Femmes combattantes, inspirantes, innovantes

Le 8 mars est la Journée Internationale pour les Droits des Femmes.

Officialisée en 1977, cette journée trouve son origine dans les luttes des ouvrières et suffragettes du début du XXe siècle, pour de meilleures conditions de travail et le droit de vote. Pour les arbronautes que nous sommes, ce sera aujourd’hui l’occasion de vous proposer une sélection de livres de tous genres qui mettent en avant des femmes combattantes, inspirantes, innovantes ! Des femmes de science, des femmes engagées, des femmes artistes !

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Dès le XIXe siècle, certaines femmes pionnières du féminismes eurent l’audace de trouver leur voie et de s’affirmer hors des carcans. S’il reste encore beaucoup à faire, les obstacles qu’elles rencontrèrent permettent à la fois de mesurer le chemin parcouru depuis et le courage nécessaire pour conquérir de nouveaux droits à l’encontre de normes qui semblent aller de soi… Rosa Bonheur qui parvint à devenir peintre, vécut avec une femme et obtint même l’autorisation de porter des pantalons est l’un des exemples les plus frappants. Quelle belle idée a eue Natacha Henry de lui consacrer un roman – roman dont on reparlera d’ailleurs très bientôt sous le grand arbre…

Rosa Bonheur, l’audacieuse, de Natacha Henry, Albin Michel.

Pour Linda, c’est également dans le passé, entre 19ème et 20ème siècle qu’a vécu l’une des femmes les plus inspirantes. Beatrix Potter est connue à travers le monde pour ses histoires mettant en avant de petits animaux dont Peter Rabbit est le plus célèbre. Mais son parcours est particulièrement inspirant pour le combat qu’elle a mené pour faire connaître son talent et être indépendante à une époque où les femmes dépendaient de leur père avant de dépendre d’un mari. Par ailleurs, son amour de la nature l’a conduite à acheter des terres et les fermes qui y étaient installées permettant la préservation d’un patrimoine. Sans son action, le Lake District n’aurait probablement pas l’aspect qu’on lui connait encore aujourd’hui.

Pour les jeunes lecteurs, l’album de Linda Elovitz Marshall et d’Ilaria Urbinati se veut une merveilleuse introduction à la découverte de cette femme peu ordinaire.

Amoureuse de la nature, l’incroyable destin de Beatrix Potter de Linda Elovitz Marshall et Ilaria Urbinati, Gallimard jeunesse, 2020.

Son avis est ICI.

Pour les plus grands, la biographie de Beatrix Potter écrite par Richard Maltby Jr, scénariste du film éponyme, est à découvrir pour en savoir plus sur l’éducation reçue par la jeune fille et ses difficultés avec l’amour.

Miss Potter, de Richard Maltby Jr, Mango, 2007.

Son avis à découvrir ICI.

Et n’hésitez pas non plus à découvrir Miss Charity, un merveilleux roman librement inspiré par la vie de Béatrix Potter. Un voyage inoubliable en pleine Angleterre victorienne, des personnages adorables et une existence placée sous le signe de l’indépendance !

Miss Charity, de Marie Aude-Murail, L’école des loisirs.

Les avis d’Isabelle et de Linda

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Coups de cœur pour Marie Curie et Frida Khalo, deux titres parus dans La collection Les Grandes vies chez Gallimard jeunesse. Des vies exceptionnelles pour deux femmes inspirantes !

Les avis de Liraloin

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Pour Liraloin c’est le destin de Katherine Johnson relaté par Carole Trébor qui remporte les suffrages pour cette journée de la Femme.

Née petite dernière d’une fratrie de quatre enfants, Katherine montre très vite des aptitudes hors normes en mathématique. Protégée, aimée et encouragée par sa famille, cette jeune femme modeste ira jusqu’au bout pour y arriver. Elle deviendra cette femme, celle de l’ombre qui jouera un rôle essentiel dans l’avancée des recherches de la conquête spatiale américaine. 

« Je ne suis pas meilleure que les autres, mais les autres ne sont pas meilleurs que moi » telle est la phrase que Katherine Coleman (avant de devenir Johnson) se répètera sans cesse pour lutter contre la ségrégation et enfin accéder à un métier où les femmes restent minoritaires surtout lorsqu‘elles sont de couleur.

Carole Trébor nous livre un récit très bien documenté avec beaucoup de références sur la vie des Afro-Américains en 1930. La ségrégation, hélas, trop présente dans le système éducatif nord-américain. Les notes en bas de page apportent de l’éclaircissement. D’ailleurs l’histoire est ponctuée de références : « Elle gagnerait 50 dollars par mois. Une telle rémunération lui paraissait énorme ! Et lorsqu’une de ses amies de l’AKA lui avait proposé que l’Etat attribuait 65 dollars mensuels aux enseignantes blanches du comté, Katherine avait balayé cette réticence d’un revers de la main : elle avait pris la résolution de ne pas s’appesantir sur les aspects négatifs. »

Au-delà des faits historiques, l’écriture de Carole Trébor ne transmet aucune empathie ni aucune colère. Les faits sont relatés tels quels, simplement. Le lecteur accompagne Katherine, l’œil bienveillant figé sur ce destin de femme exceptionnelle !

Combien de pas jusqu’à la lune de Carole Trébor, édition Albin Michel – collection Litt’, 2020

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Pour Colette, les femmes les plus inspirantes sont celles en devenir, celles qu’elle côtoie tous les jours dans son métier d’enseignante. Avec elles, elle aime parler de Malala Yousafzai, de Wangari Maathai, de Marie Curie, de Greta Thunberg ou encore de Frida Kalho. On a déjà parlé des albums de la collection “Grands portraits” de chez Rue du monde qui dressent les biographies enthousiasmantes de Malala ou de Wangari.

Malala, pour le droit des filles à l’éducation, Rue du monde, 2015.
Wangari Maathai, la femme qui plante des millions d’arbres, Franck Prévot, Aurélia Fronty, Rue du monde, 2011.

D’ailleurs, pour celles et ceux qui voudraient en savoir plus sur Malala, ne pas hésiter pour les plus grandes lectrices et les plus grands lecteurs à lire son autobiographie.

Moi, Malala,
Patricia McCormick, Malala Yousafzai, Hachette Jeunesse, 2014.

Et pour les plus jeunes, le très bel album Le crayon magique de Malala nous raconte à travers les douces illustrations de Kerascoët la vision de l’éducation que porte cette jeune femme si audacieuse qui a d’ailleurs créé sa propre fondation pour lutter pour que chaque fille dans le monde ait droit à l’éducation. C’est par !

Le Crayon magique de Malala,
Malala Yousafzai, Gautier Languereau, 2017.

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Les jeunes femmes du XXIe siècle n’ont d’ailleurs de cesse de nous inspirer dans tous les domaines. Du côté de l’écologie, ne pas hésiter à lire le discours de Greta Thunberg intitulé Rejoignez-nous #grevepourleclimat !

Rejoignez-nous, Greta Thunerg, Kero, 2019.

L’avis d’Isabelle

Pour les plus jeunes, l’album Greta change le monde ! permet d’évoquer les actions menées par cette jeune suédoise très engagée.

Greta change le monde,
Gabriella Cinque, Vamille, Sarbacane, 2020.

N’hésitez pas non plus à découvrir Jamie Margolin, activiste américaine qui a publié en 2020 un manuel pour s’engager à ses côtés intitulé Le Pouvoir aux jeunes.

Le Pouvoir aux jeunes, Jamie Margolin,
Massot éditions, 2020.

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Pour Pépita, deux romans viennent immédiatement à l’esprit : des destins de jeunes filles incroyables, la première dans le domaine sportif et la seconde dans le domaine scientifique. Et il en fallait de l’audace !

La fille d’Avril, Annelise Heurtier, Casterman

L’avis de Pépita

Les avis de Pépita LA et LA.

Un régal que ces sept contes de femmes “vives et vaillantes” ! : “Contrairement aux idées reçues, les jeunes filles dans les contes n’attendent pas qu’un prince vienne les sauver en les épousant, elles prennent leur destin en main pour devenir femmes…” Praline Gay-Prara

Vives et vaillantes, 7 héroïnes de contes, Praline Gay-Prara, Didier jeunesse

L’avis de Pépita

Pour rester dans le conte, je ne peux pas passer à côté du dernier roman de Flore Vesco “D’or et d’oreillers”, que je suis en train de lire avec un plaisir immense : je sens que Sadima va beaucoup me surprendre ! Un roman étonnant qui mêle statut de la femme au XIXème siècle en Angleterre, conte détourné, sexualité et magie !

D’or et d’oreillers, Flore Vesco, Ecole des loisirs, Médium

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Cerise sur le gâteau – enfin sur la sélection, les deux tomes de la BD Les Culottées qui mettent en lumière les trajectoires de femmes qui, chacune à sa manière, résistent obstinément aux attentes et aux injonctions pour suivre leur voie. Chacune de ces histoires est saisissante, bouleversante, mais inspirante : il y a quelque chose de jubilatoire à voir ainsi ces femmes repousser de toutes leurs forces les limites de leur horizon – et du nôtre par la même occasion. Elles incarnent un spectre immense et grisant de vies de femmes. Et invitent à oser être soi-même et imaginer de nouveaux possibles.

Les Culottées, tomes 1 et 2, Pénélope Bagieu, Gallimard.

Les avis de Lucie et d’Isabelle

Existe aussi en DVD !

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Et si vous voulez découvrir de manière ludique d’autres femmes combattantes, inspirantes, innovantes, n’hésitez pas à jeter un coup d’oeil du côté de la maison d’édition de jeux Toplatoys et notamment de sa collection de jeux sur l’égalité intitulée The Moon Project. Le jeu des 7 familles inspirantes est un très joli support pour découvrir des femmes pionnières dans le sport, l’art, la littérature, la politique, l’entreprenariat et les sciences.

Et pourquoi pas se laisser tenter par le magnifique jeu “Who’s she ?” de chez Playress pour découvrir d’autres figures emblématiques de l’Histoire des femmes ?

Avec elles, après elles, comme Clara Zetkin grâce à qui la Journée Internationale des droits des femmes a été crée, nous continuons de dire, au moins au fil de nos lectures :

“Je veux me battre partout où il y a de la vie.”

Nos coups de coeur de février

Le printemps s’installe doucement et les rayons du soleil nous invitent à sortir nos fauteuils de lecture pour en profiter. Installez-vous tranquillement avec comme idées de lectures : nos coups de cœur !

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Pour Liraloin c’est un beau coup de cœur avec le roman : Filles de la Walïlü de Cécile Roumiguière.

Albaan et Lilijann sont amies, deux petites filles inséparables. Elles habitent la presqu’île de lurföll à Ann-Ville, un village loin de tout où les femmes régissent la vie tandis que les hommes embarquent de longs mois sur des chalutiers de pêche. Les femmes sont libres d’aimer qui elles souhaitent comme elles veulent. Pendant ce temps, pas très loin d’Ann-Ville, Nanna et Soriane évoquent le souvenir d’un père absent pour toujours, celui de Soriane. Un père qui a abandonné sa fille, la laissant aigrie de douleur, la vengeance dans le ventre.

Albaan et Lilijann grandissent protégées dans une forêt bercée par les arbres, témoins attentifs des drames et légendes se déroulant sur la presqu’île : « A cette époque-là, une fois par mois, la nuit où la lune est la plus ronde, la Walïlü sillonnait les forêts et les champs et gobait tout sur son passage. C’était sa façon de se nourrir, tout le monde le savait. Alors, ces nuits-là, qu’il fasse chaud, qu’il fasse froid, personne ne sortait. »

Cette histoire m’a bercée tel un chant maternel qui n’a pas de fin, ritournelle incessante aux creux de mes oreilles. Une douce nostalgie m’a envahie, le calme aussi. J’ai beaucoup apprécié le personnage d’Albaan, fille de la nature et de la terre, passionnée et à la fois torturée par le secret familial. Les titres de chapitre accompagnés d’une illustration apportent un rythme à la lecture et posent des éléments essentiels dans la fluidité de l’histoire. Les filles de la Walïlü possèdent la force que procure la lecture d’un poème tout en emmenant le lecteur au cœur d’un conte intemporel.

Filles de la Walïlü de Cécile Roumiguière, illustration de couverture de Joanna Concejo, l’Ecole des Loisirs, 2020

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Pour Ada, à l’occasion d’une plongée dans l’œuvre de Séverine Vidal, c’est Des Astres qui remporte la palme du coup de cœur du mois de Février. Dans ce roman polyphonique, on entend tour à tour Pénélope nous parler de sa mère puis Romane nous parler de la sienne. De son père aussi. Puis de Pénélope qu’elle découvre à la lisière de ses 18 ans. Son autre mère. La biologique. Celle des premiers chapitres. Du premier chapitre de sa vie. Mais Des Astres, ce n’est pas seulement une histoire de filiation, c’est aussi une histoire d’amour, de désamour, de violence, d’apprentissages. Nombreux. Et extrêmement douloureux. Tant de douleur, je ne croyais pas que c’était possible. Des Astres est vraiment un roman puissant, intense. Un coup de cœur dans le sens premier du terme : à plusieurs reprises, j’ai bien cru que mon cœur prenait des coups.

Des Astres, Séverine Vidal, Sarbacane, 2019.

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Grâce à La fleur perdue du chaman de K, Isabelle et son plus jeune moussaillon ont exploré le Pérou, des Andes à la jungle amazonienne – et cette fameuse année 1986 où les walkmans étaient à la pointe du progrès… Tout était parfait dans ce troisième et dernier “roman-fleuve” de Davide Morosinotto : des personnages irrésistibles, une intrigue captivante, des rebondissements réjouissants et un travail graphique original et sublime. Ode à l’amitié et à l’espoir, un de ces livres qui font naître la passion de lire !

La fleur perdue du chaman de K, de Davide Morosinotto, L’école des loisirs, 2021.

Les avis d’Isabelle et de Pépita

L’autre coup de cœur de L’île aux trésors est une découverte du plus grand moussaillon qui s’est empressé de la faire découverte au reste de la famille: L’année de grâce, de Kim Liggett. Une dystopie féministe, féroce et galvanisante qui porte haut des valeurs de courage, de solidarité et d’émancipation !

L’année de grâce, de Kim Liggett, Casterman, 2020.

L’avis d’Isabelle

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Dans son MéLi-MéLo de livres, Pépita a vibré intensément lors de cette balade dans DES MOTS EN FLEURS : un livre-herbier pas comme les autres, dans lequel poésie, langage et nature se mêlent. En filigrane, un très beau message d’humanité pour la biodiversité. Un travail éditorial de très grande qualité.

Des mots en fleurs, Marie Colot et Karolien Vanderstappen,
Cotcotcot éditions

L’avis de Pépita

Autre coup de cœur qui nous emmène au pays des contes à l’envers : dans cette Forêt de travers, tout est bancal et ce que c’est chouette ! Plein de surprises vous y attendent. Vous ne verrez plus les contes de la même façon !

La forêt de travers, Marie Colot et Françoise Rogier, A pas de loups

L’avis de Pépita

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Chez Lucie, février a marqué les retrouvailles avec J. K. Rowling : les vacances ont été l’occasion de dévorer L’Ickabog !

Nous n’avons pas boudé notre plaisir de retrouver l’imagination débordante de l’auteure et les thèmes qui lui sont chers comme l’amitié, le courage, le deuil mais aussi les jeux avec les noms et le vocabulaire.

S’il n’atteint ni la profondeur ni l’intensité de la saga Harry Potter, la trame de fond de ce conte autour de la manipulation, du mensonge et des “fake news” incite à une lecture sur deux niveaux à la fois réjouissante et glaçante.

L’Ickabog de J. K. Rowling, Gallimard Jeunesse, 2020.

Les avis d’Isabelle et de Lucie.

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Pour Solectrice, le coup de cœur de février… c’est un album offert par Isabelle (au swap de la nouvelle année) et partagé avec les lutines, passionnément.

Amoureux est un superbe grand format offrant à chaque page tournée un poème tendre et une superbe illustration aux notes d’aquarelle. Odes au sentiment pluriel, ces textes nous donnent des visions multiples d’unions, de désirs et de relations, à tout âge. Un moment de bonheur qui se prolonge en choisissant nos instants préférés et en partageant nos histoires ou autres expériences amoureuses.

Amoureux, Hélène Delforge et Quentin Gréban, Mijade, 2020.
L'avis d'Isabelle, de Linda.

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Pour Linda, le coup de coeur de février va à Le printemps des oiseaux rares de Dominique Demers. C’est l’histoire d’une rencontre entre deux adolescents que tout oppose, un jeune surdoué solitaire et passionné d’oiseaux, et une jeune fille blessée par une histoire d’amour violente dont elle a du mal à se relever. L’écriture est magnifique et les émotions très justes. Un roman touchant à découvrir dès 14-15 ans.

Le printemps des oiseaux rares de Dominique Demers, Gallimard Scripto, 2021.

Son avis complet est à lire ICI.

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Et vous, quels ont été vos coups de cœurs ce mois-ci ?

Câlins, bisous, tendresse… et sexe !

On ne l’avait jamais fait ! Une sélection ÉROTISME et SEXUALITÉ en littérature jeunesse !

L’idée de cette sélection nous est venue suite à la lecture commune de lundi sur Le Goût du baiser, mais aussi d’une discussion autour des Liaisons dangereuses au moment de préparer notre sélection sur les récits épistolaires. Nous nous étions posé la question (récurrente) de l’âge auquel proposer la lecture de ce type de roman et avions cherché des romans et documentaires jeunesse abordant la sexualité de manière explicite.

Attention, chaud là-dessous !

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Voilà un album tout en poésie, découvert lors de mon premier salon de livre de Montreuil en… 2003 ! Un album osé dont seules les éditions du Rouergue avaient alors le secret, un album qui inaugurait une collection qui ne semble plus exister mais qui était un pari innovant, une collection dédiée aux albums pour adolescent.e.s : doAdo image . Tout d’abord, il y a ce titre merveilleux, une injonction si lumineuse : Amourons-nous ! Et puis ensuite il y a ce format : un grand format carré. Rare, précieux. Ensuite bien entendu il y a le graphisme si particulier de Sabien Clement, ses amoureux aux corps tracés au stylo, en noir et blanc la plupart du temps. Et puis il y a le texte tout en poésie de Geert De Kockere. Un texte qui dit la relation amoureuse dans toute sa sensualité et surtout dans toute sa générosité. On est bien loin du guide pratico-pratique, de l’encylopédie de la sexualité épanouie. C’est juste une histoire d’amour qui s’écrit au fil des caresses, des baisers, des murmures, de ce temps passé à découvrir chaque grain de peau, chaque cil, chaque creux, chaque pli. Une histoire de partage. De confiance.

“Tu portes une chemise
une chemise de nuit,
et tu l’ôtes elle aussi.
Te voilà nuit,
une nuit sans chemise.

Tout au creux de la nuit,
qu’il fait bon ne pas dormir.”

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Un texte fort sur la force du premier amour entravé par des adultes qui font eux-mêmes les réponses sans comprendre. Un texte aussi qui aborde la sexualité, quand elle se découvre et s’expérimente, avec infiniment de réalisme et de beauté mêlés. 

Rien que ta peau, Cathy Ytak,
Actes sud junior, D’une seule voix

L’avis de Pépita

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16 auteur(e)s, 16 nouvelles sur la première fois d’adolescent(e)s.
16 histoires qui abordent tout sans tabou, certaines glauques, d’autres érotiques, jamais pornographiques, toutes sortes de situations voulues, pas voulues, provoquées : l’attente, le coup de foudre, faire comme les autres, dire non et n’être pas entendue ni respectée, la déception ou l’éblouissement, la perte de contrôle, l’abolissement du temps et des corps.

16 nuances de première fois, Collectif, Eyrolles

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A l’occasion de notre lecture commune du Goût du baiser, nous avons présenté la nouvelle collection “L’Ardeur” de Thierry Magnier dont l’ambition est de proposer des romans jeunesse pour “lire, oser, fantasmer”.

Le goût du baiser de Camille Emmanuelle, Thierry Magnier

Retrouvez les avis de PépitaLiraloin et Lucie.

Ce roman nous ayant vraiment plu, nous avons lu deux autres titres qui ne nous ont malheureusement pas autant convaincues que celui de Camille Emmanuelle, mais dont nous souhaitions vous parler dans cette sélection.

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Pépita et Lucie ont ainsi découvert Touche-moi, de Susie Morgenstern.

Touche-moi de Susie Morgenstern, Thierry Magnier

Mais elles n’ont pas retrouvé l’énergie et la liberté de ton qui les avait emballées dans leur première lecture. Si l’auteure aborde avec naturel les rêves érotiques de son héroïne, elles ont été dérangées par les nombreux clichés tant dans la galerie des personnages que dans les situations, et ne voient pas en quoi ce roman pourrait répondre aux questionnements des ados.

Retrouvez l’avis de Lucie.

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De son côté, Colette a lu Toute à vous de Maïa Brami.

Toute à vous de Maïa Brami, Thierry Magnier

Dans ce roman, la narratrice se livre à un jeu littéraire particulier : elle écrit des lettres érotiques à son voisin d’en face, dont les gestes et le corps la font fantasmer alors qu’elle vient de rompre avec son colocataire. Si les choix narratifs me semblaient tout à fait percutants pour évoquer ce qui relève du fantasme et du rôle de la vie psychique dans la sexualité, j’ai été très vite déçue par les clichés que la narratrice alignait dans ses missives. Pas de coup de cœur au rendez-vous, donc. Mais cela ne nous empêche pas de guetter avec curiosité les prochains titres de cette collection audacieuse.

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Pour compléter cette ST, nous vous avons concocté une liste de nos documentaires préférés sur le sujet, dont plusieurs à destination des ados, certains aussi pour leurs parents ! Tous savent trouver les mots justes pour répondre aux interrogations relatives au genre et la sexualité, accompagner, rassurer, sensibiliser aux risques, aux discriminations genrées et au consentement, mais aussi montrer que la sexualité n’est pas un tabou mais quelque chose de naturel et de positif ! Sur un ton naturel et factuel, à la fois simple et précis, qui instaure immédiatement la confiance, ils informent sans détour et déconstruisent les idées reçues avec bienveillance. Des must-have !

Peut-être le plus complet, ce dictionnaire bienveillant de la sexualité qui porte bien son nom est attrayant, instructif et bien construit autour d’entrées alphabétiques.

Tout nu ! Le dictionnaire bienveillant de la sexualité, par Myriam Daguzan Bernier, illustrations de Cécile Gariépy (Éditions du Ricochet, 2020)

L’avis d’Isabelle

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Le suivant aborde de façon plus ciblée les questionnements liés au genre et à l’orientation sexuelle en faisant la part belle aux témoignages et à une iconographie très variée… tout en permettant de faire le plein de bonnes ondes grâce à ses petits mots optimistes !

Je suis qui ? Je suis quoi ? de Jean-Michel Billioud, Sophie Nanteuil, Terkel Risbjerg et Zelda Zonk (Casterman, 2019)

L’avis d’Isabelle

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La première fois que j’ai eu ce livre entre les mains, je me suis dit : waouh !!!! Enfin, un livre qui aborde tout sans complexes, en toute simplicité, avec des questionnements, des réponses, sans tabous, pour découvrir et vivre sa sexualité dans le respect de l’autre. Un must !

Ceci n’est pas un livre de sexe, Chusita, Nathan

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On ne présente plus Isabelle Filliozat ! Sortir en août dernier, ce livre-version poche de Sexpérience sorti en 2019- aborde avec clarté et simplicité les questions des ados sur ce sujet souvent sensible.

Amour, sexe, les réponses aux questions des ados,
Isabelle Filliozat et Margot Fried Filliozat,
Pocket

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Et un livre pour aider les parents ? Quand il s’agit de parler de sexualité, ce n’est pas toujours aussi évident que de leur apprendre à nager ou à marcher ! Comment aborder ce sujet souvent tabou avec eux ? Un livre qui aide à dédramatiser le sujet.

La sexualité de vos ados : en parler, ce n’est pas si compliqué ? Samuel Comblez, Solar

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Voici d’autres références incontournables sur le sujet que nous classons à part car pour la plupart, elles ne sont plus disponibles. Cela dit, elles restent sûrement empruntables dans votre bibliothèque préférée !

Un documentaire épatant qui pose 70 questions de filles et de garçons sur l’amour, le baiser, la sexualité, les sentiments, sans aucun tabou, puisque ces questions, on se les pose tous sans oser forcément les formuler. Les réponses sont très claires et décomplexées. Il en émane également beaucoup de respect et de dédramatisation. Les photographies qui mettent en scène les trente jeunes sont bourrées d’humour et apportent une note de fraicheur que nos ados ne bouderont pas ! Un documentaire au poil !

Est-ce que ça arrive à tout le monde ? Syros

L’avis de Pépita

Entre album et documentaire, voici un ouvrage qui aborde une multiplicité de thèmes : de la procréation aux relations amoureuses avec des illustrations riches. Dommage qu’elle ne soit plus éditée car vraiment elle est top ! Parue en 2013, cette encyclopédie “qui parle d’amitié, d’amour et de sexe aux enfants” a obtenu le Prix Sorcières Documentaires en 2014.

C’est ta vie ! Thierry Lenain et Benoît Morel, Oskar

Un documentaire déjanté qui plait dès dix ans pour son approche décalée, ce qui ne l’empêche pas d’être complet.

Zizi, lolos, smack !! Delphine Godard et Nathalie Weil, Nathan

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Et vous, votre référence sur le sujet ?

C’est quoi l’âme sœur ?

Et si on commençait cette sélection thématique par un poème de Paul Eluard, un poème à murmurer à l’oreille de votre propre cœur, pour attiser le feu et accélérer le pouls, pour se souvenir ou se projeter :

L’Amoureuse

Elle est debout sur mes paupières
Et ses cheveux sont dans les miens,
Elle a la forme de mes mains,
Elle a la couleur de mes yeux,
Elle s’engloutit dans mon ombre
Comme une pierre sur le ciel.

Elle a toujours les yeux ouverts
Et ne me laisse pas dormir.
Ses rêves en pleine lumière
Font s’évaporer les soleils,
Me font rire, pleurer et rire,
Parler sans avoir rien à dire.

Aujourd’hui, voici donc une sélection qui va vous faire croire à l’âme sœur… Ou vous convaincre qu’elle n’existe pas !

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Et pour rester dans la poésie, voici un album doux et tendre que j’aime d’amour : à l’image de ce baiser du bout des moustaches de la couverture, sur chaque double-page : une paire d’animaux, parfois improbables, dans une très belle illustration page de droite, qui traduit dans un bel élan le sentiment amoureux dans ce qu’il a de fragile et de profond, et page de gauche, une poésie au titre évocateur et qui dit ce qui se joue dans l’illustration. Un petit livre grand comme l’amour !

Deux qui s’aiment de Jürg Shubiger et Wolf Erlbuch, La Joie de lire

L’avis de Pépita

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La question de l’âme sœur est une question si ancienne qu’elle imprègne les plus antiques récits, les mythes et les légendes qui ont bercé et bercent encore l’entrée en littérature d’un grand nombre de jeunes lecteurs et de jeunes lectrices. Frédéric Clément et Ghislaine Roman se sont lancé.e.s le défi de partager avec nous quelques unes des ces histoires d’amour fou, ces amours qui mènent à la folie et le plus souvent la mort. Dans le magnifique album L’Amour fou, nous retrouvons en Grèce Ulysse et Pénélope, en Arabie Qays Ibn al-Mulawwah et Laylâ, à Vérone Roméo et Juliette, en plein cœur de l’océan indien Paul et Virginie, en France Cyrano et Roxane, et en Asie Orihimé et Kengyû. Et au fil des pages et des magnifiques illustrations de Frédéric Clément, nous ne pouvons qu’admirer ce qui fait la puissance de ce sentiment qui unit les êtres humains, au delà du temps qui passe et des continents.

L’Amour fou, Ghislaine Roman et Frédéric Clément, Saltimbanques éditions, 2020.

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Cet amour fou qui peut unir deux êtres, il peut surgir dès le plus jeune âge. C’est ce que raconte avec beaucoup de poésie et de délicatesse le très bel album au doux format à l’italienne intitulé Tandem publié en 2016 par les éditions La Joie de lire. Séverine Vidal et Irène Bonacina y racontent à travers un dessin au trait délicat et une bichromie bien choisie le lien qui se tisse entre une petite chouette et un long oiseau à casquette. Les mots de Séverine Vidal, avec une simplicité lumineuse, dévoilent toute la complexité de ce que l’on peut ressentir quand on découvre l’âme soeur, qu’on apprend à la comprendre, qu’on l’attend, qu’on l’espère et que l’on craint qu’elle nous oublie alors que pourtant on l’aime en toute confiance.

Tandem, Séverine Vidal et Irène Bonacina, Editions La Joie de lire, 2016.

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S’il y a un roman que j’aime un peu, beaucoup, passionnément pour parler d’amour avec les grands ados que j’ai la chance de côtoyer, c’est l’intense Le Fair ou mourir de Claire-Lise Margier publié aux éditions du Rouergue en 2011. On y suit les premiers pas au lycée de Damien, un jeune homme qui se cherche, et qui se trouve en Samy. C’est une histoire d’amour qui me bouleverse à chaque lecture. On y retrouve tous les ingrédients de l’amour tragique : les familles qui s’opposent, la figure paternelle autoritaire qui s’immisce dans les choix amoureux de son enfant, un amour que le héros n’assume d’abord pas, un amour qui nous change et nous fait devenir autre. C’est grâce à Pépita, que je l’avais découvert (et j’ai relu avec émotion le commentaire laissé sur son blog, il y a déjà… 8 ans !). Pour lire son avis, c’est ici.

Le Faire ou mourir, Claire-Lise Marguier, Editions du Rouergue, 2011.

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En contre-pied de l’âme-soeur, voici MON AME FRERE : un roman de Gaël Aymon qui pose le choix : avenir contre amour. Camille va devoir choisir. A quoi renoncer ? Un très beau roman sur l’amour conjugué à deux mais pour plus tard.

Mon âme frère de Gaël Atmon,
Actes sud junior

L’avis de Pépita

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Est-il encore besoin de présenter Nos étoiles contraires de John Green ?
Ce qui est sûr, c’est que selon nous cette histoire d’amour, contrariée par le cancer, avait toute sa place dans cette sélection. Parce que les sentiments d’Hazel et Augustus sont tellement sincères et émouvants qu’ils nous donnent envie de croire à l’âme sœur même dans les situations dramatiques.

Nos étoiles contraires de John Green, Pocket Jeunesse

Les avis de Bouma et Pépita.

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Quand nous avons préparé cette sélection, Isabelle faisait partie de celles qui restaient sceptiques face à l’idée d’âme-soeur, surtout déclinée au singulier. Elle a donc choisi d’illustrer des expériences que cette idée ne saurait synthétiser, avec trois romans coup de cœur !

Les âmes-sœur peuvent être celles qui se trouvent et s’entraident dans la difficile quête de soi, face aux normes sociales, aux écueils de la déviance et aux poids des attentes parentales… Ari et Dante, 15 ans, sont différents – l’un ordonné, tourmenté et introverti, l’autre plus sûr de lui et optimiste, maniant aussi bien le verbe que l’ironie. Mais ne dit-on pas que les contraires s’attirent ?

Aristote et Dante découvrent les Secrets de l’Univers, de Benjamin Alire Saenz, Pocket Jeunesse, 2015.

Les avis de Linda, Pépita et Isabelle

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L’âme-sœur pourrait aussi être celle qu’on ne parvient pas à oublier des années après que les circonstances nous l’ont ravie. Celle que dont on chérit les souvenirs en forme de bouts de papiers amoureusement rassemblés dans une vieille théière, en dépit du temps écoulé, des kilomètres et des frontières… Un roman captivant et bouleversant !

L’arrêt du coeur ou comment Simon découvrit l’amour dans une cuisine, d’Agnès Debacker, illustrations d’Anaïs Brunet. Éditions MeMo, 2019.

Les avis de Bouma, Isabelle, de Pépita et notre LC

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L’âme-sœur pourrait, enfin, être tout simplement celle que l’on choisit – et celle qui nous choisit tel.le que nous sommes, sans chercher à nous faire rentrer dans un moule, même quand on est aussi originale et décalée que Miss Charity !

Miss Charity, de Marie-Aude Murail, L’école des loisirs, 2008.

Les avis d’Isabelle et de Linda

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L’âme sœur se décline à l’infini pour Anne Shirley, cette jeune fille à l’esprit rêveur. Que ce soit par le lien filial qu’elle tisse avec Matthew ou par ses quelques amies de cœur, Anne trouve l’âme sœur dans chaque esprit qui communie avec le sien. C’est la résonance de deux cœurs qui donne vie à ce lien si particulier!

Anne de Green Gables, de Lucy Maud Montgomery, Monsieur Toussaint Louverture, 2020

Lecture commune : Le goût du baiser

En ce mois de février où l’amour bat son plein, une lecture commune à la fois douce et pleine d’enthousiasme s’est installée entre Colette, Pépita, Lucie et Liraloin. Le goût du baiser, de Camille Emmanuelle, issu de la toute nouvelle collection L’Ardeur aux éditions Thierry Magnier, destinée aux ados de 15 ans et + a provoqué une belle discussion. Vous avez envie d’entendre parler d’amour, de sexualité et de confiance ? Installez-vous confortablement, c’est parti pour un petit voyage au pays des sens !

Le goût du baiser, Camille Emmanuelle, Thierry Magnier – collection L’Ardeur, 2019

Pépita : Le goût du baiser : Qu’est-ce que ce titre vous a évoqué associé à cette couverture rouge ? Et ce nom de collection ? Vous la connaissiez d’ailleurs ? Comme ça, sans réfléchir !

Lucie : J’ai abordé ce livre dans le cadre de la LC que tu avais proposée, associée à une thématique sur la manière dont la littérature jeunesse abordait la sexualité… Autant dire que je me doutais un peu d’où je mettais les pieds ! J’aime bien la couverture rouge (passion !) ajourée, laissant deviner une image cachée. Il me semble que Thierry Magnier ouvre avec ce roman une nouvelle collection, “L’Ardeur”, avec comme ligne éditoriale une thématique autour de la sexualité des ados. C’est bien ça ? Le titre Le goût du baiser est très évocateur, je trouve. Directement dans le sujet !

Colette :  Le goût du baiser : quel joli titre ! Tout un poème et après lecture on comprend que se tient entre ces quatre mots la quintessence du roman ! Comme Lucie, le contexte dans lequel j’ai découvert ce livre m’a bien renseigné sur son contenu. Je trouve cela formidable, progressiste, enthousiasmant qu’une maison d’édition jeunesse crée une collection dédiée aux questions de sexualité et aux métamorphoses du corps caractéristiques de l’adolescence. La couverture rouge avec ces lettres découpées qui laisse deviner des corps nus est très originale et attise la curiosité.

Liraloin : Le goût du baiser : très évocateur comme titre, ado on s’attend sans doute à goûter les lèvres (parfumées et colorées comme la couv’ : bonbon cerise ?) de l’autre… En librairie, la couverture m’a tout de suite attirée, belle idée et vous l’avez très bien dit Mesdames, le jeu où le lecteur essaye de deviner ce qui s’y cache, intriguant.
Et toi Pépita, qui a proposé ce livre pour une lecture commune : qu’est-ce qui t’a donné envie de le découvrir, de le partager ? Qu’as-tu pensé de la couverture, de cette nouvelle collection ?

Pépita :
J’avais repéré cette collection dans mon travail de veille pour mon boulot de bibliothécaire : et quand je l’ai reçu pour le swap d’été, je n’étais que joie et curiosité ! C’est toujours stimulant de découvrir une nouvelle collection. Et tu as raison, c’est bien une collection dont la thématique a comme fil rouge la sexualité des ados. Comme toi, le rouge de cette couverture attire l’œil et plus encore les ajours laissant deviner des corps nus emmêlés. Le nom de la collection L’Ardeur est très bien trouvé je trouve car il n’a pas de connotation sexuelle mais indique bien une énergie.
Et alors, cette lecture, vous vous attendiez à ce que vous avez lu ? Votre première réaction à chaud ?

Colette : À chaud ? Personnellement c’est la première fois que je lisais un roman qui parlait avec autant de liberté et de joie de la sexualité féminine ! Je ne m’attendais pas à ce souffle généreux ! Je ne pensais pas que l’on pouvait aborder autant de sujets – qui ont été particulièrement tabous dans mon adolescence – en un roman ! C’était vraiment jubilatoire comme lecture ! On en oublierait presque que tout commence avec un double handicap et des relations garçons-filles particulièrement sinistres…

Liraloin : À chaud, cette lecture était très appréciable car cinématographique. Les personnages vivants, existants… des rencontres avec l’autre et avec soi-même. En posant le livre je me répétais sans cesse : “Comme j’aurais voulu lire cette histoire à 15 ans…” (Haaaa la confiance en soi lorsqu’on est ado, pas simple).

Lucie : “À chaud”, c’est le cas de le dire ! Comme vous, c’est un livre que j’aurais aimé lire à l’adolescence. De plus en plus de romans ados ont au moins un personnage très au fait de la sexualité, qui renseigne et guide ses camarades dans les méandres de leur vie amoureuse. Ils en parlent beaucoup, mais l’acte lui-même est évité ou passé sous silence. Là tout est dit sans fausse pudeur et c’est à la fois très libérateur et nécessaire.

Pépita : Je vous rejoins : ce que j’ai aimé la liberté de ton ! Une Aurore qui se pose plein de questions sur la sexualité, ou plutôt sur le passage à l’acte car je trouve qu’elle est déjà vachement décomplexée ! Et pareil, moi qui suis de la génération avant vous, imaginez le choc ! Tout commence par un accident de vélo pour Aurore. Elle perd du coup l’usage de deux sens : le goût et l’odorat. C’est une jeune femme d’aujourd’hui, qui va au lycée, a ses potes, a flashé sur un garçon de sa classe, a des relations normales avec ses parents.
Comment avez-vous trouvé sa toute première réaction par rapport à ce handicap ?

Lucie : Ça commence surtout par un petit tacle sur l’utilisation du portable à vélo ! Mais c’est très bien fait : pas moralisateur et en même temps Aurore va subir les (lourdes) conséquences de ce petit moment d’inattention. Je trouve que, dès cet instant le ton du roman est donné : on va dire les choses telles qu’elles sont, sans porter de jugement et chacun en tirera les leçons qu’il voudra… Ou pas. J’ai aimé la manière dont elle découvre son handicap. Elle réalise immédiatement que ce qui va lui manquer, ce seront les petits riens qui sont tellement signifiants. Comme cette odeur de pain grillé et tout ce qu’elle symbolise. Elle panique et du coup, on la comprend, l’empathie est immédiate.

Colette : Je ne sais pas si je me souviens assez précisément de la première réaction de notre héroïne, mais ce qui m’a interpellée, c’est que lorsqu’elle comprend qu’elle n’aura plus ni odorat ni goût, elle va faire des recherches sur le net et lit que l’agueusie et l’anosmie entrainent une baisse de la libido. Et cette découverte la consterne car elle se projette dans sa vie sexuelle, une vie sexuelle dont elle rêve de manière extrêmement positive (rien que ça, pour moi c’est hyper enthousiasmant !) et dans laquelle elle craint désormais de ne pouvoir s’épanouir.

Pépita : Oui, voilà ! C’est ça que j’ai trouvé incroyable ! Le fait qu’Aurore se projette dans sa vie sexuelle avec une détermination ! J’en suis restée scotchée. Tu as raison aussi de dire les petits riens de tous les jours mais très vite, c’est sa vie sexuelle qui prime. Elle se masturbe, est vachement décomplexée par rapport à ça, mais quand il s’agit de passer à l’acte…
Qu’avez-vous pensé de sa “rencontre ” avec ce garçon sur lequel elle flashe ? (J’ai oublié le prénom, c’est dire combien je ne le porte pas dans mon estime !). Elle est forte l’autrice non ?

Colette : La “rencontre” avec Antoine ne m’a rien laissé présager de bon… Trop rapide, trop direct, ce rendez-vous ne pouvait pas être placé sous de bons augures. J’en ai un souvenir de profond dégoût… D’autant plus qu’Aurore avait su nous parler de sa première histoire de sexe avec une certaine forme de candeur et de légèreté, cette fois on bascule dans quelque chose de plus glauque… C’est compliqué de parler de ce moment du livre sans trop en dévoiler pour qui aimerait le lire. C’est quand même un évènement majeur dans la vie d’Aurore malgré le comportement ignoble du jeune homme et le manque total de clairvoyance de notre héroïne au prénom pourtant si lumineux.

Lucie : Je suis d’accord avec vous : le personnage d’Antoine est carrément odieux. En même temps il y a beaucoup des garçons ou des filles en mode “tableau de chasse”. Qu’ils soient vraiment comme ça ou qu’ils jouent un rôle pour la galerie, le résultat est la négation des sentiments de leurs partenaires. Pour le coup j’ai trouvé vraiment intéressant l’utilisation du handicap dans cette soirée. Quand l’auteure nous annonce cette perte de goût et d’odorat, je ne sais pas vous, mais je me suis dit qu’Aurore ne s’en sortait pas si mal. Et finalement, très rapidement on se rend compte de la difficulté qu’a Aurore à vivre normalement : manger, savoir ce qu’elle boit, elle s’inquiète aussi beaucoup de son odeur corporelle… C’est vrai qu’Aurore est très simple dans son rapport à la sexualité au début du roman. Et pour moi c’est presque plus cette rencontre avec Antoine (et ses recherches Internet) que son handicap qui va la faire douter d’elle-même. Et c’est ce qui est intéressant pour les lecteurs ados : une mauvaise expérience peut laisser des traces bien plus profondément qu’on pourrait le croire. D’où l’importance de pouvoir en parler. Effectivement, pas facile de parler de ce passage sans divulgâcher…

Pépita : Mais vous vous en sortez très bien ! Voilà donc le prénom de ce garçon ! Antoine… Je me suis dit qu’il était drôlement anesthésié de ses sens celui-là ! Les rôles sont donc renversés. C’est ce que j’ai aimé dans ce roman : la faculté de l’autrice de voir plus large que la perte de deux sens mais d’arriver à aborder les relations filles/garçons, le rapport différent à la sexualité, le respect de l’autre ou sa négation. Aurore interroge tout cela aussi à travers son cheminement vers l’acceptation. Du coup, elle reçoit une douche froide et c’est ça qui va la faire réagir. Elle va s’occuper de son corps à travers un sport pour le coup à l’image très masculine.
Comment avez-vous vu cette deuxième réaction d’Aurore ? Saine, addictive, déplacée, angoissante, sans issue ?

Lucie : J’ai trouvé ça très sain : (re)prendre le contrôle de son corps à travers le sport c’est encore la meilleure solution ! J’ai aimé qu’elle fasse le choix de la boxe, à priori plutôt catégorisé comme un sport de garçon. Elle a une colère légitime à exprimer et je trouve que l’auteure a fait là un choix à la fois culotté et pertinent. Les leçons de boxe avec le travail en binôme, la répétition des mouvements et ses effets (transpiration, odeurs…) peuvent d’ailleurs être mis en parallèle des relations amoureuses.

Liraloin : Cette jeune fille perd un de ses sens et des petits riens qui bercent ses habitudes s’en trouvent bouleversés (l’odeur du pain grillé, du parfum de sa mère je crois). Comme quoi même en pleine rébellion adolescente : la famille est un pivot ! Comme vous, Antoine ne m’a pas paru sympathique dès le départ. A cet âge, être remarquée par le beau gosse du lycée c’est juste immense (d’où cette fabuleuse chute à vélo), merci l’autrice. Après je trouve qu’elle est assez décomplexée par rapport à la découverte de sa sexualité. La crainte de la perte de la libido fait que tout s’accélère, il y a comme une forme d’urgence à tout ressentir et à frapper dur (d’où la boxe).

Colette : Rien n’est simple dans la décision d’Aurore de faire de la boxe : il y a d’abord la rencontre “percutante” avec un adhérent et Joao le prof du club de boxe. Quand Aurore bouscule Joao en rentrant du lycée, elle va être marquée par cette petite phrase lancée au vol qui aura de grandes conséquences : “Tu l’as piqué, comme une abeille.” Puis viendront les recherches sur Mohamed Ali qui a inspiré cette petite phrase. Et la prise de conscience qu’il n’y a pas de fatalité, qu’on peut toujours se défendre, en tout cas apprendre à se défendre. Grâce à ce corps, qui parfois défaille, qui parfois nous semble un parfait inconnu. Ce que j’ai vraiment apprécié dans le choix de la boxe, c’est que nous ressentons comment Aurore se réapproprie (ou s’approprie) son corps, comment elle l’apprivoise, le dompte, l’intègre.

Pépita : Tout à fait : le sport lui permet de se réapproprier son corps qui lui joue des tours et je trouve que le choix de la boxe n’est pas anodin du tout : il lui permet de “fighter” contre ce handicap qu’elle a du mal à accepter, son caractère invisible l’empêche d’être franche avec les autres, et là, elle se remet à l’endroit, elle retrouve confiance en elle mais surtout elle va rencontrer un jeune homme qui va savoir approcher cette jeune femme farouche. J’ai beaucoup aimé comment cette rencontre est dessinée par petits traits. Leur façon de se parler.
Vous aussi ?

Lucie : Oui je suis d’accord, leur relation s’établit vraiment petit à petit, il l’apprivoise au moment où elle est si fragile. Ils se laissent le temps, enfin l’auteure leur laisse le temps ! J’ai beaucoup aimé ces passages. Et puis ces doutes, ces questionnements, ces échanges autour de la musique… C’est très bien fait, très crédible et cela donne une légitimité à leur couple pour la suite, je trouve.

Pépita : Je te rejoins totalement : j’ai aimé la délicatesse de leur rencontre comme s’ils percevaient déjà qu’il ne fallait pas l’abîmer, malgré les difficultés. J’ai aussi beaucoup aimé ces passages sur l’installation de leur relation. Une relation magnifiée par la scène finale !
L’avez-vous trouvée osée à destination des ados ? Ou au contraire tout à fait naturelle ?

Lucie : Tout à fait naturelle pour ma part, justement parce que l’auteure a pris le temps de créer une relation crédible et très touchante. L’opposition entre Valentin et le Antoine du début est totale sur tous les plans.

Liraloin : Tout à fait d’accord avec vous, la relation s’installe doucement même si parfois Aurore a du mal à faire confiance. Au contraire, il lui montre que c’est possible et installe cette douceur entre eux. Cette fin est parfaite.

Colette : La relation entre Valentin et Aurore est une belle relation de confiance et de sincérité qui se construit pas à pas, aucun des deux ne juge l’autre, jamais. Ils s’écoutent, ils s’entendent. Ils sont patients, d’une infinie et si précieuse patience. Alors oui la fin du roman est logique, naturelle, même si personnellement je les trouve tous les deux particulièrement “mûrs” quand il s’agit de sexualité, ils ont une connaissance très fine de leur propre corps et de leur propre plaisir, que j’imagine difficilement à leur âge. Mais c’est un avis de presque quarantenaire !

Lucie : Je crois que tu as dit l’essentiel Colette, ils s’écoutent, ils s’entendent. Je pense que c’est ça, plus que la maturité, qui fait que cela fonctionne. Parce qu’ils sont attentifs l’un à l’autre dans les sentiments, dans leur relation et dans leur plaisir. Je ne me souviens plus très bien des détails, mais il me semble que lui est plus âgé et plus expérimenté. Du coup ça peut aussi expliquer cette connaissance que tu trouves si fine, non ? Et ça pour le coup c’est vraiment le message à passer aux ados !

Colette : J’y ai pensé aussi après au fait que Valentin soit plus âgé, c’est vrai qu’il initie Aurore en quelque sorte à l’écoute de son propre plaisir, mais je t’avoue – et c’est très personnel et sûrement lié à mon éducation – que cette expertise sensorielle m’a vraiment surprise pour des jeunes gens parce que pour le coup à leur âge je ne parlais jamais de sexualité avec autant de bienveillance et de précision.

Lucie : Je crois effectivement que les jeunes d’aujourd’hui sont bien mieux renseignés sur leur corps et ses possibilités (sexuelles notamment) qu’on ne l’était à leur âge. J’imagine qu’Internet y est pour beaucoup, et que ce n’est pas forcément que positif. C’est pour ça que ce roman est intéressant : il allie informations “pédagogiques” j’ai envie de dire et romance (ce qui dans ma représentation n’est pas présent sur Internet, mais je ne suis pas allée voir alors c’est peut-être faux !).

Pépita : J’ai été un peu surprise aussi au début de cette facilité des corps à la fin du roman mais après réflexion je me dis que la confiance qu’ils ont en chacun l’un vers l’autre y fait pour beaucoup. Ils ont pris le temps de l’attente aussi. Comme en danse, même si le rôle n’est pas toujours attribué au début, il y a toujours un “meneur” qui guide l’autre, et cela se fait souvent naturellement. J’ai trouvé cela très beau, très évident même et que des ados puissent avoir accès à cette beauté, c’est autre chose que le porno !

Liraloin : Je trouve génial le travail des éditions Thierry Magnier sur cette collection. Bon je me précipite un peu car je n’ai lu que ce titre… mais il est bon de trouver une collection pour nos ados cherchant des éléments ou un discours fiction sur la sexualité. Qu’est-ce que j’aurais aimé avoir lu ces livres à l’adolescence ! Pour me greffer à votre discussion, oui, moi aussi je trouve que l’autrice a eu raison de créer un personnage plus vieux et expérimenté qu’Aurore. C’est juste ce qu’il faut : une touche de calme, un soupçon de confiance et l’amour s’installe tranquillement sans rien à prouver, sans rien provoquer qu’elle ne pourrait regretter.

Pépita : Un seul mot pour définir ce roman, quel serait le vôtre ?

Lucie : SENS. Les sens (perdus, découverts) et le sens (qu’on donne à une relation par exemple !).

Pépita : Pour moi ce serait le mot SENSualité. J’ai vraiment beaucoup apprécié ce livre, son approche, son intelligence, sa spontanéité.

Colette : Pour moi le mot serait “CONFIANCE” car c’est grâce à cette confiance qui se construit petit à petit, au fil des conversations, des entraînements de boxe, des erreurs qu’on analyse, que le couple Aurore et Valentin se soude et peut découvrir ENSEMBLE les plaisirs du SENS/des SENS retrouvés.

Liraloin : J’adore les lectures communes et merci d’avoir été nombreuses à aimer ce livre ! Pour moi le mot serait : EXISTER
EXISTER pour se faire confiance,
Exister pour faire confiance,
Exister pour aimer, goûter !

Pour en savoir encore plus, c’est ici avec Pépita, Liraloin et Lucie.

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