Nos coups de coeur d’avril

En ce mois d’avril qui voit passer les oiseaux migrateurs au ras des champs ou très haut dans le ciel, nos regards ont suivi les horizons de livres enchanteurs, colorés, tourbillonnants. En voici un échantillon bigarré comme le plumage du geai, écarlate comme la gorge de l’hirondelle rustique et lumineux comme le cygne chanteur.

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Pour Colette, collectionneuse de papillons, son escapade à L’Escale du livre de Bordeaux a été l’occasion de découvrir le travail si délicat et tellement visuel d’Anne-Margot Ramstein. Déjà conquise le mois dernier par Dedans/dehors, la voilà envoûtée par l’histoire de l’album sans texte de La Perle écrit à quatre mains avec l’auteur Mathis Arégui. On y suit de page en page, l’odyssée d’une perle à la fois à travers l’espace et le temps. La poésie s’y mêle à la géographie et la beauté des couleurs et des formes s’y déploie à chaque page.

La Perle, Anne-Margot Ramstein, Mathis Arégui, La Partie, 2021.

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Observer la migration des oiseaux est l’activité principale de l’un des personnages du Château des Papayes, roman coup de cœur de Lucie ce mois-ci. C’est toujours avec appréhension que l’on s’attaque à un nouveau livre d’un auteur dont on a aimé le précédent. Ce nouveau roman allait-il être à la hauteur de Pax et le Petit soldat ? La réponse est OUI !
Lucie s’est immédiatement attachée à Ware, héros sensible et attentif aux autres, qui fait passer le bien être de son entourage avant le sien. Jusqu’à ce qu’un concours de circonstances le mène devant les ruines d’une église. Sara Pennypacker sait croquer des personnages tendres, tenaces et créatifs. Venez découvrir Le Château des Papayes !

Le Château des Papayes, Sara Pennypacker, Gallimard Jeunesse, 2021.

Son avis complet est LA. Retrouvez aussi ceux d’Isabelle et de Linda ou Liraloin au sujet de Pax et le Petit soldat.

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Le petit garçon d’Un week-end de repos absolu pourrait aussi prendre le temps d’observer les oiseaux. Il est à la campagne et profite tranquillement de son week-end… pendant que ses parents s’agitent.
Car s’ils sont partis au vert pour se ressourcer, ils ne cessent de trouver quelque chose à faire. La barrière à repeindre, les mûres à cueillir puis à cuisiner… ils ne s’arrêtent pas une minute. Avec humour et bienveillance, Davide Cali épingle notre fâcheuse tendance à remplir nos journées d’activités frénétiques. Mais s’adonner à des activités manuelles n’est-ce pas tout de même une manière de déconnecter du travail et des écrans ?
Les illustrations très inspirées des années 60 d’Alexandra Huard apportent un côté intemporel et pétillant à cet album. Et nous invite à penser que cette peur du vide n’est peut-être pas si récente !

Un Week-end de Repos Absolu, Davide Cali, illustrations d’Alexandra Huard, Sarbacane, 2013.

L’avis de Lucie.

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Linda s’est envolée vers l’Île-du-Prince-Edouard pour retrouver cette âme sœur, cette amie de papier qui ont bercé son enfance et accompagne désormais les pas de sa fille alors qu’elle entre dans l’adolescence. Quel plaisir de retrouver Anne Shirley dans cette adaptation en bande dessinée ! Si le style graphique a été une surprise, la lecture n’en a pas été moins délicieuse.

Anne… La maison aux pignons verts – La bande dessinée, Mariah Marsden et Brenna Thummler, Scholastic, 2019.

Retrouvez son avis complet et des visuels ICI.

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Linda a ensuite traversé l’Atlantique en compagnie de Nellie Bly, cette pionnière du journalisme d’investigation qui a débuté un Tour du Monde en faisant une première escale en Angleterre. Accompagnée du jeune gentleman londonien Phileas Fogg, elle part sur les traces du célèbre Jack l’éventreur dans une enquête qui ne manque pas de rythme et de suspens. Deux héros, l’un fictif, l’autre réelle, dans une nouvelle série d’enquêtes à lire dès 9/10 ans.

Nellie & Phileas – Détectives globe-trotters, tome 1. Le Crime de White Chapel, Roseline Pendule, Gulf Stream, 2022.

Son avis complet est ICI.

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Pour Liraloin, le besoin d’un retour aux sources se fait sentir. Le plus bel été du monde de Delphine Perret est un vrai coup de cœur oxygénant !

 Tu es prêt ?
Oui. »

C’est l’heure de quitter la ville pour passer l’été dans cette maison de campagne, loin de toute une agitation et de la routine habituelle. Dans cette maison que l’on aime retrouver, il y a les bonbons de l’année passée. Sont-ils encore bons ? Des bottes devenues trop petites mais ce n’est pas grave, il y en a d’autres paires à la bonne pointure. Il y a des questions sur l’enfance de maman et des réponses pleines de nostalgie. Cette maison n’en finit pas de livrer ses secrets et ses alentours sont propices à l’observation de multitudes de bestioles et de paysages ensoleillés.  

Les allées et venues d’amis et de la famille vont rythmer l’enfant et sa maman :

« –Allez jouer, on vous rappellera pour le dessert.
-Est-ce que c’est le dessert ?
-Pas encore.
-Hé ho ! C’est le dessert ! Vous êtes où ? »

En toute simplicité, Delphine Perret, le temps d’un été, écrit une vie de nostalgie où les retrouvailles dans cette maison de famille nous donne une respiration bien particulière. Le temps de s’arrêter, de s’émerveiller, d’apprendre à lacer ses chaussures, de trouver et perdre pour ensuite retrouver et reperdre sa casquette. Une plongée qui fait un bien fou loin de tout, de toute connexion, juste celle entre une maman et son enfant et leur entourage. Page après page, l’histoire invite la-le lectrice-lecteur à se poser, se reposer afin de profiter au maximum des dessins alternant scènes quotidiennes et paysages oxygénant !


Le plus bel été du monde de Delphine Perret – Les fourmis rouges, 2021
Prix Sorcières 2022 dans la catégorie Carrément Beau Maxi

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Isabelle et ses moussaillons se sont lancés sur les traces de LA star de la littérature anglaise : Sir William Shakespeare himself ! Et avec lui, c’est l’histoire du théâtre qui se dévoile, au fil des pages du fabuleux documentaire édité par les éditions Little Urban.
À Londres, à l’époque, 1/5 de la population assistaient quotidiennement à un spectacle. Ce n’était pas de la tarte entre les risques d’épidémie (le premier théâtre londonien se situait hors des murs de la ville, plus prudent), une bonne dose d’impro vu le nombre de pièces que les comédiens devaient s’approprier en peu de temps, le taux de mortalité parmi les personnages et le sang qui giclait par le truchement de poches de sang d’animaux… Les anecdotes sont réjouissantes, mises en valeur par ces pages joyeusement colorées. Au fil des pages, on ne peut qu’être sidéré.e par la richesse de l’œuvre shakespearienne qui couvre tous les genres, de la tragédie à la comédie et aux pièces historiques, en passant par la romance et la poésie. Maintenant « to read or not to read, that is the question ! »

Le Monde Extraordinaire de William Shakespeare, d’Emma Roberts, Little Urban, 2022.

L’avis complet d’Isabelle

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Et en roman, l’équipage de L’île aux trésors a décidé, une fois n’est pas coutume, de voyager en train avec l’incroyable Maydala Express ! Écrit à deux mains par deux stars de la littérature italienne, ce roman d’aventure steampunk démarre sur les chapeaux des rails. Nous voilà donc plongés dans les fumées industrielles d’une ville sous la coupe d’une tentaculaire société ferroviaire. Finally survit, comme d’autres orphelins, en faisant le ménage dans la Gare grise, rêvant de devenir un jour mécanicienne. Par un concours de circonstances, la jeune fille se retrouve en possession d’un billet pour le Maydala Express. Une ligne ferroviaire aussi légendaire que convoitée, dont personne ne sait où elle se rend. C’est le début d’un périple initiatique semé d’embuches et de surprises. Un bel objet-livre, des personnages hauts en couleur, beaucoup d’aventure et surtout, un bel hymne au voyage !

Maydala Express, de Pierdomenico Baccalario et Davide Morosinotto, L’école des loisirs, 2022.

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Blandine aime découvrir des parcours de vie, ceux qui ont été tragiquement oubliés ou écartés, comme les nuances de ceux que nous pensons connaître.

Le rêve de Mademoiselle Papillon. Alia CARDYN et Julien ARNAL. Robert Laffont, 2022

Mademoiselle Papillon avait un rêve que l’on disait trop grand pour elle! Un rêve d’avenir pour tout les enfants dans le besoin, un rêve pour les sauver, les voir grandir en sécurité et heureux, protégés du froid, de la maladie et de la haine des Hommes. En 1919, ce rêve était aussi nécessaire que difficile à réaliser, et encore plus pour une femme! Pourtant Mademoiselle Papillon a réussi. Et son rêve est toujours visible et actif aujourd’hui.

Cet album est un hommage sensible et vibrant à Thérèse Papillon, et une adaptation du roman « Mademoiselle Papillon » d’Alia Cardyn. Le préventorium qu’elle a ouvert dans l’Abbaye de Valloires (Somme) a accueilli et aidé des milliers d’enfants, et est visitable avec ses jardins.

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Nina Simone, mélodie de la lutte. Sophie ADRIANSEN. Charleston, 2022

Avec empathie et passion, Sophie Adriansen nous raconte qui était Eunice Waymon devenue Nina Simone, son enfance, la musique classique, son mariage, son engagement dans la Lutte pour les Droits Civiques, tout en nous restituant son époque, le contexte social et politique des Etats-Unis, et ce qu’il en est malheureusement encore aujourd’hui. Ce faisant, l’autrice se raconte aussi, révèle sa réflexion quant à son identité, sa couleur, sa place de citoyenne.

Un roman et hommage magnifique et saisissant! Chronique de Blandine ICI.

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Quid de vos lectures à vous ? Dites-nous : si elles étaient un oiseau, lequel seraient-elles ?

De l’humour noir au rire jaune – grands lecteurs, grandes lectrices

Après la sélection sur l’humour pour les petits lecteurs, petites lectrices la semaine dernière, voici l’arc-en ciel des couleurs de l’humour pour les plus grands !

L’humour noir et l’ironie / le sarcasme

Calvin et Hobbes (22 tomes), Bill Watterson, Presses de la cité.

Comment ne pas parler de la série Calvin et Hobbes de Bill Watterson ? Dans ces bandes dessinées, l’humour noir est élevé au rang d’art.
Calvin est un petit américain de six ans qui porte sur le monde un regard acerbe. Hobbes, son tigre en peluche, prend vie quand ils sont seuls et participe activement aux bagarres, blagues et autres réflexions désespérées sur l’espèce humaine. Mordant, drôle, mais aussi plein d’humour et de réflexions pertinentes… Lucie et Blandine en sont fans.

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La ferme des animaux, George Orwell, Le Livre de Poche Jeunesse, 2021.

Satire politique, La ferme des animaux d’Orwell utilise l’humour noir pour critiquer le régime stalinien et les états totalitaires en général. Il y dénonce notamment le pouvoir et la cruauté exercés par des tyrans. Publié pour la première fois en 1945, le récit n’a pas pris une ride et son sujet résonne encore avec le monde moderne. Le texte court et la format de fable animalière rendent la lecture accessible par les enfants dès l’âge de 10-11 ans pour les plus curieux.

L’avis de Linda, celui d’Isabelle et de Lucie. On pourra aussi lire l’avis d’Isabelle sur la version illustrée par Quentin Gréban ICI. Et l’avis de Linda et celui d’Isabelle sur l’adaptation en BD pour la jeunesse.

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Pour Lucie, Roald Dahl est un maître incontesté dans le domaine. Que ce soit dans Matilda, La potion magique de Georges Bouillon, Les deux gredins, Un conte peut en cacher un autre ou son autobiographie Moi, Boy, l’auteur anglais a le chic pour croquer d’affreux personnages. On adore les détester et on rit, tellement !, de leurs mésaventures.

Retrouvez aussi les avis de Linda, Blandine, Isabelle sur ce génie de l’humour.

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Les Willoughby : un roman abominablement écrit et ignominieusement illustré par l’autrice, Loïs Lowry – Ecole des loisirs, 2010 pour la première édition, 2019 pour l’édition collector

Les Willoughby ne sont pas une famille attachante. Les parents sont particulièrement odieux et les enfants sont agaçants. Cependant, ils ont tous un point commun : ils ne s’aiment pas. Alors c’est tout naturellement qu’un bébé abandonné sur leur perron se retrouve vite expédié chez le voisin, Mr Melanoff, un veuf inconsolable vivant dans une énorme maison-taudis !Le sort va-t-il s’acharner contre ce bébé ? De quels horribles moyens les enfants vont-ils user afin de se débarrasser de leurs parents et vice versa ?

L’ambiance de cette histoire a plongé Liraloin dans les romans de Roald Dahl mais aussi dans celle de Nanny McPhee. Tout va très vite et les évènements s’enchaînent un peu comme au théâtre. Les situations sont souvent loufoques et chaque personnage fait avancer l’histoire de manière maladroite. Une bonne dose d’humour noir et malgré tout, les ondes positives rayonnent dans ce roman farfelu.

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Monstre effrayant avide de chair d’enfant, le Yark est aussi… un animal en voie d’extinction. C’est que la pauvre bête a l’estomac fragile et ne digère que les enfants sages. Cette créature pleine de scrupules préférerait mille fois se nourrir de gamins insupportables, elle n’a pas vraiment le choix. Comme beaucoup, donc, le Yark regrette amèrement les enfants bien élevés, propres et innocents de jadis et désespère de trouver de quoi se mettre sous la dent… Tout est génial dans cet album qui s’impose déjà comme un classique : l’objet livre est magnifique (encore plus la réédition de 2021), la couverture et les illustrations (signées Laurent Gapaillard) de toute beauté, les rimes audacieuses, les péripéties à hurler de rire. Incontournable dans une sélection sur l’humour !

Le Yark, de Bertrand Santini, illustré par Laurent Gapaillard. Grasset Jeunesse, 2011 (réédité en 2021).

L’avis d’Isabelle et de Linda

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L’humour burlesque, le comique de situation

La souris et le voleur de Jihad Darwiche & Christian Voltz – Didier jeunesse, collection : A petits petons, 2002

Tout commence par un gros ménage de printemps chez la souris. Sous cette poussière, un p’tit trésor : un sou ! Alors, « Elle court chez le boucher. Elle lui donne sa pièce et revient chez elle avec un beau morceau de viande. » Notre souris, économe, décide que la moitié qui ne sera pas mangée régalera son p’tit bidon le lendemain. Malheureusement la nuit s’achève sur un réveil colérique : un voleur lui a piqué sa gourmandise. Elle va vite raconter ses malheurs au juge qui lui dicte cette drôle de formule-magique-spéciale destinée au voleur trop goulu : « Rentre dans ta maison. Mets du caca dans une assiette, pose l’assiette sur l’étagère, plante des clous à l’envers dans le mur, mets un serpent dans la bassine d’eau, cache un âne derrière la porte, accroche un coq au plafond et dors tranquille. » Bon s’il en est ainsi, allons-y! Alors quoi, vous ne devinez pas la suite….

Cette histoire est vraiment très drôle à lire et surtout à raconter (parole de pro du livre : les enfants aiment les histoires de caca). Le comique de répétition fonctionne à merveille. Le passage où notre pauvre voleur tombe sur tous les pièges laissés par la souris sont à mourir de rire. Les illustrations de Christian Voltz y sont pour beaucoup. Il alterne papier découpé et matériel de récupération donnant des expressions si farfelues aux personnages.

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Le journal de Gurty (10 tomes), Bertrand Santini, Sarbacane, 2015.

A-t-on encore besoin de présenter Gurty, l’adorable petite chienne de Bertrand Santini ? Les enfants adorent lire son journal et ses réflexions sur la vie, le quotidien, son maître et ses rencontres. Le regard qu’elle porte sur son environnement (très premier degré) est hilarant !

Retrouvez les avis de Blandine, Lucie, Linda et Isabelle.

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C’est qu’ils passeraient presque inaperçus, dans leur tranquille banlieue londonienne… Une famille qui déborderait certes d’énergie, dont les membres pourraient bien paraître un peu plus velus et dentus que la moyenne, mais alors vraiment en y regardant de près… La seule chose qui pourrait bien les trahir, c’est leur propension irrépressible à hurler de rire à la moindre occasion. Car oui, mais que cela reste entre nous, hein ! La vérité, c’est que les Zarnak sont une famille de hyènes ! Il souffle sur ce roman une loufoquerie toute britannique. Les péripéties des Zarnaks qui peinent à ne pas attirer l’attention, le comique de situation et les blagues intempestives de M. Zarnak sont désopilants. Et sur le mode du rire, ce roman invite à la réflexion sur les stéréotypes (car voyez-vous, les hyènes ne sont bien vues ni des hommes, ni des autres animaux), l’aliénation des humains passée au révélateur du regard des hyènes, leurs liens avec le monde animal, l’anticonformisme et la valeur de la tolérance. On en redemande !

Les Zarnak, de Julian Clary, illustré par David Roberts. abc melody, 2016.

L’avis complet d’Isabelle

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Comment résister au bouc Cornebique, gaillard tout en jambes, doté d’un don pour le banjo, d’un solide appétit, d’une bonne dose d’auto-ironie et d’un cœur tendre à souhait ? Ravagé par un chagrin d’amour, notre héros se résout à quitter le pays des boucs, pourtant si sympathique. Il est loin d’imaginer les rencontres et les aventures extraordinaires que lui réserve cette ballade à travers le vaste monde… Jean-Claude Mourlevat est un conteur incroyable et la magie opère immédiatement : difficile de reposer le livre, une fois ouvert. Les dialogues sont mémorables, les frasques de Cornebique hilarants. Vous aimez la fête, la musique folk, les courses-poursuites et les concours en tous genres ? Ce livre est fait pour vous !

La ballade de Cornebique, de Jean-Claude Mourlevat. Folio Junior, 2003.

Les avis de Lucie et d’Isabelle

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L’humour par l’absurde et le farfelu

Cochon-Neige, Vincent Malone, Seuil Jeunesse, 2004.

Cochon Neige est une réécriture de Blanche-Neige… avec un cochon dans le rôle-titre. Ce point de départ donne une assez bonne idée de la folie de Vincent Malone qui, non content d’offrir à son lecteur une parodie enlevée, multiplie les notes de bas de page toutes plus tordantes les unes que les autres.

L’avis de Lucie.

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En colère, la petite Jo s’enfonce dans la forêt et emboite le pas à de curieuses petites créatures bavardes, quitte à entrer dans un tunnel obscur… pour déboucher dans un monde où souffle un vent de fantaisie, une sorte de quatrième dimension où l’univers des contes percuterait celui des années 1970. On y croise de petits enfants aux oreilles de chats côtoyer un cyclope en Birkenstocks et un crocodile en blouson de cuir, sous la direction musclée d’un renard mal léché. Tout ce petit monde a décidé de s’élever contre le despote qui terrorise le pays. Ce dernier organise justement un bal costumé : notre fine équipe ne devrait pas avoir de mal à s’infiltrer dans sa forteresse… Ce n’est pas une BD d’humour à proprement parler, mais elle fait beaucoup rire, par la malice du trait de Camille Jourdy, les clins d’oeil qui fourmillent un peu partout, les dialogues mêlant savoureusement l’ironie et l’absurde.

Les Vermeilles, de Camille Jourdy, Actes Sud, 2019.

L’avis d’Isabelle

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Un enfant fait une rencontre extraordinaire : celle de Karlsson, petit bonhomme à la langue bien pendue, sûr de lui, débordant d’idées et d’imagination, et doté d’une hélice lui permettant de voler et de rejoindre sa petite maison… sur le toit de l’immeuble ! Le quotidien prend alors un tour inattendu. Karlsson se laisse complètement aller au jeu, expérimente tout ce qui lui passe par la tête sans tabou, se vante et ment sans vergogne, s’empiffre de sucreries, ne partage pas ses bonbons mais aime à jouer les justiciers… ravissant les petits lecteurs qui aimeraient parfois pouvoir se conduire ainsi. Les répliques du bonhomme (« Du calme, pas de panique ! » ou « Tout ça c’est purement matériel » quand il a détruit quelque chose…) sont vraiment cultes. Un classique suédois porté par l’humour d’Astrid Lindgren.

Karlsson sur le toit, d’Astrid Lindgren. Le Livre de Poche, 1955.

L’avis complet d’Isabelle

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Les jeux de mots et l’humour par les mots

Histoires comme ça, Rudyard Kipling, Milan jeunesse, 2009.

Rudyard Kipling est un magicien des mots. Si son roman le plus célèbre est le Livre de la Jungle, ses Histoires comme ça sont un monument d’humour.
Jeux de mots, comique de répétition, comique de situation… Ecrit pour sa fille, qu’il interpelle régulièrement dans les nouvelles, ces contes des origines publiés en 1902 n’ont pas pris une ride et sont devenus incontournables chez Lucie !

Son avis complet ICI.

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Comme Isabelle, Blandine, Linda et Frédérique, Lucie est séduite par la plume pleine de fantaisie de Flore Vesco. Depuis De cape et de mots jusqu’à D’Or et d’Oreillers, en passant par L’Estrange Malaventure de Mirella, l’auteure, véritable virtuose de la langue, joue avec le vocabulaire et les sonorités. Ses romans sont à la fois délicieux et pleins d’humour.

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Et vous, quels auteurs vous font rire ? N’hésitez pas à partager vos coups de cœur !

De l’humour noir au rire jaune – petits lecteurs, petites lectrices

Le mois d’avril, ses poissons et ses farces nous ont donné envie de vous proposer une sélection autour de l’humour ! Riche thématique, que nous avons pensée comme un arc-en ciel des couleurs de l’humour, et en deux temps : petits lecteurs, petites lectrices aujourd’hui ; grands lecteurs, grandes lectrices lundi prochain.

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L’humour burlesque et le comique de situation

Je mange, je dors, je me gratte, je suis un wombat, Jackie French, illustrations de Bruce Whatley, Albin MIchel, 2007.

Je mange, je dors, je me gratte, je suis un wombat est devenu un grand classique chez Lucie. Car si Jackie French se « contente » de relater la journée d’un wombat à la manière d’un journal, les illustrations de Bruce Whatley apportent un tout autre sens au texte, pour le plus grand plaisir des jeunes lecteurs !

Son avis complet ICI.

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Essayez un peu de faire faire la course à des escargots ! Une chose est sûre : rien ne se passera comme prévu. Et on va bien rigoler. L’un ne peut s’empêcher de faire halte devant un cageot de salade, l’autre se trompe de route quand un autre encore creuse un trou… C’est un vrai plaisir de suivre ces escargots en pâte à modeler, photographiés dans des décors naturels que l’on redécouvre à hauteur de gastéropode. Et la chute est très bien trouvée. À lire à voix haute en prenant la voix d’un commentateur sportif !

L’avis d’Isabelle

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Mina, Matthew Forsythe, Little Urban, 2021.

Mina est un album pour toute la famille dans lequel Matthew Forsythe s’amuse avec son lecteur dans un jeu de dupes compréhensible à tout âge. Le comique de situation se met en place dès les premières pages par l’intermédiaire de la fantaisie d’un papa aventurier qui n’aime rien tant que ramener les choses les plus farfelues chez lui.

Les avis complets de Linda, et d’Isabelle.

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La boîte des papas, Alain Le Saux, école des loisirs, 2009.

D’autres livres qui mettent les papas à l’honneur dans des situations souvent à leur désavantage, sont ceux qui composent le coffret La Boîte des papas d’Alain Le Saux. On y suit les aventures quotidiennes d’un papa qui enchaîne les bourdes et les maladresses. Un régal à mettre en voix avec nos plus jeunes lecteurs et nos plus jeunes lectrices.

L’avis de Colette par là !

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L’humour par l’absurde et le farfelu

Le livre le plus génial que j’ai jamais lu…, Christian Voltz, L’école des loisirs, 2008.

Si l’humour de Christian Voltz fait toujours mouche, Lucie adore les commentaires du petit personnage grognon qui interrompt sans cesse Le livre le plus génial que j’ai jamais lu. Le titre, la dédicace, la typographie, l’histoire… Il formule des remarques sur absolument tout et passe son temps à râler. Jusqu’à ce qu’il s’exclame finalement « Hééé ! C’est vraiment le livre le plus génial que j’ai jamais lu ! »
Que s’est-il passé ? A vous de le découvrir !

Son avis complet ICI.

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Gloups (histoire vraie), de Judith Chomel, Atelier du Poisson soluble, 2021.

Un moment d’inattention et GLOUPS ! Lili avale le précieux boulon qu’elle venait de ramasser. Que va-t-il se passer ? Son imagination se met aussitôt en branle, mais elle est loin (et nous avec) de pressentir ce qui l’attend… Cette histoire est complètement loufoque, captivante et magnifiquement mise en image. Chaque page est un vrai cabinet de curiosités, digne de la collection d’une chercheuse de trésors chevronnée : sur fond de tapisseries vintage, Judith Chomel entremêle joyeusement des photomontages faisant la part belle à des antiquités toutes plus rigolotes les unes que les autres (mais où les a-t-elle dénichées ?) et des dessins qui insufflent au récit la touche de fantaisie qui fait le sel des récits enfantins. C’est hyper réjouissant, intense comme les mômes vivent les choses.

L’avis d’Isabelle

Et cela fait parfaitement la transition vers la catégorie suivante qui est…

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L’humour pipi-caca

Cet humour, universel, fait rire aux larmes les petits comme les grands.

Ni vu ni connu de Michaël Escoffier & Kris Di Giacomo, Editions Frimousse, collection : Maxi’Boum, 2009

Léon est un caméléon un peu gourmand et après une bonne sieste digestive, une belle envie de caca ne se fait pas attendre. Mais comment s’essuyer correctement et proprement lorsque le rouleau de papier toilette est vide ? « Tiens cette vieille culotte devrait faire l’affaire » après tout elle semble bien abandonnée… sauf que quelques temps après « Léon se sent tout bizarre ». N’aurait-il pas un petit souci avec sa conscience ?

Léon, le caca c’est son affaire mais attention à ne pas subtiliser ce qui ne lui appartient pas pour son propre contentement. Ici l’humour « pipi caca » sert d’amorce à un message plus fort : celui de respecter la propriété d’autrui. Le lecteur se régale de la trombine de Léon scrutant les environs pour comprendre et tenter de voir « sa conscience ». La chute est vraiment excellente. A lire, relire et faire découvrir !

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Kiki King de la banquise fait caca de Vincent Malone & Jean-Louis Cornalba – Editions du Seuil, collection : l’Ours qui pète, 2013

Kiki est coincé sur sa mini banquise, l’auteur le croise alors que lui-même traverse « l’océan arctique aller-retour en canoë-kayak sans rames et sans escales pour une marque de camembert au lait cru… ». Kiki semble tenir le coup tout seul tandis qu’un étrange ballet sous-marin se joue. En effet, des requins « curieux en arctique » tournent autour de lui. Qu’attendent-ils et surtout pourquoi Kiki est tout crispé ? Est-ce la peur qui lui donne ce teint tout cramoisi ?

Les squales sont-ils crottivores ? Découvrez-le en lisant ce titre de la série Kiki. Tout le monde y va de son propre commentaire concernant l’état de Kiki. L’attaque imminente des requins à la mine patibulaire se fait sentir. Pauvre Kiki, personne ne le laisse tranquillement faire son affaire « faudrait des bouquins qui ferment à clef. »

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De la petite taupe qui voulait savoir qui lui avait fait sur la tête, Werner Holzwarth, Wolf Elbruch, Milan, 1999.

Dans cette catégorie, pour nos tout-petits, il y a un album incontournable : De la petite taupe qui voulait savoir qui lui avait fait sur la tête de Wolf Erlbruch et Werner Holzwarth. On y suit une petite taupe qui mène l’enquête pour savoir qui lui a fait caca sur la tête. La voilà qui interroge une ribambelle d’animaux alentour et chacun, pour témoigner de sa bonne foi, lui montre à quoi ressemble ses crottes. Il y a un petit côté apprenti naturaliste dans cette recherche des traces et l’humour à la pédagogie mêlé forment un cocktail détonnant.

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L’ironie et l’humour noir

Pas toujours évident de manier l’ironie, le second degré, voire le sarcasme avec des tous petits ! Et pourtant, il n’y a pas d’âge pour commencer. La preuve : cet imagier qui annonce une trottinette et illustre une pomme. Puis décrit une saucisse alors que ce que l’on voit, c’est clairement… un véhicule. Complètement Toc-Toc et hilarant, pour les enfants qui connaissent déjà le sens des mots et saisissent le décalage.

L’imagier toc-toc, d’Edouard Manceau, Milan, 2018.

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Avec Triangle, Mac Barnett et Jon Klassen signent un album inattendu et désopilant ! Une histoire d’arroseur arrosé où Triangle, habitant des contrées triangulaires, joue un tour à Carré. Le dessin minimaliste est follement expressif. Et sur le mode de la fable, l’album raille l’aspiration à ne côtoyer que ses semblables et peut donc être lu comme une ode aux échanges et métissages.

Triangle, de Mac Barnett et Jon Klassen, L’école des loisirs, 2018.

L’avis d’Isabelle

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Regarde par la fenêtre, de Katerina Gorelik. Saltimbanque, 2021.

Admettez-le : difficile de résister à l’envie de glisser un regard curieux par une fenêtre ajourée. À partir de là, l’imagination peut s’emballer ! Mais attention, gardez à l’esprit que la façade peut être redoutablement trompeuse… Quel amusement de voir la réalité se révéler à mille lieux des apparences ! Regarde par la fenêtre a un charme vintage irrésistible, mais ne vous y trompez pas là non plus, tout cela est baigné d’une bonne dose d’ironie et d’humour noir. Isabelle et ses moussaillons ont eu un vrai coup de coeur pour les illustrations de Katerina Gorelik, ses clins d’œil décalés aux contes et son invitation malicieuse à ne pas juger à l’emporte-pièce.

L’avis d’Isabelle

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Les jeux de mots et l’humour par les mots

Un album à tirettes que Colette a encore plaisir à lire avec ses Petits-Pilotes devenus grands, c’est Un jour à la maison d’Alain Pichlak et Elodie Durand. Les auteur.e.s y jouent avec les mots pour notre plus grand plaisir : grâce à un ingénieux système de tirettes, les lettres bougent sur la page et par la magie de la substitution, de drôles de jeux de mots viennent chatouiller notre imaginaire.

Un jour à la maison d’Alain Pichlak et Elodie Durand, De La Martinière jeunesse.

Son avis complet ici.

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Claude Ponti est un roi de l’humour – et de l’humour par les mots en particulier. Un maître des jeux sur les sonorités des mots et des noms qu’il invente avec une imagination et une malice sans borne. Dans Ma Vallée, par exemple, les frères du narrateur s’appellent Olie-Boulie ou Fouchtri-Fouchtra. Et que dire des inventions géniales, comme la Balanquette – combinaison de balançoire et de banquette à laquelle il fallait décidément penser ! Cette histoire pourrait n’avoir aucun sens (ce qui n’est pas le cas, grâce à elle, vous saurez tout de l’univers des Touims), elle resterait jubilatoire pour cette drôle de musique qui résonne comme une comptine et qui ravit les enfants.

Ma vallée, de Claude Ponti. L’école des loisirs, 1998.

L’avis d’Isabelle

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La série des P’tites poules pourrait entrer dans plusieurs catégories. Elle comporte d’ailleurs différents niveaux de lecture qui sauront amuser tant les enfant que leurs parents. Jeux de mots, comique de situation, références historiques, mythologiques, littéraires… Il y en a pour tous les goûts. La présentation des auteurs est à elle seule un monument.

Les p’tites poules (18 tomes), Christian Jolibois et Christian Heinrich, Pocket Jeunesse, 2005.

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En attendant notre sélection consacrée au plus grands la semaine prochaine, racontez nous : de quel humour êtes-vous les plus friands ? Quel album vous fait rire aux éclats ?

Lecture commune : Résidence Beau Séjour

Gilles Bachelet est auteur illustrateur bien connu du monde de la littérature jeunesse. En 2004 et 2012, il reçoit le Prix Pépite de l’album pour les titres Mon chat le plus bête du monde et Madame le Lapin Blanc. C’est ainsi qu’en 2019, il est le premier artiste à recevoir le Prix La Grande Ourse l’année de sa création au Salon du Livre et de la Presse jeunesse de Montreuil. En 2022, Gilles Bachelet est nominé pour le Prix Astrid Lindgren et comme il le dit sur les réseaux sociaux : « Je peux mourir maintenant… 😊 ». Son humour et sa verve naturelle nous enchante et c’est avec joie que trois de nos arbonautes – et une quatrième en cours de route – ont participé à une lecture commune autour de l’album Résidence Beau Séjour paru en 2020.

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Colette. – Connaissiez-vous Gilles Bachelet avant de découvrir cet album ? Si oui, qu’en aviez-vous retenu ? Si non, qu’est-ce qui a attiré votre attention en découvrant Résidence Beau Séjour ?

Frédérique. – Oui, je connaissais cet auteur. Je l’ai découvert un peu tardivement car je n’étais pas réellement attirée par les illustrations. Ah comment ne pas passer à côté de cet humour si fin et décalé !

Linda. – Absolument pas et si vous n’en aviez pas proposé une lecture commune, je ne l’aurais probablement pas découvert. Ce qui aurait été bien dommage car j’ai vraiment aimé l’univers de Résidence Beau Séjour et que cela me donne envie d’aller plus loin dans la découverte de cet auteur.

Colette. – Quelles furent vos premières impressions en découvrant la couverture de ce nouvel album de Bachelet ? Assez déroutant, non ?

Frédérique. – Et bien pas tant que ça, la couverture est dans la même lignée que ses derniers albums. Des animaux à la mine délurée et aux expressions bizarroïdes. Poufy me fait craquer car, quelque part, elle me réconcilie avec les licornes, cet animal mythologique complètement détournée à la sauce guimauve écœurante ! Durant le confinement, Gilles Bachelet m’a énormément fait rire sur les réseaux sociaux en mettant en scène cette licorne. Quelle idée géniale cet auteur a eu de détourner cette créature.
Les valises, le cadre coincé entre les sabots fraîchement manucurés en dit long… quelle est cette résidence Beau Séjour finalement?

Linda. – C’est une couverture assurément déroutante. Cette licorne n’a rien de celles qu’on a pu voir dans les cours de récré avec ses yeux globuleux et son air hagard. En la voyant sur deux pattes, bagages aux sabots, je me suis demandée ce qu’était cette fameuse résidence.

Colette. – Et cette étrange licorne « aux yeux globuleux et à l’air hagard » est d’ailleurs la narratrice de notre récit. Une narratrice hors du commun, anti-héroïne sans le vouloir, en baisse douloureuse de popularité. Est-ce que vous pourriez nous présenter ce personnage ?

Frédérique. – Poufy est l’exemple type d’une personne en baisse de popularité, vite sous les feux des projecteurs et vite oubliée. Gilles Bachelet détourne cet animal mythologique pour en faire un personnage fade (en quête de popularité) et criard (crinière arc-en-ciel, habitat ultra coloré où les réseaux sociaux sont ultra présents.) Pourtant Madame Poufy va nous surprendre en Miss Marple des temps modernes.

Linda. – J’ai aimé que Poufy sorte des clichés de la licorne idole des fillettes avec son nom ridicule, son embonpoint et sa gourmandise. Au fil des pages on lui découvre des goûts et des centres d’intérêt assez ordinaires pour une créature aussi fantastique. Et c’est ce qui le rend si attachante et si drôle en même temps.

Colette. – Présentons maintenant un autre personnage emblématique du livre, celui qui va bouleverser la vie de Poufy : le fabuleux Groloviou. Qu’en diriez-vous ?

Frédérique. – J’adore le Groloviou, rien que son nom est génial !!! Il a tout pour plaire comme une belle voiture ! Des yeux magnifiques, une fourrure de rêve, qui ne pourrait pas craquer honnêtement ? Bachelet insiste bien sur sa mignonatitude, il est fort cet auteur, très fort !

Colette. – Pourtant personnellement, je lui trouve un petit côté ridicule à cet animal ! Tout est un peu surdimensionné chez lui. Mais peut-être est-ce cela finalement qui le rend attachant…

Linda. Je rejoins plutôt Colette sur ce point. Je n’aime pas trop cette créature que je trouve plutôt vilaine et ridicule. Ce sont ces « défauts » qui, pour moi, la rendent plus attachante…

Frédérique. – Justement c’est ça qui est intéressant : toutes les caractéristiques de l’animal parfait en un seul !

Colette. – Que diriez-vous des relations entre ces deux créatures ?

Linda. – On sent combien les préjugés sont forts au premier abord mais aussi combien il leur est facile de s’asseoir dessus. L’amitié coule de source entre ces deux créatures. Non seulement elles ont beaucoup en commun, mais elles ont aussi un vécu identique, chouchoutées puis refoulées par les enfants qui ont des passions très changeantes. Ca ne pouvait que les rassembler

Frédérique. – Je suis d’accord avec Linda. Ces deux-là étaient fait pour s’entendre. Un duo non évident au départ vu leur passif mais qui fonctionne au final.

Colette. – Focalisons-nous maintenant un peu plus sur la narration. L’art de Bachelet c’est quand même d’arriver à créer une histoire à tiroirs notamment en disséminant des détails inquiétants de ci de là, nous invitant à mener l’enquête. Avez-vous remarqué ces détails tout de suite ? Qu’en avez-vous pensé ? Avez-vous lu cet album comme une enquête justement ?

Linda. – Oui les détails sont assez flagrants. Je pense par exemple à Poufy expliquant se sentir en sécurité car un veilleur de nuit surveille leur hôtel. Et on voit passer un gars avec du matériel médical. Flippant ! Mais en même temps j’y ai vu une forme d’humour. Ce qui fait que je n’ai absolument pas abordé l’histoire comme une enquête mais plus comme un éveil de l’intelligence des créatures une fois libérées des paillettes de la célébrité. Elles se rendent compte que ce qui au premier abord était plutôt rassurant, ne l’est peut-être pas vraiment.

Frédérique. – J’ai remarqué certains détails mais c’est en le lisant à voix haute que mes ados m’ont interpellé sur d’autres détails flippants, comme quoi nous ne sommes pas toujours à 100% attentifs pour tout capter à la première lecture. Je n’ai pas lu cet album comme une enquête mais plutôt comme une histoire à tiroirs, dès le premier détail flippant je me suis dit : que veut nous dire Mr Bachelet derrière ces paillettes ?

Colette. – Et bien justement, excellente question Frédérique : que veut nous dire Mr Bachelet derrière ces paillettes ?

Frédérique. – Haha merci Colette. Justement derrière ces paillettes se cache un message très fort sur le « star system », sur le fait de n’exister que sur les réseaux sociaux (rappelez-vous, les clins d’œil assez terribles – logos Twitter, Facebook…). Propulsée star et adulée par les chérubins, Poufy en fait les frais. Je trouve ce message très fort et peu d’albums pour enfant le souligne alors que les enfants sont de plus en plus friands d’être reconnus sur ces fameux réseaux.

Colette. – Je n’avais pas vu ces références Frédérique et je trouve cette lecture passionnante ! En effet finalement il est ici question de mode, dans le sens le plus populaire du terme : ce qui est à la mode, comment devient-on à la mode, qu’est-ce qu’il advient quand on n’est plus à la mode, et aussi – dans une sorte de mise en abyme que j’adore – comment crée-t-on une mode quand on est un.e artiste ? Fausse question, je pense, pour Bachelet qui a l’air de s’en soucier bien peu tant son humour dépasse, justement, les modes !

Lucie, en off, faisait remarquer les références « intra- iconiques » à d’autres œuvres d’art – la référence à Shining est une de celle que j’ai adoré analyser et que bien entendu mes enfants n’ont pas repéré mais il y en de nombreuses autres. Lesquelles vous ont interpellé et pourquoi ?

Frédérique. – Dès la couverture intérieure, on y voit le Grosloviou affublé d’un masque du tueur de Scream. Justement dans ce hall lieu de passage on croise Pikachu, des dinosaures et des pandas et c’est rigolo car tous ont été sur le devant de la scène selon les années et connaissent encore du succès. D’ailleurs, à un moment le panda s’en va car il se retrouve à l’affiche d’une grosse production. Que dire du dinosaure déguisé en Casimir, cela donne encore plus d’importance au « star system ». Après tout, le temps d’un été, un tube-un déguisement vintage et le tour est joué ! Et si on continuait sur les références ? Personnellement j’ai retrouvé un petit air hitchcockien à cet album surtout dans les décors, c’est très cinématographie non?

Lucie. – Si je peux ajouter mon petit grain de sel, je dirais que le coté hitchcockien vient d’une ambiance a priori « normale » (bon, un hôtel pour anciennes célébrités marketing n’a rien de normal mais vous voyez ce que je veux dire) qui va devenir inquiétante par de petits détails. Certains accès sont interdits, on voit passer des infirmiers et des gardiens… Je pense que ces indices mettent assez vite la puce à l’oreille des adultes. Et puis l’auteur qui se met en scène, c’est très hitchcockien aussi. Sauf que Bachelet ne se contente pas de faire une silhouette !

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Gilles Bachelet nous livre des messages très forts sur notre société (consommation, réseaux sociaux, mode…) tout en gardant cette finesse dans un humour qui le caractérise tant. Avez-vous lu cet album ? La chute n’est-elle pas incroyable ? 

Nos coups de coeur de mars

Ce mois-ci, vous vous en doutez, nous avons fait le plein de lectures en attendant des jours meilleurs et ensoleillés !

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C’est le moment de sortir du cocon et de s’ouvrir au monde qui a séduit Liraloin dans cette lecture aux magnifiques illustrations.

Mon amie la chenille de Marion Janin, l’atelier du poisson soluble, 2021

La chenille et son amitié, celle qui nous comprend, celle pour qui on fait une grande place. Un secret bien gardé qui peut rebuter et effrayer si on ne rentre pas dans « ce monde ». Et pourtant, il faut bien s’y frotter à ce « monde », le dehors : la nature se dévoile et se révèle à moi. L’exubérance du monde me saisit et m’enveloppe toute entière.

La chenille se change, mue en un cocon quittant peu à peu sa forme originelle. Elle nous transporte, nous ouvre vers d’autres personnes, d’autres chemins…

Marion Janin et son talent d’illustratrice mais aussi d’autrice sait transposer les sentiments éprouvés durant l’adolescence. Une délicatesse rare où se mêle l’apprentissage de la vie à travers l’amitié que l’on éprouve pour soi et pour les autres. Alors même si tout semble emmêlé comme les végétaux dans une chevelure, viendra le moment où l’envol se fera un jour ou l’autre.

Retrouvez l’avis de Linda ici

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Deux coups de cœur très différents pour Lucie ce mois-ci, mais qui tous deux questionnent notre rapport à l’art.

Tout d’abord, Jours de sable. Dans cette bande dessinée inspirée de faits réels, Aimée de Jongh nous entraîne dans le Dust Bowl pendant la Grande Dépression. Un jeune photographe est envoyé par la Farm Security Administration afin de documenter les conditions de vie des paysans et de leurs familles. Mais peu à peu, John Clark va baisser son appareil et aller à la rencontre des gens. Les dessins en teintes ocres sont somptueux et la réflexion sur le cadrage et le pouvoir de la photo passionnante.

Jours de sable, Aimée de Jongh, Dargaud, 2021.

Son avis complet ici.

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Après la photographie, c’est l’art pictural qui est au centre de Aspergus et moi, du tandem Didier Lévy – Pierre Vaquez (aussi à l’origine du Train fantôme sélectionné pour le prix UNICEF de littérature jeunesse 2021).

Le narrateur de cet album est un petit assistant anonyme d’un grand peintre, responsable de la fabrication des dizaines de noirs nécessaires aux tableaux son patron. Mais voilà que ce Maître s’ennuie. Faire les portraits des puissants n’est finalement pas si réjouissant. Alors ce petit assistant va l’aider à retrouver son âme d’enfant, et par-là même la joie de peindre.

De Picasso à Pollock, en passant par Pierre Soulages et Walt Disney, nombreuses sont les références aux artistes modernes dans cet album magnifiquement illustré à la matière noire. Mais il n’est pas indispensable de les connaître pour apprécier l’histoire (le maître n’est pas toujours celui que l’on croit) et les illustrations.

Aspergus et moi de Didier Lévy, illustrations de Pierre Vaquez, Sarbacane, 2017.

Son avis complet ici.

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L’Ickabog. J.K. ROWLING. Gallimard Jeunesse, 2020

Blandine a totalement plongé dans le récit de JK Rowling qui nous emmène dans le Royaume prospère de Cornucopia, sur lequel règne le Roi Fred Sans Effroi, malheureusement trompé par ses deux conseillers. Mensonges, manipulation, pouvoir mais aussi amitié et entraide ponctuent ce roman à la langue facétieuse et très visuelle.

Son avis complet ICI, et celui d’Isabelle.

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Pour Linda, il y a eu peu de lectures en mars mais un beau coup de cœur s’est glissé en mode relecture par le biais d’une lecture à voix haute avec le très classique et sensible Anne de Green Gables. Un premier volume d’une série qui fait l’épreuve du temps et prouve que le charme désuet d’une époque révolue peut encore séduire les jeunes lecteurs d’aujourd’hui.

Anne de Green Gables de Lucy Maud Montgomery, Monsieur Toussaint Louverture, 2020.

Voici les avis de Linda et Isabelle.

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Isabelle a craqué pour un album au charme nordique mystérieux, superbement illustré par Clément Lefèvre. Un drame aux allures de conte, déclenché par la cause de la course au profit au mépris du respect le plus élémentaire de la vie et de la nature. À lire idéalement en forêt, et à faire découvrir aux lecteur.ice.s déjà grand.e.s. Pour le plaisir de l’œil, de l’imagination et de la réflexion.

La Magicienne, de Myriam Dahman et Clément Lefèvre, Glénat Jeunesse, 2021.

Son avis complet

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Colette s’est plongé avec son Petit-Pilote dans les grandes et intrigantes illustrations de l’album sans texte Dedans, dehors. Le duo Anne-Margot Ramstein et Matthias Aregui explore avec une subtile ingéniosité les ressources du cadrage et de l’échelle des plans. Chaque double page de l’album offre une vision simultanée d’un même paysage ou d’une même scène mais d’un point de vue différent : d’un côté l’extérieur de la scène, de l’autre l’intérieur de la scène. Un livre qui nous invite à chercher du sens dans ce qui n’en a pas au premier abord et à nous raconter des histoires pour créer du lien entre chaque image. Un livre comme une invitation à regarder le monde autrement.

Dedans, dehors, Anne-Margot Ramstein & Matthias Aregui, Editions Albin Michel, 2017.

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Et vous, qu’avez-vous lu de beau en ce mois de mars ?