C’est en lisant l’article qu’Isabelle et ses moussaillons ont consacré à ce roman que Théo, 9 ans, a eu envie de partir à la rencontre de Félix. Il a eu un coup de cœur immédiat pour ce personnage malmené par la vie, et a souhaité partager ses impressions à son tour.
Partis sans laisser d’adresse de Susin Nielsen, Hélium, 2019.
Peux-tu résumer l’histoire ?
C’est l’histoire de Félix, qui a douze ans et qui vit dans un Combi Volkswagen avec sa mère Astrid. Elle n’arrête pas de dire que la situation va s’arranger mais elle ne s’arrange pas pendant plusieurs mois. Félix doit garder le secret et faire semblant d’avoir une vie normale pour ses copains du collège.
Qu’est-ce qui t’a donné envie de lire ce livre ?
Pas la couverture, que je trouve affreuse. Mais le résumé m’a intrigué.
Pourquoi as-tu choisi de parler de ce livre ?
Parce que je l’ai bien aimé. Il explique bien ce que c’est qu’être SDF et je n’avais jamais lu un livre sur ce sujet.
Qu’as-tu aimé dans ce livre ?
J’ai aimé plusieurs choses. J’ai été content que Félix retrouve Dylan, qu’il avait dû quitter quand il avait déménagé, et qu’ils redeviennent amis comme avant.
C’était intéressant de pouvoir lire les articles que les enfants écrivent pour le journal du collège. Et j’ai été content que Félix soit sélectionné pour participer à son jeu télévisé préféré, parce qu’il en rêvait.
Quel est ton personnage préféré ?
Félix évidemment ! Parce qu’il est super intelligent et super gentil. Il ne mérite pas une maman comme ça.
D’ailleurs, je n’ai pas trop aimé la mère, parce que je l’ai trouvée égoïste. Elle ne fait aucun effort pour garder un travail, et ça a des conséquences pour son enfant. Elle lui fait faire n’importe quoi (voler, rentrer dans des maisons dont ils ne sont pas propriétaires…) et il est inquiet tout le temps ; il ne se sent pas en sécurité.
A qui conseillerais-tu ce livre ?
À des personnes qui sont intéressées par la pauvreté, parce que ça explique bien comme la vie est compliquée quand on manque d’argent. En plus ils ont honte alors que ce n’est pas leur faute.
Sous le Grand Arbre, nous aimons beaucoup le travail de François Place. Qu’il soit auteur, illustrateur ou les deux, il a le pouvoir de nous emporter vers des mondes merveilleux. C’est donc avec enthousiasme que Colette et Lucie ont lu et discuté de Rois et reines de Babel !
Rois et reines de Babel de François Place, Gallimard Jeunesse, 2020
Lucie :En récupérant cet album à la bibliothèque, j’ai été surprise par sa taille, qui sort de l’ordinaire. T’attendais-tu à un livre aussi grand ?
Colette : C’est un format très original que François Place explore pour la première fois me semble-t-il. J’étais habituée au format paysage de plusieurs de ses livres, mais là en effet on ouvre les portes en grand d’un univers foisonnant !
Lucie : J’avoue que ce grand format m’a vraiment plu à moi aussi. En voyant sa taille et en le soupesant j’ai pensé que ça allait être une œuvre à la hauteur de mes attentes : élaborée, foisonnante… J’étais prête pour le voyage auquel François Place me conviait, quel qu’il soit ! Et comme je sais que ses illustrations sont toujours pleines de petits détails, j’ai pensé que ce grand format me permettrait de les apprécier pleinement. L’illustration en couverture est déjà impressionnante. Te souviens-tu de tes premières impressions ?
Colette : Wouahh ! Que c’est beau ! Du grand François Place ! Voilà ce que je me suis dit ! Une couverture à la fois classique dans sa mise en page et d’une richesse architecturale et géographique incroyable. Un bijou pour les yeux à observer minutieusement. Et toi, qu’en as-tu pensé au premier abord ?
Lucie : Je suis d’accord avec toi, elle est magnifique. Cette couverture a renforcé mon premier sentiment : très clairement, elle annonce l’œuvre ambitieuse qu’est Rois et reines de Babel. Une fresque dense et élaborée pour mener une réflexion sur la culture et le rôle des dirigeants. Ça a d’ailleurs été une autre surprise, à la lecture : comme les premières pages sont consacrées au prince Nemrod, je ne m’attendais pas à ce que l’histoire couvre tant de temps. Qu’as-tu pensé de cet aspect « dynastie » ?
Colette : J’ai toujours eu un goût certain pour le mythe de Babel dont j’ai déjà exploré les adaptations au fil d’albums et autres romans jeunesse dédiés à cet épisode biblique particulièrement riche. Mais en effet ici le point de vue est tout à fait original puisque François Place décide d’en explorer l’histoire à travers le temps, quand dans le texte biblique la tour de Babel ne survit pas longtemps à la bêtise des hommes. L’artiste en livre une vision beaucoup plus positive et poétique que celle que l’on peut retrouver dans le texte ancien.
Lucie : J’ai trouvé intéressant, justement, que la construction perdure malgré les rois incapables ou cruels. Comme si la vision du fondateur était tellement puissante que ses successeurs pouvaient ralentir sa réalisation mais pas la détruire totalement. L’espérance reste possible, notamment pour le peuple. J’aime bien la manière dont tu analyses l’appropriation du mythe par François Place. C’est vrai que sa vision est beaucoup plus positive que dans la Bible ! Cet aspect positif passe principalement par des figures féminines : le rôle des femmes et de la culture est essentiel dans l’évolution de Babel. J’imagine que ces thématiques ont trouvé écho chez toi, souhaites-tu en parler ?
Colette : « La femme est l’avenir de l’homme » écrivait Aragon. Pour moi cet album en est une illustration ambitieuse, presque épique. Après Nemrod « Le bref », « Le Taciturne », « l’Etourdi », « Le Gras », « Le Paresseux », « Le Plaintif », « L’Indécis », « L’endormi », « le Hardi », « Le Fléau », « Le Ténébreux » et « Le roi de fer » quel ravissement de découvrir la politique de Bérénice « Reine de Cannelle » puis de Bérénice « La Lumineuse », puis celle de Bérénice « L’Enchanteuse » et enfin celle de Bérénice « La Rêveuse ». Cette manière de passer le relais aux femmes après des années sombres de politique patriarcale est une ode au pouvoir féminin et à l’espoir qu’il incarne, un espoir que nous n’avons pas encore goûté dans la majorité des pays du monde… Est-ce que nous en disons plus sur les choix de ces reines de Babel qui vont transformer la vie de leur peuple ?
Lucie : Mais oui, bien sûr ! Cela commence avec une première reine qui épouse un marchand. Ce faisant, elle ouvre Babel au commerce, aux échanges et donc à la culture. C’est vraiment le moment de bascule à mon avis : avec ce pouvoir féminin, cette ouverture et aussi ce mariage avec un homme d’un autre milieu, d’une origine sociale différente. En une page la « Reine de la Cannelle » remet en cause un patriarcat qui durait depuis des générations. Patriarcat qui me semble être à l’origine des difficultés de Babel, parce que la femme du premier roi semble avoir eu un rôle important dans la construction, c’est après que les choses se gâtent. Même si c’est un peu caricatural, et que je ne crois pas qu’une femme gouvernerait nécessairement mieux qu’un homme du fait de sa supposée sensibilité, je trouve intéressant que ce soit une femme qui ouvre la cité au reste du monde et qui amorce le cercle vertueux. On a vraiment l’impression que cette succession de femmes a un but, une vision commune de ce qui est bon pour le peuple. Cet aspect m’a beaucoup plu. Est-ce que tu veux parler de ses effets?
Colette : En effet on a vraiment l’impression qu’elles œuvrent toutes dans le même sens : donner à leur peuple les moyens de se libérer de toute forme de tutelle. Je ne dirai pas que c’est une mission autour de laquelle elles se sont concertées car elles appartiennent toutes à des générations différentes mais chacune prend soin de s’appuyer ce que ses prédécesseures ont bâti. Cela me fait penser à ce que nous reprochons souvent à nos dirigeant.e.s : ne pas tenir compte des réformes qui ont été initiées avant elles-eux, ne laissant pas le temps aux changements de faire ses preuves…
Lucie : Tu as raison, elles n’ont évidemment pas pu se concerter. Mais chacune d’entre elle comprend (probablement grâce à l’éducation reçue de mère en fille) et partage la vision de sa prédéceure et la poursuit. Cela permet à chaque génération d’apporter sa pierre à l’édifice et donc au projet de prendre une telle ampleur. Le parallèle que tu fais avec nos dirigeants est très pertinent. Du côté des rois on avait l’impression que chacun faisait en fonction de sa personnalité et de ses intérêts, ce qui est appuyé par leurs noms, et explique la « chute » de Babel. À propos de chute, mais au sens propre cette fois, j’avais envie d’évoquer ce peuple qui se sert de ses cheveux pour s’arrimer, tellement représentative de l’imaginaire de François Place ! T’a-t-il évoqué d’autres créations de ce type dont tu aurais envie de parler?
Colette : J’ai comme toi beaucoup aimé ces hommes maçons aux chevelures- grappins ! La manière brutale et arbitraire dont ils sont rejetés de cette société qui est pourtant allée les chercher m’a rappelé la violence de la fin des Derniers géants (et toutes les formes de violence exercées contre les populations immigrées qui viennent travailler pour un autre pays que leur pays d’origine). Je n’ai pas lu d’autres livres de François Place, donc je ne vois pas d’autres références. Et toi, est-ce que cela t’a évoqué d’autres créations de ce type ?
Lucie : Je pensais effectivement aux Derniers géants mais aussi à Angel l’indien blanc, qui correspond aussi à ce que tu dis de l’oppression d’un peuple par un autre puisque le personnage principal est un indien réduit en esclavage. J’aime beaucoup quand François Place invente un peuple, avec ses traditions et ses mystères ! Mais en réalité, bien qu’il soit moins audacieux, j’ai plus souvent pensé au Sourire de la montagne pendant la lecture de Rois et reines de Babel parce que ces deux albums partagent l’idée centrale d’une construction gigantesque et d’un dirigeant visant le bonheur de son peuple. La fin de l’album est un peu mystique, qu’as-tu pensé de ce parti pris?
Colette : J’ai adoré la fin : le personnage de « La Rêveuse » répond à mon besoin de poésie même pour parler politique ! Est-ce que tu fais référence au personnage de l’ermite que l’on aperçoit au début du récit, obligé de s’exiler face à l’invasion des habitants de Babel, et qui revient à la fin avec l’apaisement incarné par les choix de notre dernière Reine ?
Lucie : C’est effectivement ce à quoi je faisais allusion. Moi aussi j’ai aimé ce côté merveilleux, un peu magique (ou religieux) mais je n’ai pas trop su comment interpréter cette fin. Je me demandais ce que tu y avais vu. Après un album somme toute assez terre à terre sur la construction, les choix politiques, la vie de la cité… La fin emporte vers une autre dimension avec tout d’abord le retour du cerf blanc qui emmène « La Rêveuse » dans le ciel, puis celui de l’ermite déjà très vieux au début de l’album… Ça m’a surprise !
******
Pour avoir une idée des magnifiques illustrations et un aperçu du travail de recherche de François Place, n’hésitez pas à visiter la page consacrée à cet album sur son site internet.
Sous le Grand Arbre, les feuilles colorées de rouge, jaune et marron nous ont fait penser à la robe des renards. Autrefois appelés goupils, ils tiennent leur nom du fameux Roman de Renart paru au Moyen Âge, c’est dire l’importance de leur lien avec la littérature !
Mais elle leur a aussi accolé une réputation d’animal malin et filou. Nous vous proposons donc une sélection pour dépasser ou conforter les stéréotypes associés à cet animal.
******
Roule renard, Atelier SAJE, Didier Jeunesse, 2021
Roule renard est un album cartonné tout en longueur qui invite le tout petit à un terrifiant décompte : en effet une jolie portée de 5 renardeaux voit, page après page, chaque petit animal disparaître. Par un ingénieux mécanisme, le petit lecteur pourra activer la pirouette du renardeau qui le fera disparaître sous la page. Mais pas de panique, une surprise tout en douceur et en réconfort nous attend à la fin du livre.
******
Le Renard et l’étoile de Coralie Bickford-Smith, Gallimard Jeunesse, 2017
Le graphisme du premier album de Coralie Bickford-Smith est d’une créativité folle. Mais l’histoire n’est pas en reste : Renard a peur de quitter son terrier jusqu’à ce qu’il rencontre Etoile, dont la lumière et la compagnie le rassure. Mais un jour Etoile disparaît. Désemparé, Renard part à sa recherche, puis sombre dans la mélancolie. Heureusement l’espoir renaît, il ne reste qu’à découvrir de quelle manière !
La danse d’hiver de Marion Dane Bauer, Albin Michel, 2019
L’hiver approche. Les animaux se préparent chacun à leur manière : l’écureuil stocke des noisettes, l’oie prend son envol, l’ours hiberne… Le renard observe ce manège avec attention, mais il n’a pas du tout sommeil. Un album aux illustrations toutes douces, idéal pour découvrir les comportements des animaux de la forêt en automne.
Jules et le renard de Joe Todd-Stanton, L’école des loisirs, 2019.
Jules et le renard est un bel album qui parle de différence et encourage à dépasser les idées reçues pour aller au devant des autres. Une histoire d’amitié née d’une rencontre fortuite entre les racines d’un arbre va unir deux être solitaires que le nature a placé comme ennemi de toujours. Une fable touchante au style graphique japonisant à découvrir avec les touts petits… et les plus grands.
Petit Renard, d’Edward van de Vendel et Marije Tolman. Albin Michel Jeunesse, 2019.
Le petit renard de cet album, adorable boule de poils orange vif, vagabonde dans un paysage côtier lorsqu’il chute et plonge dans un rêve bouleversant d’intensité : toute une vie de petit renard condensée sous forme d’impressions fortes. Chaque mot du texte résonne comme une petite comptine, porté magistralement par les illustrations de Marije Tolman qui mêlent la beauté de grandes photographies aux couleurs passées et la beauté de dessins vibrants de vie. Tout ceci fait de cet album une lecture à la fois moderne et intemporelle. Et émouvante, tant ce petit renard porte en lui de choses universelles.
Goupil ou face, comment apprivoiser sa cyclothymie, Lou Lubie, Delcourt, 2016.
Dans la BD, Goupil ou Face, il s’agit d’apprivoiser un animal sauvage assez dévastateur qui se tapit là où on ne l’attendait pas : au cœur de son propre corps, de son propre cœur. Lou Lubie retrace avec beaucoup de poésie et d’humour tout le chemin parcouru pour apprivoiser le renard parfois cruel parfois joueur qui lui met la tête à l’envers, un renard imprévisible qui a pour petit nom cyclothymie. Quand le renard devient un symbole, une métaphore à la fois tendre et piquante d’un trouble psychiatrique qui mérite d’être mieux connu, cela donne cette BD de vulgarisation scientifique passionnante !
******
Fantastique Maître Renard, de Roald Dahl, illustré par Quentin Blake. Gallimard Jeunesse / Folio Cadet.
Le protagoniste de ce roman de Roald Dahl figure en bonne place parmi les personnages de renard incontournables : une véritable obsession pour les trois fous furieux qui possèdent les fermes des environs et remuent ciel et terre dans une traque outrancière. Heureusement, l’ingénieuse bestiole a plus d’un tour dans son sac. À lire pour les personnages hilarants, les illustrations de Quentin Blake, les dilemmes moraux de Maître Renard et de son ami Blaireau. On appréciera aussi le suspense et le dénouement jubilatoire ! N’hésitez pas à découvrir également Fantastic Mister Fox la géniale adaptation cinématographique signée Wes Anderson.
Pax et le petit soldat, de Sarah Pennypacker, illustrations de Jon Klassen. Gallimard jeunesse, 2017.
Ce renard là est apprivoisé, mais séparé de son garçon par une guerre : parviendront-ils à se retrouver sains et saufs ? La route est parsemée de dangers, mais aussi de rencontres inattendues ! Impossible de ne pas fondre de tendresse pour ces deux personnages si attachants. À travers le destin de Pax et de Peter, Sara Pennypacker évoque des thèmes universels : la perte d’un proche, la solitude, l’expérience à la fois enthousiasmante et douloureuse de grandir, la difficulté de trouver sa voie par rapport à ses parents, l’épreuve mêlée d’exaltation du retour à la vie sauvage. On ne sait quasiment rien des ressorts de la guerre mais on observe son déroulement et ses conséquences immédiates et durables d’un regard innocent, à hauteur d’enfant et de renard. Ce livre est un vibrant hymne à la paix, étrangement empreint de douceur, à l’image des illustrations de Jon Klassen.
Rouge-Feuille. Eric WANTIEZ et Juliette PARACHINI-DENY. Éditions Cépages, 2016
Rouge-Feuille est le nom d’un petit renardeau dont le sens n’apparaît qu’une fois l’automne venu. Au cœur de la nature en rouges, jaunes et orangés, il se fond, se dissimulant des chasseurs. Un jour, il trouve un oisillon à l’aile cassée, Bleu. Ils deviennent amis, mais sa couleur attire l’œil… Cet album au graphisme aussi magnifique qu’original mêle dessins crayonnés, aquarelles et collages avec de vraies feuilles d’arbres aux multiples nuances. Avec beaucoup de délicatesse, il nous raconte une histoire d’amitié et d’entraide, de saisons et de préservation de la nature.
Le Renard Tokela. Pog et Marianne ALEXANDRE. Des Ronds dans l’O Jeunesse, 2016
Dans la tribu des Oceti Sakowin Oyate, une jeune fille se pose des questions. La coutume veut que les jeunes gens tuent chacun un animal pour en faire son totem et s’assurer ainsi de sa protection en revêtant sa peau. Cherchant un moyen d’y déroger, elle se retrouve nez à museau avec le Renard Tokela. Grâce à son aide, Winona rentre la tête haute. Grâce à son courage, tous comprennent que les traditions sont faites pour évoluer, pour être transformées. Entre conte et légende, les auteurs entremêlent la fiction à l’Histoire, pour nous délivrer un profond message de paix, de tolérance et de respect.
Théo, 9 ans, a beaucoup lu cet été. Il a eu un véritable coup de cœur pour MASCA, Manuel de survie en cas d’apocalypse d’Erik L’Homme et Eloïse Scherrer et souhaite le partager.
MASCA, Manuel de survie en cas d’apocalypse de Erik L’Homme et Eloïse Scherrer, Gallimard Jeunesse, 2019
Qu’est-ce qui t’a donné envie de lire ce livre ?
J’avais déjà lu un livre illustré par Eloïse Scherrer, et j’avais beaucoup aimé les illustrations. Alors j’ai eu envie de découvrir celui-ci.
Qu’as-tu pensé en voyant la couverture ?
J’ai été attiré par le « Manuel de survie ». Ca attire le regard ! J’ai pensé qu’il allait y avoir une fin du monde, un cataclysme, et donc de l’aventure.
Peux-tu résumer l’histoire ?
C’est l’histoire d’un collégien qui est seul dans son appartement parce que sa famille est partie quelques jours. Une nuit, il y a une grosse tempête qui coupe l’électricité et détruit pas mal de choses dans la ville (le réseau de téléphone, les magasins, les feux de signalisation…). Il a peur pour sa famille et il va décider de les retrouver. Il veut être sûr qu’ils vont bien.
Est-ce que tu t’es imaginé à la place de Justin ?
Oui, et ça m’a plu, même si ça me ferait un peu peur d’être dans cette situation : de ne pas savoir si mes parents vont bien, c’est stressant et angoissant.
Est-ce que d’autres choses t’ont plu ?
Ce qui m’a plu, c’est qu’il y a de l’action, du suspense, et que ça finit bien !
Justin nous parle comme s’il parlait à son personnage inventé : Björn. C’est très créatif et ça m’a beaucoup plu. C’est bien écrit. Tu as l’impression d’y être, de vivre l’aventure avec lui, que tu le connais et qu’il te parle.
Il est dans la nature et il se débrouille bien. Il sait pas mal de choses de la nature et c’est ce qui lui permet de survivre.
A la fin, il y a des fiches explicatives pour des méthodes de survie. C’est sympa de comprendre comment Justin a fait et on peut essayer chez soi. Il nous apprend à faire un abri, du feu, à trouver le nord…
J’ai aussi bien aimé que ce soit présenté un peu comme un journal intime. C’est Justin qui raconte son histoire, il y a des petits dessins…
Justement, tu as dit que tu avais choisi ce livre à partir du nom d’Eloïse Scherrer, qu’as-tu pensé de ses illustrations ?
Elle dessine quand même vraiment bien ! Ça fait à la fois réaliste (ça pourrait être dessiné par un enfant qui dessine très très bien) et à la fois très beau.
On s’y croit vraiment, comme si on était en train de lire un vrai journal intime du personnage. Surtout avec les petits brouillons de texte qui accompagnent les dessins. Le fait qu’elle n’utilise que de l’orange et du noir, ça m’a intrigué, mais c’est logique comme il n’a pas beaucoup de matériel.
A qui conseillerais-tu ce livre ?
A toute personne aimant l’aventure, le suspense, un peu l’angoisse et qui a envie de découvrir des stratégies pour se débrouiller dans la nature.
Dans le cadre de notre rubrique « ALODGA s’engage », comme l’année dernière, nous avons lu les titres de la sélection du prix UNICEF de littérature jeunesse. Ce prix permet de sensibiliser les enfants à leurs droits grâce à la lecture, un sujet qui touche particulièrement les branches du Grand Arbre. L’édition 2021 était centrée sur la gestion des émotions et la santé mentale sous le titre « Au fil des émotions ».
Catégorie 3-5 ans
Dans mon corps…
Dans mon corps, Mirjana Farkas, La Joie de Lire
Voilà un album qui chante le mouvement et les émotions qui y sont liées.
» Dans mon corps, ça fourmille et ça vrombit du soir au matin. »
À travers tous les menus évènements qui tricotent la journée de l’enfant, l’autrice nous donne à voir en transparence toutes les sensations, les sentiments qui s’agitent, s’élancent et s’envolent dans son corps. Un album qui chante les émotions agréables mais aussi les désagréables et qui rend hommage à l’essentielle coopération entre adultes et enfants pour apprendre à nommer, apprivoiser et calmer tout ce qui nous envahit.
*
Bienvenue Tristesse
Bienvenue Tristesse, Eva Eland, Les éditions des éléphants
Pas toujours facile de comprendre la tristesse et son origine. Eva Eland invite à accueillir cette émotion comme une amie et propose des pistes pour l’apaiser en encourageant à trouver la méthode qui fonctionnera le mieux pour soi. Le sujet est traité avec sensibilité et les illustrations dégagent une infinie douceur qui donne à réfléchir à la gestion de cette émotion si particulière.
*
Louise ou l’enfance de Bigoudi
Louise ou l’enfance de Bigoudi, Delphine Perret et Sébastien Mourrain, Les fourmis rouges
Vous souvenez-vous de Bigoudi, cette attachante vieille dame ? Dans cet album rose, nous remontons le temps pour découvrir comment, enfant, elle gagna ce surnom après avoir quitté sa campagne où elle s’épanouissait pour la grande ville qui la dépassait, ternissant son humeur. Jusqu’à une rencontre!
Louise ou l’enfance de Bigoudi est une ode à l’amitié et au bonheur qu’elle procure, donnant à la vie des couleurs et saveurs jusque-là dissimulées, servie par des mots joueurs et poèmes.
*
Mousse
Mousse, Estelle Billon-Spagnol, Talents Hauts
Si les adultes peuvent rester perplexes à la lecture de Mousse, les enfants s’identifient immédiatement à ce petit poisson qui affronte ses peurs. Il est tour à tour avalé par un gros poisson, rejeté par des coéquipiers, disputé pour une maladresse… Autant de situations qui parlent aux jeunes enfants. L’apparition du serpent multicolore, bienveillance incarnée, est rassurante et réjouissante.
Un bel album pour aborder la confiance en soi et les incidents de parcours qui font grandir !
******
Catégorie 6-8 ans
Du vent dans la tête
Du vent dans la tête, Marjolaine Nadal et Marianne Pasquet, Voce Verso
Un livre intéressant car il rend l’enfant acteur de son bien-être mais qui soulève des doutes quand à la tranche d’âge conseillée dans la façon dont le sujet est traité. Si le texte se destine parfaitement à de jeunes lecteurs, il n’est pas certain qu’ils en comprendront toutes les nuances. Les illustrations sont très jolies, elles dégagent beaucoup de poésie dans la simplicité du trait et du choix des couleurs.
*
La maîtresse me stresse, et alors ?
La maîtresse me stresse, et alors ?, Elisabeth Brami et Christophe Besse, PKJ
Tom est tétanisé par sa maîtresse, qui ne cesse de crier sans raison apparente. Il va donc à l’école à reculons, ne parvient pas à se concentrer sur son travail et accumule les mauvaises notes. Comme on le comprend ! Heureusement, arrive une douce remplaçante qui va permettre au garçon de chercher une solution à son problème.
Ce livre est une invitation au dialogue pour les enfants stressés par l’école ou par leur enseignant. Aux adultes qui les accompagnent de jouer le rôle de cette remplaçante à l’écoute, pour les aider à résoudre cette situation.
*
Zarbi, enfant zèbre
Zarbi, enfant zèbre, Suzanne Galéa et Floriane Ricard, Rue de l’échiquier jeunesse
Pas forcément facile d’être un « enfant zèbre » ! Loin des clichés, Zarbi nous raconte son état permanent de surchauffe, l’intensité de ses émotions, ses difficultés à « filtrer » et surtout, son douloureux sentiment de décalage par rapport aux autres… Mettre en mots ces spécificités, qui peuvent correspondre à ce que vivent les enfants à haut potentiel, mais aussi par exemple les personnages avec un TDAH, est souvent salvateur. C’est l’objectif parfaitement atteint de ce bel album aux motifs zébrés : Zarbi évoque ses différences avec ses mots à elle, évocateurs et accessibles, portés par des illustrations pleines de sensibilité et d’images très parlantes. Elle dit aussi ce que lui a apporté la compréhension et l’acceptation de sa différence. Un album optimiste et vraiment intéressant, qu’on se sente concerné ou non !
*
Odette fait des claquettes
Odette fait des claquettes, Davide Cali et Clothilde Delacroix, Sarbacane
Odette est une enfant optimiste et pleine de joie de vivre qui subit le regard des autres pour qui elle est toujours trop ceci ou pas assez cela. Davide Cali rappelle que pour être heureux, le regard que l’on a sur soi est essentiel. Il y aura toujours quelqu’un pour critiquer ce que nous sommes. Le trait tout en rondeurs de Clothilde Delacroix sublime l’histoire par sa simplicité et la richesse des expressions des personnages.
******
Catégorie 9-12 ans
Le train fantôme
Le train fantôme, Didier Levy et Pierre Vaquez, Sarbacane
C’est l’histoire d’un voyage. Celui de Jonas, 17 ans, « sorte de grand échalas qui parle peu, lit beaucoup.Ses parents aimeraient bien qu’il s’habille autrement, qu’il se coiffe autrement. Ses parents aimeraient bien qu’il soit un peu comme tout le monde. Mais Jonas reste lui-même. » C’est l’histoire du voyage de Jonas donc et surtout celui de Lina, sa petite sœur, « 7 ans, bientôt 8 ». Un voyage qu’ils ne font pas ensemble. Un voyage que Lina entreprend pour retrouver Jonas, disparu. Un voyage en train fantôme.
Cet album aux illustrations « à la manière noire » absolument envoûtantes nous entraîne dans les tréfonds d’une éclatante obscurité de l’adolescence malmenée.
*
Je suis Camille
Je suis Camille, Jean-Loup Felicioli, Syros
Camille est une jeune fille transgenre. Camille est Camille. Mais ce n’est pas si simple. En tout cas, cela ne l’était pas dans son ancienne école aux Etats-Unis. A la rentrée, elle arrive en France dans un nouvel établissement scolaire. Elle s’y fait très vite une amie Zoé, avec laquelle elle partage la même passion pour la musique. Les deux amies ont de beaux projets, elles sortent ensemble, vont à des fêtes, chantent, dansent, se confient. Camille lui raconte son parcours. Mais une histoire de jalousie manque de faire voler en éclats leur amitié nouvelle.
Il est rare que des albums abordent la question de la transidentité, c’est un sujet en général réservé à de plus grand.e.s lectrices, lecteurs. Ce livre permet donc de lancer la discussion et il fut particulièrement plébiscité par mes élèves de 6e inscrit.e.s au prix de littérature jeunesse de l’UNICEF.
*
La BD qui t’aide à avoir confiance en toi
La BD qui t’aide a avoir confiance en toi, Géraldine Bindi et Adrienne Barman, Casterman
Entraîné.e.s par Gigi, Sarah, Charlie, Tom, Lise et Oscar, le chat, nous voilà invité.es à nous interroger sur la manière dont nous pourrions nourrir notre confiance en nous. Après avoir défini ce qu’est la confiance en soi, les personnages de la BD nous livrent 4 trucs pour travailler ce sentiment essentiel pour affronter toutes les tourmentes. Une BD joyeuse, au ton enlevé qui peut cependant paraître parfois péremptoire, pour aborder un besoin fondamental, notamment à l’adolescence.
*
Les fabuleuses aventures d’Aurore
Les fabuleuses aventures d’Aurore, Douglas Kennedy et Joann Sfar, PKJ
Aurore est autiste. Elle ne parle pas et s’exprime en écrivant sur une tablette. Différente, elle pose sur le monde un regard unique qui voit au-delà des apparences. Dans notre société individualiste, la différence suscite encore trop souvent le rejet et les moqueries. Pour ce premier titre jeunesse, Douglas Kennedy signe un titre intelligent qui fait de la différence une force. On pourra cependant regretter la rapidité avec laquelle certaines scènes sont traitées, laissant peu de place à l’imagination. Les illustrations de Joann Sfar sont lumineuses et mettent en avant l’optimisme de l’héroïne et du récit.
******
Catégorie 13-15 ans
C’est pas ma faute
C’est pas ma faute, Anne-Fleur Multon et Samantha Bailly, PKJ
Prudence est fan de la youtubeuse Lolita. Mais un jour, celle-ci disparaît des réseaux sociaux. Prudence s’inquiète et décide d’enquêter. Imaginé à la manière d’un thriller, ce roman montre la dualité d’Internet. Entre reconnaissance, exposition de la vie privée, manifestations d’amour, jugements à l’emporte-pièces, diverses formes d’amitiés, commentaires haineux et pressions diverses, le constat n’est pas rose. Ce roman écrit à quatre mains expose de manière quasiment exhaustive les risques liés au réseaux sociaux, trop souvent ignorés des ados. Mais les auteures ont encombré leurs personnages de difficultés financières, familiales, raciales et sexuelles, certes réalistes, mais qui nuisent à la clarté du message. Pourtant ce roman peut être un point de départ pertinent pour une discussion sur la vie privée et les réseaux sociaux, l’amitié et la responsabilité.
*
Les mystères de la peur
Les mystères de la peur, Bruno Pellegrino et Rémi Farnos, La Joie de Lire
Qu’elle soit ou non rationnelle, la peur est là pour nous aider à nous surpasser mais surtout, pour nous protéger des dangers auxquels nous sommes parfois confrontés. Pour Lou, douze ans, la peur est une inconnue. Son cerveau ne traite pas les informations correctement et ne lui envoie jamais de petit signal pouvant la mettre en garde contre le monde qui l’entoure. Elle devient de fait, un danger pour elle-même. Inquiets, ses deux papas l’emmènent faire des tests chez un spécialiste qui l’envoie à l’institut P.E.T.O.C.H.E où, se confrontant aux peurs de ses camarades, elle va devoir apprendre la peur…
Les illustrations de Rémi Farnos séduisent par le trait et le choix d’alterner entre des illustrations classiques et des cases de bande dessinée. Ce format dynamise le texte de Bruno Pellegrino qui, richement informé en amont auprès de spécialistes, chercheurs et médecins, s’inspire d’un cas réel pour nourrir son récit. Au travers de Lou et de ses camarades, il explique cette émotion saisissante mais non moins indispensable qu’est la peur et comment elle fonctionne, ce qu’elle provoque, pourquoi et comment.
*
Dans, A quoi rêvent les étoiles…
… ils sont cinq, cinq presque unis comme les doigts de la main. Dans ce roman, il y a quelques personnes « connectées » entre elles. Elles se connaissent, se côtoient tous les jours. D’autres ne se fréquentent qu’à travers un petit laps de temps, un rendez-vous en ligne, des échanges de SMS…
Un point commun relie parfaitement Titouan, Alix, Luce, Gabrielle et Armand : leur relation au monde. Leur façon si particulière de trouver une place en eux et chez les autres.
A quoi rêvent les étoiles, Manon Fargetton, Gallimard Jeunesse
A la manière d’une pièce de théâtre, Manon Fargetton fait entrer en scène le refus de grandir et d’affronter le monde, le deuil et l’envie d’en finir. L’espoir, cet espoir d’y arriver et de s’accrocher pour vivre son rêve. La finesse et la subtilité de l’écriture s’infiltre épousant chaque personnage. Le lecteur peut alors donner libre cours à ses émotions. Quelle richesse humaine !
*
21 jours avant la fin du monde
21 jours avant la fin du monde, Silvia Vecchini et Sulzo, Rue de Sèvres
Lisa vit dans un camping avec sa mère qu’elle aide à tenir son café. Ses voisins changent régulièrement de visage mais dans l’ensemble les touristes se ressemblent tous un peu. Cet été là, elle occupe son temps entre le café et son cours de karaté. Lorsque réapparait Aless, son ami d’enfance, les souvenirs ressurgissent.
Différents thèmes traversent cette bande dessinée – la famille, l’amitié, l’avenir, le secret – mais c’est avant tout la perte d’un être cher qui est au cœur. En revenant sur le lieu de son enfance, Aless cherche à comprendre le mystère qui entoure la mort de sa mère. Mais son père souhaiter le préserver des circonstances qui lui ont enlevé ce parent dont il n’arrive pas surmonter la perte. Avec beaucoup de tact, Silvia Vecchini soulève l’importance du dialogue et de l’accompagnement dans le processus du deuil.
******
En attendant le résultat des votes des enfants demain sur le site de l’UNICEF, n’hésitez pas à partager vos coups de cœur !