Prix ALODGA – catégories Branches dessinées et Racines

Voilà deux semaines que nous avons lancé la nouvelle édition du Prix ALOGDA ! Après les sélections des catégories Belles Branches (roman ado) et Grandes Feuilles (roman jeunesse), voici – ROULEMENT DE TAMBOUR – la deuxième sélection : celle des Branches dessinées (meilleure BD) et des Racines (meilleurs documentaires).

C’est maintenant à vous de jouer : vous avez jusqu’au 5 juin 2024 pour élire votre titre préféré dans chaque catégorie. Alors à vos lectures et à vos votes !

Et soyez prêt.e.s pour l’annonce des lauréats, le 10 juin à 8h !

******

Catégorie Branches dessinées

Elles sont colorées, vitaminées et ont en commun de nous faire voyager, que ce soit à vélo, en barque sur un fleuve tumultueux ou en side-car : notre trio de BD se distingue autant par l’énergie qui s’en dégage que par la densité de réflexions qu’elles provoquent… Voyez plutôt !

*

Élue chaque année « boudin d’Or » d’un infâme concours organisé par certains collégiens, Mireille se voit un jour détrônée (si l’on peut dire) par deux inconnues. Les trois lauréates se rencontrent et constate que par un extraordinaire concours de circonstances, leur destinée converge vers un point modal : la garden-party organisée à l’Élysée le 14 juillet. Qu’à cela ne tienne, elles y seront ! Quitte à s’y rendre à vélo et à vendre… du boudin pour financer le voyage. Encouragées par des milliers de followers mais attendues aux tournants par les « haters », nos trois acolytes devront faire preuve de débrouillardise et de témérité pour arriver au but !

Magali Le Huche a su restituer toute la fraicheur et l’humour féroce du roman de Clémentine Beauvais. Cela fait un bien fou de voir Mireille et ses acolytes tourner en dérision les stéréotypes de genre, les journalistes sans scrupules et les réseaux sociaux qui font le buzz avec tout ce qui est bon à prendre. Le ton exubérant ne change rien à la profondeur du propos sur le rapport au corps, la différence, la filiation, le féminisme et la valeur de l’amitié. Une lecture libératrice et savoureuse (nous pesons nos mots) qui vous donne envie d’enfourcher votre vélo et de laisser opérer la magie !

Les petites reines, de Magali Le Huche, d’après le roman de Clémentine Beauvais. Sarbacane, 2023.

L’avis complet de Liraloin

*

Les aquarelles délicieuses de Johann G. Louis plantent un décor de marais et de lianes ondulant au rythme de notes jazzy. Pas de doute, nous sommes au cœur du bayou : bienvenue à la Nouvelle Orléans ! Un terrain de jeu que Otis et Red connaissent comme leur poche. Mais voilà que la bourgade bruisse d’excitation : une mystérieuse inconnue vient d’emménager avec sa fille et, partout, on raconte qu’un homme aurait disparu…

On se laisse prendre à faire les 400 coups avec les protagonistes et à s’aventurer chez les mocassins d’eau et les alligators. Ces pages célèbrent la manière dont les amitiés enfantines transcendent les clivages sociaux et raciaux. Mais le graphisme rond et les blagues potaches des protagonistes masquent un propos plus grave. L’innocence des enfants agit comme un révélateur de la violence des rapports de classe et de race sudistes. Magnifique et émouvant !

Swamp. Un été dans le bayou, de Johann G. Louis. Dargaud, 2023.

Les avis complets d’Isabelle et de Liraloin

*

Quand un lapin mal en point se rend à l’infirmerie et y tombe sur un loup – il leur arrive aussi de se blesser – cela devient immédiatement électrique. Lorsqu’un chasseur s’invite à coups de fusil, une traque impitoyable s’ensuit qui force les deux patients à former une alliance improbable. Bien malgré lui, le loup écope du lapin et de sa perfusion à roulettes, assortie d’une liste de médicaments d’un mètre de long…

Comment résister à la composition dynamique, au trait plein d’énergie, à l’intrigue burlesque et à cette sacrée dose d’humour que l’autrice allemande parvient à déployer malgré le thème ? Les péripéties sont dignes des meilleurs films d’action, impliquant un side-car, beaucoup de système D, des machines à sou et un certain nombre de frites. L’ingénuité désopilante du lapin et le bagout du loup sont véritablement réjouissants, mais il y a plus, on s’en rendra compte au fil du voyage. Impossible de ne pas être tourneboulée de voir les deux compères entonner « Born to be wild » alors que le dernier cheveu de Lapin s’envole et que Loup s’efforce de stabiliser le véhicule. Lire ces pages offre un chouette bol d’air et de bonnes ondes, tant il est joli de voir ces deux-là tisser des liens… et surmonter une grave maladie. Inattendu, mais réconfortant et émouvant. Un road-trip inoubliable !

Voyage de malade, de Josephine Mark. Gallimard Jeunesse, 2023.

Les avis complets de Liraloin, Lucie, Helolitla et Isabelle.

*

À vous de jouer pour départager ces titres !

Quel est votre titre préféré dans la catégorie Branches dessinées ?

  • Les petites reines de Magali Le Huche, d'après le roman de Clémentine Beauvais (Sarbacane) (70%, 19 Votes)
  • Voyage de malade de Josephine Mark (Gallimard jeunesse) (22%, 6 Votes)
  • Swamp : Un été dans le bayou de Johanna G. Louis (Dargaud) (7%, 2 Votes)

Total Voters: 27

Chargement ... Chargement ...

******

Catégorie Racines

Originaux par leur thème et/ou leur présentation, voici notre sélection d’albums documentaires qui, chacun à sa manière, invite à voyager dans l’histoire.

*

Si le surf est aujourd’hui un sport reconnu, ce ne fut pas toujours le cas. Et si aux origines, les femmes polynésiennes le pratiquaient, l’arrivée des colons et missionnaires a mis fin à cette activité et lorsqu’elle a été redécouverte au 20e siècle, elle a été réservée aux riches touristes ne se démocratisera que lentement en direction des femmes et des personnes de couleur… Ce documentaire rend hommage aux femmes qui ont contribué à reconquérir le surf et à démocratiser cette activité. Cette histoire du surf est captivante en elle-même.

Mais elle gagne encore en vivacité grâce à ces surfeuses qui, dans des contextes historiques et sociaux très différents, portées par une irrépressible soif de liberté et d’océan, sont parvenues à repousser les limites des horizons féminins. Les pionnières se sont fait une place sur le line up et ont forcé l’évolution des mentalités en réalisant des prouesses. D’autres ne se sont pas laissé décourager dans le creux de la vague, risquant tout pour une carrière professionnelle qui restait à inventer, imaginant des équipements adaptés aux femmes ou militant contre l’invisibilisation des championnes ou l’ouverture du surf aux femmes noires. Leurs destins invitent à imaginer de nouveaux possibles ! Stylisées et subtilement accordées, les illustrations portent le récit et donnent puissamment envie d’océan. Une lecture rafraîchissante dans laquelle plonger sans hésiter !

Surfeuses, celles qui ont fait le surf, de 1915 à aujourd’hui de Paola Hirou, Hélium, 2023.

L’avis complet d’Isabelle.

*

Si cette maison d’Amsterdam est aujourd’hui mondialement connue pour avoir abrité Anne Frank et sa famille durant la Seconde Guerre Mondiale, c’est tout un pan de l’histoire d’Amsterdam qui se dévoile à nous dans cet album documentaire.

Tour à tour occupée ou vide, la maison au bord du canal a servi d’habitation, d’écurie ou de cachette ; elle a enduré le grand froid, un incendie, le vol de son plancher ou de sa porte d’entrée ; elle a vu la vie s’épanouir en son sein, avant que la mort ne vienne prendre un mari, la maladie toute une population, les soldats des innocents…

C’est une lecture riche en émotions qui se partage en famille. Le point de vue extérieur permet ainsi d’abord les drames et l’histoire d’Anne Frank avec des enfants assez jeunes, de leur parler du drame sans heurter leur sensibilité.

La maison au bord du canal, L’histoire de la maison d’Anne Frank de Thomas Harding & Britta Teckentrup, La Partie, 2023.

Les avis complets d’Héloïse-Helolitla, Isabelle et Linda

*

Né de la coopération entre l’écrivain et poète Bernard Friot et la fromagère Aurore Paillusson, cet album documentaire est une invitation à explorer le monde du fromage au travers d’informations, d’activités ludiques, de recettes de cuisine et de poésies, le tout servi sur un plateau d’humour.

Découpé en 7 parties, ce documentaire propose une véritable immersion dans l’Histoire du Fromage en passant par les secrets de sa fabrication, son impact sur notre santé et, sur l’économie et l’écologie de notre pays. Riche en informations, le texte reste accessible aux lecteurs dès 6/7 ans car toujours délivré avec humour et un aspect ludique qui montre toute la passion de ses auteurs pour le fromage… et les bons mots !

Album gourmand et généreux à déguster en famille, Balade en Fromagie propose une découverte ludique et rafraichissante d’un produit phare du patrimoine gastronomique français. L’ensemble est brillamment servi par les illustrations de Thomas Baas où fourmillent de nombreuses références, brillamment compléter par les diagrammes, pictogrammes et autres planches de BD de Charlotte Fréreau.

Balade en Fromagie de Bernard Friot & Aurore Paillusson, illustrée par Thomas Baas et Charlotte Fréreau, Milan, 2023.

L’avis complet de Linda.

*

Quel est votre titre préféré dans la catégorie Racines ?

  • Balade en fromagie, texte de Bernard Friot et Aurore Paillusson, illustrations de Thomas Baas et Charlotte Fréreau(Milan) (44%, 11 Votes)
  • La maison au bord du canal de Thomas Harding et Britta Teckentrup (éditions La partie) (36%, 9 Votes)
  • Surfeuses – Celles qui ont fait le surf ! de 1915 à aujourd’hui de Paola Hirou (Hélium) (20%, 5 Votes)

Total Voters: 25

Chargement ... Chargement ...

******

N’oubliez pas de voter dans chacune des catégories et de guetter
l’annonce des lauréats le lundi 10 juin !

De nouvelles branches viennent enrichir le Grand Arbre !

C’est toujours une étape dans la vie du blog que d’accueillir de nouvelles copinautes. Voici quelques semaines déjà qu’elles ont commencé à participer aux articles, en ce mois anniversaire il est grand temps de vous les présenter.

Nous sommes très heureuses d’accueillir deux Héloïse (Helolitla et Ileautresor – au singulier) et Séverine A l’Ombre du Grand Arbre, et nous espérons que vous prendrez autant de plaisir que nous à les découvrir et à les lire !

******

Présentation d’Héloïse – Helolitla

La littérature jeunesse, pour toi, c’est quoi ?

Ohlàlà, quelque chose de très compliqué à définir ! Plus sérieusement, je pense qu’elle m’a toujours accompagnée, sans jamais me quitter. J’ai toujours un livre avec moi, et la littérature jeunesse/ado représente plus de 80 % de ce que je lis. C’est une littérature protéiforme, riche, libre, aux multiples publics. C’est une invitation à rêver, à réfléchir, à repousser les limites des genres. C’est une littérature qui ne se prend pas au sérieux, tout en étant sérieuse.

Depuis quand t’intéresses-tu à la littérature jeunesse ?

Depuis toujours ! Enfin, depuis que je sais lire. Je m’y suis replongée avec délice quand j’ai préparé le CAPES de documentation, puis avec la naissance de mes deux enfants, et depuis elle ne m’a jamais plus quittée.

Et depuis quand partages-tu tes lectures en ligne ?

J’ai créé un compte instagram suite à une formation sur la littérature jeunesse, formation menée par Isabelle Valdhder-Harbonnier qui tient le blog Petites madeleines. Au début un peu par défi, pour m’amuser, et puis je me suis prise au jeu. En parallèle, j’essaie de partager mes lectures sur Babelio. Cela me permet aussi de tenir le compte de tout ce que je lis !

As-tu des livres ou des auteurs fétiches ?

Des auteurs, je ne sais pas, même si j’aime beaucoup la plume de Marie Colot, ou les facéties de Clémentine Beauvais. J’aime aussi les univers de Timothée de Fombelle (Tobie Lolness a été une vraie révélation, et j’ai adoré Vango !), de Jean-Claude Mourlevat, de Flore Vesco, de Manon Fargetton, les albums des Fan Brothers pour les plus jeunes.

Mais j’ai une prédilection pour les littératures de l’imaginaire, et notamment la fantasy. Je pense aux romans de Pierre Bottero, à Ewilan et Ellana qui ont été pour moi des révélations, tout autant qu’Harry Potter. Et bien sûr à Eragon et ses suites, que je relis en ce moment. Nevermoor plus récemment.

En fantasy adulte, je suis une grande fan de Brandon Sanderson, Michael J. Sullivan (Les révélations de Riyira sont la meilleure saga que j’ai jamais lue), de Trudi Canavan ou encore de Robin Hobb.

Quelle a été ta plus belle découverte littéraire de ces derniers mois ?

Il y en a eu beaucoup, c’est si difficile de choisir ! J’adore échanger avec Virginie Salobir, qui a écrit l’excellente trilogie L’ordre du Cygne, dont on entend trop peu parler. Je me suis aussi récemment réconciliée avec le genre policier grâce aux romans de Sylvie Allouche.

Parmi les titres qui m’ont beaucoup marquée, il y a ceux de Mary Orchard, avec Bloomstone Manor, et ceux de Pascaline Nolot, qui m’a fait frissonner avec Rouge.

Côté albums, je pense à Christopher Denise, pour la douceur et la bienveillance qui se dégagent de ses textes (Chevalier Chouette, THE succès à la maison, et Quand on est au milieu, si chou), aux illustrations de Tristan Gion ou de Briony May Smith qui régalent toute la famille. Sans oublier Torben Kuhlmann, qu’on admire depuis que nous avons découvert Armstrong, la petite souris qui rêve d’aller sur la Lune.

J’en oublie malheureusement, je pourrais continuer cette liste pendant très longtemps, il y a de si belles découvertes à faire en littérature jeunesse !

******

Présentation d’Héloïse – Ileautresor

La littérature jeunesse, pour toi, c’est quoi ?

Bonne question ! Je pense surtout aux albums jeunesse que j’ai découvert depuis 2004 -2005 (date à laquelle j’ai obtenu un diplôme d’éducatrice de jeunes enfants). J’aime particulièrement les livres qui se rapportent à la petite enfance. De façon plus large, la littérature jeunesse concerne aussi les romans pour adolescents.

Depuis quand t’intéresses-tu à la littérature jeunesse ?

Eh bien, elle m’intéresse depuis toujours ! Depuis qu’on m’a lu des histoires (et que je suis capable d’en lire).

Et depuis quand partages-tu tes lectures en ligne ?

Je suis active sur Babelio depuis 2020 (le confinement). J’ai plaisir à écrire de petits billets sur les lectures que j’aime, surtout en littérature jeunesse…

As-tu des livres ou des auteur.e.s fétiches ?

Certains livres m’ont marqué dans ma jeunesse : comme Tom et le jardin de minuit, Mon bel oranger, Moumine, des romans d’aventure : Le lion (J. Kessel), L’appel de la forêt (J. London)… Aujourd’hui j’ai découvert d’autres auteurs comme Timothée de Fombelle.
J’aime beaucoup aussi Nathalie Bernard et son écriture bien rythmée, ainsi que Antje Babendererde (sur le thème amérindien). J’attends avec impatience le dernier tome de la trilogie de Timothée de Fombelle : Alma, la liberté… en attendant je lis Tobie Lolness.

Quelle a été ta plus belle découverte littéraire de ces derniers mois ?

Dernièrement j’ai lu un livre poignant d’Elise Fontenaille : Kill the indian in the child. Dans un tout autre registre, j’ai adoré l’écriture de Clémentine Beauvais dans son guide : Écrire comme une abeille : de la littérature jeunesse à la lecture et à l’écriture – j’ai découvert (tardivement) Les petites reines et j’ai beaucoup aimé.

******

Présentation de Séverine

Avant de répondre aux questions, j’aimerais dire ma joie d’intégrer l’équipe du blog, surtout en même temps que deux nouvelles recrues qui portent toutes deux le même prénom que ma fille aînée ! Avec un H ! C’est bon signe, non ?

La littérature jeunesse, pour toi, c’est quoi ?

Pour moi, la littérature jeunesse, c’est une liberté absolue.

Sur le fond : cette littérature permet d’aborder toutes les thématiques sans exception – à condition que ce soit bien fait – en orientant parfois les lectures sur des sujets, des valeurs qui tiennent particulièrement à cœur, et/ou d’actualité.

Sur la forme : c’est une grande variété de supports, adaptés à tous les types de lecteur.ices : le choix est immense.

La littérature jeunesse, c’est aussi donner des ailes aux enfants : ouvrir en grand les portes de leur imaginaire, en leur faisant côtoyer la création, la poésie, l’image (j’aime tellement les albums illustrés !!!) dès leur plus jeune âge, je suis persuadée qu’on les aide à prendre conscience de leur personnalité, de leur sensibilité, de leur potentiel… Quoi de plus important pour bien démarrer dans la vie ? Je ne résiste pas à l’envie de citer Anne Sylvestre :

Laissez les enfants gagner
Le droit d’étendre leurs ailes
Dans la lumière nouvelle
D’une vie à inventer

Depuis quand t’intéresses-tu à la littérature jeunesse ?

Depuis toujours ! Enfant, adolescente, j’étais « celle qui lit », partout, tout le temps. Puis mes études et ma carrière m’ont peu à peu éloignée des livres, de la littérature jeunesse, encore plus. Ainsi, pendant longtemps, j’avais oublié que je l’aimais autant ! En vérité, je me suis reprise de passion pour cette littérature à la naissance de ma troisième, avec laquelle je m’étais promis de partager des moments « rien qu’à nous », ce que j’avais finalement peu pratiqué avec mes deux aînés (ils ont 11 et 9 ans d’écart avec la petite dernière) : la lecture s’est révélée le parfait outil pour ces temps hors du temps.

Et depuis quand partages-tu tes lectures en ligne ?

En 2021, j’ai fait un burn-out, avec le sentiment que j’étais passée à côté de ma personnalité profonde. Quelques mois de thérapie et un bilan de compétences plus tard, une reconversion professionnelle dans les métiers du livre et la nécessité d’exprimer mes goûts se sont imposés. J’ai donc suivi une formation de libraire puis, en parallèle, j’ai ouvert mon compte Instagram « Sev se livre » pour partager mes coups de cœur livresques (je ne partage JAMAIS un avis négatif) en littérature jeunesse, mais pas que ! Cela me permet aussi d’assouvir un irrépressible besoin d’écriture, que j’avais également tu pendant des décennies (enfin si, j’ai rédigé dans ma carrière pro des centaines de notes de service, de délibérations et de mémoires en défense pour le tribunal administratif…) Je passe des heures à écrire mes posts, car j’essaie de leur donner une identité. Je reconnais que lorsque je donne envie de lire le livre dont je parle et qu’en plus, on me complimente sur la chronique, je suis aux anges !

As-tu des livres ou des auteur.e.s fétiches ?

Mon livre et mon auteur fétiches sont indissociables. Il s’agit de « Aux filles du conte » de Thomas Scotto. Tout en poésie et en finesse, c’est un court texte paru chez les Editions du pourquoi pas ?, qui me touche en plein cœur. Pour son message féministe, pour ses nombreuses références aux contes de notre enfance, pour l’espoir qu’il apporte aux filles d’aujourd’hui. Ça tombe bien, j’en ai deux ! Jean-Claude Mourlevat, (presque) mon voisin, se place pas mal, Timothée de Fombelle (coucou les Héloïse), Alex Cousseau, Stéphane Servant, Henri Meunier, aussi, tandis que Thierry Lenain, celui que je connais depuis le plus longtemps, est, d’après moi, l’un de ceux qui a apporté à la littérature jeunesse francophone audace et maturité. Je l’idolâtre par-dessus tous.tes  #teamgroupie ! Sinon…j’ai lu, et adoré, je pense, tout Marion Brunet, qui écrit aussi pour les adultes.

Quelle a été ta plus belle découverte littéraire de ces derniers mois ?

La question qui tue : j’ai des crush littéraires tous les mois ! Comme beaucoup d’entre nous, me semble-t-il…Plus sérieusement, dans le désordre, je dirais :

  • Myren Duval, avec Merci pour la tendresse puis sa série Mon chien, Dieu et les Pokétrucs, suivi de Mon chien, la liberté et les glaces à la mangue et de Mon chien, mamie et les graines de grenouille (pour les enfants dès 8 ans). Ils sont d’une intelligence et d’une finesse extraordinaires, tout en étant émouvants, drôles et frais. Un délice !
  • Chez les ados, j’ai rencontré l’an dernier un auteur qui est, à mon humble avis, trop peu reconnu : Hervé Giraud. Son roman Histoire du garçon qui courait après son chien qui courait après sa balle est parmi les plus émouvants qui soient, Sables noirs un roman initiatique très fort, et son dernier, KroK, est juste un savant dosage de son écriture, gravité, humour et émotion mêlés.
  • Le poète Pierre Soletti, que j’ai découvert grâce aux recueils de la maison d’édition Le Port a jauni (Poèmes pour affronter le beau temps – Poèmes par-dessus les toits), puis chez les Editions du Pourquoi pas ? (Perpète/illettrée littéraire). Depuis, je rattrape le temps perdu et j’achète tout ce qu’il publie ou a publié, notamment chez Les Venterniers. Sa poésie est à la fois percutante et humble.

******

Merci à Héloïse, Héloïse et Séverine que nous aurons le plaisir de retrouver très vite autour de la littérature jeunesse !

Prix ALODGA 2024 – catégories Grandes feuilles et Belles branches

Mesdames et messieurs, c’est le grand jour ! Voici la nouvelle édition du Prix ALOGDA !

Comme les années précédentes, nous avons sélectionné trois titres dans six catégories différentes :

  • Belles Branches (romans ado)
  • Grandes Feuilles (romans jeunesse)
  • Brindilles (albums premier âge)
  • Petites feuilles (albums pour « grands »)
  • Branches dessinées (BD)
  • Racines (documentaires)

Toutes les semaines, nous vous présenterons deux de ces catégories, ainsi que les titres concernés, et nous vous inviterons à élire votre préféré. Les votes se termineront le 5 juin 2024 à 20h30, et nous annoncerons les lauréats le 10 juin à 8h !

… Et ouvrons dès à présent le bal avec … les romans ados et jeunesse !

******

Voici donc la catégorie Grandes feuilles, qui présente nos romans jeunesse préférés lus en 2023 ! Si la plupart des romans destinés à ce lectorat ont en commun de mettre en scène des personnages au fort tempérament plongés dans une situation inhabituelle, ceux-ci ont su sortir du lot par le contexte historique, les personnages secondaires, l’atmosphère ou les thématiques qui les traversent. Autant vous dire que nous sommes très curieuses de découvrir lequel d’entre eux recevra vos suffrages !

Catégorie Grandes feuilles

Pony, c’est un western nimbé d’étrangeté. R. J. Palacio a su créer une tension qui n’a rien à voir avec les cliffhangers pourtant redoutables qui ponctuent le récit. Car, tout comme Silas, le lecteur ne peut s’empêcher de se questionner au sujet de son père disparu : qui est-il vraiment ? L’auteure en brosse un portrait tout en facettes et nuances, celui d’un homme curieux et inventif, aimant et déterminé – l’une des plus belles figures de pères qu’il nous a été de rencontrer lors de nos lectures.

Parallèlement, le contexte historique est passionnant, entre conquête de l’ouest, massacres des populations indigènes, guerre qui oppose abolitionnistes et esclavagistes. Pony, c’est aussi un récit de découverte du monde extérieur et de soi. Le jeune Silas, confronté à nombre d’aventutes et de difficultés, doit faire face à ses peurs, se dépasser. Il grandit, à l’image des héros de romans qu’il a dévorés.

Un excellent roman jeunesse, original, surprenant, émouvant.

Pony, R. J. Palacio, Gallimard jeunesse, 2023.

Retrouvez notre lecture commune et les avis d’Helolitla, d’Isabelle de Linda et de Lucie.

*

Premier tome d’une série qui en compte trois, Crookhaven, L’école des voleurs est un chouette roman dans la plus pure tradition potterienne : un internat où l’on se rend en train, une école sans cours de maths ni de grammaire mais avec son casting de profs loufoques, ses concours, sa bibliothèque, sa première de la classe, ses jumeaux astucieux, des méchants un peu monolithiques… Crookhaven se démarque cependant par ses réflexions sur les tensions entre légalité et légitimité. Puisque le monde ne tourne pas rond et puisque les forces de l’ordre ne semblent pas à même de rétablir la justice, certaines actions illégales offrent la seule voie pour rééquilibrer un peu les choses.

Gabriel, le protagoniste, est un jeune pickpocket talentueux, qui vole de quoi lui permettre de subsister. Il a été élevé par sa grand-mère, une femme au grand cœur qui trime pour leur permettre de manger. Doué, le jeune homme est repéré, et invité à rejoindre Crookhaven, une mystérieuse école… qui lui permettrait de développer ses talents.

Une lecture de haut vol !

Crookhaven, L’école des voleurs, J. J. Arcanjo, Pocket Jeunesse, 2023.

Les avis d’Helolitla, d’Isabelle, de Linda et de Lucie.

*

Premier tome d’une série qui en compte cinq (seulement en suédois pour le moment), Le corbeau de nuit est extrêmement prometteur. Johan Rundberg nous plonge dans l’hiver suédois de la fin du XIXème siècle, temps où il ne fait pas bon être pauvre ou orphelin. Mika cumule ces deux difficultés, mais n’a perdu ni son énergie ni son humour. Et elle en a bien besoin pour survivre ! Aînée de l’orphelinat, elle est chargée des tâches quotidiennes et gagne quelques piécettes en travaillant dans une taverne.

La dureté de l’existence l’a forcée à développer un sens aigu de l’observation, une débrouillardise à toute épreuve et un bagout incroyable. Des qualités qui pourraient lui permettre d’échapper à une voie qui semble pourtant toute tracée, lorsque sa rencontre avec l’agent Hoff suscite une véritable vocation d’enquêtrice… À la fois opposés et complémentaires, méfiants et attachants, Mika et l’agent Valdemar Hoff forment un duo qui fonctionne à merveille.

Une alchimie très réussie entre suspense, tendresse suscitée par le personnage et une pincée d’humour.

Les Mystères de Mika, Le corbeau de nuit, Johan Rundberg, Thierry Magnier, 2023.

Retrouvez notre lecture commune et les avis d’Helolitla, d’Isabelle et de Lucie.

*

À vous de voter pour départager ces titres !

Quel est votre titre préféré dans la catégorie Grandes feuilles ?

  • Crookhavenn, L'école des voleurs de J. J. Arcanjo (Pocket Jeunesse) (50%, 16 Votes)
  • Les mystères de Mika, Le corbeau de nuit de Johan Rundberg (Thierry Magnier) (38%, 12 Votes)
  • Pony de R. J. Palacio (Gallimard jeunesse) (13%, 4 Votes)

Total Voters: 32

Chargement ... Chargement ...

******

Voici maintenant la sélection des romans ados que nous avons préférés en 2023. Ils nous invitent à suivre des personnages un peu plus âgés face à des situations dramatiques : perte d’un être cher, danger, guerre… qui vont les obliger à grandir plus vite que prévu. Bien que certains soient exigeants par leurs thèmes ou leur style, nous pensons qu’ils méritent toute votre attention.

Catégorie Belles branches

Dans le monde de Clover Elkin, on trouve des Curiosités, des objets « ordinaires » qui ont des propriétés extraordinaires. Après l’assassinat de son père, la jeune fille, à qui il en a confié une, doit se rendre à New Manchester. Sur sa route, des rencontres surprenantes, des dangers – nombreux -, des révélations sur elle et sur sa famille.

Voilà un roman dépaysant, qui revisite l’histoire des États-Unis. Un mélange de western, de merveilleux et d’étrange. C’est aussi une quête initiatique qui pose une vraie réflexion sur le pouvoir et sur l’absurdité de la guerre. Un voyage fantastique, original, plein d’aventures et de rebondissements.

L’étrange voyage de Clover Elkin de Eli Brown, Bayard, 2023.

Les avis de Blandine, Helolitla et Liraloin

*

Dès le titre, Anne Cortey nous entraîne dans une histoire touchante et pleine de poésie. Les désaccordés, ce sont quatre adolescents un peu perdus, qui peinent à « s’accorder », à trouver le bon rythme. Heureusement, il y a l’amitié, il y a l’entraide. L’art pour surmonter le pire, pour se trouver. Les désaccordés, ou une très belle plongée dans l’adolescence et ses tourments, dans laquelle les émotions sont peintes avec justesse. Une balade envoûtante pour trouver son équilibre, son accord profond.

Les désaccordés de Anne Cortey, L’école des loisirs, 2023.

Les avis d’Helolitla, de Linda, Lucie et Liraloin.

*

Il est des titres qui vous marquent, des lectures dont vous ne sortez pas indemne. C’est le cas de Guerrière, de Cécile Alix. Après A(ni)mal, l’autrice aborde cette fois la thématique des enfants-soldats, dans un roman bouleversant, qui n’est pas exempt de violence et d’injustice.

Nekeli et Soulaï, deux jumeaux confrontés à l’horreur. Deux enfants enlevés, que l’on forme à devenir des soldats. Deux enfants que l’on tente de déshumaniser. Et pourtant, dans cette boucherie qu’est la guerre, une infime lueur d’espoir. Guerrière, c’est un roman que nous avons lu en apnée, qui nous a chamboulées, un texte qui bouscule, puissant, émouvant.

Guerrière, Cécile Alix, Slalom, 2023.

Les avis de Helolitla, Linda et Lucie.

*

À vous de voter pour départager ces titres !

Quel est votre titre préféré dans la catégorie Belles branches ?

  • Guerrière de Cécile Alix (Slalom) (47%, 14 Votes)
  • Les désaccordés de Anne Cortey (L'école des loisirs) (33%, 10 Votes)
  • L'étrange voyage de Clover Elkin de Eli Brown (Bayard) (20%, 6 Votes)

Total Voters: 30

Chargement ... Chargement ...

******

N’oubliez pas de voter dans chacune des catégories et de guetter
l’annonce des lauréats le lundi 10 juin !

Nos coups de cœur d’avril

En avril, le temps maussade nous a convié à rester sous notre plaid bien douillet. Quoi de mieux que de belles lectures réconfortantes pour accompagner un petit thé fruité et fumant ?! En attendant de retrouver le soleil, voici nos nombreux coups de cœur !

******

Pour Liraloin c’est une déconnexion totale qui s’est opérée après la lecture du magnifique album le Voyage de Shuna de l’immense Hayao Miyazaki.

« Ces évènements ont pu se dérouler il y a fort longtemps, ou bien allaient-ils se produire dans un lointain futur ? Plus personne ne le sait vraiment. » Sur une terre aride la force humaine est mise à rude épreuve, les récoltes ne sont que désolation. Ici vit Shuna, jeune prince héritier de la couronne qui, au détour d’un chemin, recueille un étranger : un vieillard à l’article de la mort. Usant ses dernières forces, ce dernier lui narre son épuisant périple à la recherche d’un trésor inestimable. Une richesse qui pourrait sauver les habitants de toutes les contrées. Intrigué et téméraire, Shuna décide de partir à la poursuite de ce trésor…
Véritable quête initiatique, Shuna se retrouvera plus d’une fois à prendre des décisions qui bouleverseront ses convictions en son for intérieur. Je n’ai pas pu m’empêcher d’y trouver une résonnance avec le fabuleux roman de Damasio : La Horde du Contrevent. Les éléments de la nature, le vent, le sable ne sont que douleurs pour les personnages, les poussant au bout de leurs forces physiques et psychologiques.  Le chemin est infini…

Le Voyage de Shuna de Hayao Miyazaki, Sarbacane, 2023

******

De son côté, Lucie avait noté La Parure suite à un billet d’Isabelle et elle n’a pas été déçue ! Cette réécriture du classique de Guy de Maupassant par Annelise Heurtier est extra. Elle répond de manière étonnante à une autre réécriture de l’auteure, Combien de terres faut-il à un homme ?, sur le thème de la pléonexie. Les héros de ces deux albums ne se satisfont pas de leur quotidien et vont le risquer en tenant de s’élever (socialement, financièrement). Ce « plus » était-il indispensable à leur bonheur ? Eux le pensent, le lecteur est invité à y réfléchir. Tout d’abord déstabilisée par les illustrations de Delphine Jacquot qui a fait le choix de l’anthropomorphisme, Lucie a finalement trouvé qu’il permettait d’installer une certaine distance qui aidera sans aucun doute les enfants à entrer dans le récit et à se questionner.

La Parure, Annelise Heurtier d’après Guy de Maupassant, illustrations de Delphine Jacquot, Thierry Magnier, 2022.

Les avis complets d’Isabelle, Linda, Blandine et Lucie.

******

Si le premier tome était déjà impressionnant (voir la lecture commune qu’en avaient fait les copinautes ICI), le second tome de la saga Pallas, Sur les flancs de l’Ida est encore un cran au-dessus d’après Lucie. Peut-être parce que les personnages sont plus familiers et que l’échéance de la guerre de Troie approche. Au cœur des intrigues, comme l’a si bien dit Isabelle dans sa critique du premier tome : amours, trahisons, vengeances, c’est « Dallas » dans la Grèce antique. Et les femmes sont bien entendu les premières victimes des hommes comme des dieux. Pas une n’est épargnée par la violence, que celle-ci la touche directement ou soit dirigée vers ses enfants. Cette série est clairement à réserver aux plus grands tant la brutalité irrigue toutes les relations entre les personnages. Ceci posé, Lucie est admirative de la manière dont l’auteure a su créer des liens et des intrigues entre ses célèbres protagonistes. Tout est clair, implacable et brillant. La guerre de Troie approche, elle est inéluctable et nous sommes impatientes de lire de quelle manière Marine Carteron l’utilisera dans le troisième (et dernier) tome de cette série.

Pallas, Sur les flancs de l’Ida, Marine Carteron, Le Rouergue, 2024.

Les avis de Lucie et Frédérique.

******

Héloïse (ileautresor) a eu envie de partager son coup de cœur pour Médiévalmania. Cet album grand format avec rabats permet de faire connaissance avec le Moyen-âge. Le château fort apparaît à travers un jeu de volets : le pont-levis se déplie et permet d’accéder au château. Ce livre permet d’aborder la vie des personnes à l’époque médiévale. Au Moyen-âge, se construisent aussi les villes toute en verticalité avec leurs tours et leurs clochers. Elles réunissent de multiples fonctions (politique, économique, militaire, festive, religieuse et créative) et sont bâties en aspirant à la beauté. A la fin, l’album évoque de nombreuses inventions (imprimerie, boussole, poudre à canon, horloge, lunettes, caravelle). Il est aussi question de figures comme Jeanne d’Arc ou le roi Arthur. En bref, Médiévalmania est un album pour mieux comprendre la période médiévale et la saisir dans toute sa finesse à travers toute la beauté de pages animées.

Médiévalmania, Emma Giuliani et Carole Saturno, Éditions Les Grandes Personnes, 2023.

Son avis complet ICI.

******

Pour Séverine, le coup de cœur d’avril, c’est pour un roman ados d’un auteur trop peu (re)connu, à savoir Hervé Giraud. Publié chez Thierry Magnier quand il s’adresse aux adolescents, et plus récemment chez Seuil Jeunesse pour la collection « Le grand bain » destinées aux enfants de 8-10 ans, il compte à son actif une dizaine de romans, où se mêlent toujours profondeur et fantaisie, le tout agrémenté d’un humour fin et subtil, y compris dans ses œuvres les plus sombres.

Celui-ci ne fait pas exception, on valse sans cesse entre sourires et émotion. Il est d’autant plus intéressant qu’il traite de sujets peu vus en littérature jeunesse : la vie au sein d’un cirque familial itinérant, la condition animale dans les parcs animaliers, le trafic d’animaux sauvages et plusieurs autres thématiques contemporaines, telle la solitude, la solidarité, le respect… Le roman est plein de rebondissements et de suspense, il est peuplé de personnages hauts en couleur, puisqu’on y rencontre entre autres un yogi philosophe fan de Johnny, une chienne obéissante et une grand-mère qui n’a pas froid aux yeux…Mais surtout, on s’attache énormément à son jeune héros, Angelino, dont le meilleur ami est n’est autre que le  tigre du Bengale avec lequel il a grandi et qui lui est enlevé, parce que les lois ont changé et que les animaux sauvages sont désormais interdits dans les cirques. Révolté par cette situation au début du roman, il fera tout pour pouvoir récupérer KroK, en prenant des risques, en surmontant ses peurs, prise de conscience au passage, et il aura une autre vision sur les animaux privés de liberté à la fin de l’histoire. Il sortira grandi de son aventure, et peut-être même un peu amoureux…

Séverine a retrouvé dans ce roman toute la saveur de la sauce Giraud ! Elle pique un peu, avec une pointe de causticité, juste ce qu’il faut pour donner un goût de reviens-y. Mais son ingrédient secret est cette tendresse omniprésente pour les jeunes gens bousculés par les décisions des adultes, les coups du sort, la solitude parmi leurs pairs, pour des raisons qui tiennent au hors normes, ou la sauvagerie du monde. Bref, elle se délecte à chaque fois de sa plume aiguisée, pointue, mais qui, toujours, sait aussi rentrer les griffes pour se faire poésie, douceur et pattes de velours.

KroK, Hervé Giraud, Editions Thierry Magnier, 2024

L’avis complet de Sev se livre.

******

De son côté Linda a fait de bien belles découvertes dont un très joli roman d’apprentissage découvert au hasard de ses pérégrinations libraires. Ainsi, Madou en 5 actes lui a littéralement tendu les bras après que sa couverture lui ait fait pétiller la rétine.
Dans ce roman en cinq actes, Guillaume Nail dresse le portrait d’une adolescente qui porte en elle les doutes et questionnements de se génération, en proie à une inquiétude permanente de trouver sa place dans un monde en plein changement, et à l’intérêt de faire des études qui ne la conduiront nulle part.
Récit initiatique, Madou en 5 actes est un roman qui se révèle exaltant dans les passions de son héroïne et dans l’écriture moderne de son auteur, dont les descriptions de paysages sont une invitation au voyage, et dont la poésie se fait la fenêtre d’une âme luttant avec un puissant désir de liberté.

Madou en 5 actes de Guillaume Nail, Milan, 2024.

L’avis complet de Linda est ICI, et celui de Séverine .

******

Mais c’est aussi Une aventure au royaume de porcelaine qui a su la toucher par la puissance de ses illustrations élégantes, exécutées avec une précision incroyable qui donne vie à l’histoire dans une succession d’obstacles et d’étapes à franchir pour parvenir à la suivante.
Album sans texte, on y découvre le parcours de son héros à la poursuite de son chapeau emporté par le vent au-travers d’un service en porcelaine qui enchante par sa diversité et fait voyager par son style asiatique.
Katerina Illnerova a été récompensé du Prix du Silent Book Contest 2022 pour ce premier album, alors qu’elle était encore étudiante.

Une aventure au royaume de porcelaine de Katerina Illerova, Obriart, 2024.

Son avis complet est à lire ICI.

******

Pour Colette, le mois d’avril a le goût particulier du silence, un silence noir et blanc, rythmé comme une danse que l’on commence à deux sur un rythme endiablé pour la terminer à la cadence de son propre souffle, alenti par le temps qui creuse rides et cernes au visage comme au cœur. Duo mambo de Wei Middag et Aurèle Arima est un album de peu de mots, qui commence par une naissance et les pirouettes de deux bébés. Puis les bébés se lèvent, grandissent, se rencontrent, leurs mouvements se font glissements, battements, élans, frissons, leurs mouvements se font sensuels, étreintes, embrassades, leurs mouvements se font famille. Puis les corps se courbent, se raidissent, s’éloignent, se séparent. Et commence un voyage à travers le temps. Voilà un petit album qui laisse le souffle coupé. Un album épuré, d’une grande simplicité qui raconte quand il se tait. Un album de toute une vie comme Colette les aime tout particulièrement.

Duo mambo, Wei Middag, Aurèle Arima, La Joie de lire, 2023.

******

Pour Héloïse (helolitlà), Avril a été l’occasion d’une belle rencontre printanière, celle d’Auguste, le renard qui n’aime pas les surprises. Or, son amie Suzy, l’intrépide écureuille, lui en a promis une. Le voilà qui stresse, prévoyant le pire…

La grande angoissée qu’est Héloïse a énormément aimé cet album adorable, qui lui a beaucoup parlé. Elle a craqué devant ses couleurs vibrantes, ses illustrations printanières qui rendent hommage à la nature dans toute sa splendeur. C’est pour elle un ouvrage idéal pour dédramatiser ces peurs incontrôlées, pour apprendre à lâcher prise.

Et puis, une surprise… peut aussi se révéler être un joyeux moment de partage !

Je n’aime pas les surprises, Myriam Bos, Bayard Jeunesse. Mars 2024

Son avis complet ICI.

******

Côté romans, Héloïse a fait de beaucoup de très belles lectures, dont l’envoûtant De délicieux enfants, de Flore Vesco. Et la lecture-doudou, le roman qui revisite habilement la mythique école de sorciers version pickpocket, ce fut le premier tome de Crookhaven.

Gabriel est un voleur hors-pair. Orphelin, il grandit dans la pauvreté avec sa grand-mère. Repéré pour ses talents hors norme, il est invité à Crookhaven, une mystérieuse école…

Héloïse est retombée en enfance le temps de cette lecture passionnante. Dans cette école de voleurs au grand cœur, elle a retrouvé avec joie tous les ingrédients du genre : cours originaux, amis hauts en couleurs, bibliothèque, épreuves qui sortent de l’ordinaire, grands méchants… et surtout, elle a découvert un texte addicitif qui pose de belles interrogations sur la justice et la répartition des richesses.

Crookhaven, tome 1 : L’école des voleurs, de J.J. Arcanjo, Pocket Jeunesse. Mai 2023

Son avis complet ICI, celui d’Isabelle, de Linda et de Lucie.

******

Pour Blandine, ses coups de cœur sont autant affaires de visuels, de visions que d’originalités narratives.

Cet album carré au touché velouté nous permet de connaître les différents noms que l’on attribue aux groupes d’animaux. Entre sobriété et originalité, la découverte est de mise! Et le parti-pris illustratif est génial: Les animaux sont représentés minimalistes, en perles à repasser.

Un troupeau de moutons. Jean DA ROS. La Partie, mars 2024

******

Cet album nous permet de voir passer une vie

À travers les barreaux d’un lit, d’une fenêtre
À travers le prisme d’une loupe, d’un télescope
À travers l’écran d’une télévision, d’un ordinateur
À travers le verre d’une serre, de jumelles

À travers le temps qui passe et ses changements
Subtils, délicats, évidents, difficiles, lumineux
À travers les décisions prises, choisies, subies, révélées
À travers l’âge qui change les données
À travers la vie qui se poursuit sous ses différentes formes

La couverture toute en sobriété donne le ton grâce à sa découpe
Entre ses pages, nul autre texte qu’une date qui égrène les années une à une, et un lieu
Chaque double page nous offre deux visions: le personnage principal avec ce qui l’entoure, et ce que lui voit
Une palette de couleurs restreinte, et pourtant très évocatrice, qui permet de fines et ingénieuses mises en perspective, des détails en apparence anodins, une ombre qui veille, d’autres vies qui bruissent
De l’infiniment petit à l’infiniment grand

Un album d’une grande maîtrise, silencieux et pourtant puissamment évocateur.

A travers. Tom HAUGOMAT. Thierry Magnier, septembre 2018

L’avis complet de Blandine ICI

******

Ce mois-ci, Isabelle (ileauxtresors) s’est laissé désarmer par un splendide roman graphique venu du Québec. Le pèlerinage d’une jeune femme dans sa maison d’enfance ravive les souvenirs, ceux d’une vie de famille comptant un enfant différent. Son petit frère, surnommé Major Tom – le petit astronaute, c’est lui. Outre le poids du handicap qui entrave la communication et la mobilité du garçon, la société ne facilite pas les choses pour les enfants comme Tom. Ces pages évoquent un sujet douloureux avec beaucoup de poésie (en cela il rappelle le roman S’adapter, de Clara Dupont-Monod, paru la même année). Elles ouvrent notre horizon, serrent le cœur tout en sachant nous réconforter par la tendresse qui les imbibe. Jean-Paul Eid compose notamment un splendide personnage de grande sœur, solaire, dans sa vie de petite fille qui grandit, mais attentive et aimante. Impossible de ne pas être bouleversé en comprenant, au détour de la dernière page, que cette BD lui a été inspirée par sa propre expérience familiale.

Le petit astronaute, de Jean-Paul Eid, La Pastèque, 2021.

******

Et vous, qu’avez-vous lu en avril ? Quels ont été vos coups de cœur ?

ALOGDA s’engage – aux côtés de l’UNICEF pour son prix de littérature jeunesse 2024

Le Prix UNICEF de littérature jeunesse est de retour pour une nouvelle édition sur le thème de la pauvreté et des inégalités sociales avec pour parrain l’écrivain Erik Orsenna ! Comme les quatre années précédentes, nous avons lu la sélection et sommes ravies de partager nos retours de lectures avec vous !

Catégorie 3-5 ans

Ours d’Hiver

Ours d’Hiver, Irène Schoch, Editions des éléphants, 2023.

Alors qu’il rejoint sa tanière pour affronter l’hiver, l’ours Aldo découvre qu’elle a été détruite pour céder la place à un parking. Sans abri, il part à la recherche d’un abri et au fil des rencontres et des surprises, il trouve un moyen de réchauffer son cœur.
Ours d’hiver aborde le sujet délicat et plutôt rare en littérature jeunesse des sans-abris. Si la débrouillardise, l’entraide et la solidarité porte Aldo dans son cheminement, le texte met en avant la chance d’avoir un toit sur la tête en évitant de culpabiliser son lecteur mais en lui rappelant l’importance d’une main tendue.

*

Le p’tit cœur de Dina

Le p’tit cœur de Dina, Emmanuelle Eekhout & Batrice Renard, l’école des loisirs (pastel), 2021.

Présentation éditeur : Ce matin, sous la tente, le p’tit cœur de Dina est inquiet. C’est son premier jour d’école dans un autre pays. La petite grenouille a peur de se perdre au milieu des gens. Il y a beaucoup de bruit en classe et Dina ne comprend pas ce que dit la maîtresse. Sur le chemin du retour, elle se perd. Le p’tit cœur de Dina est en miettes quand un garçon à vélo lui demande gentiment : « Que fais-tu là grenouillette ? Tu n’as pas l’air dans ton assiette ».

*

Sans détour

Sans détour, Stéphanie Demasse-Pottier & Tom Haugomat, L’étagère du bas, 2022.

Présentation éditeur : Une enfant et sa mère passent chaque jour devant une dame assise sur le sol avec son bébé. Que font-ils là ? Les questions se bousculent dans la tête de l’enfant qui ne sait pas comment réagir face à cette précarité. Devant la tristesse de sa fille, la mère trouve les mots pour la réconforter, lui donnant l’élan nécessaire pour aller à leur rencontre : « On ne peut pas tout porter. Un sourire, un regard, un geste même tout petit, c’est déjà quelque chose. »

*

Petit Poilu, tome 27. Tout pour moi, Rien pour tous !

Petit Poilu, tome 27. Tout pour moi, Rien pour tous !, Pierre Bailly & Céline Fraipont, Dupuis, 2022.

Bloqué par la neige lors d’une promenade, P »tit poilu se retrouve dans la maison de deux écureuils après avoir creusé en chemin. Surprise, l’un n’a pas grand chose alors que l’autre semble avoir bien trop pour lui seul. Alors qu’ils se lancent tous trois à la recherche de nourriture, on s’aperçoit que ce dernier s’enrichit au détriment des autres…
Album sans parole, bande dessinée, Tout pour moi, rien pour tous ! s’adresse aux jeunes lecteurs et interroge sur la notion de partage et de solidarité en mettant en avant un personnage égoïste et peu partageur victime d’un véritable chamboulement.

******

Catégorie 6-8 ans

Le manteau

Le manteau, Séverine Vidal & Louis Thomas, Gallimard, 2020.

Quand la pauvreté est perçue au travers du regard d’un enfant, le choc peut s’avérer assez brutal ! Pourtant, Séverine Vidal réussit à rendre la rencontre touchante et bienveillante en partant de la présentation de cette enfant, Lison, qui attend impatiemment d’hériter du manteau rouge de sa grande sœur. Ce manteau de grande, ce manteau parfait dont elle rêve depuis longtemps, perd pourtant de sa valeur quand elle passe devant cette mère et son enfant mendiant dans la froid de l’hiver, vêtues de plusieurs couches de vêtements bien trop fin pour leur tenir chaud… Lison découvre alors que la chaleur passe aussi dans le partage et la générosité.

*

Ling & les êtres mécaniques

Ling & les êtres mécaniques, Emma Roberts & Gwendal Blondelle, Alice jeunesse, 2020.

Entre délicatesse, imagination et réalisme, cet album nous décrit le quotidien d’une enfant obligée de travailler pour subvenir à ses besoins comme à ceux de sa famille, restée à la campagne.
Son seul bien, celui qu’on ne peut lui prendre et qui lui permet de tenir : ses pensées, ses rêves, ses espoirs.

Sans accusation aucune, il nous apprend/rappelle que des enfants travaillent malheureusement dans certaines parties du monde pour que dans d’autres endroits, d’autres enfants (et adultes) profitent du fruit de leur dur labeur.
Il nous dit aussi que d’où que nous soyons et qui que nous soyons, finalement, nos désirs profonds sont identiques.

*

Le samedi au Paradis

Le samedi au Paradis, Angela Burke Kundel & Paola Escobar, Kimane, 2021.

A Bogota, en Colombie, dans le quartier de La Nueva Gloria, le samedi est attendu avec impatience par les enfants. Car le samedi, José Alberto Gutiérrez leur ouvre les portes de son Paradis: une bibliothèque constituée de livres jetés dans les quartiers riches de la ville et récupérés par José lors de ses tournées, car il est éboueur.
L’histoire de cet album qui nous présente deux José, est d’autant plus belle qu’elle est vraie.
Elle nous décrit le pouvoir des livres, leur rayonnement à-travers les lieux et les époques, le pouvoir de l’imagination qui permet de s’évader. Mais aussi un accès inégal à la culture et au savoir, certains les considérant comme « jetables ». Heureusement, l’espoir et la générosité d’un homme à la profession méprisée permettent aux jeunes enfants d’y pallier.

*

Taupe & Mulot, tome 6. Faire famille

Taupe & Mulot, tome 6. Faire famille, Henri Meunier & Benjamin Chaud, Hélium, 2023.

Taupe et Mulot est une série de 6 petits romans aux personnages récurrents. Faire famille, le dernier né (pour le moment), est composé de trois histoires indépendantes. Parfait pour les jeunes lecteurs auxquels ce texte s’adresse !
L’objet livre est très agréable, les illustrations de Benjamin Chaud pleines de vie, mais c’est la relation entre Taupe et Mulot qui est vraiment mignonne. La bienveillance non dénuée d’humour, et l’attention constante de l’un envers l’autre sont charmantes.
Les histoires mettent en scène différents personnages de la forêt qui ont tous à cœur le bien de leurs camarades, et particulièrement celui de Mulot qui manque de réserves pour traverser l’hiver, sans que le message ne soit lourdement appuyé. Un coup de coeur.

******

Catégorie 9-12 ans

La Jungle

La Jungle, Ludovic Joce, Alice (Deuzio), 2021.

Ici la jungle n’est pas celle, sauvage, lumineuse, qui abrite d’incroyables espèces animales et végétales. Non, la jungle ici, c’est celle de Calais. « La Jungle » c’est le nom que l’on a donné à cet endroit, en forêt, où des centaines de réfugiés se sont installés après le démantèlement du camp de Sangatte. Quand Lucas, qui vient d’emménager à Calais, fait une mauvaise chute en explorant les alentours avec son skate et son chien Malabar, un garçon nommé Seyoum va lui venir en aide et l’amener dans sa cabane. Là, il va le soigner, avec son frère et son père. De retour chez lui, Lucas ne pourra pas oublier Seymoun et sa famille mais les préjugés ont la vie dure et les liens qui se tissent entre les deux enfants vont être mis à rude épreuve. Un roman qui permet d’interroger notre manière d’accueillir en France les réfugiés et d’interroger ce qui nous lie malgré nos parcours et nos cultures.

*

La trompette de Louis

La trompette de Louis, Magali Chiappone-Lucchesi & Youlie, Glénat jeunesse, 2021.

Voilà un bien bel album qui nous raconte comment le jeune et pauvre Little Louis qui a grandi à la Nouvelle-Orléans s’est sorti de la rue pour devenir le célèbre Louis Armstrong. Si l’histoire de Louis est déjà passionnante, le récit aborde la ségrégation et la difficulté d’être noir dans l’Amérique du début du vingtième siècle ainsi que l’engagement de l’artiste pour la communauté afro-américaine. A la fin de l’ouvrage, on n’a qu’une envie, écouter résonner la trompette de Louis.

*

Seconde chance

Seconde chance, L. Karol, Mijade (Zone J), 2021.

Voilà un petit roman dynamique qui raconte une bien belle histoire d’amitié entre Lou-Ann, Manoa, Jeanne et Inaya, quatre adolescent.e.s qui vivent au cœur de la France, le long de ce que l’on nomme poétiquement « la diagonale du vide ». Confronté.e.s au chômage et à la précarité qu’il entraîne, nos jeunes personnages, pour aider l’une des leurs, vont user de toute leur ingéniosité et de leur créativité pour inventer des solutions et faire un sacré pied de nez à Madame La Pauvreté !

*

La soupe aux amandes

La soupe aux amandes, Sylvie Deshors, Thierry Magnier, 2022 (pour la présente édition).

Ram et sa mère n’ont pas de chez-eux. Ils vivent, dorment, mangent, se déplacent dans un aéroport. Chaque jour succède au précédent avec le même objectif: ne pas se faire repérer, se fondre dans la masse, être invisible. Et parfois, cet « ordinaire » se teinte d’extraordinaire.

Comme tant d’autres de la très bonne collection « Petite Poche », ce court roman percute et fait réfléchir. Il porte notre attention sur le sort des sans-papiers, des démunis. Ces hommes, ces femmes, ces enfants aussi, qui survivent, vivotent, subissent, condamnés à vivre dans cet endroit de transfert, d’entre-deux. L’espoir est bien mince, l’avenir semble condamné et pourtant, même si une tristesse résignée s’en dégage, le roman nous laisse avec de l’espoir, de la solidarité et de l’humanité.

******

Catégorie 13-15 ans

Les frères noirs

Les frères noirs, Lisa Tetzner & Hannes Binder, La joie de lire, 2022.

Présentation éditeur:

Ce roman est basée sur la véritable histoire des petits ramoneurs tessinois…

De 1850 à 1920, des familles tessinoises furent contraintes de vendre leurs fils comme main d’œuvre à Milan. C’est ainsi qu’arrive un jour, dans un village pauvre de la Suisse italienne, un étrange personnage qui propose d’acheter des garçons. La misère est telle que le père n’a d’autre choix. Giorgio doit quitter son Tessin natal pour l’Italie. À Milan, il découvre la grande ville. Mais aussi son affreux destin qui sera celui de tant d’autres de ses petits compatriotes : ramoneur. Ces enfants sont alors maltraités et vivent dans des conditions désastreuses. Beaucoup meurent au travail ou de malnutrition. Pour essayer de s’en sortir, ils décident de créer une association, celle des Frères noirs. La chance de fuir ce calvaire se présente à certains, mais la route du retour sera longue et dangereuse…
Les sombres illustrations d’Hannes Binder donne une force particulière à ce récit historique qui résonne avec un fait malheureusement encore d’actualité : le travail des enfants.

*

Ghost – Si on fonce, peut-on échapper à son passé ?

Ghost, Jason Reynolds, Milan, 2021 (pour la présente édition)

Présentation de l’éditeur :

Courir, Ghost sait faire. Depuis toujours. Mais pour une équipe d’athlé, no way. Pourtant, un soir, en rentrant du collège, il défie pour s’amuser un jeune sprinteur qui s’entraîne avec son équipe. Le coach est là et comprend tout de suite qu’il a un don. Mais Ghost est un gamin pauvre qui déborde de colère. Saura-t-il canaliser ses forces pour rejoindre l’équipe ? Ou bien le passé viendra-t-il le rattraper ?

« Ghost » est le premier tome de l’incontournable tétralogie « GO ! », de Jason Reynolds, une série qui raconte le destin de quatre ados, réunis par l’amour du sport et de la course.

*

La vie est un film

La vie est un film, Maité Carranza & Nicolas Pitz, Alice (Deuzio), 2022.

Olivia, 12 ans, doit faire face à une situation aussi soudaine que dramatique : suite à la perte de son emploi, sa maman ne peut plus payer l’électricité, l’école, le gaz… et la situation ne fait que s’aggraver : les voilà expulsés de leur appartement.
Ce roman évoque fortement Partis sans laisser d’adresse de Susin Nielsen qui met aussi un enfant dans le rôle du chef de famille face à un adulte défaillant, mais aussi La vie est belle de Roberto Benigni car Olivia trouve encore l’énergie cacher la réalité à son petit frère pour le protéger.
La relation entre le frère et la sœur est d’ailleurs très réussie et souvent touchante. Maïté Carranza dénonce avec force le rôle des banques dans la faillite de familles « fragiles », expose avec honnêteté les conséquences de la pauvreté pour les enfants, et livre malgré tout un texte adapté à son lectorat et plein d’espoir.

*

Chez toi

Chez toi, Sandrine Martin, Casterman, 2021.

L’histoire de cette bande dessinée est particulière car Sandrine Martin s’est inspirée des témoignages recueillis par Vanessa Grotti pour ses recherches anthropologiques pour le projet EU Border Care (qui étudie les trajectoires des femmes enceintes dans les pays frontaliers de l’UE).
Cet aspect « réel » est très convaincant. Les situations subies par Mona sont atroces, et on ne peut qu’être saisi par leur véracité. Le lien que nouent Mona et Monika est particulièrement touchant. Cette dernière, sage-femme grecque, a beau avoir un quotidien moins dramatique que Mona, la bédéaste n’hésite pas à montrer que sa vie n’est pas rose pour autant. Tout cela est fait avec beaucoup de délicatesse et d’humanité. Si le lecteur peut parfois confondre certains personnages à cause d’illustrations manquant un peu de caractéristiques, Sandrine Martin a parsemé ses planches de belles trouvailles telles que son utilisation de la fumée des cigarettes Al-Hamra, le linge étendu symbolisant le temps qui passe ou la ligne de contour qui devient une carte ponctuée d’étape.

******

Avez-vous lu certains de ces livres ? Avez-vous envie de les découvrir ? Nous vous invitons à guetter les lauréats de chaque catégorie sur le site my.unicef.fr que nous partagerons sur notre page facebook.