Prix A l’Ombre du Grand Arbre 2021 : Brindilles et Petites Feuilles

Une passion commune pour la littérature jeunesse, des découvertes perpétuelles, un émerveillement constant, des partages nourris et enrichissants, pour vous présenter les livres de 2020 qui nous sont allés au cœur afin que vous, grâce à vos votes, puissiez récompenser ceux qui ont eu votre préférence. Tel est l’objectif du Prix ALODGA depuis sept ans.

Nos échanges enthousiastes ont abouti à une sélection de trois titres pour chacune des six catégories.

Après vous avoir révélé celles des Grandes feuilles (romans jeunesse) et Belles Branches (romans ado), des Racines (documentaires) et Branches Dessinées (BD), voici celles des Brindilles (petite enfance) et Petites Feuilles (albums).

Deux sélections fortes de diversité, d’originalité et d’onirisme, portées par des approches graphiques aussi variées que marquées, qui confèrent à chacun des livres choisis une singularité propre.

Découvrez pourquoi nous les avons aimés et votez pour votre titre préféré ! Les votes sont ouverts jusqu’au 10 décembre et les gagnants annoncés dans la foulée, lundi 13 décembre.

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~ CATÉGORIE BRINDILLES (PETITE ENFANCE) ~

ABC de la nature. Bernadette GERVAIS. Editions Les Grandes Personnes, 2020

Les abécédaires sont toujours enthousiasmants : à partir d’un concept unique, leur réalisation est toujours différente. Celui-ci nous a conquises par son originalité avec son très grand format, idéal pour s’immerger ou la lecture en groupe, son papier épais, ses mots choisis, sa simplicité travaillée et son graphisme qui allie vintage, réalisme et modernité. Hommage à la nature végétale et animale, il donne envie d’aller à son contact.

Tous emmitouflés. Marie-Noëlle HORVATH. La Joie de Lire, 2020

L’hiver est là et son froid est redouté par les animaux qui cherchent à s’en protéger. Heureusement, un fil rouge les entoure, les réchauffe et les relie. Littéralement. Mais à qui est-il ? Métaphorique et étonnant, Tous emmitouflés est un petit album cartonné sur la solidarité qui se passe de mots. L’évidente, la spontanée, la naturelle. Son graphisme est aussi évocateur que tactile, contrasté entre le lin, le rouge de la broderie et le gris du crayon. Avec brio, il invite à lire l’image et à faire ses propres descriptions.

Le jour où je serai grande. Une histoire de Poucette. Timothée DE FOMBELLE et Marie LIESSE. Gallimard Jeunesse, 2020

Un album cartonné et solide, une couverture discrète, un clin d’œil à un conte pour un hommage à l’enfance, un thème si cher à Timothée de Fombelle, pour partager et transmettre. Avec ses mots empreints de poésie et de mélancolie, il s’adresse à l’enfant appelé à grandir, comme à celui resté au cœur de chaque adulte. Il invite chacun à créer de l’extraordinaire avec de l’ordinaire, à profiter des petits moments de bonheurs et à s’en souvenir par le prisme des émotions les instinctives, les pures, les vraies, pour garder et puiser spontanéité et émerveillement enfantins. Pour grandir mais pas tout à fait, pour grandir dans et par le cœur.

Pour l’accompagner, les magnifiques photographies de Marie Liesse qui joue entre flous et gros plans, lumière et couleurs, entre nature et contes. C’est beau, c’est doux, elles nous immergent et résonnent en nous.

Quel est votre titre préféré dans la catégorie Brindilles ?

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~ CATÉGORIE PETITES FEUILLES (ALBUMS) ~

Toi et moi. Ce que nous construirons ensemble. Olivers JEFFERS. Ecole des Loisirs, 2020

Dans un texte poétique et métaphorique, Oliver Jeffers aborde la relation entre lui et sa fille, entre un père et son enfant, entre êtres humains. Il use d’outils réels, tels scie, marteau et vis, pour l’imager, la construire, la renforcer, la réparer même. Inventions, ajustements, protection, compréhension, respect, il énumère de manière concrète tous ces concepts abstraits. Sans oublier de créer et de garder des souvenirs. Pour s’y réchauffer le cœur les jours de grand froid ou de difficulté.
Il y a beaucoup d’amour et beaucoup d’espoir dans cet album qui lie l’intime à l’universel.

La passoire. Clarisse LOCHMANN. Atelier du Poisson Soluble, 2020

Comment parler des rêves ? Comment représenter leur évanescence ? Cette impression de précision qui nous reste au réveil et pourtant cette impossibilité d’y poser des mots ? Par ses peintures aux contours flous, qui se mélangent ou, au contraire, qui se referment sur des espaces blancs et vides, Clarisse Lochmann saisit cette ambivalence, cette dispersion des rêves tel le sable entre nos doigts, cette impossibilité de cohérence verbale pour décrire les situations, lieux ou personnes qui peuplent nos songes. Et pourtant ! demeure cette impression de vague réalité qu’on voudrait retrouver, ne pas quitter, ne pas perdre surtout ! Cet album, c’est tout cela. Et c’est juste magnifique !

J’ai vu un magnifique oiseau. Michal SKIBINSKI et Ala BANKROFT. Albin Michel Jeunesse, 2020

Eté 1939, le jeune Michal est envoyé en pension familiale avec son frère et leur nourrice. Il a pour devoir de vacances de noter chaque jour une phrase dans son carnet, avec la date. Une activité, une visite, le quotidien et l’extraordinaire. Juste une phrase. Une illustration réalisée à la gouache l’accompagne, l’enveloppe, la représente, ou pas. Peu à peu, les phrases raccourcissent, les couleurs se ternissent, la nature laisse place à la guerre qui se profile, avant d’envahir chaque mot, chaque implicite, chaque teinte…

Cet album bouscule d’autant plus qu’il est inspiré d’une histoire vraie. L’auteur de ces quelques lignes, Michal Skibinski, polonais, avait huit ans lorsqu’il a écrit ces phrases, reproduites, avec son écriture au crayon à papier, à la fin du livre, accompagnées de son histoire. Elles ont inspiré Ala Bankroft qui nous restitue puissamment toute l’insouciance de l’enfance emportée trop vite par l’horreur de la guerre, conférant aux souvenirs précieux (mais abîmés) de l’enfance l’aura du témoignage.

Quel est votre titre préféré dans la catégorie Petites feuilles ?

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Quels livres vous ont le plus touchés, émus, attirés? Merci pour votre vote! Et n’hésitez pas à nous laisser un petit mot pour nous en dire plus!

Nos coups de cœur d’octobre

L’automne s’installe doucement avec ses couleurs chaudes et ses températures en baisse. C’est le moment idéal pour s’installer au coin du feu avec un bon livre. Pour accompagner ces moments de douceur, nous vous présentons, comme chaque premier lundi du mois, nos derniers coups de cœur. C’est promis, vous y trouverez de l’insaisissable, de la beauté, du merveilleux, de l’humour, de la douceur, des étoiles – et même des frissons !

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Pour Linda, c’est un album à la couverture mystérieuse, sans titre, qui se hisse au rang de coups de cœur. Derrière cette couverture se révèle un album poétique au graphisme original. Isabelle Simler nous invite dans l’imagination et nous explique le cheminement de la pensée dans la construction des idées.

Les idées sont de drôles de bestioles d’Isabelle Simler, éditions Courtes et Longues, 2021.

Son avis complet est ICI, celui d’Isabelle .

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Pour Lucie, c’est aussi un album qui sort des sentiers battus. Issu de sa PAL de rentrée, L’enfant, la taupe, le renard et le cheval n’a pas vraiment d’histoire. Entre questionnements et rencontres, Charlie Mackesy prend le lecteur par la main et l’invite à la bienveillance. Avec les autres mais aussi avec lui-même. Pour ne rien gâcher, les illustrations sont magnifiques. Réconfortant en ces temps de grisailles !

L’enfant, la taupe, le renard et le cheval de Charlie Mackesy, Les Arènes, 2020.

Son avis ICI.

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Pour Liraloin c’est lors d’un billet consacré à Jean-Claude Mourlevat que le coup de cœur est arrivé sans crier gare. Il s’agit du Chagrin du Roi Mort publié en 2009.

Le Chagrin du Roi Mort de Jean-Claude Mourlevat, Gallimard jeunesse, 2009

Aleksander et Brisco sont frères, inséparables compagnons de jeux. « Aleks seul était le fils de Selma. Elle l’avait mis au monde, au milieu de l’hiver, dix ans plus tôt, mais pas Brisco. Et cela vaut la peine de raconter dans quelles circonstances étonnantes. »

Le lendemain les deux frères se rendent à la bibliothèque royale et Brisco se fait enlever par une belle et terrible dame blonde. Pourquoi Brisco ? Quelle est la signification de la marque dans la paume de sa main ?

Un roman qui s’articule en deux parties : l’enfance puis la guerre. Une première partie pour comprendre la fusion entre les deux jeunes garçons. Cette vie douce et paisible dans un cocon familial aimant. Une vie ponctuée de mystères, des récits empreints de sorcellerie permettant de mieux cerner les personnages et leurs rôles à venir dans la seconde partie. La guerre qui aura lieu. Un père qui voudra récupérer son fils. Un homme qui tentera d’être père. Deux garçons qui marcheront sur des chemins différents, bercés par l’amour.

Une histoire qui emporte très très loin le lecteur, dans une contrée où la sorcellerie, la vengeance renforcent les liens. Le merveilleux, la dureté de la guerre et parfois la lutte contre soi-même bouleversent profondément. Jean-Claude Mourlevat est un formidable conteur.

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Encore un livre hors du commun dans notre collection de coups de cœur d’octobre : Quel tableau ! de Julien Couty est vraiment déroutant. On y suit un père son fils au musée. Mais voilà, toutes les œuvres semblent avoir subi les effets néfastes du dérèglement climatique, de la mondialisation, du consumérisme, de la surpopulation. Un livre à la fois terriblement drôle et terriblement angoissant où les images se suffisent – hélas – à elles mêmes !

Quel tableau ! Julien Couty, Rouergue, 2020.

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Vous souvenez-vous de Petit-Arbre? Jeune Chêne qui se sentait trop frêle et inutile, il a depuis bien grandi. Au fil des saisons, il a gagné en taille et accueilli beaucoup d’amis animaux.

Petit-Arbre est devenu grand. Nancy GUILBERT et Coralie SAUDO. Editions Circonflexe, 2021

Dans ce nouvel album aux couleurs d’automne qui illustrent le temps qui passe et le cycle de la vie, Petit-Arbre est grand à présent. Il est question de mort et de transmission, d’amitié et d’espoir. C’est beau, c’est doux, c’est tendre.

A nouveau, Blandine et ses enfants ont été conquis. Retrouvez son avis complet ICI.

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Isabelle a été emportée par une BD au cheminement fragile, entre rire, larmes et réconfort : Incroyable ! de Zabus et Hippolyte. Un album très original et émouvant, dont la saveur a été d’autant plus grande que sa lecture a été partagée avec d’autres branches de l’arbre. On vous en reparle bientôt…

Incroyable ! de Zabus et Hippolyte, Dargaud, 2020.

Les avis complets d’Isabelle et de Lucie

Et dans la catégorie roman, le coup de cœur d’Isabelle est de circonstance en cette saison de Halloween : une maison isolée, cernée par un malaise intangible… Éric Pessan, de sa belle plume imagée, joue des codes du genre horrifique pour tirer sur toutes les cordes de notre paranoïa. Et pourtant, c’est sur un tout autre terrain qu’il nous entraîne finalement, suivant une partition inattendue mais d’autant plus glaçante, à la lisière entre le thriller, le conte, la poésie et le drame. Un roman hypnotique qui se dévore et nous laisse groggy, mais aussi étrangement apaisé.e. À faire découvrir à ceux qui n’ont pas froid aux yeux !

La-Gueule-du-Loup, d’Éric Pessan, L’école des loisirs, 2021.

Son avis ICI.

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Et vous, qu’avez-vous lu de beau en octobre ?

Lecture d’enfant #38 : La Maison aux 36 clés

Il y a quelques semaines, Lucas et moi avons lu La Maison aux 36 clés de Nadine Debertolis publié chez Magnard jeunesse. Ce roman avait été proposé par Blandine du blog Vivrelivre dans la sélection Grandes Feuilles du Prix ALODGA. Voici ce qu’en pense un jeune lecteur de treize ans !

La Maison aux 36 clés de Nadine Debertolis, Magnard jeunesse, 2020

Que t’évoque la couverture ? Qu’attends-tu comme style de livre en y regardant de plus près ?

Je n’ai pas tout de suite été attiré par la couverture. La maison est intrigante, tout de même. On se doute que l’action va se passer à la campagne à cause de la frise ornementale. Je me suis dit que cette histoire serait d’un style fantastique à cause des plantes justement.

Que penses-tu de la relation entre Tessa et Dimitri ?

Ils s’entendent bien. Tessa est très fonceuse et taquine souvent son frère. C’est une relation réelle et c’est « fantastique » d’être complice comme cela.

Est-ce que tu as eu peur en lisant cette histoire ?

Il y a beaucoup de suspense et l’histoire est bien menée mais je n’ai pas eu peur. Une découverte appelait une autre découverte, ce qui donnait envie de continuer la lecture !

Est-ce que toi aussi tu aimerais découvrir un secret de famille ?

Oh oui ! Ça doit être génial de partir à l’aventure !

Que penses-tu de ce livre ? A qui le recommandes-tu ?

Il est pour tout public. Pour les enfants à partir de onze ans voir dix, s’ils sont bons lecteurs. J’ai beaucoup aimé ce roman !

Merci Lucas !

Retrouvez l’avis de Blandine ici.

Lecture commune : Migrants.

Toucan, lion, rhinocéros, cochon, éléphant… Ils marchent, tête baissée, une valise à la main, un baluchon sur l’épaule. Ils migrent. Et nous avons voulu suivre cette étrange migration. Dans l’obscurité la plus totale, nous leur avons emboîté le pas.

Migrants, Issa Watanabe, La Joie de lire, 2020.

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Quelle belle couverture ! A la fois sombre et lumineuse ! Qu’a-t-elle suscité en vous quand vous l’avez découverte ?

Frédérique. – D’abord, je n’ai pas pu m’empêcher de l’ouvrir entièrement pour y voir tout un portrait d’attroupement de personnes en file indienne, formidable couverture en format paysage. Le gris tout d’abord du rhinocéros et les couleurs très lumineuses qui contrastent tellement avec ce noir. Il n’y a aucune chaleur à part dans certains vêtements colorés mais plutôt de l’inquiétude très palpable dans la nuit.

Isabelle. J’ai d’abord été happée par la beauté de ces illustrations, la lumière qui entoure ces migrants aux vêtements bariolés. Puis j’ai pris conscience de l’obscurité inquiétante dont Frédérique vient de parler. Et des images dramatiques de “migrants” sont venues se superposer dans mon esprit à cette couverture. J’ai immédiatement eu envie d’ouvrir cet album tout en me demandant si je confronterais mes enfants à la noirceur de ce que ces pages avaient probablement à évoquer…

Linda.Ce n’est pas tant les couleurs que les personnages qui m’ont interrogée. Tous différents mais avec ce même regard triste tourné dans la même direction. Je trouve que cela en dit déjà beaucoup sur le poids des valises qu’ils transportent tant au sens propre qu’au sens propre. Cela nous confronte directement à nos émotions et ne laisse aucun doute sur celles qui vont nous submerger au fil des pages.

Vous avez raison de souligner les expressions tristes des visages des animaux car c’est assez rare de représenter les animaux de cette manière dans l’album jeunesse. C’est ce qui m’a interpellée dans cette couverture. En plus du titre qui l’accompagnait. Avant de nous pencher plus avant dans l’analyse de ce livre, pourriez-vous nous dire comment les enfants avec qui vous l’avez “lu” l’ont-ils perçu, compris, appréhendé ?

Frédérique.Je l’ai lu avec mon fiston de bientôt treize ans, il a remarqué tout de suite le personnage à la tête de mort, en marge du groupe et la mine fermée des autres.

Linda.Je ne l’ai lu qu’avec Gabrielle qui, du haut de ses presque douze ans, a de suite fait le parallèle avec les migrants de la “jungle de Calais” dont elle entend parler. La traversée de la mer est un exemple vraiment concret pour elle, encore plus depuis qu’elle a vu les images terribles des migrants parvenus à entrer dans l’enclave espagnole de Ceuta. Le premier personnage qu’elle a identifié est la mort qui suit le groupe d’animaux d’un bout à l’autre de leur voyage mettant l’accent sur les dangers, les risques qu’ils vont rencontrer. J’ai trouvé qu’elle gérait mieux ses émotions que moi. Le ton est lourd, l’absence de texte nous laisse vraiment le temps de vivre l’histoire, de la ressentir, et pourtant de son côté la “lecture” n’a pas été si désagréable même si elle a été touchée.

Colette.C’est très intéressant ce témoignage qui montre qu’il faut avoir une certaine connaissance de ce qu’est une migration pour comprendre la portée de l’album. En effet avec mon Nathanaël de sept ans, nous n’avons pas du tout vécu la même lecture. Je l’avais malencontreusement averti que ce livre était triste, ce qui lui a mis la puce à l’oreille. Mais en finissant le livre, il m’a dit “pourquoi tu as dit que c’était triste ?”. Il n’a jamais vu de reportages ou de documentaires sur les migrants et n’a donc pas du tout identifié le sujet de l’album. On a donc discuté à la fin de ce que moi, adulte, j’avais projeté dans cet album. J’ai du expliquer ce qui pouvait pousser quelqu’un à quitter un endroit pour un autre endroit. Et cela nous a obligés à reprendre l’album en détail pour identifier les épreuves rencontrées pendant le voyage de nos animaux migrants. C’est pour moi un album qui nécessite donc un accompagnement, d’autant plus que c’est un album sans texte.

D’ailleurs comment l’avez-vous lu ? Avez-vous eu besoin de mettre des mots pour accompagner les illustrations ou l’avez-vous lu en silence ?

Isabelle.C’est drôle que tu poses cette question parce que d’habitude, les albums sans texte, c’est compliqué chez nous. Les enfants me regardent et attendent que je dise quand même quelque chose. Or, nous avons parcouru cet album dans un silence assourdissant. Juste une question inquiète de mon fils de dix ans tout au début, qui m’a serré le cœur: “Où sont les parents de l’éléphanteau ?” Et un peu plus loin, son grand frère : “Cela me fait penser aux migrants qui essaient de traverser la Méditerranée.” Silence grave donc, et pour rebondir sur ce que tu disais, Colette, ils ont manifestement fait le lien avec la réalité, parce qu’ils sont déjà grands et peut-être parce qu’en Allemagne, où nous vivons, c’est un sujet plus visible auquel ils ont été personnellement confrontés.

Frédérique.Oui, j’ai eu besoin d’expliquer car mon fils, après la lecture, m’a dit “maman je crois que je n’ai pas tout compris”, nous avons repris la lecture et au fur et à mesure de l’histoire, il a exprimé ce qu’il pensait de telle ou telle scène. De manière générale, la lecture se fait toujours une première fois, c’est ensuite que l’explication intervient, si besoin est. Pour moi, l’enfant prend ce qu’il a à prendre.

Linda. Pour nous ce fut une vraie lecture silencieuse; qui a alourdi un peu plus l’atmosphère qui m’était déjà pesante. La discussion est venue après. Les albums sans textes ne font pas l’unanimité à la maison, les filles aiment quand je raconte l’histoire mais avec cet album ce n’est pas possible, les illustrations parlent d’elles-même.

Justement que disent les illustrations ?

Isabelle. – Ce n’est pas une question facile car il y a ce que les illustrations montrent de façon concrète et ce qu’elles représentent. Si je m’en tiens à ce qu’on voit : un groupe de marcheurs silencieux, des animaux de tous horizons, de toutes espèces et de tous gabarits, vêtus de couleurs vives qui détonnent sur le noir du décor. S’ils semblent dépareillés (ce n’est pas tous les jours qu’on croise un flamand-rose côte-à-côte avec un lion et un coq), ils sont aussi unis par la direction de leur voyage et par l’accablement qui se lit sur leur visage. On voit aussi une curieuse créature décharnée qui semble suivre le groupe, enveloppée dans un drap fleuri. Puis, au fil des pages, les étapes de ce qui se révèle un vrai périple, ponctué par des pauses, des moments de repos et de doute. Après, il y a ce que représentent ces images et c’est là que les lectures peuvent sans doute être différentes.

Linda.Pour moi ces images montrent un groupe d’individus différents mais semblables dans l’expression de leurs visages, la tristesse dans leur regard. Ils vont dans la même direction et partagent une histoire similaire qui les pousse à fuir. La mort qui les suit nous fait ressentir les difficultés, les dangers de ce voyage. Leur regard porte aussi l’espérance dans un avenir meilleur.

Frédérique. – Pour moi elles sont terribles, quel contraste entre les attitudes fatiguées et préoccupées des animaux et leurs vêtements colorés (comme un message d’espoir). Il n’y a que le rhinocéros qui est gris comme si c’était son énième et dernier voyage : dernière tentative de trouver un monde meilleur. Les bosquets sont aussi remarquables (scène de la rencontre entre la mort et l’ours blanc). Pour moi, les fleurs rouges représentent l’espoir, le passage vers un ailleurs où tout est possible. Ces mêmes fleurs rouges que le lecteur peut voir sur la scène finale. Cette petite souris qui tend les bras et regardent vers ces fleurs de l’espoir.

Isabelle.Ces bosquets m’ont intriguée aussi. La petite figure qui représente la mort offre une branche grise à l’un des marcheurs, à un moment donné, qui semble tenté. La forme des plantes est la même, il y a seulement un contraste dans les couleurs puisque les plantes vivantes, comme tu le dis Frédérique, ont de belles couleurs éclatantes. Je suis arrivée à peu près aux mêmes conclusions : cette page symbolise un moment de doute dans lequel l’ours migrant est tenté d’abandonner.

Avant de revenir à la dimension symbolique de certaines images de l’album que vous avez déjà soulignée, je souhaiterais vous inviter à parler de la structure de ce livre hors du commun. Cet album, même sans texte, obéit à un rythme silencieux, celui d’un mouvement. Comment décririez-vous ce mouvement ? Quelles en sont les étapes ? Lesquelles vous ont le plus touchées ?

Frédérique. Le rythme est lent malgré le fait que la lecture puisse être rapide c’est souvent le cas lorsqu’il n’y a pas de texte. Et pourtant c’est paradoxal, le lecteur s’arrête car ce noir est enlisant, lourd. Le mouvement est presque figé pour moi comme si le lecteur contemplait un tableau, une nature morte mais avec des êtres vivants. D’ailleurs, les visages sont graves, fermés. Là où tout s’accélère c’est lorsque les personnages montent sur le bateau, l’eau apporte un autre mouvement. L’étape qui me touche le plus c’est celle, où encore une fois, il faut rassembler ses dernières forces et regarder cette mer, ce sable qui a sûrement pris un des nôtres. Une scène puissante pour moi, le sable gris apporte une tristesse poignante.

Isabelle. – Frédérique résume bien les choses, je trouve. Les premières pages montrent une marche lente, laborieuse, fatiguée. Le moment de pause, qui permet aux marcheurs d’assouvir leurs besoins essentiels, de manger un morceau, se laver tant bien que mal ou simplement s’asseoir, enveloppé dans une mince couverture, est un soulagement que l’on ressent avec eux en tournant ces pages. L’accélération du rythme au moment de se précipiter sur le bateau n’en est que plus angoissante : comment trouvent-ils la force ? Puis, après avoir dépensé ses dernières énergies pour survivre, il faut reprendre la marche, toujours dans la même direction.

Revenons aux symboles qui peuplent ce bel ouvrage :
– que représentent pour vous le squelette qui ouvre l’album et son immense oiseau bleu au bec rouge ?
– Et cette minuscule valise vers laquelle ils se dirigent à peine le livre ouvert ? On dirait que cette valise contient quelque chose que le groupe d’animaux a oublié car le petit squelette semble presser de la ramener au groupe.
– Et surtout pourquoi son bel habit aux motifs floraux si élégant change-t-il à plusieurs endroits de l’histoire ?

Frédérique. Il symbolise la mort, celle qui décide. L’oiseau, lui, symbolise le renouveau, un espoir de recommencement. Pour moi la valise est le moyen de rejoindre le groupe. Et si elle appartenait au grand lièvre en fin de cortège? Il ne porte rien, donne la main à des enfants. Et nous verrons plus tard son funeste destin.
Enfin, je dirais que l’habit de ce personnage squelette est changeant selon le message apporté et la situation. La robe change lorsqu’il offre la fleur au passeur (l’ours) et dessus, une cape or comme pour symboliser l’argent donné. Cette robe fleurie réapparaît lorsqu’il vole au-dessus de l’embarcation, il y a espoir mais hélas… la robe redevient terne à nouveau.

Isabelle. Comme Frédérique, j’ai vu dans cette figure squelettique le symbole de la mort et j’ai fait le parallèle entre son drap imprimé et ceux qu’on voit lors de la fête de la mort au Mexique – et aussi entre cet oiseau et l’ibis qui symbolisait Thot, dieu la mort en Egypte ancienne. Cette figure ne lâche pas les marcheurs mais elle n’est pas toujours menaçante, elle peut représenter une délivrance – on le voit bien quand l’ours polaire est tenté de lui manger dans la main, ou quand elle enveloppe doucement la victime du naufrage. J’ai l’impression comme Frédérique que les motifs de la cape sont un reflet – tantôt fleuri, tantôt doré, tantôt gris – de ces manières de voir la mort, mais je n’ai pas complètement compris cette symbolique – ni d’ailleurs ce que représente exactement la petite valise. Avais-tu une idée là-dessus, Colette ?

Colette. – Je me suis dit que si cette étrange créature squelettique tendait une valise, c’est qu’elle symbolisait ce qui les pousse à partir, à quitter leur foyer, à la fois menace et espoir.

Un mot de conclusion ? Votre illustration préférée ?

Frédérique. Mon illustration préférée se déroule sur deux pages. C’est celle de la fuite vers l’embarcation, on y voit une partie du groupe sur la page de gauche qui va sans doute dévaler la pente qui s’offre à lui sur la page de droite et lorsque le lecteur tourne la page, l’urgence se fait ressentir. Cette urgence de vite monter dans l’embarcation. Pour la première fois dans l’histoire, le lecteur voit de l’émotion sur les visages : celle de la peur.

Isabelle. – Peut-être celle de la couverture, qui place en pleine lumière celles et ceux dont le sort insoutenable reste malheureusement largement invisible.

Une recommandation pour les futur.e.s lecteurs et lectrices de l’album ?

Isabelle.– Déjà, de ne pas hésiter à le découvrir : c’est un album hors du commun qui témoigne du talent des auteur.e.s jeunesse pour parvenir à parler, à hauteur d’enfant, de tous les sujets.

Frédérique.Cette lecture m’a énormément touchée et les échanges m’ont permis de mieux analyser ô combien cet album doit être lu. Il donne matière à discussion avec les grands et les petits. Je recommande donc vivement cet album difficile, mais essentiel, et qui sera malheureusement toujours d’actualité.

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Pour en découvrir un peu plus, rendez-vous sur le site de l’éditeur.

Renards, renardes et renardeaux

C’est l’automne !

Sous le Grand Arbre, les feuilles colorées de rouge, jaune et marron nous ont fait penser à la robe des renards. Autrefois appelés goupils, ils tiennent leur nom du fameux Roman de Renart paru au Moyen Âge, c’est dire l’importance de leur lien avec la littérature !

Mais elle leur a aussi accolé une réputation d’animal malin et filou. Nous vous proposons donc une sélection pour dépasser ou conforter les stéréotypes associés à cet animal.

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Roule renard, Atelier SAJE, Didier Jeunesse, 2021

Roule renard est un album cartonné tout en longueur qui invite le tout petit à un terrifiant décompte : en effet une jolie portée de 5 renardeaux voit, page après page, chaque petit animal disparaître. Par un ingénieux mécanisme, le petit lecteur pourra activer la pirouette du renardeau qui le fera disparaître sous la page. Mais pas de panique, une surprise tout en douceur et en réconfort nous attend à la fin du livre.

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Le Renard et l’étoile de Coralie Bickford-Smith, Gallimard Jeunesse, 2017

Le graphisme du premier album de Coralie Bickford-Smith est d’une créativité folle. Mais l’histoire n’est pas en reste : Renard  a peur de quitter son terrier jusqu’à ce qu’il rencontre Etoile, dont la lumière et la compagnie le rassure. Mais un jour Etoile disparaît. Désemparé, Renard part à sa recherche, puis sombre dans la mélancolie. Heureusement l’espoir renaît, il ne reste qu’à découvrir de quelle manière !

L’avis de Lucie.

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La danse d’hiver de Marion Dane Bauer, Albin Michel, 2019

L’hiver approche. Les animaux se préparent chacun à leur manière : l’écureuil stocke des noisettes, l’oie prend son envol, l’ours hiberne… Le renard observe ce manège avec attention, mais il n’a pas du tout sommeil. Un album aux illustrations toutes douces, idéal pour découvrir les comportements des animaux de la forêt en automne.

L’avis de Lucie.

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Jules et le renard de Joe Todd-Stanton, L’école des loisirs, 2019.

Jules et le renard est un bel album qui parle de différence et encourage à dépasser les idées reçues pour aller au devant des autres. Une histoire d’amitié née d’une rencontre fortuite entre les racines d’un arbre va unir deux être solitaires que le nature a placé comme ennemi de toujours. Une fable touchante au style graphique japonisant à découvrir avec les touts petits… et les plus grands.

Les avis d’Isabelle et de Linda.

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Petit Renard, d’Edward van de Vendel et Marije Tolman. Albin Michel Jeunesse, 2019.

Le petit renard de cet album, adorable boule de poils orange vif, vagabonde dans un paysage côtier lorsqu’il chute et plonge dans un rêve bouleversant d’intensité : toute une vie de petit renard condensée sous forme d’impressions fortes. Chaque mot du texte résonne comme une petite comptine, porté magistralement par les illustrations de Marije Tolman qui mêlent la beauté de grandes photographies aux couleurs passées et la beauté de dessins vibrants de vie. Tout ceci fait de cet album une lecture à la fois moderne et intemporelle. Et émouvante, tant ce petit renard porte en lui de choses universelles.

L’avis d’Isabelle et notre lecture commune

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Goupil ou face, comment apprivoiser sa cyclothymie, Lou Lubie, Delcourt, 2016.

Dans la BD, Goupil ou Face, il s’agit d’apprivoiser un animal sauvage assez dévastateur qui se tapit là où on ne l’attendait pas : au cœur de son propre corps, de son propre cœur. Lou Lubie retrace avec beaucoup de poésie et d’humour tout le chemin parcouru pour apprivoiser le renard parfois cruel parfois joueur qui lui met la tête à l’envers, un renard imprévisible qui a pour petit nom cyclothymie. Quand le renard devient un symbole, une métaphore à la fois tendre et piquante d’un trouble psychiatrique qui mérite d’être mieux connu, cela donne cette BD de vulgarisation scientifique passionnante !

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Fantastique Maître Renard, de Roald Dahl, illustré par Quentin Blake. Gallimard Jeunesse / Folio Cadet.

Le protagoniste de ce roman de Roald Dahl figure en bonne place parmi les personnages de renard incontournables : une véritable obsession pour les trois fous furieux qui possèdent les fermes des environs et remuent ciel et terre dans une traque outrancière. Heureusement, l’ingénieuse bestiole a plus d’un tour dans son sac. À lire pour les personnages hilarants, les illustrations de Quentin Blake, les dilemmes moraux de Maître Renard et de son ami Blaireau. On appréciera aussi le suspense et le dénouement jubilatoire ! N’hésitez pas à découvrir également Fantastic Mister Fox la géniale adaptation cinématographique signée Wes Anderson.

Les avis d’Isabelle, de Linda et de Lucie.

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Pax et le petit soldat, de Sarah Pennypacker, illustrations de Jon Klassen. Gallimard jeunesse, 2017.

Ce renard là est apprivoisé, mais séparé de son garçon par une guerre : parviendront-ils à se retrouver sains et saufs ? La route est parsemée de dangers, mais aussi de rencontres inattendues ! Impossible de ne pas fondre de tendresse pour ces deux personnages si attachants. À travers le destin de Pax et de Peter, Sara Pennypacker évoque des thèmes universels : la perte d’un proche, la solitude, l’expérience à la fois enthousiasmante et douloureuse de grandir, la difficulté de trouver sa voie par rapport à ses parents, l’épreuve mêlée d’exaltation du retour à la vie sauvage. On ne sait quasiment rien des ressorts de la guerre mais on observe son déroulement et ses conséquences immédiates et durables d’un regard innocent, à hauteur d’enfant et de renard. Ce livre est un vibrant hymne à la paix, étrangement empreint de douceur, à l’image des illustrations de Jon Klassen.

Les avis de Linda et d’Isabelle.

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Rouge-Feuille. Eric WANTIEZ et Juliette PARACHINI-DENY. Éditions Cépages, 2016

Rouge-Feuille est le nom d’un petit renardeau dont le sens n’apparaît qu’une fois l’automne venu. Au cœur de la nature en rouges, jaunes et orangés, il se fond, se dissimulant des chasseurs. Un jour, il trouve un oisillon à l’aile cassée, Bleu. Ils deviennent amis, mais sa couleur attire l’œil… Cet album au graphisme aussi magnifique qu’original mêle dessins crayonnés, aquarelles et collages avec de vraies feuilles d’arbres aux multiples nuances. Avec beaucoup de délicatesse, il nous raconte une histoire d’amitié et d’entraide, de saisons et de préservation de la nature.

L’avis de Blandine

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Le Renard Tokela. Pog et Marianne ALEXANDRE. Des Ronds dans l’O Jeunesse, 2016

Dans la tribu des Oceti Sakowin Oyate, une jeune fille se pose des questions. La coutume veut que les jeunes gens tuent chacun un animal pour en faire son totem et s’assurer ainsi de sa protection en revêtant sa peau. Cherchant un moyen d’y déroger, elle se retrouve nez à museau avec le Renard Tokela. Grâce à son aide, Winona rentre la tête haute. Grâce à son courage, tous comprennent que les traditions sont faites pour évoluer, pour être transformées. Entre conte et légende, les auteurs entremêlent la fiction à l’Histoire, pour nous délivrer un profond message de paix, de tolérance et de respect.

L’avis de Blandine.

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Et vous, quelle aventure mettant en scène un goupil a votre préférence ?