Qu’est ce qui fait que ce livre est bon ?

C’est une bonne question, n’est ce pas? A la quelle nous n’avons pas la prétention d’apporter une réponse, mais que nous avons toujours plus ou moins en tête au moment de rédiger nos billets de blog. A l’ombre du grand arbre, on aime bien échanger sur le sujet, confronter nos points de vue. Et nous avons pensé que vous aimeriez profiter de notre réflexion, ce qui va donner lieu à une série de billets cet été.

Aujourd’hui, c’est moi qui ouvre le bal.
J’ai longuement hésité entre deux critères qui, à mes yeux, sont à l’origine de tous les autres. Le premier, c’est qu’un livre doit susciter des émotions. Il n’y a rien de pire pour moi qu’un livre qui laisse indifférent.

Mais ce que j’ai finalement choisi de développer c’est le second. Un livre qui peut mettre en mouvement l’intelligence de l’enfant. Un livre qui fait penser. Qui, de ce fait, place le lecteur en position de sujet.

Bien entendu, écouter une histoire est toujours bon pour le développement psychologique des enfants. Mais il y a  certains albums qui favorisent particulièrement la réflexion. C’est généralement ce que je recherche dans les livres.

Ce qui se raconte, entre le texte et l’image

Le texte raconte quelque chose au lecteur. L’image aussi. L’histoire, naît entre les deux, dans leur rencontre.

Bien sûr, parfois, il y a redondance entre l’un et l’autre. Le texte nous raconte par exemple que petit ours met ses bottes et l’image confirme. Ainsi, l’auteur s’assure que l’enfant à bien compris. Des fois que ce pauvre enfant ait du mal avec des concepts aussi compliquées que « petit ours » ou « bottes », sait-on jamais. Mais il peut arriver que l’image complète et enrichisse ce que dit le texte. Par exemple, on peut voir à coté de petit ours sa petite soeur occupée à dessiner sur le mur. Le petit lecteur reçoit deux messages en même temps, il s’arrête sur l’un, l’autre ou les deux, il a déjà la possibilité de faire un choix.

Quand les auteurs font confiance aux lecteurs, ils laissent parfois l’image prendre en charge une partie du récit. Il est alors nécessaire de voir le livre pour comprendre ce qu’il se passe. C’est le cas par exemple dans cette illustration de l’album Mizu et Yoko de Laurie Cohen et Marjorie Béal, édité par la toute nouvelle maison Eliza

Muzu et yoko intérieurOn trouve de très nombreux albums qui vont ainsi montrer plus de choses qu’ils n’en disent: c’est en lisant l’image que l’enfant comprend ce qu’il se passe. Ca tombe bien, les enfants sont des lecteurs de l’image étonnamment performant (il faut dire que pendant que nos yeux se posent essentiellement sur le texte, eux ont le temps de balayer toute la page et parfois de s’attarder sur un détail qui nous a échappé)

Dans La vie domestique, Jean Bossard (Pastel) n’insiste pas sur la maladresse commise par Lütti, le petit garçon, il se contente de le montrer et les enfants ne s’y trompent pas.

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Et puis il y a le cas où l’image et le texte se contredisent totalement. Du grand n’importe quoi en somme. Mon exemple préféré c’est la série « Mon chat le plus bête du monde ». Parce que, avouez le, quand le texte nous parle d’un chat et que l’image nous montre ça:

on est bien obligé de se poser des questions. Je préfère largement les albums qui vont inciter l’enfant à se poser des questions à ceux qui lui donnent des réponses toutes faites.

J’ai lu cet album à de nombreux enfants, chacun à sa propre façon de réagir. Généralement, ils tendent à croire ce qu’ils voient, donc il ne fait pas de doute pour eux qu’il y a un truc qui cloche. Il y a ceux qui me corrigent poliment (« heu, tu t’es trompée, t’as dit chat… »), ceux qui pensent que je débloque mais qui n’osent pas me reprendre, ceux qui ont déjà passé ce cap et que ça fait franchement rire, ceux qui trouvent que non, vraiment, ce n’est pas sérieux, et qui ferment le livre. Dans cette multiplicité de réaction, chaque personnalité s’exprime.

L’élipse

Il y a ce qui est dit par le texte, par l’image, par leur rencontre, mais il y a aussi ce qui n’est tout bonnement pas dit dans le livre. Ce qui se joue pour les personnages juste au moment où on tourne la page. Le petit bout manquant qu’on va devoir deviner pour comprendre la suite.

L’album « moi grand, toi petit » ressemble au premier abord à un livre sur les contraires. Mais dans la succession de certaines pages, une petite histoire se tisse. Si chacune des doubles pages suivantes est déjà une petite scène de la vie quotidienne, c’est en les lisant à la suite l’une de l’autre que l’enfant comprend la succession des évènements. Il se raconte ce que personne ne lui a raconté. Il analyse le texte, les images, les met en relations, en tire une conclusion. Il pense

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Une fin ouverte

Un des meilleurs moyens de laisser l’enfant libre de son interprétation, c’est de laisser une fin ouverte, sans imposer la chute. Parfois d’ailleurs les enfants changent d’avis au fil des lectures (ou de leur humeur). Ainsi, certains jeunes lecteurs n’ont aucun doute sur l’attitude que va voir George le chien une fois que l’album est refermé. lls affirment que la poubelle sera épargnée ou au contraire qu’il ne va pas tarder à fouiller dedans. D’autres préfèrent laisser planer un doute: « on sait pas ». Je ne leur donne jamais mon point de vue mais à vous je peux le dire: je suis convaincue que le cabot ne résistera pas à la tentation.

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Ce ne sont là que quelques éléments de réponses à la grande question de la qualité des livres, vous en trouverez d’autres tous les lundis de l’été, qui exploreront les albums mais aussi les romans. Rendez vous donc lundi prochain, ,avec Pépita qui nous parlera des livres qu’on a envie de relire.

Nos coups de cœur du mois de juin

Allez, allez, nous y sommes presque, la dernière ligne droite avant les vacances est souvent la plus dure mais on y est presque, réjouissons nous ! Et si, comme nous, vous pensez déjà à faire vos bagages, n’oubliez pas d’y mettre des livres. Et pour les choisir, inspirez vous de nos derniers coups de cœur (cliquez sur les images pour lire les chroniques).

Chez Alice, c’est Jan de Claudine Desmarteau. Thierry Magnier, 2016.
La vie qui déraille, le réalisme social, une fugue, un road-trip enfantin… mais surtout une héroïne rageuse et libre qui ne se laisse pas abattre par la noirceur de la vie et qui nous en met plein les yeux !

Un coup de cœur partagé par Céline du Tiroir et par Pépita, qui salue une écriture étonnante, un personnage détonnant !

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Sophie quant à elle à choisi Yéti, Taï-Marc Le Thanh et Rébecca Dautremer
Gautier Languereau, 2015
Un gros coup de cœur pour ce superbe album sur cet animal légendaire qu’est le yéti. Le grand format, les superbes illustrations et le texte mystérieux et passionné font de ce livre une très belle aventure !

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Brouge petite princesse punkouma a longuement hésité avant de finalement choisir Rouge, petite princesse punk, scénario et dessins de Johan Troïanowski, Makaka éditions, 2015. Retrouvez dans cette bd pour la jeunesse, la tradition des contes mélangée à un univers graphique coloré et métaphorique particulièrement inspiré. Une belle trouvaille dans le paysage très lissé de la bande-dessinée contemporaine.

 

 

 

  IMG_3751la_vie_d__aventurier_bossard.jpgDe mon coté, j’ai aussi eu du mal à choisir, il y a eu beaucoup de beaux albums en librairie ce mois ci. J’ai arrêté mon choix sur La vie d’aventurier, Jean Bossard, Pastel, parce que c’est une histoire pleine de fraicheur, de légéreté, qui met de bonne humeur.

 

 

 

 

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Et vous, quels sont les livres qui vous ont marqués ce mois ci?

Sélection numérique pour l’été

L’été est là… alors que mettre dans sa prochaine valise ?

Image1Pour la rendre moins lourde, voici une petite sélection thématique

de coups de cœur numériques jeunesse testés et approuvés !

Par Bouma, Sophie et Pépita.

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Rubrique PETITE ENFANCE

Ma chenille qui fait des trous

Cover art

Vous connaissez sûrement le grand classique de Éric Carle, l’album La chenille qui fait des trous publié chez Mijade. Cette petite chenille est également sur tablette avec une application simple et ludique pour les tout-petits. La nourrir, la faire jouer, dessiner, et la coucher pour qu’elle grandisse bien, voilà autant d’activité parlantes pour les petits qu’il est possible de faire en sa charmante compagnie.

Eric Carle - La chenille qui fait des trous.

Ma chenille qui fait des trous
Application par Story toys
Gratuite avec achats intégrés (non indispensables pour terminer le jeu) sur Google play
3,99€ sur Appstore

Le livre blanc

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Une appli de coloriage sympa comme tout, pour les petits mais les grands s’amusent aussi : on choisit sa couleur dans le pot de peinture, on colorie l’écran, et hop ! Un animal qui s’anime apparait ! Une surprise et des découvertes à chaque page. Très ludique et esthétique !

Le livre existe aussi, signé Little Urban

Le livre blanc 
Silvia Borando, Lorenzo Clerici & Elisabetta Pica
Livre par Little Urban et application par Tiwi
0,99€ sur Appstore uniquement +achats intégrés

Mon avis là 

Rubrique CONTES & HISTOIRES

Lil’Red

Voici une version numérique enchanteresse du plus célèbre des contes à savoir Le Petit Chaperon Rouge. Avec un esthétique très soigné en trichromie (seulement du rouge, du noir et du blanc), une bande son impeccable et des animations diversifiées, cette application sans texte permettra aux petits comme aux grands d’appréhender cette célèbre histoire sous un nouveau jour.

Lil’Red
Application par Brian Main
1,99 € sur Google play
3,99€ sur Appstore

Wuwu & Co

Une application époustouflante ! Mêlant histoire interactive et rotation à 360° avec la tablette en alternance, des énigmes à résoudre, bref, c’est génial ! Ne pas passer à côté !

Wuwu & Co
Step in books
App store : 5,99€
Google play : 3,22€
Mon avis

Rubrique JEUX

Le jardin de Shu

Cover art

Shu, c’est cette petite bouille ronde et poilue qu’il faudra faire évoluer dans un univers graphiquement très réussi. C’est directement en bougeant la tablette de gauche à droite qu’on fera rouler le personnage. Il pourra cueillir -manger- des fleurs pour mieux resemer les graines plus tard. Ce beau jeu contemplatif saura sûrement combler et détendre les enfants !

Le jardin de ShuApplication par Jason RT Bond
Gratuit sur Google play
Payant sur Appstore

Crazy gears

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Une application qui porte bien son nom car oui ces engrenages sont fous ! Pour développer son sens de l’observation et sa logique, avec des paliers croissants dans la difficulté, c’est addictif, et à plusieurs c’est encore mieux ! Pour toutes générations confondues.

Crazy gears /Edoki Academy
App Store 2,99€

Toca Tailor

Pour les enfants créatifs et pour ceux qui aiment changer de tenue trois fois par jour, voici une petite application simple et récréative. Toca Tailor propose d’habiller un personnage à choisir parmi humains et animaliers. Il y a beaucoup de chose que l’on peut changer pour chaque partie. Par exemple pour un simple tee-shirt, on peut modifier son style, sa taille, celle de ses manches, la forme de son col, sa couleur… On peut vraiment s’amuser et le petit plus vraiment sympa c’est qu’on peut enregistrer ses créations et surtout se prendre en photo avec ! Effet garanti !

Toca Tailor
Application par Toca Boca
2,99€ sur Appstore

Rubrique DOCUMENTAIRES

Professeur Astrocat

L’été est souvent propice à l’observation des étoiles…

Voici une application pour mettre à jour les connaissances des petits astronomes en culotte courte. Ils seront incollables sur le système solaire ! Et en plus, une tonne de jeux les attendent pour valider ses connaissances (top bien de gagner des astrosnacks !).

Le livre existe aussi.-Gallimard jeunesse :

Le système solaire-Professeur Astrocat
Minilab Ltd
Disponible sur App Store et Google Play
2,99€
Mon avis
Morphosis
Rien de mieux que cette application pour comprendre 20000 ans de transformation de la nature. Cette application est tirée du film « Saisons » de Jacques Perrin et Jacques Cluzaud.
On y apprend une foule de choses, on ne voit pas le temps passer !
Le livre existe aussi avec CD.-Actes sud junior
Stéphane Durand et Claire de Gastold - Les contes des saisons. 1 CD audio
Morphosis
Saisons
France Télévisions
Gratuit
AppStore et Google Play
Mon avis

BONUS

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A mettre sur sa tablette également, la sélection d’été des Incorruptibles sur Apple Store et Google Play Store : 10 applications gratuites ! Du 1er juillet au 31 août 2016.

Chaque application offre un livre sélectionné par les Incorruptibles accompagné de témoignages vidéos des auteurs/illustrateurs, des jeux et des mises en réseaux pour aller plus loin.

Les contenus sont adaptés à chaque tranche d’âge de la Maternelle au Lycée.

Pour vous inscrire, c’est par là : http://www.lesincos.com/lectures-ete.html

Les applications numériques d’été from Prix des Incos on Vimeo.

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 BEL ETE NUMERIQUE !

 

Retour vers le futur

Qui ne connait pas Retour vers le futur !, cette cultissime trilogie avec Michael J. Fox et Christopher Loyd dans les rôles principaux ? Qui ne s’est pas imaginé un jour à leur place ?

Ici à l’ombre du grand arbre nous aimons les voyages littéraires et les voyages à travers le temps ne font pas exception. Petite sélection de ces voyages intemporels vers l’infini et au-delà !

Ascenseur pour le futur de Nadia Coste

1991. Le jeune Brett est persécuté par Jérémy Mazalet et sa bande. Un soir, il se réfugie dans un entrepôt désaffecté pour tenter de leur échapper. Il se croit perdu quand soudain la porte d’un ascenseur s’ouvre: à l’intérieur, le panneau de l’ascenseur comporte une centaine de boutons : 1980, 1981, 1982 … jusqu’à 2080.

les avis de Kik, Pépita et Bouma

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Le voyage dans le temps de la famille Boyau d’Yves Grevet et Julien Meyer

un roman à lire et à jouer qui nous transporte chez une famille de 4014…qui décide de faire un voyage incognito dans notre siècle.

les avis de Pépita et Bouma

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Les sentinelles du futur de Carina Rozenfeld

une fable écologique dans un monde dévasté…
mais l’avenir de l’humanité existe, 300 ans plus tard, en 2659.

les avis de Bouma, Pépita, Sophie et Kik

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La série Ulysse Moore de Pierdomenico Baccalario

De jeunes héros qui voyagent dans l’espace et dans le temps pour des aventures où se mêlent à un rythme effréné énigmes et dangers multiples. Les péripéties des deux premiers tomes, Les clefs du temps et La boutique des cartes perdues, se déroulent sur moins de 24 heures, c’est tout dire !

l’avis de Céline et des Lutines

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Ici et maintenant d’Ann Brashares

Arrivée tout droit du futur, Prenna débarque sur Terre en 2010 et tente de relever le défi d’interférer sur le cours de l’avenir. Un voyage dans le temps qui ouvre grand la porte à de longs débats…

les avis d’Alice, Nathan et Bouma

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Rouge Rubis de Kerstin Gier

Une trilogie où voyager dans le temps est une histoire de famille et de passion. Kerstin Gier sait manier les lignes temporelles avec singularité et livre une intrigue pleine de suspens.

l’avis de Bouma

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Shibobi life de Shoko Conami (série de manga en 13 tomes)

Accrochez vous et suivez Kagetora le ninja venu du passé afin d’assurer la protection de Beni, réincarnation de sa divine princesse. Entre sauts dans le passé, dans le futur ou dans le présent, un manga mené avec brio.

l’avis de Bouma

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No Pasaran de Christian LEHMANN et Antoine CARRION

Avec cette bande dessinée adaptée du roman jeunesse de Christian Lehmann, paru en 1996 dans la collection médium des éditions de l’Ecole des loisirs, on plonge avec les trois héros dans une expérience extrême : vivre de l’intérieur les conflits auxquels ils jouent virtuellement. Avec à la clé, la prise de conscience que la guerre ce n’est pas un jeu ! Où se situe la frontière entre le réel et le virtuel ? Êtes-vous assez courageux pour affronter l’expérience ultime ? Pour y répondre, foncez sur cette bédé ou… lisez le livre!

les avis de Céline et Bouma

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Ne ramenez jamais une fille du futur chez vous de Nathalie Stragier

Un peu de science fiction, un peu de féminisme pour un livre divertissant

les avis d’Alice et de Pépita

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14-14 de Silène Edgar et Paul Beorn

Prix des Incorruptibles 2015-2016 dans la catégorie 5e/4e, ce roman pas comme les autres livre la mystérieuse correspondance de deux adolescents de 2014… à 1914

les avis des Lutines et de Bouma

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Il existe encore de nombreux ouvrages sur les voyages à travers le temps alors n’hésitez pas à compléter notre sélection par un commentaire

La figure maternelle dans des albums

Trois albums qui ont fait débat entre nous lors de la pré-sélection pour notre prix ALODGA 2016. C’est comme ça sous le Grand Arbre, ça bouillonne, ça échange, ça partage dans une belle diversité de points de vue !

Selon nos sensibilités, ils trouvent, ou moins, ou pas du tout un écho en nous.

 

Ma mère de Stéphane Servant et Emmanuelle Houdart.-Thierry Magnier

Stéphane Servant et Emmanuelle Houdart - Ma mère.

Mon amour de Astrid Desbodes et Pauline Martin.-Albin Michel jeunesse

Astrid Desbodes - Mon amour.

Mère méduse de Kitty Crowther.- Ecole des Loisirs

Kitty Crowther - Mère méduse.

Pépita : Quelles sont vos premières impressions sur ces albums ?

Colette : Je dirai que la figure maternelle dans Mon amour est plus consensuelle que dans Ma Mère… Je vais vous dire un truc étrange, intime peut-être : la mère de Mon amour, je m’y reconnais totalement, la mère de Ma mère et bien justement j’y reconnais la mienne…

Pépita : Mon amour ne m’a pas fait vibrer, je le trouve tendre oui mais…Ma mère m’a tourneboulée, j’y ai vu la filiation à travers les générations. Je pense aussi que les livres font écho en nous à certaines périodes de notre vie : Mon amour m’aurait davantage touchée je pense en tant que jeune maman alors que Ma Mère, il est arrivé dans ma vie alors que je venais de perdre une grand-mère en juin et mon autre grand-mère était sur le point de nous quitter…

Ma mère a cela d’unique qu’il montre aussi la part ambivalente de l’amour maternel. Mon amour est beaucoup plus lisse. Les illustrations de Ma Mère ont une force incroyable, elles racontent une histoire à elles toutes seules. Mais je comprends tout à fait qu’elles puissent déranger.

Pépita : Voici donc nos impressions d’adultes. Comment sont-ils perçus par les enfants du coup ?

Bouma : Effectivement, il est sûrement question de période de vie. Mon amour je l’ai lu avec mes enfants et nous en sommes ressortis émus tous les 3. Axel (7 ans), notamment, à qui de nombreuses questions sont venues : tu nous aimes même quand tu nous grondes ? et quand on est pas avec toi ? et quand on sera grand ? les réponses étaient évidentes pour moi mais a priori pas pour lui.

Quant à Ma Mère, j’ai une relation plutôt compliquée avec la mienne personnellement mais je ne l’ai pas retrouvé dans celle de Servant… Et je ne pense pas le lire à Axel pour le moment car je n’ai pas envie de remettre des doutes là où il vient seulement d’être rassuré…

Parfois, les émotions ne viennent pas, tout simplement.

Pépita : oui,  c’est ça Bouma. Les livres entrent en résonance ou pas. Et c’est ça leur richesse. Et celle de l’humain aussi.

Céline : Très intéressant, comme échange. C’est vrai que l’univers de Houdart est plus sombre, plus métaphorique, plus ambivalent aussi que le côté très « lisse » de Mon amour. Mes filles n’ont pas du tout accroché à Ma Mère, même si elles sont assez fascinées par les illustrations. Peut- être que comme Mon tout petit, il parle plus aux adultes aussi. Sur le thème, j’ai été assez bouleversé (et là, c’est unanime avec les papooses) par Mère Méduse de Kitty Crowther.

Colette : En effet, inconsciemment ou pas, je n’ai pas lu Ma Mère à mes garçons, c’est mon livre à moi, mon univers à moi (comme souvent les livres d’Emmanuelle Houdart) alors que Mon amour je l’ai offert à Nathanaël pour ses 2 ans. Quant à Mère méduse, il m’a d’abord profondément dérangée mais comme presque tous les livre de Kitty Crowther dont l’univers est vraiment étrangement fort. Et c’est vrai qu’avec celui-là qui passe peut-être plus par le biais de l’imaginaire, du merveilleux, toute ma petite famille a accroché… Hum, hum… intéressant

Pépita : On voit donc à ces premiers échanges que la figure maternelle est perçue bien différemment parmi nous. Comment l’expliquez-vous ?

Colette : Sans aucun doute cela dépend d’abord de nos propres expériences personnelles, à la fois d’enfant et de mère. Mais cela dépend aussi de nos projections, de nos fantasmes, de la symbolique que nous accordons à cette figure emblématique au cœur de la construction -ou déconstruction- de chacun de nous. Cette symbolique nous nous la sommes construite au fil de nos rencontres, avec toutes ces figures maternelles qui nous entourent, la mère des amis, les grands-mères, les tantes, et puis les mères croisées dans les œuvres d’art, dans les livres ou dans les films qui nous détournent souvent du modèle rencontré à la maison (je pense à deux mères que j’aime d’amour : Hannah dans Les enfants loups et Diane dans Mommy, figures maternelles assez antithétiques mais qui me parlent tout autant). Moi, j’avoue, c’est un sujet qui me passionne depuis que je suis mère, parce que je le dis avec tout l’enthousiasme possible, devenir mère a donné une épaisseur de sens à mon existence que je ne soupçonnais même pas ! Que de remise en question en permanence qui m’ont fait grandir bien plus que je ne pouvais encore l’espérer.

Bouma : Je rejoins Colette dans ses propos. La figure maternelle est une chose à la fois universelle et très personnelle. On a donc chacun une vision différente d’un même propos à ce sujet.

Chlop : Entre la mère qu’on a eu, celle qu’on aurait aimé avoir, celle qu’on est éventuellement, celle qu’on voudrait être, celles, nombreuses, qu’on ne veut surtout pas être mais dans lesquelles on se reconnait pourtant parfois… Et en plus de toutes celles- là il faut ajouter les mères symboliques, celles des contes qui ont bercé notre enfance, la marâtre, la rivale, la bonne fée qui est souvent la marraine.

Non seulement on a chacun sa vision mais on en a plusieurs, qui évoluent selon où on se place, selon les moments. Un kaléidoscope dans lequel on essaye de se frayer un chemin.

Dans les trois albums dont nous avons choisi de parler, il y a aussi des visions très différentes de la figure maternelle, est ce que vous y retrouvez votre vision de la mère ?

Bouma : Mon amour m’a beaucoup touché parce qu’il montrait pour moi l’universalité et l’intemporalité de l’amour parental. Pour moi on aurait parfaitement pu remplacer la mère par le père dans cette histoire sans que cela pose problème et je suis fortement convaincue de cette égalité parentale. Alors que pour les deux autres albums on est plus dans la figure de la maternité au sens propre. On est dans un discours plus intimiste et plus personnel, qui, pour le coup, ne me correspondait pas.

Pépita :  Je dirais que je me retrouve dans les trois albums pour ce qui est de ma vision de la mère, mais à des degrés différents. Chacun à leur façon m’ont touchée différemment, mais je me retrouve plus dans l’un d’entre eux en particulier dans la mère que je suis devenue aujourd’hui, sans doute que les deux autres m’auraient plus correspondu il y a quelques années. « On ne nait pas mère, on le devient » pour reprendre et modifier une citation de Simone de Beauvoir. Et puis je pense que ce qui joue aussi-et c’est ce qui fait la très grande et belle spécificité de l’album-c’est la force des illustrations.

Mon amour ne m’a pas embarquée de ce point de vue-là. Sa vision de la mère très rassurante -et tu as raison de parler du père aussi Bouma-je l’ai trouvée très belle bien sûr, on ne peut pas rester insensible- mais aussi plus universelle, presque plus consensuelle. Et cette vison-là est primordiale je trouve dans la construction de l’enfant (on le perçoit très bien dans la réaction de ton jeune garçon Bouma). Cet album a pris le parti de ne rester que sur vision-là.

Mère méduse, je le trouve très fort dans sa métaphore de la possession, du lien entre la mère et l’enfant, de la question de la séparation qui arrive toujours un jour et de façon répétée mais jamais la même que vivent parents et enfants. Il nous rappelle que nos enfants ne nous appartiennent pas. Il aborde donc déjà une des réalités de cette relation mère/enfant ou parent/enfant. Cet album a pris le parti d’aborder cette vision douloureuse de la séparation.

Ma mère m’a profondément remuée car voici un album aux illustrations ambivalentes renforcées par un texte qui s’autorise à « écorner » (enfin !) l’image de la mère idéale, sa part d’ombre, son égoïsme, son agacement, son envie aussi de sortir du carcan de son rôle de mère tout en voulant aussi préserver son enfant et le mettre lui aussi sur le chemin de la vie.

Il m’a touchée car je m’y retrouve aussi bien dans la relation avec ma propre mère (très conflictuelle) que dans ma propre impression d’être mère avec mes propres enfants. Une mère n’est jamais parfaite… Cet album a pris le parti d’aborder une grand part des ambivalences de cette relation.

Leur comparaison montre qu’ils sont progressifs et que chacun tente à sa façon de circonscrire la figure maternelle.

Est-ce intentionnel de la part des auteurs ? Ou projettent-ils eux aussi leur vision de la mère ?

Chlop : A la lecture de l’ensemble, ce qui m’a frappé c’est que, si j’aime autant ces trois albums, ils ne résonnent pas du tout de la même façon en moi.

J’aime infiniment Ma Mère parce qu’il montre une mère avec ses failles et ses fragilités, ça me rassure énormément et je pense que ça doit aussi rassurer les enfants de voir que les incertitudes ou les faiblesses qu’ils ont pu percevoir chez leur propres mères ne sont pas exceptionnelles.

J’aime infiniment Mon amour, parce qu’il montre une mère solide comme un roc, à l’amour sans faille, celui là est également très rassurant: Il est lumineux, doux, j’ai l’impression que quand on le lit à son enfant il met un coup de projecteur sur la confiance qu’on peut avoir l’un en l’autre.

Quand je lis Ma Mère, comme quand je lis Mère méduse d’ailleurs, je peux facilement avoir la chair de poule, voire les larmes aux yeux. Ce sont des livres qui suscitent des émotions très fortes.Quand je lis Mon amour, je suis plus sereine, je me sens en terrain connu. Mais j’ai moins l’impression de pénétrer dans l’univers de l’auteur.

La question que je me pose maintenant c’est : Est-il nécessaire qu’on se reconnaisse dans un livre pour l’apprécier ? Ou tout au moins qu’il résonne en nous ?

Comme vous le constatez, un débat fort en émotions !

Et vous, qu’en pensez-vous ?

Nos liens respectifs sur ces albums :

Pépita : Ma mèreMère Méduse

Bouma : Mon amour et Ma Mère

Céline : Ma mèreMère Méduse et Mon amour

Chlop : Mon amour

 Et la lecture d’ados #4 avec un beau regard sur Mon amour