Lecture commune – La fourmilière de Jenny Valentine

A l’occasion du Prix Farniente (prix littéraire organisé en Belgique), j’ai découvert cette petite pépite !  Des quatre titres proposés dans l’excellente sélection 13 + (Terrienne de Jean-Claude Mourlevat, Premier chagrin d’Eva Kavian, EPIC de Konor Kostick), La Fourmilière est mon préféré.  Une histoire qui parait banale de prime abord mais qui recèle un espoir infini en l’humanité.  Ensemble, malgré nos différences, on est les plus forts du monde !  Je n’ai donc pas hésité à la proposer en lecture commune à mes comparses d’A l’ombre du grand arbre…  Pépita Méli-Mélo de livres..., Bouma Un petit bout de bib, Drawoua Maman Baobab et Carole 3 étoiles ont intégré avec joie La colonie…

Céline Qu’importe le flacon, pourvu qu’on ait LIVREsse : Un petit résumé pour commencer ?

Pépita : Au 33, Giorgiana Street, dans un quartier peu réputé de Londres, vont se mêler plusieurs destins : Bohémia, dite Bo, dix ans, vient d’arriver avec sa mère Cherry, paumée, droguée, alcoolique…  Livrée à elle-même, la petite Bo va faire connaissance avec les autres locataires. Il y a Steve, le propriétaire, pas un mauvais bougre ; Mick qui va devenir très vite l’amant de Cherry ; Isabel, une vieille dame qui se mêle de tout et son vieux chien Paillasson et Sam, un jeune homme de 17 ans qui vient d’arriver lui aussi. De fil en aiguille, on va apprendre qu’il traîne un très lourd secret…

Bouma : Rigolo comme on s’attache différemment aux personnages. J’aurais commencé mon résumé par : c’est l’histoire de Sam, jeune adolescent fugueur, qui vient d’arriver à Londres. Il trouve refuge au 33, Giorgiana Street, où le propriétaire s’avère peu regardant de son âge en échange du loyer en temps et en heure. Lui qui cherche la solitude, elle sera de courte durée parmi les habitants hauts en couleurs de cet immeuble pas comme les autres..

Drawoua : Je rejoins Bouma, je commence par Sam. Fugueur de 17 ans. Il est le protagoniste principal, c’est autour de lui que la narration se joue. On ne sait pas à quel point jusqu’à ce que Bohemia entre dans sa vie. Et c’est bien l’incipit du roman : « J’ai aperçu une fille, une gamine. Ce n’est pas ici que tout a commencé, mais c’est une bonne entrée en matière« . Je, c’est Sam, le narrateur de ce premier chapitre. La petite fille, c’est Bohemia. Bo, narratrice du second.

Carole : J’ajouterais que dans cet immeuble londonien aux appartements petits et délabrés, chacun a sa place, chacun sa vie, chacun ses troubles. Mais ensemble, ils forment un tout : comme une fourmilière…

Céline : Que pensez-vous de la couverture ?  Rend-elle hommage au contenu ?

Pépita : La couleur est bien flashy, c’est le moins qu’on puisse dire ! J’ai essayé de trouver dans les visages les protagonistes de l’histoire, mais j’avoue que ça ne fonctionne pas très bien en ce qui me concerne. J’y vois plutôt des petits visages comme des petites fourmis, en hommage au titre. Ceci dit, je ne sais pas vraiment si c’est le but recherché. Globalement, je trouve que les couvertures de la collection Médium ne sont pas toutes des réussites…  Ce qui est sûr, c’est que l’envie de lire ce livre ne m’a pas du tout été donnée par cette couverture.

Bouma : Pour moi, elle était complètement rédhibitoire. Si vous ne m’aviez pas convaincue, je n’aurais surement jamais ouvert ce roman.
En ce qui me concerne, la couverture est vraiment un élément essentiel dans mon choix de livre. Et franchement, celles de l’École des Loisirs sont rarement mes préférées… C’est d’ailleurs fort dommage car leurs textes sont toujours de grande qualité.

Drawoua : La couverture m’a attirée oui. Par contre je ne la trouve pas spécialement représentative de la narration. Qui est qui, d’ailleurs ? Est-ce qu’on s’y retrouve vraiment ?

Carole : Ah moi j’ai pensé tous ces visages comme autant de fourmis ! Avec toute la palette des expressions du visage… du coup impossible de reconnaître les personnages du roman. Pour être honnête, quand je choisis un roman, je m’attarde peu sur la couverture. Ce n’est pas la même attente que pour un album. Pour le roman, la 4ième de couverture, hors recommandation ou conseil de lecture, c’est elle qui guide mes pas de lectrice ou alors bien souvent simplement le titre, voire l’auteur(e).

Céline : Les avis sont partagés en ce qui concerne la couverture…  En est-il de même pour le contenu ?  Coup de coeur ou coup de griffe ?

Pépita : Pour ma part, un gros, gros coup de cœur ! Je l’ai lu en vacances, en août dernier, il est passé entre toutes les mains à la maison et c’est unanime. La construction est très bien faite : on rentre dans cet immeuble par le biais de chaque personnage, comme si le lecteur toquait lui-même à la porte et disait : et vous, vous êtes qui dans l’histoire ?.
Au début, aucun lien apparent entre eux. Sauf pour Sam et Bohémia : on sent bien que pour ces deux-là, le lien est différent dès le début. Comme dans une fourmilière, on découvre peu à peu une réalité bien plus complexe qu’il n’y parait à première vue.

Bouma : Pour moi ce fut une jolie lecture, de celle qui vous emporte dans la vie des personnages, vous joue la réalité de la vie. Je ne pourrais cependant pas la qualifier de coup de cœur. Il m’a manqué le « petit plus » indéfinissable qui vous fait garder cette lecture bien au chaud au fond de votre cœur et dont vous êtes capable de reparler bien longtemps après.

Carole : Comme Bouma, j’ai beaucoup aimé ce moment de lecture. J’avais plaisir à retrouver chaque personnage le soir pour clore mes journées. Envie de connaître la suite des aventures, de voir se tisser les liens, parfois très forts, et de savoir la fin ! Donc moment agréable et belle découverte.

Drawoua : Gros coup de coeur. J’ai même déjà fait un passage éclair en librairie pour acheter un nouvel exemplaire et l’offrir !

Céline : Quels sont pour vous les points forts de ce roman ?
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Pépita : Ce roman est remarquablement bien construit : une fenêtre qui s’ouvre sur chaque personnage, agrandie de plus en plus pour nous en dévoiler davantage sur chacun, ses traits de caractère, ses parts d’ombre, ses manies…  Et puis l’étau se resserre entre eux, ils deviennent de plus en plus proches, s’évitent à nouveau, se cherchent encore jusqu’au secret de Sam qu’on pressent et dont la révélation monte crescendo…  Tout se met en place jusqu’au dénouement final. Le lecteur bouge les pièces du puzzle, échafaude des hypothèses, se perd, renoue le fil et est finalement mené jusqu’au bout. La psychologie des personnages, servie par une belle écriture, est très bien étudiée aussi : leur solitude qui devient leur solidarité.
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Carole : Rien à redire Pépita, très bien dit ! J’ajoute seulement la qualité de la traduction, spécialité s’il en est de l’Ecole des Loisirs. Quand je lis un roman anglophone, je sens tout de suite si la traduction est juste, et là bingo ! C’est fluide et bien écrit, et ça c’est suffisamment rare pour être souligné.
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Bouma : Il est difficile de répondre après Pépita… J’ai aimé l’ambiance générale de ce livre, la détresse de ses habitants, la volonté d’Isabel, vieille femme isolée, de recréer du lien quand les autres n’en veulent pas. J’ai aimé ne pas connaître le passé de Sam, son attachement à la solitude, et puis au fur et à mesure son attachement à Bo. Le ton est juste et donc forcément touchant.
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Drawoua : Bien sûr, il y a l’histoire, mais elle ne fait pas tout. La fluidité du texte, sa construction, l’attachement qui se crée entre les personnages, mais aussi entre les personnages et le lecteur sont des points forts du roman. Il y a un petit côté Ken Loach (néanmoins optimiste) qui se dessine aussi et qui n’est pas déplaisant.
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Bouma : Peux-tu expliquer le « côté Ken Loach » ?  Je ne connais pas ce réalisateur.
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Drawoua : Le cinéma de Ken Loach est totalement immergé dans le réalisme social britannique, avec, contrairement à Jenny Valentine, une pointe de pessimisme et peut-être de déterminisme qu’on ne sent pas chez notre auteure. C’est le côté tableau des habitants de l’immeuble, tout en bas de la classe sociale, qui m’y fait nettement penser. Le quartier est situé dans les bas-fonds londoniens, l’immeuble est indécent, on paye le loyer à la petite semaine, le propriétaire n’est pas regardant, peut-être parce qu’il ne veut pas savoir… Les portraits de personnages ne sont pas forcément reluisants. Cherry, la mère de Bo, notamment, est loin d’être clean. Elle traîne un lourd passé derrière elle et son présent n’a pas l’air bien glorieux. La différence entre Loach et Valentine, c’est certainement que Loach aurait envisagé un point de bascule peut-être catastrophique quand l’auteure de La Fourmilière a plus foi dans les relations humaines.
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Céline : Eclairage intéressant Drawoua !  Pour ma part, c’est justement cette note d’espoir qui m’a particulièrement plu.  Une note d’espoir double puisque l’auteure démontre par ce récit, en un, que l’union fait la force et, en deux, que chacun a droit a une seconde chance !  Puisque tu parles des habitants de l’immeuble, lesquels vous ont émue, fait sourire, énervée, … ?
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Carole : Une fois n’est pas coutume, j’ai beaucoup aimé le personnage de la petite fille Bo : sa répartie, son recul parfois, son intelligence émotionnelle,  ses réflexions sur le monde adulte et cette façon qu’elle a d’arrondir les angles avec sa mère. Et puis, Isabel, cette bonne femme un peu bourrue, maternante avec tous les habitants, parfois sans gène mais qui malgré tout crée du lien entre tous. Ce serait elle la reine des fourmis.
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Céline : Pourquoi « une fois n’est pas coutume » Carole ?
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Carole : Parce que je  » m’attache  » plus souvent aux enfants qu’aux adultes.
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Pépita : Tout comme Carole, je me suis beaucoup attachée à Bo et puis peu à peu, en la découvrant mieux, Isabel, mais j’avoue qu’elle m’a un peu exaspérée par moments ! Mais je me suis aperçue que sa curiosité insistante partait finalement d’un bon sentiment : mettre la personne face à ses responsabilités (ce qui est surtout valable pour Cherry, la maman de Bo). Je me suis aussi beaucoup attachée à Sam : ce personnage évolue, il est touchant de sincérité, sa carapace finit par se fendre pour aller à l’essentiel.  Il grandit.
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Bouma : Pour ma part, j’ai vraiment été touchée par le personnage de Sam, à la fois adolescent pur souche et déjà adulte. Sa détresse évidente dont on ne connaît pas l’origine m’a intriguée autant que Bo et Isabel, qui sont, disons le bien, de belles petites fouineuses. Sam est blessé, torturé, et a surtout envie d’être seul avec ses problèmes. J’ai retrouvé en lui la quintessence de l’adolescence : un mélange de cris de détresse et de refus d’aide simultanés. Lorsqu’il prend la parole dans le roman, c’est toujours un mélange de son passé, de son présent et d’un essai de futur, une façon bien à lui de concevoir la vie.
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Céline : L’auteure alterne les points de vue.  Est-ce un plus ou un handicap selon vous ?
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Carole :  Perso, j’ai adoré la double narration alternée de Bo et Sam. Je l’ai trouvée très bien menée, fluide, quasi naturelle en fait. Ils se complètent, se prolongent, se mêlent avec complicité tant dans la forme que dans le fond. C’est parfois un risque l’alternance des points de vue, mais ici c’est une réussite totale je trouve.
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Pépita : Oui, cette narration est extrêmement efficace : comme dans une fourmilière, il y a des va-et-vient, des reculs, des avancées, des tergiversations, mais au final, c’est au service de l’histoire, qui mine de rien, se précise et s’imbrique comme un tout, à travers les voix alternées des personnages. On ne perd jamais le fil.
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Drawoua : La narration est très fluide et le récit porté par deux personnages principaux qui deviennent narrateurs en alternance avec une focalisation interne fonctionne parfaitement.
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Bouma :  Comme mes comparses, je trouve cette narration alternée très bien faite, surtout que les deux protagonistes sont loin d’avoir le même âge (Sam a 17 ans et Bo, 10). L’auteur arrive à rendre crédible les deux paroles, leurs façons de penser, leurs manières de bouger. Par contre, je pense qu’un adolescent (public estimé de ce livre) aura peut-être plus de mal à s’attacher à la voix de la fillette, car elle lui sera plus distante. Je ne sais pas, je me questionne.
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Carole : Pas nécessairement Bouma. Je trouve que malgré son jeune âge, la petite Bo est très mature et cohérente dans ses réflexions. Elle a grandi seule et vite, trop peut-être, mais du coup elle se questionne avec pas mal de recul, elle maîtrise assez ses émotions et les actions qui en découlent, non ? Du coup, je me dis qu’un lecteur adolescent pourrait bien aussi  » adhérer  » à sa vision des choses.
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Bouma : Et oui Carole,  Bo est très mature. Mais pour bosser en bib, je peux t’assurer que pour certains ados entre la couverture bof et la 4ème de couv qui indique que l’un des personnages principaux a 10 ans, c’est rédhibitoire. Ils passent à côté d’un beau texte et c’est fort dommage…
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Pépita : Je rejoins Bouma et Carole : Bo est très mature, presque trop pour son âge…  mais c’est vrai qu’un ado normalement constitué n’irait peut-être pas spontanément vers cette lecture – et pour employer notre jargon à la mode – une médiation est nécessaire.
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Carole : Je me doute… peut-être plus pour les pré-ados alors ? Ca rejoint un peu le débat sur l’âge.
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Pépita : Exactement ! Chez nous, seules mes filles l’ont lu (11 et 13 ans) et ont adoré et mes garçons n’en voulaient absolument pas ! (sauf mon mari qui a beaucoup aimé) Pourtant ce Sam…  Il y a aussi encore très prégnant ce clivage fille/garçon, c’est dingue !
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Céline :   L’ai récemment fait lire à mes élèves de 13 ans.  Ils ont davantage été perturbés par la voix narrative plurielle que par le jeune âge de Bo.  D’une part, elle est très mature et, d’autre  part, dans cet immeuble, on trouve un peu de tout en âges comme en personnalités…  C’est ça, je trouve, qui fait la richesse de cette fourmilière !
Sans en dévoiler trop, peut-on dire qu’il s’agit aussi d’un roman à chute (dont le retournement final crée un réel effet de surprise chez le lecteur)  ?
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Pépita : En ce qui me concerne, pas vraiment. L’adulte que je suis et assez grande lectrice, comme vous toutes, a fini par percevoir des éléments de réponse, y compris à la fin quand le rythme s’accélère et que toutes les pièces de puzzle trouvent leur place. Ceci dit, c’était très agréable de vérifier ses hypothèses à quelques détails près. Par contre, pour le public auquel il est destiné, roman à chute, je pense que oui. J’ai demandé à mes filles et elles ont été bluffées jusqu’au bout.
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Carole : Oui Pépita, je n’aurais pas mieux dit ! Les secrets chuchotés depuis le début du roman finissent par éclater au grand jour. Même si le procédé est connu, les révélations font tout de même leur effet au sein de cette fourmilière !
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Céline : Sans en avoir l’air, ce livre touche à de nombreux thèmes !  Quels sont les 3 premiers qui vous viennent spontanément à l’esprit ?  De quelle manière l’auteure les aborde-t-elle ?
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Carole : Je dirais : la solitude, la solidarité et le la nature humaine. L’auteure l’exprime par le fait que chaque individu solitaire est confronté à un moment à sa propre nature, et que la solidarité crée du lien entre chaque individu.
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Bouma : La déchéance, la famille et la pauvreté : tout cela avec le seul personnage de Cherry, la mère de Bo. L’auteure ne l’a pas avantagée : junkie qui enchaine les hommes auxquels elle rattache sa vie. On sent en elle une femme devenue mère par obligation plus que par désir. Le fait qu’elle soit capable d’oublier son enfant m’a fait mal au cœur, même si je sais que ce genre de situation peut être réelle.
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Pépita : Difficile de répondre après ces excellentes analyses ! J’ajouterai : le poids de la honte, l’importance de la parole et la force de l’amour. Honte du secret de Sam, qui l’isole dans une fuite en avant destructrice, délivrance par la parole (Isabel – la plus âgée – et Bo – la plus jeune – recollent les morceaux par touches successives de ces âmes perdues : Cherry et Sam) et force de l’amour : quand la parole se délivre, l’amour peut éclore pour tendre au pardon. Il se dégage de cette histoire finalement tragique une belle issue transcendée par tous ces éléments.
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Carole : C’est joliment dit ça ! Suis d’accord avec toi : la parole délivre de la colère ou de la honte, et la parole permet le pardon !
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Drawoua : Tout est dit par mes homologues, dans l’ordre dans lequel j’aurais aussi placé les thèmes.
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Céline : J’ajouterais celui du harcèlement scolaire vu du côté du harceleur qui regrette son geste mais ne trouve pas lui-même la solution pour s’amender…
Une phrase, un passage à partager ?
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Pépita : J’aime tout particulièrement les dialogues entre Bohémia et Sam, et particulièrement celui situé au milieu de l’histoire (pp.155-159) où ils se connaissent déjà assez pour se confier un peu mais pas suffisamment pour tout se dire. Bohémia a visé juste dans un des aspects du secret de Sam et il le sait. Il se livre un peu à elle, ils jouent au chat et à la souris mais on perçoit une confiance entre eux, sans doute liée à l’enfance. Le lecteur est heureux pour eux : ils se sont trouvés une petite fenêtre et leurs remarques sur leur situation sont touchantes de lucidité, je trouve. C’est à la fois simple et juste.
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Carole :  Pas de passage particulier à citer, juste un ressenti : la chaleur des liens humains.
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Bouma : Je citerais Sam, qui en toute fin d’un chapitre, imagine une lettre à sa mère :

« Dans ma tête, j’ai écrit une lettre :
Chère maman,
Comment vas tu ?
Je vis avec une bande de cinglés.
« 

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Drawoua : C’est vrai que cette citation est pas mal. Quand on sait, on la décode. Quand on ne sait pas, on se dirait bien que l’enfer c’est les autres. Je la compléterai donc avec le passage dans lequel il est le narrateur et Bohémia vient lui dire qu’elle part. Lui, il se rallonge sur son lit. N’agit pas. Ne s’endort pas non plus. Il pense qu’il est quelqu’un de mauvais, à un point qu’on n’imagine pas. Que cela lui semble flagrant maintenant mais qu’il a mis trop de temps à s’en apercevoir.  Il se relève, sort à proximité d’une cabine téléphonique, est à deux doigts d’appeler Max. Et ne le fait pas finalement. Quand il rebrousse chemin, c’est pour aller frapper à la porte de Bohémia. La narration bascule. Chapitre 14.
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Carole : Je rebondis sur la réflexion de Sandra : l’enfer c’est les autres, oui car cet immeuble, cette fourmilière, c’est un huis-clos. Chacun est le bourreau /révélateur de l’autre.
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Céline : Ah ! marrant !  Tout le long de ma lecture, j’ai également pensé à ça.  A part quelques sorties extérieures au début et à la fin, ainsi que quelques balades dans Londres, tout se déroule à Georgiana Street, microcosme  que nous observons avec la curiosité d’ethnologues avec la question du docteur Bernard O. Hopkins en tête : ensemble, vont-ils réussir à soulever des montagnes ?  Ce livre pourrait d’ailleurs très bien s’adapter en pièce de théâtre… Pour ce qui est de vos extraits (très touchants, surtout celui de Drawoua qui m’a mis les larmes aux yeux), ils révèlent tous à quel point Jenny Valentine, sous couvert de nous raconter une histoire d’apparence banale, arrive à nous toucher au plus profond de notre humanité.  C’est aussi pour cette raison que je vous ai proposé cette lecture.  La plume de l’auteure m’a embarquée dès les premiers mots.  De mon côté, j’aime beaucoup cette phrase :
« Si tu savais à quel moment ta vie allait commencer à dérailler, est-ce que tu arrangerais les choses avant qu’il soit trop tard ? »
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Pour conclure, peut-être d’autres titres de cette auteure à proposer ?
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Pépita :  Ce livre a été nominé pour le prix sorcières en 2012 catégorie Romans ados, ce n’est pas pour rien ! J’envisage de lire Ma rencontre avec Violet Park dès que j’en aurai le temps…  Elle a aussi écrit une petite série beaucoup plus légère et pour une tranche d’âge plus jeune : Ma petite sœur chez Gallimard jeunesse en Folio cadet (4 titres sortis dont le dernier en janvier 2013 : Ma petite sœur et moi, L’anniversaire de ma petite sœur, Ma petite sœur et moi en vacances, Ma petite sœur et le bébé). Des tranches de vie entre la narratrice et sa petite sœur Coco.

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Bouma : Merci à toutes pour m’avoir entrainée dans cette Lecture Commune sans laquelle je serais passée à côté d’un beau moment de lecture.
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Céline : Merci à vous quatre !  Finalement, A l’ombre du grand arbre, c’est également une fourmilière !  C’est sûr, ensemble et avec vous, nos lecteurs fidèles, nous pouvons soulever des montagnes !
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Pour aller plus loin:
* les billets de :
Drawoua Maman baobab
* un autre titre de l’auteure :

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