, j’ai trouvé son évolution intéressante. Je suis assez d’accord pour dire que c’est peut-être elle le personnage principal et non Molly qui va se mettre tout le monde, jusqu’aux siens, à dos et qui par son courage et sa grandeur d’âme va (peut-être) faire évoluer les choses.
Je n’ai pas lu d’autres romans sur la ségrégation raciale, en revanche j’ai vu le très beau film La couleur des sentiments et ai à mon tour retrouvé les allusions dont parlait Céline du Tiroir. Ces femmes fortes qui se battent pour leurs causes que ça soit du côté raciste ou de l’autre. Ce sexisme encore apparent en fond.
Pour conclure, Sweet sixteen est pour moi un roman court et facile d’accès pour en apprendre plus sur cette période historique importante pour rappeler qu’avoir un président des Etat-Unis noir, ça n’a pas été facile. Et si les choses ne sont pas encore parfaites, les choses et les mentalités ont déjà beaucoup évolué. Une belle leçon d’histoire pour les évènements actuels ?

Sweet sixteen : La fête tourne ainsi autour du chiffre 16 que l’on retrouve dans des jeux, dans la musique ou encore les boissons. Une autre tradition importante est la composition du gâteau d’anniversaire dont les 16 bougies ont une signification bien particulière :

La première bougie représente les parents
La seconde est en l’honneur des grands parents
La troisième évoque généralement les frères et sœurs
Les bougies 4, 5, 6, et 7 sont pour le reste de la famille
Tandis que les bougies 8, 9, 10, 11, 12, 13, et 14 mettent à l’honneur les amis !
La bougie numéro 15 est réservé à la meilleure amie.
Et la 16è pour le ou la petite amie.

 

Le temps a filé, la théière s’est vidée, un moment riche de partage comme on en vit sous notre grand arbre, d’autres livres se sont échangés entre nous pour d’autres lectures communes…

Sweet Sixteen d’Annelise Heurtier, publié par Casterman en 2013.

Pour aller plus loin, nos billets sur nos blogs :

Les lectures de kik
3 étoiles
 Un petit bout de (bib)
– 
Maman Baobab et son interview de l’auteure
– A lire aux pays des merveilles
– Méli-Mélo de livres
– Le tiroir à histoires

Souriez, c’est la rentrée !

Ding dong. La cloche de la rentrée n’a pas encore sonné, il nous reste un tout petit peu de temps avant de remettre le pied à l’étrier, une petite semaine pour se préparer, et LES préparer aussi, bien entendu. Toute première rentrée en (Toute) Petite Section, ou grandes étapes, CP, 6e, Seconde. Il peut y avoir dans tous les cas des questions, des inquiétudes, de l’impatience, des envies, des retrouvailles, de la nouveauté… Alors pourquoi ne pas lire et relire sur le sujet ? C’est bien l’idée que nous avions en vous préparant une sélection très subjective sur la rentrée bien sûr, sur l’école aussi ! Bonne pré-rentrée A l’Ombre du Grand Arbre !

En maternelles…

L’école maternelle d’Anne-Sophie Baumann, illustré par Laurence Jammes.

Rien de mieux qu’un imagier bien conçu et détaillé pour mettre des mots et des images pour cet événement exceptionnel qu’est la rentrée pour un Tout-Petit. Celui-ci est un coup de cœur pour le blog Maman Baobab dont vous pourrez retrouver la chronique Ici.

Mon imagier des comptines de la maternelle, de J.P Crespin et B. Davois, illustré par C. Roederer, Editions Gallimard Jeunesse

Un très beau livre-CD qui compile une sélection de comptines prisées par les écoles maternelles, c’est ce que vous propose de regarder et d’écouter Maman Baobab pour vous mettre agréablement dans le bain. Sa chronique Ici.

Mes écoles du monde de Clémentine Sourdais, Editions Seuil jeunesse

mes-ecoles-du-mondePour vous permettre d’ouvrir une fenêtre sur le monde, Sophie, de La Littérature jeunesse de Judith et Sophie vous invite à la découverte de ce très bel album. S’ouvrant comme une fenêtre sur le monde, ce livre évoque le quotidien des écoliers de différents pays. Avec leur témoignage, une illustration pleine de détails nous plonge au cœur de leur école. La dernière page, avec un pop-up très réussi nous invite à fouiner derrière les fenêtres de l’établissement quelque part en France…

Retrouvez également un avis sur cet album sur le blog Trois étoiles, dans une sélection consacrée aux écoles du monde, ici.

En primaire…

La rentrée de Noë d’Anne Loyer, illustré par Barroux, Editions Des Braques, Collection Les P’tits Braques.

Une rentrée en CP pour Noë, une rentrée en 6e pour sa soeur Zoë. Il est plutôt inquiet, elle a l’air plutôt détendue. Le pas est tellement grand entre la grande section et le CP, pense Noë. Et s’il ne parvenait pas à apprendre à lire ? Un très bel album sélectionné par le blog Maman Baobab dont vous pouvez lire la chronique Ici.

Je n’irai pas de Séverine Vidal et Cécile Vangout.- Editions Frimousse

n irai pas

J’ai pourtant tout préparé, il le faut bien, ça approche ! Mais bon, tant pis, je vous le dis, je n’irai pas. C’est comme ça ! Mais qui ça ? Je ne dévoilerai pas la chute irrésistible de cet album irrésistible ! Découvrez la suite est à lire chez Meli-Melo de livres Ici

« Maths » et « Philo » de Rachel Corenblit et Cécile Bonbon, Editions du Rouergue – Collection A la petite semaine.

Deux titres  pour cette nouvelle collection au concept très intéressant : sous la forme d’un cahier d’école, et sur une semaine, on suit les réflexions fort pertinentes de Léna, élève de primaire, qui se pose un tas de questions sur ce qu’on lui enseigne.

C’est léger, drôle, impertinent,

dans un joyeux désordre comme parfois ce qui se bouscule dans sa tête. Des petits romans de 24 pages à partir de 8 ans et qui sont sortis le 21 août dernier sélectionnés spécialement pour vous par Pépita du blog Méli-Mélo de Livres.

Elle vous propose également et en avant-première s’il vous plaît…

Brigitte fait peur aux frites de Christine Avel, illustrations de Bruno Heitz, Editions Ecole des loisirs, collection Mouche. Parution le 12 septembre 2013.

brigitteQui dit école dit aussi cantine. Et souvent, c’est pas la joie…Brigitte, on dirait une ogresse. Elle oblige à tout finir dans son assiette. Simon n’en peut plus. Heureusement, Thomas, le nouveau, a une idée : faire la grève de la cantine. Une première lecture réjouissante sur la capacité des enfants à trouver des solutions à leurs soucis quotidiens…

 

 

Le livre de tous les écoliers d’ Allan et Janet Ahlberg, Editions Gallimard

Chouchou des livres de la rentrée pour Céline, nouvelle recrue dans l’équipe d’A l’Ombre du Grand Arbre. Retrouvez la chronique du Tiroir à histoires Ici

Au collège et au lycée… 

Enzo, 11 ans, Sixième 11 de Joëlle Ecormier, Editions Nathan, 2013
Cette année 2011, Enzo entre en Sixième 11 et fête ses 11 ans le 11 novembre. De quoi donner le vertige et paniquer Enzo, pas rassuré du tout par cette rentrée au collège… Lisez la suite de la chronique chez A lire aux Pays des Merveilles !

Double Jeu de Jean-Philippe Blondel, Actes Sud, 2013 

 Au lycée, pas facile pour Quentin de trouver son identité, alors qu’il est hors de toute logique de groupe… La suite ? Chez A lire aux Pays des Merveilles.

L’école de la mort, Courants noirs, Gulf Stream éditeur 

L’école de la mort, c’est quatre auteurs de talent, Lilian Bathelot, Charlotte Bousquet, Martiaroff et Béatrice Egémar ; huit nouvelles pleine de suspense pour un voyage à travers le temps et l’espace autour de l’école au sens large et, au final, un recueil noir qui fera plus que frissonner les lecteurs, élèves ou non. De l’enseignante empoisonnée à la ciguë à la religieuse poussée au pire par les fantômes de celles qu’elle a tourmentées en passant par le jeune grec qui se montre aussi cruel que le Joffrey Baratheon de Game of Thrône, il y en a pour toutes les peurs ! Après ça, c’est certain, vous ne regarderez plus jamais votre école de la même manière !  Pour en savoir plus, consultez Qu’importe le flacon, pourvu qu’on ait LIVREsse.

La vie secrète des PROFS, de Françoise GRARD, Nicolas WILD, coll. Et Toc !, Gulf Stream éditeur Sortie le 29/09 – un peu de patience !

Avec septembre qui approche à grands pas, retour d’une espèce à part… les PROFS ! Il y a ceux qu’on admire, ceux qu’on craint, ceux dont on se souvient encore des années après… Mais qui sont-ils en réalité ? Quels sont leurs rêves, leurs peurs, leurs défis de tous les jours ? Les réponses et bien plus dans cet « abécédaire » qui n’en est pas vraiment un !  Céline de Qu’importe le flacon vous en reparlera le 29 septembre !

Nous vous souhaitons à tous et particulièrement à vos enfants une belle rentrée, dans le plaisir et la légèreté ! Les sélections sur les livres consacrés à l’école vont continuer à paraître sur nos blogs respectifs, n’hésitez pas à venir nous rendre visite. 

L’orphelinat du bout du monde de Coralie Saudo et Emna

Ils sont carrés et colorés, les albums de la collection La tête sur l’oreiller chez Les P’tits Bérets. Mais quand j’ai vu la couverture de celui-ci, L’Orphelinat du bout du monde, je l’ai tout de suite distingué. Attirée par une illustration originale, aux teintes bleu rivière et rose nénuphar signées Emna, attirée également par un de mes thèmes de prédilection, la parentalité, signée par une auteure dont l’on connaît plutôt le coup de crayon, j’ai eu très envie de le découvrir, de vous le présenter sur mon blog, Maman Baobab, et d’inviter quelques unes de mes comparses d’A l’Ombre du Grand Arbre à s’y pencher et à partager la lecture avec vous. Ces lectures communes sont pour moi à la fois l’occasion d’échanger, de partager et de débattre, elles ont aussi pour but de mettre en lumière le travail de maisons d’édition discrètes mais de qualité, comme c’est le cas pour Les P’tits Bérets. Sophie LJ ( La littérature Jeunesse de Judith et Sophie ), Carole ( 3 étoiles ) et Alice ( A lire au pays des merveilles ) vous donnent leur avis sur cet album.

Bonne lecture de notre lecture ! * Drawoua

 

Pourquoi avoir rejoint cette lecture commune, qu’est ce qui vous a attiré dans cet album ? 

Sophie. J’aime beaucoup les illustrations de Coralie Saudo, c’était donc l’occasion de la découvrir différemment.

Alice. Moi, c’est plutôt, l’éditeur qui m’a motivée : une petite maison d’édition pas très loin de chez moi avec un catalogue de plus en plus qualitatif

Carole. Pour moi la curiosité de découvrir un nouvel éditeur sur lequel je louchais depuis quelques temps à force de lire vos chroniques… Puis une rencontre avec l’équipe sur le Salon du livre de Paris et le travail de Coralie Saudo, ainsi que le titre… et enfin le plaisir de la lecture commune avec vous bien sûr !

Pouvez-vous résumer l’histoire en quelques mots ?

Sophie. Cet album raconte l’histoire d’un couple atypique : une autruche et un crocodile. Ceux-ci ne peuvent pas avoir d’enfant ensemble alors quand ils trouvent un œuf abandonné, ils décident de l’adopter. Leur histoire se répand et bientôt, ils fondent un orphelinat pour tous les parents qui, comme eux, ne peuvent pas avoir de petits ou au contraire, ne peuvent les garder.

Alice. Trop différents, Monsieur Crocodile et Madame Autuche ont beau être amoureux, il n’est pas possible pour eux d’avoir des enfants. Mais la vie fait bien les choses, et un oeuf trouvé sur le chemin donnera naissance à un joli petit perroquet. A eux trois, ils forment une famille unie que tout le monde applaudit. Heureux de cette adoption réussie, ils décident de faire le bonheur de couples comme eux et se chargent de leur attribuer des œufs abandonnés. Tout le monde est ravi et la vie est belle ainsi !

Globalement comment qualifieriez -vous cet album, quels en sont pour vous les points forts ? 

Sophie. Tout d’abord, l’histoire fait référence à l’actualité avec cette question de l’adoption, de la différence et on l’aborde sous un angle intéressant qui peut permettre d’engager la conversation avec les enfants. Ensuite, j’adore les illustrations. Toutes ces formes, ces couleurs, ces motifs, ces collages, c’est magnifique et le petit côté girly me plait bien.

Carole. Cet album parle de stérilité, d’adoption et surtout d’Amour. Pas de discrimination ni préjugé, peu importe ce que renferme l’oeuf, chacun a le droit à une famille. C’est un album subtil, poétique, et dans l’air du temps. Grande ouverture d’esprit et tolérance aussi.

Alice. J’ai de suite été séduite par l’illustration, les couleurs et les imprimés choisis qui nous emmènent dans des pays lointains. Mais au risque d’animer le débat, je n’ai pas du tout accroché sur le texte. Sur le fond tout d’abord : j’ai trouvé cette histoire trop parfaite. Tout s’y déroule parfaitement bien, « tout le monde est beau, tout le monde est gentil« . La trouvaille de l’œuf est tellement rapide que je ne me suis pas posée de question sur la stérilité. L’adoption est réussie, la famille est unie, les amis sont présents, la création de l’orphelinat est un succès…. Tout coule trop bien et ne traduit pas du tout pour moi, la réalité des difficultés de l’adoption.
Sur la forme, j’ai souvent été gênée par l’emploi du passé simple, notamment dans toute la dernière partie. Cela donne un caractère un peu « pompeux » à l’histoire.
Un conte où tout est bien qui finit bien, sans qu’il y ait eu d’élément perturbateur.

Sophie. C’est vrai que c’est un peu trop « facile ». Finalement le seul souci c’est leur différence qui les empêche d’avoir un petit ensemble. À part ça, tout se passe au mieux. On peut voir ça comme un message d’espoir, une histoire qui réchauffe et qui fait du bien.

Et si l’histoire était juste une douce histoire d’amour, et si on n’était pas toujours obligé de semer d’embûches les narrations à destination des enfants ? Je me fais un peu l’avocat du diable mais de temps en temps, ce n’est pas désagréable, surtout dans ce contexte : adoption, différences, tolérance…Tout est presque bien et finit bien. Pourquoi pas ?

Alice. Je vois dans ce livre toute une succession d’évènements qui se suivent, qui passent, qui glissent mais je ne trouve personnellement pas d’accroche. Bien sûr que les embûches ne sont pas « obligatoires », mais les thèmes évoqués sont forts et j’attends qu’ils me »parlent ». Or ici, je lis bien l’amour, la différence, la tristesse, l’espoir, la joie… mais je ne ressens rien. J’attends d’un livre qu’il me touche, qu’il me fasse réfléchir, qu’il me surprenne.

Carole. C’est incroyable à quel point on peut entrer en lecture dans le même album mais de façon complètement différente ! En ce qui me concerne, avant de lire ta réflexion Alice, je ne m’en suis pas rendue compte, de ce manque d’embûches, d’obstacles pourtant bien réels et présents dans un vrai parcours d’adoption. J’ai plongé dans une jolie histoire qui se déroule bien avec une fin heureuse, comme Drawoua. Et comme ça fait du bien ! Peut-être que le climat social des derniers mois m’a donné envie de douceur, de rondeur, de jolies choses…qui sait ? Quoiqu’il en soit, cet album m’a émue.

Pouvez-vous parler des illustrations, du style de l’illustratrice, de ce que vous en avez pensé ?

Sophie. Ce sont des illustrations que j’ai trouvé un peu « japonisante » avec beaucoup de motifs à fleurs. Emna utilise une technique de découpage et de collage avec des papiers très colorés. J’ai trouvé ça un peu chargé par endroit mais joli dans l’ensemble.

Alice. Gros coup de cœur pour les illustrations ! J’adore le choix du découpage/collage, j’adore les imprimés, j’adore les coloris.. Rien qu’en feuilletant l’album, je me sens complètement dépaysée, dans un pays imaginaire, à l’autre bout du monde..

Carole. Gros coup de cœur pour moi aussi pour le collage des imprimés fleuris ! ça m’embarque au bout du monde, dans des contrées lointaines et inconnues ! voyage réussi du début à la fin ! bravo

Un dernier mot pour conclure ?

Carole. Je découvre la plume de Coralie Saudo, je connaissais ses illustrations, et je trouve son écriture sensible et rythmée. Quant à Emna, c’est aussi une découverte, je vais la suivre de près… Bref, deux jolies découvertes en un album très réussi !

Quelques pas de plus en découvrant les billets de chacune :

Celui de Sophie ici 

Celui de Carole   

Celui de Drawoua Ici