Lecture commune : Enragée

Sous notre bel arbre il y a des autrices que nous apprécions particulièrement. Lucie et Liraloin s’étaient déjà donné rendez-vous pour une lecture commune d’A(ni)mal et Cécile Alix avait gentiment accepté notre demande d‘interview. Aujourd’hui Héloïse les rejoint pour discuter de son dernier titre, qui leur a inspiré bien des réflexions ! Bonne lecture.

Enragée de Cécile Alix, PKJ, 2025.

Héloïse : C’est parti ! Que pensez-vous de cette couverture ? Vous a-t-elle inspiré ?

Liraloin : Les couvertures des romans de Cécile Alix sont toujours très attractives. Ici la couverture forme un paysage entre la première et la quatrième de couverture avec cette barre d’immeuble plongée dans la nuit. Quelques lumières éclairent les fenêtres comme des projecteurs pour mieux se laisser happer par ce personnage qui vole. J’adore la couleur des cheveux du personnage qui reflète dans le nom de l’autrice. 

Lucie : Elle va bien avec le titre, ces grandes lettres jaunes qu’on dirait tracées au pinceau façon tag donnent immédiatement une impulsion, de l’énergie. Mais je trouve que pour le coup elle est très différente des deux autres romans de cette « série ». Elle se détache nettement tant dans les couleurs que dans le graphisme. J’ai imaginé un personnage féminin, vif, avec une histoire sombre (la nuit qui déborde sur sa peau, bleue elle aussi). Et toi Héloïse ?

Héloïse : J’avoue avoir acheté ce roman les yeux fermés car écrit par Cécile Alix, et n’avoir prêté aucune attention à la couverture au début ! Le titre qui ressort en gros, en jaune, avec une police un peu façon « tag », je trouvais ça pas mal, tout comme cette silhouette qui danse, qui se lâche… Et puis cette ville de nuit, pour moi, ça colle bien à l’ambiance du roman…

Héloïse : Puisque tu parles de série, Lucie, peut-être pouvons-nous commencer par parler de la postface ? J’ai lu comme toi qu’Enragée faisait partie d’une série de quatre romans, débutée avec A(ni)mal puis Guerrière (lauréat de la catégorie Belles branches du Prix ALODGA 2024), dont nous avons déjà parlé sur le blog. 

Lucie : Oui, allons-y ! J’ai découvert comme vous qu’il allait y avoir un quatrième tome, et je me demandais si vous aviez des idées sur le sujet principal ? Rappellons que Cécile Alix présente cette tétralogie comme “consacrée à la violence à laquelle peuvent être confrontés les adolescents”.

Héloïse : J’avoue n’avoir aucune idée ! Mais je n’ai aucun doute quant au fait que ce sera à nouveau un thème fort, marquant…

Liraloin : D’ailleurs les autres tomes se passent, pour la plupart, à l’étranger. Cécile Alix parle à tous les ados finalement en choisissant de dérouler son intrigue en France pour ce dernier. Alors personnellement je suis très mauvaise en devinette. Et toi Lucie, tu as une idée? 

Lucie : J’avoue que j’étais curieuse de connaître vos propositions mais en réalité je n’ai pas vraiment réfléchi. Cécile Alix a traité le destin des migrants, celui des enfants soldats, les enfants placés… probablement pas le harcèlement qui est déjà très présent en littérature jeunesse et qu’elle a traité dans Six contre un. Il reste malheureusement le choix dans les violences faites aux jeunes !

Six contre un de Cécile Alix, PKJ, 2018.

Liraloin, tu faisais remarquer que celui-ci se déroulait en France, et j’ai cru comprendre qu’il t’avait moins plu que le précédent. Est-ce que tu y vois un lien ou pas forcément ?

Liraloin : J’ai moins apprécié cette histoire dans le sens où je l’ai un peu comparée à No et moi qui m’avait grandement bouleversée. Peut-être que c’est un raccourci facile de ma part. Néanmoins, j’ai tout de même apprécié le texte, l’écriture et la façon dont Cécile Alix relate les évènements. Je suis d’accord avec ce que vous dites : la violence est tellement présente !

No et moi de Delphine de Vigan, 2010

Héloïse : Il y a un lien évident : si les thématiques sont bien différentes de celles d’A(ni)mal et de Guerrière, on retrouve ce personnage adolescent, en butte à la violence du monde. Ce n’est pas la guerre ici, mais une décision de justice. C’est assez glaçant. La violence est différente, mais bien présente… 

Lucie : Je te rejoins Héloïse, on est dans une violence “légale”, c’est très déstabilisant de se dire que de telles situations peuvent exister dans notre pays. Je trouve important de montrer que la souffrance peut être au bas de notre rue, pas seulement au bout du monde. Vous étiez familières de ce type de sujets (enfants placés, familles d’accueil, etc.) ?

Héloïse : Je connais un peu le sujet, mais pas tant que ça, puisque je pensais qu’à l’âge de Fauve, on demandait en priorité l’avis de l’enfant… ce qui n’est clairement pas le cas ici, vu qu’on n’écoute même pas ce qu’elle dit, et qu’on ne prend pas en compte ce qu’elle pense ni ressent… Je sais que la justice oblige parfois à garder le lien parent-enfant, au détriment du choix de l’enfant, mais cela m’a choquée qu’elle soit obligée d’aller vivre avec sa mère qui est pour elle une véritable inconnue…

Lucie : Tu as raison, dans ce roman, Cécile Alix bat en brèche un principe essentiel de l’ASE : le fait qu’un enfant est toujours mieux dans sa famille naturelle (quand elle est en capacité d’assurer sa sécurité) que dans une famille d’accueil. Elle montre que quand il y a rencontre, de vrais liens peuvent se nouer, par delà la génétique. C’est quelque chose à laquelle vous aviez déjà été amenées à réfléchir ?

Liraloin : Oui je me suis posée des questions ayant connu des amis qui étaient famille d’accueil. Ce qui me taraudait c’était la question de l’amour. Peut-on se laisser à aimer un enfant comme son propre enfant sachant qu’un jour soudainement il peut être amené à retrouver sa famille naturelle ? 

Lucie : Cela doit être une situation très compliquée émotionnellement. Pour moi tu ne peux pas t’empêcher d’aimer un enfant qui vit sous ton toit, et en même temps, comme tu le dis ce n’est pas ton enfant et il peut partir à tout moment. Ce qui me questionne, pour être honnête c’est aussi cette histoire d’autorité parentale qui fait qu’un parent peut se voir retirer la garde de son enfant mais continuer à peser sur ses choix d’orientation, etc. Ma tante, ancienne instit, a été famille d’accueil pour un petit garçon qui n’était absolument pas disponible pour les apprentissages (normal vu ce qu’il avait subi) et l’équipe pédagogique, soutenue par la maman, voulait l’orienter en IME alors que pour elle il avait largement les capacités de poursuivre une scolarité normale à condition qu’on lui laisse le temps et qu’on l’accompagne. Boris Cyrulnik ne dit pas autre chose quand il parle de « tuteur en résilience » dans son autobiographie Sauve-toi, la vie t’appelle. Ca m’a retourné le coeur et beaucoup questionnée en tant que prof. Même si la famille d’accueil n’a aucune légitimité, c’est elle qui côtoie l’enfant au quotidien. C’est assez abyssal comme réflexion. Le tout étant de chercher ce qui est le mieux pour l’enfant, et Cécile Alix montre bien que cela dépend aussi énormément du juge qui s’occupe du dossier.

Sauve-toi, la vie t’appelle, Boris Cyrulnik, Odile Jacob, 2012.

Héloïse : Pour avoir connu beaucoup de situations différentes dans mon entourage et parmi mes élèves, j’ai remarqué qu’on pouvait trouver autant d’amour et de tendresse dans une famille qui n’est pas sa famille biologique… D’ailleurs, ce « trope » de found family, de famille de cœur, me plait beaucoup en général dans les romans.

Liraloin : J’aime beaucoup vos réflexions et vos expériences. Après tout, nous sommes complètement dans le sujet et ce dès le début du roman.

Liraloin : Le début du roman s’ouvre avec une playlist, nul doute qu’il y aura de la musique dans ce roman, de la danse pour être plus précise. Comment avez-vous trouvé cette introduction et le premier chapitre qui nous présente notre personnage principal : Fauve? 

Lucie : Fauve est un personnage qui a un rapport très fort au corps. Elle est passionnée de danse et Cécile Alix parvient à traduire de façon physique aussi bien son mal-être (extrait en haut de la page 57, 136) que son bien-être (page 65, 256) et même les moments de transition (p.109, 167) ou la relation amoureuse (p.198, 205). C’est un aspect qui m’a beaucoup plu, ces sensations qui la traversent sans cesse.

Héloïse : Waouh, je suis admirative, tu as même noté les pages ! Moi ce qui m’a marqué sur son rapport au corps aussi, c’est le regard des autres. Il y a une citation qui m’a particulièrement frappée, elle sonne si juste : 

“Je n’avais jamais mesuré à quel point le fait d’être une fille représentait un handicap. On peut mettre en place les stratégies les mieux rodées pour y échapper, il arrive toujours un moment où le corps s’impose, prend toute la place et nous rend vulnérables. On n’a pas le choix, il finit invariablement par devenir un objet. De comparaison, de honte, de critique ; de convoitise, de possession, de soumission ; de fantasme, d’humiliation ; de chantage, de commerce, de marketing ; parfois de fierté et de pouvoir… II n’est jamais anodin. Même enfoui sous des couches de vêtements, il reste soumis aux appréciations.
Pourquoi ne fait-on pas aussi grand cas des corps masculins ?
Tant qu’une fille ne deviendra pas un homme comme un autre aux yeux de la société – un humain comme un autre -, tant que l’on ne cessera pas de soupeser le corps des femmes, de l’évaluer, de le juger, l’égalité des genres restera une utopie.

Lucie : J’avais aussi noté ce passage. Il y a un vrai discours sur le corps de la femme dans la société à ce moment-là, et il est parfaitement justifié par la situation précaire de Fauve. Autant je ne suis pas une féministe particulièrement vindicative, autant ce discours là a résonné fortement. Chez vous aussi ?

Héloïse : Chez moi oui. Parce que je comprends très bien ce que Fauve ressent à ce moment-là, je le visualise un peu trop bien. C’est une question que j’ai souvent remarquée : on parle beaucoup du corps des femmes, il est soumis à de nombreuses injonctions, beaucoup moins de celui des hommes (même si c’est une problématique qui évolue). 

Liraloin : J’ai vraiment trouvé ce premier chapitre très galvanisant dans le sens où j’avais l’impression d’être dans le corps de Fauve, ressentir le bienfait de la danse ça doit être magique ! Je voulais juste ajouter que Fauve danse et prend du plaisir car elle est sans doute épanouie dans sa famille d’accueil, enfin j’aime à le penser comme ça.

Héloïse : Oui, la danse, c’est magique. Et c’est aussi un très beau moyen d’expression, de faire ressortir ses émotions, et je trouve que Fauve le montre bien.

Les mots, les cris refoulés au fond de ma gorge, les noeuds, les serpents entortillés dans mon ventre, l’eau et le sel qui ne coulent pas de mes yeux, mon corps les interprète. Danser, c’est le seul moyen que j’ai trouvé pour exister.
Depuis longtemps, avant que j’aie conscience d’être moi-même, une brèche s’est ouverte au creux de ma poitrine. Quelque chose de profond, d’archaïique. Une peur à laquelle rien ne résiste. Une terreur qui me troue. La danse comble mes gouffres.

Lucie : On l’a bien dit, cette série de romans aborde la violence subie par les adolescents, mais Cécile Alix veille sur eux en leur faisant rencontrer des humains extraordinaires. Il y a encore une fois beaucoup de beaux personnages dans ce roman, qui répondent à la citation de Romain Gary mise en exergue : « Le désespoir est toujours une soumission » tiré des Cerfs-volants, son dernier roman (en parlant de désespoir…). Ils sont tous extra mais je me demandais si l’un d’entre eux vous avait particulièrement touchée ? Les filles SDF, les habitants du squat, Damien, même l’amoureux, un peu sous-exploité mais charmant… dur dur !

Héloïse : Ahhhhh il faut choisir !!!!  Pas facile. Sa famille d’accueil est adorable, les rencontres qu’elle fait dans la rue réservent de belles surprises aussi. Mais finalement, peut-être que celui qui m’a le plus marquée, c’est son éducateur, Damien, parce qu’il change au fil de l’histoire. Très “rigide” presque au début, il finit par comprendre Fauve et prendre des risques pour elle. Il m’a touchée. Lui aussi a un passé difficile…

Lucie : Je l’avoue, Damien m’a beaucoup touchée aussi. J’ai aimé son changement de posture et l’explication de ce changement. J’en ai eu des frissons.

Liraloin : J’ai une petite préférence pour le Yéti qui est une force tranquille. Il écoute, il protège, il conseille, ne fait pas la morale. Il connaît la rue, son environnement et entend les problèmes. Mais tout comme vous, les autres personnages sont importants, ils accompagnent Fauve et tour à tour lui apprennent ce qu’est la vie véritablement (les choix, le destin…)

Héloïse : Il a un côté “vieux sage” très posé effectivement. Il est là pour les autres, à l’écoute, toujours prêt à rendre service. Et à défendre ses valeurs. 

Lucie : Ah, le Yéti et sa bibliothèque ! Forcément ! Je me suis renseignée sur l’existence de cette bibliothèque à destination des SDF parce que tant qu’à faire je leur aurais donné des livres, mais impossible de trouver. Si c’est une invention de Cécile Alix, elle devrait être mise en œuvre !

Héloïse : Je trouve ça très chouette aussi ! 

Lucie : Il ne s’agit pas de divulgâcher mais cela arrive très tôt dans le roman alors il faut bien en parler : plutôt que de vivre avec sa génitrice, Fauve préfère fuguer et se retrouve à la rue. Comment avez-vous trouvé la présentation de cet environnement ?

Liraloin : Je me souviens que j’ai été assez sensible aux revirements de situations. Cette sensation m’a fait penser aux rumeurs de la rue selon les moments de la journée. Je ne sais pas si vous voyez ce que je veux dire. La rue est rassurante comme elle peut complètement absorber un être. Cécile Alix réussit à bien nous le montrer à travers tous ces personnages.

Héloïse : Il y un mélange de sensations au début de la fugue : peur, liberté, espoir, tension… et la nuit qui tombe, et le stress qui va avec. C’est très réaliste. Comme tu dis, la rue apparaît comme un refuge, et en même temps fait peur. D’ailleurs, Fauve a peur au début, quand elle rencontre Edith et Sam. 

Lucie : Encore des personnages géniaux ! La notion de temps aussi avec la montre est très parlante. Dans l’ensemble, ce que Sam et Edith lui apprennent, les “règles de la rue” sont à la fois rassurantes – car avec les codes on se protège plus facilement – et en même temps vraiment glaçantes…

Héloïse : Oui, le temps, et l’hygiène ! Tous ces petits “détails” qui n’en sont pas quand on doit vivre dehors… et des contraintes qu’on ressent encore plus quand on est une femme ! 

Lucie : Exactement ! Cela nous oblige à nous rendre compte de la difficulté de vivre dans la rue. Chaque geste qui nous semble anodin est une bataille.

Lucie : Pour conclure, notre question rituelle : à qui conseilleriez-vous ce roman ?

Liraloin : Aux passionné(e)s de danse car il est beaucoup question de corps comme vous l’avez mentionné plus haut. Aux pessimistes car il y a des personnages avec une force incroyable. Bien sûr je le conseille aux grands ados et aux adultes !

Lucie : Je ne suis pas passionnée de danse mais ce rapport au corps et cette attention aux sensations m’a vraiment touchée. Je dirais pas trop tôt quand même (14-15 ans ?) parce que le sujet est complexe et lourd. Mais aux ados qui se sentent concernés par le sort des moins chanceux, des plus démunis, qui souhaitent changer de perspective. Et à leurs parents, cette histoire fait relativiser les problèmes du quotidien !

Héloïse : Aux ados mal dans leur peau. Aux personnes qui aiment les textes poétiques (la plume de Cécile Alix est vraiment belle et émouvante), à celles qui aiment les romans abordant des questions de société. Aux adultes curieux. effectivement, comme toi Lucie, je dirais pas avant 13-14 ans, car les thématiques sont dures – mais essentielles ! 

*

Avons-nous réussi à vous donner envie de découvrir Enragée? Et si vous l’avez déjà lu, qu’en avez-vous pensé ?

Entretien avec Guillaume Chansarel

Guillaume Chansarel, dit Guiyome, est un artiste français qui peint de très grands paysages urbains sur des toiles recouvertes de pages de livres. Depuis longtemps, il portait en lui le personnage d’Ange Ségur. Ayant décidé de lui donner vie, dans un roman jeunesse, il nous a proposé de le découvrir.

Intriguées tant par sa démarche artistique que par son passage à l’écriture, nous avons décidé de lui poser quelques questions auxquelles il a gentiment accepté de répondre.

source : artistics.com

Vous souvenez-vous de ce qui vous a amené à peindre sur des pages de livres ?

J’ai toujours crobardé sur des petits carnets, notamment lors de mes voyages, et j’ai toujours recherché des papiers originaux. Des papiers qui aient une matière et une teinte.
J’aime ajouter moi-même le blanc et l’utiliser comme une couleur.
Un jour, n’ayant rien d’autre sous la main qu’un vieil ouvrage imprimé, j’ai commencé à dessiner directement sur le texte, comme s’il s’agissait d’un support vierge.
L’interaction avec l’encre de chine m’a immédiatement séduit. Je suis rapidement passé aux grands formats pour approfondir cette technique, qui ne cesse d’évoluer depuis.

Est-ce qu’en utilisant des pages de livres comme support vous considérez que vous leur offrez une seconde vie ?

Lors de ma première exposition, en 2001, il y avait pas mal de réflexions sur le fait que je détériorais les livres. Aujourd’hui 20 ans plus tard, tout le monde, instinctivement, y voit une démarche écologique de recyclage…

Récup, Guillaume Chansarel, 2012.

Comment choississez-vous les livres sur lesquels vous peignez ?

Je choisis mes livres non pas en fonction de leur thème, mais de leur papier ; la qualité de leur patine et de leurs caractères d’imprimerie. Je discerne, avec l’expérience, ceux qui me permettront d’appliquer au mieux ma technique.
Cependant certains livres me surprennent encore et me forcent à m’adapter. Les matières et les gris colorés changent d’une exposition à l’autre.

Récemment, afin de répondre à une commande grand format d’un architecte, j’ai recherché et travaillé sur un vieux dictionnaire qui traite de l’histoire de Paris.

Arches Landscape, Guillaume Chansarel, 2019.

Comment vivez-vous le fait que quelqu’un puisse peindre sur votre livre dans quelques années ?

Je n’ai pas réfléchi à l’idée que quelqu’un puisse peindre sur Ange Ségur… Il faudrait que je lui en parle ! 🙂

Est-ce qu’en avoir écrit un vous-même a changé votre rapport aux livres ?

C’est uniquement pendant la phase d’écriture que mon rapport aux livres a changé. Difficile de se laisser embarquer dans une histoire sans essayer de savoir comment c’est fichu. Sans chercher à tout décortiquer… Fort heureusement, après, c’est passé.
Mais je suis encore plus admiratif aujourd’hui lorsque je tombe sur une formule qui fait mouche !

Quand on vit déjà de son art, qu’est-ce qui pousse à se « mettre en danger » en s’essayant à un autre support d’expression ?

La mise en danger, c’est tout le paradoxe de la création. Vitale, mais potentiellement destructrice. « Créer, c’est vivre deux fois », disait Camus.
Je ne me sens jamais aussi vivant que lorsque je crée. Et rien à part cette « rencontre » avec Ange ne m’a porté aussi haut. C’est quelque chose d’inexplicable.
La vraie mise en danger serait de renoncer à cela.

L’écriture et le dessin sont les deux modes de communication graphique de l’être humain. De ce fait, je pense qu’il y a, au-delà de l’aspect pictural, quelque chose d’universel et de rassurant dans mes peintures. Peut-être un écho aux romans illustrés de notre enfance ? …

Un exemple des illustrations d’Ange Ségur

Comment est né le projet Ange Ségur ?

Je ne sais pas exactement… Je crois qu’il toquait à ma porte depuis longtemps, et qu’il fallait juste que je lui ouvre.

Ange Ségur, Guillaume Chansarel, Imprimerie solidaire, 2022.

De quel manière le partenariat avec le Secours Populaire est-il apparu ?

Comme une mise en abime, comme si Ange, par un lien direct avec son histoire, avait dégagé la voie et m’avait montré le chemin, j’ai décidé de reverser les bénéfices au Secours Populaire : un coup de fil, une rencontre, des sourires, une évidence, et voilà le logo du SPF apposé aux côtés d’Ange Ségur.
Chose incroyable, le logo du Secours Populaire, c’est une main tendue qui vole… avec des ailes d’ange !

Quels sont vos prochains projets ?

Je suis en train de travailler sur ma prochaine exposition, mais pour tout vous dire, je viens de recevoir un mail d’une certaine A.S., qui est visiblement quelque part à New-York…

*

Merci à Guillaume Chansarel pour sa disponibilité et son enthousiasme !

Vous pouvez vous procurer ce roman sur le site dédié, retrouver Ange Ségur sur Instagram.

La lecture d’enfant de Théo est ICI, et le site du Secours Populaire LA.

Lecture d’enfant # 41 : Ange Ségur

Guillaume Chansarel a gentiment proposé aux arbronautes de découvrir Ange Ségur, son premier roman jeunesse.

A peine était-il arrivé que Théo, 10 ans, s’en est emparé. Il faut dire qu’entre les illustrations pleines de vie, le personnage de son âge et l’histoire qui tourne autour de l’entrée au collège, il s’est senti concerné !
Et il a eu envie de partager ses impressions.

Ange Ségur, Guillaume Chansarel, Editions Du Cerny, 2021.

Peux-tu résumer l’histoire ?

C’est l’histoire d’Ange Ségur qui va rentrer en 6ème. Ses deux meilleurs amis vont dans le même collège, et Ange dans un autre. Ce roman raconte comment ça se passe dans son nouveau collège.

Qu’est-ce qui t’a donné envie de lire ce livre ?

Guillaume Chansarel a proposé de l’envoyer par un commentaire sur le blog A l’ombre du grand arbre. En attendant de le recevoir, on a regardé ce qu’il faisait dans la vie et j’ai adoré ses tableaux. Ça m’a donné envie de découvrir son livre.

Pourquoi as-tu choisi de parler de ce livre ?

J’ai trouvé qu’il était bien écrit et très différent de ce que j’ai l’habitude de lire. L’histoire est inhabituelle, on ne trouve pas des livres comme ça dans la bibliothèque au coin de la rue.

Qu’as-tu aimé dans ce livre ?

Il y a de l’aventure et beaucoup de rebondissements. Les personnages sont sympas, ils ont du caractère ! Il y a beaucoup d’imaginaire, c’est un peu fantastique.
J’ai aussi aimé que l’auteur joue avec le livre : il y a une fausse fin, les illustrations sont soi-disant des dessins réalisés par Ange, il y a un flip book en bas des pages…
Ange parle vraiment comme un enfant de 10 ans, il y a de l’argot et du verlan.

Parle-nous un peu d’Ange, qu’as-tu pensé de ce personnage ?

Il fait quand même pas mal de bêtises. Il est imprévisible et prend de mauvaises décisions. Mais c’est pour être gentil !
C’est un personnage plein d’énergie qui passe son temps à courir et à sauter. Il a tout le temps des idées, et est très créatif. Ange adore les super-héros et les comics. Ça m’a plu.

Peux-tu présenter les autres personnages ?

J’ai trouvé ses camarades de collège très désagréables. Ses parents sont vraiment sévères alors qu’ils ne sont pas très présents. Heureusement, Ange va rencontrer Joey, un SDF, et ils vont devenir amis.

A qui conseillerais-tu ce livre ?

Je le conseillerais à toute personne qui aime la BD, les super-héros et les histoires pleines de rebondissements.

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Merci Théo d’avoir partagé ton coup de cœur ! Vous pouvez retrouver Ange sur Instagram (@ange.segur) et vous procurer son roman depuis le 20 septembre sur le site dédié. Tous les bénéfices sont reversés au Secours Populaire.

Lecture d’enfant #39 : Partis sans laisser d’adresse

C’est en lisant l’article qu’Isabelle et ses moussaillons ont consacré à ce roman que Théo, 9 ans, a eu envie de partir à la rencontre de Félix.
Il a eu un coup de cœur immédiat pour ce personnage malmené par la vie, et a souhaité partager ses impressions à son tour.

Partis sans laisser d’adresse de Susin Nielsen, Hélium, 2019.

Peux-tu résumer l’histoire ?

C’est l’histoire de Félix, qui a douze ans et qui vit dans un Combi Volkswagen avec sa mère Astrid. Elle n’arrête pas de dire que la situation va s’arranger mais elle ne s’arrange pas pendant plusieurs mois. Félix doit garder le secret et faire semblant d’avoir une vie normale pour ses copains du collège.

Qu’est-ce qui t’a donné envie de lire ce livre ?

Pas la couverture, que je trouve affreuse. Mais le résumé m’a intrigué.

Pourquoi as-tu choisi de parler de ce livre ?

Parce que je l’ai bien aimé. Il explique bien ce que c’est qu’être SDF et je n’avais jamais lu un livre sur ce sujet.

Qu’as-tu aimé dans ce livre ?

J’ai aimé plusieurs choses. J’ai été content que Félix retrouve Dylan, qu’il avait dû quitter quand il avait déménagé, et qu’ils redeviennent amis comme avant.

C’était intéressant de pouvoir lire les articles que les enfants écrivent pour le journal du collège. Et j’ai été content que Félix soit sélectionné pour participer à son jeu télévisé préféré, parce qu’il en rêvait.

Quel est ton personnage préféré ?

Félix évidemment ! Parce qu’il est super intelligent et super gentil. Il ne mérite pas une maman comme ça.

D’ailleurs, je n’ai pas trop aimé la mère, parce que je l’ai trouvée égoïste. Elle ne fait aucun effort pour garder un travail, et ça a des conséquences pour son enfant. Elle lui fait faire n’importe quoi (voler, rentrer dans des maisons dont ils ne sont pas propriétaires…) et il est inquiet tout le temps ; il ne se sent pas en sécurité.

A qui conseillerais-tu ce livre ?

À des personnes qui sont intéressées par la pauvreté, parce que ça explique bien comme la vie est compliquée quand on manque d’argent. En plus ils ont honte alors que ce n’est pas leur faute.

Merci Théo !