Souriez, c’est la rentrée !

Ding dong. La cloche de la rentrée n’a pas encore sonné, il nous reste un tout petit peu de temps avant de remettre le pied à l’étrier, une petite semaine pour se préparer, et LES préparer aussi, bien entendu. Toute première rentrée en (Toute) Petite Section, ou grandes étapes, CP, 6e, Seconde. Il peut y avoir dans tous les cas des questions, des inquiétudes, de l’impatience, des envies, des retrouvailles, de la nouveauté… Alors pourquoi ne pas lire et relire sur le sujet ? C’est bien l’idée que nous avions en vous préparant une sélection très subjective sur la rentrée bien sûr, sur l’école aussi ! Bonne pré-rentrée A l’Ombre du Grand Arbre !

En maternelles…

L’école maternelle d’Anne-Sophie Baumann, illustré par Laurence Jammes.

Rien de mieux qu’un imagier bien conçu et détaillé pour mettre des mots et des images pour cet événement exceptionnel qu’est la rentrée pour un Tout-Petit. Celui-ci est un coup de cœur pour le blog Maman Baobab dont vous pourrez retrouver la chronique Ici.

Mon imagier des comptines de la maternelle, de J.P Crespin et B. Davois, illustré par C. Roederer, Editions Gallimard Jeunesse

Un très beau livre-CD qui compile une sélection de comptines prisées par les écoles maternelles, c’est ce que vous propose de regarder et d’écouter Maman Baobab pour vous mettre agréablement dans le bain. Sa chronique Ici.

Mes écoles du monde de Clémentine Sourdais, Editions Seuil jeunesse

mes-ecoles-du-mondePour vous permettre d’ouvrir une fenêtre sur le monde, Sophie, de La Littérature jeunesse de Judith et Sophie vous invite à la découverte de ce très bel album. S’ouvrant comme une fenêtre sur le monde, ce livre évoque le quotidien des écoliers de différents pays. Avec leur témoignage, une illustration pleine de détails nous plonge au cœur de leur école. La dernière page, avec un pop-up très réussi nous invite à fouiner derrière les fenêtres de l’établissement quelque part en France…

Retrouvez également un avis sur cet album sur le blog Trois étoiles, dans une sélection consacrée aux écoles du monde, ici.

En primaire…

La rentrée de Noë d’Anne Loyer, illustré par Barroux, Editions Des Braques, Collection Les P’tits Braques.

Une rentrée en CP pour Noë, une rentrée en 6e pour sa soeur Zoë. Il est plutôt inquiet, elle a l’air plutôt détendue. Le pas est tellement grand entre la grande section et le CP, pense Noë. Et s’il ne parvenait pas à apprendre à lire ? Un très bel album sélectionné par le blog Maman Baobab dont vous pouvez lire la chronique Ici.

Je n’irai pas de Séverine Vidal et Cécile Vangout.- Editions Frimousse

n irai pas

J’ai pourtant tout préparé, il le faut bien, ça approche ! Mais bon, tant pis, je vous le dis, je n’irai pas. C’est comme ça ! Mais qui ça ? Je ne dévoilerai pas la chute irrésistible de cet album irrésistible ! Découvrez la suite est à lire chez Meli-Melo de livres Ici

« Maths » et « Philo » de Rachel Corenblit et Cécile Bonbon, Editions du Rouergue – Collection A la petite semaine.

Deux titres  pour cette nouvelle collection au concept très intéressant : sous la forme d’un cahier d’école, et sur une semaine, on suit les réflexions fort pertinentes de Léna, élève de primaire, qui se pose un tas de questions sur ce qu’on lui enseigne.

C’est léger, drôle, impertinent,

dans un joyeux désordre comme parfois ce qui se bouscule dans sa tête. Des petits romans de 24 pages à partir de 8 ans et qui sont sortis le 21 août dernier sélectionnés spécialement pour vous par Pépita du blog Méli-Mélo de Livres.

Elle vous propose également et en avant-première s’il vous plaît…

Brigitte fait peur aux frites de Christine Avel, illustrations de Bruno Heitz, Editions Ecole des loisirs, collection Mouche. Parution le 12 septembre 2013.

brigitteQui dit école dit aussi cantine. Et souvent, c’est pas la joie…Brigitte, on dirait une ogresse. Elle oblige à tout finir dans son assiette. Simon n’en peut plus. Heureusement, Thomas, le nouveau, a une idée : faire la grève de la cantine. Une première lecture réjouissante sur la capacité des enfants à trouver des solutions à leurs soucis quotidiens…

 

 

Le livre de tous les écoliers d’ Allan et Janet Ahlberg, Editions Gallimard

Chouchou des livres de la rentrée pour Céline, nouvelle recrue dans l’équipe d’A l’Ombre du Grand Arbre. Retrouvez la chronique du Tiroir à histoires Ici

Au collège et au lycée… 

Enzo, 11 ans, Sixième 11 de Joëlle Ecormier, Editions Nathan, 2013
Cette année 2011, Enzo entre en Sixième 11 et fête ses 11 ans le 11 novembre. De quoi donner le vertige et paniquer Enzo, pas rassuré du tout par cette rentrée au collège… Lisez la suite de la chronique chez A lire aux Pays des Merveilles !

Double Jeu de Jean-Philippe Blondel, Actes Sud, 2013 

 Au lycée, pas facile pour Quentin de trouver son identité, alors qu’il est hors de toute logique de groupe… La suite ? Chez A lire aux Pays des Merveilles.

L’école de la mort, Courants noirs, Gulf Stream éditeur 

L’école de la mort, c’est quatre auteurs de talent, Lilian Bathelot, Charlotte Bousquet, Martiaroff et Béatrice Egémar ; huit nouvelles pleine de suspense pour un voyage à travers le temps et l’espace autour de l’école au sens large et, au final, un recueil noir qui fera plus que frissonner les lecteurs, élèves ou non. De l’enseignante empoisonnée à la ciguë à la religieuse poussée au pire par les fantômes de celles qu’elle a tourmentées en passant par le jeune grec qui se montre aussi cruel que le Joffrey Baratheon de Game of Thrône, il y en a pour toutes les peurs ! Après ça, c’est certain, vous ne regarderez plus jamais votre école de la même manière !  Pour en savoir plus, consultez Qu’importe le flacon, pourvu qu’on ait LIVREsse.

La vie secrète des PROFS, de Françoise GRARD, Nicolas WILD, coll. Et Toc !, Gulf Stream éditeur Sortie le 29/09 – un peu de patience !

Avec septembre qui approche à grands pas, retour d’une espèce à part… les PROFS ! Il y a ceux qu’on admire, ceux qu’on craint, ceux dont on se souvient encore des années après… Mais qui sont-ils en réalité ? Quels sont leurs rêves, leurs peurs, leurs défis de tous les jours ? Les réponses et bien plus dans cet « abécédaire » qui n’en est pas vraiment un !  Céline de Qu’importe le flacon vous en reparlera le 29 septembre !

Nous vous souhaitons à tous et particulièrement à vos enfants une belle rentrée, dans le plaisir et la légèreté ! Les sélections sur les livres consacrés à l’école vont continuer à paraître sur nos blogs respectifs, n’hésitez pas à venir nous rendre visite. 

L’orphelinat du bout du monde de Coralie Saudo et Emna

Ils sont carrés et colorés, les albums de la collection La tête sur l’oreiller chez Les P’tits Bérets. Mais quand j’ai vu la couverture de celui-ci, L’Orphelinat du bout du monde, je l’ai tout de suite distingué. Attirée par une illustration originale, aux teintes bleu rivière et rose nénuphar signées Emna, attirée également par un de mes thèmes de prédilection, la parentalité, signée par une auteure dont l’on connaît plutôt le coup de crayon, j’ai eu très envie de le découvrir, de vous le présenter sur mon blog, Maman Baobab, et d’inviter quelques unes de mes comparses d’A l’Ombre du Grand Arbre à s’y pencher et à partager la lecture avec vous. Ces lectures communes sont pour moi à la fois l’occasion d’échanger, de partager et de débattre, elles ont aussi pour but de mettre en lumière le travail de maisons d’édition discrètes mais de qualité, comme c’est le cas pour Les P’tits Bérets. Sophie LJ ( La littérature Jeunesse de Judith et Sophie ), Carole ( 3 étoiles ) et Alice ( A lire au pays des merveilles ) vous donnent leur avis sur cet album.

Bonne lecture de notre lecture ! * Drawoua

 

Pourquoi avoir rejoint cette lecture commune, qu’est ce qui vous a attiré dans cet album ? 

Sophie. J’aime beaucoup les illustrations de Coralie Saudo, c’était donc l’occasion de la découvrir différemment.

Alice. Moi, c’est plutôt, l’éditeur qui m’a motivée : une petite maison d’édition pas très loin de chez moi avec un catalogue de plus en plus qualitatif

Carole. Pour moi la curiosité de découvrir un nouvel éditeur sur lequel je louchais depuis quelques temps à force de lire vos chroniques… Puis une rencontre avec l’équipe sur le Salon du livre de Paris et le travail de Coralie Saudo, ainsi que le titre… et enfin le plaisir de la lecture commune avec vous bien sûr !

Pouvez-vous résumer l’histoire en quelques mots ?

Sophie. Cet album raconte l’histoire d’un couple atypique : une autruche et un crocodile. Ceux-ci ne peuvent pas avoir d’enfant ensemble alors quand ils trouvent un œuf abandonné, ils décident de l’adopter. Leur histoire se répand et bientôt, ils fondent un orphelinat pour tous les parents qui, comme eux, ne peuvent pas avoir de petits ou au contraire, ne peuvent les garder.

Alice. Trop différents, Monsieur Crocodile et Madame Autuche ont beau être amoureux, il n’est pas possible pour eux d’avoir des enfants. Mais la vie fait bien les choses, et un oeuf trouvé sur le chemin donnera naissance à un joli petit perroquet. A eux trois, ils forment une famille unie que tout le monde applaudit. Heureux de cette adoption réussie, ils décident de faire le bonheur de couples comme eux et se chargent de leur attribuer des œufs abandonnés. Tout le monde est ravi et la vie est belle ainsi !

Globalement comment qualifieriez -vous cet album, quels en sont pour vous les points forts ? 

Sophie. Tout d’abord, l’histoire fait référence à l’actualité avec cette question de l’adoption, de la différence et on l’aborde sous un angle intéressant qui peut permettre d’engager la conversation avec les enfants. Ensuite, j’adore les illustrations. Toutes ces formes, ces couleurs, ces motifs, ces collages, c’est magnifique et le petit côté girly me plait bien.

Carole. Cet album parle de stérilité, d’adoption et surtout d’Amour. Pas de discrimination ni préjugé, peu importe ce que renferme l’oeuf, chacun a le droit à une famille. C’est un album subtil, poétique, et dans l’air du temps. Grande ouverture d’esprit et tolérance aussi.

Alice. J’ai de suite été séduite par l’illustration, les couleurs et les imprimés choisis qui nous emmènent dans des pays lointains. Mais au risque d’animer le débat, je n’ai pas du tout accroché sur le texte. Sur le fond tout d’abord : j’ai trouvé cette histoire trop parfaite. Tout s’y déroule parfaitement bien, « tout le monde est beau, tout le monde est gentil« . La trouvaille de l’œuf est tellement rapide que je ne me suis pas posée de question sur la stérilité. L’adoption est réussie, la famille est unie, les amis sont présents, la création de l’orphelinat est un succès…. Tout coule trop bien et ne traduit pas du tout pour moi, la réalité des difficultés de l’adoption.
Sur la forme, j’ai souvent été gênée par l’emploi du passé simple, notamment dans toute la dernière partie. Cela donne un caractère un peu « pompeux » à l’histoire.
Un conte où tout est bien qui finit bien, sans qu’il y ait eu d’élément perturbateur.

Sophie. C’est vrai que c’est un peu trop « facile ». Finalement le seul souci c’est leur différence qui les empêche d’avoir un petit ensemble. À part ça, tout se passe au mieux. On peut voir ça comme un message d’espoir, une histoire qui réchauffe et qui fait du bien.

Et si l’histoire était juste une douce histoire d’amour, et si on n’était pas toujours obligé de semer d’embûches les narrations à destination des enfants ? Je me fais un peu l’avocat du diable mais de temps en temps, ce n’est pas désagréable, surtout dans ce contexte : adoption, différences, tolérance…Tout est presque bien et finit bien. Pourquoi pas ?

Alice. Je vois dans ce livre toute une succession d’évènements qui se suivent, qui passent, qui glissent mais je ne trouve personnellement pas d’accroche. Bien sûr que les embûches ne sont pas « obligatoires », mais les thèmes évoqués sont forts et j’attends qu’ils me »parlent ». Or ici, je lis bien l’amour, la différence, la tristesse, l’espoir, la joie… mais je ne ressens rien. J’attends d’un livre qu’il me touche, qu’il me fasse réfléchir, qu’il me surprenne.

Carole. C’est incroyable à quel point on peut entrer en lecture dans le même album mais de façon complètement différente ! En ce qui me concerne, avant de lire ta réflexion Alice, je ne m’en suis pas rendue compte, de ce manque d’embûches, d’obstacles pourtant bien réels et présents dans un vrai parcours d’adoption. J’ai plongé dans une jolie histoire qui se déroule bien avec une fin heureuse, comme Drawoua. Et comme ça fait du bien ! Peut-être que le climat social des derniers mois m’a donné envie de douceur, de rondeur, de jolies choses…qui sait ? Quoiqu’il en soit, cet album m’a émue.

Pouvez-vous parler des illustrations, du style de l’illustratrice, de ce que vous en avez pensé ?

Sophie. Ce sont des illustrations que j’ai trouvé un peu « japonisante » avec beaucoup de motifs à fleurs. Emna utilise une technique de découpage et de collage avec des papiers très colorés. J’ai trouvé ça un peu chargé par endroit mais joli dans l’ensemble.

Alice. Gros coup de cœur pour les illustrations ! J’adore le choix du découpage/collage, j’adore les imprimés, j’adore les coloris.. Rien qu’en feuilletant l’album, je me sens complètement dépaysée, dans un pays imaginaire, à l’autre bout du monde..

Carole. Gros coup de cœur pour moi aussi pour le collage des imprimés fleuris ! ça m’embarque au bout du monde, dans des contrées lointaines et inconnues ! voyage réussi du début à la fin ! bravo

Un dernier mot pour conclure ?

Carole. Je découvre la plume de Coralie Saudo, je connaissais ses illustrations, et je trouve son écriture sensible et rythmée. Quant à Emna, c’est aussi une découverte, je vais la suivre de près… Bref, deux jolies découvertes en un album très réussi !

Quelques pas de plus en découvrant les billets de chacune :

Celui de Sophie ici 

Celui de Carole   

Celui de Drawoua Ici

Lecture commune: Never sky

Rossi Veronica - Never sky

Il était une fois un Grand Arbre. Un Grand et beau Arbre, qui n’avait qu’un an, mais au pied duquel quelques lecteurs, plus ou moins âgés lisaient, partageaient, échangeaient, débattaient, écrivaient … Un beau jour ils organisèrent un échange de colis, de cadeaux entre eux. Et dans celui que Nathan envoya à Pépita, puisque le thème était « Sans toi, je n’aurais pas lu… », il y eut une dystopie. Une dystopie parce que Pépita n’en est pas fan, une dystopie parce que pourtant, c’est un genre en vogue ! Cette dystopie parce que Nathan l’avait adorée, parce qu’elle l’avait touché. Après plusieurs semaines d’organisation, de discussion, après le départ de notre chère Dorota, après toutes ces feuilles qui sont tombées de l’Arbre, nous vous livrons notre débat sur ce roman pour adolescents qui a conquis Nathan et a laissé quelques-uns de ses acolytes mitigés.

Nathan : Comment résumeriez-vous l’univers de Never sky et son incipit en quelques mots ?

Pépita : En quelques mots ? J’avoue que j’ai eu beaucoup de mal à entrer dans cet univers au début… et puis, j’ai persévéré et j’ai finalement trouvé un intérêt certain à cette lecture…mis à part l’écriture que je trouve assez limitée.

Never sky, c’est un univers futuriste pas très glamour à vrai dire : une Unification a tout bouleversé et le monde se divise entre les Sédentaires qui vivent dans des capsules où tout est programmé et les Etrangers, ceux restés à l’extérieur et dont le quotidien se résume à la survie la plus élémentaire sous un ciel tempétueux et criminel.

Kik : Le monde a subi de grands changements. Il y a ceux qui vivent à l’intérieur de bulles de verre aseptisées, et les autres du dehors. Normalement il n’est pas sensé y avoir de contact entre le dedans et le dehors. Qui est sûr d’ailleurs que des humains puissent survivre à l’extérieur ? L’air n’est pas respirable, le ciel est menaçant. Enfin c’est ce qu’Aria croit. Elle voit le monde à travers un SmartEye qui déforme la réalité, mais ça elle ne le sait pas encore. Chapitre après chapitre, les points de vue d’Aria et de Pérégrine s’alternent, on découvre peu à peu, le dedans mais aussi le dehors.

Dorot’ : Moi, j’aime beaucoup la dystopie, donc déjà le résumé m’a attirée immédiatement. Kik et Pépita ont très bien raconté l’essentiel. J’ajouterais juste, qu’Aria voit le monde complètement irréel, vu que grâce à son SmartEye c’est dans des décors virtuels qu’elle évolue la plupart du temps. La confrontation avec le monde extérieur sera bien mouvementée…

Kik : il y a un point que j’ai beaucoup aimé dans ce roman: l’exploitation des cinq sens. Le roman se démarque d’autres dystopies sur ce point. Tout un pan de l’histoire est axé sur les capacités sensorielles des personnages. Les « descriptions sonores et olfactives » m’ont particulièrement plu.

Pépita : Oui moi aussi, j’ai trouvé que ça donnait une autre dimension à l’histoire.

Nathan : Du coup, vous parlez de ces descriptions, qu’avez vous pensé du style de l’auteur (qui semble donc être celui du traducteur …) ?

Petit commentaire du traducteur sur le blog de Dorota Merci de reconnaître et d’apprécier le travail des écrivains de l’ombre que sont les traductrices et les traducteurs.
La difficulté chez Veronica Rossi, c’est la « sécheresse » du style narratif parfois carrément elliptique ; il faut donc mettre du liant, étoffer un peu parfois, sinon c’est indigeste en français. Les éditrices et moi-même nous l’avons constaté et avons tâché d’y remédier. Par ailleurs, on m’a reproché ici et là sur les blogs l’absence de négations dans les dialogues, j’en ai donc tenu compte. Quant à Tahereh Mafi, on a affaire à un style original, souvent métaphorique, délirant, qu’il faut pouvoir rendre en VF et la tâche n’est pas toujours aisée, je dois l’admettre. Cela dit, dans le 2e tome de la trilogie Insaisissable (Ne m’échappe pas / Unravel Me), que j’ai quasiment fini de traduire, il y a davantage d’action, moins de métaphores abracadabrantes, même si le monologue intérieur de Juliette demeure omniprésent.
Merci de faire vivre les bouquins au fil de vos passions et de vos chroniques.

Kik : Personnellement, je trouve que ce roman est bien traduit. Le style de l’écriture m’a plu. L’alternance des différents narrateurs est une construction de roman qui attire toujours mon attention. On ressent bien les différents points de vue.

 Comme je l’ai dit précédemment, les descriptions olfactives, visuelles, auditives tiennent une place importante dans l’histoire , surtout dans la deuxième partie. Les sensations sont très bien retranscrites.

Pépita : J’ai eu du mal au début avec ce style d’écriture. Puis, rapidement, l’histoire prend le pas. Et j’ai passé outre le style qui n’est pas franchement littéraire. Comme Kik, j’ai beaucoup aimé les aspects sensoriels. Ils apportent une autre dimension, plus humaine je dirai. Mais dans le fond, les ressorts de cette histoire restent assez classiques.

Kik : Je suis d’accord avec Pépita. Ce roman n’est pas le meilleur du genre, il n’a rien inventé d’exceptionnel, mais il a ce petit quelque chose en plus qui m’a plu.

Nathan : J’ai pourtant trouvé ce style d’écriture très poétique, et il m’a totalement séduit … toujours est-il que nous sommes d’accord : il y a ce « petit quelque chose en plus » qui est apporté par les sens … mais ceux-ci se mêlent directement, en plus de la dystopie, à une pointe fantastique assez inédite avec des pouvoirs que les personnages développent ! Vous avez aimé ?

Pépita : Oui, c’est ce qui m’a permis de trouver un intérêt supplémentaire à ce livre et me donne envie de découvrir la suite.

Kik : Comme Pépita, j’ai aimé au point de souhaiter lire le tome 2. On verra ce qu’il nous réserve et si je continue de suivre l’aventure Never Sky !

Nathan : Et les personnages ? Vous en dites quoi ? Charmées par Aria, la jeune-fille qui veut croire en la société dans laquelle elle vit ? Séduites par Perry, le ténébreux et jeune homme ?

Pépita : Perso, j’ai été charmée par les deux ! Quoiqu’Aria soit assez froide au début du roman…Avec Perry, elle s’épanouit, accepte de lâcher prise et elle devient en quelque sorte plus humaine. Quant à Perry, il m’a plu de suite … il est intègre, intelligent, courageux, sûrement beau, bref, l’exemple même du type qui ne peut que séduire !

Kik : personnellement ce ne sont pas les personnages, en eux-mêmes qui m’ont le plus plus dans ce roman, mais leur mise en scène, leurs interactions avec les sociétés créées. D’ailleurs l’histoire d’amour qui se met en place risque de prendre trop de place à mon goût. Affaire à suivre dans le deuxième tome.

Sortie le 26 Septembre 2013 Merci Tiboux pour la couverture !

Nathan : Et finalement … vous comptez lire la suite ? Qu’en attendez-vous ?

Kik : Même si celivre ne fut pas un coup de coeur, j’ai l’intention de lire la suite. L’univers créé m’a intrigué et plu. J’attends des révélations, une bonne construction de l’intrigue.J’espère revoir mon avis positivement. Le tome 2 sera pour moi une révélation ou une déception.

Pépita : Pourquoi pas ? Le deuxième tome dévoilera sans doute davantage sur l’histoire d’amour entre Aria et Perry, mais j’espère que l’auteur saura doser avec de l’aventure aussi.

Il faudra donc attendra la rentrée, pour voir si le tome 2 convaincra, ou non, les lecteurs de l’Ombre du Grand Arbre par de l’émotion, un peu plus d’action … et d’inventivité. De mon côté, je suis déjà séduit !

En attendant, retrouvez nos avis détaillés sur le premier tome chez Délivrer des livres, Dorota, Pépita, Kik, Nathan.

Nox d’Yves Grevet, La genèse d’un roman

Tout a commencé en novembre 2010 dans le magazine Je Bouquine avec La fille du 995.6
Puis il y a eu la parution du roman Nox, Ici-bas (Qui est le tome 1, d’une série de 2) …
Cela se termine en juin 2013, à l’ombre du grand arbre, avec Kik, Bouma, Dorot, Nathan et Drawoua ….

Programme du jour: Discussion autour du roman Nox d’Yves Grevet et de sa genèse
Chaque lecteur a entre les mains, un exemplaire du Je Bouquine en question et un Nox.
Chaque lecteur a lu l’un et l’autre.
Chaque lecteur aimerait comprendre le pourquoi du comment du lien entre les deux.
Alors on commence par discuter avec l’auteur Yves Grevet …

Bonsoir,
Merci d’avoir accepté de répondre à mes questions.
Tout d’abord j’aimerai en savoir un peu plus sur la genèse du roman Nox.
J’ai lu le récit que vous avez écrit dans Je Bouquine, où on retrouve les mêmes personnages. Etait-ce prévu de faire deux romans au moment de la publication de ce Je Bouquine ? Ou l’idée est venue ensuite ?
Pour la publication dans Je Bouquine, est-ce vous qui avez proposé votre texte, ou Je Bouquine qui vous a demandé d’écrire une histoire qui entrait dans le format de ce magazine ? ou aviez vous déjà une idée toute prête lorsque Je Bouquine vous a demandé ?
A très bientot
Cécile

Bonjour Cécile,
A la remise du Prix Tamtam Je Bouquine en 2008 obtenu pour le premier tome de Méto, la rédactrice du journal m’a commandé un roman. J’ai d’abord fini les trois tomes de Méto avant de lui répondre en lui envoyant le récit de 60 000 signes que vous avez lu. C’est le format obligatoire. L’idée de Nox est venu au cours de la rédaction du tome 2 de Méto où mon héros (dans le premier chapitre) était rendu aveugle et contraint de vivre dans le noir. Il utilisait son odorat, son ouïe mais aussi analysait les déplacements d’air. C’est cette obscurité que j’ai voulu retrouver dans le projet pour Je bouquine. A partir du noir, j’ai conçu un univers : un nuage de pollution qui bloque les rayons du soleil, une hiérarchie sociale déterminée par la quantité de lumière dont on dispose, une recherche permanente de lumière par divers procédés intégrés à la vie quotidienne etc….
Au final, j’étais content du résultat mais je m’étais trouvé « à l’étroit » dans ce format. Inventer un univers et y faire vivre une intrigue, plusieurs personnages en 60 000 signes, cela laisse quelques frustrations. Sur le blog du journal, les lecteurs réclamaient une suite ce qui pouvait signifier qu’ils trouvaient que ça manquait de développement.
Alors petit à petit, le projet a germé de pouvoir développer l’histoire et j’en ai parlé à mon éditeur qui était intéressé. C’est ainsi que Nox est né. Aussi, même si on retrouve les mêmes personnages principaux et la scène de la rencontre entre Lucen et Ludmilla, le projet en deux volumes avait d’autres ambitions. Très vite, j’ai senti qu’il s’adresserait plutôt à des ados un peu plus grands que ceux qui composent le lectorat de Je bouquine en y travaillant le thème de l’héritage et de la paternité (comment se situer par rapport à ses parents, comment devenir parent à son tour en reproduisant ou en s’écartant du schéma qu’on a vécu…) J’avais aussi envie de donner la possibilité à plusieurs protagonistes de s’exprimer, allant même jusqu’à raconter quelques scènes selon plusieurs points de vue.
Pour résumer, dans le court roman de Je bouquine, tout était en germe et demandait à s’épanouir.
Depuis, j’ai retravaillé pour Je bouquine (Des ados parfaits, janvier 2012) mais cette fois-ci, j’ai conçu mon histoire comme une nouvelle classique avec une révélation (une chute) à la fin et pour cette dernière, c’est le bon format.
J’espère vous avoir éclairée.
Cordialement.
Yves

La discussion entre les lecteurs d’À l’ombre du grand arbre peut maintenant commencer…

Que pensez vous de la genèse de ce roman ? Le fait de lire l’histoire originale dans Je Bouquine et aussi le roman final, vous a-t-il dérangé ?

Bouma: En ce qui me concerne, je n’étais pas au courant que le roman Nox prenait sa genèse dans une nouvelle réalisée pour Je Bouquine avant que tu nous en fasses part. J’ai donc découvert un univers totalement nouveau, fort passionnant et très intéressant. Maintenant que j’ai lu aussi cette nouvelle, les propos d’Yves Grevet viennent éclairer mes points d’interrogation et je suis d’accord avec lui pour dire qu’elle méritait d’être approfondie. Trop de zones d’ombres (dues à la Nox ;-)… ) restaient en suspens. Avec ce tome 1, certaines se sont déjà considérablement illuminées !
Dorot: Heureusement, j’ai lu d’abord le roman final. J’ai adoré. Ensuite j’ai lu la nouvelle . Franchement, si l’ordre de ma lecture était inversé, je ne pense pas que j’aurais envie de le lire. La nouvelle ne m’a pas touché du tout, et si je comprenais quelque chose, c’est justement grâce à la lecture du roman…

Pouvez vous résumer l’intrigue du roman Nox en quelques phrases?

Bouma: La Nox est un brouillard épais. Elle sépare le monde d’en bas de celui d’en haut. Bien sûr, en dessous l’air est parfois irrespirable, l’énergie est mécanique et les corps devenus disgracieux par les efforts. En dessous, pas de choix pour les enfants, dès 16 ans il faut reprendre le travail de ses parents pour lequel on a été formé, faire des enfants pour en avoir quelques uns qui survivent, et surtout ne pas faire de vagues. Entre la milice et les rebelles, il vaut mieux ne pas croiser leurs routes. En haut, c’est autre chose. Les gens sont aisés, la lumière et la nourriture sont disponibles sans soucis, les enfants ne là-haut n’ont pas conscience de la ville du bas.
Nathan: A cette description de l’univers, j’ajouterai que l’on suit l’histoire, principalement, de 3 personnages: Lucen, jeune-homme amoureux qui commence à ouvrir les yeux sur le monde qui l’entoure, de même pour la jeune et attachante Ludmilla, une qui vit dans les hauteurs. Le troisième point de vue est celui d’un des amis de Lucien: Gerges, un personnage fort, loyal, le mieux construit à mon sens, qui va devoir choisir entre famille et révolte.
Drawoua: J’ai commencé par lire le premier tome de Nox – après avoir lu Métoque j’ai adoré – puis j’ai lu la nouvelle. Je trouve l’effet genèse très intéressant et cela peut montrer le travail de romancier. Mais entre les deux je n’hésite pas une seconde. Le roman, le roman, le roman. Le tome 2 de Nox est arrivé dans ma boîte aux lettres, et j’ai hâte de connaître la suite. Le roman, c’est une construction complexe, la densité, les détails, un univers extrêmement particulier, un ton, un style d’écriture et de narration. Le jeu narratif est d’ailleurs très intéressant, plus que dans la nouvelle, me semble t-il. C’est comme si, bien que beaucoup d’éléments y soient, il s’agissait d’un premier jet. Aurais-je aimé lire le texte du Je bouquine en premier, cela aurait-il changé mon regard sur le roman ? Je ne sais pas.

Pour compléter les propos de Nathan, selon vous quels sont les personnages les plus importants de ce roman ? Quels personnages aimeriez-vous retrouver dans le deuxième et dernier tome de ce cycle ?

Nathan: Les personnages les plus importants sont donc, comme je l’ai déjà dit, Lucen et Ludmilla, dont la rencontre est une véritable étincelle, et Gerges, qui incarne la révolte qui commence à poindre, qui s’oppose à la loyauté et l’amour. Ce sont ces trois là que j’aimerais retrouver, et qu’on retrouvera à coup sûr … en particulier Lucen et Ludmilla, héros dont j’ai hâte de découvrir la suite des aventures !
Bouma: Comme l’a indiqué Nathan, il est évident que les trois voix choisies par Yves Grevet, précisons que chacune raconte son histoire à la première personne, sont les plus importantes. J’aurai pourtant une préférence pour le personnage de Lucen. Il est touchant dans son amour pour une fille rejetée par sa famille et dans sa confiance en l’amitié quelque soit l’origine de chacun. Il est le premier à parler dans ce roman (peut-être est-ce important ?) et nous permet de découvrir en même temps que lui les marasmes de son monde et la cruelle vérité sur l’humanité (incapable de penser à autre chose qu’à son bonheur personnel). Lucen est un personnage plein d’espoir et d’envies qui doit choisir sa place et sa voie dans ce monde qui est le sien.
Kik: En plus des trois personnages que vous avez cités, je serai contente de retrouver et de mieux connaître le personnage de Firmie, la fiancée de Lucen. Le père de Ludmilla m’intrigue également. J’aimerai savoir ce qui se trame avec cet homme. Je sens comme un noeud qui va se délier dans le deuxième tome.
Une remarque sur les personnages, plus précisément leurs prénoms, j’ai trouvé cela étrange au début puis astucieux: Les personnages vivant en-bas, on un prénom avec une lettre en moins pour les dissocier des gens d’en-haut: Luc(i)en, Ge(o)rges, Kat(r)ine. Une manière de marquer la dégradation. Perdre une lettre comme perdre un peu d’honneur ou de reconnaissance.
Drawoua: Le jeu sur les choix des prénoms de ceux d’en bas est génial. Essayez de les prononcer à voix haute. Ce n’est pas évident pour certains. Imprononçables, même, comme si on ne pouvait les appeler. Pour revenir à ta question Kik, effectivement, j’ai une plus grande sensibilité pour Lucen. Mais la narration est construite pour que le lecteur tisse des affinités avec lui. Il est sensible, il semble honnête, il essaie de s’en sortir sans corruption. La fin du premier tome appelle vivement une suite. On veut savoir ce que deviennent les personnages que l’on a suivis. Comment vont se tisser ou dénouer les liens de la petite bande des quatre amis. On sait qu’ils en sont à un âge où ils doivent effectuer des choix de vie, notamment épouser une fille avec laquelle ils devront impérativement donner naissance à leur descendance pour pouvoir rester avec, on sait aussi qu’ils ont des choix de vie et des choix politiques à effectuer. A la fn du premier tome ils sont sur le pont de le faire, ou c’est engagé.

Pensez-vous que ce roman, peut être considéré comme une dystopie ? Et d’après pour quels aspects du roman ? Sur Wikipédia, on lit au sujet de la dystopie: 

Une dystopie, également appelée contre-utopie, est un récit de fiction peignant une société imaginaire organisée de telle façon qu’elle empêche ses membres d’atteindre le bonheur. L’auteur entend ainsi mettre en garde le lecteur en montrant les conséquences néfastes d’une idéologie (ou d’une pratique) présente à notre époque. La dystopie s’oppose à l’utopie : au lieu de présenter un monde parfait, la dystopie en propose un des pires qui puissent être envisagé. La différence entre dystopie et utopie tient plus à la forme littéraire et à l’intention de son auteur qu’au contenu. En effet, après examen, nombre d’utopies positives peuvent également se révéler effrayantes.

Bouma: Tiens, je n’aurais pas du tout défini la dystopie comme ça mais plutôt comme un monde utopique qui aurait dégénéré. Mais si Monsieur Wiki le dit…
Quel qu’en soit la définition, je ne rangerais pas Nox dans les dystopies mais dans les romans d’anticipation, ou plus généralement de science-fiction. Tout simplement parce que l’on suppose qu’il s’agit du futur de notre société et que plus qu’une idéologie, j’ai eu la sensation que la Nox et les différentes strates de la société étaient liées aux machines, à leurs évolutions dans le mauvais sens. Je ne sais pas si vous êtes sur la même longueur d’onde que moi, mais beaucoup des détails qui m’ont interpellée étaient des inventions. D’ailleurs, Lucen et son père sont des rafistoleurs de métier !
Drawoua: Nox s’inscrit entre les deux définitions, le monde idéal est celui d’en haut. Mais pour qu’il fonctionne, il fallait celui d’en bas. Le hic, c’est les deux univers ne sont pas imperméables, les gens se rencontrent plus ou moins, la communication et les informations passent, notamment par la voix des gens de maison qui ont une certaine conscience des choses, comme l’incarne le personnage de Martha.
Nathan: Je suis plutôt d’avis pour la dystopie moi … il a certes l’air d’être un futur de notre propre société mais celle-ci m’a semblé « à part »… et carrément un obstacle à l’obtention du bonheur par ses habitants. Je l’associerais presque à l’uchronie, pour son ambiance, qui m’a beaucoup évoqué la période industrielle, les machines. Le roman a un côté steampunk.

Que pensez-vous de l’aspect « énergétique » de ce roman ? Les habitants du bas, doivent produire leur propre électricité pour chaque activité de la journée. Le roman commence, par une allusion au fait qu’il faut s’habituer à lire avec peu de lumière, car chaque dose d’électricité demande un effort physique de la part d’un des membres de la famille.
Bouma: Honnêtement j’ai trouvé ça réaliste et surréaliste en même temps. Les diverses inventions imaginées par Yves Grevet pour créer de l’énergie (en se basant sur la force mécanique) sont tout-à-fait plausibles… et amènent aussi un quelque chose de complètement loufoque et drôle. Le coup du cinéma par exemple où ils sont tous en sueur à la fin du film car ils ont dû pédaler pour alimenter l’appareil électrique… l’image est franchement comique !
Drawoua:Une idée géniale qui pourrait être encore plus développée. Mais elle est exposée d’emblée et fait partie des éléments essentiels qui créent et façonnent cet univers qu’est celui du BAS.
« Je pédale en écrivant pour alimenter la plaque chauffante et la petite ampoule qui éclaire les casseroles. Ici, dans la ville basse, la seule énergie dépensée est celle que nous produisons nous-mêmes à la force de nos muscles. Là-haut, chez les riches, les lampes s’allument quand on appuie sur un bouton et brillent sans qu’on s’en occupe. (…) Il y en a qui ont de la chance ».
Pour que cela fonctionne, les habitants de la ville basse sont « tous équipés de chenillettes sous les chaussures ». On peut y voir une symbolique autour du coté enferré des esclaves, travailleurs des galériens.
Nathan: Je suis d’accord avec Bouma mais surtout avec Drawoua pour le symbole qu’elle voit et car moi-même, c’est ce qui m’a déçu dans ce roman, j’ai trouvé cette idée très originale mais trop peu développée. J’ai trouvé ça dommage.

Maintenant pour finir cette lecture commune, j’aimerai savoir quelles sont vos hypothèses pour la suite de l’histoire ?
Kik: Personnellement j’ai déjà le tome 2 sur ma table de nuit. Il attend sagement que l’on finisse cette discussion, pour être dévoré. Et vous ?
Drawoua: Je ne me fais pas vraiment d’idée sur la suite de l’histoire mais je souhaite trouver dans Nox la petite note d’espoir que l’on pouvait retrouver à la fin de Méto. Malgré les deux univers complexes qu’Yves Grevet a élaboré dans ces deux séries et une certaine critique de notre société par effet de miroir que l’on sent sous-jacente tout au long des deux histoires.
Bouma: J’avais moi aussi hâte de finir cette discussion afin de me plonger dans le tome 2 (surtout que j’ai prêté le 1 à Monsieur Bouma et que vu la vitesse à laquelle il le dévore il va falloir se battre pour ce second opus…). En ce qui concerne mes hypothèses sur cette suite, je vois bien le personnage de Firmie prendre de l’importance… tout comme le père de Ludmilla. Je pense à un conflit dans le Bas qui se répercuterait dans le Haut. Deux mondes qui vont se confronter encore plus violemment et nos personnages secoués, obligés de faire des choix qui ne changeront pas seulement leur vie… Vite, vite, la suite !
Nathan: Ah là là je l’ai toujours pas lu ! Pourtant, l’histoire a déjà sacrément bien avancé, et je sens un tome 2 plein de rebondissements, d’amûûûûûûr, d’amitié, de famille … bref, tous ces thèmes qu’Yves Grevet manie avec justesse ! Et surtout ce souffle prenant et cet univers original. Je veux être surpris ! Je confirme cependant l’hypothèse d’un conflit qui se prépare … ça va être intéressant ça !

Le mot de la fin sera pour
Drawoua: Je garde la lecture du tome 2 pour mes vacances, il fera partie de mes incontournables à mettre dans la valise !

Merci à Yves Grevet d’avoir accepté de répondre à nos questions.

Nox (1), Ici-bas publié chez Syros en 2012.
Nox (2), Ailleurs publié chez Syros en 2013.

Pour aller plus loin…
La chronique de Nathan et de son jumeau 
La chronique de Kik 
La chronique de Drawoua
La chronique de Dorot
La chronique de Bouma

Martin Page nous répond…

martin page avril 2013Martin Page a étudié successivement l’anthropologie, le droit, la psychologie, la linguistique, la philosophie, la sociologie et l’histoire de l’art, avant de se lancer dans l’écriture. Auteur reconnu, Martin Page a su s’imposer dans le monde de la littérature contemporaine avec des romans pour adultes et aussi pour la jeunesse.

Il a accepté de nous parler de son roman « Plus tard je serai moi » (Le Rouergue, Doado, 2013)  et de son travail d’écrivain en particulier, pour éclairer notre lecture commune, publiée hier.

9782812604911FS

-D’où vous est venue cette idée de roman, en particulier le titre ?

Comme beaucoup, enfant, adolescent, j’ai vécu ces situations où il me semblait que j’étais plus adulte que mes parents. Je voulais parler de ce renversement des rôles qui est très courant. Je pense aussi qu’il m’importait de mettre en scène une jeune fille qui vivrait la période adolescente, en dehors des clichés habituels.  Je ne crois pas à la fameuse crise d’adolescence. Je crois en revanche à une crise des parents et de la société plus généralement, qui pèse sur les épaules des enfants qui grandissent, et qui donc par contrecoup peuvent manifester des angoisses et des douleurs, et y réagir.

Le titre n’est pas de moi. C’est mon amie qui l’a trouvé (j’en profite : elle sort son premier livre jeunesse à l’École des Loisirs cet automne, dans la collection Mouche : Apprendre à ronronner).

-Comment s’inscrit ce roman dans votre travail ?  

C’est un nouveau roman. Cela faisait longtemps que je n’avais pas mis en scène une héroïne et j’aime beaucoup ça. Je suis irrité et fatigué par les personnages féminins souvent proposés. Tout comme je suis navré par les femmes, et les hommes, de la vie réelle qui sont trop pleinement dans leurs assignations habituelles. J’aime les femmes indépendantes et féministes, je créé donc des personnages féminins qui ont ce type de personnalité. Il ne s’agit pas d’être démonstratif, mais par petites touches de composer des personnages dont l’éthique et le caractère vont à l’encontre d’un état d’esprit dominant coercitif à l’égard des femmes et des hommes.

-Quel est pour vous le lecteur idéal de ce livre ? Réellement des ados ?

Ce livre, comme mes autres livres, s’adresse à tout le monde (même un livre pour les petits comme Conversation avec un gâteau au chocolat, est lu par les adultes -et certains de mes livres adultes sont lus par des adolescents). J’ai des retours d’adolescents qui l’ont beaucoup aimé. Des adultes aussi. Evidemment, j’ai des retours d’adultes qui trouvent que ce livre s’adresse aux adultes. Je pense que ceux-ci ont oublié ce que c’est que d’être un adolescent. Les questions que l’on se pose.

-Pourquoi cet intérêt pour la relation parent / enfant ? Et cette rupture forte de la communication, surtout ?

Cela me paraît naturel  : je suis l’enfant de mes parents, et puis je veux des enfants, et donc être parent. Par ailleurs, je viens d’une famille qui a vécu des choses difficiles. Ces questions sont importantes pour moi. Parler, s’entendre, créer un espace relationnel où la communication est possible, ce n’est pas l’évidence. C’est un travail, une construction, qui nécessite une remise en cause, ou tout du moins une capacité d’évolution. Et je trouve que beaucoup de parents ne cherchent pas à parler à leurs enfants adolescents, ni à les écouter. Parce qu’ils ont peur pour eux, parce qu’ils projettent leurs désirs non réalisés, parce qu’ils ont vécu leur jeunesse à une autre époque et qu’ils ont tendance à réfléchir par rapport à leurs références. Je crois aussi que beaucoup de parents ont du mal avec la fonction même de parents, et on peut les comprendre. On y est mal préparé. Ça devrait faire l’objet de cours. On devrait en parler au collège, au lycée.

Mais ce que je dis du difficile dialogue parent-enfant est aussi valable pour le difficile dialogue dans le couple ou entre amis. Tout ça se construit et se pense. Ce n’est pas évident. Nous avons une familiarité trompeuse : enfants, parents, amis, amoureux, nous parlons la même langue. Et pourtant nous ne nous comprenons pas, nous ne nous écoutons pas. Prendre conscience que notre langue maternelle est une langue unique, individuelle, et étrangère aux autres (comme celle des autres nous est étrangère) est un pas décisif vers une entente possible. Une belle communication.

-Ce livre à destination de jeunes lecteurs est-il une façon de leur faire passer un message ?

Un message ? Je ne sais pas. J’espère surtout que les lecteurs vont éprouver du plaisir. C’est mon premier objectif. La littérature, l’art en général, est pour moi une des grandes sources de plaisir de l’existence. Et je suis très mécontent quand certains arrivent à transformer la littérature en punition et à la rendre douloureuse (j’ai des souvenirs peu agréables de profs de français qui opéraient ainsi). Certains plaisirs ont le pouvoir de nous donner à penser. Ensuite j’ai une histoire personnelle, et on n’échappe pas à soi-même, donc mes livres sont pleins de ce que je suis, de mes expériences, de mes réactions et pensées concernant ces expériences. Mon exemple, mis en scène, transformé, repensé, constitue sans doute en lui-même une sorte de message, en tout cas d’éthique.

De façon plus directe, je pense que le roman est un genre merveilleux qu’on peut nourrir de philosophie, d’éléments intimes, d’éthique, d’imagination, aussi oui il y a des choses auxquelles je crois et que je veux faire passer. Par exemple, mes personnages sont souvent obstinés et savent éviter les conflits, ils sont rusés et savent transformer leurs douleurs en énergie. Un roman est, pour moi, un allié, un objet de résistance intime, un outil pour apprendre et continuer à grandir.

-La pression parentale est-il un sujet d’actualité selon vous ?

Non, c’est commun à toutes les époques. Dans ce livre, je voulais parler aussi de la pression sociale sur les parents, qui sont très démunis pour y résister.

-Vous utilisez souvent l’humour, le second degré, … dans vos livres. Pourquoi ?

Parce que j’ai un rapport tragique à l’existence, que je lutte tout le temps contre le désespoir et la dépression. L’humour, pour reprendre Deleuze, est l’arme des minoritaires, c’est une manière de survivre à ce qui nous arrive. L’humour pour moi est indissociable de la création. Les grands artistes se servent de l’humour (Shakespeare, Cervantes).

-Dans vos romans jeunesse, les «héros» sont souvent des enfants «à part», pourquoi ?

Dans mes livres pour les adultes, les héros sont aussi des personnages « à part ».  Sans doute parce que ce sont les seuls êtres qui m’intéressent vraiment. Mais vous savez, il suffit de s’intéresser un peu à n’importe qui, et très vite on voit des failles même chez ceux qui semblent les plus intégrés.

-Vous écrivez aussi pour les adultes. Est-il plus facile ou plus difficile d’écrire en littérature jeunesse ? Avez-vous une préférence ?

Si on a l’ambition de bien faire les choses, alors, dans tous les cas, on est confronté au travail et aux difficultés. Mais c’est une bonne nouvelle que ce soit difficile, car elle est fertile. De belles choses naissent. Mes romans jeunesse sont plus courts, et leur construction plus simple, donc ils me demandent moins de temps. Mais j’y mets la même passion et la même rigueur que pour mes livres adultes.

-Quelles sont vos références littéraires en jeunesse ?

Roald Dahl. Italo Calvino : deux écrivains qui ont écrit pour la jeunesse et les adultes. Qui ont mêlé gravité et légèreté, imagination et intimité. Il faut ajouter Maurice Sendak, Ruth Krauss et Crockett Johnson, Tomi Ungerer, Edward Gorey, Christophe Honoré, Marie-Aude Murail. Il y a tellement de bons auteurs et dessinateurs.

-Avez-vous des projets en cours ?

Oui. J’ai terminé un essai sur l’écriture (pour adultes). Il devrait sortir en janvier prochain aux éditions de l’Olivier. Et j’ai commencé un nouveau livre sous pseudonyme. J’ai aussi amorcé le début d’un roman ado. Mais je m’y mettrai plus tard. Je n’arrive pas à écrire deux livres en même temps. A côté de ça je dessine et j’écris de petits livres « faits maison » inclassables et impubliables ailleurs pour adultes (je vais bientôt ouvrir un site internet pour les présenter, pour l’instant ça passe par mon site personnel). Et puis, la NRF m’a commandé une nouvelle pour son prochain numéro et je dois écrire un texte pour un festival littéraire en Finlande. Je suis bien occupé, et c’est très agréable.

Nous espérons que vous en savez davantage maintenant sur cet auteur et
nous  remercions très sincèrement Martin Page pour sa disponibilité et toutes ces réponses très éclairantes .

Pour en savoir plus :

-Le blog de l’auteur

-Sa bibliographie : en jeunesse et ses romans pour adultes