Lecture commune : Dans les branches

Quoi de mieux À l’ombre du grand arbre que de se plonger dans un roman dont le titre est « Dans les branches » ? C’est ce que j’ai fait, accompagnée de Alice et Bouma et voilà tout ce que nous avions à vous dire sur ce roman de Emmanuelle Maisonneuve qui nous a beaucoup plu.

Emmanuelle Maisonneuve - Dans les branches.

 

Ce roman est écrit par Emmanuelle Maisonneuve et publié chez Graine 2. Est-ce que vous les connaissiez et est-ce que ça vous a donné envie d’ouvrir ce livre ?

Alice : Graine2 ? Je connais les guides de voyage pour enfants qui ont souvent accompagné nos escapades. Très ludiques, ils permettent aux petits baroudeurs de tenir une sorte de carnet de bord et de rendre les visites plus supportables !
Que cet éditeur se tourne vers des fictions ? C’était une découverte pour moi.
Mais j’avoue, ce qui m’a attiré dans ce livre c’est sa couverture : MAGNIFIQUE ! Vous ne trouvez pas ?
Et puis de nombreuses critiques lues par-ci par-là m’ont interpellée, suis-je passée à côté d’un texte qui en vaut le détour ?

SophieLJ : Comme toi, je connaissais Graine2 pour ses guides et pas du tout Emmanuelle Maisonneuve. En fait, je pense que je Emmanuelle Maisonneuve - Tom Patate Livre 1 : La société secrète des Granmanitous.n’aurais jamais ouvert ce livre s’il n’avait pas été dans la sélection du Prix Ados d’Ille et Vilaine et quelle erreur j’aurais fait !

Bouma : Moi je connaissais Emmanuelle Maisonneuve de nom pour sa série Tom Patate aussi publiée chez Graine2 et qui m’a été recommandée de nombreuses fois par de jeunes lecteurs.
Si j’ai ouvert ce roman, au delà de la superbe couverture en effet, c’est parce qu’il est également sélectionné dans le Prix des Incorruptibles dans la catégorie 5e/4e cette année.

Une petite maison d’édition qu’on ne connait pas pour ses romans, et pourtant que de sélections pour des prix littéraires avec ce roman ! Alors il raconte quoi au fait ?

Alice : Morgan est un jeune ado, geek, solitaire, renfermé, esseulé qui va faire une étrange découverte dans la forêt. À l’occasion d’une course d’orientation il est persuadé avoir croisé une étrange créature qui pourrait sortir tout droit de ses jeux vidéos. Convaincu de l’existence de ce « sauvage », il décide alors de partir à sa recherche pour comprendre qui il est et ce qu’il fait là. Une quête qui va complètement transformer notre ado pas très bien dans sa peau en un véritable aventurier amoureux de la nature.

Quand on commence le roman, en tout cas en ce qui me concerne, on est a peu près sûr de rentrer dans une histoire fantastique. Est-ce que vous avez-été surprise du retournement de situation ?

Alice : Ma lecture est lointaine mais si je me souviens bien, seul le premier chapitre m’a donné cette impression. Rapidement on bascule dans « la réalité ». Et c’est temps mieux ! Je ne suis pas fan de littérature fantastique et je pense que j’aurais pu abandonner la lecture. Dans tous les cas, je n’ai pas pris ce livre en espérant lire du fantastique donc je n’ai pas été étonnée du retournement de situation comme tu dis. Cela a été le cas pour toi ?

SophieLJ : J’ai cette habitude de commencer une lecture sans en lire le résumé et en évitant (ou oubliant bien vite) les avis que j’ai pu entendre avant. Là je n’avais comme première approche du roman qu’un extrait cité par une de mes collègues et cet extrait était justement le passage avec le « troll ». Du coup j’étais plutôt dans l’optique de lire un roman qui partait vers du fantastique. Mon étonnement du revirement de situation n’a pas duré très longtemps puisque j’ai été finalement très agréablement surprise par la direction que prenait l’histoire.

Bouma : Effectivement, je ne m’attendais pas à une histoire aussi ancrée dans le réel. Mais je trouve qu’elle a quand même un côté fantastique dans sa conception autour d’une situation complètement inédite, presque invraisemblable, qui si on nous la racontait mettrait en doute la crédibilité du narrateur.

Morgan va établir une relation bien particulière avec cette « créature des bois ». Qu’est-ce que vous en avez pensé et est-ce que son évolution était celle que vous attendiez ?

Bouma : Pour le coup, je n’attendais rien en particulier. Je me suis complètement laissée embarquer par les émotions de cet ado face à la découverte de l’inconnu. Il tâtonne, essaye de faire du mieux qu’il peut pour établir un contact durable et j’ai franchement admiré sa persévérance et son courage.

Morgan évolue beaucoup durant le récit. On passe d’un ado un peu solitaire et geek à un jeune passionné par la nature et bien plus mature. Qu’avez-vous pensez de cette évolution ?

Alice : Et bien, elle fait du bien ! Moi, j’ai envie d’y croire ! De croire en cette jeunesse qui n’est pas amorphe et que l’on peut par un simple coup de pouce, par une rencontre fortuite, par une aide providentielle… amener sur un autre chemin. Trop souvent laissés sans guide, abandonnés, certaines ados ont le droit d’ouvrir leur regard, leur esprit et en sont tout à fait capables !!!
Et puis l’un n’empêche pas l’autre, on peut être amateur de jeux vidéos et aimer respirer le grand air, le tout est un savant dosage et une question d’éducation.

Bouma : Comme Alice, j’ai trouvé cette évolution très crédible. L’adolescence est un moment de construction de soi où l’on essaye bien des chemins, alors pourquoi pas ceux-ci et pourquoi pas les expérimenter seul ET accompagné. C’est un beau message sur ce que l’humain peut toujours faire, à savoir : changer !

Sans trop en dire, qu’avez-vous pensé du dénouement et de la finalité de la relation entre Morgan et « cette créature » ?

Alice : Sûrement qu’il y a un effet miroir entre les deux ados. Cette solitude personnelle, comme un espace subit mais nécessaire, qui finalement conditionne aussi leur complicité et leur irrémédiable attachement. Ces deux là, ils seront inséparables… Dans la tête, dans leur cœur, raisonnera toujours le bout de chemin qu’ils ont fait ensemble et qui conditionnera le reste de leur vie.

Bouma : Là encore, j’ai trouvé que l’exploit de Maisonneuve était de rendre crédible l’incroyable. Il y a à la fois quelque chose de très rocambolesque, très aventurier dans la fin de leur aventure commune qui cohabite avec un enracinement concret dans le réel. J’ai aimé qu’elle joue sur ces deux tableaux. J’ai aimé avoir peur puis retrouvé espoir.

La fin est presque ouverte sur une suite. Avez-vous envie d’en avoir encore plus ?

Alice : Je ne sais pas si j’ai envie d’en savoir plus. Je ne crois pas. En tout cas je n’arrive pas à imaginer la suite comme un récit aussi fascinant. J’aurais trop peur que cela tombe dans de la facilité alors que jusqu’alors, l’auteur maîtrise complètement l’effet de surprise et d’étonnement. Alors, j’en resterai là, sur une porte ouverte vers un avenir singulier.

Bouma : Non pas du tout. Je veux rester sur la puissance de ce texte, de cette rencontre, et dans le rêve formulé par les dernières pages.

Alice : Si j’avais à rajouter quelque chose, ce serait cette rencontre avec une main tendue, celle de cet adulte qui sait à la fois écouter, rester à sa place, valoriser, transmettre… Il est pour moi un appui incontestable qui sans un bruit permet de redémarrer une vie, de guider juste par des gestes ou une présence : un soutien sans faille et sans jugement . Quelle belle personne !
Il ne vous a pas séduite vous aussi ?

Bouma : J’avoue ne pas trop avoir gardé en tête ce personnage…

SophieLJ : Oui j’ai beaucoup aimé ce personnage. Il est parfois important d’avoir un adulte hors du cadre familial pour grandir, cet homme solitaire remplit ce rôle à merveilles.

Retrouvez les avis de Sophie, Bouma, Alice et Pépita.

Le site de Emmanuelle Maisonneuve
Le site des éditions Graine2

Coups de coeur de mars 2017

Il est passé bien vite ce mois de mars !

Le printemps est enfin arrivé, on a recalé nos montres le WE dernier et on a sorti notre tête de dessus l’oreiller pour aller dans le jardin bouquiner.

Place aux lectures en plein air !

Vous n’avez pas d’idées ? Alors voici la sélection des coups de coeur de l’équipe du grand arbre pour vous laisser inspirer.

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 > Alice a semé des ronds rouges dans son jardin  : 

A partir d’un simple rond rouge Claire Garralon nous offre un album d’une grande qualité créative pour ouvrir ses yeux sur le monde.

Parce qu’on est tous pareils et tous si différents !

Son avis complet

> Chloé (Littérature enfantine) à plongé dans une piscine magique.

Un feel-good book qui fera rire petits et grands.

Son avis complet

> Pépita et son Méli-Mélo de livres ont apprivoisé un renard.

Un roman magnifique sur la symbolique des relations humaines et animalières : je ne suis pas prête d’oublier Pax et Peter !

Son avis complet

> SophieLJ a besoin d’ailes pour retrouver ses étoiles.

Une belle histoire pleine de poésie sur la persévérance et l’acceptation de l’autre tel qu’il est.

Son avis complet

> La collectionneuse de papillons a joué de ses dix doigts avec des tableaux célèbres :

Voilà un album qui nous offre une initiation ludique et presque magique à l’art avec des tableaux que l’on peut enfin caresser du bout des doigts !

son avis complet.

Bouma (Un Petit Bout de Bib) s’est laissée conter une histoire vieille comme le monde :

Une plume subtile, un autre regard sur l’autre, le tout dans un roman soigné où les adolescents questionnent la parentalité.

son avis complet.

Et vous, que retiendrez-vous de ce ce mois de mars.

Lecture commune : Aussi loin que possible

Sur la ligne de départ de cette lecture commune, on trouve Sophie LJAlicePépitaBouma et Colette, affichant une motivation à toute épreuve pour répondre à ma série de questions sur ce petit roman.

Aussi loin que possible, Eric Pessan. Ecole des Loisirs, 2016.

A vos marques-pages, prêtes ? C’est parti !

Deux jeunes nous tournent le dos sur la couverture, le titre nous intrigue sur l’objectif à atteindre… Quelles étaient vos appréhensions avant de commencer cette histoire ? Et qu’est-ce qui vous a donné l’élan pour cette lecture ?

Alice : « Objectif à atteindre »,  » élan », j’aime bien ce choix lexical qui donne déjà des indices sur une des pistes de ce roman. Mais je n’en dis pas plus, car ce n’est pas encore le but de ta question…

Moi, j’ai beaucoup aimé le titre que je trouve très ambitieux. Enigmatique, percutant comme un slogan mais positif.

Quand à la couverture, ce n’est pas le fait que les deux ados soient de dos qui m’a intriguée, mais j’ai plutôt été touchée par leur accolade, symbole d’une certaine fraternité.

Au premier coup d’oeil, ce livre est pour moi plein d’amitié et d’espoir.

Sophie LJJ’ai aussi beaucoup aimé le titre de ce roman. Je me demandais où il m’emmènerait justement.

Une fois ouvert, j’ai été bien vite embarquée dans la course de ces deux jeunes qu’on suit avec plaisir et inquiétude aussi.

BoumaJe n’aurais sûrement jamais ouvert ce roman s’il ne m’avait été conseillé par ma libraire. Certes la couverture laisse penser à une histoire d’amitié et le titre sonne comme une promesse mais mes envies de lecture à ce moment là étaient très loin de cette thématique.

PépitaJ’avais déjà lu un roman de cet auteur et j’avais été frappée par son écriture. Et j’ai trouvé la couverture et le titre bien en accord : aussi loin que possible…une promesse, un défi à relever, deux jeunes garçons, il n’en fallait pas plus pour que j’ouvre ces pages.

ColetteCette lecture est un excellent souvenir car elle m’avait été conseillée par ma bibliothécaire préférée qui m’avait prêté ce livre à l’aube de notre expédition familiale à la Réunion et je l’ai lu d’une traite sur la plage de l’Hermitage pour me soigner d’une mauvaise angine qui m’empêchait d’aller me baigner dans l’eau transparente avec mes garçons ! Aussi loin que possible, quand même c’est un titre sacrément prometteur, une bribe de rêve comme on aimerait en glisser à l’oreille de chaque enfant croisé sur notre chemin…

D’un rythme haletant, ce roman débute comme une respiration saccadée et annonce la distance. Vous êtes-vous préparées à le lire d’une traite ou avez-vous été happées par cette course ?

PépitaComplètement happée par cette course car j’ai trouvé que le style d’écriture imprimait un rythme à l’histoire, on se sent courir avec les deux garçons, j’ai ressenti vraiment cette impression. Mais j’ai fait des pauses aussi, non pas pour reprendre mon souffle mais pour intérioriser ce que je venais de lire. Je sentais bien confusément que dans cette histoire, ce n’est pas seulement « courir » le message qu’a voulu faire passer l’auteur.

BoumaMoi aussi j’ai été happée dès les premiers mots par la présence de ce narrateur et l’écriture imagée d’Eric Pessan. On a l’impression de courir en lisant (je voudrais que tous les livres me fassent ça !)

ColetteJ’ai été complètement happée car je voulais absolument comprendre pourquoi ces deux jeunes avaient autant besoin de s’échapper.

Sophie : En général, je commence un roman quand je suis sûre d’avoir un peu de temps devant moi. Celui-ci, je n’ai pas pu le lire en une fois mais deux ont suffit. Je pense qu’on pourrait même le lire à voix haute… même si on risque d’être un peu essoufflé !

AliceJe me souviens de ces premières pages ou l’on passe les différentes barrières qui nous amènent du centre ville au periphérique, à la banlieue et puis … prendre une bonne bouffée d’air frais et de verdure en pleine figure ! Le rythme était donné, les foulées venaient naturellement les unes après les autres, le souffle se maîtrisait de mieux en mieux, les muscles commençaient à se faire sentir … de vraies sensations d’une bonne sortie de running ! Et je sais de quoi je cause ! Après la machine est lancée et le physique se rôde, c’est alors la tête qui rentre en action et l’on cherche à savoir ce qui pousse ces deux ados à courir. Après quoi ? Après qui ?

Comme la première page nous en informe (par une prolepse), les deux garçons voient naître au fur et à mesure de leur périple « les véritables raisons » de leur course. Sachant seulement qu’Antoine et Tony venaient d »une cité, qu’aviez-vous imaginé sur leurs motivations ?

Pépita : Aussi curieux que cela puisse paraître, rien du tout ! J’ai suivi leur périple comme il venait, en les trouvant très respectueux des traces qu’ils pouvaient laisser. Et curieusement, quand les motivations sont arrivées-mais le sont-elles vraiment ?-j’ai retenu mon souffle : je ne voulais pas que cette course spontanée soit « souillée » en quelque sorte par une espèce de chose genre  » faut rentrer dans les cases ». Eric Pessan a su garder l’esprit jusqu’au bout je trouve et je pense que la réussite de ce roman tient aussi à ça : à ce travail d’équilibriste, au fil du rasoir, pour ne pas tomber dans le cliché et les stéréotypes.

Alice : Comme Pépita, rien non plus. Et c’est vrai que cela titille notre curiosité, que l’on se demande ce qui peut guider cette course et j’ai particulièrement apprécié que tout cela ne tombe pas dans le cliché de la cité. Le dérapage aurait pu être facile, mais non Eric Pessan maintient bien son cap, son équilibre et sa finesse. Pas de misérabilisme non plus, pas de « too much », juste ce qu’il faut pour que cela soit touchant.

Sophie : Je n’avais trop rien imaginé en dehors d’une fugue. Par contre, pendant un moment au cours de l’histoire, j’ai cru que ça allait mal finir ! J’avais du mal à voir comment on pouvait aller vers du positif.

ColetteDéformation professionnelle sans doute, j’ai vu de nombreux fantômes, rencontrés sur mon chemin d’enseignante d’élèves en fuite, pousser nos deux amis à courir. Ce n’est pas tant leur situation de jeunes de cité qui a créé cette attente mais simplement le fait qu’ils soient au cœur de cet âge de tous les élans qu’est l’adolescence.

Reprenons leur élan et ouvrons les yeux…

« Une expiration.

Je m’accroche au rythme de nos pas, je n’écoute plus que le heurt de nos semelles et l’écho que rendent certains entrepôts. J’oublie le grondement continu du périphérique, j’oublie les moteurs (…)

Deux inspirations.

On avance.

Des machines martèlent du métal, des chiens aboient. »

Les deux coureurs font abstraction du décor, de ce monde désolé qui les entoure. Et vous, avez-vous été sensible à cette toile de fond sonore et visuelle ?

Pépita : oui tout comme toi j’ai été très sensible à cet univers et je pense qu’un film pourrait aisément en émerger. J’ai entendu leur souffle s’accorder, leurs semelles claquer, le bruit de la ville, le silence de la campagne,….comme si l’auteur avait voulu que le lecteur soit presque en train de les suivre en vrai.

Colette : les bruits de la ville m’habitent et me rassurent, j’aime les retrouver dans mes lectures même si c’est pour tenter de les oublier.

Sophie : J’ai bien aimé l’ambiance citadine que créaient les décors. Je me souviens moins des autres. C’est vraiment le côté urbain qui m’a marquée, le point de départ dans un environnement de cité, les bruits, le décor. On s’en imprègne assez bien même si c’est secondaire pour eux. Je n’ai pas le livre sous la main mais je me souviens particulièrement d’un début de chapitre où ils sont devant l’autoroute. La vitesse des véhicules défile sous leur yeux alors qu’ils sont justement arrêté pour la première fois. J’ai bien aimé ce contraste du style « la vie continue ».

Alice : Je ne me souviens pas des bruits de la ville… c’est vraiment le souffle de leurs respirations qui pour moi a rythmé cette lecture et la cadence de leur pas, de leur course.

Bouma : Ce décor très citadin m’a permis de me plonger très facilement dans le récit car il me rappelle mon quotidien et tous les bruits urbains qui peuplent ma vie. C’est presque une bande-son, tant le côté sonore du décor prend de la place.

Oubliant l’univers réaliste dans lequel évoluent les deux adolescents, j’ai souvent pensé à un conte en lisant ce roman : deux héros en quête pour échapper à leur sort, quelques rencontres menaçantes, d’autres souriantes, bienveillantes et des abris providentiels sur le chemin. Me suivez-vous sur cette piste ?

Pépita : maintenant que tu le dis oui pourquoi pas ? Mais non je ne l’ ai pas lu comme un conte mais comme un fait de société actuel.

Colette : Je ne l’ai pas du tout lu comme un conte (en même temps le schéma actantiel que tu décris est un schéma que l’on retrouve dans la plupart des récits, mais c’est vrai qu’ici la brièveté du récit pouvait faire songer au conte) mais comme une histoire d’amitié réaliste et moderne.

Alice : Tout comme mes copinautes, je n’ai absolument pas vu ce livre comme un conte et je ne sais pas si je m’avancerais jusque là. C’est pour moi un roman d’actualité avec sa part d’engagement et d’indignation. Un réveil des consciences assez finement amené.

Je trouvais que rien n’arrêtait ces personnages et qu’il y avait un aspect merveilleux dans le fait qu’ils parvenaient à mener leur course au bout, en volant sans être arrêtés ou en s’abritant sans être découverts, comme si cette aventure échappait à la réalité. Mais je ne voudrais pas forcer l’interprétation du récit, qui est bien ancré dans la société actuelle, je le reconnais.

Sophie : Je n’ai pas pensé au conte non plus en le lisant. Mais en y pensant j’imagine assez bien une réécriture un peu onirique et fantastique de cette histoire.

Des souvenirs émergent en pagaille, des projets naissent. Sur la ligne d’arrivée, l’écriture prend le relai de la course et le reste de la vie des héros s’ouvre, entre parenthèses. Ce roman intimiste nous donne à penser, prolonge l’écho des pas dans nos têtes. Après l’avoir fermé, quels mots ou pensées résonnent encore en vous ?

Pépita : je l’ai lu à sa sortie, ce roman, et cette lecture commune ravive des souvenirs encore très forts en moi : je dirais « humanité et leçon de vie ».

Colette : « parce que c’était lui, parce que c’était moi »…

Bouma : Ce roman m’est apparu comme une parenthèse et il reste comme tel dans ma mémoire. Il raconte un instant singulier dans la vie de personnages, un instant pour lequel il y aura désormais un avant et un après. Ce sont des choses qui arrivent à chacun dans la vie, et ce sont donc mes propres souvenirs de ces instants particuliers qui me reviennent en filigrane de cette lecture ; tous les moments d’amitié partagée qui ont sillonné ma vie pour la construire… Y compris ma découverte de ce beau projet, et les summer book camp des dernières années.

Sophie : Pour moi cette course, c’est la façon des héros de tourner la page à un moment de leur vie. Cette course c’est une accélération qui va les emmener vers autre chose, très vite car ça devient vital pour eux deux. Ce qu’il me reste de ce roman c’est cette invitation à sortir de sa zone de confort pour passer à autre chose.

Alice : Que me reste-t-il de ce roman ? Après cette lecture commune, une envie de le relire …

 

Prix À l’ombre du grand arbre : albums et petite enfance

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Les deux mois précédents, nous vous présentions les premières sélections de la nouvelle mouture de notre Prix À l’ombre du grand arbre. Vous pouvez retrouver les romans pour enfants et adolescents ici et les BD et documentaires .

Pour finaliser le Prix À l’ombre du grand arbre dans ces différentes catégories, c’est maintenant à vous de choisir quels livres vous avez préféré en 2016. On termine aujourd’hui avec les catégories Albums et Petite enfance.

Les votes seront clôturés le 30 avril pour une annonce des résultats le 9 mai avec les 5 ans déjà d’À l’ombre du grand arbre !

À vos votes !

 

♦ Albums ♦

Delphine Perret - Björn - Six histoires d'ours.

Akiko Miyakoshi - Quand il fait nuit.

Thomas Scotto et Csil - Sans ailes.

Jihyeon Lee - La piscine.

Cécile Roumiguière et Fanny Ducassé - Dans le ventre de la Terre.

Quel est votre album jeunesse préféré ?

  • "Dans le ventre de la terre" de Cécile Roumiguière et Fanny Ducassé (33%, 8 Votes)
  • "Sans ailes" de Thomas Scotto et Csil (25%, 6 Votes)
  • "Björn : six histoires d'ours" de Delphine Perret (21%, 5 Votes)
  • "La piscine" de Jihyeon Lee (17%, 4 Votes)
  • "Quand il fait nuit" de Akiko Miyakoshi (4%, 1 Votes)

Total Voters: 24

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♦ Petite enfance ♦

Jeanne Ashbé - La fourmi et le loup.

Delphine Chedru - 1, 2, 3, partons ! - Suis le chemin avec ton doigt.

Marie Nastanlieva - Maurice et Léopold.

Frédéric Stehr - Zim Bam Boum.

Véronique Joffre - Imagier mouillé.

Delphine Grenier - Déjà.

Quel est votre album petite enfance préféré ?

  • "Déjà" de Delphine Grenier (35%, 8 Votes)
  • "Zim Bam Boum" de Frédéric Stehr (22%, 5 Votes)
  • "Maurice et Léopold" de Marie Nastanlieva (17%, 4 Votes)
  • "La fourmi et le loup" de Jeanne Ashbé (13%, 3 Votes)
  • "Imagier mouillé" de Véronique Joffre (13%, 3 Votes)
  • "1, 2, 3, partons !" de Delphine Chedru (0%, 0 Votes)

Total Voters: 23

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Je vous rappelle aussi que si vous avez des talents d’artiste et/ou de graphisme, nous sommes à la recherche de notre nouvelle bannière de blog ! Toutes les informations sont ici.

Lecture commune : Sauveur & fils Saison 1 et 2 et…

Une nouvelle série de Marie-Aude Murail-Sauveur & fils- nous a enthousiasmées !

Voici un échange sur les deux premiers tomes et chut ! on est déjà plongées dans la suite…

Marie-Aude Murail - Sauveur & Fils Saison 1 : .Marie-Aude Murail - Sauveur & Fils Saison 2 : .

 

Pépita : Sauveur & fils, avec ces cochons d’inde en couverture, vous vous attendiez à quoi ? A du Marie-Aude Murail en tous cas non ?

Chlop : A vrai dire, je n’avais pas vraiment d’idées pré-conçues. Je n’ai pas lu la 4eme de couv et je ne savais pas trop à quoi m’attendre, si ce n’est que je me doutais que j’aurais plaisir à le lire. (Parce que j’ai confiance dans Marie-Aude Murail pour faire des livres qui me plaisent mais aussi parce que j’ai confiance dans celle qui me l’a offert pour cerner mes goûts 😉

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Colette : J’avoue je n’ai pas du tout eu de coup de foudre pour cette couverture ! J’ai même cru que les graphistes étaient en panne d’idée ! Mais bien entendu quand je me suis plongée dans l’histoire de Sauveur et que j’ai découvert la hamstérologie, il m’a semblé finalement très judicieux d’avoir choisi ce personnage là pour le mettre en couverture ainsi que d’autres membres de sa grande famille pour celle du tome 2. Il aurait été de toute façon contre productif de nous présenter une quelconque image de Sauveur ou de son fils, car eux, nous avons terriblement besoin de nous les inventer, de les apprivoiser, de les envisager !

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Alice : La couverture ne m’a pas emballée de suite, mais ce sont vos premiers retours de lectures et ceux de mon entourage qui m’ont donné envie de retrouver la plume et la personnalité de Marie-Aude Murail. Je n’ai pas toujours accroché à tous ses textes ( Malo de lange par exemple, ou Le tueur à la cravate..) mais quand elle s’attache à mettre les considérations sociétales au cœur de ses romans, avec en plus un petit côté militant, je suis conquise !

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Bouma : En toute honnêteté ce sont vos coups de cœur successifs pour ce roman car entre le titre qui ne me parlait pas et la couverture… eh bien j’aurais fait l’impasse…

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Pépita : et bien moi j’ai adoré la couverture, non pas esthétiquement car elle est pas terrible mais j’ai bien aimé le clin d’oeil de la fin et la hamstérothérapie, j’ai trouvé ça chouette !
Et ce Sauveur alors, au prénom prédestiné, il sauve qui ? Des hamsters ? Des cochons d’Inde ? Lui-même ?

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Colette : Sauveur sauve toute une ribambelle d’enfants perdus, des petits, des grands, et de mille manières différentes … et je dirai que celui qu’il sauve le moins c’est lui -même.

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Alice : Quel prénom prédestiné ! Sauveur sauve les patients qui défilent dans son bureau, pas que des enfants d’ailleurs. Il ne les sauve pas à proprement dit mais les aide à trouver leur propre chemin. Sauveur est un fin psychologue, qui écoute, ne juge pas et qui apporte sa bienveillance. Sauveur se sauve aussi lui même, en allant fouiller dans ses propres racines ( tome 1), en reconstruisant sa vie ( tome 2). Et enfin Sauveur sauve des hamsters ! Et c’est pour la bonne cause ! Qui l’eut cru ?

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Bouma : Sauveur et son fils Lazare n’ont pas des noms communs et ne le sont pas eux non plus. Cet homme apparaît comme un phare (tant par sa stature que par son rôle) dans la vie de son entourage (patients ou connaissances). Mais ce n’est pas un prénom facile à porter et il le dit de la plus belle des manières).

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Chlop : Je pense que malgré son nom prédestiné, Sauveur ne sauve personne. En bon psy, il essaye plutôt de permettre à chacun de se sauver lui même. Mais (est-ce à cause de son prénom ou à cause d’une trop grande capacité d’empathie?) dans cette tâche il se perd peut être un peu de vue et relègue ses propres problèmes au second plan. Il faut dire que sauver les autres, soi même, son enfant et les hamsters, ça fait beaucoup pour un seul bonhomme.

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Pépita : Qu’est-ce qui vous a particulièrement plu dans ces deux premiers tomes ? Le ton, les personnages, les situations, l’humour, …Et a contrario, y a-t-il un aspect qui vous a déplu, agacée,…

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Colette : Ils ne sont pas nombreux les petits faits qui m’ont agacé dans ce roman mais franchement le « VP » à tout bout de champ, j’avoue pour moi c’est du jeunisme inutile. Le vocabulaire ou les expressions qui ancrent trop dans une certaine forme d’actualité ou de mode ne servent pas l’oeuvre, voire même l’empêche d’atteindre à une certaine universalité mais ce n’est peut-être pas le but recherché même si toute la quête identitaire que mène Sauveur pour lui même mais aussi pour ses patients est pour moi véritablement une thématique profondément humaine et universelle.
Ce que j’aime dans ce livre, en tant que collectionneuse, c’est le côté « cabinet de curiosités » de la narration, toutes ces petites histoires qui se tissent au fil des pages, tous ces petits tiroirs de l’âme qui s’ouvrent à chaque fois que Sauveur reçoit un nouveau patient, c’est un ressort narratif qui permet d’explorer de nombreux aspects de la complexité humaine. C’est ce qui donne une épaisseur de sens à ce livre foisonnant.
Et puis le personnage de Sauveur m’a beaucoup appris pour moi-même : l’écoute dont il est capable, si elle semble tout à fait nécessaire pour faire un bon psychologue, elle me paraît aussi essentielle à chacun d’entre nous pour savourer pleinement sa relation aux autres. Disons qu’en quelque sorte j’ai été une patiente invisible de Sauveur et que l’écouter parler à ses patients a soigné mon incapacité à écouter vraiment, ce qui me permet dorénavant de mieux comprendre mes proches et de mieux leur répondre. En bref : Sauveur m’a fait progresser en communication bienveillante !

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Pépita : C’est le côté un peu trop parfait de Sauveur qui m’a un peu « agacée » et encore…mais bon, il a tellement de bons côtés, parfois un peu imprévisibles et…prévisibles aussi. Oui j’ai aussi aimé ces destins de cabossés qu’on laisse, qu’on retrouve, qu’on voit évoluer dans leurs contradictions, leurs peurs, leurs joies aussi. On s’angoisse pour certains, on se réjouit pour d’autres. Comme toi Colette, la parole bienveillante de ce thérapeute, son humour aussi, ses doutes m’ont apaisée. Après le côté vie moderne, oui bien ,je l’ai pris comme il venait, un peu comme une récréation. Et puis, ils font du bien aussi dans cette complexité humaine déballée entre ces murs !

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Alice : Moi j’ai adoré la capacité de Marie-Aude Murail à  » inventer  » des histoires mais aussi à leur trouver des issues. Pour pouvoir écrire ce livre, il faut sûrement être un peu « Sauveur » soit même. Du coup, je lui tire mon chapeau bas. Cette bienveillance dont fait preuve Sauveur, c’est aussi la sienne envers les ados qu’elle sait écouter et qu’elle ne prend pas pour des imbéciles.

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Chlop : Il n’y a rien qui m’ait déplut dans ces livres. Ce qui m’a particulièrement touché c’est le personnage de institutrice. On sent à quel point elle est dépassée, à quel point elle essaye de bien faire alors même qu’elle est à un an de la retraite, à quel point elle est perdue face aux problématiques de ses élèves. Elle essaye de se mettre à la page, est à l’écoute de toutes les nouvelles pédagogies et à force, elle en perd son bon sens. Cette façon qu’elle à de subir toutes les injonctions sociétales, même les plus contradictoires m’a fait penser aux mères qui ne savent plus comment s’y prendre à force de lire ça et là des conseils qui vont dans tous les sens. Ce n’est pas un personnage très important mais elle m’a vraiment émue.
J’ai beaucoup aimé aussi, surtout dans le tome deux, l’importance du milieu dans le quel se déroule l’histoire. Une ville moyenne dans la quelle on n’a pas l’impression de connaître tout le monde comme dans un village mais dans la quelle on découvre que les gens ont tous des connaissances en commun. D’où la problématique du secret professionnel et de tension entre vie personnelle et vie professionnelle pour Sauveur.

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Pépita : Transition parfaite avec les personnages : ils entrent, ils sortent, des nouveaux apparaissent dans le second tome, on retrouve ceux du premier tome : la construction du roman suivant l’agenda de Sauveur à la semaine……Qu’auriez-vous à dire sur cette galerie de personnages, ados ou adultes, qui peuplent le cabinet de Sauveur ? Sorte de Kaléidoscope des enjeux de société actuels, comment avez-vous vécu leurs confidences ?

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Bouma : C’est exactement ça. J’ai trouvé que Marie-Aude Murail grâce à son personnage de « Sauveur » abordait par le petit bout de la lorgnette (c’est-à-dire en constatant des faits et en laissant aux lecteurs le soin de se faire leur avis sur la question) une multitude de sujets d’actualité qui touchent de près ou de loin les lecteurs. Elle parle ainsi de divorce, du suivi thérapeutique, du racisme, de la monoparentalité, de la transexualité ou bien encore des familles homoparentales. Leurs confidences aboutissent finalement tous au même constat, je trouve : c’est le regard de la société, des pairs comme des pères, qui les poussent à entrer dans ce cabinet.

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Chlop : J’ai aimé la rencontre avec tous ces personnages parce qu’on les découvre à travers les yeux de Sauveur donc toujours dans la bienveillance. C’est un livre qui incite particulièrement à l’empathie, en montrant parfois plusieurs points de vue sur une même situation, comme par exemple le point de vue de la victime mais aussi de l’un des « bourreaux » dans une situation de harcèlement scolaire. Ça permet de comprendre que la réalité que ça recouvre est forcément nuancée.

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Alice : Les personnages ? Parfois je me suis un peu mélangée les pinceaux  » C’est qui lui/elle déjà ? » mais j’ai toujours eu plaisir à les retrouver en me disant  » Qu’est-il/elle devenu(e) ? »  » Comment a t-il /elle avancé depuis la dernière fois ? » …

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Pépita : Du coup, à quel personnage vous-êtes vous le plus attachée ?

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Alice : Celui auquel je me suis le plus attachée ? Samuel qui a des problèmes avec l’hygiène et dont la mère est hyper possessive. Il prend encore plus de place dans le tome 2 et dégage une telle intensité émotionnelle que c’est sûrement le premier auquel je pense.

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Colette : Mon personnage préféré c’est Sauveur Saint-Yves. Je suis tombée sous le charme j’avoue, voilà un personnage masculin d’une générosité et d’une singularité assez extra-ordinaire. Et puis en tant que père, j’ai aimé qu’il ne soit pas aussi infaillible qu’avec ses patients, tout en se remettant en cause à la fin du premier tome jusqu’à prendre la poudre d’escampette sur son île natale avec son fils sur les traces de son histoire familiale, concrétisant en VRAI ce qu’il travaille chaque jour par la parole dans son cabinet : le retour aux sources, la question parfois si douloureuse des origines, l’élucidation des secrets de famille dont on est soi même les propres maîtres quand on devient parents, et la libération lumineuse quand le travail de deuil et de quête est terminé. J’ai trouvé cependant cet aspect bien moins présent dans le second volume, même s’il est capable de faire quelque chose qui a souvent traversé mon esprit de maman-prof d’élèves en grand désarroi : « adopter » Gabin !

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Bouma : J’avoue que Gabin m’a touché par son attitude toute adolesque à rester impénétrable bien que son quotidien s’effondre autour de lui.

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Pépita : Tout comme toi Bouma Gabin m’a beaucoup touchée par son flegme, son humour et quelque chose me dit qu’on va découvrir une autre facette de ce garçon dans le dernier tome ! J’ai été aussi bouleversée par Ella et par Samuel : leur regard sur le monde qui les entoure, et notamment les adultes, est une sacrée leçon !

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Ce roman est aussi un miroir révélateur des comportements des « grands ». En tant qu’adulte, avez-vous été interpellée ? De quelle manière ?

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Bouma : Oui, ce roman m’a fait encore plus prendre conscience du regard acéré des enfants sur les adultes. Ils sont capables de comprendre ou tout du moins de ressentir beaucoup plus de choses qu’on ne le pense. Et encore une fois, le poids de la société sur les épaules de chacun, adulte ou enfant, est ancré dans chaque personnage.

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Alice : Qu’est ce que être « grand » ? Pas si facile finalement … On porte tous en soi un fragilité, des failles,… et on fait du mieux que l’on peut pour assurer.
Les adultes qui traversent le livre de Marie Aude Murail nous révèlent leur incompréhension, leur défaillance, leur peur, leur doute, leur découragement, … mais ce n’est pas grave, il est important de montrer aussi à nos ados que les adultes ont le droit de ne pas toujours « assurer ».

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Chlop : J’ai trouvé intéressant de montrer aux lecteurs (donc, à des enfants à priori) que les adultes ne maîtrisent pas plus leurs sentiments, leurs émotions ou leurs environnement qu’eux. Parfois même, les choses sont beaucoup plus simples pour les plus jeunes. Par exemple sur la thématique de la famille recomposée et le couple homosexuel. C’est la fillette la plus jeune qui accepte le mieux l’homosexualité de la mère. Dans l’ensemble j’ai trouvé que les personnages, adultes comme enfants, sonnent juste parce qu’ils sont nuancés, imparfaits, c’est d’ailleurs ce qui les rend attachants.

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Colette : je crois que je ne vais pas répondre vraiment à la question mais je trouve que c’est un sacré défi d’avoir choisi pour personnage principal d’un roman pour adolescent un ADULTE. En tant qu’adulte passionnée de littérature jeunesse et surtout en tant que personne qui côtoie des jeunes tous les jours ou presque, je remercie Marie-Aude Murail d’avoir osé offrir à ses ados de lecteurs un personnage adulte auquel s’identifier, à qui faire confiance, à qui parler, avec qui se construire, se reconstruire et pas seulement parce qu’il est psychologue mais surtout parce qu’il est HUMAIN, profondément humain. Alors oui ce roman est aussi un révélateur du comportement des grands et de ce qu’ils font « subir » aux enfants mais aussi -et surtout, je suis optimiste- un miroir de ce qu’ils font pour qu’ils grandissent bien, pour les… sauver.

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Pépita : Si vous deviez choisir un seul mot pour définir ce roman et ce qu’il vous a apporté, quel serait-il ?

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Alice : Un seul ? Mais c’est dur dur, ça, alors j’en donne deux du « Bien-être ». Si je pouvais, je rajouterai, de la « sérénité », de la « bienveillance », de la « sagesse ».

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Colette : de l’amour :coeur: :coeur: :coeur: :coeur: !

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Pépita : Je dirais « Humanité » : Sauveur a le don de ramener toute chose et toute situation à l’humain aussi bien dans sa vie personnelle que professionnelle. Malgré les difficultés qu’il rencontre, les confidences qu’il entend, il garde le cap de l’humain et ce que ça fait du bien !

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Bouma : pour moi ce serait de la PATIENCE, j’ai bien avec Sauveur qu’il en fallait, et il m’en a fallu aussi pour voir l’évolution de ces personnages… et accessoirement pour attendre la suite !!!

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Pépita : Et pour finir qu’attendez-vous du troisième et dernier tome qui vient de paraitre ?

Marie-Aude Murail - Sauveur & Fils Saison 3 : .
Alice : J’attends impatiemment de retrouver tout ce petit monde, bien évidemment. Je suis presque certaine que Gabin prendra encore un peu plus de place. Et peut être bien que l’on assistera aussi a des au revoirs. Ce n’est pas toujours facile de mettre fin à une thérapie, d’être certain d’avoir toutes les cartes en main pour avancer sereinement, d’avoir la force de penser que l’avenir aura maintenant une autre saveur…ce seraient bien que « nos » patients nous surprennent. On se dira alors :  » Ce Sauveur, il est vraiment trop fort !

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Colette : Comme j’ai eu l’impression de délaisser un peu Lazare dans le 2e tome, j’espère le retrouver dans le dernier tome, renouer avec son histoire familiale et donc en savoir un peu plus sur Sauveur aussi. Et puis peut-être qu’avec Louise, ils vont agrandir la famille. Et puis il me tarde de savoir ce qui va arriver à Ella-Elliot que l’on a laissé un peu seule à la fin du tome 2. Sans parler des hamsters !

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Bouma : Je n’attends rien de spécifique pour cette troisième saison si ce n’est peut-être de découvrir un peu plus Sauveur.

Pépita : de la vie encore et toujours…(mais je ne dis rien; je l’ai lu le 3 !).

Une saison 4 est en cours d’écriture !

 

Nos avis de lecture :

Alice : Saison 1 et 2

Bouma : Saison 1 et 2

Pépita : Saison 1, 2 et 3

*BONUS*

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Pour aller plus loin :

La revue des livres pour enfants du mois de février 2017 dans son n° 293

consacre un dossier à Marie-Aude Murail

Marie-Aude Murail, photo Colette François

Coups de foudre de février

Après la sélection bisous, on a gardé une âme tendre pour vous présenter nos coups de cœur du mois. Un mois court mais intense où l’on est encore emmitouflé pour profiter d’une bonne lecture, où l’on espère toujours honorer ces belles promesses de janvier en croquant avidement dans nos piles à lire. Un mois court où l’on prend pourtant le temps de cliquer sur les blogs, de lire les articles si enthousiasmants et de glaner des conseils de lecture, comme on chiperait des lambeaux de barbe à papa…

 

Parmi les friandises savoureuses, Alice retient :

Un ours des ours de François David. Sarbacane, 2016.

Il y a temps de choses à dire, tant de choses à découvrir sur cet animal aussi puissant qu’emblématique, que 32 illustrateurs se sont pliés au jeu « Dessine-moi un ours ». Pour notre plus grand bonheur à tous, nous n’avons pas encore fini de faire le tour de la question !

Un album, bien léché !

Une pépite pour Pépita dans Méli-Mélo de livres :

Confessions d’un ami imaginaire de Michelle Cuevas. Nathan, 2017

Un premier roman véritable ode à l’imagination chez l’enfant, à la croisée de la fable et du récit initiatique : le lecteur se laisse emporter par la poésie de cette histoire qui rend hommage à l’enfance de la plus belle des façons.

Un roman savoureux !

Une nouvelle série addictive pour Bouma et son Petit Bout de Bib(liothèque) :

Six of Crows T.1 de Leigh Bardugo, Milan, 2016

Dans un monde aussi sombre que ses héros, partez pour une aventure aussi extraordinaire que dangereuse. Apprenez à ne pas vous fier aux apparences et pleurez de devoir attendre la suite…

Sur les étagères de la collectionneuse de papillons, un drôle d’abécédaire  à caresser, dépiauter, tirailler, déplier, replier qui ravit les petites mains et les yeux grand ouverts d’un petit bonhomme de 3 ans :

Abécédaire, Pascale Estellon, Les Grandes personnes, 2012.

Un bonbon acidulé pour Solectrice dans les Lectures Lutines :

Ma mère, le crabe et moi, Anne Percin, Le Rouergue.

 Ce roman déroule le quotidien d’une mère atteinte d’un cancer du sein, vu par sa fille adolescente. Un petit bonheur et une bouffée d’humour dans une situation pourtant éprouvante.

Une histoire douce-amère !

Une réflexion sur notre humanité pour Céline – Qu’importe le flacon, pourvu qu’on ait LIVREsse

Où es-tu, Yazid ?, Claude Raucy, Double Jeu, Ker éditions

Avec cette question en filigrane :

« Donner un bol d’eau à quelqu’un, c’est plus qu’un symbole, c’est lui apporter un peu de vie.  Et si on a donné un peu de vie à quelqu’un, même rien qu’un peu, peut-on après la lui ôter ? »

Du rire aux larmes, impossible de choisir chez Chloé- Littérature enfantine, qui vous propose donc un double coup de cœur, à vous de choisir selon votre humeur du jour.  

 

Oh, hé, ma tête! Shinskue Yoshitake, kaleidoscope

Un petit bonhomme du genre à vouloir être autonome se retrouve la tête coincée dans son t-shirt. Mais que ce soit bien clair, pas question d’accepter l’aide de quiconque.

Lettres à mon cher grand-père qui n’est plus de ce monde, Frédéric Kessler, Alain Pilon, grasset jeunesse

C’est avec toute la candeur de l’enfance que Thomas écrit à son grand-père disparu. mais ses lettres restent sans réponse. Incompréhension, colère, chagrin,ce premier deuil est montré avec émotion et une très grande justesse.

 

La (re)découverte d’une artiste – La littérature jeunesse de Judith et Sophie

Frida de Benjamin Lacombe et Sébastien Perez chez Albin Michel jeunesse

Deux univers se mélangent dans cet album : celui de la tourmentée Frida Kahlo, peintre mexicaine, et celui du talentueux et mystérieux Benjamin Lacombe. Personne ne pouvait mieux que ce dernier faire revivre les œuvres de cette artiste fascinante !

La poésie vient en lisant !

A l’occasion du 19e Printemps des poètes qui commence aujourd’hui, nous voulions partager avec vous nos coups de coeur en poésie jeunesse. En effet à l’ombre du grand arbre, nous pensons que faire lire de la poésie à des enfants (voire à des tout petits) est vraiment essentiel pour construire un rapport libre et ludique à la langue. Mais beaucoup d’adultes, et même de lecteurs avertis, sont réticents face à la poésie, qu’ils trouvent hermétiques. Alors pourquoi ne pas essayer de glisser un poème par ci par là, au moins le temps du printemps des poètes, sur la table du petit déjeuner, sous l’oreiller, entre les pages du livre qui trône sur la table de chevet, entre la madeleine et le jus de pomme dans le cartable car « la poésie est un engagement à aller vers l’autre » comme le dit si bien Jean-Pierre Siméon, poète et directeur artistique du Printemps des poètes.

« Quand la poésie se cultive au quotidien, … ça fait du bien ! » nous dit Alice après avoir dévoré Une tranche de poésie  de Gaëlle Perret et Gérald Guerlais publié par Les P’tit bérets en 2015.

Mais la poésie se cache aussi sous le pelage des animaux  comme dans Un ours, des ours de François David publié par Sarbacane en 2016 : de drôles d’aventures poétiques sous la plume de François David et au travers des coups de crayons de 32 illustrateurs ( et pas des moindre ! ). Du beau travail pour un superbe album !

Bouma, quant à elle, aime tout particulièrement la collection de Rue du monde : Petits géants. Ce sont des petits formats carrés illustrés pour initier les tout-petits au monde de la poésie. Quel joli pari !

Alors n’hésitez pas à découvrir :


Sous la lune poussent les haïkus

Ryökan

Zaü

Rue du monde


Le Secret

René de Obaldia

Julia Chausson

Rue du monde

Il faudra aussi, sur ses traces, aller faire un petit tour chez Thierry Magnier pour découvrir les albums d’Agnès Domergue et Cécile Hudrisier autour des haïkus qui enthousiasment les enfants les plus grands !

Il était une fois : contes en haikus

Agnès Domergue

Cécile Hudrisier

Thierry Magnier

2013


Autrefois l’Olympe : mythes en haikus

Agnès Domergue,

Cécile Hudrisier,

Thierry Magnier

2015

Solectrice nous invite sur le chemin de la poésie, à partir au Japon avec un maître du haïku.

Bashô, le fou de poésie,

 Françoise Kerisel

Frédéric Clément

éditions Albin Michel.

Et que nous dit Pépita de la poésie pour la jeunesse ? Sur ses étagères, on trouve :

  • un album magnifique sur la transmission :


Je serai cet humain qui aime et qui navigue
Franck Prévot
Stéphane Girel
HongFei

  • des maisons pleines de mots pour s’abriter :

Valérie Linder
Grandir
  • des baisers, « moustaches frémissantes »

Deux qui s’aiment
Jürg Schubiger
Wolf Erlbruch
La joie de lire

et même un livre numérique interactif qui célèbre les mots inventés d’une grand-mère à la mémoire fragile et qui sublime sa relation avec sa petite-fille.

De la poésie à PoéVie…

Ma Mamie en poévie

François David

Elis Wilk

CotCotCotéditions

2016

« … la poésie serait plutôt le contraire de ce que vous pensez, tout le contraire… »

Jean-Marie Gleize