De la page à l’écran : Hugo Cabret

Pour faire suite à la discussion sur l’intérêt d’adapter des livres de jeunesse au cinéma ou en série et inaugurer une nouvelle rubrique, Linda et Lucie ont souhaité discuter de l’adaptation du roman graphique Hugo Cabret par Martin Scorsese.

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L’Invention de Hugo Cabret, Brian Selznick, Bayard Jeunesse, 2008.

Lucie : Hugo Cabret est le premier roman graphique de Brian Selznick que j’ai découvert. Je me souviens d’avoir été immédiatement conquise. Je l’avais trouvé très visuel, presque entre le storyboard et le flipbook. La maîtrise de l’alternance entre récit et images et la beauté des illustrations m’avaient scotchée.
Te souviens-tu de ta première réaction en découvrant ce livre ?

Linda : Ma découverte du roman est toute récente et ma plus grande surprise a été de constater que cet énorme pavé contenait bien plus d’illustrations que de texte. Surprise agréable, car non seulement les dessins sont magnifiques mais surtout, le procédé utilisé pour le cadrage de l’image donne l’impression de regarder un film avec ces travelling avant et arrière. C’est assez bluffant car cela rend très bien sur le papier, donne un effet très visuel comme je n’avais jamais encore vu utilisé dans un livre.

Lucie : Justement, le fait que ce roman soit si visuel rend-il l’idée de l’adaptation évidente ?

Linda : Avant de voir le film, je pensais que oui, notamment parce que l’auteur utilise des plans cinématographiques. Pourtant après l’avoir vu, j’ai trouvé que l’alternance texte-images, qui m’avait vraiment plu à la lecture, apportait quelque chose de plus que le film qui ne peut que jouer sur l’image. Le texte devient le jeu des acteurs et des dialogues. Quelque part je trouve que cela appauvrit l’histoire.

Lucie : C’est sûr que le cinéma ne peut pas jouer sur cette alternance texte-image. Ou alors avec une voix off, mais cela alourdi considérablement le film.
Mais comme la quête d’Hugo l’amène à Georges Méliès, j’ai trouvé que la version cinéma apportait un vrai « plus » à ce niveau-là, avec des extraits des films originaux en couleurs. Une véritable plongée dans l’histoire du cinéma, puisque la plupart des spectateurs ne connaissent pas cet artiste.
Et, en parallèle, j’ai apprécié le flashback mettant en scène Méliès réalisant ses films. Cela permet de voir comment se faisaient les effets spéciaux (déjà !) à l’époque.
Il me semble que c’est aussi un clin d’œil au travail du cinéaste, clin d’œil accentué par le caméo de Scorsese qui photographie Méliès et sa femme devant leur studio !

Martin Scorsese en photographe dans Hugo Cabret

Linda : Il est certain que l’histoire étant celle de Méliès, le support cinéma apporte forcément quelque chose. Bien que le livre apporte également un témoignage intéressant et propose quelques photogrammes (photos issues d’un film), ce n’est pas la même chose.

Lucie : Les illustrations du livre sont en noir et blanc, avec de très forts contrastes. Martin Scorsese aurait pu faire le choix de conserver ce parti pris (ses premiers courts-métrages et son premier film Who’s That Knocking at My Door sont en noir et blanc), mais il a fait le choix de tourner en couleurs. Je dois dire que si le noir et blanc va très bien avec l’histoire dans le livre, j’étais contente que le film soit en couleurs. Cela apporte de la lumière. Parce qu’entre le deuil, la solitude et le danger permanent, le livre est tout de même assez sombre. 
Et toi, qu’as-tu pensé de cette couleur et des changements entre le livre et le film ?

Linda : Oui, c’est un très bon choix d’autant que les rétrospectives et autres flashbacks sont en noir et blanc. Cela encre d’avantage l’histoire dans le présent du récit et permet de mettre l’accent sur deux époques différentes : celle de Méliès et celle de Hugo. Je suis d’accord avec toi pour dire que l’histoire aborde de nombreux thèmes assez sombres mais je trouve qu’il y a quand même de la lumière au fil de l’histoire. La rencontre d’Hugo avec Isabelle en est un bel exemple. Sa spontanéité, sa joie de vivre et sa témérité attirent Hugo comme une lumière dans la nuit attire un papillon.
Pourtant Martin Scorsese a choisit de transformer la personnalité d’Isabelle, comme si elle n’était pas assez lisse et proprette, pas assez sage pour une fille. Je trouve ça dommage et cela va à l’encontre des idées féministes de notre époque. De fait, Isabelle n’apporte plus grand chose à Hugo ou à l’histoire, elle devient juste un faire valoir au héros masculin. C’est quelque chose que j’ai trouvé assez dérangeant en fait… 
Que penses-tu de ce choix ?

Lucie : Je suis d’accord, le personnage d’Isabelle est plus lisse. Mais il me semble que celui d’Hugo aussi. Dans le livre, il est vraiment sur la défensive, beaucoup plus agressif que dans le film.
Je me dis que Scorsese ayant fait ce film pour sa fille, lui dont les films sont habituellement si violents (violence tant physique que morale), il a peut-être voulu adoucir les personnages et les rendre plus “aimables” ? Mais je suis d’accord avec toi, j’aime quand les personnages ont plus d’aspérités, y compris les enfants. C’est ce qui les rend intéressants.
Je pense que l’on rejoint ici ce que nous disions dans notre discussion sur les adaptations : l’intrigue et les personnages sont simplifiés parce que le support laisse moins de temps pour les installer et que l’enjeu financier implique de plaire au plus grand nombre.
Cela dit, je trouve que le personnage d’Isabelle garde son rôle principal : celui de réparer le lien entre Hugo et les autres humains, son histoire personnelle l’ayant rendu particulièrement méfiant.

J’aime beaucoup ce motif de la réparation, justement, qu’on retrouve tant dans le livre que dans le film : concrètement il s’agit de réparer des objets (Hugo avec son automate, Méliès avec les jouets cassés) mais les rencontres vont permettre de réparer des liens et des injustices. J’ai trouvé cette métaphore plutôt jolie.

Linda : C’est vrai que c’est joli !
Le temps est également un élément majeur de l’histoire. Déjà parce que Hugo s’occupe de l’horloge de la gare mais aussi parce qu’au travers de son histoire personnelle il est question du temps qui passe et, par association avec la “réparation” dont tu parles, du temps qui aide à panser les plaies et les blessures. A l’inverse de Méliès, qui a vu sa vie basculer quand il n’a pas su suivre les progrès du cinéma, restant figé dans une forme d’art et une époque révolue, Hugo, lui, tente de reconstruire son passé (le pantin) pour redonner sens à son présent et, par extension, à son avenir.

Hugo Cabret, Martin Scorsese, 2011.

Lucie : Ta réflexion sur le temps est très intéressante : temps concret avec les multiples horloges et temps subjectif qui permet d’avancer et d’envisager l’avenir.
J’aime aussi l’idée que les deux personnages se réparent l’un l’autre : Hugo en permettant la reconnaissance du travail de Méliès (qui a vécu une longue « traversée du désert ») et Méliès et sa femme en offrant (enfin !) un lieu de vie stable et aimant à Hugo.
Il y a aussi une dimension patrimoniale dans cette reconnaissance. Scorsese étant un excellent connaisseur (et ardent conservateur) de l’histoire du cinéma, cette thématique prend tout son sens.
Cela compense un peu la quasi éviction du libraire, bien plus présent dans le livre. Comme si chaque support mettait en avant son patrimoine, les deux se complétant.

Georges Méliès devant son magasin de jouets.

Linda : Il y a eu une reconnaissance de l’œuvre de Méliès, mais elle est essentiellement posthume. Il a été décoré de la légion d’honneur par Louis Lumière quelques années avant sa mort. Et puis il ne faut pas oublier Henri Langlois, créateur de la Cinémathèque française, qui a sauvé une partie de ses films. Avec ce film, Scorsese participe aussi à cette reconnaissance…
Je vois aussi un lien entre la façon qu’a Hugo d’observer le monde, à la manière d’un cinéaste peut-être, à travers des petits trous, des fentes dans les murs… Une façon pour lui d’être observateur d’un monde dans lequel il n’a pas vraiment sa place, mais aussi et surtout de se protéger, assurer ses arrières pour éviter de perdre la liberté. Là encore le travail d’illustrations du l’auteur joue avec les codes du cinéma et Scorsese reprend ça très bien dans son film.

Hugo observe Méliès et Isabelle.

Lucie : On peut d’ailleurs y voir une mise en abime : Hugo prend la place de l’auteur et du réalisateur, qui observent, s’inspirent et « commentent » les comportements des gens qui les entourent.

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Et vous, avez-vous lu / vu Hugo Cabret ? Qu’avez-vous pensé de ce roman graphique et de son adaptation ?

Coups de coeur de septembre

La rentrée est passée, le froid s’installe déjà – trop tôt !
Heureusement, A l’ombre du Grand Arbre, nous avons quelques coups de cœur à partager… Pour faire durer le beau temps ou nous préparer à affronter l’automne !

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Lucie a découvert la collection “Court Toujours” de Nathan avec un certain plaisir. Défi lancé à de grands noms de la littérature jeunesse : écrire un texte court (à lire ou à écouter en moins d’une heure), adapté au mode de vie des 18-25 ans. Ces romans sont disponibles en format papier mais aussi numérique et audio.
Pour le moment, ses “chouchous” sont J’entends des pas derrière moi de Jo Witek et Miettes (humour décalé) de Stéphane Servant.

Son avis sur J’entends des pas derrière moi, Miettes (humour décalé) et Tu reverras ton frère.

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Hasard de calendrier, c’est aussi ce mois-ci qu’elle a lu la suite de deux romans coup de cœur mettant en scène des animaux.
D’un côté, Jefferson fait de son mieux, “suite” de Jefferson, par Jean-Claude Mourlevat. Et quel plaisir de retrouver le petit hérisson, enquêteur malgré lui pour sauver l’une des “Ballardeau” embrigadée dans une secte ! Humour, aventures et réflexion sur la détresse face à la solitude. Un très beau roman.

Jefferson fait de son mieux, Jean-Claude Mourlevat, illustrations d’Antoine Ronzon, Gallimard Jeunesse, 2022

Retrouvez les avis d’Isabelle, Linda, Théodore (chez la Collectionneuse de papillons) et Lucie sur le premier tome, et ceux d’Isabelle et de Lucie sur le second.

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De l’autre, Pax, Le chemin du retour, suite de Pax et le petit soldat de Sara Pennypacker. Le premier tome ayant laissé un goût d’inachevé malgré sa grande qualité, suivre les traces de Pax et Peter, chacun de leur côté, est un soulagement. L’occasion aussi de répondre aux questions restées en suspens : Pax oubliera-t-il Peter ? Saura-t-il se débrouiller dans la nature ravagée par les conflits des hommes ? Comment Peter fera-t-il face à la disparition de son père ? Une reconstruction sera-t-elle possible suite à tous ces drames ?
Un roman sur l’amitié et le deuil, dans lequel l’écologie tient une place primordiale.

Pax, Le chemin du retour, Sara Pennypacker, illustrations de Jon Klassen, Gallimard Jeunesse, 2022.

Retrouvez les avis de Linda, d’Isabelle et Liraloin sur le premier tome, et celui de Lucie sur le second.

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Pour Liraloin, il était une fois une belle histoire : celle de Berta Hansson. Un album aux magnifiques illustrations relatant l’enfance de cette artiste-peintre suédoise.

L’oiseau en moi vole où il veut, Sara Lundberg, La Partie, 2022

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Pour Linda, la visite de cette maison hantée s’est faite les yeux pétillants de plaisir à la recherche de petits fantômes cachés sur des feuilles de papier calque qui jouent sur la transparence et l’effet de superposition pour créer des éléments de surprise.

Cette maison est hantée de Oliver Jeffers, kaléidoscope, 2022.

Son avis complet est à lire ICI.

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Et puis il y a ce premier roman de Ninon Dufrénois, véritable ode à la famille qui véhicule de si belles valeurs familiales. Le texte est touchant, l’histoire est une grande aventure, l’ensemble donne un récit “première lecture” poétique pour toute la famille.

Rosalie de Ninon Dufrénois, illustré par Julien Martinière, VoceVerso, 2022.

Critique complète de Linda.

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Isabelle a ri toute seule en dévorant le nouveau roman de Clémentine Beauvais, Les Facétieuses. Un roman déguisé en enquête (à moins que ?) sur les traces du jeune Louis XVII et surtout de sa marraine la bonne fée : comment a-t-elle pu l’abandonner à son sort atroce ? L’enquête nous conduit de librairies confidentielles en placards secrets du château de Versailles, recoins parisiens et farouches bibliothèques. Vers des mondes insoupçonnés où frémissent la limonade à la rose et les plumes de paon, peuplés d’historiens féministes ou réactionnaires, de brocanteurs et même de gardes de la couronne britannique. On rit beaucoup mais on n’en découvre pas moins d’où viennent les inégalités d’hier et d’aujourd’hui ! C’est complètement foisonnant et fantaisiste, mais d’une logique imparable : on brûle de connaître le fin mot de l’histoire. 

Les Facétieuses, de Clémentine Beauvais, Sarbacane, 2022.

Son avis complet ICI

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Et en BD, Isabelle et ses moussaillons ont adoré se lancer dans un périple avec mille dindes dans le Far West de 1860, grâce à l’adaptation BD du roman La longue marche des dindes par la talentueuse Léonie Bischoff. Simon Green compte bien faire fortune en conduisant un convoi de mille volatiles jusqu’à la ville florissante de Denver où on se les arrache pour au moins cinq dollars pièce. Seul détail, le chemin de fer n’existe pas encore et le voyage de 1000 km devra donc se faire… à pied. Aventures, rencontres et découverte de soi dans une Amérique peuplée de chercheurs d’or et d’Indiens, de brigands et d’exploiteurs d’esclaves, de fermiers affamés et de chasseurs de bisons. Les illustrations sont colorées, pleines de mouvement et d’expressivité. On glousse de plaisir !

La longue marche des dindes, de Léonie Bischoff (adapté du roman de Kathleen Karr), Rue de Sèvres, 2022.

L’avis d’Isabelle et celui de Lucie.

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Bien que très différentes, les deux lectures coup de cœur de Blandine ont des thèmes similaires, et l’ont beaucoup émue.

La Baleine la plus seule au monde. Kim CRABEELS et Sebastiaan Van Doninck. Alice Jeunesse

Ce très bel album lie deux solitudes. Celle d’une petite fille, Lila, qui se trouve en bout de monde. En attendant sur son phare son papa océanographe parti en aventures pour oublier et combler, elle collectionne les coquillages.
Et celle d’une baleine esseulée par sa différence acoustique.
Un récit métaphorique et magnifiquement illustré sur le deuil, la différence et l’amitié, basé sur une histoire vraie, et qui, forcément, fera écho.

La nuit où les étoiles se sont éteintes. Nine GORMAN et Marie ALHINHO. Albin Michel, 2021

Finn, ado rebelle et cabossé, débarque à la Nouvelle-Orléans chez son oncle maternel qu’il ne connaît pas. Il ne le sait pas encore, mais ce sera pour lui, après avoir connu et en affronter d’autres, l’occasion de se (re)construire, d’avoir un but dans la vie ainsi que des amis. Une bande de potes extravagante, parfois agaçante, mais finalement toujours présente. Et l’amour, aussi inattendu que soudain.

La nuit où les étoiles se sont éteintes est un roman qui emporte et émeut. Beaucoup de thèmes s’entremêlent entre quête identitaire et initiatique, amitié et amour, sexualité et homosexualité, parentalités plurielles, violences et (re)construction, deuil et avenir… C’est beau, c’est juste et c’est fort!

L’avis de Blandine ICI.

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Colette s’est plongée dans la magnifique BD de David Sala, intitulée Le Poids des héros. L’auteur explore son enfance mais à l’aulne de ce que ses grands-pères, héros de guerre et de résistance, ont laissé comme empreintes indélébiles dans les récits qui se transmettent de générations en générations. Et c’est non seulement à un voyage à travers l’histoire d’une famille que l’auteur nous invite mais aussi à un fabuleux voyage à travers la couleur et l’imaginaire. Les images de Sala sont lumineuses même quand elles abordent cette histoire parfois méconnue de ce côté des Pyrénées, celle de la dictature de Franco, de l’exil des Républicains espagnols en France, du camp de concentration d’Argelés-sur-mer…

Le Poids des héros, David Sala, Casterman, 2021.

Vous pourrez feuilleter la BD par ici pour vous faire votre petit avis avant d’aller l’emprunter dans la médiathèque la plus proche !

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Et vous, quels sont les coups de cœur de votre rentrée ?

Entretien avec Guillaume Chansarel

Guillaume Chansarel, dit Guiyome, est un artiste français qui peint de très grands paysages urbains sur des toiles recouvertes de pages de livres. Depuis longtemps, il portait en lui le personnage d’Ange Ségur. Ayant décidé de lui donner vie, dans un roman jeunesse, il nous a proposé de le découvrir.

Intriguées tant par sa démarche artistique que par son passage à l’écriture, nous avons décidé de lui poser quelques questions auxquelles il a gentiment accepté de répondre.

source : artistics.com

Vous souvenez-vous de ce qui vous a amené à peindre sur des pages de livres ?

J’ai toujours crobardé sur des petits carnets, notamment lors de mes voyages, et j’ai toujours recherché des papiers originaux. Des papiers qui aient une matière et une teinte.
J’aime ajouter moi-même le blanc et l’utiliser comme une couleur.
Un jour, n’ayant rien d’autre sous la main qu’un vieil ouvrage imprimé, j’ai commencé à dessiner directement sur le texte, comme s’il s’agissait d’un support vierge.
L’interaction avec l’encre de chine m’a immédiatement séduit. Je suis rapidement passé aux grands formats pour approfondir cette technique, qui ne cesse d’évoluer depuis.

Est-ce qu’en utilisant des pages de livres comme support vous considérez que vous leur offrez une seconde vie ?

Lors de ma première exposition, en 2001, il y avait pas mal de réflexions sur le fait que je détériorais les livres. Aujourd’hui 20 ans plus tard, tout le monde, instinctivement, y voit une démarche écologique de recyclage…

Récup, Guillaume Chansarel, 2012.

Comment choississez-vous les livres sur lesquels vous peignez ?

Je choisis mes livres non pas en fonction de leur thème, mais de leur papier ; la qualité de leur patine et de leurs caractères d’imprimerie. Je discerne, avec l’expérience, ceux qui me permettront d’appliquer au mieux ma technique.
Cependant certains livres me surprennent encore et me forcent à m’adapter. Les matières et les gris colorés changent d’une exposition à l’autre.

Récemment, afin de répondre à une commande grand format d’un architecte, j’ai recherché et travaillé sur un vieux dictionnaire qui traite de l’histoire de Paris.

Arches Landscape, Guillaume Chansarel, 2019.

Comment vivez-vous le fait que quelqu’un puisse peindre sur votre livre dans quelques années ?

Je n’ai pas réfléchi à l’idée que quelqu’un puisse peindre sur Ange Ségur… Il faudrait que je lui en parle ! 🙂

Est-ce qu’en avoir écrit un vous-même a changé votre rapport aux livres ?

C’est uniquement pendant la phase d’écriture que mon rapport aux livres a changé. Difficile de se laisser embarquer dans une histoire sans essayer de savoir comment c’est fichu. Sans chercher à tout décortiquer… Fort heureusement, après, c’est passé.
Mais je suis encore plus admiratif aujourd’hui lorsque je tombe sur une formule qui fait mouche !

Quand on vit déjà de son art, qu’est-ce qui pousse à se “mettre en danger” en s’essayant à un autre support d’expression ?

La mise en danger, c’est tout le paradoxe de la création. Vitale, mais potentiellement destructrice. « Créer, c’est vivre deux fois », disait Camus.
Je ne me sens jamais aussi vivant que lorsque je crée. Et rien à part cette « rencontre » avec Ange ne m’a porté aussi haut. C’est quelque chose d’inexplicable.
La vraie mise en danger serait de renoncer à cela.

L’écriture et le dessin sont les deux modes de communication graphique de l’être humain. De ce fait, je pense qu’il y a, au-delà de l’aspect pictural, quelque chose d’universel et de rassurant dans mes peintures. Peut-être un écho aux romans illustrés de notre enfance ? …

Un exemple des illustrations d’Ange Ségur

Comment est né le projet Ange Ségur ?

Je ne sais pas exactement… Je crois qu’il toquait à ma porte depuis longtemps, et qu’il fallait juste que je lui ouvre.

Ange Ségur, Guillaume Chansarel, Imprimerie solidaire, 2022.

De quel manière le partenariat avec le Secours Populaire est-il apparu ?

Comme une mise en abime, comme si Ange, par un lien direct avec son histoire, avait dégagé la voie et m’avait montré le chemin, j’ai décidé de reverser les bénéfices au Secours Populaire : un coup de fil, une rencontre, des sourires, une évidence, et voilà le logo du SPF apposé aux côtés d’Ange Ségur.
Chose incroyable, le logo du Secours Populaire, c’est une main tendue qui vole… avec des ailes d’ange !

Quels sont vos prochains projets ?

Je suis en train de travailler sur ma prochaine exposition, mais pour tout vous dire, je viens de recevoir un mail d’une certaine A.S., qui est visiblement quelque part à New-York…

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Merci à Guillaume Chansarel pour sa disponibilité et son enthousiasme !

Vous pouvez vous procurer ce roman sur le site dédié, retrouver Ange Ségur sur Instagram.

La lecture d’enfant de Théo est ICI, et le site du Secours Populaire LA.

Lecture d’enfant # 41 : Ange Ségur

Guillaume Chansarel a gentiment proposé aux arbronautes de découvrir Ange Ségur, son premier roman jeunesse.

A peine était-il arrivé que Théo, 10 ans, s’en est emparé. Il faut dire qu’entre les illustrations pleines de vie, le personnage de son âge et l’histoire qui tourne autour de l’entrée au collège, il s’est senti concerné !
Et il a eu envie de partager ses impressions.

Ange Ségur, Guillaume Chansarel, Editions Du Cerny, 2021.

Peux-tu résumer l’histoire ?

C’est l’histoire d’Ange Ségur qui va rentrer en 6ème. Ses deux meilleurs amis vont dans le même collège, et Ange dans un autre. Ce roman raconte comment ça se passe dans son nouveau collège.

Qu’est-ce qui t’a donné envie de lire ce livre ?

Guillaume Chansarel a proposé de l’envoyer par un commentaire sur le blog A l’ombre du grand arbre. En attendant de le recevoir, on a regardé ce qu’il faisait dans la vie et j’ai adoré ses tableaux. Ça m’a donné envie de découvrir son livre.

Pourquoi as-tu choisi de parler de ce livre ?

J’ai trouvé qu’il était bien écrit et très différent de ce que j’ai l’habitude de lire. L’histoire est inhabituelle, on ne trouve pas des livres comme ça dans la bibliothèque au coin de la rue.

Qu’as-tu aimé dans ce livre ?

Il y a de l’aventure et beaucoup de rebondissements. Les personnages sont sympas, ils ont du caractère ! Il y a beaucoup d’imaginaire, c’est un peu fantastique.
J’ai aussi aimé que l’auteur joue avec le livre : il y a une fausse fin, les illustrations sont soi-disant des dessins réalisés par Ange, il y a un flip book en bas des pages…
Ange parle vraiment comme un enfant de 10 ans, il y a de l’argot et du verlan.

Parle-nous un peu d’Ange, qu’as-tu pensé de ce personnage ?

Il fait quand même pas mal de bêtises. Il est imprévisible et prend de mauvaises décisions. Mais c’est pour être gentil !
C’est un personnage plein d’énergie qui passe son temps à courir et à sauter. Il a tout le temps des idées, et est très créatif. Ange adore les super-héros et les comics. Ça m’a plu.

Peux-tu présenter les autres personnages ?

J’ai trouvé ses camarades de collège très désagréables. Ses parents sont vraiment sévères alors qu’ils ne sont pas très présents. Heureusement, Ange va rencontrer Joey, un SDF, et ils vont devenir amis.

A qui conseillerais-tu ce livre ?

Je le conseillerais à toute personne qui aime la BD, les super-héros et les histoires pleines de rebondissements.

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Merci Théo d’avoir partagé ton coup de cœur ! Vous pouvez retrouver Ange sur Instagram (@ange.segur) et vous procurer son roman depuis le 20 septembre sur le site dédié. Tous les bénéfices sont reversés au Secours Populaire.

ALODGA s’engage – aux cotés d’Handicap International pour parler du handicap

Ce samedi 24 septembre aura lieu dans plusieurs villes de France la fameuse pyramide de chaussures de l’ONG Handicap International.
Sous le Grand Arbre, nous avons décidé de saisir l’occasion pour vous proposer une sélection pour parler du handicap aux enfants.

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Cécité

L’histoire d’Helen Keller aurait pu figurer dans plusieurs catégories. En effet, cette petite fille est née en 1880 sourde, muette et aveugle. Enfermée dans ce qu’elle appellera sa “prison”, elle ne parviendra à s’ouvrir au monde que grâce à la patience et à la ténacité de son institutrice, Ann Sullivan. Celle-ci saura éveiller la curiosité de sa petite protégée qui deviendra un modèle par son engagement. Un témoignage extrêmement touchant.

L’histoire d’Helen Keller, Lorena A. Hickok, Pocket, 1998.

L’avis de Lucie.

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Rien que la douceur qui émane de cette couverture, Les yeux fermés, invite à la découverte des sens.  A travers une mélodie jouée par son ami imaginaire ( ? ) Moe, Lily entend les cris plaintifs d’un jeune lapereau perdu. C’est en écoutant et fermant les yeux que Lily invite son ami à deviner le froissement d’une fleur qui éclot ou le friselis des blés dans un champ. Quelle belle poésie écrite par Catherine Latteux mis en images par Célina Guiné. Des illustrations douces, soignées, imprégnées de légèreté tel que le son si subtil que Lily peut attendre.

Les yeux fermés, Catherine Latteux et Célina Guiné, d2eux, 2020

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Du haut de mon cerisier est l’histoire de Mafalda, une fillette porteuse de la maladie de Stargardt, une maladie génétique rare qui entraîne une cécité progressive. L’auteure, atteinte de cette même maladie, nous livre un récit fort émotionnellement porteur d’un très beau message d’espoir. Mafalda est entourée de personnes bienveillantes qui l’encouragent à chercher ce qu’elle pourrait gagner plutôt qu’à ne penser qu’à ce qu’elle va perdre.

Du haut de mon cerisier de Paola Peretti, Gallimard Jeunesse, 2019.

Les avis d’Isabelle, de Linda et de Lucie.

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Thomas est un petit garçon pas tout à fait comme les autres puisqu’il ne voit pas. Mais cela ne veut pas dire qu’il n’a pas de ressenti, ni que les noms des différentes couleurs sont vides de sens pour lui. Chacune lui évoque un fruit, une sensation (une plume, craquèlement des feuilles mortes), une odeur (pluie, fraise), la météo (soleil, orage), … Mais celle qu’il préfère est le noir, car elle le rassure et lui rappelle sa mère.

Le livre noir des couleurs. Menena Cottin et Rosana Faria. Rue du Monde, 2007

Album au format à l’italienne, tout en noir, il est réhaussé de vernis sélectif pour un rendu tactile délicat. Son texte empreint de poésie est écrit en braille puis en mots blancs. Une petite biographie de Louis Braille le referme pour donner envie d’en savoir plus.

L’avis de Blandine ICI.

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Surdité

Shoko est née sourde ; même appareillée, elle peine à saisir les conservations. Par ailleurs timide et réservée, elle devient une cible facile pour sa classe qui la persécute physiquement et psychologiquement. Shoya, instigateur du harcèlement sera accusé comme seul bourreau quand la famille de la jeune fille portera plainte et la changera d’école. Ils se retrouvent des années plus tard… A Silence Voice aborde la difficulté d’intégration des enfants handicapés dans le milieu scolaire. L’auteure dénonce ce comportement en faisant du bourreau la victime. Se faire pardonner sera son chemin de rédemption et pour cela, il tentera de comprendre la différence de Shoko et de se rapprocher d’elle en pénétrant les mystères de son monde silencieux.

A Silent Voice (7 tomes) de Yoshitoki Oima, Ki-oon, 2015/2016.

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Leur rencontre fait partie de ces événements magiques qui subliment nos déambulations littéraires. Qu’est-ce qu’un cambrioleur de 21 ans et une jeune orpheline atteinte de surdité pourraient avoir en commun ? Le sentiment d’être désespérément seuls et différents, de voir leur destin dérailler et leur échapper. Chez Victor, on est braqueur de père en fils, mais lui est irrémédiablement gentil, sensible et… honnête. Yazel, d’une lucidité et d’une détermination déconcertantes pour son âge, perçoit un décalage désespérant avec les autres collégiens et surtout avec sa tante qui s’efforce de faire d’elle une jeune fille exemplaire. Ces deux destins qui s’entrechoquent font immédiatement des étincelles (le plus effrayé des deux n’étant pas celui qu’on croit…), déclenchant une grande vadrouille à travers l’Europe, en direction de la Bulgarie et du lac Pancharevo. Les répliques ciselées sont truffées de chouettes références littéraires. Un très joli roman qui ouvre une fenêtre sur le vécu de ceux qui n’entendent pas, le temps d’une cavale poétique et mouvementée.

Nos mains en l’air, de Coline Pierré, Le Rouergue, 2019.

L’avis d’Isabelle

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Un nouveau venu intègre la classe de Victoria. Il s’appelle Manolo, il vient de Malaga en Espagne, et il est sourd. Si la maîtresse maîtrise la LSF (que signe Manolo) et si Victoria est enchantée de l’apprendre, comme tout ce qui a trait à lui, ce n’est malheureusement pas le cas des parents d’élèves qui s’inquiètent du potentiel retard pris par leurs enfants en raison du “handicap” du nouveau. Victoria trouve le moyen de sensibiliser les enfants, puis eux leurs parents ensuite, à la surdité, pour chasser leurs idées reçues ou peurs, et accepter la différence comme un enrichissement mutuel.

Sandrine Beau nous livre ici un texte sensible sur la surdité, ses conséquences sociales et la dureté du monde à l’encontre de la différence. Pour autant, le récit est empreint d’humour et de clins d’œil, et les passages difficiles s’alternent avec ceux, de la vie de famille de Victoria, qui apportent souffle et légèreté. Tout comme les illustrations colorées de Gwenaëlle Doumont.

Le garçon qui parlait avec les mains. Sandrine BEAU et Gwenaëlle DOUMONT. Alice Editions, 2015

L’avis de Blandine ICI.

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Handicap physique

L’histoire de Camille, cette fille née sans bras qui doit se faire une place dans un nouveau collège, aurait pu être poignante. Mais Valentine Goby en a fait le récit solaire de la manière dont une différence peut être profondément libératrice pour celles et ceux qui ont du mal à entrer dans le moule. Autrement dit… pour chacun, ou presque ! Voilà une invitation bienvenue à surmonter nos clichés sur le handicap en nous posant d’excellentes questions : qu’est-ce que cela signifie exactement ? Et qu’est-ce que cela ne signifie pas ? Pourquoi cela heurte-t-il beaucoup de gens ? Ce chouette roman est porté par la plume vive et incarnée de Valentine Goby. Le message est résolument optimiste. Il donne envie de croire aux pouvoirs de l’entraide, de la tolérance et des passions communes (aux rang desquelles la lecture figure bien sûr en bonne place). Et de célébrer nos différences !

L’anguille, de Valentine Goby. Éditions Thierry Magnier, 2020.

Les avis de Linda, d’Isabelle et de Lucie.

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August est différent. Pas seulement hors-normes, c’est quelque chose de plus radical : il a beau essayer de cacher sa figure difforme – yeux asymétriques, oreilles presque inexistantes, bouche tordue – son apparition suscite des réactions épidermiques : regards appuyés ou fuyants, chuchotis, choc, curiosité, sollicitude ou hostilité. Une scolarité dans une classe « normale » est-elle envisageable pour un tel enfant ? En l’envoyant au collège, ses parents ne risquent-ils pas de l’exposer à des situations insupportables ? Anniversaires, photo de classe, travail en groupe, sorties, etc. ne seront-elles pas autant d’occasions de ressentir comme une claque à quel point il diffère ? Ce roman est porté par ses personnages magnifiques, à commencer par August qui révèle une lucidité et une humanité désarmantes. L’auteur opte pour une narration chorale qui donne une voix à plusieurs protagonistes et permet de varier les perspectives, nourrissant notre curiosité et révélant ce qui se cache derrière certains comportements et qu’August ne perçoit pas. L’ensemble donne un roman lumineux et inspirant, qui donne confiance et envie d’être plus tolérant.

L’avis d’Isabelle

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Narumi Shigematsu propose une série en trois volumes qui porte un regard bienveillant et optimiste sur le handicap. Portée par une jeune fille ayant perdu une partie de sa jambe droite suite à une maladie (sarcome osseux), l’histoire met en avant la joie du vivre et la force de continuer d’avancer au travers d’une passion. Le dépassement de soi est au cœur de cette histoire qui valorise le sport comme vecteur de réussite.

Running Girl, Ma course vers les Paralympiques (3 tomes) de Narumi Shigematsu, Akata, 2020.

L’avis de Linda.

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On retrouve tout le talent d’Annelise Heurtier pour prêter sa voix aux adolescents dans Envole-moi. Avec beaucoup de sensibilité, elle tisse une relation amoureuse entre Swann et Johanna. Celle-ci a perdu l’usage de ses jambes, et l’auteure évoque sans langue de bois les difficultés et les rêves d’une ado en fauteuil roulant. Une histoire pleine d’espérance.

Envole-moi, Annelise Heurtier, Casterman, 2017.

L’avis de Lucie.

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Handicap mental

La petite casserole d’Anatole d’Isabelle Carrier est un album au format carnet de voyage qui nous invite à suivre le parcours du jeune Anatole, un parcours semé d’embûches particulièrement difficiles à franchir pour lui qui traîne dans son dos une sacrée casserole. Elle se coince partout, elle le fait trébucher, elle le ralentit. Et surtout les gens ne remarquent qu’elle et ne le voient pas, lui, Anatole. Heureusement, parfois de belles rencontres permettent de trouver des chemins de traverse pour exister pleinement. A chaque rentrée, dans un joli collège de Haute-Gironde, l’enseignante du dispositif ULIS (Unité Locale d’Inclusion Scolaire) lit cet album avec ses élèves à tous les enfants qui rentrent en 6e. Une magnifique entrée en matière pour nous rappeler que nos relations aux situations de handicap sont avant tout une question de regard. Alors osons mettre les lunettes d’Anatole le plus souvent possible !

La Petite casserole d’Anatole, Isabelle Carrier, Bilboquet, 2009.

Voir aussi l’avis de Lucie.

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L’héroïne d’Un petit frère pas comme les autres est la sœur de Doudou-lapin. Cette histoire montre l’amour et la souffrance que ressent la fratrie, impuissante à aider et à protéger un frère atteint de Trisomie. A hauteur d’enfant, Marie-Hélène Delval aborde le thème du handicap mental avec beaucoup de justesse.

Un petit frère pas comme les autres, Marie-Hélène Delval, illustrations de Susan Varley, Bayard Jeunesse, 2003.

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Lundi dernier une lecture commune enthousiasmante a été publiée. L’histoire d’Annie, une jeune femme atteinte de trisomie 21 mais aussi l’histoire d’une famille et d’un concours de majorettes.

Annie au milieu, Emilie Chazerand, collection Exprim’, 2021

Les avis de Frédérique et de Lucie.

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Même si ce n’est pas à proprement parlé un livre de littérature jeunesse, il tenait à cœur à Colette d’intégrer à cette sélection le magnifique livre de Clara Dupont-Monod intitulé S’adapter qui a reçu le prix Goncourt des lycéens l’année dernière, preuve que nos adolescent.e.s sont particulièrement sensibles à la question du handicap. On y découvre l’histoire d’une fratrie qui voit son quotidien bouleversé par l’arrivée d’un enfant handicapé. A travers la voix de chaque frère et soeur, c’est toute une famille qui se livre dans sa pluralité. C’est un texte qui raconte un deuil inhabituel et un amour puissant au fil de choix narratifs originaux, qui creusent dans la mémoire un sillon de terre tendre pour accueillir toutes ces paroles qui se mêlent, sans jamais vraiment se rencontrer.

S’adapter, Clara Dupont-Monod, Stock, 2021.

Voir aussi l’avis d’Isabelle

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Pour en savoir plus sur cet événement et trouver une pyramide ou un lieu accueillant l’exposition itinérante près de chez vous, n’hésitez pas à visiter la page consacrée à la 28ème édition de la pyramide de chaussures.